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Accueil Forums Forum général Une grammaire cinématographique dans le roman l’amour ?

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    Messages
    • #59344 Répondre
      Martin
      Invité

      C’est une question pour François.

      Je viens de finir L’amour que j’ai beaucoup aimé, notamment la manière dont tu as marqué l’écoulement du temps par des ellipses narratives au sein d’une même phrase. La plus belle, selon moi, étant celle où tu changes de temps, passant du futur au présent, pour évoquer la nuit pluvieuse de novembre 73.

      Mais en lisant le roman, je me suis dit plusieurs fois que certaines scènes étaient découpées comme dans un film. J’en ai relevé 3 qui m’ont marqué :
      -lorsque Jeanne croise Jacques la première fois, on quitte pour la première fois le personnage principal pour découvrir la vie de Jacques : en lisant la scène j’ai imaginé un plan séquence dans lequel la caméra fixée sur Jeanne finirait par suivre Jacques, le camion de son père quittant l’hôtel et ainsi de suite pour faire de Jacques l’autre protagoniste de l’histoire.
      -la scène du premier baiser dont le début est hors champs car centrée sur le chien avant de revenir (comme le chien) sur les amoureux.
      -l’ellipse grâce à la caméra miniDV de Jacques qui passe des animaux d’Afrique au mariage de son fils dans la même phrase : j’ai imaginé un plan sur les animaux, puis un plan serré sur la caméra et enfin un dézoome avec un cut rapide pour changer le décor et voir Jacques filmant Elodie à l’église.

      Ma question : est-ce que c’est une interprétation de lecteur ou est-ce un choix conscient (ou inconscient) de ta part d’avoir écrit des scènes dont la construction emprunte à la forme cinématographique pour faire avancer la narration de manière fluide ?

    • #59359 Répondre
      Ostros
      Invité

      Martin,
      En attendant une réponse de François tu peux lire ma page du blog dédié à l’amour et ses 121 commentaires, dans lesquels je pense qu’il est question des procédés à l’oeuvre pour rendre cette matière littéraire fluide comme le temps qui passe.

      L’AMOUR, éléments génétiques.


      .
      Il me semble que la question avait aussi été posée à la à la fin de la recnontre à la maison de la poésie, ou une question approchant sur une comparaison du livre et de sa version film (le reste de la rencontre est aussi intéressant) :

      • #59360 Répondre
        Ostros
        Invité
      • #59361 Répondre
        Ostros
        Invité

        LA page du blog avais-je bien écrit avant que le correcteur automatique se la raconte.

    • #59362 Répondre
      Martin
      Invité

      Merci Ostros, je vais aller y jeter un oeil.

    • #59368 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      Merci Martin pour ces observations-questions précises.
      Je crois qu’il n’y a pas préséance ici du cinéma. Il ne faut pas oublier que la littérature contient déjà elle-meme les capacités que tu prêtes au cinéma. Ainsi l’ellipse – en cinéma ça se fait en un raccord, mais en littérature ça se fait d’une ligne à l’autre, d’un trait de plume ou d’un coup de clavier. Ainsi le décrochage de point de vue – des amants au chien, comme tu le vois bien-, dont Flaubert est un maitre. Ainsi le raccord par un objet, comme ici la caméra DV. La littérature possède autant que le cinéma de grandes capacité d’ubiquité : être dans plusieurs lieux à la fois, ou passer vite d’un lieu à un autre – ou d’un moment à un autre.
      Oui littérature et cinéma ont à leur disposition ce même outillage prodigieux, souverain. Ce sont des arts omnipotents – ce que ne serait pas la peinture, par exemple (ce qui ne signifie pas son infériorité, mais disons ses moindres possiblités)

      • #59380 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Ainsi l’ellipse – en cinéma ça se fait en un raccord, mais en littérature ça se fait d’une ligne à l’autre, d’un trait de plume ou d’un coup de clavier. Ainsi le décrochage de point de vue – des amants au chien, comme tu le vois bien-, dont Flaubert est un maitre. »
        J’aime ton dévoiement du tiret: juste après ellipse, juste après vue et l’alternance avec la virgule sur les arcs suivants
        Cela me plaît
        Proust remarquait chez Flaubert une utilisation nouvelle de Et pour soutenir les arcs
        « mais cet «  et «  là ( celui d’association dans une énumération) le grand rythme de Flaubert ne le comporte pas. En revanche, là où personne n’aurait l’idée d’en user, Flaubert l’emploie. C’est comme l’indication qu’une autre partie du tableau commence, que la vague refluante, de nouveau va se réformer « 

        • #59383 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          et après des gens iront nous dire qu’un écrivain ne saurait parler d’écriture
          qu’un écrivain ne sait pas ce qu’il fait
          Proust a inventé sa littérature, une des plus belles de histoire, en lisant et en réfléchissant ce qu’il lisait – et en existant.

          • #59455 Répondre
            Claire N
            Invité

            Ton « – en en existant «  est parfaitement génial

            • #59456 Répondre
              Claire N
              Invité

              J’y entends la part de dieu – et un peu Rimbaud

              • #59465 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Oui Claire N  » en existant » c’est plus joli que le discriminatoire, médiocre et violent » mamamMía que Buenotoday » Extrait d’un poème d’ un illustre inconnu. On y entend ni Dieu ni Rimbaud
                Aucune beauté ni justice ni Amour
                Mais la Beauté et sa justice existent et c’est bien l’essentiel
                Amen

    • #59387 Répondre
      Martin
      Invité

      Merci pour ton retour.
      Je comprends bien le caractère omnipotent de la littérature mais c’est vrai que je n’avais, de mémoire, encore jamais lu une forme pareille. Je vais me mettre sérieusement à Flaubert du coup.

    • #59499 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je n’arrive pas à me dire qu’un livre pourrait être découpé comme un film.
      Ou alors pour attaquer le dit livre, et pour faire référence à la forme standard du (mauvais) découpage au cinéma, celui du téléfim, de la série (champ / contrechamp par ex.). La dernière fois que je me suis dit ça, c’était à propos de Et si c’était vrai de Marc Levy, ou le Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger — j’ai eu ma période chick-lit et je vous emmerde ! –, où les ficelles des procédés d’écriture étaient tellement grosses (comme on dit) que je voyais déjà le film en lisant le livre, ce qui pour moi est un très mauvais indice de la qualité d’un livre (et du film qui en sera fait).
      Mais il m’arrive de me dire que certaines scènes ou récits sont cinématographiques — et c’est ce que propose Martin ici –, pour des raisons que j’ai toujours hésité à, évité de creuser ; je pense à la nouvelle Adieu de Balzac, et il est beaucoup plus intéressant dans ce cas de parler de cinéma que Balzac ne pouvait pas connaître.
      *
      Pour en revenir à François, je pense qu’aucun de ses livres n’est transposable directement en scène ou scénario de cinéma, je pense même pouvoir dire que ses livres s’écrivent contre quelque chose comme le cinéma (ou contre la fiction au cinéma), et c’est autant vrai de Entre les murs, dont le réalisateur a fait autre chose que ce dit le livre, avec un tout autre propos, pas La blessure la vraie, que le réalisateur a trahi selon le voeu de François, et pas non plus L’amour, qui obligerait à recentrer le film sur des scènes de vie, ou un moment de l’existence de ce couple, sauf à prendre plusieurs acteurs pour incarner le couple sur trois générations et donc de fait à proposer là encore autre chose (à la manière de I’m not there, le film sur Bob Dylan), et pas Ma cruauté qui obligerait à des flash back qui n’en sont pas dans le livre et à transposer maladroitement le « délire » des 50 dernières pages qui me sont apparues comme les meilleures que François a jamais écrites (avec celles de La Politesse) — et pour ma part beaucoup plus émouvantes que les dernières pages de L’amour, qui m’ont laissé un peu froid.

      • #59500 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Correctif. Il faut lire : « et c’est autant vrai de Entre les murs, dont le réalisateur a fait autre chose que ce que dit le livre, avec un tout autre propos, que de La blessure la vraie, que le réalisateur a trahi selon le voeu de François, que de L’amour, qui obligerait à recentrer le film sur des scènes de vie, ou un moment de l’existence de ce couple, sauf à prendre plusieurs acteurs pour incarner le couple sur trois générations et donc de fait à proposer là encore autre chose (à la manière de I’m not there, le film sur Bob Dylan), que de Ma cruauté… »

        • #59527 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Repensant aux 50 dernières pages de Ma cruauté, une grimace me vient parfois. Merci de me soulager.
          Il est peut être opportun que je redise ici un truc déjà dit : le seul roman que j’ai écrit avec en tête du cinéma, c’est Un enlèvement. Seul livre dont j’aurais l’impression de pouvoir tirer un film, et un film meilleur que le livre. Film qui me permettrait de réobjectiver ce père de famille, dont je ne suis pas certain d’avoir bien fait d’adopter le point de vue.

          • #59532 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            Ce qui m’a beaucoup plu dans ces 50 pages, c’est évidemment la boursoufflure du délire, l’entrée dans le fantasme, qui conduit à relire à la loupe tout ce qui précède. C’est aussi l’indistinction (l’indiscernabilité diraient certains) entre les contraines, leur mélange (qui n’a rien de confus), l’espèce et l’espace de monisme ou de panthéisme que cela implique, la fin des dualismes, entre la fiction et la réalité, la réalité et le fantasme (ou le désir), la cruauté et la douceur, la matière et l’esprit, la pulsion et le réel, l’humain et l’animal : tout est dans tout, et réciproquement, et c’est ça la cruauté moniste, il n’y a pas de place pour le jugement moral, il faut bien vivre. On comprend alors que peut-être rien de ce qu’on a lu n’a réellement eu lieu, n’a eu lieu comme c’est décrit, que ce n’est peut-être qu’une projection, ou que c’est la réalité même, justement, la même chose. Et qu’Omar (bien sûr homard, mais je ne l’avais pas compris plus tôt) est un double obscur du narrateur, mais qu’il n’incarne ni surmoi ni conscience morale, ni principe de réalité, ni principe de plaisir. Il ne meurt à la fin que parce qu’il ne peut pas mourir et sera oublié dans un recoin de la mémoire (le coffre d’une auto, belle image de la mémoire). Puissance de la littérature à exprimer avec autant de subtilité l’impossible.
            À part Arnaud Viviant, qui est un bon lecteur, et un critique qui m’est cher, je n’ai pas lu, entendu quelqu’un parler de cette fin avec le même discernement que lui (dans sa présentation au Masque je crois, où il a été le seul à dire qu’il avait aimé la fin et le roman tout court). Mais je n’ai pas lu grand chose sur ce grand roman incompris et raillé, alors qu’il est peut-être le plus personnel et le plus abouti de son auteur.

            • #59559 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Raillé, même pas. Ce roman n’a tout simplement pas été commenté.
              Il lui arrive cette belle aventure d’etre souvent le préféré de sa poignée de lecteurs. On parlait d’happy few, ca a rarement été aussi vrai que là.
              Tu as bien sur raison sur le monisme. Tout est dans tout. Et il n’y a que la littérature qui le sait – qui l’effectue

              • #59598 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                Un peu « raillé », tout de même, sur France Cul, dans l’émission de Lucile Commeaux, par elle-même d’ailleurs, parce qu’à un moment donné, hein, avec l’insistance sur les bêtes, hein, on n’y comprend plus rien, etc. Alors que c’est le coeur même du roman, trouver l’affect originaire au coeur du vivant (je l’exprime mal) : la cruauté du monde, son être-là (comme dirait l’autre), la bête est sans pourquoi…
                Elle est généralement bonne lectrice, bonne spectatrice, elle fait le taf, mais pas là. J’ai été étonné par une telle cécité sur ce qui est si clair dans ton roman, notamment, encore une fois, les dernières pages.
                La littérature peut parfois arriver à exprimer le monde de manière non-humaine, sans l’anthropomorphiser, sans anthropocentrisme. Notamment lorsqu’il s’agit de parler des relations humaines. Je le crois de plus en plus (mais je le savais déjà, lisant un peu de poésie). Etait-ce une intention, même lointaine, de ce livre ?

                • #59632 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Je ne le formulerais pas comme ça
                  Disons que l’animal est le noyau cru du livre – comme on parle de noyau dur.

          • #59556 Répondre
            Delphine
            Invité

            « ce père de famille, dont je ne suis pas certain d’avoir bien fait d’adopter le point de vue ». Concernant « un enlèvement », le personnage du père de famille se mélange avec le narrateur, et le côté start-uper que François a voulu mettre en avant n’est peut-être pas l’aspect que l’on retient en premier. On peut lire le livre en y voyant une banale famille en vacances, sans que le côté classe sociale ne soit flagrant. On retient les joutes verbales entre le père et la fille, éléments qui pourraient contribuer à faire du livre un film. Quant au côté social souvent présent dans les livres de François, je trouve que cet aspect différences entre classes sociales apparaît plus clairement dans le livre « en guerre ».

            • #59560 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Je trouvais que le commentaire pour le coup profus de ce livre mettait trop en avant la classe sociale de ce père et pas assez ce qui était central pour moi, à savoir son statut de père. Tu rectifies. Mais en allant un peu trop dans l’autre sens.
              Du reste Emmanuel n’est pas exactement un start-uper, il fait du conseil en patrimoine.

              • #59571 Répondre
                Delphine
                Invité

                « ce qui était central pour moi, à savoir son statut de père ». Chaque lecteur se fera sa propre opinion, peut-être en fonction de sa sensibilité ou sa capacité à capter plus ou moins rapidement la dimension sociale et/ou politique d’un texte. En le lisant, j’ai trouvé que le statut de père était l’aspect le plus mis en avant. Avec ce qui se passe parfois dans les familles : chaque parent aime de manière égale ses enfants, mais a plus d’affinités avec l’un d’eux. Dans « un enlèvement », le père semble protecteur envers son fils mais, intellectuellement, le comportement de sa fille lui donne plus matière à réagir. Même si elle l’agace parfois, il en joue. Quand, après avoir lu le livre, j’ai écouté certaines de tes interventions, François, et que j’ai entendu qu’il s’agissait d’une famille socialement macronienne, je me suis dit que je n’avais pas particulièrement retenu cet aspect politique en lisant le livre.

                • #59574 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Les deux ne sont pas disjoints.
                  Car ces parents ont une conception toute macronienne de l’éducation des enfants. Un éducation à la performance.

      • #59502 Répondre
        Delphine
        Invité

        Concernant les livres paraissant facilement transposables au cinéma, je me suis dit cela en lisant Guillaume Musso, dont on a l’impression qu’il écrit ses livres en repensant à un téléfilm (souvent policier). Cela fonctionne bien auprès des lecteurs mais apparaît comme une solution de facilité. Le style d’écriture est complètement différent de livres comme ceux de François, où l’on retrouve plus de complexité et de matière à penser. Parmi les livres de François que j’ai lus, la forme de « entre les murs » me semble se prêter à l’adaptation cinématographique (même si le film n’est pas un copier-coller exact). Cela est probablement dû aux multiples dialogues dans le livre. D’ailleurs, bien que la réalité des scènes décrites rende le livre vivant et facile à lire, son écriture (pas le style, mais le fait d’écrire le livre) m’a paru fastidieuse, de par la densité des scènes. Sauf s’il s’était agi d’une sorte de « patchwork », c’est-à-dire que, pendant une période donnée, François, quand il était prof, aurait écrit, par exemple chaque soir, une scène de sa journée, les dialogues étant encore frais dans sa mémoire, puis les aurait simplement assemblés au moment d’écrire le livre, sans vraiment reprendre la forme et travailler sur le style. « la blessure la vraie » et « un enlèvement » pourraient peut-être également faire l’objet d’un film, s’agissant, pour une grande partie, de scènes de vacances. Mais le côté « métaphysique » de la fin des livres aurait peut-être été laissé de côté. Par contre, « ma cruauté » a peut-être un côté plus abstrait et théorique. Quant à « l’amour », beaucoup de personnes ont pointé le côté émouvant du livre, ce qui a contribué au succès du livre auprès du grand public. Quand on est familiarisé avec le style d’écriture de François, on y est peut-être moins sensible, parce que l’on sait qu’il faut plutôt d’abord y voir un travail littéral sur le langage employé, le style, la manière dont sont agencées les phrases, et comment l’ensemble du livre s’enchaîne.

        • #59511 Répondre
          essaisfragiles
          Invité

          L’adaptation littérale filmée de Entre les murs existe déjà, cela s’appelle Caméra Café.

          • #59528 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            « puis les aurait simplement assemblés au moment d’écrire le livre, sans vraiment reprendre la forme et travailler sur le style »
            Ben non.
            Entre les murs est un livre très stylisé. Presque trop.

    • #59548 Répondre
      Martin
      Invité

      Après le cinéma, je tente un parallèle avec la musique. À François et aux autres auteurs du forum: peut on dire que l’agencement des mots au sein d’une phrase forme une mélodie ? Et si oui, est-ce que vous faites attention à la mélodie de vos phrases ?

      Au début je voulais parler de rythme mais finalement j’ai l’impression que dans un roman le rythme se prête plus à qualifier la vitesse à laquelle l’auteur fait avancer la narration, cela dit je peux me planter et j’attends vos éclairages.

      Lorsqu’il m’arrive d’écrire de courts textes (quelqu’en soit la forme ), je les relis souvent en me les récitant presque à voix basse et en essayant de trouver une melodie qui me paraît sonner juste, comme si je composais une musique. Jusque là c’est sans doute très banal, mais je me demande si à force je n’imprime pas toujours la même melodie à mes phrases et donc à mes textes. Je n’arrive pas toujours à saisir ce qui me paraît sonner juste ou faux quand j’écris.
      Est-ce cette mélodie qui qualifie le style d’un auteur ?
      Et en même temps, j’imagine qu’un écrivain doit être capable de varier ses mélodies pour les adapter à des sujets et à des formes différentes propres à chacune de ses oeuvres.

      • #59555 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Il y a des écrivains qui écrivent « à l’oreille, et d’autres pas du tout. On parlait de Bellanger ailleurs, lui s’en fout totalement de la musicalité, ce qui l’intéresse c’est le sens. Je crois même qu’il affecte une certaine laideur phonique de ses phrases.
        Je crois que j’écris plutot à l’oreille. Il faut qu’une phrase sonne bien. J’aime aussi dire : qu’elle tombe bien – comme on dit d’une robe ou d’un jean. Pour qu’elle sonne bien il faut avant tout lui donner la bonne longueur, la bonne taille (au sens couturier aussi)
        C’est évidemment dur à tenir sur un roman, mais ce souci est là tout le temps.
        Je me suis d’ailleurs rendu compte que ce souci d’oreille était encore plus présent chez moi dans l’écriture d’essai. Pourquoi?

        • #59582 Répondre
          Martin
          Invité

          Dirais-tu que la lecture d’un livre de Bellanger froisse tes oreilles ?
          Ce qui n’empêche pas forcément d’apprécier le roman.

          • #59586 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Souvent oui
            Y a vraiment des phrases d’une grande lourdeur – on l’avait signalé dans la GO
            On ne lit bien Bellanger qu’en acceptant de ne pas s’arrêter là-dessus. Cette littérature incontinente et débridée demande qu’on l’avale aussi vite qu’elle a été écrite.

            • #59589 Répondre
              I.G.Y.
              Invité

              Il y a quelque chose de paradoxal (sans connotation dépréciative) à lire cela quand on ne connaît pas, comme moi, les romans de A.B mais uniquement quelques chroniques. Car ce qui saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles, c’est justement la musicalité de sa voix voire du phrasé, reconnaissable entre mille, et sans doute fort travaillée. Surprenant, non?

              Un surjeu qui trahirait ladite lourdeur?

              • #59590 Répondre
                I.G.Y.
                Invité

                Plutôt que de sa musicalité (trop objectivant), j’aurais plutôt dû parler d’intention musicale.

    • #67304 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je remonte.

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