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Accueil Forums Forum général Partage de poèmes 2

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  • Auteur
    Messages
    • #57544 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Une rivière d’été que l’on traverse
      Comme c’est agréable
      Avec des sandales dans les mains!
      Yosa Buson ( 1716 – 1784) maître poète et peintre du Haïku

    • #57547 Répondre
      Claire N
      Invité

      Merci Graindorge, je suis assez bluffée par la puissance évocatrice de ces courtes phrases
      La non évocation du corps en tant que sujet en préférant rivière, la sensation des pieds nus en affirmant les sandales dans les mains y sont peut-être pour beaucoup

    • #57549 Répondre
      Claire N
      Invité

      J’aime bien cette façon de neutraliser le je pour laisser grand place aux éléments

    • #57557 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Du même chère Claire

      Courte nuit d’été.
      Une goutte de rosée
      Sur le dos d’une chenille velue

      • #57602 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        Celui là est moin spontanée dans son évocation
        Avec quelque chose qui tire vers la comptine , c’est amusant

        • #57654 Répondre
          graindorge
          Invité

          pas eu la même réception mais oui, c’est mimi une comptine avec une chenille velue

    • #57686 Répondre
      graindorge
      Invité

      Nikola Vaptsarov Poète et Prolétaire bulgare. Abattu par les nazis le 23 juillet 1942. Il avait 33 ans.
      Foi
      Voilà – je respire,
      je travaille, je vis
      et j’écris des vers
      (à ma façon).
      La vie et moi, en fronçant les sourcils,
      nous nous mesurons du regard
      et je lutte avec elle
      autant que je le puis.
      Avec la vie nous sommes aux prises,
      mais ne va pas croire, pas croire
      que je hais la vie.
      Au contraire, au contraire!
      Même si j’allais mourir,
      la vie, avec sa brutale
      poigne d’acier
      je l’aimerais quand même!
      Je l’aimerais quand même!
      Supposons qu’à présent on me passe au cou
      la corde
      et qu’on me demande
      « Dis, veux-tu vivre une heure encore? »
      Aussitôt je crierais:
      « Enlevez!
      Enlevez!
      Enlevez plus vite
      la corde, scélérats! »
      Pour elle – La Vie –
      j’aurais tout fait.
      J’aurais volé
      sur un appareil d’essai dans le ciel,
      je serais entré dans une fusée
      explosive, tout seul,
      j’aurais cherché
      dans l’espace
      une inaccessible
      planète.
      J’éprouverais du moins
      l’agréable frisson
      de voir comment
      là-haut
      le ciel est bleu.
      J’éprouverais du moins
      l’agréable frisson
      de vivre encore,
      d’ avoir encore à vivre.
      Mais voilà, supposons
      que vous preniez – Combien? –
      rien qu’un grain
      de ma foi,
      alors je hurlerais
      je hurlerais de douleur
      comme une panthère
      blessée à mort.
      Alors, de moi
      que me resterait-il?
      Dès après ce pillage
      je serais désemparé.
      Et plus clairement
      et plus exactement encore.
      Dès après ce pillage
      je ne serais plus rien.
      Peut-être voulez-vous
      l’abattre,
      ma foi en des jours heureux,
      ma foi en demain
      qui fera la vie plus belle,
      plus pleine de sagesse?
      Et comment l’attaqueriez-vous, s’il vous
      plaît?
      Avec des balles?
      Non! Déplacé!
      Pas la peine! – Cela ne vaut rien! –
      Elle est cuirassée
      solidement dans ma poitrine
      et les balles pouvant percer
      son armure
      ne sont pas inventées!
      Ne sont pas inventées!

      • #57696 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je comprends pas ce poème Graindorge
        Pourquoi la foi et l’amour de la vie sont découplés m’échappe ? J’y vois une idéalisation de la vie- la mal aimée- plus que de la foi dans la seconde partie alors que j’aime « Même si j’allais mourir,
        la vie, avec sa brutale
        poigne d’acier
        je l’aimerais quand même! »
        Quelque chose de ce poète m’échappe j’ai l’impression d’un clivage ?

        • #57706 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Ce poème m’a attrapée. Je n’en sais pas plus

    • #58105 Répondre
      Nox
      Invité

      Le matin s’approche
      On devine le soleil
      Mais on ne le voit pas
      En s’endormant à l’aube

    • #58108 Répondre
      riviere
      Invité

      Observer son insomnie
      Est une drôle d’expérience
      Déceler sa face brillante
      Du temps silencieux en plus
      Quand tout le monde dort
      Sauf les insectes et les hiboux
      Et toi qui veilles

    • #58110 Répondre
      nefa
      Invité

      Le vent passe, avide, tente de savoir. Le vent, pendant la nuit, qui vient te questionner. Pendant la nuit. La nuit. L’obscurité. La nuit tel un voile. Tel un petit sac de toile, qui t’enveloppe et à l’intérieur duquel, tu demeures. La nuit distante de ce que le vent se figure de toi. Mais la nuit est fine, souple et généreuse. Il est aisé au vent de deviner la nature de ce qu’elle dissimule. En te frôlant avec légèreté, le vent lit cette matière solide, comme du bois, dont tu es vêtu. Sous la pression plus forte du pouce et de l’index, il découvre ta condition fragile, tes dispositions à éclore. A te montrer. Et si, alors, à force de va-et-vient, le vent fabriquait ta rugosité. S’il te triturait pour la raison qu’il décèle, entre la nuit et toi, ce lien, une complicité. Toi qui joues avec la nuit. Toi qui mimes la nuit, faisant ta coquille, pour la raison que, derrière tes divertissements, dessous ta coque, le vent te conçoit, ronde comme un fruit, parce que c’est plus fort que lui, parce qu’il doit, toi, voix sucrée de mille ans dispersés, t’accoucher au matin.

    • #58187 Répondre
      Claire N
      Invité

      Oui avant l’aube
      Juste avant que les bruyants martèlent le temps
      Le talonne et l’aiguille pour à leur pas l’obliger à passer

    • #58317 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bourrasques d’été
      Les nappes de papier blanc
      Sur la table
      Volent

      Yosa Buson

      • #58325 Répondre
        Papo2ooo
        Invité

        Je m’étais jamais aperçu avant que le V de « volent », forme comme la représentation schématique d’un oiseau en vol
        C’est peut être simplement un hasard de trad, mais ça m’a frappé au dernier vers de ce poème qui parait s’envoler à la fin.

        • #58327 Répondre
          Claire N
          Invité

          Oui , ça fait penser aux pictogrammes
          Et en passant puisque tu t’intéresses à l’écriture
          As tu remarqué cette formidable particularité de l’écrit : lorsqu’on a appris à lire il est impossible de regarder une phrase sans la lire ; on ne peut plus s’empêcher – un peu comme si c’était un sens à part entière ?

          • #58329 Répondre
            Papo2ooo
            Invité

            @nefa: merci
            @Claire: Oui, tiens, tu as raison. Et effectivement on pourrait dire de même pour les autres sens, qui en dehors d’un effort d’attention spécifique (en tous cas chez moi) fonctionnent habituellement par bloc – bloc de signification ou de sensation.
            On ne voit plus si nettement détails « morphologiques » et autres spécificités de l’objet, mais on a tendance à le prendre par gros morceaux bien formés.
            L’art, entre autres, permet peut être parfois de regarder de plus près.

            • #58330 Répondre
              Papo2ooo
              Invité

              (pas sûr d’avoir répondu à ta remarque, désolé si j’ai dévié)

              • #58331 Répondre
                Claire N
                Invité

                « bloc de signification ou de sensation. »
                Oui , effectivement on se rapproche de la « mise en forme « 

                • #58332 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Avec l’art , peut être qu’on ressent mieux la mise en forme de ses «  blocs « fond/ forme

                  • #58344 Répondre
                    Papo2ooo
                    Invité

                    Oui, je pense, « en taillant un monde dans le monde », comme nous disait notre moniteur de surf, on finit peut être par chercher des couplages entre la matière artistique/code (forme?) et la matière du réel (fond ?), rendant plus sensible à l’un comme à l’autre (ou pas).
                    Je viens de capter je crois, pourquoi y a cette impression d’envol au dernier vers.
                    L’impression que ça tient aussi à la « morphologie » du mot volent, qui s’ouvrent en grand sur la voyelle O, et glissent doucement sur le l (quand on le prononce ou l’entend), ça plus la brièveté du vers, seul composé de volent, et rendu du même coup léger et animal lol
                    On peut difficilement faire plus simple, bien disposé, le mot vol vole.
                    .

                    • #58345 Répondre
                      Papo2ooo
                      Invité

                      -> remplacer « morphologie » par « phonétique »
                      Je suis nul en linguistique, donc je laisse comme ça en joignant les mains.

                    • #58347 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Oui et juste avant vol
                      – le « take off » : table

        • #58328 Répondre
          nefa
          Invité

          Et avec un « v » plat :
          Un drap même de qualité moyenne sèche d’autant plus facilement qu’il est étendu simplement, sans pince, à même un fil. Contrairement aux assaisonnements de salade auxquels on ne peut s’empêcher de rajouter du poivre ou du piment, qui, tels des posts malsains sur un fil twitter, accroissent les plaies sur la paroi de mon estomac, le tissu n’en gardera qu’une trace, une seule strie considérée comme posant le principe d’un geste inaugurale et cohérent à la tâche qui consiste à le plier afin de le ranger.

          • #58668 Répondre
            Claire N
            Invité

            C’est vrai que la pâte grâce de l’assaisonnement
            Rend la matière textuelle indigeste ; un liant n’est pas un tissage
            Je viens seulement de capter que tu te referais à la matière textuelle ( enfin c’est ce que j’en ai perçu )

        • #58340 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          … »le V de Volent qui paraît s’envoler à la fin… »très joli!
          Et il s’envole avec le Y du prénom du poète dans les bourrasques d’été.. V Y

    • #58455 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Les pruniers éphémères
      Dans l’immensité bleue
      C’ est une marée rose
      Kobayashi Issa

    • #58662 Répondre
      graindorge
      Invité

      « Je ne crains pas qu’on me piétine.
      Une fois piétinée, l’herbe devient sentier… »
      Blaga Dimitrova, poète bulgare
      Ci-dessous, un poème extrait de son recueil « La Mer interdite »

      VERDICT

      Tu es condamné
      à toujours débuter
      jusqu’à ta fin.

      Pour toi l’amour
      est la soudaine découverte
      d’une autre vie.

      Et chaque nouveau printemps
      est pour toi création sans précédent
      d’un monde.

      Et la route est dès lors
      départ hardi sans expérience
      et sans bagage.

      Et chaque feuille blanche
      est écriture douloureuse
      de ton premier vers.

      Pour toi la mort aussi
      sera un commencement.
      Mais de quoi ?
      Traduction de V. Ionova

    • #58692 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Couvert de papillons
      L’arbre mort
      Est en fleurs

      Kobayashi Issa

    • #59665 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      …Stop and consider! life is but a day;
      A fragile dew-drop on its perilous way
      From a tree’s summit; a poor Indian sleep
      While his boat hastens to the monstrous steep…
      John Keats
      « Arrête-toi et réfléchis ! La vie est juste un jour;
      Fragile goutte de rosée dans une chute périlleuse
      Du sommet d’un arbre;
      un indien pauvre dort
      Pendant que sa barque file vers le monstrueux plongeon… »

    • #67459 Répondre
      graindorge
      Invité

      Sans que personne ne lui demande quoi que ce soit, PeggySlam, après avoir choisi de ne pas partager publiquementson recueil de poèmes  » Entre chair et murs », vient de proposer d’en partager deux, « les moins personnels ». Pour la présentation, elle aurait été mieux servie par quelqu’un.e qui sait se servir des nouvelles possibilités de ce site: espaces, italiques, caractères gras etc… Ce n’est pas bien grave.
      le deuxième, demain.

      Entre Quatre Murs

      Entre quatre murs, des paupières bougeaient, des poumons respiraient, et pourtant personne ne savait que
      j’existais ici. Je voyais le jour se lever comme la nuit qui se couche. J’aimais voir les étoiles briller car elles me
      rappelaient que j’existais même si ce n’était qu’entre quatre murs…
      Je restais là, les yeux fermés, allongée, les mains croisées derrière ma nuque, je soupirai. Encore à moitié
      dans mon sommeil, je me redressai. Mon corps était lourd et humide comme une pierre. Pour retrouver mon éveil
      vers la surface de la vie, je plongeai mes orbites dans mes paumes. D’un coup, un nuage d’étoiles surgit de mes
      yeux. Je levai la tête et m’aperçus que je m’étais endormi sur mon divan devant la télévision, comme souvent. Je me
      servais d’elle comme d’une compagnie qui m’aidait à tuer le temps de mes longues nuits de solitude, à immoler ce
      silence, et pour ne pas perdre contact avec le monde. Je pris la télécommande et l’éteignis. D’un coup, tout devint
      silencieux dans mon appartement dressé dans un quelconque immeuble et dans une quelconque rue de ma ville.
      .Sous mes paumes, mes poumons respiraient, libres comme l’air. Les poings fermés le long de mon buste je
      m’en aidai pour me lever. Après à peine quelques pas sur le plancher, je sentais mon air m’abandonner.
      Je me dirigeai vers la salle de bain en traînassant ce sac d’os qui était mon corps. L’idée de devoir me laver
      me mis de mauvaise humeur car je n’aimais pas me décrasser. Tout est fait de bactéries. Ces bactéries sont là,
      incrustées dans ma peau, et je sais que jamais elles ne disparaîtront. Alors je faisais le strict minimum : deux fois par
      semaine pendant que le soleil dormait encore.
      Comme sous une averse de pluie, je laissais mon corps se tremper aux gouttes de la torture. La chaleur du
      liquide envahissait mes veines et les membres de mon corps. Puis la vapeur m’aveugla. Malgré mon corps imbibé,
      je sentais toujours ces bactéries incrustées dans ma peau. Vaincue par ces bêtes minuscules, je finis par sortir.
      J’attrapai une serviette puis l’entourai autour de ma taille, et je m’arrêtais devant le petit miroir accroché au dessus
      du lavabo.
      Mon visage s’y refléta, je voyais déjà les rides que la vie m’avait faites malgré mes quelques vingtaines
      d’années de vaincues. Je sculptai d’une main mon visage et je vis la maigreur squelettique que faisait ressortir ma
      face. A bout de mes doigts, je flairais mes os qui se voyaient même à travers ma peau. Ma peau était d’un blanc pâle
      vif, mes yeux avaient un regard profond et vide. Putain de visage je te hais. Toi même tu ne me parles plus. Seule la
      laideur brille quand notre regard se croise. Vraiment, je te haie.

      L’ aube devenait de plus en plus clair, je devinai que la ville se réveillait peu à peu. Même si je m’étais
      éloigné d’elle, je pouvais la sentir.
      Elle, qui était si libre et qui me rendait si vulnérable.
      Elle, qui baignait dans l’ivresse de la folie de l’Homme.
      Elle, qui me terrifiait.
      Elle, où chaque jour qui se levait était un jour à vaincre.
      Elle, qui envoyait cette odeur d’essence que je flairais.
      Elle, dont les murs des bâtiments étaient des forteresses de pierre armées de béton.

      Tout était petit dans mon intérieur de solitude. Je détestais les grands espaces, car il n’y avait rien de tel
      pour me faire perdre mes repères. Là, il y avait ce qu’il me fallait : un vieux divan installé devant la télévision dans
      un petit salon où seul les murs me rappelaient que seul le temps est immortel, une salle de bain qui pour moi était
      l’enfer et une cuisine pour me nourrir du peu que je pouvais avaler.
      En effet, sans l’avoir vécu, je me nourrissais tel un enfant de guerre. Bien que celle d’Hitler m’aurait été
      fatal car j’aurais survécu à peine quelques heures au milieu de sa guerre. On m’aurait tué entre quatre murs lors des
      expériences scientifiques où le premier souffle de la mort m’aurait fauché, laissant s’éparpiller au sol la poussière de
      mes os. Mais si je voulais tenir debout à long terme, il fallait bien que je me nourrisse. Ma nourriture était juste du
      pain, de l’eau du robinet, des boîtes de conserve. Seul luxe : le sucre de mes sodas.
      Sur mes murs des visages y étaient agglutinés. Des sourires, des regards, des hommes, des vieillards, des
      mômes, des femmes… Une lueur de vie. Une peine au fond d’une orbite. Une coulée de larme cachée sous l’encre
      du papier. Ils m’étaient tous inconnus mais ils semblaient bien exister. Ils étaient tous là, immobiles et silencieux.
      Moi face à eux, leurs regards dans le mien. Il fallait que je me sente vivante et ils me le rendaient ainsi. Mais mes
      murs finissaient par manquer d’espace et m’étouffaient. Alors une haine se mettait à couler dans mes veines et d’un
      trait rouge – Rouge comme le sang. Rouge comme la haine. – je barrai leurs yeux car un visage sans regard
      n’existait plus selon ma loi. Il était comme mort.
      Les paupières fermées, je me tenais là debout au centre de ma solitude. Et il y avait toujours ces mots qui
      tournaient dans mon cerveau.
      Je respire. Je pense. Je suis encore vivante.
      J’ouvris mes paupières, mes murs étaient toujours là.

    • #67487 Répondre
      graindorge
      Invité

      « L’idée de devoir me laver
      me mis de mauvaise humeur car je n’aimais pas me décrasser. Tout est fait de bactéries. Ces bactéries sont là,
      incrustées dans ma peau, et je sais que jamais elles ne disparaîtront. Alors je faisais le strict minimum : deux fois par
      semaine pendant que le soleil dormait encore. »
      Ça m’a fait rire aux éclats! Et ayant eu la joie d’avoir lu tous les textes/poèmes de Entre chair et Murs, je peux dire PeggySlam que tu n’es pas dénuée d’humour! Tes coups de pied bien sentis dans une bagnole qui te gênait sur ton chemin, ta joie d’y avoir laissé les empreintes de tes chaussures… BENE!
      Tu n’as pas écrit pour faire beau mais pour crier. Ça fait du bien aussi.
      Guerrière tu es, guerrière tu restes!

    • #67541 Répondre
      Claire N
      Invité

      « Seule la
      laideur brille quand notre regard se croise. Vraiment, je te haie »
      Sacrée allonge Peggy
      Merci Graindorge pour le relais

    • #67559 Répondre
      Oscar Spielmann
      Invité

      J’attends impatiemment le deuxième ! 🙂

    • #67562 Répondre
      Nox
      Invité

      Les yeux insomniaques
      Échappent à l’aube

      • #67564 Répondre
        Riviere
        Invité

        Yeux ouverts dormez dans la lumière.

    • #67563 Répondre
      Oscar Spielmann
      Invité

      « je barrai leurs yeux car un visage sans regard
      n’existait plus selon ma loi. Il était comme mort.
      Les paupières fermées, je me tenais là debout au centre de ma solitude. »

    • #67582 Répondre
      nefa
      Invité

      Pas de chichi, Peggy,
      du brut.
      Et je ne peux pas m’empêcher de penser à Triste Tigre.
      « je flairais mes os qui se voyaient même à travers ma peau » 
      cette peau
      méchamment naïve
      sans contrôle possible

      • #67585 Répondre
        Jeanne
        Invité

        « Au-delà du bien et du mal, il existe un champ. C’est là que je te retrouverai ».
        Rumi (poète soufi du 13ème siècle).

    • #67669 Répondre
      Nox
      Invité

      L’averse
      La foudre
      Dans le noir
      Vers la fin
      De l’été

    • #67875 Répondre
      graindorge
      Invité

      Poème nº 2 de PeggySlam « je me souviens »

      Je me souviens de ce matin là où une lumière éclatante m’a réveillé. Je me souviens de cette lumière qui
      était de couleur blanche et que mes yeux en souffraient tellement qu’elle était forte. Je me souviens
      d’avoir frotté mes paupières avec mes petits poings d’enfant. Je me souviens d’avoir vu cette vielle femme
      couché sur le sol de ma chambre. Elle était recouverte d’une chemise blanche et se redressa pour venir
      vers moi comme si j’étais son enfant. Je me souviens de ses longs cheveux qui glissaient jusqu’à ses
      épaules. Je me souviens de ces ailes en bois qui étaient accrochés à son dos comme si elle était l’ange
      déchu éternel de Dieu.

      Je me souviens de ce visage triste et ridé et qui pourtant me souriait. Je me souviens de ses yeux clairs
      remplis d’étoiles qui brillaient comme celles du ciel. Je me souviens de sa peau remplis de ses traits qui
      exprimaient la vieillesse. Je me souviens que j’avais peur et que pourtant je restais là sur mon lit à la
      regarder. Je me souviens d’avoir vu ses pieds et qui étaient nus. Je me souviens qu’elle s’est approchée de
      moi et m’a tendu la main. Je me souviens qu’elle m’a emmené vers une femme et qui en faite était ma
      mère. On était dans la cuisine et on se regardait en se souriant. Puis j’ai vu ma mère me tendre un morceau
      de pain tartiné de chocolat. Je me souviens que mon regard s’est dirigé vers la fenêtre où je pouvais voir le
      jardin s’y refléter. Je me souviens d’y avoir vu une balançoire que mon père avait bâti de ses propres
      mains pour mon frère et moi. Je me souviens que c’était le jour où j’ai pris conscience que j‘existais. Je
      me souviens de m’être retournée et que cette vielle dame était parti. Je me souviens d’être allé dans le
      jardin et d’y avoir vu mon frère pas plus haut que trois pommes et qui se tenait près de la balançoire. On
      s’est souris et on a commencé à jouer sans se soucier de rien comme si le monde et le temps nous
      appartenaient.

      Je me souviens de ce jardin qui s’étendait devant mon frère et moi. Je me souviens de ces bruits de coqs et
      de poules qui crissaient autour de nous. Je me souviens de cette verdure sauvage qui remplissait notre
      jardin et les alentours. Je me souviens de cette journée finie dans une nuit fraîche et qui nous apaiser pour
      bien dormir. Je me souviens de ce lendemain où tout était redevenu comme si de rien n’avait été.

      Etait ce un rêve ou un souvenir, jamais je ne le saurais mais une chose est sur est que

      Je me souviens de ces matins où nous devons aller à l’école. Je me souviens de ce tas de ferraille à quatre
      roues et qui pourtant marchait toujours et nous emportait vers cet endroit qui deviendra très vite mon pire
      ennemi. Je me souviens de ces longues journées assis sur un banc de la cour de l’école et que j’attendais
      que quelqu’un s’approche de moi et me tendit ses mains. Après quelques jours, se fut le cas, mais c’était
      pour m’offrir deux baffes sur mes joues. Je me souviens que je n’avais pas compris pourquoi il m’avait
      fait ça.

      Je me souviens de ces souvenirs comme s’ils étaient lointains alors qu’ils font partis de mon enfance et
      qu’elle n’est encore pas si loin. Je me souviens de cette adolescence approché à grand pas. Je me souviens
      de cette différence qui commençait à se dessiner sur mon visage. Je me souviens qu’on me l’avais pas dis
      que je portais une différence mais qu’on me l’a fait comprendre en me mettant à part des autres, et en
      m’offrant ces deux baffes sur mes joues.

      Je me souviens de mes premiers pleurs, des mes premières colères face à ce que je vivais. Il est vrai qu’il
      est plus facile de se rappeler des mauvais souvenirs car les rêves sont là pour ne pas les oublier. Je me
      souviens des premiers coups de gueule contre mes camarades de classe car ils riaient de ma laideur et que
      j’étais devenue l’enfant pas beau d’Alain Souchon. Je me souviens de ces anniversaires passés parfois
      sans amis. Je me souviens de mon p’tit frère essayant de me défendre à l’école contre mes ennemis mais
      perdait le plus souvent à cause de sa petite taille.

      Je me souviens de mes ratages d’exams de fin de premier cycle et de second cycle. Je me souviens de
      quelques éclats de rire et de liens d’amitié même s’ils fussent peu nombreux.
      Je me souviens qu’on m’a raconté des miracles de Dieux auxquels je n’y ai jamais cru. Comme du genre
      lèves toi et marche, quelles règles ridicules, puisqu’il y en a qui sont coincé entre un cœur et deux
      poumons mal foutus et ne peuvent guère marcher. Je me souviens de ces messes de Noël à la chapelle de
      mon école, et ces profs qui chantaient comme des pieds et nous faisaient bien rire. Je me souviens cette
      enfance et cette adolescence passées à grande allure et me voilà déjà adulte.

      Je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand mère vomissant dans une bassine à cause de sa
      leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette
      maladie pour qu’elle évite d’aller au ciel trop tôt.
      Je me souviens de ses coups de souffrance comme ses coups de joie. Je me souviens de nos passages
      obligatoires pour aller manger sa fameuses tartes aux framboises dont les fruits venaient de son jardin, et
      qu’elle nous laissait le reste pour aller les chercher et nous les partager.
      Je me souviens qu’elle n’aimait pas les nègres et ni les arabes. Je me souviens qu’elle ne voulait jamais
      sortir de sa cuisine car c’était là où elle se sentait encore en vie celui qu’elle avait aimé et qu’elle aimait
      toujours.

      Je pourrais sortir des millions je me souviens venant de mes souvenirs, car chaque jour est un jour
      passé et devient un souvenir dès le lendemain, mais la vie continue son cours et continuera jusqu’à mon
      dernier souffle.

    • #68207 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      PeggySlam
      Ton souffle dans Entre 4 murs « …sous mes paumes, je sentais mes poumons libres comme l’air… » et « …après à peine quelques pas sur le plancher, je sentais mon air m’abandonner »..
      Dans Je me souviens, le mystère de cette vieille dame  » comme si elle était l’ange déchu éternel de Dieu »…
      « je me souviens des derniers jours de mon arrière-grand-mère vomissant dans une bassine à cause de sa leucémie. Je me souviens qu’elle était sensible et que nous lui avons jamais dit qu’elle portait cette maladie ( porter une maladie) POUR QU’ELLE ÉVITE D’ALLER AU CIEL TROP TÔT… » Comme si le savoir l’aurait fait mourir de chagrin
      Ben merci PeggySlam Des bises

    • #68777 Répondre
      graindorge
      Invité

      J’aime ces doux oiseaux… Jules Verne

      J’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air
      Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair,
      Qui s’envolent ensemble !
      J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin,
      Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
      Qui d’enivrement tremble !

      J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
      Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
      Qui s’éveillent dans l’âme !
      J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas,
      Qui me presse la main, et me donne tout bas
      Pour les maux un dictame !

      J’aime du triste saule, au soir muet du jour,
      La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour,
      Qui se penche et qui pense !
      J’aime la main de Dieu, laissant sur notre coeur
      Tomber en souriant cette amoureuse fleur
      Qu’on nomme l’espérance !

      J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
      Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
      Une triste harmonie !
      J’aime seule écouter le langage des cieux
      Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux
      De soleil et de vie.

      J’aime aux bords de la mer, regardant le ciel bleu,
      Qui renferme en son sein la puissance de Dieu,
      M’asseoir toute pensive !
      J’aime à suivre parfois en des rêves dorés
      Mon âme qui va perdre en des flots azurés
      Sa pensée inactive !

      J’aime l’effort secret du coeur, qui doucement
      S’agite, la pensée au doux tressaillement,
      Que l’on sent en soi-même !
      Mieux que l’arbre, l’oiseau, la fleur qui plaît aux yeux,
      Le saule tout en pleurs, l’espérance des Cieux…
      J’aime celui qui m’aime.

    • #70062 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Merci les gens pour vos retours qui me touchent !!!! je pense que j’en mettrai encore un ou deux. Encore merci pour vos mots !

    • #70083 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Murs de mémoire, le texte le plus engagé que j’ai écris. Un texte qui répond à François Hollande lors de sa campagne présidentielle que l’Histoire de la France elle n’est pas barbare elle est meurtrie et ça m’a choqué du coup je lui ai répondu par ce texte qui m’a suivi jusqu’à ma dernière scène en 2018 à Chicago. C’est sur ça ne vas plaire à tout le monde et pourtant je trouve un des plus abouti. Merci pour votre lecture et retour.

      —–

      Murs De Mémoire

      Parce qu’il est si important de garder sa liberté d’opinion pour faire face aux médias et à la politique qui veulent
      influencer et formater nos pensées et nos écrits, alors je sors mes maux de leur silence et les balance à la sueur de
      l’encre de ma plume pour ne pas que mes poings se fracassent sur le bitume de mes murs.
      Parce qu’à l’époque des Misérables, j’étais une sans papier. Parce qu’à la première guerre mondiale on nous
      surnommait les gueules cassées. Et à la seconde, on nous déportés et exterminés. Malgré des millions d’invalides de
      ces deux guerres, nos droits auront été écrits seulement en 1975 dans la déclaration des Droits de l’Homme, en nous
      tendant ce H comme notre nouvelle Hidentité.
      Parce qu’un 13 Juillet 2008 sous l’emprise de la police, certains de mes frères protestaient à une AAH moins
      humiliante pour pouvoir juste y parvenir. Parce que ces murs d’assemblée sont trop souvent vides lorsqu’il faut
      parler de nos droits. Parce qu’un jour crois moi, nous le brûlerons ce H au nom de notre dignité et nos cicatrices
      seront la lumière de notre Liberté.
      Parce que l’Homme a perdu ses repères qu’il cherche à reconquérir son identité. Cependant sur quelles valeurs doit-il
      se reposer ? Est-ce portant une étoile près du cœur ou s’attachant à ses origines ou à son Histoire ? Moi, quand je lis
      celle de mon pays je la trouve barbare, honteuse, et non meurtrie. A travers elle, j’ai vu des pages déchirées, des
      mémoires et des visages oubliés, des souffrances soumises au silence, des terres africaines et algériennes se laisser
      rougir par le sang, et j’ai vu… la folie et la haine vaincre l’Homme.
      Parce que certains rêvent d’embrasser ta terre, moi, comme plus d’un parmi les miens, je veux partir. Aller au delà de
      ces murs, au delà de ces frontières, au delà de ces horizons mais pour aller où ? Puisque mon avenir n’est plus qu’un
      souvenir, mes rêves se sont brisés comme une poussière ayant perdu son bras de fer contre le vent, ma route n’est
      qu’un vaste paysage sans fin et je n’ai pas d’autres racines que toi. Ma douleur, ma peur, mes pleurs… t’appartiennent.
      Parce que lorsque je flâne à la lueur de l’aube entre les rues de ma cité qui dort, je me sens comme étrangère face à
      tes valeurs républicaines. Parce que pas un seul soir, sans que je pense aux miens qui crèvent seuls jour après jour
      entre les murs de leurs murs, les murs de leur silence. La poussière d’os ça s’envole. Ceux là n’auront pas leur nom
      déposé sur des murs… de mémoire

      • #70102 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « Je sors mes maux de leur silence, et les balance à la sueur de l’encre de ma plume »
        I love you my dear PeggySlam

    • #70103 Répondre
      Leo Landru
      Invité

      Merci Peggyslam pour ces textes.

    • #70108 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Merci merci les copains !

    • #70117 Répondre
      lamartine
      Invité

      À la partie la plus gracieuse
      Guillaume Apollinaire
      .
      Toi qui regardes sans sourire
      Et de face en tournant le dos
      Tu me sembles un beau navire
      Voiles dehors… et quels dodos
      Promet cet édredon de neige
      Neige rose de Mézidon !
      Å Mars et Vénus, le reverrai-je
      Cet édredon de Cupidon ?
      Ô gracieuse et callipyge,
      Tous les culs sont de la Saint-Jean !
      Le tien leur fait vraiment la pige
      Déesse aux collines d’argent…
      D’argent qui serait de la crème
      Et des feuilles de rose aussi…
      Aussi, belle croupe je t’aime
      Et ta grâce est mon seul souci
      .
      Secteur des Hurlus, le 4 août 1915
      .
      Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

    • #70131 Répondre
      Alex
      Invité

      Le Greco
      .
      J’imagine parfois une chambre dans la pénombre
      Un petit radiateur électrique Un rideau rouge
      qui sent la vieille orange
      Un énorme matelas par terre
      Un fille aux longues jambes couvertes de taches
      de rousseur
      Sur le ventre et les yeux clos
      Un garçon à cheveux longs qui lui embrasse le dos
      La vierge dressée bien placée entre ses fesses
      qui se soulèvent à peine Et des dilatations
      Une odeur très forte
      J’imagine aussi les images
      qui fleurissent dans son cerveau et dans son nez
      L’étonnement dans la lune de l’amoureux
      .
      Roberto Bolaño – Poèmes

      • #70513 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Un petit radiateur électrique Un rideau rouge
        qui sent la vieille orange »
        Il est tellement précis dans sa manière d’immerger
        En un espace et si inattendu que ses trois éléments déclenchent une si palpable densité d’évocation
        Il m’impressionne

        • #70569 Répondre
          Alex
          Invité

          C’est drôle, c’est précisément les deux vers qui m’ont fait partager ce poème. Je le vois ce petit radiateur électrique, ce rideau rouge, je sens son odeur de vieille orange. Il m’impressionne aussi, c’est le mot, au sens strict qu’il me laisse des impressions.

          • #70604 Répondre
            Claire N
            Invité

            Voilà il nous rassemble sur le même terrain ; alors que l’évocation sensible de ce que nous y trouvons ne trouve pas d’aussi puissant terrain d’évocation ; c’est comme décrire un accord de musique et lui il comprend les touches qui vont former cela

            • #70615 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je tourne autour de cette formule
              Je me demande maintenant si ce n’est pas le «  qui sent «  dans son utilisation qui me touche tant
              Ce qui n’est pas franchement relatif aux éléments décrits
              Prend la double peau d’une évocation et d’une personne
              Je crois que le tour de force est la ?

              • #70616 Répondre
                Claire N
                Invité

                C’est une forme de réminiscence extrêmement particulière qu’il génère je trouve ; je crois qu’elle est l’exacte expression de ce qu’est une réminiscence au présent

                • #70684 Répondre
                  nefa
                  Invité

                  J’ai écouté ça
                  aimé sur Proust entre 11mn 25s et 18mn 30s
                  et pour Emile, une intervention sur l’autisme et le regard de Fernand Deligny
                  La mémoire

                  • #70685 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Merci Nefa !
                    Je me le garde pour des que j’ai repris du temps à mon emploi

                • #70789 Répondre
                  nefa
                  Invité

                  Sans le riff de Claire et le coup de cymbale magique d’Émile sur l’accent, ce qui suit est maigre.
                  .
                  Ma petite voisine, quatre vingt quatre ans, ne fonctionnait pas comme avant.
                  À tel point :
                  une photo, un vieil encensoir,
                  borne à quinze centimètres
                  – le temps et l’espace en sont friands –
                  ne tient plus au corps ;
                  devenue clef, comme on dit : « mot clef »,
                  sans que la sénile contrôle quoi que ce soit.
                  La « deuxième peau » du perçu frétille.
                  Bordeaux lui échoit
                  ainsi qu’une maison de jeunesse
                  et la térébenthine éprouvée en ouvrant ses fenêtre le matin du 11 juillet 1947.
                  Elle regardait bouillir la soupe.
                  J’aurais déduit que l’infirmière fut « absorbée »,
                  « réminiscence au présent »,
                  « oh la force ! ».
                  À ce moment, je suis absent.

                  • #70863 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    « Bordeaux lui échoit
                    ainsi qu’une maison de jeunesse
                    et la térébenthine éprouvée en ouvrant ses fenêtre le matin du 11 juillet 1947. »
                    J’aime beaucoup
                    Et ça m’a projeté Louane dans la tête
                    Je sais c’est de la variété
                    Mais elle me fait penser à Felicie dans compte d’été ; et j’aime bien comment elle parle de la mémoire Jour 1 celui qui revient

                    • #70864 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      D’hiver

              • #71371 Répondre
                Alex
                Invité

                « Prend la double peau d’une évocation et d’une personne »
                Tout juste. Et peut-être aussi tout simplement le fait d’y avoir consacré un vers. Le vers est strictement « qui sent la vieille orange ». On sait que c’est le rideau rouge qui sent la vieille orange, mais le fait de le séparer semble accentuer l’évocation. Car c’est tout compte fait vraiment ce vers qui chipote, qui attrape.

      • #70524 Répondre
        nefa
        Invité

        Bâtir en trois jours
        miracle domestique
        usage détourné
        petite statuette
        trois temples
        trois encens

    • #70205 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Le discours sur la paix
      Vers la fin d’un discours
      extrêmement important
      le grand homme d’État, trébuchant
      sur une belle phrase creuse
      tombe dedans
      et désemparé, la bouche grande ouverte,
      haletant, montre les dents
      et la carie dentaire
      de ses pacifiques raisonnements
      met à vif le nerf de la guerre :
      la délicate question d’argent.

      Jacques Prévert

    • #70570 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      New York Adress, Linda Gregg

      The sun had just gone out
      and I was walking three miles to get home.
      I wanted to die.
      I couldn’t think of words and I had no future
      and I was coming down hard on everything.
      My walk was terrible.
      I didn’t seem to have a heat at all
      and my whole past seemed filled up.
      So I started answering all the questions
      regardless of consequence:
      Yes I hate dark. No I love light. Yes I won’t speak.
      No I will write. Yes I will breed. No I won’t love.
      Yes I will bless. No I won’t close. Yes I won’t give.
      Love is on the other side of the lake.
      It is painful because the dark makes you hear
      the water more. I accept all that.
      And that we are not allowed romance but only its distance.
      Having finished with it all, now I am not listening.
      I wait for the silence to resume.

    • #71310 Répondre
      ..Graindorge
      Invité
    • #71391 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      A mind forever voyaging through strange seas of thought, alone
      William Wordsworth

    • #71419 Répondre
      Carpentier
      Invité

      la musique comme un poème

      • #71456 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Mais oui! La musique comme un poème
        ¡Gracias amiga! Et cette chanson, je l’aime

        • #71482 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Découverte grâce au Maître des clefs d’ici, il en parle dans le podcast ‘la musique qui panse’, il y parle de fait surtout de MC Cartney pour les Beatles.
          Je méconnais leur album Revolver, il faut que je m’y consacre un peu.
          Pourtant, à la lecture de pas mal de posts d’ici – écrits par ceux/celles qui jugent les dits-inopportun.es dans ce forum – les réguliers déclics de mon revolver imaginaire font de moi une presqu’experte.
          .

    • #71500 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Je t’aime,
      Je t’aime d’une manière inexplicable,
      De nature inavouable,
      De façon contradictoire.

      Je t’aime…
      Avec mes états d’âmes qui sont nombreux,
      Et mes changements d’humeurs continuels
      Pour ce que tu sais déjà.
      Le temps, la vie, la mort.

      Je t’aime…
      Avec ce monde que je ne comprends pas,
      Avec ces gens qui ne saisissent rien,
      Avec l’ambivalence de mon âme,
      Avec l’incohérence de mes actes,
      Avec la fatalité du destin,
      Avec la conspiration du désir,
      Avec l’ambiguïté des faits.
      Même quand je dis que je ne t’aime pas, je t’aime.
      Même si je triche, je ne triche pas,
      Dans le fond, j’exécute un plan,
      Pour t’aimer encore mieux.

      Je t’aime…
      Sans réfléchir, inconsciemment,
      Déraisonnablement, spontanément,
      Involontairement, instinctivement,
      Par impulsion, irrationnellement.
      En effet, je n’ai pas d’arguments logiques,
      Même improvisés…
      Pour expliquer cet amour que je ressens pour toi,
      Qui a émergé mystérieusement de nulle part,
      Qui magiquement n’a pas été rien,
      Et qui miraculeusement, d’un peu, avec peu et rien
      a amélioré le pire qui était en moi.

      Je t’aime…
      Je t’aime avec un corps qui ne pense pas,
      avec un cœur qui ne raisonne pas,
      avec une tête qui ne coordonne pas.

      Je t’aime incompréhensiblement,
      Sans m’étonner de pourquoi je t’aime,
      Sans m’importer de pourquoi je t’aime,
      Sans me questionner de pourquoi je t’aime.

      Je t’aime,
      tout simplement parce que je t’aime,
      Même moi je ne sais pourquoi Je t’aime…!!!

      Pablo Neruda

    • #71700 Répondre
      ..Graindorge
      Invité
      • #73395 Répondre
        Carpentier
        Invité

        ok j’y suis
        😁
        lui ferait p’tête une tite place dans mon week-end CUM ☀️
        mais le délai ‘ d’un mois ‘ me semble plus adéquat
        à voir
        (merci)

    • #71702 Répondre
      ..Graindorge
      Invité
      • #71813 Répondre
        Carpentier
        Invité

        ok mais vraiment pas simple à lire/parcourir/dire
        comme souvent chez Samuel, ça porte bien son nom
        (tu me rappelleras d’écouter l’émission aussi, d’ici 1 mois? car là, du pain sur la planche)
        😘
        à +

    • #72046 Répondre
      graindorge
      Invité

      A la louange de la Charité Jean Racine
      Les Méchants m’ont vanté leurs mensonges frivoles :
      Mais je n’aime que les paroles
      De l’éternelle Vérité.
      Plein du feu divin qui m’inspire,
      Je consacre aujourd’hui ma Lyre
      A la céleste Charité.

      En vain je parlerais le langage des Anges.
      En vain, mon Dieu, de tes louanges
      Je remplirais tout l’Univers :
      Sans amour, ma gloire n’égale
      Que la gloire de la cymbale,
      Qui d’un vain bruit frappe les airs.

      Que sert à mon esprit de percer les abîmes
      Des mystères les plus sublimes,
      Et de lire dans l’avenir ?
      Sans amour, ma science est vaine,
      Comme le songe, dont à peine
      Il reste un léger souvenir.

      Que me sert que ma Foi transporte les montagnes ?
      Que dans les arides campagnes
      Les torrents naissent sous mes pas ;
      Ou que ranimant la poussière
      Elle rende aux Morts la lumière,
      Si l’amour ne l’anime pas ?

      Oui, mon Dieu, quand mes mains de tout mon héritage
      Aux pauvres feraient le partage ;
      Quand même pour le nom Chrétien,
      Bravant les croix les plus infames
      Je livrerais mon corps aux flammes,
      Si je n’aime, je ne suis rien.

      Que je vois de Vertus qui brillent sur ta trace,
      Charité, fille de la Grâce !
      Avec toi marche la Douceur,
      Que suit avec un air affable
      La Patience inséparable
      De la Paix son aimable soeur.

      Tel que l’Astre du jour écarte les ténèbres
      De la Nuit compagnes funèbres,
      Telle tu chasses d’un coup d’oeil
      L’Envie aux humains si fatale,
      Et toute la troupe infernale
      Des Vices enfants de l’Orgueil.

      Libre d’ambition, simple, et sans artifice,
      Autant que tu hais l’Injustice,
      Autant la Vérité te plait.
      Que peut la Colère farouche
      Sur un coeur, que jamais ne touche
      Le soin de son propre intérêt ?

      Aux faiblesses d’autrui loin d’être inexorable,
      Toujours d’un voile favorable
      Tu t’efforces de les couvrir.
      Quel triomphe manque à ta gloire ?
      L’amour sait tout vaincre, tout croire,
      Tout espérer, et tout souffrir.

      Un jour Dieu cessera d’inspirer des oracles.
      Le don des langues, les miracles,
      La science aura son déclin.
      L’amour, la charité divine
      Eternelle en son origine
      Ne connaîtra jamais de fin.

      Nos clartés ici bas ne sont qu’énigmes sombres,
      Mais Dieu sans voiles et sans ombres
      Nous éclairera dans les cieux.
      Et ce Soleil inaccessible,
      Comme à ses yeux je suis visible,
      Se rendra visible à mes yeux.

      L’amour sur tous les Dons l’emporte avec justice,
      De notre céleste édifice
      La Foi vive est le fondement,
      La sainte Espérance l’élève,
      L’ardente Charité l’achève,
      Et l’assure éternellement,

      Quand pourrai-je t’offrir, ô Charité suprême,
      Au sein de la lumière même
      Le Cantique de mes soupirs ;
      Et toujours brûlant pour ta gloire,
      Toujours puiser, et toujours boire
      Dans la source des vrais plaisirs !

    • #72678 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Poème inspiré par une crue de la rivière Drôme
      Aujourd’hui j’ai vu la mer ( David Miriam)
      dans la crue qui s’envole
      dans les odeurs de terre
      dans les mouettes en furie
      dans les yeux de l’insurgé.e
      sur les rochers humides
      dans les bois qui flottent
      sur le sable violé
      dans les clôtures perdues
      dans les branches qui pendent
      dans le bruit des pierres
      dans les visages à nu
      dans les vagues du rivage
      dans les mains qui partagent
      dans les pas à contre courant
      sur les berges mouillées
      dans les soleils d’écume
      dans le ciel qui s’éclaire
      sur les crêtes et les dunes

      Aujourd’hui j’ai vu la mer
      Demain je serai océan.

    • #72744 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Ça fait un petit moment que je n’ai pas posté certains de mes poèmes. Un texte que j’aimais bien faire sur la scène slam et qui avait souvent de bon retour. Bonne lecture 🙂

      —–

      Handinhead
      ( La main dans la tête )

      Francis, il n’a jamais pu aimer son fils,
      Car son fils est trisomique pour la médecine,
      Et débile pour les autres.
      Pourtant, Francis, il se souvient,
      A la naissance, il était comme un fou.
      Il portait au bout de ses bras,
      Ce petit bout d’homme qui allait être son fils.
      Il se souvient de cette petite bouille,
      De ces petits yeux fermés,
      De ces petites mains et de ces petits pieds
      Qu’il aimait caresser au bout de ses doigts.
      Il se souvient, Francis, de ces journées
      A lui avoir changé les couches,
      De ces longues nuits à lui donner des biberons
      Jusqu’à ce que la goutte de lait
      Déborde du p’tit zizi pour lui pisser dessus
      Ce qui le foutait en rogne quand ça lui arrivait.
      Et puis comme tous les pères qui viennent d’avoir un enfant,
      Francis s’était dit que son fils avait été choisi pour être l’enfant
      Le plus parfait et le plus beau du monde.
      Francis, il avait tout prévu pour son fils.
      Il avait prévu une bonne école où il serait toujours en haut du classement.
      Il aurait un diplôme et des années d’études pour faire bien sur le papier,
      Et il serait la fierté de la famille.
      Aussi Francis, il s’était imaginé avec son fils
      Au match de foot en train de péter sur l’hymne national.
      Il se voyait marcher avec lui la main dans la main dans le parc
      Pour frimer et le montrer à toutes les filles qu’ils croiseraient
      Mais voilà qu’un jour,
      Francis ne trouva pas normal son fils,
      Il ne parlait pas,
      Il ne se plaignait jamais,
      Il était même un peu bizarre,
      En fait son fils souriait bêtement tout le temps !
      Alors Francis et sa femme sont allées à l’hôpital,
      Ils ont fini par comprendre comment était né leur fils,
      Et depuis cet instant, tout s’est effondré autour de Francis.
      Il pouvait dire adieu aux matchs de foot entre hommes,
      Il n’y aurait pas de fête pour ses diplômes reçus,
      Ni de promenade dans le parc, ni de filles,
      Non, il n’y aurait rien de tout ça !
      Francis, quand il est en colère de la vie,
      Il aimerait que son fils meure.
      De toute façon se dit Francis,
      La mort fait partie de la vie.
      On naît puis on meurt.
      C’est comme ça.
      C’est le cercle vicieux de la vie.
      Francis, quand il regarde son fils au fond de ses yeux,
      Il aimerait lui dire en criant d’arrêter de sourire comme un crétin,
      Mais il ne s’en sent pas capable,
      Alors il se tait tout en souffrant
      Et accepte ce fils finalement devenu indésirable.
      Handicapé,
      Un mot qui fait si mal quand il raisonne dans la tête de Francis.
      Ce mot qu’il déteste tant !
      Oui, c’est de ça la haine qu’il a Francis !
      C’est plus envers ce mot qui provient du mot Handincap,
      Un mot anglais et qui veut dire « la main dans le chapeau ».
      Pour son fils, on ne dirait pas la main dans le chapeau
      Mais la main dans la tête,
      Et c’est sûr qu’avec des mains dans la cervelle
      On ne peut pas faire grand chose.
      En fait Francis,
      Il aime bien son fils,
      Surtout sur les photos de famille,
      Car sur les photos ça ne se voit pas que son fils
      Sourit bêtement tout le temps.
      Et finalement, quand Francis y pense,
      Il se dit, au fond de lui, c’est beau quand même un enfant innocent

    • #73452 Répondre
      Carpentier
      Invité

      LA CABARETIERE
      La cabaretière fais nous crédit,
      On te paiera tous à samedi
      Si tu veux pas, m’donner à boire,
      On va t’choler dans ton comptoir
      A la piqûre, tout l’monde l’endure
      Le plus veinard c’est co pinard
      Qu’il se couche tôt, qu’il se couche tard,
      Il boit toujours son verre d’pinard.
      – carnaval dunkerquois, hommage à Mona –

    • #73598 Répondre
      nefa
      Invité

      J’aime bien quand résonne comme ça le texte de @Saltimbanque, merci à toi :
      Ce pays est un muscle humain. Comme sur un cœur humain. S’exprime en récurrente alternance. Ce pays, aux tensions charnelles. Ressemble au tien car il excite un mode. En diffère par des saisons – dans le détail – et plus nombreuses que les jours 2024. Ce pays est de terre. Sert l’enfant. D’air à ceux que danser inspire. À la géographie heureuse, ce pays, aux pépites spongieuses sur lesquelles. De me laisser allongé. Et aux vieux os un lieu-dit. Ce pays où les fractures ont une heure. Où quand sonnent les temps impossibles. On marche. On se disloque. Dans… on ne se voit qu’en points. Il fabrique mes noms. Parfois sans forme. Ne cherche tout dévoilement. On ne s’en occupe pas. « Sevré » pour « talon tient sous le plafond ». Et s’il se plaît en moi, en dehors de moi, il est ton âme.

      • #73601 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Nefa

    • #73667 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Bus du soir
      Solitaires respirant
      Les visages des autres

      Alexandra Ivoylova

    • #73972 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      poème du pasteur Martin Niemöller revu et corrigé par Bertolt Brecht:
      «Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas communiste.
      Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit. Je n’étais pas syndicaliste.
      Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit. Je n’étais pas Juif.
      Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai rien dit. Je n’étais pas catholique.
      Et puis ils sont venus me chercher.
      Et il ne restait plus personne pour protester.»

    • #74249 Répondre
      Carpentier
      Invité

      … Souvent ses* mots discourent, je le concède, je le regrette, je m’en excuse / … / mais tout aussi souvent font autre choses. / .. 248.
      Font des bulles, des wip, des clip-crap, des bang, des vlop, des zip

      *à la littérature,

    • #74806 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Les reflets

      Comme un reflet
      Dans les yeux du pêcheur
      La couleur de la mer,

      En cette fin de soirée,
      Il a offert à son fils
      Le meilleur anniversaire,

      Heureux de l’avoir attrapée
      Dans son seau d’eau
      L’enfant repart avec la lune.

      — Stéphen Moysan
      En route vers l’horizon

    • #75470 Répondre
      lamartine
      Invité

      Mon cher petit homme

      Que j’appelle mon mari

      Nous nous sommes encore

      Disputés cette nuit

      Surtout

      Je ne rêve plus de toi

      Je rêve que toute seule

      Je dois pousser ta voiture en panne

      Et toute seule

      Conduire les enfants à l’école en bateau sur une mer déchaînée

      Et toute seule

      Réclamer l’échange d’une robe

      Que tu avais choisie pour me faire une surprise

      Une robe rouge fluo et blanc virginal

      Faussement originale

      Très chère et très inadéquate

      Et toute seule

      Pleurer toutes les larmes de mon corps

      Car le gérant du magasin de prêt-à-porter féminin

      A décidé une fois pour toutes

      Que je ne pourrai jamais jamais

      Échanger cette robe

      Qui est robe de putain

      Et de bourgeoise

      Comme il sied aux mal mariées.

      Avant tu me disais qui tu aimais

      Ainsi je participais un peu

      À ta vie de mari volage

      Je disais à mes amies

      J’ai de la chance

      Jamais je ne serai

      Jalouse d’une autre femme

      Car mon mari aime les garçons.

      Quel couple original

      Quelle union admirable

      Disait-on avec effroi

      Combien ont tenu bon

      Dans cette situation ?

      Je disais moi

      Nous sommes plus forts et plus malins

      Que les autres

      Nous allons à l’essentiel

      Tout le monde ferait bien

      De faire la même chose

      Au lieu de perdre son énergie

      À couper les cœurs, les maisons, les chiens et les enfants en deux

      Sans compter le cœur des grands-parents

      Qui voudraient bien

      Vieillir en paix.

      Parfois ton aimé venait

      À la maison avec des fleurs pour moi

      Ou des bonbons

      Toujours ces garçons avaient pour moi des égards

      J’avais un pouvoir

      J’aurais pu les chasser

      J’aurais pu empêcher

      Qu’ils ne se couchent avec toi dans notre lit

      Quand nos enfants étaient avec moi à la plaine de jeux

      Un jour, l’un d’entre eux m’a appris

      Comment me maquiller

      Un autre jour celui qui était pianiste

      M’a demandé

      qu’est-ce que tu fais ici

      À quoi tu sers

      Peut-être attendait-il que je dise

      Je sers de brave mère, de brave sœur,

      De brave gardienne de foyer

      À mon mari

      Ou peut-être voulait-il dire

      Tout simplement

       » Dégage « .

      L’Allemand, lui, voulait que chaque week-end

      Mon mari vienne le rejoindre en Allemagne

      Et quand ma belle-mère téléphonait

      Je répondais :

      Votre fils est parti au supermarché

      Et ma belle-mère s’étonnait

      Mon fils, pourquoi est-ce toujours toi

      Qui doit faire les courses le week-end ?

      Que fait ta femme ?

      Aujourd’hui tu ne vas plus en Allemagne

      Tu ne ramènes plus de garçons à la maison

      Tu as donc des égards

      Mais tu ne me dis plus rien

      Tu pars

      Tu vas faire une course, dis-tu

      Et puis tu dis aller voir Pablo ou Christian

      Comme si je les connaissais depuis toujours

      Mais tu ne me dis rien d’eux

      Tu ne me les présentes pas

      Tu ne me dis pas comme avant

      Avec ton air radieux d’éternel petit garçon

      Devant un arbre de Noël qui clignote joyeusement

      Sans jamais jamais faiblir

      Si tu savais comme il est beau

      Il est avocat

      Il est étudiant en philosophie

      Il roule en Porsche

      Il a sa propre marque de vêtements

      Il dessine des cravates

      Il aimerait lire tes livres

      C’est un intellectuel

      Il prend de la cocaïne

      Mais je n’y touche pas

      Je te promets

      Et je prends toujours

      Mes précautions tu sais

      Non, tu ne me dis plus jamais ça

      Tes garçons n’ont plus de visage

      Ils ont une queue, ça je sais

      Et quand je proteste tu réponds

      Je ne peux pas faire autrement.

    • #75474 Répondre
      lamartine
      Invité

      « Voilà moins de six mois que je la connais et c’est ma plus belle love story. Parfois je la crois morte, mais ça ne correspond pas à son tempérament. Alors je préfère l’imaginer libre, même si elle a en quelque sorte disparu. À moins qu’elle ne soit là, tout le temps, sous mes yeux, parmi les autres, dans le flot, le flux, sous le vent qui commence à se faire vif et les feuilles qui tombent et se posent. Je ne sais pas. »

    • #75769 Répondre
      nefa
      Invité

      qualifié en la matière
      il n’arrêtait jamais de fumer
      trois ans entre deux tafs
      procrastinait

    • #75791 Répondre
      graindorge
      Invité

      Naomi Shihab Nye
      Même en guerre

      Dehors, les oranges dorment, les aubergines,
      les champs de sauge sauvage.
      Un ordre du gouvernement,
      Vous ne cueillerez plus cette sauge
      qui parfume toute votre vie.
      Et toutes les mains ont souri

    • #76531 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Ivresse de l’Everness

      Tout existe, hormis une chose : l’oubli.
      Dieu sauve le métal ; il sauve aussi la cendre,
      Et sa mémoire prophétique peut comprendre
      Les lunes de demain, d’hier et d’aujourd’hui.
      Tout est encore et tout est déjà : les images
      Dont, du jour qui va poindre à la chute du soir,
      Mon visage a hanté le fugace miroir,
      Et celles qu’y mettront mes incessants visages.
      Nous ourdissons cette mémoire, l’univers.
      Une glace va, traversant un jeu de glaces ;
      Les corridors sans but imitent les déserts
      Et tu vois se fermer les portes quand tu passes.
      Tu n’atteindras que sur l’autre aile de la nuit
      L’Archétype qui Reste la Splendeur qui Luit.

      l’Autre, le Même – Jorge Luis Borges

    • #76665 Répondre
      graindorge
      Invité

      A UN CHAT
      Non moins furtif que l’aube aventurière,
      Non moins silencieux que le miroir,
      Tu passes et je pense apercevoir
      Sous la lune équivoque une panthère.
      Par quelque obscur et souverain décret
      Nous te cherchons. Nous voulons, fauve étrange
      Plus lointain qu’un couchant ou que le Gange,
      Forcer ta solitude et ton secret.
      Ton dos veut bien prolonger ma caresse ;
      Il est écrit dans ton éternité
      Que s’accordent à ta frileuse paresse
      Ma main et son amour inquiété.
      Ton temps échappe à la mesure humaine.
      Clos comme un rêve est ton domaine.
      Jorge Luis Borges, L’or des tigres, Ed. Gallimard, 1976.

      A UN GATO
      No son más silenciosos los espejos
      ni más furtiva el alba aventurera;
      eres, bajo la luna, esa pantera
      que nos es dado divisar de lejos.
      Por obra indescifrable de un decreto
      divino, te buscamos vanamente;
      más remoto que el Ganges y el poniente,
      tuya es la soledad, tuyo el secreto.
      Tu lomo condesciende a la morosa
      caricia de mi mano. Has admitido,
      desde esa eternidad que ya es olvido,
      el amor de la mano recelosa.
      En otro tiempo estás. Eres el dueño
      de un ámbito cerrado como un sueño.

      Traduit de l’espagnol par Jean-Pierre Bernès et Nestor Ibarra.

      • #76683 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Ton dos veut bien prolonger ma caresse »
        Ça c’est bien vu

        • #76685 Répondre
          Claire N
          Invité

          « Ma main et son amour inquiété » par contre là je saisis pas trop

    • #76751 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Claire N
      je me retape et j’irai m’amuser à bien relire la traduction. « la mano recelosa » c’est plutôt  » la main craintive »
      « Tu lomo condesciende a la morosa
      caricia de mi mano. Has admitido,
      desde esa eternidad que ya es olvido,
      el amor de la mano recelosa. »
      Je tente:
      « Ton échine condescend à la morose
      caresse de ma main
      Tu as admis depuis cette éternité qui est déjà oubli,
      l’amour de la craintive main »
      Je m’endors. A+ Borges

      • #76764 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Graindorge
        C’est amusant te voir mettre a jour tout ce travail
        Qu’est la traduction – pas simple en effet
        Repose toi oui si tu est convalescente
        Je ne suis pas pressée

      • #76777 Répondre
        Carpentier
        Invité

        bon rétablissement, graindorge:
        en télétravail choisi, choisi quant au contenu de ce que tu choisis de faire une fois coincée/restée à la maison, je vois que tu partages ce que tu trouves malgré tout de joyeux à y faire.
        Merci, aussi pour la récup de passe de Borges, que je méconnais.

    • #76855 Répondre
      Alain m
      Invité

      Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures
      Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides
      Que ces pierres blettes
      Plutôt ce coeur à cran d’arrêt
      Que cette mare aux murmures
      Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l’air et dans la terre
      Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale
      Plutôt la vie
      ~
      Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
      Ses cicatrices d’évasions
      Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
      La vie de la présence rien que de la présence
      Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
      Je n’y suis guère hélas
      Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir
      Plutôt la vie
      ~
      Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable
      Le ruban qui part d’un fakir
      Ressemble à la glissière du monde
      Le soleil a beau n’être qu’une épave
      Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
      Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
      Ou seulement en fermant les yeux sur l’orage adorable qui a nom ta main
      Plutôt la vie
      ~
      Plutôt la vie avec ses salons d’attente
      Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit
      Plutôt la vie que ces établissements thermaux
      Où le service est fait par des colliers
      Plutôt la vie défavorable et longue
      Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
      Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui
      Plutôt la vie
      ~
      Plutôt la vie comme fond de dédain
      À cette tête suffisamment belle
      Comme l’antidote de cette perfection qu’elle appelle et qu’elle craint
      La vie le fard de Dieu
      La vie comme un passeport vierge
      Une petite ville comme Pont-à-Mousson
      Et comme tout s’est déjà dit
      Plutôt la vie
      André Breton • Clair de terre

      • #76859 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Plutôt ce coeur à cran d’arrêt « 
        J’aime beaucoup la subversion palindrome que de cette image

    • #77094 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Paul Valéry, « Les pas », Charmes:

      Tes pas, enfants de mon silence,
      Saintement, lentement placés,
      Vers le lit de ma vigilance
      Procèdent muets et glacés.
      *
      Personne pure, ombre divine,
      Qu’ils sont doux, tes pas retenus !
      Dieux !… tous les dons que je devine
      Viennent à moi sur ces pieds nus !
      *
      Si, de tes lèvres avancées,
      Tu prépares pour l’apaiser,
      A l’habitant de mes pensées
      La nourriture d’un baiser,
      *
      Ne hâte pas cet acte tendre,
      Douceur d’être et de n’être pas,
      Car j’ai vécu de vous attendre,
      Et mon cœur n’était que vos pas.

      • #77101 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Si, de tes lèvres avancées,
        Tu prépares pour l’apaiser,
        A l’habitant de mes pensées
        La nourriture d’un baiser »
        Cela n’a l’air de rien ; mais toutes les «  représentations «  habituelles de l’onirisme amoureux – Sont dans ces lignes – je trouve – pulvérisées
        – se nommer soi même l’habitant de ses pensées
        Alors que bien souvent c’est l’aimee qui y est forclose
        – et donner finalement chair plus que rêverie
        , en la libérant «  à l’extérieur «  : on fait de la rencontre jusqu’au baise un don de «  l’extérieur « 

        • #77102 Répondre
          Claire N
          Invité

          Ça «  marche bien à l’amble « ( je vole Aragon)
          Avec le poème posté pa Alain m «  plutôt la vie « 
          Je trouve
          Et «  marche à l’amble «  ça me plait bien : la même démarche – mais alternée pour l’avant- dans un même corps d’équidé

        • #77124 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          J’aime bien aussi la formulation « l’habitant de mes pensées », qui sépare nettement le sujet de ses pensées, introduisant une distance presque spatiale entre moi et ce qui traverse mon esprit.
          .
          Pour l’amour, à vrai dire je ne sais pas. Qui est cette femme aimée? On ne sait pas trop finalement. Une maîtresse? Peut-être, mais il y a de la froideur aussi (muets et glacés). Une mère? J’y ai pensé, puisque la scène ressemble à l’enfant qui, dans son lit, attend le baiser de sa mère pour s’endormir. Une muse? C’est possible, car il y a un champ lexical relatif au sacré, et on passe du tutoiement au vouvoiement en cours de poème.
          .
          C’est peut-être tout cela à la fois ici. La confusion est riche de sens et d’équivoque dans ce poème, semble-t-il.

          • #77126 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            Peut-être que cette confusion sur l’identité de la femme qui s’approche permet de faire un retour sur le cœur du poème : l’attente, la disponibilité intérieure à ce qui vient.

            • #77163 Répondre
              Claire N
              Invité

              Mais oui tu as raison – en le relisant
              On ne sait pas ce que c’est !

              • #77167 Répondre
                Juliette B
                Invité

                Et pour poursuivre, on ne sait pas si c’est une femme dont les pas s’approchent. Rien ne le dit dans le poème, ça m’a frappée

                • #77168 Répondre
                  Emile Novis
                  Invité

                  @Juliette
                  C’est très vrai, on peut radicaliser l’énigme posée par Valéry : on ne sait pas qui c’est, pas même le sexe de la personne qui s’avance.

      • #77169 Répondre
        nefa
        Invité

        encore je ne sais pourquoi si attendre ne voulait dire que l’on n’a reçu l’or a trouvé son marchand avancent jolis sourires jusqu’au bout de mes lèvres font négoce confortent le flux des noms lancés de mon front compterais-tu

    • #77145 Répondre
      stylobille
      Invité

      https://www.lyrikline.org/fr/poemes/schtzngrmm-1230
      (Je n’arrive pas à citer le texte directement ici, ça fait bugger la machine)

      • #77146 Répondre
        stylobille
        Invité

        (Schützengraben = tranchées)

        • #77164 Répondre
          Claire N
          Invité

          Alors vivre une situation sans semantique, j’y arrive pas même
          avec ce poème
          je suis perplexe
          Et encore plus quand je lis que le poème est traduit en turc

          • #77170 Répondre
            nefa
            Invité

            le rythme simplement le rythme est-il bon batteur
            on sent quelque chose qui manque
            peut-être trop théorique

            • #77183 Répondre
              Claire N
              Invité

              « trop théorique » oui peut-être effectivement

              • #77192 Répondre
                stylobille
                Invité
                • #77193 Répondre
                  stylobille
                  Invité

                  Il y a difficilement plus concret et plus saturé sémantiquement je crois mais ça se sent mieux en l’oralisant

                  • #77194 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Alors à l’écoute
                    Moi si j’essaye de rentrer dedans
                    Et ça ne m’est pas si simple
                    – je m’en tirerai mieux avec l’absence de semantique
                    – en essayant de «  glisser «  vers l’animalité
                    Un peu comme un animal qui «  décode pas le langage « 
                    – mais il y a bien là quelque chose d’impossible des qu’on lit
                    Je veux bien que tu développes ton ressenti pour m’aider

                    • #77458 Répondre
                      stylobille
                      Invité

                      J’entends le démembrement d’un mot de l’histoire dite grande. Il en reste les onomatopées des petits soldats de plomb. C’est puéril ou sacrilège et j’en ris. C’est juste ça je crois.

                      • #77461 Répondre
                        nefa
                        Invité

                        c’est là où je te trouve, dans le comique à tailler dans le son avec du son

                      • #77472 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rire – ben oui en fait là je saisis
                        Merci j’étais loin du bord là

    • #77368 Répondre
      Carpentier
      Invité

      La plume gribouille
      La plume gribouille: c’est infernal!
      Suis-je donc condamné à gribouiller? –
      C’est pourquoi avec audace me saisissant de l’encrier
      J’écris à gros flots d’encre.
      Comme cela coule, si plein, si large!
      Comme tout me réussit, quoi que j’écrive!
      Sans doute l’écriture manque-t-elle de netteté –
      Qu’importe? Qui donc songe à lire ce que j’écris?

      Le gai savoir – plaisanterie, ruse et vengeance: prélude en rimes, p. 44, folio essais 2023.

      • #77635 Répondre
        Carpentier
        Invité

        28. Consolidation pour debutants.
        Voyez au milieu des cochons qui grognent,
        L’enfant impuissant, les orteils recroquevillés!
        Pleurer, c’est tout ce qu’il peut –
        Saura-t-il jamais se tenir debout et marcher?
        Soyez sans crainte, bientôt, je pense,
        Vous verrez l’enfant danser!
        Une fois debout sur ses deux jambes,
        Il se tiendra aussi bien sur la tête!

        Je l’aime particulièrement celui-ci
        et si un lien dailymotion hurlait pas le début d’un sketch quand on va sur le sujet/topic ‘ parce que j’aime pas les gosses ‘ je l’aurais rangé là-bas

        • #77636 Répondre
          Carpentier
          Invité

          FN, bien sûr, s’arrête à ‘ sur la tête ‘ .
          Pourquoi je merdouille avec les B-quote ce matin, sheet de merde. quoi!

    • #77513 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Allez Arthur, donne! Vas-y, fonce!

      Nuit en enfer
      Arthur Rimbaud
      J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

      J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?

      Les nobles ambitions !

      Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

      Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. – Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. – La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.

      Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.

      Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.

      Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.

      Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…

      Je vais dévoiler tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.

      Écoutez !…

      J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes.

      Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, – même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.

      – Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.

      Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

      Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

      Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.

      Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

      Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.

      C’est le feu qui se relève avec son damné.

      Arthur Rimbaud

      • #78123 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.
        C’est le feu qui se relève avec son damné »
        Satan oui gardien d’une partie de la chair des le baptême ; peut-être cette partie là qu’il à été chercher – mais l’orgueil tient bien le rôle de gardien des enfers finalement, juste à Satan de l’attiser – il faut peut être bien que dieu porte aide pour cacher -l’orgueil plus grand -d’aller récupérer le feu- périlleuse est la manœuvre
        Mais effectivement il faut être voleur ?

    • #78373 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Toutes les lettres d’amour sont
      Ridicules.
      Ce ne seraient pas des lettres d’amour
      Si elles n’étaient pas
      Ridicules.

      Moi aussi, j’ai écrit en mon temps,
      Des lettres d’amour, comme les autres,
      Ridicules.

      Les lettres d’amour, s’il y a amour,
      Se doivent d’être
      Ridicules.

      Mais, après tout,
      Il n’y a que les créatures qui n’ont jamais écrit
      De lettres d’amour
      Qui sont
      Ridicules.

      Comme je voudrais revenir au temps
      Où j’écrivais,
      Sans m’en rendre compte,
      Des lettres d’amour
      Ridicules.

      La vérité est qu’aujourd’hui
      Ce sont mes souvenirs
      De ces lettres d’amour
      Qui sont
      Ridicules.

      [Tous les mots excessifs,
      Tous les sentiments excessifs,
      Sont, bien sûr,
      Ridicules.]

      Poème signé Alvaro de Campos
      (un des hétéronymes de Fernando Pessoa)

      • #78403 Répondre
        Claire N
        Invité

        « Les lettres d’amour, s’il y a amour,
        Se doivent d’être
        Ridicules »
        C’est vrai qu’il faut un grand courage pour se lancer dans une lettre d’amour
        J’en écrivais en primaire mais je n’ai jamais osé les envoyer

        • #78404 Répondre
          Claire N
          Invité

          J’étais pas bien courageuse
          Un jour une «  camarade «  a trouvé une de ces lettres d’amour dans mon cartable
          Et l’a lu devant toute la classe
          J’ai nié l’avoir écrite bêtement et maladroitement

    • #79125 Répondre
      Alain m
      Invité

      Tous les rideaux du monde tirés sur tes yeux
      Ils auront beau
      Devant leur glace à perdre haleine
      Tendre l’arc maudit de l’ascendance et de la descendance
      Tu ne ressembles plus à personne de vivant ni de mort
      Mythologique jusqu’au bout des ongles
      Ta prison est la bouée à laquelle ils s’efforcent d’atteindre dans leur sommeil
      Tous y reviennent elle les brûle
      ~
      Comme on remonte à la source d’un parfum dans la rue
      Ils dévident en cachette ton itinéraire
      La belle écolière du lycée Fénelon qui élevait des chauves-souris dans son pupitre
      ~
      Le perce-neige du tableau noir
      Regagne le logis familial où s’ouvre
      Une fenêtre morale dans la nuit
      Les parents une fois de plus se saignent pour leur enfant
      On a mis couvert sur la table d’opération
      Le brave homme est noir pour plus de vraisemblance
      Mécanicien dit-on de trains présidentiels
      Dans un pays de pannes où le chef suprême de l’État
      Lorsqu’il ne voyage pas à pied de peur des bicyclettes
      N’a rien de plus pressé que de tirer le signal d’alarme pour aller s’ébattre en chemise sur le talus
      L’excellente femme a lu Corneille dans le livre de classe de sa fille
      Femme française et l’a compris
      Comme son appartement comprend un singulier cabinet de débarras
      Où brille mystérieusement un linge*
      Elle n’est pas de celles qui glissent en riant vingt francs dans leur bas
      Le billet de mille cousu dans l’ourlet de sa jupe
      Lui assure une rigidité pré-cadavérique
      Les voisins sont contents
      Tout autour de la terre
      Contents d’être les voisins
      ~
      L’histoire dira
      Que M. Nozières était un homme prévoyant
      Non seulement parce qu’il avait economisé cent soixante cinq mille francs
      Mais surtout parce qu’il avait choisi pour sa fille un prénom dans la première partie duquel on peut démêler psychanalytique-ment son programme
      La bibliothèque de chevet je veux dire la table de nuit
      N’a plus après cela qu’une valeur d’illustration
      « Mon père oublie quelquefois que je suis sa fille »
      L’éperdu
      Ce qui tout à la fois craint et rêve de se trahir
      Mots couverts comme une agonie sur la mousse
      Celui qui dit les avoir entendus de ta bouche brave tout ce qui vaut la peine d’être bravé**
      Cette sorte de courage est aujourd’hui le seul
      Il nous dédommage à lui seul de cette ruée vers une tonnelle de capucines
      Qui n’existe plus
      Tonnelle belle comme un cratère***
      ~
      Mais quel secours
      Un autre homme à qui tu faisais part de ta détresse
      Dans un lit un homme qui t’avait demandé le plaisir
      Le don toujours incomparable de la jeunesse
      Il a reçu ta confidence parmi tes caresses
      Fallait-il que ce passant fût obscur
      Vers toi n’a su faire voler qu’une gifle dans la nuit blanche
      Ce que tu fuyais
      Tu ne pouvais le perdre que dans les bras du hasard
      Qui rend si flottantes les fins d’après-midi de Paris autour des femmes aux yeux de cristal fou
      Livrées au grand désir anonyme
      Auquel fait merveilleusement uniquement
      Silencieusement écho
      Pour nous le nom que ton père t’a donné et ravi
      ~
      On glisse où s’est posé ton haut talon de sucre
      ~
      Tout est égal qu’ils fassent ou non semblant de ne pas en convenir
      Devant ton sexe ailé comme une fleur des Catacombes
      Étudiants vieillards journalistes pourris faux révolutionnaires prêtres juges
      Avocats branlants
      Ils savent bien que toute hiérarchie finit là
      ~
      Pourtant un jeune homme t’attendait énigmatique à une terrasse de café
      Ce jeune homme qui au quartier Latin vendait paraît-il entre-temps L’Action française
      Cesse d’être mon ennemi puisque tu l’aimais
      Vous auriez pu vivre ensemble bien qu’il soit si difficile de vivre avec son amour
      Il t’écrivait en partant Vilaine chérie
      C’est encore joli
      Jusqu’à plus ample informé l’argent enfantin n’est que l’écume de la vague
      ~
      Longtemps après la cavalerie et la chevalerie des chiens
      Violette
      La rencontre ne sera pas plus poétiquement qu’une femme seule dans les bosquets introuvables du Champ-de-Mars****
      Assise les jambes en X sur une chaise jaune
      ~
      André Breton • Violette Nozières
      * linge dont se servait son père pour ne pas la féconder
      ** déposition de son ancien amant
      *** la tonnelle était un des lieux où se serait pratiqué l’inceste
      **** Elle fut arrêtée au Champ-de-Mars, dénoncée par son amant d’une nuit, le vicomte de Pinguet

    • #80540 Répondre
      graindorge
      Invité

      AUTOPSYCHOGRAPHIE Fernando Pessoa

      Le poète est celui qui feint.
      Et il feint si parfaitement
      Qu’il fait enfin passer pour feinte
      La douleur qu’il ressent vraiment.
      Et les lecteurs de ses écrits
      Ressentent sous la douleur lue
      Non pas les deux qu’il a connues,
      Mais la seule qu’ils n’ont pas eue.
      Ainsi, sur ses rails circulaires
      Tourne, embobinant la raison,
      Ce si petit train à ressorts
      Que l’on a appelé le cœur.

      • #80543 Répondre
        Ludovic
        Invité

        Ton poème m’a fait penser
        Aux déguisements de la st Nicolas
        Que plein de monde portent ici ce week end
        La feinte qu’ils génèrent
        Et la joie et le sourire
        Où toute tristesse est masquée, déguisée
        Faut regarder aux fonds des yeux pour sentir

        • #80545 Répondre
          Ludovic
          Invité

          La poésie est un déguisement
          Et les déguisements une poésie

    • #80796 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Je ne sais pas si cette phrase existe déjà et j’en ai l’impression mais y a cette phrase poétique qui est sorti tout droit d’un de mes rêves ce matin :
      .
      Le silence de tes yeux.
      .
      Je ne sais pas mais je trouve ça beau

    • #80992 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Poème d’un pseudo « Animaldan »

      Fallait pas commencer
      A tracer
      Ta vie partout dans les marges
      A chercher prétentieux
      Dans les cieux
      Des floconneux paysages
      A couler tes revers
      Dans des vers
      A mendier le patronage
      D’une muse étourdie
      Qui t’a dit
      J’ai froid seule dans mon page
      A vouloir poéter
      Fou t’étais
      Plus haut que ton culottage
      Tu subis d’Erato
      Les râteaux
      Et les scènes de ménage
      Quand on se jette à l’eau
      Gros ballot
      Sans bouée de sauvetage
      Rien sert de s’accrocher
      Aux rochers
      T’as les doigts dans l’encre: nage.

    • #81406 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Le dictateur Gianni Rodari
      Un point tout petit petit
      mais d’orgueil tout bouffi
      criait d’une voix furibonde:
      « Après moi la fin du monde ! »
      Devant cette conduite indigne,
      les mots protestèrent:
      « Il est fou !
      Il se croit un point-c’est-tout,
      et il n’est qu’un point-à-la-ligne! »
      Alors au milieu de la feuille
      ils le laissèrent tout seul,
      et le monde continua sans lui
      une ligne plus bas.

    • #81921 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Fernando Pessoa

      Voici peut-être le dernier jour de ma vie.
      J’ai salué le soleil en levant la main droite,
      mais je ne l’ai pas salué en lui disant adieu –
      non, plutôt en faisant signe que j’étais heureux de le voir :
      c’est tout.

    • #85277 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      F. Pessoa

      Je rentre à la maison, je ferme la fenêtre.
      On apporte la lampe, on me souhaite bonne nuit,
      et d’une voix contente je réponds bonne nuit.
      Plût au Ciel que ma vie fût toujours cette chose :
      le jour ensoleillé, ou suave de pluie,
      ou bien tempétueux comme si le Monde allait finir,
      la soirée douce et les groupes qui passent,
      observés avec intérêt de la fenêtre,
      le dernier coup d’œil amical jeté sur les arbres en paix,
      et puis, fermée la fenêtre et la lampe allumée,
      sans rien lire, sans penser à rien, sans dormir,
      sentir la vie couler en moi comme un fleuve en son lit,
      et au-dehors un grand silence ainsi qu’un dieu qui dort.

    • #85469 Répondre
      Alain m
      Invité

      Pollué
      de bruits,
      de bris
      d’images ;
      long,
      intensément long
      le sentiment
      (creusé
      dans l’argile
      d’un jour)
      de ne pas en voir
      le bout.
      Morgan Riet• Tunnel

    • #85472 Répondre
      Alain m
      Invité

      Valises entassées
      dans la Dyane jaune.
      Départ à l’aube
      pour des vacances
      tout en bas
      de la France
      au sommet
      des Pyrénées.
      Tout au long de la route,
      la seule musique
      du moteur,
      citron aigu pressé
      en continu dans nos cages
      à miel
      au fond du pot
      de l’abeille au vol lent de papa
      et maman reine
      du panneau loupé au tournant,
      et nous,
      sur la banquette en skaï
      toute brûlante
      de notre impatience,
      qui rivions par moments nos quinquets
      aux nuages,
      aux formes et visages révélés,
      qui filions, de la sorte,
      sans le savoir,
      la métaphore, pour dépasser les bornes.
      Morgan Riet• Dyane jaune

    • #86334 Répondre
      graindorge
      Invité

      Résurrection
      La poésie se glisse dans le rêve
      pareille à un plongeur dans un lac.
      La poésie, courageuse comme personne,
      se glisse et coule
      à pic
      dans un lac infini comme le Loch Ness
      ou trouble et funeste comme le lac Balaton.
      Contemplez-la depuis le fond :
      un plongeur
      innocent
      enveloppé dans les plumes
      de la volonté.
      La poésie se glisse dans le rêve
      pareille à un plongeur mort
      dans l’œil de Dieu.
      *
      Resurrección
      La poesía entra en el sueño
      como un buzo en el lago.
      La poesía, más valiente que nadie,
      entra y cae
      a plomo
      en un lago infinito cono Loch Ness
      o turbio e infausto como el lago Batalón.
      Contempladla desde el fondo:
      un buzo
      inocente
      envuelto en las plumas
      de la voluntad.
      La poesía entra en el sueño
      como un buzo muerto
      en el ojo de Dios.
      Roberto Bolaño

    • #87001 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Merci Alain M pour le sourire dans Luttes 4
      Merci Arthur R, encore et toujours

      Les assis
      Arthur Rimbaud
      Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
      Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
      Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
      Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

      Ils ont greffé dans des amours épileptiques
      Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
      De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
      S’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

      Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
      Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
      Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
      Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

      Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
      De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
      L’âme des vieux soleils s’allume, emmaillotée
      Dans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.

      Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
      Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
      S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,
      Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

      – Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…
      Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
      Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
      Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

      Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
      Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
      Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauves
      Qui vous accrochent l’oeil du fond des corridors !

      Puis ils ont une main invisible qui tue :
      Au retour, leur regard filtre ce venin noir
      Qui charge l’oeil souffrant de la chienne battue,
      Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

      Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
      Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
      Et, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdales
      Sous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

      Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières,
      Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
      De vrais petits amours de chaises en lisière
      Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

      Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgule
      Les bercent, le long des calices accroupis
      Tels qu’au fil des glaïeuls le vol des libellules
      – Et leur membre s’agace à des barbes d’épis.

      Arthur Rimbaud, Poésies

    • #87119 Répondre
      Alain m
      Invité

      Tristan Corbière – Le phare
      Texte sous la vidéo.

      Corbière fût hospitalisé à la maison de santé Dubois, il écrivit à sa mère «je suis à la maison Dubois dont on fait les cercueils ».

    • #88032 Répondre
      graindorge
      Invité

      Je ne crois plus aux mots des poèmes. Antonin Artaud

      e ne crois plus aux mots des poèmes,
      car ils ne soulèvent rien
      et ne font rien.
      Autrefois il y avait des poèmes qui envoyaient un guerrier se faire trouer la gueule,
      mais la gueule trouée
      le guerrier était mort,
      et que lui restait-il de sa gloire à lui ?
      Je veux dire de son transport ?
      Rien.
      Il était mort,
      cela servait à éduquer dans les classes les cons et les fils de cons qui viendraient après lui et sont allés à de nouvelles guerres
      atomiquement réglementées,
      je crois qu’il y a un état où le guerrier
      la gueule trouée
      et mort, reste là
      il continue à se battre
      et à avancer,
      il n’est pas mort,
      il avance pour l’éternité.
      Mais qui en voudrait
      sauf moi ?
      Et moi, qu’il vienne celui qui me trouera la gueule
      je l’attends.

    • #88483 Répondre
      graindorge
      Invité

      Un épithalame du grand ami Georges Perec
      Ce petit poème
      où l’on a mis seulement des mots simples
      des mots comme camomille et manche à balai
      comme bête à bon dieu et sauce béchamel
      comme banana split et nonchalance
      et pas des mots comme palimpseste, pechblende, cumulo-nimbus, décalcomanie, stéthoscope, mâchicoulis ou anticonstitutionnellement
      a été composé spécialement
      à l’occasion de ces épousailles

      Ce texte de circonstance
      dans lequel il n’a été question
      ni de nue accablante
      ni de basse de basalte
      ni d’aboli bibelot d’inanité sonore
      ni de bête à bon dieu
      ni de la souterraine locuste
      ni de la Constitution de Quarante-huit
      a été écrit à l’occasion de ces accordailles

    • #88484 Répondre
      graindorge
      Invité

      Le poète fait un retour métapoétique ou métatextuel. Il qualifie son texte de « petit poème » et de « texte de circonstance » selon les alphabets, ce qui résume bien le genre. Banana split était aussi le titre d’une revue de poésie en février 1980, et où il publiera un texte sur Roubaud27.

      L’auteur donne une liste de mots, simples, renvoyant à la vie quotidienne puis complexes, de « grands mots », dont le mot réputé le plus long de la langue française. En usant de la ruse de la prétérition, il réussi à « placer » des mots obéissant à la contrainte qu’il avait rassemblés et qu’il n’avait pu faire entrer dans des phrases douées de sens. D’où cet assemblage hétérogène.

      Les correspondances peuvent être reconnues, entre « cumulo-nimbus » et « nue accablante », entre « pechblende » et « basalte », entre « anticonstitutionnellement » et « constitution de Quarante-huit », entre « épousailles » et « accordailles », au prix d’un glissement de sens.

      Le poème dédié à Jacques Roubaud laisse tomber les mots simples aux référents du quotidien. Il comporte surtout, de la même façon négative, des allusions à deux poèmes très connus de Mallarmé, à savoir le petit sonnet : « À la nue accablante tu, / Basse de basalte et de laves », et le sonnet dit « en x » (une lettre remarquable du prénom Alix) dont est cité le célèbre vers « Aboli bibelot d’inanité sonore ».

      • #94836 Répondre
        graindorge
        Invité

        Être ange

        Être ange
        C’est étrange
        Dit l’ange
        Être âne
        C’est étrâne
        Dit l’âne
        Cela ne veut rien dire
        Dit l’ange en haussant les ailes
        Pourtant
        Si étrange veut dire quelque chose
        Étrâne est plus étrange qu’étrange
        Dit l’âne
        Étrange est
        Dit l’ange en tapant des pieds
        Étranger vous-même
        Dit l’âne
        Et il s’envole

        — Jacques Prévert (1900-1977)
        Paroles

        • #95746 Répondre
          graindorge
          Invité

          Carnages

          Quel poids ont les paroles
          Un sourire la colombe
          Quand les monstres s’affublent
          Du visage des humains ?

          Quelle dérision d’écrire
          Quand les carnages s’enchaînent
          Et qu’hurlent dans nos ventres
          Les enfants égorgés ?

          (Andrée Chedid)

    • #91365 Répondre
      Claire N
      Invité
  • #91370 Répondre
    Claire N
    Invité
  • #91372 Répondre
    Claire N
    Invité
  • #91377 Répondre
    Claire N
    Invité
  • #91570 Répondre
    K. comme mon Code
    Invité
  • #91966 Répondre
    K. comme mon Code
    Invité
      Je comprends pas ?

  • #96205 Répondre
    Carpentier
    Invité

    Suivre déviation

    C’est pas
    De la guimauve
    De la ferraille
    De la joncaille
    Du crack
    Du papier mâché
    Des instruments d’époque
    De la petite bière
    Du haut débit
    Du tout cuit

    Tissu imprimé motif floraux

    Faux plat

    Rognures d’ongles
    Regard d’aigle
    Plan de travail
    – Tu y crois ?

    Faut sortir
    Liesse
    Lazzis
    La retouche volontaire
    La retouche réflexe
    Lèvres au doux parler
    Fantaisies
    Folles vitesses
    Étincelante blancheur

    Tu cours après Pinocchio

    Ton doigt dans l’œil !

    Parfois trancher dans le vif

    Bocfil
    Faucille
    Fendoir
    Serpette

    Emporte-pièce

    La vie est à nous
    Petite souris
    Musique additionnelle
    Tabac à rouler
    Bleu de travail
    Tour de cadran
    Fin d’un monde
    Radicelles
    Ne criez pas
    Portrait d’un calao
    La fourrure du raton laveur
    Flou des parenthèses

    Tu chantes
    Tu hurles
    Tu t’y retrouves

    Au vent mauvais
    Des jambes de rêve
    Ça balance
    Des phrases
    Pneumatiques
    Gerbilles
    Mes amours

    Bas bruit

    Les choses par leur nom

    Forte subito

    Désaccordé
    Interrompu

    Partout ailleurs
    Toujours nomade

    Daniel Pozner

  • #113533 Répondre
    ..Graindorge
    Invité

    « Boire », de Gabriela Mistral, extrait du recueil D’amour et de désolation, traduit de l’espagnol par Claude Couffon (ELA/La Différence 1988).
    Je me souviens des gestes
    et c’était pour me donner de l’eau.
    Dans la vallée du Rio Blanco,
    où prend naissance l’Aconcagua, je vins boire,
    je bondis boire dans le fouet d’une cascade,
    qui tombait chevelue et dure et se rompait rigide et blanche.
    Je collai ma bouche aux remous, et cette eau sainte me brûlait,
    trois jours durant ma bouche saigna de cette gorgée d’Aconcagua.

    Dans les terres de Mitla, un jour
    de cigales, de soleil, de marche,
    me penchai sur un puits, un indien
    vint me soutenir dessus l’eau, et mon visage,

    comme un fruit,
    était dans le creux de ses paumes.
    Et je buvais ce qu’il buvait,
    c’était sa face avec ma face,
    et dans un éclair je sus que
    la chair de Mitla était ma race.

    Dans l’île de Porto-Rico,
    lors de la sieste emplie de bleu,
    mon corps paisible, les vagues folles,
    et comme cent mères les palmes,
    une fillette, par jeu, rompit
    près de ma bouche un coco d’eau,
    et moi je bus, comme une enfant,
    cette eau de mère, cette eau de palme.
    Tant de douceur jamais n’ai bue
    ni de mon corps ni de mon âme.

    À la maison de mes enfances
    ma mère m’apportait de l’eau.
    Entre gorgée et autre gorgée
    je la voyais dessus la jarre.
    Plus la tête se relevait
    et plus la jarre s’abaissait.
    Cette vallée, je l’ai toujours,
    et j’ai ma soif et son regard.

    Ce serait là l’éternité qu’encore
    nous sommes comme nous étions.

    Je me souviens des gestes
    et c’étaient gestes pour me donner de l’eau.

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