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Accueil Forums Forum général Les dernières pages dans les livres de François

Vous lisez 3 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #147639 Répondre
      Sylvain
      Invité

      Je viens de finir « Du mépris » et j’ai hésité à poster ce commentaire dans le fil dédié au livre, mais il m’a inspiré (entre autres choses) une réflexion un peu en marge et qui dépasse le cadre de cet ouvrage en particulier : François sait réussir ses fins.

      Ce n’est pas la première fois que je le note. Les dernières pages sont toujours réussies et je peux même citer certaines phrases de tête. C’est de nouveau le cas ici.
      J’adorais déjà la fin de « Comme une mule ». Le procès bien sur (enfin : plutôt le descriptif en toute subjectivité de la salle d’audience), mais aussi le trajet retour et l’achat d’un pack d’eau minérale pour 3 euros qui « les valent bien ». Je ne peux pas tout à fait expliquer pourquoi, mais je devine, je ressens surtout. Et je pense que ça tient à l’expression « ça les vaut bien ». Qui ouvre un champ des possibles, de compréhension assez vertigineux, limpide mais sans réponse, au détour d’un énoncé tout simple, de l’ordre du constat. Un pack d’eau pour 3 euros, oui ça les vaut. L’affaire valait-elle un procès ? Je le comprends comme cela. C’est sans doute déjà réduire la portée de ces dernières lignes dont je ne tiens pas forcément ici à élucider la réelle teneur (mais je serai curieux d’en lire d’autres interprétations).

      La fin de « Du mépris » m’a encore davantage cueillie. Je suis resté scotché. Parlons sensation du lecteur : j’étais dans un mélange d’euphorie, voir de rire (le rire qui libère, qui affranchit) puis dans le même temps très vite bouleversé. Expression clichée : du rire et des larmes. J’ai beaucoup relu ces pages depuis. Je m’interroge encore sur les hippocampes. Et comme pour un pack d’eau qui vaut bien 3 euros, je ne tiens pas forcément à élucider la phrase, parfaite en l’état et qui me reste en tête, mais juste en lire d’autres interprétations.

      Enfin, et toujours concernant cette fin : suis-je le seul à établir une corrélation entre les dernières pages de « Du mépris » et celles de « Un enlèvement » ?
      Une invitation à s’évader, s’échapper, s’émanciper.
      Se respecter et faire « sans eux ».

    • #147642 Répondre
      Shiva
      Invité

      « … Une invitation à s’évader, s’échapper, s’émanciper… »

      Faut wigoler, faut wigoler lalalala lalalalalala…

      • #147648 Répondre
        Sylvain
        Invité

        Tu es fier de cette réponse (une vidéo, ponctionnée sur YouTube, pas de textes, pas même une phrase, à la place une chanson médiocre d’un artiste à peine moins médiocre).
        Mais que pouvais tu faire de plus, n’ayant lu ni « Du mépris », ni « Un enlèvement » ?
        Ce sujet ne t’étais donc pas adressé (j’espère parler à des gens qui ont lu les livres).
        Respectes-toi un peu plus. Et lis « Du mépris ». Ce livre parle de toi.

        • #147649 Répondre
          David
          Invité

          C’est Carpentier qui casse la baraque. Faut pas lui donner d’importance, le mépris est la bonne attitude

          • #147650 Répondre
            Samuel_Belgiklett
            Invité

            Excellent Salvador !

            • #147652 Répondre
              Samuel_Belkekett
              Invité

              C’est la plus grande chanson de tous temps comme la septième compagnie au clair de lune est le plus grand film de tous temps.
              Ainsi parle Belkekett

              • #147653 Répondre
                nord berthe la grande
                Invité

                N’importe quoi…

            • #147654 Répondre
              va Chier Va !
              Invité

              Ça c’est du bon Salvador… de Bahia.

          • #147672 Répondre
            Sylvain
            Invité

            @David : Shiva, c’est vraiment Carpentier ? Je sais que je ne poste ici que rarement – et j’ai peut-être donc raté quelques épisodes – mais si tu as raison, c’est tellement… juste décevant.

    • #147643 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Moi, je comprends ces dernières pages ainsi :
      => D’un point de vue formel et musical, c’est une accélération finale qui rompt avec la composition du livre, qui m’évoque plus des cercles concentriques qui creusent lentement mais sûrement le cœur du sujet au fur et à mesure. L’accélération finale donne l’impression d’une ligne de fuite par rapport au reste du livre. Après avoir longtemps tourné autour du centre agissant au cœur du mépris, il s’agit désormais, à la fin du livre, de fuguer. C’est une rampe de lancement vers autre chose. A vrai dire je ne vois aucun rapprochement formel avec la fin de Comme une mule, mais j’en vois plutôt un avec la fin de psychologie : une ligne de fuite vers le gai savoir. Dans une moindre mesure, j’aurais tendance à établir un rapport avec la fin de l’amour : dans cette apparition finale, dont on ne sait s’il s’agit d’un phénomène surnaturel ou d’une hallucination, il y aurait aussi une percée, une ligne de fuite ailleurs. Le point commun de ces trois fins serait à trouver dans le fait qu’elles sont très ouvertes, comme une fugue est ouverte vers le large.
      => Du point de vue du sens de ce qui est dit, j’y vois plutôt, comme le dit le livre, des maximes de sagesse. Le plus surprenant est l’affirmation d’un devoir, car il me semble que c’est assez peu courant chez FB. Mais c’est un devoir envers soi-même, que je comprends de manière assez simple : le seul devoir que nous avons envers nous-même, c’est de travailler à nous rendre heureux en cultivant notre puissance, et indépendamment de la recherche de reconnaissance ou des grandeurs d’établissement. Ainsi nous serons moins méchants, car seul un être heureux n’a pas vraiment de raison de faire chier son monde, et la recherche de reconnaissance disparaîtra d’elle même.
      _
      Ainsi la ligne de fuite formelle porte en elle une ligne de fuite éthique. C’est ce que tu veux dire, je crois, quand tu parles « d’évasion » à la fin de ton message. Ces manières de terminer les livres me donnent l’impression qu’une percée vers autre chose est possible, et que cette percée peut se faire depuis l’étroitesse de nos existences individuelles et quotidiennes. Il y a comme un appel d’air indéterminé que la fin du livre ne fait qu’esquisser, la sensation d’une incomplétude qui ouvre vers autre chose mais qui plante lecteur, comme si la littérature n’arrivait pas à le dire pleinement.
      _
      Comme toi, j’ai beaucoup aimé cette fin, comme la fin de l’amour, même si la charge émotive n’est pas la même.

      • #147671 Répondre
        Sylvain
        Invité

        Tout à fait d’accord avec toi. Et tu le dis mieux que moi. Et aussi merci pour le commentaire et le développement.
        Juste : quand tu écris : « C’est ce que tu veux dire, je crois, quand tu parles « d’évasion » à la fin de ton message ».
        Dans « un enlèvement, c’est bien l’évasion du petit Louis dont il s’agit. C’est un roman. Dans « Du mépris », cette évasion, je l’ai prise comme un conseil.

        • #147701 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Emile : des devoirs envers soi-même en effet. Je ne dis qu’une chose : tu te dois à ta puissance – ce qui induit en permier lieu, que tu la connaisses. Et donc d’abord : connais ta puissance. Sache là où tu « brilles un peu »
          Sylvain : le rapprochement avec Un enlèvement me parait très pertinent. Une sorte de déclaration d’autonomie
          J’ai dit récemment ici que mes fins me laissent des sentiments divers, parfois mitigés. A ce jour ma préférée est celle de Comme une mule, car elle est moins déclarative qu’effective. Elle ne dit pas ce qu’il y a à faire, elle le fait. Que fait elle? Elle raconte. Elle décrit. C’est une sortie effective hors du discours, une échappée hors du dire, mais qui précisément ne propose pas une envolée, un décollement, mais le contraire : l’ici bas, le terre-à-terre, un fait après l’autre comme on dit un pas après l’autre. J’a faim je passe chez l’épicier, j’ai soif je prends un pack d’eau, le pack coute tant je paye cette somme, etc.

          • #147704 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Celle de Notre joie était école Comme un mule, non ? Avec Un enlèvement (plus grosse surprise, plus belle dernière phrase), ce sont mes trois préférées.

            • #147712 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              La fin de Notre joie était narrative aussi. Mais racontait une expérience édifiante. Et une mutation affective. Il y avait là un petit événement : le saut hors de la peur. La fin de Comme une mule est volontairement plus plate.

          • #147706 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            Oui, la fin de Comme une mule me fait plus songer à une retombée effective dans les faits, ces faits oubliés dans l’histoire à l’origine du livre. C’est l’inverse d’une échappée ou d’une percée, comme on peut le voir dans Psychologies ou Du mépris.
            Et formellement, c’est aussi très différent : la fin de Comme une mule fait quelque chose, donne à percevoir. La fin de Du mépris ouvre vers quelque chose, elle est plus dans le « dire » en effet, ou du moins le projet existentiel et anarchiste. C’est assez logique puisqu’elle ne raconte pas un être, une situation, mais elle énonce un devoir être, même si on sent que la forme essaie de donner le sentiment d’une intensité vitale plus grande par son accélération, son déroulement plus fragmentaire qui enchaîne ce qu’on pourrait presque nommer des aphorismes, à l’opposé des avancées progressives du livre vers le centre du mépris. Même visuellement, la page n’a pas la même apparence, l’encre n’est pas disposé de la même manière sur la feuille, on tourne beaucoup plus rapidement.
            @Sylvain
            Merci pour la précision. Je n’ai pas lu Un enlèvement. Je vais sans doute le faire prochainement.

    • #147696 Répondre
      Delphine
      Invité

      Je suis d’accord sur les fins un peu inattendues, dans la tête du lecteur, des livres de François (parmi ceux que j’ai lus). Elles semblent inattendues, dans le sens où elles s’éloignent du thème principal du livre. Les fins de livres relatent souvent des situations plus banales (scènes de la vie quotidienne) que l’ensemble du livre, par exemple l’achat d’un pack d’eau dans « Comme une mule ». On a un peu la même chose dans « Désertion », à la fin, quand Steve se retrouve à la montagne, sur les traces de Gregory (on est loin du thème central du livre consacré à l’expérience de Steve et Mickael au sein de l’armée en Syrie). Je me suis dit que la boucle était bouclée. Le livre commence par Star Academy et Gregory et se referme sur une mention de Gregory. Si, après avoir fini le livre, on le reprend du début, le parallélisme apparaît nettement. Cela est peut-être à rapprocher des bonds inattendus dans le livre, par exemple on passe brusquement, l’espace d’un paragraphe, de Steve en Syrie à Steve de retour en France.

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