skip to Main Content

Accueil Forums Forum général « On y reviendra » sur Microciné

  • Ce sujet contient 50 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par essaisfragiles, le il y a 1 année.
Vous lisez 17 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #73768 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Bonjour ou bonsoir,

      J’ai regardé en décalé le premier épisode de « On y reviendra », nouvelle émission proposée sur la chaîne YouTube MICROCINE où Samir Ardjoum en compagnie d’Emmanuel Burdeau se propose de faire une critique de la critique. Après un extrait de Daney dans « Itinéraire d’un ciné-fils » en préambule, les deux compères se lance dans une conversation sur la critique YouTube à partir de 5 extraits de critiques cinéma officiant sur YouTube à propos du film « Joker : Folie à Deux ».

      Pour ma part, je trouve cette approche « métacritique » très intéressante voire excitante par la matière qu’elle donne à penser sur une œuvre et les différentes modalités de dialogue entre un film et ses critiques et selon plusieurs médias.

      En lien avec le sujet et ce qu’en dit François, cela m’a notamment rappelé le live avec François du 24 février 2021 sur cette même chaîne, le texte intitulé « L’art délicat de la critique » dans La Critique de cinéma à l’épreuve d’Internet (2014), ou encore la série d’interviews Perspectives critiques dans Kritikat (d’octobre 2022 à janvier 2023), et bien sûr plusieurs épisodes de La gêne mais plus particulièrement l’épisode n°44 sur « Les Passagers de la nuit » et « Il buco » (où l’angle de la critique de la critique est adopté par FB et LQNPDP).

      Evidemment au vue de l’énumération ci-avant, vous me voyez arrivé avec mes gros sabots quant à mon souhait qui serait de voir François ajouter son grain de sel dans cette initiative avec tout le piquant qu’on lui connaît. Il est d’ailleurs question de FB au moins à deux reprises durant l’émission de manière implicite puis explicite ; mais hélas il semble qu’une brouille entre Emmanuel Burdeau et lui soit encore latente. Bref (alors que j’ai fait bien trop long !), peut-être un vœu pieux, mais j’ose ce post sur ce forum pour avoir l’avis de l’intéressé et hôte de ces lieux.

      Délicatement,

      PS : je dois avouer saliver d’avance du live avec François sur le Marvel Cinematic Universe programmé le 5 décembre prochain toujours sur MICROCINE !

    • #73772 Répondre
      Mathieu
      Invité

      Tu as tout dit Renaud, et cette émission de Microciné était vraiment pas mal. Burdeau y pointe bien les écueils et les atouts de 5 critiques Youtube qui lui sont soumises par Samir. Burdeau a surtout un intérêt pour Intercut, qui est, selon lui, le seul à avoir une idée sur le film.
      Burdeau met d’ailleurs beaucoup en avant cette thèse: la critique, ce serait émettre une idée sur le film, avoir une hypothèse. Par exemple, l’idée d’Intercut que Burdeau aime bien, c’est: Joker 2 se construit non seulement contre le premier mais aussi contre la réception du premier. OK pourquoi pas, c’est intéressant. Et au passage, Burdeau rappelle son idée critique sur Joker 1: après s’être demandé comment un faiseur de comédies balourdes comme Todd Philipps en vient à faire Joker, Burdeau conclue qu’en fait ça ne sert à rien de faire de la comédie car aujourd’hui la comédie est partout. Là je me dis un peu: mouais bof, Emmanuel. Cette idée, où est-elle dans le film, d’où la sors-tu?
      Pour moi, cette thèse selon laquelle la critique c’est avoir une idée sur le film, ce n’est quand même pas terrible. On y perd beaucoup de matérialité dans tout ça. Et dans ces 2h30 de live, rien ne sera dit par Burdeau sur la matérialité de Joker 1 et 2. Ça me rappelle cet autre exemple du critique Libé qui dit que les boites de pâtés pour chien dans le dernier Tarantino font penser à du Warhol, ce qui est un peu vrai. Mais François de répondre immédiatement dans la Gêne: oui mais les boites, à un moment, Brad Pitt les ouvre et ça fait « sploch » dans la gamelle
      J’ai souvent entendu que Burdeau a été un critique matérialiste, proche du matériau-film, des plans, de la mise en scène, à son époque des Cahiers. Je ne l’ai jamais lu à cette époque, je ne connais de lui que son podcast Sofilm et quelques interventions ça et là, et je le trouve au contraire très idéaliste, dernièrement. En plus, il n’est pas très bon à l’oral, il tergiverse, il dit beaucoup pour finalement peu de contenu vraiment concret: si j’étais taquin, je dirais qu’il a lui aussi les écueils qu’il reproche aux Youtubeurs – même s’il a évidemment plus de talent, et que souvent, les idées qu’il avance sont fortes et peuvent tombées justes.

      J’attends toutefois avec impatience le 2eme volet consacré au Masque et la Plume

      Quant à une collaboration éventuelle François-Burdeau-Samir pour Microciné, j’aimerais aussi beaucoup voir ça

      • #73802 Répondre
        Renaud Bigorre
        Invité

        Je ne connais pas assez les textes et autres productions d’Emmanuel Burdeau et n’ai pas assez d’acuité dans le domaine de la critique pour le ranger dans tel ou tel registre.

        Ce préalable étant posé, je te suis, Mathieu, en effet si on se rapporte aux propos de EB dans l’émission bien que l’objet de la conversation avec Samir soit davantage la modalité et la tonalité de la critique plutôt que son fond (même si cela va de pair dans l’appréciation). En ce sens, les deux comparses mettent le doigt sur les éléments témoignant d’une posture « éditorialiste » façon « on refait, non pas le match, mais le film » spécifiques aux cobayes youtubeurs du panel, ce qui est tout à fait éclairant.

        Pour autant, quand il cite Daney sur les interstices du film que le/la critique vient remplir ou quand il parle de Deleuze qui propose l’analyse d’une séquence d’un film qui ne figure factuellement pas dans ledit film, EB semble effectivement davantage verser du côté de l’idéalisme. Le passage sur le recours ou non à l’analyse de séquences, d’images extraites d’un film pour en parler, montre aussi un certain tiraillement. Il reconnaît d’ailleurs cette contradiction.

        A son crédit, EB, dans son billet critique intitulé « Vie et mort d’un sourire » pour Média, convoque des éléments concrets du film et, pour exemple, son analyse de l’utilisation du motif de la comédie musicale (sur l’annulation de sa « capacité d’effraction dans le réel » et sur son « allure inoffensive » du fait de « l’intemporalité des chansons ») est étayée et m’a paru tout à fait intéressante et pertinente.

        Et à sa décharge, peut-être aussi que le film (que je n’ai pas vu au moment où j’écris ces lignes, donc ce qui suit ne sont que pures spéculations !), par ses atours nihilistes, ne propose que trop peu de matériau(x) à se mettre sous la dent, ce qui semble corroboré par le fait que la critique s’épanche davantage dans la comparaison avec le premier opus que dans l’analyse sur le film comme « autoportant ».

        Bref (même si toujours pas !), hâte également de découvrir le second épisode « Le masque, la plume et la critique » demain soir.

      • #73807 Répondre
        Mais moi c’est léo
        Invité

        quelle belle gêne celle sur Tarantino, et quel beau beau moment le rappel du fait que la pâtée fait « sploch » dans la gamelle… Sontag aurait été contente de ce regard qui sait voir, il y en a trop peu, la culture nous désensibilisant face à l’art.

        • #73822 Répondre
          Renaud Bigorre
          Invité

          Oui quelle belle gêne en effet (épisode 8), merci Mathieu pour le rappel de cette tirade d’anthologie. Je me suis réécouté le passage de la bande (entre 14m30s et 21m) : jouissif !

    • #73810 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Idéaliste, le mot me parait un peu fort. Mais le terme « idée ». Là où je préférerais dire que j’ai vu quelque chose. Ce qui au moins assure une sorte de connexion avec la matière du film.
      Son idée sur Joker 2, ou l’idée qu’il semble valider, elle est dans le film. Il suffit de bien voir ce que fait le film, et il fait ça. Je le dirais d’ailleurs autrement : il s’efforce de dé-politiser la figure de Joker. Ce qui ne me déplait pas, vu que je trouvais très stupide la façon dont elle avait été pilitisée suite au 1. J’imagine même que Phillip a eu une espèce de frisson de petit démocrate américain bon teint : il s’est dit, merde, en fait l’émeute de la fin de Joker 1 c’est l’émeute du Capitole. C’est des méchants fascistes. Vite vite distinguons nous de cette engeance
      Donc cette fois c’est clair : Joker n’est plus qu’un petit garçon souffrant et malade.
      C’est toujours aussi con, le film encore plus laid que le 1, mais au moins des gauchistes inattentifs (pléonasme?) cesseront la sottise de faire de Joker leur héros.
      Je reviens à la critique : je pense qu’Emmanuel se méfie de la critique analytique-universitaire, qui se contenterait de nommer les effets de sens d’un film en repérant ses motifs récurrents, etc. Ce qu’on fait à la fac. Il veut maintenir le coté « créatif » de la critique, au sens où Deleuze dit que la philo crée des concepts. En somme, réflexe aristocratique : maintenir que la critique c’est de l’art, contre le travail analytique des besogneux.

      • #73816 Répondre
        Nox
        Invité

        Je trouve que le désaveu « politique » que cherche à produire Philips avec le film montre surtout qu’il ne comprend pas sa (grande) part de responsabilité dans la confusion qu’a généré le premier opus. Je trouve ça un peu triste, un type qui claque deux cents millions de dollars (dont presque un quart pour la paye des acteurs) pour dire au public « non mais vous avez mal compriiiiiis (revenez !) ».

    • #73836 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      À croire que je suis la seule à ne pas avoir aimé cette émission enfin je trouvais que c’était bien parti et je trouvais le concept intéressant, je me suis même dis « tiens ça pourrais me donner des idées pour m’améliorer » mais j’ai arrêté vers la fin car là j’étais plus du tout d’accord avec lui. mais voilà c’est ça aussi la magie avec la cinéma. Sa manière d’en parler. de voir le cinéma est tellement si grande et passionnante

      • #73859 Répondre
        Renaud Bigorre
        Invité

        J’apprécie le concept de l’émission et j’ai globalement aimé le déroulé et la teneur des échanges.
        Cela étant, j’y ai trouve aussi quelques défauts. Même si Samir a précisé le cadre (et le hors cadre) au début (et reprécisé tout du long), à savoir qu’il ne s’agit pas de faire la leçon aux critiques du panel, il n’en demeure pas moins que le positionnement en surplomb a pris parfois une tournure paternaliste. Emmanuel s’en est d’ailleurs rendu compte et l’a fait remarquer (et aussi d’oublier systématiquement les pseudonymes des youtubeurs).
        Peut-être proposer explicitement un droit de réponse ou une invitation à l’échange a posteriori serait bienvenu et permettrait même de poursuivre la conversation autrement.

        • #73861 Répondre
          PeggySlam
          Invité

          Oui je pense que tu as tout à fait raison pour le droit de réponse ! Je verrai si je me regarde la fin un de ces quatre

    • #74211 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Le second épisode de « On y reviendra » a été diffusé hier : une régalade !
      La mise en bouche était un extrait audio de Jean-Claude Biette interviewé par Serge Daney dans Microfilms sur la « Poétique des auteurs » et un retour rapide sur l’émission précédente au sujet du souffle de la voix du critique en lien avec sa personnalité, et de l’exercice de la critique au cube comme élargissement de la perspective et du partage.
      Et le menu dégustation s’est décliné en six plats, six passages de l’émission « Le Masque et la Plume » à six époques différentes (le premier extrait du 15 octobre 1972 et le dernier du 13 octobre 2024), de manière à suivre l’évolution de ce référentiel emblématique de la critique.
      On sent vraiment qu’Emmanuel Burdeau et François Bégaudeau sont de la même veine de critique. Quand Emmanuel a parlé de « partir de son émotion », « parler des raisons, pas des opinions », « au nom de quoi ? de quelle idée on critique ? », j’ai réentendu François dans son premier live avec Samir sur Microciné sur la « ligne de crête entre objectivité et subjectivité », sur la critique qui « s’écrit au point de refroidissement de l’émotion », « partir de son bouleversement sans jamais le nommer tel quel, mais en l’expliquant, en le dépliant ». Comme dit François plus haut, tous deux envisagent la critique comme un art, supérieure (d’où le geste « aristocratique » si j’ai à peu près compris) à une analyse universitaire (critique qui se veut objective) ou à une réaction à chaud (purement subjective).
      Très intéressant le passage où Emmanuel témoigne de sa propre expérience dans « Le Masque et la Plume » : le fait que la joute est factice, la quasi-impossibilité de dialoguer entre critiques d’approches et des sensibilités différentes, l’incitation se fondre dans le « cercle » avec un rôle à jouer et un change à donner, la frustration de la courtée du temps de parole, …
      Chouette ouverture aussi de Samir en invitant « Le Masque et la Plume » à poursuivre son ouverture justement (désormais Rebecca Manzoni présente l’émission et il y a la parité) en intégrant des nouveaux noms et de nouvelles voix venant d’Internet pour prolonger la critique autrement.
      Au prochain épisode, retour sur les critiques sur YouTube, mais avec des chaînes plus « confidentielles » car avec peu d’abonnés relativement à la première fournée.

      • #74222 Répondre
        Tony
        Invité

        Je l’ai regardé aussi,sans avoir eu le temps encore de rattraper la première,trés intéressant en effet,sur les extraits du masque celui que j’ai préféré c’est,de loin,celui qui concernait le film de Brisseau,c’est vraiment très frappant d’entendre ce qu’en disait la critique de l’époque,Lalanne/Bonnaud en l’occurrence et la sophistication avec laquelle ils en parlent(et le ridicule aussi,pour Lalanne,de présenter Brisseau comme le cinéaste le plus génial de l’univers!),je me souviens l’avoir vu au cinéma à sa sortie et ça m’avait laissé assez perplexe,comme souvent avec Brisseau,cependant ce qu’en dit Lalanne(remake de Psychose où les scènes de meurtre sont remplacées par des scènes de sexe,Brisseau cinéaste le plus érotique,on est dans son fantasme et dans sa tête)me donne envie de le revoir,je n’en ai plus aucun souvenir aujourd’hui,et Bonnaud surenchérit en disant qu’il fait avec la culture populaire un film expérimental du samedi soir,c’est pas mal aussi,extrait vraiment très bien choisi aussi pour mesurer ce qui s’est passé depuis Metoo.
        Sur Burdeau moi ce que j’aime chez lui en tant que critique c’est qu’il ne cherche pas à être plus intelligent que le film,je crois même qu’il a souvent ce talent de trouver un angle intéressant pour parler d’un film qui pourrait nous paraître,à première vue,insignifiant,en tout cas il est toujours intéressant à entendre.

        • #74232 Répondre
          Renaud Bigorre
          Invité

          A part quelques bribes de la rivalité entre les Cahiers et Positifs, je ne connaissais pas les bails entre les intervenants et les éléments de contexte des différentes epoques. Ce qu’en disent les deux comparses, et ce que tu as ajouté dans ton message Tony, ajoute de la saveur, du croustillant sur les personnes, les personnages qu’ils jouent, leurs positions relatives les uns aux autres, et leur prisme critique.
          Je reviens encore au dialogue entre François et Samir, mais ça me rappelle quand François donne les(ses) clés de lecture des joutes verbales entre Damien Aubel et lui durant les « Tables rondes » à Transfuge (passionnants moments de conversations critiques avec une belle écoute entre les participants, émissions trouvables encore sur DailyMotion).
          Au sujet de ton appréciation des critiques de films d’Emmanuel Burdeau (là aussi je précise en avoir lu/entendu qu’un échantillon et sur une période assez récente), je la partage. Je dirais qu’il a de la vista au sens où il sait regarder un film (regarder au sens littéral). Et ensuite, comme il dit dans l’émission, à partir de ce qu’il a vu, il arrive à nous faire voir « les nuances à l’intérieur du film » en utilisant des mots simples et choisis à propos, donc compréhensibles et sensibles pour un béotien comme moi.

    • #75200 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      3ème épisode de « On y reviendra » sur MicroCiné hier soir intitulé YouTube et la critique : réactions en chaînes (à noter la présence parmi les spectateurs d’un des membres du panel)

      Préambule avec un extrait de brève rencontre avec Jean Luc Godard (ou le cinéma comme métaphore par Ghassan Salhab (2005) où Godard parle notamment de « diction et contradiction » et de « champ et contrechamp » (en bonus : Gérard Darmon se prend une balle perdue !)

      Les regards de Samir et Emmanuel se sont portés sur 6 extraits vidéo de chaînes YouTube moins connues que celles de la 1ère émission, et ont fait émerger des points très éclairants sur la critique (YouTube mais pas que).

      Quelques morceaux choisis en vrac :
      – la richesse et l’originalité des idées avancées par les YouTubeurs, souvent ça se cantonne à des débuts d’idées du fait de l’absence d’interlocuteur pour prolonger la conversation, mais cela permet aussi de simplement poser les choses (notamment dans le cas de la chaîne Cinéma et politique) , « elle pose des choses, et ce sont aux spectateurs de voir comment ils en disposent », le rapport à la pédagogie aussi pour « remettre sur scène des films, des cinéastes, des périodes qui ont été mis de côté » ;
      – la passion interprétative et la compréhension d’un film : « le critique confond la réussite interprétative avec le goût qu’il a pour le film », « ne pas confondre comprendre et aimer, même si comprendre c’est aimer et qu’aimer sans comprendre, c’est compliquer », « le moteur n°1 du travail critique est la compréhension, bien avant le jugement », « le critique, c’est avant tout quelqu’un qui a besoin de comprendre pourquoi il aime et pourquoi il aime pas » ;
      – la non compréhension n’est pas détestation : « à l’inverse [par rapport au point d’avant], ne pas confondre détester et juger qu’il n’y a rien à comprendre », « c’est une grande difficulté de la critique, car là où il y a à comprendre, on a tout le temps tendance à penser qu’il y a à défendre et que ce qu’on ne défend pas, c’est de l’incompréhensible », « si on pense que ce qui est incompréhensible est bon et que ce qui est incompréhensible est mauvais, on appartient à ce qu’on appelle aujourd’hui cette horreur qui est le cercle de la raison alors que les choses sont dix mille fois plus compliquées que cela », « c’est une question politique aussi », « si on ne se tient pas dans cette tension, on ne se tient nulle part » ;
      – fond et forme sont indissociables ;
      – le délicat recours à la référence / la citation : gare à la « farandole de desserts culturels, sans sortie, sans convaincre », « on fait toujours deux choses en même temps : on explicite et on légitime », « utiliser une référence, ça a une fonction explicatrice mais ça a toujours aussi une fonction de légitimation à la fois pour l’œuvre dont il est question et pour la personne qui porte le discours sur l’œuvre », « la fonction de légitimation a une fonction verticale qui l’emporte presque toujours sur la fonction explicatrice qui est une fonction horizontale », « la fonction de légitimation consiste à dire d’une chose est bien car elle entretient un rapport avec cette autre chose dont vous savez déjà qu’elle est bien », « une valeur a priori constituée pour valoriser un autre objet »,
      – le délicat recours à la référence / la citation (bis) : « bien souvent, les références jouent le rôle de protection », « une vraie référence devrait jouer le rôle de « voleurs de grand chemin » pour citer Walter Benjamin (!) », et de citer (!) Deleuze : « je ne fais pas de la philosophie sur le cinéma, les cinéastes sont déjà eux-mêmes des penseurs et des philosophes » ;
      – le délicat recours à la référence / la citation (ter) : « Le cinéma ne sortira jamais d’une double appartenance », et de citer (!) Daney : « il y a 2 histoires du cinéma, l’histoire populaire et une autre histoire parce que le cinéma est toujours d’un côté un divertissement populaire, de tout le monde et c’est magnifique et d’un autre côté, le cinéma a fini par être reconnu comme un art », « difficile de citer sans distinguer le cinéma » ;
      – la (re)délimitation de la critique, la (re)définition du critique : « définition institutionnelle : est critique quelqu’un qui écrit dans un périodique – journal, hebdomadaire, mensuel, trimestriel, etc. – » qui a pu tenir un temps, mais plus difficile à tenir avec Internet, « les instruments qu’on se donne pour descriptifs sont aussi des instruments de jugement de valeurs ».
      Bref, de la matière à penser et pour réfléchir !

      Prochaine émission le dimanche 3 novembre à 20h sur « la manière dont le critique peut apparaître comme personnage dans des films, des séries ou dans des sketches », « comment est représenter le critique au cinéma ? » (ils sont preneurs de suggestions).

    • #75227 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

       » « le critique, c’est avant tout quelqu’un qui a besoin de comprendre pourquoi il aime et pourquoi il aime pas » ; »
      Très simple, et très juste, et presque suffisant

      • #75247 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        Oui mais comprendre le film avant de comprendre ce qu’on aime ou pas est quand même important avant de commencer une critique. Enfin mon humble avis

    • #75393 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      J’aime bien ce que dit Burdeau sur le recours aux citations, restrictif mais très pertinent. Il en parle assez longuement, on sent un avis très mûr sur le sujet. C’est frappant de voir le contraste avec certains moments où il meuble, où il est moins à l’aise (il peut passer 1min entière à dire qu’une youtubeuse est assise face caméra et parle de façon monotone). Si j’avais une seule suggestion, pour la suite, ce serait d’étudier seulement des extraits où sont traités des films que nos deux animateurs ont vu (on a bien saisi qu’il n’y avait pas d’invité!). Je vais continuer à écouter tout ça avec plaisir

      • #75399 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        Et sur la passion, je le rejoins beaucoup quand il dit à la fois c’est bien mais ça peut être aussi un piège. J’ai beaucoup plus aimé cette émission que les deux premières

        • #75433 Répondre
          Renaud Bigorre
          Invité

          Oui leur analyse des productions critiques youtubesques s’affine au fil des épisodes.
          Et accompagner ce processus d’affinage (toutes mes pensées à Maurice Astruc !) est tout à fait intéressant.
          A moment donné (ou à m’en donné au sud ouest !), Emmanuel met en avant que Samir et lui, par leur approche, sont « pionniers de traiter des vidéos YouTube comme des œuvres » (même s’il y a du déjà avoir des essais similaires), d’où certains tâtonnements et étonnements de leur part (par exemple, Emmanuel qui note qu’aujourd’hui les spectateurs qui souhaitent prolonger le visionnage du film, ne se contentent plus des critiques presse mais vont aussi consulter celles sur YouTube).

          • #76409 Répondre
            PeggySlam
            Invité

            Je reviens sur le coup du problème de la passion pour la sur interprétation des films. Je citerai aussi le youtubeur Durendal même si j’aime bien sont format Pourquoi vous avez tord et pourquoi j’ai raison, parfois je pense que sa passion pour un réalisateur il sur interprète les films et n’accepte pas que certaines personnes n’aiment tout simplement pas ce qu’il aime. Exemple les réalisatrices de Matrix qui est quand même très inégal dans sa réalisation

    • #76429 Répondre
      Benoît
      Invité

      Salut Renaud,

      A quel moment est évoqué de « manière explicite » François comme tu dis ? L’émission dure 3H et il me reste 2H30 à vivre. Merci !

      • #76517 Répondre
        Renaud Bigorre
        Invité

        Benoît, la séquence est de 1:46:20 à 1:48:50 (épisode 1).

    • #76520 Répondre
      Benoit
      Invité

      Merci ! Il parle de jouer juste, j’ai compris à moitié.

    • #76961 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Prochain et 4ième épisode à 21h ce soir (dimanche 10 novembre) intitulé « L’Image Critique »

    • #77225 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Une nouvelle fois, j’ai trouvé la conversation passionnante. Dans cet épisode, l’approche était d’aborder le métier de critique sous l’angle humoristique des satires qui en sont faites, avec 6 morceaux choisis comme base pour élaborer, à savoir :
      – le sketch Le critique cinéma (Broute, 2022),
      – un extrait de l’émission Prochainement sur Canal + avec Alain Chabat et Daniel Toscan du Plantier (ils parlent évidemment des parodies des Inconnus qu’Emmanuel connaît par cœur),
      – le générique et un extrait du premier épisode de la série The Critic (Al Jean & Mike Reiss, 1994-1995),
      – un extrait du film Rien sur Robert (Pascal Bonitzer, 1998) avec une anecdote marquante de Samir qui a vécu une situation similaire à celle du personnage de Luchini qui se fait pourrir en tant que critique,
      – un extrait du film Journal intime (Nanni Moretti, 1994) et
      – un extrait du film Annie Hall (Woody Allen, 1977).
      Dans une première partie, ils abordent les aspects concrets et pratiques du métier, notamment les projections de presse, la spécificité des festivals avec tout le théâtre qui va et ses hiérarchies, ses accréditations, la prise de notes interdite, le fait de « bouffer »/ »consommer » beaucoup de films certes gratis mais à contresens de la passion, sa solitude aussi, avec deux profils prédominants dans la représentation du critique : le soutier et le dandy.
      Dans une deuxième partie avec les trois extraits de films et des éclairages passionnants sur de Bonitzer, Moretti et Allen, le sujet a dérivé de l’image du critique vers la question de la culture critique.
      Plusieurs digressions à la lumière des propos de Serge Daney (figure tutélaire de l’émission) :
      – sur l’utilisation des métaphores dans la critique avec deux risques : la collision et l’enivrement ;
      – sur le déconsidération du film relativement à sa périphérie : quand la critique est préférée au film, quand le film est la dernière roue du carrosse ;
      – sur le spectateur devenu consommateur culturel, sur le maquereautage culturel dont Les Cahiers étaient à la fois les pourfendeurs mais aussi les promoteurs ;
      – sur l’apparition dans un film (Annie Hall de Woody Allen) du cinéphile comme personnage possible pour le cinéma, donc possiblement aimable, comme héros possible d’un film (référence à l’article « Le cinéphile à la voix forte »).
      De belles envolées d’Emmanuel :
      – « Les Nuls c’est de gauche, Les Inconnus c’est de droite ! » ;
      – « Ce qu’on aime dans le cinéma ce n’est pas exclusivement l’object culturel, être critique de cinéma, ce n’est pas se battre pour la reconnaissance du cinéma comme objet culturel. Ce n’est pas évident parce que le critique de cinéma, qu’il le veuille ou non, est un agent culturel, donc il doit travailler contre lui-même d’une certaine façon, contre la place que malgré tout il occupe » ;
      – « Pourquoi le critique est aigri (ce qu’on retrouve comme cliché, dans la caricature) ? 1) C’est un réalisateur raté, c’est pour ça qu’il est si cruel avec les films des autres, c’est la jalousie qui le rend mauvais. 2) Il a vu trop de films, sa capacité d’étonnement, d’émerveillement, s’est émoussée ; ce qui est un vrai danger, car la longévité est une affaire souvent compliquée soit car on connaît beaucoup et ça devient compliqué de rester indépendant dans ses avis, soit car c’est plutôt un métier pour des gens jeunes parce que le cinéma, peut-être encore plus que d’autres formes d’expression, est lié à l’époque et il faut être de son temps pour être un bon critique, on se ringardise très vite. » 3) [se référant à Pauline Kael] le plus intéressant au cinéma, c’est la nouveauté et beaucoup de critiques rechignent, se cabrent devant la nouveauté, et aller voir des films en sachant qu’on va écrire dessus ne (pré)dispose pas favorablement à être sensible face à ce qui va être nouveau. » ;
      – « La critique de cinéma, c’est un entre-deux, il faut aimer être dans cet espèce de trou, parfois c’est pas un trou, c’est un pont ou une passerelle ou un passage, mais c’est aussi un trou. » ;
      – « C’est génial de pouvoir faire métier de quelque chose qui consiste à essayer de mieux comprendre ce qu’on aime et ce qu’on aime pas, c’est quand même extraordinaire de passer une partie importante de son temps à mieux comprendre ce qui nous touche ou qui nous touche pas, mais parfois ça nous expose d’une manière assez bizarre [vis-à-vis des spectateurs et des cinéastes] » ;
      – [à propos de l’article de Louis Skorecki sur Retour vers le futur qui a été ressorti et s’est fait descendre pour les 30 ans du film] « Un critique ne se mesure pas d’abord à l’exactitude de ses jugements au regard de l’histoire. » ;
      – |à propos de l’analyse de l’extrait de Journal intime] « J’allais quasiment faire du Bégaudeau : il faut prendre la scène où elle est. » « Je vais faire du Samir : là tu parles du scénario, la scène elle ne nous dit pas ça. » ;
      – « C’est un des paradoxes [pour un critique] quand on va au cinéma, parce que c’est notre affaire et notre métier, je n’ai pas envie quand je fais la queue pour aller au cinéma, j’ai envie de tout sauf d’entendre les autres parler de cinéma. Donc d’une certaine manière, je suis en position de négation de la situation dans laquelle je suis. »
      Prochain épisode le 26 novembre (qui cette fois-ci sera non pas en direct mais enregistré).

    • #79142 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      L’épisode 5 « Burdeau de face » s’est déroulé hier en direct (lundi 25 novembre).
      Pour cet épisode, je vous renvoie au fil de discussion « Métier : critique » initié par essaisfragiles qui y est spécifiquement consacré (avec la notule-préambule d’Emmanuel Burdeau).
      Un épisode d’anthologie de mon point de vue, de l’introduction avec une lettre écrite et lue par Samir, à la conclusion avec le 4e de couverture de La Rampe lu par Emmanuel, en passant par la séquence de Rio Bravo en interlude.
      C’est principalement le temps des Cahiers de Burdeau (ses débuts donc) qui y est abordé, un peu le podcast Spéculations avec son comparse Matthias Chouquer aussi (en réaction à la Gêne Occasionnée !).
      A noter l’appel du pied plus qu’appuyé de Samir à l’attention de François à 2h23m30s !
      La suite, avec la période qui a été ellipsée (Mediapart, etc.), au prochain épisode (prévu le 15 décembre).

      • #79157 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Pas vu, mais je regarderai d’ici dimanche.
        .
        « (en réaction à la Gêne Occasionnée !). » : tu peux en dire plus ? histoire de me lécher les babines et de faire entendre mon braiment de mulet — à moins que ce soit un couinement de mulot.
        huuuuuuuuuuue !

        • #79164 Répondre
          Renaud Bigorre
          Invité

          En bref, Samir demande à Emmanuel comment lui est venue l’envie de se lancer dans le podcast Spéculations.
          Après une longue inspiration, ce dernier lui répond que c’est Thierry Lounas (de Capricci et So Film) qui est venu le titiller en lui faisant remarquer que la Gêne Occasionnée « marchait bien », jouant ainsi sur le fil de la jalousie.

          • #80140 Répondre
            Carpentier
            Invité

            jouant sur le fil de la jalousie

            ou sur celui de l’amicale concurrence stimulante (cf dans le rock ou le punk ou partout où un monopole – radical alternatif ici, certes, avec notre célèbre duo de la gêne occasionnée, un podcast que François Bégaudeau fait avec un ami – ?

            • #80141 Répondre
              Carpentier
              Invité

              * partout où un monopole montre toujours bien le risque étouffant de la qualité moindre et de la non-controverse fade en particulier
              Pensons dialectique, ici, comme on sait

            • #80143 Répondre
              Renaud Bigorre
              Invité

              Tout à fait, l’un n’empêchant pas l’autre, s’emmêlant l’un l’autre.

              • #80157 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                @ Renaud Bigorre
                Je ne sais pas si l’idée de mêlée conviendrait bien à un amateur de foot qui aime l’adversité et — j’ose le mot — le corps à corps, même à plusieurs.
                Dans la dialectique, il y a l’idée de dépassement, donc de négation, et de hiérarchie : 1, 2, 3.
                Je pense que François préfèrerait l’idée de réhaussement (« l’émotion froide »), voire de débordement : la dialectique fait le jeu de la négation, quand François chercher à embrasser les contraires (1 et 1 et 1).

          • #80142 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            La GO est mon joujou sexuel. Bonnes dimensions, double action. Quel pied !

    • #80139 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Sixième épisode « Burdeau de profil » (diffusion en direct le 2 décembre 2024) avec la poursuite du parcours de critique (mais pas que) d’Emmanuel Burdeau.
      En quelques bribes (NB : les textes de Samir en description de ses vidéos sont des perles) :
      – Introduction avec un extrait du film À voir absolument (si possible) – Dix années aux Cahiers du cinéma 1963-1973 de Jean-Louis Comolli et Jean Narboni qui interviewe Jacques Aumont ;
      – L’arrière-cuisine (et dépendances) des Cahiers où Emmanuel évoque plusieurs époques dont son cas personnel, disant qu’en sortir est plus difficile que d’y entrer ;
      – Décorticage du texte « L’Ecrit des crimes », critique d’Emmanuel sur Truman Capote de Benett Miller (à la fin de son passage aux Cahiers, passionnant décryptage avec la remise en contexte, le modus operandi, l’analyse de style et les clés de lecture ;
      – Le passage chez Mediapart, diffërence de contexte par rapport aux Cahiers, la (trop ?) grande liberté, les actes manqués aussi, hélas pas de temps pour revenir sur le billet festivalier sur La Vie d’Adèle ;
      – La programmation des festivals à La Roche-sur-Yon, en particulier l’édition sur la critique internet avec un abrazo à Sidy Sakho ;
      – La biographie de Daney par Burdeau, projet d’une vie initié il y a 7 ans, entraperçu du « pré-thème » du voyage « pauvre » chez Daney qui transpire dans ses textes et ouverture avec La Rampe.
      Prochain épisode sur Microfilms et dernier épisode de l’année sur les Top 10 2024.

      • #80144 Répondre
        Anna H
        Invité

        Merci !

        • #80158 Répondre
          essaisfragiles
          Invité

          on va regarder, on y reviendra

      • #80180 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je connais peu Burdeau, mais j’ai en partie regardé les deux dernières car la vie de critique m’intéresse. Et c’est intéressant. Tout de même surpris par la critique sur Capote, dont 80% semble déconnectée du film en tant que film — à l’aveugle, on aurait pu croire à une critique du livre. Et il faut vraiment apprendre à vivre sans père.

        • #80181 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          (… parce que c’est marrant : ils parlent beaucoup de Daney, et moi qui ne l’a jamais lu n’a aucune idée de ce qu’ils aiment tant chez lui.)

    • #80374 Répondre
      Eden Lazaridis
      Invité

      Burdeau est vraiment un type irrésistible, j’aimerais l’avoir pour ami !

      • #80429 Répondre
        essaifragiles
        Invité

        @ Eden Lazaridis
        François ne te suffit pas ?
        Tu as intérêt à faire le plein de pots de yahourt.
        Cela dit, mélanger un produit lacté avec du vin me semble du plus mauvais goût.
        On a tout de même des valeurs ici !
        François, paye ta tournée !

        • #83071 Répondre
          Eden Lazaridis
          Invité

          Emmanuel Burdeau le mangeur de yahourts.
          Certains fument des gauloises sans filtres, d’autres chiquent du tabac. Emmanuel mange des yahourts.

          • #83072 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Si quelqu’un connait ce fameux « site » qu’ils évoquent sans dire de nom sur lequel on a accès aux émissions Microfilm (hors yt et ina-pro), je suis preneur. J’ai rapidement tenté les torrent, rien vu.

    • #80428 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Quelqu’un pour partager la critique de Burdeau sur La Vie d’Adèle ? https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/071013/la-vie-dadele-la-verite-en-pature

      • #80431 Répondre
        Anna H
        Invité

        « La Vie d’Adèle » : la vérité en pâture
        Sortie en salle, ce mercredi 9 octobre, de la Palme d’Or de Cannes 2013 : La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Comment reparler d’un film dont Mediapart a déjà rendu compte et dont il est question dans toute la presse depuis près de six mois ? Il faut prêter l’oreille aux paroles, celles de la polémique et celles du film. Et rompre avec l’unanimisme, pour essayer de comprendre le projet et la politique d’un cinéaste dont le travail n’est pas où on le dit.
        Emmanuel Burdeau
        8 octobre 2013 à 17h54

        L’affiche de La Vie d’Adèle visible depuis quelques semaines semble vouloir réparer la blessure qui s’est ouverte depuis la présentation du film à Cannes, sa réception dithyrambique – à quelques exceptions près, dont Mediapart, lire notre chronique – et l’obtention de la Palme d’Or au soir du 26 mai. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux y apparaissent dents dehors et tout sourire : l’image n’est pas dans le film, mais sa liesse est évocatrice de la manifestation étudiante à laquelle se rendent ensemble Adèle et Emma. Personnages et interprètes, ici indissociables, ne se regardent pas l’une l’autre, ainsi qu’il arrive à maintes reprises sous l’œil de la caméra d’Abdellatif Kechiche. Elles regardent devant elles, comme si elles recevaient les vivats de la foule cannoise avant ceux de la France entière. Cette image en synthétise ainsi plusieurs, elle sert à dire qu’il n’y a aucun divorce, de la fabrication à l’histoire d’amour qu’il conte, jusqu’à la réception de La Vie d’Adèle. Pas de blessure mais une continuité, une commune allégresse.

        Image réconciliatrice, tentative de ressouder en un sourire ce qu’ont pourtant déchiré les mois écoulés entre mai et octobre. Des techniciens ont d’abord décrit des conditions de travail inacceptables : journées de travail anormalement longues, salaires en dessous du minimum, retards, comportement tyrannique de Kechiche… Dans de nombreuses interviews, Seydoux et Exarchopoulos ont ensuite dit combien le tournage fut épuisant, infernal, et affirmé la conviction de ne jamais plus retravailler avec le cinéaste. Celui-ci, enfin, a exprimé sa tristesse de voir son film dénigré de la sorte, accablé Léa Seydoux, épargné Adèle Exarchopoulos et confié qu’ainsi sali, La Vie d’Adèle devrait peut-être ne pas sortir du tout.
        Plusieurs positions se sont dans le même temps dessinées chez les commentateurs. Certains, croyant bon de poser aux affranchis, ont fait valoir qu’il n’y a là rien de nouveau sous le soleil noir du cinéma. On sait que les tournages se passent toujours mal, ce n’est pas propre à Kechiche. Voyez Maurice Pialat, voyez Fritz Lang… Retenons nos larmes, le grand art ne s’enfante que dans la douleur. D’autres ont carrément invité à passer sous silence la méthode pour revenir au film, et au film seul. Cet air-là aussi est connu : qu’importe la manière si le résultat est beau et le résultat, nous dit-on, est en l’occurrence magnifique. Oublions donc les coulisses et tournons nos regards exclusivement vers la scène.
        L’empressement à dire que tout roule et qu’il n’y a pas de problème est toujours chose curieuse, qui prête à sourire : mais d’un sourire jaune, dénué de l’éclat qu’il a sur l’affiche de La Vie d’Adèle. D’une part, en effet, il est crétin d’inciter à ne retenir que le résultat et non la manière d’un film. Aucun film – aucune œuvre d’art – n’est cela, un certain résultat, sans porter également trace du processus qui y a mené. Non pas tellement que la méthode soit visible à l’écran en tant que telle, ou que tout film en soit moralement comptable – encore que –, mais chacun est aussi une mise en scène, la défense d’une certaine façon de faire. Un chantier, si l’on veut. Un projet. Une courbe au lieu d’un point. Un travail. Les images ne sont pas des écumes sans renvoyer – non pas accidentellement, mais essentiellement – aux remous dont elles procèdent. Et qu’elles ne cessent d’être.
        D’autre part, nos affranchis, nos avocats de l’art-qui-a-tous-les-droits n’auraient pu tomber plus mal dans la mesure où, de tous les films réalisés ces derniers temps, La Vie d’Adèle est l’un de ceux dans lesquels cette dimension, celle du travail de l’art, est le plus explicitement et le plus abondamment discutée. Les droits et les devoirs de celui-ci, les conditions auxquelles il est praticable, ou pas. L’exhibition et l’inspiration, le peintre et son modèle, l’artiste et sa muse, le livre et le musée, les beaux-arts et les arts moches (sic)… Rappelons, évidence que beaucoup semblent juger négligeable, que le film met en scène deux Lilloises, Emma et Adèle, dont l’une se destine à la peinture et l’autre à l’enseignement, dont l’une est d’ascendance bourgeoise et l’autre d’extraction plus populaire, dont l’une recherche la célébrité et l’autre simplement le bonheur, dont l’une ne redoute pas l’exposition – à tous les sens du mot –, tandis que l’autre ne s’y risque qu’avec réticence. Kechiche raconte leur coup de foudre, leurs étreintes, leur histoire d’amour étalée sur plusieurs années. Il raconte aussi, il raconte surtout leur opposition, leur confrontation, leur conciliation finalement impossible.
        Il ne faut donc pas craindre de le dire nettement : ici moins qu’ailleurs il n’y aurait de sens à prétendre « sauver » le film de la rumeur bruissant dans ses parages. Il serait absurde de vouloir, à la veille de sa présentation aux spectateurs, décaper La Vie d’Adèle de la polémique qu’il a suscitée. Non qu’il s’agisse d’en tenir son réalisateur responsable. C’est plus simple que cela : le film lui-même – si tant est que ce « lui-même » veuille dire quelque chose – n’est à bien des titres que la mise en scène, la mise en forme d’une telle polémique portant sur les moyens et les finalités de l’art. Il ne parle, d’une certaine façon, que de cela. Ce dont il faudrait être fou pour en faire le reproche à Kechiche. A priori en tout cas.
        Le cul certes, mais aussi…

        L’immense majorité des articles publiés à Cannes et depuis parle pourtant d’autre chose, du choc ressenti à la découverte des scènes de sexe, du talent de Kechiche à filmer les corps et les émotions de la jeunesse, de la « collision cosmique » orchestrée par lui entre Adèle et Emma. Alors même que tout cela n’occupe, au mieux, qu’une moitié de film, l’autre passant en discussions, en leçons et en débats où se succèdent les noms de Marivaux, Sartre, Klimt, Schiele, Kubrick, Scorsese, Laclos, Picasso, Tiresias, Antigone…, tandis qu’on aperçoit le carré de Louise Brooks dans Loulou et que lecture est donnée d’un poème où Francis Ponge parle de « vice naturel », quelques instants après qu’Adèle a été violemment accusée par ses copines de « lécher des chattes », au seul motif qu’elles l’ont vue quitter le lycée en compagnie d’une jeune femme aux cheveux bleus au look de garçonne.
        Tant de paroles et de dialogues explicatifs, tant de signaux et de mises en abyme pour qu’au bout du compte ne soient évoqués que la bouche entrouverte et le cul rebondi d’Adèle Exarchopoulos, les baisers mêlés de morve, les étreintes et les miaulements sous la lumière crue ? On serait tenté de parler d’aveuglement critique. On en parlerait, soyez-en sûrs, si une telle chose existait en effet. Or de même qu’un film est rarement séparable des discours qui l’entourent, de même il ne s’est pour ainsi dire jamais vu que la critique y fantasme ce qui en est absolument absent.
        Les corps sont bien là, dans La Vie d’Adèle, et la bouche de la jeune actrice, et les baisers en très gros plan, et les claques sur les fesses, et les râles. Mais le reste aussi, les leçons à l’école et hors de l’école, les discussions d’étudiantes sur l’existentialisme, les paroles des dandies sur l’art et la dimension mystique de la jouissance féminine, et jusqu’au témoignage d’un jeune homme d’origine arabe sur son expérience hollywoodienne dans de petits rôles de « rebeu », voire de terroriste barbu et éructant. Il y a donc autant de philo que de cul, dans La Vie d’Adèle. L’essentiel de son effort, Kechiche le consacre à passer de l’une à l’autre, et parfois à les confondre ironiquement, ainsi qu’il apparaît dans un dialogue où les deux jeunes femmes occupées à leurs caresses les comparent aux cours de philo que l’aînée, afin de donner le change aux parents de la cadette, est censée lui administrer. Pourquoi alors la critique – pas toute la critique, presque toute – ne retient-elle que le cul, que les corps, et rien de la philo et de ses leçons ?
        Deux explications. La première est que l’idée selon laquelle l’office du cinéma serait la pleine révélation, le don de corps sans médiation ni réserve continue à être irrésistible, pour beaucoup : idée synonyme du cinéma lui-même, de son réalisme fondamental. La seconde explication est un peu plus complexe. Un film qui serait tel qu’est décrit La Vie d’Adèle, pure parution des corps, climax de trois heures – moins une minute – sans rien pour l’amener, l’aérer ou le dialectiser, un tel film serait en vérité insupportable. Chacun en a conscience, et Kechiche autant que quiconque, qui ne cesse de replacer son spectacle dans une certaine perspective, philosophique, picturale, pédagogique. Mais voilà : la critique ne pourrait consentir à prendre en compte cette dimension discursive pourtant omniprésente qu’à la condition de consentir dans le même temps à se présenter elle-même comme discours. Ce qui supposerait, immanquablement, qu’elle s’interroge sur le type de discours qu’elle est. Or cette interrogation est précisément ce qu’elle refuse, depuis toujours et spécialement aujourd’hui. Ne lui reste alors qu’à délirer un film qui, au mieux, n’est qu’à moitié là.
        (Où l’on voit que la première et la seconde explication n’en font qu’une : pas d’exaltation de la présence sans déni de critique.)
        Non pas une héroïne, mais deux.
        Prenons un exemple. Un exemple qui est plus que cela : les scènes de sexe. Les uns les trouvent renversantes, émoustillantes, sublimes. Les autres les jugent déplacées, intolérables. Elles rompraient avec le type de mise en scène auquel Kechiche a recours ailleurs. Elles montreraient l’ingénue Adèle magiquement transformée en initiée, en prêtresse du saphisme. Elles seraient une représentation biaisée de l’homosexualité féminine, non pas juste mais telle que la voit – l’imagine, la fantasme – un homme. La belle affaire. Tout cela est sans doute vrai, tout cela se tient, plus ou moins. Comment trancher, alors ?
        On ne comprendra rien à ces scènes, à leur éclairage, à leur théâtralisation, à leur emphase, à leur mélange de douceur et de brutalité si, les jugeant à l’aune de canons préétablis, on refuse de les replacer dans le système du film et, au-delà du film, dans la perspective générale du travail de Kechiche. Il se trouve que cette perspective n’est pas n’importe laquelle. Ce n’est pas celle d’un sensualiste échevelé, ni même celle d’un bourreau des jeunes cœurs. Loin d’une vision naïve ou extatique des corps au cinéma, la perspective kechichienne a trait à ce qu’il faut bien appeler la politique de la représentation, et plus spécifiquement la politique de la représentation féminine.
        L’Esquive (2003), La Graine et le mulet (2007), Vénus noire (2010) avaient, on s’en souvient, une héroïne et non pas deux. Mais à chaque film, cette héroïne apparaissait toujours plus coupée en deux, puisque c’était dans le même mouvement que le cinéaste choisissait d’en présenter la beauté, la vitalité, la vie et de faire valoir combien le regard porté sur cette beauté, cette vitalité, cette vie, étant admiration et désir, ne pouvait qu’être aussi violence, voyeurisme, viol peut-être. Vénus noire a atteint à cet égard un point de non-retour : chaque scène s’y voulait en effet à la fois célébration et outrage. Amour de son héroïne, la Vénus hottentote interprétée par Yahima Torres, mais aussi condamnation sans appel des regards manipulateurs, concupiscents, esclavagistes s’emparant d’elle.
        Kechiche est ressorti découragé de ce film extrême et mal accueilli. Dépositaire, aussi, d’une question qu’il ne pouvait plus esquiver. Comment une même image, surtout si c’est un gros plan, pourrait-elle prétendre séparer le bon et le mauvais regard ? Est-il possible de distribuer de part et d’autre d’une limite franche le bon regard du cinéaste épris des actrices débutantes, prompt entre tous à les révéler aux yeux du monde, et le mauvais regard de ce même monde, toujours prompt à transformer ces corps en objets de possession, voire d’asservissement ?
        C’est pour sortir de cette impasse que Kechiche s’est résolu à filmer ici deux jeunes femmes, et non plus une seule. Pour en sortir et non pas d’abord pour s’affronter au problème de la représentation de l’homosexualité féminine. Les scènes d’étreinte entre Adèle et Emma doivent être vues dans ce cadre. Comme un retour, pour Kechiche, à un stade antérieur de son cinéma, comme le moment de fusion fragile, ô combien précaire, entre l’effroi et le désir. Il est donc logique qu’elles dégoûtent les uns et excitent les autres : en elles se rencontrent et se séparent, s’unissent et se désunissent la bonne et la mauvaise obscénité, la bonne et la mauvaise image.
        Car il est inutile de le dissimuler plus longtemps, et le lecteur l’aura compris, même s’il n’a pas encore vu le film : il y a bien ici, pour la première fois nettement distinctes dans un film de Kechiche, une bonne et une mauvaise image. Un bon et un mauvais corps. Une bonne et une mauvaise manière de regarder ces corps. Division dans la politique de la représentation. Celle-ci est claire, pour qui sait entendre. Elle est énoncée dès les premières lignes de dialogues, par un professeur de français invitant une élève à ne pas seulement lire les mots de Marivaux dans La Vie de Marianne, « Je suis femme », mais à se les dire intérieurement. À se les dire comme une vérité et non comme une phrase. Comme une conviction profondément ancrée et non comme une parole d’auteur. Comme ce que l’on se murmure à soi et non comme ce que l’on lance à destination d’un public.
        La Vie d’Adèle ne changera pas ce cap. Il y a l’histoire d’amour, mais celle-ci pèse peu au regard du combat mené par Kechiche dans son champ : celui, redisons-le, des politiques de la représentation. La bonne image, c’est l’image intérieure, celle qui, tout en ne se refusant pas au regard, murmure aussi qu’elle pourrait absolument s’en passer. C’est Adèle. C’est Adèle en train de manger, de lécher son couteau, de mettre ses doigts dans sa bouche, de faire toutes ces choses que la bienséance interdit mais dont Kechiche a besoin parce que la bonne image, pour lui, est oublieuse d’elle-même : la bienséance l’indiffère puisqu’elle a sa suffisance, elle s’appartient. Elle n’est pas consommée, elle n’est pas dévorée : elle se consomme, elle se régale.
        C’est encore cet instant où la caméra, brisant le réalisme, saisit en plongée Adèle se renversant sur sa chaise et s’étirant au milieu d’un repas de famille. Ce sont toutes les fois – nombreuses – où le cinéaste filme la jeune fille endormie, la bouche comme toujours entrouverte et le cul cambré : image où le sujet est si absorbé en lui-même que le problème de la place du spectateur ne se pose plus. La bonne image, c’est le théâtre sans théâtre. Manger, dormir, embrasser peut-être. Enseigner sûrement : quand elle fait classe, la jeune fille est sur scène sans y être, puisque ses spectateurs sont partie prenante de la performance et qu’ils ont l’innocence de tout jeunes enfants.
        La mauvaise image, c’est l’inverse. C’est Emma. Emma connaît l’art, elle initie Adèle au plaisir, elle sait ce qu’elle veut. Bien qu’éclairée, cette position est en vérité un obscurantisme : Kechiche ne fait guère de différence entre celle qui ne craint pas le regard des autres et celle qui le recherche au point d’être prête à tout lui sacrifier, entre le progressisme et le carriérisme, entre le goût de la scène et la mauvaise obscénité. La mauvaise image, c’est Emma se préoccupant de sa gloire et de son image, lisant Beaux Arts Magazine au lieu d’accorder à Adèle les caresses qu’elle réclame. Ce n’est donc pas la peinture en elle-même, mais la peinture exposée, la peinture pour la galerie : c’est cela qui intéresse Kechiche, et non la nature de tableaux à peine entraperçus et manifestement médiocres.
        Le sacrifice des muses
        Comme la bonne image va avec une bonne parole, Adèle disant sa passion de la lecture à condition qu’on l’y guide mais pas trop, ou confiant tenir un journal qu’elle ne songe pas à destiner à la publication, la mauvaise image va également avec une mauvaise parole. Ce n’est pas celle qui vante Schiele en dépit de sa morbidité, opposée à celle qui moque Klimt malgré le fleuri de ses dessins. La mauvaise parole, celle des soirées mondaines et des vernissages, c’est la parole qui croit qu’il y a quelque intérêt à faire parade de semblables positions alors que l’art est fondamentalement ce qui ne saurait se payer de mots.
        La mauvaise parole est alors toute la parole – ou presque –, comme la mauvaise peinture est alors toute la peinture – ou presque. C’est pourquoi sont si importantes les deux scènes de repas, chez les parents d’Emma puis chez ceux d’Adèle. Kechiche y accorde une bienveillance infiniment plus grande aux prolos ignorants des choses de l’art et amateurs de spaghettis bolognaise qu’aux bourgeois épris de peinture, de bon vin et d’huîtres : la bêtise sympathique trouve aisément grâce aux yeux du cinéaste, pas la culture verbeuse et autosatisfaite.
        La bonne image n’est pas divisée. Elle bave, elle pleure, elle dort. Elle adhère : c’est Adèle Exarchopoulos donnant son prénom à un personnage qui, dans la bande dessinée de Julie Maroh, s’appelait Clémentine. La mauvaise image est divisée. C’est la division, c’est le re qui vient fendre la re-présentation. Elle fragmente les corps : une Adèle ici, au milieu des invités du vernissage ; une autre là, peinte, plaquée au mur, autant dire morte. La mauvaise image ne collera jamais : Léa Seydoux a précédé et précédera toujours de sa célébrité et de son nom le personnage qu’elle incarne. Kechiche ne l’accepte pas, et le lui fait payer. Une première fois dans le film, où Emma apparaît de plus en plus sombre, cruelle, égoïste. Une seconde fois hors du film, où il raille une actrice « de gala » incapable d’assurer le travail jusqu’au bout.
        À mille lieues du chant d’amour physique qu’on croit pouvoir en faire, La Vie d’Adèle est donc un film idéologique. Un film qui dit, sans cesse, comment il faut regarder et comment il ne faut pas regarder. Comment il faut peindre et comment il ne faut pas peindre. Étrange film, en vérité : il fait ici de très gros plans pour nous inviter, là, à ne pas regarder, pas comme cela, ou nous culpabiliser de le faire. Il parle d’art pour mieux nous dire qu’il est insensé d’en parler. Il bavarde contre le bavardage, il mobilise mille discours pour mettre la honte au discours.
        Bien qu’intégralement idéologique La Vie d’Adèle voudrait donc – comme tout film idéologique peut-être – désespérément passer pour le contraire de cela. L’immense majorité de la critique a exaucé ce vœu en chantant la louange d’une œuvre pleine d’elle-même. Kechiche peut la remercier, cela ne change rien : La Vie d’Adèle, comme tous ses films, ne conte pas un triomphe mais le sacrifice d’une muse, perpétré par le pygmalion en personne. Film de douceur, mais film aussi de rage, celle d’un homme au tempérament colérique bien connu, ennemi d’un cinéma français par lequel il se sent rejeté tout en aspirant, à l’évidence, à en occuper le centre.
        Chaque cinéaste, sans doute, cherche quelque chose. Quelque chose qu’il désire et qu’il redoute. La quête de Kechiche pourrait être celle d’un art qui arriverait à briller sans devoir être pour autant jeté en pâture. La quête d’une image dont l’éclat demeurerait une réserve, un sommeil. D’une obscénité non seulement hors scène, mais hors regard. Faute de pouvoir réaliser cet irréalisable – ou de pouvoir renoncer à sortir ses films –, Kechiche est condamné à continuer à vivre la même blessure, condamné à s’attirer le succès et les honneurs en mettant en scène ce qu’il honnit : le sacrifice des muses, les crimes du regard, la façon dont toute révélation – tout succès, tout honneur – implique une mise à mort.

        Emmanuel Burdeau

        • #80437 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Merci, Anna. Le texte est intéressant et discutable — je ne crois pas que le film parle autant d’art qu’il le croit, ou alors dans la mesure où toute œuvre d’art traite de l’art par l’art pratiqué, bref… Il a raison de critiquer la critique qui a en grande partie raté le film tout en l’encensant. Le focus sur les scènes de sexe n’est pas aberrant, mais je les trouve ratées dans un film que j’adore. (On a longtemps disserté sur ces séquences comme des représentations du fantasme de Kechiche, oubliant que les actrices hétérosexuelles livrées à leurs corps ont dû autant s’abreuver de porno lesbien pour se préparer, imaginaire masculin repris par des femmes et c’est sans fin ce qui est quoi. Je les trouve surtout ratées parce qu’on voit des actrices et un réalisateur dans une performance qui ne montre même pas la performance sexuelle, et on a quand même une lycéenne qui, pour sa première fois, couche avec une lesbienne plus âgée et expérimentée, et rien de cela ne passe. Les comédiens et Kechiche sont tout de suite plus à l’aise dans la scène de sexe au début de Mektoub.)

          Y a-t-il bonne image et mauvaise image ? Je ne pense pas que Kechiche fonctionne de la sorte ; il n’y a qu’une héroïne dans La Vie d’Adèle, celle dont la vie est concernée, Kechiche aime tout simplement mieux la filmer que l’autre — c’est une histoire de goût.

          Dans un passage, il semble préfigurer Intermezzo : « Un film qui serait tel qu’est décrit La Vie d’Adèle, pure parution des corps, climax de trois heures – moins une minute – sans rien pour l’amener, l’aérer ou le dialectiser, un tel film serait en vérité insupportable. » On ne saura jamais. Je ne saurai jamais. Est ce que ça marche ? est une question que je me pose. Je ne suis pas autant tranché.

    • #83068 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      Episode 7 « Microfilms » qui clôt l’arc Daney et l’année 2024.
      Au menu :
      – 3 courts extraits choisis par Emmanuel : Maurice Pialat (à Cannes en 1987, avec Sous le soleil de Satan), Jacques Muller (animateur du film Qui veut la peau de Roger Rabbit ? de « Robert ) et Noël Simsolo (sur Clint Eastwood à propos de *Chasseur blanc, cœur noir*).
      – 1 long extrait retenu par Samir : entretien avec Youssef Chahine qui part de la déception pour Adieu Bonaparte qui a fait un four pour aller vers une discussion politique pas piquée des hannetons.
      Un décorticage tout à fait passionnant et foisonnant, avec un regard admiratif et distancié sur le monument Daney.
      NB : Sur Facebook, Samir a annoncé qu’il mettait entre parenthèses sa chaîne YouTube (la vie, l’envie de faire, refaire, un livre qui le poursuit tel le K de Buzzati). Pour se remémorer, savourer, célébrer, il a concocté un best of pour clore en beauté ce « quadriennat » de presque mille émissions !

    • #99512 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      « On y reviendra » revient jeudi soir, sur les César.
      Le texte introductif de Samir tout en questions avec plusieurs angles d’analyse (en description de la vidéo) laisse présager une conversation un brin désabusée mais fort intéressante.

      • #100390 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Quelqu’un sait pourquoi la vidéo a été retirée ou strikée ?

      • #100391 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        @ Renaud Bigorre
        Tu étais présent lors du direct ?

Vous lisez 17 fils de discussion
Répondre à : « On y reviendra » sur Microciné
Vos informations :




Back To Top