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..Graindorge
InvitéUne rivière d’été que l’on traverse
Comme c’est agréable
Avec des sandales dans les mains!
Yosa Buson ( 1716 – 1784) maître poète et peintre du Haïku -
Claire N
InvitéMerci Graindorge, je suis assez bluffée par la puissance évocatrice de ces courtes phrases
La non évocation du corps en tant que sujet en préférant rivière, la sensation des pieds nus en affirmant les sandales dans les mains y sont peut-être pour beaucoup -
Claire N
InvitéJ’aime bien cette façon de neutraliser le je pour laisser grand place aux éléments
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..Graindorge
InvitéDu même chère Claire
Courte nuit d’été.
Une goutte de rosée
Sur le dos d’une chenille velue-
Claire N
InvitéMerci Graindorge
Celui là est moin spontanée dans son évocation
Avec quelque chose qui tire vers la comptine , c’est amusant-
graindorge
Invitépas eu la même réception mais oui, c’est mimi une comptine avec une chenille velue
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graindorge
InvitéNikola Vaptsarov Poète et Prolétaire bulgare. Abattu par les nazis le 23 juillet 1942. Il avait 33 ans.
Foi
Voilà – je respire,
je travaille, je vis
et j’écris des vers
(à ma façon).
La vie et moi, en fronçant les sourcils,
nous nous mesurons du regard
et je lutte avec elle
autant que je le puis.
Avec la vie nous sommes aux prises,
mais ne va pas croire, pas croire
que je hais la vie.
Au contraire, au contraire!
Même si j’allais mourir,
la vie, avec sa brutale
poigne d’acier
je l’aimerais quand même!
Je l’aimerais quand même!
Supposons qu’à présent on me passe au cou
la corde
et qu’on me demande
« Dis, veux-tu vivre une heure encore? »
Aussitôt je crierais:
« Enlevez!
Enlevez!
Enlevez plus vite
la corde, scélérats! »
Pour elle – La Vie –
j’aurais tout fait.
J’aurais volé
sur un appareil d’essai dans le ciel,
je serais entré dans une fusée
explosive, tout seul,
j’aurais cherché
dans l’espace
une inaccessible
planète.
J’éprouverais du moins
l’agréable frisson
de voir comment
là-haut
le ciel est bleu.
J’éprouverais du moins
l’agréable frisson
de vivre encore,
d’ avoir encore à vivre.
Mais voilà, supposons
que vous preniez – Combien? –
rien qu’un grain
de ma foi,
alors je hurlerais
je hurlerais de douleur
comme une panthère
blessée à mort.
Alors, de moi
que me resterait-il?
Dès après ce pillage
je serais désemparé.
Et plus clairement
et plus exactement encore.
Dès après ce pillage
je ne serais plus rien.
Peut-être voulez-vous
l’abattre,
ma foi en des jours heureux,
ma foi en demain
qui fera la vie plus belle,
plus pleine de sagesse?
Et comment l’attaqueriez-vous, s’il vous
plaît?
Avec des balles?
Non! Déplacé!
Pas la peine! – Cela ne vaut rien! –
Elle est cuirassée
solidement dans ma poitrine
et les balles pouvant percer
son armure
ne sont pas inventées!
Ne sont pas inventées!-
Claire N
InvitéJe comprends pas ce poème Graindorge
Pourquoi la foi et l’amour de la vie sont découplés m’échappe ? J’y vois une idéalisation de la vie- la mal aimée- plus que de la foi dans la seconde partie alors que j’aime « Même si j’allais mourir,
la vie, avec sa brutale
poigne d’acier
je l’aimerais quand même! »
Quelque chose de ce poète m’échappe j’ai l’impression d’un clivage ?-
..Graindorge
InvitéCe poème m’a attrapée. Je n’en sais pas plus
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Nox
InvitéLe matin s’approche
On devine le soleil
Mais on ne le voit pas
En s’endormant à l’aube -
riviere
InvitéObserver son insomnie
Est une drôle d’expérience
Déceler sa face brillante
Du temps silencieux en plus
Quand tout le monde dort
Sauf les insectes et les hiboux
Et toi qui veilles -
nefa
InvitéLe vent passe, avide, tente de savoir. Le vent, pendant la nuit, qui vient te questionner. Pendant la nuit. La nuit. L’obscurité. La nuit tel un voile. Tel un petit sac de toile, qui t’enveloppe et à l’intérieur duquel, tu demeures. La nuit distante de ce que le vent se figure de toi. Mais la nuit est fine, souple et généreuse. Il est aisé au vent de deviner la nature de ce qu’elle dissimule. En te frôlant avec légèreté, le vent lit cette matière solide, comme du bois, dont tu es vêtu. Sous la pression plus forte du pouce et de l’index, il découvre ta condition fragile, tes dispositions à éclore. A te montrer. Et si, alors, à force de va-et-vient, le vent fabriquait ta rugosité. S’il te triturait pour la raison qu’il décèle, entre la nuit et toi, ce lien, une complicité. Toi qui joues avec la nuit. Toi qui mimes la nuit, faisant ta coquille, pour la raison que, derrière tes divertissements, dessous ta coque, le vent te conçoit, ronde comme un fruit, parce que c’est plus fort que lui, parce qu’il doit, toi, voix sucrée de mille ans dispersés, t’accoucher au matin.
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Claire N
InvitéOui avant l’aube
Juste avant que les bruyants martèlent le temps
Le talonne et l’aiguille pour à leur pas l’obliger à passer -
..Graindorge
InvitéBourrasques d’été
Les nappes de papier blanc
Sur la table
VolentYosa Buson
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Papo2ooo
InvitéJe m’étais jamais aperçu avant que le V de « volent », forme comme la représentation schématique d’un oiseau en vol
C’est peut être simplement un hasard de trad, mais ça m’a frappé au dernier vers de ce poème qui parait s’envoler à la fin.-
Claire N
InvitéOui , ça fait penser aux pictogrammes
Et en passant puisque tu t’intéresses à l’écriture
As tu remarqué cette formidable particularité de l’écrit : lorsqu’on a appris à lire il est impossible de regarder une phrase sans la lire ; on ne peut plus s’empêcher – un peu comme si c’était un sens à part entière ?-
Papo2ooo
Invité@nefa: merci
@Claire: Oui, tiens, tu as raison. Et effectivement on pourrait dire de même pour les autres sens, qui en dehors d’un effort d’attention spécifique (en tous cas chez moi) fonctionnent habituellement par bloc – bloc de signification ou de sensation.
On ne voit plus si nettement détails « morphologiques » et autres spécificités de l’objet, mais on a tendance à le prendre par gros morceaux bien formés.
L’art, entre autres, permet peut être parfois de regarder de plus près.-
Papo2ooo
Invité(pas sûr d’avoir répondu à ta remarque, désolé si j’ai dévié)
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Claire N
Invité« bloc de signification ou de sensation. »
Oui , effectivement on se rapproche de la « mise en forme «-
Claire N
InvitéAvec l’art , peut être qu’on ressent mieux la mise en forme de ses « blocs « fond/ forme
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Papo2ooo
InvitéOui, je pense, « en taillant un monde dans le monde », comme nous disait notre moniteur de surf, on finit peut être par chercher des couplages entre la matière artistique/code (forme?) et la matière du réel (fond ?), rendant plus sensible à l’un comme à l’autre (ou pas).
Je viens de capter je crois, pourquoi y a cette impression d’envol au dernier vers.
L’impression que ça tient aussi à la « morphologie » du mot volent, qui s’ouvrent en grand sur la voyelle O, et glissent doucement sur le l (quand on le prononce ou l’entend), ça plus la brièveté du vers, seul composé de volent, et rendu du même coup léger et animal lol
On peut difficilement faire plus simple, bien disposé, le mot vol vole.
.-
Papo2ooo
Invité-> remplacer « morphologie » par « phonétique »
Je suis nul en linguistique, donc je laisse comme ça en joignant les mains. -
Claire N
InvitéOui et juste avant vol
– le « take off » : table
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nefa
InvitéEt avec un « v » plat :
Un drap même de qualité moyenne sèche d’autant plus facilement qu’il est étendu simplement, sans pince, à même un fil. Contrairement aux assaisonnements de salade auxquels on ne peut s’empêcher de rajouter du poivre ou du piment, qui, tels des posts malsains sur un fil twitter, accroissent les plaies sur la paroi de mon estomac, le tissu n’en gardera qu’une trace, une seule strie considérée comme posant le principe d’un geste inaugurale et cohérent à la tâche qui consiste à le plier afin de le ranger.-
Claire N
InvitéC’est vrai que la pâte grâce de l’assaisonnement
Rend la matière textuelle indigeste ; un liant n’est pas un tissage
Je viens seulement de capter que tu te referais à la matière textuelle ( enfin c’est ce que j’en ai perçu )
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..Graindorge
Invité… »le V de Volent qui paraît s’envoler à la fin… »très joli!
Et il s’envole avec le Y du prénom du poète dans les bourrasques d’été.. V Y
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..Graindorge
InvitéLes pruniers éphémères
Dans l’immensité bleue
C’ est une marée rose
Kobayashi Issa -
graindorge
Invité« Je ne crains pas qu’on me piétine.
Une fois piétinée, l’herbe devient sentier… »
Blaga Dimitrova, poète bulgare
Ci-dessous, un poème extrait de son recueil « La Mer interdite »VERDICT
Tu es condamné
à toujours débuter
jusqu’à ta fin.Pour toi l’amour
est la soudaine découverte
d’une autre vie.Et chaque nouveau printemps
est pour toi création sans précédent
d’un monde.Et la route est dès lors
départ hardi sans expérience
et sans bagage.Et chaque feuille blanche
est écriture douloureuse
de ton premier vers.Pour toi la mort aussi
sera un commencement.
Mais de quoi ?
Traduction de V. Ionova -
..Graindorge
InvitéCouvert de papillons
L’arbre mort
Est en fleursKobayashi Issa
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..Graindorge
Invité…Stop and consider! life is but a day;
A fragile dew-drop on its perilous way
From a tree’s summit; a poor Indian sleep
While his boat hastens to the monstrous steep…
John Keats
« Arrête-toi et réfléchis ! La vie est juste un jour;
Fragile goutte de rosée dans une chute périlleuse
Du sommet d’un arbre;
un indien pauvre dort
Pendant que sa barque file vers le monstrueux plongeon… » -
graindorge
InvitéSans que personne ne lui demande quoi que ce soit, PeggySlam, après avoir choisi de ne pas partager publiquementson recueil de poèmes » Entre chair et murs », vient de proposer d’en partager deux, « les moins personnels ». Pour la présentation, elle aurait été mieux servie par quelqu’un.e qui sait se servir des nouvelles possibilités de ce site: espaces, italiques, caractères gras etc… Ce n’est pas bien grave.
le deuxième, demain.Entre Quatre Murs
Entre quatre murs, des paupières bougeaient, des poumons respiraient, et pourtant personne ne savait que
j’existais ici. Je voyais le jour se lever comme la nuit qui se couche. J’aimais voir les étoiles briller car elles me
rappelaient que j’existais même si ce n’était qu’entre quatre murs…
Je restais là, les yeux fermés, allongée, les mains croisées derrière ma nuque, je soupirai. Encore à moitié
dans mon sommeil, je me redressai. Mon corps était lourd et humide comme une pierre. Pour retrouver mon éveil
vers la surface de la vie, je plongeai mes orbites dans mes paumes. D’un coup, un nuage d’étoiles surgit de mes
yeux. Je levai la tête et m’aperçus que je m’étais endormi sur mon divan devant la télévision, comme souvent. Je me
servais d’elle comme d’une compagnie qui m’aidait à tuer le temps de mes longues nuits de solitude, à immoler ce
silence, et pour ne pas perdre contact avec le monde. Je pris la télécommande et l’éteignis. D’un coup, tout devint
silencieux dans mon appartement dressé dans un quelconque immeuble et dans une quelconque rue de ma ville.
.Sous mes paumes, mes poumons respiraient, libres comme l’air. Les poings fermés le long de mon buste je
m’en aidai pour me lever. Après à peine quelques pas sur le plancher, je sentais mon air m’abandonner.
Je me dirigeai vers la salle de bain en traînassant ce sac d’os qui était mon corps. L’idée de devoir me laver
me mis de mauvaise humeur car je n’aimais pas me décrasser. Tout est fait de bactéries. Ces bactéries sont là,
incrustées dans ma peau, et je sais que jamais elles ne disparaîtront. Alors je faisais le strict minimum : deux fois par
semaine pendant que le soleil dormait encore.
Comme sous une averse de pluie, je laissais mon corps se tremper aux gouttes de la torture. La chaleur du
liquide envahissait mes veines et les membres de mon corps. Puis la vapeur m’aveugla. Malgré mon corps imbibé,
je sentais toujours ces bactéries incrustées dans ma peau. Vaincue par ces bêtes minuscules, je finis par sortir.
J’attrapai une serviette puis l’entourai autour de ma taille, et je m’arrêtais devant le petit miroir accroché au dessus
du lavabo.
Mon visage s’y refléta, je voyais déjà les rides que la vie m’avait faites malgré mes quelques vingtaines
d’années de vaincues. Je sculptai d’une main mon visage et je vis la maigreur squelettique que faisait ressortir ma
face. A bout de mes doigts, je flairais mes os qui se voyaient même à travers ma peau. Ma peau était d’un blanc pâle
vif, mes yeux avaient un regard profond et vide. Putain de visage je te hais. Toi même tu ne me parles plus. Seule la
laideur brille quand notre regard se croise. Vraiment, je te haie.L’ aube devenait de plus en plus clair, je devinai que la ville se réveillait peu à peu. Même si je m’étais
éloigné d’elle, je pouvais la sentir.
Elle, qui était si libre et qui me rendait si vulnérable.
Elle, qui baignait dans l’ivresse de la folie de l’Homme.
Elle, qui me terrifiait.
Elle, où chaque jour qui se levait était un jour à vaincre.
Elle, qui envoyait cette odeur d’essence que je flairais.
Elle, dont les murs des bâtiments étaient des forteresses de pierre armées de béton.Tout était petit dans mon intérieur de solitude. Je détestais les grands espaces, car il n’y avait rien de tel
pour me faire perdre mes repères. Là, il y avait ce qu’il me fallait : un vieux divan installé devant la télévision dans
un petit salon où seul les murs me rappelaient que seul le temps est immortel, une salle de bain qui pour moi était
l’enfer et une cuisine pour me nourrir du peu que je pouvais avaler.
En effet, sans l’avoir vécu, je me nourrissais tel un enfant de guerre. Bien que celle d’Hitler m’aurait été
fatal car j’aurais survécu à peine quelques heures au milieu de sa guerre. On m’aurait tué entre quatre murs lors des
expériences scientifiques où le premier souffle de la mort m’aurait fauché, laissant s’éparpiller au sol la poussière de
mes os. Mais si je voulais tenir debout à long terme, il fallait bien que je me nourrisse. Ma nourriture était juste du
pain, de l’eau du robinet, des boîtes de conserve. Seul luxe : le sucre de mes sodas.
Sur mes murs des visages y étaient agglutinés. Des sourires, des regards, des hommes, des vieillards, des
mômes, des femmes… Une lueur de vie. Une peine au fond d’une orbite. Une coulée de larme cachée sous l’encre
du papier. Ils m’étaient tous inconnus mais ils semblaient bien exister. Ils étaient tous là, immobiles et silencieux.
Moi face à eux, leurs regards dans le mien. Il fallait que je me sente vivante et ils me le rendaient ainsi. Mais mes
murs finissaient par manquer d’espace et m’étouffaient. Alors une haine se mettait à couler dans mes veines et d’un
trait rouge – Rouge comme le sang. Rouge comme la haine. – je barrai leurs yeux car un visage sans regard
n’existait plus selon ma loi. Il était comme mort.
Les paupières fermées, je me tenais là debout au centre de ma solitude. Et il y avait toujours ces mots qui
tournaient dans mon cerveau.
Je respire. Je pense. Je suis encore vivante.
J’ouvris mes paupières, mes murs étaient toujours là. -
graindorge
Invité« L’idée de devoir me laver
me mis de mauvaise humeur car je n’aimais pas me décrasser. Tout est fait de bactéries. Ces bactéries sont là,
incrustées dans ma peau, et je sais que jamais elles ne disparaîtront. Alors je faisais le strict minimum : deux fois par
semaine pendant que le soleil dormait encore. »
Ça m’a fait rire aux éclats! Et ayant eu la joie d’avoir lu tous les textes/poèmes de Entre chair et Murs, je peux dire PeggySlam que tu n’es pas dénuée d’humour! Tes coups de pied bien sentis dans une bagnole qui te gênait sur ton chemin, ta joie d’y avoir laissé les empreintes de tes chaussures… BENE!
Tu n’as pas écrit pour faire beau mais pour crier. Ça fait du bien aussi.
Guerrière tu es, guerrière tu restes! -
Claire N
Invité« Seule la
laideur brille quand notre regard se croise. Vraiment, je te haie »
Sacrée allonge Peggy
Merci Graindorge pour le relais -
Oscar Spielmann
InvitéJ’attends impatiemment le deuxième ! 🙂
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Nox
InvitéLes yeux insomniaques
Échappent à l’aube-
Riviere
InvitéYeux ouverts dormez dans la lumière.
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Oscar Spielmann
Invité« je barrai leurs yeux car un visage sans regard
n’existait plus selon ma loi. Il était comme mort.
Les paupières fermées, je me tenais là debout au centre de ma solitude. » -
nefa
InvitéPas de chichi, Peggy,
du brut.
Et je ne peux pas m’empêcher de penser à Triste Tigre.
« je flairais mes os qui se voyaient même à travers ma peau »
cette peau
méchamment naïve
sans contrôle possible-
Jeanne
Invité« Au-delà du bien et du mal, il existe un champ. C’est là que je te retrouverai ».
Rumi (poète soufi du 13ème siècle).
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Nox
InvitéL’averse
La foudre
Dans le noir
Vers la fin
De l’été -
graindorge
InvitéPoème nº 2 de PeggySlam « je me souviens »
Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
déchu éternel de Dieu.Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
appartenaient.Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que
Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
fait ça.Je me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
m’offrant ces deux baffes sur mes joues.Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
toujours.Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
dernier souffle. -
..Graindorge
InvitéPeggySlam
Ton souffle dans Entre 4 murs « …sous mes paumes, je sentais mes poumons libres comme l’air… » et « …après à peine quelques pas sur le plancher, je sentais mon air m’abandonner »..
Dans Je me souviens, le mystère de cette vieille dame » comme si elle était l’ange déchu éternel de Dieu »…
« je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand-mère vomissant dans une bassine à cause de sa leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette maladie ( porter une maladie) POUR QU’ELLE ÉVITE D’ALLER AU CIEL TROP TÔT… » Comme si le savoir l’aurait fait mourir de chagrin
Ben merci PeggySlam Des bises -
graindorge
InvitéJ’aime ces doux oiseaux… Jules Verne
J’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air
Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair,
Qui s’envolent ensemble !
J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin,
Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
Qui d’enivrement tremble !J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
Qui s’éveillent dans l’âme !
J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas,
Qui me presse la main, et me donne tout bas
Pour les maux un dictame !J’aime du triste saule, au soir muet du jour,
La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour,
Qui se penche et qui pense !
J’aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
Tomber en souriant cette amoureuse fleur
Qu’on nomme l’espérance !J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
Une triste harmonie !
J’aime seule écouter le langage des cieux
Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux
De soleil et de vie.J’aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
M’asseoir toute pensive !
J’aime à suivre parfois en des rêves dorés
Mon âme qui va perdre en des flots azurés
Sa pensée inactive !J’aime l’effort secret du coeur, qui doucement
S’agite, la pensée au doux tressaillement,
Que l’on sent en soi-même !
Mieux que l’arbre, l’oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
Le saule tout en pleurs, l’espérance des Cieux…
J’aime celui qui m’aime. -
PeggySlam
InvitéMerci les gens pour vos retours qui me touchent !!!! je pense que j’en mettrai encore un ou deux. Encore merci pour vos mots !
-
PeggySlam
InvitéMurs de mémoire, le texte le plus engagé que j’ai écris. Un texte qui répond à François Hollande lors de sa campagne présidentielle que l’Histoire de la France elle n’est pas barbare elle est meurtrie et ça m’a choqué du coup je lui ai répondu par ce texte qui m’a suivi jusqu’à ma dernière scène en 2018 à Chicago. C’est sur ça ne vas plaire à tout le monde et pourtant je trouve un des plus abouti. Merci pour votre lecture et retour.
—–
Murs De Mémoire
Parce qu’il est si important de garder sa liberté d’opinion pour faire face aux médias et à la politique qui veulent
influencer et formater nos pensées et nos écrits, alors je sors mes maux de leur silence et les balance à la sueur de
l’encre de ma plume pour ne pas que mes poings se fracassent sur le bitume de mes murs.
Parce qu’à l’époque des Misérables, j’étais une sans papier. Parce qu’à la première guerre mondiale on nous
surnommait les gueules cassées. Et à la seconde, on nous déportés et exterminés. Malgré des millions d’invalides de
ces deux guerres, nos droits auront été écrits seulement en 1975 dans la déclaration des Droits de l’Homme, en nous
tendant ce H comme notre nouvelle Hidentité.
Parce qu’un 13 Juillet 2008 sous l’emprise de la police, certains de mes frères protestaient à une AAH moins
humiliante pour pouvoir juste y parvenir. Parce que ces murs d’assemblée sont trop souvent vides lorsqu’il faut
parler de nos droits. Parce qu’un jour crois moi, nous le brûlerons ce H au nom de notre dignité et nos cicatrices
seront la lumière de notre Liberté.
Parce que l’Homme a perdu ses repères qu’il cherche à reconquérir son identité. Cependant sur quelles valeurs doit-il
se reposer ? Est-ce portant une étoile près du cœur ou s’attachant à ses origines ou à son Histoire ? Moi, quand je lis
celle de mon pays je la trouve barbare, honteuse, et non meurtrie. A travers elle, j’ai vu des pages déchirées, des
mémoires et des visages oubliés, des souffrances soumises au silence, des terres africaines et algériennes se laisser
rougir par le sang, et j’ai vu… la folie et la haine vaincre l’Homme.
Parce que certains rêvent d’embrasser ta terre, moi, comme plus d’un parmi les miens, je veux partir. Aller au delà de
ces murs, au delà de ces frontières, au delà de ces horizons mais pour aller où ? Puisque mon avenir n’est plus qu’un
souvenir, mes rêves se sont brisés comme une poussière ayant perdu son bras de fer contre le vent, ma route n’est
qu’un vaste paysage sans fin et je n’ai pas d’autres racines que toi. Ma douleur, ma peur, mes pleurs… t’appartiennent.
Parce que lorsque je flâne à la lueur de l’aube entre les rues de ma cité qui dort, je me sens comme étrangère face à
tes valeurs républicaines. Parce que pas un seul soir, sans que je pense aux miens qui crèvent seuls jour après jour
entre les murs de leurs murs, les murs de leur silence. La poussière d’os ça s’envole. Ceux là n’auront pas leur nom
déposé sur des murs… de mémoire-
..Graindorge
Invité« Je sors mes maux de leur silence, et les balance à la sueur de l’encre de ma plume »
I love you my dear PeggySlam
-
-
Leo Landru
InvitéMerci Peggyslam pour ces textes.
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PeggySlam
InvitéMerci merci les copains !
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lamartine
InvitéÀ la partie la plus gracieuse
Guillaume Apollinaire
.
Toi qui regardes sans sourire
Et de face en tournant le dos
Tu me sembles un beau navire
Voiles dehors… et quels dodos
Promet cet édredon de neige
Neige rose de Mézidon !
Å Mars et Vénus, le reverrai-je
Cet édredon de Cupidon ?
Ô gracieuse et callipyge,
Tous les culs sont de la Saint-Jean !
Le tien leur fait vraiment la pige
Déesse aux collines d’argent…
D’argent qui serait de la crème
Et des feuilles de rose aussi…
Aussi, belle croupe je t’aime
Et ta grâce est mon seul souci
.
Secteur des Hurlus, le 4 août 1915
.
Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou -
Alex
InvitéLe Greco
.
J’imagine parfois une chambre dans la pénombre
Un petit radiateur électrique Un rideau rouge
qui sent la vieille orange
Un énorme matelas par terre
Un fille aux longues jambes couvertes de taches
de rousseur
Sur le ventre et les yeux clos
Un garçon à cheveux longs qui lui embrasse le dos
La vierge dressée bien placée entre ses fesses
qui se soulèvent à peine Et des dilatations
Une odeur très forte
J’imagine aussi les images
qui fleurissent dans son cerveau et dans son nez
L’étonnement dans la lune de l’amoureux
.
Roberto Bolaño – Poèmes-
Claire N
Invité« Un petit radiateur électrique Un rideau rouge
qui sent la vieille orange »
Il est tellement précis dans sa manière d’immerger
En un espace et si inattendu que ses trois éléments déclenchent une si palpable densité d’évocation
Il m’impressionne-
Alex
InvitéC’est drôle, c’est précisément les deux vers qui m’ont fait partager ce poème. Je le vois ce petit radiateur électrique, ce rideau rouge, je sens son odeur de vieille orange. Il m’impressionne aussi, c’est le mot, au sens strict qu’il me laisse des impressions.
-
Claire N
InvitéVoilà il nous rassemble sur le même terrain ; alors que l’évocation sensible de ce que nous y trouvons ne trouve pas d’aussi puissant terrain d’évocation ; c’est comme décrire un accord de musique et lui il comprend les touches qui vont former cela
-
Claire N
InvitéJe tourne autour de cette formule
Je me demande maintenant si ce n’est pas le « qui sent « dans son utilisation qui me touche tant
Ce qui n’est pas franchement relatif aux éléments décrits
Prend la double peau d’une évocation et d’une personne
Je crois que le tour de force est la ?-
Claire N
InvitéC’est une forme de réminiscence extrêmement particulière qu’il génère je trouve ; je crois qu’elle est l’exacte expression de ce qu’est une réminiscence au présent
-
nefa
InvitéJ’ai écouté ça
aimé sur Proust entre 11mn 25s et 18mn 30s
et pour Emile, une intervention sur l’autisme et le regard de Fernand Deligny
La mémoire-
Claire N
InvitéMerci Nefa !
Je me le garde pour des que j’ai repris du temps à mon emploi
-
-
nefa
InvitéSans le riff de Claire et le coup de cymbale magique d’Émile sur l’accent, ce qui suit est maigre.
.
Ma petite voisine, quatre vingt quatre ans, ne fonctionnait pas comme avant.
À tel point :
une photo, un vieil encensoir,
borne à quinze centimètres
– le temps et l’espace en sont friands –
ne tient plus au corps ;
devenue clef, comme on dit : « mot clef »,
sans que la sénile contrôle quoi que ce soit.
La « deuxième peau » du perçu frétille.
Bordeaux lui échoit
ainsi qu’une maison de jeunesse
et la térébenthine éprouvée en ouvrant ses fenêtre le matin du 11 juillet 1947.
Elle regardait bouillir la soupe.
J’aurais déduit que l’infirmière fut « absorbée »,
« réminiscence au présent »,
« oh la force ! ».
À ce moment, je suis absent.-
Claire N
Invité« Bordeaux lui échoit
ainsi qu’une maison de jeunesse
et la térébenthine éprouvée en ouvrant ses fenêtre le matin du 11 juillet 1947. »
J’aime beaucoup
Et ça m’a projeté Louane dans la tête
Je sais c’est de la variété
Mais elle me fait penser à Felicie dans compte d’été ; et j’aime bien comment elle parle de la mémoire Jour 1 celui qui revient-
Claire N
InvitéD’hiver
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Alex
Invité« Prend la double peau d’une évocation et d’une personne »
Tout juste. Et peut-être aussi tout simplement le fait d’y avoir consacré un vers. Le vers est strictement « qui sent la vieille orange ». On sait que c’est le rideau rouge qui sent la vieille orange, mais le fait de le séparer semble accentuer l’évocation. Car c’est tout compte fait vraiment ce vers qui chipote, qui attrape.
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nefa
InvitéBâtir en trois jours
miracle domestique
usage détourné
petite statuette
trois temples
trois encens
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..Graindorge
InvitéLe discours sur la paix
Vers la fin d’un discours
extrêmement important
le grand homme d’État, trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé, la bouche grande ouverte,
haletant, montre les dents
et la carie dentaire
de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre :
la délicate question d’argent.Jacques Prévert
-
K. comme mon Code
InvitéNew York Adress, Linda Gregg
—
The sun had just gone out
and I was walking three miles to get home.
I wanted to die.
I couldn’t think of words and I had no future
and I was coming down hard on everything.
My walk was terrible.
I didn’t seem to have a heat at all
and my whole past seemed filled up.
So I started answering all the questions
regardless of consequence:
Yes I hate dark. No I love light. Yes I won’t speak.
No I will write. Yes I will breed. No I won’t love.
Yes I will bless. No I won’t close. Yes I won’t give.
Love is on the other side of the lake.
It is painful because the dark makes you hear
the water more. I accept all that.
And that we are not allowed romance but only its distance.
Having finished with it all, now I am not listening.
I wait for the silence to resume. -
..Graindorge
Invité -
..Graindorge
InvitéA mind forever voyaging through strange seas of thought, alone
William Wordsworth -
Carpentier
Invitéla musique comme un poème
-
..Graindorge
InvitéMais oui! La musique comme un poème
¡Gracias amiga! Et cette chanson, je l’aime-
Carpentier
InvitéDécouverte grâce au Maître des clefs d’ici, il en parle dans le podcast ‘la musique qui panse’, il y parle de fait surtout de MC Cartney pour les Beatles.
Je méconnais leur album Revolver, il faut que je m’y consacre un peu.
Pourtant, à la lecture de pas mal de posts d’ici – écrits par ceux/celles qui jugent les dits-inopportun.es dans ce forum – les réguliers déclics de mon revolver imaginaire font de moi une presqu’experte.
.
-
-
-
Carpentier
InvitéJe t’aime,
Je t’aime d’une manière inexplicable,
De nature inavouable,
De façon contradictoire.Je t’aime…
Avec mes états d’âmes qui sont nombreux,
Et mes changements d’humeurs continuels
Pour ce que tu sais déjà.
Le temps, la vie, la mort.Je t’aime…
Avec ce monde que je ne comprends pas,
Avec ces gens qui ne saisissent rien,
Avec l’ambivalence de mon âme,
Avec l’incohérence de mes actes,
Avec la fatalité du destin,
Avec la conspiration du désir,
Avec l’ambiguïté des faits.
Même quand je dis que je ne t’aime pas, je t’aime.
Même si je triche, je ne triche pas,
Dans le fond, j’exécute un plan,
Pour t’aimer encore mieux.Je t’aime…
Sans réfléchir, inconsciemment,
Déraisonnablement, spontanément,
Involontairement, instinctivement,
Par impulsion, irrationnellement.
En effet, je n’ai pas d’arguments logiques,
Même improvisés…
Pour expliquer cet amour que je ressens pour toi,
Qui a émergé mystérieusement de nulle part,
Qui magiquement n’a pas été rien,
Et qui miraculeusement, d’un peu, avec peu et rien
a amélioré le pire qui était en moi.Je t’aime…
Je t’aime avec un corps qui ne pense pas,
avec un cœur qui ne raisonne pas,
avec une tête qui ne coordonne pas.Je t’aime incompréhensiblement,
Sans m’étonner de pourquoi je t’aime,
Sans m’importer de pourquoi je t’aime,
Sans me questionner de pourquoi je t’aime.Je t’aime,
tout simplement parce que je t’aime,
Même moi je ne sais pourquoi Je t’aime…!!!Pablo Neruda
-
..Graindorge
Invité-
Carpentier
Invitéok j’y suis
😁
lui ferait p’tête une tite place dans mon week-end CUM ☀️
mais le délai ‘ d’un mois ‘ me semble plus adéquat
à voir
(merci)
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..Graindorge
InvitéIci le poème de Becket Comment dire
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Carpentier
Invitéok mais vraiment pas simple à lire/parcourir/dire
comme souvent chez Samuel, ça porte bien son nom
(tu me rappelleras d’écouter l’émission aussi, d’ici 1 mois? car là, du pain sur la planche)
😘
à +
-
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graindorge
InvitéA la louange de la Charité Jean Racine
Les Méchants m’ont vanté leurs mensonges frivoles :
Mais je n’aime que les paroles
De l’éternelle Vérité.
Plein du feu divin qui m’inspire,
Je consacre aujourd’hui ma Lyre
A la céleste Charité.En vain je parlerais le langage des Anges.
En vain, mon Dieu, de tes louanges
Je remplirais tout l’Univers :
Sans amour, ma gloire n’égale
Que la gloire de la cymbale,
Qui d’un vain bruit frappe les airs.Que sert à mon esprit de percer les abîmes
Des mystères les plus sublimes,
Et de lire dans l’avenir ?
Sans amour, ma science est vaine,
Comme le songe, dont à peine
Il reste un léger souvenir.Que me sert que ma Foi transporte les montagnes ?
Que dans les arides campagnes
Les torrents naissent sous mes pas ;
Ou que ranimant la poussière
Elle rende aux Morts la lumière,
Si l’amour ne l’anime pas ?Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage
Aux pauvres feraient le partage ;
Quand même pour le nom Chrétien,
Bravant les croix les plus infames
Je livrerais mon corps aux flammes,
Si je n’aime, je ne suis rien.Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace,
Charité, fille de la Grâce !
Avec toi marche la Douceur,
Que suit avec un air affable
La Patience inséparable
De la Paix son aimable soeur.Tel que l’Astre du jour écarte les ténèbres
De la Nuit compagnes funèbres,
Telle tu chasses d’un coup d’oeil
L’Envie aux humains si fatale,
Et toute la troupe infernale
Des Vices enfants de l’Orgueil.Libre d’ambition, simple, et sans artifice,
Autant que tu hais l’Injustice,
Autant la Vérité te plait.
Que peut la Colère farouche
Sur un coeur, que jamais ne touche
Le soin de son propre intérêt ?Aux faiblesses d’autrui loin d’être inexorable,
Toujours d’un voile favorable
Tu t’efforces de les couvrir.
Quel triomphe manque à ta gloire ?
L’amour sait tout vaincre, tout croire,
Tout espérer, et tout souffrir.Un jour Dieu cessera d’inspirer des oracles.
Le don des langues, les miracles,
La science aura son déclin.
L’amour, la charité divine
Eternelle en son origine
Ne connaîtra jamais de fin.Nos clartés ici bas ne sont qu’énigmes sombres,
Mais Dieu sans voiles et sans ombres
Nous éclairera dans les cieux.
Et ce Soleil inaccessible,
Comme à ses yeux je suis visible,
Se rendra visible à mes yeux.L’amour sur tous les Dons l’emporte avec justice,
De notre céleste édifice
La Foi vive est le fondement,
La sainte Espérance l’élève,
L’ardente Charité l’achève,
Et l’assure éternellement,Quand pourrai-je t’offrir, ô Charité suprême,
Au sein de la lumière même
Le Cantique de mes soupirs ;
Et toujours brûlant pour ta gloire,
Toujours puiser, et toujours boire
Dans la source des vrais plaisirs ! -
..Graindorge
InvitéPoème inspiré par une crue de la rivière Drôme
Aujourd’hui j’ai vu la mer ( David Miriam)
dans la crue qui s’envole
dans les odeurs de terre
dans les mouettes en furie
dans les yeux de l’insurgé.e
sur les rochers humides
dans les bois qui flottent
sur le sable violé
dans les clôtures perdues
dans les branches qui pendent
dans le bruit des pierres
dans les visages à nu
dans les vagues du rivage
dans les mains qui partagent
dans les pas à contre courant
sur les berges mouillées
dans les soleils d’écume
dans le ciel qui s’éclaire
sur les crêtes et les dunesAujourd’hui j’ai vu la mer
Demain je serai océan. -
PeggySlam
InvitéÇa fait un petit moment que je n’ai pas posté certains de mes poèmes. Un texte que j’aimais bien faire sur la scène slam et qui avait souvent de bon retour. Bonne lecture 🙂
—–
Handinhead
( La main dans la tête )Francis, il n’a jamais pu aimer son fils,
Car son fils est trisomique pour la médecine,
Et débile pour les autres.
Pourtant, Francis, il se souvient,
A la naissance, il était comme un fou.
Il portait au bout de ses bras,
Ce petit bout d’homme qui allait être son fils.
Il se souvient de cette petite bouille,
De ces petits yeux fermés,
De ces petites mains et de ces petits pieds
Qu’il aimait caresser au bout de ses doigts.
Il se souvient, Francis, de ces journées
A lui avoir changé les couches,
De ces longues nuits à lui donner des biberons
Jusqu’à ce que la goutte de lait
Déborde du p’tit zizi pour lui pisser dessus
Ce qui le foutait en rogne quand ça lui arrivait.
Et puis comme tous les pères qui viennent d’avoir un enfant,
Francis s’était dit que son fils avait été choisi pour être l’enfant
Le plus parfait et le plus beau du monde.
Francis, il avait tout prévu pour son fils.
Il avait prévu une bonne école où il serait toujours en haut du classement.
Il aurait un diplôme et des années d’études pour faire bien sur le papier,
Et il serait la fierté de la famille.
Aussi Francis, il s’était imaginé avec son fils
Au match de foot en train de péter sur l’hymne national.
Il se voyait marcher avec lui la main dans la main dans le parc
Pour frimer et le montrer à toutes les filles qu’ils croiseraient
Mais voilà qu’un jour,
Francis ne trouva pas normal son fils,
Il ne parlait pas,
Il ne se plaignait jamais,
Il était même un peu bizarre,
En fait son fils souriait bêtement tout le temps !
Alors Francis et sa femme sont allées à l’hôpital,
Ils ont fini par comprendre comment était né leur fils,
Et depuis cet instant, tout s’est effondré autour de Francis.
Il pouvait dire adieu aux matchs de foot entre hommes,
Il n’y aurait pas de fête pour ses diplômes reçus,
Ni de promenade dans le parc, ni de filles,
Non, il n’y aurait rien de tout ça !
Francis, quand il est en colère de la vie,
Il aimerait que son fils meure.
De toute façon se dit Francis,
La mort fait partie de la vie.
On naît puis on meurt.
C’est comme ça.
C’est le cercle vicieux de la vie.
Francis, quand il regarde son fils au fond de ses yeux,
Il aimerait lui dire en criant d’arrêter de sourire comme un crétin,
Mais il ne s’en sent pas capable,
Alors il se tait tout en souffrant
Et accepte ce fils finalement devenu indésirable.
Handicapé,
Un mot qui fait si mal quand il raisonne dans la tête de Francis.
Ce mot qu’il déteste tant !
Oui, c’est de ça la haine qu’il a Francis !
C’est plus envers ce mot qui provient du mot Handincap,
Un mot anglais et qui veut dire « la main dans le chapeau ».
Pour son fils, on ne dirait pas la main dans le chapeau
Mais la main dans la tête,
Et c’est sûr qu’avec des mains dans la cervelle
On ne peut pas faire grand chose.
En fait Francis,
Il aime bien son fils,
Surtout sur les photos de famille,
Car sur les photos ça ne se voit pas que son fils
Sourit bêtement tout le temps.
Et finalement, quand Francis y pense,
Il se dit, au fond de lui, c’est beau quand même un enfant innocent -
Carpentier
InvitéLA CABARETIERE
La cabaretière fais nous crédit,
On te paiera tous à samedi
Si tu veux pas, m’donner à boire,
On va t’choler dans ton comptoir
A la piqûre, tout l’monde l’endure
Le plus veinard c’est co pinard
Qu’il se couche tôt, qu’il se couche tard,
Il boit toujours son verre d’pinard.
– carnaval dunkerquois, hommage à Mona – -
nefa
InvitéJ’aime bien quand résonne comme ça le texte de @Saltimbanque, merci à toi :
Ce pays est un muscle humain. Comme sur un cœur humain. S’exprime en récurrente alternance. Ce pays, aux tensions charnelles. Ressemble au tien car il excite un mode. En diffère par des saisons – dans le détail – et plus nombreuses que les jours 2024. Ce pays est de terre. Sert l’enfant. D’air à ceux que danser inspire. À la géographie heureuse, ce pays, aux pépites spongieuses sur lesquelles. De me laisser allongé. Et aux vieux os un lieu-dit. Ce pays où les fractures ont une heure. Où quand sonnent les temps impossibles. On marche. On se disloque. Dans… on ne se voit qu’en points. Il fabrique mes noms. Parfois sans forme. Ne cherche tout dévoilement. On ne s’en occupe pas. « Sevré » pour « talon tient sous le plafond ». Et s’il se plaît en moi, en dehors de moi, il est ton âme.-
Claire N
InvitéMerci Nefa
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-
..Graindorge
InvitéBus du soir
Solitaires respirant
Les visages des autresAlexandra Ivoylova
-
..Graindorge
Invitépoème du pasteur Martin Niemöller revu et corrigé par Bertolt Brecht:
«Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit. Je n’étais pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit. Je n’étais pas catholique.
Et puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester.» -
Carpentier
Invité… Souvent ses* mots discourent, je le concède, je le regrette, je m’en excuse / … / mais tout aussi souvent font autre choses. / .. 248.
Font des bulles, des wip, des clip-crap, des bang, des vlop, des zip*à la littérature,
-
..Graindorge
InvitéLes reflets
Comme un reflet
Dans les yeux du pêcheur
La couleur de la mer,En cette fin de soirée,
Il a offert à son fils
Le meilleur anniversaire,Heureux de l’avoir attrapée
Dans son seau d’eau
L’enfant repart avec la lune.— Stéphen Moysan
En route vers l’horizon -
lamartine
InvitéMon cher petit homme
Que j’appelle mon mari
Nous nous sommes encore
Disputés cette nuit
Surtout
Je ne rêve plus de toi
Je rêve que toute seule
Je dois pousser ta voiture en panne
Et toute seule
Conduire les enfants à l’école en bateau sur une mer déchaînée
Et toute seule
Réclamer l’échange d’une robe
Que tu avais choisie pour me faire une surprise
Une robe rouge fluo et blanc virginal
Faussement originale
Très chère et très inadéquate
Et toute seule
Pleurer toutes les larmes de mon corps
Car le gérant du magasin de prêt-à-porter féminin
A décidé une fois pour toutes
Que je ne pourrai jamais jamais
Échanger cette robe
Qui est robe de putain
Et de bourgeoise
Comme il sied aux mal mariées.
Avant tu me disais qui tu aimais
Ainsi je participais un peu
À ta vie de mari volage
Je disais à mes amies
J’ai de la chance
Jamais je ne serai
Jalouse d’une autre femme
Car mon mari aime les garçons.
Quel couple original
Quelle union admirable
Disait-on avec effroi
Combien ont tenu bon
Dans cette situation ?
Je disais moi
Nous sommes plus forts et plus malins
Que les autres
Nous allons à l’essentiel
Tout le monde ferait bien
De faire la même chose
Au lieu de perdre son énergie
À couper les cœurs, les maisons, les chiens et les enfants en deux
Sans compter le cœur des grands-parents
Qui voudraient bien
Vieillir en paix.
Parfois ton aimé venait
À la maison avec des fleurs pour moi
Ou des bonbons
Toujours ces garçons avaient pour moi des égards
J’avais un pouvoir
J’aurais pu les chasser
J’aurais pu empêcher
Qu’ils ne se couchent avec toi dans notre lit
Quand nos enfants étaient avec moi à la plaine de jeux
Un jour, l’un d’entre eux m’a appris
Comment me maquiller
Un autre jour celui qui était pianiste
M’a demandé
qu’est-ce que tu fais ici
À quoi tu sers
Peut-être attendait-il que je dise
Je sers de brave mère, de brave sœur,
De brave gardienne de foyer
À mon mari
Ou peut-être voulait-il dire
Tout simplement
» Dégage « .
L’Allemand, lui, voulait que chaque week-end
Mon mari vienne le rejoindre en Allemagne
Et quand ma belle-mère téléphonait
Je répondais :
Votre fils est parti au supermarché
Et ma belle-mère s’étonnait
Mon fils, pourquoi est-ce toujours toi
Qui doit faire les courses le week-end ?
Que fait ta femme ?
Aujourd’hui tu ne vas plus en Allemagne
Tu ne ramènes plus de garçons à la maison
Tu as donc des égards
Mais tu ne me dis plus rien
Tu pars
Tu vas faire une course, dis-tu
Et puis tu dis aller voir Pablo ou Christian
Comme si je les connaissais depuis toujours
Mais tu ne me dis rien d’eux
Tu ne me les présentes pas
Tu ne me dis pas comme avant
Avec ton air radieux d’éternel petit garçon
Devant un arbre de Noël qui clignote joyeusement
Sans jamais jamais faiblir
Si tu savais comme il est beau
Il est avocat
Il est étudiant en philosophie
Il roule en Porsche
Il a sa propre marque de vêtements
Il dessine des cravates
Il aimerait lire tes livres
C’est un intellectuel
Il prend de la cocaïne
Mais je n’y touche pas
Je te promets
Et je prends toujours
Mes précautions tu sais
Non, tu ne me dis plus jamais ça
Tes garçons n’ont plus de visage
Ils ont une queue, ça je sais
Et quand je proteste tu réponds
Je ne peux pas faire autrement.
-
lamartine
Invité« Voilà moins de six mois que je la connais et c’est ma plus belle love story. Parfois je la crois morte, mais ça ne correspond pas à son tempérament. Alors je préfère l’imaginer libre, même si elle a en quelque sorte disparu. À moins qu’elle ne soit là, tout le temps, sous mes yeux, parmi les autres, dans le flot, le flux, sous le vent qui commence à se faire vif et les feuilles qui tombent et se posent. Je ne sais pas. »
-
nefa
Invitéqualifié en la matière
il n’arrêtait jamais de fumer
trois ans entre deux tafs
procrastinait-
lamartine
Invitéjoli
-
nefa
Invitémerci
-
-
-
graindorge
InvitéNaomi Shihab Nye
Même en guerreDehors, les oranges dorment, les aubergines,
les champs de sauge sauvage.
Un ordre du gouvernement,
Vous ne cueillerez plus cette sauge
qui parfume toute votre vie.
Et toutes les mains ont souri -
Carpentier
InvitéIvresse de l’Everness
Tout existe, hormis une chose : l’oubli.
Dieu sauve le métal ; il sauve aussi la cendre,
Et sa mémoire prophétique peut comprendre
Les lunes de demain, d’hier et d’aujourd’hui.
Tout est encore et tout est déjà : les images
Dont, du jour qui va poindre à la chute du soir,
Mon visage a hanté le fugace miroir,
Et celles qu’y mettront mes incessants visages.
Nous ourdissons cette mémoire, l’univers.
Une glace va, traversant un jeu de glaces ;
Les corridors sans but imitent les déserts
Et tu vois se fermer les portes quand tu passes.
Tu n’atteindras que sur l’autre aile de la nuit
L’Archétype qui Reste la Splendeur qui Luit.l’Autre, le Même – Jorge Luis Borges
-
graindorge
InvitéA UN CHAT
Non moins furtif que l’aube aventurière,
Non moins silencieux que le miroir,
Tu passes et je pense apercevoir
Sous la lune équivoque une panthère.
Par quelque obscur et souverain décret
Nous te cherchons. Nous voulons, fauve étrange
Plus lointain qu’un couchant ou que le Gange,
Forcer ta solitude et ton secret.
Ton dos veut bien prolonger ma caresse ;
Il est écrit dans ton éternité
Que s’accordent à ta frileuse paresse
Ma main et son amour inquiété.
Ton temps échappe à la mesure humaine.
Clos comme un rêve est ton domaine.
Jorge Luis Borges, L’or des tigres, Ed. Gallimard, 1976.A UN GATO
No son más silenciosos los espejos
ni más furtiva el alba aventurera;
eres, bajo la luna, esa pantera
que nos es dado divisar de lejos.
Por obra indescifrable de un decreto
divino, te buscamos vanamente;
más remoto que el Ganges y el poniente,
tuya es la soledad, tuyo el secreto.
Tu lomo condesciende a la morosa
caricia de mi mano. Has admitido,
desde esa eternidad que ya es olvido,
el amor de la mano recelosa.
En otro tiempo estás. Eres el dueño
de un ámbito cerrado como un sueño.Traduit de l’espagnol par Jean-Pierre Bernès et Nestor Ibarra.
-
Claire N
Invité« Ton dos veut bien prolonger ma caresse »
Ça c’est bien vu-
Claire N
Invité« Ma main et son amour inquiété » par contre là je saisis pas trop
-
-
-
..Graindorge
InvitéClaire N
je me retape et j’irai m’amuser à bien relire la traduction. « la mano recelosa » c’est plutôt » la main craintive »
« Tu lomo condesciende a la morosa
caricia de mi mano. Has admitido,
desde esa eternidad que ya es olvido,
el amor de la mano recelosa. »
Je tente:
« Ton échine condescend à la morose
caresse de ma main
Tu as admis depuis cette éternité qui est déjà oubli,
l’amour de la craintive main »
Je m’endors. A+ Borges-
Claire N
InvitéMerci Graindorge
C’est amusant te voir mettre a jour tout ce travail
Qu’est la traduction – pas simple en effet
Repose toi oui si tu est convalescente
Je ne suis pas pressée -
Carpentier
Invitébon rétablissement, graindorge:
en télétravail choisi, choisi quant au contenu de ce que tu choisis de faire une fois coincée/restée à la maison, je vois que tu partages ce que tu trouves malgré tout de joyeux à y faire.
Merci, aussi pour la récup de passe de Borges, que je méconnais.
-
-
Alain m
InvitéPlutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures
Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides
Que ces pierres blettes
Plutôt ce coeur à cran d’arrêt
Que cette mare aux murmures
Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l’air et dans la terre
Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale
Plutôt la vie
~
Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d’évasions
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n’y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
Plutôt la vie
~
Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable
Le ruban qui part d’un fakir
Ressemble à la glissière du monde
Le soleil a beau n’être qu’une épave
Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
Ou seulement en fermant les yeux sur l’orage adorable qui a nom ta main
Plutôt la vie
~
Plutôt la vie avec ses salons d’attente
Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit
Plutôt la vie que ces établissements thermaux
Où le service est fait par des colliers
Plutôt la vie défavorable et longue
Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
Plutôt la vie
~
Plutôt la vie comme fond de dédain
À cette tête suffisamment belle
Comme l’antidote de cette perfection qu’elle appelle et qu’elle craint
La vie le fard de Dieu
La vie comme un passeport vierge
Une petite ville comme Pont-à-Mousson
Et comme tout s’est déjà dit
Plutôt la vie
André Breton • Clair de terre-
Claire N
Invité« Plutôt ce coeur à cran d’arrêt «
J’aime beaucoup la subversion palindrome que de cette image
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Emile Novis
InvitéPaul Valéry, « Les pas », Charmes:
Tes pas, enfants de mon silence,
Saintement, lentement placés,
Vers le lit de ma vigilance
Procèdent muets et glacés.
*
Personne pure, ombre divine,
Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
Dieux !… tous les dons que je devine
Viennent à moi sur ces pieds nus !
*
Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser,
*
Ne hâte pas cet acte tendre,
Douceur d’être et de n’être pas,
Car j’ai vécu de vous attendre,
Et mon cœur n’était que vos pas.-
Claire N
Invité« Si, de tes lèvres avancées,
Tu prépares pour l’apaiser,
A l’habitant de mes pensées
La nourriture d’un baiser »
Cela n’a l’air de rien ; mais toutes les « représentations « habituelles de l’onirisme amoureux – Sont dans ces lignes – je trouve – pulvérisées
– se nommer soi même l’habitant de ses pensées
Alors que bien souvent c’est l’aimee qui y est forclose
– et donner finalement chair plus que rêverie
, en la libérant « à l’extérieur « : on fait de la rencontre jusqu’au baise un don de « l’extérieur «-
Claire N
InvitéÇa « marche bien à l’amble « ( je vole Aragon)
Avec le poème posté pa Alain m « plutôt la vie «
Je trouve
Et « marche à l’amble « ça me plait bien : la même démarche – mais alternée pour l’avant- dans un même corps d’équidé -
Emile Novis
InvitéJ’aime bien aussi la formulation « l’habitant de mes pensées », qui sépare nettement le sujet de ses pensées, introduisant une distance presque spatiale entre moi et ce qui traverse mon esprit.
.
Pour l’amour, à vrai dire je ne sais pas. Qui est cette femme aimée? On ne sait pas trop finalement. Une maîtresse? Peut-être, mais il y a de la froideur aussi (muets et glacés). Une mère? J’y ai pensé, puisque la scène ressemble à l’enfant qui, dans son lit, attend le baiser de sa mère pour s’endormir. Une muse? C’est possible, car il y a un champ lexical relatif au sacré, et on passe du tutoiement au vouvoiement en cours de poème.
.
C’est peut-être tout cela à la fois ici. La confusion est riche de sens et d’équivoque dans ce poème, semble-t-il.-
Emile Novis
InvitéPeut-être que cette confusion sur l’identité de la femme qui s’approche permet de faire un retour sur le cœur du poème : l’attente, la disponibilité intérieure à ce qui vient.
-
Claire N
InvitéMais oui tu as raison – en le relisant
On ne sait pas ce que c’est !-
Juliette B
InvitéEt pour poursuivre, on ne sait pas si c’est une femme dont les pas s’approchent. Rien ne le dit dans le poème, ça m’a frappée
-
Emile Novis
Invité@Juliette
C’est très vrai, on peut radicaliser l’énigme posée par Valéry : on ne sait pas qui c’est, pas même le sexe de la personne qui s’avance.
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nefa
Invitéencore je ne sais pourquoi si attendre ne voulait dire que l’on n’a reçu l’or a trouvé son marchand avancent jolis sourires jusqu’au bout de mes lèvres font négoce confortent le flux des noms lancés de mon front compterais-tu
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stylobille
Invitéhttps://www.lyrikline.org/fr/poemes/schtzngrmm-1230
(Je n’arrive pas à citer le texte directement ici, ça fait bugger la machine)-
stylobille
Invité(Schützengraben = tranchées)
-
Claire N
InvitéAlors vivre une situation sans semantique, j’y arrive pas même
avec ce poème
je suis perplexe
Et encore plus quand je lis que le poème est traduit en turc-
nefa
Invitéle rythme simplement le rythme est-il bon batteur
on sent quelque chose qui manque
peut-être trop théorique-
Claire N
Invité« trop théorique » oui peut-être effectivement
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stylobille
Invité-
stylobille
InvitéIl y a difficilement plus concret et plus saturé sémantiquement je crois mais ça se sent mieux en l’oralisant
-
Claire N
InvitéAlors à l’écoute
Moi si j’essaye de rentrer dedans
Et ça ne m’est pas si simple
– je m’en tirerai mieux avec l’absence de semantique
– en essayant de « glisser « vers l’animalité
Un peu comme un animal qui « décode pas le langage «
– mais il y a bien là quelque chose d’impossible des qu’on lit
Je veux bien que tu développes ton ressenti pour m’aider-
stylobille
InvitéJ’entends le démembrement d’un mot de l’histoire dite grande. Il en reste les onomatopées des petits soldats de plomb. C’est puéril ou sacrilège et j’en ris. C’est juste ça je crois.
-
nefa
Invitéc’est là où je te trouve, dans le comique à tailler dans le son avec du son
-
Claire N
InvitéRire – ben oui en fait là je saisis
Merci j’étais loin du bord là
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Carpentier
InvitéLa plume gribouille
La plume gribouille: c’est infernal!
Suis-je donc condamné à gribouiller? –
C’est pourquoi avec audace me saisissant de l’encrier
J’écris à gros flots d’encre.
Comme cela coule, si plein, si large!
Comme tout me réussit, quoi que j’écrive!
Sans doute l’écriture manque-t-elle de netteté –
Qu’importe? Qui donc songe à lire ce que j’écris?Le gai savoir – plaisanterie, ruse et vengeance: prélude en rimes, p. 44, folio essais 2023.
-
Carpentier
Invité28. Consolidation pour debutants.
Voyez au milieu des cochons qui grognent,
L’enfant impuissant, les orteils recroquevillés!
Pleurer, c’est tout ce qu’il peut –
Saura-t-il jamais se tenir debout et marcher?
Soyez sans crainte, bientôt, je pense,
Vous verrez l’enfant danser!
Une fois debout sur ses deux jambes,
Il se tiendra aussi bien sur la tête!Je l’aime particulièrement celui-ci
et si un lien dailymotion hurlait pas le début d’un sketch quand on va sur le sujet/topic ‘ parce que j’aime pas les gosses ‘ je l’aurais rangé là-bas-
Carpentier
InvitéFN, bien sûr, s’arrête à ‘ sur la tête ‘ .
Pourquoi je merdouille avec les B-quote ce matin, sheet de merde. quoi!
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..Graindorge
InvitéAllez Arthur, donne! Vas-y, fonce!
Nuit en enfer
Arthur Rimbaud
J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?
Les nobles ambitions !
Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.
Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. – Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. – La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.
Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.
Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.
Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.
Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…
Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.
Écoutez !…
J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes.
Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, – même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.
– Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.
Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.
Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !
Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.
Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.
Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.
C’est le feu qui se relève avec son damné.
Arthur Rimbaud
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Claire N
Invité« Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.
C’est le feu qui se relève avec son damné »
Satan oui gardien d’une partie de la chair des le baptême ; peut-être cette partie là qu’il à été chercher – mais l’orgueil tient bien le rôle de gardien des enfers finalement, juste à Satan de l’attiser – il faut peut être bien que dieu porte aide pour cacher -l’orgueil plus grand -d’aller récupérer le feu- périlleuse est la manœuvre
Mais effectivement il faut être voleur ?
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..Graindorge
InvitéToutes les lettres d’amour sont
Ridicules.
Ce ne seraient pas des lettres d’amour
Si elles n’étaient pas
Ridicules.Moi aussi, j’ai écrit en mon temps,
Des lettres d’amour, comme les autres,
Ridicules.Les lettres d’amour, s’il y a amour,
Se doivent d’être
Ridicules.Mais, après tout,
Il n’y a que les créatures qui n’ont jamais écrit
De lettres d’amour
Qui sont
Ridicules.Comme je voudrais revenir au temps
Où j’écrivais,
Sans m’en rendre compte,
Des lettres d’amour
Ridicules.La vérité est qu’aujourd’hui
Ce sont mes souvenirs
De ces lettres d’amour
Qui sont
Ridicules.[Tous les mots excessifs,
Tous les sentiments excessifs,
Sont, bien sûr,
Ridicules.]Poème signé Alvaro de Campos
(un des hétéronymes de Fernando Pessoa)-
Claire N
Invité« Les lettres d’amour, s’il y a amour,
Se doivent d’être
Ridicules »
C’est vrai qu’il faut un grand courage pour se lancer dans une lettre d’amour
J’en écrivais en primaire mais je n’ai jamais osé les envoyer-
Claire N
InvitéJ’étais pas bien courageuse
Un jour une « camarade « a trouvé une de ces lettres d’amour dans mon cartable
Et l’a lu devant toute la classe
J’ai nié l’avoir écrite bêtement et maladroitement
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Alain m
InvitéTous les rideaux du monde tirés sur tes yeux
Ils auront beau
Devant leur glace à perdre haleine
Tendre l’arc maudit de l’ascendance et de la descendance
Tu ne ressembles plus à personne de vivant ni de mort
Mythologique jusqu’au bout des ongles
Ta prison est la bouée à laquelle ils s’efforcent d’atteindre dans leur sommeil
Tous y reviennent elle les brûle
~
Comme on remonte à la source d’un parfum dans la rue
Ils dévident en cachette ton itinéraire
La belle écolière du lycée Fénelon qui élevait des chauves-souris dans son pupitre
~
Le perce-neige du tableau noir
Regagne le logis familial où s’ouvre
Une fenêtre morale dans la nuit
Les parents une fois de plus se saignent pour leur enfant
On a mis couvert sur la table d’opération
Le brave homme est noir pour plus de vraisemblance
Mécanicien dit-on de trains présidentiels
Dans un pays de pannes où le chef suprême de l’État
Lorsqu’il ne voyage pas à pied de peur des bicyclettes
N’a rien de plus pressé que de tirer le signal d’alarme pour aller s’ébattre en chemise sur le talus
L’excellente femme a lu Corneille dans le livre de classe de sa fille
Femme française et l’a compris
Comme son appartement comprend un singulier cabinet de débarras
Où brille mystérieusement un linge*
Elle n’est pas de celles qui glissent en riant vingt francs dans leur bas
Le billet de mille cousu dans l’ourlet de sa jupe
Lui assure une rigidité pré-cadavérique
Les voisins sont contents
Tout autour de la terre
Contents d’être les voisins
~
L’histoire dira
Que M. Nozières était un homme prévoyant
Non seulement parce qu’il avait economisé cent soixante cinq mille francs
Mais surtout parce qu’il avait choisi pour sa fille un prénom dans la première partie duquel on peut démêler psychanalytique-ment son programme
La bibliothèque de chevet je veux dire la table de nuit
N’a plus après cela qu’une valeur d’illustration
« Mon père oublie quelquefois que je suis sa fille »
L’éperdu
Ce qui tout à la fois craint et rêve de se trahir
Mots couverts comme une agonie sur la mousse
Celui qui dit les avoir entendus de ta bouche brave tout ce qui vaut la peine d’être bravé**
Cette sorte de courage est aujourd’hui le seul
Il nous dédommage à lui seul de cette ruée vers une tonnelle de capucines
Qui n’existe plus
Tonnelle belle comme un cratère***
~
Mais quel secours
Un autre homme à qui tu faisais part de ta détresse
Dans un lit un homme qui t’avait demandé le plaisir
Le don toujours incomparable de la jeunesse
Il a reçu ta confidence parmi tes caresses
Fallait-il que ce passant fût obscur
Vers toi n’a su faire voler qu’une gifle dans la nuit blanche
Ce que tu fuyais
Tu ne pouvais le perdre que dans les bras du hasard
Qui rend si flottantes les fins d’après-midi de Paris autour des femmes aux yeux de cristal fou
Livrées au grand désir anonyme
Auquel fait merveilleusement uniquement
Silencieusement écho
Pour nous le nom que ton père t’a donné et ravi
~
On glisse où s’est posé ton haut talon de sucre
~
Tout est égal qu’ils fassent ou non semblant de ne pas en convenir
Devant ton sexe ailé comme une fleur des Catacombes
Étudiants vieillards journalistes pourris faux révolutionnaires prêtres juges
Avocats branlants
Ils savent bien que toute hiérarchie finit là
~
Pourtant un jeune homme t’attendait énigmatique à une terrasse de café
Ce jeune homme qui au quartier Latin vendait paraît-il entre-temps L’Action française
Cesse d’être mon ennemi puisque tu l’aimais
Vous auriez pu vivre ensemble bien qu’il soit si difficile de vivre avec son amour
Il t’écrivait en partant Vilaine chérie
C’est encore joli
Jusqu’à plus ample informé l’argent enfantin n’est que l’écume de la vague
~
Longtemps après la cavalerie et la chevalerie des chiens
Violette
La rencontre ne sera pas plus poétiquement qu’une femme seule dans les bosquets introuvables du Champ-de-Mars****
Assise les jambes en X sur une chaise jaune
~
André Breton • Violette Nozières
* linge dont se servait son père pour ne pas la féconder
** déposition de son ancien amant
*** la tonnelle était un des lieux où se serait pratiqué l’inceste
**** Elle fut arrêtée au Champ-de-Mars, dénoncée par son amant d’une nuit, le vicomte de Pinguet -
graindorge
InvitéAUTOPSYCHOGRAPHIE Fernando Pessoa
Le poète est celui qui feint.
Et il feint si parfaitement
Qu’il fait enfin passer pour feinte
La douleur qu’il ressent vraiment.
Et les lecteurs de ses écrits
Ressentent sous la douleur lue
Non pas les deux qu’il a connues,
Mais la seule qu’ils n’ont pas eue.
Ainsi, sur ses rails circulaires
Tourne, embobinant la raison,
Ce si petit train à ressorts
Que l’on a appelé le cœur.-
Ludovic
InvitéTon poème m’a fait penser
Aux déguisements de la st Nicolas
Que plein de monde portent ici ce week end
La feinte qu’ils génèrent
Et la joie et le sourire
Où toute tristesse est masquée, déguisée
Faut regarder aux fonds des yeux pour sentir-
Ludovic
InvitéLa poésie est un déguisement
Et les déguisements une poésie
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PeggySlam
InvitéJe ne sais pas si cette phrase existe déjà et j’en ai l’impression mais y a cette phrase poétique qui est sorti tout droit d’un de mes rêves ce matin :
.
Le silence de tes yeux.
.
Je ne sais pas mais je trouve ça beau -
..Graindorge
InvitéPoème d’un pseudo « Animaldan »
Fallait pas commencer
A tracer
Ta vie partout dans les marges
A chercher prétentieux
Dans les cieux
Des floconneux paysages
A couler tes revers
Dans des vers
A mendier le patronage
D’une muse étourdie
Qui t’a dit
J’ai froid seule dans mon page
A vouloir poéter
Fou t’étais
Plus haut que ton culottage
Tu subis d’Erato
Les râteaux
Et les scènes de ménage
Quand on se jette à l’eau
Gros ballot
Sans bouée de sauvetage
Rien sert de s’accrocher
Aux rochers
T’as les doigts dans l’encre: nage. -
..Graindorge
InvitéLe dictateur Gianni Rodari
Un point tout petit petit
mais d’orgueil tout bouffi
criait d’une voix furibonde:
« Après moi la fin du monde ! »
Devant cette conduite indigne,
les mots protestèrent:
« Il est fou !
Il se croit un point-c’est-tout,
et il n’est qu’un point-à-la-ligne! »
Alors au milieu de la feuille
ils le laissèrent tout seul,
et le monde continua sans lui
une ligne plus bas. -
..Graindorge
InvitéFernando Pessoa
Voici peut-être le dernier jour de ma vie.
J’ai salué le soleil en levant la main droite,
mais je ne l’ai pas salué en lui disant adieu –
non, plutôt en faisant signe que j’étais heureux de le voir :
c’est tout. -
..Graindorge
InvitéF. Pessoa
Je rentre à la maison, je ferme la fenêtre.
On apporte la lampe, on me souhaite bonne nuit,
et d’une voix contente je réponds bonne nuit.
Plût au Ciel que ma vie fût toujours cette chose :
le jour ensoleillé, ou suave de pluie,
ou bien tempétueux comme si le Monde allait finir,
la soirée douce et les groupes qui passent,
observés avec intérêt de la fenêtre,
le dernier coup d’œil amical jeté sur les arbres en paix,
et puis, fermée la fenêtre et la lampe allumée,
sans rien lire, sans penser à rien, sans dormir,
sentir la vie couler en moi comme un fleuve en son lit,
et au-dehors un grand silence ainsi qu’un dieu qui dort. -
Alain m
InvitéPollué
de bruits,
de bris
d’images ;
long,
intensément long
le sentiment
(creusé
dans l’argile
d’un jour)
de ne pas en voir
le bout.
Morgan Riet• Tunnel -
Alain m
InvitéValises entassées
dans la Dyane jaune.
Départ à l’aube
pour des vacances
tout en bas
de la France
au sommet
des Pyrénées.
Tout au long de la route,
la seule musique
du moteur,
citron aigu pressé
en continu dans nos cages
à miel
au fond du pot
de l’abeille au vol lent de papa
et maman reine
du panneau loupé au tournant,
et nous,
sur la banquette en skaï
toute brûlante
de notre impatience,
qui rivions par moments nos quinquets
aux nuages,
aux formes et visages révélés,
qui filions, de la sorte,
sans le savoir,
la métaphore, pour dépasser les bornes.
Morgan Riet• Dyane jaune -
graindorge
InvitéRésurrection
La poésie se glisse dans le rêve
pareille à un plongeur dans un lac.
La poésie, courageuse comme personne,
se glisse et coule
à pic
dans un lac infini comme le Loch Ness
ou trouble et funeste comme le lac Balaton.
Contemplez-la depuis le fond :
un plongeur
innocent
enveloppé dans les plumes
de la volonté.
La poésie se glisse dans le rêve
pareille à un plongeur mort
dans l’œil de Dieu.
*
Resurrección
La poesía entra en el sueño
como un buzo en el lago.
La poesía, más valiente que nadie,
entra y cae
a plomo
en un lago infinito cono Loch Ness
o turbio e infausto como el lago Batalón.
Contempladla desde el fondo:
un buzo
inocente
envuelto en las plumas
de la voluntad.
La poesía entra en el sueño
como un buzo muerto
en el ojo de Dios.
Roberto Bolaño -
..Graindorge
InvitéMerci Alain M pour le sourire dans Luttes 4
Merci Arthur R, encore et toujoursLes assis
Arthur Rimbaud
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée
Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.– Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l’oeil du fond des corridors !Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l’oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules
– Et leur membre s’agace à des barbes d’épis.Arthur Rimbaud, Poésies
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Alain m
InvitéTristan Corbière – Le phare
Texte sous la vidéo.Corbière fût hospitalisé à la maison de santé Dubois, il écrivit à sa mère «je suis à la maison Dubois dont on fait les cercueils ».
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graindorge
InvitéJe ne crois plus aux mots des poèmes. Antonin Artaud
e ne crois plus aux mots des poèmes,
car ils ne soulèvent rien
et ne font rien.
Autrefois il y avait des poèmes qui envoyaient un guerrier se faire trouer la gueule,
mais la gueule trouée
le guerrier était mort,
et que lui restait-il de sa gloire à lui ?
Je veux dire de son transport ?
Rien.
Il était mort,
cela servait à éduquer dans les classes les cons et les fils de cons qui viendraient après lui et sont allés à de nouvelles guerres
atomiquement réglementées,
je crois qu’il y a un état où le guerrier
la gueule trouée
et mort, reste là
il continue à se battre
et à avancer,
il n’est pas mort,
il avance pour l’éternité.
Mais qui en voudrait
sauf moi ?
Et moi, qu’il vienne celui qui me trouera la gueule
je l’attends. -
graindorge
InvitéUn épithalame du grand ami Georges Perec
Ce petit poème
où l’on a mis seulement des mots simples
des mots comme camomille et manche à balai
comme bête à bon dieu et sauce béchamel
comme banana split et nonchalance
et pas des mots comme palimpseste, pechblende, cumulo-nimbus, décalcomanie, stéthoscope, mâchicoulis ou anticonstitutionnellement
a été composé spécialement
à l’occasion de ces épousaillesCe texte de circonstance
dans lequel il n’a été question
ni de nue accablante
ni de basse de basalte
ni d’aboli bibelot d’inanité sonore
ni de bête à bon dieu
ni de la souterraine locuste
ni de la Constitution de Quarante-huit
a été écrit à l’occasion de ces accordailles -
graindorge
InvitéLe poète fait un retour métapoétique ou métatextuel. Il qualifie son texte de « petit poème » et de « texte de circonstance » selon les alphabets, ce qui résume bien le genre. Banana split était aussi le titre d’une revue de poésie en février 1980, et où il publiera un texte sur Roubaud27.
L’auteur donne une liste de mots, simples, renvoyant à la vie quotidienne puis complexes, de « grands mots », dont le mot réputé le plus long de la langue française. En usant de la ruse de la prétérition, il réussi à « placer » des mots obéissant à la contrainte qu’il avait rassemblés et qu’il n’avait pu faire entrer dans des phrases douées de sens. D’où cet assemblage hétérogène.
Les correspondances peuvent être reconnues, entre « cumulo-nimbus » et « nue accablante », entre « pechblende » et « basalte », entre « anticonstitutionnellement » et « constitution de Quarante-huit », entre « épousailles » et « accordailles », au prix d’un glissement de sens.
Le poème dédié à Jacques Roubaud laisse tomber les mots simples aux référents du quotidien. Il comporte surtout, de la même façon négative, des allusions à deux poèmes très connus de Mallarmé, à savoir le petit sonnet : « À la nue accablante tu, / Basse de basalte et de laves », et le sonnet dit « en x » (une lettre remarquable du prénom Alix) dont est cité le célèbre vers « Aboli bibelot d’inanité sonore ».
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graindorge
InvitéÊtre ange
Être ange
C’est étrange
Dit l’ange
Être âne
C’est étrâne
Dit l’âne
Cela ne veut rien dire
Dit l’ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
Étrâne est plus étrange qu’étrange
Dit l’âne
Étrange est
Dit l’ange en tapant des pieds
Étranger vous-même
Dit l’âne
Et il s’envole— Jacques Prévert (1900-1977)
Paroles-
graindorge
InvitéCarnages
Quel poids ont les paroles
Un sourire la colombe
Quand les monstres s’affublent
Du visage des humains ?Quelle dérision d’écrire
Quand les carnages s’enchaînent
Et qu’hurlent dans nos ventres
Les enfants égorgés ?(Andrée Chedid)
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Claire N
Invité -
Claire N
Invité -
Claire N
Invité -
Claire N
Invité -
K. comme mon Code
Invité -
K. comme mon Code
Invité- Je comprends pas ?
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Carpentier
InvitéSuivre déviation
C’est pas
De la guimauve
De la ferraille
De la joncaille
Du crack
Du papier mâché
Des instruments d’époque
De la petite bière
Du haut débit
Du tout cuitTissu imprimé motif floraux
Faux plat
Rognures d’ongles
Regard d’aigle
Plan de travail
– Tu y crois ?Faut sortir
Liesse
Lazzis
La retouche volontaire
La retouche réflexe
Lèvres au doux parler
Fantaisies
Folles vitesses
Étincelante blancheurTu cours après Pinocchio
Ton doigt dans l’œil !
Parfois trancher dans le vif
Bocfil
Faucille
Fendoir
SerpetteEmporte-pièce
La vie est à nous
Petite souris
Musique additionnelle
Tabac à rouler
Bleu de travail
Tour de cadran
Fin d’un monde
Radicelles
Ne criez pas
Portrait d’un calao
La fourrure du raton laveur
Flou des parenthèsesTu chantes
Tu hurles
Tu t’y retrouvesAu vent mauvais
Des jambes de rêve
Ça balance
Des phrases
Pneumatiques
Gerbilles
Mes amoursBas bruit
Les choses par leur nom
Forte subito
Désaccordé
InterrompuPartout ailleurs
Toujours nomadeDaniel Pozner
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..Graindorge
Invité« Boire », de Gabriela Mistral, extrait du recueil D’amour et de désolation, traduit de l’espagnol par Claude Couffon (ELA/La Différence 1988).
Je me souviens des gestes
et c’était pour me donner de l’eau.
Dans la vallée du Rio Blanco,
où prend naissance l’Aconcagua, je vins boire,
je bondis boire dans le fouet d’une cascade,
qui tombait chevelue et dure et se rompait rigide et blanche.
Je collai ma bouche aux remous, et cette eau sainte me brûlait,
trois jours durant ma bouche saigna de cette gorgée d’Aconcagua.Dans les terres de Mitla, un jour
de cigales, de soleil, de marche,
me penchai sur un puits, un indien
vint me soutenir dessus l’eau, et mon visage,comme un fruit,
était dans le creux de ses paumes.
Et je buvais ce qu’il buvait,
c’était sa face avec ma face,
et dans un éclair je sus que
la chair de Mitla était ma race.Dans l’île de Porto-Rico,
lors de la sieste emplie de bleu,
mon corps paisible, les vagues folles,
et comme cent mères les palmes,
une fillette, par jeu, rompit
près de ma bouche un coco d’eau,
et moi je bus, comme une enfant,
cette eau de mère, cette eau de palme.
Tant de douceur jamais n’ai bue
ni de mon corps ni de mon âme.À la maison de mes enfances
ma mère m’apportait de l’eau.
Entre gorgée et autre gorgée
je la voyais dessus la jarre.
Plus la tête se relevait
et plus la jarre s’abaissait.
Cette vallée, je l’ai toujours,
et j’ai ma soif et son regard.Ce serait là l’éternité qu’encore
nous sommes comme nous étions.Je me souviens des gestes
et c’étaient gestes pour me donner de l’eau.
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