Accueil › Forums › Forum général › Retour sur la gêne occasionnée par la lecture d’Un enlèvement
- Ce sujet contient 18 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
..Graindorge, le il y a 1 année et 6 mois.
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netflou
InvitéAlors que vous avez tous la tête à CUM, et en attendant que le facteur me le livre enfin, je reviens sur la gêne occasionnée par la lecture d’Un enlèvement cet été.
Si j’ai commencé le livre seul, j’ai rapidement intéressé mes amis à cette lecture.
Mes amis : tous de gauche radicale, certains poussant même le bouchon jusqu’à vivre dans en collectif.
Nos vacances : nous campions dans un endroit reculé du massif central avec pour horizons, de molles balades, la fraicheur et l’ombrage des rivières.
Nous ne sommes pas les Legendre.
Nos vies ne ressemblent en rien à celle des Legendre.
Nos vacances sont en tout point dissemblables à celles des Legendre.
Sauf que nous avons des enfants. Comme les Legendre.
Et nos options éducatives étrangement ressemblent à celles des Legendre.
Par le jeu, le défi, dans la bienveillance (toujours !), nous les sollicitons sans relâche, nous les cultivons, nous les développons, nous les frottons à l’art dans l’espoir qu’il restera quelques marques.
Bien que les contenus et les finalités de nos actes éducatifs diffèrent, nous partageons ceci avec les Legendre : nous attendons de nos enfants un certain rendement. Nous les voulons productifs.
Peut-on être parent autrement.
Je me rends compte que mes parents n’attendaient pas ça de moi. Ils voulaient juste que j’arrive à l’heure au moment du repas.
Ce qui se joue là est trouble. Tu nous as troublés. Bravo François.
Et les enfants d’un tel ressemble à Justine : plaisir de répondre positivement à la sollicitation de l’adulte.
Et certains résistent comme Louis et cela nous irrite.
En remettant le nez dans Simulacres et simulation de Baudrillard, pour participer à un fil de discussion sur Kubrick, j’ai trouvé ce passage qui ramasse cette tension :
» Les enfants sont simultanément sommés de se constituer comme sujet autonome, responsable, libre et conscient, et de se constituer comme objet soumis, inerte, obéissant, conforme. L’enfant résiste sur tous les plans, et a une exigence contradictoire, il répond aussi par une stratégie double. À l’exigence d’être objet, il oppose toutes les pratiques de désobéissance, de révolte, d’émancipation, bref, toute une revendication de sujet. À l’exigence d’être sujet, il lui pose tout aussi obstinément et efficacement une résistance d’objets, c’est-à-dire exactement à l’inverse : infantilisme, hyper conformisme, dépendance totale, passivité, idiotie. Aucune des deux stratégies n’a plus de valeur objective que l’autre. La résistance-sujet est aujourd’hui unilatéralement valorisée et tenue pour positive. C’est ignorer l’impact égal et sans doute bien supérieur de toutes les pratiques-objet. »
À la fin, le renversement de position qui touche Louis est formidable : « tout verdict issu des géniteurs a désormais sur leur vie aussi peu d’effet que le craquement d’un meuble sur le sens du vent ».
As-tu imaginé une fin dans laquelle Louis serait resté dans une résistance objet ? Une fin radicalement Bartelbienne ? -
Carpentier
Invitévoire, la tête dans son CUM en effet
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François Bégaudeau
Maître des clésla tete dans le CUM, fit-il, fignolant la blague
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lison
Invitéla tête dans le CUM Manifesto.
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Carpentier
Invitéoui, comme didier, tu es le roi
et toi, c’est en fignolage
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Mathieu
InvitéMerci Netflou pour ce témoignagne
Ça me fait penser à une autre réflexion de François sur la parentalité dans l’ancien forum: on l’interrogeait sur des parents de gauche et il répondait un truc du style: « je ne dis jamais parents de gauche car je pense que la parentalité est structurellement de droite, au mieux la parentalité est sociale-démocrate » C’est une réflexion que je trouve très juste -
François Bégaudeau
Maître des clésMerci Netflou
Incidemment, ton texte est magistralement écrit. Grande clarté, grande fermeté des phrases. Grand calme.
Un enlèvement me laisse insatisfait du fait de son vice de forme : je voulais me tenir près du noyau de la famille, au coeur de sa structure, de sa quintessence libérale-autoritaire, mais en peignant une famille bourgeoise-macronienne, j’ai pour ainsi dire mis un écran entre le lecteur et cette quintessence. C’est une erreur (du peut etre à un manque de confiance dans ce roman, manque de confiance du romancier). Au sens aussi où je dis que Entre les murs serait un film plus intéressant sur l’école si on l’avait campé dans un collège de blancs qui réussissent.
Je suis donc heureux que ta lecture ait aperçu le coeur nucléaire de TOUTE FAMILLE, bourgeoise ou pas. Je veux dire: toute famille est bourgeoise – à la fois impose un ordre et soutient l’ordre social.Oui j’aurais pu envisager un Louis qui peu à peu intensifierait son refus dans le cadre même du réel de cette famille. Plutot que ce saut final. Mais j’avais envie de ce saut final. De ces phrases là. De cet éloge des affinités électives et non sanguines.
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zazou
Invitéle commentaire de FB sur la forme du texte de netflou me pousse à moi même écrire ici un commentaire de pure forme sur ce post de netflou.
je ne le trouve pas à mon goût. « magistralement écrit » oui mais justement, « grande fermeté » oui mais justement. « grand calme » mais sur mes papilles ces phrases calmes goûtent comme de l’amertume.
c’est que tes propositions sont trop bien tranchées, concises et émaillées de points à mon goût, tes premières phrases, par leurs majuscules, leur concision augmentée d’adverbes forts sont rendues péremptoires. dans ma lecture les points sont comme des balles et les majuscules, qui les suivent nécessairement, des coups de feu, et cette façon de m’écrire me transmet le goût d’une colère calme froide donc amère.
je me permets cette coquetterie de remarque de pure forme, apparemment hors du sujet, parce que justement c’est ce genre de forme qui me crispe. « Sauf que nous avons des enfants. Comme les Legendre. » dans ces deux phrases il y a toute une gravité exaspérante, à laquelle je ne crois pas que soient condamnés tous les parents!
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François Bégaudeau
Maître des clésJe ne vois pas du tout où est la colère dans le post de Netflou. Si ce n’est colère – amicale- contre soi.
En. revanche dans ton évaluation formelle, je sens une colère qui tient à une désapprobation de fond. Tu n’es tout simplement pas d’accord avec cette attaque structurelle de la famille. Ce qui s’entend. Mais positionnons plutot le débat à ce juste endroit, sans écran
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netflou
InvitéMerci pour ta réponse.
« mais en peignant une famille bourgeoise-macronienne, j’ai pour ainsi dire mis un écran entre le lecteur et cette quintessence. »
Je trouve au contraire que c’est le nœud de la gêne occasionnée par cette lecture : d’abord, rire de cette famille bourgeoiso-macronienne, puis se rendre compte qu’une jonction existe entre eux et nous.
« toute famille est bourgeoise – à la fois impose un ordre et soutient l’ordre social. »
C’est là que l’on entre dans le territoire de l’indémerdable : augmenter la sensibilité, la compréhension, la puissance d’agir d’un enfant suppose nécessairement des formes de coercition et de jugement. TINA ?
Autre chose, l’émiettement de la subjectivité d’Emmanuel Legendre suite à la disparition de sa femme est d’une grande justesse.
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..Graindorge
Invité« Par le jeu, le défi, dans la bienveillance (toujours !), nous les sollicitons sans relâche, nous les cultivons, nous les développons, nous les frottons à l’art dans l’espoir qu’il restera quelques marques. »
Merci Netflou, ça fait du bien. Et merci de les frotter à l’art: sans l’ombre de l’ombre d’un doute, il en restera des traces. Des traces de lumière.
Et pardon de t’avoir pris pour un magasin de lunettes » netflou » dans un autre fil💜-
netflou
InvitéIl y a aussi quelque chose de réversible et d’ambivalent là-dedans.
Je pense souvent à cette phrase de Fritz Zorn : » J’ai été éduqué à mort « .-
..Graindorge
Inviténetflou
Je pense souvent à cette phrase de Fritz Zorn : » J’ai été éduqué à mort « .
Ça me rappelle les gamins à qui je donnais des cours à la London School. J’en avais déjà parlé l’an dernier dans ce forum. Des gamins de 8, 10, 12 ans qui n’avaient pas un seul instant à eux pour ne rien faire ou faire ce que bon leur semble ou juste s’ennuyer. L’importance de l’ennui, du rien faire pour le cerveau. Les parents de classe moyenne supérieure: des dentistes, des notaires, des médecins, des avocats etc… Après l’école, repas vite pris, devoirs et puis une ribambelle d’activités non stop : sport, musique, langues, danse etc… je répète pour toi netflou ces paroles d’Edgar, 10 ans un vendredi après-midi durant le cours de français
Alors Edgard, que vas-tu faire ce week-end?
– Viiivrrre! sa réponse d’un air inspiré! Droit dans les yeux.
On est loin de l’art et pas loin d’une forme de torture. On est dans l’investissement. Je viens de comprendre. J’aimais bien pourtant » les frotter à l’art pour qu’il en reste des marques » ça doit être les insecticides inhalés accidentellement qui m’ont brouillé.
Donc, François n’a pas eu tort: j’ai lu pas à l’envers mais vite et mal
Et toutes ces années, j’ai senti moins d’amour chez ces parents là, à la sortie, petits bisous secs, froids alors que j’observe les sorties d’école du grand village/ petite ville où je vis, le chahut, les courses des enfants, les mamans qui rigolent et papotent entr’elles, les papas plus sérieux mais bavards aussi! On y sent plusss d’amour et de joie! Plus de Vie! Je sais que c’est pas tout à fait exact bien sûr. Et j’en ai connu beaucoup de familles de toutes classes avec les cours à domicile aussi. Je les ai vus ces gamins pris pour des chevaux de courses qui devaient gagner
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..Graindorge
Invité« Par le jeu, le défi, dans la bienveillance (toujours !), nous les sollicitons sans relâche, nous les cultivons, nous les développons, nous les frottons à l’art dans l’espoir qu’il restera quelques marques. »
Merci Netflou, ça fait du bien. Et merci de les frotter à l’art: sans l’ombre de l’ombre d’un doute, il en restera des traces. Des traces de lumière.
Et pardon de t’avoir pris pour un magasin de lunettes » netflou » dans un autre fil💜-
François Bégaudeau
Maître des clésGraindorge, fidèle à sa légende, a tout compris à l’envers
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..Graindorge
InvitéFrançois ou l’art d’avoir toujours raison sauf lorsqu’il a raison
Alors tu as raison d’avoir raison. Et tu n’as pas besoin de donner des raisons! N’ai-je pas raison de dire que tu as raison? Hein Netflou qu’il a raison? J’ai compris à l’envers Netflou? Après tout, c’est à toi Netflou que j’écrivais-
..Graindorge
Invitéc’est pas important netflou. Aucune nécessité de répondre. François parle et pense et opine à ta place
Donc tu as lu sans l’ombre d’un doute que je lisais à l’envers. François a raison.-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci
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..Graindorge
Invitéce merci se rattache je crois au message #75004 où je reconnais que tu n’avais pas tort. Que tu as eu raison de dire que j’avais lu pas comme il faut.
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