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Accueil Forums Forum général Métier : critique

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    Messages
    • #78738 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Pour honorer le prochain On y reviendra, la belle notule de Burdeau sur sa page Instagram — notule belle, comme toujours.
      Un fil de discussion pour réfléchir à ce qu’est la et le critique de cinéma.
      .
      « Pour fêter le 5ème numéro – déjà ! – d’On Y Reviendra, @microcinerevuedecinema et moi nous intéresserons au parcours, à l’itinéraire, au chemin, à l’évolution, à la carrière — la quoi ? — d’un ancien jeune critique de cinéma pas tout à fait encore reconverti en déjà vieux. Trois décennies, ou presque, d’articles, de livres et d’interventions en salle. De notules, de critiques, de répliques. De nautiques et de critules. Des  » Cahiers du cinéma  » au  » Média  » en passant par  » Médiapart « . De La Roche sur Yon à @cinemaeldorado en passant par le Café des Images. De Capricci à Lux en passant par Les Prairies Ordinaires et bientôt La Découverte. De Serge à Daney en passant par Daney et par Serge, par Serge Daney.
      Comment un critique travaille-t-il ? Comment écrit-il ? Et d’ailleurs, est-ce un travail ? Et d’ailleurs, être critique, est-ce réellement écrire ? Ou bien est-ce toujours faire un peu autre chose qu’écrire et que travailler, tout en accordant la totalité de son temps (ou presque) à cet ‘ autre chose ‘ ? Ce critique-là en particulier, comment faisait-il à ses débuts ? Et comment fait-il à présent, maintenant que sa fin est peut-être plus proche que ses débuts ?
      Il s’agira d’entrer dans la cuisine, de descendre au cœur du réacteur, de mettre la tête dans le moteur (et dans le guidon). Il s’agira de toute autre métaphore susceptible d’aider à saisir ce truc : être critique. Et le rester. Samir posera les questions. Je me risquerai à donner les réponses. J’en assumerai les conséquences. Car je connais plutôt bien ce critique plus si jeune pas encore vieux, plus si vieux et bientôt rejeune.
      Live lundi z5, 21h. Puis dispo quand tu veux. »

    • #78743 Répondre
      Tony
      Invité

      En hommage à Daney dont j’ai lu quelques pages ces jours-ci

      ADIEU A LA TELEVISION. Ce ne sont pas les métaphores plus ou moins drôles qui m’ont manqué tout au long de ces derniéres années pour désigner la télévision.
      Cela est allé du papier peint au chat, et de l’autel au bocal. Mais la plus juste est finalement la plus décourageante : prise globalement, la télévision n’est jamais que l’inconscient a ciel ouvert de la société. En tant que telle, elle est
      absolument réaliste et vraie, et les gens simples ont raison de s’y sentir à ce point « chez eux ». C’est une production quotidienne, comparable a celle des déchets d’une grande ville, avec le méme junk et les mémes trésors. Il y a la
      des symptomes gros comme des maisons, des réves de vieilles dames, des actes parfaitement manqués, des lapsus à  moitié échappés, des souvenirs-écrans, des
      réves étonnamment nets, de l’archive en goguette, de la redif qui fidélise, des figures en gésine, des dogmes en kit, des paroles subliminales, des mondes virtuels et bien d’autres choses encore.
      D’ou une question simple, à laquelle je ne me suis que trop longtemps dérobé :
      celle du sens et de l’utilité d’écrire sur la télévision. Ou, plus précisément, des risques qu’il y a a écrire sur elle « de force », selon une logique du coq-a-l’ane, du cadavre exquis ou de l’association libre qui nous rend si « intelligents ».
      Risques dont j’ai fini par penser qu’ils étaient tout a fait réels et que j’avais sans doute passé trop de temps à les courir.
      Par gentillesse, on m’a souvent dit que j’étais dans la lignée de Barthes (années cinquante). De mon côté, je rappelle toujours à quel point je viens aprés Godard (années soixante-dix). S’il en est ainsi, notre point commun (a tous trois) est
      d’avoir vécu une époque où, quoique craint, l’inconscient a été plutôt valorisé, tenu pour un outil, un scalpel, une politique de mise à nu, une porte d’entrée dans
      les affaires humaines qu’il ne fallait pas avoir peur de pousser. L’inconscient fut un théatre pour les uns, une usine pour les autres, mais un espace public pour
      tous. Espace d’interét public, légitimant de ce fait l’intervention critique. Mais il s’agissait d’une drôle d’intervention, consistant moins à juger la qualité du
      travail des gens que la façon dont ils étaient ou non « travaillés ». On leur demandait vite l’impossible : prendre conscience des exigences, voire de l’existence, de ce travail qu’ils « exécutaient » mais qu’ils ne faisaient pas. A la télé,
      par exemple.

      Notre erreur, du coup, est un peu la même : perversion du sémiologue, perversion du moraliste, perversion réunie des deux. Le sémiologue s’amuse un temps de la rhétorique, de l’idéologie, voire de la dogmatique inconscientes qu’il
      surprend a l’oeuvre derriére les productions les plus « naturelles » de la culture populaire (la fameuse fascination de Barthes pour « la bétise »). De son côté, le
      moraliste, qui soupçonne que les gens de télé sont en général incapables de repondre des gestes les plus élémentaires de leur « travail », s’obstine a le leur
      reprocher, comme s’ils le faisaient exprés. Jusqu’aux années soixante-dix, il dut y avoir punch et sincérité dans ces démarches démystificatrices (« La France mise
      en scene par Pompidou et Marcellin », et autres gais amalgames godardiens de l’époque).
      Vingt ans aprés, il ne reste que les rances bataillons universitaires de ceux qui veulent vacciner leurs enfants du virus de l’image-télé (le « chewing-gum des
      yeux ») en leur apprenant à la décrypter, à la déjouer, bref à la « lire ».
      Mais il suffit de les lire, eux, pour comprendre qu’ils ne feront jamais lire aux autres ce qu’ils enragent encore de n’avoir jamais vu. D’où leur haine rentrée pour les pauvres cinéphiles, qui ne sont toujours pas revenus, eux,
      de ce qu’ils ont bel et bien vu a l’aube de leurs non-carriéres : rien de moins que le coucher de soleil du cinéma sur le monde!
      C’est ainsi que le sémiologue amateur d’hier est devenu le sémio-cuistre d’aujourd’hui (Barthes est bien mort) et que le moraliste s’est fait a la longue l’histrion de sa propre cause. A quel moment ne lui a-t-il été plus possible d’ignorer que cette cause était non seulement perdue, mais qu’elle
      n’avait sans doute jamais existé (méme Godard est passé à autre chose)?
      Telle qu’elle est, la télévision a toujours «fait l’affaire » et ce n’est pas parce qu’on en a toujours dit plutôt du mal qu’on a désiré sérieusement son amélioration.
      Si la télévision est cet inconscient a ciel ouvert, il faut étre naif — et les pervers, avec leur goût tétu du «comme si» sont des naifs — pour s’installer là où devrait avoir lieu la soudure, le sas, le raccord entre cet inconscient opaque et un début de symbolisation quelconque. La télé n’en
      demande pas tant. Personne n’en demande tant, d’ailleurs. Personne, à vrai dire, ne demande rien. Normal, puisque la télé, c’est personne.
      C’est bien pourquoi, vaguement conscient de ces risques, j’avais tenu à intituler une de mes anciennes chroniques « Le salaire du zappeur ». Par ce maigre exorcisme, je désignais quand même l’instance — le journal Libération — qui me payait pour faire ça, pour «faire» ça (ou «faire le ça »,
      comme on dit « faire l’intéressant »). Un salaire qui soit un peu l’équivalent (bien modeste) de l’argent qui non seulement protége le psychanalyste moyen
      d’une triste pauvreté mais du danger d’être emporté par ce qui se transfére sur ses divans.
      Pourtant, tout au long de ces années passées à essayer de parler du petit écran sur tous les tons, j’ai du constater ceci : on peut écrire ce qu’on veut sur la télé,ça ne revient jamais, ça se perd,ça ne fait jamais débat, ça n’est jamais repris, jamais cité,ça n’existe pas. C’est l’anti-boomerang,
      l’objet intransitif par excellence, l’échec patent du passeur. De quoi, à la longue, se poser des questions (du genre : perdrais-je mon temps? pourquoi en vouloir à la pitoyable Cotta? me laisserais-je irradier en vain ?).
      Je pense aujourd’hui que dans cette impossibilité de toute « critique de télévision », il n’y a rien que de trés logique et je m’étonne d’avoir été si long à le comprendre. La pulsion critique ne nage pas impunément dans ces
      eaux où jamais un « moi» ne vient déloger un «ça ». La télé est un trou noir, pas un espace de parole. Elle est raccordée a l’oeil humain comme le trou de la douche est monté sur l’oeil de la morte dans Psycho. Regardée par tout le monde et faite par personne, elle n’a sans doute d’avenir que
      dans les jeux emballés d’une interactivité de catéchisme, lesquels, faut-il le préciser, sont le contraire même de l’écoute.
      Les productions de l’inconscient doivent-elles être soumises à la description,à l’examen, au questionnement — moral ou esthétique — de la critique, c’est-a-dire de la conscience? Par cette question aussi, nous sortons de la modernité, celle qui commence avec Baudelaire et notre erreur aura été
      d’avoir cru éternel le scénario qui présida à nos débuts de cinéphiles, il y a plus de trente ans. Nous avons pensé, en effet, qu’il y avait plus d’art dans un petit film d’aventures américain que dans les grandes « oeuvres » de
      l’artisanat francais. Nous avions, certes, raison, mais qu’il s’agisse du Lang de Moonfleet ou du Ulmer du Bandit, c’étaient encore des objets complexes et soignés — des «films» qu’on avait aimé faire — et dont les auteurs
      assumaient la responsabilité. Moment unique que celui où toute la haute culture européenne, chassée par la barbarie ou poussée par l’appat du gain, est venue travailler (à la dure) à l’incarnation de la culture basse américaine.
      La génération du structuralisme — celle de la critique à tout crin — n’a-t-elle pas décidé un peu légérement qu’objets voulus et objets symptomes relevaient également de l’analyse, donc de la critique? Cela a fini par créer
      une «culturalisation » de toute la production matérielle de la société, légitimant celle-ci juste assez pour la constituer en marché culturel, fonctionnant au voyeurisme social. Cela a profité aux enfants de Bourdieu, ennemis jurés de toute idée d’« art » (où ils ne voient qu’une imposture) et
      agents ravis de la dé-bovarysation que l’on sent actuellement à l’oeuvre dans les poses et les discours culturels. Nous en sommes là et ce n’est qu’un début.
      Mais la question de fond reste. A-t-on le droit de juger une société seulement sur ses poubelles, son déchet quotidien d’images avortées et de langues de bois bégayées, laissées en tas sur le carreau avant d’étre remplacées par d’autres
      qui les valent et qui fonctionnent, finalement,
      comme un sondage permanent et matérialisé? A-t-on le droit d’opposer son zapping à celui qui est déja pratiqué sur nous? Et si oui, quel statut cela confére-t-il a celui qui juge? N’est-il pas dangereux d’étre ce juge? Ne faudra-t-il pas plutôt inventer des sémio-fonctionnaires, des techniciens de la
      critique de mode passés à l’évaluation et à l’interprétation instantanées des « phénoménes de société », sophistes bien décidés a traiter celle-ci comme un ensemble non-hiérarchisé de symptomes ne renvoyant a personne en particulier et au marché en général ?
      Je me demande, pour finir, si le cinéphile que je fus et qui trouva dans le cinéma un moyen idéal de contourner la société afin de devenir plutot « citoyen du monde », ne se retrouve pas, quarante ans plus tard, privé de «monde » (ça, ce n’était que dans le cinéma) et acculé quand même à la
      « société » (ça, c’est toute la télévision). S’il en est ainsi, je suis prêt à m’excuser de l’impolitesse qui fut la mienne à trop dévisager ce qui « ne me regardait pas ».

    • #78815 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je m’excuse de relancer le sujet, mais je viens d’écouter l’émission de Microciné avec Sellier et j’aimerais relire les analyses qui ont été produites ici. Je n’arrive pas à retrouver le fil. Qui peut me l’indiquer ?

    • #78831 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      @Essaisfragiles nos esprits sont trop connectés en ce moment ^^
      .
      L’année prochaine je compte lancer une série d’entretien avec comme sujet « et si on parlait de l’état de la critique cinéma ». Ça sera avec des intervenants différents 😉

      • #78848 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Oui, tu me l’as déjà dit et j’ai un peu ouvert ce fil pour prolonger l’émission de Burdeau et pourquoi pas préparer la tienne.
        Tu n’as pas envie de contacter Microciné pour faire un duo le temps d’une émission ?

        • #78874 Répondre
          PeggySlam
          Invité

          Je pense qu’il en sera de la partie oui !
          J’attends de voir comment ça va se passer mercredi où il doit venir parler de Malick pour le film La Ligne Rouge (si pas de soucis technique de son côté car chaque fois que j’ai essayé de l’inviter il a toujours eu un soucis technique)
          .
          Et désolée si je me répète parfois c’est juste que je perds les files de discussion ici qui ne sont pas toujours facile à suivre et à retrouver 😉

          • #78938 Répondre
            Carpentier
            Invité

            salut Peggy,
            tiens, toi qui es de Bordeaux, est-ce que tu connais Cyprien Rimbault?
            – sinon, tu as bien raison pour les ‘ sujets ‘, c’est souvent que je me coltine le clic sur chaque page ouverte sur le forum pour retrouver un sujet et pas en créer un nouveau
            – on en viendrait presque à espérer être malade ou choper au moins une belle bonne grosse vie de flemme quand on traine ici et qu’on voit que cette attention à rechercher les sujets déjà créés est loin d’être partagée

            • #78941 Répondre
              Carpentier
              Invité

              la ligne rouge?
              un rapport avec la ligne verte? ; D
              aujourd’hui, je vais pouvoir, tranquille, t’écouter mieux sur ton rayon decalé, Peggy
              Ta grande semaine commence demain 🤘
              on te le dit?
              allez: merde (prout c’est trop minable)
              😉

            • #78950 Répondre
              Carpentier
              Invité

              voici ce qu’il fait, Rimbeault, avec la team de streetartists Monkeybird:
              https://images.app.goo.gl/o94Xrfde7CeGh7tm7
              pour ma première fois à bordeaux, ça m’amusera d’en rechercher les oeuvres

              • #78955 Répondre
                PeggySlam
                Invité

                Salut Carpentier, je ne connais pas Rimbeault, du coup je vais regarder ça de très près. J’ai dû malheureusement décaler mes rendez-vous à la semaine suivante car j’ai une angine depuis plusieurs jours et impossible de parler entre deux toux. Mais ce n’est partie remise.
                .
                Pour La Ligne Rouge, il s’agit du film de Terrence Malick sur la guerre du Pacifique. Très beau film de guerre d’ailleurs même si je ne l’aime pas dans son intégralité mais très beau film.
                .
                Bonne écoute pour ma chaîne 😉

    • #78908 Répondre
      Renaud Bigorre
      Invité

      « et bientôt La Découverte »
      Cela voudrait-il dire que la biographie de Daney qu’il fomente depuis un moment serait sur le point de sortir ?

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