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Accueil Forums Forum général Poèmes page 4

Étiqueté : 

Vous lisez 146 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #136816 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Poèmes 3 a eu un couac

    • #136817 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la pointe du ciel

      L’estafilade

      D’une mouette

      • #136818 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Alain Kervern, brestois, est né au Vietnam en 1945. Il a étudié et enseigné le japonais et affirme que les non-japonais ne peuvent comprendre et écrire des haïkus. Mais, il se trouvera emporté par cette vague du haïku dans les pays occidentaux et publie lui aussi des poèmes courts. Dans « Les portes du monde », aux éditions Folle avoine (1992)

        • #136819 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Les lampadaires s’allument

          A voix basse

          La marée monte

    • #137501 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Je vais retrouver l’auteur de ce poème
      ****

      Quelque chose

      Faire quelque chose d’autre,
      Trouver autre chose dans autre chose,
      Quelque chose de caché, quelque chose d’inaperçu,
      Quelque chose qui avant jamais comme ça,
      Et en même temps sans comment faire évident,
      Sans itinéraire prédéfini,
      Quelque chose en autre chose,
      Autre chose qui soit ici et là en même temps,
      Quelque autre ici,
      Le révéler, l’invoquer,
      Faire que quelque chose se fasse tout seul,
      Ici est plein d’ailleurs,
      Déborde d’autre,
      Il suffit de le déchiffrer et de le permettre,
      Tout cela est tellement simple
      Que c’est presque hors de portée pour ceux
      Qui sont trop ici et maintenant,
      Et pourtant il n’y a rien d’autre
      Qu’ici et maintenant,
      Mais autrement,
      Seule mon absence est palpable,
      J’en parle ainsi
      Pour l’effacer
      Jusqu’à ce que s’efface le quelque part où
      Quelqu’un avait parlé,
      Quelqu’un qui fut effacé,
      Effacés l’ici et le maintenant,
      De cette liberté faire
      Quelque chose d’autre,
      Quelque autre ici, quelque autre toi,
      Quelque chose.

    • #137531 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Patrick Blanche, né en 1950, s’approche du haïku en lisant « Journal des yeux », de Gary Snider, poète de la beat generation à San Francisco. Blanche publie ses premiers haïkus en 1980, dans la revue P.A.F, réalisée par Maurice Coyaud.

      ***************

      Sur la route enneigée

      Les pattes des moineaux semblent

      encore sautiller

    • #137787 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Chronique de la fin de la dîme et du tribut (Crónica del fin del diezmo y del tributo) par Félix Pita Rodríguez

      ********

      Ceci est la fin de la dîme et du tribut.
      La fin des pieds nus et des haillons.
      C’est la fin de je n’ai nulle part où dormir,
      je n’ai ni assiette ni cuillère. C’est la fin de je meurs,
      sans médicaments. Et l’hôpital ?
      Ils m’ont fait sortir comme incurable.

      ********

      …..L’hôpital n’a pas de lits
      pour ceux qui portent leur cadavre sur le dos.
      C’est la fin de si ça ne te plaît pas va voir ailleurs
      si tu trouves un autre travail.
      La fin de je suis trop vieux, ils ne me veulent pas,
      dans aucun atelier, aucune usine.

      ********

      C’est simple et facile à comprendre,
      c’est la fin de je n’ai pas et de je voudrais,
      la fin de si je pouvais et de je ne peux pas
      car je n’ai pas.

      ********

      …..La fin de ne sois pas idiote, ma fille,
      avec ce corps, moi, je n’avais pas faim.
      La fin de si vous ne payez pas demain je vous assigne en justice,
      la fin de si vous ne payez pas demain j’arrête de vous servir le lait.
      La fin de pour le moment je ne peux pas aller à l’école
      on verra si le mois prochain ce sera possible
      de t’acheter de nouvelles chaussures.

      ********

      C’est simple, ce sont des paroles claires,
      c’est la fin de je suis blanc et tu es noir,
      ne t’y trompe pas. La fin de que pouvais-je faire,
      ils ont pris ma terre, les soldats sont venus,
      un de mes enfants est mort en route.

      *********

      Chacun peut le comprendre, c’est très simple,
      je suis en train de parler de choses qui se passaient
      tous les jours de l’année.

      ********

      …..C’est la fin d’ils m’ont donné
      dix pesos pour voter. La fin d’il n’y a pas de pupitres,
      pas de crayons, pas de livres à l’école.

      ********

      …..La fin d’ils l’ont tué
      quand il montait dans le train, à Manzanillo,
      un capitaine qui lui a tiré dans le dos.
      Il paraît que c’était un ordre de l’ambassade américaine.

      *********

      Ce sont les choses qui se passaient alors,
      des choses amères, troubles, qui blessaient
      au plus secret du cœur.

      **********
      La fin de je te dis que c’est la fin du monde,
      que ça n’en vaut pas la peine, il faut vivre et c’est tout.
      La fin d’hier, de désespoir, un homme sans travail
      a tué sa femme et leurs deux enfants
      avant de se suicider. La fin de tu l’as lu comme moi, il s’est dépensé
      cette nuit vingt mille pesos pour une fête au Biltmore.
      C’est la fin d’il serait encore en vie s’ils l’avaient opéré à temps,
      mais l’opération coûte cher.

      *********

      La fin de tu te rends compte le Ministre
      a encore perdu cette nuit au Casino.
      Trente mille en une heure et demie, à ce qu’on dit.
      La fin de s’il te plaît peux-tu me lire cette carte de mon fils.
      La fin de si vous ne savez pas signer, mettez une croix ici,
      devant deux témoins. La fin de dans notre région
      il meurt trois enfants tous les cinq jours.

      *********

      …..C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est à pleurer de joie en le voyant,
      parce que c’est comme si c’était le premier matin
      après la fin, la fin du monde.
      Le premier matin, le premier sourire,
      le premier air pur, le premier enfant.

      **********

      C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est la Révolution qui entre dans les maisons
      pour mettre les choses à leur place.

      **********

      C’est la fin de la nuit et de l’amertume.
      C’est la fin de la dure dîme et du sanglant tribut.

    • #137925 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Juste cette fois-ci, juste une fois, je me souviens que Peggy est partie un 28 février. Je m’en souviens car c’était aussi un anniversaire.
      Elle aussi, comme Perec, avait écrit des Je me souviens.
      Voici le sien
      *********
      Je Me Souviens
      Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
      était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
      d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
      couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
      vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
      épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
      déchu éternel de Dieu.
      Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
      remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
      exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
      regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
      moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
      mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
      de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
      jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
      mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
      me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
      jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
      s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
      appartenaient.
      Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
      de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
      jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
      bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.
      Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que
      Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
      roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
      ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
      que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
      pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
      fait ça

      Je me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
      qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
      de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
      que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
      m’offrant ces deux baffes sur mes joues.
      Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
      est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
      souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
      j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
      sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
      perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.
      Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
      quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
      Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
      lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
      poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
      mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
      enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.
      Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
      leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
      maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
      Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
      obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
      qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
      Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
      sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
      toujours.
      Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
      passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
      dernier souffle.

      • #137926 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        C’est si difficile de rendre cette lumière là , celle aveuglante du réveil
        J’aime la balançoire, la tarte aux framboises, les baffes et les chants comme un pied
        Et puis aussi cette tournure
        « Je me souviens de sa peau remplis de ses traits »

    • #137927 Répondre
      Claire N
      Invité

      C’est difficile mais certains trouvent Sapins et Chloé
      L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux

      • #137928 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux » j’aime.
        Pas pu ouvrir Sapins et Chloé

        • #137929 Répondre
          Claire N
          Invité

          Voilà voilà –
          C’est daphnis pas sapin ( Ravel )

    • #139066 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la lenta caída de la tarde
      amar la vida largamente es todo
      el oficio del hombre que respira.
      Alzar la mano y detener el cielo.
      Destino de la luz, nunca te acabes.
      Luis Feria

    • #139273 Répondre
      bibinard
      Invité

      Ile fo sans trêdet sét laloua deux l’anha tur
      Lanne in geoure poure tend sans moka
      Haie nœud c’est commis limenca
      Kare ilet beau nekre à tuhr
      Ilalet pahr péhi a qonpaniais duche yiain
      Graveu mançan çomjhei hari hein
      Touxdeu sut ivhy daim kaum inmet reuh

      Aitesétéra

      Çéd uplu gren deux toul et tan

    • #139299 Répondre
      Zorglub
      Invité

      LE GRAND COMBAT

      Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
      Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
      Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
      Il le tocarde et le marmine,
      Le manage rape à ri et ripe à ra.
      Enfin il l’écorcobalisse.
      L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
      C’en sera bientôt fini de lui ;
      Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
      Le cerveau tombe qui a tant roulé.
      Abrah ! Abrah ! Abrah !
      Le pied a failli !
      Le bras a cassé !
      Le sang a coulé !
      Fouille, fouille, fouille,
      Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
      Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs;
      On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
      Et on vous regarde,
      On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

      « Papa, fais tousser la baleine », dit l’enfant confiant.
      Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l’orage
      et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
      Si la feuille chantait, elle tromperait l’oiseau.

      (Henri Michaux)

      • #139363 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci Zorglub pour ces retrouvailles avec Michaux

      • #139364 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        l’occasion de comprendre que plus qu’un romancier / nouvelliste Roberto Bolaño était avant tout un poète, un immense poète d’avant-garde empli d’une tension poétique surréaliste et singulière.

        ********

        1/

        Tes yeux sont le livre que je lis le plus

        Dans mon rêve de nouveau je te prends la main

        Tu ne me demandes rien

        Tu sais que dans les territoires de mes chimères

        je te retrouverai toujours

        que je te donnerai dix baisers

        Et puis …

        Dix de plus

        *******

        2/

        Écrire des prières que tu murmureras

        avant d’écrire des poèmes

        que tu croiras n’avoir jamais écrits

        Traquer la beauté absolue

        celle qui contient toute la grandeur et la misère du monde

        qui ne sont visibles que par celles et ceux qui aiment

        ******
        3/

        Mon visage dans cette chambre obscure était de voyage

        Je dessinais sur les draps silencieux mon pôle Nord final

        Je me construisais une nouvelle carte

        J’avais perdu un pays

        mais j’avais gagné un rêve
        ********

        4/

        Parfois le mystère tombe sur nos rêves

        comme un oiseau dans le giron d’un enfant .

        Nos souvenirs dégringolent par le trou de la nuit

        Nous nous transformons en limiers

        de notre propre mémoire

        Nous en ramassons les miettes …

        …Sans une plainte

        Surgissent alors les vagues

        du rêve le plus ancien

        comme les partitions d’un rêve final

        Nous sommes enfin sur le sentier confus

        et magnétique …

        …Des ânes et des poètes

        *******
        5/

        Apprends- moi à danser

        à mouvoir mes mains

        dans le coton

        de tes nuages

        Ton soleil de pêche

        me fera Boléro

        qui déambule

        dans les collines

        me fera Tango

        qui regarde

        les lumières du port

        J’enfilerai la nuit

        Ma danse sera un rêve

        qui se reconnaît

        dans l’aventure
        ********

        6/

        J’ai rêvé que je revenais

        chez moi …Trop tard

        J’ai rêvé que je devais

        repartir sur les chemins

        J’ai rêvé que mon cœur

        pleurait sur ce chemin

        des chiens de mon âme

        Là où personne ne veut aller

        Un chemin que seuls parcourent

        les poètes quant il ne leur reste

        plus rien ã faire

        Mais moi j’avais encore

        tant de choses à faire

        jusqu’à ce qu’enfin

        mon âme trouve mon cœur

        *********

        7/

        Tu as toujours voulu être

        un gangster élégant

        Marcher sur les éclairs

        dans des rues aux maisons vides

        Sans patience

        ni impatience

        tel un mendiant de marbre

        assis tout à l’arrière

        d’un bus de nuit

        Tu as toujours voulu débrancher

        les caméras encastrées

        Te réfugier dans ta chienne de poche

        dans tes gigantesques boîtes à chaussures

        Devenir crabe blanc

        sans mer ni sable

        Tu as toujours voulu te perdre

        dans l’Antarctique instantané du poème

        dans les plis de son possible

        • #139517 Répondre
          Claire N
          Invité

          « Écrire des prières que tu murmureras
          avant d’écrire des poèmes
          que tu croiras n’avoir jamais écrits »
          Comment ne pas mieux s’en sortir
          L’amour, le don, la poésie
          Effacer toute trace de transaction
          Effacer le prix
          Rendre à la route leur «  gratuité « 
          A bon entendeur pour ceux qui figent en transaction et en valeur

    • #139592 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale

      Ça sera par un soir horrible

      Clair, chaud, parfumé, sensuel

      Je mourrai d’un pourrissement

      De certaines cellules peu connues

      Je mourrai d’une jambe arrachée

      Par un rat géant jailli d’un trou géant

      Je mourrai de cent coupures

      Le ciel sera tombé sur moi

      Ça se brise comme une vitre lourde

      Je mourrai d’un éclat de voix

      Crevant mes oreilles

      Je mourrai de blessures sourdes

      Infligées à deux heures du matin

      Par des tueurs indécis et chauves

      Je mourrai sans m’apercevoir

      Que je meurs, je mourrai

      Enseveli sous les ruines sèches

      De mille mètres de coton écroulé

      Je mourrai noyé dans l’huile de vidange

      Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes

      Et, juste après, par des bêtes différentes

      Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge

      Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir

      Je mourrai peut-être sans m’en faire

      Du vernis à ongles aux doigts de pied

      Et des larmes plein les mains

      Et des larmes plein les mains

      Je mourrai quand on décollera

      Mes paupières sous un soleil enragé

      Quand on me dira lentement

      Des méchancetés à l’oreille

      Je mourrai de voir torturer des enfants

      Et des hommes étonnés et blêmes

      Je mourrai rongé vivant

      Par des vers, je mourrai les

      Mains attachées sous une cascade

      Je mourrai brûlé dans un incendie triste

      Je mourrai un peu, beaucoup,

      Sans passion, mais avec intérêt

      Et puis quand tout sera fini

      Je mourrai.

      Boris Vian (1920 – 1959)

    • #139595 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Ha bah voilà… En lisant ça je pensais à Boris Vian, mais un autre poème très proche qui s’intitule « je voudrais pas crever ».

      Je voudrais pas crever
      Avant d’avoir connu
      Les chiens noirs du Mexique
      Qui dorment sans rêver
      Les singes à cul nu
      Dévoreurs de tropiques
      Les araignées d’argent
      Au nid truffé de bulles
      Je voudrais pas crever
      Sans savoir si la lune
      Sous son faux air de thune
      A un coté pointu
      Si le soleil est froid
      Si les quatre saisons
      Ne sont vraiment que quatre
      Sans avoir essayé
      De porter une robe
      Sur les grands boulevards
      Sans avoir regardé
      Dans un regard d’égout
      Sans avoir mis mon zobe
      Dans des coinstots bizarres
      Je voudrais pas finir
      Sans connaître la lèpre
      Ou les sept maladies
      Etc etc…..

    • #140192 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Enivrez-vous

      Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

      Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

      Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

      Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose (1869 – posthume)

      • #140211 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        C’est vraiment très bien, comme Rimbaud, je boirai des liqueurs aussi fortes que de l’huile bouillante…
        Mais est-ce vraiment utile de mettre ce genre de poésie sur un forum intoxiqué au réel, au présent ? Du moins qui a une vision aussi classique et conventionnelle du dit réel.

    • #140291 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Couleurs
      Federico Garcia Lorca
      Au-dessus de Paris
      la lune est violette.
      Elle devient jaune
      dans les villes mortes.
      Il y a une lune verte
      dans toutes les légendes.
      Lune de toile d’araignée
      et de verrière brisée,
      et par-dessus les déserts
      elle est profonde et sanglante.

      Mais la lune blanche,
      la seule vraie lune,
      brille sur les calmes
      cimetières de villages.

      Federico Garcia Lorca, Chansons sous la lune

    • #140387 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Plus personne ne t’envoie de lettres Sous le phare

      dans le soir qui tombe Les lèvres gercées par le vent

      Vers l’Est ont fait la révolution Un chat

      dort dans tes bras

      Parfois tu es immensément heureux

      ***

      Maintenant tu te promènes en solitaire sur les quais de Barcelone

      Tu fumes une cigarette brune et durant

      un moment tu te dis que ça serait bien qu’il pleuve.

      Les dieux ne t’accordent pas d’argent

      mais ils t’accordent des caprices étranges

      Lève les yeux :

      Il pleut.
      Roberto Bolaño

    • #140579 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Delia Elena San Marco (par Jorge Luis Borges)

      *****
      On s’est dit au revoir à un coin de rue à Once. De l’autre trottoir, je me suis retourné pour regarder en arrière ; toi aussi, tu t’étais retournée, et tu m’as fait signe de la main.

      *****

      Un fleuve de véhicules et de personnes coulait entre nous. Il était cinq heures d’un après-midi ordinaire. Comment aurais-je pu savoir que ce fleuve était l’Achéron, le lugubre, l’insurmontable ?

      *****

      On ne s’est plus revus, et un an plus tard, tu étais morte.

      *****

      Et maintenant, je recherche ce souvenir et je le regarde, et je pense qu’il était faux, et que derrière cet adieu banal se cachait une séparation infinie.

      *****

      Hier soir, je suis resté à la maison après le dîner et j’ai relu, afin de comprendre ces choses, le dernier enseignement que Platon a mis dans la bouche de son maître. J’ai lu que l’âme peut s’échapper lorsque la chair meurt.

      *****

      Et maintenant, je ne sais pas si la vérité est dans l’interprétation ultérieure et funeste, ou dans l’adieu sans méfiance.

      *****

      Car si les âmes ne meurent pas, il est juste que nous ne fassions pas grand cas de nous dire au revoir.

      *****

      Se dire au revoir, c’est nier la séparation. C’est comme dire « aujourd’hui, on joue à se séparer, mais on se verra demain ». L’homme a inventé les adieux parce qu’il sait d’une certaine manière qu’il est immortel, même s’il peut paraître gratuit et éphémère.

      *****

      Un jour, Delia, nous reprendrons — auprès de quel fleuve ? — ce dialogue incertain, et nous nous demanderons si jamais, dans une ville perdue dans une plaine, nous étions Borges et Delia.

    • #140678 Répondre
      Oscar
      Invité

      Ting, Walasse (j’ai méchamment écorché son nom hier, désolée)

      1 an, première chanson
      5 ans, premier dessin d’un dragon volant
      6 ans, première fois que je sens une fleur
      16 ans, premier amour…
      18 ans, première fois que je quitte la Chine
      19 ans, première aquarelle vendue
      21 ans, première exposition personnelle
      22 ans, première traversée maritime pour Paris…
      28 ans, première fois que je ne crois plus en rien
      29 ans, premier poème
      30 ans, première fois en Amérique…
      32 ans, première fois que je mange un hot dog
      37 ans, première fois que je suis père d’une petite fille
      38 ans, première fois que j’achète une télévision 
      44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
      45 ans, première fois que je suis un Américain
      46 ans, première fois que l’argent a l’odeur du mensonge…
      48 ans, première fois que je réalise que la vie est un cycle
      51 ans, première fois que j’achète une lettre de Gauguin
      55 ans, premier petit déjeuner sous un arc-en-ciel
      67 ans, première pêche en mer  
      68 ans, première fois que je peins une baleine  
      69 ans, première fois que j’achère un Boudha blanc
      70 ans, première fois que j’achète 2 étoiles filantes…

      • #140681 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
        pas mal

      • #140695 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Que j’achète 2 étoiles filantes ??

        • #140755 Répondre
          Oscar
          Invité

          Pas compris non plus ! (Et il manque des âges en fait… c’est pas la liste dans son ensemble. J’essaye de trouver…)

          • #140772 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            À 54 ans, son premier chat ( voir mon partage dans le fil Peinture 2

    • #141223 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      La terre aux manoirs d’herbes

      Je viens d’un pays

      de voyance et de mélancolie

      qui marche au pas de ses

      derniers chevaux de trait,

      qui parle la langue

      de ses longues pluies après l’été,

      d’un pays de ronces et d’enfance

      qui se meurt du silence

      de ses rivières et moulins

      mais renaît dans la forge de ses chimères

      où le vent entrecroise les échos,

      où l’eau attise le feu

      et le feu déterre des arbrisseaux.

      *

      Je cherche mon pays d’enfance

      ce pays de copains braconneurs,

      des filles rougissantes comme des sœurs,

      des fontaines fraîches comme le marbre,

      des ruelles tièdes de l’été

      dont les volets ouverts sur la nuit

      laissent voir un homme

      en louanges avec ses dieux,

      une femme qui fait le ventre rond,

      ce pays des greniers

      où l’on se vêt des habits de la papauté,

      des granges où le foin

      sent le jupon et la camomille.

      Mais je suis né sans enfance

      comme on naît sans vie ou fortune,

      un père ne remplace pas une mouette,

      une mère n’aura jamais la tendresse d’un ruisseau

      où voltigent des têtards comme des soleils,

      la timidité d’un talus où l’on caresse la noisette.

      Prisonnière des villes,

      mon enfance grisonnait comme un adulte

      et ne recevait que le regard myope

      des chats vieux et des étoiles mortes.

      *

      Je les retrouve les yeux fermés

      les chemins de mon enfance

      qui s’échappent du bourg

      comme les rubans d’un chapeau.

      Je sens l’odeur des ornières,

      des feuilles pourrissantes,

      des fougères craquantes,

      l’odeur paresseuse des chevaux,

      de la graisse pour les essieux.

      J’entends les merles

      dans le fou rire de leur fuite,

      les ruisseaux à saute-mouton

      sous le préau des arbres.

      Je les retrouve de même

      les chemins immuables

      qui tournent le dos à la mer

      mais qui toujours me ramènent

      vers les feuillus océans.

      *

      Les odeurs qui traversèrent mon enfance

      je ne sais si elles flottent autour de moi

      ou si je les invente.

      Il y a comme en toute enfance

      l’odeur de la craie, des feuilles de marronniers,

      l’odeur du soleil dans une cour de récré,

      il y a l’odeur du métro

      qui n’a pas changé, allez savoir pourquoi,

      quand tout a changé à l’air libre,

      l’odeur chaude et attirante

      des soldats verts que j’observai mine de rien,

      prêt à déguerpir à un premier sourire,

      l’odeur des soupes, du pain frais,

      de la toile cirée, de l’encaustique à bon marché,

      l’odeur de la pluie dans un regard de fille,

      il y a des odeurs de toutes sortes

      qui sont en définitive des bruits

      et des images sans odeur.

      *

      Je suis passé par bien des Bretagnes,

      la Bretagne des écoles de campagne

      plus peuplées d’hortensias que d’enfants,

      celle des épiceries-buvette

      qui sentent le vin renversé, le pain chaud,

      le journal de la veille,

      la Bretagne des fermes où l’on se parle

      sans dire un mot.

      J’ai croisé toutes les Bretagnes

      sur les murs, les trottoirs de Montparnasse

      où je baptisais de nouveaux lieux-dits,

      d’imaginaires carrefours d’ici

      en récitant le noms des chiens,

      des chevaux à un kilomètre à la ronde,

      j’ai rencontré les Bretagnes africaines

      somnolentes et vertes comme le pays de l’Aven,

      grisonnantes comme la montagne de Brasparts.

      J’habite aujourd’hui

      la bretagne irréelle des poètes,

      des lutteurs au ventre mou,

      des demeures quatre ou cinq fois centenaires

      avec leurs toits incurvés

      comme une plante de pied,

      leurs glycines vieilles comme le ciel,

      leurs tours d’où l’on ne voit que le passé,

      une Bretagne qui ne fut pas bâtie pour moi

      mais qu’il me faut traverser.

      Rien n’est comme ailleurs,

      il est vrai,

      dans cette Bretagne distraite :

      la mer se retire dans le ciel

      où dérive le trop plein

      de ses iles en ailes roses,

      le soleil se glisse

      sous les draps de l’océan

      et réchauffe les pieds des promontoires,

      le vent démâte ce qui le déchire

      mais dépose sous l’aisselle d’un clocher

      une graine d’églantier,

      la pluie ne tombe pas,

      elle travailles sans le savoir

      comme un enfant qui rêve pour plus tard,

      tout semble breton indéfiniment :

      les hommes et les femmes en velours,

      les ruisseaux braconneurs,

      les tourterelles rondes comme des joues,

      les abeilles, les mille-pattes,

      les mille riens qui répondent de la vie.

      *

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      quand ses frontières seront en arbres couchés ?

      Vous souviendrez-vous de ses hommes

      aux identiques blessures que rouvrent leurs chants

      mais qui refusent le silence

      des incomplètes guérisons ?

      Vous souviendrez-vous

      des temps d’avant la nuit,

      d’avant les centrales blanches

      comme des palais d’été ?

      Vous souviendrez-vous de ses vents d’ouest,

      des vents de la mer tempérée

      où les oiseaux foncent comme des luges,

      de ses enfants au sommet des presqu’îles

      qui tendent leur poitrine comme pour s’envoler ?

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      Quand ses frontières seront en sang séché ?

      La vie battait son plein

      dans le moulin qui m’a fait naître.

      Le ruisseau sautait sur la roue

      telle une chevelure,

      la palude émettait un chant de berceau.

      Mieux que les cadrans solaires,

      les meules broyaient le temps,

      la farine tombait des tamis

      en pluie tropicale,

      les printemps, les étés se succédaient

      sans qu’ils nous fussent comptés.

      Sans la chambre du haut,

      ma sœur et ma cousine

      chiffraient leur héritage,

      moi, je me contentais d’un couteau à six lames

      et d’un coquillage en forme de comète

      qui me murmuraient des histoires d’alizés inconnus.

      Les chèvres bondissaient sur les fenêtres,

      les chevaux au repos

      ouvraient des yeux de poète,

      les houx, les genêts, les ronciers

      grimpaient le long des siècles.

      Le soir nous regardions

      monter ou s’enfuir la rivière,

      s’agenouiller la lumière

      sur le prie-Dieu de la rive d’en face.

      Grand’mère allumait une lampe sourde

      au-dessus de son ouvrage.

      Je m’allongeais alors avec les chiens

      pour écouter la nuit brûler comme une torchère.

      La vie s’en est allée depuis.

      Des chevaux, il ne reste que les harnais

      craquelés telles des écorces,

      les chèvres maintenant sauvages

      amorcent des looping entre rivière et nuages.

      Le temps a fendu les poulies,

      Le temps a rompu les meules.

      Sur la chambre du haut,

      le ciel d’hiver est le grenier,

      dans les coffres disjoints du pauvre héritage

      les mille-pattes travaillent.

      Le ruisseau qui a changé son cours,

      blasphème d’une voix pâteuse,

      les écluses sont bloquées,

      la palude chuchote en toute saison

      des cantiques de Toussaint.

      Dès que j’amorce la descente vers ses ruines,

      j’entends de loin les bruits qui le hantent :

      la chute des pierres comme les fruits mûrs,

      la glissade des merles dans les toboggans du lierre,

      la colère du vent prisonnier des cheminées.

      J’entends surtout le cahotement de la charrette

      en route pour sa dernière livraison.

      Grand-père, sur les sacs de farine noire,

      chante à tue-tête,

      grand-mère à côté de lui prie

      et serre sur ses genoux sa lampe-tempête.

      Je m’approche des clapiers,

      des niches creusées dans la roche,

      j’erre d’une porte brisée

      à une fenêtre par où s’élance un arbre,

      j’interroge des empreintes imaginaires sur le sol,

      des scènes que le ciel emporte…

      Tout à coup apparaît un jeune garçon

      pas plus haut que les fleurs.

      Il me reconnaît et s’avance vers moi,

      mais je recule, recule

      comme si des ailes d’oiseaux morts

      remplaçaient ses mains

    • #141275 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Des raisons d’écrire
      « Proèmes » – 1948
      Francis Ponge

      Qu’on s’en persuade : il nous a bien fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qu’on nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’hommes nous force à prendre part.

      Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison, n’en fait pas du tout.

      Eh bien! Ne serait-ce qu’à nous-mêmes nous voulons faire entendre la voix d’un homme. Dans le silence certes nous l’entendons, mais dans les paroles nous la cherchons : ce n’est plus rien. C’est des paroles. Même pas : paroles sont paroles.

      O hommes ! Informes mollusques, foule qui sort dans les rues, millions de fourmis que les pieds du Temps écrasent! Vous n’avez pour demeure que la vapeur commune de votre véritable sang : les paroles. Votre rumination vous écœure, votre respiration vous étouffe. Votre personnalité et vos expressions se mangent entre elles. Telles paroles, telles mœurs, ô société! Tout n’est que paroles.

      N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant données les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons. Eh bienl relevons le défi.

      Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire? Voilà ce que je veux dire.

      Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.

      Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.

      Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre dé valeurs que possible.

      Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer.

      • #142169 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. « 

        • #142272 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je me demande, au passage
          Si ce n’est pas le meuilleure reponse
          Au jeu proposé par Alexandre
          Sur l’au delà de DAVA

          • #142284 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            oui tout à fait
            le comique a, plus densément encore que la littérature, cette manière là, cette vertu là : entraîner les paroles avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent
            et plus généralement : entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure

            • #142358 Répondre
              Claire N
              Invité

              « entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure »
              Je pense que tu as plié le jeu – pour les siècles des siècles

    • #141707 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bannières de mai
      Arthur Rimbaud
      Aux branches claires des tilleuls
      Meurt un maladif hallali.
      Mais des chansons spirituelles
      Voltigent parmi les groseilles.
      Que notre sang rie en nos veines,
      Voici s’enchevêtrer les vignes.
      Le ciel est joli comme un ange.
      L’azur et l’onde communient.
      Je sors. Si un rayon me blesse
      Je succomberai sur la mousse.

      Qu’on patiente et qu’on s’ennuie
      C’est trop simple. Fi de mes peines.
      je veux que l’été dramatique
      Me lie à son char de fortunes
      Que par toi beaucoup, ô Nature,
      – Ah moins seul et moins nul ! – je meure.
      Au lieu que les Bergers, c’est drôle,
      Meurent à peu près par le monde.

      Je veux bien que les saisons m’usent.
      A toi, Nature, je me rends ;
      Et ma faim et toute ma soif.
      Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
      Rien de rien ne m’illusionne ;
      C’est rire aux parents, qu’au soleil,
      Mais moi je ne veux rire à rien ;
      Et libre soit cette infortune.

      Arthur Rimbaud, Derniers vers

    • #141732 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      C’est rire aux parents, qu’au soleil

    • #141932 Répondre
      Zorglub
      Invité

      L’horloge
      Charles Baudelaire
      ===
      Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
      Dont le doigt nous menace et nous dit : » Souviens-toi !
      Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
      Se planteront bientôt comme dans une cible,
      ===
      Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
      Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
      Chaque instant te dévore un morceau du délice
      A chaque homme accordé pour toute sa saison.
      ===
      Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
      Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
      D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
      Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
      ===
      Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
      (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
      Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
      Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
      ===
      Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
      Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
      Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
      Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
      ===
      Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
      Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
      Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
      Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

      Les fleurs du mal

    • #141985 Répondre
      Oscar
      Invité

      Bonjour ma vie
      Et vous mes désespoirs.
      Me revoici aux fossés
      Où naquit ma misère !
      ~
      Toi, mon vieux guignon,
      Je te rapporte un peu de cœur.
      ~
      Bonjour, bonjour à tous,
      Bonjour mes vieux copains ;
      Je vous reviens avec ma gueule
      De paladin solitaire,
      Et je sais que ce soir
      Monteront des chants infernaux…
      Voici le coin de boue
      Où dormait mon front fier,
      Aux hurlements des vents,
      Par les cris de Décembre ;
      Voici ma vie à moi,
      Rassemblée en poussière…
      ~
      Bonjour, toutes mes choses,
      J’ai suivi l’oiseau des tropiques
      Aux randonnées sublimes,
      Et me voici sanglant
      Avec des meurtrissures
      Dans mon cœur en rictus !…
      ~
      Bonjour mes horizons lourds,
      Mes vieilles vaches de chimères :
      Ainsi fleurit l’espoir
      Et mon jardin pourri !
      – Ridicule tortue,
      J’ai ouvert le bec
      Pour tomber sur des ronces.
      ~
      Bonjour mes poèmes sans raison…
      ~
      Bonjour, Kateb Yacine

    • #142044 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bonjour Oscar, bonsoir, bonne nuit et le bonjour de demain qui s’appellera aujourd’hui
      Encore un de Kateb Yacine

      *******
      Kebiout et Nedjma

      Nedjma chaque automne reparue
      Non sans m’avoir arraché
      Mes larmes et mon Khandjar
      Nedjma chaque automne disparue.
      Et moi, pâle et terrassé.
      De la douce ennemie
      À jamais séparé ;
      Les silences de mes pères poètes
      Et de ma mère folle
      Les sévères regards ;
      Les pleurs de mes aïeules amazones
      Ont enfoui dans ma poitrine
      Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu.
      Bergères taciturnes
      À vos chevilles désormais je veille
      Avec les doux serpents de Sfahli : mon chant est parvenu !
      Bergères taciturnes,
      Dites qui vous a attristées
      Dites qui vous a poursuivies
      Qui me sépare de Nedjma ?
      Dites main
      Rue de la Lyre
      Et l’aveugle lui montra le chemin
      À Moscou Kebiout s’éveilla Nedjma vivait
      Sur un tracteur De kolkhozienne
      Kebiout se perdit dans un parc
      Et comme un Coréen
      Reprit sa route dans les ruines
      J’emporte dans ma course
      Un astre : Nedjma m’attend
      Aimez si vous en avez
      Le courage !
      Voyez la lune au baiser glacé
      Nedjma voyage
      Sur ce coursier céleste
      Et Kebiout ronge son frein
      Rejoindra-t-il Nedjma ou l’astre ?
      Le paysan attend Kebiout s’étend sur une tombe
      Non pour mourir mais pour aiguiser
      Son couteau

      • #142051 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Kebiout s’étend sur une tombe
        Non pour mourir mais pour aiguiser
        Son couteau

      • #142055 Répondre
        Oscar
        Invité

        Hello Graindorge ! 🌞
        J’avais enfin lu Nedjma, mais il me faudra le relire – et le relire – En attendant sa poésie m’est plus accessible.
        Curieuse de (voir) son théâtre – mais je ne trouve rien pour l’instant.

    • #142067 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu. »

    • #142068 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Trouvé ça pour toi Oscar

      Les formes du théâtre en arabe populaire de Kateb Yacine – Persée https://share.google/udcoI4mlWbFIWbkSW

    • #142137 Répondre
      Oscar
      Invité

      Merci ! Tu es un excellent guide ; )

    • #142360 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Un poème de circonstance en ces temps incertains
      ===

      « Familiale », Jacques Prévert, Paroles, 1946.

      La mère fait du tricot

      Le fils fait la guerre

      Elle trouve ça tout naturel la mère

      Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?

      Il fait des affaires

      Sa femme fait du tricot

      Son fils la guerre

      Lui des affaires

      Il trouve ça tout naturel le père

      Et le fils et le fils

      Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?

      Il ne trouve rien absolument rien le fils

      Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre

      Quand il aura fini la guerre

      Il fera des affaires avec son père

      La guerre continue la mère continue elle tricote

      Le père continue il fait des affaires

      Le fils est tué il ne continue plus

      Le père et la mère vont au cimetière

      Ils trouvent ça naturel le père et la mère

      La vie continue la vie avec le tricot la guerre les affaires

      Les affaires la guerre le tricot la guerre

      Les affaires les affaires et les affaires

      La vie avec le cimetière.

    • #142767 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Existe-t-il », מה יש un poème de Nurit Zarchi tiré du recueil L’âme est l’Afrique הנפש היא אפריקה.

      Nurit Zarchi est né à Jérusalem en octobre 1941 et a grandi au kibboutz Geva. Elle a écrit de la littérature pour enfants (plus de cent livres) et de nombreux recueils de poésie. Elle a reçu entre autres le prix Bialik (1999), le Prix Lea Goldberg (2011).

      ******

      Toute la matinée j’ai cherché la chaussette manquante,
      comme si la terre l’avait avalée.
      Il m’est arrivé de ne trouver aucune trace
      du livre et j’ai supposé qu’il n’avait jamais été écrit.
      Et où sont les quelques années que l’on nommerait ma vie ?
      *******
      Mais je n’ai pas perdu la bague que nous n’avions pas échangée
      ni l’enfant qui n’était pas destiné à naitre
      même dans mes pensées. Ce qui existe
      existe-t-il parce qu’il interroge ce qui a été
      à savoir un tremblement de terre ou un pont.

      ******

      Te laisser un message ou raccrocher
      certaines choses sont inexplicables
      comme traverser le rêve d’un autre,
      comme une pincée de sel sur la table

    • #143154 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Romance somnambule de Gabriel Garcia Lorca. Souffrant de flemmingie aiguë, pas marqué les espaces avec des ********

      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.
      L’ombre autour de la ceinture,
      elle rêve à son balcon,
      chair verte, verts cheveux
      avec des yeux d’argent froid.
      Vert et je te veux vert.
      Dessous la lune gitane,
      toutes les choses la regardent
      mais elle ne peut pas les voir.

      Vert et je te veux vert.
      De grandes étoiles de givre
      suivent le poisson de l’ombre
      qui trace à l’aube son chemin.
      Le figuier frotte le vent
      à la grille de ses branches
      et la montagne, chat rôdeur,
      hérisse ses durs agaves.
      Mais qui peut venir? Et par où?
      Elle est là sur son balcon,
      chair verte, cheveux verts,
      rêvant à la mer amère.

      L’ami, je voudrais changer
      mon cheval pour ta maison,
      mon harnais pour ton miroir,
      mon couteau pour ta couverture.
      L’ami, voilà que je saigne
      depuis les cols de Cabra.
      Si je le pouvais, petit,
      l’affaire serait déjà faite.
      Mais moi je ne suis plus moi
      et ma maison n’est plus la mienne.

      L’ami, je voudrais mourir dans
      mon lit, comme tout le monde.
      Un lit d’acier, si possible,
      avec des draps de hollande.
      Vois-tu cette plaie qui va
      de ma poitrine à ma gorge?
      Il y a trois cents roses brunes
      sur le blanc de ta chemise.
      Ton sang fume goutte à goutte
      aux flanelles de ta ceinture.
      Mais moi je ne suis plus moi et
      ma maison n’est plus la mienne.
      Laissez-moi monter au moins
      jusqu’aux balustrades hautes.
      De grâce, laissez-moi monter
      jusqu’aux vertes balustrades.
      Jusqu’aux balcons de la lune
      là-bas où résonne l’eau.

      Ils montent déjà, tous les deux,
      vers les balustrades hautes.
      Laissant un sentier de sang.
      Laissant un sentier de larmes.
      Sur les toitures tremblaient
      des lanternes de fer-blanc.
      Mille tambourins de verre
      déchiraient le petit jour.

      Vert et je te veux vert,
      vent vert, vertes branches.
      Ils ont monté, tous les deux.
      Le vent laissait dans la bouche
      un étrange goût de fiel,
      de basilic et de menthe.
      L’ami, dis-moi, où est-elle?
      Où est-elle, ta fille amère?
      Que de fois elle t’attendait!
      Que de fois elle a pu t’attendre,
      frais visage, cheveux noirs,
      à la balustrade verte!

      Sur le ciel de la citerne
      la gitane se berçait.
      Chair verte, cheveux verts
      avec ses yeux d’argent froid.
      Un petit glaçon de lune
      la soutient par-dessus l’eau.
      La nuit devint toute menue,
      intime comme une place.
      Des gardes civils ivres morts
      donnaient des coups dans la porte.
      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.

      Ces poèmes sont extraits de Romancero gitan,
      Poème du chant profond
      Traduction de Claude Esteban

      Romance Sonámbulo

      Verde que te quiero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar
      y el caballo en la montaña.
      Con la sombra en la cintura
      ella sueña en su baranda,
      verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Verde que te quiero verde.
      Bajo la luna gitana,
      las cosas la están mirando
      y ella no puede mirarlas.

      Verde que te quiero verde.
      Grandes estrellas de escarcha
      vienen con el pez de sombra
      que abre el camino del alba.
      La higuera frota su viento
      con la lija de sus ramas,
      y el monte, gato garduño,
      eriza sus pitas agrias.
      ¿Pero quién vendra? ¿Y por dónde…?
      Ella sigue en su baranda,
      Verde came, pelo verde,
      soñando en la mar amarga.

      — Compadre, quiero cambiar
      mi caballo por su casa,
      mi montura por su espejo,
      mi cuchillo per su manta.
      Compadre, vengo sangrando,
      desde los puertos de Cabra.
      — Si yo pudiera, mocito,
      este trato se cerraba.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.

      — Compadre, quiero morir
      decentemente en mi cama.
      De acero, si puede ser,
      con las sábanas de holanda.
      ¿No ves la herida que tengo
      desde el pecho a la garganta?
      — Trescientas rosas morenas
      lleva tu pechera blanca.
      Tu sangre rezuma y huele
      alrededor de tu faja.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.
      — Dejadme subir al menos
      hasta las altas barandas;
      ¡dejadme subir!, dejadme,
      hasta las verdes barandas.
      Barandales de la luna
      por donde retumba el agua.

      Ya suben los dos compadres
      hacia las altas barandas.
      Dejando un rastro de sangre.
      Dejando un rastro de lágrimas.
      Temblaban en los tejados
      farolillos de hojalata.
      Mil panderos de cristal
      herían la madrugada.

      Verde que te quiero verde,
      verde viento, verdes ramas.
      Los dos compadres subieron.
      El largo viento dejaba
      en la boca un raro gusto
      de hiel, de menta y de albahaca.
      ¡Compadre! ¿Donde está, díme?
      ¿Donde está tu niña amarga?
      ¡Cuántas veces te esperó!
      ¡Cuántas veces te esperara,
      cara fresca, negro pelo,
      en esta verde baranda!

      Sobre el rostro del aljibe
      se mecía la gitana.
      Verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Un carámbano de luna
      la sostiene sobre el agua.
      La noche se puso íntima
      como una pequeña plaza.
      Guardias civiles borrachos
      en la puerta golpeaban.
      Verde que te qinero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar.
      Y el caballo en la montaña.

      • #143155 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Federico García Lorca et pas Gabriel
        Pardon Federico

    • #143594 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la musique
      Arthur Rimbaud
      Place de la Gare, à Charleville.

      Sur la place taillée en mesquines pelouses,
      Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
      Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
      Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

      – L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
      Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
      Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
      Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

      Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
      Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
      Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
      Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

      Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
      Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
      Fort sérieusement discutent les traités,
      Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »

      Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
      Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
      Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
      Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –

      Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
      Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
      Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
      Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

      – Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
      Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
      Elles le savent bien ; et tournent en riant,
      Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

      Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
      La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
      Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
      Le dos divin après la courbe des épaules.

      J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
      – Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
      Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
      – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

      Arthur Rimbaud

      • #143602 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
        Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
        Fort sérieusement discutent les traités,
        Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… » »
        Et croc
        Aussi implacable que la mâchoire d’un chat sur une souris

        • #143604 Répondre
          Claire N
          Invité

          On peut remarquer qu’il n’est pas dans une impasse comico – politique

    • #143712 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Aux arbres
      Victor Hugo
      ===

      Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
      Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
      Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
      Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
      Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
      Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
      Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
      La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
      Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
      Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
      Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
      Et du même regard poursuivre en même temps,
      Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
      L’étude d’un atome et l’étude du monde.
      Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
      Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
      Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
      Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
      Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
      Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
      Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
      Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
      La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
      Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
      J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
      Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!
      —–
      Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
      Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
      Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
      Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
      Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
      Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
      Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
      Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
      Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
      Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
      Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
      C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
      Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
      Et que je veux dormir quand je m’endormirai.
      ===

      Victor Hugo, Les Contemplations, Nelson, 1856

    • #144076 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Douceur
      *****

      Je dis : douceur.

      *****

      Je dis : douceur des mots
      Quand tu rentres le soir du travail harassant
      Et que des mots t’accueillent
      Qui te donnent du temps.

      *****

      Car on tue dans le monde
      Et tout massacre nous vieillit.
      *****
      Je dis : douceur,
      Pensant aussi
      À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
      À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
      À des poignées de main.

      *****

      Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,
      À des moments qui disent
      Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
      ******
      Cet air tout neuf,
      Qui pour durer s’installera.
      E. Guillevic

    • #144105 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Révolte contre la poésie
      ¨¨¨¨
      Nous n’avons jamais écrit qu’avec la mise en incarnation de l’âme, mais elle était déjà faite, et pas par nous-mêmes, quand nous sommes entrés dans la poésie.
      Le poète qui écrit s’adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l’inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et il ne l’est pas.
      Il y a quelque chose derrière sa tête, autour de ses oreilles de sa pensée. Quelque chose est en germe dans sa nuque, où il était déjà quand il a commencé. Il est le fils de ses œuvres, peut-être, mais ses œuvres ne sont pas de lui, car ce qui était de lui-même dans sa poésie, ce n’est pas lui qui l’y avait mis, mais cet inconscient producteur de la vie qui l’avait désigné pour être son poète et qu’il n’avait pas désigné lui. Et qui ne fut jamais bien disposé pour lui.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas être le poète de mon poète, de ce moi qui a voulu me choisir poète, mais le poète créateur, en rébellion contre le moi et le soi. Et je me souviens de la rébellion antique contre les formes qui venaient sur moi.
      ¨¨¨¨

      C’est par révolte contre le moi et le soi que je me suis débarrassé de toutes les mauvaises incarnations du Verbe qui ne furent jamais pour l’homme qu’un compromis de lâcheté et d’illusion et je ne sais quelle fornication abjecte entre la lâcheté et l’illusion. Je ne veux pas d’un verbe venu de je ne sais quelle libido astrale et qui fut toute consciente aux formations de mon désir en moi.
      ¨¨¨¨

      Il y a dans les formes du Verbe humain je ne sais quelle opération de rapace, quelle autodévoration de rapace où le poète, se bornant à l’objet, se voit mangé par cet objet.
      Un crime pèse sur le Verbe fait chair, mais le crime est de l’avoir admis. La libido est une pensée d’animaux et ce sont ces animaux qui, un jour, se sont mués en hommes.
      ¨¨¨¨

      Le verbe produit par les hommes est l’idée d’un inverti enfoui par les réflexes animaux des choses et qui, par le martyre du temps et des choses, a oublié qu’on l’avait inventé.
      ¨¨¨¨

      L’inverti est celui qui mange son soi et veut que son soi le nourrisse, cherche dans son soi sa mère et veut la posséder pour lui. Le crime primitif de l’inceste est l’ennemi de la poésie et tueur de son immaculée poésie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas manger mon poème, mais je veux donner mon cœur à mon poème et qu’est-ce que c’est que mon cœur et mon poème. Mon cœur est ce qui n’est pas moi. Donner son soi à son poème, c’est risquer aussi d’être violé par lui. Et si je suis Vierge pour mon poème, il doit rester vierge pour moi.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce poète oublié, qui s’est vu tomber dans la matière un jour, et la matière ne me mangera pas, moi.
      Je ne veux pas de ces réflexes vieillis, conséquence d’un antique inceste venu de l’ignorance animale de la loi Vierge de la vie. Le moi et le soi sont ces états catastrophiques de l’être où le vivant se laisse emprisonner par les formes qu’il perçoit en lui. Aimer son moi, c’est aimer un mort et la loi du Vierge est l’infini. Le producteur inconscient de nous-même est celui d’un antique copulateur qui s’est livré aux plus basses magies et qui a tiré une magie de l’infâme qu’il y a à se ramener soi-même sur soi-même sans fin jusqu’à faire sortir un verbe du cadavre. La libido est la définition de ce désir de cadavre et l’homme en chute est un criminel inverti.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce primitif mécontent de l’horreur inexpiable des choses. Je ne veux pas me reproduire dans les choses, mais je veux que les choses se produisent par moi. Je ne veux pas d’une idée du moi dans mon poème et je ne veux pas m’y revoir, moi.
      ¨¨¨¨

      Mon cœur est cette Rose éternelle venue de la force magique de l’initiale Croix. Celui qui s’est mis en croix en Lui-Même et pour Lui-Même n’est jamais revenu sur lui-même. Jamais, car ce lui-même par lequel il s’est sacrifié Lui-Même, celui-là aussi il l’a donné à la Vie après avoir forcé en lui-même à devenir sa propre vie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux être que ce poète à jamais qui s’est sacrifié dans la Kabbale du soi à la conception immaculée des choses.
      ¨¨¨¨
      Antonin Arthaud,
      Textes écrits à Rodez en 1944

    • #144306 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « L’état poétique est le seul promontoire connu d’où par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre à l’œil nu la côte nord de la tendresse, c’est aussi le seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons ou de traverser à dos de requin un bras de mer en furie. »
      René Depestre

    • #144467 Répondre
      Zorglub
      Invité

      « Poésie pour pouvoir » – Henri Michaux – Face aux verrous,
      ¨¨¨¨
      Poussant la porte en toi, je suis entré
      Agir, je viens
      Je suis là
      Je te soutiens
      Tu n’es plus à l’abandon
      Tu n’es plus en difficulté
      Ficelles déliées, tes difficultés tombent
      Le cauchemar d’où tu revins hagarde n’est plus
      Je t’épaule
      Tu poses avec moi
      Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
      Qui te porte
      Qui te monte
      Qui t’accomplit
      ¨¨¨¨
      Je t’apaise
      Je fais des nappes de paix en toi
      Je fais du bien à l’enfant de ton rêve
      Afflux
      Afflux en palmes sur le cercle des images de l’apeurée
      Afflux sur les neiges de sa pâleur
      Afflux sur son âtre…. et le feu s’y ranime
      ¨¨¨¨
      Agir, je viens
      Tes pensées d’élan sont soutenues
      Tes pensées d’échec sont affaiblies
      J’ai ma force dans ton corps, insinuée
      …et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
      La maladie ne trouve plus son trajet en toi
      La fièvre t’abandonne
      ¨¨¨¨
      La paix des voûtes
      La paix des prairies refleurissantes
      La paix rentre en toi
      ¨¨¨¨
      Au nom du nombre le plus élevé, je t’aide
      Comme une fumerolle
      S’envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
      Les têtes méchantes d’autour de toi
      Observatrices vipérines des misères des faibles
      Ne te voient plus
      Ne sont plus
      ¨¨¨¨
      Equipage de renfort
      En mystère et en ligne profonde
      Comme un sillage sous-marin
      Comme un chant grave
      Je viens
      Ce chant te prend
      Ce chant te soulève
      Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
      Ce chant est nourri par un Niagara calmé
      Ce chant est tout entier pour toi
      ¨¨¨¨
      Plus de tenailles
      Plus d’ombres noires
      Plus de craintes
      Il n’y en a plus trace
      Il n’y a plus à en avoir
      Où était peine, est ouate
      Où était éparpillement, est soudure
      Où était infection, est sang nouveau
      Où étaient les verrous est l’océan ouvert
      L’océan porteur et la plénitude de toi
      Intacte, comme un œuf d’ivoire.
      ¨¨¨¨
      J’ai lavé le visage de ton avenir.

    • #144993 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Un coeur qui crève, un astre dur qui se dédouble et fuse au ciel, le ciel limpide qui se fend à l’appel du soleil sonnant, font le même bruit, font le même bruit, que la nuit et l’arbre au centre du vent.

      L’arbre. Antonin Artaud

      • #145016 Répondre
        Claire N
        Invité

        Font le même bruit
        Que la nuit et l’arbre au centre du vent
        De ce point la -oui – qui sort du vacarme et du silence -au coeur

    • #145021 Répondre
      Claire N
      Invité

      « Dehors, la tempête grondait.je ne sais quoi d’enragé, de courroucé mais aussi de profondément malheureux, tourbillonnait autour de l’auberge comme un animal furieux et tachait d’en forcer l’entrée.claquant les portes, heurtant les fenêtres et le toit, griffant les murs, la chose menaçait et suppliait alternativement, puis elle s’apaisait pour un peu de temps, et ensuite, hurlant joyeusement, elle s’infiltrait dans la cheminée ; mais alors les bûches s’enflammaient, et le feu, comme un chien enchaîné, s’élançait avec colère à la rencontre de l’ennemi, le combat commençait, suivi de sanglots, de glapissements, de grondements rageurs. Tout cela sur le ton de l’angoisse méchante, de la haine insatisfaite, de l’impuissance offensée d’un etre qui , jadis, etait habitué à triompher… »
      En chemin – Tchekov

      • #145031 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        surtout la dernière phrase

        • #145033 Répondre
          Claire N
          Invité

          C’est certain
          Mais il fallait bien reprendre l’histoire
          Pour contextualiser
          Comment la domesticité
          A mis le feu en chien

          • #145048 Répondre
            Claire N
            Invité

            Mais il est vrai que cette phrase tient toute seule
            En littérature – « l’impuissance offensée » porte d’ailleurs toute l’économie de la vrai puissance

            • #145054 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              étrange d’ailleurs ce syntagme
              on pourrait lire que l’offense vient de l’extérieur, mais non c’est bien l’impuissance qui se sent offensée d’etre impuissante – surtout à l’aune d’un pouvoir passé
              je crois qu’il y a dans cette impuissance offensée le proto-affect de la rage fasciste -qui au fond procède de la haine de soi
              oui décidément le fascisme c’est la coalition des gens qui se méprisent

              • #145055 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui j’ai ete un peu rapide dans le déploiement et c’est effectivement en creux qu’elle se révèle
                Et c’est plus clair comme ça

              • #145116 Répondre
                Ludovic Bourgeois
                Invité

                Parce qu’il n’y a pas la Guerre
                Alors qu’il devrait y avoir
                On ira pas aux Champs-Elysées ou Valhall

                • #145118 Répondre
                  tristan
                  Invité

                  Dégage sale merde

                  • #145123 Répondre
                    Ludovic Bourgeois
                    Invité

                    Je dégage c’est bientôt nuit
                    Je vais regarder l’étoile polaire
                    Utan Stjärnorna
                    -Qui indique le Nord-
                    Über-Nordicisme

    • #145039 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Artaud. Tchekhov
      Allez, encore un pour la route. La soupe est sur le feu
       » … Mais quand la lune se lève, la nuit pâlit et s’assombrit. De brume, plus de trace. L’air est transparent, frais et tiède, on voit tout, on distingue même au bord de la route les tiges isolées des hautes herbes. Les silhouettes de moines suspectes semblent, sur le fond clair de la nuit, plus noires et plus revêches. De plus en plus souvent, au milieu des craquements monotones qui troublent l’air immobile, retentit un  » ah « d’étonnement ou le cri d’un oiseau qui rêve ou ne s’est pas encore endormi. De larges ombres passent sur la steppe, comme des nuages sur le ciel, et si l’on scrute longuement l’indiscernable plaine, on voit se dresser et s’amonceler les unes sur les autres des formes vaporeuses, fantastiques… On a un peu peur. On regarde le ciel vert pâle, semé d’étoiles, sans un nuage, sans une tache, et l’on comprend pourquoi l’air tiède est immobile, pourquoi la nature est sur le qui-vive et n’ose pas bouger : elle a peur de perdre un instant de vie, elle ne le voudrait pas. On ne peut juger de la profondeur et de l’immensité du ciel que sur la mer et dans la steppe, la nuit, au clair de lune. Il est effrayant, beau et tendre, langoureux et séducteur, et sa tendresse vous fait tourner la tête.

      Encore une heure ou deux de route… On rencontre un vieux tumulus taciturne ou une idole de pierre, placée là Dieu sait quand et par qui; un oiseau de nuit passe d’un vol silencieux au-dessus de la terre, et, peu à peu, vous reviennent à l’esprit les légendes de la steppe, les récits des errants, les contes de bonne femme. Et tout ce que l’on a pu soi-même y voir et soumettre à l’entendement du cœur. Alors, dans le stridulement des insectes, les silhouettes suspectes, les tumulus, le ciel bleu pâle, le clair de lune, le vol d’un oiseau de nuit, dans tout ce que l’on voit et entend, on croit percevoir le triomphe de la beauté, la jeunesse, l’épanouissement de la force et la soif passionnée de vivre; votre âme se met à l’unisson du pays natal, beau et âpre, et l’on voudrait voguer au-dessus de la plaine avec l’oiseau de nuit. Et dans le triomphe de la beauté, dans l’excès du bonheur, se sentent tension et angoisse comme si la steppe savait qu’elle est solitaire, que sa richesse et son inspiration se perdent en vain sans que nul ne les célèbre ni n’en profite, et, à travers sa rumeur joyeuse, on l’entend implorer douloureusement, désespérément : qu’on me trouve un chantre! un chantre !… »
      La Steppe

      • #145375 Répondre
        Claire N
        Invité

        5 eme Malher
        Je ne sais pas si un autre morceau m’apporte autant de finesse dans la perception de la lumière dans ses infinis variations lorsqu’elle se lève sur un paysage ; si d’autres poussent si bien le regard et le coeur dans les ombrages des oree, des chemins forestiers et des transports que provoque le passage des nuages sur la luminosité d’un adree

    • #145106 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Une découverte pour moi

      *****
      Les inventions infinies de Khlebnikov

      par Jacques Darras

      14 avril 2026

       4 mn

      Numéro 242

      Velimir Khlebnikov (1885-1922) est l’un des poètes russes les plus inventifs et les plus mal connus du début du vingtième siècle. On peut découvrir ou redécouvrir aux éditions La Barque un choix de Poèmes qui impose une œuvre énigmatique et météorique.

      Velimir Khlebnikov | Poèmes. 1908-1922. Trad. du russe par Christian Mouze. La Barque, 112 p., 22 €

      Il aura écrit toute son œuvre en une dizaine d’année, à Saint-Pétersbourg, où il fonde le mouvement futuriste russe en compagnie de son ami ukrainien David Bourliouk – dont il tracera un portrait éblouissant – et mourra en 1922, à l’âge de trente-six ans, au retour d’une épuisante expédition en Perse dans les bagages de l’Armée rouge. Le classer comme « futuriste », par conséquent l’englober dans ce mouvement d’avant-garde qui, parmi d’autres révolutions esthétiques, affecta l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, demande aussitôt à être nuancé puisque, au lendemain même de la visite de Marinetti à Moscou, en 1914, les « futuristes » russes prirent conscience de la spécificité « slave » de leur mouvement. Khlebnikov marque la distinction en inventant le mot « futurien ».
      Ce ne sera assurément pas la seule invention du poète, qu’Anna Akhmatova, sa contemporaine, qualifia de « novateur par excellence ». Dans « Une gifle au goût du public », Khlebnikov invoque le droit du poète « à agrandir le volume du vocabulaire existant par des mots arbitraires et dérivés ». Quelques-uns de ses poèmes sont en ce sens d’absolues réussites. Le plus fréquemment cité – le retranscrire une nouvelle fois confirme non seulement sa totale originalité mais encore la pertinence de son legs jusqu’à un certain Henri Michaux – est Conjuration par le rire (Poèmes courts, 1910).

      Ô, ériez, rieurs !
      Ô, irriez, rieurs !
      Ceux qui rient de rires, ceux qui rièssent rialement
      Ô, irriez riesquement !
      Ô, des diriations surriresques, le rire des riesques rieurs !
      Ô, éris-toi diriresquement, rire des rieurs surriresques !
      Rillasserie, rillasserie
      Déris, surris, rirolets, rirolets,
      Rirots, rirots !
      Ô, ériez, rieurs !
      Ô, irriez, rieurs ! (Zanguezi & autres poèmes, Flammarion, 1996)

      Ce poème de jeunesse (Khlebnikov a vingt-trois ans) est la toute première manifestation de l’incomparable inventivité linguistique du jeune poète, lequel se livrera bientôt à une réflexion théorique mêlant mathématique et algèbre à des considérations sur les lois du temps. On pense à une expansion du souhait formulé par Rimbaud de trouver une « langue de l’âme pour l’âme » (lettre à Paul Demeny, 1871), à ceci près que Khlebnikov n’en reste pas au niveau du souhait mais se met à la tâche, posant les fondements du zaoum, langue d’au-delà de l’esprit ou transmentale, qui atteindra son épanouissement dans Zanguezi (1920-1922), composé de vingt et un Plans construits sur « une architecture de vocables ». Témoin ce Plan IX :

      Hauraison
      Obraison
      Erraison
      Paraison
      Connaisson du moi
      et de ceux que je connais pas
      Moraison
      Carraison
      Laraison
      Haraison
      Dzon ! Dzon !
      Din ! Din !
      Dan ! Dan (Zanguezi & autres poèmes, Flammarion, 1996)
      Là où Khlebnikov le « futurien » dépasse de très loin la stature du simple poète expérimental, cependant, c’est en ce que ses explorations linguistiques de la langue russe touchent au plus profond des récits mythologiques propres aux peuples slaves. De là son goût pour d’intarissablement longs poèmes où la structure narrative le cède à des images surprenantes d’originalité, comme issues d’une réserve surréaliste d’avant le surréalisme même. Tout aussi fréquemment qu’il s’étire en longueur, le poème de Khlebnikov a par ailleurs le sens de la brièveté, quatre ou cinq vers au maximum. Bref, l’amplitude technique du poète est impressionnante.

      Russie, toute baiser dans le froid !
      Tes chemins nocturnes bleuissent.
      Tes lèvres jointes par l’éclair
      Bleuissent aussi avec lui,
      Et la nuit la foudre peut s’envoler
      Des caresses mêmes des lèvres.
      Sans connaissance, elle parcourt
      Les pelisses d’un seul bond,
      Alors la nuit étincelle,
      Intelligente et sombre. (Velimir Khlebnikov, Poèmes. 1908-1922, La Barque)

      On nous fera sans doute remarquer à ce stade que, si brève qu’ait été la carrière du poète, elle aura quand même coïncidé avec ce bouleversement majeur que fut la révolution d’Octobre 1917. Autrement dit, quelle fut la répercussion de ces années-là sur le poète ? Si l’on se réfère au bref poème précédent, on note une certaine ambiguïté. Capable de caresses ou d’éclairs de foudre, la « mère » Russie n’est pas des plus fiables. Certes, la Révolution aura apporté la liberté mais un autre poème sur Moscou, qui date de 1921, résonne de façon prémonitoire à nos propres oreilles, cent ans plus tard.

      Moscou qui es-tu ?
      Charmeuse ou bien charmée ?
      Tu ferres la liberté
      Ou bien serais-tu enchaînée ?
      Quelle pensée plisse ton front ?
      Conspiratrice universelle ?
      Peut-être fenêtre radieuse
      Déjà même en un autre temps,
      Ou bien une chatte mal ou trop avisée :
      La science règle son crucifiement
      Sous les rasoirs bien affilés
      Des sages savants:
      Se penchent-ils sur leurs vieux livres
      À même les bureaux, parmi
      La tourbe d’étudiants disciples ?
      Toi, fille d’autres siècles
      Et baril de poudre –
      Au milieu de tes chaînes
      Rompues et en éclats. (Velimir Khlebnikov, Poèmes. 1908-1922, La Barque)

      • #145148 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je ne sais pas Graindorge
        L’impression que j’ai n’est pas forcément agréable à la lecture
        Les mots sonnent comme une mécanique
        Qui grince d’être livré à la marche forcée
        Tu ne m’étonnes pas en parlant de technicité

        • #145154 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Comme dit, je découvre ces mots de ce poète
          J’aime bien:
          « Ô, ériez, rieurs !
          Ô, irriez, rieurs !
          Ceux qui rient de rires, ceux qui rièssent rialement
          Ô, irriez riesquement !
          Ô, des diriations surriresques, le rire des riesques rieurs !
          Ô, éris-toi diriresquement, rire des rieurs surriresques !
          Rillasserie, rillasserie
          Déris, surris, rirolets, rirolets,
          Rirots, rirots !
          Ô, ériez, rieurs !
          Ô, irriez, rieurs !

          • #145224 Répondre
            Claire N
            Invité

            Merci Graindorge , mais je crois que vraiment c’est pas pour moi – quelque chose vraiment me bloque – il n’est par contre jamais inintéressant de regarder quoi

    • #145236 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Quelle pensée plisse ton front
      Sinon, me rappelle des séances d’orthophonie

      • #145238 Répondre
        Claire N
        Invité

        Et bien j’y réfléchis
        Mais effectivement avec l’orthophonie tu touches
        A la mécanique pour le mécanisme
        Et puis c’est aussi des choses que j’utilisais petite quand on me criait dessus ( les profs) pour me rétracter ? Rentrer ma langue sur un niveau de tension minimal une façon de me petit – suicider

        • #145239 Répondre
          Claire N
          Invité

          En fait plus précisément ça me rappelle qu’à la même periodes tout mes monologues était chantés , dans le jeu
          Et qu’à l’école j’ai dû les mettre à un rythme mécanique
          Et merci pour la séance de psychanalyse impromptu Stephanie – il semble que je te doives des honoraires

          • #145255 Répondre
            stephanie
            Invité

            tarif livre et consenti ( libre voulais je écrire mais je laisse ce lapsus calami)

            • #145261 Répondre
              Claire N
              Invité

              Activation motrice inarticulée réflexe

      • #145240 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

         » me rappelle des séances d’orthophonie  » Rire
        Allez, allons pêcher d’autres poèmes!

    • #145310 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Neige au bord du toit
      Une goutte suspendue
      Tient tout le silence

    • #145325 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Mon hypothèse là tout de suite, c’est que Bégaudeau en ce moment, il a du vague à l’âme.
      Je me plante peut-être complètement, ou bien au contraire, mon flair légendaire, perce le fond de l’air.
      C’est alors avec grand plaisir que je lui dédie ce poème.
      .
      Le temps aiguise ton esprit et ton âme,
      La durée elle reste sauvage,
      Tu sculptes ta pensée dans le calme,
      Dans le contretemps subsiste la rage.
      .
      Tu saisis l’autre de ton regard,
      Tu t’oublies dans la marche du soir,
      Tu trouves sans même savoir,
      C’est la compréhension qui te rend hagard.
      .
      Tu sèmes tes propres embûches,
      Dans un devenir sans chemin ni avenir,
      Simultanément clown et funambule,
      Mixte tragique de non-sens et de rire.
      .
      Loin de la raison se forme une danse,
      Où la force se lie d’amitié,
      Avec vertiges des rythmes et des cadences,
      Des défis soufflant, vents contraires et magnifiés.
      .
      C’est dans les formes que ta vie se diffuse,
      S’échange, se donne dans les vastitudes inconnues,
      Métamorphoses rendues qui échappent et qui fusent,
      C’est l’artifice qui jaillit, des vérités mises à nue.
      .
      Bon la poésie c’est pas mon fort on l’aura compris, mais bon… après tout, c’est le geste qui compte comme dirait l’autre.
      Saperlipoète !

    • #145341 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Ah

      Combien sont émouvants

      Les cheminements
      .
      J-L. Godard, JLG/JLG (p. 21).

      • #145344 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Espérons mon enfant… Que se sont tes émotions et tes cheminements que tu questionnes là.
        Car les miens de cheminements te seront à jamais impénétrables mon fils, à jamais…
        Amen !
        De surcroît… Se planquer derrière Godard !
        Je ne sais si parfois il arrive que l’amour propre, ou la dignité, mette un peu de distance avec ce que certains produisent. Mais alors ils verraient à quel point ils sont RI DI CUL E…

    • #145348 Répondre
      bibinard
      Invité

      thaisse teu

    • #145464 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Document pour notre temps (Escritura para el tiempo) par Julio Garrido Malaver

      ******

      Nous sommes en prison.
      Une nuit à mourir, dit l’un des nôtres.
      Je dis : une mort à vivre.
      – Ils nous ont pris tous les chemins
      et les ont brisés là-bas derrière le soleil. –

      Nous tournons dans la cellule
      comme un moulin meulant le blé de la Mort.
      Nous tournons dans la cellule et ils nous punissent
      avec des crucifix doubles de souffrance et d’oubli.

      Ici le rire ouvrant les fenêtres n’est plus,
      ni le « il fait froid » courant par les rideaux.
      Les mains n’appellent plus les étoiles
      pour qu’elles versent leur nectar de joie
      dans le puits de soif de nos baisers.
      On n’entend plus la patenôtre des grillons
      ni cette rumeur de fleurs nous joignant les lèvres.

      – L’obscurité nous lèche jusqu’aux os
      et notre cri se glace, que nous avions ardent !

      Qui m’a pris mes yeux, camarades ? demandé-je.
      Et un homme me répond : ils ont accaparé la lumière…

      Pendules de tendresse, nos voix
      aiguisent leurs aiguilles dans la nuit.

      Une soudure d’accolades nous réunit encore une fois.
      Et la terre frissonne.

      Le ciel devient muet,
      la mer se colore de rose.
      Et ce ruisseau de larmes qui naît de l’île pénitentiaire du Fronton
      s’en va comme une couleuvre qui doit mordre Dieu :

      Car je suis né dans la Sierra
      de forêts, de sources et de prairies.
      J’avais une femme,
      j’avais des enfants.
      Nous parlions de lumière avec nos bêtes.
      Je cultivais la terre.
      Et les alouettes illuminaient tous mes chemins.
      Sous la pluie légère
      à cheval
      je gravissais les sommets
      pour envelopper les nuages de mes mains.
      Je dormais au soleil dans les pâtures
      tandis que les ruisseaux fringants cabriolaient.
      Je n’ai jamais prêté attention à mon cœur.
      Et si j’eus de la peine,
      si j’eus du chagrin,
      je ne m’en souviens pas, camarades.

      Mais hier
      ma femme
      mes enfants
      ma joie
      me sont tombés morts des mains.
      Parce que j’ai dit non !
      oui, camarades,
      c’est pour ce non en moi qui m’est devenu dur comme une pierre
      que je suis ici…
      Les étoiles sont tombées dans la mer !
      Une communauté de larmes se revêt de nos yeux !
      Et un silence d’épées
      monte la garde aux lèvres des morts !

      *

    • #145581 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Le mal
      *******
      Tandis que les crachats rouges de la mitraille
      Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
      Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
      Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
      ******
      Tandis qu’une folie épouvantable broie
      Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
      – Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
      Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
      ******
      – Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
      Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
      Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
      ******
      Et se réveille, quand des mères, ramassées
      Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
      Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
      ******
      Arthur Rimbaud

    • #145604 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Der Frühling
      Pascal Quignard

      ******

      Les oiseaux sont si impatients. Joyeux.
      Étourdis. Distraits. Fébriles.
      Voletant. Chantant. Ils s’écartent du nid.
      Et les libellules, les petits oiseaux, les mésanges, les étourneaux sansonnets, les chardonnerets des rivières. Ils s’éloignent de la berge.
      Les papillons, les morts s’éloignent de la berge. Ils quittent tout.
      Ils vont de branches en branches. Ils ont peur.
      Ils passent sans fin de poteaux électriques en antennes de télévision. De grillages en remblais, en aubépines, en buissons de mûres.
      En bords de poubelles. En panneaux de signalisation. En cabanes de bergers recouvertes de lauzes.
      En phares sur la mer.
      Les anciens habitants du Latium croyaient que les dieux étaient des oiseaux qui écrivaient le destin des hommes dans le ciel bleu.
      Et les chatons qui jouent, petits oisillons sans ailes, boules de fourrure qui musclent si vite leurs pattes arrière, petites narines roses qui frémissent, ils s’approchent de l’eau.
      Ils suivent la rive. Ils vont de fourrés en taillis, en broussailles. En tuyaux de canalisation. En bouches d’égoût. En gouttières.
      Ils suivent le fil d’eau d’aube en aube.
      Et les femmes et les hommes de même, d’insomnie en insomnie.
      Désirants, maugréants, ils poussent le drap avec leurs pieds, ils quittent le lit.
      Ils descendent l’escalier dans le noir.
      On pose le front contre la baie vitrée et l’on scrute le jardin sous la pluie.
      Les arbres dans une espèce de brume.
      Les parterres encore dans la pénombre.
      On ouvre la porte fenêtre dans l’obscurité. Comme il fait froid !
      Du balcon qui donne sur l’eau on voit l’eau qui tombe sur l’eau. 
      On ne se lancera pas dans un combat avec ce qui est inexorable.
      Pourquoi l’humanité est-elle la seule espèce animale à détester sa condition ?
      À humilier sa source ?
      À haïr sa fin ?
      Il est vain de s’en prendre à la nuit.
      Elle précéda la vie.
      Elle précéda le ciel.
      Il est vital de profiter des secondes qui restent pour admirer la splendeur qui s’enfuit avec la lumière.
      Les deux pages du livre, alors qu’on l’ouvre, sont les ailes d’un ange.
      Alors Jacob, comme il avait lutté toute la nuit avec cet ange qui le malmenait, qui le bourrait de coups, lui adressa cette demande :
      – Révèle-moi ton nom, je te prie.
      Mais l’ange toucha sa main et murmura :
      – Cur quaeris nomen meum ? 
      Pourquoi me demandes-tu mon nom ? 
      Jacob, Jacob, pourquoi me demandes-tu mon nom ? 
      Évite ce nom qui ne nomme pas. 
      Qu’il te reste inconnu. 
      Détourne-toi de ce reflet que l’aurore absorbe dans sa lumière.
      Alors Jacob ouvrit les yeux. Il regarda autour de lui. Il était seul. L’aube se leva.

    • #145780 Répondre
      Gerard Manfroy
      Invité

      Il y a dans tes yeux
      Le calme de l’Univers
      La douceur des ténèbres
      Qui enveloppe les étoiles

      Il y a dans tes gestes
      La délicatesse
      Du silence des fleurs
      Et la majesté
      De la mer vaste et sereine

      Il y a dans tes cheveux
      Les plus radieux Soleil
      Qui agrandissent les yeux
      Et traversent les arbres

      Il y a dans ton visage
      La grandeur des statues
      L’énigme d’un sourire
      La bonté dans une âme

      Il y a dans ta voix
      Le calme de la Nuit
      Et les derniers échos
      Que nous voulons entendre

      • #145785 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je tente :
        Il y a
        Tes yeux
        Tes gestes
        Tes cheveux
        Ton visage
        Et ta voie – dans ta voie
        Que nous voulons entendre

        • #145787 Répondre
          Claire N
          Invité

          Mais moyen satisfaisant peut mieux faire

          • #145796 Répondre
            Gerard Manfroy
            Invité

            Merci.
            Peut mieux faire quoi ? Une meilleure réponse ? Je ne crois pas.

            • #145850 Répondre
              Claire N
              Invité

              J’ai cru que tu lançais un jeu
              J’ai essayé ma version et je n’en suis pas trop satisfaite – c’est tout

              • #145972 Répondre
                Gerard Manfroy
                Invité

                Oui oui j’avais compris 🙂 Mais j’aime ce genre de réponse c’est ce que je voulais dire.

                • #145975 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Bien reçu !
                  J’aime jouer 🙂

      • #145869 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Qui a écrit ce poème Gérard Manfroy?
        Parfois la répétition a sa place mais ici peut-être qu’un seul « Il y a » aurait pu faire l’affaire, non? Le premier:
        « Il y a dans tes yeux
        Le calme de l’Univers »
        Dans tes gestes ….
        Dans tes cheveux…
        Puis on inverserait
        « La grandeur des statues
        Dans ton visage »
        Le calme de la nuit
        Dans ta voix …

        • #145940 Répondre
          Gerard Manfroy
          Invité

          bah c moa

          • #145943 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Bravo ! Que pensez-vous de ma suggestion?

            • #145944 Répondre
              Gerard Manfroy
              Invité

              Merci. Oui c’est intéressant aussi, dans la forme, ça peut vraiment être très beau.

              • #145946 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Il y a dans tes yeux
                Le calme de l’Univers
                La douceur des ténèbres
                Qui enveloppe les étoiles

                dans tes gestes
                La délicatesse
                Du silence des fleurs
                Et la majesté
                De la mer vaste et sereine

                dans tes cheveux
                Les plus radieux Soleil
                Qui agrandissent les yeux
                Et traversent les arbres

                La grandeur des statues
                dans ton visage

                L’énigme d’un sourire
                La bonté d’ une âme

                dans ta voix
                Le calme de la Nuit

                Et les derniers échos
                Que nous voulons entendre

              • #145947 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Me gêne celui-ci
                « dans tes cheveux
                Les plus radieux Soleil
                Qui agrandissent les yeux
                Et traversent les arbres »
                Vous pourriez améliorer ou changer?

                • #145956 Répondre
                  Gerard Manfroy
                  Invité

                  Moi ? XD perso non j’y toucherais pas. Mais l’autre version est très bien.

                  • #145965 Répondre
                    ..Graindorge
                    Invité

                    Dac
                    C’était juste pour jouer. Encore bravo!

    • #146373 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      FRANCIS PONGE
      PLUIE
      La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. À peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes.

      Chacune de ses formes a une allure particulière ; il y répond un bruit particulier. Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation.

      La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse.

      Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors si le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu.

      • #146411 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        J’y penserai précieusement
        Quand coincée dans l’ascenseur
        Le stress fera dire «  quel temps ! Pfou « 
        A une personne embarquée
        Et je continuerai à répondre avec un sourire poli
        «  c’est ça ! « Comme mon amie Delphine m’a appris

    • #146871 Répondre
      oreillette
      Invité

      Elle pompe avec ferveur et coups de reins. Dans la prune violette ou kaki, c’est riche à voir : vraiment un petit appareil extirpeur particulièrement perfectionné, au point. Aussi n’est-ce pas le point formateur du rayon d’or qui mûrit, mais le point formateur du rayon (d’or et d’ombre) qui emporte le résultat du mûrissement. Miellée, soleilleuse ; transporteuse de miel, de sucre, de sirop hypocrite et hydromélique. La guêpe sur le bord de l’assiette ou de la tasse mal rincée (ou du pot de confiture) : une attirance irrésistible. Quelle ténacité dans le désir ! Comme elles sont faites l’une pour l’autre ! (…) F.P

      • #147151 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci oreillette
        Vraiment quelle qualité du «  zoom « 
        C’est impressionnant : «  petit appareil extirpeur particulièrement perfectionné, au point « 

    • #147149 Répondre
      Claire N
      Invité

      Chant de moi-même-
      Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,
      Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l’écart d’eux
      Pas plus modeste qu’immodeste.

      Arrachez les verrous des portes!
      Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

      Qui dégrade autrui me dégrade
      Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

      A travers moi le souffle spirituel s’enfle et s’enfle, à travers moi c’est le courant et c’est l’index.

      Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

      Par Dieu! Je n’accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.
      A travers moi des voix longtemps muettes

      Voix des interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

      Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
      Voix des cycles de préparation, d’accroissement,
      Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
      Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
      Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
      Brouillards sur l’air, bousiers roulant leur boule de fiente.

      A travers moi des voix proscrites,
      Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j’écarte le voile,
      Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

      Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
      Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.
      L’accouplement n’est pas plus obscène pour moi que n’est la mort.
      J’ai foi dans la chair et dans les appétits,
      Le voir, l’ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

      Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
      La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière,
      Cette tête m’est plus qu’église et bibles et credos.

      Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.
      Transparente argile du corps, ce sera vous!
      Bords duvetés et fondement, ce sera vous!
      Rigide coutre viril, ce sera vous!
      D’où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!
      Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!
      Poitrine qui contre d’autres poitrines se presse, ce sera vous!
      Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!
      Racine lavée de l’iris d’eau! bécassine craintive! abri surveillé de l’oeuf double! ce sera vous!
      Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!
      Sève qui scintille de l’érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!
      Soleil si généreux, ce sera vous!
      Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!
      Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!
      Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!
      Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d’amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!
      Mains que j’ai prises, visage que j’ai baisé, mortel que j’ai touché peut-être, ce sera vous!

      Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!
      Chaque instant et quoi qu’il advienne me pénètre de joie,
      Oh! je suis merveilleux!
      Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d’où naît mon plus faible désir.
      Ni d’où naît l’amitié qui jaillit de moi, ni d’où naît l’amitié que je reçois en retour.

      Lorsque je gravis mon perron, je m’arrête et doute si ce que je vois est réel.
      Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.
      Contempler le lever du jour!
      La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes
      L’air fleure bon à mon palais.
      Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,
      Activation oblique haut et bas.
      Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards
      Des flots de jus brillant inondent le ciel.

      La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction
      Le défi que déjà l’Orient a lancé par-dessus ma tête,
      L’ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!

      Walt Whitman (Traduction d’André Gide)

      • #147255 Répondre
        Claire N
        Invité

        « L’air fleure bon à mon palais.
        Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs »
        J’aime particulièrement ce vers

      • #147274 Répondre
        nefa
        Invité

        et moi c’est : «La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière, »
        fumeur, c’est vers
        elle
        toujours à porté
        comme par réflexe
        cette grâce
        requiert
        un médium
        tee shirt
        pincé tiré
        sans quoi ça peut faire mal au cou
        et une femme elle me regarde
        inhaler
        puis écrire
        inhaler
        puis écrire
        mettons deux minutes
        une femme rit
        deuxième grâce

      • #147290 Répondre
        nefa
        Invité

        vu que je suis en train de lire 14 et par pur esprit de compétition, je précise :
        et une femme elle me regarde
        l’inhaler
        puis écrire
        l’inhaler
        puis écrire

        • #147329 Répondre
          Claire N
          Invité

          Rires – «  fraîche exsudation « 
          Donc

          • #147330 Répondre
            Claire N
            Invité

            Tiens d’ailleurs j’ai appris de quelqu’un qui a appris du chien une petite chose qui me tourne en tête
            Le fait d’inspirer et souffler – en avançant optimise l’aspect technique d’une exploration – la topographie est plus précise c’est amusant de retrouver un peu ce rythme «  de nez «  dans ta prose

            • #147333 Répondre
              nefa
              Invité

              « fraîche exsudation «
              oui
              je profite de ma littorale psyché
              et pour le rythme
              deux modalités inspirer souffler ouvrent sur une troisième
              il ne reste même plus à trianguler
              ça triangule direct

    • #147165 Répondre
      Shiva
      Invité

      Frère, nul n’est éternel et rien ne dure.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie ; d’autres que nous ont fait le long voyage.
      Un poète ne peut chanter toujours la même ancienne chanson.
      La fleur se fane et meurt ; mais celui qui la portait ne doit pas toujours pleurer sur son sort.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Il faut un long silence pour tisser une harmonie parfaite.
      La vie s’évanouit au coucher du soleil pour s’anéantir dans les ombres dorées.
      L’amour doit quitter ses feux pour boire à la coupe de la douleur et renaître dans le ciel des larmes.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Nous nous hâtons de cueillir nos fleurs de peur qu’elles ne soient saccagées par le vent qui passe.
      Ravir un baiser, qui s’évanouirait dans l’attente, fait bouillir notre sang et briller nos yeux.
      Notre vie est intense, nos désirs sont aiguisés car le temps sonne la cloche de la séparation.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      La beauté nous est douce, parce qu’elle danse au même rythme fuyant que notre vie.
      Le savoir nous est précieux parce que jamais nous ne pourrons atteindre à la science suprême.
      Tout est fait et tout est achevé dans l’Eternité.
      Mais les fleurs terrestres de l’illusion sont gardées éternellement fraîches par la mort.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Rabindranath Tagore (1861 – 1941)

    • #147334 Répondre
      Shiva
      Invité

      La pipe
      .
      Hier, j’ai trouvé ma pipe en rêvant une longue soirée de travail, de beau travail d’hiver. Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler : mais je ne m’attendais pas à la surprise que préparait cette délaissée, à peine eus-je tiré la première bouffée, j’oubliai mes grands livres à faire, émerveillé, attendri, je respirai l’hiver dernier qui revenait. Je n’avais pas touché à la fidèle amie depuis ma rentrée en France, et tout Londres, Londres tel que je le vécus en entier à moi seul, il y a un an, est apparu ; d’abord les chers brouillards qui emmitouflent nos cervelles et ont, là-bas, une odeur à eux, quand ils pénètrent sous la croisée. Mon tabac sentait une chambre sombre aux meubles de cuir saupoudrés par la poussière du charbon sur lesquels se roulait le maigre chat noir ; les grands feux ! et la bonne aux bras rouges versant les charbons, et le bruit de ces charbons tombant du seau de tôle dans la corbeille de fer, le matin – alors que le facteur frappait le double coup solennel, qui me faisait vivre ! J’ai revu par les fenêtres ces arbres malades du square désert – J’ai vu le large, si souvent traversé cet hiver-là, grelottant sur le pont du steamer mouillé de bruine et noirci de fumée -avec ma pauvre bien-aimée errante, en habits de voyageuse, une longue robe terne couleur de la poussière des routes, un manteau qui collait humide à ses épaules froides, un de ces chapeaux de paille sans plume et presque sans rubans, que les riches dames jettent en arrivant, tant ils sont déchiquetés par l’air de la mer et que les pauvres bien-aimées regarnissent pour bien des saisons encore. Autour de son cou s’enroulait le terrible mouchoir qu’on agite en se disant adieu pour toujours.
      .
      Stéphane Mallarmé (1842-1898)

    • #147345 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Cent mille fois la chute …
      Jean-Louis Giovannoni

      ******

      Aucun arbre ne quitte sa famille.
      Dans nos chambres, les meubles parlent au fond d’eux…
      Une nuit pleine de branches, de feuilles retenues.
      De ce côté-ci du monde
      Rien que l’appel,
      L’appel avant l’envol
      Les mots sont des vêtements endormis.
      Ce besoin de toujours traîner un corps dans les rêves!
      Peut-être viendra-t-on nous délivrer à l’instant de l’ultime fatigue?
      J’ai toujours cette fâcheuse croyance que les
      Femmes m’ouvriront à ce que je ne peux voir.
      J’insiste. Elle ne baisse pas les yeux.
      Peut-être passerai-je en elle?
      Je suis descendu du wagon.
      Toujours rien.
      Pourquoi faudrait-il que l’on soit sauvé
      Et pas ce chat, ce cendrier, ce stylo-plume?
      Des paquets de rêve agglutinés, avec une sorte de gélatine autour,
      Que certains appellent: moi.
      Cent mille fois la chute…
      Et cette impossibilité d’admettre en toi le vide

    • #147635 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bassam Hajjar est né en 1955 à Tyr, au Liban. Après des études de philosophie à l’Université libanaise puis à la Sorbonne, il travaille comme journaliste jusqu’à sa mort en 2009. Féru de philosophie, traducteur hors-pair, Hajjar donne à lire au public arabe près de soixante œuvres d’auteurs français, de Tocqueville à Jean Echenoz, mais aussi Kawabata, Borges, Umberto Eco et Heidegger notamment. Ses douze recueils de poèmes distinguent Bassam Hajjar parmi les plus grands poètes de langue arabe de la fin du XXe siècle. Poète de l’absence et du passage, sa poésie unique s’émancipe de ce que la poésie arabe contemporaine a offert de meilleur.

      Mausolée au bord de la route

      Je ne suis rien

      Et ma parole est passagère

      Comme moi ;

      Entre des gens de passage,

      C’est pourquoi

      Je parle de toi.

      (…) Et lorsque nous avons tant fait pour nos morts que nous ne savons plus quoi faire encore,

      Nous venons à toi avec dévotion

      Pieux, tête baissée,

      Mains jointes,

      Te suppliant d’être un refuge pour nos souvenirs

      Nos regrets

      Et notre crainte que tu ne sois le dernier refuge.

      (…) Un dieu naïf

      Un dieu naïf, adolescent et mort

      Un dieu naïf et adolescent

      Parce que mort –

      Les mains étrangères lui ont fait un mausolée au carrefour.

      (…) Il n’y a personne ici,

      Et ici

      On n’appelle pas les tombeaux-

      Même habités par les morts-

      Ceux que les voyageurs laissent derrière eux-

      Tombeaux

      Mais point de repère

      Pour des voyageurs qui passeront par là

      Après eux

      Et laisseront à coté

      Une gourde, des vivres, des couvertures et des traces de pas.

      (…) Ici

      Les processions vers eux ne s’appellent pas funérailles

      Mais voyages,

      Les tombeaux au bord de la route

      -même inhabités-

      Ne s’appellent pas tombeaux

      Mais mausolées.

      (…)

      Ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

      De simples signes

      Celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

      (…)

      Edifice d’un passage fugace

      Lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant

      Il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe à tes yeux

      Avant que ne te dérobe à ses yeux

      Le carrefour.

      Tu n’es rien

      Et ta parole est passagère, comme toi,

      Parmi des gens de passage,

      C’est pourquoi

      Je parle de moi,

      Moi,

      Qui ne passe pas souvent

      Dans ton horizon.

      Poèmes extraits de l’anthologie poétique Tu me survivras, traduite de l’arabe par Nathalie Bontemps, Actes Sud/L’Orient des livres, 2011.

    • #147637 Répondre
      Shiva
      Invité

      Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ;toute la vie. On vie dans son soulier. On y fait le ménage. On a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu’on sait. On n’a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas.On fait la perle. On est, on a le temps.On est la ralentie. On est sortie des courants d’air. On a le sourire du sabot.On n’est plus fatigué. On n’est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n’a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son oeuf, on a posé ses nerfs.
      Quelqu’un dit. Quelqu’un n’est plus fatigué. Quelqu’un n’écoute plus. Quelqu’un n’a plus besoin d’aide. Quelqu’un n’est
      plus tendu. Quelqu’un n’attend plus. L’un crie. L’autre obstacle. Quelqu’un roule, dort, coud, est-ce toi,Lorellou?

      Ne peut plus, n’a plus partà rien,quelqu’un.

      Quelque chose contraint quelqu’un.

      Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu’un n’aime pas ses compagnons de voyages. N’a pas
      choisi, ne reconnait pas, ne goûte pas.

      Princesse de marée basse a rendu ses griffes ; n’a plus le courage de comprendre; n’a plus le coeur à avoir raison.

      … Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c’est vous. Le ciel est noir et c’est vous. Le verre casse et c’est vous.

      On a perdu le secret des hommes.
      Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit « Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid Partout!

      Oh ! Fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

      On a son creux ailleurs.

      On a cédé sa place à l’ombre, par fatigue, par goût du rond. On entend au loin la rumeur de l’Asclépiade, la fleur géante.

      …ou bien une voix soudainvient vous bramer au coeur.

      On receuille ses disparus, venez,venez.

      Tandis qu’on cherche sa clef dans l’horizon, on est la noyé au cou, qui est morte dans l’eau irrespirable.

      Elle traine. Comme elle traine ! Elle n’a cure de nos soucis. Elle a trop de désespoir. Elle ne se rend qu’à sa douleur. Oh misère, oh, martyre, le cou serré sans trêve par la noyée.

      On sent la courbure de la terre. On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement. On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l’ablette, on est la soeur par l’eau et par la feuille. On n’a plus le regard de son oeil,on n’a plus la main de son bras. On n’est plus vaine. On n’envie plus. On n’est plus enviée.

      On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout.

      On a signé sa dernière feuille, c’est le départ des papillons.

      On ne rêve plus. On est rêvée. Silence.

      On n’est plus pressée de savoir.

      C’est la voix de l’étendue qui parle aux ongles et à l’os.

      Enfin chez soi, dans le pur, atteinte du dard de la douceur.

      On regarde les vagues dans les yeux. Elles ne peuvent plus tromper. Elles se retirent déçues du flanc du navire. On sait, on sait les caresser. On sait qu’elles ont hontes, elles aussi.

      Epuisées, comme on les voit, comme on les voit désemparées !

      Une rose descend de la nue et s’offre au pèlerin ; parfois, rarement,combien rarement. Les lustres n’ont pas de mousse, ni le front de musique.

      Horreur ! Horreur sans objet!
      Poches, cavernes toujours grandissantes.

      Loques des cieux et de la terre, monde avalé sans profit,sans goût, et sans rien que pour avaler.

      Une veilleuse m’écoute. « Tu dis, fait-elle, tu dis la juste vérité, voilà ce que j’aime en toi. » Ce sont les propres paroles de la veilleuse.

      On m’enfonçait dans des cannes creuses. Le monde se vengeait. On m’enfonçait dans des cannes creuses, dans des aiguilles de seringues. On ne voulait pas me voir arriver au soleil où j’avais pris rendez-vous.

      Et je me disais : » Sortirai-je ? Sortirai-je ? Ou bien ne sortirai-je jamais ? Jamais ? » Les gémissements sont plus forts loin de la mer, comme quand le jeune homme qu’on aime s’éloigne d’un air pincé.

      Il est d’une grande importance qu’une femme se couche tôt pour pleurer, sans quoi elle serait trop accablée.

      A l’ombre d’un camion pouvoir manger tranquillement. Je fais mon devoir, tu fais le tien et d’attroupement nulle part.

      Silence ! Silence ! Même pas vider une pêche.On est prudente, prudente.

      On ne va pas chez le riche. On ne va pas chez le savant. Prudente, lovée dans ses anneaux.

      Les maisons sont des obstacles. Les déménagements sont des obstacles. La fille de l’air est un obstacle.

      Rejeter, bousculer, défendre son miel avec son sang, évincer, sacrifier, faire périr… Pet parmi les aromates renverse bien des quilles.

      Oh, fatigue, effort de ce monde, fatigue universelle, inimitié !

      Lorellou, Lorellou, j’ai peur… Par moments l’obscurité, par moments les bruissements.

      Ecoute. J’approche des rumeurs de la mort.

      Tu as éteint toutes mes lampes.

      L’air est devenue tout vide Lorellou.

      Mes mains, quelle fumée ! Si tu savais… Plus de paquets, plus porter, plus pouvoir. Plus rien, petite.

      Expérience : misère ; qu’il est fou le porte-drapeau.

      … et il y a toujours le détroit à franchir.

      Mes jambes, si tu savais, quelle fumée !

      Mais j’ai sans cesse ton visage dans la carriole…

      Avec une doublure de canari, ils essayaient de me tromper. Mais moi, sans trêve, je disais : « Corbeau! Corbeau !  » Ils se sont lassés.

      Ecoute, je suis plus qu’à moitié dévorée. Je suis trempée comme un égout.

      Pas d’année, dit grand-père, pas d’année où je vis tant de mouches.Et il dit la vérité. Il l’a dit sûrement… Riez, riez, petits sots, jamais ne comprendrez que de sanglots il me faut pour chaque mot.

      Le vieux cygne n’arrive plus à garder son rang sur l’eau.

      Il ne lutte plus, Des apparences de lutte seulement.

      Non, oui, non. Mais oui, je me plains. Même l’eau soupire en tombant.

      Je balbutie, je lape la vase à présent. Tantôt l’esprit du mal, tantôt l’événement… J’écoutais l’ascenseur. Tu te souviens, Lorellou, tu n’arrivais jamais à l’heure.

      Forer, forer, étouffer, toujours la glacière-misère. Répit dans la cendre, à peine, à peine ; à peine on se souvient.

      Entrer dans le noir avec toi, comme c’était doux, Lorellou…

      Ces hommes rient. Ils rient.
      Ils s’agitent. Au fond, ils ne dépassent pas un grand silence.
      Ils disent « là ». Ils sont toujours « ici ».
      Pas fagotés pour arriver.
      Ils parlent de Dieu, mais c’est avec leurs feuilles.
      Ils ont des plaintes. Mais c’est le vent.
      Ils ont peur du désert.

      … Dans la poche du froid et toujours la route aux pieds.

      Plaisirs de l’Arragale, vous succombez ici. En vain tu te courbes, tu te courbes, son de l’olifant, on est plus bas, plus bas…

      Dans le souterrain , les oiseaux volèrent après moi, mais je me retournai et dis : « Non. Ici, souterrain. Et la stupeur est son privilège. »

      Ainsi je m’avançai seule, d’un pas royal.

      Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance. A présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et
      toute la plage s’effondre, tu sais bien.

      Fatiguée on pèle du cerveau et on sait qu’on pèle, c’est le plus triste.

      Quand le malheur tire son fil, comme il découd, comme il découd !

      « Poursuivez le nuage, attrapez-le, mais attrapez-le donc », toute le ville
      paria, mais je ne pus l’attraper. Oh, je sais, j’aurai pu… un dernier bond…
      mais je n’avais plus le goût. Perdu l’hémisphère, on n’est plus soutenue,
      on n’a plus le coeur à sauter. On ne trouve plus les gens où ils se mettent. On dit : « Peut-être. Peut-être bien », on cherche seulement à ne pas froisser.

      Ecoute, je suis l’ombre d’une ombre qui s’est enlisée.

      Dans tes doigts, un courant si léger, si rapide, où est-il maintenant… où coulaient des étincelles. Les autres ont des mains comme de la terre, comme un enterrement.

      Juana, je ne puis rester, je t’assure. J’ai une jambe de bois dans la tire-lire à cause de toi. J’ai le coeur crayeux, les doigts morts à cause de toi.

      Petit coeur en balustrade, il fallait me retenir plus tôt. Tu m’as perdu ma solitude. Tu m’as arraché le drap. Tu as mis en fleur mes cicatrices.

      Elle a pris mon riz sur mes genoux. Elle a craché sur mes mains.

      Mon lévrier a été mis dans un sac. On a pris la maison, entendez-vous, entendez-vous le bruit qu’elle fit, quand à la faveur de l’obscurité, ils l’emportèrent, me laissant dans le champ comme une borne. Et je souffris grand froid.

      Ils m’étendirent sur l’horizon. Ils ne me laissèrent plus me relever. Ah ! Quand on est pris dans l’engrenage du tigre…

      Des trains sous l’océan, quelle souffrance ! Allez, ce n’est plus être au lit, ça. On est princesse ensuite, on l’a mérité.

      Je vous le dis, je vous le dis, vraiment là où je suis, je connais aussi la vie. Je la connais. Le cerveau d’une plaie en sait des choses.Il vous voit aussi, allez, et vous juge tous, tant que vous êtes.

      Oui,obscur,obscur, oui inquiétude. Sombre semeur. Quelle offrande ! Les repères s’enfuirent à tire d’aile. Les repères s’enfuient à perte de vue, pour le délire, pour le flot.

      Comme ils s’écartent, les continents, comme ils s’écartent pour nous laisser mourir ! Nos mains chantant l’agonie se desserrèrent, la défaite aux grandes voiles pâssa lentement.

      Juana ! Juana ! Si je me souviens… Tu sais quand tu disais, tu sais, tu le sais pour nous deux, Juana ! Oh ! Ce départ ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Vide ? Vide, vide, angoisse ; angoisse, comme un seul grand mât sur la mer.

      Hier, hier encore ; hier, il y a trois siècle ; hier, croquant ma naïve espérance ; hier, sa voix de pitié rasant le désespoir, sa tête soudain rejetée en arrière, comme un hanneton renversé sur les élytres, dans un arbre qui subitement s’ébroue au vent du soir, ses petits bras n’anémone, aimant sans serrer, volonté comme l’eau tombe…

      Hier, tu n’avais qu’à étendre un doigt, Juana; pour nous deux, pour nous deux, tu n’avais qu’à étendre un doigt.

      Henri Michaux

    • #147687 Répondre
      oreillette
      Invité

      ÜBER ALLEN GIPFELN IST RUH – Anise Koltz
      .
      La lune s’envase
      jusqu’aux yeux
      elle est à peine visible
      .
      je veux la guetter
      écorcher son ventre blanc
      et la préparer
      .
      sa viande a la saveur
      du poisson de mer

    • #148867 Répondre
      graindorge
      Invité

      Le Navire Mystique

      Il se sera perdu le navire archaïque
      Aux mers où baigneront mes rêves éperdus,
      Et ses immenses mâts se seront confondus
      Dans les brouillards d’un ciel de Bible et de Cantiques.

      Et ce ne sera pas la Grecque bucolique
      Qui doucement jouera parmi les arbres nus ;
      Et le Navire Saint n’aura jamais vendu
      La très rare denrée aux pays exotiques.

      Il ne sait pas les feux des havres de la terre,
      Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire
      Il sépare les flots glorieux de l’Infini.

      Le bout de son beaupré plonge dans le mystère ;
      Aux pointes de ses mâts tremble toutes les nuits
      L’Argent mystique et pur de l’étoile polaire.

      Antonin Artaud

      • #148881 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Il sépare les flots glorieux de l’Infini. »
        A ce propos
        J’ai appris incidemment
        Que la séparation deS eaux, avait été interprété
        D’une manière «  exceptionnelle «  lors du passage
        Sur la fuite des Hébreux
        Le point de lecture etait le suivant : le S , témoignant non pas que d’une mer , mais de toute les eaux – même celle d’un verre, meme celle d’une source – au même moment
        Ça m’a donné une version vraiment différente de ce qui aurait du arriver à la nouvelle d’un miracle : personne n’y échappe

        • #148956 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ce que j’ai cru comprendre c’est que la Bible ( comme d’autres livres sacrés et sacralisés) a plusieurs niveaux de lecture pour que chacun y trouve de la nourriture pour son niveau de conscience et puisse avancer, grandir. Si on y comprend pas ou mal quelque chose c’est que ce n’est pas encore pour nous et les révélations arrivent au moment dû. Personne n’y échappe
           » Laissez venir à moi les petits enfants… »
          Auraient-ils tout compris? Tout le boulot consisterait-il à redevenir des petits enfants?
          Un poète a écrit :
           »  » Dieu est un éternel enfant jouant à un jeu éternel dans un éternel jardin »

          • #149050 Répondre
            Claire N
            Invité

            « c’est que ce n’est pas encore pour nous »
            Et bien justement c’est ce point du miracle
            Qui m’a fait cheminer
            Tu vois c’est en raisonnable pour moi avec cette phrase du mepris «  dieu n’a oublié personne « 
            Et effectivement ; il n’y a pas d’adresse dans un miracle, il arrive pour tous
            Présumer qu’il y a une adresse, une élection détourne en quelque sorte
            La vie ne cesse de faire miracle sans adresse, de se révéler

    • #149071 Répondre
      Shiva
      Invité

      PRÉFACE AUX SAPATES
      .
      Ce que j’écris maintenant a peut-être une valeur propre : je n’en sais
      rien. Du fait de ma condition sociale, parce que je suis occupé à gagner ma
      vie pendant pratiquement douze heures par jour, je ne pourrais écrire bien
      autre chose : je dispose d’environ vingt minutes, le soir, avant d’être envahi
      par le sommeil.
      Au reste, en aurais-je le temps, il me semble que je n’aurais plus le
      goût de travailler beaucoup et à plusieurs reprises sur le même sujet. Ce
      qui m’importe, c’est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d’en
      tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m’y instruis et m’en amuse,
      enfin : à ma façon.
      Je suis bien content lorsqu’un ami me dit qu’il aime un de ces écrits.
      Mais moi je trouve que ce sont de bien petites choses. Mon ambition était
      différente.
      Pendant des années, alors que je disposais de tout mon temps, je me
      suis posé les questions les plus difficiles, j’ai inventé toutes les raisons de
      ne pas écrire. La preuve que je n’ai pourtant pas perdu mon temps, c’est
      justement ce fait que l’on puisse aimer quelquefois ces petites choses que
      j’écris maintenant sans forcer mon talent, et même avec facilité.
      1935.
      Francis Ponge

      • #149772 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        voilà le mineur dans toute sa -discrète- splendeur
        je ne connais pas si bien Ponge, soudaine envie d’explorer

    • #149710 Répondre
      Alain m
      Invité

      Accroupi, se balance
      Un framboisier. Sur lui,
      Un papier gras poursuit
      Sa douce somnolence.
      .
      Feuillages s’enlaçant !
      Beau soir de perle fine!
      Brume sur la colline
      Où plane aussi mon chant !
      .
      Bourdon dans la prairie,
      Sans trêve j’ai trimé.
      Que le ciel est léger
      Sur ma forge assombrie !
      .
      Je suis las, un peu sot. . .
      – Ou bon, que vous en semble ? –
      Comme l’herbe je tremble
      Et l’étoile, là-haut. . .
      Attila jozsef • « rosée »

      • #149741 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Alain m- j’adore et je découvre
        «  Nous enfants de la matière :
        Gonflez nous d’esprit ! Nos cœurs sont a qui
        Nous fait l’âme plus altière « 

        • #149748 Répondre
          graindorge
          Invité

          Ah enfin Claire, je t’attendais pour dire du bien de ce poème de Alain m

          • #149749 Répondre
            graindorge
            Invité

            Je suis las, un peu sot. . .
            – Ou bon, que vous en semble ? –
            Comme l’herbe je tremble
            Et l’étoile, là-haut. . .

            • #149758 Répondre
              Claire N
              Invité

              C’est ça
              Mais comment il fait !
              Ce tremblement est si frêle et pourtant distinct
              Si perseptible
              Comme celui des etoiles d’ailleurs et sur ce point je sent qu’il sait ce phénomène troublant des nuits d’été oú leur lumière suit les douces variations d’une flamme de bougies
              Le jour d’ailleurs oú j’ai découvert leur scintillant manège j’ai cru vaciller , c’était troublant que les corps célestes ne soit pas figé, c’est troublant cette autre prairie

              • #149773 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                « Le jour d’ailleurs oú j’ai découvert leur scintillant manège j’ai cru vaciller »
                C’est un vers aussi ça

                • #149838 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Rires – oui c’est vrai – grillée
                  De toute façon rien ne sert de nier
                  De là oú j’ai été traîner
                  J’ai encore de la rosée
                  Sur le bout du nez

                  • #149842 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Et j’adore aussi celui-ci et j’ai ( encore) pensé à ma cruauté sur le dernier vers qui en vérité se suffit
                    « Je ne veux qu’un lecteur pour mes poèmes :
                    Celui qui me connaît – celui qui m’aime
                    (…)
                    Car lui seul a pu ,toute patience ,
                    Donner forme humaine au silence ;
                    Car en lui seul on peut voir comme en moi
                    S’attarder tigre et gazelle à la fois « 
                    J’aime cet aplomb égalitaire qu’il a aussi

    • #149759 Répondre
      Claire N
      Invité

      Et dans la précipitation me voilà sotte dans la precision – ce ne sont des prairie – ce sont des clairières

    • #149771 Répondre
      Alain m
      Invité

      Parmi les arbres et les fleurs,
      assis sur un banc je clapote
      telle une barque abandonnée.
      D’un air doux, de frais arrosé,
      grand silence de liberté,
      Je t’écoute et les yeux ouverts
      d’une étrange façon je sens
      de mon corps le prolongement
      dans un monde autre que le nôtre,
      ni dans l’herbe ni dans les arbres
      mais dans la Totalité.
      ( . . . . )
      L’air tisse désormais une robe de chambre
      pour y loger son corps subtil.
      C’est un peigne sur le nuage que ce crépuscule !
      Ensemble nous sommes assis
      comme une maîtresse et son fils.
      Vaste pelouse en son pelage
      germe partout l’obscurité.
      Vois le balancement cotonneux des feuillages
      complices de l’opacité…
      .
      De la prime étoile tous deux nous attendons
      que deviennent visibles
      les vibrations.
      – Extrait de « Poème de circonstance sur l’état du socialisme »

      • #149775 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        D’un air doux, de frais arrosé,
        grand silence de liberté,

      • #149839 Répondre
        Claire N
        Invité

        « De la prime étoile tous deux nous attendons
        que deviennent visibles
        les vibrations »
        Merci Alain, les poètes sont des sorciers

      • #150061 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Vaste pelouse en son pelage »
        Ça c’est très fort – tout simple mais qui annihile complètement les «  bords «  les contours
        Et donne vraiment son rendu vivant au vaste

        • #150090 Répondre
          Graindorge
          Invité

          J’aime ces poèmes et bien plus que celui partagé de René Daumal
          « L’air tisse désormais une robe de chambre
          pour y loger son corps subtil.
          C’est un peigne sur le nuage que ce crépuscule »
          Je m’y retrouve bien plus, pas envie de « tuer le soleil »

          • #150178 Répondre
            Claire N
            Invité

            Alors oui- j’ai un peu de mal à rentrer dans le poème de Daumal – il est possible que son humilité me cabre, une plus discrète me suffit

            • #150180 Répondre
              Claire N
              Invité

              De fait il s’y prend bien

            • #150186 Répondre
              nefa
              Invité

              par esprit camarade (suis cheval de feu en astrologie chinoise)
              un poème pas sur, contre, juste à coté :
              « S’il saigne. Le doux tiède d’un bonheur hirsute. »

              • #150192 Répondre
                Claire N
                Invité

                Première manifestation mon frère

    • #149777 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Nous enfants de la matière :
      Gonflez nous d’esprit ! Nos cœurs sont a qui
      Nous fait l’âme plus altière

    • #149778 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Beaucoup aimé aussi le poème de Ponge. Et c’est un des poètes préféré de Jean Echenoz
      « je dispose d’environ vingt minutes, le soir, avant d’être envahi
      par le sommeil. »

      « Ce
      qui m’importe, c’est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d’en
      tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m’y instruis et m’en amuse,
      enfin : à ma façon. »

    • #149781 Répondre
      Shiva
      Invité

      Dick Annegarn. Attila József

      Je découvre aussi ce grand poète, sa triste vie et sa mort comme libération…
      « … le jour-même de sa mort, il écrivit ce billet à son médecin : « Je vous salue avec beaucoup d’affection. C’est en vain que vous avez tenté l’impossible. Signé : Attila Jozsef. » (Wikipédia)

    • #149824 Répondre
      graindorge
      Invité

      Simone Weil admirait les poèmes et l’œuvre de René Daumal. Camarades de khâgne au lycée Henri-IV, les deux intellectuels partageaient une même exigence spirituelle et une fascination pour les philosophies orientales
      ******
      C’est lui aussi qui lui donnait des cours de sanscrit

      *****

      À la Néante

      Quel beau carnage sans colère en ton honneur, regarde :

      dans cette nuit polaire aussi blanche que noire, dans ce cœur dévasté aussi bien feu que glace, dans cette tête, grain de plomb ou pur espace, vois quel vide parfait se
      creuse pour ta gloire.

      Ni blanc ni noir ni feu ni glace, ni grain de plomb ni pur espace, ce monde-là est bien perdu !

      Pour toi, suceuse de ma moelle, toi qui me fais froid dans le dos, pour toi cette dévastation — mais quel silence !

      … silence et me voici, moi qui voulais crier

      toute la lourde douleur condensée minuscule

      dans le seul petit globe dur d’un univers,

      moi qui voulais montrer mon sang, comme il coulait

      quand mes ongles raclaient le dedans de mes côtes,

      moi qui cherchais des mots triomphaux pour chanter

      comme sifflait la hache dans les os de ma main

      quand je m’amputais de moi-même,

      me voici la parole coupée, me voici minuscule,

      perdu dans le vertige absolu de ton sein,

      me voici la voix blanche, me voici ridicule : tout cela n’était rien.

      Pour ta gloire, non pour la mienne, ce carnage, et sans colère.
      Ce n’était rien de renier le monde, de tuer le soleil, de tout trahir pour toi, d’assassiner les larves-reflets de moi-même, ce n’était rien de me crever les yeux : j’étais
      sûr de toi comme de ma mort, j’étais sûr de la toute-évidence de ma nuit qui est ton corps de silence vivant

      Mais des fantômes de toi-même sont venus, les vampires de soie me consolaient trop bien, la mort vivait trop bien dans les ombres du jour, le temps maudit et toujours neuf s’est
      renoué.

      Je ne cherche plus les cris triomphaux car je sais que pour chaque cellule qui divise ma vie, pour le plaisir mauvais qui l’engendra je dois une rançon de douleur infinie.

      Je m’écorche vivant à force de t’aimer,

      Mère des formes, sans forme ! toi que je torturais,

      que je torture encore dans ce lit de
      Procuste,

      ma forme honteuse d’homme:

      toi sans dimension et libre de frontières,

      je te couche sur ce grotesque lit nuptial,

      je voudrais t’enfermer dans cette peau stupide.

      Maintenant que j’ai juré fidélité,

      si j’aime des détresses vêtues de chairs vivantes,

      si j’aime le malheur visible dans un corps,

      que ces chairs meurent! et qu’il meure, ce corps! et qu’il souffre avec moi, et qu’il souffre pour toi.

      comme je vais dormir désormais à grands pas lentement dévoré cellule par cellule du feu cruel de cet amour lucide.

      Je ne peux plus te trahir, tu vois bien;

      «je suis mortel» ; ces mots sont la douceur du vide

      qui veulent dire : «je suis à toi».

      Je suis mortel !
      Mortel ce que j’aime en ton nom !

      Mais le jour de ma mort est interminable.

      • #150106 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        René Daumal. Dont on mesure mal l’importance.
        Grand admirateur et lecteur de Rimbaud, des surréalistes et surtout d’Alfred Jarry, Daumal créa la revue « Le grand jeu » et fut parmi les précurseurs du Collège de Pataphysique. Lequel, je le rappelle a décoré sieur François Bégaudeau Satrape Punk en l’année 2012, si ma mémoire est bonne.

        • #150112 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Moi j’ai préféré ici la puissante et profonde légèreté des poèmes de Attila Jozsef.
          D’autres préféreront celui de R.D
          J’ai partagé René Daumal pour faire connaître un des poètes préférés de Weil, un de ses amis et lui ayant enseigné le sanscrit. Mon prochain train part bientôt pour de nouvelles aventures terreno-celestes cher Samuel B
          «  »C’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir. » R.Daumal

          • #150117 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            « Moi j’ai préféré ici la puissante et profonde légèreté des poèmes de Attila Jozsef.
            D’autres préféreront celui de R.D »
            On peut faire des hierarchies si tu veux, mais bon, on accusera difficilement Daumal de n’être pas léger. Quant à Simone Weil en matière de légèreté, on fait difficilement pire.
            Sur ce, bonne route pour de nouvelles aventures alors. Quelle chance ! Va, Vie et Vois.

    • #149900 Répondre
      Shiva
      Invité

      Natare piscem doces
      .
      P. ne veut pas que l’auteur sorte de son livre pour aller voir comment ça fait du dehors.
      .
      Mais à quel moment sort-on? Faut-il écrire tout ce qui est pensé à propos d’un sujet? Ne sort-on pas déjà en faisant autre chose à propos de ce sujet que de l’écriture automatique?
      .
      Veut-il dire que l’auteur doive rester à l’intérieur et déduire la réalité de la réalité? Découvrir en fouillant, en piquant aux murs de la caverne? Enfin que le livre, au contraire de la statue qu’on dégage du marbre, est une chambre que l’on ouvre dans le roc, en restant à l’intérieur?
      .
      Mais le livre alors est-il la chambre ou les matériaux rejetés? Et d’ailleurs n’a-t-on pas vidé la chambre comme l’on aurait dégagé la statue, selon son goût, qui est tout extérieur, venu du dehors et de mille influences?
      .
      Non, il n’y a aucune dissociation possible de la personnalité créatrice et de la personnalité critique.
      .
      Même si je dis tout ce qui me passe par la tête, cela a été travaillé en moi par toutes sortes d’influences extérieures : une vraie routine.
      .
      Cette identité de l’esprit créateur et du critique se prouve encore par l’« anch’io son’ pittore » : c’est devant l’œuvre d’un autre, donc comme critique, que l’on s’est reconnu créateur.

      ****

      Le plus intelligent me paraît être de revoir sa biographie, et corriger en accusant certains traits et généralisant. En somme noter certaines associations d’idées (et cela ne se peut parfaitement que sur soi-même) puis corriger cela, très peu, en donnant le titre, en faussant légèrement l’ensemble : voilà l’art. Dont l’éternité ne résulte que de l’indifférence.
      .
      Et tout cela ne vaut pas seulement pour le roman, mais pour toutes les sortes possibles d’écrits, pour tous les genres.

      ****

      Le poète ne doit jamais proposer une pensée mais un objet, c’est-à-dire que même à la pensée il doit faire prendre une pose d’objet.
      .
      Le poème est un objet de jouissance proposé à l’homme, fait et posé spécialement pour lui. Cette intention ne doit pas faillir au poète.
      .
      C’est la pierre de touche du critique.
      .
      .
      .
      Il y a des règles de plaire, une éternité du goût, à cause des catégories de l’esprit humain. J’entends donc les plus générales des règles, et c’est à aristote que je pense. Certes quant à la métaphysique, et quant à la morale, je lui préfère, on le sait, pyrrhon ou Montaigne , mais on a vu que je place l’esthétique à un autre niveau, et que tout en pratiquant les arts je pourrais dire par faiblesse ou par vice, j’y reconnais seulement des règles empiriques, comme une thérapeutique de l’intoxication.
      .
      Francis Ponge

    • #150272 Répondre
      graindorge
      Invité

      Simone Weil
      La Porte

      ******

      Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
      S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.
      Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
      Il faut languir, attendre et regarder vainement.
      Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
      Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;
      Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
      La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
      Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance. Nous n’entrerons jamais.
      Nous sommes las de la voir…
      La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence.
      Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
      Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière.
      Fut soudain présent de part en part, combla le cœur,
      Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

    • #150339 Répondre
      Alain m
      Invité

      Tous les champs ont soupiré par une flûte
      Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes
      Tendus verts sur la respiration calme des buttes
      .
      Toute la respiration des champs a trouvé ce petit ruisseau vert de son pour sortir
      A découvert
      Cette voix presque marine
      Et soupiré un son tout frais
      Par une flûte.
      De Saint-Denys Garneau • « flûte »

      • #150347 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Alain pour ce rafraîchissement

    • #150529 Répondre
      Shiva
      Invité

      Ode à l’échec
      .
      On ne compte plus les prophètes qui échouèrent, voix tues

      cris-spectres dans les caves inaudibles rires poussière dans les greniers de

      famille

      pas vus pas connus pleurant de soulagement sur des bancs publics sous le ciel

      vide

      Whalt Whitman qui bissait bravo les défaites locales – vivat aux Femmes

      Grasses dans la Galeries des Monstres ! prisonniers nerveux lèvres

      moustachues dégoulinant de sueur dans la queue d’attente boustifaille –

      Maïakovski qui cria Meurent mes vers, qu’ils meurent comme ces travailleurs

      anonymes fusillés à Petersburg !

      Prospero qui brûla son livre de Magie & abima sa baguette au fond des mers

      dragonnes

      Alexandre le Grand échouant à découvrir d’autres terres pour sa Conquête !

      Echec, ô échec, je chante le chant de ton nom terrible, accueille-moi 54 années

      de prophéties passées

      à faire l’épique du Flop Sempiternel ! Je joins ton Panthéon des bardes mortels

      & hâte mon ode de la pression sanguine

      affluant au sommet de mon crâne comme si mes minutes étaient comptées,

      comme pour le Celte Mourant ! mon Ode

      à Toi, Seigneur de Monet l’Aveugle, de Beethoven le sourd, de Vénus

      l’amputée Milésienne, de Victoire l’Ailée Cou Coupé !

      je n’ai pas su dormir avec tous les garçons barbus joues roses sur qui j’éjacule

      Mes tirades n’ont détruit aucune Union d’intellectuels KGB & CIA polos ras

      de cou slips longs costumes flanelle & tweed

      Jamais je n’ai dissous le Plutonium ni démantelé le Nucléaire avant de me

      dégarnir le caillou

      Ni réussi à arrêter les Armées de l’Humanité entière dans leur marche vers

      Guerre Mondiale n°3

      Pas encore parvenu au Ciel, Nirvana, X, et tout le bataclan, pas même quitté la

      Terre,

      Pas encore su apprendre à mourir.
      .
      Allen Ginsberg – (1926 – 1997)

    • #150610 Répondre
      Sydali
      Invité

      NOCTURNE EN PLEIN JOUR

      Quand dorment les soleils sous nos humbles manteaux
      Dans l’univers obscur qui forme notre corps,
      Les nerfs qui voient en nous ce que nos yeux ignorent
      Nous précèdent au fond de notre chair plus lente,
      Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes
      Arrachant à la chair de tremblantes aurores.
      C’est le monde où l’espace est fait de notre sang.
      Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants
      Ont du mal à voler près du cœur qui les mène
      Et ne peuvent s’en éloigner qu’en périssant
      Car c’est en nous que sont les plus cruelles plaines
      Où l’on périt de soif près de fausses fontaines.
      Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,
      Les uns parlant parfois à l’oreille des autres.

      • #150621 Répondre
        Claire N
        Invité

        Des oiseaux teints de rouge
        On du mal à voler
        Près du coeur qui les mène
        J’aime assez bien ce petit fragment

        • #151126 Répondre
          Sydali
          Invité

          J’aime presque tout de Supervielle, y compris son goût pour la mer.

          • #151147 Répondre
            Claire N
            Invité

            Oui, c’est un peu triste de croire au vain
            Est ce vraiment certain que les oiseaux
            Meurent en volant loin?
            Qui ramasse sur ses plaines des oiseaux d’ailleurs tombés de n’avoir trouvé personne ?
            Ils ne reviennent pas c’est tout ?

            • #151283 Répondre
              Sydali
              Invité

              C’est pratiquement une ode à la solitude absolue. Sortir de soi et ne trouver personne qui réponde à l’appel, c’est la mort assurée. Mais je ne sais pas si l’on peut être seul à deux, si l’on s’unir au point de fusionner pratiquement contre le reste du monde. En tout cas, ce serait la vraie expérience, la seule qui vaille.

              • #151289 Répondre
                Claire N
                Invité

                Je ne sais pas , la vraie solitude celle privée de la proximité des vivants – même des petites bêtes –
                «  me glace et m’effraie « , c’est selon moi une prescience de la mort et peut être une des causes de son advenue lorsqu’elle se substitue au paysage du monde.
                Il faut certainement oui beaucoup de courage pour aller chercher ceux là en enfer et surtout beaucoup d’abdnegation pour accepter la fusion
                Plutôt que la compagnie merveilleuse

                • #151291 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Relisons plus bas le poème du ventilateur de @ nefa pour bien voir ce qu’est l’expérience fabuleuse

                  • #151293 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Et pour les petites bêtes – relisons Kafka
                    De manière encore plus subversive

                    • #151322 Répondre
                      nefa
                      Invité

                      t’as raison d’appeler Kafka
                      c’est pour ça que j’ai pas dis qu’en fait c’était le bébé

                      • #151379 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Bah oui mais voilà
                        L’amour crève les nons dits

                      • #151383 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ce qui est au passage une grande critique que l’on peut faire aux soap – suspendre et nous agagacer contre la realité simple et verifiable de cette évidence-faire une suspension de vérité et nous faire bêtement courir dans une guignolade- pourtant si limpide dans les véritables textes d’amour

    • #150916 Répondre
      graindorge
      Invité

      Poème pour l’amie

      N’ajoute pas à la souffrance de qui souffre,
      Ne rends pas plus amer le cœur triste et déçu,
      Ne creuse pas encor plus profond l’affreux gouffre
      Où se débat celui qui n’avait point conçu

      Que d’un destin cruel il dût subir l’atteinte.
      Ne sois pas cause qu’un seul pleur s’ajoute aux pleurs
      Que verse qui gémit, angoissé par la crainte.
      À la douleur n’ajoute pas d’autres douleurs.

      Prends garde d’élargir la béante blessure,
      De faire encor saigner l’ulcère mal guéri.
      Que douce soit ta main, que ton geste rassure :
      Faute d’un tendre mot, tant d’espoirs ont péri.

      Les soucis de l’ami, qu’ils soient les tiens ; ses peines
      Prends-en ta pleine part comme tu la prendrais
      Si la joie éclairait ses jours, si dans ses veines
      À l’appel du bonheur un sang plus fort coulait. »

      E. Armand, Camp de Chibron, 11 mars 1941.

      Publié dans L’Unique n°2 en juillet 1946.

    • #151078 Répondre
      nefa
      Invité

      passe un creux derrière les yeux donne la force de quoi ?
      .
      dix minutes avant de manger les lentilles (…) abandon (…) sépare (…) entre deux activités (…) l’encre sèche vite sur la feuille de (…) bloc dessin (…) renforçais (…) conversion syllabes
      ça fait corner une (…) pour mieux revenir et puis se la (…) pour (…)
      on lisait : « retravailler », je dois (…)
      regarder (…)
      combler (…)
      en fait c’est (…) ou l’inverse au quart de tour
      (…) clics et tongs
      on profite : gymnastique dans une cabane-tiroir louée 430 euros par mois (…) où sautille (…) tes pieds jouant (…) contre-rôle (…) deux mécanisme à ressorts (…) lignine ou collagène (…) sondent l’axe (…) hélice une fois, hélice deux fois (…)
      drôle de baguenaude avec cette (…)
      mieux vaut (…) et plus, ce que j’avais imaginé
      (…) allume (…)
      et puis je (…) je (…) mieux encore
      et puis toi tu révises, et puis moi (…) ensuite il se passe (…)
      bougainvilliers (…) dépassent
      rythme
      ça fait corner une (…)
      (…) la couleur (…) avec une petite cuillère (…) place pour une (…) de vinaigre (…)
      ma flore te (…) serpentine (…) dans la joie (…) au summum de ta (…) au teint clair
      après (…)
      ça fait corner une (…)
      du balcon,
      je (…) un mètre de tasseau rouge et façonné, une fois, deux fois, sève de (…) bâton de colle uhu devenue transparente (…) sourd des feuilles (…) piège les particules fines (…) un premier temps, mes deux bras (…) contact, pas contact (…) prisme, un triangulaire, suit (…) sans les arêtes, puis dans un deuxième, se laissant (…)
      qui pose la ville (…) de monde
      (…) professionnels variants entrants (…) de scolarisés
      (…) souffrent le quarante
      (…) abondent (…)
      et plus, ce que j’avais imaginé
      (…) mieux revenir et puis se la (…)
      vigne que tiennent les briques rouges
      seins que tiennent les hauts
      (…) poitrines de salle (…)
      (…) résine en beauté
      apothéose (…) d’eau à l’intérieur
      il en (…) joli (…)
      ça fait corner une (…) où sautille (…)
      soudain (…)
      petites (…) tamponnent par millier (…) suis (…) du cœur d’un tronc (…) posée contre une cloison enduite, peinte, parmi les plaques ba13 (…) et la suite analogique
      (…) te retourne (…)
      fils dans le carton
      (…) à coudre
      à (…)
      f court à g
      un dé de cheveux bruts et à lisser dont le plus long (…), douce (…) soie (…)
      (…) revient et puis me la (…)
      (…) plié au niveau du bassin
      extrémité avec ton pouce sur mon front l’autre à mon genou
      (…) distants – f court à g –
      déplié (…) qu’avec tes lèvres (…)
      des (…) moi, agencé (…)
      ça danse
      entre autres, ça fait corner une (…)

      • #151119 Répondre
        Claire N
        Invité

        Ça fait corner une (…) je me souviens
        Merci Nefa

        • #151163 Répondre
          nefa
          Invité

          merci Claire pour ton temps
          et aussi pour ton  » Qui ramasse sur ses plaines des oiseaux d’ailleurs tombés de n’avoir trouvé personne ?
          Ils ne reviennent pas c’est tout ? », que j’adore

    • #151186 Répondre
      Shiva
      Invité

      Les milliers de dieux
      .
      .
      .
      L’incroyable, le désiré désespérément depuis l’enfance, l’exclu apparemment que je pensais que moi je ne verrais jamais, l’inouï, l’inaccessible, le trop beau, le sublime interdit à moi, est arrivé.
      .
      j’ai vu les milliers de dieux.
      J’ai reçu le cadeau émerveillant.
      A moi sans foi (sans savoir la foi que je pouvais avoir peut-être), ils sont apparus.
      Ils étaient là, présents, plus présents que n’importe quoi que j’aie jamais regardé.
      Et c’était impossible et je le savais et pourtant.
      Pourtant ils étaient là, rangés par centaines les uns à côté des autres (mais des milliers à peine perceptibles suivaient et bien plus que des milliers, une infinité).
      Elles étaient là ces personnes calmes, nobles, suspendues en l’air par une lévitation qui paraissait naturelle, très légèrement mobiles ou plutôt animées sur place.
      Elles, ces personnes divines, et moi, seuls en présence.
      .
      Dans quelque chose comme de la reconnaissance, j’étais à elles.
      .
      Mais enfin, me dira-t-on, qu’est-ce que je croyais?
      Je réponds :
      Qu’avais-je à faire de croire, puisqu’ils étaient là!
      Pourquoi serais-je entré en discussion alors que j’étais comblé?
      Ils ne se trouvaient pas à une grande hauteur, mais à la hauteur qu’il faut pour, tout en se laissant voir, garder les distances, pour être respectés par le témoin de leur gloire qui reconnaît leur supériorité sans comparaison.
      Ils étaient naturels, comme est naturel le soleil dans le ciel.
      Je ne bougeais pas.
      Je n’avais pas à m’incliner.
      Ils étaient suffisamment par-dessus moi.
      C’était réel et c’était comme chose entendue entre nous, en vertu d’une entente préexistante.
      J’étais rempli d’eux.
      J’avais cessé d’être mal rempli.
      Tout était parfait.
      Il n’y avait plus ni à réfléchir, ni à soupeser, ni a critiquer.
      Il n’y avait plus à comparer.
      Mon horizontale était maintenant une verticale.
      J’existais en hauteur.
      Je n’avais pas vécu en vain.
      .
      La différence avec tous les événements précédents était mon total et heureux acquiescement.
      Je n’avais pas d’attention pour autre chose.
      Je me donnais autant que je voyais.
      Dans ce don était ma joie…
      *
      Henri Michaux

      • #151188 Répondre
        nefa
        Invité

        « j’ai vu les milliers de dieux.
        J’ai reçu le cadeau émerveillant.
        A moi sans foi (sans savoir la foi que je pouvais avoir peut-être), ils sont apparus.
        Ils étaient là, présents, plus présents que n’importe quoi que j’aie jamais regardé.
        Et c’était impossible et je le savais et pourtant. »
        « Qu’avais-je à faire de croire, puisqu’ils étaient là!
        Pourquoi serais-je entré en discussion alors que j’étais comblé? »
        ça me fait penser à l’apôtre thomas
        on a dit de lui qu’il manquait de foi mais en même temps factuellement c’est le premier qui voit (reconnait) jésus comme dieu
        subtil éloge de la mystique
        tandis que flotte un voile sur la foi

        • #151201 Répondre
          Claire N
          Invité

          C’est vrai que c’est peu etre le premier à avoir
          Expérimenté la bonne nouvelle d’être en dedans de la chose miraculeuse

          • #151202 Répondre
            Claire N
            Invité

            Mais bon c’est quand même fou qu’ils ai ecouté Jesus avant que de porter attention à leur femme leur mere , leur brebis et leur graines

            • #151203 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je veux dire quand on pense qu’il suffisait de pas dominer pour le voir

              • #151207 Répondre
                nefa
                Invité

                « Je veux dire quand on pense qu’il suffisait de pas dominer pour le voir »
                Je l’ai constaté. Pas plus tard qu’hier. Le ventilateur, posé sur une pile de je ne sais quoi, dévisse. Elle se tend pour l’attraper. L’empoigne puis le lâche. Tout en décontraction et le sourire aux lèvre. Son regard dans le mien alors que l’autre poursuit son chemin vers le lino. Diffusion fraîche dans toute la pièce.

                • #151408 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  j’adore ce récit
                  il faudrait faire plus souvent des petits récits de trois lignes
                  on finira sans doute par là

            • #151204 Répondre
              nefa
              Invité

              oui la zone était déjà sininistrée

              • #151206 Répondre
                Claire N
                Invité

                Rires – Jesus c’était l’épreuve de rattrapage

    • #151210 Répondre
      Shiva
      Invité

      Tout est Un
      .
      .
      .
      Tout est un,
      La vague et la perle,
      La mer et la pierre.
      Rien de ce qui existe en ce monde,
      N’est en dehors de toi,
      Cherche bien en toi-même
      Ce que tu veux être,
      Puisque tu es tout.
      L’histoire entière du monde
      Sommeille en chacun de nous.
      *
      Rumi

    • #151280 Répondre
      graindorge
      Invité

      Haïku de Jack Kerouac

      ****
      Bach par une fenêtre
      ouverte à l’aube –
      les oiseaux se taisent

    • #151299 Répondre
      Shiva
      Invité

      Les Dieux
      .
      Vaincus, mais non domptés, exilés, mais vivants,
      Et malgré les édits de l’Homme et ses menaces,
      N’ont point abdiqué, crispant leurs mains tenaces
      Sur des tronçons de sceptre, et rôdent dans les vents.
      .
      Les nuages coureurs aux caprices mouvants
      Sont la poudre des pieds de ces spectres rapaces
      Et la foudre hurlant à travers les espaces
      N’est qu’un écho lointain de leurs durs olifants.
      .
      Ils sonnent la révolte à leur tour contre l’Homme,
      Leur vainqueur stupéfait encore et mal remis
      D’un tel combat avec de pareils ennemis.
      .
      Du Coran, des Védas et du Deutéronome,
      De tous les dogmes, pleins de rage, tous les dieux
      Sont sortis en campagne : Alerte ! et veillons mieux.
      .
      Paul Verlaine.

    • #151353 Répondre
      graindorge
      Invité

      Vous avez tiré cette histoire
      Du texte de vieux parchemins.
      Mais avaient-ils bonne mémoire
      Dans leur lent et mauvais latin ?

      *******

      Et quelle est cette histoire écrite
      De tout votre inutile soin ?
      C’est celle de la sœur maudite
      Et du Diable venu de loin.

      *******
      Je la connais car je l’ai lue.
      Là où n’est livre ni bouquin.
      Dans l’âme est l’âme toute et nue…
      Sans parchemins et sans latin.

      F.Pessoa

    • #151394 Répondre
      Alain m
      Invité

      D’un vol rasant, tournoyant,
      L’hirondelle effleure, légère,
      Les jours nuageux, le champ,
      Le champ forestier de Shiloh –
      Le champ où l’averse d’avril a rafraîchi
      Ceux qui gisaient, assoiffés, dans les affres,
      Pendant la pause de la nuit
      D’après le combat du dimanche
      Autour de l’église de Shiloh –
      L’église de rondins, tellement solitaire
      Et qui a renvoyé tant de plaintes dernières,
      Tant de prières spontanées
      D’ennemis mourants emmêlés –
      Ennemis le matin, amis le soir –
      Peu leur chaut la patrie, la gloire
      (Comme une balle peut détromper !)
      Maintenant qu’ils gisent en terre,
      Effleurés par le vol de l’hirondelle légère
      Et que, dans Shiloh, tout se tait.
      Herman Melville • « Shiloh » requiem (Avril 1862)

    • #151398 Répondre
      Claire N
      Invité

      Il fallait pouvoir
      Prononcer , non même pas nommer
      Invoquer oú évoquer
      Non meme pas
      Laisser souffler
      Shiloh

      • #151403 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je commence à comprendre la poétique magnétique soustractive «  de Melville – « appelle moi par ton nom »

    • #151823 Répondre
      Graindorge
      Invité

      De profundis (extrait) Oscar Wilde
      Partout où se trouve la douleur, c’est terre sainte.
      Un jour, on comprendra ce que cela veut dire.
      On ne saura rien de la vie avant cela.
      M. et des natures comme la sienne peuvent le comprendre.
      Quand, entre deux agents de police, je fus amené de ma prison à la Cours des Banqueroutes,
      M. attendit dans le long corridor sinistre, afin de pouvoir, devant la foule qu’une action si douce et si simple réduisit au silence,
      me soulever gravement son chapeau,
      tandis que, les menottes aux mains et la tête baissée, je passais devant lui.
      Des hommes sont allés au ciel pour de plus petites choses que cela.
      C’est dans cet esprit et avec ce genre d’amour que les saints s’agenouillaient pour laver les pieds des pauvres ou s’inclinaient pour baiser le lépreux sur la joue.
      Je ne lui ai dit jamais un seul mot de ce qu’il fit là.
      Je ne sais même pas en ce moment s’il se doute que j’ai pu soupçonner son geste.
      Ce n’est pas une chose sur laquelle on adresse des remerciements formels en paroles formelles.
      Je l’ai serrée dans le trésor de mon coeur.
      Je l’y garde comme une dette secrète que je suis heureux de penser que je ne pourrai jamais payer.
      Elle est embaumée et rafraîchie par la myrrhe et les aromates de maintes larmes.
      Quand la sagesse ne me fut d’aucun profit,
      quand la philosophie demeura stérile,
      quand les proverbes et les phrases de ceux qui cherchèrent à me consoler furent comme de la poussière et de la cendre dans ma bouche,
      le souvenir de ce petit geste d’amour, adorable et silencieux,
      a descellé pour moi tous les puits de la pitié.
      Il a fait fleurir 1e désert comme une rose,
      il m’a arraché à l’amertume solitaire de l’exil
      pour me mettre en harmonie avec le grand coeur blessé et brisé

    • #151969 Répondre
      Shiva
      Invité

      Ballade des proverbes
      .
      Tant gratte chèvre que mal gît,
      Tant va le pot à l’eau qu’il brise,
      Tant chauffe-on le fer qu’il rougit,
      Tant le maille-on qu’il se débrise,
      Tant vaut l’homme comme on le prise,
      Tant s’élogne-il qu’il n’en souvient,
      Tant mauvais est qu’on le déprise,
      Tant crie-l’on Noël qu’il vient.
      .
      Tant parle-on qu’on se contredit,
      Tant vaut bon bruit que grâce acquise,
      Tant promet-on qu’on s’en dédit,
      Tant prie-on que chose est acquise,
      Tant plus est chère et plus est quise,
      Tant la quiert-on qu’on y parvient,
      Tant plus commune et moins requise,
      Tant crie-l’on Noël qu’il vient.
      .
      Tant aime-on chien qu’on le nourrit,
      Tant court chanson qu’elle est apprise,
      Tant garde-on fruit qu’il se pourrit,
      Tant bat-on place qu’elle est prise,
      Tant tarde-on que faut l’entreprise,
      Tant se hâte-on que mal advient,
      Tant embrasse-on que chet la prise,
      Tant crie-l’on Noël qu’il vient.
      .
      Tant raille-on que plus on n’en rit,
      Tant dépent-on qu’on n’a chemise,
      Tant est-on franc que tout y frit,
      Tant vaut « Tiens ! » que chose promise,
      Tant aime-on Dieu qu’on fuit l’Eglise,
      Tant donne-on qu’emprunter convient,
      Tant tourne vent qu’il chet en bise,
      Tant crie-l’on Noël qu’il vient.
      .
      Prince, tant vit fol qu’il s’avise,
      Tant va-il qu’après il revient,
      Tant le mate-on qu’il se ravise,
      Tant crie-l’on Noël qu’il vient.
      .
      François Villon, 1461

    • #152143 Répondre
      Claire N
      Invité

      « Isabelle serrait le noeud, elle se préparait. J’écoutais ce qui est seul: le coeur. »
      Violette Leduc

      • #152144 Répondre
        Claire N
        Invité

        L’accent porté par la musique de la phrase sur «  ce qui est « lui donne une puissance folle
        – comme lumière est seule de l’obscurité –
        Comme Sort du silence la vie

        • #152146 Répondre
          Claire N
          Invité

          En creux – comme le commerce affectif du bruit
          Est indigne de cet hymené

          • #152154 Répondre
            nefa
            Invité

            j’ai pas saisi ce que t’entends par « commerce affectif du bruit »

            • #152167 Répondre
              Claire N
              Invité

              Hum , c’est une impression que le bavardage du bruit est l’imposture de ce qu’est la musique au silence , il couvre l’un et l’autre

              • #152174 Répondre
                nefa
                Invité

                merci je crois que j’ai attrapé la deuxième branche

    • #152148 Répondre
      Claire N
      Invité

      Ode – je vois que tu tentes
      Il faut probablement vider ton cache
      Pour pouvoir a nouveau poster ?

    • #152150 Répondre
      jojo
      Invité

      J’essayais de mettre le passage, avec l’entièreté de la phrase, mais ça ne passe pas.

      • #152238 Répondre
        jojo
        Invité

        Je noue mes cheveux. Taisez-vous sinon nous nous ferons prendre.
        Isabelle serrait le nœud, Isabelle se préparait.
        Celle que j’attendais venait avec ses préparatifs. J’écoutais ce qui est énorme, ce qui est seul : le cœur. De ses lèvres tomba un petit œuf bleuté où elle m’avait laissée, où elle me reprenait. Elle ouvrit le col de ma chemise de nuit, elle vérifia avec son front, avec sa joue la courbe de mon épaule. J’acceptais les merveilles qu’elle imaginait sur la courbe de mon épaule. Elle me donnait une leçon d’humilité. Je m’effrayai. Je suis chair et sang, je suis vivante. Je ne suis pas une idole.

        • #152255 Répondre
          Claire N
          Invité

          « Je suis chair et sang, je suis vivante. Je ne suis pas une idole. »
          Toute l’étendue du féminisme consacré en une phrase

          • #152458 Répondre
            Claire N
            Invité

            Par contre « De ses lèvres tomba un petit œuf bleuté où elle m’avait laissée » je ne sais ?

            • #152465 Répondre
              Malice
              Invité

              L’oeuf : le lieu mental où Thérèse attend la suite?
              Et aussi le sentiment qu’a Thérèse d’être « conduite » par Isabelle; mise de côté par elle – provisoirement – et entraînée à nouveau ?
              L’oeuf où elle se sent « laissée » me rappelle un motif récurrent des livres de Leduc : l’amour – et les rapports affectifs en général – comme lieu de l’abandon dans les deux sens du terme. Sa relation avec Beauvoir porte ce motif : Violette, amoureuse d’elle, se sentait abandonnée dès que Beauvoir quittait Paris ou avait une liaison ( on peut le lire dans « L’affamée »).

              • #152475 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                cette phrase « De ses lèvres tomba un petit œuf bleuté où elle m’avait laissée, où elle me reprenait. » est la plus représentative du style de VL, souvent étrange, tissé d’images inattendues et qui contiennent juste ce qu’il faut d’opacité

                • #152498 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  « L’affamée » ( j’y reviens) est tissé de ce type de phrases, ce qui me ferait presque considérer le texte comme un long poème :
                  « Je tombe sur le trottoir. Elle attend dans le café. C’est moins triste quand on avance. J’ai faim. Elle attend quelqu’un dans le café. Je rampe mais j’avance. Le trottoir est chaud. Je ramperai mais je ne trouverai rien. Je cherche avec mes lèvres, avec mes dents. Il n’y a plus de poussière. Le trottoir du dimanche est neuf. Mes lèvres cherchent entre les pavés. Les plaintes ne passent plus entre mes lèvres. Mes lèvres et mes plaintes sont à l’abandon. Je meurs de faim. Personne ne le voit. Je ramperai jusqu’au café où elle attend. De nouveau mes lèvres seront deux bourgeons. »
                  Et allez va comprendre toi ce que ça veut dire des « lèvres en bourgeons »

                  • #152534 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Oui vous avez raison
                    – cette sorte particulière d’opacité
                    Habitée de sensualité , et qu’on entend bien dans
                    « elle m’avait laissée, où elle me reprenait »
                    Un peu comme les marqueurs de silence tissés dans la musique, mais sur une portée charnelle
                    Avec d’une certaine manière la confiance du retour à la chair propre à l’ascension du désir
                    Elle écrit plus loin dans le livre «  la confiance – cet orgasme « 
                    – cette manière de se baser sur une partie du corps, la bouche, les lèvres, la main
                    Pour oui «  faire bourgeonner et fleurir «  toute une nature sauvage : l’œuf bleu d’un merle, des fleurs, un bain de lumière
                    Qui donne tellement d’espace au corps
                    C’est paradis

                    • #152535 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      On dirait qu’elle a ete croisée avec la vie – la batarde

                      • #152539 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        « Le trottoir du dimanche est neuf. Mes lèvres cherchent entre les pavés »
                        Mais aussi, elle ramasse tout comme le rappelait netfou de tête

                      • #152577 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « On dirait qu’elle a ete croisée avec la vie – la batarde »
                        Mais oui, c’est exactement ça!
                        La batarde.

                      • #152639 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        La littéralité – la justesse,
                        Toujours revenir aux bases :
                        Wiliam will – «  Rimbaud ,ses 4 vérités , correspondance « 

                      • #152650 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        son meilleur livre

    • #152151 Répondre
      Claire N
      Invité

      «  la caresse est au frisson ce que la crépuscule est à l’éclair.
      Isabelle entraînait un râteau de lumière de l’épaule jusqu’au poignet, elle passait avec le miroir à cinq doigts dans mon cou, sur ma nuque, sur mes reins. Je suivais la main, je voyais sous mes paupières une nuque, une épaule, un bras qui n’étaient pas les miens. Elle violait mon oreille comme elle avait violé ma bouche avec sa bouche. L’artifice etait cynique, la sensation singulière. Je me glaçai, je redoutais ce raffinement de bestialité. Isabelle me retrouva, elle me retint par les cheveux, elle recommença. Le glaçon de chair m’ahurit, la superbe d’Isabelle me rassura.
      Elle se pencha hors du lit, elle ouvrit le tiroir de la table de nuit.
      – un lacet! Pourquoi un lacet de chaussures ?
      – je noue mes cheveux. Taisez vous, sinon nous nous ferons prendre. »

      • #152152 Répondre
        Claire N
        Invité

        « la caresse est au frisson ce que la crépuscule est à l’éclair »
        La meme puissance dont je parlais plus haut
        Mais dans la douceur

        • #152476 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          « Isabelle entraînait un râteau de lumière de l’épaule jusqu’au poignet, elle passait avec le miroir à cinq doigts dans mon cou »
          Ce genre là.

    • #152500 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Clown

      Un jour.

      Un jour, bientôt peut-être.

      Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

      Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

      Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.

      D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».

      Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

      A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.

      Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.

      Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.

      Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.

      Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

      Clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.

      Je plongerai.

      Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert

      à tous

      ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

      à force d’être nul

      et ras…

      et risible…

      Henri Michaux, « Peintures » (1939,)

      • #152578 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Poème absolument décisif
        Ligne par ligne.

        • #152579 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.

          • #152580 Répondre
            Charles
            Invité

            Ça me rappelle le début de la séance de sac :
            « Je crache sur ma vie.
            Je m’en désolidarise.
            Qui ne fait mieux que sa vie. »

            • #152581 Répondre
              Charles
              Invité

              Avec un point d’interrogation à la fin de la dernière phrase évidemment.

              • #152582 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                oui, et prenons le temps, prenons toute une journée s’il le faut, de mesurer le vertige de : Qui ne fait mieux que sa vie?

                • #152603 Répondre
                  Samuel_Belkekett
                  Invité

                  Kundera avait bien pressenti, cette « insoutenable légèreté de l’être ».
                  Insoutenable ou insupportable, sont les mots qui conviennent.
                  Qui d’entre nous mesure vraiment ce qu’il en coûte de l’absence totale de sens à l’existence ? Il ne suffit pas de se gargariser de mots. Du genre, je ne prononce jamais le mot sens, ou je ne parle jamais de vérité pour régler le problème du sens et de la vérité. La vérité est que justement cette absence de sens est insupportable. L’avantage qu’en tire Thomas, le personnage de Kundera si ma mémoire est bonne, cette légèreté, a un coût et n’est pas donnée à tout le monde.
                  Quand la vie se résume à manger, boire, dormir et baiser de temps à autre, ce n’est certes pas la légèreté, mais cette vie reste confinée dans un sens précis. Celui du métro, boulot, dodo, érigé en valeur.
                  Ainsi parlait Belkekett…

                  • #152605 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    rien à voir avec Michaux, dont le problème est plutot… l’excès de sens
                    ce sens invasif qui nous plombe

                    • #152607 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      Mi-chaud, Mi-froid,
                      Il faudra penser la différence entre sens et signification.
                      C’est bien l’excès de significations qui tue le sens…
                      C’est quand tout signifie que le sens n’est plus nulle part.
                      Sinon :
                      Paroles et paroles et paroles…

                      • #152632 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Pour revenir sur le poème, ne connaissant que très peu Michaux mais un peu quand même et vu le personnage, vu aussi ses expériences de drogues puissantes et hallucinantes, c’est bien de sens auquel il fait référence.
                        En revanche le lien que je fais avec l’insoutenable légèreté de l’être,
                        « Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier. »
                        C’est l’épreuve qu’il faut pour ramener le sens à son juste niveau. Il y a dans ce cas toujours une épreuve du corps.
                        « j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée… »
                        Après, d’un point de vue plus historique, entre l’époque de Michaux et nous, nous avons largement mais largement compensé le sens par la signification.
                        Par conséquent je ne crois pas que Michaux parle du sens comme invasif qui nous plombe. Qui nous plombe oui d’une certaine façon, mais tout dépend de ce que tu entends par invasif, moi je crois qu’il parle de sens plus profond et métaphysique ou ontologique, celui qui nous donne de l’importance, l’importance de l’être. Qui nous gonfle d’Etre.
                        La signification invasive d’aujourd’hui, c’est même le degré zéro du sens.
                        J’ai pas raison ? Hein dit… J’ai pas raison ?!

                      • #152651 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        que d’acrobaties rhétoriques pour prouver l’improuvable
                        tu sais, Belkekett, c’est pas grave d’avoir tort
                        c’est pas grave non plus de mal connaitre Michaux
                        lis le au lieu de t’enfoncer

                      • #152666 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Pour en revenir à qui ne fait mieux que sa vie?,je me souviens de cette appréciation scolaire que je lisais parfois sur mon bulletin,se laisse vivre,et qui m’a très tôt inspiré la honte de moi-même et le dégoût du milieu scolaire,j’y entendais ainsi une injonction à faire quelque chose, à sortir d’un état de passivité ou,pire,de torpeur,que se laisser vivre était synonyme de se laisser mourir et je crois que l’angoisse a commencé là et c’est cette angoisse, peut-être,qu’il y a dans ce qui ne fait mieux que sa vie?

                      • #152682 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        pourquoi pas
                        c’est ouvert
                        (25 ans que cette formulation me laisse coi)

                      • #152690 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Hum – elle est difficile
                        Le «  ne «  me fait sauter une maille
                        Je n’arrive pas à lui accrocher un sens
                        J’ai l’impression que c’est fait pour ?

                      • #152716 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Qui ne fait mieux que sa vie?
                        Peut-être pas besoin de cracher sur sa vie
                        mais reconnaître que nous sommes plus grands, plus vastes qu’elle par conséquent on fait mieux qu’elle, quelle qu’elle soit. Nous la dépassons. Nous faisons mieux que notre vie

                      • #152714 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        @FB
                        Que répondre face à autant d’arguments « d’autorités ».
                        Où arguments autoritaires comme on voudra…

                      • #152721 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Je me permets tout de même de revenir sur un point qui me paraît crucial.
                        Après avoir partagé ce poème du clown, FB nous dit :
                        « Qui ne fait mieux que sa vie? »
                        « prenons le temps, prenons toute une journée s’il le faut, de mesurer le vertige de : Qui ne fait mieux que sa vie? »
                        Mais ce que fait FB est encore de l’autoritarisme, il oblige en quelque sorte à voir le poème d’une manière qui, je l’affirme, est sa manière à lui et aucunement en rapport avec le poème concerné.
                        Le rocker français à l’aise dans ses baskets a un irrepressible besoin de se rassurer. Car son message au fond détourne celui du poème.
                        Bégaudeau, dans le fond, déteste, a en horreur l’expérience de la souffrance.
                        Bégaudeau connaît l’écrivain Michaux, mais moi, je me sens infiniment plus proche de Michaux que Bégaudeau ne le sera jamais. Bien trop bourgeois dans le fond.
                        Il s’accroche à la bouée de la vie comme rempart a toute experience de néantisation. Comme un esthète de salon, lui, il va toujours excellemment bien. Toujours…

                      • #152736 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Mais pourquoi comparer, vous comparer, avec x ou y cher Samuel ?
                        Pourquoi ne pas juste dire  » je me sens très proche de Michaux » et peut- être dire pourquoi si le cœur vous en dit au lieu de ce  » infiniment plus proche que x ou y » ?
                        « 

                      • #152765 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        He bien je vais te le dire puisque c’est gentiment demandé.
                        Ce n’est pas comparer, c’est comprendre et ressentir ce que dit ce poème.
                        Quand Bégaudeau propose :
                        « prenons le temps, prenons toute une journée s’il le faut, de mesurer le vertige de : Qui ne fait mieux que sa vie? »
                        Que faut-il entendre par « Qui ne fait mieux que sa vie? »
                        Mieux que sa vie vise un point d’extériorité par rapport à la vie, plus ou moins simulé puisqu’en définitive, mieux que sa vie n’est qu’une illusion d’optique mentale qui tient la vie à distance. Qui au final vise à nous réconcilier avec la vie. Il y a là-dedans une mystique de la vie.
                        Or ce n’est pas du tout ce que fait Michaux. Lui prend la vie comme un tout. Il n’y a pas de point omega par rapport à la vie. Il n’y aurait précisément que la mort mais ce n’est pas ce dont il s’agit dans le poème.
                        Le poème prend la vie comme singularité. Donc incomparable. Et tout autant ce qui qu’il y a de mort dans la vie même.
                        Il y a quelque chose de profondément bourgeois à voir la vie comme entière positivité. Quelque chose de très adolescent à prôner un vitalisme qui se contente de glorifier la vie dans toute sa positivité.
                        Chérir sa vie avant tout, c’est embrasser ce qu’il y a de mort en nous de la même manière. Michaux explore les continents un peu puant, un peu mortifére comme une épreuve de l’exploration de soi.
                        Mais Qui ne fait mieux que sa vie renvoie à une posture morale.
                        Finalement vachement Schopenhaeurienne. Celui qui contemple et par la contemplation annihile sa propre volonté.
                        Mais je connais par avance l’ironie de la défense. Qui consiste à dire qu’il est ridicule de s’emballer pour une phrase.
                        Plutôt que de nous dire clairement, si moi je délire, ce que signifie :
                        Qui ne fait mieux que sa vie ?

                      • #152766 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Mais il y’a autre chose de bien plus problématique là-dedans.
                        Ce que ne conçoit pas Bégaudeau, c’est une certaine conception de l’histoire.
                        Quand j’ai dit qu’à une époque le sens était bien plus prégnant et valorisé, qu’aujourd’hui la signification invasive est bien plus présente.
                        Que nous avons compensé le sens par la signification, ça Bégaudeau, ça l’énerve. Ce pourquoi il dit que prouver l’improuvable c’est une perte de temps. Parce que pour lui l’histoire ce sont des faits. Des faits et rien que des faits qu’il faut objectiver. Ce pourquoi d’ailleurs il considère la théorie comme inutile et qu’on a fait le tour. Parce qu’il convient pour lui d’élaborer une méthode matérialiste pour interpréter les faits, par extension l’histoire. Autrement dit objectiver. Objectiver encore et toujours.
                        C’est tellement pratique. Mais tellement simpliste.
                        Une fois la méthode trouvée, le plus dur est fait. C’est sans doute pourquoi il n’aime pas qu’on s’oppose à ses vues. Qu’on ne le félicite pas d’avoir toujours raison.
                        Mettez un grain, non pas d’orge mais de subjectivation là-dedans et ça se complique de suite. Mais ça Bégaudeau il veut pas. Il veut ce qui est prouvable lui. Comme un bon rationaliste qu’il est sans le savoir. Parce qu’il n’a rien, mais rien compris aux « systèmes de représentations ».
                        L’énorme difference entre lui et moi, c’est disons Foucault, dans Les mots et les choses. D’ailleurs Foucault avait une formule qui a façonné toute mon adolescence. Il partait de la fameuse formule de Marx. Les philosophes n’ont fait qu’interprèter le monde, il s’agit de le transformer.
                        Je pense que Foucault trouvait cette formule naïve. Puisqu’il disait :
                        Plutôt que transformer le monde, transformons-nous nous-même.
                        Mais ça dans le fond, Bégaudeau, il aime pas…

                      • #152789 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Que dirait Michaux en nous lisant ici?
                        Rien.
                        « Je plongerai.

                        Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert

                        à tous

                        ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

                      • #152831 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        La question, encore une fois, n’est pas ce qui Michaux penserait.
                        La question est la façon d’interpréter ce que dit Michaux.
                        Pointalaligne.

                      • #152837 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        je n’ai pas dit  » que penserait Michaux » mais que Michaux ne dirait rien sur ce que nous écrivons.
                        Son extraordinaire poème dit.
                        Je l’ai partagé car j’y trouve de belles et bonnes nouvelles dont cette plongée  » dans l’infini-esprit » OUVERT À TOUS.
                        « à une nouvelle et incroyable rosée. Après s’être vider  » de l’abcès d’être quelqu’un »
                        C’est tout ce que je peux dire.
                        Amicalement bien cher Samuel

                      • #152841 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        « je n’ai pas dit » que penserait Michaux » mais que Michaux ne dirait rien sur ce que nous écrivons. »
                        Ça, ça s’appelle du foutage de gueule.
                        .
                        « Son extraordinaire poème dit.
                        Je l’ai partagé car j’y trouve de belles et bonnes nouvelles dont cette plongée » dans l’infini-esprit » OUVERT À TOUS. »
                        Ça, tient de l’esprit d’une vingtenaire en quête d’idéalisme. D’un esprit fermé sur ce que Bataille appelait « les expériences limites » et que Michaux n’aurait pas renié.

                      • #152842 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Mais tu es probablement très jeune Graindorge.
                        Et tu as le temps d’apprendre.

                      • #152844 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        Vous avez raison

                      • #152966 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Coucou Graindorge,
                        j’ai suivi votre échange avec beaucoup d’intérêt.
                        Il est coquin Samuel, et j’aime bien comment tu lui réponds.
                        Mais après il a raison: pourquoi l’exciter comme tu le fais en lui disant qu’il a raison. Tu dois te remettre en cause, Graindorge !

                        Je sais bien que c’était un jeu entre vous, et que j’étais la victime expiatoire. Le pauvre nouveau qui croit que les disputes sont réelles. Pauvre de moi, je ne sais plus où me cacher.
                        Tu peux cacher Graindorge?

                      • #152967 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        « Tu peux cacher Graindorge? »
                        C’est un code ?

                      • #152969 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Samuel, tu veux aller au bout du bout?
                        Tu veux crucifier?
                        Va-z’ y: crucifie Graindorge!
                        moi j’ai un autre truc à faire.

                      • #152970 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Ton incohérence va beaucoup plus loin que ton dialogue avec Rigolus.
                        Tu es incohérent même tout seul.
                        Tu veux que je sois précis ?
                        OK…
                        .
                        « Il est coquin Samuel, et j’aime bien comment tu lui réponds.
                        Mais après il a raison: pourquoi l’exciter comme tu le fais en lui disant qu’il a raison. »
                        Très clair. Dis-moi, tu te sers de l’IA pour écrire ça ?
                        .
                        Puis,
                        « Tu dois te remettre en cause, Graindorge ! »
                        Étonnant car on ne comprend pas pourquoi elle devrait ce remettre en cause.
                        Pourquoi tu penses qu’elle devrait se remettre en cause.
                        .
                        « Je sais bien que c’était un jeu entre vous, et que j’étais la victime expiatoire »
                        Ha bon, une victime expiatoire ?
                        Ça en dit long sur les nons-dits.
                        .
                        « Le pauvre nouveau qui croit que les disputes sont réelles. Pauvre de moi, je ne sais plus où me cacher. »
                        Tu m’as l’air drôlement inquiet dis donc. Pour un nouveau venu, soi-disant. Tu m’as l’air de drôlement t’inquiéter.
                        .
                        Puis alors,
                        « Tu peux cacher Graindorge? »
                        Là… No comment.
                        .
                        C’est d’une finesse et d’une intelligence. Heureusement que tu as la version payante de GPT, parce qu’avec la version gratuite ou sans IA, j’ose à peine imaginer.

                      • #152971 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Finalement Graindorge dont tout le monde se fout, quand on a besoin d’elle pour mettre un coup de balai, on va la chercher.
                        Mais c’est toi qu’à raison mon pote, faut surtout pas s’éparpiller dans la vie.

                      • #152980 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Je commence à comprendre pourquoi Graindorge n’a pas répondu à ma simple question, qu’est ce qu’un sitiste ?
                        C’est probablement parce qu’elle même n’a jamais compris.
                        Peut-être même qu’on a tenté plusieurs fois de lui expliquer mais elle n’a jamais compris.

                      • #152981 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        ma proposition d’échange bilatéral, par mail ou autre, avec toi, est terminée. Tu m’auras bien cassé les couilles sur le Topic MK où j’essayais de coincer Rigolus.
                        Crétin !

                      • #153043 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        J’avais bien compris.
                        Le problème étant le suivant.
                        Tu prends Rigolus pour un crétin, alors qu’il l’est bien moins que toi.
                        Relis le et relis toi mon pote.
                        Quant à
                        « ma proposition d’échange bilatéral, par mail ou autre, avec toi, est terminée »
                        On dirait une gonzesse de 13 ans.
                        En caricature bien sûr…

            • #152719 Répondre
              nefa
              Invité

              La séance de sac

              Je crache sur ma vie.
              Je m’en désolidarise.

              Qui ne fait mieux que sa vie?

              Cela commença quand j’étais enfant.
              Il y avait un grand adulte encombrant.

              Comment me venger de lui?
              Je le mis dans un sac.
              Là je pouvais le battre à mon aise.
              Il criait, mais je ne l’écoutais pas.
              Il n’était pas intéressant.

              Cette habitude de mon enfance, je l’ai sagement gardée.
              Les possibilités d’intervention qu’on acquiert en devenant adulte, outre qu’elles ne vont pas loin, je m’en méfiais.

              A qui est au lit, on n’offre pas une chaise.

              Cette habitude, dis-je, je l’ai justement gardée, et jusqu’aujourd’hui gardée secrète.
              C’était plus sûr.

              Son inconvénient – car il y en a un – c’est que grâce à elle, je supporte trop facilement des gens impossibles.

              Je sais que je les attends au sac.
              Voilà qui donne une merveilleuse patience.

              Je laisse exprès durer des situations ridicules et s’attarder mes empêcheurs de vivre.

              La joie que j’aurais à les mettre à la porte en réalité est retenue au moment de l’action par les délices incomparablement plus grandes de les tenir prochainement dans le sac.
              Dans le sac où je les roue de coups impunément et avec une fougue à lasser dix hommes robustes se relayant méthodiquement.

              Sans ce petit art à moi, comment aurais-je passé ma vie décourageante, pauvre souvent, toujours dans les coudes des autres?

              Comment aurais-je pu la continuer des dizaines d’années à travers tant de déboires, sous tant de maîtres, proches ou lointains, sous deux guerres, deux longues occupations par un peuple en armes et qui croit aux quilles abattues, sous d’autres innombrables ennemis.

              Mais l’habitude libératrice me sauva.
              De justesse il est vrai, et je résistai au désespoir qui semblait devoir ne me laisser rien.
              Des médiocres, des raseuses, une brute dont j’eusse pu me défaire cent fois, je me les gardais pour la séance de sac.

              • #152723 Répondre
                nefa
                Invité

                Les deux premières énoncent le sujet
                la troisième (fameuse) annonce et ce sera anatomique
                anatomie d’une rage

                • #152768 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  « Comment me venger de lui?
                  Je le mis dans un sac.
                  Là je pouvais le battre à mon aise.
                  Il criait, mais je ne l’écoutais pas.
                  Il n’était pas intéressant »
                  Oui c’est intéressant la rage
                  Et effectivement très lucide ce souvenir
                  D’externalisation de l’agresseur – qui ensuite est «  internalisé «  dans un autre espace: le sac
                  Il faut beaucoup d’attention et de lucidité pour le restituer à froid un processus pareil

                  • #152769 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Je pourrais alors comprendre la fameuse phrase
                    A la lumière de celà
                    Comme quand de stupeur je reste dans la vie comme une tarte mais qu’a l’intérieur toute une mécanique s’active à faire mieux
                    Mais je pourrais aussi rester comme une tarte devant juste la phrase pendant qu’à l’intérieur littéralement toute une mécanique s’active a faire mieux

                    • #152770 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Mon univers est grand – tu négliges qu’il ne peut rien contre je

                      • #152771 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ainsi je comprends peu etre l’angoisse de Tony
                        Qui n’est pas réductible à une surface de flan- a tirer

                    • #152776 Répondre
                      nefa
                      Invité

                      « une mécanique s’active a faire mieux »
                      « je » voudrait faire mieux
                      est-ce que ça l’est
                      la question reste ouverte

                      • #152779 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        La question reste ouverte
                        Oui
                        Et que jamais ne se ferme

                  • #152772 Répondre
                    nefa
                    Invité

                    et la question prise sous cet angle
                    steve (Désertion) me paraît être un bon candidat (la tuerie de masse)
                    épisodiquement, franco

          • #152604 Répondre
            Graindorge
            Invité

            je plongerai

      • #152597 Répondre
        Malice
        Invité

        J’aime bien
        « Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien »
        « Vidé de l’abcès d’être moi-même »

        • #152599 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Perso, je retiens bien « ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée ».

          • #152602 Répondre
            Malice
            Invité

            Surtout avec cette chute :  » nul ras et risible »
            Un contraste comme je les aime

            • #152656 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je pioche aussi, puisqu’il y a festin
              « Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille. »
              « A force d’être nul »

              • #152657 Répondre
                Claire N
                Invité

                Ce qui nous donne – même si j’objecte que François à chopé la part du lion – une équipe de haut vol humoristique qui – j’ose – «  a mangé un clown « 

                • #152658 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  variante : avaler un clown
                  pour les plus jeunes : à l’intersection des années 80 et 90, après une blague de X, Y pouvait dire : t’as avalé un clown (ce qui était souvent plus drole que la blague)

                  • #152659 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    T’as avalé un clown?
                    (point d’interrogation)

                    • #152663 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      « A force d’être nul »
                      C’était mon bout –
                      Mais effectivement la passe permet de marquer

                    • #152665 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Par chez moi on disait :  » L’autre il a mangé un clown » avec un air de dédain

                      • #152987 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Oui – j’y pense encore
                        Le clown déclenche
                        Le dédain entre autre
                        Il existe une expression de patois
                        «  fermeu ‘t bouc, ton nez y va quere ‘n dans »
                        Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans
                        Qui s’applique je trouve assez bien à la condition du clown – de son nez rouge – de sa parole nue

      • #153519 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille. »
        J’aime bien qu’il emploie trouille et pas peur
        C’est le mot quand on se pisse dessus

        • #153520 Répondre
          Graindorge
          Invité

          fermeu ‘t bouc, ton nez y va quere ‘n dans »
          C’est quel patois stp?

          • #153521 Répondre
            Alexandre
            Invité

            A vue de nez, je dirais que c’est un patois originaire de la Brie mais plutôt du côté de Meaux. On est plus sur un patois briard d’obédience champenoise.
            Ce patois est typique des bateliers qui descendent la Marne sur leurs péniches et qui se le transmettent encore de père en fils.

            • #153523 Répondre
              Charles en rose
              Invité

              Oui, exactement. La bouc était d’ailleurs une petite bonde à l’avant de la péniche qu’il fallait boucher pour éviter qu’elle ne coule. D’où, par extension, l’expression « piquer du nez ».

              Je viens de signaler l’erreur à GPT, qui persistait à classer cette expression en picard.

            • #153531 Répondre
              Claire N
              Invité

              Tu m’en apprends
              Mais ça circule aussi en ch’timi ( s’y comprend et s’y parle)

            • #153533 Répondre
              Graindorge
              Invité

              La page touristique GoodmorningLille dit que c’est du ch’ti

              *****

              Le ch’ti, également appelé ch’timi, est à l’origine la langue d’oïl picarde parlée dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et à Lille. Le mot ch’ti (ou ch’timi) a été inventé durant la première guerre mondiale par des poilus qui n’étaient pas de la région pour désigner leurs camarades originaires du nord de la France, qui avaient tendance à placer le son « ch » ou « chti » un peu partout dans leurs phrases.
              Contrairement à ce qui est parfois dit, chti ne signifie ni « petit » ni « chétif ».

              ******
              La phrase exacte ma Claire :
              Ferme eut’ bouque, tin nez y va quer eud din » : Ferme ta bouche, ton nez va tomber dedans (se dit à quelqu’un qui à l’air ébahi)

              + d’autres dont la nôtre que j’ai pas enlevé

              Cha va tisot ? » : Ça va toi ?

              « Freume tin clapet » : Tais-toi !

              « Combien qu’cha coute ? » : Quel est le prix s’il vous plaît ?

              « I a qué un’n bonne drache » : Il est tombé une bonne pluie

              « All’ est bellote » :  Elle est belle

              « Reste pas al’ cour ! » : Reste pas dehors !

              « Un kien nfé pa un ka » :
              Un chien ne fait pas un chat (tel père tel fils) 

              « Ferme eut’ bouque, tin nez y va quer eud din » : Ferme ta bouche, ton nez va tomber dedans (se dit à quelqu’un qui à l’air ébahi) 

              « Chés un trop d’gueule, i fait toudis miux que z’autes ! » : C’est un vantard, il fait toujours mieux que les autres

              « Quoque ch’est qu’te berdoules ? » : Qu’est-ce que tu fabriques ?

              • #153535 Répondre
                Claire N
                Invité

                Tu te doutes bien que ceux qui me l’on appris
                M’en on laissé en faire l’utilisation la plus libre
                Il n’imaginait même pas qu’il employaient une langue de musée ; l’académisme est arrivé plus tard dans la fierté des honteux

                • #153538 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Et t’as bien fait mais comme tu as dit tantôt que tu avais de la distorthographie : tordre le cou de l’orthographe. Je sais plus le mot je t’ai donné la phrase exacte de goudmorning Lille à l’attention des touristes.
                  Moi j’aime les patois, les dialectes. Qui sont bel et bien des langues avant et malgré l’imposition du Français. Violemment même. Il y avait ces pancartes  » Interdit de cracher par terre et de parler breton  » ( majuscule à breton ? )
                  Ailleurs c’était même bien plus radical: si on te surprenait à parler une langue berbère, on te coupait la langue. Sans anesthésie. Il paraît que c’est très douloureux!
                  Dans la pancarte, ça assimile un peu la langue bretonne à un crachat, je trouve mine de rien mine
                  de crayon
                  Mais je me trompe peut-être.

                  • #153541 Répondre
                    Alain m
                    Invité

                    «Dans la pancarte ça assimile la langue bretonne à un crachat»
                    C’est juste.

                    • #153553 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      « mine de rien mine
                      de crayon »
                      Elle est marrante Graind’Houille !

                  • #153561 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    « tantôt « 
                    Ça c’est plus centre il me semble ?

          • #153557 Répondre
            Malice
            Invité

            Dans mon picard on dit aussi « Quère » pour « chercher »
            Exemple « Je vais quère des médicamins « 

            • #153560 Répondre
              Claire N
              Invité

              Exact , il y a aussi ce sens dans le nord
              Et de memoire je t’aime bien utilise aussi
              Ce mot – il me semble qu’on m’avait dit que c’était pris a l’espagnol

              • #153564 Répondre
                Malice
                Invité

                Je suis contente de l’apprendre
                Je n’ai pas appris l’espagnol mais j’ai trouvé cette définition très intéressante en relisant « La femme et le pantin » l’autre jour:
                « Quiero est un verbe étonnant qui veut tout dire. C’est vouloir, désirer, aimer, c’est quérir et c’est chérir. Tour à tour et selon le ton qu’on lui donne, il exprime la passion la plus impérative ou le caprice le plus léger. C’est un ordre ou une prière, une déclaration ou une condescendance. Parfois, ce n’est qu’une ironie. »

                • #153571 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  J’aime beaucoup cette manière de former en la langue un mot qui rebondit comme une balle à jouer surtout quand elle s’attelle à celui là en particulier

                  • #153573 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Et maintenant on va chercher les verbes les plus polysémiques en français
                    Je commence avec tenir ( pas aussi chouette que quiero, quand même)

                    • #153574 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Oui !! Je veux ce jeu !!!!
                      Déjà il me plaît

                      • #153580 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Je propose prendre

                      • #153581 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        «  jouer » tombe bien

                      • #153582 Répondre
                        Cynthia Lennon
                        Invité

                        Saisir (bien sûr)

                      • #153583 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Avoir me semble pas mal aussi

                      • #153584 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Faire?
                        (agir et déféquer, a minima)

                      • #153586 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Faire c’est pas mal
                        Faire le beau
                        Se faire voir
                        Faire une chaussure
                        Faire ripaille / sécession
                        .
                        Je propose aussi être pour compléter le podium

                      • #153594 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Voilà – on est beaucoup plus drôle que le cahier de vacances de linguistique de L Veron
                        Qui nous donne en revanche «  raser »
                        Fair-play

                      • #153597 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        pour tenir: serrer
                        être: exister

                      • #153640 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Serrer :
                        l’ancien sens de  » mettre en sûreté » me plaît bien
                        serrer une lettre, une carte illicado

                      • #153638 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        J’adore :
                        Se faire fort de
                        « Tu te fais fort de révolutionner la physique quantique » par exemple

                      • #153639 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Saisir :
                        J’aime le sens de: le froid, la peur me saisit
                        et
                        j’ai saisi avec ma grande intelligence

                      • #153714 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Travailler

                      • #153718 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Travailler:
                        -Façonner: travailler le bois
                        – travailler la terre
                        – préoccuper: ce problème le/la travaille, il/elle en perd le sommeil

                      • #153751 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Et travailler au corps

                • #153595 Répondre
                  graindorge
                  Invité

                  te quiero c’est je t’aime. Un je t’aime qui dit aussi je te veux . Dans une des langues berbères
                  Tersershek ou tersershem : le premier, une femme ou un homme le dit à un homme et le second, une femme ou un homme le dit à une femme. Pas sûre de l’orthographe par contre Et ça veut dire aussi je te veux ET je t’aime.

                  ********
                  Pour répondre à Claire sur « tantôt! trouvé ça:
                  Tantôt est un mot d’usage régional, c’est-à-dire qu’il est employé différemment selon les zones géographiques de la francophonie. Faisons un petit tour !

                  Le mot tantôt peut s’utiliser comme synonyme de tout à l’heure. Il fait référence à un moment de la même journée, soit plus tôt, soit plus tard. Et l’expression à tantôt veut dire « à plus tard, à tout à l’heure ». C’est un usage courant dans plusieurs régions du monde : Belgique, Luxembourg, Québec, Louisiane, ainsi que plusieurs pays d’Afrique comme le Sénégal et le Burundi.

                  Dans certaines régions de France ( dans le Sud-Ouest, en Bretagne aussi) tantôt a le sens de « cet après-midi » et on utilise l’expression à tantôt ou à ce tantôt pour dire « à cet après-midi ». On peut aussi dire à demain tantôt pour « à demain après-midi » par exemple.

                  Et enfin, dans toute la francophonie, tantôt peut être utilisé avec le sens de « parfois ». On l’utilise dans des constructions où il est redoublé : tantôt ceci, tantôt cela. On trouve cet emploi par exemple à la fin du Sonnet à l’Androgyne (1903) de Renée Vivien : « je vois / Ton front pensif de prince et tes yeux bleus de vierge, / Tantôt l’Un, tantôt l’Autre, et les Deux à la fois ».

                  • #153641 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Tantôt je connais des gens d’un certain âge, dans la Marne, qui le disaient pour dire  » à plus tard »

                • #153604 Répondre
                  graindorge
                  Invité

                  il y a aussi en espagnol le verbe amar qui je crois est plus profond que le verbe querer.
                  Peut-être comme en italien , Il y a le Ti voglio bene et le Ti amo

                  • #153626 Répondre
                    Samuel_Belkekett
                    Invité

                    Rendre (re-donner et dégueuler).

                    • #153637 Répondre
                      graindorge
                      Invité

                      rendre?
                      rendre-gorge
                      Ah et aussi un verbe rencontrer dans Je ne suis pas une libellule de Gwenaël David: exsuder

                  • #153642 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Par profond tu veux dire plus tendrement amoureux?
                    Parce-que ma définition serait : plus un mot peut avoir de sens puis on peut le creuser, comme une terre riche

                    • #153652 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      Il y a grain aussi.
                      Toute sorte de grain, comme il y a aussi un grain dans la tête.
                      Un grain dans la tête qui peut fleurir.
                      Fleurir et fleurir encore. Jusque exhaler un parfum de séduction.
                      Un fort parfum de séduction.

                      • #153654 Répondre
                        Charles en rose
                        Invité

                        pour l’instant, je sens rien encore.

                    • #153656 Répondre
                      graindorge
                      Invité

                      Comme tu sais ma chère Malice, je suis assez libre des mots-
                      Je crois que Te quiero et Te amo veulent dire la même chose.
                      Te amo, plus profond dans le sens C’est ton bonheur surtout qui m’interesse pas mon intérêt. Que tu existes et que tu sois heureux.se même sans moi ou loin de moi. Ce qui ne m’empêchera pas de pleurer toutes les larmes de mon corps (moins une) si tu meurs ou s’il t’arrive quelque chose de grave.
                      Te quiero c’est je t’aime avec désir inclu quand même et c’est comme ça
                      En français on dit je t’aime point barre. Et encore mieux , on le dit pas. Les mots peuvent devenir des « tue-l’amour redhibitoire » comme dirait Catherine, à force d’être rabâchés
                      Ou peut-être que je creuse moins que toi Malice

                      • #153660 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je ne crois pas que je creuse plus, je suis juste plus stimulée par Querer que par amar – et peut-être plus littérairement que philosophiquement ; et ça m’amène à ce que tu écris :

                        « C’est ton bonheur surtout qui m’intéresse pas mon intérêt. Que tu existes et que tu sois heureux.se même sans moi ou loin de moi. Ce qui ne m’empêchera pas de pleurer toutes les larmes de mon corps (moins une) si tu meurs ou s’il t’arrive quelque chose de grave. »

                        Ton amar me semble plus noble que mon querer mais querer m’intéresse plus, sans doute parce-que j’ai plus constaté querer qu’amar dans ma vie. Et je me souviens d’une personne qui déguisait en amour de ma liberté un désintérêt inavouable pour moi. Mais j’aime beaucoup les personnages de fiction qui sont capables d’amar, dans le silence, le retrait, la litote ( je veux dire que ça peut donner des paragraphes et des scènes. Exemple Max Cherry dans « Jackie Brown »)

                      • #153667 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                         » Et je me souviens d’une personne qui déguisait en amour de ma liberté un désintérêt inavouable pour moi »
                        eh ouais, y’a toujours des malins, malines, Malice

                      • #153676 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je trouvais cette entourloupe plus pitoyable que maligne
                        ( comme décrit dans « Du mépris » : un jour j’avais pitié un jour ça me faisait pitié)

                      • #153679 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        C’est clair – je nie tes besoins sans m’en enquérir et te met de force les miens «  pour ton bien « 
                        C’est pitoyable

                      • #153691 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        l’un n’empêche pas l’autre : des malins, malines qui font des entourloupes pitoyables

                      • #153692 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        Encore de Michaux « Amour »

                        ********

                        Toi que je ne sais où atteindre et qui ne liras pas ce livre.

                        Qui as fait toujours leur procès aux écrivains,

                        Petites gens, mesquins, manquant de vérité, vaniteux,

                        Toi pour qui
                        Henri
                        Michaux est devenu un nom propre peut-être semblable en tout point à ceux-là qu’on voit dans les faits divers accompagnés de la mention d’âge et de profession,

                        Qui vis dans d’autres compagnies, d’autres plaines, d’autres souffles,

                        Pour qui cependant je m’étais brouillé avec toute une ville, capitale d’un pays nombreux,

                        Et qui ne m’as pas laissé un cheveu en t’en allant, mais la seule recommandation de bien brûler tes lettres, n’es-tu pas pareillement à cette heure entre quatre murs et
                        songeant?

                        Dis-moi, es-tu encore aussi amusée à prendre les jeunes gens timides à ton doux regard d’hôpital?

                        Moi, j’ai toujours mon regard fixe et fou;

                        Cherchant je ne sais quoi de personnel,

                        Je ne sais quoi à m’adjoindre dans cette infinie

                        matière invisible et compacte,
                        Qui fait l’intervalle entre les corps de la matière

                        appelée telle.
                        Cependant, je me suis abandonné à un nouveau

                        « nous ».
                        Elle a comme toi des yeux de lampe très douce,

                        plus grands, une voix plus dense, plus basse

                        et un sort assez pareil au tien dans son

                        début et son cheminement.
                        Elle a… elle avait, dis-je!
                        Demain ne l’aurai plus, mon amie
                        Banjo.
                        Banjo,
                        Banjo,

                        Bibolabange la bange aussi,
                        Bilabonne plus douce encore,
                        Banjo,
                        Banjo,

                        Banjo restée toute seule, banjelette.
                        Ma
                        Banjeby,

                        Si aimante,
                        Banjo, si douce.
                        Ai perdu ta gorge menue,
                        Menue,
                        Et ton ineffable proximité.

                        Elles ont menti toutes mes lettres,
                        Banjo… et maintenant je m’en vais.

                        J’ai un billet à la main : 17.084.

                        Compagnie
                        Royale
                        Néerlandaise.

                        Il n’y a qu’à suivre ce billet et l’on va en
                        Equateur.

                        Et demain, billet et moi, nous nous en allons,

                        Nous partons pour cette ville de
                        Quito, au nom de couteau.

                        Je suis tout replié quand je songe à cela;

                        Et pourtant on me dira :

                        «
                        Eh bien, qu’elle parte avec vous. »

                        Mais oui, on ne vous demandait qu’un petit miracle, vous, là-haut, tas de fainéants, dieux, archanges, élus, fées, philosophes, et les copains de génie

                        que j’ai tant aimés,
                        Ruysbroek et toi
                        Lautréamont,

                        qui ne te prenais pas pour trois fois zéro; un tout petit miracle qu’on vous demandait, pour
                        Banjo et pour moi.

                      • #153754 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Merci d’avoir branché le poète sur la discussion
                        J’aime bien ces vers :

                        « Moi, j’ai toujours mon regard fixe et fou;

                        Cherchant je ne sais quoi de personnel,

                        Je ne sais quoi à m’adjoindre dans cette infinie

                        matière invisible et compacte »

                        « Je suis tout replié quand je songe à cela »

                      • #153784 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        « Et qui ne m’as pas laissé un cheveu en t’en allant » je ne sais si c’est voulu, mais ce vers convoque chez moi ce chant de la perte de la fée dans «  l’enfant et les sortilèges «  : tu ne m’as laissé qu’un cheveu d’or et les débris d’un rêve
                        Pour rebondir chez Mallarmé….

                      • #153801 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        C’est pas Colette « L’enfant et les sortilèges » ( ou alors elle a bossé avec Mallarmé?)

                      • #153802 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Si mais j’ai ensuite soute comme un mouton sur
                        « C’était le jour béni de ton premier baisé

                      • #153752 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        @Graindorge Des semi-malins

    • #152537 Répondre
      Shiva
      Invité

      A Béranger
      .
      Ode
      .
      Des chants, voilà toute sa vie !
      Ainsi qu’un brouillard vaporeux,
      Le souffle animé de l’envie
      Glissa sur son cœur généreux
      Toujours sa plus chère espérance
      Rêva le bonheur de la France ;
      Toujours il respecta les lois
      Mais les haines sont implacables,
      Et sur le banc des vils coupables
      La vertu s’assied quelquefois.
      .
      Qu’a-t-il fait ? pourquoi le proscrire ?
      Ah ! c’est encor pour des chansons :
      Courage ! étouffez la satire,
      Au lieu d’écouter ses leçons.
      Quand une secte turbulente,
      Levant sa tête menaçante,
      Brave les décrets souverains,
      Vous restez muets, sans vengeance,
      Et vous n’usez de la puissance
      Que pour combattre des refrains
      .
      Ô Béranger ! muse chérie !
      Toi dont la voix unit toujours
      Le souvenir de la patrie
      Au souvenir de tes amours,
      Tendre ami, poète sublime,
      Du pouvoir jaloux qui t’opprime
      Tes nobles chants seront vainqueurs ;
      Car ils parlent de notre gloire,
      Et, comme un récit de victoire,
      Ils ont fait palpiter nos cœurs.
      Un jour viendra, la France émue
      Rendra justice à tes vertus ;
      On verra surgir ta statue
      Mais alors tu ne seras plus !
      .
      Car un poète, sur la terre
      Doit lutter contre la misère
      Et des détracteurs odieux,
      Jusqu’au jour où, brisant ses chaînes,
      Le droit vient terminer ses peines
      Et le placer au rang des dieux.
      .
      Mais nous que charma son délire
      Quand il chantait la liberté,
      Accourons, enfants de la lyre,
      Devançons la postérité.
      Pour célébrer notre poète,
      Pour poser des fleurs sur sa tête,
      N’attendons pas qu’il ait vécu
      Si dans la lutte qui s’engage
      Son sort doit être l’esclavage,
      Redisons tous : Gloire au vaincu !
      .
      Gérard de Nerval

    • #152973 Répondre
      Charles
      Invité

      En vrai, je pensais avoir dépassé l’addiction au forum… mais le cavalier Samuel m’a rattrapé.

      C’est assez impressionnant.

      J’aurais aimé saluer Graindorge avant de tirer ma révérence, mais je crois qu’elle dort.

      C’est une drôle d’histoire : on voudrait une fin, et l’autre s’est déjà endormi.

      Tant pis. Bonne nuit à tous.

    • #152976 Répondre
      Charles
      Invité

      Bonne nuit à tous les deux.
      C’était rigolo.

    • #153623 Répondre
      Gerard Manfroy
      Invité

      Muse, dis-moi ce chef aux manœuvres subtiles
      Qui, vainqueur de Pergame, erra si longuement.
      De maint peuple il sonda les mœurs comme les villes ;
      Il souffrit mille maux sur l’humide élément
      Pour conserver sa vie et ramener sa troupe.
      Mais nul ne se sauva, quels que fussent ses vœux,
      Car leur témérité les fit périr en groupe,
      Ces fous qui du Soleil dévorèrent les bœufs ;
      Et le Dieu leur ravit le jour de la rentrée.
      Déesse, enfant de Zeus, redis ces faits connus.

      Déjà les Grecs soustraits à la mort exécrée,
      Libres des camps, des flots, étaient tous revenus.
      Seul, Ulysse restait, pleurant patrie et femme,
      Aux mains de Calypso qui, noble déité,
      Dans son antre nymphal le pressait de sa flamme.
      Quoique, au gré du Destin, le Temps précipité
      Eût marqué son retour vers Ithaque, sa terre,
      Il ne pouvait briser les nœuds qui l’étreignaient,
      Ni revoir ses amis : tous les dieux le plaignaient,
      Sauf Neptune jaloux, dans sa vieille colère,
      D’accabler jusqu’au port ce prince olympien.

      https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Odyss%C3%A9e/Traduction_S%C3%A9guier/Texte_entier

      • #153624 Répondre
        Gerard Manfroy
        Invité

        is-moi, Muse, cet homme subtil qui erra si longtemps, après qu’il eut renversé la citadelle sacrée de Troiè. Et il vit les cités de peuples nombreux, et il connut leur esprit ; et, dans son cœur, il endura beaucoup de maux, sur la mer, pour sa propre vie et le retour de ses compagnons. Mais il ne les sauva point, contre son désir ; et ils périrent par leur impiété, les insensés ! ayant mangé les bœufs de Hèlios Hypérionade. Et ce dernier leur ravit l’heure du retour. Dis-moi une partie de ces choses, Déesse, fille de Zeus.

        Tous ceux qui avaient évité la noire mort, échappés de la guerre et de la mer, étaient rentrés dans leurs demeures ; mais Odysseus restait seul, loin de son pays et de sa femme, et la vénérable Nymphe Kalypsô, la très-noble Déesse, le retenait dans ses grottes creuses, le désirant pour mari. Et quand le temps vint, après le déroulement des années, où les Dieux voulurent qu’il revît sa demeure en Ithakè, même alors il devait subir des combats au milieu des siens. Et tous les Dieux le prenaient en pitié, excepté Poseidaôn, qui était toujours irrité contre le divin Odysseus, jusqu’à ce qu’il fût rentré dans son pays.
        https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Odyss%C3%A9e/Traduction_Leconte_de_Lisle/Texte_entier

        • #153625 Répondre
          Gerard Manfroy
          Invité

          Muse, chante ce héros, illustre par sa prudence, qui longtemps erra sur la terre après avoir détruit la ville sacrée de Troie, qui parcourut de populeuses cités, s′instruisit de leurs mœurs, et fut, sur les mers, en proie aux plus vives souffrances pour sauver ses jours et ramener ses compagnons dans leur patrie. Mais, malgré tous ses efforts, il ne put les y conduire, et ils périrent victimes de leur imprudence : les insensés osèrent se nourrir des troupeaux consacrés au céleste soleil, et ce dieu leur enleva la journée du retour ! Déesse, fille de Jupiter, raconte-nous quelques-unes de ces aventures.
          Déjà tous les soldats, qui avaient fui le cruel fléau, étaient rentrés dans leurs foyers, après avoir échappé aux périls de la mer et des combats. Un seul, cependant, désirant revoir son épouse et sa patrie, était retenu dans les grottes profondes de la nymphe Calypso, la plus auguste de toutes les déesses, qui souhaitait l’avoir pour époux. Mais lorsque dans le cours des années arriva le temps marqué par les dieux pour son retour à Ithaque, où lui et ses amis ne devaient pas encore éviter de nouveaux malheurs, tous les immortels le prirent en pitié, excepté Neptune, qui poursuivit sans cesse de sa haine implacable le divin Ulysse jusqu’au moment où ce héros atteignit sa terre natale.
          https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Odyss%C3%A9e/Traduction_Bareste/01

    • #153862 Répondre
      Alain m
      Invité

      Poème d’Armen Lubin, Le plafond est atteint spécialement dédié à Émile, non à cause de son contenu mais en référence au titre du recueil : Sainte Patience.
      .
      C’est pourtant cela, rien que cela :
      Un petit jardin au plafond bas,
      Et devant sa grille une jeune fille cabrée
      Qui veut plaire en faisant des yeux ronds,
      Elle veut plaire, elle plaît, fini le plafond !
      .
      La terre vaste ne pouvant pas se suffire
      Il a fallu un plafond dessus, et qui chavire ;
      L’étreinte est une lévitation, ouvert est l’azur
      Depuis le cœur juste de sa carte déployée,
      Une paupière y bat, on ne peut plus l’oublier.

    • #154411 Répondre
      Ostros
      Invité

      Quelque chose a été atteint
      non pour le dépasser
      mais pour l’atteindre encore –
      simple petite rose
      du regard.
      Où nous sommes
      où la rose est dite
      et avec elle tout est toujours à convoquer
      ce qui veut aussi nous atteindre
      continue de se rapprocher
      pointé seulement pointé
      avec ce mot.
      .
      Il y a ce va-et-vient de petites choses
      personne ne sait ce qui est étrange
      personne ne sait ce qui est familier
      parce que là où une parole pourrait dire
      il demeure toujours ce qu’elle prédit.
      .
      Thierry Metz (In Orphée – recueil 1997 – 1998)

    • #154415 Répondre
      Ostros
      Invité

      16 juin. L’agence de travail temporaire m’a
      trouvé un emploi dans une coopérative ouvrière.
      Huit heures par jour. Salaire minimum.
      Après les abattoirs, l’usine, je retourne dans
      le bâtiment.
      Le chantier se trouve dans une petite rue à
      sens unique. On va transformer une fabrique
      de chaussures en résidence de luxe. Il ne reste
      que les murs. L’intérieur est vide, ni plancher
      ni cloison. C’est vieux. Il faut tout refaire
      consolider les fondations existantes, ouvrir les
      entrées des garages, poser les planchers, bâtir
      la cage d’ascenseur, coffrer l’escalier. Tout. On
      a du travail.
      Comment est-il venu celui-là? par quel che-
      min, quelle autoroute? Qui l’a amené? L’eau?
      Le vent?
      Comment savoir?
      Il marche, il va. D’un chantier à l’autre, d’un
      lever à un coucher. Dans un pays d’alignements
      et de carrefours.
      Une seule direction rejoindre le maître
      d’oeuvre. Le gisant. Et construire autour de sa
      pierre.
      .
      Extrait du Journal d’un manœuvre – Thierry Metz (1990)

      • #154426 Répondre
        Claire N
        Invité

        « L’intérieur est vide « 
        Et pourtant le «  refaire « 
        Qui vient machinalement d’habitude
        Qui est saillant dans ce texte
        Comme une évidente différence
        Pourquoi ne l’avais je jamais entendu ainsi

        • #154427 Répondre
          Claire N
          Invité

          Faire aurait été le mot sur du «  vide « 
          Le re suppose comme une espèce de souterrain inouï à ce «  vide « 
          Du faire etait deja là, inconscient
          il «  travaille «  le texte par devers

          • #154432 Répondre
            Ostros
            Invité

            Refaire aussi par-dessus ce qui a été effacé, la fabrique de chaussures.
            Et oui le refaire on le sent physique, on sent son poids, les musles qui tirent, la fatigue de se rappeler ces étapes alors qu’il les écrit après coup et l’habitude de projeter la charge de travail qui l’attend quand il est en face de ce vide.
            Ce vide qui traduit beaucoup de travail.
            Le il faut qui est terrible.

            • #154442 Répondre
              Claire N
              Invité

              Oui
              Ce n’est pas une «  terre vierge « 
              De ce vide sourd beaucoup de choses

    • #154430 Répondre
      Graindorge
      Invité

      J’aime.
       » j’écris pour ne plus trop m’éloigner de ce que j’ai à faire »

    • #154435 Répondre
      Ostros
      Invité

      Une pelle, une pioche. Le manoeuvre doit chercher avec ça, faire le tour, se perdre…
      Un débutant: voilà ce qu’il est. Sa mémoire n’est qu’un filet d’eau, une source qui ignore le fleuve.
      Ses mouvements sont simples: ceux d’un oiseau. Il monte, il descend, il ramasse
      des brindilles, de le paille, des écorces. Le tout-venant.
      Pour cerner le domaine qui s’étend autour de son nom, il lui faut tracer un cercle avec ce qu’on lui donne: de la terre, des décombres, des pierres, des ordres, des morceaux, des attentes, des fatigues…
      De quoi méditer un jour. Pas plus.
      .
      Pour l’instant nous sommes trois: le chef de chantier, le conducteur du tracto-pelle et moi, le manoeuvre.
      Le chef est italien, dur d’accent, dur de caractère. Il porte un chapeau de paille trop petit, une chemise à manches courtes, un bleu.
      Son endurance est difficile à suivre. Il mène la pioche comme un bâton. Tant qu’il n’a pas atteint ce qu’il veut, il continue. Il ne sort jamais du cercle de lutte. Mais combien des chantiers derrière lui? Combien d’avance sur nous? Ses mains déployées en disent long.
      Il parle peu mais toujours du travail. D’une coulée de geste qu’il dirige vers nous par le plus court chemin.
      Discuter l’énerve, le déconcentre.
      – Tu connais le travail? Alors si tu connais le travail: tu le fais. Pourquoi me raconter des histoires? Tu dis que tu es maçon? Et tu me fais un travail qui n’est pas de niveau! Autant appeler un passant dans la rue…
      Il parlait d’un homme que l’entreprise avait embauché sur un autre chantier. Et qu’ils n’ont pas gardé.
      Ici on n’attend pas. Il faut suivre ou rester avec les oiseaux.
      Ici on ne trace pas d’arc-en-ciel autour de sa soif.
      .
      Mes premiers gestes ici: creuser la terre. Ouvrir une fosse. Et disparaître. Quotidien du manoeuvre: tant qu’il n’a pas trouvé l’arc-en-ciel de son livre, il doit creuser. S’enfermer avec ses graines.
      Sinon comment méditer la mort et l’arbre?
      Peu importe que son travail soit rebutant; l’érosion du dolmen est plus active que les ruissellements de l’instant: Et ici le deux se rejoignent.
      Le manoeuvre, le maçon: projet fourchu.
      Comme nos mains.

      • #154458 Répondre
        Graindorge
        Invité

        « Ici on ne trace pas d’arc-en-ciel autour de sa soif. »

        • #154489 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Trouvé ça:
          La mort accidentelle d’un de ses trois enfants (son fils Vincent, fauché par une voiture à l’âge de huit ans, le 20 mai 1988, jour même de l’obtention du prix Voronca est pour lui un drame familial et personnel dont il ne se remettra jamais et qui le conduit à l’alcoolisme.
          En 1996, il s’installe à Bordeaux, puis se fait admettre à l’hôpital psychiatrique de Cadillac, pour combattre sa dépendance à l’alcool et sa neurasthénie ; durant deux séjours (1996 et 1997), il y écrit le cahier de L’Homme qui penche, dans lequel il portraiture les ombres errantes de l’hôpital. Le dernier de ces poèmes est daté du 31 janvier 1997, deux mois et demi avant son suicide, survenu dans cet hôpital le 16 avril 1997

          *********

          CENTRE HOSPITALIER DE CADILLAC EN GIRONDE,
          PAVILLON CHARCOT. OCTOBRE 1996
           » C’est l’alcool. Je suis là pour me
          sevrer, redevenir un homme d’eau et
          de thé. J’envisage les jours qui viennent
          avec tranquillité, de loin, mais attentif.
          Je dois tuer quelqu’un en moi, même si
          je ne sais pas trop comment m’y prendre.
          Toute la question ici est de ne pas perdre
          le fil. De le lier, à ce que l’on est, à ce que
          je suis, écrivant.
          24
          Un homme marche dans les feuilles,
          non loin du pavillon. Il se déplace si
          lentement, avec tant de précautions
          qu’il ne s’aperçoit pas qu’un arbre le
          suit.
          38
          Je n’arrive pas à leur parler. Pas
          entièrement comme je voudrais. Je
          laisse des mots derrière les mots –
          arrivés mais cachés, en retrait de
          l’enterrement.
          J’effleure ce que j’écris comme après
          une longue journée de travail.
          Chaque mot m’essouffle.
          51
          L’homme qui penche se penche
          pour écrire, pour retenir, peut-être,
          ce qui était plus penché que lui. Il y
          a les bruits que fait quelqu’un dans
          mon oreille. Et quelque chose qu’on
          a laissé tomber.

          • #154492 Répondre
            Claire N
            Invité

            « en retrait de
            l’enterrement. »
            C’est encore là, je suis troublée

            • #154539 Répondre
              Samuel_Belkekett
              Invité

              « L’homme qui penche se penche
              pour écrire, pour retenir, peut-être,
              ce qui était plus penché que lui. Il y
              a les bruits que fait quelqu’un dans
              mon oreille. Et quelque chose qu’on
              a laissé tomber. »
              .
              On dirait quelqu’un de constipé qui cherche désespérément à chier un bon coup. Et ce, à l’aide de l’écriture, ce qui constitue une inquiétante étrangeté.
              « il y a les bruits que fait quelqu’un dans
              mon oreille, quelque chose qu’on
              a laissé tomber. »
              On devine alors qu’il est enfin arrivé à expulser. Il manque alors un « Ha ! Ça fait du bien. »
              C’était le commentaire littéraire du jour du professeur Belkekett…

            • #154544 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Moi aussi
              et
              « J’effleure ce que j’écris comme après
              une longue journée de travail.
              Chaque mot m’essouffle. »

      • #154550 Répondre
        ,
        Invité

        « sa mémoire n’est qu’un filet d’eau »
        « des ordres, des morceaux, des attentes, des fatigues »

      • #154552 Répondre
        Graindorge
        Invité

        « Ses mouvements sont simples: ceux d’un oiseau. Il monte, il descend, il ramasse
        des brindilles, de le paille, des écorces. Le tout-venant. »

    • #154459 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Le pet est un petit vent d’ouest,
      Qui descend par la vallée des fesses,
      Et remonte par celle du zizi,
      Ou de la zezette !
      Il annonce généralement,
      La venue du général Caca,
      Qui saluera le général Pipi,
      Dans le fin fond de la fosse septique…
      .
      Samuel B.
      Tiré de, Mémoire d’un dur à cuir… 1987.

    • #154613 Répondre
      Dogobay
      Invité

      Bâtons de la différence entre les bruits

      La montagne boîte

      de trop d’infini

      Viens ici

      Je te tutoie

      Comment éviter

      d’être noué

      par la lumière

      sinon en sortant

      de la nuit avec un

      autre nœud

      Une mouche flotte

      au bout d’un corde

      comme un gibet

      pendu au cou

      d’un pendu

      L’espoir ce matin

      est l’infini des cordes

      Viens ici

      Je te tutoie

      ¤

      En chantant

      on découpe

      sans bouger

      les lèvres de ce qui

      nous embrasse

      car nous avons faim

      d’avoir faim

      et nous vengeons

      le vent

      d’être la feuille

      qu’il n’a pas choisi

      de faire tomber

      En jetant

      nos yeux dans

      le ciel

      nous faisons boiter

      l’infini

      qui ne s’arrête pas

      de marcher

      comme un mendiant

      aveugle

      La nuit lui

      donne parfois

      avec nous

      la monnaie

      d’une étoile

      La beauté

      qui se perd

      nous aime toujours

      de nous

      avoir perdus

      ¤

      Nous sommes

      si infimes

      que tout devient

      l’infime de ce que nous

      ne pouvons pas

      La grandeur

      n’est pas grande

      lorsqu’on mesure

      le monde avec ses lèvres

      Mais nous revenons de tout baiser

      en laissant une lèvre

      à la mesure

      que nous ne mesurons pas

      ¤

      Le jour a des doigts

      Encore un homme moins

      un homme

      Le feu tranche le bois

      en deux bois

      Ce qui avait séparé

      la vérité du secret

      se tranche lui-même

      en une seule vérité

      et en un seul secret

      Quand une lampe brûle

      entre nos épaules

      la vérité et le secret

      ne font plus

      qu’un sommet

      sur la montagne

      La vérité et le secret

      coupent tout couteau

      en un seul couteau

      la vérité ne coupe

      que ce qui coupe

      Le secret ne cache que son secret

      Le baiser de la vérité

      sur le secret fait toujours

      surgir une parole

      qui publie sa cachette perdue

      ¤

      Le secret tranche

      la vérité

      en deux vérités

      et la vérité tranche

      le secret

      en deux secrets

      (Nous polissons l’eau

      pour donner

      un miroir

      aux oiseaux)

      Un feu brûle

      entre nos épaules

      Septembre marche

      rang par rang

      et chante les lettres

      qui manquent

      à l’alphabet

      des rochers

      Ce chemin est le premier destin

      qui descend

      de la montagne

      Ce chemin est aussi

      le second destin

      qui monte

      de la montagne

      Monter ou descendre

      n’a pas de sens

      pour la montagne

      qui ne descend jamais

      d’être trop montée

      La philosophie

      du corbeau

      observe la montagne

      qui descend

      d’elle-même

      puis fait voler

      le corbeau

      sur son dos

      en s’arrêtant de devenir le ciel

      ¤
      Serge Pey (1950 -)

      • #154653 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Pas mal !
        J’aime beaucoup…
        Serge Pey dis-tu ?
        Est-ce mon beau poème juste au-dessus qui t’a fait t’en souvenir ?
        D’où l’utilité des affinités électives. Voir le roman de Goethe du même titre.

    • #155536 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Valises entassées
      dans la Dyane jaune.
      Départ à l’aube
      pour des vacances
      tout en bas
      de la France
      au sommet
      des Pyrénées.
      Tout au long de la route,
      la seule musique
      du moteur,
      citron aigu pressé
      en continu dans nos cages
      à miel
      au fond du pot
      de l’abeille au vol lent de papa
      et maman reine
      du panneau loupé au tournant,
      et nous,
      sur la banquette en skaï
      toute brûlante
      de notre impatience,
      qui rivions par moments nos quinquets
      aux nuages,
      aux formes et visages révélés,
      qui filions, de la sorte,
      sans le savoir,
      la métaphore, pour dépasser les bornes.
      Morgan Riet• Dyane jaune
      P.s: poème déjà partagé en 2025 par Alain M.

    • #155591 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      LA SOURCE
      *

      Sous la fenêtre au noir grillage,
      Sans cesse on entend couler l’eau.
      On se croirait en un village
      Où doucement chante un ruisseau,
      Ou bien dans les bois, sur la mousse,
      Ouïr la source claire et douce
      Qu’aiment le pâtre et le troupeau.
      Ô source, coule, coule,
      Coule, coule toujours.
      Ainsi roule la houle,
      Ainsi tombent les jours.
      *

      La nature, féconde mère,
      Abreuve le tigre et l’agneau.
      Ils apaisent leur soif entière
      Sans jamais tarir le ruisseau.
      Le soleil est à tous les êtres ;
      Les hommes seuls donnent des maîtres
      Aux bois, à l’herbe des coteaux.
      *

      Quand la neige couvre la terre,
      Les loups hurlant au fond du bois,
      Devant leur commune misère,
      Ont les hasards pour seules lois.
      L’homme, sur la grande nature,
      Pour quelques tyrans la capture,
      Burlesque et naïf à la fois.
      *

      De toutes les sources du monde,
      La seule que rien ne trahit,
      Qui, par bouillons, s’élance et gronde,
      C’est le sang coulant jour et nuit,
      Par les monts et par la vallée.
      À ses quatre veines, saignée,
      La race humaine, sans répit,
      *

      Elle saigne, elle saigne encore.
      Et la goule société,
      Sans cesse, du soir à l’aurore,
      De l’aurore au soir, la dévore,
      Horrible de férocité.
      Et nul encore, sur la mégère,
      Afin de délivrer la terre,
      D’un bras assez sûr n’a frappé.
      *

      Pourtant, la fourmilière humaine
      Manque d’abri, manque de pain.
      On sait que toute plainte est vaine
      Des petits qui meurent de faim.
      Toute révolte est enchaînée.
      La terre semble abandonnée
      Au privilège souverain.
      *

      Ah ! que vienne enfin l’anarchie !
      Ah ! que vienne l’égalité !
      L’ordre par la seule harmonie,
      Le bonheur dans la liberté !
      Voici se lever, sur le monde,
      Une époque grande et féconde,
      Les jours d’un séculaire été.
      Cesse, ô source sanglante,
      Coulant depuis toujours
      Monte, houle géante.
      Tombez, heures et jours !
      *

      Louise MICHEL.
      (À travers la Mort.)  (Prison de Vienne, mai 1890)

      • #155594 Répondre
        Claire N
        Invité

        Rires, voilà bien comment on ouvre les clôtures d’un parnassien

    • #155610 Répondre
      graindorge
      Invité

      « Je suis ambitieuse pour l’humanité ; moi je voudrais que tout le monde fût artiste, assez poète pour que la vanité humaine disparût. »
      chère Louise

    • #155667 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Art Poétique
      *

      De la musique avant toute chose,
      Et pour cela préfère l’Impair
      Plus vague et plus soluble dans l’air,
      Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
      *

      Il faut aussi que tu n’ailles point
      Choisir tes mots sans quelque méprise :
      Rien de plus cher que la chanson grise
      Où l’Indécis au Précis se joint.
      *

      C’est des beaux yeux derrière des voiles,
      C’est le grand jour tremblant de midi,
      C’est, par un ciel d’automne attiédi,
      Le bleu fouillis des claires étoiles !
      *

      Car nous voulons la Nuance encor,
      Pas la Couleur, rien que la nuance !
      Oh ! la nuance seule fiance
      Le rêve au rêve et la flûte au cor !
      *

      Fuis du plus loin la Pointe assassine,
      L’Esprit cruel et le Rire impur,
      Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
      Et tout cet ail de basse cuisine !
      *

      Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
      Tu feras bien, en train d’énergie,
      De rendre un peu la Rime assagie.
      Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?
      *

      Ô qui dira les torts de la Rime ?
      Quel enfant sourd ou quel nègre fou
      Nous a forgé ce bijou d’un sou
      Qui sonne creux et faux sous la lime ?
      *

      De la musique encore et toujours !
      Que ton vers soit la chose envolée
      Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
      Vers d’autres cieux à d’autres amours.
      *

      Que ton vers soit la bonne aventure
      Éparse au vent crispé du matin
      Qui va fleurant la menthe et le thym…
      Et tout le reste est littérature.
      *
      Paul Verlaine – Jadis et Naguère (1884)

    • #155920 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La dernière douane
      *

      Depuis que le silence

      n’est plus le père de la musique

      depuis que la parole a fini d’avouer

      qu’elle ne nous conduit qu’au silence

      les gouttières pleurent

      il fait noir et il pleut
      dans l’oubli des noms et des souvenirs

      il reste quelque chose à dire

      entre cette pluie et

      Celle qu’on attend

      entre le sarcasme et le testament

      entre les trois coups de l’horloge

      et les deux battements du sang
      Mais par où commencer

      depuis que le midi du pré

      refuse de dire pourquoi

      nous ne comprenons la simplicité

      que quand le cœur se brise
      *
      Nicolas Bouvier

      Genève, avril 1983

    • #155954 Répondre
      bibinard
      Invité

    • #156035 Répondre
      graindorge
      Invité

      Pierres blessées

      Parfois l’enfant ne sait pas dire son chagrin,
      Mais il entend, le soir, les étranges présages
      Qui annoncent aux pierres blessées, à même le sol,
      Leur libération, ou il apprend que les pierres
      Cœurs brisés, ont parfois l’éclat dur d’un langage.
      Le bruit de la mer rugit au vestiaire
      — Et un reproche ; mais cela même est rassurant :
      Un reproche de moins entre lui et la mort…
      Et là, sur le tapis devant la cheminée,
      Il regarde l’enfer et voit son avenir
      — Qui sait, peut-être une chambre de chauffe ? —
      Pourtant l’enfant, je pense, a connu des fous-rires
      (On dit que de la vie ce sont les seuls remèdes),
      Et puis, n’eût-il pas survécu,
      Saurait-il que Rimbaud a connu ces chagrins,
      Rimbaud dont l’âge d’homme aussi, comme le sien,
      Fut déserté d’amour et privé de langage ? »

      Malcolm Lowry

    • #156331 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Contre ceux qui ont le goût difficile
      *
      Quand j’aurais en naissant reçu de Calliope
      Les dons qu’à ses amants cette muse a promis,
      Je les consacrerais aux mensonges d’Ésope :
      Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.
      Mais je ne me crois pas si chéri du Parnasse
      Que de savoir orner toutes ces fictions.
      On peut donner du lustre à leurs inventions :
      On le peut, je l’essaie ; un plus savant le fasse.
      Cependant jusqu’ici d’un langage nouveau
      J’ai fait parler le Loup et répondre l’Agneau;
      J’ai passé plus avant : les arbres et les plantes
      Sont devenus chez moi créatures parlantes.
      Qui ne prendrait ceci pour un enchantement ?
      « Vraiment, me diront nos critiques,
      Vous parlez magnifiquement
      De cinq ou six contes d’enfant. »
      Censeurs, en voulez-vous qui soient plus authentiques
      Et d’un style plus haut ? En voici : « Les Troyens,
      « Après dix ans de guerre autour de leurs murailles,
      « Avaient lassé les Grecs, qui, par mille moyens,
      « Par mille assauts, par cent batailles,
      « N’avaient pu mettre à bout cette fière cité ;
      « Quand un cheval de bois, par Minerve inventé,
      « D’un rare et nouvel artifice,
      « Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse,
      « Le vaillant Diomède, Ajax l’impétueux,
      « Que ce colosse monstrueux
      « Avec leurs escadrons devait porter dans Troie,
      « Livrant à leur fureur ses dieux mêmes en proie :
      « Stratagème inouï, qui des fabricateurs
      « Paya la constance et la peine. »
      « C’est assez, me dira quelqu’un de nos auteurs :
      La période est longue, il faut reprendre haleine ;
      Et puis votre cheval de bois,
      Vos héros avec leurs phalanges,
      Ce sont des contes plus étranges
      Qu’un Renard qui cajole un corbeau sur sa voix :
      De plus il vous sied mal d’écrire en si haut style. »
      Eh bien ! baissons d’un ton. « La jalouse Amaryle
      « Songeait à son Alcippe, et croyait de ses soins
      « N’avoir que ses moutons et son chien pour témoins.
      « Tircis, qui l’aperçut, se glisse entre des saules ;
      « Il entend la bergère adressant ces paroles
      « Au doux zéphyr, et le priant
      « De les porter à son amant… »
      Je vous arrête à cette rime,
      Jean de La Fontaine Dira mon censeur à l’instant,
      Je ne la tiens pas légitime,
      Ni d’une assez grande vertu ;
      *

      Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte.
      « Maudit censeur ! te tairas-tu ?
      Ne saurai-je achever mon conte ?
      C’est un dessein très dangereux
      Que d’entreprendre de te plaire. »
      Les délicats sont malheureux :
      Rien ne saurait les satisfaire.
      *
      Jean de La Fontaine

    • #157128 Répondre
      graindorge
      Invité

      Toast funèbre
      Stéphane Mallarmé

      ********
      Ô de notre bonheur, toi, le fatal emblème !

      Salut de la démence et libation blême,
      Ne crois pas qu’au magique espoir du corridor
      J’offre ma coupe vide où souffre un monstre d’or !
      Ton apparition ne va pas me suffire :
      Car je t’ai mis, moi-même, en un lieu de porphyre.
      Le rite est pour les mains d’éteindre le flambeau
      Contre le fer épais des portes du tombeau :
      Et l’on ignore mal, élu pour notre fête
      Très-simple de chanter l’absence du poëte,
      Que ce beau monument l’enferme tout entier :
      Si ce n’est que la gloire ardente du métier,
      Jusqu’à l’heure dernière et vile de la cendre ,
      Par le carreau qu’allume un soir fier d’y descendre
      Retourne vers les feux du pur soleil mortel !

      Magnifique, total et solitaire, tel
      Tremble de s’exhaler le faux orgueil des hommes.
      Cette foule hagarde ! elle annonce : Nous sommes
      La triste opacité de nos spectres futurs !
      Mais le blason des deuils épars sur de vains murs,
      J’ai méprisé l’horreur lucide d’une larme,
      Quand , sourd même à mon vers sacré qui ne l’alarme ,
      Quelqu’un de ces passants, fier, aveugle et muet,
      Hôte de son linceul vague, se transmuait
      En le vierge héros de l’attente posthume.
      Vaste gouffre apporté dans l’amas de la brume
      Par l’irascible vent des mots qu’il n’a pas dits.
      Le néant à cet Homme aboli de jadis :
      « Souvenir d’horizons, qu’est-ce, ô toi, que la Terre ? »
      Hurle ce songe ; et voix dont la clarté s’altère,
      L’espace a pour jouet le cri : « Je ne sais pas ! »

      Le Maître, par un œil profond, a, sur ses pas,
      Apaisé de l’éden l’inquiète merveille
      Dont le frisson final, dans sa voix seule, éveille,
      Pour la rose et le lis, le mystère d’un nom.
      Est-il, de ce destin, rien qui demeure ? Non.
      Ô vous tous ! oubliez une croyance sombre.
      Le splendide génie éternel n’a pas d’ombre.
      Moi, de votre désir soucieux, je veux voir,
      À qui s’évanouit, hier, dans le devoir
      Idéal que nous font les jardins de cet astre,
      Survivre pour l’honneur du tranquille désastre
      Une agitation solennelle par l’air
      De paroles, pourpre ivre et grand calice clair,
      Que, pluie et diamant, le regard diaphane
      Resté-là sur ces fleurs dont nulle ne se fane,
      Isole parmi l’heure et le rayon du jour !

      C’est de nos vrais bosquets déjà tout le séjour,
      Où le poëte pur a pour geste humble et large
      De l’interdire au rêve, ennemi de sa charge :
      Afin que le matin de son repos altier,
      Quand la mort ancienne est comme pour Gautier
      De n’ouvrir pas les yeux sacrés et de se taire.
      Surgisse, de l’allée ornement tributaire.
      Le sépulcre solide où gît tout ce qui nuit,
      Et l’avare silence et la massive nuit.

      Stéphane Mallarmé, Le tombeau de Théophile Gautier, 1873

    • #157191 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Sensation
      *
      Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
      Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
      Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
      Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
      *

      Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
      Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
      Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
      Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
      *
      Arthur Rimbaud – Cahier de Douai (1870)

    • #157198 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Ah celui là on l’a déjà partagé mais toujours un plaisir de le relire
      Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
      Mais l’amour infini me montera dans l’âme,

    • #157225 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      A l’attention de François Bégaudeau.
      *
      O toi, dont la plume s’est faite glaive et cri,
      Toi qui dessines l’espoir dans le gris des débris,
      Je chante ton nom comme on chante une aurore,
      L’amour d’une pensée qui s’éveille et s’élabore.
      *

      Ton encre est le sang des luttes et des colères,
      Le reflet lucide de nos misères singulières,
      Tu écris le monde avec un cœur en révolte,
      Tandis que le silence, enfin, s’effondre et s’exalte.
      *

      Aimer ton œuvre, c’est aimer la dissidence,
      Le refus du dogme, le refus de l’indolence,
      C’est chercher dans tes mots la trace du possible,
      Où le peuple debout devient enfin visible.
      *

      Que ta voix continue de bousculer les salons,
      De briser les chaînes et d’ouvrir les horizons,
      Car dans l’éclat radical de tes phrases tranchantes,
      Se lit la promesse d’une justice vivante.
      *
      Face au pas cadencé d’un ordre qui s’avance,
      Où la dictature en marche étouffe la nuance,
      Tu opposes tes mots, remparts de vérité,
      Pour sauver les éclats de notre liberté.
      *
      Hymne à ta rage, hymne à ta lucidité,
      Toi qui offres aux lettres la seule vérité :
      Celle qui ne courbe jamais le front devant l’ombre,
      Et qui rallume le feu quand les jours deviennent sombres
      *
      Godot le bègue (Que toujours on attend) – Août 2026

      • #157245 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        À l’attention de François Bégaudeau.
        ®®®®®
        Ô toi qui par ton ego
        Renverse la table,
        Du tabula rasa
        Au taboulé rasé,
        Toi qui rêve de soustraitre le verbe
        Au sens de la vie,
        Le résultat se voit,
        Par tes actes et ta voix,
        Nous rendons compte aujourd’hui,
        Tu ne fais qu’ajouter à la masse,
        Plus de sens, plus de mots,
        Rien de plus rien de moins,
        Qu’encore plus à comprendre, à saisir,
        Se figurer qu’on comprend qu’on saisit,
        Rien de plus rien de moins,
        Qu’ajouter à la masse,
        Plus de sens, plus de verbe.
        .
        Que la rage du rebelle,
        Dans sa prose insurgée,
        Entêté de n’être ni vendu ni prostitué,
        A l’emprise bourgeoise et moderne,
        Ne comprend qu’une chose certaine,
        Que le seul et l’unique acte de foi,
        Sincère et valeureux,
        N’est qu’en définitive,
        Imposer son silence.
        Sa présence par l’absence.
        .
        Ô maître que tu fermes ta gueule serait bien là la leçon,
        Donnée à toutes, donnée à tous,
        Pour bien de notre âme.
        .
        Samuel B.
        Du bienfait du silence…
        Début de l’ére posthistorique.

    • #157249 Répondre
      Graindorge
      Invité

      De l’équilibre en toute chose
      Des vers sont dans le fruit?
      Les roses ont des épines, dit?
      L’ Ami dit : les épines ont des roses

    • #157287 Répondre
      Alain m
      Invité

      regard du déjà-loin, regard oblique
      œil lâche du mourant
      .
      sur ce lit dépeuplé de son propre corps, déjà
      .
      regard lent, très lent
      de la lenteur du partir
      .
      lent de la lenteur de l’abandon,
      lent, dérisoirement nonchalant, très lent
      d’un long dépôt de lenteur patiente et aguerrie
      .
      à peine accusation, à peine même abandon
      et reproche à peine, et comme une excuse
      .
      – parce qu’il faut s’éloigner
      dans la politesse des usages,
      .
      délaisser ce corps absent déjà de soi
      .
      qui joue déjà l’air de la transparence
      .
      et s’excuse presque de devenir imperceptible
      .
      et n’attend rien
      .
      et pense déjà sa non-pensée
      .
      – lorsque les arbres encore accrochaient la lumière
      lorsque cette fenêtre pouvait s’ouvrir sans que s’engouffre
      l’haleine chaude du juillet, ses crocs de chien attendant sur le bord de la rivière sourde que
      .
      le soleil veuille bien se voiler
      .
      et ce regard se clore
      .
      et ce souffle se résoudre
      .
      – lorsque les arbres murmuraient
      .
      Jean-Paul Auxeméry• « regard du déjà loin… »

      • #157329 Répondre
        graindorge
        Invité

        merci Alain M pour cette découverte

        … »lorsque les arbres encore accrochaient la lumière
        lorsque cette fenêtre pouvait s’ouvrir sans que s’engouffre
        l’haleine chaude du juillet, ses crocs de chien attendant sur le bord de la rivière sourde que
        .
        le soleil veuille bien se voiler
        .
        et ce regard se clore »

      • #157344 Répondre
        Claire N
        Invité

        Ça me fait un peu peur qu’un jour la vie ne me défende plus

        • #157355 Répondre
          Alain m
          Invité

          Ta réserve se défend. C’est peut-être simplement que tout le monde n’a pas le même degré de vitalité.

          • #157369 Répondre
            Claire N
            Invité

            « à peine accusation, à peine même abandon
            et reproche à peine, et comme une excuse
            .
            – parce qu’il faut s’éloigner
            dans la politesse des usages »
            je sais bien qu’elle ne peut pas faire toute sa vie avec moi, je ne lui en veux pas encore je ne promets pas d’être polie ou digne ou conne ou soulagée je ne connais pas encore cette radicalité
            Pourtant ces lignes sont calmes – il est des réserves oui si profondes qu’elles bouleversent le quantique à soi

            • #157370 Répondre
              Claire N
              Invité

              Quant à soi – j’ai normalement pas des réserves Onfrayennes

              • #157372 Répondre
                Alain m
                Invité

                Le parce que n’est pas une invitation à, pas une approbation ni même une condamnation ( on peut le condamner d’ailleurs, moi non), c’est un constat, certes amer mais un constat.

                • #157383 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Oui, il y a un lien sensible entre le parce que ,
                  L’éloignement
                  Les « à peine « 
                  Discret comme un poul filant – un constat oui, calme.

                  • #157452 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Mais tu vois Alain, ce qui me fait peur c’est plutôt
                    Est ce que le moment venu je serai capable de cette manière de mourir ?

                    • #157475 Répondre
                      Alain m
                      Invité

                      Je ne crois pas que cela te convienne, te corresponde. Il y manque un sourire quelque part, dans les yeux sur les lèvres. Un signe, une expression, un reste de ce que tu auras aimé.

                      • #157479 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Je suis touchée – ces lignes sont émouvantes ,et belles et émouvantes

                      • #157480 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Mais il me faut maintenant une blague en intraveineuse – je pleure sinon

                      • #157494 Répondre
                        Graindorge
                        Invité

                        Pardon pour l’intromission. Petite tentative d’intraveineuse et je repars
                        « Bardella est furieux: pendant des mois, il s’est entraîné à sourire. Pour rien »

                      • #157517 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rire- bah c’est quand même pas mal
                        C’est une première relation de causalité cohérente qu’il expérimente

                      • #157681 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        « Ça me fait un peu peur qu’un jour la vie ne me défende plus »
                        On a beau savoir que. Je n’ai pas dit « croire ». Cette phrase me touche.
                        Parceque comme le disait la grande philosophe Petula clark  » oui, tout le monde veut aller au Ciel oui mais personne ne veut mourir »
                        Le poète Juan Ramón Jiménez : je n’ai pas divisé ma vie en jours mais mes jours en vies

                      • #157702 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        J’aime bien, merci

    • #157317 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Mon amour, si je meurs
      *
      Mon amour, si je meurs et si tu ne meurs pas,
      mon amour, si tu meurs et si je ne meurs pas,
      n’accordons pas à la douleur plus grand domaine :
      nulle étendue ne passe celle de nos vies.
      *
      Poussière sur le blé, et sable sur les sables
      l’eau errante et le temps, et le vent vagabond
      nous emportaient tous deux comme graine embarquée.
      Nous pouvions dans ce temps ne pas nous rencontrer.
      *
      Et dans cette prairie où nous nous rencontrâmes,
      mon petit infini, nous voici à nouveau.
      Mais cet amour, amour, est un amour sans fin,
      *
      et de même qu’il n’a pas connu de naissance
      il ignore la mort, il est comme un long fleuve,
      il change seulement de lèvres et de terre.
      *
      Pablo Neruda – La Centaine d’amour (1959)

      • #157318 Répondre
        Godot le bègue
        Invité

        L’enterrement de Pablo Neruda

    • #157847 Répondre
      graindorge
      Invité

      Juan Ramón Jiménez 1881 – 1958 Prix Nobel de Littérature en 1956
      *
      Ay !

      Instants où le demain

      ne compte pas ; où tout s’achève

      aujourd’hui ; et nous sommes prêts

      à tout, peu importe à quoi,

      ni avec quoi !

      Comme se hausse

      notre être ; que nous sommes grands,

      alors ! Comme nous sommes seuls !

      …Et comme nous manque peu

      et l’homme, et dieu !

    • #157903 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La Java des Bombes Atomiques
      .
      Mon oncle un fameux bricoleur
      Faisait en amateur des bombes atomiques
      Sans avoir jamais rien appris
      C’était un vrai génie question travaux pratiques
      Il s’enfermait toute la journée
      Au fond de son atelier pour faire ses expériences
      Et le soir il rentrait chez nous
      Et nous mettait en transes
      En nous racontant tout:
      “Pour fabriquer une bombe “A”
      Mes enfants croyez-moi
      C’est vraiment de la tarte
      La question du détonateur
      Se résout en un quart d’heure
      C’est de celles qu’on écarte
      En ce qui concerne la bombe “H’
      C’est pas beaucoup plus vache
      Mais une chose me tourmente
      C’est que celles de ma fabrication
      N’ont qu’un rayon d’action
      De trois mètres cinquante
      Il y a quelque chose qui cloche là-dedans
      J’y retourne immédiatement !”
      Il a bossé pendant des jours
      Tachant avec amour d’améliorer le modèle
      Quand il déjeunait avec nous
      Il dévorait d’un coup sa soupe aux vermicelles
      On voyait à son air féroce
      Qu’il tombait sur un os
      Mais on n’osait rien dire
      Et puis un soir pendant le repas
      Voilà Tonton qui soupire et qui s’écrie comme ça:
      “À mesure que je deviens vieux
      Je m’en aperçois mieux
      J’ai le cerveau qui flanche.
      Soyons sérieux, disons le mot
      C’est même plus un cerveau
      C’est comme de la sauce blanche
      Voilà des mois et des années
      Que j’essaie d’augmenter
      La portée de ma bombe
      Et je ne me suis pas rendu compte
      Que la seule chose qui compte
      C’est l’endroit où elle tombe
      Il y a quelque chose qui cloche là-dedans
      J’y retourne immédiatement
      Sachant proche le résultat
      Tous les grands chefs d’état
      Lui ont rendu visite
      Il les reçut et s’excusa de ce que sa cagna
      Était aussi petite
      Mais sitôt qu’ils sont tous entrés
      Il les a enfermés en disant “soyez sages”
      Et quand la bombe a explosé
      De tous ces personnages il n’est plus rien resté
      Tonton devant ce résultat ne se dégonfla pas
      Et joua les andouilles
      Au tribunal on l’a traîné et devant les jurés
      Le voilà qui bafouille:
      “Messieurs c’est un hasard affreux
      Mais je jure devant Dieu
      Qu’en mon âme et conscience
      En détruisant tous ces tordus
      Je suis bien convaincu
      D’avoir servi la France”
      On était dans l’embarras
      Alors on le condamna et puis on l’amnistia
      Et le pays reconnaissant l’élut immédiatement
      Chef du gouvernement.
      .
      Boris Vian (1955)

    • #157907 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Juan Ramón Jiménez 1881 – 1958 Prix Nobel de Littérature en 1956
      *
      Ay !

      Instants où le demain

      ne compte pas ; où tout s’achève

      aujourd’hui ; et nous sommes prêts

      à tout, peu importe à quoi,

      ni avec quoi !

      Comme se hausse

      notre être ; que nous sommes grands,

      alors ! Comme nous sommes seuls !

      …Et comme nous manque peu

      et l’homme, et dieu !

    • #157918 Répondre
      OQTF
      Invité

      Olivier Barbarant sur la poésie

      Olivier Barbarant

      • #157931 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Et vous n’auriez pas un poème à partager de lui OQTF?

        • #157953 Répondre
          Godot le bègue
          Invité

          Voici chère Graindorge pour vous servir…
          *
          « Le temps est un voleur »
          .
          Le temps est un voleur qui ne rend jamais
          Ce qu’il a pris. Il vole les matins clairs,
          Les rires d’enfants, les mots tendres, les larmes,
          Et laisse en échange un peu de cendre et d’hiver.
          .
          Il vole les amours, les rêves, les promesses,
          Les livres jamais lus, les routes sans retour,
          Les étoiles filantes, les nuits trop pressées,
          Et nous rend vieux, lassés, sans même un atour.
          .
          Mais parfois, dans l’ombre où son vol se déploie,
          Il laisse choir un fruit mûr, un rire d’enfant,
          Une main qui se tend, une voix qui se noie
          Dans le creux de l’oreille, un instant seulement.
          .
          Alors on croit qu’il rend, qu’il a des remords,
          Mais c’est encore un vol : il nous vole la mort.

          • #157955 Répondre
            Godot le bègue
            Invité

            « La nuit n’est pas ce que tu crois »
            .
            La nuit n’est pas ce que tu crois,
            Un linceul noir, un drap sans couture.
            Elle est l’écrin où tout se tait,
            Où le monde se fait murmure.
            .
            Elle est l’heure où les ombres dansent,
            Où les souvenirs s’allongent,
            Où le temps se fait plus lent,
            Où les mots deviennent songes.
            .
            La nuit n’est pas ce que tu crois,
            Un vide où tout se dissout.
            Elle est l’espace où tout se tisse,
            Où l’aube se prépare en secret.

            • #157961 Répondre
              Godot le bègue
              Invité

              Allez un dernier en ce jour finissant…
              *
              « Liberté conditionnelle »
              .
              On m’a donné la liberté
              Comme on donne un vieux manteau :
              Trop grand, trop lourd, trop usé,
              Qui gratte aux coudes et pèse aux épaules.
              .
              Je marche avec, je la traîne,
              Je la pose le soir, épuisé.
              Elle n’est pas à moi vraiment,
              Elle est à ceux qui l’ont donnée.
              .
              Un jour, peut-être, je m’en irai
              Sans la rendre, sans un merci.
              Mais elle me suivra quand même,
              Comme une ombre qui ne me quitte.
              .
              (Extrait de « Un grand instant », 2010)

      • #159220 Répondre
        ,
        Invité

        « qu’elle dit qu’elle a vu »
        j’aime bien ce petit exemple qu’il prend chez Racine
        au début j’ai pensé : on a bien « c’est çui qui l’dit qui l’est »
        mais non c’est pas pareil
        « qu’elle dit qu’elle a vu » c’est concaténé

    • #157966 Répondre
      OQTF
      Invité

      A partir de 20’08, Barbarant lit ses propres poèmes. Je pense que c’est intéressant d’entendre sa voix et ce qu’il dit de son rapport à la matérialité des mots, de leur ré-incarnation à travers l’écriture poétique, dans les vingt minutes qui précèdent. Je lis très peu de poésie, mais la sienne m’a attrapé par une forme de présence au monde, matérielle, sensible.
      Ma première impression est celle d’une évidence que je cherche à creuser en continuant de le lire (j’en suis à son journal -1986-1998- qui est vraiment intéressant, très incarné).

      • #158534 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Je n’ai vécu vraiment qu’au pilori de choses

        Un réveil par exemple peuplé d’émois face aux paupières

        pleines de rêves

        La pulpe des songes réfugiée dans les lèvres qui vous frôlent

        et s’en vont

        Et quand la silhouette après tourne l’angle de la rue

        Le premier matin de juillet soudain qui vous écorche

        Vous explique ce qu’est vraiment la vie

        Je n’ai jamais aimé que du temps suspendu

        Aux corniches des toits que le soleil allume

        Les cris des martinets comme un collier rompu

        Tout ce qui ne vaut pas et personne n’en parle

        Tant c’est sans prix sans poids sans importance aucune

        Que les nuées plus ou moins peignées

        Si je reviens faites de moi une page tournée

        La lettre qu’on n’expédie pas

        N’allez pas déranger un messie pour qu’on m’ôte mes bandelettes

        Qui sait en sortant de sa nuit de quoi Lazare aurait rêvé

        Être brin d’herbe terre sèche ou bien pierre aux margelles

        des puits

        Je ne veux pas de la grandeur ni de la vision retrouvée

        Et d’avance je vous préviens je ne tiendrai pas sur mes jambes

        Je suis un miracle raté

        Faites de moi moins qu’une moustache de chat

        Dans la nuit qui frétille un trébuchet pour des flocons

        faites de moi moins au moins que moi-même

        Un cil qu’on chasse d’une joue

        Ou au bord d’une bouche en M

        Que je voudrais en minuscule.

        • #158535 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Grand merci à Godot et à OQTF
          Malheureusement je n’ai pas réussi à partager tout le poème de Barbarant  » Complainte en cas de résurrection « 

          • #158537 Répondre
            Graindorge
            Invité

            Mieux comme ça :
            COMPLAINTE EN CAS DE RÉSURRECTION – Le Bordel des poètes https://share.google/eVqDOnQs13lIZKPoT

            • #158538 Répondre
              Graindorge
              Invité

               » faites de moi moins qu’une moustache de
              chat »
              Encore gratitude pour cette découverte
              Godot le bègue et OQTF

    • #158083 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La Rose et le Réséda
      *
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Tous deux adoraient la belle
      Prisonnière des soldats
      Lequel montait à l’échelle
      Et lequel guettait en bas
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Qu’importe comment s’appelle
      Cette clarté sur leur pas
      Que l’un fut de la chapelle
      Et l’autre s’y dérobât
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Tous les deux étaient fidèles
      Des lèvres du coeur des bras
      Et tous les deux disaient qu’elle
      Vive et qui vivra verra
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Quand les blés sont sous la grêle
      Fou qui fait le délicat
      Fou qui songe à ses querelles
      Au coeur du commun combat
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Du haut de la citadelle
      La sentinelle tira
      Par deux fois et l’un chancelle
      L’autre tombe qui mourra
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Ils sont en prison Lequel
      A le plus triste grabat
      Lequel plus que l’autre gèle
      Lequel préfère les rats
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Un rebelle est un rebelle
      Deux sanglots font un seul glas
      Et quand vient l’aube cruelle
      Passent de vie à trépas
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Répétant le nom de celle
      Qu’aucun des deux ne trompa
      Et leur sang rouge ruisselle
      Même couleur même éclat
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      Il coule il coule il se mêle
      À la terre qu’il aima
      Pour qu’à la saison nouvelle
      Mûrisse un raisin muscat
      Celui qui croyait au ciel
      Celui qui n’y croyait pas
      L’un court et l’autre a des ailes
      De Bretagne ou du Jura
      Et framboise ou mirabelle
      Le grillon rechantera
      Dites flûte ou violoncelle
      Le double amour qui brûla
      L’alouette et l’hirondelle
      La rose et le réséda
      .
      Louis Aragon

    • #158174 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La voie américaine
      .
      1
      .
      Je suis un grand américain

      Je suis presque nationaliste à ce sujet !

      J’aime l’Amérique à la folie !

      Mais j’ai peur de retourner en Amérique

      J’ai même peur d’aller chez American Express—
      .
      2
      .
      Ils sont Chrétiens Frankensteiniens en Amérique

      dans leurs campagnes du dimanche

      Ils mettent la peur du Christ à l’Amérique

      sous leurs tentes dans leurs campagnes du dimanche

      Ils rendent les vieilles dames folles du Christ en Amérique

      Ils diffusent le don de guérison et la peur de l’enfer

      en Amérique sous leurs tentes dans leur dimanche

      à la campagne

      Ils quittent leurs tentes et apportent leur Christ

      dans les stades d’Amérique dans leur dimanche

      à la campagne

      Ils demandent salle comble et tous sortent

      pour leur Christ dans les stades d’Amérique

      Ils les reçoivent pendant leur dimanche et samedi

      à la campagne

      Ils leur demandent de s’avancer et de tomber sur les genoux

      car ils sont tous coupables et ils arrivent

      avant

      coupables et tombent à genoux en pleurant leur

      culpabilité

      suppliant d’être sauvés O Seigneur O Seigneur dans leur lundi

      mardi mercredi jeudi vendredi samedi

      et campagne du dimanche
      .
      3
      .
      C’est une époque où aucun homme n’est extrêmement merveilleux

      C’est une époque où la bêtise rock

      dépasse la 5e colonne en tant que seul ennemi en Amérique

      C’est une époque où l’ignorance est un bon Ameri-con

      l’ignorance n’est excusée que là où il en est ainsi

      ce n’est pas le cas en Amérique
      .
      L’homme n’est pas coupable Christ n’est pas à craindre

      Je te dis que l’American Way est un monstre hideux

      mangeant le Christ en le transformant en Oreos et en Dr Pepper

      sacrement de sa bouche immonde

      Je te dis que le diable se fait passer pour Christ en Amérique

      Les éducateurs et prédicateurs américains sont les dictateurs mentaux

      des faux renseignements, ils ne permettront pas à l’Amérique

      d’être intelligente

      ils permettront seulement à la mort de rendre l’Amérique intelligente

      Les éducateurs et les communicateurs sont les laquais du

      À l’américaine

      Ils asservissent l’esprit des jeunes

      et les jeunes sont des esclaves consentants (mais pas pour longtemps)

      car qui doit douter de l’American Way

      n’est-ce pas le chemin?
      .
      Le devoir de ces éducateurs n’est pas différent

      du devoir d’un contremaître d’usine

      La production de répliques fait réfléchir tous les jeunes

      habillez-vous de la même façon croyez de la même façon faites de même

      Ensemble, c’est la Voie Americaine

      Les quelques grands éducateurs en Amérique sont faibles et impuissants

      Ils respectent et soutiennent ainsi la Voie Américaine

      Les guerres ont vu de tels hommes qui méprisaient les choses pour eux-mêmes

      mais n’ont rien fait et ce sont les plus dangereux

      Dangereux car leur intelligence n’est pas niée

      et ainsi donne la foi aux jeunes

      qui croient légitimement en leur intelligence

      Fume cette cigarette les médecins fument cette cigarette

      et les médecins savent

      Les éducateurs savent mais ils n’osent pas dire leur savoir

      La victoire qu’est l’homme s’attriste dans ce pétrin

      La jeunesse ne peut connaître que la victoire de la naissance

      tout le reste est enrayé jusqu’à ce que la mort soit victoire finale

      et à cela un miséricordieux

      Si l’Amérique tombe, ce sera la faute de ses éducateurs

      prédicateurs communicateurs

      L’Amérique d’aujourd’hui est la plus grande menace de l’Amérique

      Nous sommes vieux quand nous sommes jeunes

      L’Amérique est toujours nouvelle, le monde est toujours nouveau

      Le sens du monde est la naissance pas la mort

      La croissance est allée dans la mauvaise direction

      La vraie direction grandit toujours jeune

      Dans ce sens ce qui grandit vieillit

      Une erreur étrange une erreur étrange et triste

      car c’est devenu une vieille chose

      alors que tout le reste autour est nouveau

      Les fusées ne la rajeunissent pas—

      Et qu’est-ce qui a décidé l’Amérique à se développer ?

      Je ne sais pas, je ne peux que m’en tenir à l’étrangeté de l’homme

      Et l’Amérique est devenue la Voie Américaine —

      Être jeune, c’est être toujours déterminé sans limites

      Grandir, c’est savoir limiter le manque de but

      Chaque âge est un nouvel âge

      Comme c’est scandaleux que quelque chose de vieux et triste

      du pré-âge incorpore chaque nouvel âge—

      Dois-je dire que la Déclaration d’Indépendance est ancienne ?

      Oui je dis ce qui était bon pour 1789 n’est pas bon pour 1960

      C’était juste et nouveau de dire que tous les hommes ont été créés égaux

      parce que c’était une lumière alors

      Mais aujourd’hui c’est tragique de le dire

      aujourd’hui cela devrait être un fait—

      L’homme est sur terre depuis longtemps

      On pourrait penser qu’avec sa manie de croissance

      il aurait, maintenant, dépassé des choses telles que

      constitutions manifestes codes commandements

      qu’il pourrait bien vivre dans le monde sans eux

      et savoir instinctivement vivre et être

      — car qu’est-ce que l’être sinon la faculté d’aimer ?
      .
      N’était-ce pas le vrai but de la croissance, l’amour ?

      N’était-ce pas le Christ ?

      Mais l’homme est étrange et grandit où il veut

      et passe tout à la craie jusqu’au destin quel qu’il soit—

      L’Amérique sonne avec une telle étrangeté

      C’est devenu quelque chose d’étrange et

      l’américain est un bon exemple de cette croissance folle

      Le garçon homme grosse viande de bébé

      comme si l’utérus était tourné vers l’arrière

      donnant naissance à un vieil homme

      La victoire qu’est l’homme ne permet pas à l’homme

      de couronner son accomplissement empirique avec la mort

      Les Aztèques l’ont fait en arrachant les jeunes cœurs

      au sommet de leur puissance

      Les Américains le font en nourrissant leurs petits à la

      Voie

      Car ce n’est pas l’Espagnol qui a tué les Aztèques

      mais l’Aztèque qui a tué l’Aztèque

      Rome est la preuve que la Grèce est la preuve que toute l’histoire est la preuve

      La victoire ne permet pas la dégénérescence

      Ce ne seront pas les communistes qui tueront l’Amérique

      non mais l’Amérique elle-même—

      La Voie Américaine ce triste processus fou

      n’est pas dirigé par un homme ou une organisation

      C’est un monstre né de lui-même existant de lui-même

      Les hommes qui sont employés par ce monstre

      sont employés sans le savoir

      Ils résident dans les échelons supérieurs de l’intelligence

      Ce sont les éducateurs les psychiatres les ministres

      les écrivains les politiciens les communicateurs

      les riches le monde du divertissement

      Et certains suivent et chantent la Voie parce que sincèrement

      ils croient qu’elle est bonne

      Et certains la croient sainte et y deviennent des petits hommes

      Certains y sont simplement pour être dedans

      Et la plupart y sont pour l’or

      Ils ne voient pas la Voie comme un monstre

      Ils la voient comme la « bonne vie »

      Qu’est-ce la Voie ?

      La Voie est née du rêve américain un

      cauchemar-

      L’état des Américains aujourd’hui comparé aux Américains

      du 18ème siècle prouve le cauchemar—

      Pas Franklin pas Jefferson qui parle pour l’Amérique aujourd’hui
      .
      mais d’étranges hommes d’industrie aux cols rouges

      et les gaffeurs du show business

      Bizarre! Effrayant! Mickey Mouse est assis sur le trône

      et Hollywood a une vaste offre—

      Les jeunes du lycée pourraient-ils sérieusement envisager

      une photo de George Washington et « Herman Borst »

      le célèbre comédien de boîte de nuit ensemble à Vallée

      La Forge?

      Vieux vieux et décadent disparue la dignité

      le soleil américain semble se diriger vers la tombe

      O que la jeunesse puisse le soulever à nouveau

      L’avenir dépend uniquement des jeunes

      L’avenir est la propriété des jeunes

      Ce que les jeunes savent, l’avenir le saura

      Ce qu’ils sont et font le futur sera et fera

      Ce qui a été fait ne doit pas être refait

      La Voie Américaine le permettra-t-elle ?

      Non.

      Je vois dans chaque American Express

      et dans tous les centres militaires d’Europe

      Je vois le même visage le même son de voix

      les mêmes vêtements la même démarche

      Je vois les mères et les pères non

      différents entre eux

      Des répliques

      Non seulement ils parlent, marchent et pensent de la même manière

      mais ils ont le même visage

      Qu’est-ce que cette chose monstrueuse?

      Quels régiments un tel peuple ?
      .
      Comme c’est étrange le jeu de la nature sur l’Amérique

      Lincoln serait vivant aujourd’hui ?

      il ne pourrait jamais être élu président, pas avec ses

      regards-

      En effet les américains sont des bébés tous dans l’étreinte

      de Maman Voie

      Ike n’a-t-il pas, lorsqu’il s’est rendu à l’ambassade américaine à

      Paris il y a un an, dit au staff : « Tout va bien, il suffit de boire

      du Coca Cola, et tout ira bien. »

      C’est vrai et c’est enregistré

      La publicité américaine n’appelait-elle pas à la CONVIVIALITÉ ?

      pas orgiaquement comme l’appel d’aujourd’hui

      ni comme moyen d’endiguer la violence

      C’est vrai, et c’est enregistré.

      Les centres militaires en Europe ne sont-ils pas des ghettos ?

      Ils en sont, et comme c’est triste comme c’est perdu !

      Les kiosques PX sont remplis de bandes dessinées

      Les films de l’armée ont toujours Doris Day

      Qu’est-ce qui fait qu’un peuple se serre ainsi ?

      Pourquoi ne peuvent-ils pas être universels ?

      Qui les a ainsi sentis ?

      C’est sérieux! Ni je ne me moque ni je déteste

      Je ne peux que sentir une vaste conspiration folle !

      L’impuissance, c’est tout !

      Ils sont pris, pris dans la Voie—

      Et ceux qui cherchent à sortir du Chemin

      ne peuvent pas

      Les Beats en sont un bon exemple

      Ils abandonnent les habitudes de la Voie

      pour acquérir par eux-mêmes leurs propres habitudes

      Et ils deviennent aussi distincts qu’enrégimentés et perdus

      dans le flux principal

      car la Voie a de nombreux débouchés

      comme un serpent à plusieurs tentacules—

      Il n’y a pas moyen de s’écarter

      La seule issue est la mort de la Voie

      Et qu’est-ce qui tuera la Voie sinon une nouvelle conscience

      Quelque chose de grand, de nouveau et de merveilleux doit arriver

      libérer l’homme de cette bête

      C’est une bête qu’on ne peut ni voir ni même comprendre

      Car c’est l’état de nos esprits

      Dieu à quel point tout cela semble proche de la science-fiction

      Comme si une puissance d’une autre planète

      s’était incorporée dans l’esprit de nous tous

      cela se pourrait bien

      Car comme je la vis, je jure que l’Amérique ne ressemble pas à mon

      Amérique
      .
      Les américains sont un grand peuple

      Je demande un grand et merveilleux événement

      qui les libère de la Voie

      et fasse d’eux un glorieux peuple déterminé une fois

      de plus

      Je ne sais pas si cet événement est mérité

      ou même possible

      Je ne peux que soutenir que l’homme est la victoire de la vie

      Et je tiens fermement à l’homme américain
      .
      Je vois debout sur la peau de la Voie

      L’Amérique aussi fière et victorieuse que St.

      Michael au cou de Lucifer déchu—
      .
      Gregory Corso

    • #158512 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      « Si je meurs »
      .
      Si je meurs
      et que tu marches le long du rivage,
      enlève tes chaussures
      et sens, avec la plante de tes pieds,
      une plage qui se balance en toi.
      Dresse les autels pour mes larmes, rends sacré
      le sentier de tes pas dans le sable.
      Réveille-moi de mon sommeil
      comme un bateau de pêche, ou comme
      des voiles qui n’embrassent que les vents
      qui avaient autrefois caressé tes paupières.
      Prends une profonde inspiration :
      c’est ainsi que la nature éprouve l’amour
      qui vit dans tes poumons.
      Lève-toi contre la fureur des tempêtes
      avec le baiser qui a survécu
      entre tes lèvres.
      Ouvre tes bras et tends-toi
      au-delà du ciel et de l’horizon :
      les mouettes se perdent dans l’immensité de l’océan.
      Tes paumes en sont les ports.
      Mon cœur, là, dans leurs plumes,
      comme il dirige vers toi
      un désir brûlant.
      Les vents m’ont appris à ne pas craindre pour toi—
      car tu as façonné tes épaules en
      berceaux, les apprivoisant pour dormir.
      .
      Alaa Al-Qatrawi – Poétesse palestinienne

    • #158618 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Deux singes de Brueghel
      Wislawa Szymborska
      (trad. : Piotr Kaminski)

      Voilà comment se rêve mon grand rêve du bac :
      Assis à la fenêtre, deux singes enchaînés ;
      au-delà, le ciel vole
      et se baigne la mer.

      C’est l’oral de l’histoire des hommes.
      Je bafouille, je rame.

      Un singe, l’air ironique, observe toute la scène,
      et l’autre dort ; je pense,
      mais quand à la question répond un long silence,
      il me souffle les réponses
      d’un tintement doux de sa chaîne.

    • #158621 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      «Drames à venir»
      .
      je voudrais l’unité du

      corps avec lui-même des

      organes de la rate

      de l’intestin du foie

      que chacun cesse de fonctionner séparément

      je voudrais que cette page de livre vole

      jusqu’à moi

      je ne m’en irais pas vers elle
      .
      il faut vivre la vie comme elle vient

      même si ça fait battre le cœur dissymétrique
      .
      c’est en avant, c’est devant nous

      c’est avant la naissance

      c’est après la nuisance
      .
      Pierre Andreani

      • #158655 Répondre
        Graindorge
        Invité

        des

        organes de la rate

        de l’intestin du foie

        que chacun cesse de fonctionner séparément »
        Cher Pierre Andreani
        ce sera peut- être une bonne nouvelle pour vous d’apprendre que les organes du corps ne fonctionnent jamais, JAMAIS séparément. Ils sont tous interdépendants et solidaires les uns des autres. Jamais de nananèreu entre eux.

        • #158658 Répondre
          bibinard
          Invité

          geu meuh dizet biain queue iana khy pançêt havaiq l’heure b…

          • #158677 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            Et quand ils dysfonctionnent, ils dysfonctionnent tous en même temps.

    • #158728 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Du songe universel
      .
      Du songe universel notre pensée est faite;
      Et le dragon était consulté du prophète,
      Et jadis, dans l’horreur des antres lumineux,
      Entr’ouvrant de leur griffe ou tordant en leurs noeuds
      D’effrayants livres pleins de sinistres passages,
      Les monstres chuchotaient à l’oreille des sages.
      .
      Victor Hugo ·Toute la lyre (1888)

    • #159173 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Foule sentimentale
      Oh la la la vie en rose
      Le rose qu’on nous propose
      D’avoir les quantités d’choses
      Qui donnent envie d’autre chose
      Aïe, on nous fait croire
      Que le bonheur c’est d’avoir
      De l’avoir plein nos armoires
      Dérisions de nous dérisoires car
      Foule sentimentale
      On a soif d’idéal
      Attirée par les étoiles, les voiles
      Que des choses pas commerciales
      Foule sentimentale
      Il faut voir comme on nous parle
      Comme on nous parle
      Il se dégage
      De ces cartons d’emballage
      Des gens lavés, hors d’usage
      Et tristes et sans aucun avantage
      On nous inflige
      Des désirs qui nous affligent
      On nous prend faut pas déconner dès qu’on est né
      Pour des cons alors qu’on est
      Des foules sentimentales
      Avec soif d’idéal
      Attirées par les étoiles, les voiles
      Que des choses pas commerciales
      Foule sentimentale
      Il faut voir comme on nous parle
      Comme on nous parle
      On nous Claudia Schieffer
      On nous Paul-Loup Sulitzer
      Oh le mal qu’on peut nous faire
      Et qui ravagea la moukère
      Du ciel dévale
      Un désir qui nous emballe
      Pour demain nos enfants pâles
      Un mieux, un rêve, un cheval
      Foule sentimentale
      On a soif d’idéal
      Attirée par les étoiles, les voiles
      Que des choses pas commerciales
      Foule sentimentale
      Il faut voir comme on nous parle
      Comme on nous parle
      Foule sentimentale (la vie en rose)
      On a soif d’idéal (le rose qu’on nous propose)
      Attirée par les étoiles, les voiles (d’avoir les quantités d’choses)
      Que des choses pas commerciales (qui donnent envie d’autre chose)
      Foule sentimentale (on nous fait croire)
      Il faut voir comme on nous parle (que le bonheur c’est d’avoir)
      Comme on nous parle (de l’avoir plein nos armoires)
      Foule sentimentale (dérision de nous, dérisoires)
      On a soif d’idéal (il se dégage)
      Attirée par les étoiles, les voiles (le rose qu’on nous propose)
      Que des choses pas commerciales (des gens lavés, hors d’usage)
      Foule sentimentale (et tristes et sans aucun avantage)
      Il faut voir comme on nous parle (on nous inflige)
      Comme on nous parle (des désirs qui nous affligent)
      Foule sentimentale (on nous Claudia Schiffer)
      On a soif d’idéal (on nous Paul-Loup Sulitzer)
      Attirée par les étoiles, les voiles (on nous fait l’caractère)
      Que des choses pas commerciales (d’avoir les quantités d’choses)
      Foule sentimentale (qui donnent envie d’autre chose)
      Il faut voir comme on nous parle
      Comme on nous parle.
      .
      Alain Souchon

    • #159232 Répondre
      graindorge
      Invité

      Absence

      *

      Quelques gouttes de pluie ont frappé à la vitre
      et j’ai soudain senti combien tu me manquais;
      Nous habitons pourtant la même ville
      Sans pour ainsi dire nous voir jamais.
      Ce matin j’ai l’impression que l’automne
      débute avec de drôles d’idées:
      pas de cigognes dans le ciel morne,
      pas d’arcs-en-ciel après l’ondée.
      Une phrase d’Héraclite, il me semble,
      m’est revenue je ne sais trop comment:
      «Les gens éveillés vivent ensemble;
      ceux qui dorment, séparément.»
      En quel mauvais rêve avons-nous été engloutis
      pour ne plus pouvoir nous réveiller?
      A la vitre ont frappé quelques gouttes de pluie
      et j’ai soudain senti combien tu me manquais.
      ^*
      (Ismaïl Kadaré)

    • #159293 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Simple poème
      .
      la mer allée la mer dynamitée fulgurante visage bleu jaune rouge final explosé éternité explose exit l’éternité c’est la mer allée la mer métallique la fin du road-movie l’unique idéologie la réflexion de la lumière la surenchère d’éclats la profusion des lueurs la mécanique de l’intelligence la fluidité des expériences la voiture très sixties la Loire traversée à pieds la mer la mer au bout l’extravagance de la mer l’exactitude de la trahison le tiroir-caisse de l’épicerie les yachts inutiles les slogans disloqués la publicité en faillite la route nationale et la Méditerranée et la fulgurance dynamitée de l’éternité les explications vives l’ennui sur la plage et la ligne de hanche l’amertume sanglée sur la robinsonnade fortuite la déconstruction des fluidités la surenchère des questions et le sel des images une autre histoire en contre-plongée les gestes ridicules du couple blasé la nécessité de gagner sa vie le bord de mer le bord de mer la tonalité explicite de l’indifférence la maison fonctionnelle et toute la déliquescence de la matière-terre les derniers galets et le suicide orchestré par la caméra la définition rimbaldienne du réel et la facilité de nos pas les morceaux de ciel et l’éloquence de la mer retrouvée, retrouvée puis allée avec l’éternité des textes morts et la faconde des héros la pliure du travelling et la France du nord au sud une certaine capacité à l’adaptation rectiligne et des livres achetés d’occasion avec des vinyles et des risques et puis la mer allée la mer dimensionnée la mer collectionnée et la femme déjà partie la structuration du voyage et la mer déjà allée et l’éternité retrouvée et la fulgurance de l’art et des revolvers et la beauté des corps et l’inexploitation de la souffrance l’éternité les atermoiements de l’éternité et nos visages sans fond quand Anna Karina devient la conscience du temps et la folie facilitée par la mer quand toute la dynamite recouvre le visage et que la mer est une sculpture aléatoire un agrément de l’espace-temps la tergiversation des mémoires brunes alors l’éternité alors la mer alors le cinéma tel qu’il se vit le cinéma explosé la matière-terre la matière-mer la réunification des décalages et l’éternité-image le cinéma outre-visage et l’éternité facultative l’éternité plurielle l’éternité structure le cinéma comme un outrage d’éternité l’image cadrée de mer le visage dynamité le texte incrusté la déréalisation conséquente du crime.
      .
      Anne Barbusse
      à propos de Jean-Luc Godard, Pierrot le fou, 1965.

    • #159407 Répondre
      Siné
      Invité

      Le dormeur du val.

    • #159417 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Pièces
      .
      Ton éclat de rire

      Résonne comme une

      Brisure

      Sur le vasistas

      Qui nous laissait apercevoir

      La vie à l’extérieur de nous

      La vérité

      Et nous en protégeait.
      .
      La vitre laisse passer le grand air

      Froid.
      .
      La déception se lit dans leurs regards

      Et le mien est triste.
      .
      Il faudra mettre une couverture

      Sur les remords

      Ou colmater

      Les souvenirs

      Mais nous avons déjà la pneumonie.
      .
      Tes paroles tissent à la hâte

      Une écharpe pour mes regrets
      .
      Elle est verte et pleine de trous

      Et je vois à travers sans effort

      La vie à l’extérieur de nous

      La vérité

      L’absence de remords.
      .
      Et je l’accepte.
      .
      Car même bien couverts

      Les nous

      Tombent souvent malade en hiver

      Quand on laisse le vasistas ouvert

      Et nous étions nus.
      .
      Au moins

      Au pire

      Tu m’as offert

      Une écharpe verte

      Et pleine de trous

      – Souvent, on casse le vasistas –

      Alors je me serre contre nous
      .
      Lucie Boulangé

    • #159589 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      jacques a dit
      .
      si tu recules assez loin du bourdonnement

      si tu observes les ombres s’agiter si tu n’écoutes plus

      ni ton voisin ni la télévision ni le bruit de leur pas

      un pas cadencé cent-vingt battements minutes

      dans le rang des pantins assignés tu verras comme tout est ridicule

      éloigné de la sève des forêts primaires assis, debout, couché

      perdu j’ai pas dit Jacques a dit couvre ta bouche décolle tes oreilles

      baisse la tête et baise les pieds petite chose au crâne évidé

      compagnon fidèle de la ploutocratie (tu jappes et secoues la queue)

      qui paie son Iphone au prix du PIB du burundi tu verras

      comme les ombres aux yeux crevés se sont perdues dans la tempête

      plus rien n’a la saveur de la terre

      après la pluie
      .
      Laetitia Secq

    • #159624 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Février
      .
      Dehors l’hiver en train d’œuvrer,
      Neige en tournis.
      Tu t’es muré — mouche enfermée
      Dans l’ambre — à vie.
      .
      Et tu te tais ; et elle, et moi ;
      Et avec lui ;
      Que l’ennemi n’entende pas,
      Pire — l’ami.
      .
      En ordre ils vont mettre tout ça,
      Le beau troupeau.
      Bien sûr, « je ne l’ai pas lu, moi,
      Mais j’ai mon mot ».
      .
      Et le démon sème l’effroi,
      Ressort ses brutes.
      Le temps est long, or revoilà
      Février rude.
      .
      Les loups balaient le monde entier,
      Leur peste court.
      Reste donc mouche en février :
      Aveugle et sourd.
      .
      Et qu’aucun mot qui te viendrait
      Ne sonne humain,
      Février. Sortons l’encre. Mais
      Pour pleurer — rien.
      .
      Evguenia (« Jénia ») Berkovitch est dramaturge, metteuse en scène, librettiste, traductrice, et poétesse russe.
      Février 2023

    • #159884 Répondre
      graindorge
      Invité

      deux ou trois poèmes de Michaux qui a perdu son amour dans un incendie.
      *
      Nous deux encore, Henri Michaux
      *

      Air du feu, tu n’as pas su jouer.
      Tu as jeté sur ma maison une toile noire. Qu’est-ce que cet opaque partout ? C’est l’opaque qui a bouché mon ciel. Qu’est-ce que ce silence partout ? C’est le silence qui a fait taire mon chant.
      L’espoir, il m’eût suffi d’un ruisselet. Mais tu as tout pris. Le son qui vibre m’a été retiré.
      Tu n’as pas su jouer. Tu as attrapé les cordes. Mais tu n’as pas su jouer. Tu as tout bousillé tout de suite. Tu as cassé le violon. Tu as jeté une flamme sur la peau de soie.
      Pour faire un affreux marais de sang.
      Son bonheur riait dans son âme. Mais c’était tout tromperie. Ca n’a pas fait long rire.
      Elle était dans un train roulant vers la mer. Elle était dans une fusée filant sur le roc. Elle s’élançait quoiqu’immobile vers le serpent de feu qui allait la consumer. Et fut là tout à coup, saisissant la confiante, tandis qu’elle peignait sa chevelure, contemplant sa félicité dans la glace.
      Et lorsqu’elle vit monter cette flamme sur elle, oh…
      Dans l’instant la coupe lui a été arrachée. Ses mains n’ont plus rien tenu. Elle a vu qu’on la serrait dans un coin. Elle s’est arrêtée là-dessus comme sur un énorme sujet de méditation à résoudre avant tout. Deux secondes plus tard, deux secondes trop tard, elle fuyait vers la fenêtre, appelant au secours.
      Toute la flamme alors l’a entourée.
      Elle se retrouve dans un lit, dont la souffrance monte jusqu’au ciel, jusqu’au ciel, sans rencontrer de dieu… dont la souffrance descend jusqu’au fond de l’enfer, jusqu’au fond de l’enfer sans rencontrer de démon.
      L’hôpital dort. La brûlure éveille. Son corps, comme un parc abandonné..
      Défenestrée d’elle-même, elle cherche comment rentrer. Le vide où elle godille ne répond pas à ses mouvements.
      Lentement, dans la grange, son blé brûle.
      Aveugle, à travers le long barrage de souffrance, un mois durant, elle remonte le fleuve de vie, nage atroce.
      Patiente, dans l’innommable boursouflé elle retrace ses formes élégantes, elle tisse à nouveau la chemise de sa peau fine. La guérison est là. Demain tombe le dernier pansement. Demain…

      Air du sang, tu n’as pas su jouer. Toi non plus, tu n’as pas su. Tu as jeté subitement, stupidement, ton sot petit caillot obstructeur en travers d’une nouvelle aurore.
      Dans l’instant elle n’a plus trouvé de place. Il a bien fallu se tourner vers la Mort.
      A peine si elle a aperçu la route. Une seconde ouvrit l’abîme. La suivante l’y précipitait.
      On est resté hébété de ce côté-ci. On n’a pas eu le temps de dire au revoir. On n’a pas eu le temps d’une promesse.
      Elle avait disparu du film de cette terre.

      **
      Lou
      Lou
      Lou, dans le rétroviseur d’un bref instant
      Lou, ne me vois-tu pas ?
      Lou, le destin d’être ensemble à jamais
      dans quoi tu avais tellement foi
      Eh bien ?
      Tu ne vas pas être comme les autres qui jamais plus ne font signe, englouties dans le silence.
      Non, il ne doit pas te suffire à toi d’une mort pour t’enlever ton amour.
      Dans la pompe horrible
      qui t’espace jusqu’à je ne sais quelle millième dilution
      tu cherches encore, tu nous cherches place
      Mais j’ai peur
      On n’a pas pris assez de précautions
      On aurait dû être plus renseigné,
      Quelqu’un m’écrit que c’est toi, martyre, qui va veiller sur moi à présent.
      Oh ! J’en doute.
      Quand je touche ton fluide si délicat
      demeuré dans ta chambre et tes objets familiers que je presse dans mes mains
      ce fluide ténu qu’il fallait toujours protéger
      Oh j’en doute, j’en doute et j’ai peur pour toi,
      Impétueuse et fragile, offerte aux catastrophes
      Cependant, je vais à des bureaux, à la recherche de certificats gaspillant des moments précieux qu’il faudrait utiliser plutôt entre nous précipitamment tandis que tu grelottes attendant en ta merveilleuse confiance que je vienne t’aider à te tirer de là, pensant « A coup sûr, il viendra
      « il a pu être empêché, mais il ne saurait tarder
      « il viendra, je le connais
      « il ne va pas me laisser seule
      « ce n’est pas possible
      « il ne vas pas laisser seule, sa pauvre Lou…
      Je ne connaissais pas ma vie. Ma vie passait à travers toi. Ca devenait simple, cette grande affaire compliquée. Ca devenait simple, malgré le souci.
      Ta faiblesse, j’étais raffermi lorsqu’elle s’appuyait sur moi.
      Dis, est-ce qu’on ne se rencontrera vraiment plus jamais ?
      Lou, je parle une langue morte, maintenant que je ne te parle plus. Tes grands efforts de liane en moi, tu vois ont abouti. Tu le vois au moins ? Il est vrai, jamais tu ne doutas, toi. Il fallait un aveugle comme moi, il lui fallait du temps, lui, il fallait ta longue maladie, ta beauté, ressurgissant de la maigreur et des fièvres, il fallait cette lumière en toi, cette foi, pour percer enfin le mur de la marotte de son autonomie.
      *
      Tard j’ai vu. Tard j’ai su. Tard, j’ai appris « ensemble » qui ne semblait pas être dans ma destinée. Mais non trop tard.
      Les années ont été pour nous, pas contre nous.
      Nos ombres ont respiré ensemble. Sous nous les eaux du fleuve des événements coulaient presque avec silence.
      Nos ombres respiraient ensemble et tout en était recouvert.
      J’ai eu froid à ton froid. J’ai bu des gorgées de ta peine.
      Nous nous perdions dans le lac de nos échanges.
      Riche d’un amour immérité, riche qui s’ignorait avec l’inconscience des possédants, j’ai perdu d’être aimé. Ma fortune a fondu en un jour.

      Aride, ma vie reprend. Mais je ne me reviens pas. Mon corps demeure en ton corps délicieux et des antennes plumeuses en ma poitrine me font souffrir du vent du retrait. Celle qui n’est plus, prend, et son absence dévoratrice me mange et m’envahit.
      *
      J’en suis à regretter les jours de ta souffrance atroce sur le lit d’hôpital, quand j’arrivais par les corridors nauséabonds, traversés de gémissements vers la momie épaisse de ton corps emmailloté et que j’entendais tout à coup émerger comme le « la » de notre alliance, ta voix, douce, musicale, contrôlée, résistant avec fierté à la laideur du désespoir, quand à ton tour tu entendais mon pas, et que tu murmurais, délivrée « Ah tu es là ».
      Je posais ma main sur ton genou, par-dessus la couverture souillée et tout alors disparaissait, la puanteur, l’horrible indécence du corps traité comme une barrique ou comme un égout, par des étrangers affairés et soucieux, tout glissait en arrière, laissant nos deux fluides, à travers les pansements, se retrouver, se joindre, se mêler dans un étourdissement du cœur, au comble du malheur, au comble de la douceur.
      Les infirmières, l’interne souriaient ; tes yeux pleins de foi éteignaient ceux des autres.
      *
      Celui qui est seul, se tourne le soir vers le mur, pour te parler. Il sait ce qui t’animait. Il vient partager la journée. Il a observé avec tes yeux. Il a entendu avec tes oreilles.
      Toujours il a des choses pour toi.
      Ne me répondras-tu pas un jour ?
      *
      Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…

    • #160094 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Pour Faire le Portrait d’une Femme
      .
      Peindre d’abord une cage

      Avec une porte fermée

      Peindre ensuite

      Quelque chose de doux

      Les paupières baissées des amants

      Mi-closes à la découverte de l’autre

      Mi-ouvertes au chemin d’eux-mêmes

      d’elles-mêmes
      .
      Peindre ensuite un poignard

      Et danser jusqu’à ce que les cieux s’ouvrent

      Pour la Femme

      Placer ensuite une bouteille de vin blanc

      Sur son lit

      Sans rien dire

      Sans bouger
      .
      Parfois la femme s’allonge

      Sur son lit en buvant le verre de vin blanc

      Mais elle peut aussi décider de s’enfuir

      Et disparaître pour toujours
      .
      Lucienne Mc Kirdy

    • #160311 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La Colère est debout au milieu d’une place
      Inspiré de Jacques Prévert
      .
      Au milieu d’une place,

      la colère vous appelle

      quand on passe
      .
      Elle est debout

      dans une robe rouge

      portant une affiche

      pour la lutte générale
      .
      Elle fume

      Sa jeunesse, enroulée par une feuille

      et vous appelle quand on passe

      ou simplement elle vous fait signe
      .
      Il ne faut pas la regarder

      Il ne faut pas l’écouter

      Il faut passer
      .
      Faire comme si elle n’existait pas

      comme vous faites à toutes les femmes

      qui ne vous plaisent pas
      .
      Comme si on ne la voyait pas

      Comme si on n’entendait pas son appel

      Il faut presser le pas
      .
      Si vous la regardez

      Si vous l’écoutez

      Elle vous fait signe et rien, personne

      Ne peut vous empêcher d’aller

      vous mettre à ses épaules

      près d’elle
      .
      Alors elle vous appelle et crie

      Et vous vous mettez debout révolutionnairement

      Et la femme continue à crier

      Et vous criez du même cri

      Harmonieusement

      Plus vous criez plus vous vous mettez droit

      Rigidement

      Plus vous criez plus vous vous mettez droit

      Inébranlablement

      Et vous restez là

      Debout tout droit

      Pleurant sur la place

      vos cris révolutionnaires
      .
      Lucienne Mc Kirdy

    • #160331 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Les lampadaires s’allument

      A voix basse

      La marée monte
      Alain Kervern

    • #160411 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Votre Honneur,
      Je dois le constater :
      Tout est réellement ainsi,
      Et il n’y a rien à débattre ici,
      .
      Et nos arguments, c’est vrai, se ressemblent toujours.
      Parce que de l’enquête, à chaque fois,
      Nous entendons le même ensemble de formules vides.
      Et naturellement, nous répondons la même chose.
      .
      Tout continue de se répéter et se répéter.
      Je ne sais plus par où commencer ni comment nous battre.
      Écrire un plaidoyer et le chanter en bouriate ?
      Vendre dedans des intégrations publicitaires ?
      .
      À chaque fois qu’on nous amène, Sveta et moi, ici,
      Nous espérons. Mais rien jusque-là.
      En tant que citoyennes, nous comptons sur la justice.
      Mais chaque fois, c’est le jour du Porc-Épic.
      .
      À une question, il existe une réponse.
      Et nous la donnons. Parfois par vidéo, parfois comme maintenant en direct.
      Sur la possibilité de fuite, qui n’existe pas.
      Sur la pression sur les témoins, qui n’existent pas.
      .
      Et sur le fait que je ne peux fuir nulle part avec ce bracelet.
      Dans ce drame, je reste jusqu’au bout.
      Et continuer des activités criminelles, je ne le peux toujours pas,
      Parce que je ne les ai jamais commencées.
      .
      Je suis en Russie sous enquête.
      Et de ses filets, je ne peux m’échapper, même si je le voulais.
      J’ai toujours deux enfants malades,
      Qu’on prive encore une fois de leur enfance.
      .
      Seize ans d’orphelinat. À eux deux.
      Et voilà enfin : une maison, la sécurité, leur maman.
      Vous ne pouviez pas me torturer et les torturer ?
      Simplement ne pas torturer — c’est déjà beaucoup.
      .
      J’ai toujours le même logement à Moscou.
      Et l’adresse est la même, facile à mémoriser.
      C’est juste les grand-mères. Avant mon arrestation, j’en avais deux.
      Et maintenant une. Dans un mois, elle en aura quatre-vingt-dix. (J’espère.)
      .
      Et l’enquête n’a toujours rien pu creuser.
      Malgré toutes les ressources et tous les moyens.
      Et personne ne se presse toujours de fermer
      Cette affaire de complexité particulière.
      .
      Cette affaire est morte. Voilà. Son chant est chanté.
      On ne peut la sauver ni par expertise, ni par interrogatoire, ni par des paroles.
      Écoutez, en neuf mois on aurait pu engendrer un expert entier.
      Il en serait sorti complètement formé.
      .
      Peut-être qu’on arrêterait déjà les châtiments publics ?
      Nous ne sommes pas dans les années 80, et derrière les fenêtres ce n’est pas un parlement.
      La différence entre une enquête et un règlement de comptes, c’est
      De prouver, non pas de punir.
      .
      Mais l’enquête est satisfaite, tout s’est arrangé si facilement.
      C’est commode, vraiment. L’affaire n’avance pas — nous restons en prison.
      Cette stratégie, c’est pour les vrais héros.
      L’adversaire n’est pas venu au combat — donc il est invincible.
      .
      Votre Honneur, nous n’avons pas choisi nous-mêmes ce chemin.
      Et notre route ne s’appelle pas confortable.
      Vous comprenez, quand l’essence ne change pas,
      L’artiste ne peut que travailler la forme.
      .
      Et l’essence ne changera pas. Il ne peut y avoir d’essences différentes ici.
      N’importe quel enfant vous le dira, peu importe lequel.
      En tant que citoyennes, nous comptons sur des juges justes.
      C’est un peu trop tôt pour les bourreaux.
      .
      Mais je crois toujours que vous n’en êtes pas un.
      Que pour vous, c’est aussi un choix sérieux et honnête.
      Et si ce choix s’est manifesté en vous,
      Cela signifie que nous pouvons toujours attendre des surprises.
      .
      Je vais terminer maintenant, je n’ai pas quatre tomes.
      Malheureusement, je n’ai même pas deux cahiers.
      Mais s’il n’y a pas d’espoir dans le choix des mots,
      Il reste à miser sur leur ordre.
      .
      En fin de compte, la nouvelle année est arrivée.
      Le dragon a volé. Ni araignée, ni ver, ni poisson muet.
      Je vous prie, souvenez-vous du miracle et de la loi.
      Ce sont presque des synonymes. Voilà. Merci.
      .
      Allocution au tribunal — Jénia Berkovich (janvier 2024)
      .
      Ce texte est remarquable par son ironie douce et amère, son humanité, et son appel implicite à la conscience du juge. Les références à ses enfants, ses grand-mères, et l’absence totale de preuves créent une pression émotionnelle immense sous une forme poétique. La fin avec le dragon du Nouvel An (référence à la tradition russe) est particulièrement touchante.
      mmm
      Condamnées à six ans de prison pour une pièce de théâtre.

    • #160806 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Yannis RITSOS, un poète grec communiste.

      ***

      LES CHOSES ÉLÉMENTAIRES

      ***

      De façon maladroite, avec une grosse aiguille, du gros fil,

      il coud les boutons du manteau. Il parle tout seul :

      As-tu mangé ton pain ? As-tu dormi tranquillement ?

      As-tu pu parler ? Tendre la main ?

      T’es-tu souvenu de regarder par la fenêtre ?

      As-tu souri lorsqu’on a frappé à la porte ?

      S’il y a toujours la mort, elle est seconde.

      La liberté toujours est la première 

    • #160937 Répondre
      Godot le bègue
      Invité
      • #160938 Répondre
        Godot le bègue
        Invité

        « La mort vient nombreuse, vient des problèmes résolus sur les cartes, de dispositions bien ordonnées,
        d’angles de tir élevés, dirigés.
        La mort vient d’outils innocents
        que des enfants pourraient aimer, garder sous leurs oreillers, qui empalent innocemment n’importe quelle chair.
        Après la chute de la chair, l’esprit s’éteint ; la pensée quitte l’esprit, et
        les projets, concentrés sur le but désiré, sont interrompus.
        Le poison progresse dans les nerfs et
        la chute de la discipline est accomplie. Le corps n’attend plus que la tolérance des corbeaux. »
        .
        Charles Donnelly, La tolérance des corbeaux

    • #160995 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Pas seulement de passage
      .
      Hier, une étoile a dit
      à la petite lumière dans mon cœur :
      Nous ne sommes pas seulement des passagers
      de passage.
      .
      Ne meurs pas. Sous cet éclat
      certains errants continuent
      de marcher.
      .
      Tu as été créée d’abord par amour,
      alors ne porte rien d’autre que l’amour
      pour ceux qui tremblent.
      .
      Un jour, tous les jardins ont germé
      de nos noms, de ce qui restait
      de cœurs languissants.
      .
      Et depuis qu’elle a atteint sa maturité, cette langue ancienne
      nous a appris comment guérir les autres
      avec notre nostalgie,
      comment être un parfum céleste
      pour détendre leurs poumons serrés : un soupir de bienvenue,
      un souffle d’oxygène.
      .
      Doucement, nous passons sur les blessures,
      comme une gaze intentionnelle, un soupçon de soulagement,
      une aspirine.
      .
      Ô petite lumière en moi, ne meurs pas,
      même si toutes les galaxies du monde
      se referment.
      .
      Ô petite lumière en moi, dis :
      Entre dans mon cœur en paix.
      Tous, entrez !
      .
      Hiba Abu Nada
      Elle était une brillante poétesse, romancière et éducatrice palestinienne, née en 1991 à La Mecque. Elle a été tuée le 20 octobre 2023 dans un bombardement aérien israélien sur sa maison à Khan Younès, dans la bande de Gaza. Elle n’avait que 32 ans.

    • #161086 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Tiens bon, ô mon pays
      .
      Ô ! Comme nous sommes seuls ! Tous les autres ont gagné leurs guerres et toi, tu as été laissée dans ta boue, stérile.

      Darwish, ne sais-tu pas ? Aucune poésie ne rendra au solitaire ce qui a été perdu, ce qui a été volé.

      Comme nous sommes seuls ! C’est un nouvel âge d’ignorance. Maudits soient ceux qui nous ont divisés dans la guerre et qui ont marché ensemble à ton enterrement.

      Comme nous sommes seuls ! Cette terre est un marché ouvert, et tes grands pays ont été vendus aux enchères, disparus !

      Comme nous sommes seuls ! C’est un âge d’insolence, et personne ne se tiendra à nos côtés, jamais.

      Ô ! Comme nous sommes seuls ! Efface tes poèmes, anciens et nouveaux, et toutes ces larmes. Et toi, ô Palestine, tiens bon.
      .
      Hiba Abu Nada

      • #161091 Répondre
        graindorge
        Invité

        la terre de Palestine tient bon. Ce sont ses enfants qui tombent
        Paix à ton âme Hiba

    • #161201 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Refuge
      .
      Je vous accorde refuge
      dans l’invocation et la prière.
      Je bénis le quartier et le minaret
      qu’ils les protègent de la roquette,
      .
      depuis l’instant
      où elle n’est que l’ordre d’un général
      jusqu’à ce qu’elle devienne
      un raid.
      .
      Je vous accorde refuge, à vous et aux petits,
      ces petits qui,
      par leurs sourires,
      détournent la course de la roquette
      avant qu’elle ne touche le sol.
      .

      Je vous accorde refuge, à vous et aux petits,
      ces petits endormis comme des poussins blottis dans leur nid.
      .
      Ils ne glissent pas vers des rêves en dormant.
      Ils savent que la mort rôde à l’extérieur de la maison.
      .
      Les larmes de leurs mères sont désormais des colombes
      qui les suivent, s’étirant derrière
      chaque cercueil.
      .
      J’accorde refuge au père,
      le père des petits qui maintient la maison droite
      quand elle penche sous les bombes.
      Il supplie l’instant de la mort :
      « Aie pitié. Laisse-moi encore un peu de temps.
      Pour eux, j’ai appris à aimer ma vie.
      Accorde-leur une mort
      aussi belle qu’ils le sont. »
      .
      Je vous accorde refuge
      contre la douleur et la mort,
      refuge dans la gloire de notre siège,
      ici, dans le ventre de la baleine.
      .
      Nos rues, à chaque bombe, chantent la gloire de Dieu.
      Elles prient pour les mosquées et les maisons.
      Et chaque fois que le bombardement commence au Nord,
      nos supplications s’élèvent au Sud.
      .
      Je vous accorde refuge
      contre la blessure et la souffrance.
      .
      Par les mots des Écritures sacrées,
      je protège les oranges de la piqûre du phosphore
      et les ombres des nuages de la brume toxique.
      .
      Je vous accorde refuge dans la certitude
      que la poussière se déposera,
      et que ceux qui se sont aimés et sont morts ensemble
      riront un jour.
      .
      Hiba Abou Nada

    • #161207 Répondre
      Urdanivia
      Invité

      Cesar Vallejo(Poète Péruvien, 1892-1938)
      VO:

      Piedra negra sobre una piedra blanca

      Me moriré en París con aguacero,
      un día del cual tengo ya el recuerdo.
      Me moriré en París -y no me corro-
      tal vez un jueves, como es hoy, de otoño.

      Jueves será, porque hoy, jueves, que proso
      estos versos, los húmeros me he puesto
      a la mala y, jamás como hoy, me he vuelto,
      con todo mi camino, a verme solo.

      César Vallejo ha muerto, le pegaban
      todos sin que él les haga nada;
      le daban duro con un palo y duro

      también con una soga; son testigos
      los días jueves y los huesos húmeros,
      la soledad, la lluvia y los caminos…

      César Vallejo, Poemas humanos, 1939.

      Français:

      Pierre noire sur une pierre blanche

      Je mourrai à Paris par temps de pluie,
      un jour dont j’ai déjà le souvenir.
      Je mourrai à Paris – pourquoi rougir –
      en automne, un jeudi, comme aujourd’hui.

      Un jeudi, car aujourd’hui que, jeudi,
      je prose ces vers, j’ai mis au martyre
      mes humérus, et jamais, pour finir,
      je fus plus seul, en chemin, qu’aujourd’hui.

      César Vallejo est mort, ils frappaient
      tous sur lui sans qu’il ne leur ait rien fait;
      ils cognaient dur avec un bâton, dur

      avec une corde aussi ; sont témoins
      les jours, jeudi et les os humérus,
      la solitude, la pluie, les chemins.

      Poèmes humains, 1939. Traduction Jacques Ancet.

    • #161792 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      La prostituée du coin de la rue elle porte en elle un pays de citronnelle et de jacarandas en fleurs
      .
      mais personne ne s’en souvient pas même elle
      .
      c’est trop loin
      .
      douze ans à Kaduna ou Kinshasa peu importe c’est là-bas d’une frontière à l’autre quand on arrive ici on devient flou on devient de là-bas on est à la fois si proche qu’on nous palpe aux seins et si loin qu’on a beau faire le tapin cramponnée au bitume du trottoir on reste d’ailleurs
      .
      c’est une chance d’être exotique ça attire bien mais ça paie moins
      .
      on vient tâter du pays on va aux noires comme on va au bar on dit qu’elles ont les cuisses fermes que la sueur aux épices c’est comme le vin chaud ça fait bander plus vite
      .
      on profite on tire on se tire un coup aux noires ou au bar c’est toujours en coup de vent du moment qu’on trinque à la passe interraciale puis qu’on fait des lois pour jeter après la marchandise avec la capote sale
      .
      j’observe ce petit manège de minuit-pute pense à notre assemblée nationale
      et je reste de pierre gargouille citoyenne avec en souvenir mes douze ans d’enfant sage
      .
      Hélène Miguet
      Extrait de Gargouilles,
      paru aux éditions « Sous le sceau du tabellion »

    • #161953 Répondre
      Carpentier
      Invité

      La vie
      c’est des virgules
      à l’infini

      de Certain Noé P., de Montreuil, il a 8 ans –
      (publié sur une affiche du métro, dans le cadre du grand prix de poésie ratp)
      Peut-être le gagnant?

    • #161954 Répondre
      Carpentier
      Invité

      oublié un c sur mon mail, bon
      (j’espère que mes lunettes m’attendent bien au boulot)
      doigts croisés, sinon je les ai paumées hier, sur le chemin, quand je les ai échangées pour celles de soleil
      – tout ça pour les porter en serre-tête, en plus
      pffff, n’importe Carpentier, vraiment –
      prends rdv chez le coiffeur et fais comme d’hab: coupe tout.

      • #161976 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Tellement mimi le poème de Noé!
        J’aime bien le deuxième aussi: très ancré dans le réêê:
        cette histoire de lunettes, de serre-tête, d’inquiète,
        Et cette future fin tragique des cheveux jugés coupables de la possible perte de lunettes.
        Blague à part : c’est casse-pieds de pas retrouver les lunettes

        • #162044 Répondre
          Carpentier
          Invité

          viens sans doute en pas mal de têtes le générique des hors séries qui décline, façon comptines, un j’ai perdu mes lunettes de coquette
          J’en ai une autre paire, jamais portée ou quasi même si fabriquée sur une correction plus récente
          car elles me filent la gerbe, elles aussi (pourquoi elles aussi? tout va bien, non? ah oui oui c’est vrai)
          Des progressives mal mesurées ou que sais-je qui focalisent sur 1 cm2 net max, tu imagines le truc?
          Tout le reste de mon champ de vision est déformée
          (même pu besoin de boire un peu de cidre pour pas voir net)
          Vais plutôt me louer un exo-squelette Decath tiens,

          • #162063 Répondre
            Graindorge
            Invité

            Moi j’ai une paire pour protéger des reflets bleus des ordis. Finalement c’est pas la panacée alors je les bouge pas, toujours à la même placer dans leur joli boîtier. Et je m’en sers pour chercher mes lunettes du quotidien car j’ai la mauvaise habitude de les laisser traîner partout.

    • #162039 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      « Un oiseau a niché dans mon dos, sous l’épaule gauche, entre l’omoplate et la septième vertèbre dorsale. Depuis le commencement de cette cohabitation, je me questionne sur la nature hybride de mon corps. Je regarde le ciel avec un air de connivence. Je me tourne souvent pour adopter la perspective de l’oiseau. »
      .
      Anna Milani
      (Extrait de Géographies de steppes et de lisières, 2022)

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