skip to Main Content

Accueil Forums Forum général Marylène Patou – Mathis, préhistorienne

  • Ce sujet est vide.
Vous lisez 2 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #19037 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Préhistoire de la violence et de la guerre (Odile Jacob) Marylène Patou – Mathis, préhistorienne

      L’homme n’est pas un loup pour l’homme

      « Nous avons construit des images d’une préhistoire violente, en tension constante pour conserver ses territoires, pour garder le contrôle sur les femmes, sur le feu […], constate Marylène Patou-Mathis. Mais la réalité archéologique peut soutenir bien des choses, mais certainement pas cette thèse. » Marylène Patou – Mathis, préhistorienne.

      Il va falloir revoir ses formules à l’emporte-pièce et ses préjugés. Par nature, l’homme ne serait pas un loup pour l’homme, son rapport à la guerre, la haine de l’autre, mais également l’immoralité, le vice, l’esclavage et l’asservissement des siens n’étant pas vraiment inscrits dans ses gènes.

      Pis, la condition humaine, intrinsèquement violente disent les naturalistes de tout acabit, serait plutôt altruiste, collaborative, empathique par nature, estime la préhistorienne Marylène Patou-Mathis au terme d’une imposante enquête archéo-anthropologique qui ne caresse pas l’utopique projet d’enrayer le cycle de la violence, mais plutôt de laisser la science et les faits scientifiques mettre à mal une de ses principales justifications.

      « Il n’y a pas de sauvagerie intérieure, pas de détermination génétique de la violence chez l’humain qui permet d’expliquer et surtout de justifier les guerres et ses pires comportements », lance à l’autre bout du fil cette spécialiste de la préhistoire qui bosse entre autres au Muséum national d’histoire naturelle de Paris où elle côtoie sur une base régulière Yves Coppens, un des trois paléontologues qui a découvert – sans conflit entre eux -, un fossile baptisé Lucy, la doyenne de l’humanité. « Collectivement, nous avons construit des images d’une préhistoire violente, en tension constante pour conserver ses territoires, pour garder le contrôle sur les femmes, sur le feu… Cette image est exposée régulièrement pour prouver notre part animale et légitimer les dérives que cette animalité nourrirait. Mais la réalité archéologique peut soutenir bien des choses, mais certainement pas cette thèse. »
      Pas de cruauté innée

      Jean-Jacques Rousseau, avec son idée d’un homme plongé dans « le plus horrible état de guerre » par « une société naissante » plutôt que par un déterminisme génétique, avait finalement raison. N’en déplaise à Freud et à ses pulsions agressives originelles ou encore à Nietzsche et à sa cruauté innée qui, sur ce point, ont eu un petit problème de vision.

      L’humain est naturellement bon avant de commettre le pire, et l’autopsie de son passé lointain tend facilement à le démontrer. Ce sont les tas d’os qui le disent : « L’étude de plusieurs centaines d’ossements humains datant de plus de 12 000 ans [soit la période des chasseurs-cueilleurs paléolithiques] a permis de constater que les marques de blessures consécutives à un acte de violence sont extrêmement rares : un peu moins d’une douzaine », écrit Mme Patou-Mathis dans Préhistoire de la violence et de la guerre (Odile Jacob), essai fascinant qui parle d’aujourd’hui en regardant loin derrière. L’objet littéraire vient de sortir. « Le plus ancien témoignage de violence a été découvert sur un crâne, probablement d’Homo sapiens archaïque […] daté entre 200 000 et 150 000 ans. » Il porte la marque d’un coup causé par un objet contondant, explique-t-elle. Mais le coup, en plus d’être anecdotique dans l’ensemble des fossiles découverts, n’a pas été mortel.

      Ces autopsies, comme plusieurs autres exposées dans le bouquin, révèlent l’absence de violence institutionnalisée, mais imposent également des images de dévouement de ces hommes et femmes des cavernes chez qui l’entraide avec les plus faibles, les handicapés, les vieux était sans doute bien plus présente que l’ont laissé croire les historiens à partir du XIXe siècle dans leurs lectures de cet autre âge. Les textes et l’imaginaire dessinés avec réalisme, parfois même montés dans des musées sous forme d’hommes préhistoriques empaillés, donnent le ton avec l’exacerbation de l’agressivité, la survie résumée par des dents serrées, par des massues en main ou des combats tribaux, dont les fondements, pour Mme Patou-Mathis, sont pour le moins discutables.

      Violence exagérée

      « Le besoin d’affirmer que notre époque est meilleure que la précédente a toujours été là, dit-elle. En exagérant la violence de la préhistoire, cela a été une façon de confirmer que nous étions désormais civilisés, éloignés de ces sociétés où la violence interpersonnelle et la guerre dominaient. Dès lors, ces sociétés ont été convoquées par le présent pour expliquer, excuser même, nos comportements haineux, nos pulsions guerrières et surtout éviter de voir que cette violence n’est pas naturelle à la condition humaine, mais plutôt le produit des sociétés et des cultures qu’engendre cette condition. »

      Excuse à l’immoralité, au lancement d’une bombe sur des civils, à la torture d’un prisonnier ou même à la haine de l’étranger, à l’expulsion d’un réfugié, cette préhistoire fabulée dans ses tensions a même eu des vertus politiques, à plusieurs époques, pour déjouer les questions sur le repli identitaire, sur les projets d’invasion, sur la négation de l’autre… faisant par le fait même oublier que le développement de l’homme, par nature, est nécessairement altruiste. « C’est son système de vie qui l’impose », dit Mme Patou-Mathis, qui se défend de faire du pacifisme de bas étage et assure avoir écrit ce livre pour apporter un éclairage lointain, mais nécessaire, à une époque où les crises sociales et économiques, les mutations technologiques, la montée des mouvements radicaux donnent du volume à la peur et à la tentation de trouver un responsable, un bouc émissaire, pour mieux le faire disparaître, parfois par la violence.

      Une solution légitimée par plusieurs idéologies prétendant avec vigueur que cette violence est fatale, puisqu’inhérente à l’Homme. Idéologies que l’on devrait désormais combattre avec une « ardente obligation », estime la préhistorienne, pour paradoxalement ne pas rendre vrai l’odieux mensonge qu’elles portent en elles.

    • #19039 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Fabien Deglise
      25 octobre 2013 « L’homme n’est pas un loup pour l’homme » dans le site LEDEVOIR
      https://www.ledevoir.com/lire/390943/l-homme-n-est-pas-un-loup-pour-l-homme

      • #19044 Répondre
        Anna H
        Invité

        Pour ces questions de violence et de guerre durant la Préhistoire, il vaut mieux se référer aux travaux de Christophe Darmangeat, autrement plus fiables. Sa recension du bouquin en question est ici : http://www.lahuttedesclasses.net/2014/04/note-de-lecture-prehistoire-de-la.html

        • #19045 Répondre
          Anna H
          Invité
          • #19046 Répondre
            Anna H
            Invité

            Et une conférence déjà partagée :

            • #19057 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Un grand merci Anna H. Mais dis moi stp pourquoi Patou-Mathis est-elle moins fiable? Histoire de m’enrichir un peu plus

            • #19062 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Encore merci Anna. « Déjà partagée? Quand stp? Dans quelle entrée du forum? Pour que je sois plus attentive. Il y a tellement d’infos généreusement partagées.
              Comme toi Anna, tu les as lus et écoutés attentivement tous les 2: Patou-Mathis et Darmangeat, peux- tu stp partager ce qui pour toi rend moins fiable M.P.M?
              En 2 ou 3 phrases?
              On est là aussi je crois pour rendre la gauche plus désirable. Une gauche qui travaille honnêtement à faire avancer les choses avec des phares dans la nuit comme Friot, Sève, Bégaudeau, Lordon et d’autres.
              Tu as dit que Darmangeat est plus fiable. Ton avis est précieux

              • #19063 Répondre
                Graindorge
                Invité

                *puisque toi Anna ( plus clair)

              • #19069 Répondre
                Anna H
                Invité

                Rapidement car vraiment tu as tout dans les liens.
                C’est une spécialiste des publications de vulgarisation scientifique choc qui prétendent contredire les thèses généralement admises par les préhistoriens, ses publications trouvant de fait un gros écho médiatique. C’est par ailleurs une experte très médiatique elle-même. Elle a fait récemment le même genre de coup sur la place des femmes durant la préhistoire, ce qui lui a valu en retour une tribune très dure de la part d’un collectif d’anthropologues et de préhistoriens. Elle avait fait la même chose avec Néandertal qu’elle voulait réhabiliter. Tout cela s’inscrit aussi dans une certaine tendance à vouloir idéaliser la préhistoire, lui faire dire ce qui arrange pour y trouver des points d’appui pour le combat politique (voir l’entretien de Darmangeat dans Ballast). Elle ne s’inscrit pas dans un combat politique elle-même mais surfe sur la vague.

                Pour ce qui est des arguments scientifiques sur l’origine de la guerre, c’est nécessairement une discussion point à point d’ordre méthodologique sur la fiabilité des différentes données archéologiques, données qui sont exagérées ou passées sous silence par M P-M et extrapolations diverses (voir la recension très détaillée du bouquin que tu cites par Darmangeat et à laquelle je te renvoie pour juger).

                • #19071 Répondre
                  Graindorge
                  Invité

                  Gros merci Anna. Je vais suivre tes conseils.
                  Je pense depuis longtemps que l’Homme n’est pas un loup pour l’Homme. J’aimerais comprendre pourquoi je pense ça

        • #19048 Répondre
          Jeanmonnaie
          Invité

          Très bon article. Merci.

    • #19041 Répondre
      amour
      Invité

      On nomme amoureux celui qui, en courant sur la neige, ne laisse point de traces de ses pas.

Vous lisez 2 fils de discussion
Répondre à : Marylène Patou – Mathis, préhistorienne
Vos informations :




Back To Top