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Accueil › Forums › Forum général › Poèmes page 4

  • Ce sujet contient 62 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Zorglub, le il y a 4 jours et 15 heures.
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  • Auteur
    Messages
    • #136816 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Poèmes 3 a eu un couac

    • #136817 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la pointe du ciel

      L’estafilade

      D’une mouette

      • #136818 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Alain Kervern, brestois, est né au Vietnam en 1945. Il a étudié et enseigné le japonais et affirme que les non-japonais ne peuvent comprendre et écrire des haïkus. Mais, il se trouvera emporté par cette vague du haïku dans les pays occidentaux et publie lui aussi des poèmes courts. Dans « Les portes du monde », aux éditions Folle avoine (1992)

        • #136819 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Les lampadaires s’allument

          A voix basse

          La marée monte

    • #137501 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Je vais retrouver l’auteur de ce poème
      ****

      Quelque chose

      Faire quelque chose d’autre,
      Trouver autre chose dans autre chose,
      Quelque chose de caché, quelque chose d’inaperçu,
      Quelque chose qui avant jamais comme ça,
      Et en même temps sans comment faire évident,
      Sans itinéraire prédéfini,
      Quelque chose en autre chose,
      Autre chose qui soit ici et là en même temps,
      Quelque autre ici,
      Le révéler, l’invoquer,
      Faire que quelque chose se fasse tout seul,
      Ici est plein d’ailleurs,
      Déborde d’autre,
      Il suffit de le déchiffrer et de le permettre,
      Tout cela est tellement simple
      Que c’est presque hors de portée pour ceux
      Qui sont trop ici et maintenant,
      Et pourtant il n’y a rien d’autre
      Qu’ici et maintenant,
      Mais autrement,
      Seule mon absence est palpable,
      J’en parle ainsi
      Pour l’effacer
      Jusqu’à ce que s’efface le quelque part où
      Quelqu’un avait parlé,
      Quelqu’un qui fut effacé,
      Effacés l’ici et le maintenant,
      De cette liberté faire
      Quelque chose d’autre,
      Quelque autre ici, quelque autre toi,
      Quelque chose.

    • #137531 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Patrick Blanche, né en 1950, s’approche du haïku en lisant « Journal des yeux », de Gary Snider, poète de la beat generation à San Francisco. Blanche publie ses premiers haïkus en 1980, dans la revue P.A.F, réalisée par Maurice Coyaud.

      ***************

      Sur la route enneigée

      Les pattes des moineaux semblent

      encore sautiller

    • #137787 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Chronique de la fin de la dîme et du tribut (Crónica del fin del diezmo y del tributo) par Félix Pita Rodríguez

      ********

      Ceci est la fin de la dîme et du tribut.
      La fin des pieds nus et des haillons.
      C’est la fin de je n’ai nulle part où dormir,
      je n’ai ni assiette ni cuillère. C’est la fin de je meurs,
      sans médicaments. Et l’hôpital ?
      Ils m’ont fait sortir comme incurable.

      ********

      …..L’hôpital n’a pas de lits
      pour ceux qui portent leur cadavre sur le dos.
      C’est la fin de si ça ne te plaît pas va voir ailleurs
      si tu trouves un autre travail.
      La fin de je suis trop vieux, ils ne me veulent pas,
      dans aucun atelier, aucune usine.

      ********

      C’est simple et facile à comprendre,
      c’est la fin de je n’ai pas et de je voudrais,
      la fin de si je pouvais et de je ne peux pas
      car je n’ai pas.

      ********

      …..La fin de ne sois pas idiote, ma fille,
      avec ce corps, moi, je n’avais pas faim.
      La fin de si vous ne payez pas demain je vous assigne en justice,
      la fin de si vous ne payez pas demain j’arrête de vous servir le lait.
      La fin de pour le moment je ne peux pas aller à l’école
      on verra si le mois prochain ce sera possible
      de t’acheter de nouvelles chaussures.

      ********

      C’est simple, ce sont des paroles claires,
      c’est la fin de je suis blanc et tu es noir,
      ne t’y trompe pas. La fin de que pouvais-je faire,
      ils ont pris ma terre, les soldats sont venus,
      un de mes enfants est mort en route.

      *********

      Chacun peut le comprendre, c’est très simple,
      je suis en train de parler de choses qui se passaient
      tous les jours de l’année.

      ********

      …..C’est la fin d’ils m’ont donné
      dix pesos pour voter. La fin d’il n’y a pas de pupitres,
      pas de crayons, pas de livres à l’école.

      ********

      …..La fin d’ils l’ont tué
      quand il montait dans le train, à Manzanillo,
      un capitaine qui lui a tiré dans le dos.
      Il paraît que c’était un ordre de l’ambassade américaine.

      *********

      Ce sont les choses qui se passaient alors,
      des choses amères, troubles, qui blessaient
      au plus secret du cœur.

      **********
      La fin de je te dis que c’est la fin du monde,
      que ça n’en vaut pas la peine, il faut vivre et c’est tout.
      La fin d’hier, de désespoir, un homme sans travail
      a tué sa femme et leurs deux enfants
      avant de se suicider. La fin de tu l’as lu comme moi, il s’est dépensé
      cette nuit vingt mille pesos pour une fête au Biltmore.
      C’est la fin d’il serait encore en vie s’ils l’avaient opéré à temps,
      mais l’opération coûte cher.

      *********

      La fin de tu te rends compte le Ministre
      a encore perdu cette nuit au Casino.
      Trente mille en une heure et demie, à ce qu’on dit.
      La fin de s’il te plaît peux-tu me lire cette carte de mon fils.
      La fin de si vous ne savez pas signer, mettez une croix ici,
      devant deux témoins. La fin de dans notre région
      il meurt trois enfants tous les cinq jours.

      *********

      …..C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est à pleurer de joie en le voyant,
      parce que c’est comme si c’était le premier matin
      après la fin, la fin du monde.
      Le premier matin, le premier sourire,
      le premier air pur, le premier enfant.

      **********

      C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est la Révolution qui entre dans les maisons
      pour mettre les choses à leur place.

      **********

      C’est la fin de la nuit et de l’amertume.
      C’est la fin de la dure dîme et du sanglant tribut.

    • #137925 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Juste cette fois-ci, juste une fois, je me souviens que Peggy est partie un 28 février. Je m’en souviens car c’était aussi un anniversaire.
      Elle aussi, comme Perec, avait écrit des Je me souviens.
      Voici le sien
      *********
      Je Me Souviens
      Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
      était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
      d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
      couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
      vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
      épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
      déchu éternel de Dieu.
      Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
      remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
      exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
      regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
      moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
      mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
      de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
      jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
      mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
      me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
      jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
      s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
      appartenaient.
      Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
      de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
      jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
      bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.
      Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que
      Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
      roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
      ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
      que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
      pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
      fait ça

      Je me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
      qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
      de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
      que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
      m’offrant ces deux baffes sur mes joues.
      Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
      est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
      souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
      j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
      sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
      perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.
      Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
      quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
      Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
      lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
      poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
      mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
      enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.
      Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
      leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
      maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
      Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
      obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
      qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
      Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
      sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
      toujours.
      Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
      passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
      dernier souffle.

      • #137926 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        C’est si difficile de rendre cette lumière là , celle aveuglante du réveil
        J’aime la balançoire, la tarte aux framboises, les baffes et les chants comme un pied
        Et puis aussi cette tournure
        « Je me souviens de sa peau remplis de ses traits »

    • #137927 Répondre
      Claire N
      Invité

      C’est difficile mais certains trouvent Sapins et Chloé
      L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux

      • #137928 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux » j’aime.
        Pas pu ouvrir Sapins et Chloé

        • #137929 Répondre
          Claire N
          Invité

          Voilà voilà –
          C’est daphnis pas sapin ( Ravel )

    • #139066 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la lenta caída de la tarde
      amar la vida largamente es todo
      el oficio del hombre que respira.
      Alzar la mano y detener el cielo.
      Destino de la luz, nunca te acabes.
      Luis Feria

    • #139273 Répondre
      bibinard
      Invité

      Ile fo sans trêdet sét laloua deux l’anha tur
      Lanne in geoure poure tend sans moka
      Haie nœud c’est commis limenca
      Kare ilet beau nekre à tuhr
      Ilalet pahr péhi a qonpaniais duche yiain
      Graveu mançan çomjhei hari hein
      Touxdeu sut ivhy daim kaum inmet reuh

      Aitesétéra

      Çéd uplu gren deux toul et tan

    • #139299 Répondre
      Zorglub
      Invité

      LE GRAND COMBAT

      Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
      Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
      Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
      Il le tocarde et le marmine,
      Le manage rape à ri et ripe à ra.
      Enfin il l’écorcobalisse.
      L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
      C’en sera bientôt fini de lui ;
      Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
      Le cerveau tombe qui a tant roulé.
      Abrah ! Abrah ! Abrah !
      Le pied a failli !
      Le bras a cassé !
      Le sang a coulé !
      Fouille, fouille, fouille,
      Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
      Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs;
      On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
      Et on vous regarde,
      On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

      « Papa, fais tousser la baleine », dit l’enfant confiant.
      Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l’orage
      et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
      Si la feuille chantait, elle tromperait l’oiseau.

      (Henri Michaux)

      • #139363 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci Zorglub pour ces retrouvailles avec Michaux

      • #139364 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        l’occasion de comprendre que plus qu’un romancier / nouvelliste Roberto Bolaño était avant tout un poète, un immense poète d’avant-garde empli d’une tension poétique surréaliste et singulière.

        ********

        1/

        Tes yeux sont le livre que je lis le plus

        Dans mon rêve de nouveau je te prends la main

        Tu ne me demandes rien

        Tu sais que dans les territoires de mes chimères

        je te retrouverai toujours

        que je te donnerai dix baisers

        Et puis …

        Dix de plus

        *******

        2/

        Écrire des prières que tu murmureras

        avant d’écrire des poèmes

        que tu croiras n’avoir jamais écrits

        Traquer la beauté absolue

        celle qui contient toute la grandeur et la misère du monde

        qui ne sont visibles que par celles et ceux qui aiment

        ******
        3/

        Mon visage dans cette chambre obscure était de voyage

        Je dessinais sur les draps silencieux mon pôle Nord final

        Je me construisais une nouvelle carte

        J’avais perdu un pays

        mais j’avais gagné un rêve
        ********

        4/

        Parfois le mystère tombe sur nos rêves

        comme un oiseau dans le giron d’un enfant .

        Nos souvenirs dégringolent par le trou de la nuit

        Nous nous transformons en limiers

        de notre propre mémoire

        Nous en ramassons les miettes …

        …Sans une plainte

        Surgissent alors les vagues

        du rêve le plus ancien

        comme les partitions d’un rêve final

        Nous sommes enfin sur le sentier confus

        et magnétique …

        …Des ânes et des poètes

        *******
        5/

        Apprends- moi à danser

        à mouvoir mes mains

        dans le coton

        de tes nuages

        Ton soleil de pêche

        me fera Boléro

        qui déambule

        dans les collines

        me fera Tango

        qui regarde

        les lumières du port

        J’enfilerai la nuit

        Ma danse sera un rêve

        qui se reconnaît

        dans l’aventure
        ********

        6/

        J’ai rêvé que je revenais

        chez moi …Trop tard

        J’ai rêvé que je devais

        repartir sur les chemins

        J’ai rêvé que mon cœur

        pleurait sur ce chemin

        des chiens de mon âme

        Là où personne ne veut aller

        Un chemin que seuls parcourent

        les poètes quant il ne leur reste

        plus rien ã faire

        Mais moi j’avais encore

        tant de choses à faire

        jusqu’à ce qu’enfin

        mon âme trouve mon cœur

        *********

        7/

        Tu as toujours voulu être

        un gangster élégant

        Marcher sur les éclairs

        dans des rues aux maisons vides

        Sans patience

        ni impatience

        tel un mendiant de marbre

        assis tout à l’arrière

        d’un bus de nuit

        Tu as toujours voulu débrancher

        les caméras encastrées

        Te réfugier dans ta chienne de poche

        dans tes gigantesques boîtes à chaussures

        Devenir crabe blanc

        sans mer ni sable

        Tu as toujours voulu te perdre

        dans l’Antarctique instantané du poème

        dans les plis de son possible

        • #139517 Répondre
          Claire N
          Invité

          « Écrire des prières que tu murmureras
          avant d’écrire des poèmes
          que tu croiras n’avoir jamais écrits »
          Comment ne pas mieux s’en sortir
          L’amour, le don, la poésie
          Effacer toute trace de transaction
          Effacer le prix
          Rendre à la route leur «  gratuité « 
          A bon entendeur pour ceux qui figent en transaction et en valeur

    • #139592 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale

      Ça sera par un soir horrible

      Clair, chaud, parfumé, sensuel

      Je mourrai d’un pourrissement

      De certaines cellules peu connues

      Je mourrai d’une jambe arrachée

      Par un rat géant jailli d’un trou géant

      Je mourrai de cent coupures

      Le ciel sera tombé sur moi

      Ça se brise comme une vitre lourde

      Je mourrai d’un éclat de voix

      Crevant mes oreilles

      Je mourrai de blessures sourdes

      Infligées à deux heures du matin

      Par des tueurs indécis et chauves

      Je mourrai sans m’apercevoir

      Que je meurs, je mourrai

      Enseveli sous les ruines sèches

      De mille mètres de coton écroulé

      Je mourrai noyé dans l’huile de vidange

      Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes

      Et, juste après, par des bêtes différentes

      Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge

      Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir

      Je mourrai peut-être sans m’en faire

      Du vernis à ongles aux doigts de pied

      Et des larmes plein les mains

      Et des larmes plein les mains

      Je mourrai quand on décollera

      Mes paupières sous un soleil enragé

      Quand on me dira lentement

      Des méchancetés à l’oreille

      Je mourrai de voir torturer des enfants

      Et des hommes étonnés et blêmes

      Je mourrai rongé vivant

      Par des vers, je mourrai les

      Mains attachées sous une cascade

      Je mourrai brûlé dans un incendie triste

      Je mourrai un peu, beaucoup,

      Sans passion, mais avec intérêt

      Et puis quand tout sera fini

      Je mourrai.

      Boris Vian (1920 – 1959)

    • #139595 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Ha bah voilà… En lisant ça je pensais à Boris Vian, mais un autre poème très proche qui s’intitule « je voudrais pas crever ».

      Je voudrais pas crever
      Avant d’avoir connu
      Les chiens noirs du Mexique
      Qui dorment sans rêver
      Les singes à cul nu
      Dévoreurs de tropiques
      Les araignées d’argent
      Au nid truffé de bulles
      Je voudrais pas crever
      Sans savoir si la lune
      Sous son faux air de thune
      A un coté pointu
      Si le soleil est froid
      Si les quatre saisons
      Ne sont vraiment que quatre
      Sans avoir essayé
      De porter une robe
      Sur les grands boulevards
      Sans avoir regardé
      Dans un regard d’égout
      Sans avoir mis mon zobe
      Dans des coinstots bizarres
      Je voudrais pas finir
      Sans connaître la lèpre
      Ou les sept maladies
      Etc etc…..

    • #140192 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Enivrez-vous

      Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

      Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

      Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

      Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose (1869 – posthume)

      • #140211 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        C’est vraiment très bien, comme Rimbaud, je boirai des liqueurs aussi fortes que de l’huile bouillante…
        Mais est-ce vraiment utile de mettre ce genre de poésie sur un forum intoxiqué au réel, au présent ? Du moins qui a une vision aussi classique et conventionnelle du dit réel.

    • #140291 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Couleurs
      Federico Garcia Lorca
      Au-dessus de Paris
      la lune est violette.
      Elle devient jaune
      dans les villes mortes.
      Il y a une lune verte
      dans toutes les légendes.
      Lune de toile d’araignée
      et de verrière brisée,
      et par-dessus les déserts
      elle est profonde et sanglante.

      Mais la lune blanche,
      la seule vraie lune,
      brille sur les calmes
      cimetières de villages.

      Federico Garcia Lorca, Chansons sous la lune

    • #140387 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Plus personne ne t’envoie de lettres Sous le phare

      dans le soir qui tombe Les lèvres gercées par le vent

      Vers l’Est ont fait la révolution Un chat

      dort dans tes bras

      Parfois tu es immensément heureux

      ***

      Maintenant tu te promènes en solitaire sur les quais de Barcelone

      Tu fumes une cigarette brune et durant

      un moment tu te dis que ça serait bien qu’il pleuve.

      Les dieux ne t’accordent pas d’argent

      mais ils t’accordent des caprices étranges

      Lève les yeux :

      Il pleut.
      Roberto Bolaño

    • #140579 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Delia Elena San Marco (par Jorge Luis Borges)

      *****
      On s’est dit au revoir à un coin de rue à Once. De l’autre trottoir, je me suis retourné pour regarder en arrière ; toi aussi, tu t’étais retournée, et tu m’as fait signe de la main.

      *****

      Un fleuve de véhicules et de personnes coulait entre nous. Il était cinq heures d’un après-midi ordinaire. Comment aurais-je pu savoir que ce fleuve était l’Achéron, le lugubre, l’insurmontable ?

      *****

      On ne s’est plus revus, et un an plus tard, tu étais morte.

      *****

      Et maintenant, je recherche ce souvenir et je le regarde, et je pense qu’il était faux, et que derrière cet adieu banal se cachait une séparation infinie.

      *****

      Hier soir, je suis resté à la maison après le dîner et j’ai relu, afin de comprendre ces choses, le dernier enseignement que Platon a mis dans la bouche de son maître. J’ai lu que l’âme peut s’échapper lorsque la chair meurt.

      *****

      Et maintenant, je ne sais pas si la vérité est dans l’interprétation ultérieure et funeste, ou dans l’adieu sans méfiance.

      *****

      Car si les âmes ne meurent pas, il est juste que nous ne fassions pas grand cas de nous dire au revoir.

      *****

      Se dire au revoir, c’est nier la séparation. C’est comme dire « aujourd’hui, on joue à se séparer, mais on se verra demain ». L’homme a inventé les adieux parce qu’il sait d’une certaine manière qu’il est immortel, même s’il peut paraître gratuit et éphémère.

      *****

      Un jour, Delia, nous reprendrons — auprès de quel fleuve ? — ce dialogue incertain, et nous nous demanderons si jamais, dans une ville perdue dans une plaine, nous étions Borges et Delia.

    • #140678 Répondre
      Oscar
      Invité

      Ting, Walasse (j’ai méchamment écorché son nom hier, désolée)
      –
      1 an, première chanson
      5 ans, premier dessin d’un dragon volant
      6 ans, première fois que je sens une fleur
      16 ans, premier amour…
      18 ans, première fois que je quitte la Chine
      19 ans, première aquarelle vendue
      21 ans, première exposition personnelle
      22 ans, première traversée maritime pour Paris…
      28 ans, première fois que je ne crois plus en rien
      29 ans, premier poème
      30 ans, première fois en Amérique…
      32 ans, première fois que je mange un hot dog
      37 ans, première fois que je suis père d’une petite fille
      38 ans, première fois que j’achète une télévision 
      44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
      45 ans, première fois que je suis un Américain
      46 ans, première fois que l’argent a l’odeur du mensonge…
      48 ans, première fois que je réalise que la vie est un cycle
      51 ans, première fois que j’achète une lettre de Gauguin
      55 ans, premier petit déjeuner sous un arc-en-ciel
      67 ans, première pêche en mer  
      68 ans, première fois que je peins une baleine  
      69 ans, première fois que j’achère un Boudha blanc
      70 ans, première fois que j’achète 2 étoiles filantes…

      • #140681 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
        pas mal

      • #140695 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Que j’achète 2 étoiles filantes ??

        • #140755 Répondre
          Oscar
          Invité

          Pas compris non plus ! (Et il manque des âges en fait… c’est pas la liste dans son ensemble. J’essaye de trouver…)

          • #140772 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            À 54 ans, son premier chat ( voir mon partage dans le fil Peinture 2

    • #141223 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      La terre aux manoirs d’herbes

      Je viens d’un pays

      de voyance et de mélancolie

      qui marche au pas de ses

      derniers chevaux de trait,

      qui parle la langue

      de ses longues pluies après l’été,

      d’un pays de ronces et d’enfance

      qui se meurt du silence

      de ses rivières et moulins

      mais renaît dans la forge de ses chimères

      où le vent entrecroise les échos,

      où l’eau attise le feu

      et le feu déterre des arbrisseaux.

      *

      Je cherche mon pays d’enfance

      ce pays de copains braconneurs,

      des filles rougissantes comme des sœurs,

      des fontaines fraîches comme le marbre,

      des ruelles tièdes de l’été

      dont les volets ouverts sur la nuit

      laissent voir un homme

      en louanges avec ses dieux,

      une femme qui fait le ventre rond,

      ce pays des greniers

      où l’on se vêt des habits de la papauté,

      des granges où le foin

      sent le jupon et la camomille.

      Mais je suis né sans enfance

      comme on naît sans vie ou fortune,

      un père ne remplace pas une mouette,

      une mère n’aura jamais la tendresse d’un ruisseau

      où voltigent des têtards comme des soleils,

      la timidité d’un talus où l’on caresse la noisette.

      Prisonnière des villes,

      mon enfance grisonnait comme un adulte

      et ne recevait que le regard myope

      des chats vieux et des étoiles mortes.

      *

      Je les retrouve les yeux fermés

      les chemins de mon enfance

      qui s’échappent du bourg

      comme les rubans d’un chapeau.

      Je sens l’odeur des ornières,

      des feuilles pourrissantes,

      des fougères craquantes,

      l’odeur paresseuse des chevaux,

      de la graisse pour les essieux.

      J’entends les merles

      dans le fou rire de leur fuite,

      les ruisseaux à saute-mouton

      sous le préau des arbres.

      Je les retrouve de même

      les chemins immuables

      qui tournent le dos à la mer

      mais qui toujours me ramènent

      vers les feuillus océans.

      *

      Les odeurs qui traversèrent mon enfance

      je ne sais si elles flottent autour de moi

      ou si je les invente.

      Il y a comme en toute enfance

      l’odeur de la craie, des feuilles de marronniers,

      l’odeur du soleil dans une cour de récré,

      il y a l’odeur du métro

      qui n’a pas changé, allez savoir pourquoi,

      quand tout a changé à l’air libre,

      l’odeur chaude et attirante

      des soldats verts que j’observai mine de rien,

      prêt à déguerpir à un premier sourire,

      l’odeur des soupes, du pain frais,

      de la toile cirée, de l’encaustique à bon marché,

      l’odeur de la pluie dans un regard de fille,

      il y a des odeurs de toutes sortes

      qui sont en définitive des bruits

      et des images sans odeur.

      *

      Je suis passé par bien des Bretagnes,

      la Bretagne des écoles de campagne

      plus peuplées d’hortensias que d’enfants,

      celle des épiceries-buvette

      qui sentent le vin renversé, le pain chaud,

      le journal de la veille,

      la Bretagne des fermes où l’on se parle

      sans dire un mot.

      J’ai croisé toutes les Bretagnes

      sur les murs, les trottoirs de Montparnasse

      où je baptisais de nouveaux lieux-dits,

      d’imaginaires carrefours d’ici

      en récitant le noms des chiens,

      des chevaux à un kilomètre à la ronde,

      j’ai rencontré les Bretagnes africaines

      somnolentes et vertes comme le pays de l’Aven,

      grisonnantes comme la montagne de Brasparts.

      J’habite aujourd’hui

      la bretagne irréelle des poètes,

      des lutteurs au ventre mou,

      des demeures quatre ou cinq fois centenaires

      avec leurs toits incurvés

      comme une plante de pied,

      leurs glycines vieilles comme le ciel,

      leurs tours d’où l’on ne voit que le passé,

      une Bretagne qui ne fut pas bâtie pour moi

      mais qu’il me faut traverser.

      Rien n’est comme ailleurs,

      il est vrai,

      dans cette Bretagne distraite :

      la mer se retire dans le ciel

      où dérive le trop plein

      de ses iles en ailes roses,

      le soleil se glisse

      sous les draps de l’océan

      et réchauffe les pieds des promontoires,

      le vent démâte ce qui le déchire

      mais dépose sous l’aisselle d’un clocher

      une graine d’églantier,

      la pluie ne tombe pas,

      elle travailles sans le savoir

      comme un enfant qui rêve pour plus tard,

      tout semble breton indéfiniment :

      les hommes et les femmes en velours,

      les ruisseaux braconneurs,

      les tourterelles rondes comme des joues,

      les abeilles, les mille-pattes,

      les mille riens qui répondent de la vie.

      *

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      quand ses frontières seront en arbres couchés ?

      Vous souviendrez-vous de ses hommes

      aux identiques blessures que rouvrent leurs chants

      mais qui refusent le silence

      des incomplètes guérisons ?

      Vous souviendrez-vous

      des temps d’avant la nuit,

      d’avant les centrales blanches

      comme des palais d’été ?

      Vous souviendrez-vous de ses vents d’ouest,

      des vents de la mer tempérée

      où les oiseaux foncent comme des luges,

      de ses enfants au sommet des presqu’îles

      qui tendent leur poitrine comme pour s’envoler ?

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      Quand ses frontières seront en sang séché ?

      La vie battait son plein

      dans le moulin qui m’a fait naître.

      Le ruisseau sautait sur la roue

      telle une chevelure,

      la palude émettait un chant de berceau.

      Mieux que les cadrans solaires,

      les meules broyaient le temps,

      la farine tombait des tamis

      en pluie tropicale,

      les printemps, les étés se succédaient

      sans qu’ils nous fussent comptés.

      Sans la chambre du haut,

      ma sœur et ma cousine

      chiffraient leur héritage,

      moi, je me contentais d’un couteau à six lames

      et d’un coquillage en forme de comète

      qui me murmuraient des histoires d’alizés inconnus.

      Les chèvres bondissaient sur les fenêtres,

      les chevaux au repos

      ouvraient des yeux de poète,

      les houx, les genêts, les ronciers

      grimpaient le long des siècles.

      Le soir nous regardions

      monter ou s’enfuir la rivière,

      s’agenouiller la lumière

      sur le prie-Dieu de la rive d’en face.

      Grand’mère allumait une lampe sourde

      au-dessus de son ouvrage.

      Je m’allongeais alors avec les chiens

      pour écouter la nuit brûler comme une torchère.

      La vie s’en est allée depuis.

      Des chevaux, il ne reste que les harnais

      craquelés telles des écorces,

      les chèvres maintenant sauvages

      amorcent des looping entre rivière et nuages.

      Le temps a fendu les poulies,

      Le temps a rompu les meules.

      Sur la chambre du haut,

      le ciel d’hiver est le grenier,

      dans les coffres disjoints du pauvre héritage

      les mille-pattes travaillent.

      Le ruisseau qui a changé son cours,

      blasphème d’une voix pâteuse,

      les écluses sont bloquées,

      la palude chuchote en toute saison

      des cantiques de Toussaint.

      Dès que j’amorce la descente vers ses ruines,

      j’entends de loin les bruits qui le hantent :

      la chute des pierres comme les fruits mûrs,

      la glissade des merles dans les toboggans du lierre,

      la colère du vent prisonnier des cheminées.

      J’entends surtout le cahotement de la charrette

      en route pour sa dernière livraison.

      Grand-père, sur les sacs de farine noire,

      chante à tue-tête,

      grand-mère à côté de lui prie

      et serre sur ses genoux sa lampe-tempête.

      Je m’approche des clapiers,

      des niches creusées dans la roche,

      j’erre d’une porte brisée

      à une fenêtre par où s’élance un arbre,

      j’interroge des empreintes imaginaires sur le sol,

      des scènes que le ciel emporte…

      Tout à coup apparaît un jeune garçon

      pas plus haut que les fleurs.

      Il me reconnaît et s’avance vers moi,

      mais je recule, recule

      comme si des ailes d’oiseaux morts

      remplaçaient ses mains

    • #141275 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Des raisons d’écrire
      « Proèmes » – 1948
      Francis Ponge

      Qu’on s’en persuade : il nous a bien fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qu’on nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’hommes nous force à prendre part.

      Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison, n’en fait pas du tout.

      Eh bien! Ne serait-ce qu’à nous-mêmes nous voulons faire entendre la voix d’un homme. Dans le silence certes nous l’entendons, mais dans les paroles nous la cherchons : ce n’est plus rien. C’est des paroles. Même pas : paroles sont paroles.

      O hommes ! Informes mollusques, foule qui sort dans les rues, millions de fourmis que les pieds du Temps écrasent! Vous n’avez pour demeure que la vapeur commune de votre véritable sang : les paroles. Votre rumination vous écœure, votre respiration vous étouffe. Votre personnalité et vos expressions se mangent entre elles. Telles paroles, telles mœurs, ô société! Tout n’est que paroles.

      N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant données les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons. Eh bienl relevons le défi.

      Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire? Voilà ce que je veux dire.

      Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.

      Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.

      Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre dé valeurs que possible.

      Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer.

      • #142169 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. « 

        • #142272 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je me demande, au passage
          Si ce n’est pas le meuilleure reponse
          Au jeu proposé par Alexandre
          Sur l’au delà de DAVA

          • #142284 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            oui tout à fait
            le comique a, plus densément encore que la littérature, cette manière là, cette vertu là : entraîner les paroles avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent
            et plus généralement : entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure

            • #142358 Répondre
              Claire N
              Invité

              « entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure »
              Je pense que tu as plié le jeu – pour les siècles des siècles

    • #141707 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bannières de mai
      Arthur Rimbaud
      Aux branches claires des tilleuls
      Meurt un maladif hallali.
      Mais des chansons spirituelles
      Voltigent parmi les groseilles.
      Que notre sang rie en nos veines,
      Voici s’enchevêtrer les vignes.
      Le ciel est joli comme un ange.
      L’azur et l’onde communient.
      Je sors. Si un rayon me blesse
      Je succomberai sur la mousse.

      Qu’on patiente et qu’on s’ennuie
      C’est trop simple. Fi de mes peines.
      je veux que l’été dramatique
      Me lie à son char de fortunes
      Que par toi beaucoup, ô Nature,
      – Ah moins seul et moins nul ! – je meure.
      Au lieu que les Bergers, c’est drôle,
      Meurent à peu près par le monde.

      Je veux bien que les saisons m’usent.
      A toi, Nature, je me rends ;
      Et ma faim et toute ma soif.
      Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
      Rien de rien ne m’illusionne ;
      C’est rire aux parents, qu’au soleil,
      Mais moi je ne veux rire à rien ;
      Et libre soit cette infortune.

      Arthur Rimbaud, Derniers vers

    • #141732 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      C’est rire aux parents, qu’au soleil

    • #141932 Répondre
      Zorglub
      Invité

      L’horloge
      Charles Baudelaire
      ===
      Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
      Dont le doigt nous menace et nous dit : » Souviens-toi !
      Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
      Se planteront bientôt comme dans une cible,
      ===
      Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
      Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
      Chaque instant te dévore un morceau du délice
      A chaque homme accordé pour toute sa saison.
      ===
      Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
      Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
      D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
      Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
      ===
      Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
      (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
      Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
      Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
      ===
      Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
      Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
      Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
      Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
      ===
      Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
      Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
      Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
      Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

      Les fleurs du mal

    • #141985 Répondre
      Oscar
      Invité

      Bonjour ma vie
      Et vous mes désespoirs.
      Me revoici aux fossés
      Où naquit ma misère !
      ~
      Toi, mon vieux guignon,
      Je te rapporte un peu de cœur.
      ~
      Bonjour, bonjour à tous,
      Bonjour mes vieux copains ;
      Je vous reviens avec ma gueule
      De paladin solitaire,
      Et je sais que ce soir
      Monteront des chants infernaux…
      Voici le coin de boue
      Où dormait mon front fier,
      Aux hurlements des vents,
      Par les cris de Décembre ;
      Voici ma vie à moi,
      Rassemblée en poussière…
      ~
      Bonjour, toutes mes choses,
      J’ai suivi l’oiseau des tropiques
      Aux randonnées sublimes,
      Et me voici sanglant
      Avec des meurtrissures
      Dans mon cœur en rictus !…
      ~
      Bonjour mes horizons lourds,
      Mes vieilles vaches de chimères :
      Ainsi fleurit l’espoir
      Et mon jardin pourri !
      – Ridicule tortue,
      J’ai ouvert le bec
      Pour tomber sur des ronces.
      ~
      Bonjour mes poèmes sans raison…
      ~
      Bonjour, Kateb Yacine

    • #142044 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bonjour Oscar, bonsoir, bonne nuit et le bonjour de demain qui s’appellera aujourd’hui
      Encore un de Kateb Yacine

      *******
      Kebiout et Nedjma

      Nedjma chaque automne reparue
      Non sans m’avoir arraché
      Mes larmes et mon Khandjar
      Nedjma chaque automne disparue.
      Et moi, pâle et terrassé.
      De la douce ennemie
      À jamais séparé ;
      Les silences de mes pères poètes
      Et de ma mère folle
      Les sévères regards ;
      Les pleurs de mes aïeules amazones
      Ont enfoui dans ma poitrine
      Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu.
      Bergères taciturnes
      À vos chevilles désormais je veille
      Avec les doux serpents de Sfahli : mon chant est parvenu !
      Bergères taciturnes,
      Dites qui vous a attristées
      Dites qui vous a poursuivies
      Qui me sépare de Nedjma ?
      Dites main
      Rue de la Lyre
      Et l’aveugle lui montra le chemin
      À Moscou Kebiout s’éveilla Nedjma vivait
      Sur un tracteur De kolkhozienne
      Kebiout se perdit dans un parc
      Et comme un Coréen
      Reprit sa route dans les ruines
      J’emporte dans ma course
      Un astre : Nedjma m’attend
      Aimez si vous en avez
      Le courage !
      Voyez la lune au baiser glacé
      Nedjma voyage
      Sur ce coursier céleste
      Et Kebiout ronge son frein
      Rejoindra-t-il Nedjma ou l’astre ?
      Le paysan attend Kebiout s’étend sur une tombe
      Non pour mourir mais pour aiguiser
      Son couteau

      • #142051 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Kebiout s’étend sur une tombe
        Non pour mourir mais pour aiguiser
        Son couteau

      • #142055 Répondre
        Oscar
        Invité

        Hello Graindorge ! 🌞
        J’avais enfin lu Nedjma, mais il me faudra le relire – et le relire – En attendant sa poésie m’est plus accessible.
        Curieuse de (voir) son théâtre – mais je ne trouve rien pour l’instant.

    • #142067 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu. »

    • #142068 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Trouvé ça pour toi Oscar

      Les formes du théâtre en arabe populaire de Kateb Yacine – Persée https://share.google/udcoI4mlWbFIWbkSW

    • #142137 Répondre
      Oscar
      Invité

      Merci ! Tu es un excellent guide ; )

    • #142360 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Un poème de circonstance en ces temps incertains
      ===

      « Familiale », Jacques Prévert, Paroles, 1946.

      La mère fait du tricot

      Le fils fait la guerre

      Elle trouve ça tout naturel la mère

      Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?

      Il fait des affaires

      Sa femme fait du tricot

      Son fils la guerre

      Lui des affaires

      Il trouve ça tout naturel le père

      Et le fils et le fils

      Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?

      Il ne trouve rien absolument rien le fils

      Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre

      Quand il aura fini la guerre

      Il fera des affaires avec son père

      La guerre continue la mère continue elle tricote

      Le père continue il fait des affaires

      Le fils est tué il ne continue plus

      Le père et la mère vont au cimetière

      Ils trouvent ça naturel le père et la mère

      La vie continue la vie avec le tricot la guerre les affaires

      Les affaires la guerre le tricot la guerre

      Les affaires les affaires et les affaires

      La vie avec le cimetière.

    • #142767 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Existe-t-il », מה יש un poème de Nurit Zarchi tiré du recueil L’âme est l’Afrique הנפש היא אפריקה.

      Nurit Zarchi est né à Jérusalem en octobre 1941 et a grandi au kibboutz Geva. Elle a écrit de la littérature pour enfants (plus de cent livres) et de nombreux recueils de poésie. Elle a reçu entre autres le prix Bialik (1999), le Prix Lea Goldberg (2011).

      ******

      Toute la matinée j’ai cherché la chaussette manquante,
      comme si la terre l’avait avalée.
      Il m’est arrivé de ne trouver aucune trace
      du livre et j’ai supposé qu’il n’avait jamais été écrit.
      Et où sont les quelques années que l’on nommerait ma vie ?
      *******
      Mais je n’ai pas perdu la bague que nous n’avions pas échangée
      ni l’enfant qui n’était pas destiné à naitre
      même dans mes pensées. Ce qui existe
      existe-t-il parce qu’il interroge ce qui a été
      à savoir un tremblement de terre ou un pont.

      ******

      Te laisser un message ou raccrocher
      certaines choses sont inexplicables
      comme traverser le rêve d’un autre,
      comme une pincée de sel sur la table

    • #143154 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Romance somnambule de Gabriel Garcia Lorca. Souffrant de flemmingie aiguë, pas marqué les espaces avec des ********

      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.
      L’ombre autour de la ceinture,
      elle rêve à son balcon,
      chair verte, verts cheveux
      avec des yeux d’argent froid.
      Vert et je te veux vert.
      Dessous la lune gitane,
      toutes les choses la regardent
      mais elle ne peut pas les voir.

      Vert et je te veux vert.
      De grandes étoiles de givre
      suivent le poisson de l’ombre
      qui trace à l’aube son chemin.
      Le figuier frotte le vent
      à la grille de ses branches
      et la montagne, chat rôdeur,
      hérisse ses durs agaves.
      Mais qui peut venir? Et par où?
      Elle est là sur son balcon,
      chair verte, cheveux verts,
      rêvant à la mer amère.

      L’ami, je voudrais changer
      mon cheval pour ta maison,
      mon harnais pour ton miroir,
      mon couteau pour ta couverture.
      L’ami, voilà que je saigne
      depuis les cols de Cabra.
      Si je le pouvais, petit,
      l’affaire serait déjà faite.
      Mais moi je ne suis plus moi
      et ma maison n’est plus la mienne.

      L’ami, je voudrais mourir dans
      mon lit, comme tout le monde.
      Un lit d’acier, si possible,
      avec des draps de hollande.
      Vois-tu cette plaie qui va
      de ma poitrine à ma gorge?
      Il y a trois cents roses brunes
      sur le blanc de ta chemise.
      Ton sang fume goutte à goutte
      aux flanelles de ta ceinture.
      Mais moi je ne suis plus moi et
      ma maison n’est plus la mienne.
      Laissez-moi monter au moins
      jusqu’aux balustrades hautes.
      De grâce, laissez-moi monter
      jusqu’aux vertes balustrades.
      Jusqu’aux balcons de la lune
      là-bas où résonne l’eau.

      Ils montent déjà, tous les deux,
      vers les balustrades hautes.
      Laissant un sentier de sang.
      Laissant un sentier de larmes.
      Sur les toitures tremblaient
      des lanternes de fer-blanc.
      Mille tambourins de verre
      déchiraient le petit jour.

      Vert et je te veux vert,
      vent vert, vertes branches.
      Ils ont monté, tous les deux.
      Le vent laissait dans la bouche
      un étrange goût de fiel,
      de basilic et de menthe.
      L’ami, dis-moi, où est-elle?
      Où est-elle, ta fille amère?
      Que de fois elle t’attendait!
      Que de fois elle a pu t’attendre,
      frais visage, cheveux noirs,
      à la balustrade verte!

      Sur le ciel de la citerne
      la gitane se berçait.
      Chair verte, cheveux verts
      avec ses yeux d’argent froid.
      Un petit glaçon de lune
      la soutient par-dessus l’eau.
      La nuit devint toute menue,
      intime comme une place.
      Des gardes civils ivres morts
      donnaient des coups dans la porte.
      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.

      Ces poèmes sont extraits de Romancero gitan,
      Poème du chant profond
      Traduction de Claude Esteban

      Romance Sonámbulo

      Verde que te quiero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar
      y el caballo en la montaña.
      Con la sombra en la cintura
      ella sueña en su baranda,
      verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Verde que te quiero verde.
      Bajo la luna gitana,
      las cosas la están mirando
      y ella no puede mirarlas.

      Verde que te quiero verde.
      Grandes estrellas de escarcha
      vienen con el pez de sombra
      que abre el camino del alba.
      La higuera frota su viento
      con la lija de sus ramas,
      y el monte, gato garduño,
      eriza sus pitas agrias.
      ¿Pero quién vendra? ¿Y por dónde…?
      Ella sigue en su baranda,
      Verde came, pelo verde,
      soñando en la mar amarga.

      — Compadre, quiero cambiar
      mi caballo por su casa,
      mi montura por su espejo,
      mi cuchillo per su manta.
      Compadre, vengo sangrando,
      desde los puertos de Cabra.
      — Si yo pudiera, mocito,
      este trato se cerraba.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.

      — Compadre, quiero morir
      decentemente en mi cama.
      De acero, si puede ser,
      con las sábanas de holanda.
      ¿No ves la herida que tengo
      desde el pecho a la garganta?
      — Trescientas rosas morenas
      lleva tu pechera blanca.
      Tu sangre rezuma y huele
      alrededor de tu faja.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.
      — Dejadme subir al menos
      hasta las altas barandas;
      ¡dejadme subir!, dejadme,
      hasta las verdes barandas.
      Barandales de la luna
      por donde retumba el agua.

      Ya suben los dos compadres
      hacia las altas barandas.
      Dejando un rastro de sangre.
      Dejando un rastro de lágrimas.
      Temblaban en los tejados
      farolillos de hojalata.
      Mil panderos de cristal
      herían la madrugada.

      Verde que te quiero verde,
      verde viento, verdes ramas.
      Los dos compadres subieron.
      El largo viento dejaba
      en la boca un raro gusto
      de hiel, de menta y de albahaca.
      ¡Compadre! ¿Donde está, díme?
      ¿Donde está tu niña amarga?
      ¡Cuántas veces te esperó!
      ¡Cuántas veces te esperara,
      cara fresca, negro pelo,
      en esta verde baranda!

      Sobre el rostro del aljibe
      se mecía la gitana.
      Verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Un carámbano de luna
      la sostiene sobre el agua.
      La noche se puso íntima
      como una pequeña plaza.
      Guardias civiles borrachos
      en la puerta golpeaban.
      Verde que te qinero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar.
      Y el caballo en la montaña.

      • #143155 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Federico García Lorca et pas Gabriel
        Pardon Federico

    • #143594 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la musique
      Arthur Rimbaud
      Place de la Gare, à Charleville.

      Sur la place taillée en mesquines pelouses,
      Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
      Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
      Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

      – L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
      Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
      Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
      Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

      Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
      Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
      Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
      Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

      Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
      Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
      Fort sérieusement discutent les traités,
      Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »

      Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
      Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
      Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
      Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –

      Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
      Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
      Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
      Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

      – Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
      Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
      Elles le savent bien ; et tournent en riant,
      Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

      Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
      La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
      Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
      Le dos divin après la courbe des épaules.

      J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
      – Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
      Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
      – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

      Arthur Rimbaud

      • #143602 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
        Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
        Fort sérieusement discutent les traités,
        Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… » »
        Et croc
        Aussi implacable que la mâchoire d’un chat sur une souris

        • #143604 Répondre
          Claire N
          Invité

          On peut remarquer qu’il n’est pas dans une impasse comico – politique

    • #143712 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Aux arbres
      Victor Hugo
      ===

      Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
      Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
      Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
      Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
      Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
      Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
      Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
      La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
      Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
      Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
      Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
      Et du même regard poursuivre en même temps,
      Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
      L’étude d’un atome et l’étude du monde.
      Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
      Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
      Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
      Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
      Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
      Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
      Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
      Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
      La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
      Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
      J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
      Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!
      —–
      Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
      Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
      Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
      Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
      Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
      Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
      Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
      Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
      Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
      Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
      Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
      C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
      Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
      Et que je veux dormir quand je m’endormirai.
      ===

      Victor Hugo, Les Contemplations, Nelson, 1856

    • #144076 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Douceur
      *****

      Je dis : douceur.

      *****

      Je dis : douceur des mots
      Quand tu rentres le soir du travail harassant
      Et que des mots t’accueillent
      Qui te donnent du temps.

      *****

      Car on tue dans le monde
      Et tout massacre nous vieillit.
      *****
      Je dis : douceur,
      Pensant aussi
      À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
      À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
      À des poignées de main.

      *****

      Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,
      À des moments qui disent
      Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
      ******
      Cet air tout neuf,
      Qui pour durer s’installera.
      E. Guillevic

    • #144105 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Révolte contre la poésie
      ¨¨¨¨
      Nous n’avons jamais écrit qu’avec la mise en incarnation de l’âme, mais elle était déjà faite, et pas par nous-mêmes, quand nous sommes entrés dans la poésie.
      Le poète qui écrit s’adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l’inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et il ne l’est pas.
      Il y a quelque chose derrière sa tête, autour de ses oreilles de sa pensée. Quelque chose est en germe dans sa nuque, où il était déjà quand il a commencé. Il est le fils de ses œuvres, peut-être, mais ses œuvres ne sont pas de lui, car ce qui était de lui-même dans sa poésie, ce n’est pas lui qui l’y avait mis, mais cet inconscient producteur de la vie qui l’avait désigné pour être son poète et qu’il n’avait pas désigné lui. Et qui ne fut jamais bien disposé pour lui.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas être le poète de mon poète, de ce moi qui a voulu me choisir poète, mais le poète créateur, en rébellion contre le moi et le soi. Et je me souviens de la rébellion antique contre les formes qui venaient sur moi.
      ¨¨¨¨

      C’est par révolte contre le moi et le soi que je me suis débarrassé de toutes les mauvaises incarnations du Verbe qui ne furent jamais pour l’homme qu’un compromis de lâcheté et d’illusion et je ne sais quelle fornication abjecte entre la lâcheté et l’illusion. Je ne veux pas d’un verbe venu de je ne sais quelle libido astrale et qui fut toute consciente aux formations de mon désir en moi.
      ¨¨¨¨

      Il y a dans les formes du Verbe humain je ne sais quelle opération de rapace, quelle autodévoration de rapace où le poète, se bornant à l’objet, se voit mangé par cet objet.
      Un crime pèse sur le Verbe fait chair, mais le crime est de l’avoir admis. La libido est une pensée d’animaux et ce sont ces animaux qui, un jour, se sont mués en hommes.
      ¨¨¨¨

      Le verbe produit par les hommes est l’idée d’un inverti enfoui par les réflexes animaux des choses et qui, par le martyre du temps et des choses, a oublié qu’on l’avait inventé.
      ¨¨¨¨

      L’inverti est celui qui mange son soi et veut que son soi le nourrisse, cherche dans son soi sa mère et veut la posséder pour lui. Le crime primitif de l’inceste est l’ennemi de la poésie et tueur de son immaculée poésie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas manger mon poème, mais je veux donner mon cœur à mon poème et qu’est-ce que c’est que mon cœur et mon poème. Mon cœur est ce qui n’est pas moi. Donner son soi à son poème, c’est risquer aussi d’être violé par lui. Et si je suis Vierge pour mon poème, il doit rester vierge pour moi.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce poète oublié, qui s’est vu tomber dans la matière un jour, et la matière ne me mangera pas, moi.
      Je ne veux pas de ces réflexes vieillis, conséquence d’un antique inceste venu de l’ignorance animale de la loi Vierge de la vie. Le moi et le soi sont ces états catastrophiques de l’être où le vivant se laisse emprisonner par les formes qu’il perçoit en lui. Aimer son moi, c’est aimer un mort et la loi du Vierge est l’infini. Le producteur inconscient de nous-même est celui d’un antique copulateur qui s’est livré aux plus basses magies et qui a tiré une magie de l’infâme qu’il y a à se ramener soi-même sur soi-même sans fin jusqu’à faire sortir un verbe du cadavre. La libido est la définition de ce désir de cadavre et l’homme en chute est un criminel inverti.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce primitif mécontent de l’horreur inexpiable des choses. Je ne veux pas me reproduire dans les choses, mais je veux que les choses se produisent par moi. Je ne veux pas d’une idée du moi dans mon poème et je ne veux pas m’y revoir, moi.
      ¨¨¨¨

      Mon cœur est cette Rose éternelle venue de la force magique de l’initiale Croix. Celui qui s’est mis en croix en Lui-Même et pour Lui-Même n’est jamais revenu sur lui-même. Jamais, car ce lui-même par lequel il s’est sacrifié Lui-Même, celui-là aussi il l’a donné à la Vie après avoir forcé en lui-même à devenir sa propre vie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux être que ce poète à jamais qui s’est sacrifié dans la Kabbale du soi à la conception immaculée des choses.
      ¨¨¨¨
      Antonin Arthaud,
      Textes écrits à Rodez en 1944

    • #144306 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « L’état poétique est le seul promontoire connu d’où par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre à l’œil nu la côte nord de la tendresse, c’est aussi le seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons ou de traverser à dos de requin un bras de mer en furie. »
      René Depestre

    • #144467 Répondre
      Zorglub
      Invité

      « Poésie pour pouvoir » – Henri Michaux – Face aux verrous,
      ¨¨¨¨
      Poussant la porte en toi, je suis entré
      Agir, je viens
      Je suis là
      Je te soutiens
      Tu n’es plus à l’abandon
      Tu n’es plus en difficulté
      Ficelles déliées, tes difficultés tombent
      Le cauchemar d’où tu revins hagarde n’est plus
      Je t’épaule
      Tu poses avec moi
      Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
      Qui te porte
      Qui te monte
      Qui t’accomplit
      ¨¨¨¨
      Je t’apaise
      Je fais des nappes de paix en toi
      Je fais du bien à l’enfant de ton rêve
      Afflux
      Afflux en palmes sur le cercle des images de l’apeurée
      Afflux sur les neiges de sa pâleur
      Afflux sur son âtre…. et le feu s’y ranime
      ¨¨¨¨
      Agir, je viens
      Tes pensées d’élan sont soutenues
      Tes pensées d’échec sont affaiblies
      J’ai ma force dans ton corps, insinuée
      …et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
      La maladie ne trouve plus son trajet en toi
      La fièvre t’abandonne
      ¨¨¨¨
      La paix des voûtes
      La paix des prairies refleurissantes
      La paix rentre en toi
      ¨¨¨¨
      Au nom du nombre le plus élevé, je t’aide
      Comme une fumerolle
      S’envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
      Les têtes méchantes d’autour de toi
      Observatrices vipérines des misères des faibles
      Ne te voient plus
      Ne sont plus
      ¨¨¨¨
      Equipage de renfort
      En mystère et en ligne profonde
      Comme un sillage sous-marin
      Comme un chant grave
      Je viens
      Ce chant te prend
      Ce chant te soulève
      Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
      Ce chant est nourri par un Niagara calmé
      Ce chant est tout entier pour toi
      ¨¨¨¨
      Plus de tenailles
      Plus d’ombres noires
      Plus de craintes
      Il n’y en a plus trace
      Il n’y a plus à en avoir
      Où était peine, est ouate
      Où était éparpillement, est soudure
      Où était infection, est sang nouveau
      Où étaient les verrous est l’océan ouvert
      L’océan porteur et la plénitude de toi
      Intacte, comme un œuf d’ivoire.
      ¨¨¨¨
      J’ai lavé le visage de ton avenir.

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Répondre à : Répondre #143594 dans Poèmes page 4
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