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Accueil Forums Forum général L’arbre aux papillons d’or

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    • #20379 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      J’ai vu hier au cinéma l’arbre aux papillons d’or. N’ayant pas été très assidu ces derniers temps, j’ignore si ce premier film de Pham Thien An a été évoqué sur le forum. On peut se réjouir de l’éclosion d’un nouveau grand cinéaste.
      Concernant les influences ou cousinages, je cite pêle-mêle et sans développer faute de temps : Tarkovski, Kiarostami, Frammartino, Haneke, Ostlünd, Apichatpong Weerasethakul et Schäublin… et je m’arrête là sinon je vais rater mon train.
      Je partage son premier court-métrage, qui est une sorte d’esquisse de la première séquence de l’Arbre aux papillons d’or.
      On y retrouve déjà quelques uns de ses points forts, comme le travail sur le son et l’agencement « démocratique » du plan au sens rancièrien :

    • #20381 Répondre
      Anna H
      Invité

      Très emballée moi-même par ce Tarkovski vietnamien, je partage cet entretien paru dans Libé :

      Pham Thien An : «Je me suis dirigé vers le cinéma et la religion en même temps»
      Autodidacte de 34 ans, le cinéaste vietnamien revient sur ses premiers maniements de caméra dans des mariages et sur l’importance de sa foi dans la réalisation de «l’Arbre aux papillons d’or».

      Le cinéaste vietnamien Pham Thien An est né en 1989 et a grandi à la campagne, à Bao Loc, dans la province de Lam Dong. (Nour films)
      Son road trip onirique l’Arbre aux papillons d’or était l’une des plus belles découvertes du dernier Festival de Cannes. Quelques jours avant le palmarès, qui l’a justement récompensé d’une caméra d’or, le cinéaste vietnamien Pham Thien An nous avait expliqué s’être formé en autodidacte au cinéma, via la réalisation de vidéos de mariage puis de courts métrages composés avec ses amis d’enfance. De quoi donner envie de le revoir pour en savoir plus, lors de son récent passage à Paris.

      Pouvez-vous retracer le chemin qui vous a mené à la réalisation de l’Arbre aux papillons d’or ?
      Je suis né en 1989 et j’ai grandi à la campagne, à Bao Loc, dans la province de Lam Dong. Mon père filmait dans les mariages lui aussi et, lorsque j’étais enfant, il me montrait souvent les vidéos qu’il tournait. Je regardais des films avec lui, mais c’était des films d’action. Au lycée, c’est plutôt la magie qui m’attirait – j’ai appris à faire des tours grâce à Internet, j’étais très inspiré par David Copperfield. Je suis parti pour Saigon faire mes études dans l’informatique et pendant ces années-là la magie a continué à m’intéresser. Je faisais de petites démonstrations gratuites pour les amis… Lorsque j’étais en quatrième année, mes parents ont eu l’intention de partir s’installer aux Etats-Unis et ma mère m’a annoncé qu’il fallait que je trouve un métier, que je sois formé pour trouver du travail là-bas. Donc j’ai fait une formation de coiffeur. Mais ni l’informatique ni le métier de coiffeur ne m’intéressaient ! Je cherchais de mon côté… J’ai voulu me lancer dans le tournage de vidéos, car à mon sens c’était un moyen de combiner la technique et l’art. J’ai trouvé un travail dans une entreprise qui faisait des vidéos de mariage, où je suis resté quatre ou cinq ans. Puis je me suis mis à mon compte pour faire la même chose pendant quatre ans. Donc pendant huit ou neuf ans, je me suis formé à tourner, à monter. Je regardais beaucoup de films à cette époque, mais pas des films d’auteur, plutôt des films hollywoodiens. Le tournant est venu en 2014 lorsque j’ai participé à un concours de courts métrages. J’ai gagné quatre prix et au même moment ma famille s’est installée aux Etats-Unis. C’est alors que je me suis vraiment dirigé vers le cinéma.

      Pouvez-vous m’en dire plus sur ce court métrage ?
      Il s’appelait Cheveux et durait quatre ou cinq minutes. Je l’ai réalisé avec mes amis d’enfance Hung et Thi avec qui je faisais des tours de magie quand j’étais petit [Dinh Duy Hung et Tran Van Thi, respectivement directeur photo et producteur exécutif de l’Arbre aux papillons d’or, ndlr], et ma femme Hien, rencontrée lorsque je suis venu habiter à Saigon [Huynh Phuong Hien, directrice artistique]. Encore aujourd’hui, c’est mon équipe de tournage. Aucun d’entre nous n’avait jamais fait de cinéma. Mais je suis un peu meneur : quand j’ai commencé la magie, eux aussi s’y sont mis, et quand j’ai commencé à m’intéresser au cinéma, j’ai réussi à les attirer. Par la suite, j’ai fait d’autres courts métrages, dont Stay Awake, Be Ready [prix Illy de la Quinzaine des réalisateurs en 2019, ndlr].

      Y a-t-il des films qui ont suscité votre désir de faire cinéma ?
      Il y en a plusieurs… Mais celui que j’aime le plus, c’est Amour de Michael Haneke. J’aime énormément le travail du son dans le film – l’utilisation des voix off lorsqu’on ne voit pas les images, le bruit des pas, Jean-Louis Trintignant qui imagine sa femme jouer au piano… Après, j’ai découvert Béla Tarr, Angelópoulos, Tsai Ming-liang, Luis Buñuel…

      Justement, le travail du son dans votre film est singulier – notamment dans l’extraordinaire scène d’ouverture, où l’on ne sait pas, dans tout ce brouhaha, à qui appartiennent les voix qu’on entend…
      Oui, je voulais créer une ambiance de bar à Saigon où il y aurait beaucoup de bruit, une atmosphère qui serait comme un état d’ivresse, déboussolante…

      Pourquoi ces longs plans-séquences ?
      Car ils représentent un défi pour moi – un peu comme dans les tours de magie, où il faut quelque chose de difficile à surmonter pour créer un effet un peu magique… Et c’est aussi une manière de laisser au spectateur le temps de s’imprégner dans le film, de se familiariser avec les personnages et leur monde intérieur. Et puis, si les prises de vues sont assez longues, toutes sortes de surprises peuvent arriver, de manière spontanée.

      Vous saviez très exactement où vous alliez tourner votre film ?
      J’avais tout repéré au préalable, mais seul un tiers des lieux prévus à l’origine a été conservé. Car très souvent, lorsqu’on arrivait pour tourner, le lieu était devenu différent. Tout à coup une maison s’était construite ! Cela retardait le tournage, il nous fallait de nouveau deux semaines voire un mois pour trouver un autre lieu. Le tournage a duré trois ans, en quatre ou cinq fois, car j’ai dû trouver beaucoup de lieux de remplacement. La plupart des scènes se déroulent dans la commune où j’ai grandi ou dans une autre ville à une heure de là.
      La communauté catholique est importante dans le film. Avez-vous grandi dans cet environnement ?
      Oui, ma famille est catholique, on habitait juste à côté de l’église que l’on voit dans le film. Mon père dirigeait la chorale, enfant j’assistais à la messe, j’ai même aidé le curé à la préparer. Mais comme tous les enfants, je n’aimais pas trop ça – on était obligés de suivre les parents, mais dès qu’on pouvait, on essayait de s’échapper (rires). Cela ne m’intéressait pas, ces histoires de la Bible. J’ai commencé à m’intéresser à tout ça quand nous sommes partis pour les Etats-Unis. C’est aussi le moment où je réalisais mes premiers courts métrages – donc je me suis dirigé vers le cinéma et vers la religion en même temps. En écrivant le scénario pour ce film, je lisais la Bible. C’était important pour moi que la religion figure dans le film, car elle fait partie de la quête spirituelle de mon personnage. J’étais hanté par l’idée de l’appel du divin, qui peut survenir à différents moments dans la vie, la trajectoire de Thien dans mon film est l’illustration de cette idée. Je pense que tout le monde a une destinée divine à accomplir, et que la mienne est de faire des films.

      • #20386 Répondre
        Hervé Urbani
        Invité

        Oui j’avais oublié Bunuel et surtout Béla Tarr (dont
        l’évocation des prénom et nom associée me met chaque fois dans la tête Bella Ciao, qui devendrait une improbable ritournelle italo-hongroise)

    • #20391 Répondre
      Anna H
      Invité

      Béla Tarr pour les longs et lents travellings, les séquences en temps réel, la pluie, la boue, entre autres.
      Une de mes séquences préférées (qui m’évoque la fin de Five de Kiarostami), une séquence très longue et filmée en temps réel pendant que le jour se lève, est le réveil et le chant d’un coq dans la campagne auquel répond hors-champ d’autres coqs.

    • #20392 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Beaux cadeaux! Merci Hervé! Merci Anna!

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