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Accueil Forums Forum général Poèmes page 4

Étiqueté : 

  • Ce sujet contient 164 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Claire N, le il y a 1 jour et 4 heures.
Vous lisez 71 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #136816 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Poèmes 3 a eu un couac

    • #136817 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la pointe du ciel

      L’estafilade

      D’une mouette

      • #136818 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Alain Kervern, brestois, est né au Vietnam en 1945. Il a étudié et enseigné le japonais et affirme que les non-japonais ne peuvent comprendre et écrire des haïkus. Mais, il se trouvera emporté par cette vague du haïku dans les pays occidentaux et publie lui aussi des poèmes courts. Dans « Les portes du monde », aux éditions Folle avoine (1992)

        • #136819 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Les lampadaires s’allument

          A voix basse

          La marée monte

    • #137501 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Je vais retrouver l’auteur de ce poème
      ****

      Quelque chose

      Faire quelque chose d’autre,
      Trouver autre chose dans autre chose,
      Quelque chose de caché, quelque chose d’inaperçu,
      Quelque chose qui avant jamais comme ça,
      Et en même temps sans comment faire évident,
      Sans itinéraire prédéfini,
      Quelque chose en autre chose,
      Autre chose qui soit ici et là en même temps,
      Quelque autre ici,
      Le révéler, l’invoquer,
      Faire que quelque chose se fasse tout seul,
      Ici est plein d’ailleurs,
      Déborde d’autre,
      Il suffit de le déchiffrer et de le permettre,
      Tout cela est tellement simple
      Que c’est presque hors de portée pour ceux
      Qui sont trop ici et maintenant,
      Et pourtant il n’y a rien d’autre
      Qu’ici et maintenant,
      Mais autrement,
      Seule mon absence est palpable,
      J’en parle ainsi
      Pour l’effacer
      Jusqu’à ce que s’efface le quelque part où
      Quelqu’un avait parlé,
      Quelqu’un qui fut effacé,
      Effacés l’ici et le maintenant,
      De cette liberté faire
      Quelque chose d’autre,
      Quelque autre ici, quelque autre toi,
      Quelque chose.

    • #137531 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Patrick Blanche, né en 1950, s’approche du haïku en lisant « Journal des yeux », de Gary Snider, poète de la beat generation à San Francisco. Blanche publie ses premiers haïkus en 1980, dans la revue P.A.F, réalisée par Maurice Coyaud.

      ***************

      Sur la route enneigée

      Les pattes des moineaux semblent

      encore sautiller

    • #137787 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Chronique de la fin de la dîme et du tribut (Crónica del fin del diezmo y del tributo) par Félix Pita Rodríguez

      ********

      Ceci est la fin de la dîme et du tribut.
      La fin des pieds nus et des haillons.
      C’est la fin de je n’ai nulle part où dormir,
      je n’ai ni assiette ni cuillère. C’est la fin de je meurs,
      sans médicaments. Et l’hôpital ?
      Ils m’ont fait sortir comme incurable.

      ********

      …..L’hôpital n’a pas de lits
      pour ceux qui portent leur cadavre sur le dos.
      C’est la fin de si ça ne te plaît pas va voir ailleurs
      si tu trouves un autre travail.
      La fin de je suis trop vieux, ils ne me veulent pas,
      dans aucun atelier, aucune usine.

      ********

      C’est simple et facile à comprendre,
      c’est la fin de je n’ai pas et de je voudrais,
      la fin de si je pouvais et de je ne peux pas
      car je n’ai pas.

      ********

      …..La fin de ne sois pas idiote, ma fille,
      avec ce corps, moi, je n’avais pas faim.
      La fin de si vous ne payez pas demain je vous assigne en justice,
      la fin de si vous ne payez pas demain j’arrête de vous servir le lait.
      La fin de pour le moment je ne peux pas aller à l’école
      on verra si le mois prochain ce sera possible
      de t’acheter de nouvelles chaussures.

      ********

      C’est simple, ce sont des paroles claires,
      c’est la fin de je suis blanc et tu es noir,
      ne t’y trompe pas. La fin de que pouvais-je faire,
      ils ont pris ma terre, les soldats sont venus,
      un de mes enfants est mort en route.

      *********

      Chacun peut le comprendre, c’est très simple,
      je suis en train de parler de choses qui se passaient
      tous les jours de l’année.

      ********

      …..C’est la fin d’ils m’ont donné
      dix pesos pour voter. La fin d’il n’y a pas de pupitres,
      pas de crayons, pas de livres à l’école.

      ********

      …..La fin d’ils l’ont tué
      quand il montait dans le train, à Manzanillo,
      un capitaine qui lui a tiré dans le dos.
      Il paraît que c’était un ordre de l’ambassade américaine.

      *********

      Ce sont les choses qui se passaient alors,
      des choses amères, troubles, qui blessaient
      au plus secret du cœur.

      **********
      La fin de je te dis que c’est la fin du monde,
      que ça n’en vaut pas la peine, il faut vivre et c’est tout.
      La fin d’hier, de désespoir, un homme sans travail
      a tué sa femme et leurs deux enfants
      avant de se suicider. La fin de tu l’as lu comme moi, il s’est dépensé
      cette nuit vingt mille pesos pour une fête au Biltmore.
      C’est la fin d’il serait encore en vie s’ils l’avaient opéré à temps,
      mais l’opération coûte cher.

      *********

      La fin de tu te rends compte le Ministre
      a encore perdu cette nuit au Casino.
      Trente mille en une heure et demie, à ce qu’on dit.
      La fin de s’il te plaît peux-tu me lire cette carte de mon fils.
      La fin de si vous ne savez pas signer, mettez une croix ici,
      devant deux témoins. La fin de dans notre région
      il meurt trois enfants tous les cinq jours.

      *********

      …..C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est à pleurer de joie en le voyant,
      parce que c’est comme si c’était le premier matin
      après la fin, la fin du monde.
      Le premier matin, le premier sourire,
      le premier air pur, le premier enfant.

      **********

      C’est à n’en pas croire ses yeux.
      C’est la Révolution qui entre dans les maisons
      pour mettre les choses à leur place.

      **********

      C’est la fin de la nuit et de l’amertume.
      C’est la fin de la dure dîme et du sanglant tribut.

    • #137925 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Juste cette fois-ci, juste une fois, je me souviens que Peggy est partie un 28 février. Je m’en souviens car c’était aussi un anniversaire.
      Elle aussi, comme Perec, avait écrit des Je me souviens.
      Voici le sien
      *********
      Je Me Souviens
      Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
      était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
      d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
      couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
      vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
      épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
      déchu éternel de Dieu.
      Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
      remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
      exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
      regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
      moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
      mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
      de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
      jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
      mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
      me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
      jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
      s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
      appartenaient.
      Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
      de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
      jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
      bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.
      Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que
      Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
      roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
      ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
      que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
      pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
      fait ça

      Je me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
      qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
      de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
      que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
      m’offrant ces deux baffes sur mes joues.
      Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
      est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
      souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
      j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
      sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
      perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.
      Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
      quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
      Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
      lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
      poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
      mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
      enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.
      Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
      leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
      maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
      Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
      obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
      qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
      Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
      sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
      toujours.
      Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
      passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
      dernier souffle.

      • #137926 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        C’est si difficile de rendre cette lumière là , celle aveuglante du réveil
        J’aime la balançoire, la tarte aux framboises, les baffes et les chants comme un pied
        Et puis aussi cette tournure
        « Je me souviens de sa peau remplis de ses traits »

    • #137927 Répondre
      Claire N
      Invité

      C’est difficile mais certains trouvent Sapins et Chloé
      L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux

      • #137928 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « L’aurore , la lumière qui perce la brume du sommeil jusqu’au radieux » j’aime.
        Pas pu ouvrir Sapins et Chloé

        • #137929 Répondre
          Claire N
          Invité

          Voilà voilà –
          C’est daphnis pas sapin ( Ravel )

    • #139066 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la lenta caída de la tarde
      amar la vida largamente es todo
      el oficio del hombre que respira.
      Alzar la mano y detener el cielo.
      Destino de la luz, nunca te acabes.
      Luis Feria

    • #139273 Répondre
      bibinard
      Invité

      Ile fo sans trêdet sét laloua deux l’anha tur
      Lanne in geoure poure tend sans moka
      Haie nœud c’est commis limenca
      Kare ilet beau nekre à tuhr
      Ilalet pahr péhi a qonpaniais duche yiain
      Graveu mançan çomjhei hari hein
      Touxdeu sut ivhy daim kaum inmet reuh

      Aitesétéra

      Çéd uplu gren deux toul et tan

    • #139299 Répondre
      Zorglub
      Invité

      LE GRAND COMBAT

      Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;
      Il le rague et le roupéte jusqu’à son drâle ;
      Il le pratéle et le libucque et lui baroufle les ouillais ;
      Il le tocarde et le marmine,
      Le manage rape à ri et ripe à ra.
      Enfin il l’écorcobalisse.
      L’autre hésite, s’espudrine, se défaisse, se torse et se ruine.
      C’en sera bientôt fini de lui ;
      Il se reprise et s’emmargine… mais en vain
      Le cerveau tombe qui a tant roulé.
      Abrah ! Abrah ! Abrah !
      Le pied a failli !
      Le bras a cassé !
      Le sang a coulé !
      Fouille, fouille, fouille,
      Dans la marmite de son ventre est un grand secret.
      Mégères alentours qui pleurez dans vos mouchoirs;
      On s’étonne, on s’étonne, on s’étonne
      Et on vous regarde,
      On cherche aussi, nous autres le Grand Secret.

      « Papa, fais tousser la baleine », dit l’enfant confiant.
      Le tibétain, sans répondre, sortit sa trompe à appeler l’orage
      et nous fûmes copieusement mouillés sous de grands éclairs.
      Si la feuille chantait, elle tromperait l’oiseau.

      (Henri Michaux)

      • #139363 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci Zorglub pour ces retrouvailles avec Michaux

      • #139364 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        l’occasion de comprendre que plus qu’un romancier / nouvelliste Roberto Bolaño était avant tout un poète, un immense poète d’avant-garde empli d’une tension poétique surréaliste et singulière.

        ********

        1/

        Tes yeux sont le livre que je lis le plus

        Dans mon rêve de nouveau je te prends la main

        Tu ne me demandes rien

        Tu sais que dans les territoires de mes chimères

        je te retrouverai toujours

        que je te donnerai dix baisers

        Et puis …

        Dix de plus

        *******

        2/

        Écrire des prières que tu murmureras

        avant d’écrire des poèmes

        que tu croiras n’avoir jamais écrits

        Traquer la beauté absolue

        celle qui contient toute la grandeur et la misère du monde

        qui ne sont visibles que par celles et ceux qui aiment

        ******
        3/

        Mon visage dans cette chambre obscure était de voyage

        Je dessinais sur les draps silencieux mon pôle Nord final

        Je me construisais une nouvelle carte

        J’avais perdu un pays

        mais j’avais gagné un rêve
        ********

        4/

        Parfois le mystère tombe sur nos rêves

        comme un oiseau dans le giron d’un enfant .

        Nos souvenirs dégringolent par le trou de la nuit

        Nous nous transformons en limiers

        de notre propre mémoire

        Nous en ramassons les miettes …

        …Sans une plainte

        Surgissent alors les vagues

        du rêve le plus ancien

        comme les partitions d’un rêve final

        Nous sommes enfin sur le sentier confus

        et magnétique …

        …Des ânes et des poètes

        *******
        5/

        Apprends- moi à danser

        à mouvoir mes mains

        dans le coton

        de tes nuages

        Ton soleil de pêche

        me fera Boléro

        qui déambule

        dans les collines

        me fera Tango

        qui regarde

        les lumières du port

        J’enfilerai la nuit

        Ma danse sera un rêve

        qui se reconnaît

        dans l’aventure
        ********

        6/

        J’ai rêvé que je revenais

        chez moi …Trop tard

        J’ai rêvé que je devais

        repartir sur les chemins

        J’ai rêvé que mon cœur

        pleurait sur ce chemin

        des chiens de mon âme

        Là où personne ne veut aller

        Un chemin que seuls parcourent

        les poètes quant il ne leur reste

        plus rien ã faire

        Mais moi j’avais encore

        tant de choses à faire

        jusqu’à ce qu’enfin

        mon âme trouve mon cœur

        *********

        7/

        Tu as toujours voulu être

        un gangster élégant

        Marcher sur les éclairs

        dans des rues aux maisons vides

        Sans patience

        ni impatience

        tel un mendiant de marbre

        assis tout à l’arrière

        d’un bus de nuit

        Tu as toujours voulu débrancher

        les caméras encastrées

        Te réfugier dans ta chienne de poche

        dans tes gigantesques boîtes à chaussures

        Devenir crabe blanc

        sans mer ni sable

        Tu as toujours voulu te perdre

        dans l’Antarctique instantané du poème

        dans les plis de son possible

        • #139517 Répondre
          Claire N
          Invité

          « Écrire des prières que tu murmureras
          avant d’écrire des poèmes
          que tu croiras n’avoir jamais écrits »
          Comment ne pas mieux s’en sortir
          L’amour, le don, la poésie
          Effacer toute trace de transaction
          Effacer le prix
          Rendre à la route leur «  gratuité « 
          A bon entendeur pour ceux qui figent en transaction et en valeur

    • #139592 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale

      Ça sera par un soir horrible

      Clair, chaud, parfumé, sensuel

      Je mourrai d’un pourrissement

      De certaines cellules peu connues

      Je mourrai d’une jambe arrachée

      Par un rat géant jailli d’un trou géant

      Je mourrai de cent coupures

      Le ciel sera tombé sur moi

      Ça se brise comme une vitre lourde

      Je mourrai d’un éclat de voix

      Crevant mes oreilles

      Je mourrai de blessures sourdes

      Infligées à deux heures du matin

      Par des tueurs indécis et chauves

      Je mourrai sans m’apercevoir

      Que je meurs, je mourrai

      Enseveli sous les ruines sèches

      De mille mètres de coton écroulé

      Je mourrai noyé dans l’huile de vidange

      Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes

      Et, juste après, par des bêtes différentes

      Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge

      Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir

      Je mourrai peut-être sans m’en faire

      Du vernis à ongles aux doigts de pied

      Et des larmes plein les mains

      Et des larmes plein les mains

      Je mourrai quand on décollera

      Mes paupières sous un soleil enragé

      Quand on me dira lentement

      Des méchancetés à l’oreille

      Je mourrai de voir torturer des enfants

      Et des hommes étonnés et blêmes

      Je mourrai rongé vivant

      Par des vers, je mourrai les

      Mains attachées sous une cascade

      Je mourrai brûlé dans un incendie triste

      Je mourrai un peu, beaucoup,

      Sans passion, mais avec intérêt

      Et puis quand tout sera fini

      Je mourrai.

      Boris Vian (1920 – 1959)

    • #139595 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Ha bah voilà… En lisant ça je pensais à Boris Vian, mais un autre poème très proche qui s’intitule « je voudrais pas crever ».

      Je voudrais pas crever
      Avant d’avoir connu
      Les chiens noirs du Mexique
      Qui dorment sans rêver
      Les singes à cul nu
      Dévoreurs de tropiques
      Les araignées d’argent
      Au nid truffé de bulles
      Je voudrais pas crever
      Sans savoir si la lune
      Sous son faux air de thune
      A un coté pointu
      Si le soleil est froid
      Si les quatre saisons
      Ne sont vraiment que quatre
      Sans avoir essayé
      De porter une robe
      Sur les grands boulevards
      Sans avoir regardé
      Dans un regard d’égout
      Sans avoir mis mon zobe
      Dans des coinstots bizarres
      Je voudrais pas finir
      Sans connaître la lèpre
      Ou les sept maladies
      Etc etc…..

    • #140192 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Enivrez-vous

      Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

      Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

      Et si quelquefois, sur les marches d’un palais, sur l’herbe verte d’un fossé, vous vous réveillez, l’ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l’étoile, à l’oiseau, à l’horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l’étoile, l’oiseau, l’horloge, vous répondront, il est l’heure de s’enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.

      Charles Baudelaire, Petits Poèmes en prose (1869 – posthume)

      • #140211 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        C’est vraiment très bien, comme Rimbaud, je boirai des liqueurs aussi fortes que de l’huile bouillante…
        Mais est-ce vraiment utile de mettre ce genre de poésie sur un forum intoxiqué au réel, au présent ? Du moins qui a une vision aussi classique et conventionnelle du dit réel.

    • #140291 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Couleurs
      Federico Garcia Lorca
      Au-dessus de Paris
      la lune est violette.
      Elle devient jaune
      dans les villes mortes.
      Il y a une lune verte
      dans toutes les légendes.
      Lune de toile d’araignée
      et de verrière brisée,
      et par-dessus les déserts
      elle est profonde et sanglante.

      Mais la lune blanche,
      la seule vraie lune,
      brille sur les calmes
      cimetières de villages.

      Federico Garcia Lorca, Chansons sous la lune

    • #140387 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Plus personne ne t’envoie de lettres Sous le phare

      dans le soir qui tombe Les lèvres gercées par le vent

      Vers l’Est ont fait la révolution Un chat

      dort dans tes bras

      Parfois tu es immensément heureux

      ***

      Maintenant tu te promènes en solitaire sur les quais de Barcelone

      Tu fumes une cigarette brune et durant

      un moment tu te dis que ça serait bien qu’il pleuve.

      Les dieux ne t’accordent pas d’argent

      mais ils t’accordent des caprices étranges

      Lève les yeux :

      Il pleut.
      Roberto Bolaño

    • #140579 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Delia Elena San Marco (par Jorge Luis Borges)

      *****
      On s’est dit au revoir à un coin de rue à Once. De l’autre trottoir, je me suis retourné pour regarder en arrière ; toi aussi, tu t’étais retournée, et tu m’as fait signe de la main.

      *****

      Un fleuve de véhicules et de personnes coulait entre nous. Il était cinq heures d’un après-midi ordinaire. Comment aurais-je pu savoir que ce fleuve était l’Achéron, le lugubre, l’insurmontable ?

      *****

      On ne s’est plus revus, et un an plus tard, tu étais morte.

      *****

      Et maintenant, je recherche ce souvenir et je le regarde, et je pense qu’il était faux, et que derrière cet adieu banal se cachait une séparation infinie.

      *****

      Hier soir, je suis resté à la maison après le dîner et j’ai relu, afin de comprendre ces choses, le dernier enseignement que Platon a mis dans la bouche de son maître. J’ai lu que l’âme peut s’échapper lorsque la chair meurt.

      *****

      Et maintenant, je ne sais pas si la vérité est dans l’interprétation ultérieure et funeste, ou dans l’adieu sans méfiance.

      *****

      Car si les âmes ne meurent pas, il est juste que nous ne fassions pas grand cas de nous dire au revoir.

      *****

      Se dire au revoir, c’est nier la séparation. C’est comme dire « aujourd’hui, on joue à se séparer, mais on se verra demain ». L’homme a inventé les adieux parce qu’il sait d’une certaine manière qu’il est immortel, même s’il peut paraître gratuit et éphémère.

      *****

      Un jour, Delia, nous reprendrons — auprès de quel fleuve ? — ce dialogue incertain, et nous nous demanderons si jamais, dans une ville perdue dans une plaine, nous étions Borges et Delia.

    • #140678 Répondre
      Oscar
      Invité

      Ting, Walasse (j’ai méchamment écorché son nom hier, désolée)

      1 an, première chanson
      5 ans, premier dessin d’un dragon volant
      6 ans, première fois que je sens une fleur
      16 ans, premier amour…
      18 ans, première fois que je quitte la Chine
      19 ans, première aquarelle vendue
      21 ans, première exposition personnelle
      22 ans, première traversée maritime pour Paris…
      28 ans, première fois que je ne crois plus en rien
      29 ans, premier poème
      30 ans, première fois en Amérique…
      32 ans, première fois que je mange un hot dog
      37 ans, première fois que je suis père d’une petite fille
      38 ans, première fois que j’achète une télévision 
      44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
      45 ans, première fois que je suis un Américain
      46 ans, première fois que l’argent a l’odeur du mensonge…
      48 ans, première fois que je réalise que la vie est un cycle
      51 ans, première fois que j’achète une lettre de Gauguin
      55 ans, premier petit déjeuner sous un arc-en-ciel
      67 ans, première pêche en mer  
      68 ans, première fois que je peins une baleine  
      69 ans, première fois que j’achère un Boudha blanc
      70 ans, première fois que j’achète 2 étoiles filantes…

      • #140681 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        44 ans, première fois que je vois mon père dormir dans un cercueil
        pas mal

      • #140695 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Que j’achète 2 étoiles filantes ??

        • #140755 Répondre
          Oscar
          Invité

          Pas compris non plus ! (Et il manque des âges en fait… c’est pas la liste dans son ensemble. J’essaye de trouver…)

          • #140772 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            À 54 ans, son premier chat ( voir mon partage dans le fil Peinture 2

    • #141223 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      La terre aux manoirs d’herbes

      Je viens d’un pays

      de voyance et de mélancolie

      qui marche au pas de ses

      derniers chevaux de trait,

      qui parle la langue

      de ses longues pluies après l’été,

      d’un pays de ronces et d’enfance

      qui se meurt du silence

      de ses rivières et moulins

      mais renaît dans la forge de ses chimères

      où le vent entrecroise les échos,

      où l’eau attise le feu

      et le feu déterre des arbrisseaux.

      *

      Je cherche mon pays d’enfance

      ce pays de copains braconneurs,

      des filles rougissantes comme des sœurs,

      des fontaines fraîches comme le marbre,

      des ruelles tièdes de l’été

      dont les volets ouverts sur la nuit

      laissent voir un homme

      en louanges avec ses dieux,

      une femme qui fait le ventre rond,

      ce pays des greniers

      où l’on se vêt des habits de la papauté,

      des granges où le foin

      sent le jupon et la camomille.

      Mais je suis né sans enfance

      comme on naît sans vie ou fortune,

      un père ne remplace pas une mouette,

      une mère n’aura jamais la tendresse d’un ruisseau

      où voltigent des têtards comme des soleils,

      la timidité d’un talus où l’on caresse la noisette.

      Prisonnière des villes,

      mon enfance grisonnait comme un adulte

      et ne recevait que le regard myope

      des chats vieux et des étoiles mortes.

      *

      Je les retrouve les yeux fermés

      les chemins de mon enfance

      qui s’échappent du bourg

      comme les rubans d’un chapeau.

      Je sens l’odeur des ornières,

      des feuilles pourrissantes,

      des fougères craquantes,

      l’odeur paresseuse des chevaux,

      de la graisse pour les essieux.

      J’entends les merles

      dans le fou rire de leur fuite,

      les ruisseaux à saute-mouton

      sous le préau des arbres.

      Je les retrouve de même

      les chemins immuables

      qui tournent le dos à la mer

      mais qui toujours me ramènent

      vers les feuillus océans.

      *

      Les odeurs qui traversèrent mon enfance

      je ne sais si elles flottent autour de moi

      ou si je les invente.

      Il y a comme en toute enfance

      l’odeur de la craie, des feuilles de marronniers,

      l’odeur du soleil dans une cour de récré,

      il y a l’odeur du métro

      qui n’a pas changé, allez savoir pourquoi,

      quand tout a changé à l’air libre,

      l’odeur chaude et attirante

      des soldats verts que j’observai mine de rien,

      prêt à déguerpir à un premier sourire,

      l’odeur des soupes, du pain frais,

      de la toile cirée, de l’encaustique à bon marché,

      l’odeur de la pluie dans un regard de fille,

      il y a des odeurs de toutes sortes

      qui sont en définitive des bruits

      et des images sans odeur.

      *

      Je suis passé par bien des Bretagnes,

      la Bretagne des écoles de campagne

      plus peuplées d’hortensias que d’enfants,

      celle des épiceries-buvette

      qui sentent le vin renversé, le pain chaud,

      le journal de la veille,

      la Bretagne des fermes où l’on se parle

      sans dire un mot.

      J’ai croisé toutes les Bretagnes

      sur les murs, les trottoirs de Montparnasse

      où je baptisais de nouveaux lieux-dits,

      d’imaginaires carrefours d’ici

      en récitant le noms des chiens,

      des chevaux à un kilomètre à la ronde,

      j’ai rencontré les Bretagnes africaines

      somnolentes et vertes comme le pays de l’Aven,

      grisonnantes comme la montagne de Brasparts.

      J’habite aujourd’hui

      la bretagne irréelle des poètes,

      des lutteurs au ventre mou,

      des demeures quatre ou cinq fois centenaires

      avec leurs toits incurvés

      comme une plante de pied,

      leurs glycines vieilles comme le ciel,

      leurs tours d’où l’on ne voit que le passé,

      une Bretagne qui ne fut pas bâtie pour moi

      mais qu’il me faut traverser.

      Rien n’est comme ailleurs,

      il est vrai,

      dans cette Bretagne distraite :

      la mer se retire dans le ciel

      où dérive le trop plein

      de ses iles en ailes roses,

      le soleil se glisse

      sous les draps de l’océan

      et réchauffe les pieds des promontoires,

      le vent démâte ce qui le déchire

      mais dépose sous l’aisselle d’un clocher

      une graine d’églantier,

      la pluie ne tombe pas,

      elle travailles sans le savoir

      comme un enfant qui rêve pour plus tard,

      tout semble breton indéfiniment :

      les hommes et les femmes en velours,

      les ruisseaux braconneurs,

      les tourterelles rondes comme des joues,

      les abeilles, les mille-pattes,

      les mille riens qui répondent de la vie.

      *

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      quand ses frontières seront en arbres couchés ?

      Vous souviendrez-vous de ses hommes

      aux identiques blessures que rouvrent leurs chants

      mais qui refusent le silence

      des incomplètes guérisons ?

      Vous souviendrez-vous

      des temps d’avant la nuit,

      d’avant les centrales blanches

      comme des palais d’été ?

      Vous souviendrez-vous de ses vents d’ouest,

      des vents de la mer tempérée

      où les oiseaux foncent comme des luges,

      de ses enfants au sommet des presqu’îles

      qui tendent leur poitrine comme pour s’envoler ?

      Vous souviendrez-vous de mon pays

      Quand ses frontières seront en sang séché ?

      La vie battait son plein

      dans le moulin qui m’a fait naître.

      Le ruisseau sautait sur la roue

      telle une chevelure,

      la palude émettait un chant de berceau.

      Mieux que les cadrans solaires,

      les meules broyaient le temps,

      la farine tombait des tamis

      en pluie tropicale,

      les printemps, les étés se succédaient

      sans qu’ils nous fussent comptés.

      Sans la chambre du haut,

      ma sœur et ma cousine

      chiffraient leur héritage,

      moi, je me contentais d’un couteau à six lames

      et d’un coquillage en forme de comète

      qui me murmuraient des histoires d’alizés inconnus.

      Les chèvres bondissaient sur les fenêtres,

      les chevaux au repos

      ouvraient des yeux de poète,

      les houx, les genêts, les ronciers

      grimpaient le long des siècles.

      Le soir nous regardions

      monter ou s’enfuir la rivière,

      s’agenouiller la lumière

      sur le prie-Dieu de la rive d’en face.

      Grand’mère allumait une lampe sourde

      au-dessus de son ouvrage.

      Je m’allongeais alors avec les chiens

      pour écouter la nuit brûler comme une torchère.

      La vie s’en est allée depuis.

      Des chevaux, il ne reste que les harnais

      craquelés telles des écorces,

      les chèvres maintenant sauvages

      amorcent des looping entre rivière et nuages.

      Le temps a fendu les poulies,

      Le temps a rompu les meules.

      Sur la chambre du haut,

      le ciel d’hiver est le grenier,

      dans les coffres disjoints du pauvre héritage

      les mille-pattes travaillent.

      Le ruisseau qui a changé son cours,

      blasphème d’une voix pâteuse,

      les écluses sont bloquées,

      la palude chuchote en toute saison

      des cantiques de Toussaint.

      Dès que j’amorce la descente vers ses ruines,

      j’entends de loin les bruits qui le hantent :

      la chute des pierres comme les fruits mûrs,

      la glissade des merles dans les toboggans du lierre,

      la colère du vent prisonnier des cheminées.

      J’entends surtout le cahotement de la charrette

      en route pour sa dernière livraison.

      Grand-père, sur les sacs de farine noire,

      chante à tue-tête,

      grand-mère à côté de lui prie

      et serre sur ses genoux sa lampe-tempête.

      Je m’approche des clapiers,

      des niches creusées dans la roche,

      j’erre d’une porte brisée

      à une fenêtre par où s’élance un arbre,

      j’interroge des empreintes imaginaires sur le sol,

      des scènes que le ciel emporte…

      Tout à coup apparaît un jeune garçon

      pas plus haut que les fleurs.

      Il me reconnaît et s’avance vers moi,

      mais je recule, recule

      comme si des ailes d’oiseaux morts

      remplaçaient ses mains

    • #141275 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Des raisons d’écrire
      « Proèmes » – 1948
      Francis Ponge

      Qu’on s’en persuade : il nous a bien fallu quelques raisons impérieuses pour devenir ou pour rester poètes. Notre premier mobile fut sans doute le dégoût de ce qu’on nous oblige à penser et à dire, de ce à quoi notre nature d’hommes nous force à prendre part.

      Honteux de l’arrangement tel qu’il est des choses, honteux de tous ces grossiers camions qui passent en nous, de ces usines, manufactures, magasins, théâtres, monuments publics qui constituent bien plus que le décor de notre vie, honteux de cette agitation sordide des hommes non seulement autour de nous, nous avons observé que la Nature autrement puissante que les hommes fait dix fois moins de bruit, et que la nature dans l’homme, je veux dire la raison, n’en fait pas du tout.

      Eh bien! Ne serait-ce qu’à nous-mêmes nous voulons faire entendre la voix d’un homme. Dans le silence certes nous l’entendons, mais dans les paroles nous la cherchons : ce n’est plus rien. C’est des paroles. Même pas : paroles sont paroles.

      O hommes ! Informes mollusques, foule qui sort dans les rues, millions de fourmis que les pieds du Temps écrasent! Vous n’avez pour demeure que la vapeur commune de votre véritable sang : les paroles. Votre rumination vous écœure, votre respiration vous étouffe. Votre personnalité et vos expressions se mangent entre elles. Telles paroles, telles mœurs, ô société! Tout n’est que paroles.

      N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant données les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons. Eh bienl relevons le défi.

      Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire? Voilà ce que je veux dire.

      Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.

      Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.

      Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre dé valeurs que possible.

      Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer.

      • #142169 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. « 

        • #142272 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je me demande, au passage
          Si ce n’est pas le meuilleure reponse
          Au jeu proposé par Alexandre
          Sur l’au delà de DAVA

          • #142284 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            oui tout à fait
            le comique a, plus densément encore que la littérature, cette manière là, cette vertu là : entraîner les paroles avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte quelles s’y défigurent
            et plus généralement : entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure

            • #142358 Répondre
              Claire N
              Invité

              « entraîner la betise du monde avec soi dans la honte où elle nous conduit de telle sorte qu’elle s’y défigure »
              Je pense que tu as plié le jeu – pour les siècles des siècles

    • #141707 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bannières de mai
      Arthur Rimbaud
      Aux branches claires des tilleuls
      Meurt un maladif hallali.
      Mais des chansons spirituelles
      Voltigent parmi les groseilles.
      Que notre sang rie en nos veines,
      Voici s’enchevêtrer les vignes.
      Le ciel est joli comme un ange.
      L’azur et l’onde communient.
      Je sors. Si un rayon me blesse
      Je succomberai sur la mousse.

      Qu’on patiente et qu’on s’ennuie
      C’est trop simple. Fi de mes peines.
      je veux que l’été dramatique
      Me lie à son char de fortunes
      Que par toi beaucoup, ô Nature,
      – Ah moins seul et moins nul ! – je meure.
      Au lieu que les Bergers, c’est drôle,
      Meurent à peu près par le monde.

      Je veux bien que les saisons m’usent.
      A toi, Nature, je me rends ;
      Et ma faim et toute ma soif.
      Et, s’il te plaît, nourris, abreuve.
      Rien de rien ne m’illusionne ;
      C’est rire aux parents, qu’au soleil,
      Mais moi je ne veux rire à rien ;
      Et libre soit cette infortune.

      Arthur Rimbaud, Derniers vers

    • #141732 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      C’est rire aux parents, qu’au soleil

    • #141932 Répondre
      Zorglub
      Invité

      L’horloge
      Charles Baudelaire
      ===
      Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
      Dont le doigt nous menace et nous dit : » Souviens-toi !
      Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi
      Se planteront bientôt comme dans une cible,
      ===
      Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
      Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
      Chaque instant te dévore un morceau du délice
      A chaque homme accordé pour toute sa saison.
      ===
      Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
      Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
      D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
      Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
      ===
      Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
      (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
      Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
      Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !
      ===
      Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
      Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
      Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
      Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
      ===
      Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
      Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
      Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
      Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

      Les fleurs du mal

    • #141985 Répondre
      Oscar
      Invité

      Bonjour ma vie
      Et vous mes désespoirs.
      Me revoici aux fossés
      Où naquit ma misère !
      ~
      Toi, mon vieux guignon,
      Je te rapporte un peu de cœur.
      ~
      Bonjour, bonjour à tous,
      Bonjour mes vieux copains ;
      Je vous reviens avec ma gueule
      De paladin solitaire,
      Et je sais que ce soir
      Monteront des chants infernaux…
      Voici le coin de boue
      Où dormait mon front fier,
      Aux hurlements des vents,
      Par les cris de Décembre ;
      Voici ma vie à moi,
      Rassemblée en poussière…
      ~
      Bonjour, toutes mes choses,
      J’ai suivi l’oiseau des tropiques
      Aux randonnées sublimes,
      Et me voici sanglant
      Avec des meurtrissures
      Dans mon cœur en rictus !…
      ~
      Bonjour mes horizons lourds,
      Mes vieilles vaches de chimères :
      Ainsi fleurit l’espoir
      Et mon jardin pourri !
      – Ridicule tortue,
      J’ai ouvert le bec
      Pour tomber sur des ronces.
      ~
      Bonjour mes poèmes sans raison…
      ~
      Bonjour, Kateb Yacine

    • #142044 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bonjour Oscar, bonsoir, bonne nuit et le bonjour de demain qui s’appellera aujourd’hui
      Encore un de Kateb Yacine

      *******
      Kebiout et Nedjma

      Nedjma chaque automne reparue
      Non sans m’avoir arraché
      Mes larmes et mon Khandjar
      Nedjma chaque automne disparue.
      Et moi, pâle et terrassé.
      De la douce ennemie
      À jamais séparé ;
      Les silences de mes pères poètes
      Et de ma mère folle
      Les sévères regards ;
      Les pleurs de mes aïeules amazones
      Ont enfoui dans ma poitrine
      Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu.
      Bergères taciturnes
      À vos chevilles désormais je veille
      Avec les doux serpents de Sfahli : mon chant est parvenu !
      Bergères taciturnes,
      Dites qui vous a attristées
      Dites qui vous a poursuivies
      Qui me sépare de Nedjma ?
      Dites main
      Rue de la Lyre
      Et l’aveugle lui montra le chemin
      À Moscou Kebiout s’éveilla Nedjma vivait
      Sur un tracteur De kolkhozienne
      Kebiout se perdit dans un parc
      Et comme un Coréen
      Reprit sa route dans les ruines
      J’emporte dans ma course
      Un astre : Nedjma m’attend
      Aimez si vous en avez
      Le courage !
      Voyez la lune au baiser glacé
      Nedjma voyage
      Sur ce coursier céleste
      Et Kebiout ronge son frein
      Rejoindra-t-il Nedjma ou l’astre ?
      Le paysan attend Kebiout s’étend sur une tombe
      Non pour mourir mais pour aiguiser
      Son couteau

      • #142051 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Kebiout s’étend sur une tombe
        Non pour mourir mais pour aiguiser
        Son couteau

      • #142055 Répondre
        Oscar
        Invité

        Hello Graindorge ! 🌞
        J’avais enfin lu Nedjma, mais il me faudra le relire – et le relire – En attendant sa poésie m’est plus accessible.
        Curieuse de (voir) son théâtre – mais je ne trouve rien pour l’instant.

    • #142067 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Un cœur de paysan sans terre
      Ou de fauve mal abattu. »

    • #142068 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Trouvé ça pour toi Oscar

      Les formes du théâtre en arabe populaire de Kateb Yacine – Persée https://share.google/udcoI4mlWbFIWbkSW

    • #142137 Répondre
      Oscar
      Invité

      Merci ! Tu es un excellent guide ; )

    • #142360 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Un poème de circonstance en ces temps incertains
      ===

      « Familiale », Jacques Prévert, Paroles, 1946.

      La mère fait du tricot

      Le fils fait la guerre

      Elle trouve ça tout naturel la mère

      Et le père qu’est-ce qu’il fait le père ?

      Il fait des affaires

      Sa femme fait du tricot

      Son fils la guerre

      Lui des affaires

      Il trouve ça tout naturel le père

      Et le fils et le fils

      Qu’est-ce qu’il trouve le fils ?

      Il ne trouve rien absolument rien le fils

      Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre

      Quand il aura fini la guerre

      Il fera des affaires avec son père

      La guerre continue la mère continue elle tricote

      Le père continue il fait des affaires

      Le fils est tué il ne continue plus

      Le père et la mère vont au cimetière

      Ils trouvent ça naturel le père et la mère

      La vie continue la vie avec le tricot la guerre les affaires

      Les affaires la guerre le tricot la guerre

      Les affaires les affaires et les affaires

      La vie avec le cimetière.

    • #142767 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Existe-t-il », מה יש un poème de Nurit Zarchi tiré du recueil L’âme est l’Afrique הנפש היא אפריקה.

      Nurit Zarchi est né à Jérusalem en octobre 1941 et a grandi au kibboutz Geva. Elle a écrit de la littérature pour enfants (plus de cent livres) et de nombreux recueils de poésie. Elle a reçu entre autres le prix Bialik (1999), le Prix Lea Goldberg (2011).

      ******

      Toute la matinée j’ai cherché la chaussette manquante,
      comme si la terre l’avait avalée.
      Il m’est arrivé de ne trouver aucune trace
      du livre et j’ai supposé qu’il n’avait jamais été écrit.
      Et où sont les quelques années que l’on nommerait ma vie ?
      *******
      Mais je n’ai pas perdu la bague que nous n’avions pas échangée
      ni l’enfant qui n’était pas destiné à naitre
      même dans mes pensées. Ce qui existe
      existe-t-il parce qu’il interroge ce qui a été
      à savoir un tremblement de terre ou un pont.

      ******

      Te laisser un message ou raccrocher
      certaines choses sont inexplicables
      comme traverser le rêve d’un autre,
      comme une pincée de sel sur la table

    • #143154 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Romance somnambule de Gabriel Garcia Lorca. Souffrant de flemmingie aiguë, pas marqué les espaces avec des ********

      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.
      L’ombre autour de la ceinture,
      elle rêve à son balcon,
      chair verte, verts cheveux
      avec des yeux d’argent froid.
      Vert et je te veux vert.
      Dessous la lune gitane,
      toutes les choses la regardent
      mais elle ne peut pas les voir.

      Vert et je te veux vert.
      De grandes étoiles de givre
      suivent le poisson de l’ombre
      qui trace à l’aube son chemin.
      Le figuier frotte le vent
      à la grille de ses branches
      et la montagne, chat rôdeur,
      hérisse ses durs agaves.
      Mais qui peut venir? Et par où?
      Elle est là sur son balcon,
      chair verte, cheveux verts,
      rêvant à la mer amère.

      L’ami, je voudrais changer
      mon cheval pour ta maison,
      mon harnais pour ton miroir,
      mon couteau pour ta couverture.
      L’ami, voilà que je saigne
      depuis les cols de Cabra.
      Si je le pouvais, petit,
      l’affaire serait déjà faite.
      Mais moi je ne suis plus moi
      et ma maison n’est plus la mienne.

      L’ami, je voudrais mourir dans
      mon lit, comme tout le monde.
      Un lit d’acier, si possible,
      avec des draps de hollande.
      Vois-tu cette plaie qui va
      de ma poitrine à ma gorge?
      Il y a trois cents roses brunes
      sur le blanc de ta chemise.
      Ton sang fume goutte à goutte
      aux flanelles de ta ceinture.
      Mais moi je ne suis plus moi et
      ma maison n’est plus la mienne.
      Laissez-moi monter au moins
      jusqu’aux balustrades hautes.
      De grâce, laissez-moi monter
      jusqu’aux vertes balustrades.
      Jusqu’aux balcons de la lune
      là-bas où résonne l’eau.

      Ils montent déjà, tous les deux,
      vers les balustrades hautes.
      Laissant un sentier de sang.
      Laissant un sentier de larmes.
      Sur les toitures tremblaient
      des lanternes de fer-blanc.
      Mille tambourins de verre
      déchiraient le petit jour.

      Vert et je te veux vert,
      vent vert, vertes branches.
      Ils ont monté, tous les deux.
      Le vent laissait dans la bouche
      un étrange goût de fiel,
      de basilic et de menthe.
      L’ami, dis-moi, où est-elle?
      Où est-elle, ta fille amère?
      Que de fois elle t’attendait!
      Que de fois elle a pu t’attendre,
      frais visage, cheveux noirs,
      à la balustrade verte!

      Sur le ciel de la citerne
      la gitane se berçait.
      Chair verte, cheveux verts
      avec ses yeux d’argent froid.
      Un petit glaçon de lune
      la soutient par-dessus l’eau.
      La nuit devint toute menue,
      intime comme une place.
      Des gardes civils ivres morts
      donnaient des coups dans la porte.
      Vert et je te veux vert.
      Vent vert. Vertes branches.
      Le bateau sur la mer,
      le cheval dans la montagne.

      Ces poèmes sont extraits de Romancero gitan,
      Poème du chant profond
      Traduction de Claude Esteban

      Romance Sonámbulo

      Verde que te quiero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar
      y el caballo en la montaña.
      Con la sombra en la cintura
      ella sueña en su baranda,
      verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Verde que te quiero verde.
      Bajo la luna gitana,
      las cosas la están mirando
      y ella no puede mirarlas.

      Verde que te quiero verde.
      Grandes estrellas de escarcha
      vienen con el pez de sombra
      que abre el camino del alba.
      La higuera frota su viento
      con la lija de sus ramas,
      y el monte, gato garduño,
      eriza sus pitas agrias.
      ¿Pero quién vendra? ¿Y por dónde…?
      Ella sigue en su baranda,
      Verde came, pelo verde,
      soñando en la mar amarga.

      — Compadre, quiero cambiar
      mi caballo por su casa,
      mi montura por su espejo,
      mi cuchillo per su manta.
      Compadre, vengo sangrando,
      desde los puertos de Cabra.
      — Si yo pudiera, mocito,
      este trato se cerraba.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.

      — Compadre, quiero morir
      decentemente en mi cama.
      De acero, si puede ser,
      con las sábanas de holanda.
      ¿No ves la herida que tengo
      desde el pecho a la garganta?
      — Trescientas rosas morenas
      lleva tu pechera blanca.
      Tu sangre rezuma y huele
      alrededor de tu faja.
      Pero yo ya no soy yo,
      ni mi casa es ya mi casa.
      — Dejadme subir al menos
      hasta las altas barandas;
      ¡dejadme subir!, dejadme,
      hasta las verdes barandas.
      Barandales de la luna
      por donde retumba el agua.

      Ya suben los dos compadres
      hacia las altas barandas.
      Dejando un rastro de sangre.
      Dejando un rastro de lágrimas.
      Temblaban en los tejados
      farolillos de hojalata.
      Mil panderos de cristal
      herían la madrugada.

      Verde que te quiero verde,
      verde viento, verdes ramas.
      Los dos compadres subieron.
      El largo viento dejaba
      en la boca un raro gusto
      de hiel, de menta y de albahaca.
      ¡Compadre! ¿Donde está, díme?
      ¿Donde está tu niña amarga?
      ¡Cuántas veces te esperó!
      ¡Cuántas veces te esperara,
      cara fresca, negro pelo,
      en esta verde baranda!

      Sobre el rostro del aljibe
      se mecía la gitana.
      Verde carne, pelo verde,
      con ojos de fría plata.
      Un carámbano de luna
      la sostiene sobre el agua.
      La noche se puso íntima
      como una pequeña plaza.
      Guardias civiles borrachos
      en la puerta golpeaban.
      Verde que te qinero verde.
      Verde viento. Verdes ramas.
      El barco sobre la mar.
      Y el caballo en la montaña.

      • #143155 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Federico García Lorca et pas Gabriel
        Pardon Federico

    • #143594 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A la musique
      Arthur Rimbaud
      Place de la Gare, à Charleville.

      Sur la place taillée en mesquines pelouses,
      Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
      Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
      Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

      – L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
      Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
      Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
      Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

      Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
      Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
      Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
      Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

      Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
      Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
      Fort sérieusement discutent les traités,
      Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… »

      Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
      Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
      Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
      Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –

      Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
      Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
      Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
      Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

      – Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
      Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
      Elles le savent bien ; et tournent en riant,
      Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

      Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
      La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
      Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
      Le dos divin après la courbe des épaules.

      J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
      – Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
      Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
      – Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

      Arthur Rimbaud

      • #143602 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
        Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
        Fort sérieusement discutent les traités,
        Puis prisent en argent, et reprennent : » En somme !… » »
        Et croc
        Aussi implacable que la mâchoire d’un chat sur une souris

        • #143604 Répondre
          Claire N
          Invité

          On peut remarquer qu’il n’est pas dans une impasse comico – politique

    • #143712 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Aux arbres
      Victor Hugo
      ===

      Arbres de la forêt, vous connaissez mon âme!
      Au gré des envieux, la foule loue et blâme ;
      Vous me connaissez, vous! – vous m’avez vu souvent,
      Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant.
      Vous le savez, la pierre où court un scarabée,
      Une humble goutte d’eau de fleur en fleur tombée,
      Un nuage, un oiseau, m’occupent tout un jour.
      La contemplation m’emplit le coeur d’amour.
      Vous m’avez vu cent fois, dans la vallée obscure,
      Avec ces mots que dit l’esprit à la nature,
      Questionner tout bas vos rameaux palpitants,
      Et du même regard poursuivre en même temps,
      Pensif, le front baissé, l’oeil dans l’herbe profonde,
      L’étude d’un atome et l’étude du monde.
      Attentif à vos bruits qui parlent tous un peu,
      Arbres, vous m’avez vu fuir l’homme et chercher Dieu!
      Feuilles qui tressaillez à la pointe des branches,
      Nids dont le vent au loin sème les plumes blanches,
      Clairières, vallons verts, déserts sombres et doux,
      Vous savez que je suis calme et pur comme vous.
      Comme au ciel vos parfums, mon culte à Dieu s’élance,
      Et je suis plein d’oubli comme vous de silence!
      La haine sur mon nom répand en vain son fiel ;
      Toujours, – je vous atteste, ô bois aimés du ciel! –
      J’ai chassé loin de moi toute pensée amère,
      Et mon coeur est encor tel que le fit ma mère!
      —–
      Arbres de ces grands bois qui frissonnez toujours,
      Je vous aime, et vous, lierre au seuil des antres sourds,
      Ravins où l’on entend filtrer les sources vives,
      Buissons que les oiseaux pillent, joyeux convives!
      Quand je suis parmi vous, arbres de ces grands bois,
      Dans tout ce qui m’entoure et me cache à la fois,
      Dans votre solitude où je rentre en moi-même,
      Je sens quelqu’un de grand qui m’écoute et qui m’aime!
      Aussi, taillis sacrés où Dieu même apparaît,
      Arbres religieux, chênes, mousses, forêt,
      Forêt! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,
      C’est sous votre branchage auguste et solitaire,
      Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,
      Et que je veux dormir quand je m’endormirai.
      ===

      Victor Hugo, Les Contemplations, Nelson, 1856

    • #144076 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Douceur
      *****

      Je dis : douceur.

      *****

      Je dis : douceur des mots
      Quand tu rentres le soir du travail harassant
      Et que des mots t’accueillent
      Qui te donnent du temps.

      *****

      Car on tue dans le monde
      Et tout massacre nous vieillit.
      *****
      Je dis : douceur,
      Pensant aussi
      À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
      À des cieux, à de l’eau dans les journées d’été,
      À des poignées de main.

      *****

      Je dis : douceur, pensant aux heures d’amitié,
      À des moments qui disent
      Le temps de la douceur venant pour tout de bon,
      ******
      Cet air tout neuf,
      Qui pour durer s’installera.
      E. Guillevic

    • #144105 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Révolte contre la poésie
      ¨¨¨¨
      Nous n’avons jamais écrit qu’avec la mise en incarnation de l’âme, mais elle était déjà faite, et pas par nous-mêmes, quand nous sommes entrés dans la poésie.
      Le poète qui écrit s’adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l’inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et il ne l’est pas.
      Il y a quelque chose derrière sa tête, autour de ses oreilles de sa pensée. Quelque chose est en germe dans sa nuque, où il était déjà quand il a commencé. Il est le fils de ses œuvres, peut-être, mais ses œuvres ne sont pas de lui, car ce qui était de lui-même dans sa poésie, ce n’est pas lui qui l’y avait mis, mais cet inconscient producteur de la vie qui l’avait désigné pour être son poète et qu’il n’avait pas désigné lui. Et qui ne fut jamais bien disposé pour lui.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas être le poète de mon poète, de ce moi qui a voulu me choisir poète, mais le poète créateur, en rébellion contre le moi et le soi. Et je me souviens de la rébellion antique contre les formes qui venaient sur moi.
      ¨¨¨¨

      C’est par révolte contre le moi et le soi que je me suis débarrassé de toutes les mauvaises incarnations du Verbe qui ne furent jamais pour l’homme qu’un compromis de lâcheté et d’illusion et je ne sais quelle fornication abjecte entre la lâcheté et l’illusion. Je ne veux pas d’un verbe venu de je ne sais quelle libido astrale et qui fut toute consciente aux formations de mon désir en moi.
      ¨¨¨¨

      Il y a dans les formes du Verbe humain je ne sais quelle opération de rapace, quelle autodévoration de rapace où le poète, se bornant à l’objet, se voit mangé par cet objet.
      Un crime pèse sur le Verbe fait chair, mais le crime est de l’avoir admis. La libido est une pensée d’animaux et ce sont ces animaux qui, un jour, se sont mués en hommes.
      ¨¨¨¨

      Le verbe produit par les hommes est l’idée d’un inverti enfoui par les réflexes animaux des choses et qui, par le martyre du temps et des choses, a oublié qu’on l’avait inventé.
      ¨¨¨¨

      L’inverti est celui qui mange son soi et veut que son soi le nourrisse, cherche dans son soi sa mère et veut la posséder pour lui. Le crime primitif de l’inceste est l’ennemi de la poésie et tueur de son immaculée poésie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux pas manger mon poème, mais je veux donner mon cœur à mon poème et qu’est-ce que c’est que mon cœur et mon poème. Mon cœur est ce qui n’est pas moi. Donner son soi à son poème, c’est risquer aussi d’être violé par lui. Et si je suis Vierge pour mon poème, il doit rester vierge pour moi.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce poète oublié, qui s’est vu tomber dans la matière un jour, et la matière ne me mangera pas, moi.
      Je ne veux pas de ces réflexes vieillis, conséquence d’un antique inceste venu de l’ignorance animale de la loi Vierge de la vie. Le moi et le soi sont ces états catastrophiques de l’être où le vivant se laisse emprisonner par les formes qu’il perçoit en lui. Aimer son moi, c’est aimer un mort et la loi du Vierge est l’infini. Le producteur inconscient de nous-même est celui d’un antique copulateur qui s’est livré aux plus basses magies et qui a tiré une magie de l’infâme qu’il y a à se ramener soi-même sur soi-même sans fin jusqu’à faire sortir un verbe du cadavre. La libido est la définition de ce désir de cadavre et l’homme en chute est un criminel inverti.
      ¨¨¨¨

      Je suis ce primitif mécontent de l’horreur inexpiable des choses. Je ne veux pas me reproduire dans les choses, mais je veux que les choses se produisent par moi. Je ne veux pas d’une idée du moi dans mon poème et je ne veux pas m’y revoir, moi.
      ¨¨¨¨

      Mon cœur est cette Rose éternelle venue de la force magique de l’initiale Croix. Celui qui s’est mis en croix en Lui-Même et pour Lui-Même n’est jamais revenu sur lui-même. Jamais, car ce lui-même par lequel il s’est sacrifié Lui-Même, celui-là aussi il l’a donné à la Vie après avoir forcé en lui-même à devenir sa propre vie.
      ¨¨¨¨

      Je ne veux être que ce poète à jamais qui s’est sacrifié dans la Kabbale du soi à la conception immaculée des choses.
      ¨¨¨¨
      Antonin Arthaud,
      Textes écrits à Rodez en 1944

    • #144306 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « L’état poétique est le seul promontoire connu d’où par n’importe quel temps du jour ou de la nuit l’on découvre à l’œil nu la côte nord de la tendresse, c’est aussi le seul état de la vie qui permet de marcher pieds nus sur des kilomètres de braises et de tessons ou de traverser à dos de requin un bras de mer en furie. »
      René Depestre

    • #144467 Répondre
      Zorglub
      Invité

      « Poésie pour pouvoir » – Henri Michaux – Face aux verrous,
      ¨¨¨¨
      Poussant la porte en toi, je suis entré
      Agir, je viens
      Je suis là
      Je te soutiens
      Tu n’es plus à l’abandon
      Tu n’es plus en difficulté
      Ficelles déliées, tes difficultés tombent
      Le cauchemar d’où tu revins hagarde n’est plus
      Je t’épaule
      Tu poses avec moi
      Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
      Qui te porte
      Qui te monte
      Qui t’accomplit
      ¨¨¨¨
      Je t’apaise
      Je fais des nappes de paix en toi
      Je fais du bien à l’enfant de ton rêve
      Afflux
      Afflux en palmes sur le cercle des images de l’apeurée
      Afflux sur les neiges de sa pâleur
      Afflux sur son âtre…. et le feu s’y ranime
      ¨¨¨¨
      Agir, je viens
      Tes pensées d’élan sont soutenues
      Tes pensées d’échec sont affaiblies
      J’ai ma force dans ton corps, insinuée
      …et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi
      La maladie ne trouve plus son trajet en toi
      La fièvre t’abandonne
      ¨¨¨¨
      La paix des voûtes
      La paix des prairies refleurissantes
      La paix rentre en toi
      ¨¨¨¨
      Au nom du nombre le plus élevé, je t’aide
      Comme une fumerolle
      S’envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées
      Les têtes méchantes d’autour de toi
      Observatrices vipérines des misères des faibles
      Ne te voient plus
      Ne sont plus
      ¨¨¨¨
      Equipage de renfort
      En mystère et en ligne profonde
      Comme un sillage sous-marin
      Comme un chant grave
      Je viens
      Ce chant te prend
      Ce chant te soulève
      Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux
      Ce chant est nourri par un Niagara calmé
      Ce chant est tout entier pour toi
      ¨¨¨¨
      Plus de tenailles
      Plus d’ombres noires
      Plus de craintes
      Il n’y en a plus trace
      Il n’y a plus à en avoir
      Où était peine, est ouate
      Où était éparpillement, est soudure
      Où était infection, est sang nouveau
      Où étaient les verrous est l’océan ouvert
      L’océan porteur et la plénitude de toi
      Intacte, comme un œuf d’ivoire.
      ¨¨¨¨
      J’ai lavé le visage de ton avenir.

    • #144993 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Un coeur qui crève, un astre dur qui se dédouble et fuse au ciel, le ciel limpide qui se fend à l’appel du soleil sonnant, font le même bruit, font le même bruit, que la nuit et l’arbre au centre du vent.

      L’arbre. Antonin Artaud

      • #145016 Répondre
        Claire N
        Invité

        Font le même bruit
        Que la nuit et l’arbre au centre du vent
        De ce point la -oui – qui sort du vacarme et du silence -au coeur

    • #145021 Répondre
      Claire N
      Invité

      « Dehors, la tempête grondait.je ne sais quoi d’enragé, de courroucé mais aussi de profondément malheureux, tourbillonnait autour de l’auberge comme un animal furieux et tachait d’en forcer l’entrée.claquant les portes, heurtant les fenêtres et le toit, griffant les murs, la chose menaçait et suppliait alternativement, puis elle s’apaisait pour un peu de temps, et ensuite, hurlant joyeusement, elle s’infiltrait dans la cheminée ; mais alors les bûches s’enflammaient, et le feu, comme un chien enchaîné, s’élançait avec colère à la rencontre de l’ennemi, le combat commençait, suivi de sanglots, de glapissements, de grondements rageurs. Tout cela sur le ton de l’angoisse méchante, de la haine insatisfaite, de l’impuissance offensée d’un etre qui , jadis, etait habitué à triompher… »
      En chemin – Tchekov

      • #145031 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        surtout la dernière phrase

        • #145033 Répondre
          Claire N
          Invité

          C’est certain
          Mais il fallait bien reprendre l’histoire
          Pour contextualiser
          Comment la domesticité
          A mis le feu en chien

          • #145048 Répondre
            Claire N
            Invité

            Mais il est vrai que cette phrase tient toute seule
            En littérature – « l’impuissance offensée » porte d’ailleurs toute l’économie de la vrai puissance

            • #145054 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              étrange d’ailleurs ce syntagme
              on pourrait lire que l’offense vient de l’extérieur, mais non c’est bien l’impuissance qui se sent offensée d’etre impuissante – surtout à l’aune d’un pouvoir passé
              je crois qu’il y a dans cette impuissance offensée le proto-affect de la rage fasciste -qui au fond procède de la haine de soi
              oui décidément le fascisme c’est la coalition des gens qui se méprisent

              • #145055 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui j’ai ete un peu rapide dans le déploiement et c’est effectivement en creux qu’elle se révèle
                Et c’est plus clair comme ça

              • #145116 Répondre
                Ludovic Bourgeois
                Invité

                Parce qu’il n’y a pas la Guerre
                Alors qu’il devrait y avoir
                On ira pas aux Champs-Elysées ou Valhall

                • #145118 Répondre
                  tristan
                  Invité

                  Dégage sale merde

                  • #145123 Répondre
                    Ludovic Bourgeois
                    Invité

                    Je dégage c’est bientôt nuit
                    Je vais regarder l’étoile polaire
                    Utan Stjärnorna
                    -Qui indique le Nord-
                    Über-Nordicisme

    • #145039 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Artaud. Tchekhov
      Allez, encore un pour la route. La soupe est sur le feu
       » … Mais quand la lune se lève, la nuit pâlit et s’assombrit. De brume, plus de trace. L’air est transparent, frais et tiède, on voit tout, on distingue même au bord de la route les tiges isolées des hautes herbes. Les silhouettes de moines suspectes semblent, sur le fond clair de la nuit, plus noires et plus revêches. De plus en plus souvent, au milieu des craquements monotones qui troublent l’air immobile, retentit un  » ah « d’étonnement ou le cri d’un oiseau qui rêve ou ne s’est pas encore endormi. De larges ombres passent sur la steppe, comme des nuages sur le ciel, et si l’on scrute longuement l’indiscernable plaine, on voit se dresser et s’amonceler les unes sur les autres des formes vaporeuses, fantastiques… On a un peu peur. On regarde le ciel vert pâle, semé d’étoiles, sans un nuage, sans une tache, et l’on comprend pourquoi l’air tiède est immobile, pourquoi la nature est sur le qui-vive et n’ose pas bouger : elle a peur de perdre un instant de vie, elle ne le voudrait pas. On ne peut juger de la profondeur et de l’immensité du ciel que sur la mer et dans la steppe, la nuit, au clair de lune. Il est effrayant, beau et tendre, langoureux et séducteur, et sa tendresse vous fait tourner la tête.

      Encore une heure ou deux de route… On rencontre un vieux tumulus taciturne ou une idole de pierre, placée là Dieu sait quand et par qui; un oiseau de nuit passe d’un vol silencieux au-dessus de la terre, et, peu à peu, vous reviennent à l’esprit les légendes de la steppe, les récits des errants, les contes de bonne femme. Et tout ce que l’on a pu soi-même y voir et soumettre à l’entendement du cœur. Alors, dans le stridulement des insectes, les silhouettes suspectes, les tumulus, le ciel bleu pâle, le clair de lune, le vol d’un oiseau de nuit, dans tout ce que l’on voit et entend, on croit percevoir le triomphe de la beauté, la jeunesse, l’épanouissement de la force et la soif passionnée de vivre; votre âme se met à l’unisson du pays natal, beau et âpre, et l’on voudrait voguer au-dessus de la plaine avec l’oiseau de nuit. Et dans le triomphe de la beauté, dans l’excès du bonheur, se sentent tension et angoisse comme si la steppe savait qu’elle est solitaire, que sa richesse et son inspiration se perdent en vain sans que nul ne les célèbre ni n’en profite, et, à travers sa rumeur joyeuse, on l’entend implorer douloureusement, désespérément : qu’on me trouve un chantre! un chantre !… »
      La Steppe

      • #145375 Répondre
        Claire N
        Invité

        5 eme Malher
        Je ne sais pas si un autre morceau m’apporte autant de finesse dans la perception de la lumière dans ses infinis variations lorsqu’elle se lève sur un paysage ; si d’autres poussent si bien le regard et le coeur dans les ombrages des oree, des chemins forestiers et des transports que provoque le passage des nuages sur la luminosité d’un adree

    • #145106 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Une découverte pour moi

      *****
      Les inventions infinies de Khlebnikov

      par Jacques Darras

      14 avril 2026

       4 mn

      Numéro 242

      Velimir Khlebnikov (1885-1922) est l’un des poètes russes les plus inventifs et les plus mal connus du début du vingtième siècle. On peut découvrir ou redécouvrir aux éditions La Barque un choix de Poèmes qui impose une œuvre énigmatique et météorique.

      Velimir Khlebnikov | Poèmes. 1908-1922. Trad. du russe par Christian Mouze. La Barque, 112 p., 22 €

      Il aura écrit toute son œuvre en une dizaine d’année, à Saint-Pétersbourg, où il fonde le mouvement futuriste russe en compagnie de son ami ukrainien David Bourliouk – dont il tracera un portrait éblouissant – et mourra en 1922, à l’âge de trente-six ans, au retour d’une épuisante expédition en Perse dans les bagages de l’Armée rouge. Le classer comme « futuriste », par conséquent l’englober dans ce mouvement d’avant-garde qui, parmi d’autres révolutions esthétiques, affecta l’Europe à la veille de la Première Guerre mondiale, demande aussitôt à être nuancé puisque, au lendemain même de la visite de Marinetti à Moscou, en 1914, les « futuristes » russes prirent conscience de la spécificité « slave » de leur mouvement. Khlebnikov marque la distinction en inventant le mot « futurien ».
      Ce ne sera assurément pas la seule invention du poète, qu’Anna Akhmatova, sa contemporaine, qualifia de « novateur par excellence ». Dans « Une gifle au goût du public », Khlebnikov invoque le droit du poète « à agrandir le volume du vocabulaire existant par des mots arbitraires et dérivés ». Quelques-uns de ses poèmes sont en ce sens d’absolues réussites. Le plus fréquemment cité – le retranscrire une nouvelle fois confirme non seulement sa totale originalité mais encore la pertinence de son legs jusqu’à un certain Henri Michaux – est Conjuration par le rire (Poèmes courts, 1910).

      Ô, ériez, rieurs !
      Ô, irriez, rieurs !
      Ceux qui rient de rires, ceux qui rièssent rialement
      Ô, irriez riesquement !
      Ô, des diriations surriresques, le rire des riesques rieurs !
      Ô, éris-toi diriresquement, rire des rieurs surriresques !
      Rillasserie, rillasserie
      Déris, surris, rirolets, rirolets,
      Rirots, rirots !
      Ô, ériez, rieurs !
      Ô, irriez, rieurs ! (Zanguezi & autres poèmes, Flammarion, 1996)

      Ce poème de jeunesse (Khlebnikov a vingt-trois ans) est la toute première manifestation de l’incomparable inventivité linguistique du jeune poète, lequel se livrera bientôt à une réflexion théorique mêlant mathématique et algèbre à des considérations sur les lois du temps. On pense à une expansion du souhait formulé par Rimbaud de trouver une « langue de l’âme pour l’âme » (lettre à Paul Demeny, 1871), à ceci près que Khlebnikov n’en reste pas au niveau du souhait mais se met à la tâche, posant les fondements du zaoum, langue d’au-delà de l’esprit ou transmentale, qui atteindra son épanouissement dans Zanguezi (1920-1922), composé de vingt et un Plans construits sur « une architecture de vocables ». Témoin ce Plan IX :

      Hauraison
      Obraison
      Erraison
      Paraison
      Connaisson du moi
      et de ceux que je connais pas
      Moraison
      Carraison
      Laraison
      Haraison
      Dzon ! Dzon !
      Din ! Din !
      Dan ! Dan (Zanguezi & autres poèmes, Flammarion, 1996)
      Là où Khlebnikov le « futurien » dépasse de très loin la stature du simple poète expérimental, cependant, c’est en ce que ses explorations linguistiques de la langue russe touchent au plus profond des récits mythologiques propres aux peuples slaves. De là son goût pour d’intarissablement longs poèmes où la structure narrative le cède à des images surprenantes d’originalité, comme issues d’une réserve surréaliste d’avant le surréalisme même. Tout aussi fréquemment qu’il s’étire en longueur, le poème de Khlebnikov a par ailleurs le sens de la brièveté, quatre ou cinq vers au maximum. Bref, l’amplitude technique du poète est impressionnante.

      Russie, toute baiser dans le froid !
      Tes chemins nocturnes bleuissent.
      Tes lèvres jointes par l’éclair
      Bleuissent aussi avec lui,
      Et la nuit la foudre peut s’envoler
      Des caresses mêmes des lèvres.
      Sans connaissance, elle parcourt
      Les pelisses d’un seul bond,
      Alors la nuit étincelle,
      Intelligente et sombre. (Velimir Khlebnikov, Poèmes. 1908-1922, La Barque)

      On nous fera sans doute remarquer à ce stade que, si brève qu’ait été la carrière du poète, elle aura quand même coïncidé avec ce bouleversement majeur que fut la révolution d’Octobre 1917. Autrement dit, quelle fut la répercussion de ces années-là sur le poète ? Si l’on se réfère au bref poème précédent, on note une certaine ambiguïté. Capable de caresses ou d’éclairs de foudre, la « mère » Russie n’est pas des plus fiables. Certes, la Révolution aura apporté la liberté mais un autre poème sur Moscou, qui date de 1921, résonne de façon prémonitoire à nos propres oreilles, cent ans plus tard.

      Moscou qui es-tu ?
      Charmeuse ou bien charmée ?
      Tu ferres la liberté
      Ou bien serais-tu enchaînée ?
      Quelle pensée plisse ton front ?
      Conspiratrice universelle ?
      Peut-être fenêtre radieuse
      Déjà même en un autre temps,
      Ou bien une chatte mal ou trop avisée :
      La science règle son crucifiement
      Sous les rasoirs bien affilés
      Des sages savants:
      Se penchent-ils sur leurs vieux livres
      À même les bureaux, parmi
      La tourbe d’étudiants disciples ?
      Toi, fille d’autres siècles
      Et baril de poudre –
      Au milieu de tes chaînes
      Rompues et en éclats. (Velimir Khlebnikov, Poèmes. 1908-1922, La Barque)

      • #145148 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je ne sais pas Graindorge
        L’impression que j’ai n’est pas forcément agréable à la lecture
        Les mots sonnent comme une mécanique
        Qui grince d’être livré à la marche forcée
        Tu ne m’étonnes pas en parlant de technicité

        • #145154 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Comme dit, je découvre ces mots de ce poète
          J’aime bien:
          « Ô, ériez, rieurs !
          Ô, irriez, rieurs !
          Ceux qui rient de rires, ceux qui rièssent rialement
          Ô, irriez riesquement !
          Ô, des diriations surriresques, le rire des riesques rieurs !
          Ô, éris-toi diriresquement, rire des rieurs surriresques !
          Rillasserie, rillasserie
          Déris, surris, rirolets, rirolets,
          Rirots, rirots !
          Ô, ériez, rieurs !
          Ô, irriez, rieurs !

          • #145224 Répondre
            Claire N
            Invité

            Merci Graindorge , mais je crois que vraiment c’est pas pour moi – quelque chose vraiment me bloque – il n’est par contre jamais inintéressant de regarder quoi

    • #145236 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Quelle pensée plisse ton front
      Sinon, me rappelle des séances d’orthophonie

      • #145238 Répondre
        Claire N
        Invité

        Et bien j’y réfléchis
        Mais effectivement avec l’orthophonie tu touches
        A la mécanique pour le mécanisme
        Et puis c’est aussi des choses que j’utilisais petite quand on me criait dessus ( les profs) pour me rétracter ? Rentrer ma langue sur un niveau de tension minimal une façon de me petit – suicider

        • #145239 Répondre
          Claire N
          Invité

          En fait plus précisément ça me rappelle qu’à la même periodes tout mes monologues était chantés , dans le jeu
          Et qu’à l’école j’ai dû les mettre à un rythme mécanique
          Et merci pour la séance de psychanalyse impromptu Stephanie – il semble que je te doives des honoraires

          • #145255 Répondre
            stephanie
            Invité

            tarif livre et consenti ( libre voulais je écrire mais je laisse ce lapsus calami)

            • #145261 Répondre
              Claire N
              Invité

              Activation motrice inarticulée réflexe

      • #145240 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

         » me rappelle des séances d’orthophonie  » Rire
        Allez, allons pêcher d’autres poèmes!

    • #145310 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Neige au bord du toit
      Une goutte suspendue
      Tient tout le silence

    • #145325 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      Mon hypothèse là tout de suite, c’est que Bégaudeau en ce moment, il a du vague à l’âme.
      Je me plante peut-être complètement, ou bien au contraire, mon flair légendaire, perce le fond de l’air.
      C’est alors avec grand plaisir que je lui dédie ce poème.
      .
      Le temps aiguise ton esprit et ton âme,
      La durée elle reste sauvage,
      Tu sculptes ta pensée dans le calme,
      Dans le contretemps subsiste la rage.
      .
      Tu saisis l’autre de ton regard,
      Tu t’oublies dans la marche du soir,
      Tu trouves sans même savoir,
      C’est la compréhension qui te rend hagard.
      .
      Tu sèmes tes propres embûches,
      Dans un devenir sans chemin ni avenir,
      Simultanément clown et funambule,
      Mixte tragique de non-sens et de rire.
      .
      Loin de la raison se forme une danse,
      Où la force se lie d’amitié,
      Avec vertiges des rythmes et des cadences,
      Des défis soufflant, vents contraires et magnifiés.
      .
      C’est dans les formes que ta vie se diffuse,
      S’échange, se donne dans les vastitudes inconnues,
      Métamorphoses rendues qui échappent et qui fusent,
      C’est l’artifice qui jaillit, des vérités mises à nue.
      .
      Bon la poésie c’est pas mon fort on l’aura compris, mais bon… après tout, c’est le geste qui compte comme dirait l’autre.
      Saperlipoète !

    • #145341 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Ah

      Combien sont émouvants

      Les cheminements
      .
      J-L. Godard, JLG/JLG (p. 21).

      • #145344 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Espérons mon enfant… Que se sont tes émotions et tes cheminements que tu questionnes là.
        Car les miens de cheminements te seront à jamais impénétrables mon fils, à jamais…
        Amen !
        De surcroît… Se planquer derrière Godard !
        Je ne sais si parfois il arrive que l’amour propre, ou la dignité, mette un peu de distance avec ce que certains produisent. Mais alors ils verraient à quel point ils sont RI DI CUL E…

    • #145348 Répondre
      bibinard
      Invité

      thaisse teu

    • #145464 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Document pour notre temps (Escritura para el tiempo) par Julio Garrido Malaver

      ******

      Nous sommes en prison.
      Une nuit à mourir, dit l’un des nôtres.
      Je dis : une mort à vivre.
      – Ils nous ont pris tous les chemins
      et les ont brisés là-bas derrière le soleil. –

      Nous tournons dans la cellule
      comme un moulin meulant le blé de la Mort.
      Nous tournons dans la cellule et ils nous punissent
      avec des crucifix doubles de souffrance et d’oubli.

      Ici le rire ouvrant les fenêtres n’est plus,
      ni le « il fait froid » courant par les rideaux.
      Les mains n’appellent plus les étoiles
      pour qu’elles versent leur nectar de joie
      dans le puits de soif de nos baisers.
      On n’entend plus la patenôtre des grillons
      ni cette rumeur de fleurs nous joignant les lèvres.

      – L’obscurité nous lèche jusqu’aux os
      et notre cri se glace, que nous avions ardent !

      Qui m’a pris mes yeux, camarades ? demandé-je.
      Et un homme me répond : ils ont accaparé la lumière…

      Pendules de tendresse, nos voix
      aiguisent leurs aiguilles dans la nuit.

      Une soudure d’accolades nous réunit encore une fois.
      Et la terre frissonne.

      Le ciel devient muet,
      la mer se colore de rose.
      Et ce ruisseau de larmes qui naît de l’île pénitentiaire du Fronton
      s’en va comme une couleuvre qui doit mordre Dieu :

      Car je suis né dans la Sierra
      de forêts, de sources et de prairies.
      J’avais une femme,
      j’avais des enfants.
      Nous parlions de lumière avec nos bêtes.
      Je cultivais la terre.
      Et les alouettes illuminaient tous mes chemins.
      Sous la pluie légère
      à cheval
      je gravissais les sommets
      pour envelopper les nuages de mes mains.
      Je dormais au soleil dans les pâtures
      tandis que les ruisseaux fringants cabriolaient.
      Je n’ai jamais prêté attention à mon cœur.
      Et si j’eus de la peine,
      si j’eus du chagrin,
      je ne m’en souviens pas, camarades.

      Mais hier
      ma femme
      mes enfants
      ma joie
      me sont tombés morts des mains.
      Parce que j’ai dit non !
      oui, camarades,
      c’est pour ce non en moi qui m’est devenu dur comme une pierre
      que je suis ici…
      Les étoiles sont tombées dans la mer !
      Une communauté de larmes se revêt de nos yeux !
      Et un silence d’épées
      monte la garde aux lèvres des morts !

      *

    • #145581 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Le mal
      *******
      Tandis que les crachats rouges de la mitraille
      Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;
      Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
      Croulent les bataillons en masse dans le feu ;
      ******
      Tandis qu’une folie épouvantable broie
      Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;
      – Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,
      Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…
      ******
      – Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
      Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
      Qui dans le bercement des hosannah s’endort,
      ******
      Et se réveille, quand des mères, ramassées
      Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
      Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !
      ******
      Arthur Rimbaud

    • #145604 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Der Frühling
      Pascal Quignard

      ******

      Les oiseaux sont si impatients. Joyeux.
      Étourdis. Distraits. Fébriles.
      Voletant. Chantant. Ils s’écartent du nid.
      Et les libellules, les petits oiseaux, les mésanges, les étourneaux sansonnets, les chardonnerets des rivières. Ils s’éloignent de la berge.
      Les papillons, les morts s’éloignent de la berge. Ils quittent tout.
      Ils vont de branches en branches. Ils ont peur.
      Ils passent sans fin de poteaux électriques en antennes de télévision. De grillages en remblais, en aubépines, en buissons de mûres.
      En bords de poubelles. En panneaux de signalisation. En cabanes de bergers recouvertes de lauzes.
      En phares sur la mer.
      Les anciens habitants du Latium croyaient que les dieux étaient des oiseaux qui écrivaient le destin des hommes dans le ciel bleu.
      Et les chatons qui jouent, petits oisillons sans ailes, boules de fourrure qui musclent si vite leurs pattes arrière, petites narines roses qui frémissent, ils s’approchent de l’eau.
      Ils suivent la rive. Ils vont de fourrés en taillis, en broussailles. En tuyaux de canalisation. En bouches d’égoût. En gouttières.
      Ils suivent le fil d’eau d’aube en aube.
      Et les femmes et les hommes de même, d’insomnie en insomnie.
      Désirants, maugréants, ils poussent le drap avec leurs pieds, ils quittent le lit.
      Ils descendent l’escalier dans le noir.
      On pose le front contre la baie vitrée et l’on scrute le jardin sous la pluie.
      Les arbres dans une espèce de brume.
      Les parterres encore dans la pénombre.
      On ouvre la porte fenêtre dans l’obscurité. Comme il fait froid !
      Du balcon qui donne sur l’eau on voit l’eau qui tombe sur l’eau. 
      On ne se lancera pas dans un combat avec ce qui est inexorable.
      Pourquoi l’humanité est-elle la seule espèce animale à détester sa condition ?
      À humilier sa source ?
      À haïr sa fin ?
      Il est vain de s’en prendre à la nuit.
      Elle précéda la vie.
      Elle précéda le ciel.
      Il est vital de profiter des secondes qui restent pour admirer la splendeur qui s’enfuit avec la lumière.
      Les deux pages du livre, alors qu’on l’ouvre, sont les ailes d’un ange.
      Alors Jacob, comme il avait lutté toute la nuit avec cet ange qui le malmenait, qui le bourrait de coups, lui adressa cette demande :
      – Révèle-moi ton nom, je te prie.
      Mais l’ange toucha sa main et murmura :
      – Cur quaeris nomen meum ? 
      Pourquoi me demandes-tu mon nom ? 
      Jacob, Jacob, pourquoi me demandes-tu mon nom ? 
      Évite ce nom qui ne nomme pas. 
      Qu’il te reste inconnu. 
      Détourne-toi de ce reflet que l’aurore absorbe dans sa lumière.
      Alors Jacob ouvrit les yeux. Il regarda autour de lui. Il était seul. L’aube se leva.

    • #145780 Répondre
      Gerard Manfroy
      Invité

      Il y a dans tes yeux
      Le calme de l’Univers
      La douceur des ténèbres
      Qui enveloppe les étoiles

      Il y a dans tes gestes
      La délicatesse
      Du silence des fleurs
      Et la majesté
      De la mer vaste et sereine

      Il y a dans tes cheveux
      Les plus radieux Soleil
      Qui agrandissent les yeux
      Et traversent les arbres

      Il y a dans ton visage
      La grandeur des statues
      L’énigme d’un sourire
      La bonté dans une âme

      Il y a dans ta voix
      Le calme de la Nuit
      Et les derniers échos
      Que nous voulons entendre

      • #145785 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je tente :
        Il y a
        Tes yeux
        Tes gestes
        Tes cheveux
        Ton visage
        Et ta voie – dans ta voie
        Que nous voulons entendre

        • #145787 Répondre
          Claire N
          Invité

          Mais moyen satisfaisant peut mieux faire

          • #145796 Répondre
            Gerard Manfroy
            Invité

            Merci.
            Peut mieux faire quoi ? Une meilleure réponse ? Je ne crois pas.

            • #145850 Répondre
              Claire N
              Invité

              J’ai cru que tu lançais un jeu
              J’ai essayé ma version et je n’en suis pas trop satisfaite – c’est tout

              • #145972 Répondre
                Gerard Manfroy
                Invité

                Oui oui j’avais compris 🙂 Mais j’aime ce genre de réponse c’est ce que je voulais dire.

                • #145975 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Bien reçu !
                  J’aime jouer 🙂

      • #145869 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Qui a écrit ce poème Gérard Manfroy?
        Parfois la répétition a sa place mais ici peut-être qu’un seul « Il y a » aurait pu faire l’affaire, non? Le premier:
        « Il y a dans tes yeux
        Le calme de l’Univers »
        Dans tes gestes ….
        Dans tes cheveux…
        Puis on inverserait
        « La grandeur des statues
        Dans ton visage »
        Le calme de la nuit
        Dans ta voix …

        • #145940 Répondre
          Gerard Manfroy
          Invité

          bah c moa

          • #145943 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Bravo ! Que pensez-vous de ma suggestion?

            • #145944 Répondre
              Gerard Manfroy
              Invité

              Merci. Oui c’est intéressant aussi, dans la forme, ça peut vraiment être très beau.

              • #145946 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Il y a dans tes yeux
                Le calme de l’Univers
                La douceur des ténèbres
                Qui enveloppe les étoiles

                dans tes gestes
                La délicatesse
                Du silence des fleurs
                Et la majesté
                De la mer vaste et sereine

                dans tes cheveux
                Les plus radieux Soleil
                Qui agrandissent les yeux
                Et traversent les arbres

                La grandeur des statues
                dans ton visage

                L’énigme d’un sourire
                La bonté d’ une âme

                dans ta voix
                Le calme de la Nuit

                Et les derniers échos
                Que nous voulons entendre

              • #145947 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Me gêne celui-ci
                « dans tes cheveux
                Les plus radieux Soleil
                Qui agrandissent les yeux
                Et traversent les arbres »
                Vous pourriez améliorer ou changer?

                • #145956 Répondre
                  Gerard Manfroy
                  Invité

                  Moi ? XD perso non j’y toucherais pas. Mais l’autre version est très bien.

                  • #145965 Répondre
                    ..Graindorge
                    Invité

                    Dac
                    C’était juste pour jouer. Encore bravo!

    • #146373 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      FRANCIS PONGE
      PLUIE
      La pluie, dans la cour où je la regarde tomber, descend à des allures très diverses. Au centre c’est un fin rideau (ou réseau) discontinu, une chute implacable mais relativement lente de gouttes probablement assez légères, une précipitation sempiternelle sans vigueur, une fraction intense du météore pur. À peu de distance des murs de droite et de gauche tombent avec plus de bruit des gouttes plus lourdes, individuées. Ici elles semblent de la grosseur d’un grain de blé, là d’un pois, ailleurs presque d’une bille. Sur des tringles, sur les accoudoirs de la fenêtre la pluie court horizontalement tandis que sur la face inférieure des mêmes obstacles elle se suspend en berlingots convexes. Selon la surface entière d’un petit toit de zinc que le regard surplombe elle ruisselle en nappe très mince, moirée à cause de courants très variés par les imperceptibles ondulations et bosses de la couverture. De la gouttière attenante où elle coule avec la contention d’un ruisseau creux sans grande pente, elle choit tout à coup en un filet parfaitement vertical, assez grossièrement tressé, jusqu’au sol où elle se brise et rejaillit en aiguillettes brillantes.

      Chacune de ses formes a une allure particulière ; il y répond un bruit particulier. Le tout vit avec intensité comme un mécanisme compliqué, aussi précis que hasardeux, comme une horlogerie dont le ressort est la pesanteur d’une masse donnée de vapeur en précipitation.

      La sonnerie au sol des filets verticaux, le glou-glou des gouttières, les minuscules coups de gong se multiplient et résonnent à la fois en un concert sans monotonie, non sans délicatesse.

      Lorsque le ressort s’est détendu, certains rouages quelque temps continuent à fonctionner, de plus en plus ralentis, puis toute la machinerie s’arrête. Alors si le soleil reparaît tout s’efface bientôt, le brillant appareil s’évapore : il a plu.

      • #146411 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        J’y penserai précieusement
        Quand coincée dans l’ascenseur
        Le stress fera dire «  quel temps ! Pfou « 
        A une personne embarquée
        Et je continuerai à répondre avec un sourire poli
        «  c’est ça ! « Comme mon amie Delphine m’a appris

    • #146871 Répondre
      oreillette
      Invité

      Elle pompe avec ferveur et coups de reins. Dans la prune violette ou kaki, c’est riche à voir : vraiment un petit appareil extirpeur particulièrement perfectionné, au point. Aussi n’est-ce pas le point formateur du rayon d’or qui mûrit, mais le point formateur du rayon (d’or et d’ombre) qui emporte le résultat du mûrissement. Miellée, soleilleuse ; transporteuse de miel, de sucre, de sirop hypocrite et hydromélique. La guêpe sur le bord de l’assiette ou de la tasse mal rincée (ou du pot de confiture) : une attirance irrésistible. Quelle ténacité dans le désir ! Comme elles sont faites l’une pour l’autre ! (…) F.P

      • #147151 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci oreillette
        Vraiment quelle qualité du «  zoom « 
        C’est impressionnant : «  petit appareil extirpeur particulièrement perfectionné, au point « 

    • #147149 Répondre
      Claire N
      Invité

      Chant de moi-même-
      Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,
      Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l’écart d’eux
      Pas plus modeste qu’immodeste.

      Arrachez les verrous des portes!
      Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

      Qui dégrade autrui me dégrade
      Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

      A travers moi le souffle spirituel s’enfle et s’enfle, à travers moi c’est le courant et c’est l’index.

      Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

      Par Dieu! Je n’accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.
      A travers moi des voix longtemps muettes

      Voix des interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

      Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
      Voix des cycles de préparation, d’accroissement,
      Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
      Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
      Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
      Brouillards sur l’air, bousiers roulant leur boule de fiente.

      A travers moi des voix proscrites,
      Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j’écarte le voile,
      Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

      Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
      Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.
      L’accouplement n’est pas plus obscène pour moi que n’est la mort.
      J’ai foi dans la chair et dans les appétits,
      Le voir, l’ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

      Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
      La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière,
      Cette tête m’est plus qu’église et bibles et credos.

      Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.
      Transparente argile du corps, ce sera vous!
      Bords duvetés et fondement, ce sera vous!
      Rigide coutre viril, ce sera vous!
      D’où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!
      Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!
      Poitrine qui contre d’autres poitrines se presse, ce sera vous!
      Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!
      Racine lavée de l’iris d’eau! bécassine craintive! abri surveillé de l’oeuf double! ce sera vous!
      Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!
      Sève qui scintille de l’érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!
      Soleil si généreux, ce sera vous!
      Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!
      Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!
      Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!
      Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d’amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!
      Mains que j’ai prises, visage que j’ai baisé, mortel que j’ai touché peut-être, ce sera vous!

      Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!
      Chaque instant et quoi qu’il advienne me pénètre de joie,
      Oh! je suis merveilleux!
      Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d’où naît mon plus faible désir.
      Ni d’où naît l’amitié qui jaillit de moi, ni d’où naît l’amitié que je reçois en retour.

      Lorsque je gravis mon perron, je m’arrête et doute si ce que je vois est réel.
      Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.
      Contempler le lever du jour!
      La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes
      L’air fleure bon à mon palais.
      Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,
      Activation oblique haut et bas.
      Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards
      Des flots de jus brillant inondent le ciel.

      La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction
      Le défi que déjà l’Orient a lancé par-dessus ma tête,
      L’ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!

      Walt Whitman (Traduction d’André Gide)

      • #147255 Répondre
        Claire N
        Invité

        « L’air fleure bon à mon palais.
        Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs »
        J’aime particulièrement ce vers

      • #147274 Répondre
        nefa
        Invité

        et moi c’est : «La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière, »
        fumeur, c’est vers
        elle
        toujours à porté
        comme par réflexe
        cette grâce
        requiert
        un médium
        tee shirt
        pincé tiré
        sans quoi ça peut faire mal au cou
        et une femme elle me regarde
        inhaler
        puis écrire
        inhaler
        puis écrire
        mettons deux minutes
        une femme rit
        deuxième grâce

      • #147290 Répondre
        nefa
        Invité

        vu que je suis en train de lire 14 et par pur esprit de compétition, je précise :
        et une femme elle me regarde
        l’inhaler
        puis écrire
        l’inhaler
        puis écrire

        • #147329 Répondre
          Claire N
          Invité

          Rires – «  fraîche exsudation « 
          Donc

          • #147330 Répondre
            Claire N
            Invité

            Tiens d’ailleurs j’ai appris de quelqu’un qui a appris du chien une petite chose qui me tourne en tête
            Le fait d’inspirer et souffler – en avançant optimise l’aspect technique d’une exploration – la topographie est plus précise c’est amusant de retrouver un peu ce rythme «  de nez «  dans ta prose

            • #147333 Répondre
              nefa
              Invité

              « fraîche exsudation «
              oui
              je profite de ma littorale psyché
              et pour le rythme
              deux modalités inspirer souffler ouvrent sur une troisième
              il ne reste même plus à trianguler
              ça triangule direct

    • #147165 Répondre
      Shiva
      Invité

      Frère, nul n’est éternel et rien ne dure.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      D’autres que nous ont porté l’antique fardeau de la vie ; d’autres que nous ont fait le long voyage.
      Un poète ne peut chanter toujours la même ancienne chanson.
      La fleur se fane et meurt ; mais celui qui la portait ne doit pas toujours pleurer sur son sort.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Il faut un long silence pour tisser une harmonie parfaite.
      La vie s’évanouit au coucher du soleil pour s’anéantir dans les ombres dorées.
      L’amour doit quitter ses feux pour boire à la coupe de la douleur et renaître dans le ciel des larmes.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Nous nous hâtons de cueillir nos fleurs de peur qu’elles ne soient saccagées par le vent qui passe.
      Ravir un baiser, qui s’évanouirait dans l’attente, fait bouillir notre sang et briller nos yeux.
      Notre vie est intense, nos désirs sont aiguisés car le temps sonne la cloche de la séparation.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      La beauté nous est douce, parce qu’elle danse au même rythme fuyant que notre vie.
      Le savoir nous est précieux parce que jamais nous ne pourrons atteindre à la science suprême.
      Tout est fait et tout est achevé dans l’Eternité.
      Mais les fleurs terrestres de l’illusion sont gardées éternellement fraîches par la mort.
      Frère, garde ceci dans ton cœur et réjouis-toi.
      .
      Rabindranath Tagore (1861 – 1941)

    • #147334 Répondre
      Shiva
      Invité

      La pipe
      .
      Hier, j’ai trouvé ma pipe en rêvant une longue soirée de travail, de beau travail d’hiver. Jetées les cigarettes avec toutes les joies enfantines de l’été dans le passé qu’illuminent les feuilles bleues de soleil, les mousselines et reprise ma grave pipe par un homme sérieux qui veut fumer longtemps sans se déranger, afin de mieux travailler : mais je ne m’attendais pas à la surprise que préparait cette délaissée, à peine eus-je tiré la première bouffée, j’oubliai mes grands livres à faire, émerveillé, attendri, je respirai l’hiver dernier qui revenait. Je n’avais pas touché à la fidèle amie depuis ma rentrée en France, et tout Londres, Londres tel que je le vécus en entier à moi seul, il y a un an, est apparu ; d’abord les chers brouillards qui emmitouflent nos cervelles et ont, là-bas, une odeur à eux, quand ils pénètrent sous la croisée. Mon tabac sentait une chambre sombre aux meubles de cuir saupoudrés par la poussière du charbon sur lesquels se roulait le maigre chat noir ; les grands feux ! et la bonne aux bras rouges versant les charbons, et le bruit de ces charbons tombant du seau de tôle dans la corbeille de fer, le matin – alors que le facteur frappait le double coup solennel, qui me faisait vivre ! J’ai revu par les fenêtres ces arbres malades du square désert – J’ai vu le large, si souvent traversé cet hiver-là, grelottant sur le pont du steamer mouillé de bruine et noirci de fumée -avec ma pauvre bien-aimée errante, en habits de voyageuse, une longue robe terne couleur de la poussière des routes, un manteau qui collait humide à ses épaules froides, un de ces chapeaux de paille sans plume et presque sans rubans, que les riches dames jettent en arrivant, tant ils sont déchiquetés par l’air de la mer et que les pauvres bien-aimées regarnissent pour bien des saisons encore. Autour de son cou s’enroulait le terrible mouchoir qu’on agite en se disant adieu pour toujours.
      .
      Stéphane Mallarmé (1842-1898)

    • #147345 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Cent mille fois la chute …
      Jean-Louis Giovannoni

      ******

      Aucun arbre ne quitte sa famille.
      Dans nos chambres, les meubles parlent au fond d’eux…
      Une nuit pleine de branches, de feuilles retenues.
      De ce côté-ci du monde
      Rien que l’appel,
      L’appel avant l’envol
      Les mots sont des vêtements endormis.
      Ce besoin de toujours traîner un corps dans les rêves!
      Peut-être viendra-t-on nous délivrer à l’instant de l’ultime fatigue?
      J’ai toujours cette fâcheuse croyance que les
      Femmes m’ouvriront à ce que je ne peux voir.
      J’insiste. Elle ne baisse pas les yeux.
      Peut-être passerai-je en elle?
      Je suis descendu du wagon.
      Toujours rien.
      Pourquoi faudrait-il que l’on soit sauvé
      Et pas ce chat, ce cendrier, ce stylo-plume?
      Des paquets de rêve agglutinés, avec une sorte de gélatine autour,
      Que certains appellent: moi.
      Cent mille fois la chute…
      Et cette impossibilité d’admettre en toi le vide

    • #147635 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bassam Hajjar est né en 1955 à Tyr, au Liban. Après des études de philosophie à l’Université libanaise puis à la Sorbonne, il travaille comme journaliste jusqu’à sa mort en 2009. Féru de philosophie, traducteur hors-pair, Hajjar donne à lire au public arabe près de soixante œuvres d’auteurs français, de Tocqueville à Jean Echenoz, mais aussi Kawabata, Borges, Umberto Eco et Heidegger notamment. Ses douze recueils de poèmes distinguent Bassam Hajjar parmi les plus grands poètes de langue arabe de la fin du XXe siècle. Poète de l’absence et du passage, sa poésie unique s’émancipe de ce que la poésie arabe contemporaine a offert de meilleur.

      Mausolée au bord de la route

      Je ne suis rien

      Et ma parole est passagère

      Comme moi ;

      Entre des gens de passage,

      C’est pourquoi

      Je parle de toi.

      (…) Et lorsque nous avons tant fait pour nos morts que nous ne savons plus quoi faire encore,

      Nous venons à toi avec dévotion

      Pieux, tête baissée,

      Mains jointes,

      Te suppliant d’être un refuge pour nos souvenirs

      Nos regrets

      Et notre crainte que tu ne sois le dernier refuge.

      (…) Un dieu naïf

      Un dieu naïf, adolescent et mort

      Un dieu naïf et adolescent

      Parce que mort –

      Les mains étrangères lui ont fait un mausolée au carrefour.

      (…) Il n’y a personne ici,

      Et ici

      On n’appelle pas les tombeaux-

      Même habités par les morts-

      Ceux que les voyageurs laissent derrière eux-

      Tombeaux

      Mais point de repère

      Pour des voyageurs qui passeront par là

      Après eux

      Et laisseront à coté

      Une gourde, des vivres, des couvertures et des traces de pas.

      (…) Ici

      Les processions vers eux ne s’appellent pas funérailles

      Mais voyages,

      Les tombeaux au bord de la route

      -même inhabités-

      Ne s’appellent pas tombeaux

      Mais mausolées.

      (…)

      Ils ne s’appellent pas des tombeaux car personne n’y repose

      De simples signes

      Celui qui passe, rapide dans sa voiture, tourne la tête vers eux

      (…)

      Edifice d’un passage fugace

      Lorsque tu passes à côté de lui en t’éloignant

      Il s’amenuise doucement avant que le carrefour ne le dérobe à tes yeux

      Avant que ne te dérobe à ses yeux

      Le carrefour.

      Tu n’es rien

      Et ta parole est passagère, comme toi,

      Parmi des gens de passage,

      C’est pourquoi

      Je parle de moi,

      Moi,

      Qui ne passe pas souvent

      Dans ton horizon.

      Poèmes extraits de l’anthologie poétique Tu me survivras, traduite de l’arabe par Nathalie Bontemps, Actes Sud/L’Orient des livres, 2011.

    • #147637 Répondre
      Shiva
      Invité

      Ralentie, on tâte le pouls des choses ; on y ronfle ; on a tout le temps ; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement ;toute la vie. On vie dans son soulier. On y fait le ménage. On a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu’on sait. On n’a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant ; on est heureuse en ne buvant pas.On fait la perle. On est, on a le temps.On est la ralentie. On est sortie des courants d’air. On a le sourire du sabot.On n’est plus fatigué. On n’est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n’a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son oeuf, on a posé ses nerfs.
      Quelqu’un dit. Quelqu’un n’est plus fatigué. Quelqu’un n’écoute plus. Quelqu’un n’a plus besoin d’aide. Quelqu’un n’est
      plus tendu. Quelqu’un n’attend plus. L’un crie. L’autre obstacle. Quelqu’un roule, dort, coud, est-ce toi,Lorellou?

      Ne peut plus, n’a plus partà rien,quelqu’un.

      Quelque chose contraint quelqu’un.

      Soleil, ou lune, ou forêts, ou bien troupeaux, foules ou villes, quelqu’un n’aime pas ses compagnons de voyages. N’a pas
      choisi, ne reconnait pas, ne goûte pas.

      Princesse de marée basse a rendu ses griffes ; n’a plus le courage de comprendre; n’a plus le coeur à avoir raison.

      … Ne résiste plus. Les poutres tremblent et c’est vous. Le ciel est noir et c’est vous. Le verre casse et c’est vous.

      On a perdu le secret des hommes.
      Ils jouent la pièce « en étranger ». Un page dit « Beh » et un mouton lui présente un plateau. Fatigue ! Fatigue ! Froid Partout!

      Oh ! Fagots de mes douze ans, où crépitez-vous maintenant ?

      On a son creux ailleurs.

      On a cédé sa place à l’ombre, par fatigue, par goût du rond. On entend au loin la rumeur de l’Asclépiade, la fleur géante.

      …ou bien une voix soudainvient vous bramer au coeur.

      On receuille ses disparus, venez,venez.

      Tandis qu’on cherche sa clef dans l’horizon, on est la noyé au cou, qui est morte dans l’eau irrespirable.

      Elle traine. Comme elle traine ! Elle n’a cure de nos soucis. Elle a trop de désespoir. Elle ne se rend qu’à sa douleur. Oh misère, oh, martyre, le cou serré sans trêve par la noyée.

      On sent la courbure de la terre. On a désormais les cheveux qui ondulent naturellement. On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l’ablette, on est la soeur par l’eau et par la feuille. On n’a plus le regard de son oeil,on n’a plus la main de son bras. On n’est plus vaine. On n’envie plus. On n’est plus enviée.

      On ne travaille plus. Le tricot est là, tout fait, partout.

      On a signé sa dernière feuille, c’est le départ des papillons.

      On ne rêve plus. On est rêvée. Silence.

      On n’est plus pressée de savoir.

      C’est la voix de l’étendue qui parle aux ongles et à l’os.

      Enfin chez soi, dans le pur, atteinte du dard de la douceur.

      On regarde les vagues dans les yeux. Elles ne peuvent plus tromper. Elles se retirent déçues du flanc du navire. On sait, on sait les caresser. On sait qu’elles ont hontes, elles aussi.

      Epuisées, comme on les voit, comme on les voit désemparées !

      Une rose descend de la nue et s’offre au pèlerin ; parfois, rarement,combien rarement. Les lustres n’ont pas de mousse, ni le front de musique.

      Horreur ! Horreur sans objet!
      Poches, cavernes toujours grandissantes.

      Loques des cieux et de la terre, monde avalé sans profit,sans goût, et sans rien que pour avaler.

      Une veilleuse m’écoute. « Tu dis, fait-elle, tu dis la juste vérité, voilà ce que j’aime en toi. » Ce sont les propres paroles de la veilleuse.

      On m’enfonçait dans des cannes creuses. Le monde se vengeait. On m’enfonçait dans des cannes creuses, dans des aiguilles de seringues. On ne voulait pas me voir arriver au soleil où j’avais pris rendez-vous.

      Et je me disais : » Sortirai-je ? Sortirai-je ? Ou bien ne sortirai-je jamais ? Jamais ? » Les gémissements sont plus forts loin de la mer, comme quand le jeune homme qu’on aime s’éloigne d’un air pincé.

      Il est d’une grande importance qu’une femme se couche tôt pour pleurer, sans quoi elle serait trop accablée.

      A l’ombre d’un camion pouvoir manger tranquillement. Je fais mon devoir, tu fais le tien et d’attroupement nulle part.

      Silence ! Silence ! Même pas vider une pêche.On est prudente, prudente.

      On ne va pas chez le riche. On ne va pas chez le savant. Prudente, lovée dans ses anneaux.

      Les maisons sont des obstacles. Les déménagements sont des obstacles. La fille de l’air est un obstacle.

      Rejeter, bousculer, défendre son miel avec son sang, évincer, sacrifier, faire périr… Pet parmi les aromates renverse bien des quilles.

      Oh, fatigue, effort de ce monde, fatigue universelle, inimitié !

      Lorellou, Lorellou, j’ai peur… Par moments l’obscurité, par moments les bruissements.

      Ecoute. J’approche des rumeurs de la mort.

      Tu as éteint toutes mes lampes.

      L’air est devenue tout vide Lorellou.

      Mes mains, quelle fumée ! Si tu savais… Plus de paquets, plus porter, plus pouvoir. Plus rien, petite.

      Expérience : misère ; qu’il est fou le porte-drapeau.

      … et il y a toujours le détroit à franchir.

      Mes jambes, si tu savais, quelle fumée !

      Mais j’ai sans cesse ton visage dans la carriole…

      Avec une doublure de canari, ils essayaient de me tromper. Mais moi, sans trêve, je disais : « Corbeau! Corbeau !  » Ils se sont lassés.

      Ecoute, je suis plus qu’à moitié dévorée. Je suis trempée comme un égout.

      Pas d’année, dit grand-père, pas d’année où je vis tant de mouches.Et il dit la vérité. Il l’a dit sûrement… Riez, riez, petits sots, jamais ne comprendrez que de sanglots il me faut pour chaque mot.

      Le vieux cygne n’arrive plus à garder son rang sur l’eau.

      Il ne lutte plus, Des apparences de lutte seulement.

      Non, oui, non. Mais oui, je me plains. Même l’eau soupire en tombant.

      Je balbutie, je lape la vase à présent. Tantôt l’esprit du mal, tantôt l’événement… J’écoutais l’ascenseur. Tu te souviens, Lorellou, tu n’arrivais jamais à l’heure.

      Forer, forer, étouffer, toujours la glacière-misère. Répit dans la cendre, à peine, à peine ; à peine on se souvient.

      Entrer dans le noir avec toi, comme c’était doux, Lorellou…

      Ces hommes rient. Ils rient.
      Ils s’agitent. Au fond, ils ne dépassent pas un grand silence.
      Ils disent « là ». Ils sont toujours « ici ».
      Pas fagotés pour arriver.
      Ils parlent de Dieu, mais c’est avec leurs feuilles.
      Ils ont des plaintes. Mais c’est le vent.
      Ils ont peur du désert.

      … Dans la poche du froid et toujours la route aux pieds.

      Plaisirs de l’Arragale, vous succombez ici. En vain tu te courbes, tu te courbes, son de l’olifant, on est plus bas, plus bas…

      Dans le souterrain , les oiseaux volèrent après moi, mais je me retournai et dis : « Non. Ici, souterrain. Et la stupeur est son privilège. »

      Ainsi je m’avançai seule, d’un pas royal.

      Autrefois, quand la Terre était solide, je dansais, j’avais confiance. A présent, comment serait-ce possible ? On détache un grain de sable et
      toute la plage s’effondre, tu sais bien.

      Fatiguée on pèle du cerveau et on sait qu’on pèle, c’est le plus triste.

      Quand le malheur tire son fil, comme il découd, comme il découd !

      « Poursuivez le nuage, attrapez-le, mais attrapez-le donc », toute le ville
      paria, mais je ne pus l’attraper. Oh, je sais, j’aurai pu… un dernier bond…
      mais je n’avais plus le goût. Perdu l’hémisphère, on n’est plus soutenue,
      on n’a plus le coeur à sauter. On ne trouve plus les gens où ils se mettent. On dit : « Peut-être. Peut-être bien », on cherche seulement à ne pas froisser.

      Ecoute, je suis l’ombre d’une ombre qui s’est enlisée.

      Dans tes doigts, un courant si léger, si rapide, où est-il maintenant… où coulaient des étincelles. Les autres ont des mains comme de la terre, comme un enterrement.

      Juana, je ne puis rester, je t’assure. J’ai une jambe de bois dans la tire-lire à cause de toi. J’ai le coeur crayeux, les doigts morts à cause de toi.

      Petit coeur en balustrade, il fallait me retenir plus tôt. Tu m’as perdu ma solitude. Tu m’as arraché le drap. Tu as mis en fleur mes cicatrices.

      Elle a pris mon riz sur mes genoux. Elle a craché sur mes mains.

      Mon lévrier a été mis dans un sac. On a pris la maison, entendez-vous, entendez-vous le bruit qu’elle fit, quand à la faveur de l’obscurité, ils l’emportèrent, me laissant dans le champ comme une borne. Et je souffris grand froid.

      Ils m’étendirent sur l’horizon. Ils ne me laissèrent plus me relever. Ah ! Quand on est pris dans l’engrenage du tigre…

      Des trains sous l’océan, quelle souffrance ! Allez, ce n’est plus être au lit, ça. On est princesse ensuite, on l’a mérité.

      Je vous le dis, je vous le dis, vraiment là où je suis, je connais aussi la vie. Je la connais. Le cerveau d’une plaie en sait des choses.Il vous voit aussi, allez, et vous juge tous, tant que vous êtes.

      Oui,obscur,obscur, oui inquiétude. Sombre semeur. Quelle offrande ! Les repères s’enfuirent à tire d’aile. Les repères s’enfuient à perte de vue, pour le délire, pour le flot.

      Comme ils s’écartent, les continents, comme ils s’écartent pour nous laisser mourir ! Nos mains chantant l’agonie se desserrèrent, la défaite aux grandes voiles pâssa lentement.

      Juana ! Juana ! Si je me souviens… Tu sais quand tu disais, tu sais, tu le sais pour nous deux, Juana ! Oh ! Ce départ ! Mais pourquoi ? Pourquoi ? Vide ? Vide, vide, angoisse ; angoisse, comme un seul grand mât sur la mer.

      Hier, hier encore ; hier, il y a trois siècle ; hier, croquant ma naïve espérance ; hier, sa voix de pitié rasant le désespoir, sa tête soudain rejetée en arrière, comme un hanneton renversé sur les élytres, dans un arbre qui subitement s’ébroue au vent du soir, ses petits bras n’anémone, aimant sans serrer, volonté comme l’eau tombe…

      Hier, tu n’avais qu’à étendre un doigt, Juana; pour nous deux, pour nous deux, tu n’avais qu’à étendre un doigt.

      Henri Michaux

    • #147687 Répondre
      oreillette
      Invité

      ÜBER ALLEN GIPFELN IST RUH – Anise Koltz
      .
      La lune s’envase
      jusqu’aux yeux
      elle est à peine visible
      .
      je veux la guetter
      écorcher son ventre blanc
      et la préparer
      .
      sa viande a la saveur
      du poisson de mer

    • #148867 Répondre
      graindorge
      Invité

      Le Navire Mystique

      Il se sera perdu le navire archaïque
      Aux mers où baigneront mes rêves éperdus,
      Et ses immenses mâts se seront confondus
      Dans les brouillards d’un ciel de Bible et de Cantiques.

      Et ce ne sera pas la Grecque bucolique
      Qui doucement jouera parmi les arbres nus ;
      Et le Navire Saint n’aura jamais vendu
      La très rare denrée aux pays exotiques.

      Il ne sait pas les feux des havres de la terre,
      Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire
      Il sépare les flots glorieux de l’Infini.

      Le bout de son beaupré plonge dans le mystère ;
      Aux pointes de ses mâts tremble toutes les nuits
      L’Argent mystique et pur de l’étoile polaire.

      Antonin Artaud

      • #148881 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Il sépare les flots glorieux de l’Infini. »
        A ce propos
        J’ai appris incidemment
        Que la séparation deS eaux, avait été interprété
        D’une manière «  exceptionnelle «  lors du passage
        Sur la fuite des Hébreux
        Le point de lecture etait le suivant : le S , témoignant non pas que d’une mer , mais de toute les eaux – même celle d’un verre, meme celle d’une source – au même moment
        Ça m’a donné une version vraiment différente de ce qui aurait du arriver à la nouvelle d’un miracle : personne n’y échappe

        • #148956 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ce que j’ai cru comprendre c’est que la Bible ( comme d’autres livres sacrés et sacralisés) a plusieurs niveaux de lecture pour que chacun y trouve de la nourriture pour son niveau de conscience et puisse avancer, grandir. Si on y comprend pas ou mal quelque chose c’est que ce n’est pas encore pour nous et les révélations arrivent au moment dû. Personne n’y échappe
           » Laissez venir à moi les petits enfants… »
          Auraient-ils tout compris? Tout le boulot consisterait-il à redevenir des petits enfants?
          Un poète a écrit :
           »  » Dieu est un éternel enfant jouant à un jeu éternel dans un éternel jardin »

          • #149050 Répondre
            Claire N
            Invité

            « c’est que ce n’est pas encore pour nous »
            Et bien justement c’est ce point du miracle
            Qui m’a fait cheminer
            Tu vois c’est en raisonnable pour moi avec cette phrase du mepris «  dieu n’a oublié personne « 
            Et effectivement ; il n’y a pas d’adresse dans un miracle, il arrive pour tous
            Présumer qu’il y a une adresse, une élection détourne en quelque sorte
            La vie ne cesse de faire miracle sans adresse, de se révéler

    • #149071 Répondre
      Shiva
      Invité

      PRÉFACE AUX SAPATES
      .
      Ce que j’écris maintenant a peut-être une valeur propre : je n’en sais
      rien. Du fait de ma condition sociale, parce que je suis occupé à gagner ma
      vie pendant pratiquement douze heures par jour, je ne pourrais écrire bien
      autre chose : je dispose d’environ vingt minutes, le soir, avant d’être envahi
      par le sommeil.
      Au reste, en aurais-je le temps, il me semble que je n’aurais plus le
      goût de travailler beaucoup et à plusieurs reprises sur le même sujet. Ce
      qui m’importe, c’est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d’en
      tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m’y instruis et m’en amuse,
      enfin : à ma façon.
      Je suis bien content lorsqu’un ami me dit qu’il aime un de ces écrits.
      Mais moi je trouve que ce sont de bien petites choses. Mon ambition était
      différente.
      Pendant des années, alors que je disposais de tout mon temps, je me
      suis posé les questions les plus difficiles, j’ai inventé toutes les raisons de
      ne pas écrire. La preuve que je n’ai pourtant pas perdu mon temps, c’est
      justement ce fait que l’on puisse aimer quelquefois ces petites choses que
      j’écris maintenant sans forcer mon talent, et même avec facilité.
      1935.
      Francis Ponge

      • #149772 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        voilà le mineur dans toute sa -discrète- splendeur
        je ne connais pas si bien Ponge, soudaine envie d’explorer

    • #149710 Répondre
      Alain m
      Invité

      Accroupi, se balance
      Un framboisier. Sur lui,
      Un papier gras poursuit
      Sa douce somnolence.
      .
      Feuillages s’enlaçant !
      Beau soir de perle fine!
      Brume sur la colline
      Où plane aussi mon chant !
      .
      Bourdon dans la prairie,
      Sans trêve j’ai trimé.
      Que le ciel est léger
      Sur ma forge assombrie !
      .
      Je suis las, un peu sot. . .
      – Ou bon, que vous en semble ? –
      Comme l’herbe je tremble
      Et l’étoile, là-haut. . .
      Attila jozsef • « rosée »

      • #149741 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Alain m- j’adore et je découvre
        «  Nous enfants de la matière :
        Gonflez nous d’esprit ! Nos cœurs sont a qui
        Nous fait l’âme plus altière « 

        • #149748 Répondre
          graindorge
          Invité

          Ah enfin Claire, je t’attendais pour dire du bien de ce poème de Alain m

          • #149749 Répondre
            graindorge
            Invité

            Je suis las, un peu sot. . .
            – Ou bon, que vous en semble ? –
            Comme l’herbe je tremble
            Et l’étoile, là-haut. . .

            • #149758 Répondre
              Claire N
              Invité

              C’est ça
              Mais comment il fait !
              Ce tremblement est si frêle et pourtant distinct
              Si perseptible
              Comme celui des etoiles d’ailleurs et sur ce point je sent qu’il sait ce phénomène troublant des nuits d’été oú leur lumière suit les douces variations d’une flamme de bougies
              Le jour d’ailleurs oú j’ai découvert leur scintillant manège j’ai cru vaciller , c’était troublant que les corps célestes ne soit pas figé, c’est troublant cette autre prairie

              • #149773 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                « Le jour d’ailleurs oú j’ai découvert leur scintillant manège j’ai cru vaciller »
                C’est un vers aussi ça

                • #149838 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Rires – oui c’est vrai – grillée
                  De toute façon rien ne sert de nier
                  De là oú j’ai été traîner
                  J’ai encore de la rosée
                  Sur le bout du nez

                  • #149842 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Et j’adore aussi celui-ci et j’ai ( encore) pensé à ma cruauté sur le dernier vers qui en vérité se suffit
                    « Je ne veux qu’un lecteur pour mes poèmes :
                    Celui qui me connaît – celui qui m’aime
                    (…)
                    Car lui seul a pu ,toute patience ,
                    Donner forme humaine au silence ;
                    Car en lui seul on peut voir comme en moi
                    S’attarder tigre et gazelle à la fois « 
                    J’aime cet aplomb égalitaire qu’il a aussi

    • #149759 Répondre
      Claire N
      Invité

      Et dans la précipitation me voilà sotte dans la precision – ce ne sont des prairie – ce sont des clairières

    • #149771 Répondre
      Alain m
      Invité

      Parmi les arbres et les fleurs,
      assis sur un banc je clapote
      telle une barque abandonnée.
      D’un air doux, de frais arrosé,
      grand silence de liberté,
      Je t’écoute et les yeux ouverts
      d’une étrange façon je sens
      de mon corps le prolongement
      dans un monde autre que le nôtre,
      ni dans l’herbe ni dans les arbres
      mais dans la Totalité.
      ( . . . . )
      L’air tisse désormais une robe de chambre
      pour y loger son corps subtil.
      C’est un peigne sur le nuage que ce crépuscule !
      Ensemble nous sommes assis
      comme une maîtresse et son fils.
      Vaste pelouse en son pelage
      germe partout l’obscurité.
      Vois le balancement cotonneux des feuillages
      complices de l’opacité…
      .
      De la prime étoile tous deux nous attendons
      que deviennent visibles
      les vibrations.
      – Extrait de « Poème de circonstance sur l’état du socialisme »

      • #149775 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        D’un air doux, de frais arrosé,
        grand silence de liberté,

      • #149839 Répondre
        Claire N
        Invité

        « De la prime étoile tous deux nous attendons
        que deviennent visibles
        les vibrations »
        Merci Alain, les poètes sont des sorciers

      • #150061 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Vaste pelouse en son pelage »
        Ça c’est très fort – tout simple mais qui annihile complètement les «  bords «  les contours
        Et donne vraiment son rendu vivant au vaste

        • #150090 Répondre
          Graindorge
          Invité

          J’aime ces poèmes et bien plus que celui partagé de René Daumal
          « L’air tisse désormais une robe de chambre
          pour y loger son corps subtil.
          C’est un peigne sur le nuage que ce crépuscule »
          Je m’y retrouve bien plus, pas envie de « tuer le soleil »

          • #150178 Répondre
            Claire N
            Invité

            Alors oui- j’ai un peu de mal à rentrer dans le poème de Daumal – il est possible que son humilité me cabre, une plus discrète me suffit

            • #150180 Répondre
              Claire N
              Invité

              De fait il s’y prend bien

            • #150186 Répondre
              nefa
              Invité

              par esprit camarade (suis cheval de feu en astrologie chinoise)
              un poème pas sur, contre, juste à coté :
              « S’il saigne. Le doux tiède d’un bonheur hirsute. »

              • #150192 Répondre
                Claire N
                Invité

                Première manifestation mon frère

    • #149777 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Nous enfants de la matière :
      Gonflez nous d’esprit ! Nos cœurs sont a qui
      Nous fait l’âme plus altière

    • #149778 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Beaucoup aimé aussi le poème de Ponge. Et c’est un des poètes préféré de Jean Echenoz
      « je dispose d’environ vingt minutes, le soir, avant d’être envahi
      par le sommeil. »

      « Ce
      qui m’importe, c’est de saisir presque chaque soir un nouvel objet, d’en
      tirer à la fois une jouissance et une leçon ; je m’y instruis et m’en amuse,
      enfin : à ma façon. »

    • #149781 Répondre
      Shiva
      Invité

      Dick Annegarn. Attila József

      Je découvre aussi ce grand poète, sa triste vie et sa mort comme libération…
      « … le jour-même de sa mort, il écrivit ce billet à son médecin : « Je vous salue avec beaucoup d’affection. C’est en vain que vous avez tenté l’impossible. Signé : Attila Jozsef. » (Wikipédia)

    • #149824 Répondre
      graindorge
      Invité

      Simone Weil admirait les poèmes et l’œuvre de René Daumal. Camarades de khâgne au lycée Henri-IV, les deux intellectuels partageaient une même exigence spirituelle et une fascination pour les philosophies orientales
      ******
      C’est lui aussi qui lui donnait des cours de sanscrit

      *****

      À la Néante

      Quel beau carnage sans colère en ton honneur, regarde :

      dans cette nuit polaire aussi blanche que noire, dans ce cœur dévasté aussi bien feu que glace, dans cette tête, grain de plomb ou pur espace, vois quel vide parfait se
      creuse pour ta gloire.

      Ni blanc ni noir ni feu ni glace, ni grain de plomb ni pur espace, ce monde-là est bien perdu !

      Pour toi, suceuse de ma moelle, toi qui me fais froid dans le dos, pour toi cette dévastation — mais quel silence !

      … silence et me voici, moi qui voulais crier

      toute la lourde douleur condensée minuscule

      dans le seul petit globe dur d’un univers,

      moi qui voulais montrer mon sang, comme il coulait

      quand mes ongles raclaient le dedans de mes côtes,

      moi qui cherchais des mots triomphaux pour chanter

      comme sifflait la hache dans les os de ma main

      quand je m’amputais de moi-même,

      me voici la parole coupée, me voici minuscule,

      perdu dans le vertige absolu de ton sein,

      me voici la voix blanche, me voici ridicule : tout cela n’était rien.

      Pour ta gloire, non pour la mienne, ce carnage, et sans colère.
      Ce n’était rien de renier le monde, de tuer le soleil, de tout trahir pour toi, d’assassiner les larves-reflets de moi-même, ce n’était rien de me crever les yeux : j’étais
      sûr de toi comme de ma mort, j’étais sûr de la toute-évidence de ma nuit qui est ton corps de silence vivant

      Mais des fantômes de toi-même sont venus, les vampires de soie me consolaient trop bien, la mort vivait trop bien dans les ombres du jour, le temps maudit et toujours neuf s’est
      renoué.

      Je ne cherche plus les cris triomphaux car je sais que pour chaque cellule qui divise ma vie, pour le plaisir mauvais qui l’engendra je dois une rançon de douleur infinie.

      Je m’écorche vivant à force de t’aimer,

      Mère des formes, sans forme ! toi que je torturais,

      que je torture encore dans ce lit de
      Procuste,

      ma forme honteuse d’homme:

      toi sans dimension et libre de frontières,

      je te couche sur ce grotesque lit nuptial,

      je voudrais t’enfermer dans cette peau stupide.

      Maintenant que j’ai juré fidélité,

      si j’aime des détresses vêtues de chairs vivantes,

      si j’aime le malheur visible dans un corps,

      que ces chairs meurent! et qu’il meure, ce corps! et qu’il souffre avec moi, et qu’il souffre pour toi.

      comme je vais dormir désormais à grands pas lentement dévoré cellule par cellule du feu cruel de cet amour lucide.

      Je ne peux plus te trahir, tu vois bien;

      «je suis mortel» ; ces mots sont la douceur du vide

      qui veulent dire : «je suis à toi».

      Je suis mortel !
      Mortel ce que j’aime en ton nom !

      Mais le jour de ma mort est interminable.

      • #150106 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        René Daumal. Dont on mesure mal l’importance.
        Grand admirateur et lecteur de Rimbaud, des surréalistes et surtout d’Alfred Jarry, Daumal créa la revue « Le grand jeu » et fut parmi les précurseurs du Collège de Pataphysique. Lequel, je le rappelle a décoré sieur François Bégaudeau Satrape Punk en l’année 2012, si ma mémoire est bonne.

        • #150112 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Moi j’ai préféré ici la puissante et profonde légèreté des poèmes de Attila Jozsef.
          D’autres préféreront celui de R.D
          J’ai partagé René Daumal pour faire connaître un des poètes préférés de Weil, un de ses amis et lui ayant enseigné le sanscrit. Mon prochain train part bientôt pour de nouvelles aventures terreno-celestes cher Samuel B
          «  »C’est notre grande maladie de parler pour ne rien voir. » R.Daumal

          • #150117 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            « Moi j’ai préféré ici la puissante et profonde légèreté des poèmes de Attila Jozsef.
            D’autres préféreront celui de R.D »
            On peut faire des hierarchies si tu veux, mais bon, on accusera difficilement Daumal de n’être pas léger. Quant à Simone Weil en matière de légèreté, on fait difficilement pire.
            Sur ce, bonne route pour de nouvelles aventures alors. Quelle chance ! Va, Vie et Vois.

    • #149900 Répondre
      Shiva
      Invité

      Natare piscem doces
      .
      P. ne veut pas que l’auteur sorte de son livre pour aller voir comment ça fait du dehors.
      .
      Mais à quel moment sort-on? Faut-il écrire tout ce qui est pensé à propos d’un sujet? Ne sort-on pas déjà en faisant autre chose à propos de ce sujet que de l’écriture automatique?
      .
      Veut-il dire que l’auteur doive rester à l’intérieur et déduire la réalité de la réalité? Découvrir en fouillant, en piquant aux murs de la caverne? Enfin que le livre, au contraire de la statue qu’on dégage du marbre, est une chambre que l’on ouvre dans le roc, en restant à l’intérieur?
      .
      Mais le livre alors est-il la chambre ou les matériaux rejetés? Et d’ailleurs n’a-t-on pas vidé la chambre comme l’on aurait dégagé la statue, selon son goût, qui est tout extérieur, venu du dehors et de mille influences?
      .
      Non, il n’y a aucune dissociation possible de la personnalité créatrice et de la personnalité critique.
      .
      Même si je dis tout ce qui me passe par la tête, cela a été travaillé en moi par toutes sortes d’influences extérieures : une vraie routine.
      .
      Cette identité de l’esprit créateur et du critique se prouve encore par l’« anch’io son’ pittore » : c’est devant l’œuvre d’un autre, donc comme critique, que l’on s’est reconnu créateur.

      ****

      Le plus intelligent me paraît être de revoir sa biographie, et corriger en accusant certains traits et généralisant. En somme noter certaines associations d’idées (et cela ne se peut parfaitement que sur soi-même) puis corriger cela, très peu, en donnant le titre, en faussant légèrement l’ensemble : voilà l’art. Dont l’éternité ne résulte que de l’indifférence.
      .
      Et tout cela ne vaut pas seulement pour le roman, mais pour toutes les sortes possibles d’écrits, pour tous les genres.

      ****

      Le poète ne doit jamais proposer une pensée mais un objet, c’est-à-dire que même à la pensée il doit faire prendre une pose d’objet.
      .
      Le poème est un objet de jouissance proposé à l’homme, fait et posé spécialement pour lui. Cette intention ne doit pas faillir au poète.
      .
      C’est la pierre de touche du critique.
      .
      .
      .
      Il y a des règles de plaire, une éternité du goût, à cause des catégories de l’esprit humain. J’entends donc les plus générales des règles, et c’est à aristote que je pense. Certes quant à la métaphysique, et quant à la morale, je lui préfère, on le sait, pyrrhon ou Montaigne , mais on a vu que je place l’esthétique à un autre niveau, et que tout en pratiquant les arts je pourrais dire par faiblesse ou par vice, j’y reconnais seulement des règles empiriques, comme une thérapeutique de l’intoxication.
      .
      Francis Ponge

    • #150272 Répondre
      graindorge
      Invité

      Simone Weil
      La Porte

      ******

      Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
      S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.
      Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
      Il faut languir, attendre et regarder vainement.
      Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
      Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;
      Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
      La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
      Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance. Nous n’entrerons jamais.
      Nous sommes las de la voir…
      La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence.
      Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
      Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière.
      Fut soudain présent de part en part, combla le cœur,
      Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

    • #150339 Répondre
      Alain m
      Invité

      Tous les champs ont soupiré par une flûte
      Tous les champs à perte de vue ondulés sur les buttes
      Tendus verts sur la respiration calme des buttes
      .
      Toute la respiration des champs a trouvé ce petit ruisseau vert de son pour sortir
      A découvert
      Cette voix presque marine
      Et soupiré un son tout frais
      Par une flûte.
      De Saint-Denys Garneau • « flûte »

      • #150347 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Alain pour ce rafraîchissement

    • #150529 Répondre
      Shiva
      Invité

      Ode à l’échec
      .
      On ne compte plus les prophètes qui échouèrent, voix tues

      cris-spectres dans les caves inaudibles rires poussière dans les greniers de

      famille

      pas vus pas connus pleurant de soulagement sur des bancs publics sous le ciel

      vide

      Whalt Whitman qui bissait bravo les défaites locales – vivat aux Femmes

      Grasses dans la Galeries des Monstres ! prisonniers nerveux lèvres

      moustachues dégoulinant de sueur dans la queue d’attente boustifaille –

      Maïakovski qui cria Meurent mes vers, qu’ils meurent comme ces travailleurs

      anonymes fusillés à Petersburg !

      Prospero qui brûla son livre de Magie & abima sa baguette au fond des mers

      dragonnes

      Alexandre le Grand échouant à découvrir d’autres terres pour sa Conquête !

      Echec, ô échec, je chante le chant de ton nom terrible, accueille-moi 54 années

      de prophéties passées

      à faire l’épique du Flop Sempiternel ! Je joins ton Panthéon des bardes mortels

      & hâte mon ode de la pression sanguine

      affluant au sommet de mon crâne comme si mes minutes étaient comptées,

      comme pour le Celte Mourant ! mon Ode

      à Toi, Seigneur de Monet l’Aveugle, de Beethoven le sourd, de Vénus

      l’amputée Milésienne, de Victoire l’Ailée Cou Coupé !

      je n’ai pas su dormir avec tous les garçons barbus joues roses sur qui j’éjacule

      Mes tirades n’ont détruit aucune Union d’intellectuels KGB & CIA polos ras

      de cou slips longs costumes flanelle & tweed

      Jamais je n’ai dissous le Plutonium ni démantelé le Nucléaire avant de me

      dégarnir le caillou

      Ni réussi à arrêter les Armées de l’Humanité entière dans leur marche vers

      Guerre Mondiale n°3

      Pas encore parvenu au Ciel, Nirvana, X, et tout le bataclan, pas même quitté la

      Terre,

      Pas encore su apprendre à mourir.
      .
      Allen Ginsberg – (1926 – 1997)

    • #150610 Répondre
      Sydali
      Invité

      NOCTURNE EN PLEIN JOUR

      Quand dorment les soleils sous nos humbles manteaux
      Dans l’univers obscur qui forme notre corps,
      Les nerfs qui voient en nous ce que nos yeux ignorent
      Nous précèdent au fond de notre chair plus lente,
      Ils peuplent nos lointains de leurs herbes luisantes
      Arrachant à la chair de tremblantes aurores.
      C’est le monde où l’espace est fait de notre sang.
      Des oiseaux teints de rouge et toujours renaissants
      Ont du mal à voler près du cœur qui les mène
      Et ne peuvent s’en éloigner qu’en périssant
      Car c’est en nous que sont les plus cruelles plaines
      Où l’on périt de soif près de fausses fontaines.
      Et nous allons ainsi, parmi les autres hommes,
      Les uns parlant parfois à l’oreille des autres.

      • #150621 Répondre
        Claire N
        Invité

        Des oiseaux teints de rouge
        On du mal à voler
        Près du coeur qui les mène
        J’aime assez bien ce petit fragment

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Répondre à : Répondre #137531 dans Poèmes page 4
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