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- Ce sujet contient 62 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Zorglub, le il y a 4 jours et 15 heures.
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AuteurMessages
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..Graindorge
InvitéPoèmes 3 a eu un couac
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..Graindorge
InvitéA la pointe du ciel
L’estafilade
D’une mouette
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..Graindorge
InvitéAlain Kervern, brestois, est né au Vietnam en 1945. Il a étudié et enseigné le japonais et affirme que les non-japonais ne peuvent comprendre et écrire des haïkus. Mais, il se trouvera emporté par cette vague du haïku dans les pays occidentaux et publie lui aussi des poèmes courts. Dans « Les portes du monde », aux éditions Folle avoine (1992)
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..Graindorge
InvitéLes lampadaires s’allument
A voix basse
La marée monte
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..Graindorge
InvitéJe vais retrouver l’auteur de ce poème
****Quelque chose
Faire quelque chose d’autre,
Trouver autre chose dans autre chose,
Quelque chose de caché, quelque chose d’inaperçu,
Quelque chose qui avant jamais comme ça,
Et en même temps sans comment faire évident,
Sans itinéraire prédéfini,
Quelque chose en autre chose,
Autre chose qui soit ici et là en même temps,
Quelque autre ici,
Le révéler, l’invoquer,
Faire que quelque chose se fasse tout seul,
Ici est plein d’ailleurs,
Déborde d’autre,
Il suffit de le déchiffrer et de le permettre,
Tout cela est tellement simple
Que c’est presque hors de portée pour ceux
Qui sont trop ici et maintenant,
Et pourtant il n’y a rien d’autre
Qu’ici et maintenant,
Mais autrement,
Seule mon absence est palpable,
J’en parle ainsi
Pour l’effacer
Jusqu’à ce que s’efface le quelque part où
Quelqu’un avait parlé,
Quelqu’un qui fut effacé,
Effacés l’ici et le maintenant,
De cette liberté faire
Quelque chose d’autre,
Quelque autre ici, quelque autre toi,
Quelque chose. -
..Graindorge
InvitéPatrick Blanche, né en 1950, s’approche du haïku en lisant « Journal des yeux », de Gary Snider, poète de la beat generation à San Francisco. Blanche publie ses premiers haïkus en 1980, dans la revue P.A.F, réalisée par Maurice Coyaud.
***************
Sur la route enneigée
Les pattes des moineaux semblent
encore sautiller
-
..Graindorge
InvitéChronique de la fin de la dîme et du tribut (Crónica del fin del diezmo y del tributo) par Félix Pita Rodríguez
********
Ceci est la fin de la dîme et du tribut.
La fin des pieds nus et des haillons.
C’est la fin de je n’ai nulle part où dormir,
je n’ai ni assiette ni cuillère. C’est la fin de je meurs,
sans médicaments. Et l’hôpital ?
Ils m’ont fait sortir comme incurable.********
…..L’hôpital n’a pas de lits
pour ceux qui portent leur cadavre sur le dos.
C’est la fin de si ça ne te plaît pas va voir ailleurs
si tu trouves un autre travail.
La fin de je suis trop vieux, ils ne me veulent pas,
dans aucun atelier, aucune usine.********
C’est simple et facile à comprendre,
c’est la fin de je n’ai pas et de je voudrais,
la fin de si je pouvais et de je ne peux pas
car je n’ai pas.********
…..La fin de ne sois pas idiote, ma fille,
avec ce corps, moi, je n’avais pas faim.
La fin de si vous ne payez pas demain je vous assigne en justice,
la fin de si vous ne payez pas demain j’arrête de vous servir le lait.
La fin de pour le moment je ne peux pas aller à l’école
on verra si le mois prochain ce sera possible
de t’acheter de nouvelles chaussures.********
C’est simple, ce sont des paroles claires,
c’est la fin de je suis blanc et tu es noir,
ne t’y trompe pas. La fin de que pouvais-je faire,
ils ont pris ma terre, les soldats sont venus,
un de mes enfants est mort en route.*********
Chacun peut le comprendre, c’est très simple,
je suis en train de parler de choses qui se passaient
tous les jours de l’année.********
…..C’est la fin d’ils m’ont donné
dix pesos pour voter. La fin d’il n’y a pas de pupitres,
pas de crayons, pas de livres à l’école.********
…..La fin d’ils l’ont tué
quand il montait dans le train, à Manzanillo,
un capitaine qui lui a tiré dans le dos.
Il paraît que c’était un ordre de l’ambassade américaine.*********
Ce sont les choses qui se passaient alors,
des choses amères, troubles, qui blessaient
au plus secret du cœur.**********
La fin de je te dis que c’est la fin du monde,
que ça n’en vaut pas la peine, il faut vivre et c’est tout.
La fin d’hier, de désespoir, un homme sans travail
a tué sa femme et leurs deux enfants
avant de se suicider. La fin de tu l’as lu comme moi, il s’est dépensé
cette nuit vingt mille pesos pour une fête au Biltmore.
C’est la fin d’il serait encore en vie s’ils l’avaient opéré à temps,
mais l’opération coûte cher.*********
La fin de tu te rends compte le Ministre
a encore perdu cette nuit au Casino.
Trente mille en une heure et demie, à ce qu’on dit.
La fin de s’il te plaît peux-tu me lire cette carte de mon fils.
La fin de si vous ne savez pas signer, mettez une croix ici,
devant deux témoins. La fin de dans notre région
il meurt trois enfants tous les cinq jours.*********
…..C’est à n’en pas croire ses yeux.
C’est à pleurer de joie en le voyant,
parce que c’est comme si c’était le premier matin
après la fin, la fin du monde.
Le premier matin, le premier sourire,
le premier air pur, le premier enfant.**********
C’est à n’en pas croire ses yeux.
C’est la Révolution qui entre dans les maisons
pour mettre les choses à leur place.**********
C’est la fin de la nuit et de l’amertume.
C’est la fin de la dure dîme et du sanglant tribut. -
..Graindorge
InvitéJuste cette fois-ci, juste une fois, je me souviens que Peggy est partie un 28 février. Je m’en souviens car c’était aussi un anniversaire.
Elle aussi, comme Perec, avait écrit des Je me souviens.
Voici le sien
*********
Je Me Souviens
Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
déchu éternel de Dieu.
Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
appartenaient.
Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.
Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que
Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
fait çaJe me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
m’offrant ces deux baffes sur mes joues.
Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.
Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.
Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
toujours.
Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
dernier souffle.-
Claire N
InvitéMerci Graindorge
C’est si difficile de rendre cette lumière là , celle aveuglante du réveil
J’aime la balançoire, la tarte aux framboises, les baffes et les chants comme un pied
Et puis aussi cette tournure
« Je me souviens de sa peau remplis de ses traits »
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Claire N
InvitéC’est difficile mais certains trouvent Sapins et Chloé
L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux-
..Graindorge
Invité« L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux » j’aime.
Pas pu ouvrir Sapins et Chloé-
Claire N
InvitéVoilà voilà –
C’est daphnis pas sapin ( Ravel )-
..Graindorge
Invité🙂😘
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..Graindorge
InvitéA la lenta caída de la tarde
amar la vida largamente es todo
el oficio del hombre que respira.
Alzar la mano y detener el cielo.
Destino de la luz, nunca te acabes.
Luis Feria -
bibinard
InvitéIle fo sans trêdet sét laloua deux l’anha tur
Lanne in geoure poure tend sans moka
Haie nœud c’est commis limenca
Kare ilet beau nekre à tuhr
Ilalet pahr péhi a qonpaniais duche yiain
Graveu mançan çomjhei hari hein
Touxdeu sut ivhy daim kaum inmet reuhAitesétéra
Çéd uplu gren deux toul et tan
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Zorglub
InvitéLE GRAND COMBAT
Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
Il le tocarde et le marmine,
Le manage rape à ri et ripe à ra.
Enfin il l’écorcobalisse.
L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
C’en sera bientôt fini de lui ;
Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
Le cerveau tombe qui a tant roulé.
Abrah ! Abrah ! Abrah !
Le pied a failli !
Le bras a cassé !
Le sang a coulé !
Fouille, fouille, fouille,
Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs;
On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
Et on vous regarde,
On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.« Papa, fais tousser la baleine », dit l’enfant confiant.
Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l’orage
et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
Si la feuille chantait, elle tromperait l’oiseau.(Henri Michaux)
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..Graindorge
InvitéMerci Zorglub pour ces retrouvailles avec Michaux
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..Graindorge
Invitél’occasion de comprendre que plus qu’un romancier / nouvelliste Roberto Bolaño était avant tout un poète, un immense poète d’avant-garde empli d’une tension poétique surréaliste et singulière.
********
1/
Tes yeux sont le livre que je lis le plus
Dans mon rêve de nouveau je te prends la main
Tu ne me demandes rien
Tu sais que dans les territoires de mes chimères
je te retrouverai toujours
que je te donnerai dix baisers
Et puis …
Dix de plus
*******
2/
Écrire des prières que tu murmureras
avant d’écrire des poèmes
que tu croiras n’avoir jamais écrits
Traquer la beauté absolue
celle qui contient toute la grandeur et la misère du monde
qui ne sont visibles que par celles et ceux qui aiment
******
3/Mon visage dans cette chambre obscure était de voyage
Je dessinais sur les draps silencieux mon pôle Nord final
Je me construisais une nouvelle carte
J’avais perdu un pays
mais j’avais gagné un rêve
********4/
Parfois le mystère tombe sur nos rêves
comme un oiseau dans le giron d’un enfant .
Nos souvenirs dégringolent par le trou de la nuit
Nous nous transformons en limiers
de notre propre mémoire
Nous en ramassons les miettes …
…Sans une plainte
Surgissent alors les vagues
du rêve le plus ancien
comme les partitions d’un rêve final
Nous sommes enfin sur le sentier confus
et magnétique …
…Des ânes et des poètes
*******
5/Apprends- moi à danser
à mouvoir mes mains
dans le coton
de tes nuages
Ton soleil de pêche
me fera Boléro
qui déambule
dans les collines
me fera Tango
qui regarde
les lumières du port
J’enfilerai la nuit
Ma danse sera un rêve
qui se reconnaît
dans l’aventure
********6/
J’ai rêvé que je revenais
chez moi …Trop tard
J’ai rêvé que je devais
repartir sur les chemins
J’ai rêvé que mon cœur
pleurait sur ce chemin
des chiens de mon âme
Là où personne ne veut aller
Un chemin que seuls parcourent
les poètes quant il ne leur reste
plus rien ã faire
Mais moi j’avais encore
tant de choses à faire
jusqu’à ce qu’enfin
mon âme trouve mon cœur
*********
7/
Tu as toujours voulu être
un gangster élégant
Marcher sur les éclairs
dans des rues aux maisons vides
Sans patience
ni impatience
tel un mendiant de marbre
assis tout à l’arrière
d’un bus de nuit
Tu as toujours voulu débrancher
les caméras encastrées
Te réfugier dans ta chienne de poche
dans tes gigantesques boîtes à chaussures
Devenir crabe blanc
sans mer ni sable
Tu as toujours voulu te perdre
dans l’Antarctique instantané du poème
dans les plis de son possible
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Claire N
Invité« Écrire des prières que tu murmureras
avant d’écrire des poèmes
que tu croiras n’avoir jamais écrits »
Comment ne pas mieux s’en sortir
L’amour, le don, la poésie
Effacer toute trace de transaction
Effacer le prix
Rendre à la route leur « gratuité «
A bon entendeur pour ceux qui figent en transaction et en valeur-
François Bégaudeau
Maître des clésTu as toujours voulu te perdre
dans l’Antarctique instantané du poème
dans les plis de son possible
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Claire N
InvitéFeu – tuer le temps
Maitrise aussi le mélange cryogene
Et le geste de toujours
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Zorglub
InvitéJe mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale
Ça sera par un soir horrible
Clair, chaud, parfumé, sensuel
Je mourrai d’un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d’une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d’un trou géant
Je mourrai de cent coupures
Le ciel sera tombé sur moi
Ça se brise comme une vitre lourde
Je mourrai d’un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves
Je mourrai sans m’apercevoir
Que je meurs, je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé
Je mourrai noyé dans l’huile de vidange
Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes
Et, juste après, par des bêtes différentes
Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m’en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pied
Et des larmes plein les mains
Et des larmes plein les mains
Je mourrai quand on décollera
Mes paupières sous un soleil enragé
Quand on me dira lentement
Des méchancetés à l’oreille
Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers, je mourrai les
Mains attachées sous une cascade
Je mourrai brûlé dans un incendie triste
Je mourrai un peu, beaucoup,
Sans passion, mais avec intérêt
Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.
Boris Vian (1920 – 1959)
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Samuel_Belkekett
InvitéHa bah voilà… En lisant ça je pensais à Boris Vian, mais un autre poème très proche qui s’intitule « je voudrais pas crever ».
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Etc etc….. -
Zorglub
InvitéEnivrez-vous
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.
Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose (1869 – posthume)
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est vraiment très bien, comme Rimbaud, je boirai des liqueurs aussi fortes que de l’huile bouillante…
Mais est-ce vraiment utile de mettre ce genre de poésie sur un forum intoxiqué au réel, au présent ? Du moins qui a une vision aussi classique et conventionnelle du dit réel.
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..Graindorge
InvitéCouleurs
Federico Garcia Lorca
Au-dessus de Paris
la lune est violette.
Elle devient jaune
dans les villes mortes.
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes.
Lune de toile d’araignée
et de verrière brisée,
et par-dessus les déserts
elle est profonde et sanglante.Mais la lune blanche,
la seule vraie lune,
brille sur les calmes
cimetières de villages.Federico Garcia Lorca, Chansons sous la lune
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..Graindorge
InvitéPlus personne ne t’envoie de lettres Sous le phare
dans le soir qui tombe Les lèvres gercées par le vent
Vers l’Est ont fait la révolution Un chat
dort dans tes bras
Parfois tu es immensément heureux
***
Maintenant tu te promènes en solitaire sur les quais de Barcelone
Tu fumes une cigarette brune et durant
un moment tu te dis que ça serait bien qu’il pleuve.
Les dieux ne t’accordent pas d’argent
mais ils t’accordent des caprices étranges
Lève les yeux :
Il pleut.
Roberto Bolaño -
..Graindorge
InvitéDelia Elena San Marco (par Jorge Luis Borges)
*****
On s’est dit au revoir à un coin de rue à Once. De l’autre trottoir, je me suis retourné pour regarder en arrière ; toi aussi, tu t’étais retournée, et tu m’as fait signe de la main.*****
Un fleuve de véhicules et de personnes coulait entre nous. Il était cinq heures d’un après-midi ordinaire. Comment aurais-je pu savoir que ce fleuve était l’Achéron, le lugubre, l’insurmontable ?
*****
On ne s’est plus revus, et un an plus tard, tu étais morte.
*****
Et maintenant, je recherche ce souvenir et je le regarde, et je pense qu’il était faux, et que derrière cet adieu banal se cachait une séparation infinie.
*****
Hier soir, je suis resté à la maison après le dîner et j’ai relu, afin de comprendre ces choses, le dernier enseignement que Platon a mis dans la bouche de son maître. J’ai lu que l’âme peut s’échapper lorsque la chair meurt.
*****
Et maintenant, je ne sais pas si la vérité est dans l’interprétation ultérieure et funeste, ou dans l’adieu sans méfiance.
*****
Car si les âmes ne meurent pas, il est juste que nous ne fassions pas grand cas de nous dire au revoir.
*****
Se dire au revoir, c’est nier la séparation. C’est comme dire « aujourd’hui, on joue à se séparer, mais on se verra demain ». L’homme a inventé les adieux parce qu’il sait d’une certaine manière qu’il est immortel, même s’il peut paraître gratuit et éphémère.
*****
Un jour, Delia, nous reprendrons — auprès de quel fleuve ? — ce dialogue incertain, et nous nous demanderons si jamais, dans une ville perdue dans une plaine, nous étions Borges et Delia.
-
Oscar
InvitéTing, Walasse (j’ai méchamment écorché son nom hier, désolée)
–
1 an, première chanson
5 ans, premier dessin d’un dragon volant
6 ans, première fois que je sens une fleur
16 ans, premier amour…
18 ans, première fois que je quitte la Chine
19 ans, première aquarelle vendue
21 ans, première exposition personnelle
22 ans, première traversée maritime pour Paris…
28 ans, première fois que je ne crois plus en rien
29 ans, premier poème
30 ans, première fois en Amérique…
32 ans, première fois que je mange un hot dog
37 ans, première fois que je suis père d’une petite fille
38 ans, première fois que j’achète une télévision
44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
45 ans, première fois que je suis un Américain
46 ans, première fois que l’argent a l’odeur du mensonge…
48 ans, première fois que je réalise que la vie est un cycle
51 ans, première fois que j’achète une lettre de Gauguin
55 ans, premier petit déjeuner sous un arc-en-ciel
67 ans, première pêche en mer
68 ans, première fois que je peins une baleine
69 ans, première fois que j’achère un Boudha blanc
70 ans, première fois que j’achète 2 étoiles filantes…-
François Bégaudeau
Maître des clés44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
pas mal -
..Graindorge
InvitéQue j’achète 2 étoiles filantes ??
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Oscar
InvitéPas compris non plus ! (Et il manque des âges en fait… c’est pas la liste dans son ensemble. J’essaye de trouver…)
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..Graindorge
InvitéÀ 54 ans, son premier chat ( voir mon partage dans le fil Peinture 2
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..Graindorge
InvitéLa terre aux manoirs d’herbes
Je viens d’un pays
de voyance et de mélancolie
qui marche au pas de ses
derniers chevaux de trait,
qui parle la langue
de ses longues pluies après l’été,
d’un pays de ronces et d’enfance
qui se meurt du silence
de ses rivières et moulins
mais renaît dans la forge de ses chimères
où le vent entrecroise les échos,
où l’eau attise le feu
et le feu déterre des arbrisseaux.
*
Je cherche mon pays d’enfance
ce pays de copains braconneurs,
des filles rougissantes comme des sœurs,
des fontaines fraîches comme le marbre,
des ruelles tièdes de l’été
dont les volets ouverts sur la nuit
laissent voir un homme
en louanges avec ses dieux,
une femme qui fait le ventre rond,
ce pays des greniers
où l’on se vêt des habits de la papauté,
des granges où le foin
sent le jupon et la camomille.
Mais je suis né sans enfance
comme on naît sans vie ou fortune,
un père ne remplace pas une mouette,
une mère n’aura jamais la tendresse d’un ruisseau
où voltigent des têtards comme des soleils,
la timidité d’un talus où l’on caresse la noisette.
Prisonnière des villes,
mon enfance grisonnait comme un adulte
et ne recevait que le regard myope
des chats vieux et des étoiles mortes.
*
Je les retrouve les yeux fermés
les chemins de mon enfance
qui s’échappent du bourg
comme les rubans d’un chapeau.
Je sens l’odeur des ornières,
des feuilles pourrissantes,
des fougères craquantes,
l’odeur paresseuse des chevaux,
de la graisse pour les essieux.
J’entends les merles
dans le fou rire de leur fuite,
les ruisseaux à saute-mouton
sous le préau des arbres.
Je les retrouve de même
les chemins immuables
qui tournent le dos à la mer
mais qui toujours me ramènent
vers les feuillus océans.
*
Les odeurs qui traversèrent mon enfance
je ne sais si elles flottent autour de moi
ou si je les invente.
Il y a comme en toute enfance
l’odeur de la craie, des feuilles de marronniers,
l’odeur du soleil dans une cour de récré,
il y a l’odeur du métro
qui n’a pas changé, allez savoir pourquoi,
quand tout a changé à l’air libre,
l’odeur chaude et attirante
des soldats verts que j’observai mine de rien,
prêt à déguerpir à un premier sourire,
l’odeur des soupes, du pain frais,
de la toile cirée, de l’encaustique à bon marché,
l’odeur de la pluie dans un regard de fille,
il y a des odeurs de toutes sortes
qui sont en définitive des bruits
et des images sans odeur.
*
Je suis passé par bien des Bretagnes,
la Bretagne des écoles de campagne
plus peuplées d’hortensias que d’enfants,
celle des épiceries-buvette
qui sentent le vin renversé, le pain chaud,
le journal de la veille,
la Bretagne des fermes où l’on se parle
sans dire un mot.
J’ai croisé toutes les Bretagnes
sur les murs, les trottoirs de Montparnasse
où je baptisais de nouveaux lieux-dits,
d’imaginaires carrefours d’ici
en récitant le noms des chiens,
des chevaux à un kilomètre à la ronde,
j’ai rencontré les Bretagnes africaines
somnolentes et vertes comme le pays de l’Aven,
grisonnantes comme la montagne de Brasparts.
J’habite aujourd’hui
la bretagne irréelle des poètes,
des lutteurs au ventre mou,
des demeures quatre ou cinq fois centenaires
avec leurs toits incurvés
comme une plante de pied,
leurs glycines vieilles comme le ciel,
leurs tours d’où l’on ne voit que le passé,
une Bretagne qui ne fut pas bâtie pour moi
mais qu’il me faut traverser.
Rien n’est comme ailleurs,
il est vrai,
dans cette Bretagne distraite :
la mer se retire dans le ciel
où dérive le trop plein
de ses iles en ailes roses,
le soleil se glisse
sous les draps de l’océan
et réchauffe les pieds des promontoires,
le vent démâte ce qui le déchire
mais dépose sous l’aisselle d’un clocher
une graine d’églantier,
la pluie ne tombe pas,
elle travailles sans le savoir
comme un enfant qui rêve pour plus tard,
tout semble breton indéfiniment :
les hommes et les femmes en velours,
les ruisseaux braconneurs,
les tourterelles rondes comme des joues,
les abeilles, les mille-pattes,
les mille riens qui répondent de la vie.
*
Vous souviendrez-vous de mon pays
quand ses frontières seront en arbres couchés ?
Vous souviendrez-vous de ses hommes
aux identiques blessures que rouvrent leurs chants
mais qui refusent le silence
des incomplètes guérisons ?
Vous souviendrez-vous
des temps d’avant la nuit,
d’avant les centrales blanches
comme des palais d’été ?
Vous souviendrez-vous de ses vents d’ouest,
des vents de la mer tempérée
où les oiseaux foncent comme des luges,
de ses enfants au sommet des presqu’îles
qui tendent leur poitrine comme pour s’envoler ?
Vous souviendrez-vous de mon pays
Quand ses frontières seront en sang séché ?
La vie battait son plein
dans le moulin qui m’a fait naître.
Le ruisseau sautait sur la roue
telle une chevelure,
la palude émettait un chant de berceau.
Mieux que les cadrans solaires,
les meules broyaient le temps,
la farine tombait des tamis
en pluie tropicale,
les printemps, les étés se succédaient
sans qu’ils nous fussent comptés.
Sans la chambre du haut,
ma sœur et ma cousine
chiffraient leur héritage,
moi, je me contentais d’un couteau à six lames
et d’un coquillage en forme de comète
qui me murmuraient des histoires d’alizés inconnus.
Les chèvres bondissaient sur les fenêtres,
les chevaux au repos
ouvraient des yeux de poète,
les houx, les genêts, les ronciers
grimpaient le long des siècles.
Le soir nous regardions
monter ou s’enfuir la rivière,
s’agenouiller la lumière
sur le prie-Dieu de la rive d’en face.
Grand’mère allumait une lampe sourde
au-dessus de son ouvrage.
Je m’allongeais alors avec les chiens
pour écouter la nuit brûler comme une torchère.
La vie s’en est allée depuis.
Des chevaux, il ne reste que les harnais
craquelés telles des écorces,
les chèvres maintenant sauvages
amorcent des looping entre rivière et nuages.
Le temps a fendu les poulies,
Le temps a rompu les meules.
Sur la chambre du haut,
le ciel d’hiver est le grenier,
dans les coffres disjoints du pauvre héritage
les mille-pattes travaillent.
Le ruisseau qui a changé son cours,
blasphème d’une voix pâteuse,
les écluses sont bloquées,
la palude chuchote en toute saison
des cantiques de Toussaint.
Dès que j’amorce la descente vers ses ruines,
j’entends de loin les bruits qui le hantent :
la chute des pierres comme les fruits mûrs,
la glissade des merles dans les toboggans du lierre,
la colère du vent prisonnier des cheminées.
J’entends surtout le cahotement de la charrette
en route pour sa dernière livraison.
Grand-père, sur les sacs de farine noire,
chante à tue-tête,
grand-mère à côté de lui prie
et serre sur ses genoux sa lampe-tempête.
Je m’approche des clapiers,
des niches creusées dans la roche,
j’erre d’une porte brisée
à une fenêtre par où s’élance un arbre,
j’interroge des empreintes imaginaires sur le sol,
des scènes que le ciel emporte…
Tout à coup apparaît un jeune garçon
pas plus haut que les fleurs.
Il me reconnaît et s’avance vers moi,
mais je recule, recule
comme si des ailes d’oiseaux morts
remplaçaient ses mains
-
Zorglub
InvitéDes raisons d’écrire
« Proèmes » – 1948
Francis PongeQu’on s’en persuade : il nous a bien fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qu’on nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’hommes nous force à prendre part.
Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison, n’en fait pas du tout.
Eh bien! Ne serait-ce qu’à nous-mêmes nous voulons faire entendre la voix d’un homme. Dans le silence certes nous l’entendons, mais dans les paroles nous la cherchons : ce n’est plus rien. C’est des paroles. Même pas : paroles sont paroles.
O hommes ! Informes mollusques, foule qui sort dans les rues, millions de fourmis que les pieds du Temps écrasent! Vous n’avez pour demeure que la vapeur commune de votre véritable sang : les paroles. Votre rumination vous écœure, votre respiration vous étouffe. Votre personnalité et vos expressions se mangent entre elles. Telles paroles, telles mœurs, ô société! Tout n’est que paroles.
N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant données les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons. Eh bienl relevons le défi.
Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire? Voilà ce que je veux dire.
Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.
Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.
Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre dé valeurs que possible.
Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer.
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François Bégaudeau
Maître des clés« Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. «
-
Claire N
InvitéJe me demande, au passage
Si ce n’est pas le meuilleure reponse
Au jeu proposé par Alexandre
Sur l’au delà de DAVA-
François Bégaudeau
Maître des clésoui tout à fait
le comique a, plus densément encore que la littérature, cette manière là, cette vertu là : entraîner les paroles avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent
et plus généralement : entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure-
Claire N
Invité« entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure »
Je pense que tu as plié le jeu – pour les siècles des siècles
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..Graindorge
InvitéBannières de mai
Arthur Rimbaud
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici s’enchevêtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange.
L’azur et l’onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.Qu’on patiente et qu’on s’ennuie
C’est trop simple. Fi de mes peines.
je veux que l’été dramatique
Me lie à son char de fortunes
Que par toi beaucoup, ô Nature,
– Ah moins seul et moins nul ! – je meure.
Au lieu que les Bergers, c’est drôle,
Meurent à peu près par le monde.Je veux bien que les saisons m’usent.
A toi, Nature, je me rends ;
Et ma faim et toute ma soif.
Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
Rien de rien ne m’illusionne ;
C’est rire aux parents, qu’au soleil,
Mais moi je ne veux rire à rien ;
Et libre soit cette infortune.Arthur Rimbaud, Derniers vers
-
François Bégaudeau
Maître des clésC’est rire aux parents, qu’au soleil
-
Zorglub
InvitéL’horloge
Charles Baudelaire
===
Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,
===
Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.
===
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
===
Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
===
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
===
Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »Les fleurs du mal
-
Oscar
InvitéBonjour ma vie
Et vous mes désespoirs.
Me revoici aux fossés
Où naquit ma misère !
~
Toi, mon vieux guignon,
Je te rapporte un peu de cœur.
~
Bonjour, bonjour à tous,
Bonjour mes vieux copains ;
Je vous reviens avec ma gueule
De paladin solitaire,
Et je sais que ce soir
Monteront des chants infernaux…
Voici le coin de boue
Où dormait mon front fier,
Aux hurlements des vents,
Par les cris de Décembre ;
Voici ma vie à moi,
Rassemblée en poussière…
~
Bonjour, toutes mes choses,
J’ai suivi l’oiseau des tropiques
Aux randonnées sublimes,
Et me voici sanglant
Avec des meurtrissures
Dans mon cœur en rictus !…
~
Bonjour mes horizons lourds,
Mes vieilles vaches de chimères :
Ainsi fleurit l’espoir
Et mon jardin pourri !
– Ridicule tortue,
J’ai ouvert le bec
Pour tomber sur des ronces.
~
Bonjour mes poèmes sans raison…
~
Bonjour, Kateb Yacine -
..Graindorge
InvitéBonjour Oscar, bonsoir, bonne nuit et le bonjour de demain qui s’appellera aujourd’hui
Encore un de Kateb Yacine*******
Kebiout et NedjmaNedjma chaque automne reparue
Non sans m’avoir arraché
Mes larmes et mon Khandjar
Nedjma chaque automne disparue.
Et moi, pâle et terrassé.
De la douce ennemie
À jamais séparé ;
Les silences de mes pères poètes
Et de ma mère folle
Les sévères regards ;
Les pleurs de mes aïeules amazones
Ont enfoui dans ma poitrine
Un cœur de paysan sans terre
Ou de fauve mal abattu.
Bergères taciturnes
À vos chevilles désormais je veille
Avec les doux serpents de Sfahli : mon chant est parvenu !
Bergères taciturnes,
Dites qui vous a attristées
Dites qui vous a poursuivies
Qui me sépare de Nedjma ?
Dites main
Rue de la Lyre
Et l’aveugle lui montra le chemin
À Moscou Kebiout s’éveilla Nedjma vivait
Sur un tracteur De kolkhozienne
Kebiout se perdit dans un parc
Et comme un Coréen
Reprit sa route dans les ruines
J’emporte dans ma course
Un astre : Nedjma m’attend
Aimez si vous en avez
Le courage !
Voyez la lune au baiser glacé
Nedjma voyage
Sur ce coursier céleste
Et Kebiout ronge son frein
Rejoindra-t-il Nedjma ou l’astre ?
Le paysan attend Kebiout s’étend sur une tombe
Non pour mourir mais pour aiguiser
Son couteau-
François Bégaudeau
Maître des clésKebiout s’étend sur une tombe
Non pour mourir mais pour aiguiser
Son couteau -
Oscar
InvitéHello Graindorge ! 🌞
J’avais enfin lu Nedjma, mais il me faudra le relire – et le relire – En attendant sa poésie m’est plus accessible.
Curieuse de (voir) son théâtre – mais je ne trouve rien pour l’instant.
-
-
..Graindorge
Invité« Un cœur de paysan sans terre
Ou de fauve mal abattu. » -
..Graindorge
InvitéTrouvé ça pour toi Oscar
Les formes du théâtre en arabe populaire de Kateb Yacine – Persée https://share.google/udcoI4mlWbFIWbkSW
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Oscar
InvitéMerci ! Tu es un excellent guide ; )
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Zorglub
InvitéUn poème de circonstance en ces temps incertains
===« Familiale », Jacques Prévert, Paroles, 1946.
La mère fait du tricot
Le fils fait la guerre
Elle trouve ça tout naturel la mère
Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?
Il fait des affaires
Sa femme fait du tricot
Son fils la guerre
Lui des affaires
Il trouve ça tout naturel le père
Et le fils et le fils
Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?
Il ne trouve rien absolument rien le fils
Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre
Quand il aura fini la guerre
Il fera des affaires avec son père
La guerre continue la mère continue elle tricote
Le père continue il fait des affaires
Le fils est tué il ne continue plus
Le père et la mère vont au cimetière
Ils trouvent ça naturel le père et la mère
La vie continue la vie avec le tricot la guerre les affaires
Les affaires la guerre le tricot la guerre
Les affaires les affaires et les affaires
La vie avec le cimetière.
-
MA
InvitéEdifiant
-
-
..Graindorge
InvitéExiste-t-il », מה יש un poème de Nurit Zarchi tiré du recueil L’âme est l’Afrique הנפש היא אפריקה.
Nurit Zarchi est né à Jérusalem en octobre 1941 et a grandi au kibboutz Geva. Elle a écrit de la littérature pour enfants (plus de cent livres) et de nombreux recueils de poésie. Elle a reçu entre autres le prix Bialik (1999), le Prix Lea Goldberg (2011).
******
Toute la matinée j’ai cherché la chaussette manquante,
comme si la terre l’avait avalée.
Il m’est arrivé de ne trouver aucune trace
du livre et j’ai supposé qu’il n’avait jamais été écrit.
Et où sont les quelques années que l’on nommerait ma vie ?
*******
Mais je n’ai pas perdu la bague que nous n’avions pas échangée
ni l’enfant qui n’était pas destiné à naitre
même dans mes pensées. Ce qui existe
existe-t-il parce qu’il interroge ce qui a été
à savoir un tremblement de terre ou un pont.******
Te laisser un message ou raccrocher
certaines choses sont inexplicables
comme traverser le rêve d’un autre,
comme une pincée de sel sur la table -
..Graindorge
InvitéRomance somnambule de Gabriel Garcia Lorca. Souffrant de flemmingie aiguë, pas marqué les espaces avec des ********
Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.
L’ombre autour de la ceinture,
elle rêve à son balcon,
chair verte, verts cheveux
avec des yeux d’argent froid.
Vert et je te veux vert.
Dessous la lune gitane,
toutes les choses la regardent
mais elle ne peut pas les voir.Vert et je te veux vert.
De grandes étoiles de givre
suivent le poisson de l’ombre
qui trace à l’aube son chemin.
Le figuier frotte le vent
à la grille de ses branches
et la montagne, chat rôdeur,
hérisse ses durs agaves.
Mais qui peut venir? Et par où?
Elle est là sur son balcon,
chair verte, cheveux verts,
rêvant à la mer amère.L’ami, je voudrais changer
mon cheval pour ta maison,
mon harnais pour ton miroir,
mon couteau pour ta couverture.
L’ami, voilà que je saigne
depuis les cols de Cabra.
Si je le pouvais, petit,
l’affaire serait déjà faite.
Mais moi je ne suis plus moi
et ma maison n’est plus la mienne.L’ami, je voudrais mourir dans
mon lit, comme tout le monde.
Un lit d’acier, si possible,
avec des draps de hollande.
Vois-tu cette plaie qui va
de ma poitrine à ma gorge?
Il y a trois cents roses brunes
sur le blanc de ta chemise.
Ton sang fume goutte à goutte
aux flanelles de ta ceinture.
Mais moi je ne suis plus moi et
ma maison n’est plus la mienne.
Laissez-moi monter au moins
jusqu’aux balustrades hautes.
De grâce, laissez-moi monter
jusqu’aux vertes balustrades.
Jusqu’aux balcons de la lune
là-bas où résonne l’eau.Ils montent déjà, tous les deux,
vers les balustrades hautes.
Laissant un sentier de sang.
Laissant un sentier de larmes.
Sur les toitures tremblaient
des lanternes de fer-blanc.
Mille tambourins de verre
déchiraient le petit jour.Vert et je te veux vert,
vent vert, vertes branches.
Ils ont monté, tous les deux.
Le vent laissait dans la bouche
un étrange goût de fiel,
de basilic et de menthe.
L’ami, dis-moi, où est-elle?
Où est-elle, ta fille amère?
Que de fois elle t’attendait!
Que de fois elle a pu t’attendre,
frais visage, cheveux noirs,
à la balustrade verte!Sur le ciel de la citerne
la gitane se berçait.
Chair verte, cheveux verts
avec ses yeux d’argent froid.
Un petit glaçon de lune
la soutient par-dessus l’eau.
La nuit devint toute menue,
intime comme une place.
Des gardes civils ivres morts
donnaient des coups dans la porte.
Vert et je te veux vert.
Vent vert. Vertes branches.
Le bateau sur la mer,
le cheval dans la montagne.Ces poèmes sont extraits de Romancero gitan,
Poème du chant profond
Traduction de Claude EstebanRomance Sonámbulo
Verde que te quiero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar
y el caballo en la montaña.
Con la sombra en la cintura
ella sueña en su baranda,
verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Verde que te quiero verde.
Bajo la luna gitana,
las cosas la están mirando
y ella no puede mirarlas.Verde que te quiero verde.
Grandes estrellas de escarcha
vienen con el pez de sombra
que abre el camino del alba.
La higuera frota su viento
con la lija de sus ramas,
y el monte, gato garduño,
eriza sus pitas agrias.
¿Pero quién vendra? ¿Y por dónde…?
Ella sigue en su baranda,
Verde came, pelo verde,
soñando en la mar amarga.— Compadre, quiero cambiar
mi caballo por su casa,
mi montura por su espejo,
mi cuchillo per su manta.
Compadre, vengo sangrando,
desde los puertos de Cabra.
— Si yo pudiera, mocito,
este trato se cerraba.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.— Compadre, quiero morir
decentemente en mi cama.
De acero, si puede ser,
con las sábanas de holanda.
¿No ves la herida que tengo
desde el pecho a la garganta?
— Trescientas rosas morenas
lleva tu pechera blanca.
Tu sangre rezuma y huele
alrededor de tu faja.
Pero yo ya no soy yo,
ni mi casa es ya mi casa.
— Dejadme subir al menos
hasta las altas barandas;
¡dejadme subir!, dejadme,
hasta las verdes barandas.
Barandales de la luna
por donde retumba el agua.Ya suben los dos compadres
hacia las altas barandas.
Dejando un rastro de sangre.
Dejando un rastro de lágrimas.
Temblaban en los tejados
farolillos de hojalata.
Mil panderos de cristal
herían la madrugada.Verde que te quiero verde,
verde viento, verdes ramas.
Los dos compadres subieron.
El largo viento dejaba
en la boca un raro gusto
de hiel, de menta y de albahaca.
¡Compadre! ¿Donde está, díme?
¿Donde está tu niña amarga?
¡Cuántas veces te esperó!
¡Cuántas veces te esperara,
cara fresca, negro pelo,
en esta verde baranda!Sobre el rostro del aljibe
se mecía la gitana.
Verde carne, pelo verde,
con ojos de fría plata.
Un carámbano de luna
la sostiene sobre el agua.
La noche se puso íntima
como una pequeña plaza.
Guardias civiles borrachos
en la puerta golpeaban.
Verde que te qinero verde.
Verde viento. Verdes ramas.
El barco sobre la mar.
Y el caballo en la montaña.-
..Graindorge
InvitéFederico García Lorca et pas Gabriel
Pardon Federico
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..Graindorge
InvitéA la musique
Arthur Rimbaud
Place de la Gare, à Charleville.Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.– L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…Arthur Rimbaud
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Claire N
Invité« Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… » »
Et croc
Aussi implacable que la mâchoire d’un chat sur une souris-
Claire N
InvitéOn peut remarquer qu’il n’est pas dans une impasse comico – politique
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Zorglub
InvitéAux arbres
Victor Hugo
===Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
Et du même regard poursuivre en même temps,
Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
L’étude d’un atome et l’étude du monde.
Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!
—–
Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
Et que je veux dormir quand je m’endormirai.
===Victor Hugo, Les Contemplations, Nelson, 1856
-
..Graindorge
InvitéDouceur
*****Je dis : douceur.
*****
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t’accueillent
Qui te donnent du temps.*****
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
*****
Je dis : douceur,
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
À des poignées de main.*****
Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,
À des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
******
Cet air tout neuf,
Qui pour durer s’installera.
E. Guillevic -
Zorglub
InvitéRévolte contre la poésie
¨¨¨¨
Nous n’avons jamais écrit qu’avec la mise en incarnation de l’âme, mais elle était déjà faite, et pas par nous-mêmes, quand nous sommes entrés dans la poésie.
Le poète qui écrit s’adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l’inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et il ne l’est pas.
Il y a quelque chose derrière sa tête, autour de ses oreilles de sa pensée. Quelque chose est en germe dans sa nuque, où il était déjà quand il a commencé. Il est le fils de ses œuvres, peut-être, mais ses œuvres ne sont pas de lui, car ce qui était de lui-même dans sa poésie, ce n’est pas lui qui l’y avait mis, mais cet inconscient producteur de la vie qui l’avait désigné pour être son poète et qu’il n’avait pas désigné lui. Et qui ne fut jamais bien disposé pour lui.
¨¨¨¨Je ne veux pas être le poète de mon poète, de ce moi qui a voulu me choisir poète, mais le poète créateur, en rébellion contre le moi et le soi. Et je me souviens de la rébellion antique contre les formes qui venaient sur moi.
¨¨¨¨C’est par révolte contre le moi et le soi que je me suis débarrassé de toutes les mauvaises incarnations du Verbe qui ne furent jamais pour l’homme qu’un compromis de lâcheté et d’illusion et je ne sais quelle fornication abjecte entre la lâcheté et l’illusion. Je ne veux pas d’un verbe venu de je ne sais quelle libido astrale et qui fut toute consciente aux formations de mon désir en moi.
¨¨¨¨Il y a dans les formes du Verbe humain je ne sais quelle opération de rapace, quelle autodévoration de rapace où le poète, se bornant à l’objet, se voit mangé par cet objet.
Un crime pèse sur le Verbe fait chair, mais le crime est de l’avoir admis. La libido est une pensée d’animaux et ce sont ces animaux qui, un jour, se sont mués en hommes.
¨¨¨¨Le verbe produit par les hommes est l’idée d’un inverti enfoui par les réflexes animaux des choses et qui, par le martyre du temps et des choses, a oublié qu’on l’avait inventé.
¨¨¨¨L’inverti est celui qui mange son soi et veut que son soi le nourrisse, cherche dans son soi sa mère et veut la posséder pour lui. Le crime primitif de l’inceste est l’ennemi de la poésie et tueur de son immaculée poésie.
¨¨¨¨Je ne veux pas manger mon poème, mais je veux donner mon cœur à mon poème et qu’est-ce que c’est que mon cœur et mon poème. Mon cœur est ce qui n’est pas moi. Donner son soi à son poème, c’est risquer aussi d’être violé par lui. Et si je suis Vierge pour mon poème, il doit rester vierge pour moi.
¨¨¨¨Je suis ce poète oublié, qui s’est vu tomber dans la matière un jour, et la matière ne me mangera pas, moi.
Je ne veux pas de ces réflexes vieillis, conséquence d’un antique inceste venu de l’ignorance animale de la loi Vierge de la vie. Le moi et le soi sont ces états catastrophiques de l’être où le vivant se laisse emprisonner par les formes qu’il perçoit en lui. Aimer son moi, c’est aimer un mort et la loi du Vierge est l’infini. Le producteur inconscient de nous-même est celui d’un antique copulateur qui s’est livré aux plus basses magies et qui a tiré une magie de l’infâme qu’il y a à se ramener soi-même sur soi-même sans fin jusqu’à faire sortir un verbe du cadavre. La libido est la définition de ce désir de cadavre et l’homme en chute est un criminel inverti.
¨¨¨¨Je suis ce primitif mécontent de l’horreur inexpiable des choses. Je ne veux pas me reproduire dans les choses, mais je veux que les choses se produisent par moi. Je ne veux pas d’une idée du moi dans mon poème et je ne veux pas m’y revoir, moi.
¨¨¨¨Mon cœur est cette Rose éternelle venue de la force magique de l’initiale Croix. Celui qui s’est mis en croix en Lui-Même et pour Lui-Même n’est jamais revenu sur lui-même. Jamais, car ce lui-même par lequel il s’est sacrifié Lui-Même, celui-là aussi il l’a donné à la Vie après avoir forcé en lui-même à devenir sa propre vie.
¨¨¨¨Je ne veux être que ce poète à jamais qui s’est sacrifié dans la Kabbale du soi à la conception immaculée des choses.
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Antonin Arthaud,
Textes écrits à Rodez en 1944-
..Graindorge
InvitéBien
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..Graindorge
Invité« L’état poétique est le seul promontoire connu d’où par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre à l’œil nu la côte nord de la tendresse, c’est aussi le seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons ou de traverser à dos de requin un bras de mer en furie. »
René Depestre -
Zorglub
Invité« Poésie pour pouvoir » – Henri Michaux – Face aux verrous,
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Poussant la porte en toi, je suis entré
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n’es plus à l’abandon
Tu n’es plus en difficulté
Ficelles déliées, tes difficultés tombent
Le cauchemar d’où tu revins hagarde n’est plus
Je t’épaule
Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t’accomplit
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Je t’apaise
Je fais des nappes de paix en toi
Je fais du bien à l’enfant de ton rêve
Afflux
Afflux en palmes sur le cercle des images de l’apeurée
Afflux sur les neiges de sa pâleur
Afflux sur son âtre…. et le feu s’y ranime
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Agir, je viens
Tes pensées d’élan sont soutenues
Tes pensées d’échec sont affaiblies
J’ai ma force dans ton corps, insinuée
…et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
La maladie ne trouve plus son trajet en toi
La fièvre t’abandonne
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La paix des voûtes
La paix des prairies refleurissantes
La paix rentre en toi
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Au nom du nombre le plus élevé, je t’aide
Comme une fumerolle
S’envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
Les têtes méchantes d’autour de toi
Observatrices vipérines des misères des faibles
Ne te voient plus
Ne sont plus
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Equipage de renfort
En mystère et en ligne profonde
Comme un sillage sous-marin
Comme un chant grave
Je viens
Ce chant te prend
Ce chant te soulève
Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
Ce chant est nourri par un Niagara calmé
Ce chant est tout entier pour toi
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Plus de tenailles
Plus d’ombres noires
Plus de craintes
Il n’y en a plus trace
Il n’y a plus à en avoir
Où était peine, est ouate
Où était éparpillement, est soudure
Où était infection, est sang nouveau
Où étaient les verrous est l’océan ouvert
L’océan porteur et la plénitude de toi
Intacte, comme un œuf d’ivoire.
¨¨¨¨
J’ai lavé le visage de ton avenir.
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