Accueil › Forums › Forum général › Paul Aimik – ou la saveur de baver
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charivari
Invitéhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-pourquoi-du-comment-histoire/pourquoi-michel-foucault-n-aimait-il-pas-les-polemiques-6771248
La question que je me pose c’est : Pourquoi la polémique fait recette ? Quelle est notre attrait pour une tambouille qui nous amène à penser de façon binaire ou simplement tourmentée ?Extrait :
« Gauchiste puéril », « complice de la bourgeoisie », nous avons là deux exemples de propos tenus par des gens appartenant à des camps politiques opposés, mais qui parlaient le même langage, celui du polémiste. Il s’avance, ajoutait Foucault, « bardé de privilèges qu’il détient d’avance et que jamais il n’accepte de remettre en question. Il possède, par principe, les droits qui l’autorisent à la guerre et qui font de cette lutte une entreprise juste ; il n’a pas en face de lui un partenaire dans la recherche de la vérité, mais un adversaire, un ennemi qui a tort, qui est nuisible et dont l’existence même constitue une menace ». Foucault n’ignorait pas que la polémique était une dimension constitutive du champ politique (…) -
Leo Landru
InvitéExtrait de l’intro de L’Art d’avoir toujours raison de Schopenhauer, dont le but n’est pas tant de fournir un manuel que d’analyser les éléments de rhétorique permettant de « remporter » un débat. Merci Wikisource. Un peu performative dans ses énoncés, c’est néanmoins une lecture essentielle.
« La dialectique éristique est l’art de la controverse, celle que l’on utilise pour avoir raison, c’est-à-dire per fas et nefas. On peut en toute objectivité avoir raison, et pourtant aux yeux des spectateurs, et parfois pour soi-même, avoir tort. En effet, si un adversaire réfute une preuve, et par là donne l’impression de réfuter une assertion, il peut pourtant exister d’autres preuves. Les rôles ont donc été inversés : l’adversaire a raison alors qu’il a objectivement tort. Ainsi, la véracité objective d’une phrase et sa validité pour le débatteur et l’auditeur sont deux choses différentes (c’est sur ce dernier que repose la dialectique).
D’où vient ce comportement ? De la base même de la nature humaine. Sans celle-ci, l’homme serait foncièrement honorable et ne débattrait sans autre but que la recherche de la vérité, et nous serions indifférents, ou du moins n’accorderions qu’une importance secondaire quant au fait que cette vérité desserve les opinions par lesquelles nous avions commencé à discourir ou serve l’opinion de l’adversaire. Cependant, c’est ce dernier point qui nous est primordial. La vanité innée, particulièrement sensible à la puissance de l’intellect, ne souffre pas que notre position soit fausse et celle de l’adversaire correcte. Pour s’extraire de ce comportement, il suffit de formuler un jugement correct : cela revient à dire qu’il faut réfléchir avant de parler. Mais la vanité innée est souvent accompagnée par la loquacité et une mauvaise foi innée. Ils parlent avant de réfléchir, et même lorsqu’ils se rendent compte plus tard que leur position est fausse, ils essaieront de faire en sorte de paraître que ce n’est pas le cas. L’intérêt dans la vérité qu’on aurait pu croire leur seul motif lorsqu’ils déclarèrent leur proposition vraie, doit céder le pas à l’intérêt de la vanité : la vérité est fausse et ce qui est faux paraît vrai.
Il est pourtant quelque chose qui peut être dit sur cette mauvaise foi, sur ce fait de persister à soutenir une thèse qui paraît fausse, même pour nous-mêmes : nous sommes souvent initialement convaincus de la validité de notre propos, mais les arguments de notre adversaire semblent les réfuter. Si nous abandonnons immédiatement notre position, nous pourrions nous rendre compte par la suite que finalement nous avions raison et que c’était la preuve adversaire qui était fausse. L’argument qui nous aurait sauvé ne nous est pas venu sur le moment. C’est donc de là que découle cette maxime que d’attaquer un contre argument quand bien même celui-ci nous paraît criant de vérité, en espérant que celle-ci n’est que superficielle et qu’au cours du débat un autre argument nous viendra qui pourra endommager la thèse adverse ou confirmer la validité de la notre : nous sommes ainsi comme presque forcés à être de mauvaise foi, ou du moins fortement enclins à l’être. La faiblesse de l’intellect et la perversion de la volonté se soutiennent mutuellement. De là, ces joutes n’ont pas pour objectif la vérité mais une thèse, comme s’il s’agissait d’une bataille pro aris et focis poursuivie per fas et nefas. Comme expliqué plus haut, il ne peut en être autrement.
Ainsi, de manière générale, chacun persistera à défendre ses propres positions, même si sur le moment il la considère lui-même comme fausse ou douteuse. Tout le monde est armé jusqu’à un certain point contre ce genre de procédé par sa propre astuce et son manque de scrupules : chacun apprend dans la vie de tous les jours cette dialectique naturelle de même que chacun possède sa logique naturelle. Cependant, celle-ci n’est pas fiable sur le long terme. Il n’est pas aisé pour quelqu’un de réfléchir à l’encontre des lois de la logique : si les faux jugements sont fréquents, les fausses conclusions sont rares. Ainsi, les hommes sont rarement exempts de logique naturelle, mais ils peuvent cependant être exempt de dialectique naturelle : c’est un don distribué en mesures pour le moins inégales (elle est l’équivalent du jugement, qui est inégalement répartie parmi les hommes tandis que la raison reste la même). Il arrive souvent que quelqu’un soit dans le vrai mais que son argumentation ait été confondue par des arguments superficiels. S’il émerge vainqueur de la controverse, il devra souvent sa victoire non seulement à la justesse de son jugement, mais surtout à l’intelligence et l’adresse dont il a fait preuve pour la défendre. Ici, comme dans tous les cas, les dons sont innés, cependant la pratique et la réflexion quant aux tactiques par lesquelles quelqu’un peut vaincre un adversaire, ou quant à celles que l’adversaire utilise, comptent pour beaucoup dans la maîtrise de cet art. Ainsi, même si la logique n’a pas grande utilité pratique, la dialectique peut l’être. Aristote lui-même me semble avoir établi sa logique propre (analytique) en tant que fondation pour la préparation de sa dialectique et en a fait son cheval de bataille. La logique s’occupe simplement de la forme des propositions tandis que la dialectique porte sur le fond du sujet, la substance. Ainsi, il convient de considérer la forme générale de toutes les propositions avant de continuer avec les cas particuliers.
Aristote ne définit pas l’objet de la dialectique d’une façon aussi précise que moi : s’il lui donne bien pour principal objet la controverse, c’est en tant qu’outil pour rechercher la vérité. Plus loin dans son œuvre, il dit également que d’un point de vue philosophique les propositions sont traitées en accord avec la vérité, et d’un point de vue dialectique, en fonction de leur plausibilité, c’est-à-dire de la mesure par lesquelles elles gagneront l’approbation des autres opinions. Il est conscient qu’il faut savoir distinguer la vérité objective d’une proposition et la séparer de la façon dont elle est présentée et de l’approbation qu’elle suscite. Cependant, il ne fait pas une distinction suffisamment précise entre ces deux aspects et n’utilise la dialectique que pour le second cas. Les règles par lesquelles il définit la dialectique sont parfois mélangées avec celles définissant la logique. Il m’apparaît donc qu’il n’a pas réussi à trouver une solution claire à ce problème.
Dans son Topica, Aristote a, avec son esprit scientifique, entrepris de détailler la dialectique de façon méthodique et systématique, ce qui est tout à fait admirable, mais son but, évidemment ici pratique, n’a pas été atteint. Dans ses Analytiques, après avoir examiné les concepts, jugements et conclusions dans leur pure forme, il se tourne vers le contenu, lequel se rattache aux concepts : c’est en eux que se tient le contenu.
Afin de bien mettre en œuvre la dialectique, il ne faut pas s’attarder sur la vérité objective (qui est l’affaire de la logique) mais simplement la regarder comme étant l’art d’avoir raison, ce qui est, comme nous l’avons vu, d’autant plus aisé que lorsque l’on est d’emblée dans le vrai. Cependant la dialectique en soi ne fait qu’apprendre comment se défendre de tout type d’attaque, et de même, comment il peut attaquer une thèse adverse sans se contredire. La découverte de la vérité objective doit être séparée de l’art de faire des phrases gagnant l’approbation. : la première est une πραγματεια complètement différente qui est l’affaire du jugement, de la réflexion et de l’expérience pour laquelle il n’est pas d’art particulier tandis que la seconde est le but de la dialectique. Certains l’ont définie comme étant la logique des apparences, mais cette définition est fausse, sans quoi elle ne servirait qu’à réfuter des propositions fausses. Or, même quand quelqu’un a raison, il a besoin de la dialectique pour défendre et maintenir sa position. Il lui faut connaître les stratagèmes malhonnêtes afin de savoir comment leur faire face, voire même en faire usage lui-même afin de frapper son adversaire avec ses propres armes. Ainsi, dans la dialectique doit on écarter la vérité objective, ou plutôt, ne la regarder que comme circonstance accidentelle, et ne chercher qu’à défendre sa position et réfuter celle de son adversaire. En suivant les règles à ces fins, aucun intérêt ne doit être accordé à la vérité car généralement on ne sait pas où est la vérité. Il n’est pas rare que l’on ne sache pas si l’on est dans le vrai ou le faux : tantôt on se croit à tort dans le vrai, tantôt les deux partis se croient dans le vrai. : veritas est in puteo (selon Démocrite : εν βνϑω η αληϑεια). Au début d’un débat, en règle générale, chacun est persuadé d’avoir raison et tandis que celui-ci se poursuit, les deux partis doutent de leurs propres thèses et la vérité n’est déterminée ou confirmée qu’à la fin. Ainsi, la dialectique n’a rien à voir avec la vérité tant que le maître d’escrime considère qui est dans le vrai quand le débat tourne en duel : il ne reste que l’estoc et la parade et c’est ainsi que l’on peut on voir la dialectique : comme l’art de l’escrime mental, et ce n’est qu’en la considérant ainsi que l’on peut en faire une discipline à part entière. En effet, en se contentant de viser la vérité objective, nous en sommes réduit à la simple logique tandis que si nous établissions des prépositions fausses, ce ne serait que de la simple sophistique. Or chacun de ces deux cas implique que le vrai et le faux nous est connu à l’avance mais c’est rarement le cas. La véritable conception de la dialectique est donc comme suit : l’art de l’escrime intellectuel dans le but d’avoir raison dans une controverse. Bien qu’éristique serait un nom correct pour cette discipline, le terme dialectique éristique l’est encore plus. Celle-ci est très utile, mais plus d’un l’a négligé à tort.
En ce sens, la dialectique n’a pour autre but que de résumer les arts qu’emploient les hommes lorsque ceux-ci se rendent compte dans un débat que la vérité n’est pas de leur côté mais tentent quand même de paraître avoir raison. Ainsi, il serait inapproprié dans la science de la dialectique de s’attarder sur la vérité objective et son développement puisque la dialectique naturelle et innée ne s’en soucie pas : seul avoir raison compte. La science de la dialectique, en un sens du terme, a pour principal but d’établir et analyser les stratagèmes malhonnêtes afin qu’ils puissent être immédiatement identifiés dans un débat réel, et écartés. C’est pourquoi la dialectique doit faire de la victoire son véritable but, et pas la vérité.
J’ignore si quoi que ce soit a déjà été fait dans ce domaine, bien que j’aie fait d’amples recherches. Nous sommes sur un champ toujours en friche. Pour réaliser notre objectif, il nous faut donc nous baser sur notre expérience en observant comment tel ou tel stratagème est employé par un camp ou l’autre au cours des débats qui surviennent souvent dans notre entourage. En identifiant les éléments communs aux stratagèmes répétés sous différentes formes, nous pourrons présenter un certain nombre de stratagèmes généraux qui peuvent se montrer avantageux aussi bien pour soutenir nos points de vue que pour défaire ceux de l’adversaire. »
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charivari
InvitéOui, livre très intéressant et lu il y a quelques années. C’est marrant, car c’est un livre qui m’est tombé dans les mains, comme tomberait le Messi ou que sais-je ! Au moment où ma vie prenait un tournant à 180 degrés.
J’ai lâché ce post, car je suis éprouvée par les polémiques. Même en se protégeant, la polémique étant devenue l’actualité, c’est très compliqué de ne pas faillir à l’écouter et parfois prendre part à ces « modes de penser » très pervertis et qui ne démêlent en rien un raisonnement.
On en sort jamais grandi d’une polémique. Je remarque qu’ici il y aussi de ça, et que le forum qui au départ est le lieu d’échanges tombe dans ses travers. Serions-nous si malades et si tristes, pour en être arrivés là ? Cette course effrénée à avoir raison sur tout, ne serait-elle pas le point central de la malvaillance, de la faiblesse ?
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François Bégaudeau
Maître des clésHormis les empoisonnements réglementaires de deux ou trois trolls, je ne vois pas bien en quoi ce forum tombe dans les travers de la polémique.
Mais certes ce serait encore mieux s’il ne se faisait aucun écho, ici, de polémiques développées ailleurs.
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