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    • #97106 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      La 2 est pleine d’ajustements.

    • #97107 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Les poètes de 7 ans. Arthur Rimbaud

      Et la Mère, fermant le livre du devoir,
      S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
      Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
      L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

      Tout le jour il suait d’obéissance ; très
      Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
      Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
      Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
      En passant il tirait la langue, les deux poings
      A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
      Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
      On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
      Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
      Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
      A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
      Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
      Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
      Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
      Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
      Et pour des visions écrasant son oeil darne,
      Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
      Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
      Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
      Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
      Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
      Conversaient avec la douceur des idiots !
      Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
      Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
      De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
      C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

      A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
      Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
      Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
      De journaux illustrés où, rouge, il regardait
      Des Espagnoles rire et des Italiennes.
      Quand venait, l’oeil brun, folle, en robes d’indiennes,
      – Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
      La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
      Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
      Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
      Car elle ne portait jamais de pantalons ;
      – Et, par elle meurtri des poings et des talons,
      Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

      Il craignait les blafards dimanches de décembre,
      Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
      Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
      Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
      Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,

      Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
      Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
      Font autour des édits rire et gronder les foules.
      – Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
      Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
      Font leur remuement calme et prennent leur essor !

      Et comme il savourait surtout les sombres choses,
      Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
      Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
      Il lisait son roman sans cesse médité,
      Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
      De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
      Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
      – Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
      En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
      Écrue, et pressentant violemment la voile !

    • #97589 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      À travers l’Europe
      Guillaume Apollinaire
      A M. Ch.

      Rotsoge
      Ton visage écarlate ton biplan transformable en
      hydroplan
      Ta maison ronde où il nage un hareng saur
      Il me faut la clef des paupières
      Heureusement que nous avons vu M Panado
      Et nous somme tranquille de ce côté-là
      Qu’est-ce que tu vois mon vieux M.D…
      90 ou 324 un homme en l’air un veau qui regarde à
      travers le ventre de sa mère

      J’ai cherché longtemps sur les routes
      Tant d’yeux sont clos au bord des routes
      Le vent fait pleurer les saussaies
      Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvre
      Regarde mais regarde donc
      Le vieux se lave les pieds dans la cuvette
      Una volta ho inteso dire chè vuoi
      je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances

      Et toi tu me montres un violet
      épouvantable
      Ce petit tableau où il y a une voiture
      m’a rappelé le jour
      Un jour fait de morceaux mauves
      jaunes bleus verts et rouges
      Où je m’en allais à la campagne
      avec une charmante cheminée
      tenant sa chienne en laisse
      Il n’y en a plus tu n’as plus ton petit
      mirliton
      La cheminée fume loin de moi des
      cigarettes russes
      La chienne aboie contre les lilas
      La veilleuse est consumée
      Sur la robe on chu des pétales
      Deux anneaux près des sandales
      Au soleil se sont allumés
      Mais tes cheveux sont le trolley
      À travers l’Europe vêtue de petits
      feux multicolores

      Guillaume Apollinaire, Ondes, Calligrammes 1918

    • #97615 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Fantaisie
      Il est un air pour qui je donnerais
      Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
      Un air très-vieux, languissant et funèbre,
      Qui pour moi seul a des charmes secrets.

      Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
      De deux cents ans mon âme rajeunit :
      C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre
      Un coteau vert, que le couchant jaunit,

      Puis un château de brique à coins de pierre,
      Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
      Ceint de grands parcs, avec une rivière
      Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

      Puis une dame, à sa haute fenêtre,
      Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
      Que dans une autre existence peut-être,
      J’ai déjà vue… et dont je me souviens !
      Gérard de Nerval

    • #98468 Répondre
      graindorge
      Invité

      Les ruisseaux
      Souvent nous empruntons des itinéraires
      secrets pour nous fuir. Et mes routes
      ne sont pas les vôtres : moi je parcours les ruisseaux.
      Je regarderai alentour à petites gorgées
      le passage étroit veut des pas comptés :
      je laisse mon chien – ami des soleils – tremper
      ses pattes dans le courant fluet.
      Rares les rencontres : des hommes avec des bêches
      retouchent les marges des bûchers ;
      passez devant : je me plaquerai contre
      le mur par-dessus l’aplomb vert et bref.
      Pourquoi ne pas dire : « hommes votre bêche
      me donnez et je retournerai l’eau dans le vôtre » ?

      I BEUDI [**]
      Sovente camminiamo itinerari
      segreti, per fuggirci. E le mie strade
      non son le vostre : io percorro i beudi.
      L’intorno occhieggierò a fugaci sorsi
      ché il varco esiguo vuol badati i passi ;
      lascio che il cane – amico ai soli – guazzi
      le zampe nella fievole corrente.
      Rari gli incontri : uomini con vanghe
      ribadiscono gli argini dei roghi ;
      passate avanti : io mi farò a ridosso
      del muro sopra il breve e verde ciglio.
      Perché non dico : “uomini, il badile
      Datemi e girerò l’acqua nel vostro”?
      Italo Calvino

    • #98739 Répondre
      graindorge
      Invité

      Exception à la règle: au lieu de laisser parler un poème, l’envie de laisser parler un poète. L’envie de l’écouter -les yeux lisent et écoutent- pour reprendre des forces. Si les poètes et les poèmes ne servent qu’à ça: nourrir, donner des forces, ouvrir, élever… la mission est largement accomplie.

      Mahmoud Darwich
      La poésie en des temps de sauvagerie

      in Al-Quds Al-Arabi (quotidien arabe publié à Londres)

      du lundi 14 avril 2003

      [traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier]

      Allocution inaugurale prononcée par le poète palestinien Mahmoud Darwich le jeudi 3 avril 2003, lors de la manifestation « Rencontre avec Mahmoud Darwich », à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence

      Y a-t-il un temps pour la poésie, en une époque de sauvagerie ?
      Cette question n’est pas nouvelle. A chaque impasse humaine, après chaque catastrophe, l’impuissance de la poésie à humaniser l’Histoire est questionnée.
      Nous entendons encore le cri d’Adorno : est-il encore possible d’écrire un poème, après Auschwitz ?
      Il nous est encore une fois donné de nous remémorer cette question, aujourd’hui.

      La poésie reste fragile, quand bien même elle s’ingénie à emprunter aux métaphores de la force de la soie ou de la solidité du miel, car la façon qu’elle a de modifier l’âme et d’élargir le cœur de l’homme est lente et invisible. Aussi habile soit-elle à établir un lien entre les sphères personnelle et universelle, elle ne peut faire oublier l’impression générale qui veut que la poésie soit fille de la solitude et de la marge, écho d’un rêve obscur.

      Il est plus séant, pour les poètes, de ne pas nier cette solitude, ni – non plus – de la magnifier, et d’alléger le poids de la perplexité devant la nature nécessaire de la poésie. Il est préférable, pour eux, de développer l’angoisse créatrice, car ils ne trouveront pas de réponse dans une théorie impeccable passée au crible de la surprise poétique.

      Je dois bien reconnaître, ici, que notre présente célébration est embarrassante. Non que la poésie puisse paraître étrangère à notre époque de barbarie, puisque la poésie a toujours été fille de son temps ingrat, mais parce que la célébration est fête, et que nous sommes bien incapables de ressentir la joie de la fête… Non qu’il y ait un deuil chez notre voisin, mais bien parce que nous – nous les habitants de cette petite planète – nous tous, nous sommes en deuil !

      Et parce que la Terre toute entière menace de tomber dans le gouffre, après que les prémisses du vingt et unième siècle nous aient avertis qu’il est dans le pouvoir de l’idée de  » progrès  » de dupliquer la pire arriération jamais connue dans le passé, et que l’  » adoration de l’avenir  » peut être l’autre face de l’  » adoration du passé « .

      Aujourd’hui, l’humanité semble vivre un  » état d’urgence  » général, face à l’interrogation quant à la vérité de son humanité, d’un côté, et face à l’interrogation, de l’autre, sur son rôle face au phénomène de la tyrannie planétaire incarnée par la politique américaine libérée de toute référence collective, qu’elle soit juridique, morale ou culturelle, mise à part celle de la razzia, de la culture de la violence, de la culture d’entreprise, de la mesure des valeurs humaines à l’aune de la supériorité militaire, sans que ceux qui rêvent à la fondation de l’empire le plus étendu et le plus puissant de toute l’Histoire ne prêtent la moindre attention au fait qu’ils ont remarquablement réussi à convaincre la conscience mondiale du fait que la folie américaine est l’unique danger qui menace le monde, en dépit de toutes les prétentions dudit empire d’ériger cette folie au rang d’une mission divine.

      Il y a quelque Irak en chacun de nous – un Irak qu’on ne peut éradiquer, fait des plus anciennes lois humaines édictées par Hammourabi, de la recherche de l’immortalité initiée par Guilgamesh… jusqu’à la réalité de mort que connaît le peuple irakien aujourd’hui, avec ces bombes intelligentes mises au point par la civilisation idiote experte en assassinat.

      En chacun de nous, il y a une Palestine, depuis le message d’amour et de paix apporté au monde par Jésus le Nazaréen… jusqu’au peuple palestinien d’aujourd’hui, crucifié sur la croix de l’occupation israélienne. La mort palestinienne quotidienne est devenue une sorte de bulletin météo, la tyrannie américaine ayant placé l’occupation israélienne au-dessus du droit international et élevé la puissance occupante au rang de la sainteté.

      C’est un monde sauvage, dément, égoïste, dans lequel ne prévaut pas d’autre loi que celle de la jungle, un monde armé du surplus de la puissance nucléaire.
      Est-il encore possible d’écrire un poème ?
      Comment peut-on être à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du réel, en même temps ?
      Comment peut-on à la fois contempler et s’engager ?
      Comment peut-on poursuivre sa tentative permanente : recréer le monde grâce à des mots à la vitalité éternelle ?
      Et comment sauver ces mots de la banalité de la consommation de tous les jours ?

      Sans doute avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée et de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras le corps, de l’ouverture au monde partagé et de la quête de l’essence.
      Sans doute la poésie est-elle capable aujourd’hui de recouvrer son évidence, après qu’elle s’en soit éloignée dans une abstraction qui risque d’aboutir à la feuille blanche. La poésie n’explicite que son contraire. C’est le non-poétique qui nous donne à voir le poétique.
      La poésie est-elle capable, aujourd’hui, de se retrouver elle-même, tant la clarté de son contraire est excessive ?
      Peut-être, car la poésie, ce moyen particulier de supporter la vie et de se la concilier, est aussi une méthode qui nous permet de résister à une réalité inhumaine écrasant l’évidence de la vie.

      En dépassant l’aspect extérieur des choses, en chipant la lumière tapie dans l’obscurité, en désespérant du désespoir, la poésie nous garantit contre la haine et la fureur. Sa fragilité crie, afin de nommer. Elle blesse, sans faire couler le sang. Si cette fragilité est détruite, c’est par des  » mains nuptiales « , comme le dit René Char, car ces mains utilisent des instruments sensibles et imaginaires qui renvoient à l’enfance.
      En effet, la poésie ne combat pas la guerre avec les armes et le langage de la guerre. La poésie n’abat pas un avion à l’aide d’un missile oratoire. La contemplation de l’éternité d’un brin d’herbe, de l’adoration du papillon à la lumière, de ce que le regard de la victime ne dit pas à son bourreau – voilà de quelle manière la poésie combat l’effet de la guerre contraire à ce qu’il y a de naturel en nous, de cohérent avec la nature.
      Qui d’entre nous ne connaît les paroles qu’adressa Diogène à Alexandre le Grand venu lui rendre visite et lui demander s’il avait besoin de quelque chose ?
      Diogène lui avait répondu :  » Oui. S’il te plaît : ôte-toi de mon soleil !  »

      Nous avons besoin de quelque chose qui dépasse l’occultation de notre soleil.
      Nous avons besoin d’arrêter la barbarie et d’éveiller les consciences.
      La prise de conscience par les poètes du monde entier de leur rôle moral afin de faire face à la guerre déclarée contre l’Irak, contre la conscience humaine, contre le droit des peuples à participer aux destinées de l’humanité, dépasse la question politique contemporaine posée à l’avenir de l’humanité.

      Pour en revenir à la poésie, je vois dans cet éveil quelque chose qui ressemble à l’autocritique.
      Pour une grande part, la poésie contemporaine s’est accoutumée à son isolement et à sa séparation d’avec le lecteur, dès lors que beaucoup de poètes ont abusé de leur déguisement en moines contemplatifs – la foi mise à part – dans des cloîtres isolés du réel et de l’histoire par un brouillard d’ésotérisme artificiel délibérément choisi, avec une virtuosité suprêmement gratuite. Ils ont prétendu à une prophétie qui n’a nul besoin de l’Homme. Ils ont dénié au cœur son droit à entrer en vibration avec le poème, ils ont dénié aux sens leur droit à prendre part à la création. Ils ont prêché une signification univoque de la poésie : la compréhension de l’absurde, sachant que le lecteur authentique de leur poésie ne peut pas encore être né : pour cela, il faut en permanence attendre demain !

      Il est vrai qu’une poésie qui ne conserverait pas sa vivacité en d’autres temps serait une poésie qui se dissoudrait aussi rapidement que le présent change.
      Il est vrai, aussi, que la poésie emporte avec elle son devenir et qu’elle renaîtra, demain.
      Mais il n’en est pas moins vrai que le poète ne peut pas renvoyer l’ « ici » et le « maintenant » vers un ailleurs ni vers un autre temps. C’est en ce temps de tempête que la poésie a besoin que soient posées les questions qu’elle soulève, seule, d’une façon qui la rende présente et vivante.
      Rendre le langage vivant, rendre le fluide de vie aux paroles, voilà qui ne peut se faire sans redonner à la vie le sens de la vie. En cela, la quête du sens est la quête de l’essence, c’est là notre questionnement humain, collectif et personnel.

      C’est ce qui rend la poésie à la fois possible et nécessaire. Car la quête du sens, c’est la quête de la liberté.

    • #99319 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Les deux dernières strophes de À la lueur de LA Haine de PeggySlam

      Le soleil plonge dans l’aurore,
      Le ciel pleure ses étoiles sous ce ciel du monde,
      La mer roule ses vagues vers ses arrières frontières,
      Au dessus de son sable qui vole en poussière.
      Je regarde ce monde avec une profonde indifférence,
      Mes mains tiennent une arme sans insouciance,
      Je ne ressens plus rien en moi: haine, souffrance, vulnérabilité,
      Tout est lessivé, comme si cette arme est cette force que j »ai tant recherchée
      Et qui enfin me sourit.

    • #99374 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A celle qui est voilée
      Victor Hugo
      Tu me parles du fond d’un rêve
      Comme une âme parle aux vivants.
      Comme l’écume de la grève,
      Ta robe flotte dans les vents.

      Je suis l’algue des flots sans nombre,
      Le captif du destin vainqueur ;
      Je suis celui que toute l’ombre
      Couvre sans éteindre son coeur.

      Mon esprit ressemble à cette île,
      Et mon sort à cet océan ;
      Et je suis l’habitant tranquille
      De la foudre et de l’ouragan.

      Je suis le proscrit qui se voile,
      Qui songe, et chante, loin du bruit,
      Avec la chouette et l’étoile,
      La sombre chanson de la nuit.

      Toi, n’es-tu pas, comme moi-même,
      Flambeau dans ce monde âpre et vil,
      Ame, c’est-à-dire problème,
      Et femme, c’est-à-dire exil ?

      Sors du nuage, ombre charmante.
      O fantôme, laisse-toi voir !
      Sois un phare dans ma tourmente,
      Sois un regard dans mon ciel noir !

      Cherche-moi parmi les mouettes !
      Dresse un rayon sur mon récif,
      Et, dans mes profondeurs muettes,
      La blancheur de l’ange pensif !

      Sois l’aile qui passe et se mêle
      Aux grandes vagues en courroux.
      Oh, viens ! tu dois être bien belle,
      Car ton chant lointain est bien doux ;

      Car la nuit engendre l’aurore ;
      C’est peut-être une loi des cieux
      Que mon noir destin fasse éclore
      Ton sourire mystérieux !

      Dans ce ténébreux monde où j’erre,
      Nous devons nous apercevoir,
      Toi, toute faite de lumière,
      Moi, tout composé de devoir !

      Tu me dis de loin que tu m’aimes,
      Et que, la nuit, à l’horizon,
      Tu viens voir sur les grèves blêmes
      Le spectre blanc de ma maison.

      Là, méditant sous le grand dôme,
      Près du flot sans trêve agité,
      Surprise de trouver l’atome
      Ressemblant à l’immensité,

      Tu compares, sans me connaître,
      L’onde à l’homme, l’ombre au banni,
      Ma lampe étoilant ma fenêtre
      A l’astre étoilant l’infini !

      Parfois, comme au fond d’une tombe,
      Je te sens sur mon front fatal,
      Bouche de l’Inconnu d’où tombe
      Le pur baiser de l’Idéal.

      A ton souffle, vers Dieu poussées,
      Je sens en moi, douce frayeur,
      Frissonner toutes mes pensées,
      Feuilles de l’arbre intérieur.

      Mais tu ne veux pas qu’on te voie ;
      Tu viens et tu fuis tour à tour ;
      Tu ne veux pas te nommer joie,
      Ayant dit : Je m’appelle amour.

      Oh ! fais un pas de plus ! Viens, entre,
      Si nul devoir ne le défend ;
      Viens voir mon âme dans son antre,
      L’esprit lion, le coeur enfant ;

      Viens voir le désert où j’habite
      Seul sous mon plafond effrayant ;
      Sois l’ange chez le cénobite,
      Sois la clarté chez le voyant.

      Change en perles dans mes décombres
      Toutes mes gouttes de sueur !
      Viens poser sur mes oeuvres sombres
      Ton doigt d’où sort une lueur !

      Du bord des sinistres ravines
      Du rêve et de la vision,
      J’entrevois les choses divines… –
      Complète l’apparition !

      Viens voir le songeur qui s’enflamme
      A mesure qu’il se détruit,
      Et, de jour en jour, dans son âme
      A plus de mort et moins de nuit !

      Viens ! viens dans ma brume hagarde,
      Où naît la foi, d’où l’esprit sort,
      Où confusément je regarde
      Les formes obscures du sort.

      Tout s’éclaire aux lueurs funèbres ;
      Dieu, pour le penseur attristé,
      Ouvre toujours dans les ténèbres
      De brusques gouffres de clarté.

      Avant d’être sur cette terre,
      Je sens que jadis j’ai plané ;
      J’étais l’archange solitaire,
      Et mon malheur, c’est d’être né.

      Sur mon âme, qui fut colombe,
      Viens, toi qui des cieux as le sceau.
      Quelquefois une plume tombe
      Sur le cadavre d’un oiseau.

      Oui, mon malheur irréparable,
      C’est de pendre aux deux éléments,
      C’est d’avoir en moi, misérable,
      De la fange et des firmaments !

      Hélas ! hélas ! c’est d’être un homme ;
      C’est de songer que j’étais beau,
      D’ignorer comment je me nomme,
      D’être un ciel et d’être un tombeau !

      C’est d’être un forçat qui promène
      Son vil labeur sous le ciel bleu ;
      C’est de porter la hotte humaine
      Où j’avais vos ailes, mon Dieu !

      C’est de traîner de la matière ;
      C’est d’être plein, moi, fils du jour,
      De la terre du cimetière,
      Même quand je m’écrie : Amour !

      Victor Hugo, Les contemplations

    • #101223 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Lundi rue Christine Guillaume Apollinaire
      La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer
      Si tu es un homme tu m’accompagneras ce soir
      Il suffirait qu’un type maintînt la porte cochère
      Pendant que l’autre monterait

      Trois becs de gaz allumés
      La patronne est poitrinaire
      Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet
      Un chef d’orchestre qui a mal à la gorge
      Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief

      Ça a l’air de rimer

      Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier
      Pim pam pim
      Je dois fiche près de 300 francs à ma probloque
      Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner

      Je partirai à 20 h. 27
      Six glaces s’y dévisagent toujours
      Je crois que nous allons nous embrouiller encore davantage

      Cher monsieur
      Vous êtes un mec à la mie de pain
      Cette dame a le nez comme un ver solitaire
      Louise a oublié sa fourrure
      Moi je n’ai pas de fourrure et je n’ai pas froid
      Le danois fume sa cigarette en consultant l’horaire
      Le chat noir traverse la brasserie

      Ces crêpes étaient exquises
      La fontaine coule
      Robe noire comme ses ongles
      C’est complètement impossible
      Voici monsieur
      La bague en malachite
      Le sol est semé de sciure
      Alors c’est vrai
      La serveuse rousse a été enlevée par un libraire

      Un journaliste que je connais d’ailleurs très vaguement

      Écoute Jacques c’est très sérieux ce que je vais te dire

      Compagnie de navigation mixte

      Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire d’eaux-fortes et de tableaux
      Je n’ai qu’une petite bonne

      Après déjeuner café du Luxembourg

      Une fois là il me présente un gros bonhomme
      Qui me dit
      Écoutez c’est charmant
      À Smyrne à Naples en Tunisie
      Mais nom de Dieu où est-ce
      La dernière fois que j’ai été en Chine
      C’est il y a huit ou neuf ans
      L’Honneur tient souvent à l’heure que marque la pendule
      La quinte major

      Guillaume Apollinaire, Ondes, Calligrammes 1918

    • #101561 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

       » Il faut être absolument moderne »

      Oui l’heure nouvelle est au moins très-sévère.

      Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, — des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. — Damnés, si je me vengeais !

      Il faut être absolument moderne.

      Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !… Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

      Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

      Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

      Arthur Rimbaud, Une saison en enfer, Paris : L. Vanier, 1892, p. 146-147

    • #105206 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Ce poème s’intitule Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu. Dans l’extrait de cette prosopopée qui va suivre, Dieu s’adresse à la Nuit, qu’il appelle sa fille.

      […]

      Ô nuit, ô ma fille la Nuit, toi qui sais te taire, ô ma fille au beau manteau.
      Toi qui verses le repos et l’oubli. Toi qui verses le baume, et le silence, et l’ombre
      Ô ma Nuit étoilée je t’ai créée la première.
      Toi qui endors, toi qui ensevelis déjà dans une Ombre éternelle
      Toutes mes créatures
      Les plus inquiètes, le cheval fougueux, la fourmi laborieuse,
      Et l’homme ce monstre d’inquiétude.
      Nuit qui réussis à endormir l’homme
      Ce puits d’inquiétude.
      A lui seul plus inquiet que toute la création ensemble.
      L’homme, ce puits d’inquiétude.
      Comme tu endors l’eau du puits.
      Ô ma nuit à la grande robe
      Qui prends les enfants et la jeune Espérance
      Dans le pli de ta robe
      Mais les hommes ne se laissent pas faire.
      Ô ma belle nuit je t’ai créée la première.
      Et presque avant la première
      Silencieuse aux longs voiles
      Toi par qui descend sur terre un avant goût
      Toi qui répands de tes mains, toi qui verses sur terre
      Une première paix
      Avant-coureur de la paix éternelle.
      Un premier repos
      Avant-coureur du repos éternel.
      Un premier baume, si frais, une première béatitude
      Avant-coureur de la béatitude éternelle.

      […]

      Charles Péguy, Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu,
      dans Œuvres complètes, Paris, Nouvelle Revue Française, 1916, volume 5, p. 450.

      • #105214 Répondre
        Malice
        Invité

        « Et l’homme ce monstre d’inquiétude.
        Nuit qui réussis à endormir l’homme
        Ce puits d’inquiétude.
        A lui seul plus inquiet que toute la création ensemble.
        L’homme, ce puits d’inquiétude.
        Comme tu endors l’eau du puits. »

        Finalement ce sont les insomniaques qui sont normaux et les fous, ceux qui s’endorment

        • #105215 Répondre
          Malice
          Invité

          Sur ce je retourne à mon livre de l’intranquillité

        • #105221 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          @Malice
          Rires.
          Mais oui, il y a quelque chose de ce retournement dans ces textes : les fous ne sont pas ceux qu’on croit.
          _
          Merci Graindorge pour ce texte.

    • #105306 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      L

      Resurrección Roberto Bolaño

      La poesía entra en el sueño
      como un buzo en el lago.
      La poesía, más valiente que nadie,
      entra y cae
      a plomo
      en un lago infinito como Loch Ness
      o turbio e infausto como el lago Batalón.
      Contempladla desde el fondo:
      un buzo
      inocente
      envuelto en las plumas
      de la voluntad.
      La poesía entra en el sueño
      como un buzo muerto
      en el ojo de Dios.

      La poésie entre dans le rêve
      comme un plongeur dans le lac.
      La poésie, plus courageuse que personne,
      entre et tombe
      comme du plomb
      dans un lac infini comme Loch Ness
      ou trouble et malheureux comme le lac Batalon.
      Contemplez-la du fond:
      un plongeur
      innocent
      enveloppé dans les plumes
      de la volonté.
      La poésie entre dans le rêve
      comme un plongeur mort
      dans l’œil de Dieu.

      • #105307 Répondre
        Claire N
        Invité

        « como un buzo en el lago. »
        C’est très difficile de rendre cet sonorité de «  pénétration « le côté têtu et large du «  o »
        Avec plongeurs et lac il manque un truc

        • #105317 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Essaie peut-être Claire de le lire à voix haute avec les accents toniques là où il faut

    • #105489 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Dans le jardin des cédrats de lune
      Federico García Lorca

      Prologue
      J’ai pris congé des amis que j’aime le plus pour entreprendre un bref mais dramatique voyage. Sur un miroir d’argent je trouve, bien avant qu’il ne fasse jour, la mallette avec les effets dont j’aurai besoin dans la terre étrange où je me rends.
      Le parfum tendu et froid de l’aube vient battre mystérieusement l’immense falaise de la nuit.
      Sur la page lisse du ciel tremblait l’initiale d’un nuage, et sous mon balcon un rossignol et une grenouille élèvent dans l’air une croix somnolente de mélodie.
      Pour moi, tranquille et mélancolique, je fais les derniers préparatifs, en proie à de très subtiles émotions d’ailes et de cercles concentriques. Au mur blanc de la chambre, roide et figée comme un serpent de musée, pend l’épée glorieuse que porta mon aïeul dans la guerre contre le roi Charles de Bourbon.
      Pieusement, je détache l’épée, revue de rouille, jaunâtre comme un peuplier blanc, et je la ceins: je me rappelle que je dois livrer une grande lutte invisible avant de pénétrer dans le jardin, lutte extatique et d’une extrême violence, contre mon ennemi séculaire, le gigantesque dragon du sens commun.
      Une émotion aiguë, élégiaque, pour les choses qui n’ont pas été, bonnes et mauvaises, grandes et petites, envahit les parages de mes yeux presque cachés par des lunettes de lumière violette, une émotion triste qui me fait avancer vers ce jardin frémissant dans les très hautes plaines de l’air.
      Les yeux de toutes les créatures frappent comme des points phosphorescents au mur du devenir… ce qui est en arrière demeure plein de broussaille jaune, jardins sans fruits et fleuves sans eau. Jamais aucun homme n’est tombé à la renverse sur la mort. Mais moi, en contemplant pour un instant ces lieux abandonnés et infinis, j’ai vu des plans de vie inouïe, multiples et superposés comme les godets d’une noria sans fin.
      °°°
      Avant de mettre en route, je sens une douleur aiguë au coeur. Ma famille dort et toute la maison est plongée dans un repos absolu. L’aube, en révélant des tours et en comptant une à une les feuilles des arbres, me met un costume crissant de dentelle lumineuse.
      J’oublie quelque chose…cela ne fait aucun doute. Depuis le temps que je me prépare et…Seigneur, qu’est-ce que j’oublie? Ah! Un bout de bois, un morceau de cerisier rose et compact. Je crois qu’il faut présenter bien…D’un vase de fleurs posé à mon chevet je retire pour la mettre à ma boutonnière gauche une grande rose pâle au visage furieux mais hiératique.

      C’est l’heure.
      Sur les plateaux irréguliers de l’angélus arrive le chant des coqs.»

    • #106370 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Conseil tenu par les Rats

      Un Chat, nommé Rodilardus
      Faisait des Rats telle déconfiture
      Que l’on n’en voyait presque plus,
      Tant il en avait mis dedans la sépulture.
      Le peu qu’il en restait, n’osant quitter son trou,
      Ne trouvait à manger que le quart de son sou,
      Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
      Non pour un Chat, mais pour un Diable.
      Or un jour qu’au haut et au loin
      Le galant alla chercher femme,
      Pendant tout le sabbat qu’il fit avec sa Dame,
      Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
      Sur la nécessité présente.
      Dès l’abord, leur Doyen, personne fort prudente,
      Opina qu’il fallait, et plus tôt que plus tard,
      Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
      Qu’ainsi, quand il irait en guerre,
      De sa marche avertis, ils s’enfuiraient en terre ;
      Qu’il n’y savait que ce moyen.
      Chacun fut de l’avis de Monsieur le Doyen,
      Chose ne leur parut à tous plus salutaire.
      La difficulté fut d’attacher le grelot.
      L’un dit : « Je n’y vas point, je ne suis pas si sot »;
      L’autre : « Je ne saurais. »Si bien que sans rien faire
      On se quitta. J’ai maints Chapitres vus,
      Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
      Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
      Voire chapitres de Chanoines.
      Ne faut-il que délibérer,
      La Cour en Conseillers foisonne ;
      Est-il besoin d’exécuter,
      L’on ne rencontre plus personne.

      Jean de La Fontaine

      • #106412 Répondre
        Carpentier
        Invité

        que des diseux
        bien moins de faiseux
        poème chti

    • #106592 Répondre
      Graindorge
      Invité

      A la Santé
      Guillaume Apollinaire
      I

      Avant d’entrer dans ma cellule
      Il a fallu me mettre nu
      Et quelle voix sinistre ulule
      Guillaume qu’es-tu devenu

      Le Lazare entrant dans la tombe
      Au lieu d’en sortir comme il fit
      Adieu Adieu chantante ronde
      Ô mes années ô jeunes filles

      II

      Non je ne me sens plus là
      Moi-même
      Je suis le quinze de la
      Onzième

      Le soleil filtre à travers
      Les vitres
      Ses rayons font sur mes vers
      Les pitres

      Et dansent sur le papier
      J’écoute
      Quelqu’un qui frappe du pied
      La voûte

      III

      Dans une fosse comme un ours
      Chaque matin je me promène
      Tournons tournons tournons toujours
      Le ciel est bleu comme une chaîne
      Dans une fosse comme un ours
      Chaque matin je me promène

      Dans la cellule d’à côté
      On y fait couler la fontaine
      Avec le clefs qu’il fait tinter
      Que le geôlier aille et revienne
      Dans la cellule d’à coté
      On y fait couler la fontaine

      IV

      Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
      Et peint de couleurs pâles
      Une mouche sur le papier à pas menus
      Parcourt mes lignes inégales

      Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
      Toi qui me l’as donnée
      Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
      Le bruit de ma chaise enchainée

      Et tour ces pauvres coeurs battant dans la prison
      L’Amour qui m’accompagne
      Prends en pitié surtout ma débile raison
      Et ce désespoir qui la gagne

      V

      Que lentement passent les heures
      Comme passe un enterrement

      Tu pleureras l’heure ou tu pleures
      Qui passera trop vitement
      Comme passent toutes les heures

      VI

      J’écoute les bruits de la ville
      Et prisonnier sans horizon
      Je ne vois rien qu’un ciel hostile
      Et les murs nus de ma prison

      Le jour s’en va voici que brûle
      Une lampe dans la prison
      Nous sommes seuls dans ma cellule
      Belle clarté Chère raison

      Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

    • #106629 Répondre
      Claire N
      Invité

      Apollinaire je lui en veux encore
      D’avoir après 2 verres complètement dézingué
      Dans Annie ça part bien
      «  l’anémone et l’Ancolie
      Poussent dans le jardin « 
      Et puis après il a placé mélancolie
      C’est du tapinage de rime
      Je lui pardonne pas vraiment

      • #106643 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Clotilde
        Guillaume Apollinaire
        L’anémone et l’ancolie
        Ont poussé dans le jardin
        Où dort la mélancolie
        Entre l’amour et le dédain

        Il y vient aussi nos ombres
        Que la nuit dissipera
        Le soleil qui les rend sombres
        Avec elles disparaîtra

        Les déités des eaux vives
        Laissent couler leurs cheveux
        Passe il faut que tu poursuives
        Cette belle ombre que tu veux

        • #106648 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ne sois pas trop sévère Claire avec ce mal-aimé. Sa mélancolie est authentique. Entre son amour à lui, son dédain à elle ( cette Annie)
          Il souffre. En silence. Un long sommeil de désespoir puisque les fleurs ont même eu le temps de pousser.
          Ombre. Sombre. Nuit. Ce serait cruel de ne pas lui pardonner. Et quelle est donc  » cette belle ombre que tu veux »? La mort consolatrice?
          Crois moi, il avait un sacré gros chagrin en écrivant ces liens.

          • #106649 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            * en écrivant ces vers
            « liens » lapsus révélateur? J’allais écrire lignes, puis vers

            • #106667 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je lui pardonne si il n’est pas sérieux

              • #106678 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Il en est pas mort alors ça va

    • #107239 Répondre
      nefa
      Invité

      Francis Ponge,  » Le pain « , Le Parti pris des choses (1942)

      La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
      Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
      Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable…
      Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

    • #107536 Répondre
      White male privilege
      Invité

      Un petit quelque chose que j’ai écrit :

      So I’ll buy a house and I’ll move in
      And I’ll have sex, just to have kids
      And I’ll get a job, work real hard
      Hang rope lights in the backyard
      Buy a mini van, drive across the state
      Buy another house out on the lake
      And everything will be alright
      I said oh my god, we’ll be just fine
      I said oh my god
      I said oh my god
      I don’t know where I went wrong

      • #107587 Répondre
        Pierre
        Invité

        Je m’attendais pas à la fin ça m’a touché j’étais pas prêt….

    • #107581 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      LE VERGER DES CYPRÈS Marguerite Yourcenar

      Le verger des cyprès a pour fruits les étoiles,

      Balancés lentement au fond des nuits d’été ;

      La vie, unique et nue à travers ses cent voiles,

      Pour la répandre en tout reprend votre beauté.

      Votre amour, mon amour, notre cœur et nos moelles,

      Seront diversement après avoir été ;

      Et, comme une araignée élargissant ses toiles,

      L’univers monstrueux tisse l’éternité.

      Le flot sans lendemain nous laisse et nous emporte.

      Nous passons endormis sous une immense porte ;

      Nous nous perdons en tout pour tout y retrouver ;

      Mais les lèvres des cœurs restent inassouvies ;

      Et l’amour et l’espoir s’efforcent de rêver

      Que le soleil des morts fait mûrir d’autres vies.

    • #107606 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      “A MA MÈRE”
      PAUL ELUARD
      ELLE EST DEBOUT SUR MES PAUPIÈRES
      ET SES CHEVEUX SONT DANS LES MIENS
      ELLE A LA FORME DE MES MAINS
      ELLE A LA COULEUR DE MES YEUX
      ELLE S’ENGLOUTIT DANS MON OMBRE
      COMME UNE PIERRE SURLE CIEL

      • #107623 Répondre
        AhOuaisCarrementHonteDeRien
        Invité

        Magnifique, en + j’ai les mêmes mains et pieds que la daronne et les mêmes larges epaules (donc silhouette), carré le poème nous va bien!

    • #107620 Répondre
      AhOuaisCarrementHonteDeRien
      Invité

      Carrère Emmanuel dit qu’il apprend des poèmes par coeur pour conjurer la neurodégénération qui le terrifie, à raison, ma mère a la maladie des corpsd e Lewy (Alzeihmer + Parkinson), c’est pas la maladie la plus cordiale, et affable du monde. Même Tony Montana est plus invitable à une soirée, tu vois ce que je veux dire?

      Ces longs prolégomènes pénibles pour dire que je vais tâcher d’apprendre ce poème de Prévert, que je découvert, et que j’adore déjà:

      De deux choses lune
      l’autre c’est le soleil

      les pauvres les travailleurs ne voient pas ces choses
      leur soleil c’est la soif la poussière la sueur le goudron
      et s’ils travaillent en plein soleil le travail leur cache le soleil[print_link]
      leur soleil c’est l’insolation
      et le clair de lune pour les travailleurs de nuit
      c’est la bronchite la pharmacie les emmerdements les ennuis
      et quand le travailleur s’endort il est bercé par l’insomnie
      et quand son réveil le réveille
      il trouve chaque jour devant son lit
      la sale gueule du travail
      qui ricane qui se fout de lui
      alors il se lève
      alors il se lave
      et puis il sort à moitié éveillé à moitié endormi
      il marche dans la rue à moitié éveillée à moitié endormie
      et il prend l’autobus
      le service ouvrier
      et l’autobus le chauffeur le receveur
      et tous les travailleurs à moitié réveillés à moitié endormis
      traversent le paysage figé entre le petit jour et la nuit
      le paysage de briques de fenêtres à courants d’air de corridorsle paysage éclipse
      le paysage prison
      le paysage sans air sans lumière sans rires ni saisons
      le paysage glacé des cités ouvrières glacées en plein été comme au cœur de l’hiver
      le paysage éteint
      le paysage sans rien
      le paysage exploité affamé dévoré escamoté
      le paysage charbon
      le paysage poussière
      le paysage cambouis
      le paysage mâchefer
      le paysage châtré gommé effacé relégué et rejeté dans l’ombre
      dans la grande ombre
      l’ombre du capital
      l’ombre du profit.Sur ce paysage parfois un astre luit
      un seul
      le faux soleil
      le soleil blême
      le soleil couché
      le soleil chien du capital
      le vieux soleil de cuivre
      le vieux soleil clairon
      le vieux soleil ciboire
      le vieux soleil fistule
      le dégoûtant soleil du roi soleil
      le soleil d’Austerlitz
      le soleil de Verdun
      le soleil fétiche
      le soleil tricolore et incolore
      l’astre des désastres
      l’astre de la vacherie
      l’astre de la tuerie
      l’astre de la connerie
      le soleil mort.

      Et le paysage à moitié construit à moitié démoli
      à moitié réveillé à moitié endormi
      s’effondre dans la guerre le malheur et l’oubli
      et puis il recommence une fois la guerre finie
      il se rebâtit lui-même dans l’ombre
      et le capital sourit
      mais un jour le vrai soleil viendra
      un vrai soleil dur qui réveillera le paysage trop mou
      et les travailleurs sortiront
      ils verront alors le soleil
      le vrai le dur le rouge soleil de la révolution
      et ils se compteront
      et ils se comprendront
      et ils verront leur nombre
      et ils regarderont l’ombre
      et ils rirontet ils s’avanceront
      une dernière fois le capital voudra les empêcher de rire
      ils le tueront
      et ils l’ enterreront dans la terre sous le paysage de misère
      et le paysage de misère de profits de poussières et de charbon
      ils le brûleront
      ils le raseront
      et ils en fabriqueront un autre en chantant
      un paysage tout nouveau tout beau
      un vrai paysage tout vivant
      ils feront beaucoup de choses avec le soleil
      et même ils changeront l’hiver en printemps

      Le paysage changeur

      Prévert

    • #107633 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Le dernier pour les mamans. Vive le cuculapraline!
      Il en faut

      “MAMAN CHÉRIE”
      Jacques Prévert
      Maman chérie, quand je pense à toi,
      Je revois les beaux jours de ma jeunesse,
      Quand tu me racontais mille et une histoires,
      Et que tu me couvrais de tes tendres caresses.
      Maman chérie, tu es mon doux trésor,
      La lumière qui guide mes pas,
      Le refuge où je trouve le réconfort,
      Quand le monde est cruel et sans foi.
      Maman chérie, ton amour est immense,
      Comme l’océan, il n’a pas de fin. Il m’emporte,
      me berce et me balance,
      Me protège des chagrins et des peines.
      Maman chérie, je te remercie,
      Pour tout ce que tu m’as donné.
      Pour ton amour, pour ta tendresse infinie,
      Je t’aimerai toujours, pour l’éternité.

      • #107661 Répondre
        MerciEnEffet
        Invité

        Mdr, spa du Prévert ça. (smileyhilare)

        • #107662 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ah si! C’est Google qui l’a dit

          • #107671 Répondre
            MerciEnEffet
            Invité

            Ehe, j’ai regardé du coup, spa Google mais ce site:

            Poème pour la Fête des Mères : de jolies idées pour Maman


            Je ne suis pas expert en poésie, encore moins de Prévert mais je ne vois pas comment il aurait pu publier cela. Ou bien il l’a écrit à 8 ans?

            • #107672 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Peut-être à 8 ans
              Aucune idée et puis moi c’était dans google
              Jacques s’en tape et pas que lui

    • #107806 Répondre
      pavillon de l’université inconnue
      Invité

      longue vie à rb

      • #107809 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        et à zj

        • #107912 Répondre
          pavillon de l’université inconnue
          Invité

          J’ai pensé un moment à Slavoj Žižek, et puis je me suis à peu près gouré

          Puis j’ai pensé à une référence interne à l’univers de rb

          mais du coup, mystère (j’ai engagé le soldat Chat GPT sur le coup, qui n’a pas su me dire)

    • #107810 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Warum gabst du uns die tiefen Blicke … Goethe
      Warum gabst du uns die tiefen Blicke,
      Unsre Zukunft ahnungsvoll zu schaun,
      Unsrer Liebe, unserm Erdenglücke
      Wähnend selig nimmer hinzutraun ?
      Warum gabst uns, Schicksal, die Gefühle,
      Uns einander in das Herz zu sehn,
      Um durch all die seltenen Gewühle
      Unser wahr Verhältnis auszuspähn ?

      Ach, so viele tausend Menschen kennen,
      Dumpf sich treibend, kaum ihr eigen Herz,
      Schweben zwecklos hin und her und rennen
      Hoffnungslos in unversehnem Schmerz ;
      Jauchzen wieder, wenn der schnellen Freuden
      Unerwart’te Morgenröte tagt.
      Nur uns armen liebevollen beiden
      Ist das wechselseit’ge Glück versagt,
      Uns zu lieben, ohn uns zu verstehen,
      In dem andern sehn, was er nie war,
      Immer frisch auf Traumglück auszugehen
      Und zu schwanken auch in Traumgefahr.

      Glücklich, den ein leerer Traum beschäftigt !
      Glücklich, dem die Ahnung eitel wär !
      Jede Gegenwart und jeder Blick bekräftigt
      Traum und Ahndung leider uns noch mehr.
      Sag’, was will das Schicksal uns bereiten ?
      Sag’, wie band es uns so rein genau ?
      Ach, du warst in abgelebten Zeiten
      Meine Schwester oder meine Frau ;

      Kanntest jeden Zug in meinem Wesen,
      Spähtest, wie die reinste Nerve klingt,
      Konntest mich mit einem Blicke lesen,
      Den so schwer ein sterblich Aug durchdringt.
      Tropftest Mäßigung dem heißen Blute,
      Richtetest den wilden irren Lauf,
      Und in deinen Engelsarmen ruhte
      Die zerstörte Brust sich wieder auf ;

      Hieltest zauberleicht ihn angebunden
      Und vergaukeltest ihm manchen Tag.
      Welche Seligkeit glich jenen Wonnestunden,
      Da er dankbar dir zu Füßen lag,
      Fühlt’ sein Herz an deinem Herzen schwellen,
      Fühlte sich in deinem Auge gut,
      Alle seine Sinnen sich erhellen
      Und beruhigen sein brausend Blut.

      Und von allem dem schwebt ein Erinnern
      Nur noch um das ungewisse Herz,
      Fühlt die alte Wahrheit ewig gleich im Innern,
      Und der neue Zustand wird ihm Schmerz.
      Und wir scheinen uns nur halb beseelet,
      Dämmernd ist um uns der hellste Tag.
      Glücklich, daß das Schicksal, das uns quälet,
      Uns doch nicht verändern mag. (avril 1776)

      Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant
      Pourquoi nous donnas-tu ce regard pénétrant
      Qui d’intuition profonde voyant notre avenir,
      Ne nous laisse jamais, nous berçant d’illusions, nous fier un instant
      En notre amour et terrestre bonheur ?
      Pourquoi nous donnas-tu, destin, ce sentiment
      Qui nous fait voir dans le cœur l’un de l’autre,
      Et au travers de tant d’étranges turbulences,
      Discerner et saisir notre lien véritable ?

      Ah ! Tant de milliers d’hommes connaissent à peine
      Dans leur agitation obscure, leur propre cœur,
      Flottent sans but de çà de là, et soudain affolés
      Courent sous l’aiguillon de douleurs imprévues,
      Puis retrouvent le rire quand à nouveau paraît
      L’aurore inattendue des plaisirs éphémères.
      A nous deux seuls, malheureux pleins d’amour,
      Est refusé le bonheur partagé
      De nous aimer sans nous comprendre,
      De voir en l’autre ce qu’il ne fut jamais,
      De poursuivre sans fin des rêves de bonheur,
      Pour tituber au bord de dangers irréels.

      Heureux celui qu’occupe un rêve vide !
      Heureux qui de l’intuition se rirait !
      Toute présence et tout regard, hélas ! donnent au rêve en nous
      A l’intuition force plus grande encore.
      Dis-moi, quelle est sur nous l’intention du destin ?
      Dis-moi, comment nous joignit-il de si juste jointure ?
      Ah ! tu fus en des temps depuis longtemps vécus,
      Ma sœur, ou mon épouse.

      Tu connaissais chaque trait de mon être,
      Percevais le son du nerf le plus pur,
      D’un seul regard tu me lisais
      Moi que si mal pénètre un œil mortel.
      Au sang brûlant tu versais goutte à goutte
      Un baume, tu redressais mon errance sauvage,
      Et le repos dans tes bras angéliques
      Restaurait l’être dévasté.

      A la légèreté d’un fil magique tu le tenais près de toi attaché,
      Et dans l’enchantement faisais couler ses jours.
      Quelle félicité s’égale aux heures de délices
      Où, plein de gratitude, il gisait à tes pieds,
      Sentait son cœur gonfler contre ton cœur,
      S’éprouvait bon dans ton regard,
      Sentait en lui s’éclairer tous ses sens,
      Et son sang en tumulte lentement s’apaiser.

      Et de tout cela ne flotte désormais qu’un souvenir
      Autour du cœur troublé,
      Il sent au fond de lui l’ancienne vérité éternellement vraie,
      Et l’état nouveau lui est à douleur.
      Il nous semble n’avoir qu’âme à demi vivante,
      Crépuscule pour nous est le jour le plus clair.
      Heureux, que le destin qui nous tourmente
      De nous changer n’ait pourtant pas pouvoir.

      Der Bräutigam

      • #107812 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Le dernier mot de ce poème est « pouvoir »
        C’est mon dernier poème partagé dans ce forum.
        Je ne termine pas avec mon copain de toujours mais avec Goethe.
        Graindorge en a partagé combien en tout?
        Aucune idée
        Je me suis bien amusée, à en copier, à en chercher, à en traduire. Je continuerai à en lire ailleurs et ici
        Longue vie à l’alphabet
        Bonne nuit et bonjour 👋🏼

    • #107935 Répondre
      Ostros
      Invité

      Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
      Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
      Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
      Vous vous étiez servis simplement de vos armes
      La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans
      .
      Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
      Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
      L’affiche qui semblait une tache de sang
      Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
      Y cherchait un effet de peur sur les passants
      .
      Nul ne semblait vous voir Français de préférence
      Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
      Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
      Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
      .
      Et les mornes matins en étaient différents
      Tout avait la couleur uniforme du givre
      À la fin février pour vos derniers moments
      Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
      Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
      Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
      .
      Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
      Adieu la vie adieu la lumière et le vent
      Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
      Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
      Quand tout sera fini plus tard en Erivan
      .
      Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
      Que la nature est belle et que le coeur me fend
      La justice viendra sur nos pas triomphants
      Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
      Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant
      .
      Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
      Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
      Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
      Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
      Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.
      .
      L’affiche rouge – Louis Aragon – Recueil : Le Roman inachevé (1956).
      .
      Je découvre ce texte et dans la foulée ce groupe que furent les FTP-MOI. Missak Manouchian. Et que lui et sa femme Mélinée, arméniens, communistes, résistants, ont été panthéonisés le 21 février 2024.
      .

    • #108002 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre »

    • #110324 Répondre
      Graindorge
      Invité

      j’espérais que le relais serait pris pour ne pas laisser mourir cette belle entrée, fil, topic, Traid.. mais le dernier partagé par Ostros date du 27 mai. Une éternité. Je me permets donc de changer d’avis et de reprendre du service.
      Ahmad Chamlou, un des grands de la poésie persane (1925-2000) était un opposant au Chah mais aussi au régime des mollahs.

      Il a écrit ce poème quelques mois après la proclamation de la République islamique, en février 1979.

      Ce poème (de juillet 1979 !) figure dans l’anthologie Iran. Poésie et autres rubriques, par Chahrâchoub Amirchâhi et Alain Lance, collection action poétique, François Maspero, 1980.
      « on renifle tes lèvres pour savoir si elles ont dit je t’aime »

      Dans cette impasse

      On renifle tes lèvres
      Pour savoir si elles ont dit je t’aime
      On renifle ton cœur
      drôle de temps, ami
      L’amour est fouetté
      À côté du garde-fou
      Il faut cacher l’amour dans le cagibi.

      Dans cette impasse tortueuse du froid
      Le feu reste vif
      alimenté par le chant et la poésie
      Ne te risque pas à penser
      drôle de temps, ami
      Celui qui la nuit cogne à la porte
      Est venu pour étouffer la lampe
      Il faut cacher la lumière dans le cagibi.

      Voici que les bouchers
      S’installent au carrefour
      Avec le billot et la hache sanglante
      drôle de temps, ami

      Ils procèdent à l’ablation du sourire
      Sur les lèvres
      Et du chant
      Dans la gorge
      Il faut cacher l’enthousiasme dans le cagibi.

      On fait griller les canaris
      Sur un feu de jasmin et de lys
      drôle de temps, ami.
      Satan, ivre et triomphant
      Fait ripaille à notre banquet de deuil.
      Il faut cacher Dieu dans le cagibi.

    • #111787 Répondre
      Graindorge
      Invité

      cv

    • #111809 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Orage
      Le ciel
      sur le pied de guerre
      Des millions de balles blanches
      Frappent
      L’enfant regarde, voit
      Sort
      prend un grelon
      l’avale
      Sans quitter le ciel des yeux:
      « Pardon! »
      Il rentre.
      Les yeux tout mouillés

    • #112378 Répondre
      graindorge
      Invité

      The song of Wandering Aengu William Butler Yeatss
      I went out to the hazel wood,
      Because a fire was in my head,
      And cut and peeled a hazel wand,
      And hooked a berry to a thread;
      And when white moths were on the wing,
      And moth-like stars were flickering out,
      I dropped the berry in a stream
      And caught a little silver trout

      When I had laid it on the floor
      I went to blow the fire aflame,
      But something rustled on the floor,
      And some one called me by my name:
      It had become a glimmering girl
      With apple blossom in her hair
      Who called me by my name and ran
      And faded through the brightening air.

      Though I am old with wandering
      Through hollow lands and hilly lands,
      I will find out where she has gone,
      And kiss her lips and take her hands;
      And walk among long dappled grass,
      And pluck till time and times are done
      The silver apples of the moon,
      The golden apples of the sun.
      La Chanson du Voyageur Aengus
      J’allai jusqu’au bois de noisetier
      Poussé par un feu dans mon coeur
      Je taillai une ligne de noisetier
      Et pendis une baie à mon fil
      Et quand les phalènes reprirent leur vol
      Et les étoiles filantes leurs sauts
      Je plongeai la baie dans le torrent
      Jusqu’à y prendre une truite d’argent

      Quand je l’eus posée là par terre
      J’allai pour remettre le feu en flammes
      Mais quelque chose bruissait là par terre
      Et quelqu’un appela mon nom :
      Ce fut soudain une pétillante fille
      Des fleurs de pommier aux cheveux
      Qui appela mon nom puis s’en fut
      Disparut dans les brumes de l’aube

      Or bien que vieilli de voyages
      Par basses terres et hautes terres
      Je trouverai où elle se cache
      J’aurai ses lèvres prendrai ses mains
      Et j’irai le long des longues herbes mures
      Cueillant jusqu’au bout du temps et des temps
      Les pommes d’argent de la lune
      Les pommes dorées du soleil

      • #112379 Répondre
        graindorge
        Invité

        « Et j’irai le long des longues herbes mures
        Cueillant jusqu’au bout du temps et des temps
        Les pommes d’argent de la lune
        Les pommes dorées du soleil »

    • #112471 Répondre
      graindorge
      Invité

      je pose ici ce documentaire sur Mahmoud Darwich

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=sLA6q14dcK0?si=UjfkcpTMa0PpkjqH&w=560&h=315%5D

    • #113534 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Je remets le poème de Gabriela Mistral ici

      « Boire », de Gabriela Mistral, extrait du recueil D’amour et de désolation, traduit de l’espagnol par Claude Couffon (ELA/La Différence 1988).
      Je me souviens des gestes
      et c’était pour me donner de l’eau.
      Dans la vallée du Rio Blanco,
      où prend naissance l’Aconcagua, je vins boire,
      je bondis boire dans le fouet d’une cascade,
      qui tombait chevelue et dure et se rompait rigide et blanche.
      Je collai ma bouche aux remous, et cette eau sainte me brûlait,
      trois jours durant ma bouche saigna de cette gorgée d’Aconcagua.

      Dans les terres de Mitla, un jour
      de cigales, de soleil, de marche,
      me penchai sur un puits, un indien
      vint me soutenir dessus l’eau, et mon visage,

      comme un fruit,
      était dans le creux de ses paumes.
      Et je buvais ce qu’il buvait,
      c’était sa face avec ma face,
      et dans un éclair je sus que
      la chair de Mitla était ma race.

      Dans l’île de Porto-Rico,
      lors de la sieste emplie de bleu,
      mon corps paisible, les vagues folles,
      et comme cent mères les palmes,
      une fillette, par jeu, rompit
      près de ma bouche un coco d’eau,
      et moi je bus, comme une enfant,
      cette eau de mère, cette eau de palme.
      Tant de douceur jamais n’ai bue
      ni de mon corps ni de mon âme.

      À la maison de mes enfances
      ma mère m’apportait de l’eau.
      Entre gorgée et autre gorgée
      je la voyais dessus la jarre.
      Plus la tête se relevait
      et plus la jarre s’abaissait.
      Cette vallée, je l’ai toujours,
      et j’ai ma soif et son regard.

      Ce serait là l’éternité qu’encore
      nous sommes comme nous étions.

      Je me souviens des gestes
      et c’étaient gestes pour me donner de l’eau.

    • #113697 Répondre
      graindorge
      Invité

      « L’été » Paul Valery

      Été, roche d’air pur, et toi, ardente ruche,
      O mer ! Éparpillée en mille mouches sur
      Les touffes d’une chair fraîche comme une cruche,
      Et jusque dans la bouche où bourdonne l’azur,

      Et toi, maison brûlante, Espace, cher Espace
      Tranquille, où l’arbre fume et perd quelques oiseaux,
      Où crève infiniment la rumeur de la masse
      De la mer, de la marche et des troupes des eaux,

      Tonnes d’odeurs, grands ronds par les races heureuses
      Sur le golfe qui mange et qui monte au soleil,
      Nids purs, écluses d’herbe, ombres des vagues creuses,
      Bercez l’enfant ravie en un poreux accueil,

      Dont les jambes, (mais l’une est fraîche et se dénoue
      De la plus rose), les épaules, le sein dur,
      Le bras qui se mélange à l’écumeuse joue
      Brillent abandonnés autour du vase obscur

      Où filtrent les grands bruits pleins de bêtes puisées
      Dans les cages de feuille et les mailles de mer
      Par les moulins marins et les huttes rosées
      Du jour. Toute la peau dore les treilles d’air.

      • #113698 Répondre
        graindorge
        Invité

        * titre  » Été »

    • #114032 Répondre
      MA
      Invité

      J’aime les nuages… les nuages quî passent…la-bas…là-bas…les merveilleux nuages. Baudelaire
      Des révolutions ?Des changements ?Tour ce que je voudrais,au fond le plus intime de mon âme, c’est que s’effacent les nuages arones qui enduisent le ciel d’un gris savonneux; ce que je voudrais, c’est voir l’azur resurgir parmi eux, vérité claire et sûre, parce qu’il n’est rien, et ne veut rien. Pessoa

      • #114040 Répondre
        Malice
        Invité

        Pessoa et son angoisse de l’orage ( l’inverse de ce que je ressens quand ça tonne)

        [CE SOIR L’ORAGE A ROULÉ]

        Ce soir l’orage a roulé,
        Tombant sur des versants du ciel
        Comme un énorme bloc de pierre…

        Comme si quelqu’un du haut d’une fenêtre
        Secouait une nappe,
        Et que les miettes tombant toutes ensemble,
        Faisaient un certain bruit dans leur chute ;
        La pluie crépitait par terre
        Obscurcissant les chemins…

        Tandis que les éclairs ébranlaient l’espace
        Et secouaient l’air
        Comme une grande tête qui dirait non,
        Je ne sais pas pourquoi — je n’avais pas peur —
        Je me suis mis à prier sainte Barbe
        Comme si j’étais la vieille tante de quelqu’un…

        Mais c’est qu’à prier sainte Barbe
        Je me suis senti encore plus simple
        Que je ne pensais l’être…
        Je me sentais familial et casanier
        Ayant passé ma vie
        À écouter tranquillement ma bouilloire ;
        Au côté de parents plus âgés que moi
        Comme si c’était pour moi une façon de fleurir…

        Je me sentais quelqu’un qui pouvait croire en sainte Barbe…
        Ah, pouvoir croire en sainte Barbe !

        (Qui croit en sainte Barbe,
        Pensera que c’est quelqu’un de visible
        Sinon que peut-il penser d’elle ?)

        (Quel artifice ! Que savent
        Les fleurs, les arbres et les troupeaux
        De sainte Barbe ?… Une branche d’arbre,
        Si elle pensait, ne pourrait jamais
        Construire ni des saints ni des anges…
        Elle pourrait penser que le Soleil
        Éclaire et que le tonnerre
        Est un vacarme soudain
        Qui naît avec la lumière.
        Ah, comme les hommes les plus simples
        Paraissent malades, confus et stupides
        Face à la lumineuse simplicité
        Et à la force d’exister
        Des arbres et des plantes !)

        Et moi, pensant à tout cela,
        Je me retrouvais moins heureux une fois de plus…
        Sombre, mélancolique et malade
        Comme un jour où l’orage a menacé
        Sans jamais venir, même la nuit tombée…

        • #114111 Répondre
          MA
          Invité

          Ces trois jours de canicule sans répit, d’orage latent et de malaise sous- jacinthe à la quiétude ambiante, ont apporté, comme l’orage avait filé ailleurs, une agréable, légère et tiède fraîcheur, à la surface limpide des choses. De même, au cours de notre existence, il arrive parfois que notre âme ayant souffert du poids de la vie, éprouve un soulagement qu’aucun événement ne peut expliquer.
          J’imagine sue nous sommes des sortes de climats, sur lesquels pèsent des menaces de tempêtes qui vont se concrétiser ailleurs.
          L’immensité vide des choses, le vaste oubli qui règne dans le ciel et sur la terre…

          • #114115 Répondre
            Malice
            Invité

            Je me souviens de ce passage, j’ai rarement lu un auteur qui sait si bien extirper de la salade de l’existence ( je reprends son expression) des sensations si précises

            • #114119 Répondre
              MA
              Invité

              Envie de tout noter, de tout mémoriser.
              La Montaigne touch.

              • #114122 Répondre
                Malice
                Invité

                J’avais noté ce passage, est-ce qu’il t’a marquée aussi?
                 » Je me réveille aujourd’hui au beau milieu d’un pont, penché sur le fleuve,
                et sachant que j’existe plus fermement que tout ce qui j’ai été jusqu’à maintenant.
                Mais la ville m’est étrangère, les rues me sont inconnues, et le mal est sans remède.
                Donc, j’attends, penché sur le pont, que la vérité me quitte,
                pour me laisser à nouveau nul et fictif, intelligent et naturel. »

                • #114150 Répondre
                  MA
                  Invité

                  Je ne le note que maintenant grâce à toi, en me visualisant la scène comme provenant de chez Capra.

                  • #114155 Répondre
                    MA
                    Invité

                    Pour moi, qui aujourd’hui n’espère ni ne désespère, la vie est un simple cadre extérieur, qui m’inclus moi- même, et à laquelle j’assiste comme à un spectacle dépourvu d’intrigue, fait pour le seul plaisir des yeux-ballet sans suite, feuilles agitées par le vent, nuages où la lumière du soleil prend des couleurs moulantes, enchevêtrement de rues anciennes, tracées au hasard, dans des quartiers disparates de la ville.

                  • #114163 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Tu veux dire que tu penses à « La vie est belle » ( la tentative de suicide)?
                    J’ai compris du passage que la lucidité extrême faisait du monde ordinaire un pays inconnu. La contemplation du haut du pont m’a plutôt évoqué le vertige de cette impression, ce paradoxe ( « je suis perdu dans la vérité »)

      • #114043 Répondre
        MA
        Invité

        Avec la bande-son by The kinks en personne https://youtu.be/qwVJ7FWc4rQ?si=5Q1Y4mJtQUjFaUzM

        • #114044 Répondre
          MA
          Invité

          And watch the clouds as they sadly pass me by
          Découvert ce matin grâce à Charles Pépin

        • #114050 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ça sent les vacances!

    • #114159 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Clown

      Un jour.

      Un jour, bientôt peut-être.

      Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.

      Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

      Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.

      D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».

      Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

      A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.

      Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.

      Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.

      Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.

      Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

      Clown, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.

      Je plongerai.

      Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert

      à tous

      ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée

      à force d’être nul

      et ras…

      et risible…

      Henri Michaux, « Peintures » (1939,) in L’espace du dedans, Pages choisies, Poésie / Gallimard, 1966, p.249

    • #114470 Répondre
      Alain m.
      Invité

      Froide l’eau
      à vomir le chlore avalé.
      Roide l’autre
      auquel on devait obéir
      au doigt, à l’oeil
      et à la perche
      comme une lame de rasoir
      sur le fil de la chair –
      ~
      Tout ce pouvoir,
      torse bombé,
      au cul serré de ton désir
      de fuir
      ou d’au moins clore
      plus dignement cet inégal
      combat mené contre l’un
      et l’eau, sans être mis
      à nu
      dans un incontrôlable
      bain de bruits
      brouillés de visages.
      Morgan Riet • « Chloré »

    • #114525 Répondre
      graindorge
      Invité

      Élévation

      Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
      Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
      Par delà le soleil, par delà les ésthers,
      Par delà les confins des sphères étoilées,

      Mon esprit, tu te meus avec agilité,
      Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,
      Tu sillonnes gayement l’immensité profonde
      Avec une indicible et mâle volupté.

      Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
      Va te purifier dans l’air supérieur,
      Et bois, comme une pure et divine liqueur,
      Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

      Derrière les ennuis et les vastes chagrins
      Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,
      Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse
      S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

      Celui dont les pensers, comme des alouettes,
      Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
      – Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
      Le langage des fleurs et des choses muettes !

      Charles Baudelaire

    • #114725 Répondre
      Claire N
      Invité

      Excellent rendu de l’école à la piscine
      Les petits maillots serrés en rang d’oignons
      Dans le javel
      Merci Alain m

    • #114733 Répondre
      MA
      Invité

      La chair est triste,hélas ! et j’ai lu tous les livres.
      Fuir! Là- bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
      D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!
      Rien, ni les vieux jardins reflétes par les yeux
      Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
      O nuits! Ni la clarté déserte de ma lampe
      Sur le vide papier que la blancheur défend
      Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
      Je partirai’Steamer balançant mâture,
      Lève l’ancre pour une exotique nzture!

      Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
      Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs!
      Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
      Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
      Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots..
      Mais, o mon cœur, entends le chant des matelots!
      Mallarme. Brise marine

      • #114734 Répondre
        Claire N
        Invité

        Apparition
        Stéphane Mallarmé
        La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
        Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
        Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
        De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
        C’était le jour béni de ton premier baiser.
        Ma songerie aimant à me martyriser
        S’énivrait savamment du parfum de tristesse
        Que même sans regret et sans déboire laisse
        La cueillaison d’un rêve au coeur qui l’a cueilli.
        J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
        Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
        Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
        Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
        Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
        Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
        Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.
        Merci MA
        Toujours m’étonne chez Mallarmé
        Mon impression changeante
        j’ai parfois a sa lecture une certaine inflexion négative puis sur une phrase mon avis bascule
        Et de froufrouteux je le ressens génial
        C’est un auteur qui me fascine pour cela, sa cuisine est en ce sens très particulière à mon goût
        Je n’ai pas à ce jour réellement percé ce secret qui me fou sur la crête

    • #114785 Répondre
      Alain m
      Invité

      Pour prolonger sur Mallarmé deux versions de son Placet. La première de 1862 et la seconde 1883 intitulée Placet futile.
      ~
      Placet •
      J’ai longtemps rêvé d’être, ô Duchesse, l’Hébé
      Qui rit sur votre tasse au baiser de tes lèvres.
      Mais je suis un poète, un peu moins qu’un abbé,
      Et n’ai point jusqu’ici figuré sur le Sèvres.
      ~
      Puisque je ne suis pas ton bichon embarbé,
      Ni tes bonbons, ni ton carmin, ni tes jeux mièvres,
      Et que sur moi pourtant ton regard est tombé,
      Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres,
      ~
      Nommez-nous. . . vous de qui les souris framboisés
      Sont un troupeau poudré d’agneaux apprivoisés
      Qui vont broutant les cœurs et bêlant aux délires,
      ~
      Nommez-nous . . . et Boucher sur un rose éventail
      Me peindra flûte aux mains endormant ce bercail,
      Duchesse, nommez-moi berger de vos sourires.
      ~~
      Placet futile •
      Princesse ! à jalouser le destin d’une Hébé
      Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
      J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
      Et ne figurerai même nu sur le Sèvres.
      ~
      Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
      Ni la pastille ni du rouge, ni Jeux mièvres
      Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
      Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !
      ~
      Nommez-nous… toi de qui tant de ris framboisés
      Se joignent en troupeau d’agneaux apprivoisés
      Chez tous broutant les vœux et bêlant aux délires,
      ~
      Nommez-nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
      M’y peigne flûte aux doigts endormant ce bercail ,
      Princesse, nommez-nous berger de vos sourires.

      • #114832 Répondre
        Claire N
        Invité

        Rires – mais quel dragueur ce Stephane
        Un pour la Duchesse et hop , on recycle, un pour la princesse
        Et il faudrait lui confier des agneaux framboisées ?
        Ça sent le cric- croc

    • #114825 Répondre
      graindorge
      Invité

      Encore du Mallarmé
      « Toujours avec l’espoir de rencontrer la mer,
      Ils voyageaient sans pain, sans bâtons et sans urnes,
      Mordant au citron d’or de l’idéal amer. »

      Le guignon

      Au-dessus du bétail ahuri des humains
      Bondissaient en clartés les sauvages crinières
      Des mendieurs d’azur le pied dans nos chemins.

      Un noir vent sur leur marche éployé pour bannières
      La flagellait de froid tel jusque dans la chair,
      Qu’il y creusait aussi d’irritables ornières.

      Toujours avec l’espoir de rencontrer la mer,
      Ils voyageaient sans pain, sans bâtons et sans urnes,
      Mordant au citron d’or de l’idéal amer.

      La plupart râla dans les défilés nocturnes,
      S’enivrant du bonheur de voir couler son sang,
      Ô Mort le seul baiser aux bouches taciturnes !

      Leur défaite, c’est par un ange très puissant
      Debout à l’horizon dans le nu de son glaive :
      Une pourpre se caille au sein reconnaissant.

      Ils tètent la douleur comme ils tétaient le rêve
      Et quand ils vont rythmant des pleurs voluptueux
      Le peuple s’agenouille et leur mère se lève.

      Ceux-là sont consolés, sûrs et majestueux ;
      Mais traînent à leurs pas cent frères qu’on bafoue,
      Dérisoires martyrs de hasards tortueux.

      Le sel pareil des pleurs ronge leur douce joue,
      Ils mangent de la cendre avec le même amour,
      Mais vulgaire ou bouffon le destin qui les roue.

      Ils pouvaient exciter aussi comme un tambour
      La servile pitié des races à voix ternes,
      Egaux de Prométhée à qui manque un vautour !

      Non, vils et fréquentant les déserts sans citerne,
      Ils courent sous le fouet d’un monarque rageur,
      Le Guignon, dont le rire inouï les prosterne.

      Amants, il saute en croupe à trois, le partageur !
      Puis le torrent franchi, vous plonge en une mare
      Et laisse un bloc boueux du blanc couple nageur.

      Grâce à lui, si l’un souffle à son buccin bizarre,
      Des enfants nous tordront en un rire obstiné
      Qui, le poing à leur cul, singeront sa fanfare.

      Grâce à lui, si l’une orne à point un sein fané
      Par une rose qui nubile le rallume,
      De la bave luira sur son bouquet damné.

      Et ce squelette nain, coiffé d’un feutre à plume
      Et botté, dont l’aisselle a pour poils vrais des vers,
      Est pour eux l’infini de la vaste amertume.

      Vexés ne vont-ils pas provoquer le pervers,
      Leur rapière grinçant suit le rayon de lune
      Qui neige en sa carcasse et qui passe au travers.

      Désolés sans l’orgueil qui sacre l’infortune,
      Et tristes de venger leurs os de coups de bec,
      Ils convoitent la haine, au lieu de la rancune.

      Ils sont l’amusement des racleurs de rebec,
      Des marmots, des putains et de la vieille engeance
      Des loqueteux dansant quand le broc est à sec.

      Les poètes bons pour l’aumône ou la vengeance,
      Ne connaissant le mal de ces dieux effacés,
      Les disent ennuyeux et sans intelligence.

      « Ils peuvent fuir ayant de chaque exploit assez,
      Comme un vierge cheval écume de tempête
      Plutôt que de partir en galops cuirassés.

      Nous soûlerons d’encens le vainqueur dans la fête :
      Mais eux, pourquoi n’endosser pas, ces baladins,
      D’écarlate haillon hurlant que l’on s’arrête ! »

      Quand en face tous leur ont craché les dédains,
      Nuls et la barbe à mots bas priant le tonnerre,
      Ces héros excédés de malaises badins

      Vont ridiculement se pendre au réverbère.

    • #115044 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Des chemins sur la mer » Antonio Machado

      Jamais je n’ai cherché la gloire
      Ni voulu dans la mémoire des hommes
      Laisser mes chansons
      Mais j’aime les mondes subtils
      Aériens et délicats
      Comme des bulles de savon.

      J’aime les voir s’envoler,
      Se colorer de soleil et de pourpre,
      Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
      Puis éclater.

      À demander ce que tu sais
      Tu ne dois pas perdre ton temps
      Et à des questions sans réponse
      Qui donc pourrait te répondre ?

      Chantez en cœur avec moi :
      Savoir ? Nous ne savons rien
      Venus d’une mer de mystère
      Vers une mer inconnue nous allons
      Et entre les deux mystères
      Règne la grave énigme
      Une clef inconnue ferme les trois coffres
      Le savant n’enseigne rien, lumière n’éclaire pas
      Que disent les mots ?
      Et que dit l’eau du rocher ?

      Voyageur, le chemin
      C’est les traces de tes pas
      C’est tout ; voyageur,
      il n’y a pas de chemin,
      Le chemin se fait en marchant
      Le chemin se fait en marchant
      Et quand tu regardes en arrière
      Tu vois le sentier que jamais
      Tu ne dois à nouveau fouler

      Voyageur ! Il n’y a pas de chemins
      Rien que des sillages sur la mer.
      Tout passe et tout demeure
      Mais notre affaire est de passer
      De passer en traçant
      Des chemins
      Des chemins sur la mer.

      • #115052 Répondre
        Ostros
        Invité

        J’adore ce poème
        Découvert au lycée

    • #115053 Répondre
      Ostros
      Invité

      Une nuit que l’hiver avait trop triomphé,
      Tout grelottant de froid, j’entrai dans un café.
      Je bus. Il faisait chaud. Il faisait bon. L’averse
      Et la bise qui mord les os et les traverse
      Avaient fait de la rue un bourbier ténébreux,
      Un désert; pluie et vent se flagellaient entre eux.
      L’eau baignait le trottoir et ternissait les glaces
      Du bar, et, sous le gaz versant des lueurs lasses,
      Au point où, bifurquant, les lignes des tramways
      Montraient leurs rails luisant abondamment lavés,
      J’aperçus, à travers la pluie énorme et l’ombre
      Mon vieux père voûté dans sa capote sombre.
      C’est là qu’il exerçait son métier d’aiguilleur.
      Il n’avait pas l’espoir d’un lendemain meilleur,
      Il n’avait point d’abri. L’eau ruisselante et lâche
      Lui coulait dans le cou, lui mouillait la moustache.
      Je l’entendais tousser au point de s’arracher
      Les poumons dans l’effort qu’il faisait pour cracher.
      Sans doute ce vieillard expiait quelque chose.
      Un être humain n’est pas ainsi livré, sans cause,
      Par l’homme indifférent à la fureur du ciel.
      Certainement mon père était un criminel.
      Voyons. Trente-six ans, épuisé de misère,
      Il avait travaillé pour un maigre salaire,
      Toujours probe, toujours exact, toujours soumis.
      S’il parlait de ses chefs, il disait: « Quels amis! »
      Mais alors, ce qu’en lui punissait la tempête,
      C’était le crime d’être pauvre, d’être honnête,
      Et d’aimer le labeur jusqu’à la passion?
      À moins que ce ne fût sa résignation
      .
      Mario Scalesi, le châtiment. 1923.

    • #115054 Répondre
      Ostros
      Invité

      Mère, j’ai trimé depuis l’aube.
      Je suis très las, je le suis trop.
      Étends pour moi ta vieille robe
      Sur le carreau.
      .
      Le parquet ne réchauffe guère.
      Hiver acariâtre! Il pleut.
      On n’y voit plus; peux-tu me faire
      Du feu?
      .
      L’eau froide que je bois étanche
      Ma soif, mais ravive ma faim.
      Mère, n’as-tu pas une tranche
      De pain?
      .
      Ni pain, ni feu. La vie est sombre.
      Je me résigne à l’exécrer.
      J’écoute des enfants dans l’ombre
      Pleurer.
      .
      Alors ma sœur la plus petite,
      Face émaciée aux yeux doux,
      Me dit: «J’ai là pour toi, prends vite,
      Deux sous.»
      .
      «Que faut-il t’acheter, grand frère»,
      Ajouta son timbre, câlin,
      «Veux-tu du pain?» «Non, mais un verre
      De vin.»
      .
      Mario Scalesi, révolte. 1923.

      • #115068 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Ostros pour la découverte
        J’apprends qu’il avait ,enfant ,eu la colonne vertébrale brisée

        • #115116 Répondre
          Ostros
          Invité

          Accident qui l’avait rendu bossu et infirme.
          Il aurait déposé furtivement son manuscrit chez un éditeur en vue vers 30 ans. Sa santé était très fragile et il était très pauvre, il est mort malade et épuisé cette année-là. Son recueil fut publié l’année suivante.

          • #115123 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Merci aussi Ostros!

            L’instant où j’ai cessé de vivre,
            Je le verrai longtemps encor.
            (Quand l’espoir a fermé son livre
            On peut bien dire qu’on est mort).

            Muse, je veux que tu célèbres
            Ce vieil et banal escalier
            Qui, m’ayant brisé les vertèbres,
            Me force à ne point l’oublier.

            Tu connais l’histoire, je pense,
            Puisque étaient par toi visités
            Ces fantasques rêves d’enfance
            Où riaient mes naïvetés.

            C’était Noël. L’hiver d’Afrique,
            Cet hiver aux avrils pareil,
            Fleurissait dans l’air balsamique;
            Sous les dorures du soleil.
            J’allais là-haut chercher des cartes.
            Une coutume d’autrefois
            Voulait que l’on jouât les tartes,
            Les fèves cuites et les noix.

            L’escalier était un peu sombre.
            Heureux, je rapportais le jeu,
            Lorsque mon pied glissa dans l’ombre
            Comme je songeais au ciel bleu.

            On dit que, fuyant le suaire,
            Parfois, la nuit, un trépassé
            Hante sa chambre mortuaire
            Pour y revivre le passé.

            Et ces macabres escapades,
            Voyez comme on les nie à tort:
            Je sens fuir mes pensées malades
            Vers l’escalier où je suis mort.

            • #115142 Répondre
              Claire N
              Invité

              « Tu connais l’histoire, je pense, »
              J’aime à fond cette phrase
              Effronterie ultime face au ressentiment

    • #115200 Répondre
      Alain m
      Invité

      Chers copains, je n’ai
      Plus ni bras ni jambes,
      Mais j’ai encore
      Tronc et tête.
      .
      Tronc pour avoir faim et dire : Je suis là.
      Et tête pour voir jusqu’à la fin
      Ce qui me reste et pour boire
      Jusqu’au bout le verre de mon destin.
      .
      Le gouvernement me donne
      Pour les jambes
      Qui ont pirouetté sur le champ de bataille et les bras
      Qui ont donné le dernier shake-hand au chirurgien
      .
      Une pension charmante, une miniature,
      Une pension de poupée, de vitrine,
      Une pension breloque, — enfin, je roule
      Chaque mois jusqu’à la chambre de M. l’employé.
      .
      J’ai déjà mangé mes pieds, mes jarrets
      Et toute la jambe gauche ; à droite
      Il me reste donc la cuisse et le genou
      J’ai mangé mes mains, il me reste les bras
      .
      Et si un jour enfin, prochain, s’il vous plaît,
      Le dieu merdeux jette aux poubelles du néant
      Ce qui reste de moi, je veux d’un seul coup,
      D’un seul festin avaler ce qui reste à courir
      .
      De ma pension militaire.
      Pierre Morhange • « Soldes »

    • #115652 Répondre
      Charles
      Invité

      La dernière rien du bal de l’Antarctique (extrait du recueil Le temps est une mère d’Ocean Vuong)

      C’est vrai, je suis tout en verbe & chemise branchée
      et alors. Tel le vent, je surfe
      sur ma vie. Néon électrique
      au creux mouillé d’une bête écrasée
      sur la route où je me suis fait les dents
      sur le bon péché. Je veux
      prendre soin de notre planète
      parce qu’il me faut un beau
      cimetière. C’est vrai je ne suis pas un écrivain
      mais un robinet sous-marin. Quand viendra le déluge
      je lèverai la main pour qu’ils sachent
      qui abattre. Le ciel scintille. La mer
      soupire. Moi-même je
      suis l’enfer. Tout le monde est là. Parfois
      je vais aux soirées juste pour laisser pendre mes pieds
      par de hautes fenêtres, parmi les gens.
      Ce garçon qui pleure dans sa voiture
      après son service au McDonald’s
      le dimanche de Pâques. Sa façon
      de s’essuyer les yeux avec son t-shirt
      pendant que les gros camions mugissent
      sur l’autoroute. L’obscurité
      que je préfère est celle qui est
      en nous, ai-je envie de lui dire.
      & : j’aime comme ton tablier
      donne l’impression que tu es prêt
      pour la guerre. Moi aussi je suis prêt.
      Si j’avais fait une seconde chance, je choisirai la vie
      où je joue du piano
      dans une pièce sans toit. Touche brisée, sonate
      de Bach comme des pas rapides
      descendant l’escalier quand
      mon père pourchasse ma mère
      dans un infini de feuilles
      de la Nouvelle-Angleterre. Peut-être ai-je vu un garçon
      en tablier noir pleurer dans une Nissan
      grande comme cercueil d’un monstre & su
      que je ne serai jamais hétéro. Peut-être,
      comme toi, ai-je été de ces gens
      plus épris du monde que jamais
      quand je touche le fond dans mon bolide
      direction nulle part.

      • #115653 Répondre
        Alain m
        Invité

        Merci pour la découverte.

      • #115683 Répondre
        Charles
        Invité

        La dernière reine* du bal de l’Antarctique

        • #115694 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

           » Je veux prendre soin de notre planète parce qu’il me faut un beau cimetière »

    • #115752 Répondre
      Alain m
      Invité

      Là-bas, c’est comment ?
      Est-ce à ce point désert ?
      Le soir toujours luit
      La lumière du crépuscule
      Les oiseaux volent,
      Chantent dans la forêt.
      Vous les entendez ?
      La lettre que je n’ai pas osé mettre à la boîte
      Pouvez-vous la recevoir ?
      La déclaration que je n’ai pas faite
      Pourrait-elle vous parvenir ?
      Le temps s’écoule
      Et la rose fanera-t-elle ?
      .
      Moment de faire mes adieux
      Comme le vent s’arrête puis va
      Comme l’ombre
      Adieux à la promesse qui n’est pas venue
      À l’amour qui jusqu’au bout fut secret
      Au brin d’herbe posant un baiser sur ma cheville triste
      Et même à de petits pas
      Qui me suivaient
      Moment de faire mes adieux
      .
      Si maintenant vient l’obscurité
      Sera-t-elle rallumée la bougie ?
      Je prie
      Que nul ne verse de larmes
      Que vous sachiez de quelle ardeur j’aimais
      La longue attente
      En un plein jour d’été
      La ruelle aussi vieille
      Que le visage du père
      Et même le chrysanthème
      Qui par timidité
      S’assied seul dos tourné
      Combien je les aimais
      Combien de votre doux chant
      Le coeur me battait.
      .
      Je vous bénis
      Avant de passer le fleuve noir
      En épuisant le dernier souffle de mon âme.
      Je me prends à rêver
      Un matin plein de soleil
      À nouveau éveillée, yeux éblouis,
      De vous trouver debout
      À mon chevet.
      Mija • La chanson d’Agnès

      • #115838 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Je vous bénis
        Avant de passer le fleuve noir
        En épuisant le dernier souffle de mon âme.
        Je me prends à rêver
        Un matin plein de soleil
        À nouveau éveillée, yeux éblouis,
        De vous trouver debout
        À mon chevet »
        C’est vrai me dis- je Alain m
        Qu’il est possible qu’à cet instant prenne l’envie de tout recommencer
        Partir en bénissant la vie en quelque sorte

        • #116008 Répondre
          Alain m
          Invité

          Claire
          Poème d’autant plus bouleversant rattaché à l’histoire du film Poetry mais qui garde, même exfiltré, son pouvoir d’interpellation…

    • #115824 Répondre
      graindorge
      Invité

      Santoka Taneda est né en 1882 et mort le 11 octobre 1940. Il pratiquait un style de haïku dit libre, c’est à dire s’affranchissant des règles très strictes du haïku classique initié par le moine et poète errant Basho (1644 – 1694). Comme Basho, il a vécu une vie de moine Zen vagabond, rédigeant au bord du chemin les haïkus nés de ses contemplations.

      • #115825 Répondre
        graindorge
        Invité

        Le riz est savoureux
        Le ciel bleu
        Bleu.

    • #115839 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Dans la rosée du matin
      Maculé de boue
      Un melon frais

      Bashô Matsuo

    • #115967 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
      Entre les pins palpite, entre les tombes ;
      Midi le juste y compose de feux
      La mer, la mer, toujours recommencée !
      Ô récompense après une pensée
      Qu’un long regard sur le calme des dieux !

      Quel pur travail de fins éclairs consume
      Maint diamant d’imperceptible écume,
      Et quelle paix semble se concevoir !
      Quand sur l’abîme un soleil se repose,
      Ouvrages purs d’une éternelle cause,
      Le Temps scintille et le Songe est savoir.

      Stable trésor, temple simple à Minerve,
      Masse de calme, et visible réserve,

      Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
      Tant de sommeil sous un voile de flamme,
      Ô mon silence !… Édifice dans l’âme,
      Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit !

      Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
      À ce point pur je monte et m’accoutume,
      Tout entouré de mon regard marin ;
      Et comme aux dieux mon offrande suprême,
      La scintillation sereine sème
      Sur l’altitude un dédain souverain.

      Comme le fruit se fond en jouissance,
      Comme en délice il change son absence
      Dans une bouche où sa forme se meurt,
      Je hume ici ma future fumée,
      Et le ciel chante à l’âme consumée
      Le changement des rives en rumeur.

      Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !
      Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
      Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
      Je m’abandonne à ce brillant espace,
      Sur les maisons des morts mon ombre passe
      Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

      L’âme exposée aux torches du solstice,
      Je te soutiens, admirable justice
      De la lumière aux armes sans pitié !
      Je te rends pure à ta place première :
      Regarde-toi !… Mais rendre la lumière
      Suppose d’ombre une morne moitié.

      Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
      Auprès d’un cœur, aux sources du poème,
      Entre le vide et l’événement pur,
      J’attends l’écho de ma grandeur interne,
      Amère, sombre, et sonore citerne,
      Sonnant dans l’âme un creux toujours futur !

      Sais-tu, fausse captive des feuillages,
      Golfe mangeur de ces maigres grillages,
      Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
      Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
      Quel front l’attire à cette terre osseuse ?
      Une étincelle y pense à mes absents.

      Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
      Fragment terrestre offert à la lumière,
      Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
      Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,

      Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ;
      La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !

      Chienne splendide, écarte l’idolâtre !
      Quand, solitaire au sourire de pâtre,
      Je pais longtemps, moutons mystérieux,
      Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
      Éloignes-en les prudentes colombes,
      Les songes vains, les anges curieux !

      Ici venu, l’avenir est paresse.
      L’insecte net gratte la sécheresse ;
      Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
      À je ne sais quelle sévère essence…
      La vie est vaste, étant ivre d’absence,
      Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

      Les morts cachés sont bien dans cette terre
      Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
      Midi là-haut, Midi sans mouvement
      En soi se pense et convient à soi-même…
      Tête complète et parfait diadème,
      Je suis en toi le secret changement.

      Tu n’as que moi pour contenir tes craintes !

      Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
      Sont le défaut de ton grand diamant…
      Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
      Un peuple vague aux racines des arbres
      A pris déjà ton parti lentement.

      Ils ont fondu dans une absence épaisse,
      L’argile rouge a bu la blanche espèce,
      Le don de vivre a passé dans les fleurs !
      Où sont des morts les phrases familières,
      L’art personnel, les âmes singulières ?
      La larve file où se formaient des pleurs.

      Les cris aigus des filles chatouillées,
      Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
      Le sein charmant qui joue avec le feu,
      Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
      Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
      Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

      Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
      Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
      Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ?
      Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?
      Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse,

      La sainte impatience meurt aussi !

      Maigre immortalité noire et dorée,
      Consolatrice affreusement laurée,
      Qui de la mort fait un sein maternel,
      Le beau mensonge et la pieuse ruse !
      Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
      Ce crâne vide et ce rire éternel !

      Pères profonds, têtes inhabitées,
      Qui sous le poids de tant de pelletées,
      Êtes la terre et confondez nos pas,
      Le vrai rongeur, le ver irréfutable
      N’est point pour vous qui dormez sous la table,
      Il vit de vie, il ne me quitte pas !

      Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?
      Sa dent secrète est de moi si prochaine
      Que tous les noms lui peuvent convenir !
      Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche !
      Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
      À ce vivant je vis d’appartenir !

      Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Élée !
      M’as-tu percé de cette flèche ailée

      Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
      Le son m’enfante et la flèche me tue !
      Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue
      Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !

      Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !
      Brisez, mon corps, cette forme pensive !
      Buvez, mon sein, la naissance du vent !
      Une fraîcheur, de la mer exhalée,
      Me rend mon âme… Ô puissance salée !
      Courons à l’onde en rejaillir vivant !

      Oui ! Grande mer de délires douée,
      Peau de panthère et chlamyde trouée
      De mille et mille idoles du soleil,
      Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
      Qui te remords l’étincelante queue
      Dans un tumulte au silence pareil,

      Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
      L’air immense ouvre et referme mon livre,
      La vague en poudre ose jaillir des rocs !
      Envolez-vous, pages tout éblouies !
      Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
      Ce toit tranquille où picoraient des focs !

       » Le cimetière marin » Paul Valery

    • #116102 Répondre
      graindorge
      Invité

      « Mes amis » ARUNDHATHI SUBRAMANIAM
      Ils sont gorgés d’eau, tous et chacun,
      comme des salades, et plutôt
      ravagés,
      marqués par le cours des choses,
      sales.

      Dieu sait que je les aurai voulus autres —
      moins préoccupés, plus désinvoltes,
      moins à manipuler-avec-précaution,

      plus légers,
      moins accros
      aux rêves impossibles, moins périssables,

      un peu plus ouverts
      aux bains de soleil.

      Ils ne sont pas à la hauteur.
      Sont imprévisibles.
      Il leur vient comme ça des oignons.

      Mais ils importent
      avec leurs sourires espiègles,
      leur air toujours distrait,
      leurs pauses subites —

      autant d’indications qu’ils savent
      comment les tiges vertes se contorsionnent
      et grossissent
      en disparaissant
      dans le noir,

      frayant leur chemin
      dans leur propre et adipeuse substance
      de boue,

      en improvisant,
      en gaffant,
      en improvisant —

    • #116467 Répondre
      Alain m
      Invité

      Une histoire, une histoire !
      (Laisse-la aller, laisse-la venir.)
      Je fus estampillée comme le garde-boue d’une Plymouth
      à mon arrivée en ce monde.
      D’abord vint le berceau
      avec ses barreaux glacés.
      Puis les poupées
      et la dévotion à leurs bouches en plastique.
      Puis il y eut l’école,
      les petites rangées bien droites de chaises,
      les sempiternels pâtés en écrivant mon nom,
      mais la tête toujours ailleurs,
      une étrangère aux coudes en panne.
      Puis il y eut la vie
      avec ses maisons cruelles
      et les gens qui se touchaient rarement –
      alors que le toucher c’est tout-
      mais je grandis,
      comme un porc dans un imper je grandis,
      puis il y eut de nombreuses apparitions bizarres,
      la pluie agaçante, le soleil se transformant en poison,
      et tout le reste, des scies labourant mon cœur,
      mais je grandis, grandis
      et Dieu était là comme une île vers laquelle je n’avais pas encore ramé;
      ignorant toujours qui Il était, mes membres fonctionnaient,
      et je grandis, grandis,
      je portais des rubis et j’achetais des tomates
      et à présent, d’âge moyen,
      à près de dix-neuf ans d’âge mental,
      je rame, je rame,
      bien que les tolets soient collants et rouillés
      et que la mer clignote et roule
      comme un œil inquiet,
      mais je rame, je rame
      bien que le vent me ramène
      et je sais que cette île ne sera pas idéale,
      qu’elle aura les défauts de la vie,
      les aberrations d’une table de salle à manger,
      mais il y aura une porte
      et je l’ouvrirai
      et je me débarrasserai du rat en moi,
      le rat pestilentiel qui ronge.
      Dieu le prendra entre ses mains
      et le serrera dans ses bras.

      Comme le disent les Africains :
      c’est mon histoire que j’ai racontée,
      qu’elle soit douce, qu’elle ne le soit pas,
      qu’elle s’en aille et qu’elle me re revienne en partie.
      Cette histoire se termine avec moi qui rame encore.
      Anne Sexton • « ramer »

    • #117463 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Les choses
      par Jorge Luís Borges

      ___

      Le bâton, les pièces de monnaie, le porte-clés,
      la serrure docile, les lettres tardives
      qui ne seront pas lues dans le peu de jours
      qu’il me reste, les cartes de jeu et le tableau,

      un livre, et, entre ses pages, la violette
      flétrie, monument d’un soir
      sans doute inoubliable mais déjà oublié,
      le rouge miroir occidental dans lequel

      une illusoire aurore brille. Oh, combien de choses,
      plaques, seuils, atlas, tasses, épingles,
      nous servent d’esclaves tacites,

      aveugles et si étrangement discrets !
      Elles dureront au-delà de notre oubli;
      elles ne sauront jamais que nous sommes partis.

      Traduit de l’espagnol par E. Dupas

      (Jorge Luis Borges, Éloge de l’ombre, 1967-1969)

    • #118255 Répondre
      graindorge
      Invité

      Ma propriété
      ————————————-
      Ma propriété n’a pas de mur,
      C’est l’espace.
      Et tout ce qui s’y passe.
      À moi, plaine ardente et bois obscurs.
      Pauvres à millions, murez-vous dans vos murs !
      ———————————————–
      J’ai bâton, blouse et chapeau de paille,
      Gros sabots, vieux livre et jeune chien,
      Tous les jours dès l’aube avec la caille,
      Je m’en vais pour visiter mon bien.
      ——————————————
      Que je vais en bon propriétaire,
      Folle avoine, épi jaune et lin bleu
      À l’envi s’inclinent vers la terre.
      Disons tout : le vent s’y prête un peu !
      ———————————————–
      L’Opéra n’a pas de voix plus fraîches
      Que mes bois, ni plus de décors,
      De ma stalle, en mousse, en feuilles sèches
      J’applaudis d’invisibles ténors !
      —————————————-
      Vos trésors, mais j’en fais ma risée,
      Diamants, service de vermeil,
      Venez voir mes gouttes de rosée,
      Où se joue un rayon de soleil.
      ——————————————–
      D’un coteau je plonge en ton domaine,
      Gros bourgeois, mes yeux sont des voleurs,
      Puis la brise, en complice, m’amène
      Le parfum de tes tilleuls en fleurs.
      ————————————–
      Tout le sol métré par le cadastre
      Est à vous, mais pour loger mes vers,
      En posant mes jalons d’astre en astre,
      Chaque soir j’arpente l’univers.
      ——————————————
      Ma propriété n’a pas de mur,
      C’est l’espace.
      Et tout ce qui s’y passe.
      Ma propriété n’a pas de mur.
      Pauvres à millions, murez-vous dans vos murs !
      —————————————————
      Eugène Pottier (1816-1887), d’abord emballeur, s’est ensuite spécialisé dans le dessin sur étoffe. Rappelons qu’il est l’auteur de l’Internationale !
      « Puis la brise, en complice, m’amène
      Le parfum de tes tilleuls en fleurs. »

    • #120190 Répondre
      graindorge
      Invité

      Autour de ma maison
      Emile Verhaeren

      ———————————————–
      Pour vivre clair, ferme et juste,
      Avec mon coeur, j’admire tout
      Ce qui vibre, travaille et bout
      Dans la tendresse humaine et sur la terre auguste.
      ———————————————
      L’hiver s’en va et voici mars et puis avril
      Et puis le prime été, joyeux et puéril.
      Sur la glycine en fleurs que la rosée humecte,
      Rouges, verts, bleus, jaunes, bistres, vermeils,
      Les mille insectes
      Bougent et butinent dans le soleil.
      Oh la merveille de leurs ailes qui brillent
      Et leur corps fin comme une aiguille
      Et leurs pattes et leurs antennes
      Et leur toilette quotidienne
      Sur un brin d’herbe ou de roseau !
      Sont-ils précis, sont-ils agiles !
      Leur corselet d’émail fragile
      Est plus changeant que les courants de l’eau ;
      Grâce à mes yeux qui les reflètent
      Je les sens vivre et pénétrer en moi
      Un peu ;
      Oh leurs émeutes et leurs jeux
      Et leurs amours et leurs émois
      Et leur bataille, autour des grappes violettes !
      Mon coeur les suit dans leur essor vers la clarté,
      Brins de splendeur, miettes de beauté,
      Parcelles d’or et poussière de vie !
      J’écarte d’eux l’embûche inassouvie :
      La glu, la boue et la poursuite des oiseaux
      Pendant des jours entiers, je défends leurs travaux ;
      Mon art s’éprend de leurs oeuvres parfaites ;
      Je contemple les riens dont leur maison est faite
      Leur geste utile et net, leur vol chercheur et sûr,
      Leur voyage dans la lumière ample et sans voile
      Et quand ils sont perdus quelque part, dans l’azur,
      Je crois qu’ils sont partis se mêler aux étoiles.
      ————————————————–
      Mais voici l’ombre et le soleil sur le jardin
      Et des guêpes vibrant là-bas, dans la lumière ;
      Voici les longs et clairs et sinueux chemins
      Bordés de lourds pavots et de roses trémières ;
      Aujourd’hui même, à l’heure où l’été blond s’épand
      Sur les gazons lustrés et les collines fauves,
      Chaque pétale est comme une paupière mauve
      Que la clarté pénètre et réchauffe en tremblant.
      Les moins fiers des pistils, les plus humbles des feuilles
      Sont d’un dessin si pur, si ferme et si nerveux
      Qu’en eux
      Tout se précipite et tout accueille
      L’hommage clair et amoureux des yeux.
      —————————————————
      L’heure des juillets roux s’est à son tour enfuie,
      Et maintenant
      Voici le soleil calme avec la douce pluie
      Qui, mollement,
      Sans lacérer les fleurs admirables, les touchent ;
      Comme eux, sans les cueillir, approchons-en nos bouches
      Et que notre coeur croie, en baisant leur beauté
      Faite de tant de joie et de tant de mystère,
      Baiser, avec ferveur, délice et volupté,
      Les lèvres mêmes de la terre.
      —————————————————
      Les insectes, les fleurs, les feuilles, les rameaux
      Tressent leur vie enveloppante et minuscule
      Dans mon village, autour des prés et des closeaux.
      Ma petite maison est prise en leurs réseaux.
      Souvent, l’après-midi, avant le crépuscule,
      De fenêtre en fenêtre, au long du pignon droit,
      Ils s’agitent et bruissent jusqu’à mon toit ;
      Souvent aussi, quand l’astre aux Occidents recule,
      J’entends si fort leur fièvre et leur émoi
      Que je me sens vivre, avec mon coeur,
      Comme au centre de leur ardeur.
      ————————————————
      Alors les tendres fleurs et les insectes frêles
      M’enveloppent comme un million d’ailes
      Faites de vent, de pluie et de clarté.
      Ma maison semble un nid doucement convoité
      Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.
      J’admire immensément la nature plénière
      Depuis l’arbuste nain jusqu’au géant soleil
      Un pétale, un pistil, un grain de blé vermeil
      Est pris, avec respect, entre mes doigts qui l’aiment ;
      Je ne distingue plus le monde de moi-même,
      Je suis l’ample feuillage et les rameaux flottants,
      Je suis le sol dont je foule les cailloux pâles
      Et l’herbe des fossés où soudain je m’affale
      Ivre et fervent, hagard, heureux et sanglotant.

      Emile Verhaeren, La multiple splendeur

      • #120198 Répondre
        Claire N
        Invité

        Faut il seulement gambade pour une poésie ?
        Se couler en un rythme comme la cloche au loin
        Du paisible troupeau et du pâtre serein
        Ou tailler sec en rythme
        Arpenter
        Saillir ?

    • #121373 Répondre
      graindorge
      Invité

      Un feu distinct.

      Un feu distinct m’habite, et je vois froidement

      La violente vie illuminée entière…

      Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant

      Ses actes gracieux mélangés de lumière.

      Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,

      Après le premier temps de sommeil malheureux;

      Quand le malheur lui-même est dans le noir épars

      Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

      Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille

      N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,

      Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

      Comme à la vide conque un murmure de mer,

      Le doute -sur le bord d’une extrême merveille,

      Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille ?
      ——————————————–
      Paul Valery

    • #121607 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Depuis six mille ans la guerre
      ——
      Depuis six mille ans la guerre
      Plait aux peuples querelleurs,
      Et Dieu perd son temps à faire
      Les étoiles et les fleurs.
      —–
      Les conseils du ciel immense,
      Du lys pur, du nid doré,
      N’ôtent aucune démence
      Du coeur de l’homme effaré.
      —–
      Les carnages, les victoires,
      Voilà notre grand amour ;
      Et les multitudes noires
      Ont pour grelot le tambour.
      —-
      La gloire, sous ses chimères
      Et sous ses chars triomphants,
      Met toutes les pauvres mères
      Et tous les petits enfants.
      —–
      Notre bonheur est farouche ;
      C’est de dire : Allons ! mourons !
      Et c’est d’avoir à la bouche
      La salive des clairons.
      —–
      L’acier luit, les bivouacs fument ;
      Pâles, nous nous déchaînons ;
      Les sombres âmes s’allument
      Aux lumières des canons.
      —–
      Et cela pour des altesses
      Qui, vous à peine enterrés,
      Se feront des politesses
      Pendant que vous pourrirez,
      —–
      Et que, dans le champ funeste,
      Les chacals et les oiseaux,
      Hideux, iront voir s’il reste
      De la chair après vos os !
      —–
      Aucun peuple ne tolère
      Qu’un autre vive à côté ;
      Et l’on souffle la colère
      Dans notre imbécillité.
      —–
      C’est un Russe ! Egorge, assomme.
      Un Croate ! Feu roulant.
      C’est juste. Pourquoi cet homme
      Avait-il un habit blanc ?
      —–
      Celui-ci, je le supprime
      Et m’en vais, le coeur serein,
      Puisqu’il a commis le crime
      De naître à droite du Rhin.
      —–
      Rosbach ! Waterloo ! Vengeance !
      L’homme, ivre d’un affreux bruit,
      N’a plus d’autre intelligence
      Que le massacre et la nuit.
      —–
      On pourrait boire aux fontaines,
      Prier dans l’ombre à genoux,
      Aimer, songer sous les chênes ;
      Tuer son frère est plus doux.
      —–
      On se hache, on se harponne,
      On court par monts et par vaux ;
      L’épouvante se cramponne
      Du poing aux crins des chevaux.
      ‐—-
      Et l’aube est là sur la plaine !
      Oh ! j’admire, en vérité,
      Qu’on puisse avoir de la haine
      Quand l’alouette a chanté.

      ‐—-‐—
      Victor Hugo

    • #121974 Répondre
      luc
      Invité

      De tout, il resta trois choses :
      La certitude que tout était en train de commencer,
      la certitude qu’il fallait continuer,
      la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.
      Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
      faire de la chute, un pas de danse,
      faire de la peur, un escalier,
      du rêve, un pont,
      de la recherche…
      une rencontre.

      F.PESSOA

    • #122168 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Ah vois-tu Luc, Pessoa est aimé dans ce chantier et bien partagé!

    • #122170 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

       La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
      Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. » Montaigne

      *****

      jour excessivement clair,
      Jour où affleurait l’envie d’avoir beaucoup travaillé
      Pour ne pas travailler du tout ce jour-là,
      J’ai entrevu, comme une route entre les arbres,
      Ce qui est peut-être le Grand Secret,
      Le fameux Grand Mystère dont parlent les faux poètes.

      J’ai vu qu’il n’y a pas de Nature,
      Que Nature n’existe pas,
      Qu’il y a collines, vallées, plaines,
      Arbres, fleurs, herbages,
      Rivières et pierres,
      Mais qu’il n’y a pas un tout dans quoi tout ça s’intégrerait,
      Qu’un ensemble réel et véritable
      Est une maladie de nos idées.
      La Nature est partie dans un tout.
      Voilà peut-être ledit mystère dont ils parlent.

      Voilà ce que sans penser, en passant,
      J’ai mis ma main au feu que c’était sans doute aucun la vérité
      Que tous s’acharnent à trouver et qu’ils ne trouvent pas,
      Et que moi seul, ne m’étant pas soucié de la chercher, ai trouvée.

      F.Pessoa

      • #122528 Répondre
        luc
        Invité

        merci Graindorge

        Saudade
        saudade
        saudade

        • #122576 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          mas este homem, Fernando Pessoa, é uma boa notícia

    • #122730 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      quand je n’ai rien dans la poche
      j’ai la poésie
      quand je n’ai rien dans le frigo
      j’ai la poésie
      quand je n’ai rien dans le cœur
      je n’ai rien
      *****
      Abbas Kiarostami

    • #122999 Répondre
      Claire N
      Invité

      En canon – un autre « il y a « 
      Celui de Biel cette fois
      (Biel a traversé la guerre civile d’Espagne )

      La mauvaise mission

      Il y a un puits revêtu de bleu comme le canon du revolver que tu as regardé, enfant.
      Il y a des fougères très hautes, et le tambour du soleil bat lointain et faible. Il y a un oiseau ébouriffé et vert et jaune et barbare comme un tapis de plumes aztèques, et il crie plus de lumière, toujours plus de lumière, et c’est pour l’ensevelir encore plus sous terre. Et tu la chercherais
      jusqu’à la dernière poussière entre les feuilles
      tombées et les racines âpres mais faites à la mesure de la main qui les étreint.
      Il y a un buisson de mûres noires, et les noix sont des crustacés pourrissants, gluants et mauvais comme les larmes. Il y a des troncs qui suintent. Il y a du métal d’élytres vivants.
      Dedans, il y a tout ça. Mais tu n’y entreras pas.
      Tu ne sais pas de quel côté aller. Il y a si longtemps qu’on t’a donné les directions.
      Désorienté, tu as perdu les chemins et tu n’y vois plus clair. Tu t’assois, et tu te souviens qu’on ta parlé d’un puits, et non de chemins.

    • #123299 Répondre
      graindorge
      Invité

      [POÈME] « L’Enfant Jésus » par Fernando Pessoa (c’est-à-dire Alberto Caeiro)

      ***************

      Un midi, vers la fin du printemps, J’ai fait un rêve clair comme une photographie. J’ai vu Jésus descendre sur terre.

      Il descendait par un sentier de montagne Redevenu enfant, Pour courir et se rouler dans l’herbe Et cueillir des fleurs et les lancer Et rire d’une façon qu’on peut entendre de loin.

      Il s’était enfui du ciel. Il ressemblait trop à nous pour prétendre être La seconde personne de la trinité. Au ciel, tout était faux, tout était en décalage Avec les fleurs et les arbres et les pierres. Au ciel, il devait toujours être sérieux Et de temps en temps redevenir un homme Et monter sur la croix et toujours mourir Avec une couronne d’épines sur la tête Et ses pieds cloués avec un clou pointu, Et avec un tissu enveloppé autour de sa taille Tout comme les hommes noirs dans ces images. Il n’était même pas autorisé à avoir une mère et un père Comme les autres enfants. Il était engendré par deux personnes – Un vieil homme appelé Joseph, qui était charpentier, Et qui n’était pas son père ; Et son autre père était une colombe stupide, La seule colombe laide du monde entier Parce qu’elle n’était pas de ce monde ni une colombe. Et sa mère n’avait aimé personne avant de l’avoir.

      Elle n’était pas une femme : elle était un étui de transport Dans lequel il est arrivé du ciel. Et ils voulaient qu’il soit né uniquement d’une mère, Et qui n’a jamais eu de père à aimer avec respect, Pour prêcher l’unité et la justice !

      Un jour, pendant que Dieu dormait Et que le Saint-Esprit était parti voler, Il est allé à la boîte des miracles et en a volé trois. Avec le premier, il s’est assuré que personne ne découvrirait qu’il s’était enfui. Avec le second, il s’est fait éternellement humain et enfant. Avec le troisième, il a créé un Christ qui resterait éternellement sur la croix Et l’a laissé cloué à la croix au ciel Pour servir de modèle à tous les autres. Ensuite, il s’est enfui vers le soleil Et est descendu sur le premier rayon de soleil qu’il a pu attraper.

      Aujourd’hui, il vit avec moi dans mon village. C’est un enfant naturel avec un beau sourire. Il se mouche avec son bras droit, Piétine dans les flaques d’eau, Cueille des fleurs et les admire et les oublie. Il lance des pierres aux ânes, Vole des fruits dans les vergers Et s’enfuit en courant, en pleurant et en criant, devant les chiens. Et, parce qu’il sait qu’ils n’aiment pas ça Et que tout le monde trouve ça drôle, Il court après les filles Qui passent en groupe le long des chemins Avec des cruches d’eau sur la tête Et leur relève les jupes.

      Il m’a tout appris. Il m’a appris à regarder les choses. Il m’a montré toutes les choses qu’on peut trouver dans les fleurs. Il m’a montré à quel point les pierres sont drôles Quand les gens les prennent dans leur main Et les regardent lentement.

      Il parle très mal de Dieu. Il me dit que c’est un vieil homme malade et stupide, Qui crache toujours par terre Et qui dit des choses grossières. La Vierge Marie passe tous les après-midi éternels à coudre. Et le Saint-Esprit se gratte avec son bec Et se perche sur les sièges célestes et les salit. Tout au ciel est stupide comme l’Église catholique. Il me dit que Dieu ne fait pas attention Aux choses qu’il a créées – « S’il les a vraiment créées, ce que je doute » – « Il dit, par exemple, que tous les êtres vivants chantent sa gloire, Mais les êtres vivants ne chantent rien. S’ils chantaient, ils seraient chanteurs. Les êtres vivants existent et rien de plus, Et c’est pourquoi on les appelle des êtres vivants ».

      Et ensuite, fatigué de parler mal de Dieu, L’enfant Jésus s’endort dans mes bras Et je le porte dans la maison.

      . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

      Il vit avec moi dans ma maison à flanc de colline. C’est l’Enfant Éternel, le dieu qui manquait. Il est à la fois humain et naturel, Celui qui sourit et joue. Et par cela, je sais avec certitude Que c’est vraiment l’Enfant Jésus.

      Et c’est l’enfant qui est si humain qu’il est divin Et c’est ma vie quotidienne de poète, Et la raison pour laquelle je suis toujours poète, c’est parce qu’il est toujours avec moi, Et le moindre regard Me remplit d’émotion, Et le moindre son, quel qu’il soit, Semble me parler.

      Ce Nouvel Enfant qui vit là où je vis Me tend une main Et l’autre à tout ce qui existe Et ainsi, nous trois, nous continuons notre chemin, En sautant, en chantant et en riant Et en profitant de notre secret partagé, Qui est de savoir que partout Le monde ne recèle aucun mystère Et que tout vaut la peine.

      L’Enfant Éternel m’accompagne toujours. Mon regard suit la direction où son doigt pointe. Mon ouïe, joyeusement accordée à tous les sons, Est la façon ludique dont il me chatouille les oreilles.

      Nous nous comprenons si bien En toute compagnie Que nous ne pensons jamais l’un à l’autre, Mais nous vivons ensemble, nous deux En accord intime Comme une main droite et une main gauche.

      Lorsque le soir tombe, nous jouons à lancer des pierres Sur le perron de la maison, Sérieux, comme il sied à un dieu et à un poète, Et comme si chaque pierre Était un univers entier Et comme si c’était un grand danger Que l’une d’elles tombe au sol.

      Ensuite, je lui raconte des histoires sur les hommes et sur les choses qui concernent l’homme Et il rit, parce que tout est incroyable. Il rit des rois et de ceux qui ne sont pas rois, Et il est attristé d’entendre parler des guerres, Et du commerce, et des navires Qui crachent de la fumée dans l’air sur la haute mer. Parce qu’il sait que tout cela est en deçà de la vérité Qu’une fleur doit s’épanouir Et suivre la lumière du soleil En variant les montagnes et les vallées Et en faisant mal aux yeux à côté des murs blanchis à la chaux.

      Après cela, il s’endort et je le couche. Je le porte dans mes bras dans la maison Et je le couche, en le déshabillant lentement Comme si je suivais le rituel le plus tendre, Un rituel tout maternel, jusqu’à ce qu’il soit complètement nu.

      Il dort dans mon âme Et parfois, il se réveille la nuit Et joue avec mes rêves. Il en renverse certains, En jette d’autres par-dessus les autres Et applaudit ses propres efforts En souriant à mon sommeil.

      . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

      Quand je mourrai, petit garçon, Je serai alors l’enfant, le plus petit. Prends-moi dans tes bras Et porte-moi dans ta maison. Déshabille mon corps humain usé Et couche-moi dans ton lit. Et raconte-moi des histoires si je me réveille Pour me renvoyer au sommeil. Et donne-moi tes rêves pour jouer Jusqu’à l’arrivée du jour Que tu connais déjà.

      . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

      Voilà l’histoire de mon Enfant Jésus. Pourquoi ne devrait-elle pas être considérée Comme étant aussi vraie Que tout ce qui a été pensé par les philosophes Et tout ce qui a été enseigné par la religion ?

      *******************

      par Alberto Caeiro (Fernando Pessoa) traduit du portugais par Michael Lee Rattigan

    • #123306 Répondre
      Claire N
      Invité

      « Avec le premier, il s’est assuré que personne ne découvrirait qu’il s’était enfui »
      Et pourtant c’est un miracle qui ne fonctionne pas
      Dans la suite du texte
      C’est bien toute l’ambivalence de cette rêverie poétique
      Les miracles d’en haut et les miracles d’en bas
      Et après avoir vu les vidéos de Pacôme
      Je dirais que ça sent le sans roi

    • #123349 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      🙂

    • #123584 Répondre
      graindorge
      Invité

      [Poème] Mon Regard Est Clair Comme un Tournesol – Fernando Pessoa
      Traduit par Richard Zenith.

      ***************************

      Mon regard est clair comme un tournesol.

      J’ai pour habitude de marcher sur les routes

      En regardant à droite et à gauche

      Et parfois en regardant derrière moi,

      Et ce que je vois à chaque instant

      C’est ce que je n’avais jamais vu auparavant,

      Et je suis très doué pour remarquer les choses.

      Je suis capable de ressentir la même émerveillement

      Qu’un nouveau-né ressentirait

      S’il remarquait qu’il était vraiment et véritablement né.

      Je sens à chaque instant que je viens de naître

      Dans un monde complètement nouveau…

      Je crois au monde comme à une marguerite,

      Parce que je le vois. Mais je n’y pense pas,

      Parce que penser c’est ne pas comprendre.

      Le monde n’a pas été fait pour qu’on y réfléchisse

      (Penser, c’est avoir des yeux qui ne vont pas bien)

      Mais pour le regarder et être en accord.

      Je n’ai pas de philosophie, j’ai des sens…

      Si je parle de la Nature, ce n’est pas parce que je sais ce qu’elle est

      Mais parce que je l’aime, et pour cette raison même,

      Parce que ceux qui aiment ne savent jamais ce qu’ils aiment

      Ou pourquoi ils aiment, ou ce qu’est l’amour.

      Aimer, c’est une innocence éternelle,

      Et la seule innocence est de ne pas penser…

    • #123870 Répondre
      Luc
      Invité

      Io mi accorgo di esser diventato grande. Vedo solo facce stanche. E quando viene sera. Proietto una lunghissima …

      Car c est un poème.

    • #124419 Répondre
      Alain m
      Invité

      Viennent d’être réimprimées les poésies complètes d’Emily Dickinson (1830-1886).
      1789 poèmes dont six publiés de son vivant.
      ~~
      La Célébrité est une nourriture volage
      Sur une assiette instable
      Qui vous invite une fois
      Mais pas deux
      À sa table
      Les corneilles en inspectent les miettes
      Et avec un croassement ironique
      D’un coup d’aile les dédaignent
      Préférant le blé du Fermier
      Les Hommes en mangent et meurent
      ~~
      Elle a passé sa vie à écrire, 1046 lettres ont été retrouvées (1/10e de la totalité selon ses biographes). Higginson le critique littéraire à qui elle voulait soumettre ses vers lui demanda une photographie, n’en possédant pas elle lui envoie cet autoportrait : «Je suis petite comme le Roitelet, et mes cheveux sont rebelles comme la Bogue du Châtaignier – et mes yeux, comme le Sherry dans le verre, laissé par l’invité – cela ferait-il l’affaire ?».
      ~ ~
      Être enfin – identifiée –
      Voir enfin – les lampes à tes côtés –
      Le reste de la vie –
      Par-delà Minuit – par-delà l’Étoile du matin –
      Par-delà le Lever du Soleil – Ah, Que de lieues s’étendaient –
      Entre Nos Pieds – et le Jour !
      ~ ~
      Je suis Personne ! Qui êtes-vous ?
      Êtes-vous – Personne – aussi ?
      Ainsi nous faisons la paire !
      Ne le dites pas ! Ils le feraient savoir – c’est sûr !
      .
      Comme c’est ennuyeux – d’être – Quelqu’un !
      Public – comme une Grenouille –
      Qui crie son nom – tout le long de Juin –
      À un Marécage béat !
      ~~
      D’une Perte si divine
      Nous ne retenons que le Gain,
      Cela indemnise la Solitude
      Qu’une telle Félicité ait existé.
      ~~
      Prenez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
      Et je serai plus riche que tous mes semblables –
      Cela me convient-il, de vivre dans l’abondance, quand juste à ma porte
      Ceux qui possèdent plus souffrent d’une pauvreté sans bornes ?

      • #124421 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Alain M
        J’aime énormément l’auto- portrait

      • #124477 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Alain M comme Merci
        Pareil: j’aime cet auto-portrait.

        « Comme c’est ennuyeux – d’être – Quelqu’un !
        Public – comme une Grenouille –
        Qui crie son nom – tout le long de Juin –
        À un Marécage béat ! »
        **************
        « Ceux qui possèdent plus souffrent d’une pauvreté sans bornes ? »
        « Prenez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
        Et je serai plus riche que tous mes semblables – »

    • #125245 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      William Ernest Henley, Invictus.
      C’est le poème préféré de Nelson Mandela. Ce dernier le récitait et l’enseignait en détention.

      Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible ». Il a été écrit en 1875 alors que l’auteur est sur son lit d’hôpital, suite à son amputation du pied. Pour William Henley, le poème est une démonstration de sa résistance à la douleur.

      Invictus est publié pour la première fois en 1888 dans un recueil d’Henley. Il accompagne quatre textes sur la vie et la mort. William Henley n’a pas donné de titre à son poème. Invictus a été ajouté par Arthur Quiller-Couch en 1900.
      **********

      Out of the night that covers me,
      Black as the pit from pole to pole,
      I thank whatever gods may be
      For my unconquerable soul.
      In the fell clutch of circumstanceI have not winced nor cried aloud.
      Under the bludgeonings of chance
      My head is bloody, but unbowed.
      Beyond this place of wrath and tears
      Looms but the Horror of the shade,
      And yet the menace of the years
      Finds and shall find me unafraid.
      It matters not how strait the gate,
      How charged with punishments the scroll,
      I am the master of my fateI am the captain of my soul. »
      ************
      Dans les ténèbres qui m’enserrent,
      Noires comme un puits où l’on se noie,
      Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
      Pour mon âme invincible et fière,
      Dans de cruelles circonstances,
      Je n’ai ni gémi ni pleuré,
      Meurtri par cette existence,
      Je suis debout bien que blessé,
      En ce lieu de colère et de pleurs,
      Se profile l’ombre de la mort,
      Et je ne sais ce que me réserve le sort,
      Mais je suis et je resterai sans peur,
      Aussi étroit soit le chemin,
      Nombreux les châtiments infâmes,
      Je suis le maître de mon destin,
      Je suis le capitaine de mon âme. »

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