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Accueil › Forums › Forum général › Le gang des bois du temple

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    • #17132 Répondre
      Ostros
      Invité

      J’ajoute au commentaire de Tony qui relevait les échos entre les films de Rabah dans le fil cinéma :

      M. Pons était Ponce Pilate dans Histoire de Judas. Et le Prince arabe était Karabas le simple d’esprit dans le même Histoire de Judas.

      Encore une fois Rabah nous a gâté. Le film est passionnant.

      La scène du cheval qui guidé par le jockey fait un tour devant le Prince est d’une violence inouïe. Cheval présenté dans le but d’être acheté. Ce cheval de course de ceux sur lesquels parie M. Pons espérant se sortir de sa misère. L’écho direct avec Bébé qui court en rond dans sa cage. C’est le Prince qui possède le jeu qui leur permet de s’évader en rêves de leur quotidien de troquet – potes – zone.

      Le rapport de force est totalement déséquilibré entre ce petit gang qui veut se mettre bien qui n’a tué personne et ces professionnels de la tuerie, du pouvoir : les hommes de main du Prince qui agissent avec une rapidité et une fluidité implacable. On voit très vite que notre gang est novice en pouvoir. Ils ne savent pas gérer tout ce fric. Ils n’arrivent pas à contenir leur besoin d’en parler d’abord de manière détournée mais très vite plus du tout (il ne prennent aucune précautions ils n’ont pas l’habitude) et surtout d’aider les mecs et femmes du coin, payer des coups, laisser de gros pourboires, se payer des cadeaux entre eux, offrir à leur femme un beau voyage, déménager tout de suite. Ils rincent même les pigeons au pied de leur immeuble pour qui ils achètent d’énormes sacs de graines.

      Et ce qui est dégueulasse aussi, rend compte d’une grande injustice, c’est que l’assistant du Prince le sait puisqu’il à été informé par son enquêteur (un arabe c’est un point intéressant à ajouter aux choix de représentations sociologiques du films) qu’il s’agit juste de mecs d’une cité acoquinés avec des mecs plus âgés ayant plus d’expérience dans les braquages à main armée. Donc ils sait que ce ne sont pas des agents secrets ni même des pros du braquage et pourtant il va les faire tuer comme s’ils étaient des chevronnés. Aucune pitié.

      Le gang manifeste ostensiblement sa joie dans le tunnel alors qu’il y a de la circulation à peine le braquage commis – on est loin du casse fantasmé par certains réalisateurs peu amoureux du réel – charge leur véhicule sur le côté d’une route très fréquentée, dans la boue où reste les traces de leurs pas. Ils se font repérer en 2 secondes parce que leur cité est juste à côté du pont où à eu lieu le braquage. C’est pathétique au sens premier du terme. Des preuves de leur total amateurisme. Ils sont inoffensifs par rapport au Prince et ses hommes (tout le monde en deçà de ce niveau de pouvoir l’est – nous sommes au même niveau de vulnérabilité qu’eux).

      Encore une fois ce films raconte des jeunes de cité qui veulent se sortir de cette misère. On sait qu’il est difficile pour eux de trouver du boulot . Que pour obtenir les moyens financiers de leur émancipation ils doivent verser dans le deal et/ou les braquages. Cette fois ils prennent part à un braquage et encore une fois ils ne font pas le poids. Ils sont si vulnérables, amateurs dans cette entreprise qui les dépasse complètement.

      On voit bien lorsque l’équipe de tueurs à gage se pointe que eux sont des pros. La fusillade est un carnage achevé en deux minutes car ils n’ont aucune expérience , ne savent pas se protéger, riposter ,ils essaient de mettre les amis touchés à l’abris mais se font tuer immédiatement eux aussi.

      Le déséquilibre du rapport de force est vraiment effrayant.

      Bébé prend 3 ans de prison pour avoir braqué un ultra riche sans lui avoir causé de dommages et risque plus si le Prince en touche un mot au président. Le prince a fait tuer 6 mecs inoffensifs et n’écope d’aucune peine. La triste ironie étant que le Prince se fout de l’argent et des bijoux perdus et que le gang est mort pour des documents qui sont hors de leurs intérêts et dont ils ne comprennent rien – écrits en anglais « confidential » (d’abord lu en arabe).

      Se pensant à l’abri en prison car isolé Bébé se fait quand même buter par un détenu qu’on imagine avoir été payé pour ça ainsi que les gardiens censés le protéger. Le prince est au dessus des lois des pays qu’il visite. Ca fait froid dans le dos.

      Mais comme dans ses précédents films et notamment lors du traitement de Ponce Pilate dans Histoire de Judas, le prince est présenté lui aussi comme pris au piège de ce système. Car il possède tout.

      Est-il possible de prendre du plaisir à jouer à un jeu lorsque nous possédons le jeu, dictons les règles, arrangeons les équipes pour influencer les scores ? Les postures du Prince ennuyé, fermé, mutique, blasé répondent non.

      On ne peut pas acheter l’amitié, la joie ne peut advenir dans sa vie. Il est seul et éteint, son quotidien est fait d’artifices, d’achats d’objets culturels excessivement chers, de musique synthétique, de spots colorés, de solitude et d’inconnus dans une boîte de nuit qui n’ont pas le droit de l’approcher. La boîte de nuit étant sans doute à lui il peut aller s’exciter près du DJ personne ne lui dira rien, il passe par-dessus les relations humaine et la matière. Il est un évènement ponctuel pour les clubbers cette nuit-là, un fait divers dans le journal local, hors sol. Sa vie affective est limitée aux hommes qui veillent sur lui et disent l’aimer (cf : révérences de son assistant) mais qui le craignent en réalité, ont peur pour leur vie. Hormis la boîte de nuit il visite des lieux vides (le musée la nuit, le champ de course) ou il est seul chez lui. C’est son châtiment. Son pouvoir et la posture qu’il doit tenir. Un homme malheureux car sans amis. A l’aune de cette vie affective pas épanouissante, on a l’éclat de mecs du gang qui se payent une tranche de rire tous les quarts d’heure pour des riens, kiffent leur petit pot de salade de fruits sur le bord du trottoir, se serrent les coudes, sont unis jusque dans leur derniers instants où pour celui qui tombe sous les balles il y a malgré le danger la main d’un ami pour tenter de lui venir en aide (ce beau reflexe humain incontrôlé dans cette fusillade). Il y a un voisin sur qui compter, une femme pour vous porter, des enfants à qui on lit des histoires. Triste vie vide d’amour de rires de joie que celle du Prince. Il est seul, il commande et il a peur des autres. Lui aussi est contraint par ses fonctions, par ce que d’autres hommes de pouvoir attendent de lui. Lui non plus n’est pas libre. Les documents confidentiels le relient sûrement à quelqu’un qui a autant ou plus de pouvoir que lui. Son existence est condamnée d’une autre manière.

      Compte tenu des évènements politique qui s’y déroule, Terminal Sud était anxiogène au possible et où un seul échange de blagues et de rires entre Ramzi et une connaissance affleurait au milieu du chaos. La fin était obscure, incertaine pour le médecin bien qu’il ait réussi à s’échapper vivant du chaos (retour en France ou dans un autre pays occidental ? Et la boucle alors n’en finit pas. Ce sera cité, déclassement, pas de boulot ou boulots précaires, etc.). Kamel à la fin de Wesh wesh le tout premier film de Rabah se fait tirer dessus dans les bois. On ignore s’il est mort ou juste blessé et si Bled number one en est le prologue ou l’épilogue. Il y a dans le gang des bois du temple toujours ce cul de sac, toujours cette boucle qui se noue sur elle-même, qui n’offre pas de sortie excepté la mort. Ici la fuite n’est pas possible bien qu’envisagée car la force qui s’abat sur eux est trop rapide et trop violente pour leur en laisser le temps.

      Il y a dans le gang des bois du temple une grande part donnée aux percées de vitalités plus que dans Terminal Sud, cette société épiée et terrorisée dont les membres ne se côtoyaient que rarement.

      On retrouve dans le gang des bois du temple de magnifiques scènes de réel capté. Les dons que Rabah patient intercepte.

      Les enfants inconscients de la folie du monde qui comme dans ses précédents films sont des sources de vitalité, de liens, de jeux, de joie, inépuisables qui percent toutes les scènes graves de leur lumière. L’intelligence de la petite qui replace la coquille vide de la boîte d’œufs avec les déchets capté à la fin de la scène des crêpes, sa curiosité à vouloir attraper la spatule ou goûter la pâte. Le jeu naturel innocent et constant des enfants qui rampent, grimpent, attrapent tout, jettent, rigolent pour rien, escaladent contraste aussi avec le jeu des adultes, les courses de chevaux, un rituel cantonné au bistrot, porteur d’enjeux sérieux, tenu par l’argent.

      Toutes les scènes très peu dirigées comme lorsque les mecs du gangs sont groupés, où l’instant va fournir la matière à un dialogue. Au garage, quand M. Pons vient s’asseoir un instant avec eux pour parler de sa mère et des crêpes. On voit qu’ils ne savaient pas tout le temps si ça tournait encore ce qui a permis de capter des réactions lâchées, naturelles.

      La documentation de l’organisation et la mise en œuvre du braquage avec l’apparition à la fin des mecs de cité en scooter dans le tunnel, dont un qui s’éclate à faire une roue arrière. C’est tourné sans équipe cascade, trucage ou doublage pour assurer en cas de chute, c’est du vrai.

      Les plans sont adaptés au terrain sur lequel l’équipe se trouve. Un spot sur le toit permet de filmer au loin un panoramique sur les environ et en dessous de faire un filé sur les enfants qui jouent sous la pluie.

      Il y a de très beaux plans. Dès le début et ce pano magnifique sur les environs en clair obscur qui a l’air de sortir d’un film d’apocalypse, puis la scène de l’enterrement et le chant d’Annkirst. Des trouvailles dans les cadrages et surcadrages, les suivis des actions. Un emploi mesuré des mouvements de caméra, rien n’est de trop, tout est pesé avec une telle rigueur que le film est à la fois épuré (semble simple d’apparence) et très dense. Le films est nourri d’échos qui se font entre des éléments à l’intérieur du film et des échos aux films précédents.

      Rabah compose des tableaux vivants avec ce qui se trouve en bas de l’immeuble – comme dans chacun de ses films il dit vous pouvez vous émanciper par l’art, le fabriquer avec ce que vous trouvez chez vous et autour de vous dans un rayon qui peut être très court : pigeons sur branches d’arbres en automne. Ou : pigeons sur pelouse verte et feuilles jaunes.

      Ce raccord parfait de l’envolée des pigeons qui passe derrière les membres du gang et nous fait arriver à eux dans la cour qui les nourrissent. Certes il y a comme toujours des mouvements qui s’envolent puis ramènent au lieu de l’action, mais c’est le geste en soi qui est émancipateur.

      L’émancipation ici encore est dans le plan. Elle s’acquiert dans la fabrication de l’art.

      L’art qui irrigue tout est raccordé directement aux jeux qui innervent aussi la fiction, car il y a dedans de la malice. Ces plants tableaux vivants répondent avec douceur et subtilité à ceux, froidement exposé dans la galerie visitée par le Prince du grand peintre Jean-Pierre Lebras – encore une fois Rabah indique qu’on n’a pas besoin d’être exposé dans un musée et d’être coté, tu peux faire de l’art avec un pigeon. Avec ce que t’offre un nuage, le soleil et une vue depuis un toit aussi, des clairs obscurs gratuits. Tu n’es pas obligé d’entrer dans le système de l’argent. Ce système qui refroidi l’art sitôt qu’il le touche, l’attriste. Qui le place dans des lieux inaccessibles à une partie des gens (on pense à the Square), froids, sans contexte, lieux qui absentent l’artiste, système qui rend l’objet inaccessible aussi car trop cher. Le prince semble indifférent aux tableaux traînant les pieds, c’est son assistant qui essaie de l’intéresser en les lui détaillant « vous vous souvenez vous avez visité ce lieu ». Son intérêt survient lorsqu’il lui dit qu’on ne peut pas acheter l’un d’entre eux. Un intérêt furtif pour marquer son pouvoir et qui passe instantanément, le replongeant dans l’indifférence. Il possède des lieux dans des villes du monde et des tableaux excessivement chers qui représentent les lieux où il est passé.

      Rabah nos offre une fois encore la joie de chansons intradiégétique. La grande Annkrist ignorée comme lui du public. Je me demande si à l’inverse la musique électronique aux sonorités orientales dans la boîte de nuit n’a pas été ajoutée en post-prod ce qui ajouterait un écart entre le Prince et le monde qu’il fréquente à peine.

      Ce film est criblé d’espérance. L’amitié des mecs du gang s’est faite piétiner, ils n’ont pas survécu aux balles du Prince. Mais c’est l’amitié qui anime la vengeance de Pons. Son amour pour ces gars qu’il connait depuis toujours. Evidemment on pense à Rabah dans ce personnage de Pons lui qui a grandi dans une cité et œuvré toute sa vie pour exprimer le piège à rats et la beauté de ce lieu et de ces gars, leurs femmes, leur famille. Porter à l’écran de toutes ses forces les rouages dans lesquels ils sont pris. L’amour de Rabah, l’amour de Pons pour ces mecs dont la première idée est de lui payer le grand prix américain pour lui faire kiffer son hobby en xxl. Ce sont des rêves de bledards. Juste mettre bien les gens qu’on aime qui sont autour de nous, galériens comme nous, voiture, logement, pas des rêves de pouvoir. N’écraser personne. Ce film est grand. Et nous parle d’amour encore plus fort que les précedents. C’est la chanson de Ann Krist dès le début du film, la beauté du jour :

      Dis moi toi ce que t’inspire
      La beauté du jour
      Viens vers moi que j’en retire
      Un vrai chant d’amour
      Le temps suspend la fragrance
      D’un parfum très rare
      Quelqu’Archange en vacances
      Soupire quelque part

      [Roses] et rousses exceptionnelles
      A l’éclat [carmin]
      S’inclinent au fond des chapelles
      Sises en nos mémoires
      L’amour ne fait pas d’esclaves
      Mais des volontaires
      Faut avoir la peau suave
      Et des nerfs de fer

      Qu’un mur interne se ronge
      Et l’on aperçoit
      L’un de ces regards qui songent
      Surgi d’autre fois
      Séraphiques, vierges, sages
      Partout l’Occident
      Héraut porteur du message
      Du désir ardent

      Que le désir me surpasse
      Me tienne en alarme
      Nul n’oubliant nos cuirasses
      Non plus que nos armes
      Etre magnanime et tendre
      Etre qui suggère l’amour
      Qui ne saurait prendre
      Son trésor de guerre

      Se terrent les pierres maléfiques
      Dorment les couleuvres
      D’un chant d’amour authentique
      Dont tu es la preuve
      Viens vers moi que je m’assure
      Du bonheur de Dieu
      Si fier de sa créature
      Qui le fît heureux

      Dis moi toi ce que t’inspire
      La beauté du jour
      Viens vers moi que j’en respire
      Un beau chant d’amour
      Le temps suspend la fragrance
      D’un parfum rebelle
      Quelqu’Archange en vacances
      Inspire mon ciel

      M. Pons le volontaire qui incarne les nerfs de fer de Rabah.

      Dans Histoire de Judas, le Christ traite Ponce Pilate avec bienveillance alors qu’il s’apprête à être crucifié sur son ordre. M. Pons est joué par le même acteur. Son personnage est très fortement lié au Christ. Et cela est acté dès le début car lui est délivré à la mort de sa mère un message par la voix d’Annkirst (on entend Anne Christ) qui évoque Dieu et l’amour, l’Occident et le désir. Comme dans une mythologie ou un conte un dieu apparaît dans le corps d’une femme et transmet un message sous la forme d’un chant qui sera réceptionné par un élu. Elu qui agira pour accomplir le destin qu’on lui a conté . Pons est élu, appelé à agir. Tony a relevé sa tenue d’apôtre. L’appel de M. Pons est soutenu par le prêtre qui est incarné par un arabe qui vient l’étreindre. Rabah mêle le Christ au sang des immigrés de cité.

      C’est l’amour christique qui agit M. Pons. Est-il devenu l’archange de la chanson ?

      Pons est un militaire à la retraite. Dans le réel les militaires ont majoritairement l’esprit miliaire c’est à dire raciste, misogyne, nationaliste, de droite. Il a servi en Afrique je crois, donc a sans doute participé à des événements pas glorieux car même si les militaires sont envoyés pour protéger des civils on sait qu’ils abusent de leur pouvoir sur place. Pons n’est pas caractérisé de la sorte. C’est un homme bon par nature et c’est sans doute pour cela qu’il est choisi. Il rappelle le lieutenant de police dans l’Humanité de Dumont.

      C’est un récit biblique qui nous est raconté. Les membres du gang sont des martyrs.

      Ces gars là n’ont que l’amour de leur femme, de leur mère, de leurs enfants et rien d’autre. C’est leur seule richesse.

      « Je t aime » répète Bébé à sa compagne en prison « si tu me lâches maintenant je tombe, mais si tu restes je tiendrai » (on pense aussi ici à Rabah et sa femme, son alliée indéfectible dans toute ses réalisations sans qui il n’aurait pas pu les mener à bien). Le jeune qui affirme qu’il ne veut personne d’autre que sa femme auprès de lui. Leurs liens sont tout pour eux. Et c’est pour eux qu’ils ont braqué le Prince. Il ne s’agit pas d’un acte égoïste, ils partagent l’argent équitablement puis s’offrent des choses les uns aux autres.

      Ils sont sacrifiés mais leur sacrifice n’est pas ignoré. On ressent ici comme dans ses précédents films l’appel viscéral de Rabah à nous rendre solidaires et à se battre ensemble pour notre survie commune dans ce monde détruit par le système capitaliste.

      L’espérance est placée en ceux qui comme M. Pons sont / seront portés par un amour si grand qu’ils prendront le parti de ses mecs de cité et agiront violemment contre le système qui les tuent et nous avec. Cet appel à une solidarité incarné par un ancien militaire vis-à-vis des jeunes de cité fait penser à Houria Bouteldja et son appel à l’union des beaufs prenant parti politiquement pour les barbares. Pour Rabah ce liant c’est l’amour.

      L’amour est ici une force qui permet une action qui est autant la vengeance que la volonté d’arrêter net la machine. Rendre la violence pour ne plus subir. Agir pour rééquilibrer le rapport de force, pour tenter d’annihiler l’ennemi.

      Le gang des bois du temple est un grand film d’amour. La flamme de Rabah ne s’est pas éteinte. Elle brûle plus que jamais. Son espoir est intact. Dans ce 7e film est acté qu’aucune issue n’est possible en entrant dans les rapports de force dictés par l’argent – c’est un piège. Que la clé se trouve dans notre aptitude à cultiver nos joies intimes issues de nos petits quotidiens. Le film a conscience des sacrifiés qui tombent d’avoir été dupés par  »l’occident porteur du message du désir ardent » (on peut l’interpréter comme le diable). Et Rabah y oppose le message du  »chant d’amour authentique » du Christ :  »être magnanime et tendre »,  »être qui suggère l’amour ». C’est ce que fait Rabah en fabricant ce film. C’est ce que fait M. Pons. C’est la foi en notre salut qui viendra de l’amour – qui lui ne fait pas d’esclave – seule force capable de rendre effective notre union dans une action commune pour détruire ce qui nous tue.

      Je re-partage cette superbe chanson d’AnnKrist dont la discrétion des œuvres rappellent celle de Rabah (ces cd ont été réédités il y a peu, un livre contenant l’ensemble des paroles qu’elle a écrites a été édité il y a peu également et un site internet avec ses rencontres a vu le jour après des dizaines années sans visibilité) :

    • #17146 Répondre
      Tony
      Invité

      Ce qui est frappant c’est la dimension mythologique et chrétienne du récit à travers la figure de Mr Pons,en effet un ancien militaire de haut vol devenu un saint(les plus grands saints ont aussi été les plus grands pêcheurs),je n’ai pas de suite fait le rapprochement avec Ponce Pilate mais ce dernier était lui aussi un militaire et  ce prince n’est en fait que le prince des ténèbres immémorial,le mal est bien celui qu’avait identifié le christ,le marchand et son argent.Pons va réparer l’erreur originel et cette fois il sait qui il faut abattre.

      • #17149 Répondre
        Tony
        Invité

        On pourrait décomposer cette trajectoire en quelques scènes,la scène magnifique de l’oraison funèbre à l’église et les larmes de Mr Pons,une première preuve de sa sainteté lorsqu’il enléve les déchets des espaces verts tel un veilleur du bien commun et les crêpes qu’il fait aux enfants de la voisine et enfin lorsqu’il observe tel un apôtre celui qu’il est décidé à abattre.J’adore aussi la dernière scène lorsqu’il est sur son balcon,entre ciel et terre,et qu’il veille sur la cité.

        • #17151 Répondre
          Ostros
          Invité

          Durant cette dernière scène j’entendais dans ma tête le début de la chanson : dis moi toi ce que t’inspire la beauté du jour.
          Il y a un soulagement lorsque le Prince est tué.
          Ce que tu as écrit sur M. Pons qui répare l’erreur originelle vient de faire revenir à ma mémoire que lors de ce dernier plan justement le ciel est calme. Ce n’est plus ce ciel menaçant fait de constrastes durs d’ombres et de lumières

      • #17150 Répondre
        Ostros
        Invité

        Merci pour l’ajout des références bibliques. Ça fait sens.
        J’ai tendance à voir le gang comme des saints en ce sens qu’ils sont morts en martyrs.
        Et M. Pons devient quant à lui un ange. L’ange a une fonction de messager dans les trois religions monothéistes.
        S’il est l’ archange dont parle la chanson alors c’est lui qui est tête du cortège (le commandement) des messagers (les anges).
        Je remarque en écrivant que le martyr traverse la filmographie de Rabah. Kamel, sa cousine, Mandrin, Jésus, le médecin torturé et les journalistes assassinés (et tant d’autres dans cette ville). Les personnages subissent des sévices corporels terribles. Qu’ils soient engagés politiquement et torturés / tués pour cette raison (Kamel peut-être, Mandrin, Jésus). Ou torturés / tués parce qu’ils ont été pris pour qui ils ne sont pas (le médecin, le gang). Dans ce film c’est un malheureux hasard qui fait que les mallettes contenant l’argent contiennent aussi des papiers confidentiels.
        C’est la 2e fois qu’on suit des personnages jusqu’à leur mort par la main d’un pouvoir. Jésus et les membres du gang. (3 fois si on compte Kamel de wesh wesh pour qui se n’est pas clair). Ils sont liés à Jésus par ce fait. Ça appuie mon sentiment selon lequel les membres du gang sont des saints.
        On n’a pas suivi Mandrin mort torturé. Le médecin et la cousine de Kamel sortent vivants des services.

        • #17152 Répondre
          Ostros
          Invité

          Pardon Kamel de wesh wesh est rattaché aux personnages qui se font tirer dessus alors qu’il ne participent pas à l’action (il ne deal pas et est pris à partie malgré lui).

          • #17155 Répondre
            Tony
            Invité

            Quand à savoir si les membres du gang sont des saints,je ne sais pas,ils auraient pu le devenir,il y a cette belle scène où ils donnent à manger aux pigeons et on sent en effet qu’ils seraient capables de se passer de cet argent,au fond cet argent ne les a pas changé,le partage ne s’est pas fait avec des calculs d’épicier,le don est possible,l’accumulation ne les intéresse pas.

    • #17148 Répondre
      lison
      Invité

      Beau travail Ostros , et beau film.
      J ai remarqué comme toi ce tout petit moment oû la petite fille range les coquilles d oeufs cassés du bon côté de la boîte . Que dans ce chaos cet enfant fasse ce geste , que RAZ lui ait demandé ou non de le faire et qu il garde ça m’ a beaucoup ému, tout comme la place des enfants dans ce film.
      Il semble que la derniere scéne est la premiere que RAZ a filmé ( en etant là au bon moment ),les enfants courant aprés les pigeons , et qu il s est dit que ce serait la derniere de son film.
      Et quel début de film ! Presque aucune parole sauf la chanson.
      Allez le voir les amis et ne tardez pas !

      • #17156 Répondre
        Ostros
        Invité

        Merci Lison.
        Oui ce début est mémorable. Mystérieux. Il laisse toute sa place à cette chanson à laquelle on ne s’attend pas. Qu’on trouve belle, bien écrire,.magnifiquement interprétée et dont on ne perçoit pas tout de suite ce qu’elle renferme par rapport à l’histoire qui nous est contée.

    • #17183 Répondre
      Famille
      Invité

      Salut, c’est regardable pour des ados ? (12 ans) / ou des scènes trop violentes ?

      • #17653 Répondre
        amour
        Invité

        Oui Famille, ce film est largement regardable par des enfants et en Famille c’est aussi faisable. Ça peut donner une belle matière à partager.
        A la fin du film, un mec m’a dit ça donne envie de manger des crêpes, une bande de jeunes que je soupçonne de faire du ciné ont dit : C’est carré.
        D’accord sur tout, c’est carré. Pas un plan à jeter. La lumière comme toujours est parfaite. La scène du prince dans le bar avec R.Burger restera dans les annales DU RIRE. Surtout quand on connaît le lieu. La fraternité, la simplicité au sens noble du terme, et la douceur du réal, nous invitent à partager la dure situation économique de ces gens. Entre vrais sentiments, amateurisme et mysticisme, Rabah nous embarque dans un voyage en absentant les femmes ou en leur donnant la possibilité de fuir.

    • #17187 Répondre
      Ostros
      Invité

      Concernant la chanson je doute sur deux mots du 2e couplet :
      [Roses] et rousses exceptionnelles
      A l’éclat [carmin]
      .
      J’ai écouté deux versions et elle semble dire
      .
      Rouses et rousses
      Ou
      Rouzes et rousses
      Mais ça n’a pas de sens
      Donc j’ai mis roses pour pas avoir un trou
      .
      Et pour l’éclat, au départ j’entendais
      A l’éclat grave
      Qu’elle semblait délier en deux temps : g-rave
      Mais en écoutant plus précisément c’est le son K qu’on entend nettement en début de mot.
      Ce qui donnerait
      A l’éclat carave
      Et là encore le sens se perd.
      Donc j’ai mis carmin qui semblait coller. Quoi que je préférais grave.
      Donc si vous entendez mieux que moi n’hésitez pas à me dire quels sont ces deux mots afin que la chanson soit correctement retranscrite, merci !

      • #17188 Répondre
        Tony
        Invité

        C’est bien rouze qui viendrait du verbe breton rouzan(bronzer,basaner), après éclat j’entends carmin mais je n’en suis pas sûr.

        • #17189 Répondre
          Tony
          Invité

          Au fait Ostros on en parle peu mais les cadres de Raz sont de toute beauté et les pano aussi bien sûr,on est pas chez Triet!

          • #17190 Répondre
            Tony
            Invité

            D’ailleurs je suis sûr qu’en fermant les yeux on peut suivre le Triet sans perdre grand chose.

          • #17191 Répondre
            Seldoon
            Invité

            On ne t’a jamais vu aussi remonté.

            • #17192 Répondre
              Tony
              Invité

              Je déconne un peu, ça tombe bien que tu sois là, à quand une enquête industrielle avec RAZ?

              • #17193 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Mais tu es aussi un peu sérieux, je te sens perturbé par le Triet.
                Rien de prévu pour le moment avec RAZ !

            • #17195 Répondre
              Ostros
              Invité

              J’ai parlé des très beaux plans un peu partout dans mon texte. Le panoramique sur la ville au ciel apocalyptique du début. A la fois pictural et présage. Les suivis de Bébé qui court qui font écho à ceux du cheval arrêté par un son du jockey, les tableaux vivants, les surcadrages (celui où on regarde à travers un rectangle comme une visière était aussi dans wesh wesh il me semble), le Prince est filmé dans ses activités de loin : caméra dehors et lui dans la galerie, ou le point de vue de Pons sur le champ de course. En boîte de nuit on ne voit de plus près mais le moment est artificiel. Assis il semble prendre des poses de statue, l’éclairage sur l’esthétise. Il est tout le temps peu mobile et s’exprime peu. J’ai parlé des plans séquence qui sont non seulement très bien cadrés et sont des tours de force compte tenu du manque de budget (le braquage dans le tunnel exemplairement). On a un film vif au rythme tendu dû au montage plus cut plus que dans les précédents et à une variété d’axe dans les scènes d’action.
              Le plan séquence sur Annkrist qui chante est d’une grande beauté.
              Il y a aussi le travail du son, ce qui se passe off (cris d’enfants à l’enterrement, voix des prisonniers etc).
              Je me justifie mais je ne sais pas si tu dis ça parce que tu ne m’as pas lu entièrement ou si c’est un prétexte à tacler le Triet ?

              • #17198 Répondre
                Graindorge
                Invité

                Et Annkrist. Quel cadeau!

              • #17199 Répondre
                Tony
                Invité

                Je t’ai bien lu,t’as raison c’est un petit tacle mais bon quand on voit le peu de cas qui est fait du film de RAZ et le grand cas de celui de Triet ça me démangeait.

        • #17197 Répondre
          Ostros
          Invité

          Merci pour les paroles manquantes c’est plus clair !

      • #17196 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Merci pour la générosité Ostros
        Ça m’a rappelé un peu le livre de Roberto Saviano La Beauté et l’Enfer.
        Jésus ne peut en vouloir à Ponce Pilate qui était bien embarrassé car c’est la foule qui a choisi de gracier Barrabas au lieu de Jésus dont elle voulait la mort
        Tu m’as vraiment donné envie de voir ce film. Je vais hélas devoir attendre qu’il sorte en DVD sauf si TEA ou E.films le propose

    • #17194 Répondre
      Tony
      Invité

      J’ai perdu 2h30 ça doit être pour ça.

    • #17221 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Je note le film 5/5 quant à sa capacité à me faire zoner hors de la salle comme si je découvrais le monde. Reste plus qu’à vous lire en rentrant chez soi. Trucs faciles à dire : le premier plan m’a scotché et j’ai pleuré pendant les crêpes. Voilà.

      • #17222 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        (Et par rapport à la salle : je suis comme tout le monde, j’ai une attention fissurée. Pas en salle. C’est-à-dire que je peux divaguer, oui, mais avec le film, et vraiment, ces temps-ci, je suis très reconnaissant de cet espace où je peux exister pleinement avec le film, surtout quand il propose d’autant le sortir de mes attentes et rythmes pré-programmés.)

    • #17274 Répondre
      Tony
      Invité

      J’ai repensé à un truc sur le premier plan,ce beau pano sur les tours de la cité qui finit par nous laisser voir l’horizon de la ville où l’on distingue nettement l’église et la grande roue,on est déjà dans l’évocation biblique avec le temple et ses marchands qui l’entourent et lorsque Pons entre dans l’immeuble dont il a choisi le toit pour cibler le Prince on entrevoit la grande roue dans l’arrière plan,c’est d’une grande puissance évocatrice,il s’agit bien là encore de chasser les marchands du temple.

    • #17275 Répondre
      Tony
      Invité

      J’ai repensé à un truc sur le premier plan,ce beau pano sur les tours de la cité qui finit par nous laisser voir l’horizon de la ville où l’on distingue nettement l’église et la grande roue,on est déjà dans l’évocation biblique avec le temple et ses marchands qui l’entourent et lorsque Pons entre dans l’immeuble dont il a choisi le toit pour cibler le Prince on entrevoit la grande roue dans l’arrière plan,c’est d’une grande puissance évocatrice,il s’agit bien là encore de chasser les marchands du temple.

      • #17276 Répondre
        Ostros
        Invité

        Bien vu. Oui les marchands, le monde des désirs de consommation, des attractions / artifices.

        • #17543 Répondre
          Tony
          Invité

          Il y a une chose qui me tracasse,on peut voir la grande roue comme figurant le mouvement du capital et,on l’a vu,le braquage n’interrompt pas non plus ce mouvement(braquage qui a lieu sur un périph qui est lui aussi circulaire comme on sait) puisque ce capital est aussitôt remplacé par le factotum,donc quand Pons tourne le dos à la grande roue pour abattre le prince se trompe-t-il à nouveau de cible?

          • #17551 Répondre
            Tony
            Invité

            On peut même aller plus loin en se disant que le capital a gagné en tuant le collectif du gang pour ne plus laisser face à lui qu’un individu solitaire et inoffensif.

          • #17553 Répondre
            Ostros
            Invité

            Ca peut signifier que le système perdure malgré un mort dans leur camp (le Prince). On dit souvent des politiciens si un s’en va du gouvernement il est aussitôt remplacé par un autre qui fera exactement la même chose que le précédent. Ce sont des rouages interchangeables de la machine. Là c’est pareil. Le système perdure autour de M. Pons, c’est lui qu’il faut démanteler. Cela signifie-t-il que tuer ce Prince arabe était une action vaine ? Ça pose question. A la fin le plan est calme, les enfants jouent sous la pluie, M. Pons vit toujours dans un cité qui est entourée par des attractions, le capitalisme est toujours là. Faut-il s’en prendre aux têtes du système ou pas ?

            • #17557 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              L’action de Pons est aussi vaine que celle du gang, mais il y a une beauté dans le geste. Dans l’entorse. Quant à la roue, je l’ai d’abord trouvé belle derrière les immeubles, puis quand elle revient — je crois avoir lu que ce n’est pourtant pas la la même qu’ils ont filmé —, je l’associe aux couleurs du tableau, il y a cet amour des couleurs et de l’espace et je ne crois pas que ça aille plus loin, concernant cette roue. Il y a aussi les ascenseurs en « extérieur » que j’ai trouvé très beaux.

              • #17561 Répondre
                Tony
                Invité

                Je ne crois pas que RAZ ne soit intéressé que par la beauté de la roue et les couleurs,le marxisme l’intéresse aussi et il sait ce qu’il filme mais je comprends qu’un esthète raffiné comme toi trouve ces questions triviales.

                • #17562 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Disons que sur ce terrain là, il y a des situations et des personnages qui incarnent sans grand détour les rapports de classe et le capitalisme sans scrupules.

                  • #17563 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    K, ça passe aussi par la forme chez Rabah. Tout est pensé
                    .
                    J’ajoute à mon commentaire :
                    Ce film passe un cap dans la filmographie de Rabah.
                    Jusqu’alors les temporalités étaient hétérogènes. D’un côté le passé, avec ses grandes figures de messagers (le prophète et ses disciples ; Mandrin et son gang) de l’autre le présent des cités, villages, avec ses luttes internes et sans la figure du messager, les hommes dépendants des hommes.
                    Dans le gang des bois du temple le messager, l’ange, figure du passé (« surgi d’autrefois ») vient agir dans le présent.
                    On pourrait même deviner la présence symbolique du Christ par les mots « le temps suspend la fragrance d’un parfum très rare / rebelle » qui ramènent à notre mémoire la scène de Jésus dans Histoire de Judas se faisant enduire les cheveux d’une huile parfumée rare. En tout cas c’est encore un élément qui va dans le sens du lien entre le.gang des bois du temple et Histoire de Judas.
                    Je n’en ai pas parlé ou pas assez dans mon premier commentaire mais on a quand même un scénario très fin. Rabah veut parler du pouvoir des princes arabes et il prend le contre pied de ce qu’aurait été ce genre de pitch sous la plume d’un scénariste formaté. Il a fait un film d’action minimaliste. C’est à saluer. Le gang, deux compagnes, deux enfants, M. Pons, un seul prince, son assistant et son garde du corps, un enquêteur, une poignée d’homme de mains, deux trois flics. Et c’est tout. Niveau situations on est aussi réduit à des situations minimalistes : un lieu une action. On pourrait les compter sur les doigts des deux mains. Et chacune est minutieusement réfléchie. Le sens n’est pas surligné. C’est à nous de comprendre par nous-mêmes. Manquant de moyens il doit être économe. Réduit à l’économie des plans tout est pensé. En cela le moindre rôle est signifiant, le moindre élément du décor, le moindre pigeon, chaque élément devient un élément important de la forme et de l’intrigue – de la composition du film. Il accorde une grande attention à tout ce qui entre dans le champ visuel et sonore de son cadre. Et il utilise tout.
                    On ne le dit pas assez ça que tous les éléments du film ont un place d’égale importance. Le moment crêpe et comment réagissent les enfants est aussi important que le moment roue arrière dans le tunnel, qui est aussi important que le moment tableau vivant à base de pigeons. C’est aussi cette mise à égalité des situations, des corps (humains, animaux), des événements qui en fait un grand film de gauche.

                    • #17565 Répondre
                      Tony
                      Invité

                      Oui tout est pensé,d’ailleurs si je ne m’abuse cette bande est anarchique,il n’y a pas de chef,on a l’impression d’une stricte égalité entre chacun des membres et d’une confiance absolue comme en témoigne le partage du butin(un peu comme on partage le pain)et oui la vie d’un pigeon paraît avoir autant d’importance que celle de n’importe quel être.
                      Le film n’est pas naturaliste pour autant puisque,on le sait,le prolétariat est divisé,ici une utopie nous le fait voir tel qu’il devrait être ou tel qu’il a peut-être été avant d’être séparé.

    • #17280 Répondre
      Tony
      Invité

      Par rapport à ce que dit K sur l’immersion de la salle de cinéma c’est encore plus vrai avec un cinéaste puissant comme RAZ,ici les images se substituent aux mots qui nous envahissent quotidiennement,quel repos et quelle joie de chasser tous ces mots et de ne plus voir que des images puissantes.

    • #17284 Répondre
      so
      Invité

      Si vous voulez entendre RAZ , il est invité sur France Culture tout à l’heure à 14h.

      D’autre part , pour les habitants d’ile de france , Sophie Letourneur sera invité chez Potemkine pour la sortie de son Dvd jeudi 12 octobre à 18h30.

      • #17286 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Cool. J’ai acheté Voyages en Italie en VOD, puis ai été très agacé de n’avoir aucun accès au fichier : impossible de prendre une capture d’écran ou d’enregistrer un bout du film. Tout est « protégé ». Il est vrai que ça serait dommage de pouvoir montrer des morceaux du film aux autres. Ils pourraient avoir envie de le découvrir. Vive les éditions physiques qu’on peut digitaliser soi-même.

    • #17823 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai comme vous beaucoup aimé le film. En revanche Ostros, tu forces un peu je trouve sur le gang qui n’est pas non plus un gang de novices (hormis les jeunes) et sont même assez chevronnés, c’est simplement qu’ils ne sont que des voleurs, eux. D’ailleurs je note que ce n’est pas leur relative imprudence qui les fait tomber, sauf si j’ai loupé un truc, mais peut-être leur attachement à leur quartier. Quant au prince, il n’a pas vraiment le temps d’être poursuivi par la justice puisqu’il se fait assassiner par Pons.

      • #17825 Répondre
        Tony
        Invité

        Ce qui les fait tomber à mon avis c’est l’agence de location de voitures où se trouve leur informateur(je crois qu’un membre du gang y travaille,celui qui se fait assassiner dans sa baignoire)puisque l’enquêteur signale au factotum qu’il est parti de là pour les retrouver.

        • #17826 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Ce qui les fait tomber c’est qu’ils n’avaient aucune chance de ne pas être rattrapés. Aucune chance de s’en sortir. Ils ne pouvaient que perdre. C’est pour cette raison que Zaïmeche ne perd pas son temps là-dessus, on n’est pas du tout dans le vraisemblable. Le prince engage un mec pour les trouver et ça se fait presque comme par magie. On n’a pas non plus de grande préparation pour le braquage, ça aurait dû, normalement, être le climax de la deuxième partie avant que ça ne se dénoue dans un jeu du chat et de la souris. Ils sont presque tous tués en cinq minutes. Et qui les tue ? C’est Zaïmeche lui-même. Ça m’a frappé son visage cagoulé et ses yeux pourtant reconnaissables, débarquant dans le film pour tuer le gang, j’aimerais bien savoir ce qui lui a donné envie de jouer ce rôle-là.

          • #17831 Répondre
            Charles
            Invité

            Je suis d’accord avec toi Tony.
            K, bien vu pour RAZ qui est celui qui les tue. C’est pas lui aussi qui joue avec un enfant dans la dernière scène du film et que Pons salue?

            • #17854 Répondre
              Ostros
              Invité

              J’avais vu Rabah dans la fusillade mais j’ai pas remarqué que c’était peut-être lui avec l’enfant. Après c’est sans doute pour le plaisir de jouer qu’il s’est mis du côté des tireurs. Le gang étant composé de personnages bien identifiables, le rôle à la cagoule lui permet de passer (presque) incognito.

      • #17842 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je disais qu’ils étaient des amateurs en tuerie. Ce ne sont que des braqueurs qui ne font pas de victimes durant leur braquage. Ils se font tuer en 2 minutes. Et ce ne sont pas des as du braquage parce que pas des mecs par exemple de Marseille monté pour faire un coup et disparaître en Espagne avec le butin. Ils ne protègent pas leurs arrières. N’anticipent pas une enquête qui aurait pu être menée par la police. On a vu plus aguerris dans les faits divers. Après oui c’est propre quand ils braquent mais on voit très vite qu’ils ont laissé plein d’indices pour remonter jusqu’à eux.

      • #17852 Répondre
        Ostros
        Invité

        Concernant le Prince il est totalement libre. Alors que Bébé est lui en prison et menacé d’avoir une peine plus lourde. Le Prince n’est même pas inquiété, il va danser en boîte, continue ses activités. Cela pour montrer que juridiquement il ne lui est rien arrivé. Et puis encore une fois l’écho entre Bébé qui tourne en rond dans la cage de prison et le cheval de course qui fait sa ronde appuie ce rapport de force. La toute puissance du Prince.

    • #17985 Répondre
      Charles
      Invité

      Je repense beaucoup au personnage de Pons, c’est le plus émouvant que j’ai vu cette année au cinéma je crois. Je conseille l’interview de RAZ dans les cahiers et à un moment l’intervieweur fait la comparaison avec un personnage de Melville, ce qui est à côté de la plaque selon moi. RAZ réfute plutôt la comparaison, même s’il reconnaît avoir vu et apprécié les films de Melville dans son enfance, en insistant sur l’incarnation du personnage de Pons, son ancrage géo-social, ce qui est absent des personnage de Melville, en général froids, hiératiques et assez abstraits.
      La seule chose qui m’a peut-être gêné dans ce film (qui est un des plus beaux de l’année) ce sont les quelques plans des personnages café à la main sur leur balcon/terrasse qui regardent la vie en bas – ce sont des plans assez conventionnels qu’on a vus partout, contrairement au reste du film. Mais je chipote.

    • #18038 Répondre
      Charles
      Invité

      Très intéressante analyse du film, notamment sur le personnage du prince et de Pons : https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/170923/ameur-zaimeche-et-garrel-un-gang-de-mecs-et-un-regard-masculin

      • #18599 Répondre
        Ostros
        Invité

        Merci je viens de voir ce lien.

        • #18600 Répondre
          Ostros
          Invité

          Mince. C’est privé. Tu nous le colles dis ?

          • #18621 Répondre
            Charles
            Invité

            C’est un podcast.

            • #18628 Répondre
              Ostros
              Invité

              C’est pas de bol.

    • #18205 Répondre
      Albert Bloch
      Invité

      Vu le film hier,
      Amusant de constater que ce n’est jamais le prince qui commandite l’assassinat des membres du gang, tout ce qui se passe est le fait de ses hommes de mains. On a jamais affaire aux actes du « personnage prince » mais toujours à ce qu’implique sa posture sociale, une sorte de « symbole prince » : c’est pour ce qu’on croit être la défense de ses intérêts que l’on organise une fusillade et probablement sans qu’il n’en ait jamais conscience.
      Une fois le prince assassiné, on a en fait rien vengé du tout, le personnage prince passif est mort mais tout le système qui entoure le symbole prince persiste, c’est à mon avis l’autre enjeu de la scène du cheval : quoi qu’il arrive il y a un héritier, et si ce n’est pas lui ce sera un autre.

      • #18209 Répondre
        Charles
        Invité

        Je ne sais pas si le Prince n’en a pas conscience, je pense plutôt que cela l’arrange bien de ne pas connaître les détails mais qu’il attend de ses hommes de main qu’ils fassent le sale boulot et de manière générale qu’ils aillent au devant de ses désirs. Mais c’est vrai que dans n’importe quelle série B on aurait eu une scène où le prince aurait été furieux en apprenant le braquage et aurait intimé à ses sbires une exécution avec force détails.
        On peut aussi faire le rapprochement avec la scène dans la galerie d’art devant un tableau décrit par son homme de main : le prince ne formule qu’une question (not for sale?) pour que son factotum comprenne immédiatement où il veut en venir et s’occupe de l’acquisition de l’oeuvre.

    • #18597 Répondre
      Mélanie
      Invité

      Bonsoir,
      Vu Le gang des bois du temple, finalement sorti dans ma ville moyenne. Bon, j’ai pas tout suivi, parce j’ai dormi, et je ne sais pas quand je le reverrai, car ici seule cette séance avait été programmée.
      Que j’ai dormi n’est pour moi pas mauvais signe, c’est même le contraire – et faut dire que j’étais crevée.
      Monsieur Pons ! Monsieur Pons ! ça m’a plu, ça. Comme le docteur Ramo.

    • #18598 Répondre
      Zyrma
      Invité

      J’ai revu les Chants de Mandrin ce soir vous mentendez ? Les Chants de Mandrin film adoré

    • #18653 Répondre
      Tony
      Invité

      Y a un live ce soir sur microcine, espérons que les intervenants soient bons

      • #31114 Répondre
        Oursin
        Invité

        J’ai écouté le live en entier, beaucoup de choses intéressantes y sont dites mais à mon sens bien en deçà de ce qui est dit dans ce thread.
        Mention spéciale à Kephren qui à deux trois reprises, sorti de nulle-part, parvient à articuler de longues interprétations mystiques sur plusieurs minutes sans bégayer sur un ton en total contraste avec son visage mal cadré, ses yeux impassibles et sa voix de voix du matin. J’ai été impressionné à chaque fois (quant au contenu de ses analyses : je pense qu’il est un peu dans la surinterpretation, notamment lorsqu’il évoque Mr Pons comme figure de la mère nourricière – apparemment récurrente chez Rabah – et le Prince comme symbole d’un capitaliste dubaïote qui contaminerait les jeunes des cités par voie de smartphone)

        • #31118 Répondre
          Tony
          Invité

          Je me souviens vaguement de son délire,il a plein de théories fumeuses qu’il essaie de plaquer sur tout ce qu’il voit, c’est consternant, d’ailleurs je crois que j’ai abandonné l’écoute assez vite.

    • #31102 Répondre
      Ourson
      Invité

      J’ai vu ce film dans le train avec une amie… Qui s’est endormie… Puis s’est réveillé à la fin, en me disant « il est nul ton film » (Il faut savoir qu’on regarde beaucoup de films ensemble, et qu’elle est très souvent déçue par ce que je propose donc son « il est nul ton film » est plus un running gag qu’autre chose).
      Toujours est-il que je l’ai défendu de la pire des manières qui soit, et je m’en suis voulu instantanément : « Non mais tu t’es endormi au bout de la trentième minute, c’est juste après que ça démarre », et je me suis rattrapé encore plus maladroitement « euh enfin.. C’est juste que le film dispose ce dont il a besoin pour la suite ». Si jamais RAZ passait par là, je retire : le film démarre fort et ce dès la première seconde.
      Il suffit de lire vos messages pour réaliser qu’il se passe tout un tas de choses dans ce début, en dépit de l’absence de « tension dramatique » voire de paroles. Il se joue plus de choses encore que ce qui nous est directement montré.
      Peut-être qu’elle n’a pas accroché à cette bande de braqueurs bons-vivants quadragénaires pour lesquels je m’étais personnellement lié d’amitié à travers l’écran, tu poses une caméra dans le « Joncqua » au quartier où j’ai grandi et t’as les mêmes, j’ai ressenti une familiarité immédiate.
      Est-ce qu’au vu de ce début peu marquant à ses yeux, ça vaut encore la peine de la convaincre de regarder le reste du film ? Et surtout, de regarder le reste de la filmographie de RAZ qui j’imagine est du même acabit que son dernier ? (Je n’en ai encore vu aucun mais j’ai bien prévu de m’envoyer les 7)

    • #31109 Répondre
      I.G.Y.
      Invité

      Ça dépend, elle s’est endormie à quel moment? J’ai aussi été complètement captivé par le début (y compris le chant), mais peut être le fait de regarder ce genre de film dans un train n’est pas une bonne idée. Il faut installer du calme, baisser la lumière, augmenter le son (risque de l’endormir encore plus?). Si elle s’est endormie avant le braquage, c’est peut-être encore jouable.

      J’ai trouvé que toutes les scènes d’action étaient formidables dans le sens où elles arrivaient presque sans prévenir, et que ça les renforçait. La gestion de la dynamique sonore au moment de l’attaque de nuit à la kalach dans le garage auto est très réussie par rapport aux scènes de films d’action habituelles. Mais vu ce que tu décris je suis un peu pessimiste

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