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- Ce sujet contient 75 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Simonbookreader, le il y a 1 semaine et 5 jours.
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belette hurlante
Invitéserait intéressée par démarrer le topic sur la rentrée littéraire – les recevants en avance, étant actuellement gérant d’une onglerie-saucissonerie, avec pour ma part déjà 5 ans d’expérience de pizzayolo derrière moi.
Perso je choisis le format suivant, à savoir prendre une page « emblématique » (= banale) d’un bouquin, ici p216 des Trois garçons de Daniel De Roulet (Dix petites anarchistes) aux éditions Phébus (22.50€). Un Suisse né en 44, qui parait-il aime bien notre hôte… La quatrième de couv mentionne un roman « stendhalien ».
« Alors qu’ils ont la chance d’être nés à la fin de la Seconde Guerre presque mondiale dans un pays neutre, Wolfgang, Fabio et Max trouveront-ils la force de s’arracher à la pensée de leurs pères ? Très tôt, depuis leurs éducations respectives, les trois amis prennent conscience du mensonge, des inégalités et de la violence de classe. Devenus adultes, ils sont témoins du Vietnam, de Mai 68, du 11-Septembre, du Japon irradié, des Printemps arabes… Ils expérimentent l’amour libre, les nouveaux modèles de paternité, le sexe avec et sans virus et refusent de laisser leur petit pays abriter ceux qui produisent un ordre économique injuste. Ils préparent le grand chambardement. À l’envers de la Suisse des traders, des glaciers sublimes, du consensus démocratique et des lamentations de Fritz Zorn, il existe la Suisse des autonomes plus ou moins violents. C’est celle que racontent ces trois Helvètes underground qui, depuis les neiges de Davos jusqu’aux occupations sauvages d’aujourd’hui, défient les compromis politiques, les banques et les amours bourgeoises. »
En exergue : « L’amitié, l’histoire et la littérature m’ont fourni quelques-uns des personnages de ce livre. Toute autre ressemblance avec des individus vivants ou ayant réellement ou fictivement existé ne saurait être que coïncidence. » – Georges Perec, La Vie mode d’emploi.
« Ce texte est un roman, une œuvre de fiction. Toute tentative pour attribuer à l’auteur les comportements de ses personnages ne relèverait que d’une conception policière de la littérature. »
« Nous constations que le Patelin vivait la honte chaque année fin janvier. Une nuée d’encravatés se prenant pour le cerveau du monde s’invitaient dans les neiges de Davos pour le World Economic Forum. Au fond d’une large vallée protégée par de hautes montagnes, le Patelin avait l’avantage d’être facile à surveiller. Depuis plus de cent ans, il accueillait intellectuels et politiciens de toutes les couleurs. Thomas Mann comme Albert Einstein avaient côtoyé là des têtes fortunées ou princières, l’habituelle faune d’une station d’hiver. Dans la suite de cette tradition, le WEF en faisait son bastion fortifié. Il attirait de grands patrons de multinationales, des chefs d’État, des journalistes embarqués et une armée de communicants chargés d’ânonner le discours dominant. En 2003, il était défini en trois points. Un : le capitalisme exige de tuer et pas de prisonniers. Deux : il n’y a pas d’alternative au capitalisme. Trois : ceux qui contestent les deux premiers points ne forment qu’un groupuscule. Nous voulions réagir à cette arrogance, ne pas laisser une fois de plus le WEF se dérouler sans quelques actions disruptives. Nous savions qu’il serait difficile de déranger ce groupuscule blindé de certitudes, défendu par des milliers de flics privés et publics. De quel droit parlaient-ils au nom des peuples qu’ils ne représentaient pas ? La Confédération payait chaque année plus de cinquante millions de dollars pour protéger ces gens pendant une courte semaine. Le rapport de force militaire nous était défavorable, mais nous ne pouvions pas laisser les congressistes confisquer nos paysages, dicter l’image d’une Suisse chambre forte d’un ordre mondial injuste. Une manif nationale d’envergure s’imposait. Nous avions renoncé aux joies de l’hiver en montagne, avec le soleil qui danse, le crissement des arêtes dans le slalom, la vitesse blanche et, le soir, la raclette au feu de bois. Nous étions des milliers à traverser la Suisse d’ouest en est jusqu’aux Grisons pour rejoindre Davos. Au départ de Genève, j’ai pris le train spécial. En gare de Lausanne, une foule joyeuse a complété le remplissage des wagons. Ça devenait serré. Grâce à mes cheveux gris, j’ai pu garder ma place assise. La ligne ferroviaire s’éloignait du Léman, suivait la pente en diagonale à travers le vignoble. Les rayons du soleil frappaient le lac en une majesté éblouissante. Je ne quittais pas des yeux ce panorama aimé qui ravivait mon mal du paysage à la manière d’un tableau de Hodler. À Fribourg, nouvel arrêt pour tasser encore les passagers à destination de Davos. À Berne, deux autres trains emmenaient les futurs manifestants. »
P.S : Malgré tout l’intérêt du livre (le « scandale des fiches » en 89 par exemple), la relative (ânonner le discours dominant ; nous voulions réagir à cette arrogance) pauvreté du style (quand même très plat, actions disruptives ??) me laisse perplexe.
A vous !! Rien à voir, mais High Balls de Guttermouth est un putain de titre. https://youtu.be/YprkanXZeGU?si=6E8jejnT95W1UvlR
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Claire N
Invité« ânonner le discours dominant « « la faune «
C’est exactement là où j’ai tiquee , mais plutôt parce que je me suis dit : il nous fait une Fayle la oú quoi ?-
Claire N
InvitéPresque rien à voir, mais je suis en train de lire « au pays d’Alice « sur les conseils de Cat
Et la mise en texte de la genèse du verbe me fait à présent me demander : mais comment donc alors que chaque enfant l’a vif , est il possible que le feu de cette forge se laisse éteindre chez certains ?
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François Bégaudeau
Maître des clésOui le texte m’a l’air un peu bavard, un peu gorgé d’opinions
J’aime bien « la vitesse blanche », poésie simple et net.
J’aime moins « se prenant pour le cerveau du monde », « Les rayons du soleil frappaient le lac en une majesté éblouissante. » , « je ne quittais pas des yeux » , « à la manière d’un tableau de Hodler » (je ne connais pas Hodler)
et l’enchainement imparfait-passé composé ici : « Nous étions des milliers à traverser la Suisse d’ouest en est jusqu’aux Grisons pour rejoindre Davos. Au départ de Genève, j’ai pris le train spécial. » On aurait aimé un paragraphe qui maintienne l’imparfait jusqu’au bout : » « Nous étions des milliers à traverser la Suisse d’ouest en est jusqu’aux Grisons pour rejoindre Davos. Au départ de Genève, nous prenions le train spécial. Grâce à nos cheveux gris, nous obtenions un place assise. La ligne ferroviaire s’éloignait du Léman, suivait la pente en diagonale à travers le vignoble. Les rayons du soleil frappaient le lac en une majesté éblouissante. Ce panorama aimé ravivait notre mal du paysage. À Berne, deux autres trains emmenaient les futurs manifestants. »-
Graindorge
InvitéPas d’accord profe
« On aurait aimé un paragraphe qui maintienne l’imparfait jusqu’au bout : » « Nous étions des milliers à traverser la Suisse d’ouest en est jusqu’aux Grisons pour rejoindre Davos. Au départ de Genève, nous prenions le train spécial. Grâce à nos cheveux gris, nous obtenions un place assise. La ligne ferroviaire s’éloignait du Léman, suivait la pente en diagonale à travers le vignoble. »
cette action ponctuelle au passé composé est juste
» Au départ de Genève, j’ai pris le train spécial. En gare de Lausanne, une foule joyeuse a complété le remplissage des wagons. Ça devenait serré. Grâce à mes cheveux gris, j’ai pu garder ma place assise. »
» Au départ de Genève » permet aussi le passé composé et rend le texte plus vivant. Et comme en musique, le plaisir est, peut être dans la variété des notes
Et le passé composé me rend plus vivante cette foule joyeuse qui complète le remplissage des wagons-
François Bégaudeau
Maître des clés« cette action ponctuelle au passé composé est juste »
oui, je n’ignore pas qu’elle est grammaticalement juste – mais d’une part le style se gagne parfois dans de légères torsions par rapport à la correction, d’autre part cette correction là m’écorche l’oreille-
Graindorge
Invitési je peux me permettre : pas seulement juste grammaticalment mais musicalement. Y trouver que de l’imparfait me paraît un peu lourd.
Ce passage n’a pas écorché mon oreille.
Cependant, la tienne étant infiniment plus entraînée tu as certainement raison.
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belette hurlante
InvitéBien vu pour la « vitesse blanche », que je n’ai su appréciée qu’à relecture, donc content que tu la relèves.
Sur les temps employés dans ce bouquin je ne saisis pas le choix formel d’écrire les 3/4 au présent et le dernier quart (« Nos hivers ») au passé. Menfin
Merci pour le retour stylistique
Pour info Hodler (je suis une buse en peinture) mais il est très connu dans le coin (expo récente au Palais Lumière) et certains de ses tableaux sont utilisés pour des couvertures de poches (Un inconnu vint à la ferme de Waltari).
« Gorgé d’opinions » n’est pas faux, mais pas spécialement gênant compte tenu du fait qu’on parle de la vie de trois militants (sachant que yen a un des trois qui à l’époque des Brigades rouges a fait sauter une usine d’avions civils détournés par les dictateurs de passage en B-52 du pauvre) et qu’il y a tout de même un certain humour présent ici et là. Ex magnifique : « Son dernier roman, une utopie, cartonne dans les squats. » Autre exemple : « Leurs projets nous impressionnent. Et s’ils avaient raison ? S’il était possible de construire dès maintenant d’autres modes de vie sans exploiteurs ni exploités ? Nous ne perdrions plus notre temps à combattre le monstre, mais plantrions des topinambours, bâtirions une alternative qui attirerait les indécis. À la fin, nous serions majoritaires, ne laisserions aux prédateurs de la Bahnhofstrasse qu’une réserve clôturée, un zoo à visiter le dimanche avec une ribambelle d’enfants ». Ou l’improbable et magnifique création d’un FC Bakounine. Ce à côté de paragraphes peut-être plus discutables à la : « Fabio craint que les enfants, quand ils auront vingt ans, lui demandent : « C’est quoi, ce monde que tu nous as concocté ? » Et il devra répondre sans hausser les épaules ou les yeux dans le vague. À cet âge-là, on ne se laisse plus raconter n’importe quoi par les vieux. Il faudra soutenir le regard de Giangi et de Jonas, pouvoir leur dire : « Chaque jour et sans relâche, j’ai lutté pour que disparaisse l’injustice. » » -
belette hurlante
InvitéEt oui les pages sur Zorn me semblent en effet assez bavardes (exception faite de cet exceptionnel « éduqué à mort ») P133 :
« Nous lisons Mars, l’autobiographie posthume de Fritz Zorn, qui était un camarade d’études de Wolfgang. Nous n’avons pas l’habitude de lire ce genre de littérature, mais puisque Wolfgang insiste et veut notre avis, Fabio et moi suivons jusqu’à la dernière page cette longue lamentation. Comme nous, Zorn naît à la fin de la Seconde Guerre, lui, à Meilen, sur la rive dorée du lac de Zurich où vivent les patrons de la Bahnhofstrasse – et mon grand-père. Zorn prétend avoir été éduqué à mort dans un milieu étouffant qui ne supporte ni les conflits ni même la contradiction. Il commence son récit par cet aveu percutant : « Je suis jeune et riche et cultivé et je suis malheureux, névrosé et seul […]. Naturellement j’ai aussi le cancer. » Sa maladie lui aurait été inoculée dès sa naissance en Suisse, un pays qui ne peut qu’offrir une harmonie trompeuse à ses habitants. Il raconte son adolescence et sa psychanalyse qui rend ses parents responsables de sa névrose et de son cancer. À trente-deux ans, il meurt puceau. « En tant que jeune, je n’ai pas été jeune, en tant qu’adulte, je n’ai pas été adulte, en tant qu’homme, je n’ai pas été un homme, à tout point de vue, je n’ai pas fonctionné. » Nous ne sommes pas indifférents au malheur de Zorn, décédé pour n’avoir pas su se révolter contre les conditions qu’il subissait. Dans les derniers jours de sa vie, il manifeste l’envie de faire sauter le Credit Suisse où se trouve son héritage. Il envisage de s’adresser à un groupe terroriste allemand ou à un Palestinien. « La mise en pratique de ce projet ne présente aucune difficulté, tout le monde a un ami qui connaît un Palestinien. » Mais Zorn ne passe jamais à l’acte, il se complaît dans son malheur. Il considère qu’il sait pourquoi il meurt, ainsi il peut se vanter : « Ma mort sera beaucoup plus humaine que celle du nègre qui finit par crever comme du bétail inconscient. » Wolfgang nous parle du Zorn qu’il a côtoyé à l’université. Il ne ressemble que peu à la mise en scène qu’il offre de lui-même dans son texte. À vrai dire, ce Fritz narcissique en cape noire aimait flamboyer en organisant des fêtes dans son appartement de la vieille ville. Au service militaire, il était le boute-en-train de la compagnie. Brillant étudiant, devenu professeur de portugais et d’espagnol, il jouissait de l’admiration des lycéens. Il avait écrit une dizaine de pièces de théâtre qu’il ne réussissait pas à faire publier. Selon Wolfgang, son récit néglige les détails biographiques qui n’entrent pas dans l’image qu’il veut donner de lui, tout ce qui laisserait penser qu’il aurait pu mener sa vie autrement et se joindre à notre rébellion. Fabio, impressionné par la lecture de Mars, refuse d’opposer l’existence et l’œuvre de Zorn. L’auteur, peut-être un imposteur, a écrit un livre émouvant. « Ce livre me touche, dit Fabio, ça compte pour moi. » Wolfgang ne parvient pas à dissocier le Zorn écrivain du Zorn qu’il a connu. Ce qui l’agace surtout : Zorn prétend que sa maladie ne lui vient pas seulement de son milieu bourgeois, mais du simple fait d’être suisse. Il se veut révolutionnaire passif, n’entreprend pas le moindre geste pour changer la société qui l’étouffe. Au lieu d’admettre que les capitalistes de la Bahnhofstrasse organisent son malheur, il affirme que la Suisse, toutes classes sociales confondues, en serait la cause. Il excuse ainsi son inaction. Wolfgang conclut : « En se posant en victime d’une atmosphère nationale mortifère, Zorn souhaite mourir en martyr, bel exemple de mauvaise foi. » Reste qu’il s’agit d’un texte dont nous sentons qu’il sonne souvent très juste, comme un tour de force unique. Je n’ose dire à mes amis que j’ai eu la même maladie que Zorn. Il m’était bien venu à l’idée que la cause pouvait en être psychosomatique, raison de plus pour la combattre en se révoltant contre le crabe. Moi aussi, je sors d’un milieu bourgeois, mais j’ai rompu et je déteste chaque jour davantage la Suisse de mes parents. Et si la classe ouvrière nationale ne veut plus de moi, j’ai d’autres bagarres en perspective. Pour le repos helvétique, mieux vaut battre le record mondial du suicide jeune, mieux valent des milliers de petits Zorn plutôt qu’un seul Robin des bois. »
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François Bégaudeau
Maître des cléstrès politimane ce wolfgang
oublie de dire – ou de voir, je le crains- que les 100 premières pages de Mars sont une captation géniale de l’éthos bourgeois
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belette hurlante
InvitéVrai. Autre occurrence : « Nous avions l’impression d’être renvoyés plusieurs années en arrière quand triomphaient les vues de Fritz Zorn sur le pays. Comme le lamentable héros de Mars,… »
Wolfgang « ressemble à un prof de lettres » « pédant » et « donne des cours de rattrapage politique à son auditoire passionné ». Wolfgang « l’infatigable » est celui qui « fonce tête baissée ». « Son engagement ne l’empêchera pas d’écrire chaque matin et de venir aux manifs. » « Nous admirions la persévérance de Wolfgang. »
« Wolfgang discute de stratégie avec les militants locaux de Potere Operaio qui lui expliquent les étapes de la rédaction d’un tract. D’abord se mettre d’accord sur l’effet à produire, selon qu’une lutte se trouve à ses débuts, à son apogée ou sur son déclin. Fixer l’idée et les mots d’ordre, du genre : faisons payer sa crise au patron, ne nous laissons pas diviser, nous sommes tous des immigrés. Quelqu’un se charge ensuite d’une première rédaction soumise au contact ouvrier qui, dans l’atelier, représente la conscience de classe. Si le contact a des remarques à propos d’un contremaître à dénoncer, son nom s’ajoute en toutes lettres. Suit la confection du tract. Deux cents exemplaires ou trois mille, selon l’importance de la distribution. Après cinq cents feuillets, le stencil de la ronéo se déchire. Il faut le retaper. Vers 5 heures du matin, les lots sont répartis dans des sacs de papier, d’après la liste établie la veille. Il arrive qu’à ce moment-là les policiers débarquent et confisquent le tout, se moquent en lisant à haute voix les revendications : La lutte ouvrière doit devenir le Vietnam des patrons. »
« Wolfgang et les meilleurs d’entre nous s’y employaient [à la production de textes théoriques]. Nous trouvions de l’attrait à celle du prolétaire soumis au capitalisme cognitif. Cette théorie-là, prolongement des précédentes, était séduisante, non parce qu’elle était plus juste, mais parce qu’elle racontait mieux. Dans ce genre d’exercice, nos théoriciens étaient des romanciers qui s’ignoraient. Même si la nouvelle théorie s’appuyait sur une analyse incomplète, ce qui importait, c’était la direction qu’elle indiquait pour la suite de l’action. »
« Selon Wolfgang, nous avons retiré de nos têtes l’État et de nos cœurs le Pouvoir. »
« Wolfgang aime la marge, surtout quand elle envahit la page. Il considère la littérature comme un espace autonome et temporaire. S’il fallait raconter l’histoire de trois garçons nés à Davos en 1943, il serait bien placé. » Ailleurs : « Sans la littérature, la vie serait une erreur. »
« Retourne sur les lieux de son crime littéraire. […] Ainsi, un terroriste fictif, personnage de roman, avait mis en danger les communications du pouvoir. « La littérature fait encore peur », avait constaté Wolfgang. « Pourvu qu’elle nous venge », avait souhaité Fabio. »
« Wolfgang nous offre une crise de découragement inattendue. Il n’en peut plus de ce militantisme, de ces séances chaque soir pour se mettre d’accord sur la conclusion d’un tract, se disputer sur le bilan d’une action, envisager les perspectives, constater les désaccords. Et sur ce, commenter le déroulement de cette dernière séance la nuit sur un trottoir, se coucher tard, se lever tôt, chercher des citations dans les écrits de Louise Michel, de Rosa Luxemburg, de Toni Negri, relire La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, s’adonner à la critique de la critique, étudier le mode d’emploi de la ronéo, vider les cendriers de la table de réunion, passer tout un repas à disserter du marxisme à la soviétique, définir les cinq caractéristiques de l’autogestion, militer sans trêve et sans vacances, attendre pour se reposer que le grand chambardement soit advenu, encore quelques mois peut-être, une ou deux saisons, l’histoire va vite. Wolfgang annonce qu’il se met au vert, qu’il va rédiger un rapport de minorité, qu’il y a des choses à changer dans l’autonomie : « Comprenez-moi, je n’en peux plus, la lutte sera longue, je ne crois plus à notre cri Patrons, bourgeois, encore quelques mois ! » »
« Wolfgang flirte avec la défaite. Au moindre orage, il prophétise des inondations et la montée des eaux qui engloutira les continents. Une panne d’essence annonce la fin de toute mobilité, un point de côté, le début d’une maladie incurable. »
Le narrateur (Maximilien) : « le courage de passer à l’action me visite par intermittence. J’évite de penser que Wolfgang, Fabio et moi sommes des Pieds nickelés, ça me démoralise. »
« Wolfgang, le plus pédagogue de nous trois, tente de justifier notre bilan. Quand il vante les coopératives et de nouveaux développements, les trois jeunes gens ricanent. » Max : « On a fait au mieux, à savoir pas grand-chose. »
« Wolfgang se met à bailler. Chacun prend une couverture. Puis le silence se fait. Nos chaises longues sont alignées face au soleil. On dirait la sieste dans un ancien sanatorium, on dirait la Suisse. »
« Sémiramis [une kurde] a franchi le pas de la guerre. Je comprends maintenant ce qu’elle critiquait chez nous, comme si notre révolte pour la révolte n’avait été qu’une variante de l’art pour l’art. »
« Nous profitons des enterrements pour exposer le bilan de nos existences : Ni vieux ni traîtres ! »
« Une vieille rage contre le chaos du monde s’est réveillé en nous. Nous l’avions tant aimée, la subversion. En Mai 68,… » Avant : « Wolfgang revient des barricades parisiennes avec les yeux qui pétillent. »
Bonus : « Notre manière d’aimer les lacs relève de la politique. J’estime que tout amour est politique. »
« Le chef des flics de Genève le disait lors de l’assaut contre le G8 : « La police n’est pas là pour maintenir l’ordre, mais pour gérer le désordre. » En de nombreux bourgeois helvétiques sommeille un flic. Laissons-le dormir et, s’il se réveille, traitons-le par le mépris. »
En somme, malgré que ce ne soit pas du Bégaudeau, je conseille nos trois petits suisses, peu prophètes en leur pays, aujourd’hui « solitaires solidaires » octogénaires. Des terroristes du dimanche qui n’ont jamais vraiment troqué la plume contre le fusil pour mettre la Suisse à feu et à sang, qui toute leur vie se sont armés d’impatience, et qui considèrent que la succession / subversion est assurée.
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Claire N
InvitéMerci Belette, j’aime bien ta manière de conseiller
Je suis contente que tu offres ce topic
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François Bégaudeau
Maître des clés« On dirait la sieste dans un ancien sanatorium, on dirait la Suisse. »
j’aurais mis un point virgule mais c’est bien quand même -
belette hurlante
InvitéEn fait c’est trois gars qui ont mal à leur Suisse
Et qui dès qu’ils voient trois allemands dans une station thermale l’appelle Hitler-les-Bains
J’aime bienMerci Claire !
Plaisir d’offrir là j’attaque Stay Free d’un certain Patrice Jean, un « grand roman d’apprentissage sur la découverte du punk rock » à Nantes dans les années 80′
Je vais en vendre des milliards !!
En attendant que Dieu dicte à notre taulier sa grande œuvre sur Fat Mike. -
belette hurlante
InvitéDans deux jours sort donc en librairie STAY FREE de PATRICE JEAN au Cherche Midi (21.90€), ou l’histoire de trois ados « à vocation anarchiste » des quartiers populaires nantais à l’époque de Sandinista, « du côté de la joie, de la vie, » torturés au tableau… Puis, une main tendue par la vie vivante : le PUNK. Chemin faisant, ils s’interrogeront sur la musique (qui nous « transforme en marionnettes ») ; la politique, la littérature, le cinéma… On y trouvera pêle-mêle : Un job d’été à Royan, La Cigale, le restaurant chic et historique de Nantes, Rock Against Chauty ou « la crème du rock nantais sera là : Ticket, Compartiment Fumeur, Flamingos et Zoopsie », les disquaires de Nantes : Fuzz ou Nuggets, ou encore la librairie Beaufreton… Il existe un monde ou ce livre peut être vendu à deux/trois Nantais de 50/60 balais « toqués de rock » avec comme maître mot l’autonomie, qui se rappellent de 86 (« dans le métro, des garçons et filles chantent un air de Carmen, réarrangé à leur façon : « L’étudiant est un oiseau rebelle qui n’a jamais jamais connu de lois » ; « Un Vaquet ça va, Devaquet bonjour les dégâts »). Ayant 18 pages de notes, je me permets par conséquent (pour plus de clarté / visibilité) plusieurs posts. Ce roman qu’il te revient d’écrire, François, n’est évidemment pas du Bégaudeau, mais sincérement, je conseille ! « Je dois tout à Flaubert », dit-il souvent (?) Premiers bons morceaux choisis :
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belette hurlante
InvitéI – SUR LE PUNK
1) « Il écoute la première face de l’album [London Calling], dans un état de surexcitation : l’urgence de chaque morceau s’accompagne d’une joie étrange, la révolte s’allie à la plénitude. Il a l’impression que ses entrailles sont secouées de l’intérieur et que plus rien ne sera comme avant. Sa mère l’appelle pour diner. Il ne dit presque rien à table, il est sous le choc. Un choc esthétique, au sens où sa sensibilité a été lacérée par la musique, et que, simultanément, elle a joui. […] C’est donc ça, la vie, l’intensité de la vie ? »
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2) « Casque sur les oreilles, le fil est suffisamment long pour sauter et s’agiter sur la musique de The Clash ou de Buzzcocks. Au paroxysme de « Brand New Cadillac », il se tape la tête contre le mur. Il entend, depuis le salon, la voix de son père : « T’arrêtes ton boucan ou quoi! » »
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3) « Les membres de sa famille croupissent dans l’oubli de la vie intense. La musique le soustrait, le temps d’un disque, à la platitude des heures. »
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4) « Un type plus âgé et plus sûr de lui, avec des lunettes rectangulaires, le genre à n’avoir, pense Paul, jamais écouté les Clash. »
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5) « Et toutes ces âmes sourdes à la musique, au punk rock, à London Calling. »
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6) « Martial s’en fiche, il en est à dérouler la discographie de The Clash. Tout à sa passion, il n’a pas remarqué, ou a refusé de prendre conscience, que Dufau ne l’écoutait pas, répondant par des « Ah oui » à ses envolées passionnées sur London Calling, sur les Ramones. »
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7) « T’emballes pas… N’oublie pas que le tram c’est surtout pour transporter les ouvriers à leur boulot et les consommateurs dans les magasins du centre. […] Quand il écoute Remote Control ou Anarchy in the UK, il ne sent pas dans les cris de Johnny Rotten un intérêt très grand pour les questions de voiries et de transports en commun. »
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8) « La pauvreté l’oblige à ne pas se tromper, à ne pas acheter un disque qui n’en vaudrait pas la peine. »
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9) « Mais comment Paul aurait-il pu se contenter des vains plaisirs de la réussite scolaire quand la rage des groupes anglais le rattache à l’essence de la vie, à la souffrance, à la révolte ? Que vaut un frisson de vanité face à la fièvre ardente du corps et de l’esprit ? Que vaut un « Bon trimestre » face à la joie d’écouter « Rudie Can’t Fail » ? Pas grand-chose, assurément. Il est à cette époque de la vie où bouffer de la vanité ne suffit plus, ce qui, pour un fils des classes populaires, représente le plus grand des dangers, le danger de vouloir jouir avant l’heure. Il lui est cruel de s’arracher à l’addiction de la musique, il lui faudrait une thérapie, une aide médicale, une assistance psychologique, il n’a pas la force de continuer à ne pas jouir. Déjà qu’il n’a pas de copine, à rebours de son frangin qui change régulièrement de fille, se shootant au sexe comme lui se pique tous les jours à la musique : pour Paul, se sevrer de rock équivaudrait à vivre dans l’insignifiance. Paul aimerait surtout jouir sans interruption. La tristesse des choses ne le concerne plus. »
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10) « Le monde peut s’enfoncer dans les ténèbres, Martial, replié en lui-même, est protégé par sa joie, par son excitation, il en pleurerait presque. Joie, joie, joie, pleurs de joie. Il relève l’oreiller chu sur la moquette, puis il s’adosse contre lui, la guitare entre les mains. Son père n’est pas là, il branche l’ampli. Les accords électriques traduisent son allégresse, une allégresse de combat, il abat tous ses ennemis, il dépasse toute la famille humaine, il jouit d’être le premier, d’être celui qui détruit l’éternelle détresse de la terre. »
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11) « Si vieillir, c’est ressembler à cet homme falot qu’est son père, ou au professeur d’économie, puant la suffisance, ou à ces bourgeois frivoles et superficiels qui plaisent aux filles, il préfère rester cet adolescent buté, dévoré par la musique et par la révolte. Toute autre attitude est une reddition. La musique répond, en lui, à son envie de s’élever spirituellement. »
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12) « Il préfère la musique, la marginalité et la mort par overdose, dans un squat d’Amsterdam, une rue lisboète, une plage napolitaine, un escalier new-yorkais. »
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13) « Je crois à l’importance de la vie… À l’importance de la musique, du rock… Si un jour, je réussi à écrire un album aussi beau que London Calling, ma vie n’aura pas été vaine… L’argent, je m’en branle. C’est pour les ratés… N’être pas ambitieux, c’est déjà une compromission avec la médiocrité. Mon ambition consiste à ne pas m’avachir, à ne pas renoncer… J’ai l’ambition d’entretenir, par mes enregistrements, la flamme de la révolte et du rock. »
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14) « Je m’en sors tout seul par le punk rock. »
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15) « Il se trouve désormais au cœur battant de la lutte sociale et du punk rock. La bourgeoisie a déjà un genou à terre. Le rock n’est pas, dit-il, une danse de salon, c’est une façon de vivre. Les rockeurs : des résistants. La joie est révolutionnaire, mec ! »
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16) « Le rythme sautillant, l’allégresse des guitares et la voix enjouée du chanteur galvanisent le public qui se met à sauter sur place. Martial est transporté, comme si la vie, endormie en lui, venait de se réveiller d’un coup. Le reste du temps, tout se traîne, tout végète, tout ronronne – cette fois, merde, il se sent vivre, ivre d’être en vie. »
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17) « Martial distingue à peine les spectateurs, plongés dans une semi-obscurité, il se voue entièrement à la négation, retrouvant, ou essayant de retrouver, sur scène, dans son corps, le dégoût ressenti durant la composition de la chanson, sans quoi, pense-t-il, il ne serait qu’un comédien. Il refuse d’interpréter ses chansons, il n’y a pas d’écart entre la sensation d’hier et celle d’auiourd’hui, pas de place pour le jeu. Sa rage est totale. […] Le rock n’a pas d’autre sens que de vomir, en musique, l’absurdité de tout. »
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18) « Paul : T’emportes pas… Et même si tu refuses de te l’avouer, tu sais que cette histoire d’engagement politique est une fuite en avant. La politique est une zone inférieure de l’existence, bien en dessous de la philo, de la littérature, de l’art, de l’amour. Martial : Allez, on se lève, tu m’énerves… Si je pensais que le rock ne pouvait pas améliorer le monde, j’arrêterais d’en faire… Et de toute façon, il l’a déjà amélioré. Et en jouer a transfiguré ma vie. »
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19) « Hier, j’étais rue Cacault : la belle affaire de survivre avec deux syllabes, alors que tout le monde s’en branle de Cacault ! Personne ne sait qui c’est à part des historiens qui eux-mêmes se foutent du bonhomme, ils l’étudient pour pondre leurs bouquins… Cacault n’existe pas plus qu’Hamlet. Et tous les deux bien moins que nous, bien moins que les Clash, ou que tous ceux qui brûlent leur vie par les deux bouts sans s’inquiéter des cendres du dictionnaire. »
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20) « Avec la musique, on entre vraiment en contact avec les autres, et l’on comprend que nous sommes traversés par la vie, hantés par la vie. La musique défie le temps. Un impromptu de Schubert est aussi présent aujourd’hui, quand on l’écoute, que le jour où il a été composé. Paul : Et le rock ? Martial : C’est pareil. Je te parie que London Calling fera encore de l’effet dans cent ans… »
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21) « Je préfère Fauré ou Debussy. Mais ça n’a pas d’importance. Chacun son alcool. La musique bourgeoise, quoi. Oui, la musique bourgeoise… »
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22) « Il est clair que ce groupe n’a aucune identité, qu’il en est au stade de l’imitation. […] Les types ne sont pas causants, comme si leur génie les accaparait trop pour condescendre à bavarder, à plaisanter, à sourire. […] Il lui reste la solution de danser, il s’y résigne. […] Le mouvement hésite entre la fête à Neuneu et la grande histoire, entre la danse et la guérilla. »
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23) « Fanny a prévenu Jean-Luc : « Soit, c’est moi, soit c’est la musique ! » Jean-Luc préfère de loin la musique à Fanny, mais il a des besoins sexuels de grande intensité, et sans leur assouvissement, il ne pense plus qu’à baiser, ce qui le détourne de la musique. L’artiste, en lui, est piégé, explique-t-il. Jean-Luc suit, en parallèle des répétitions et des coïts, une formation en droit administratif. »
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24) « Pour les morceaux suivants, Martial décide de ne plus penser à rien, et selon sa théorie, il revit, ou cherche à revivre, l’émotion génératrice de sa musique. Il faut que le public soit pris à la gorge par l’urgence de son dégoût, par l’intensité de son allégresse. […] « Sur le trottoir du boulevard Sébastopol, la nouvelle que, dans la capitale, une glorieuse page de l’histoire du rock vient d’être écrite n’est pas parvenue à la foule qui court à de vains plaisirs ou se traîne, lasse, jusqu’à son logis. Personne pour identifier, dans la masse, la silhouette de Martial. Les spectateurs du concert eux-mêmes, pense-t-il, ne me reconnaîtraient pas. Son ethos prolétarien et révolutionnaire s’en réjouit ; mais l’homme marqué par le péché originel, en lui, s’attriste. »
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25) « Dès l’âge de 15 ans, les disques de rock ont représenté pour lui les objets les plus excitants qu’on puisse imaginer. Il se dit qu’avec l’édition de ce disque sa vie, quelque tournant qu’elle prenne désormais, n’aura pas été vaine, il aura exprimé son sentiment personnel de l’existence. « À nous la gloire ! » crie-t-il, mi-ironique, mi-sérieux. Christophe prend sa guitare, il plaque les accords de « Sympathy for the Devil », et Jakub, adossé contre la fenêtre, chante « Ouh ouh ouh » », pendant que François se trémousse en imitant un coq de basse-cour. » -
belette hurlante
InvitéII – SUR LA POLITIQUE
1) « Pour Martial, le punk rock est forcément contre le conformisme, donc contre la droite. A Nantes, on met en place une politique contre la vie (car la droite est l’anti-vie, là-dessus, Jeff est formel). »
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2) « La liberté de penser, de vivre, de créer n’est pas un vain mot à Nantes ! Ils ne nous arrêteront pas, ils nous trouveront devant eux chaque fois qu’ils s’en prendront à la culture, car la culture, c’est la vie ! Et la vie, c’est le rock ! Plus jamais, le conservatisme ne nous empêchera de chanter, de danser, d’être en vie… Toute la scène rock et toute la vraie gauche exultent. »
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3) « Le maire de Nantes, on le soufflette, on lui fourgue un concert punk dans la gueule, on ne s’abaisse pas à lui réclamer une autorisation ! Martial plaisante : « T’imagines la tête du Chauty ? Si ça se trouve, il sera là, avec une perruque de baba cool, à fumer des joints ». Tu parles, si ça se trouve, répond Paul en ouvrant les mains pour porter sa voix, Chauty est peinard dans son jardin, en train de boire un Martini ou de se faire sucer la bite. »
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4) « …contre la société scélérate et la supercherie des capitalistes… […] Sa philosophie tient en deux lignes d’une chanson de Renaud : « Rien à foutre de la lutte de crasse / Tous les systèmes sont dégueulasses ! » Claude n’ira pas plus loin dans la théorie. »
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5) « Je ne vois pas en quoi, réplique Martial, il faudrait lire Libé pour faire du rock ? Notre musique, elle naît du bitume, de la pauvreté, de la révolte, du punk, pas d’un journal pour socialistes bedonnants. [« Un élu socialiste, déguisé en élu socialiste, »] Ce socialiste salit ces groupes en les écoutant. »
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6) « Les bourges de gauche sont une insulte à Joe Strummer, une injure au punk rock ! « Non, le mec est de notre côté. Quand on regarde les photos de Karl Marx, on voit qu’il porte une veste et une chemise blanche, pas un treillis. » »
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7) « Le No Futur et le cynisme des Sex Pistols le soulagent plus que l’activisme politique de Joe Strummer. Puisque le monde n’est qu’une tourbe où les êtres se déchirent, se trompent, se tuent, rien n’est plus honnête que de reconnaître l’abjection universelle – tout en entretenant le regret des utopies. L’abandon, par Martial, de la lutte politique, ne dure que quelques heures. Il se reprend très vite : le malheur a une cause : le capitalisme ; un allié : la bourgeoisie ; un ennemi : la vraie gauche (il existe une fausse gauche, celle de Mitterrand). »
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8) « Martial, depuis sa mésaventure avec Bossard, se méfie de la politique, tout en se reprochant de s’en désintéresser. Divin Suicide, pense-t-il, a pour but de réveiller les consciences, d’exprimer la révolte des démunis, c’est pourquoi le groupe a besoin d’un prolongement politique pour canaliser collectivement les énergies. Il a pourtant du mal à trouver le chaînon manquant entre sa musique et l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres, il sait que ce chaînon existe, mais ce n’est pas un penseur, son travail est en amont de la théorie révolutionnaire. »
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9) « Martial, sans sa passion pour le punk rock, aurait pris sa carte à la LCR. Il préfère le statut de sympathisant. »
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10) « Il lui faudra attendre Bach, Schubert ou Chopin, pour remplacer, sans snobisme, le rock par « les compositeurs de la bourgeoisie » (pour citer la périphrase avec laquelle, un jour prochain, Martial les fagellera). »
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11) « Bertin et Bossard sont des bourgeois, j’ai dû les choquer parce que je ne les admire pas. »
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12) « Le rock est la torsion que le capitalisme a fait subir au jazz pour le rendre commercial. Je n’y vois qu’une version adoucie et blanchisée du blues, du jazz, de la grande complainte du peuple noir exploité et asservi par l’Occident. Une trahison, si vous voulez. Mieux : une contrefaçon. Ce n’est pas ce pillage qui augure d’un renversement du système. Martial garde le silence, pendant que Schwartz poursuit sur la politique désastreuse de François Mitterrand, d’Helmut Kohl. Il ne se réveille qu’une demi-heure plus tard, en entendant cette proposition : « Fabius et le rock, même combat. » »
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13) « Schwarz, en particulier, est très sévère avec l’Union soviétique et la Chine, il considère que ces régimes n’ont rien de l’esprit libertaire du communisme, il les désigne sous le nom de « capitalisme d’État ». C’est pourquoi il rejette avec mépris les penseurs libéraux qui, de l’échec concret de l’URSS, concluent à la faillite du communisme. Si Lénine, explique Schwarz, n’était pas mort si tôt, la face du monde en aurait été changée. […] Si le mépris de Schwartz pour le rock ne l’avait, quelques heures plus tôt, consterné et contristé, grâce à cette nuit avec Carole, Martial aurait été parfaitement heureux, réconcilié avec l’existence. »
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14) « Schwarz pense que le punk rock est l’émanation de l’accumulation du capital, un produit destiné aux ados des couches populaires, pour canaliser leur révolte avec des disques, et les détourner du communisme… Moi, je pense que le punk rock n’est pas l’idiot utile du capitalisme, mais que le capital produit un tel flux de marchandises qu’il ignore le pouvoir révolutionnaire qu’ont certaines d’entre elles, comme le punk rock, comme les Clash… Je ne sais pas si je suis clair… C’est le capitalisme qui est l’idiot utile du punk. »
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15) « Dans sa chambre, il glisse une cassette dans son Walkman, le premier album des Clash, le plus violent, le plus simpliste et le plus révolté. Il veut vérifier que Schwartz, ce grand intellectuel, se trompe en réduisant le punk rock a un produit marketing pour rebelles en carton. L’énergie et la rage du groupe, une fois de plus, accélèrent son rythme cardiaque, tétanisent ses muscles et sidèrent son cerveau. Il tape sur le mur à s’en faire mal, épousant frénétiquement la mitraillette du batteur. Et il pense à ce peigne-cul d’intello, en train de signer servilement son bouquin à un public de vieux. Cette tête d’œuf serait plus subversive que les Clash, ce groupe anglais qui, en 1977, a dégueulé sa bile dans l’oreille des assis ? (De Rimbaud, il a retenu cette périphrase pour décrire les bourgeois.) Quelle blague ! On peut être un intellectuel révolutionnaire comme Schwartz et ne rien savoir de la nausée qui électrise la jeunesse. Schwartz est un vieux, il n’a pas compris. Il en est resté au jazz, cette musique pour les porcs comme Bossard. Martial est rassuré. Non, il ne s’est pas trompé de voie. Il manque à Schwartz l’intelligence d’une situation inédite dans la lutte sociale. Martial se doit de lui expliquer : les Sex Pistols, les Clash, les Ramones, ce n’est pas de la musique, ce sont des pavés balancés dans la tronche molle de la bourgeoisie, des coups de feu contre l’ordre établi. Schwartz écrit des livres, cette forme convenue de la culture ; sa révolte reste bien coiffée, tandis que les jeunes prolétaires, par le punk rock, par leurs tignasses ébouriffées, leurs crêtes, déboulent comme des voyous dans les salons policés de la civilisation. D’ailleurs, les Clash, il l’a lu, vendent leurs disques à perte : serait-il, lui, l’auteur de La Fin programmée du capitalisme, capable d’abandonner ses droits d’auteur ? » -
belette hurlante
InvitéIII – SUR L’ECOLE
1) « Les devoirs attendront, il s’est emmerdé toute la journée au lycée, il a le droit, pense-t-il, à sa dose de vraie vie, c’est-à-dire de musique. […] On s’emmerde au lycée, on se fait engueuler par les profs et par nos vieux parce qu’on a envie de vivre ! […] Allez, direction le camp de rééducation, avale de la culture, bouffe du Shakespeare, petite merde ! […] Son travail au lycée lui vole, dit-il, le meilleur de sa vie. […] Au lycée, nous attendions de vivre. […] Il songe à son statut d’élève à la Bottière comme un ex-taulard se rappelle ses années de prison. »
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2) « Etudier quoi? Je n’ai pas besoin qu’on me dise ce qu’il faut savoir, je me débrouille tout seul. »
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3) « Les études, pense-t-il, ont pour ambition de l’asservir aux tâches collectives, de l’opérer vivant de sa révolte. Il n’y consent que par habitude, par soumission à ce que tous répètent autour de lui : tu dois travailler pour réussir ta vie. Qu’on l’excommunie de la prison horaire du lycée, qu’importe ! Il souhaite fuir le couloir lugubre qui conduit de l’école au salariat. Jeff a raison : il faut échapper à la chiennerie du capitalisme. Rien que d’imaginer un contremaître chauve… » […] La caste professorale l’habitue à intérioriser sa servitude future. Il a l’impression d’être un élu, d’être le seul élève lucide du lycée. »
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4) « Les bonnes notes sont mes tickets d’entrée dans un autre monde, celui des livres, de la pensée, de la liberté. […] Il doit se tirer de sa misère, et il sait que les mathématiques servent de critère à la bourgeoise pour éliminer les enfants des classes populaires. Jeff, sur ce point, tient un discours radical et convaincant : l’école, explique-t-il, n’a pas d’autre raison que de légitimer la domination des bourgeois sur le peuple ; les mathématiques, entre toutes les disciplines, sont les chiens de garde les plus cruels. Jeff n’admet, dans la lutte révolutionnaire, que la science statistique, une prise de guerre de la sociologie. Même le français et la philosophie, pour lui, sont à la solde de la bourgeoisie, un simple recyclage des élèves bourgeois (« pas doués en maths »). […] Lui que le prof de maths ne cesse de moquer sera en première ligne contre les forces de la réaction. »
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5) « L’avenir est préoccupation de bourgeois. Ils n’ont que ça en tête, l’avenir ! Si l’avenir a la même gueule que le prof de maths, il préfère le fuir. Des lézards courent sur les graviers, entre les traverses et les rails. Ça a de l’avenir, un lézard ? »
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6) Martial se dit qu’il a eu raison de fuir les salles de cours, l’inutile gavage du cerveau, la triste répétition des jours. Il plaint Paul et Samia, renonçant à l’exubérance de la vie afin d’obtenir un diplôme, une carrière, un emploi sinistre dans cette société idiote, bien coiffée, bien proprette, bien dégueulasse. Le Le lycée, pense-t-il, sert la même soupe, dans ses abreuvoirs, au même moment, au même âge, à tous les adolescents, alors que chacun n’a la capacité de l’apprécier qu’à un instant fugitif et précis de son développement, en sorte que, sur cent élèves, seuls trois ou quatre, par l’effet du hasard, reçoivent tel savoir et telle connaissance à la période où ils en ont besoin. Les lycéens en sortent dégoûtés des plus nobles disciplines et ennués par les plus beaux livres : ils sont prêts pour la consommation, l’assurance-vie, l’entassement dans les villes, l’hôpital et la mort. »
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7) Un autre motif, très secret, de sa présence au lycée, a pour prénom : Isabelle. […] Le lycée n’est plus un avant-goût de la caserne avec quoi les riches domestiquent et dressent les prolos pour qu’ils travaillent, plus tard, à leur service. Isabelle est la fille d’un médecin, elle est jolie, elle est gentille : elle atteste qu’une réconciliation avec l’ordre social est possible. Une partie de la bourgeoisie est du côté de la sédition, de la justice. Plus secrètement, il souhaite se montrer digne, par des bonnes notes, de son rendez-vous avec elle. L’habit du cancre l’embarrasse soudainement : Isabelle pourrait, par naiveté, confondre son refus du lycée avec de la défaillance intellectuelle. »
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8) Les tables de la classe dessinent un U, pour que les élèves, en face les uns des autres, discutent les yeux dans les yeux. Martial aurait préféré un enseignement plus classique, qu’on lui explique, avec clarté, la pensée de Platon, de Descartes, de Marx ou de Nietzsche. Au lieu de quoi, il doit se taper la pensée de Thierry, de Cricri, de Patoche et de Nathalie. Il a emprunté Par-delà bien et mal et Le Discours de la méthode au CDI dans l’intention de pénétrer, par lui-même, le sens de ces livres. […] Je n’ai pas le choix : puisque le professeur ne nous explique pas les grandes œuvres de la pensée, je me dois de les lire tout seul. À quoi bon perdre mon temps à écouter ce que disent les autres élèves ? »
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9) « Elle ne peut tout de même pas savoir qu’il la prend régulièrement en levrette, dans ses séances masturbatoires, elle courbée sur son bureau et les mains agrippées sur le côté du meuble, lui derrière, debout, amoureux et fou ? Quand elle discourt sur Hegel, devant la classe, il imagine sa chatte, son cul, ses seins. Dans ces conditions, il n’est pas facile de se concentrer sur les péripéties de la raison hégélienne à travers l’histoire. Les idées philosophiques se confondent, dans l’esprit de Paul, avec le corps de Duval, avec ses culottes, sa touffe de poils bruns, la forme de son cul. Son amour de la philosophie est aussi (et surtout ?) une perversion érotique. Elle n’en sait rien. Personne n’en sait rien. »
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10) Le prof de littérature a décrit le refus de la famille comme l’expression de rêveries narcissiques et adolescentes, et même comme un refus de la vie. Il a raison : je rejette la vie puisque je n’éprouve aucune envie de la transmettre. »
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11) « Les scientifiques considèrent de haut, sans le dire, en le disant, les rigolos qui se contentent d’étudier les lettres ou la philosophie. « Et toi, je ne me souviens plus si tu as deux heures de cours par semaine, ou trois heures ? » […] Du côté des étudiants de sociologie, on aspire à la grève générale, à des drapeaux rouges, à des alternatives au capitalisme. […] Il se rend compte qu’il emprunte le cursus où patauge la progéniture des classes moyennes. » -
Mr K.
InvitéOui, super pour qui veut avoir des rouleaux de papier toilette d’avance ! Personnellement je n’utilise pas de papier maché !
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belette hurlante
InvitéTa aucune race
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belette hurlante
InvitéIV – SUR LA LITTERATURE
1) « La lecture ne serait plus ce repli élitiste et silencieux, pour ne pas dire arrogant, non, elle deviendrait un élan carnassier, une folie populaire, bruyante, plébéienne ! Lang ne voulait plus de hiérarchie, plus de tête qui dépasse, mais une foule en fusion, sartrienne et jubilatoire. »
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2) « Il devine, derrière l’amphigourique, un monde inconnu, celui de la pensée, qui ne s’achète pas, mais qui se conquiert par la patience et l’effort. Cette idée lui plaît : les bourgeois doivent se bouger le cul, s’ils veulent profiter des traités de David Hume et des réflexions d’Emmanuel Kant. Il n’a pas encore lu Bourdieu, il ignore que toute la pensée de l’humanité, depuis Socrate, a pour unique objectif d’asseoir la domination culturelle de la bourgeoisie et de la distinguer des ploucs. S’il l’avait su, il n’aurait jamais accordé une seconde à la philosophie : Penser, c’est bourgeois, se serait-il dit. »
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3) « Etudier Hegel et Husserl, malgré l’aridité de leur lecture, car, au bout de mes efforts, il y aura la récompense de pénétrer les arcanes de la philosophie. Il existe peut-être une grâce de l’austérité ? »
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4) « Dans le train, il a lu sans rien comprendre au livre qu’il tenait dans ses mains. Les paragraphes disparaissaient de sa mémoire, rien ne restait, tout s’effaçait à mesure que ses yeux déchiffraient les phrases de Kant. »
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5) « A la façon de Champollion, il s’acharne à déchiffrer Platon, saint Anselme ou Hegel. Il ne s’était pas attendu à tant d’opacité. Ce n’est pas la philosophie qu’il remet en cause mais ses capacités à se hisser jusqu’à elle. Et Spinoza ne lui est d’aucun secours pour patienter jusqu’au retour de cette étudiante aux yeux gris-bleu. »
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6) « Il se serait perdu dans l’abstraction et l’irréalité s’il n’avait été lesté, fort heureusement, d’une passion pour le roman, pour la littérature. La poésie, comme la philosophie, trop souvent se complaît dans l’hermétisme, ce qui n’aide en rien les enfants des classes populaires à se tirer de cette mauvaise affaire qu’est la vie. »
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7) « Paul devine qu’il ne trouvera pas de pairs pour s’étonner avec lui. Il comprend qu’il est complètement seul, et qu’il le restera toute sa vie. Plus fou qu’Hamlet qui a eu la sagesse de ne pas exister, et de mourir à la fin de la pièce, pour plus de sûreté. »
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8) « Encore sonné, Paul décline le projet de Martial d’écouter, chez Fuzz, Café Bleu de Style Council, il désire se procurer, à la librairie Beaufreton, un roman de Dostoievski, Les Possédés, dont il a lu, dans une revue du lycée, qu’un des personnages ressemblait au prince Hamlet. Il pense à ce roman depuis plusieurs jours, et pour la première fois, l’envie de le lire, en sortant de chez Bossard, lui a paru plus urgente que de découvrir les dernières nouveautés des disquaires. Il est sorti de la librairie Beaufreton avec l’âme d’un terroriste déterminé à foutre une bombe dans les travées du théâtre Graslin. […] En ce moment, je lis Les Possédés… C’est aussi important qu’un disque de The Clash… Je ne comprends pas tout, mais je sais que, dans ce roman, se cachent les secrets de la vie… »
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9) » « À quoi bon inventer des fictions, nous n’arrivons déjà pas à connaître tout ce qui passe dans le monde, ni les millions de vies autour de nous… » Je n’avais pas su quoi te répondre, c’était la première fois que j’entendais cet argument. Je te réponds aujourd’hui : sans la fiction, je ne vois pas les millions de vies autour de moi. Je ne sais même pas qui je suis : cette fille est une fiction qui n’entretient qu’un rapport lâche avec celle que je suis. »
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10) « Martial : La littérature est épuisée. Le roman est une coquille vide, les histoires, je n’arrive pas à les lire. Je me fiche de la vie de gens qui nont jamais existé et je me fiche de la vie des gens qui ont existé. J’ai ma propre vie je n’ai pas envie de me perdre dans celle des autres. Le roman et la fiction nous détournent de la réalité, il faut s’en méfier. Paul : Tu as tort, sans ces prototypes d’existences que sont les romans, la vie est bête et stupide, un simple mécanisme biologique. Avec le roman, même boire un café et cirer ses godasses deviennent dignes de l’art. »
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11) « La tragédie de Steinbeck réduit la sienne à un misérable dilemme. Dans un premier temps, il s’en trouve soulagé. Rien n’est grave. Dans un deuxième temps, il se dit que même ses tourments manquent de majesté, de hauteur. »
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12) « Le rôle de la philosophie n’est pas de pleurer notre condition, mais de vivre joyeusement cette condition. Et de l’améliorer. […] Cioran s’en prend à tout, même à la vie, tu peux pas trouver plus négatif… Les Sex Pistols, ce sont des béni-oui-oui. Paul se dit que Martial n’aimera pas Cioran, il le jugera trop pessimiste, et le pessimisme est réactionnaire. […] les publicités de la télévision, aux couleurs vives, à l’humeur souriante, ne propagent elles pas un optimisme factice, propice au commerce, au capitalisme, à la droite ? »
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13) « Il repense à sa mère lui conseillant de garder le silence : « La vérité n’est pas toujours bonne à dire », disait-elle. Elle avait raison. C’est pourquoi il note, dans un cahier, toutes les observations et les réflexions que personne ne veut entendre, il ressent la nécessité qu’au moins, entre ces pages, l’irrespirable soit consigné, il n’en respire que mieux. »
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14) « Pour sa mère, pour ses tantes, lire n’a de sens que l’été, sous un parasol, entre deux bains de mer ; on pourrait croire, à les écouter, que la lecture est d’une même nature que la pêche à la crevette ou la planche à voile. Le reste de l’année, elles n’ont pas le temps de bouquiner, disent-elles. Paul reproduit, en échantillon docile, les usages de son milieu (avec ce livre posé sur la serviette de bain). »
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15) « Le punk rock ne l’intéresse plus. Il n’est pas loin de trouver puérile la rébellion de The Clash, infantile l’apparence de The Cure et obscène la danse des Stones pour accroître leur compte en banque. […] Il lui arrive même de penser que son renvoi du groupe l’a libéré d’une fausse vocation et poussé vers ce pour quoi il est destiné : la littérature, la philosophie. Il n’a eté qu’en apparence voué au rock : Martial, d’évidence, l’est bien plus que lui. […] Il n’a plus aucune raison d’en vouloir à un Martial sans lequel il n’aurait peut-être jamais troqué le rock pour la littérature. Il a lu dans Le Monde une interview de Strummer. C’était intelligent, mais Nietzsche descend dans des profondeurs inaccessibles au leader de The Clash. »
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16) « … comme si sa vie se déroulait, dorénavant, dans un autre roman, très loin de Nantes. »
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17) « Moi, je n’accepte pas les conseils de lecture. Un écrivain attire l’autre. Il lit le roman d’Oscar Wilde parce que, dans une préface, on présentait Wilde comme un disciple de Baudelaire ; et il a découvert Baudelaire pour avoir lu, dans une postface, que ce dernier « vivait avec Hamlet, c’est-à-dire avec un autre lui-même ». De Baudelaire à Rimbaud, de Rimbaud à Breton ; et de Shakespeare à Dostoïevski, de Dostoïevski à Tolstoi. Le hasard n’entre pour rien dans ce choix. Cette intimité avec quelques grands esprits lui donne le droit et la force, croit-il, de tenir une conversation avec des gens cultivés. Il s’avère que tous, un jour, ont pensé, disent-ils, passer l’agrégation, ou devenir professeur, mais que tous, un autre jour, ont finalement choisi la médecine, le journalisme, la politique et la magistrature, « et ça n’a rien à voir avec l’argent ». Paul, qui n’a rien choisi, court le risque d’exercer, plus tard, le merveilleux métier de professeur. Paul entrevoit que l’enseignement n’a plus aucun crédit du côté de la bourgeoisie. Le dîner réserve une autre surprise : tous ces jeunes bourgeois sont de gauche, et même très à gauche. « Putain, la dépolitisation des classes populaires, ce n’est pas un mythe » s’indigne Cédric. Que deviendra le progrès si le peuple s’assoupit ? Cédric est d’avis que jamais, peut-être, la responsabilité des intellectuels n’a été aussi grande, puisque le capitalisme, insidieusement, anesthésie, par la marchandise, la vigilance prolétarienne. Ils appartiennent à une autre espèce que la sienne, plus belle, plus insouciante, une espèce de plain-pied avec la société. [Un normalien :] le tire de son rêve éveillé (la lecture) « T’as encore beaucoup de lectures devant toi, mon petit gars. » […] ce protocole donnant le droit d’aussitôt lui tourner le dos. Il n’est pas de la même classe sociale. Tout est dans l’ordre des choses. Martial, avec son insolence, éteindrait tout début d’arrogance ; et Samia, par sa sensibilité, son intelligence, imposerait à tous le respect. Il s’est retrouvé en la compagnie d’une dame en jeans, chemisette blanche, et des lunettes de soleil, posées sur ses cheveux comme un serre-tête : une bourgeoise. On comprend que les bourgeois se réfugient derrière les murs de leurs propriétés. Reste dans ta classe, vermisseau ! Il se croit un étudiant en philosophie, on le transforme en jardinier. Il s’était rêvé en guitariste de rock, le voilà en domestique. Les aubaines de sa classe sont les chaînes qui le clouent à sa condition servile et originaire. Pour un peu, ils lui lanceraient les restes de leur repas. Il fouille dans les cassettes et les 33 tours rangés sur l’étagère : beaucoup de disques de jazz, de Fats Domino, de Duke Ellington, de Charles Mingus, mais aussi de Bach, de Couperin, de Schumann, concertos, sonates, préludes. Aucun disque de punk rock. Un 45 tours des Rolling Stones, c’est tout. » -
MA
InvitéJoy Sorman ce soir dans Le mag de l’été sur France inter à 18h
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci Belette
on lira-
belette hurlante
Invitéde rien belle blonde
Ce type à aussi écrit Kafka au candy-shop, la littérature face au militantisme.
Chez Naulleau…-
François Bégaudeau
Maître des clésbelle fausse blonde
restons modeste
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Urdanivia
InvitéEt sur le site En attendant Nadeau un papier sur Yannick Haenel qui publie « La solitude des professeurs est infinie. »….pas très intéressant le papier je trouve à part nous informer du contenu thématique du livre…
…en attendant vos avis si vous le lisez(je vais le lire d’ici quelques semaines)
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Urdanivia
Invité(Mais) cette phrase de l’article (qui cite le livre d’ Haenel) :
« Et comme le dit magnifiquement Deichel/Haenel, grâce au récit, « ce qui est perdu revient », « tout n’est pas perdu, alors ».
me fait penser à une phrase de Salter dans « Et Rien d’Autre » qui disait/écrivait je crois:
« Il arrive un moment/ Où vous savez que tout n’est qu’un rêve/ Que seules les choses qu’a su préserver l’écriture/ Ont des chances d’être vraies. » -
Mr K.
InvitéSelon moi et malgré les compliments, j’affirme que toute la vapeur intellectuelle dans les rayonnages des commerces de l’internationale bourgeoise n’est que du tapage servant à couvrir par l’odeur les vrais auteurs. Bégaudeau excepté bien sur., cela va de soi !
D’ailleurs je considère qu’écrivain est comme président de la république, Roi ou plus rare, c’est à reconnaitre qu’il n’y en qu’un par génération, parfois par siècle. J’admets que c’est embêtant pour ceux qui en font commerce ou prestige….-
Urdanivia
Invité« Un par génération, parfois par siècle » et pour chaque langue ou toutes langues confondues ??
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Mr K.
InvitéJe ne suis là que parce que monseigneur Begaudeau dans sa bonté divine de rassemblement national ou international a jugé bon de ne permettre qu’un canal de communication avec lui par son site et ses forums, sinon je lui aurais écrit un simple mail auquel il aurait été triste si j’ose dire de ne pas pouvoir répondre, les dieux ne communiquant qu’avec leur prophète !
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Cynthia Lennon
InvitéBêtement (béatement) alors que j’avais un accès numérique anticipé au livre de Joy, j’ai préféré attendre sa sortie aujourd’hui pour l’acheter et le lire (il m’est déjà précieux).
Par contre j’ai pu lire 3 autres livres de cette rentrée et je recommande en priorité celui de Lucie Rico : Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer, il m’a bien remuée, c’est drôle, son personnage déploie bien des efforts pour élucider pourquoi un bout de phrase qui lui manque prend tout son espace mental. C’est un traitement singulier d’un trauma amnésique qui m’a tenue de page en page.
J’achèterai le livre d’Antoine Philias aussi, vu que, une chose en entraînant une autre, j’avoue n’en avoir encore lu aucun. Hou moi-même (mais sans fouet).-
Rigolus
InvitéLe mieux des trois livres de Rico selon toi ?
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Samuel_Belkekett
Invité« j’ai préféré attendre sa sortie aujourd’hui pour l’acheter et le lire (il m’est déjà précieux). »
Le livre est déjà sur un piedestal avant même d’être lu.
Bonjour la secte !
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Les crétins se sont tous donnés rdv apparemment.-
Samuel_Belkekett
InvitéHeu ! C’est qui Rico ?
Et Philias ? C’est qui Antoine Philias ?
Et la fille de Guy, c’est qui exactement ?
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Godot le bègue
InvitéBlast x Blitz : “Le Mensonge et la Colère”, par Denis Robert
Paraîtra le 9 septembre 2026-
Tony
Invité166000€!il perd pas le nord Denis Robert,800€ par page,pas mal.
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Godot le bègue
InvitéImbécile, il faut lire au lieu de faire des calculs faux !!!!
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Editions Blitz a financé sa collecte ! c’est donc pour financer une nouvelle maison d’édition, il faut lire imbécile heureux !
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Nouvelle maison d’édition indépendante, Blitz entre dans le paysage éditorial français avec l’ambition de proposer des livres à la fois engagés et populaires.
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Aujourd’hui en France, un livre sur deux est vendu sous la bannière Bolloré (Hachette). Neuf milliardaires contrôlent par ailleurs 81 % de la presse quotidienne nationale et 90 % des hebdomadaires généralistes. Dans ce contexte où l’extrême droite progresse dans les médias comme dans les urnes, nous entendons incarner avec Blitz un contre-pouvoir éditorial nécessaire contre les idées réactionnaires.
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Le nom même de notre maison porte cette vocation : « Blitz » (éclair en allemand) illustre cette ambition d’éclairer les débats publics en apportant des analyses rigoureuses qui contredisent les idées reçues.
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Une ligne éditoriale exigeante
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Nous publierons des essais et des bandes dessinées qui abordent les grandes questions politiques, économiques, écologiques, culturelles et scientifiques de notre temps. La ligne éditoriale défendra la justice sociale, la réduction des inégalités, l’écologie, le féminisme et la justice internationale.
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Les sciences humaines et sociales – histoire, sociologie, économie, philosophie – seront mobilisées comme outils d’émancipation intellectuelle et de résistance. Nous combattrons le prêt-à-penser, le relativisme scientifique – tout particulièrement concernant la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité – et les complotismes.-
Tony
InvitéDésolé je ne lis jamais les liens que tu balances partout, là par inadvertance j’ai cliqué et je suis vite reparti.
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Samuel_Belkekett
Invité1) Plutôt que Blitz ils auraient dû choisir Witz.
2) « nous entendons incarner avec Blitz un contre-pouvoir éditorial nécessaire contre les idées réactionnaires. » et « La ligne éditoriale défendra la justice sociale, la réduction des inégalités, l’écologie, le féminisme et la justice internationale. »
Le meilleur moyen de lutter contre les éditions Bolloré et leur 81% de domination de la presse et 90% des hebdos, c’est précisément de les encourager à posséder 100% de tout sur tout.
C’est un choix politique que de publier encore et encore des énièmes ouvrages populaires et engagés à seule fin de satisfaire les auteurs, ou une véritable action politique, qui serait de laisser Bolloré et sa clique s’emparer de tout ce dont ils veulent s’emparer et même de leur brader, tout ce qu’ils veulent. C’est là que leur vrai visage s’incarnera enfin.
Supprimer les contres pouvoir sera bien plus stratégique que d’en produire pour alimenter un système, qui se dira in fine, démocratique.
Ainsi parlait Belkekett…
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Godot le bègue
Invité -
graindorge
Invitéje mets cet entretien avec Vuillard ici
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sylvain
InvitéQue pense-t-on ici de Pierric Bailly ? Je le mentionne parce qu’il sort un nouveau roman ces jours-ci, intitulé « Rouges-Truites ».
J’imagine que son cas a déjà donné matière à discussion ici mais j’ai sans doute raté ces échanges.
De lui, je n’ai lu que « l’homme des bois » et surtout « le roman de Jim » (dont s’ensuivra une adaptation au cinéma quand même pas terrible, mais moins honteuse que les deux adaptations de Nicolas Mathieu – les adaptations autour des romans de François, surtout celles de Kechiche, peut-être parce que beaucoup plus « relâchées », donnent de meilleurs films ).
Mais on pourrait aussi trouver qu’il existe pas mal d’accointes entre ces trois là, Nicolas, Pierric et François.
Ou pas du tout ?-
K. comme mon Code
InvitéLu Michael Jackson, L’homme des bois, Le roman de Jim. Des livres qui m’inspirent beaucoup de sympathie. J’aime la langue qui n’en fait pas des tonnes et l’ancrage social de ses personnages – je découvre toujours des jobs en le lisant –, mais cet été La Foudre que j’ai tenté de reprendre m’est encore tombé des mains. C’est sans doute le moins bien écrit, mais j’y vois aussi une routine dans laquelle il s’est enlisé – ses limites aussi, peut-être. L’inventivité formelle se réduit de livre en livre.
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Cynthia Lennon
Invitémoi La Foudre c’est le 1er que j’ai lu et j’ai beaucoup aimé, en particulier pour son narrateur homme qui décrit bien son parcours psychologique
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sylvain
Invité@ K : « je découvre toujours des jobs en le lisant »
Tout à fait d’accord. Bien frappant dans « le roman de Jim » (il y a beaucoup de « jobs » là-dedans)
@Cynthia : je n’ai pas lu « la foudre ». Je vais essayer, pour voir où se situe le juste en « K » et toi…
J’ai aussi oublié que j’avais lu « les enfants des autres » (rien à voir avec le film de Zlotowski). Un Bailly beaucoup moins aimé. Roman à twists (comme un Nolan jurassien, quoi).-
François Bégaudeau
Maître des clésPour aimer Bailly il ne faut rien attendre stylistiquement, et parfois il va trop loin dans l’académisme, mais ça passe grace aux personnages et au sens du récit
et puis il est, à égalité avec moi, l’écrivain le plus sympathique de notre temps-
sylvain
Invité« Pour aimer Bailly il ne faut rien attendre stylistiquement, et parfois il va trop loin dans l’académisme, mais ça passe grace aux personnages et au sens du récit ».
C’est sévère mais dire le contraire serait mentir. Je sais bien pourquoi j’ai plongé dans « le roman de Jim ». C’est bien grâce au protagoniste principale. Et aussi la bascule du récit à mi-parcours. Pour le reste, je serais effectivement incapable de citer une phrase, une tournure, définir un style.
« et puis il est, à égalité avec moi, l’écrivain le plus sympathique de notre temps »
Evidemment ! Là-dessus il n’y a même pas débat.
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Myriam
InvitéLa folie de la littérature halal, l’islamisation continue en France
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Stéphanie
InvitéDernier livre de Yannick Haenel à l’air bien et un très beau titre
https://www.gallimard.fr/catalogue/la-solitude-des-professeurs-est-infinie/9782073161925-
Urdanivia
InvitéAvait beaucoup apprécié le Trésorier Payeur et Tiens Ferme ta couronne, …un peu moins les précédents..pas lu celui sur le caravage
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belette hurlante
Invitéaussi pompeux que son titre
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belette hurlante
InvitéJ’en ferai un (très long) retour bientôt, (beaucoup de) phrases à l’appui.
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La solitude Caravage has its moments, faudrait que je prenne le temps de réécrire mes notes – en attendant sur l’art on préférera 1000x CUM-
François Bégaudeau
Maître des clésje me demandais en effet comment il se pourrait que j’aime un livre pareil
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Stéphanie
InvitéOui , il y a ce côté pompeux et d’en mettre plein ( la vue, la connaissance) mais j’aime bien l’homme et je continuerai à le lire , je ne sais pas -encore- les raisons.
Je n’ai aimé aucun de ces livres lus et je le lis.-
Godot le bègue
InvitéMoi par contre j’aime tous ses livres non lus et je ne le lis pas.
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Ventoline
InvitéOn pense quoi de la parution du Gustavo Faveron Patricia, « Les lieux souterrains » ?
Traduction chez Bourgois, quasiment 700 pages, rupture de stock chez mon libraire, ils réimpriment déjà, et je crois voir tout le monde s’emballer… ça donne un peu envie de plonger, non ?Syno : Lima, 1992. Un meurtre atroce est commis dans un sous-sol. Tout accuse le réalisateur américain George Walker Bennett, fils d’un tortionnaire de la CIA qui a sévi pendant des années pour le compte des dictatures militaires au Pérou, en Bolivie, au Chili et au Paraguay. Il s’était pourtant juré de ne jamais marcher dans les traces de ce père monstrueux…
C’est le point de départ d’une grande odyssée à travers la face cachée de l’histoire de l’Amérique latine, des États-Unis et de l’Europe. Car l’origine de ce crime remonte à vingt-cinq ans plus tôt et il faudra encore autant d’années pour que son mobile soit élucidé. Ce voyage est peuplé d’originaux et de poètes, d’espions érudits et d’exilés, de victimes ou de bourreaux, et trempe George Walker Bennett dans la violence et la folie des autres autant que dans les siennes propres. Les pistes se démultiplient dans cette intrigue foisonnante à la Borges, jusqu’à ce que les pièces du puzzle labyrinthique s’assemblent une à une. Mais ne sommes-nous pas encore pris dans un trompe-l’oeil ?
Les Lieux souterrains est un livre fou et fascinant, tout en tension et mélancolie, où se mêlent aventure, quête d’identité, énigmes, horreur et amour. Un nouveau chef-d’œuvre total de la littérature latino-américaine du xxie siècle, qui rappelle qu’il y a du jeu dans la littérature, dans ce qu’elle peut tenter et dire de l’histoire mondiale d’hier et d’aujourd’hui.-
Urdanivia
InvitéPour ceux qui comprennent le l’espagnol:
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Tony
InvitéJe viens de commencer Bungalow de Philias, j’ai rien lu de plus drôle,pas une ligne sans rire,quel talent et quelle drôlerie, c’est une dinguerie.
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Quentin
InvitéPareil j’ai commencé ya deux jours et je suis dégoûté de devoir faire des pauses. Excellent !
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François Bégaudeau
Maître des cléstrès heureux que vous lisiez et aimiez
n’hésitez pas à répandre la parole, Antoine m’a dit qu’il avait pour l’instant zero presse, injustice routinière voire logique, mais injustice-
Urdanivia
InvitéJe ne le connaissais pas et en écrivant son nom sur mon moteur de recherche j’ai:
»
Antoine Philias est né en 1990 et vit à Rennes. En attendant la publication de son ouvrage en vingt tomes sur Bob Dylan, il écrit des articles sur la musique.
»
Or en + du roman que vous recommandez et étant toujours intéressé par des écrits(ou autres) autour de Dylan je voulais savoir s’il y a des « nouvelle » sur l’ouvrage mentionné ci-dessus..????-
belette hurlante
Invitéhttp://www.xsilence.net/disque-5883.htm
Antoine Philias est une légende vivante du défunt site musical Xsilence, désormais inactif, mais où tu pourras en cherchant trouver certaines de ses chroniques musicales. Pour info, tel l’autiste savant qu’il était, il en avait pondu à peu près 350. Maintenant (depuis un moment) que la mutation en écrivain génial s’est faite, il est désormais un génie omniscient.
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belette hurlante
InvitéSachant qu’il n’écoute pas de punk.
Antoine aurait été le chanteur des Burning Heads, il serait littéralement presque à égalité avec François.-
graindorge
Invitéil écoute the kinks, c’est pas loin, si?
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graindorge
InvitéAntoine Philias
Avant même d’avoir trouvé le visage de ce nom, le mien a souri.
Et ce nom : Antoine Philias , digne d’un personnage de B.D ou sorti d’un livre de Echenoz.
« Antoine Philias ne dormait jamais que d’un oeil. Mais le bon »
Parodiant Michel Drucker je dirais bien Mesdames et messieurs, retenez bien ce nom.
Antoine. PHILIAS!!! Clap clap clap clap…
Voulu partagé un extrait mais dans la page où j’étais, on m’a juste permis de lire. Et j’ai ri.
Noté pour septembre.-
François Bégaudeau
Maître des clésAntoine Philias nous a fait l’honneur d’une apparition dans le mauvaise foi 4 (Bug club versus Geese)
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Alexandre
Invité« Et ce nom : Antoine Philias , digne d’un personnage de B.D ou sorti d’un livre de Echenoz. »
ou même de Jules Verne (« Philias » Fogg) !
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François Bégaudeau
Maître des clésà Mauvaise foi, il avait joué sur Philias-filiation
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belette hurlante
Invitéc’est pas loin mais c’est pas le point
Protopunk quoi. N’ont pondu que deux tubes punk en 77 « Father Christmas » & « Prince Of The Punks » en réponse à la vague
J’ai 2 compiles 80mns parfaitissimes des Kinks et factuellement les écoute plus souvent que les Beatles et les Stones mais fondamentalement c’est du rock et de la pop
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belette hurlante
Invité(aux éditions Densité on trouvera un formidable livre sur eux : « Something Else by The Kinks »)
Pierre Bayard leur consacre aussi un chapitre dans son bouquin « Et si les Beatles n’étaient pas nés » chez Minuit, mais c’est beaucoup plus dispensable…
(et le chapitre sur Marx fait franchement bondir)-
François Bégaudeau
Maître des clésil dit quoi ce chapitre bondissant (ou bondissable)?
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belette hurlante
InvitéRien
J’avais juste mal lu
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« Si Marx meurt (de la tuberculose) après quelques jours comme son frère et d’innombrables enfants de l’époque, la Première Internationale n’existe pas, et pas davantage le mouvement bolchevik qui prend le pouvoir en 1917. Pas de Russie communiste donc, et pas davantage de Chine maoiste, de révolution cubaine ou de Kampuchéa démocratique. Sa disparition prématurée aurait permis de faire l’économie des millions de vies humaines que la folie meurtrière de dictateurs a fait disparaître de cette terre. »
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Ce qui me paraissait un peu court / collégien or j’aurais mieux fait d’aller pogoter car plus loin :
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« Il est aventureux de déduire de sa disparition précoce qu’un grand nombre de morts auraient pu ainsi être évitées. Rien ne dit que serait inférieur le nombre global de victimes après deux siècles écoulés sur des bases différentes. »
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C’est juste que le livre est censé être amusant : « Les fondateurs de discursivité comme Marx, en ne créant pas seulement des œuvres mais en inventant des paradigmes originaux [une architecture conceptuelle], exercent donc des effets délétères sur la création bien au-delà de la publication de leur œuvre. » Par exemple là le délétère est censé être drôle (puisqu’il éclipse Proudhon etc) -
François Bégaudeau
Maître des clésMouais. Ca sent pas bon tout ça
Encore un faux détaché.
Un neutre pas neutre
Un distant pas distant.
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graindorge
Invité2 minutes vingt et une de plaisir
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Tony
InvitéFrançois a réussi à s’introduire dans le récit vendéen de Philias et au régional de l’étape,qui se la pèterait un peu trop,on lui a préféré Sylvain Tesson,elle est bien bonne celle là!
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Simonbookreader
InvitéJe propose Les Singulières fréquentations d’Eugène Bloy, de Glenn GLURCK.
C’est une sorte de thriller qui n’en est pas tout à fait un, à la fois rythmé, malicieux, et très curieux à la fois. C’est très particulier, mais pour moi ça se mange comme des petits pains…
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AuteurMessages
