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8 septembre 2026 à 19 h 58 min #160183
En réponse à : Cinéma – Page 24
I.G.Y
InvitéAvec la page de recherche, tu pourras accéder aux pages Cinéma-21 et Michel Franco, où il y a eu pas mal de débats.
7 septembre 2026 à 15 h 47 min #159994En réponse à : Cinéma – Page 24
Elmo
InvitéJ’imagine que vous en avez peut être déjà discuté mais vous avez vu le dernier Franco, Dreams ?
Je l’ai trouvé fabuleux, d’une maitrise incroyable, son meilleur de mon point de vue.22 mai 2026 à 0 h 04 min #146992En réponse à : Cinéma – Page 22
Ostros
InvitéAprès un début d’année un peu mou que sont venus percer de lumière Dreams de Franco et The Mastermind de Reichardt (heureusement qu’il y avait les ciné clubs et le festival du réel), on est impatient.e.s qu’arrivent les nouveaux films de nos cinéastes tant aimés.
Recap des sorties :
12 août – Soudain de Hamaguchi
19 août – Fjord de Mungiu (sur conseil d’un sitiste)
26 août – L’inconnue de Harari
23 septembre – Les roches rouges de Dumont
30 septembre – Notre salut de Marre
Route algéricaine de RAZ devrait aussi sortir à la rentrée
Toujours pas de date pour Journal d’une femme de chambre de Jude
Et on avait dit Serra en 2027
Ainsi que le Ostlund4 avril 2026 à 10 h 06 min #141997En réponse à : Cinéma – Page 22
Jules de Bxl
InvitéMoi aussi je suis sensible aux notes et, en même temps, je m’en méfie. One Battle after another a une note presse de 4.7, tandis que Florida Project a 3.7 alors que ce film est juste objectivement (:D) génial… Dreams de Franco a 3.2.
18 mars 2026 à 12 h 55 min #139937En réponse à : Cinéma – Page 21
Jules
InvitéVu ces derniers jours Dreams et Mastermind ; deuxième film que je voyais de chaque réalisateur (j’avais vu et adoré Memory, et j’avais vu Night moves). Si je me base sur ces deux films, mais peut-être que les autres me donneront des suprises, je suis clairement plus sensible au cinéma de Franco.
Je n’ai pas accroché aux films de Reichardt, je m’y suis même ennuyé. Je ne comprends pas pourquoi certains répètent sans cesse que Franco est cynique vis-à-vis de ses personnages ; les personnages des deux films me semblaient au contraire complexes, ambivalents. Franco ne semble pas les juger, contrairement à ce que j’ai ressenti en voyant Mastermind. Il est vrai que je suis aussi un peu agacé par le côté « nous les femmes on est trop douces, les hommes sont juste irresponsables bêtes et méchants ». Ca m’a rappelé un peu le livre « le coût de la virilité », qui s’extasie de la douceur des femmes sans comprendre que c’est en partie le fruit de leur domination.17 février 2026 à 20 h 56 min #136984En réponse à : Cinéma – Page 21
The passenger
InvitéSalut tout le monde. Je découvre le forum. Passionnant. Je ne peux m’empêcher de mettre mon grain de sel, et non de sable (nul désir de gripper la machine).
J’ai vu le TVB Franco et lu de longs passages de vos comms. Je n’ai pas vu Dreams, en revanche j’ai vu Despues de Lucia et Sundown et je parie que des franquiens comme vous les ont vus, et déjà avec ces 2 films il y a tant à dire sur l’esprit Franco. Et aussi sur les critiques si péjoratives à son égard. Sachant que ce n’est pas le mot cynique qui revient dans ces critiques mais « misanthropie », il y a entre les deux termes une légère différence.
Avec Después on peut dire et même avec facilité que le film est plutôt démonstratif. Le tout du film, l’ensemble. Sachant qu’entre séquences et l’ensemble, chez Franco se joue le partage des moyens et des fins. Si les moyens sont ambiguës, ambivalents, indécidables l’ensemble est inéluctable, déroulant une mécanique implacable.
Aussi, il est peut être trop simple de le résumer ainsi et c’est négliger la condition sociale et familiale du père (dans después) et par extention de sa fille. Car chez ce cinéaste le Sujet est un sujet absent. Les conditions sociales sont bien plus déterminantes.
C’est là que ça coince pour beaucoup, je crois, car que devient l’individualité libre, que deviennent ce qu’on appelle les sentiments humains ? sachant que ces derniers, sont bien souvent issus d’une « tricherie moralisatrice ».
De même dans Sundown, on admire la cooltitude de Roth (Tim pas Philipp) et quand les infos nous parviennent au compte goutte, qu’on commence à savoir que c’est un riche industriel alors on se demande comment il a décidé de tourner la page de sa vie ? Est-ce la sacro-sainte prise de conscience du sujet ? On aimerait qu’il en soit ainsi. Le mec super cool qui prend conscience que son existence est vide. Eh bien non. Franco nous dit qu’il n’y a aucune raison qu’un grand bourgeois, déterminé à être un grand bourgeois, d’un coup ou même sur le temps long ait cette prise de conscience. C’est donc la condamnation par la maladie qui va le déterminer à faire événement.
Il est assez évident que les déterministes aiment tout particulièrement Franco. Car c’est en ce nœud complexe de l’individualité que certains frémissent à la vue de ses films. Pourquoi ce deuil dans después ? Pour fragiliser les personnages ? Les faire glisser sur la pente du malheur ? Dans dreams l’histoire d’amour étant centrale, il n’est pas étonnant que les dents grincent. Cet espace ténu entre détermination sociale et individualité libre, sentiments humains, quand il s’agit d’amour alors là ça ne rigole plus du tout. Dans le mélodrame (Charlotte Garson) les individus sont plus libres de décider et les contraintes sont explicitement tragiques. Du coup on comprend mieux. Les barrières de classes faut pas exagérer, dans des pays libres comme les nôtres !
Pourtant Franco n’exagère t-il pas un peu. Si ses personnages ne sont guidés in fine que par leur condition sociale, les déterminations empirico-existentielles ne peuvent-elles pas entrées en conflit avec les déterminations sociales ? Ses personnages sont-ils bêtes ? Idiots ? S’ils n’ont jamais lu Marx au moins ont-ils lu Sartre ? Ou Thoreau ? Sont ils conformistes à ce point là ? Quand un mexicain attend le bon moment pour passer la frontière, ne peut il pas lire un livre en attendant ? En marchant des kms et des kms dans le désert ne peuvent ils pas profiter pour lire un livre ? Sinon au moins réfléchir à leur situation et avoir des pensées révolutionnaires ? Moi je fais ça tous les jours, pourquoi pas eux ? Le père dans después n’a-t-il jamais lu Brecht ? Ne connaît-il pas le sentiment de distantiation ? Bon… Trêve de plaisanterie. Quand je parlais des moyens et des fins, n’est-ce pas au final retrospectivement que nous nous apercevons de la mécanique implacable ? Encore une tricherie moralisatrice de la part de critiques moralocentrés.17 février 2026 à 13 h 37 min #136959Sujet : Quoi de neuf ?
dans le forum Forum généralRémi l\\\\\\\\\\\\\\\’endormi
InvitéJ’ai vu deux fois Dreams de Franco et j’ai adoré. Avant ça, j’ai vu Resurrection de Bi Gan. Est-ce qu’il y a des films « aussi bien » qui sont en salle actuellement, ou qui sont prévus bientôt ?
16 février 2026 à 19 h 48 min #136888En réponse à : Cinéma – Page 21
Schnoups
InvitéBon, j’ai enfin écouté le TVB sur Franco. J’ai vachement repoussé parce qu’en lisant les posts de K et Seldoon (je crois) qui disaient juste « je suis d’accord avec le Franco chorégraphe » j’ai eu très très peur de t’entendre, François, dire que c’était le film d’un chorégraphe et gloser dans ce sens là et ça aurait été la grosse gêne, comme dans Psychologies quoi. Donc c’est mal je t’ai sous estimé, flagellation au programme, je ne boirais qu’une seul Bud, promis.
Bien vu d’ailleurs le rêve porté par les pas de deux dans le film. Effectivement le ballet classique c’est le romantisme au carré, le rêve de l’amour complètement harmonieux.
Le dernier plan sur Jen est effectivement très opaque, elle n’est pas soulagée cette brave Jen, ça m’est vraiment apparu à la deuxième vision du film, par contre je trouve très bon et très fort le fait de briser le prodige et je pense que c’est notamment ce geste qui à la deuxième vision rend d’autant plus vertigineux le dernier plan sur elle.
Très beau et décidément très intelligent effectivement que la serveuse qui le vire au début du film soit aussi celle qui le récupère en voiture. T’as eu raison d’en parler même rapidement à la fin, on se dit qu’effectivement même deux heures sur Dreams ne suffisent pas, c’est quand même quelque chose ce Franco.
Je suis d’accord avec le Fernando qu’on peut voir comme arriviste. Je crois que c’est K qui disait qu’il ne le voyait pas comme ça. Dans l’entretien que tu as posté K, Franco dit que pour lui « Fernando est irréprochable » dans son attitude. Là c’est toujours intéressant de voit que son propre film lui échappe parce qu’il est tout à fait envisageable dans le film que Fernando ait beaucoup d’intérêts à entretenir cette relation avec Jen qui quand même peut, et pourrait lui faciliter la tâche. D’ailleurs, et ça ça n’a pas été évoqué par François mais le fait qu’il la quitte si facilement je l’ai vu comme une stratégie banale de quelqu’un qui force la rétention chez l’autre pour obtenir ce qu’il veut, pour décider l’autre, pour le faire céder – qu’elle s’engage concrètement avec lui, il ne serait plus cet amour clandestin caché mais cet amant brillant sur les scènes de San Francisco.
Par contre je me demande si je suis la seule à avoir été à la première vision vraiment saisie par la beauté de la séquence d’invitation distante on va dire, au ballet. ça a quelque chose de vraiment beau, même cette vision en plongée, sur la proie comme dit François peut être vue comme quelqu’un d’amoureux qui regarde son amant jouir du spectacle de sa passion. On peut se dire qu’elle aime lui manifester son désir de lui laisser de l’espace (question importante dans le film) et la distance que réclame son émancipation. Même si tout s’arrête au plan de Fernando qui sue au soleil en remontant sa rue pour la rejoindre, puisque là on voit la stratégie de Jennifer pour le ramener au bercail. Changement de vision qui m’est apparu comme d’autant plus fort.
Et le Fernando classe moyenne m’est apparu aussi à la deuxième vision, j’ai trouvé ça génial aussi comme nuance très intelligente sur le réel des migrants. Ce qui convient bien aussi à un Fernando danseur classique. Il reste son pauvre, son prolétaire mais la nuance est importante.
Et Samir a bien fait de dire que le montage construisait le récit chez Franco, et quand on sait qu’il filme chronologiquement les séquences de ses films il est clair qu’il a en tête un montage précis sur l’enchaînement de ses plans et la construction de son récit. Et comme Samir Sundown est mon préféré.
Donc merci pour ce TVB très très riche hein.
Je me prends une Bud mais après finito.13 février 2026 à 19 h 16 min #136637En réponse à : Cinéma – Page 21
K. comme mon Code
InvitéLa réception critique française de Dreams a été plutôt positive alors que le film est moins tendre que Memory. Franco gagne en popularité. Ces gens recevront le mémo.
13 février 2026 à 17 h 52 min #136629En réponse à : Cinéma – Page 21
Tony
InvitéSans demander l’autorisation de E Burdeau,qu’il me pardonne,je vous partage ce très beau texte écrit sur son Substrack par un ancien critique des Cahiers,David Vasse, c’est vraiment remarquable
Michel Franco pose problème à plein de gens. Rares sont les cinéastes aussi honnis que lui. Son nom même fait horreur au point d’être tenu pour infréquentable. Pas grand-monde pour se plaindre de le voir aussi peu cité parmi les cinéastes qui comptent. Depuis le début lui sont affublés des qualificatifs dont il est en général difficile de se relever : sadique, misanthrope, manipulateur, insensible, « moraliste tortionnaire » (lu dans Libé sous la plume de Sandra Onana à la sortie de Sundown), le plus récurrent étant celui de pervers assénant ses thèses nihilistes sur le dos de ses personnages. D’aucuns, pour le situer, aiment à le comparer à Haneke en évitant d’en faire un éloge. Pas aimable, son cinéma n’aurait que ce qu’il mérite : l’indifférence ou l’hostilité. Tendre des films pour se faire battre est souvent ce qu’on lui reproche. Si bien que, quoi qu’il fasse (exception faite de Memory, légèrement épargné), se dresse devant lui une réception critique qu’on pourrait dire de défense, avec pour arme fatale une grille morale appliquée à ses films sans que peine soit prise de les regarder dans leur stricte matérialité.
N’aimant pas Haneke, pourquoi suis-je si intrigué par les films de Franco ? Qu’a-t-il que l’Autrichien n’a pas ? D’abord une opacité qui résiste à tout didactisme, une frontalité dans la mise en scène du moindre fait qui, sans lui ôter sa force connotative, le maintient dans une sorte de vacance obtuse, une butée du sens que même la conclusion, supposée sentencieuse, creuse et laisse muette. Aux détracteurs, s’ils le souhaitent, de s’occuper de conclure eux-mêmes par un jugement destiné le plus souvent à inculper le lascar pour abjection ou obscénité. En pareil cas, aimer Franco n’est pas chose aisée. Cela demande de se justifier. Perçu comme douteux, l’aveu de l’intérêt qu’on y prend mérite pour le moins qu’on calme le jeu, en s’attachant à ce qui fait la valeur de ce cinéma, partant celle des plans et de leur secrète concaténation.
Trois remarques générales pour expliquer l’attention que retiennent chez moi les films de Michel Franco. D’abord la rigueur de l’observation de faits et de gestes dont l’ambivalence se tient entre leur inscription au sein d’un agencement séquentiel parfaitement étudié et leur gravité interne suffisamment tendue et indécidable pour donner le sentiment de se soustraire à un ordre scénaristique global, intelligible, fusse-t-il implacable. Plus d’une fois devant les personnages on est enclin à se dire, hors de toute notion de causalité, « que font-ils ? », « à quoi pensent-ils ? », interrogations d’essence moderne qu’un cinéaste comme Bresson, auquel de toute évidence Franco se réfère, a comme nul autre portées très haut. Dans Sundown (2021), la sœur de Neil (Tim Roth) ne cesse de lui demander : « Qu’est-ce que tu as ? qu’est-ce que tu fais ? ». Au premier degré et à propos de tous les personnages de Franco ces questions doivent être prises. Aussi bien que doit être entendue l’absence de réponse claire comme la clé d’un cinéma si hâtivement qualifié de carcéral : la diffusion du trouble et de la stupeur, de l’hésitation et du retrait, à l’intérieur d’une forme au contraire imposante de netteté.
Chez Franco, l’attraction des plans et des corps s’emploie à figurer l’insondable. La transition elliptique des actions laisse entier le caractère intransitif des comportements pris dans l’unité de chaque scène. Toujours dans Sundown, lorsque Neil répète « je suis désolé », il ne fait qu’exprimer un état premier de désolation. Il n’est pas désolé pour les autres, il est désolé tout court. Littéralité de la présence et impénétrabilité de l’intériorité. Précision du cadre et lacune de l’information. C’est dans le jeu entre le concret des situations et la variabilité des hypothèses quant aux motivations des personnages que sinue la perception au travail des films de Franco.
Deuxième remarque ayant trait à un sujet que la connaissance des huit films réalisés à ce jour permet de repérer : la découverte d’un milieu par un individu qui imprudemment tente d’y occuper une place désirable avant d’en être violemment rejeté ou bien de s’y effacer de lui-même par sacrifice ou renoncement. La rudesse impitoyable de la réalité frappe comme un rappel à l’ordre ceux qui, par distraction ou ambition, l’avaient complètement écartée ou assimilée à leurs propres intérêts. Dur, le cinéma de Franco ? Oui, à l’image des risques qu’un tel déplacement fait courir aux aspirants à une vie moins pénible.
Troisième remarque inspirée du titre du deuxième film de Franco, sans doute le plus canonique, Despuès de Lucia (2012). Après ou – mieux – depuis Lucia, tuée dans un accident de voiture et dont le mari, chef cuisinier, tente avec sa fille de se reconstruire dans une autre ville. Comment continuer à vivre après un drame, un trauma, une béance ? La réponse n’est surtout pas dans un scénario de la résilience achevée, dans l’idée qu’après le pire le meilleur est à portée d’espoir et qu’il suffit de s’en donner les moyens. Pour Franco, le malheur originel est irréparable. Il n’est pas donné comme un événement supérieur chargé de réorienter le destin de ceux qui en sont victimes mais comme l’effraction d’un ordre quotidien retourné sur lui-même, dérangé sur ses bases, oblitéré de partout. Un malheur ne change rien, il ajoute seulement celui d’une distance éteinte, inquiète, avec un environnement devenu insituable. Il est la version noire d’une condition interdite au répit. Dans Despuès de Lucia, le deuil n’est pas une épreuve à surmonter en vue d’accéder à la promesse d’une nouvelle vie. Franco l’insinue dans l’impossibilité de l’oubli jusqu’à faire de celle-ci l’autre nom de l’inéluctable.
D’où la dimension sourdement tragique de ses films. D’où le cliché critique sur leur indécrottable pessimisme proche de la complaisance. Le tragique s’exonère de toute résolution, de toute croyance en la vertu d’un dénouement. On voudrait sortir du malheur mais on n’en sort pas. On y revient au contraire par un chemin qui est tout sauf drôle. Pour preuve l’irréversibilité de l’assignation à la fatalité qui se reflète dans le mouvement réversible de la fin et du début, comme en témoigne l’art de Franco de raccorder en une puissance d’évocation analogique le premier et le dernier plan de ses films, plans entre lesquels se seront irisés les fragments d’un lent phénomène d’entropie individuelle. À cet endroit aussi les critiques ne manquent pas de pleuvoir, ciblant la maitrise verrouillée d’un laborantin froid et cruel, habile à mener ses pauvres créatures au point extrême de leur détresse et ses spectateurs à celui de leur résistance. Faux procès lorsqu’on voit combien est à l’œuvre la mobilité des trajectoires et de leur lecture dans les interstices d’un montage tout en correspondances suggestives.
Un film de Franco ayant Dreams pour titre possède à première vue quelque chose d’ironique, tant ce cinéma accorde peu de places aux rêves. Ou alors dans le sens d’une extraction sociale enfin réalisée au bout de l’effort. Le rêve n’est pas le contraire de la réalité ni un arrangement avec ses décrets. Il est très clairement ce que d’autorité elle refuse et détruit. Dans ce dernier film, le rêve se partage en deux vœux de réussite explicites dont Franco problématise la compatibilité sans faire mystère de leur contradiction factuelle. Fernando, un immigré mexicain, cherche à rejoindre clandestinement San Francisco dans l’espoir d’intégrer une compagnie de danse réputée. Jennifer, riche héritière philanthrope à la tête d’une fondation dédiée aux arts, souhaiterait pouvoir s’affranchir du déterminisme familial et patrimonial afin de vivre à l’abri des regards de sa classe son amour pour le jeune homme. Ces deux-là se connaissent depuis des mois lorsque le film commence. On est à nouveau dans l’après de leur rencontre. La nature de leur liaison, le film s’emploie avec minutie à la rendre plurivoque. Amour ou désir ? sincère ou intéressée ? romantique ou coloniale ? C’est souvent l’affaire de plus d’un plan que d’organiser l’oscillation de l’une à l’autre de ces hypothèses, invalidant au passage l’accusation d’un cinéma figé et irrespirable.
Il est certes facile de ressentir à travers le couple la menace du schématisme. La bourgeoise et le migrant, la riche et le pauvre, la dominante et le dominé, l’argent et le sexe, autant de binômes avec lesquels on tombe si rapidement dans le discours et la caricature. Franco y échappe souverainement car son projet est ailleurs. Non dans la psychologisation des antagonismes sociaux mais dans leur traitement en termes d’espaces à investir (dans les deux sens pour Jennifer) et de déplacements à effectuer d’une scène à l’autre, comme d’un pays à l’autre, sous un régime d’interaction spéculaire que favorise en particulier la rime des deux villes principales du film, Mexico et San Francisco.
Après avoir appris que sa fille vivait une histoire avec un immigré sans papiers, le père lui explique avec un cynisme cauteleux qu’il est bien qu’elle s’occupe d’eux mais qu’il y a « des limites ». Limites à ne pas franchir au même titre que la frontière que Fernando et Jennifer au contraire traversent en alternance et dans les deux sens. Du respect des frontières (géographiques, morales) édicté par le pouvoir à leur transgression clandestine par la loi du désir s’élabore une scénographie fluctuante où se joue la lutte des vaines apparences et des corps à l’épreuve. Chaque scène invite à se concentrer sur le comportement des personnages afin d’y déceler, l’espace d’un regard, d’un silence ou d’un geste, le détail susceptible de trahir leur ambiguïté. Sans perdre de temps à commenter ce qu’ils font, ils ont uniquement la scène pour introduire sur le champ l’indice d’une faille exposée aux dangers de la compromission.
Pour la préparation de Dreams, Franco a revu Tous les autres s’appellent Ali. À noter également que la domestique de Fernando se prénomme Martha. Fassbinder est immanquable à la vision du film. Bien que d’un style opposé, Franco configure à son tour la précarité d’une relation amoureuse asymétrique sous la pression de l’argent et du mépris de classe. Les rapports de domination, qu’ils soient de l’ordre du calcul ou de la jouissance, permutés selon le constat qu’aucune illusion ne résiste à la profondeur des inégalités, prennent la forme d’un jeu à trois bandes où il y a tout à perdre. Fernando perdra violemment tout espoir de faire carrière dans la danse, Jennifer perdra celui de rompre avec un conservatisme prospère qu’elle se sait condamnée à perpétuer.
Revoyant Martha récemment, je me suis demandé si les contempteurs de Franco étaient tout aussi disposés à infliger au film de Fassbinder les mêmes griefs : acharnement du malheur, surdosage de l’affliction, insistance de la douleur, empire du pire. La question ne me semble pas déplacée.
Comme il se doit, Dreams s’achève comme il a commencé, sur l’angoisse de l’enfermement et de l’étouffement. Au « laissez-nous sortir » des migrants retenus dans le camion répond le « laisse-moi partir » de Jennifer à Fernando devenu son geôlier. Est-ce à dire que pour Franco l’expérience de la séquestration est équivalente des deux côtés ? Pas le moins du monde bien entendu. La fin reconduit simplement le principe d’inversion cher au cinéaste par lequel il replie bord à bord les modalités d’une souffrance sans dépositaire attitré, sinon celui ou celle prêt.e à tout pour échapper à la contrainte de son sort et qui finit immobilisé.e dans l’effroi de son anéantissement. Cri de douleur de Fernando ou silence meurtri de Jennifer, l’un et l’autre ne bougent plus, terrassés par la certitude qu’aucun rêve cette fois ne bougera plus non plus. Franco, cinéaste naturaliste ? Oui, mais un vrai.11 février 2026 à 14 h 58 min #136480En réponse à : Cinéma – Page 21
K. comme mon Code
InvitéJe trouve qu’il y a une baisse de régime de Franco dans ce film, mais cette scène avec le danseur me plaît. Dans la disposition, le danseur déçu s’adresse autant à Fernando qu’aux autres danseurs – eux, tous gênés par ce spectacle – et il s’amuse a provoquer en public tout comme il prend du plaisir à rabaisser celui qui prend sa place, ou plutôt à lui rappeler sa place. Je ne vois pas ce qui serait raté là-dedans.
Je te rejoins sur la famille de Jennifer. Globalement, j’ai trouvé qu’on passait trop peu de temps avec eux et que Franco se contentait du strict minimum. Surtout quand on sort de Memory. On revient à l’histoire d’amour ; c’est très centré sur eux, mais Fernando rêve davantage de danse aux États Unis que Jennifer et Jennifer rêve davantage d’un échappatoire à sa vie américaine avec son amant mexicain, et donc j’aime surtout dans Dreams voir l’un sans l’autre.10 février 2026 à 19 h 01 min #136385En réponse à : Cinéma – Page 21
stephanie
InvitéJe sors de Dreams , pas encore écouté TVB mais lu la plupart des vos commentaires.
J’ai retrouvé tout ce que j ‘aime chez Franco , la cruauté et l’extreme douceur qui se dégagent des personnages, la complexité des sentiments
la domination et l’arrogance des US jusque dans les rapports humains.
Un petit bémol sur un passage moins réussi et prévisible, le jeune danseur wasp qui tacle et rabaisse Fernando à la sortie du cours de danse.
Dreams c’est un pied de nez au le rêve américain ?
Je m’empresse d’écouter TVB.5 février 2026 à 22 h 12 min #135938En réponse à : Michel Franco
Younès
InvitéPersonnellement, j’ai vu tous les films de Franco et seul « Nouvel Ordre » m’a résisté. Je l’ai trouvé trop évident dans sa manière d’aborder la lutte des classes. Franco excelle quand ce « thème » est traité insidieusement et irrigue toute la narration de ses films (j’ai revu, avant « Dreams », « Sundown » et ça me paraît être la perfection dans ce que j’essaie d’exprimer). Mais bon, il faudrait peut-être que je lui laisse une chance à ce film.
« Daniel et Ana » m’avait bouleversé, on voit déjà ici l’importance du « 2 ». Toujours deux drames qui arrivent dans le film, et dans celui-ci en particulier ça prend une force absolument démentielle. (Pour l’anecdote, j’ai payé 50 euros le DVD de ce film chez JM…).
« Dreams » est extraordinaire. J’ai déjà envie de le revoir. Franco sait maîtriser ses fins (celle de « Sundown », notamment le dernier plan, est magnifique). Le travail sur l’agencement des corps de Jennyfer et de Fernando est extrêmement bien réussi ; comment Jennyfer, malgré l’amour (que je suppose réel) qu’elle entretient pour Fernando, essaie tout de même de réaffirmer sa posture de domination en préférant le corps de ce dernier révélant une prétendue saleté, dureté qu’elle croit inhérent aux immigrés mexicains. Tout ça rend la scène de viol opéré par Fernando assez fascinante, une sorte de vengeance par l’affirmation au plus haut point des préjugés dont il était subrepticement victime. Sans parler de la scène de fin glaciale.
J’ai écrit en vrac, mais c’est là.5 février 2026 à 9 h 20 min #135899En réponse à : Michel Franco
..Graindorge
InvitéL’article est dans le fil Intégrale et je le place ici aussi
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Le cinéaste mexicain Michel Franco s’est beaucoup intéressé aux racines et aux conséquences de la violence qui secoue son pays. Avec son nouveau film, Dreams, récit d’une passion toxique entre Jennifer McCarthy (Jessica Chastain), une riche mécène des arts américaine, et Fernando (Isaac Hernandez), un jeune danseur mexicain, il explore par l’intime la relation perverse qui unit le Mexique aux Etats-Unis. Un lien qui s’est encore dégradé avec le second mandat de Donald Trump à la Maison Blanche.
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Comment l’idée du film est-elle venue ?
Depuis que je suis enfant, je suis troublé par la façon dont les Mexicains sont traités aux Etats-Unis. Une partie de la main-d’œuvre est composée d’immigrants et plusieurs millions de ces travailleurs sont des Mexicains. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour eux. Le film montre comment ils sont traités comme des personnes de second ordre. Je suis aussi préoccupé par la façon dont les Etats-Unis contrôlent la politique mexicaine. Au moment d’écrire Dreams, j’étais obsédé par le fait que Donald Trump puisse être réélu à la tête du pays. Puis j’adore les films sur les relations toxiques, comme Tous les autres s’appellent Ali [1974], de Rainer Werner Fassbinder.******
Pourquoi avoir fait de Fernando un artiste ?
Dans la première version du scénario, il devait être l’employé d’une entreprise que Jennifer possède au Mexique. Mais j’ai trouvé que le résultat était ennuyeux sur le papier. J’ai pensé qu’il serait plus cinématographique d’en faire un danseur. J’aime aussi le fait que parce qu’elle est une mécène des arts, Jennifer pense qu’elle est une meilleure personne. Elle pense que l’argent lui donne des droits sur son amant. Elle veut acheter non seulement des biens, mais aussi des gens et leur conscience. C’est aussi ce que font les Etats-Unis avec le Mexique. Et, à cause de la corruption, il est impossible de lutter.*******
Pourquoi, dans vos films, représenter la violence de manière aussi frontale ?
J’évite de la montrer autant que possible, mais je pense qu’elle fait partie de notre réalité. Nous ne savons pas de quoi nous sommes capables tant que nous ne sommes pas poussés à bout. Le rejet constant que subit Fernando dans le film est très violent. Je pense que les gens devraient réagir davantage à certains comportements comme la xénophobie. Elle est tellement normalisée et acceptée que, quand elle débouche sur une réaction violente, les gens ne comprennent pas pourquoi celle-ci s’est produite.*******
Etait-il important de montrer que le Mexique participe lui-même de cette violence que subissent les migrants ?
Je suis content que vous évoquiez cette scène, parce qu’elle est basée sur des événements qui se sont produits il y a trois ans à Ciudad Juarez. Des immigrants, principalement des Vénézuéliens, s’étaient rebellés dans un centre de rétention où le feu a pris. Les gardiens ont verrouillé les accès et les ont laissés brûler vifs sans que personne n’ait à en payer les conséquences. Je ne peux pas faire un film en disant simplement que les Américains sont les méchants et les Mexicains les victimes. Cela n’a pas seulement à voir avec une question de nationalité, mais avec cette façon primitive que l’homme a de marcher sur l’autre et de l’exclure. Les immigrants au Mexique sont très mal traités, et les médias en parlent peu. Des dizaines de personnes sont mortes ce jour-là et personne ne s’en soucie vraiment.*******
Comment réagissez-vous à ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis ?
Malheureusement, je ne suis pas surpris. Les Etats-Unis devraient être reconnaissants envers les Mexicains, mais ils sont présentés comme un problème. Quand les gens lisaient mon scénario, ils me disaient que les Américains ne détenaient pas de personnes comme Fernando, que j’exagérais. J’ai suivi mon instinct et maintenant la réalité a dépassé le film. C’est arrivé très vite. Et personne ne proteste assez. De toute façon, le gouvernement américain continuera à faire ce qu’il veut. Ça a toujours été comme ça. Il y a toujours eu de la xénophobie et des expulsions, mais ce n’était pas célébré comme aujourd’hui. La situation aux Etats-Unis me rappelle l’Europe des années 1930 et 1940, avec la montée du fascisme.**********
A quels rêves le titre du film renvoie-t-il ?
Les deux personnages, qui ont chacun leurs propres aspirations, vivent en dehors de la réalité. Et, bien sûr, cela nous rappelle le rêve américain. On peut se demander s’il existe toujours ou s’il n’est pas devenu trop naïf d’y croire encore. Maintenant, c’est plutôt un cauchemar. Il y a également eu un programme intitulé « The Dreamers » qui a été annulé, destiné à aider les enfants d’immigrés nés aux Etats-Unis. Là encore, cet idéal a perdu de son éclat.*********
Pourquoi, contrairement à beaucoup de vos compatriotes, comme Guillermo del Toro ou Alfonso Cuaron, n’avez-vous jamais cherché à faire carrière à Hollywood ?
Tant que je peux garder le contrôle total de ce que je fais, sans trop avoir à me justifier, cela ne me dérange pas de travailler à Hollywood ou ailleurs. Mais je pense qu’il serait naïf de penser que je pourrais aller voir un grand studio et qu’il me donnerait beaucoup d’argent et de liberté pour faire les films que je fais. Je travaille beaucoup à détourner les conventions d’Hollywood. Les films que j’ai tournés aux Etats-Unis ont été financés principalement avec de l’argent mexicain. C’est très bien ainsi. Aller là-bas me permet surtout de travailler avec de grands acteurs, comme Jessica Chastain, qui me facilitent la vie. Elle est intelligente et comprend très vite le langage du film. Elle prend un million de notes sur le scénario, pose des petits papiers autocollants partout. C’est elle qui a apporté la garde-robe et les bijoux du personnage. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur un script, elle le défendra jusqu’au bout.4 février 2026 à 17 h 11 min #135842En réponse à : Intégrale – Page 2
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InvitéNotre souhait exaucé! Pour Michel Franco, je remue ciel et terre
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Le cinéaste mexicain Michel Franco s’est beaucoup intéressé aux racines et aux conséquences de la violence qui secoue son pays. Avec son nouveau film, Dreams, récit d’une passion toxique entre Jennifer McCarthy (Jessica Chastain), une riche mécène des arts américaine, et Fernando (Isaac Hernandez), un jeune danseur mexicain, il explore par l’intime la relation perverse qui unit le Mexique aux Etats-Unis. Un lien qui s’est encore dégradé avec le second mandat de Donald Trump à la Maison Blanche.
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Comment l’idée du film est-elle venue ?
Depuis que je suis enfant, je suis troublé par la façon dont les Mexicains sont traités aux Etats-Unis. Une partie de la main-d’œuvre est composée d’immigrants et plusieurs millions de ces travailleurs sont des Mexicains. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour eux. Le film montre comment ils sont traités comme des personnes de second ordre. Je suis aussi préoccupé par la façon dont les Etats-Unis contrôlent la politique mexicaine. Au moment d’écrire Dreams, j’étais obsédé par le fait que Donald Trump puisse être réélu à la tête du pays. Puis j’adore les films sur les relations toxiques, comme Tous les autres s’appellent Ali [1974], de Rainer Werner Fassbinder.******
Pourquoi avoir fait de Fernando un artiste ?
Dans la première version du scénario, il devait être l’employé d’une entreprise que Jennifer possède au Mexique. Mais j’ai trouvé que le résultat était ennuyeux sur le papier. J’ai pensé qu’il serait plus cinématographique d’en faire un danseur. J’aime aussi le fait que parce qu’elle est une mécène des arts, Jennifer pense qu’elle est une meilleure personne. Elle pense que l’argent lui donne des droits sur son amant. Elle veut acheter non seulement des biens, mais aussi des gens et leur conscience. C’est aussi ce que font les Etats-Unis avec le Mexique. Et, à cause de la corruption, il est impossible de lutter.*******
Pourquoi, dans vos films, représenter la violence de manière aussi frontale ?
J’évite de la montrer autant que possible, mais je pense qu’elle fait partie de notre réalité. Nous ne savons pas de quoi nous sommes capables tant que nous ne sommes pas poussés à bout. Le rejet constant que subit Fernando dans le film est très violent. Je pense que les gens devraient réagir davantage à certains comportements comme la xénophobie. Elle est tellement normalisée et acceptée que, quand elle débouche sur une réaction violente, les gens ne comprennent pas pourquoi celle-ci s’est produite.*******
Etait-il important de montrer que le Mexique participe lui-même de cette violence que subissent les migrants ?
Je suis content que vous évoquiez cette scène, parce qu’elle est basée sur des événements qui se sont produits il y a trois ans à Ciudad Juarez. Des immigrants, principalement des Vénézuéliens, s’étaient rebellés dans un centre de rétention où le feu a pris. Les gardiens ont verrouillé les accès et les ont laissés brûler vifs sans que personne n’ait à en payer les conséquences. Je ne peux pas faire un film en disant simplement que les Américains sont les méchants et les Mexicains les victimes. Cela n’a pas seulement à voir avec une question de nationalité, mais avec cette façon primitive que l’homme a de marcher sur l’autre et de l’exclure. Les immigrants au Mexique sont très mal traités, et les médias en parlent peu. Des dizaines de personnes sont mortes ce jour-là et personne ne s’en soucie vraiment.*******
Comment réagissez-vous à ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis ?
Malheureusement, je ne suis pas surpris. Les Etats-Unis devraient être reconnaissants envers les Mexicains, mais ils sont présentés comme un problème. Quand les gens lisaient mon scénario, ils me disaient que les Américains ne détenaient pas de personnes comme Fernando, que j’exagérais. J’ai suivi mon instinct et maintenant la réalité a dépassé le film. C’est arrivé très vite. Et personne ne proteste assez. De toute façon, le gouvernement américain continuera à faire ce qu’il veut. Ça a toujours été comme ça. Il y a toujours eu de la xénophobie et des expulsions, mais ce n’était pas célébré comme aujourd’hui. La situation aux Etats-Unis me rappelle l’Europe des années 1930 et 1940, avec la montée du fascisme.**********
A quels rêves le titre du film renvoie-t-il ?
Les deux personnages, qui ont chacun leurs propres aspirations, vivent en dehors de la réalité. Et, bien sûr, cela nous rappelle le rêve américain. On peut se demander s’il existe toujours ou s’il n’est pas devenu trop naïf d’y croire encore. Maintenant, c’est plutôt un cauchemar. Il y a également eu un programme intitulé « The Dreamers » qui a été annulé, destiné à aider les enfants d’immigrés nés aux Etats-Unis. Là encore, cet idéal a perdu de son éclat.*********
Pourquoi, contrairement à beaucoup de vos compatriotes, comme Guillermo del Toro ou Alfonso Cuaron, n’avez-vous jamais cherché à faire carrière à Hollywood ?
Tant que je peux garder le contrôle total de ce que je fais, sans trop avoir à me justifier, cela ne me dérange pas de travailler à Hollywood ou ailleurs. Mais je pense qu’il serait naïf de penser que je pourrais aller voir un grand studio et qu’il me donnerait beaucoup d’argent et de liberté pour faire les films que je fais. Je travaille beaucoup à détourner les conventions d’Hollywood. Les films que j’ai tournés aux Etats-Unis ont été financés principalement avec de l’argent mexicain. C’est très bien ainsi. Aller là-bas me permet surtout de travailler avec de grands acteurs, comme Jessica Chastain, qui me facilitent la vie. Elle est intelligente et comprend très vite le langage du film. Elle prend un million de notes sur le scénario, pose des petits papiers autocollants partout. C’est elle qui a apporté la garde-robe et les bijoux du personnage. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur un script, elle le défendra jusqu’au bout. -
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