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- Ce sujet contient 55 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Jeanne, le il y a 2 années et 7 mois.
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Jeanne
InvitéJe passe sur mon amour pour les aventures de Fantômette, de Georges Chaulet, même s’il y aurait beaucoup à en dire, et notamment au sujet du pendentif de cette jeune héroïne, un objet ultra simple mais qui servait de couteau, d’ouvre-boîte, de passe-partout, de solution – in fine – à tous les problèmes relatifs à la condition d’être incarné.
Je passe sur les aventures d’Alice, détective de choc.
Je passe sur les poèmes accrochés par ma mère dans les toilettes. J’irai par la forêt j’irai par la montagne, et je pleurais en même temps que je faisais ce qu’ici (et en tant qu’être incarné) j’avais à faire.
Je passe sur mes propres productions, comme la mise en mots, sur mon petit cahier, de La machine à explorer le temps, juste après avoir vu ce film de George Pal, parce que ce film c’était trop génial et que j’allais le faire vivre une deuxième fois.
J’ai 14 ans, peut-être, je ne sais plus bien. Ma mère a invité des amis à dîner et leur a proposé d’apporter quelque chose qu’ils ont créé : une sculpture, une chanson, un texte… Il y a cet homme d’une 40aine d’années, maigre, sympathique, peu bavard, intelligent et subtil (c’est ce que je soupçonne). Il se lance, avec un peu de timidité mais sans cérémonie, dans la lecture de son texte. Dont aujourd’hui je n’ai presque aucun souvenir. J’ai gardé le souvenir de mon émotion à l’écouter. Toute petite, d’abord, l’émotion. Et puis ça monte. Doucement. Je me souviens aussi de la dernière phrase du texte : « Cours, cours, petite autruche, tu finiras bien un jour par t’arrêter ».
L’on note l’opportunité d’arrêter un texte avec le mot arrêter.
L’on note aussi que cet homme – dont je trouvai, du haut de mes 14 ans, et après cette opération littéraire, qu’il était décidément bien séduisant – avait le front dégarni – apparemment ce n’est pas contradictoire – et que sur son front il y avait quelques cheveux et que cela le faisait un peu ressembler à une autruche.
Si tu trouves trop longue cette dernière phrase, tu la réécris.
Sinon tu peux, toi aussi, raconter ta ou tes premières émotions littéraires. -
Graindorge
Invitéjolie entrée Jeanne. Moi le 1er livre qui m’a tourneboulée c’est Alice au pays des merveilles. C’était pour Noël. J’avais 7 ou 8 ans . C’était un grand livre , très beau, avec des dessins magnifiques. Je le levais, je le posais sur le tapis du salon, je m’allongeais à plat ventre, je le feuilletais. Je restais une éternité devant chaque dessin, je le refermais pour regarder la première de couverture, blanche brillante avec le dessin au milieu. Je dis bien » regarder » pas « admirer » non, juste regarder le dessin, les belles couleurs, cette petite fille. Je crois me souvenir qu’il y avait le chat aussi. Je n’ai pas dit merci mais mes yeux ont regardé ma mère qui souriait puis mon père puis encore ma mère. Elle a dû dire « tu es contente? » Et j’ai dû hocher la tête. Et je me suis sauvée dans la chambre que je partageais avec mes 2 sœurs. Des 2 lits superposés, le mien était celui d’en-haut. J’y ai grimpé avec mon trésor. Là-haut je me suis mise à le lire: texte, dessin, texte, dessin, … Il a eu beaucoup d’effets sur moi.
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Jeanne
Invité« Je n’ai pas dit merci », c’est drôle ce petit détail.
C’est ta manière de nous plonger dans un moment, dans un récit.-
Graindorge
InvitéC’est le corps de l’enfant qui dit merci en regardant tour à tour sa maman et son papa
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Jeanne
InvitéMais oui! Ce corps parle sans mot.
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Jean Monnaie
InvitéJ’aime beaucoup votre topic. Je vais donc vous raconter la mienne.
Je me souviens bien des soirées enfouies dans la mémoire, où maman nous rassemblait pour nous plonger dans l’univers du « Petit Prince ». Mes frères, mes sœurs et moi, nous formions un petit cercle au fond de la chambre, nos yeux brillants d’imagination, tandis que maman, trônant sur une chaise comme pour donner plus de solennité à l’instant, nous lisait les aventures de cette rose unique au monde et de ce renard à apprivoiser, nous montrait les planètes et les dessins si particuliers de Saint-Exupéry.Mais maintenant, parcourir le livre me laisse indifférent, comme si ces moments d’autrefois étaient complètement détachés de ses pages. Pourtant, j’ai toujours mes madeleines de Proust : l’odeur de la lavande qui imprégnait mon armoire, et le crépitement de la radio de mon père, un bruit de fond presque réconfortant que j’associe à la voix de France Inter.
Aujourd’hui, j’ai gardé cette habitude de mettre la radio pendant que nous cuisinons avec ma femme. Peut-être est-ce un moyen de retrouver un lien avec ce passé, ou peut-être est-ce juste une façon de créer de nouveaux souvenirs.
Saint Augustin voyait le théâtre comme une source de fausseté et d’immoralité, une distraction qui nous éloignait de Dieu. Je me demande si, dans notre consommation incessante de livres, de films, d’histoires d’amour, il n’y a pas un risque similaire : celui de s’enliser dans le familier, de devenir blasé, de perdre cette fraîcheur du regard qui donne toute sa saveur à la découverte, et de finir par ne plus rien trouver de nouveau sous le soleil.
Une personne qui commet son premier meurtre dans le feu d’une guerre ou les ombres d’une mafia peut être assaillie par le dégoût, les cauchemars, la culpabilité ; mais qu’en est-il au dixième ? De la même manière, le dixième rendez-vous, avec une énième conquête amoureuse, risque de nous transformer en automates de la séduction, dépourvus de la passion et de la découverte qui font battre le cœur.
Et puis, il y a mon fils, qui chaque soir, me montre les mouches virevoltant autour de la lampe. En le regardant, je me demande si vieillir n’est pas justement cela : perdre la faculté de s’émerveiller devant le ballet le plus simple de la nature. Je pense à ces premiers explorateurs européens, dont les yeux s’écarquillaient face aux paysages inconnus de l’Afrique ou de l’Amérique, éblouis par la nouveauté, par un monde vierge de tout préjugé et de toute lassitude.
Aujourd’hui, je crains que nous ne laissions nos cœurs se dessécher, nourris à l’excès par des images et des récits qui s’effacent aussi vite qu’ils sont consommés. Peut-être que cette soif du déjà-vu accélère notre vieillissement intérieur, nous privant de cette aptitude enfantine à être surpris et ému par la moindre étincelle de la vie.
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Jeanne
InvitéTu penses que les livres nous enlisent dans le familier. Peut-être que ça dépend de ce qu’on attend d’un livre.
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Jean Monnaie
InvitéQuand j’étais enfant, nous avions une tradition pour Noël : la projection d’une VHS Disney. Je me souviens encore des éclats de rire de mon père devant « Robin des Bois ». C’était un événement aussi marquant qu’une sortie au cinéma, car c’était rare. Les jeux vidéo sur cartouche l’étaient tout autant. Les livres, bien qu’ils n’entrent pas dans cette catégorie de rareté, pourraient théoriquement suivre le même principe.
Il n’y a pas si longtemps, je soutenais que la lecture était essentielle pour développer l’exigence et affûter l’esprit critique. Aujourd’hui, je modère ce point de vue : le nombre de livres lus n’a aucune importance dans la qualité de ton esprit critique, et être trop exigeant n’est pas toujours une vertu. Plus on visionne de films, plus on en connaît les ficelles, et moins on est capable de s’émerveiller ; on devient exigeant et blasé. Un peu comme ce vieux grincheux qui attribue des notes, à la manière de l’émission de Jacques Martin.
Une jeune femme m’a confié un jour craindre de finir seule. À force de trop consommer les relations, ses critères se sont élevés et ses exigences sont devenues inatteignables. Si elle avait abordé ses rencontres avec la même parcimonie que nous le faisions avec notre précieuse VHS de « Robin des Bois », elle serait peut-être plus épanouie aujourd’hui. Je met le livre un peu à part dans mon analyse, car peu de personne on le temps de lire suffisamment pour ressentir de la lassitude.
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Jeanne
InvitéJe pense que la capacité d’émerveillement n’est pas liée au nombre d’objets culturels abordés.
Mais tu te souviens qu’ici c’est atelier d’écriture : on raconte des petites situations (mais sans déployer d’idée).
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François Bégaudeau
Maître des clésLes identitaires sont des enfants.
Jean Monnaie est tout entier dans Notre joie -et ne le sait pas.-
riviere
InvitéJe me demande si certaines structures familiales n’empêchent pas les enfants de grandir. Je me demande si les conservateurs visant à reproduire l’ordre et la société à l’identique ne trouvent pas logiques d’empêcher les enfants de grandir.
Grandir vraiment n’est-il pas se séparer a minima, se différencier, s’emanciper, questionner et comprendre d’où l’on vient, comprendre ce qu’on doit garder et ce qu’on doit lâcher ?-
Graindorge
InvitéÀ cause de FB on va encore perdre le fil d’un sujet et Le sieur Lhuile va encore se répandre
Et toi rivière? La ou les 1ères fois que tu as aimé un texte? Tu nous diras?-
Jean Monnaie
InvitéTu ne pourras jamais aligner un sujet aussi parfaitement que des rangées de salades dans une plantation. Il y aura toujours des mauvaises herbes sur les côtés. C’est mon côté gauchiste : j’aime, jusqu’à une certaine limite, le débordement.
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Jean Monnaie
InvitéJe suis nostalgique, ce qui est vrai, est souvent un trait plus observé à droite. Pour tout détruire comme un gauchiste ou un enfant, il est clair que vous n’avez pas pour habitude de regarder dans le passé. C’est sans doute ce qui explique que vous répétez les mêmes erreurs, une chose qu’un enfant, lui, finit par comprendre. Cependant, ne sachant pas à quel passage de notre joie tu fais référence, je ne peux évidemment pas donner mon avis.
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Jean Monnaie
InvitéTu as le droit de faire comme Branco, qui a proposé son livre en accès gratuit une fois son cycle littéraire terminé. Il n’est pas interdit d’être de gauche. 🙂
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François Bégaudeau
Maître des clésLe problème en l’espèce n’est pas la gratuité – je file très volontiers les PDF de mes livres- mais que tu ne lis pas. Même gratuit tu ne lis pas, surtout pas un livre de 300 pages.
Tu ne liras donc jamais ton portrait.-
François Bégaudeau
Maître des clésTu es donc nostalgique des soins dentaires sans anesthésie
Ta virilité s’en honore.-
Jean Monnaie
InvitéJe ne suis pas assez âgé pour avoir connu les tambours utilisés pour couvrir les cris des patients chez le dentiste, ni les charlatans vendant leurs élixirs miracles dans leurs caravanes avant de fuir pour éviter d’être recouverts de goudron et de plumes.
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Monami
InvitéC’est sans doute par nostalgie du parchemin et de l’analphabétisme de masse
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Jean Monnaie
InvitéIl va falloir un jour que le monde reconnaisse tes talents de télépathie, afin que tu puisses remplir les salles comme Messmer avec l’hypnose. Que dirais tu comme nom de scène celui du film le prestige. Le grand Danton ? Je suis curieux de connaître ce qui pourrait me correspondre dans notre joie. (Mon mail est celui mis pour cette publication )D’autant plus que si tu avais vu juste, je ne manquerais pas de te le dire. Je ne perçois qu’à gauche ce besoin de se rassurer en voulant à tout prix être à l’opposé, en tout point, de ses adversaires politiques. Moi, de mon côté, je me réjouis et cherche ce qui pourrait me rapprocher d’une personne avec qui j’ai très peu de points communs. Le gauchiste ne voit pas l’hypocrisie à trouver de la fraternité chez l’immigré afghan avec lequel il ne partage rien, mais qui ne voit rien de commun avec son voisin sous prétexte qu’il ne partage pas une inclination particulière pour un vieux barbu allemand.
Pitch de comédie : François le nouveau Messmer
François, un jeune homme pétillant de la campagne française, a une passion : le théâtre, et un rêve : écrire une pièce pour son idole, l’humoriste Pierre Palmade. Armé d’une machine à écrire et d’une collection de rêves, il s’essaie à l’art délicat de la dramaturgie, mais ses pièces semblent toujours manquer de ce je-ne-sais-quoi.C’est alors qu’entre en scène Jean, le barman philosophe du village, qui, à travers un dialogue aussi absurde qu’illuminé, fait réaliser à François que sa plume n’est pas son seul talent. En effet, François découvre qu’il a un don inhabituel : la télépathie. Il peut entendre les pensées les plus intimes et les secrets inavoués.
Poussé par la curiosité et un brin d’ambition, et après avoir dévoré un ouvrage de drague, « confession d’un dragueur » du controversé mythomane Franco Suisse Alain Soral, François décide de prendre d’assaut la ville lumière, Paris, pour utiliser son talent afin de séduire l’élite bourgeoise. Avec un mélange de charme rural et de malice mentale, il devient rapidement un Casanova des temps modernes, mais pas sans quelques quiproquos et situations hilarantes.
Mais comme toute comédie qui se respecte, l’ascension vertigineuse de François connaît un tournant. Après une série de péripéties et de rencontres qui le mènent à questionner la moralité de ses actes, notre héros trouve sa véritable voie dans le spectacle vivant.
Le film se clôt sur François, éclairé par les projecteurs d’une scène parisienne, non plus en bourreau des cœurs mais en virtuose de l’esprit, rivalisant avec les plus grands hypnotiseurs comme le grand Messmer, et cette fois, pour le plus grand bien de son public. Une histoire drôle et légère sur la découverte de soi, l’importance de l’éthique et la puissance de la rédemption.
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Fanny
InvitéMerci Jeanne. La première émotion dont je me souvienne n’était pas pour un texte, mais pour une phrase.
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J’avais 6 ans. J’étais la fille du HLM. Les autres avaient pour parents des médecins, notaires, et caetera, et savaient lire depuis décembre au moins. Moi, je ramais. Je priais pour qu’on ne m’interroge pas. J’aurais voulu être invisible. Lorsque ça me tombait dessus, je restais muette. J’entendais toute la classe pouffer dans mon dos. Certains me soufflaient la réponse. Embourbée dans ma honte, je baissais le front. Il n’y avait rien à tirer de moi.
Vers avril, les mots ont commencé à perdre de leur mystère. J’ai su lire. En quelques semaines le gouffre était franchi. Mais j’étais restée méfiante et taiseuse. Mon rapport aux mots était ambivalent. Ces fourbes, je les avait bien domptés, mais je les gardais à l’oeil. Soleil s’écrivait so-le-il, et ne se prononçait pas comme ça. Un cheval, des che-va-ucs.
Un jour, nous avions devant nous six étiquettes à remettre en ordre. Cela donnait : Le – chien – est – dans – la – niche. Tel était l’ordre correct. Un seul sens, clair et net, de la majuscule au point. Nous devions acquiescer. J’étais contrariée. Un sens oui, un seul non, je n’étais pas d’accord. Chaque relecture m’en donnait l’intuition. Le CHIEN est dans la niche. Le chien est dans la NICHE. Le chien est DANS la niche. LE chien est dans la niche. Le chien EST dans la niche. Outre cela, la phrase pouvait être triste ou gaie. J’entrevoyais d’un coup une infinité de compréhensions possibles de cette seule petite phrase. Ce jour là, j’étais bien incapable d’expliquer ce que j’avais saisi. J’en ai gardé le souvenir d’un vertige, d’un trésor dérobé, d’une magie.-
Jeanne
InvitéFanny je suis beaucoup plus preneuse de ce texte (que de celui dont on avait précédemment parlé toi et moi).
J’aimerais bien que tu précises cette histoire de CHIEN qui est dans niche ou de chien qui EST etc… C’est un peu énigmatique.-
Fanny
InvitéJe crois que cela touche à une question de prosodie. C’est ce que j’ai essayé de restituer avec les majuscules : selon le contexte dans lequel on imagine la phrase, on ne mettra pas l’accent sur le même mot. Est-ce qu’on veut mettre l’accent sur le fait que c’est un chien (et pas un chat) qui est dans la niche ? Ou bien est-ce qu’on veut mettre l’accent sur le fait que le chien est dans sa niche (et pas sur le canapé) ? C’est tout bête, mais ça m’avait vraiment marquée. En linguistique, on parlerait de propos ou rhème, pour l’information nouvelle, et de thème, pour le contexte déjà connu.
Je me demande s’il n’y a pas là également une question d’horizontalité vs verticalité, axe syntagmatique (l’enchaînement des mots) vs axe paradigmatique (choix des mots, interchangeables, chien ou chat).
Une image pour l’illustrer :
https://www.lettercamp.org/wp-content/uploads/2013/04/syntagme.gif-
Jeanne
InvitéOui, je vois un peu mieux…
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Graindorge
InvitéJe comprends que le cerveau de l’enfant Fanny joue avec les mots de la phrases pour épuiser toutes les possibilités de sens en mettant chaque mot, à tour de rôle, en lumière. Je ne sais pas si on parle de mot tonique comme on parle en grammaire de pronom tonique. C’est un jeu amusant et enrichissant.
Un autre jeu consiste à découper une phrase, mélanger les mots et la remettre en ordre. Et de simple à de plus en plus difficile. Les élèves espagnols adoraient -
Claire N
InvitéMerci Fanny, j’aime bien ce texte
J’aime particulièrement que tu racontes ce moment où les lettres, ensembles , commencent a faire des choses autres que d’être des signes sur du papier, ce « prendre vie « gambadant que tu décris fort bien
Et puis je remarque que c’est un point de non retour (sauf maladies) la lecture une fois lancée ne permet plus de passer à coter des mots sans les lire , elle s’impose à l’œil, des qu’un mot passe.
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Frezat
InvitéJe m en souviens pas.
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Jeanne
InvitéFrezat Frezat on cherche un peu, hop hop
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Dom
InvitéComme Jeanne en primaire je lisais la bibliothèque rose et plus tard la verte.
Mais le premier « vrai » livre, que disons je sentais plus important que le club des cinq, ça a été La case de l’oncle Tom.
Je ne comprenais pas vraiment à ce moment là ce qu’était l’esclavage, ni pourquoi il existait. Peut être aussi n’y a t il pas eu d’explications de la part des adultes.
A la fin du livre, quand Tom est enfin affranchi, c’est avec un goût d’amertume pour les lecteurs car il a fallu des années pour y parvenir et régulièrement revenait cet argument (peu compréhensible non plus) comme quoi ce n’était pas encore le moment de le libérer.-
Jeanne
InvitéDu coup le héros semblait pris dans une histoire un peu kafkaïenne… (On t’empêche, on te nuit, et tu ne sais pas pourquoi). C’est comme si tu avais lu Kafka avant l’heure.
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K. comme mon Code
InvitéJe sais plus. Je crois que j’ai aimé lire avant d’aimer un texte.
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Jeanne
Invité« Je crois que j’ai aimé lire avant d’aimer un texte ». Tiens, c’est curieux.
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Ludovic
InvitéA 16 ans, ça a été la lecture de la Vie et de l’aventure d’Alexandre de Macédoine par Quinte-Curce.
J’ai passé une journée entière sans manger sans dormir pour tout lire, j’pouvais pas décroché.
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‘Ché pas la découverte de monde Orientale, Egyptien, Asiatique, l’aventure, le récit des batailles, la conquête de tout, les intrigues, c’était fou. -
Jeanne
InvitéQuinte Curse, rien que ça. J’ai bien envie de te féliciter.
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Ludovic
InvitéHa mais traduit en français bien sûr, pas latin. Mais c’est ultra clair et simple en fait car y’a des choses de fond à raconter justement
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Mathieu
InvitéJ’ai un très bon souvenir de Dom Juan de Molière, étudié au collège. J’adorais décortiquer le texte en cours. Idem avec l’Albatros de Beaudelaire, dont j’avais adoré faire l’analyse en classe, et aussi Vagabonds de Rimbaud. En primaire c’était pas mal de Jean de la Fontaine, très classiquement. Le corbeau et le renard, le lièvre et la tortue, cela m’a donné mes premières impulsions de lecture seul chez mes grands parents qui avaient ses recueils de fables. Quand j’étais petit, j’aimais la poésie pour la sensation que j’en avais et ce que ça racontait, en grandissant pour l’analyse.
Mais je n’ai jamais été un grand lecteur. Sorti de l’école, en roman, je ne lis quasiment que François, et Vuillard depuis que je l’ai découvert dans la Gêne, et Nick Hornby car j’ai aimé les films tirés de ces livres et son livre sur le foot.. Et je lis encore des livres pour enfants genre Peter Pan, Roald Dahl, les BD et nouvelles de Goscinny, les poèmes de Tim Burton, et dans mon top 3 de François y’a l’Invention du jeu, et mon perso préféré de tous les temps c’est Flup, avec les deux chapitres de fin de Vers la Douceur: cause i’m thinking bout a brand new hope et le printemps sur l’herbe. -
Jeanne
InvitéDès le collège tu as aimé Moliere, cool. (Moi il a fallu attendre et l’âge adulte et que je joue Elvire dans un atelier théâtre). Et tu as aimé le décortiquer. Recool. (Ce collège faudra me donner son adresse).
« Je lis encore des livres pour enfants « . Tu le fais pour toi tout seul?
Tu nommes des écrivains hommes, pas de femme dans ta bibliothèque ?
Je pose ces questions par curiosité, n’y vois pas malice. -
Mathieu
InvitéAimé Molière, faut pas exagérer. Juste Dom Juan. Je n’ai lu que celui là en réalité.
Mon collège lycée, c’était un établissement catho privé à St Jean de Luz, St Thomas d’Aquin, (là où la prof d’espagnol a été poignardé en début d’année, prof que j’ai eu 2 ans d’ailleurs). Mais à part ça c’est un établissement très propre sur lui plein d’enfants de bourgeois comme moi, et dont le taux de réussite au bac est de 100 pourcent en écartant les moutons noirs au fil de leur scolarité.
Je dois dire que j’ai eu une très bonne prof de français en 1ere ( c’est en 1ere que j’ai fait Dom Juan pardon, pas au collège, et j’étais tombé dessus au bac). J’ai aussi un très bon souvenir de l’étude d’un texte sur la minorité de Kant, et de l’étude du texte sur la séparation des pouvoirs de Montesquieu. Avant ça, j’avais eu aussi une très bonne prof en 5eme. Avec elle on faisait pas mal de littérature jeunesse, même de la BD, des articles de journaux, et de la littérature adulte accessible. C’est elle qui nous a fait découvrir Stupeurs et tremblements par exemple, que j’avais aussi bien aimé. La classe avait même écrit à Amélie Nothomb sur son livre car elle avait la réputation de répondre à tout, et finalement elle ne nous avait jamais répondu.
Oui, je lis encore de la littérature jeunesse pour le plaisir, et aussi car j’écris une petite nouvelle/roman ( je ne sais pas encore la longueur que ça fera) pour enfants que j’aimerais agrémenter de dessins, à la manière de Sempé et Goscinny.
Hé non tu fais bien de le signaler, pas de femmes dans ma bibliothèque, c’est vrai. Ou en fait très peu. Encore sous l’impulsion du texte de François, j’ai toutefois lu l’an dernier A la folie de Sorman que j’ai adoré. J’avais lu bien sûr l’Invention de la jeunesse. Par contre, je n’ai pas aimé Boys boys boys. Et j’ai lu un Despentes, Vernon Subutex 1, pas les 2 autres. J’ai commencé Cher Connard mais j’ai pas fini. King Kong Théorie, acquis mais pas lu ( d’une manière générale, acheter des livres et ne pas les lire est ma spécialité) Et une copine qui déménageait m’a donné 2 Nathalie Sarraute. Toujours pas lu non plus. -
Jeanne
InvitéÇa va raconter quoi, ta nouvelle?
Moi aussi j’ai trouvé A la folie super bien. Boys boys boys aussi. (Tu t’es ennuyé ?).
C’est quels Nathalie Sarraute, qui t’ont été donnés ?-
Mathieu
InvitéC’est l’histoire d’un garçon de 10 ans qui a le plus grand nez du monde et qui en tire des complexes et des moqueries à l’école. Alors quand, dans la cour d’à côté, il voit deux maternelles qui joue à « je t’ai volé ton nez », il fait le voeu qu’à lui aussi on lui vole son nez. Le soir, alors que le film sur la peintre Keane de Tim Burton, est interrompu par un flash spécial annonçant la disparition de Gérard Depardieu et Jean Lassalle lors du salon de l’agriculture, il monte se coucher. Dans la nuit, il est alors kidnappé par un singe nasique de l’île de Bornéo et ses deux singes de mains. Mais ce nasique a une particularité: il a un tout petit nez et il en tire beaucoup de frustration. C’est un peu un Joe Dalton ou un Iznogoud. Et il a surtout le dessein de se greffer le nez de mon héros à la place du sien, pour devenir en quelque sorte calife à la place du calife. Car chez les nasiques, c’est celui qui a le plus gros nez qui est chef et qui a tout un harem. Mon héros, d’abord élevé au rang de Dieu des nasiques pour le mettre en confiance, se rend peu à peu compte du coup monté quand il pénètre le labo secret où il y a toutes une collections de nez: celui de Cléopatre, celui du Sphinx, celui de Michael Jackson, une trompe d’éléphant, une corne de rhinocéros, un nez de clown….Avec l’aide de Gégé et Jeannot, qui ont aussi été kidnappé mais qui passent leur temps à manger, à picoler et à raconter des anecdotes interminables sur la vie à Lourdios-Ichère, il parviendra à s’évader et finalement, si proche d’avoir perdu son nez, à s’accepter comme il est.
Je voudrais ajouter une intrigue secondaire pour densifier, sur un marchand type Bolloré qui extirpe l’huile de palme de Bornéo pour faire une pâte à tartiner et qui menace de fait l’habitat des nasiques – marchand avec lequel mon petit singe type Iznogoud serait en affaire – mais je rame. Bref voilà, ne me piquez pas l’idée svp!Boys boys boys je sais plus trop pourquoi j’ai pas accroché, je me suis ennuyé oui, j’ai peut-être trouvé ça trop directement autobiographique, ou trop bavard. Mais j’étais sans doute mal luné. Je rate parfois des livres par manque de concentration ou fatigue ou mal lunage. Je retenterai
Alors erratum, ce n’est pas deux Sarraute mais un Sarraute et un Duras: La maladie de la mort et le silence
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Jeanne
InvitéIl est kidnappé par un singe nasique de l’île de Bornéo ? Ok. Mais pourquoi le singe vient chez lui et à ce moment-là ? N’y a-t-il pas un effet un peu appuyé de coïncidence ?
En tout cas Mathieu tu m’a fait rire. (Jean Lassale?).
Dans Le silence, de Sarraute, il y a au sein d’un groupe une personne qui ne parle pas, et ce silence trouble beaucoup les autres. Parce que chacun y perçoit, imagine, une grande vérité aussi terrible que tue (du verbe taire). Cette grande vérité étant quelque chose comme: En fait il nous trouve cons, en fait on est des cons, c’est pour ça qu’il dit rien.
Moi j’adore.
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Claire N
InvitéJe me lance
Pas forcément comme Jeanne ma première émotion mais une de celle qui m’a édifier
J’avais 11 -12 ans on choisissait mes fringues pour moi.
Dans la remise j’avais trouvé un livre « Therese Raquin « , on était en vacances, il fallait tous les 2 jours me payer un livre sinon je dormais pas , c’était chiant pour les adultes d’aller à la ville.
Et puis Zola voilà quoi c’est une étiquette « marque repère « pour des bourgeois.
Dans le calme de l’été au jardin, j’ai plongé physiquement dans la passion et le sexe au nez et à la barbe de mes géniteurs, subjectivement j’étais une petite fille modèle
C’est ce pouvoir calme de la littérature qui m’a marqué.
On t’offre une grenadine ? Oui merci-
Jeanne
InvitéJ’aime beaucoup cette expérience que tu racontes, Claire. (Et je suis scandalisée qu’à 11, 12 ans tu n’aies pas eu le loisir de décider de tes vêtements).
Tu les as tous bien plantés là. Tu, ton petit toi en construction, et qui avait autre chose à faire de sa vie que de correspondre aux attentes de tout le monde.
Pouvoir (calme) de la littérature. Eh oui.-
Claire N
InvitéMerci Jeanne, j’aime bien quand tu dis « plante la « ; peut-être parce que tu remets le mouvement là où on le sent – d’ailleurs dans ton récit la phrase d’arrêt disait « cours » c’est intrigant quand on y pense
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François Bégaudeau
Maître des clésJe dirais puissance calme, pour chipoter.
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Jeanne
InvitéDans cette affaire-là (mes parents me voient comme une petite fille modèle et moi je découvre la passion comme aussi sa dimension subversive), c’était clairement toi qui était du côté du mouvement, oui. Dans le sens d’énergie, de vitalité.
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Claire N
InvitéLà voilà c’est bien, merci à tous les deux!
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Jeanne
InvitéClaire, là tout de suite je n’ai pas de temps mais je vais très bientôt regarder ça !
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Mathieu
InvitéOui c’est sans doute un peu appuyé, tu as raison. En fait le nasique kidnappe plusieurs personnes qui ont des gros nez, d’où la présence de Lassalle et Depardieu, en plus de mon petit héros. Mais comme les deux zozos font que boire et manger, leurs nez rougeots et granuleux sont inutilisables.
Mais je vais y songer, merci. Peut-être que le nasique pourrait avoir un satellite ultra performant dans son labo, qui détecte les nez et qui s’affole quand il repère celui du garçon.
OK ça me donne plutôt envie comme résumé, le Sarraute. Je lirai, tôt ou tard. En plus c’est court et c’est du théâtre si je me souviens bien.-
Jeanne
InvitéOui, concernant le texte que tu écris j’ai envie d’ajouter quelque chose. Pardon si j’ai l’air de donner des leçons, là n’est pas du tout mon intention, c’est juste que parfois j’ai des avis sur tout. (Tu peux me fiche une petite tape sur la main). De mon point de vue, si tu veux intéresser ton lecteur il faut se garder de tout miser sur l’intrigue. L’intrigue c’est une chose, mais il faut œuvrer aussi du côté des personnages et plus précisément de l’énergie qui les habite.
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Mathieu
InvitéNon non tu as raison, mes persos sont encore des coquilles vides pour l’instant.
Après, j’aime bien avoir une intrigue solide, de ce point de vue, je suis bien plus un scénariste matrixé qu’un écrivain. Je trouve qu’écrire un livre est beaucoup plus compliqué. On se demande beaucoup plus, pour chaque scène, par quel bout la prendre et où commencer? Et puis au niveau du style, c’est aussi plus dur. Ne serait-ce que sur le temps à utiliser. Et puis j’ai toujours les souvenirs de mes profs de français qui soulignent mes devoirs en vaguelettes rouges avec la mention « mal dit » dans la marge. En scénario, ce problème ne se pose pas.
Alors je me dis qu’une intrigue solide, et effectivement des bons persos, pourront compenser un style moyen, donc je mise un peu tout dessus pour ma part-
Jeanne
InvitéUn scénariste matrixé c’est un scénariste qui a aimé « Matrix »?
(Si tu te poses des questions sur le temps à utiliser, ça veut dire que le présent- tout gentil, pas prise de tête – te tend les bras).
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Mathieu
InvitéHahaha non matrixé ça ne veut pas dire ça
C’est un mot que j’emprunte au lexique de Pasduhring ou de Dany et Raz quand ils parlent des « droitards matrixés ». En gros, ça désigne des gens complètement enfermés dans leur scheme de pensée préconçue, étriquée. Ex: « ce gros con de Victor Ferry est tellement matrixé par la pensée libérale qu’il ne réalise même pas qu’il en devient libertarien ». Matrixé, ça serait l’autre mot du lavage de cerveau quoi. Des mecs qui ont des oeillères et qui ne s’en rendent même pas compte.
Dans mon cas, le matrixage vient à la fois de ma formation en scénario, du scénario-centrisme ambiant, et de mon goût pour ça aussi.
Malgré plusieurs années sur ce forum qui prône beaucoup l’effacement du scénario, je reste très attaché à la structure, au verrouillage, aux actes, à la trajectoire du héros blablabla.-
Jeanne
InvitéAh oui je comprends !! Merci.
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Christophe M
InvitéSe bourrer de pain bis et de crème fraiche à s’en rendre malade, se foutre sous une gouttière en espérant voir ses cheveux friser, découper des poissons rouges vivants, grignoter chaque fruit confit de la boite rangée dans le placard et soutenir mordicus que c’est une souris qui a fait le coup. Sophie osait tout, moi pas grand chose. J’ai bien aimé lire ses malheurs.
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Jeanne
InvitéTu me donnes un parfait aperçu de cette Sophie et de ses malheurs, que pour ma part je ne prisais guère quand j’étais petite. A la fois parce que je n’avais pas le goût du malheur (mais je parie que toi non plus) et parce que le motif bêtise-punition n’était pas très en vogue à la maison (je n’ai pas souvenir d’avoir jamais été punie). Je crois que ma mère aurait detesté que je lise ça. Mais aujourd’hui, à lire ton post, je me dis que ça a l’air bien.
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