Accueil › Forums › Forum général › Joue-la comme Bégaudeau ?
- Ce sujet contient 173 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
pinakia.colada, le il y a 1 heure et 29 minutes.
-
AuteurMessages
-
-
pinakia.colada
InvitéDe François Bégaudeau j’ai lu pêle-mêle en vrac pas dans l’ordre jouer juste, fin de l’histoire, entre les murs (x2), la blessure la vraie (x3), en guerre (x2), un enlèvement, molécules, ma cruauté (x2), l’amour, désertion (x1,5), et je ne suis pas lecteur.*
.
Cinq à toute heure, trois avec grand plaisir, un ouais bof, un autre dans un bureau de poste.
.
J’ai vu huit des dix – un jour onze – Fast and furious. Je ne suis pas cinéphile non plus.
.
Or la prose bégaudienne tourne chez moi comme le premier album des L5 dans le camping-car de mes parents en juillet 2002. J’aimerais parfois rejouer ce qui de sa musique me plaît.
.
Je vous sollicite sur ce forum plutôt que sur celui de Caradisiac pour m’aider à circonscrire pourquoi cette carrosserie-là plus que les autres ? Quel est ce tuning ? Quel artisanat, quelles petites mécaniques pour que ça carbure ainsi ?
.
Je retiens pour ma part quelques parades qui me le rendent accessible :
.
– dans des incipits super flashy, en commençant par la deuxième phrase ou la suivante : « Plus juste serait de dire que Romain Praisse et Louis Makhloufi n’habitent pas la même ville. » ou « Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. » ;
.
– dans les dialogues avec ponctuation fluctuante (Désertion), comique de répétition (Entre les murs), etc.
.
– en minorant le contenu central dans le cours des choses cf. son exemple dans Comme une mule avec la bouteille de Contrex ou cet extrait pour un premier baiser dans Amour : « Joueuse, elle libère une manche pour qu’il y glisse son bras, ça les met dans une posture rigolote, ils en rajoutent exprès. Boule a mis du temps à remonter la balle échouée dans un fossé. Il la recrache aux pieds de son maître et attend la suite des opérations. La balle reste inerte. Boule grogne d’impatience. Jacques décolle ses lèvres de celles de Jeanne pour lui dire de la fermer. Il ramasse la balle et la lance aussi loin que possible. Jusqu’en Chine ce serait parfait. Ils se rappellent qu’ils ont chacun un bras dans une manche d’anorak. Ils se dépêtrent comme ils peuvent. »
.
– en fissurant les expressions figées (avec Louisa ou Céline),
.
– en usant d’une focale toute cinématographique comme ici par exemple : « il ouvre le coffre, il l’ouvre pour voir si par hasard, si par nécessité, si par hasard et nécessité s’y trouvent des outils qui font mal, des outils lourds, des outils en fer pour écraser le crâne du monde entier, dans le coffre il n’y a rien, ils ont tout enlevé, ils ont bien pris soin de tout enlever, ils ont supprimé le fer, ils nous ont désarmés, il n’y a plus de réplique, il n’y a plus de bagarre, il n’y a que des bottes en caoutchouc jaune, en caoutchouc mou comme la main du père, il n’y a qu’un panier en osier et rien à en faire, il n’y a qu’un carton de chiffons et rien à en faire, il n’y a qu’un bidon d’essence de marque Total. » (en guerre)
.
Mais ce sont des premières notes, brouillonnes, fouillis. Je serais curieux de savoir ce que vous, lecteur.ice.s de Bégaudeau, reconnaissez comme des traits de sa prose quand on ouvre le capot ?**
.
Qu’en dirait l’auteur lui-même ?
.
PS : C’est quoi cette obsession pour les bars à noms propres ?***
.
PPS : Quelle que soit la demande, je n’ignore pas qu’un fil de forum dérive au gré des courants comme une Wattwiller à la mer, le cul sur la plage je récolterai donc tout ce qui s’y échoue, plastiques et coquillages.
.
*Hors obligations scolaires ou professionnelles. Je lis très peu de fictions, c’est vrai. Par exemple : La tache de Roth, n’ai pas fini. Sur la route de Kerouac, pas fini. Et j’en passe. Assez souvent, quand je pose un œil dans un roman, je m’y ennuie et le repose. Le roman puis l’œil.
.
**Métaphore filée beaucoup trop longue
.
***Preuves par ordre de publication :
.
« Pour le café de la place de la mairie, on ne dit pas L’Extase, comme y incite l’enseigne à moitié lumineuse, on dit chez Gaga. Pourtant le patron ne s’appelle pas plus Gaston qu’il ne présente de symptômes de gâtisme précoce. Il ne fait pas non plus ga-zou-gazou devant les bébés, au contraire il aime pas beaucoup ça les bébés, il préfère la pêche à la grenouille et le Ricard, si possible simultanément. » la blessure, la vraie
.
« Bien que la carte Mappy de la ville indique 343 mètres entre Chez Lulu et le Joining, il est écrit que 100 % de la présente clientèle dudit bar ne prolongera pas la soirée sous les néons tournants de ladite discothèque.
La raison en est si évidente qu’elle se passe de mots. Il suffira de noter qu’aucun des deux propriétaires du bar ne se prénomme Lucien. Le Lucien historique, plus connu comme Lulu, a acquis le fonds de commerce en 1979 avec ses indemnités de licenciement d’ouvrier du textile, et l’a vendu faute de pouvoir régler le bail enchéri par la réhabilitation du centre. S’étant associés pour le rachat, Baptiste et Vincent ont d’abord pensé bazarder le nom avec les banquettes en moleskine et les tables en formica. Un temps, L’Authentique a tenu la corde, puis leurs deux prénoms coordonnés, mais finalement, et au prix d’un saut du passé dans le futur, Chez Lulu est apparu adéquat à l’esprit recherché. Ce qu’a confirmé le diagnostic, facturé 1 340 euros, de Porablar, consultant en communication: le « chez » nous fait partir sur une idée de chaleur, et « Lulu » nous emmène sur un cachet après-guerre tout contemporain. » en guerre
.
« En se répartissant dans trois voitures ils se donnent rendez-vous chez Émile. C’est le Café de la Poste mais tout le monde dit chez Émile, même depuis qu’Émile a laissé les commandes à son fils Joël après sa crise cardiaque. » l’amour
.
« Étape 1: la carte passe à 50% bio. Etape 2: changement de nom, donc. Brasserie c’est ringard; du Port, ringardissime. Brasserie du Port, ça sent la brochette de poivrots partis pour boire leur RSA en une soirée. Donc on enlève Brasserie on enlève Port, on enlève du, on enlève tout, et on remplace. On remplace, première option, par Jacques et Jeanne, les prénoms des proprios. Histoire de les flatter mais aussi parce que le répertoire national des restaus ouverts cette année est bourré de paires de prénoms. Sidonie et Jules. Fab et Greg. Marcel et Simone. Plus c’est gaulois et vieillot, plus ça marche. » désertion -
François Bégaudeau
Maître des clésMerci pour cette attention
Le Hamagushi ne parle que de ça, ne fait que ça – filmer l’attention, la susciter, la produire – et c’est très beauLa précision appelle la précision. Je reprends donc point par point, sans g :
-Cinq à toute heure, trois avec grand plaisir, un ouais bof, un autre dans un bureau de poste.
Serais curieux de savoir le ouais bof ; j’ai remarqué que rien ne donne plus à penser qu’une réserve dans un contexte d’adhésion.
(un peu comme une amoureuse qui vous fait observer une manie à la con)J’ai vu huit des dix – un jour onze – Fast and furious. Je ne suis pas cinéphile non plus.
Je n’en ai vu aucun. Nous en sommes donc à 8-0. Mais la partie n’est pas finie. Je rappelle que j’ai vu 14 Marvel.
.
Or la prose bégaudienne tourne chez moi comme le premier album des L5 dans le camping-car de mes parents en juillet 2002. J’aimerais parfois rejouer ce qui de sa musique me plaît.
Sais tu que les L5 se reforment?
.
Je vous sollicite sur ce forum plutôt que sur celui de Caradisiac pour m’aider à circonscrire pourquoi cette carrosserie-là plus que les autres ? Quel est ce tuning ? Quel artisanat, quelles petites mécaniques pour que ça carbure ainsi ?
C’est très exactement la question que je me pose pour les auteurices que j’aime..
– dans des incipits super flashy, en commençant par la deuxième phrase ou la suivante : « Plus juste serait de dire que Romain Praisse et Louis Makhloufi n’habitent pas la même ville. » ou « Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. »
La première est ma première phrase préférée de moi-même, avec celle de L’amour.
Une note sur la seconde : l’enjeu principal était double : commencer par le vent, qui est le grand opérateur (comme ce « et » causal l’installe tout de suite). Et surtout commencer par nous. Le nous pour : nous quatre. Ce drole d’animal à quatre tête et huit jambes qui s’appelle une famille (et qui n’existe jamais autant qu’en vacances). Cette créature organique. Le coeur de ce livre c’est la famille – et non pas la bourgeoisie, comme j’ai fait l’erreur de le laisser croire par manque d’audace (aussi vrai qu’Entre les murs échouait à toucher l’os de l’école à cause de sa devanture « raciale »)
.
– dans les dialogues avec ponctuation fluctuante (Désertion), comique de répétition (Entre les murs), etc.
Première mondiale : je ne trouve rien à dire.
.
– en minorant le contenu central dans le cours des choses cf. son exemple dans Comme une mule avec la bouteille de Contrex ou cet extrait pour un premier baiser dans Amour : « Joueuse, elle libère une manche pour qu’il y glisse son bras, ça les met dans une posture rigolote, ils en rajoutent exprès. Boule a mis du temps à remonter la balle échouée dans un fossé. Il la recrache aux pieds de son maître et attend la suite des opérations. La balle reste inerte. Boule grogne d’impatience. Jacques décolle ses lèvres de celles de Jeanne pour lui dire de la fermer. Il ramasse la balle et la lance aussi loin que possible. Jusqu’en Chine ce serait parfait. Ils se rappellent qu’ils ont chacun un bras dans une manche d’anorak. Ils se dépêtrent comme ils peuvent. »
Figure centrale, dont j’ai pu voir récemment que Brueghel l’ancien l’avait porté à un point de radicalité à coté duquel je suis un petit joueur
Mais oui s’il y avait un élément structurant à retenir parmi mille, ce serait la dé-dramatisation ; le noyage de la catégorie d’événement. Geste paradigmatique de la modernité.
.
– en fissurant les expressions figées (avec Louisa ou Céline)
J’aime bien cet artisanat oui. Et m’étonne qu’une plume à prétention littéraire s’autorise des expressions figées sans ironie ou fissure. La littérature consiste précisément à décongeler le langage. A le revitaliser. Que la lettre morte revive.
.
– en usant d’une focale toute cinématographique comme ici par exemple : « il ouvre le coffre, il l’ouvre pour voir si par hasard, si par nécessité, si par hasard et nécessité s’y trouvent des outils qui font mal, des outils lourds, des outils en fer pour écraser le crâne du monde entier, dans le coffre il n’y a rien, ils ont tout enlevé, ils ont bien pris soin de tout enlever, ils ont supprimé le fer, ils nous ont désarmés, il n’y a plus de réplique, il n’y a plus de bagarre, il n’y a que des bottes en caoutchouc jaune, en caoutchouc mou comme la main du père, il n’y a qu’un panier en osier et rien à en faire, il n’y a qu’un carton de chiffons et rien à en faire, il n’y a qu’un bidon d’essence de marque Total. » (en guerre)
Oui. Mais non. Focale cinématographique au sens où ce mouvement est une sorte de zoom. Mais pas cinéma parce que monologue intérieur de Cristiano, confusion intérieure, bordel intérieur, délire, qui le mènera au pire. Ainsi au cinéma nous ne pourrions pas avoir ces phrases qui s’embrasent en lui, ces phrases parano-hystéro-comploto-tarés (genre ils ont supprimé le fer).
Au passage, un mini procédé de dédramatisation ici, ou de torsion de l’événementialité : Total. Tout le mouvement de la phrase arrive à ce bidon, avec quoi C s’immolera. Pour cet effet de cliffhanger nous avons besoin de l’information « bidon d’essence ». Or il y a cet ajout, cette incongruité finale, ce mot en trop, la marque Total, inutile ici, et cependant ajoutée. Elle casse l’effet en le maintenant. C’est ce truc là qui s’appelle précisément : le réel. Ce truc en trop. Ce truc qu’on sait pas quoi faire avec, et qu’un pur auteur dramatisant aurait soigneusement occulté de sa prose.
.
PS : C’est quoi cette obsession pour les bars à noms propres ?***
J’avais pas remarqué mais le florilège ci-dessous est accablant.
.
PPS : Quelle que soit la demande, je n’ignore pas qu’un fil de forum dérive au gré des courants comme une Wattwiller à la mer, le cul sur la plage je récolterai donc tout ce qui s’y échoue, plastiques et coquillages.
rire -
Renaud Bigorre
InvitéMerci pour le topic et son titre !
Pour répondre rapido, ce que j’aime dans la prose bégaldienne :
– la “matériophilie” (des mots, des personnages, des situations, de ses expériences et de ses rencontres),
– la transpiration, la documentation même, d’une époque, de 1980 à nos jours,
– la “frappe de la phrase” (ça sonne, ça scanse, ça claque… ça se lit à voix haute),
– la charpente-plume (à la lecture, on sent peu ou pas la structure alors que / car ultra travaillée / ciselée),
– l’art du contrepoint (tresses et fragments toujours reliés) et du contre-pied (se méfier / questionner les mots, les expressions, les idées courantes),
– de l’humour (souvent piquant, noir ou absurde), art des vannes et des chutes,
– des envolées, souvent en “outro”, comme une impro,
– la trinité de Saint-François : vie, joie et puissance,
– William Will. -
Quentin
InvitéÉnorme ce topic.
Pour m part, j’ai adoré la prose de FB, autant dans ses romans que dans ses essais (qui sont très romances, on le sait) pour sa façon de parler, très réaliste, très populaire, et donc très drôle.
Lorsque j’avais recommencé à lire, c’était du Queneau (j’aimerais tellement savoir ce que vous en pensez parce que je lui prête un génie que j’ai jamais vu encenser ailleurs.) Cette facilité de jouer avec les mots et les tournures de phrases, de s’amuser tout en restant cohérent, de ne pas forcément faire dans la complexité pour être subtil, c’est exactement ce que j’ai a la lecture de FB, merci le Diplo.Je n’ai lu qu’un Enlèvement (fabuleux, et j’apprécie la critique bourgeoise même si apparemment à l’insu de l’auteur). Je passe des vacances à Royan chaque été, pour visiter mes tantes, et en profite pour observer ces familles si bien décrites dans ce roman. Entre les Murs, l’Amour (évidemment, celui ci je peux même le recommander à ma belle mère et sa mère), Psychologies, Du Mépris, Desertion (dédicacé hehehehe) et enfin Jouer Juste, que j’ai pas aimé.
Pourtant l’alternance entre le discours de l’amoureux et du coach ne faisant plus qu’un, cette ode à la relation amoureuse, qu’elle soit partagée avec une femme ou avec le football, reste assez lourde à lire, je trouve.-
François Bégaudeau
Maître des clésNon, ce n’est pas à l’insu de l’auteur. C’est en toute conscience que j’ai ajouté, à la structure famille qui est le personnage central de ce roman, une épaisseur bourgeoise, que je me suis complu à étoffer. Je pourrais dire : j’assume. Mais je crois que l’opération aurait été plus concluante avec une famille classe moyenne.
-
François Bégaudeau
Maître des clésLa lourdeur de Jouer juste, je peux la comprendre. A l’écouter, lorsqu’il est mis en scène au théatre, je ressens à maintes reprises une sorte de gene.
Je précise juste que le livre n’est pas exactement une ode à la relation amoureuse. Le narrateur édicte follement les règles strictes d’une relation déprise de l’organique, une relation « qui ne tiendrait que par son style ». Evidemment il échoue, car quelque chose vient se glisser dans cette belle mécanique théorico-morale, un caillou dans l’engrenage, qui est le réel, le réel de Julie, le réel tel que personnifié par Julie, et qui, au système génial et délirant du narrateur, oppose la positivité incontournable de son existence-
Quentin
InvitéMerci beaucoup pour ces précisions. C’est vrai que le narrateur semble amoureux de Julie et en même temps ne pas supporter la relation – ce serait donc ce qu’implique une relation amoureuse qui pose probleme. Mais toujours beaucoup plus subtilement. Le narrateur est bien torturé, aussi bien qu’il est vraisemblablement sensible, et c’est certainement le point positif du bouquin, pour ma part.
Peut être plus concluante mais ça ne m’aurait certainement moins plu aussi. Ne regrette rien François 😂
-
Malice
Invité@Quentin t’es pas tout seul je suis amoureuse de Queneau moi aussi; si tu veux en parler n’hésite pas
( en plus en découvrant François j’ai eu l’impression de le retrouver un peu)-
Renaud Bigorre
Invité@Malice et @Quentin. Je rejoins votre collectif des amis de Queneau et la transpiration de son style dans la prose bégaldienne.
Il y a aussi du Georges Pérec dans les ecrits « mosaïcaux » de François (en train de lire Vers la douceur et je peux pas m’empêcher de penser à La Vie mode d’emploi et Je me souviens).
Je me demande même dans quelle mesure FB ne serait pas oulipien (pas hardcore mais d’inspiration) dans le façonnage et la facture de ses ouvrages.-
Renaud Bigorre
InvitéHalala j’ai fini de lire Vers la douceur dans le ter ce matin : un régal !
La chronologie finale mêlant les dates de la bio des persos fictifs et des événements réels*, chouette clin d’œil à celle La Vie mode d’emploi !
—
* ou presque : Caleb Followill en « 1er champion olympique du 100m une année impaire » (j’en ris encore !)-
Malice
InvitéJ’adore le passage où Bruce veut entremettre sa mère et son copain
-
François Bégaudeau
Maître des clésBeaucoup lu Queneau dans las années 90, au terme desquelles Les fleurs bleues m’ont inspiré une chanson. J’aime l’humeur de cet homme.
J’y remettrai le nez bientot
De l’oulipo j’ai le gout des dispositifs formels. Par exemple le nombre de fragments d’Entre les murs, annoncé comme une règle du jeu en ouverture. Par exemple aussi le dispositif mathématique de La Politesse, trois parties de 20 fragments chacune, avec des jeux de micro-déplacements entre les fragments de chaque partie (on retrouve un truc semblable entre les trois scènes de groupes de mecs au pied de la falaise dans Désertion). Et puis oui Vers la douceur qui est un livre très formel, où la structure repose sur des échos, des répétitions-différences (par exemple la série Jules-Flup-Bruce-Bulle)-
Malice
InvitéJ’attendais cet aveu depuis bien de lunes
Tu as lu quels romans?Exercice : soulignez en rouge ce qui dans cette strophe relève de Raymond:
Perso je dirais » albatros j’atterrissais et en blé me répandais »
« de blé farine on me faisait et dans ton pain tu me trouvais »« On s’apparaissait déguisés en usine.
J’prenais l’avion en marche et de l’avion je sautais
albatros j’atterrissais et en blé me répandais
Les pluies d’hiver m’inondaient et la moissonneuse me battait
de blé farine on me faisait et dans ton pain tu me trouvais
qui rêvais de toi qui rêvais de moi
et tu rêvais de quoi? pardi que je rêvais de toi. » -
Malice
InvitéA propos de « Vers le douceur »: Flups me parait une version Bégaudeau et semi-clochardisée du Pierrot de « Pierrot mon ami » de Queneau
-
François Bégaudeau
Maître des clésPierrot mon ami est un des romans lus et aimés à cette époque. Avec Les fleurs bleues, donc. Et Zazie (texte reporté dans Interlope). Et Battre la campagne. Et des poèmes.
Oui dans la chanson l’élément Queneau c’est l’emboitement des reves, qui structure Les fleurs bleues : X reve de Y qui reve de X -
Graindorge
InvitéJ’aime bien Queneau
« Je crains pas ça tellement »
Je crains pas ça tellment la mort de mes entrailles et la mort de mon nez et celle de mes os
Je crains pas ça tellement moi cette moustiquaille qu’on baptisa
Raymond d’un père dit
QueneauJe crains pas ça tellment où va la bouquinaille les quais les cabinets la poussière et l’ennui
Je crains pas ça tellement moi qui tant écrivaille et distille la mort en quelques poésiesJe crains pas ça tellment
La nuit se coule douce entre les bords teigneux des paupières des morts
Elle est douce la nuit caresse d’une rousse le miel des méridiens des pôles sud et nordJe crains pas cette nuit
Je crains pas le sommeilabsolu Ça doit être aussi lourd que le plomb
aussi sec que la lave aussi noir que le ciel
aussi sourd qu’un mendiant bêlant au coin d’un pont
Je crains bien le malheur le deuil et la souffrance et l’angoisse et la guigne et l’excès de l’absence
Je crains l’abîme obèse où gît la maladie et le temps et l’espace et les torts de l’espritMais je crains pas tellment ce lugubre imbécile qui viendra me cueillir au bout de son curdent lorsque vaincu j’aurai d’un œil vague et placide cédé tout mon courage aux
rongeurs du présentUn jour je chanterai
Ulysse ou bien
Achille
Enée ou bien
Didon
Quichotte ou bien
Pança
Un jour je chanterai le bonheur des tranquilles les plaisirs de la pêche ou la paix des villasAujourd’hui bien lassé par l’heure qui s’enroule tournant comme un bourrin tout autour du cadran permettez mille excuz à ce crâne — une boule — de susurrer plaintif
la chanson du néant -
Malice
InvitéJe voudrais qu’on grave ça sur ma tombe mais va pas y avoir assez de place pour tant de génie
-
Malice
InvitéQui a lu « Les oeuvres complètes de Sally Mara » où l’ami Raymond se prend pour une jeune irlandaise aspirante écrivaine ( découvrant les lettres et la sexualité)? A mourir de rire.
Le recueil se compose d’un faux journal intime et d’un faux roman qui s’intitule, attention aux yeux » On est toujours trop bon avec les femmes » ( au programme : humour noir à base de VSS et de terrorisme) -
Alexandre
InvitéExercice de style m’avait beaucoup fait marrer aussi.
-
Quentin
InvitéOn ets toujours trop bon avec les femmes est l’un des romans que je préfère. C’est fin, simple et si agréable. Qu’est ce que j’ai ri
J’avais adoré les Fleurs Bleues
-
Renaud Bigorre
InvitéJe note « Les œuvres complètes de Sally Mara », merci !
Un énorme amour pour Les enfants du limon dans lequel un duo de personnages alla Bouvard et Pécuchet planche sur « l’encyclopédie des sciences inexactes » consacrée aux fous littéraires (sur la base de recherches et de faits bien réels débusqués par Queneau). -
Malice
Invité@Renaud Les enfants du Limon, le seul que je n’ai pas encore lu! Mais le titre, que je connaissais, m’a inspiré des trucs. Le mot Limon est un des plus beaux de la langue française.
-
Graindorge
InvitéTrouvé ça
Raymond Queneau
Les Enfants du limon
Collection Blanche
Gallimard
Parution
13-07-1938«Soleils ambulants, Chambernac et Purpulan se promenaient dans la campagne, l’un lent et lourd, l’autre sifflant l’air d’une baguette et décapitant les fleurs. Le sentier filait le long d’une pente, entre champs, jusqu’à la route nationale. Là le proviseur s’assit dans un petit abri érigé par les soins de la compagnie des Autocars de la Région Mourméchienne. Purpulan mit son pied sur une borne, s’accouda sur son genou et regarda les autos qui gazaient sur la belle ligne droite qui leur était offerte.
– Le soleil, dit Chambernac, le soleil ce sera le point central. C’est le centre du système. Excrémentiel, satanique – qui donc a jamais pu concevoir cela ? Qu’en pensez-vous, Purpulan ?
Purpulan ne daigna répondre.
– Enfin, dit Chambernac, vous devez bien en savoir quelque chose.
Purpulan mima l’ignorance, comme décidé à laisser l’autre monologuer.
– Comment, reprit Chambernac soudain résigné à l’ignorance sur ce chapitre peut-être prétendu de la démonologie, cette opinion a-t-elle pu naître ?
Purpulan témoigna par un geste qu’il s’en foutait royalement.» -
Malice
Invité@Quentin
oui les Fleurs bleues, un des meilleurs. Tellement de motifs géniaux : la péniche, les repas systématiquement ratés, les insultes sur le portail. Le duc d’Auge copain de Sade et Gilles de Rais et cette vision de l’histoire à la Monty Pythons.
Je ne vais pas ouvrir plus ma bouche afin de ne pas déflorer le roman pour les sitistes qui vont se jeter dessus. -
Graindorge
Invité« Rêver et révéler, c’est à peu près le même mot ».
-
Renaud Bigorre
InvitéMerci beaucoup François pour le partage de ta « cuisine ».
« Jules-Flup-Bruce-Bulle », ça hulule !
-
-
Renaud Bigorre
InvitéOui des barres ! Et ça fait écho et série à la monitrice d’auto-école qui propose sa nièce à Jules en guise de lot de consolation.
-
-
-
-
Malice
InvitéSuper, partagez vos extraits les amis
Je vais commencer avec son art de l’onomastique ( j’espère que je ne me trompe pas de mots):
Dans « Loin de Rueil » par exemple, voilà une petite liste de noms de catcheurs qui m’émeut toujours
Kid Boucicaut
Ted La Sardine
Toto Sépulture
Touffe d’étoupeBonus- extrait du roman, au moment où Des Cigales, le poète local défrieffe avec deux enfants une séance de cinéma :
» – Quand je vois un film comme celui que nous venons de voir, je me transporte sur la toile par un acte en quelque sorte transcendantal et je me retrouve prenant conscience de moi-même en tant que l’un des héros de l’histoire à nous contée au moyen d’images plates mais mouvantes.
Les enfants se regardent.
– Par exemple dans celui qu’on vient de nous projeter devant les orifices visuels…Mais par exemple toi mon petit Jacquot lequel de ces personnages te croyais-tu?
Jacques hésite. Il trouve la question terriblement indiscrète et recule devant une telle confidence.
– Le type qui meurt à la fin?
– Voui Msieu.
– Et toi mon petit?
– Moi-z-aussi msieu, dit Lucas.
– Eh bien moi, dit Des Cigales, j’étais Daisy.
Et rêveur il suce un bonbon. «
-
-
-
-
-
Renaud Bigorre
InvitéJe reviens sur Jouer juste.
@François on a du déjà te le demander mille fois mais as-tu été influencé par la chanson Il n’y aura pas de match retour de Rémy Tarrier ? (https://www.youtube.com/watch?v=V6Url_D7J8o)
—
Blague à part, la comparaison entre les 2 textes est pas mal intéressante.
Justement parce que le « comme » est omniprésent dans la chanson et quasi-absent dans le livre.
Et il y a des images communes dont la saisie n’est pas forcément la même :
– la rencontre : coup de foudre comme un geste technique individuel / fusion immédiate dans le registre du beau jeu collectif,
– le temps : tout un match (aller) / la pause avant la prolongation,
– l’arbitre : rupture liée à une faute d’arbitrage / pas une excuse, le refus d’avoir « jouer juste »,
– le fétiche : le maillot et son odeur / la photo d’enfance dans le portefeuille.-
Samuel_Belkekett
InvitéJ’ai vu que Adele Haenel a sorti un livre intitulé « Viser Juste ».
Est-ce un clin d’œil ? -
Claire N
InvitéRires – Je connaissais pas cette chanson mais oui
Il y a pas équipe-
François Bégaudeau
Maître des cléscette absence de « comme » est décisive
Jouer juste ne pose pas du tout une analogie entre foot et amour, il fait parler un esthète légèrement délirant qui lui emballe son verbe jusqu’à glisser de l’un à l’autre
comme d’habitude, ce livre ne dit rien, il n’expose pas une théorie, il reporte le discours d’un théoricien (hystérique)-
Claire N
InvitéJe peux l’avouer à présent
Dans cette lecture j’ai eu 2 mouvements
Vis à vis de Paul dans sa manière d’amour
– au debut, comme c’est le narrateur, je le suis – docilement
Oui pourquoi pas peut etre qu’il a raison
– puis ensuite : mais ça va pas la tête !
Me suis faite avoir comme une bleue
Même avec Nabokov dans les soutes-
Claire N
InvitéLe personnage de Julie est extrêmement attachant cela dit , et elle est si « aimable «
Je ne sais comment qualifier cette construction, mais c’est comme si oui sa positivité donnait la version criante de vérité de l’amour -
Claire N
InvitéErreur * personnage masculin
-
Renaud Bigorre
InvitéHo pas tilté que comme dans Ma cruauté, c’est encore Paul qui parle (gymnastique de l’onomastique haha).
« ClaireNment » y a du Humbert Humbert ou du Roger Akroyd dans la séduction rhétorique du narrateur, qui suscite l’empathie du lecteur, avant qu’on pige sa « monstruosité » pas que dans le versant négatif (Deleuze en parle mais je sais plus où).-
Claire N
InvitéNon c’est pas Paul, je me suis trompé
-
François Bégaudeau
Maître des clésOui c’est pas Paul, il n’a pas de prénom (20 ans plus tard il animerait un célèbre podcast de cinéma). Mais écrivant Ma cruauté, je songeais bien à Jouer juste, en tout cas s’agissant de l’adresse (à Julie ici, à Juliette là). Sauf que Jouer juste donne le dernier mot ou presque à Julie – la vie contre la théorie, en gros-, et que Ma cruauté rabat le caquet hégémonique de Juliette.
-
Renaud Bigorre
Invité« il n’a pas de prénom (20 ans plus tard il animerait un célèbre podcast de cinéma) » éclat de rires
Oui je saisis mieux le geste littéraire de Ma cruauté, plus radical en quelque sorte que dans Jouer juste.
Et sans être un « entre-deux », Trompe le monde me semble de ce mouvement (avec Gaëlle sans être narratrice qui est maîtresse du récit jusqu’au bout même au-delà de la fin de la nouvelle). -
François Bégaudeau
Maître des clésfaut vraiment que je relise cette nouvelle, je vais finir par etre l’individu au monde qui la connait le moins
-
Renaud Bigorre
InvitéHaha y a un sujet sur lequel écrire là : « Ciel, mon récit ! »
-
graindorge
Invitéje vais finir par etre l’individu au monde qui la connait le moins
Après moi hi.hihihi…
-
Claire N
InvitéRegarde dans ta boîte mail Graindorge
(François, si tu veux je peux également te la faire passer ) -
graindorge
InvitéÉnorme esclafade!!!
Mé oui ma Claire d’Amour, envoie donc Trompe le monde aussi à Francesco car dans sa volonté de tenter de séduire le public Vegan, il a oublié de manger du poisson et par conséquent oublié que c’est lui qui a écrit cette nouvelle! Oublié aussi qu’il m’avait bloqué dans son facebook après un quiproquo et oublié de me débloquer. Les nananèreus peuvent continuer à croquer leurs chips, Et Dieu créa Claire N ET je vous emm…. aristocratiquement!!!
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
pinakia.colada
InvitéD’abord, merci pour vos impressions.
.
Merci à François pour cette réponse pointue et bien sûr les nouvelles des L5 (que j’ai transmises à ma mère qui savait déjà qu’en fait oui dans une reprise de Julien Doré qu’en fait oui encore pour la Pat’patrouille que ça va peut-être durer ou peut-être non à voir cette histoire).
.
Je note le « et causal », conjonction discrètement causale. Le troisième jour le vent est tombé donc nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. Causalité ostentatoire, phrase aplatie. Et plutôt que donc, et plutôt que mais.
.
Je retiens la dédramatisation par l’incongruité de « Total »*. Le oui mais non, en effet zoom mais ce monologue intérieur que ne pourrait pas le cinéma.
.
Il m’a semblé avoir lu je ne sais plus où, peut-être sur le forum, que la syntaxe pouvait permettre aussi cette dédramatisation, en déportant par exemple dans une proposition subordonnée ce qui serait central dans la prose d’un.e autre.
.
Serais curieux de savoir le ouais bof ; j’ai remarqué que rien ne donne plus à penser qu’une réserve dans un contexte d’adhésion. Concernant le ouais bof, sans vouloir donner un deuxième coup dans l’aileron carbone, il s’agit également de jouer juste. Est-ce que ça doit donner à penser ? Situons bien d’où je pars, mes premières lectures plaisir ont eu lieu après 30 ans. Face à un livre je ne suis pas bien vaillant. Mais une confession encore, l’incipit de fin de l’histoire ne m’a pas du tout accroché. La surponctuation j’ai trouvé ça bizarre.
.
(un peu comme une amoureuse qui vous fait observer une manie à la con) Oui pour la vie en couple tout est déjà dit dans Question de survie.
.
Je n’en ai vu aucun. Nous en sommes donc à 8-0. Mais la partie n’est pas finie. Je rappelle que j’ai vu 14 Marvel. Je ne donnerai pas mon score Marvel, soit que j’ai la performance discrète soit pour une autre raison mais je ne vois pas bien laquelle.**
.
Je partage bien sûr les impressions positives de Renaud Bigorre et de Quentin, et ce qui m’intéresse, c’est ce qui fabrique l’humour, les envolées, etc. Qui voudrait pasticher François Bégaudeau s’y prendrait comment ? Quelles figures ? Quelle syntaxe ?
.
Exemple, je me laisse facilement séduire par un zeugma (une qui m’avait marqué chez un autre auteur « Des lèvres pleines (…) s’enfonçaient en petits plis pleins de désapprobation et de miettes de chips », cf. La Conjuration des imbéciles), figure qui n’est pas déconseillée dans le grand antimanuel de littérature***. Quelle est la place de cette figure dans la prose bégaudienne ?
.
* Incongruité un peu comme ici par exemple : « densifier sa vie émotionnelle et cérébrale ; déplier la langue en nous, élargir l’être, jouir du meilleur et du pire, jouir de ce qui est, s’éduquer par les livres à vouloir ce qui est, voler un peu de la puissance du feu, apprendre à rire de la flamme qui va brûler vos oreilles car vous vous être trop approché, rire en effet comme si c’était une plume d’oie sur votre plante de pied, rire à en exploser, à se lever du lit ou du bureau, à vouloir danser danser et faire durer la boum jusqu’à pénurie de Coca. »
.
**Si peu rôdé au cinéma, je dois tout de même avouer que j’ai eu la chance très récemment de profiter du festival Passeurs de film sur l’Île aux moines, d’y voir l’espèce explosive, fjord, irish travellers, minotaure en extérieur. Je recommande ce festival à quiconque visiterait la Bretagne en été (soirées du festival au chapeau, aller-retour en bateau à 13 euros).
.
***J’aurais aimé que l’antimanuel de littérature soit le support de mes cours de français en lycée. Je ne l’aurais pas lu mais j’aurais raté un livre très drôle. « N.d.a. : on pouvait se passer de cette note, non ? L’éditeur légitime son salaire. Il se la joue je fais un vrai travail d’édition. Parfois il appelle ça editing. Pauvre vieux. » Mais qui est ce pauvre éditeur malmené ?-
François Bégaudeau
Maître des clés-L’éditeur malmené, celui qui m’a commandé cet antimanuel, avait suffisammet d’humour pour l’être. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, d’ailleurs. Je pense qu’il n’est plus dans l’édition. Il avait un profil, bourgeois catholique lettré et très large d’esprit qui (Du mépris again), qui a pratiquement disparu de ce champ. Le catho de gauche manque partout, mais aussi au champ culturel.
-Le zeugma j’aime beaucoup, et celui que tu cites est génial, mais disons que c’est une figure un peu trop voyante pour la stratégie soustractive qu’adoptent mes romans depuis quelques années maintenant. Je pourrais en faire plus surement usage dans les essais – où la prise en charge de la prose par une voix, la mienne, permet ces fantaisies. Cela dit, comme l’exemple Coca le montre, c’est peut etre toute ma prose qui est zeugma, en en cessant de créer des contiguités disjointes.
-ou j’ai pu observer ici ou là, me concernant ou concernant d’autres plumes, une inversion de la hiérarchie attendue entre subordonnée et principale, la première portant l’information principale, la seconde une infirmation secondaire. Stratégie de discrétion – ou d’inexpression. -
Ourson
InvitéC’est marrant, ce « Et plutôt que Mais » je l’avais entendu dans un conseil pour avoir de meilleures conversations. L’idée était que le « Mais » écrase tout ce qui le précède, donc (et ?) l’interlocuteur. J’imagine que c’est un peu le même ressort en littérature
-
Mathieu
InvitéPour le pastiche ou en tout cas l’imitation, il y a clairement le discours indirect libre, mais que j’ai toujours du mal à définir ( j’y arrivais déjà pas bien à l’école et pas plus maintenant) même si je vois ce que c’est, et qui sert souvent à rendre compte des nombreuses pensées simultanées qui traversent les personnages; incidemment l’absence de retour à la ligne, créant des blocs textuels pour signifier que tout est dans tout, l’absence d’incises dans les dialogues par souci de vitesse et de légèreté, en fait assez peu de dialogues en tant que tel, au final. De l’humour, exprimé et assez visible sur les premiers livres (avec le summum d’ironie continue dans le livre sur Yourcenar), plus discret et imprimé ensuite, à partir d’Un Enlèvement je dirais. Depuis La Politesse, le changement de séquence au sein d’une même phrase, procédé que j’adore et qui est aussi présent dans Trompe le monde. Peut-être que ça date d’avant mais La Politesse systématise le procédé pour passer rapidement d’un lieu à l’autre ou d’une temporalité à l’autre. Une dominante de l’utilisation du présent et de l’imparfait. Très peu de passé simple et merci pour ça. Est ce aussi dans un souci de légèreté que tu utilises aussi peu ce temps, trop désuet, trop visiblement littéraire, sur lequel on pourrait buter à la lecture? – en tout cas en ce qui me concerne, en tant que non-littéraire, lecteur occasionnel. Quelques personnages de fous du bus, d’idiots du village, de simples d’esprit qui portent une grande sagesse et qui me sont chers et je vous laisse compléter
-
François Bégaudeau
Maître des clésLa passé simple, dont j’aime les sonorités, pose un problème, comme on dirait que tel véhicule pose problème sur tel terrain. Couplé avec l’imparfait, il demande une vigilance permanente d’accord, de concordance. Il appelle aussi les acrobaties du plus que parfait, quand on passe à une antériorité. Bref le passé simple c’est un peu la tannée, c’est très lourd à embarquer avec soi pour le pique nique de l’écriture. Ca prrend de la place dans le coffre. Et surtout, l’adoptant, on se prive de l’immense opérabilité du présent, que j’ai déjà dites mille fois : permet dans une même phrase d’alterner entre narration (j’entre dans un café), sensation (je me sens bien) gout (les brasseries à l’ancienne me réconfortent) pensée (mon père m’en voudrait d’etre là) pensée-généralité-opinion (les serveurs votent tous à droite) description (les serveurs font leur pause clope téléphone en main). Grande facilité du présent. Grande justesse du présent: permet de saisir la contiguité folle d’une situation, où toutes ces modalités se mêlent.
Le Passé simple pose aussi un problème théorique :
-le passé simple connote le conte. Il sonne comme les récits d’enfance, ou comme une certaine littérature classique-académique frappée d’obsolescence par l’ontologie moderne ou postmoderne. Que vous le vouliez ou non, vous convolez alors, l’utilisant, avec le désuet, avec l’archaisme. C’est d’ailleurs souvent pour m’amuser à créer un fumet désuet-précieux que j’en injecte ici et là (dans les essais surtout)
-le passé simple induit une historicité fallacieuse. L’historicité de l’évenement pur. L’historicité de la rupture, de « un avant et un après ». « Soudain il changea d’avis » (comme si on changeait d’avis d’une seconde à l’autre, comme si le changement d’avis ne relevait pas du long glissement, parfois sur des années). Son archaisme est là. L’utiliser c »est charrier cette fausseté là. La moindre des choses alors, est de le faire en connaissance de cause. C’est pourquoi je ne l’ai utilisé qu’une fois, pour mon livre jeunesse, qui se présentait comme un. conte. ON pourrait dire alors que la seule légitimité du passé simple est le pastiche. Car le passé simple sonne pastiche. Parmi les anuscrits recus pour CP, pas mal utilisent le passé simple, et je vois bien qu’alors ce sont des gens qui imitent la littérature, et qui imitent la seule littérature qu’ils connaissent : celle de leurs lectures d’enfant, celle des classiques lus à l’école – celle aussi de toute une littérature académique contemporaine (notamment dans le polar, dans la sf, dans la romance, dans le genre en général) qui elle même fait de la littérature comme certaine culture scolaire conditionne à en faire.
Ce temps ne condamne pas d’avance le manuscrit, mais je me dis : c’est mal barré. Comme un type qui se présenterait à un rendez vous avec un tatouage à l’effigie de Richard Malka. Et souvent il se confirme en quelques pages qu’entre nous ça ne va pas être possible. On n’a pas les mêmes poumons.-
François Bégaudeau
Maître des clés« ON pourrait dire alors que la seule légitimité du passé simple est le pastiche. »
Non la vraie idée serait : quiconque utilise le passé simple se condamne à sonner pastiche – en tout cas aux oreilles fines.-
Mathieu
InvitéMon tatouage au biceps de Philippe Aghion te remercie de cette réponse très étayée
-
Ostros
InvitéMa future correction de manuscrit aussi…
-
Ostros
InvitéSi quelqu’un a une vanne sur les anuscrits qu’il ne se retienne pas
-
Claire N
InvitéNon mais ça va , on comprend que CP c’est cause perdue
-
Ostros
InvitéEn temps de chômage j’aurais rebondi direct
-
-
Cynthia Lennon
InvitéOui pensé direct
-
Claire N
InvitéJe pense qu’il faut faire un pacte
Ostros tu loupes pas les balles
Mais si on joue contre le boulot
Faut rester solidaires-
Claire N
InvitéCela dit et blague à part – je resent parfois aussi , à cause du boulot, comme moins d’injection dans mes pistons cognitifs – c’est très désagréable – en general c’est plus une sensation interne et ça se remarque peu je crois
-
Ostros
InvitéAu nom de tous les jeux de mots pourris du monde
Je me dois cependant de la faire celle là :
les anuscrits, la caravane passe
Merci bonsoir ! -
Claire N
InvitéRires – belle reprise !
-
Ostros
InvitéOuf !
.
Mais oui, c’est ce que tu dis plus haut
Cerveau plus lent le soir…
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
Parpiq
Invité« Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. » : François, pourquoi dans ce contexte as-tu préféré disposer à prendre ?
-
Ostros
InvitéVerbe le plus approprié par rapport au vent mentionné juste avant.le vent empêchait de disposer le petit déjeuner. Verbe plus precis que prendre qui est mou, commun et non seyant à la phrase.
-
Claire N
InvitéOui , tu as raison ça fait du vent l’ » opérateur «
De la scène-
Ostros
Invitéc’est bien dit ça, l’opérateur
Oui on sent que le petit déjeuner est fait par rapport à ce vent
Donc on a en tête ce contexte tout au long de la phrase
« Disposer » rend ce vent matériel
La scène palpable-
Stéphanie
InvitéOn est pas sûr qu’il sera pris ce petit-déjeuner si le vent revient ou persiste. On voit bien la scène je trouve. Il est à l’instant à disposition.
Pas sûre qu’il y reste -
Graindorge
InvitéEt c’est parcqu’il est tombé ce vent qu’ils ont pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse
Grâce à ce verbe disposer on voit les mouvements: allers et venues des personnages avec les tasses, les cuillères, etc… Très vivant-
François Bégaudeau
Maître des clésSans doute voulais je d’emblée poser une sorte de rigueur organisationnelle bourgeoise. De protocolisation du quotidien. Mais je dois bien avouer que ce « disposer » , à le relire là, a tendance à m’indisposer. C’est trop. On ne voit plus que lui.
-
Cynthia Lennon
Invitépeut-être étais-tu passé de dresser à disposer ?
-
François Bégaudeau
Maître des cléspossible
-
Ostros
Invité« Sans doute voulais je d’emblée poser une sorte de rigueur organisationnelle bourgeoise »
Oui disposer évoque tout à fait ça
Dans la tête de quelqu’un qui pense comme ça-
Ostros
InvitéDresser ou prendre n’auraient pas convenus selon moi
-
Ostros
InvitéDisposer on voit bien tous les gestes pour placer la vaisselle et le café le jus de fruits le pain
Et le temps calme donc. -
Malice
InvitéDans disposer je vois le plaisir d’organiser la table, pas forcément avec rigueur mais parce-que c’est comme composer un tableau ( nature morte?) qu’on peut manger
Je pense aussi au temps calme : la nourriture et la table ne risquent pas de valdinguer ( j’espère que tout le monde comprend ce verbe de mon terroir) -
Seldoon
InvitéEn fait la forme passive aurait mieux marché. En tout cas « nous avons pu » alourdit ce sympathique « disposer ».
-
Claire N
InvitéC’est vrai, mais cette formule a en écho le « vous pouvez disposer « des maîtres bourgeois justement, et c’est la vacance du vent qui est
Ça déstructure malicieusement les habitus je trouve -
nefa
Invitédieu dispose l’homme propose
une version réaliste chez les bourgeois aurait introduit proposer plutôt que disposer d’autant que disposer est déjà sous entendu avec l’histoire du vent
le pluriel en l’occurrence le nous sonne aussi bizarre
chez les bourgeois il y aurait eu un singulier, un je, il, tu, elle propose
ceci dit la phrase telle quelle reste malicieuse
effectivement elle chamboule
@claire
« vous pouvez disposer » ne s’adresse pas à l’inférieur
une occasion de ne pas leur parler directement est toujours bonne à prendre
le maître parle à dieu et lui redonne la main
passage de relai qui dénote tout le bien qu’ils pensent d’eux même -
nefa
Invitéet en cas de cette justesse, il faudrait un troisième segment pour la matérialité du petit déjeuner, au détriment de la concision
-
Claire N
InvitéJe sais pas nefa , moi j’ai une fixette sur les gens qui disent « muesli « ça me fait rigoler si tu veux un troisième segment , je peux essayer de réfléchir à comment l’intégrer
-
nefa
InvitéLe troisième jour le vent est tombé et il a proposé le petit-déjeuner sur la terrasse ; nous avons eu du muesli
dans un contexte bourgeois proposer a toujours un gout d’intimation -
Graindorge
InvitéOui Malice, c’est aussi ce que j’ai dit
ce 17 août à 10h55:
Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. »
Ils l’ont pas encore pris, ils vont le prendre, ils se préparent à le prendre. Ce protocole est le même chez les non-bourgeois. Chez ma mère, pendant les beaux- jours , on dispose le petit déjeuner sur la terrasse et c’est une partie du plaisir. -
Malice
InvitéJ’avais posté avant de voir ton message
N’oublie pas que j’ai des yeux pourris -
graindorge
InvitéCoucou ma chère Malice
tu trouveras sur internet tous les aliments qu’il faut manger .
Et aussi… le bouquin du docteur Bates
l’écrivain Aldous Huxley a publié le livre L’Art de voir pour raconter comment la méthode de rééducation visuelle du docteur William Bates lui a permis de surmonter sa quasi-cécité et de lire à nouveau et sans lunettes. -
graindorge
Invitébon
-
-
-
-
Graindorge
InvitéTROP TARD!
Et il plaît aux lecteurs et aux lectrices
Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu disposer le petit-déjeuner sur la terrasse. »
Ils l’ont pas encore pris, ils vont le prendre, ils se préparent à le prendre. Ce protocole est le même chez les non-bourgeois. Chez ma mère, pendant les beaux- jours , on dispose le petit déjeuner sur la terrasse et c’est une partie du plaisir.Ceci dit: on te permet de t’exprimer bien sûr!
-
Graindorge
InvitéLe troisième jour le vent est tombé et nous avons pu DRESSER la table du petit-déjeuner sur la terrasse. »?
Là oui, ce dressage aurait été » de la rigueur organisationnelle bourgeoise. Musicalement, poétiquement dommage-
François Bégaudeau
Maître des clésdresser fait trop châtelain, pour le coup
-
Graindorge
InvitéAussi
-
graindorge
InvitéLe troisième jour, le vent ayant pris la poudre d’escampette, à notre tour de souffler : nous avons disposé la table du petit-déjeuner sur la terrasse
-
-
-
-
-
-
-
-
-
Renaud Bigorre
InvitéVariante suisse (qui m’est chère) : « Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu déjeuner en paix sur la terrasse. »
-
Claire N
InvitéBon j’essaye de tout mettre
Le troisième jour le vent est tombé, sur une table bien mise, nous avons pu déjeuner en paix du muesli.-
nefa
Invitéc’est bien mais un bourgeois n’aurait pas dit ni réagi comme ça d’ailleurs la paix c’est quand les enfants ne sont pas là (ou les inférieurs), même en suisse
-
Renaud Bigorre
InvitéDéclinaison bretonne : « Le troisième jour le vent est tombé et nous avons pu déjeuner en paix sur une toile cirée jaune »
-
nefa
Invitélà tu te rapproches, la proposition bourgeoise s’énonce comme sur une toile cirée ( et jaune de surcroit parce qu’ils jouent au bridge)
-
-
Claire N
InvitéOui mais c’est je crois une petite réf à la chanson
De la part de Renaud-
nefa
Invitémaintenant voilà que je réfléchis sur ce qui motive le texte de Eicher
j’y ai pas pensé en me levant
-
-
-
-
-
-
Renaud Bigorre
InvitéBonsoir,
Pour poursuivre les conversations, d’abord sur le fil L5, pas plus tard qu’hier, un zapping radio approximatif (je conduisais) m’a fait retomber sur Je crois à mon étoile des Linkup : ça m’a tout chamboulé.
—
Concernant les livres de François qui m’ont donné du fil à retordre, il y en a plusieurs, par passage (j’y reviendrai dans d’autres posts), mais Ma cruauté me « résiste » dans sa globalité. D’une certaine façon, ça fait écho à la critique de Quentin sur Jouer juste.
J’ai eu beaucoup de mal avec le dispositif unique du monologue implacable de Paul qui, de fait, silencie Juliette ou qui la fait parler, penser avec ses mots à lui (et son ton docte). Tout du long, je me suis demandé quand – puis si – Juliette aurait droit au chapitre, mais que tchi.
—
Je comprends que le livre interroge frontalement la domination, le consentement, la parole confisquée, et que sa construction-même reproduit ça sur Juliette : elle écoute, ne répond jamais, façonnée en creux pour servir de repoussoir au système de pensée de Paul. Malgré ça, j’ai cru que l’auteur ne fut pas aussi cruel que son narrateur, au point de ne jamais permettre à Juliette de s’exprimer. Hé bien si.
—
En écoutant le commentaire du texte sur la chaîne YouTube Espionnage Industriel (je recommande aussi celui avec Sophie Letourneur sur Voyages en Italie), l’écrivain-milieu-de-terrain François-David Beckhaudeau a éclairé ma lanterne en comparant les propos de Juliette rapportés par Paul à des « épluchures qu’on retire pour atteindre le noyau cru du désir en dessous » (propos recueillis par Jean-Michel Apeupré). Écrire la cruauté, c’est ôter pour avoir le cru (Jean-Michel Nulenjeudemo).
—
Volontaire mon cher Renaud tu me répondras François. D’autant que ça crée et laisse une tension (cruelle). Cela étant, je voulais savoir si pendant la fabrication, tu avais songé à un dialogue voire un épilogue dans lequel Juliette se venge, retourne la position (comme Paul avec Sintange) ?
—
PS @pinakia.colada : alléchante la formule du festival Passeurs de film, merci pour la reco !-
Malice
InvitéSi je peux me permettre de répondre un grain de sel, les Juliettes sont très peu silenciées dans la vie et il me semble sous-entendu à la fin du récit que Juliette se « vengera » puisqu’il est impossible que Paul ne soit pas arrêté le soir-même pour meurtre.
-
François Bégaudeau
Maître des clésUn peu dans le sens de Malice, j’ai pu dire que si je m’étais autorisé ce silence de Juliette, c’est que Juliette, dans la société, dans la vie sociale courante, on n’entend qu’elle. Elle est l’idéologie de l’époque, elle est la psychologie dominante, balisée par des lignes morales infiniment restrictives. Juliette ne veut pas savoir, elle veut guérir. Comme la justice ne veut pas savoir mais juger – ce qui sera un des sujets de cet autre livre nietzschéen qu’est Comme une mule. Donc Ma cruauté dessine un territoire utopique, celui d’un livre, où il est permis qu’enfin le juliettisme se taise et laisse place à une parole socialement silenciée, silenciée par la société car a-sociale voire anti-sociale. En poussant je pourrais dire qu’il ne peut y avoir littérature qu’au prix du silence de Juliette.
-
Malice
InvitéOn silence trop les croqueurs d’olives et de tatouages fessiers, il est temps que ça cesse
-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci de t’associer à mon combat quichottesque
-
Renaud Bigorre
InvitéMerci à tous les deux. J’étais passé complètement à côté de cet angle, de cette visée même.
Je n’avais pas du tout envisagé Juliette comme une sorte d’allégorie ou de symbole, complètement passé à côté du « juliettisme ». Comme elle caracterisée avec une texture ŕéaliste (sa vie étudiante, son métier de pédopsychiatre, la maison où elle vit seule, « son tee-shirt rouge », etc.), j’étais vraiment resté sur la figure singulière du personnage avec l’adresse doublée au lecteur par le « tu », mais pas vu sa portée plurielle presque archétypale, les « juliettes d’aujourd’hui », avec le biais aussi que François évite autant que possible les concepts ou la généralisation (mal dit).
C’est un peu bête de le dire comme ça, mais ça fait vraiment sentir la différence entre donner corps et donner voix à un personnage.
Je dois aussi admettre mes « lacunietzches ». Faut que je m’y file pour mieux apprécier Comme une mule.-
Malice
InvitéUn truc auquel je pensais hier en postant : finalement Paul a une certaine foi en Juliette puisqu’il lui dit tout, dévoilant par exemple les aspects les moins reluisants de sa personne, de son avidité à entendre des détails croustillants sur l’affaire Marianne Tourvel à ses manoeuvres vengeresses. Evidement il lui rentre dans le lard comme dit mon boucher-charcutier; et il en éprouve sans doute un plaisir impur, mais il a assez d’estime pour elle pour vouloir ce « dialogue » ( à l’instar d’Halimi disant dans Les nouveaux chiens de garde – je crois – qu’on pouvait débattre à travers des livres, donc des soliloques)
-
François Bégaudeau
Maître des clésA de nombreuses reprises le système de pensée Juliette est exposé. Pour rappel.
Et oui à quelques reprises Paul s’amuse du plaisir trouble que la toute morale Juliette pourrait prendre à son récit.-
Malice
InvitéLe système de pensée de Juliette me fait de la peine quand elle raconte que son mari est parti réfléchir dans un appartement en ville pour « maintenir » leur couple
-
François Bégaudeau
Maître des clésOui. Ils avaient « besoin de prendre un peu de recul ».
Le temps d’un « petit break ». D’une « petite pause ».
Je me souviens d’une connaissance, très bourgeoise pour le coup, me disant que son épouse avait eu un « petit coup de coeur » pour m’informer qu’elle avait une liaison adultère depuis deux ans (laquelle mènerait au divorce un an plus tard)
Il appartient au juliettisme d’euphémiser la cruauté objective – puisque Juliette veut soigner, veut guérir, elle ne saurait admettre qu’il y ait de l’incurable.
Juliette, c’est son problème, n’est pas crue
Et la première adresse de Paul se conclut par : Laisse moi te parler cru. -
Malice
InvitéAh c’était donc ça cette histoire de coup de coeur
( tu m’en avais parlé sans développer)
J’aime bien aussi les couples qui s’engueulent deux fois en trente ans et cohabitent en toute courtoisie -
sylvain
Invité« J’aime bien aussi les couples qui s’engueulent deux fois en trente ans et cohabitent en toute courtoisie ».
J’appelle ça une petite entreprise. Une PME.
On en connait des comme ça. Face à mes histoires plus épisodiques et parfois dissipées, un couple d’amis (en l’occurence un couple d’amies) me dit : « mais nous, on ne s’engueule jamais ». Je suis tombé de ma chaise : 15 ans que je les ensembles et je trouve que au contraire elles s’engueulent tout le temps. Bien sur, ça ne crie pas, il n’y a effectivement pas d’esclandre. Mais les échanges ressemblent à ça :
– « mais pourquoi t’as pas fait tel ou tel truc? »
– « parce que t’avais dit que tu t’en occupais »
– « et le citron dans la salade de thon, pourquoi ? »
– « t’as pris rendez-vous au fait ? »
– « non… puis oui »
– « mais ce jour là, je peux pas, je t’ai dit »
– « et donc qui va garder la petite ? »
– « t’as encore raté les inscriptions au cirque si je comprends bien… »
– « franchement t’es chiante à rien retenir » etc.
Mais tout ça sans éclat de voix.
J’imagine que ça change tout. -
Malice
InvitéLes engueulades à froid en public, gênance absolue
Clair que ce n’est pas parce-que tu ne hausses pas le ton que tu n’envoies pas des cartouches -
Claire N
InvitéEn vous lisant, et Malice puisque tu soulignes le « froid « je me demandais si il n’y avait pas là la présentation d’une autre forme, a dialectiser peut être , de « cruauté «
– le cadre froid que tient le personnage de Juliette
A quelque chose oui de heurtant et d’implacable, comme une digue tenue en rempart du rire Mercier
– il me semble que c’est tout son corps qui participe à figer, comme si elle acceptait de rétrograder son coeur pour le poser, comme une pierre, le maçonner au service exclusif des limites affectives
– peut- etre que Paul propose quelque chose de plus fort ?
-
-
-
-
-
-
-
-
-
-
François Bégaudeau
InvitéMon cri du cœur !
Aimez moi ! aimez moi s’il vous plait !-
pinakia.colada
InvitéPlus d’une cinquantaine de messages de partage à se demander précisément comment tourner la langue – sans risque d’herpès en plus – c’est beau.
.
L’imposteurice ne tient malheureusement pas compte de ce qui précède dans ce fil et livre un pastiche peu convaincant. François Bégaudeau n’écrit pas cri du cœur, il n’écrit pas « obstacles insurmontables, îles paradisiaques, souvenirs impérissables, mer déchaînée, cancer foudroyant, spirale infernale, sourire ravageur, défaite cuisante ou cinglante, démenti formel, regard perçant, végétation luxuriante, rupture douloureuse ».
.
Je souhaite à l’imposteurice tout l’amour et toute l’attention qu’il ou elle réclame et le/la remercie pour l’idée qui suit :
.
Est-ce que faire de ce fil un atelier expérimental d’écriture intéresserait certaines ou certains ? Réécrire par exemple quelques courts extraits d’œuvres plus ou moins classiques à la manière de François Bégaudeau ou plus largement à la manière de fictions contemporaines ? Peut-être que cela a déjà été fait ou tenté ? Est-ce que François serait à l’aise avec l’idée d’être pastiché ?
.
PS : @Renaud Bigorre avec plaisir, l’aller-retour sur l’Île-aux-moines est en fait à 6 euros m’a-t-on récemment rappelé.-
Claire N
InvitéUp
-
Samuel_Belkekett
Invité« François Bégaudeau n’écrit pas cri du cœur, il n’écrit pas « obstacles insurmontables, îles paradisiaques, souvenirs impérissables, mer déchaînée, cancer foudroyant, spirale infernale, sourire ravageur, défaite cuisante ou cinglante, démenti formel, regard perçant, végétation luxuriante, rupture douloureuse ». »
A part crâner tu sais dire quelque chose ?
Dire quelque chose avec esprit et pas des successions de mots que même « formule creuse » serait encore bien en-dessous.
.
Sinon à part écrire et penser comme Bégaudeau.
As-tu quelque chose d’un peu personnel à nous dire ?
Parce que pour l’instant tout porte à croire que ton seul fantasme repose une forte envie de te faire sodomiser par François Bégaudeau.-
Samuel_Belkekett
InvitéPinia kolada
Ça veut pas dire pine dans le cul ?
Pine de… François Bégaudeau bien sûr.-
Samuel_Belkekett
InvitéEn plus vous parlez tous pareil.
Le même langage lourd !
Chargé comme pas possible. Pompeux ! Mais pompeux !
Mais vous n’avez pas honte de vous faire clone. Pur clonesquerie de Bégaudeau.
C’est donc ça l’amour de la vie ?
Avoir un maître à penser, à parler, à imiter en large en long et en travers ?
Pauvres types.-
pinakia.colada
InvitéParce que pour l’instant tout porte à croire que ton seul fantasme repose une forte envie de te faire sodomiser par François Bégaudeau. (…)
En plus vous parlez tous pareil. Le même langage lourd ! Chargé comme pas possible. Pompeux ! Mais pompeux ! Mais vous n’avez pas honte de vous faire clone. Pur clonesquerie de Bégaudeau. C’est donc ça l’amour de la vie ? Avoir un maître à penser, à parler, à imiter en large en long et en travers ? Pauvres types.
.
Au vu de la charge de ces messages très affectés, j’ai apparemment mis le doigt sur un point sensible et prostatique de Samuel Belkekett sans avoir bougé les mains pourtant. Je rappelle à tout hasard que je ne me suis jamais adressé à vous Samuel Belkekett. À moins que si et vous aviez un autre pseudo et je vous ai laissé un drôle de souvenir ? Petite précision enfin : quand on parle littérature, la règle est de n’enculer que les mouches.
.
A part crâner tu sais dire quelque chose ?
Dire quelque chose avec esprit et pas des successions de mots que même « formule creuse » serait encore bien en-dessous.
.
Pour quelle raison devrais-je répondre à cette injonction bien moralisatrice et faire autre chose que jouer de formules sur un fil que j’ai intitulé (attention indice) « Joue-la comme Bégaudeau » ?
.
Pinia kolada Ça veut pas dire pine dans le cul ? Pine de… François Bégaudeau bien sûr.
.
Si la question n’est pas que rhétorique, cherchez ce que sont les pinakia sur internet.
.
Sinon à part écrire et penser comme Bégaudeau. As-tu quelque chose d’un peu personnel à nous dire ?
.
J’ai regardé toute la dernière saison de Mariés au premier regard en replay sur M6, et j’ai eu un peu de la peine pour Mélanie qui souhaitait se marier en même temps que sa sœur. Ça n’a pas marché comme elle voulait. Je suis sûr que François Bégaudeau, qui n’a même pas vu un seul Fast and Furious, ne pourrait pas en dire autant. Et vous, quoi de moins personnel à nous livrer Samuel que tous vos affects malheureux ?
.
Plus sérieusement, et puisque vous réclamez si fort mon attention, je vous l’accorde quelques instants en essayant de dire quelque chose de différent pour de vrai, enfin je crois. Je vous remercie de m’en donner l’occasion parce que c’est à propos de vous, en partie.
.
Je ne sais pas si j’analyse assez finement mais je m’accorde le droit à l’erreur : je pense qu’il y a une étrange forme de mutualisme dans votre participation parasitaire (qu’on nomme trollage) à ce forum. Vous déplorez tout un tas de choses ici, mais vous jouissez de les déplorer et cette jouissance vous tient. Là se trouve votre intérêt, ce point reste plutôt évident. D’un autre côté, et c’est ici qu’on entre dans l’inexploré (attention les doigts), je pense que vous assurez un équilibre fonctionnel dans l’écosystème de ce forum : toute mauvaise publicité reste publicité et vous vivifiez les flux, le spectaculaire même médiocre attire l’œil, un peu comme un accident de Toytota Supra orange génèrerait des ralentissements sur la voie d’en face.
.
Je n’interviens pas souvent et je lis régulièrement ce qui se passe sur ce forum. Moi qui regarde toute la daube que vous savez déjà, je viens vous lire aussi (et probablement déplorer vos messages et jouir de les déplorer). On est tous un peu des merdologues, comme le constate si bien Blanche Gardin. Si vous augmentez le flux des visites, il n’est pas impossible de penser qu’on puisse vous imputer une partie de la vitalité de ce forum (même si beaucoup se passeraient de votre présence, je n’en doute pas). Indirectement vous pourriez bien améliorer la visibilité de celui qui en est le créateur. Un peu comme M dans Notre joie, où les haters d’Élodie Poux quand elle en fait un sketch, je crois que vous participez, un tout petit peu mais vraiment un tout petit peu, aux revenus de François Bégaudeau. C’est beau non ?
.
Ainsi parlait le professeur pinakia.colada.-
Samuel_Belkekett
InvitéMais évidemment que l’imposteur c’est moi ducon.
Tu serais bien le seul à ne pas t’en douter.
Je le redis encore, quand je change de pseudo je fais en sorte d’être immédiatement reconnaissable.
Je dois bien avouer que tu m’as fait économiser presque une cure psychanalytique entière. Je me reconnais dans ton post, autant que J’avance dans la reconnaissance de l’ethos bégaudien comme être suprême. Tel le but ultime du forum. Et ton post m’aide à progresser.
Pour l’aspect économique en revanche, tu t’égards un peu.
Car je sais que je suis malade, profondément malade de ne point reconnaître ce messie des temps moderne, cet avant-garde qui doit nous guider dans l’obscurité de la posthistoire. Aussi, comme je le disais, je dois guérir. Pour cela, me débarrasser de mes doutes. M’en expurger afin de me vider de tout ce qui n’est pas, la raison bégaudienne. Comprends-tu ma stratégie ? Ma jouissance comme tu dis, est à double tranchant. Je jouis, mais de me débarrasser de moi-même, je peste, pour cracher un venin toxique et l’échanger contre ce quoi je peste, je me jouis dessus pour me nourrir de négatif pour ainsi dire, afin de culminer dans le négation de la négation. Ainsi, je pourrais enfin être comme vous, à l’avant-garde de la pensée occidentale. Faire partie de votre clan. Tel est mon but, telle est ma foi, telle est ma voie. Tu sais, je suis encore très paumé comme mec. Et quand François m’insulte je sais que c’est pour mon bien. Ça fait partie de la cure en quelque sorte. Car François a ce don de savoir s’y prendre avec chacun. Indépendamment les uns des autres. Il est fort François. Très fort.
Par conséquent, que je mette à profit le forum par mon insistance à y participer est bien le cadet de mes soucis. Je dirais même plus, tant mieux, car tous les français ont le droit de savoir comment on évolue ici. Comment on apprend à aimer la vie. La sève de la vie. Et enfin, quand je serai formaté comme vous à lire, écrire, penser, parler, chier et pisser comme François Bégaudeau, enfin je pourrai dire que je suis un homme accompli.
Et il me tarde, mon cher Pinocchio…-
Samuel_Belkekett
InvitéPlus sérieusement Pinocchio, ton post en dit beaucoup sur toi, vraiment.
Par exemple tes références. Il y a Bégaudeau, Blanche Gardin, puis on passe au programme de M6. Ce n’est pas un hasard si tu cites Blanche Gardin, c’est qu’elle doit être importante pour toi. Aussi tu n’as peut-être pas beaucoup d’autres références, alors tu pioches là où tu peux.
J’ai rencontré le même problème avec un autre auteur-youtubeur dans le même genre que Bégaudeau, c’est Alain Soral. Dans les commentaires YouTube les fans de Soral ne lisent que du Soral, rien d’autre ou presque.
Bah là c’est pareil. Même chose, que du Bégaudeau.
Sinon ce serait sympa que tu me cites 2 ou 3 auteurs du 20ème siècle qui t’ont vraiment marqués. C’est toujours intéressant de tisser des liens entre les auteurs.
2 ou 3 ça sera déjà pas mal.-
François Bégaudeau
Maître des clésPina : laisse moi te dire à quel point je pourrais prendre ombrage de ce que tu m’aies sous estimé. Certes je n’ai pas suivi les aventures de Mélanie dans Mariés au premier regard, mais c’est que j’avais déjà beaucoup à faire avec Oceane dans Secret story 2026. Donc ravale ton mépris culturel, si tu veux bien.
Pour le reste, les jeux littéraires que tu proposes me vont. Etre pastiché est un honneur, une reconnaissance. L’étape d’après normalement c’est le Panthéon, mon seul but, mon point de chute annoncé.
J’aime bien aussi quand on essaie collectivement de se demander comment améliorer un passage de tel ou telle. Et ça me va très bien qu’on le fasse avec des passages de mes romans ou essais. Je ne serai pas le dernier – comme disait l’autre. -
Malice
Invité@François qu’as-tu pensé de l’éviction dégueulasse de Malo?
-
François Bégaudeau
Maître des clésJ’en ai pensé comme toi
Un petit chagrin d’été s’en est suivi. -
Malice
InvitéDéjà qu’on avait perdu trop le gentil belge ( cliché vrai 1) et espagnol canon ( cliché vrai 2) Willy
-
Malice
Invitétrop tôt
-
pinakia.colada
InvitéCher François, l’objection Océane dans Secret Story 2026 semble recevable. Je retire donc très provisoirement mes allégations. Une question cependant : quelle part au plaisir et quelle part à l’enquête ?
.
Pour le reste, c’est bien noté. -
pinakia.colada
InvitéAprès quelques semaines sans intervention (en raison d’une vie professionnelle trop intense, de quelques arbitrages boursiers ou d’une PS5 mal éteinte), voici quelques lignes du Lièvre de Vatanen qui traînaient par là et avec lesquelles j’ai tenté une bidouille. Mettre bout à bout des petites mécaniques ne suffit clairement pas à faire tenir l’ensemble. Je suis au pastiche ce que Nicolas Canteloup est à la frange rideau mais ça m’amuse assez pour partager, curieux de voir ce qu’éventuellement d’autres en feraient.
.
Le texte initial de Paasilinna :
.
Deux hommes accablés roulaient en voiture. Le soleil couchant agaçait leurs yeux à travers le pare-brise poussiéreux. C’était l’été de la Saint-Jean. Sur la petite route de sable, le paysage finlandais défilait sous leur regard las ; aucun d’eux ne prêtait la moindre attention à la beauté du soir.
C’étaient un journaliste et un photographe en service commandé, deux êtres cyniques, malheureux.
Ils approchaient de la quarantaine et les espoirs qu’ils avaient nourris dans leur jeunesse étaient loin, très loin de s’être réalisés. Ils étaient mariés, trompés, déçus, et avaient chacun un début d’ulcère à l’estomac et bien d’autres soucis quotidiens.
Ils venaient de se quereller pour savoir s’ils devaient rentrer à Helsinki ou s’il valait mieux passer la nuit à Heinola. Depuis, ils ne se parlaient plus.
Ils traversaient en crabe la splendeur du soir, la tête rentrée, butés, l’esprit tendu, sans même s’apercevoir de tout ce que leur course avait de misérable.
Ils voyageaient blasés, fatigués.
.
Sur une petite colline exposée au soleil, un jeune lièvre s’essayait à bondir ; dans l’ivresse de l’été il s’arrêta au milieu de la route, debout sur ses pattes de derrière ; le soleil rouge encadrait le levraut comme un tableau.
Le photographe au volant de la voiture vit le petit animal sur la route mais son cerveau engourdi était incapable de réagir assez vite, il ne put l’éviter. Un soulier poussiéreux écrasa lourdement le frein, mais trop tard. L’animal terrifié sauta en l’air devant le capot, on entendit un choc sourd quand il cogna le coin du pare-brise avant de valdinguer dans les bois.
«Hé! On a écrasé un lièvre! dit le journaliste.
— Putain de bestiole, encore heureux qu’elle n’ait pas cassé le pare-brise.»
Le photographe arrêta la voiture et recula jusqu’au lieu de l’incident. Le journaliste descendit.
«Tu le vois? » demanda le photographe à contre-cœur. Il avait baissé la vitre, mais sans couper le contact.
«Quoi?» cria le journaliste de la forêt.
Le photographe alluma une cigarette, la téta paupières closes. Il ne revint à la réalité qu’en sentant la cigarette lui brûler le bout des ongles.
«Viens donc, je n’ai pas de temps à perdre avec cet idiot de lapin.»
.
La bidouille :
.
On n’a pas trouvé d’accord entre filer pour Helsinki ou faire halte à Heinola et plus personne ne parle. Un soleil bas taquine l’oeil du conducteur que boude son passager, le premier photographe, le deuxième journaliste, et la Volvo 240 en service commandé.
La Finlande défile derrière une vitre poussiéreuse, l’été placide de la Saint-Jean rougit le pare-brise sali par une petite route de sable. Les voyageurs ne se croisent pas du regard. Helsinki et la quarantaine approchent. Mariés trompés déçus ou presque, on est comme tout le monde en moins bien.
.
Sur une petite colline bien exposée, un jeune lièvre suit ses pattes que l’ivresse de l’été pousse à bondir. Elles s’arrêtent sur la tiédeur de la route et le lièvre aussi.
On aperçoit le lièvre tard. Il y faut une décision rapide du pied que la pédale n’a pas su prendre. On écrase le frein et peut-être le lièvre qui finalement saute et qu’un choc sourd envoie valdinguer dans les bois. Le pare-brise est intact, ce serait quand même trop demander à un putain de lièvre de tendre un peu l’oreille ?
Une bonne moitié du véhicule décide unanimement qu’on doit s’arrêter voir. La bonne moitié recule jusqu’au lieu de l’incident. Le mammifère journaliste descend voir, non ne voit pas on a dit. Le photographe n’a pas coupé le contact. Il ferme les yeux en allumant la cigarette et se brûle le bout des ongles. Allez viens on va quand même pas perdre son temps pour un idiot de lapin. -
François Bégaudeau
Maître des clésDes choses que je pourrais faire
-Helsinki et la quarantaine approchent.
-le on
-le genre prop sub introduites par que ici pratiqué
-il y faut
-la ponctuation et le « et » de « On n’a pas trouvé d’accord entre filer pour Helsinki ou faire halte à Heinola et plus personne ne parle »
-tous les sujets grammaticaux non humain sou métonymiques ( « une décision rapide du pied que la pédale n’a pas su prendre »). Pour ça le moment le plus réussi serait : « Une bonne moitié du véhicule décide unanimement qu’on doit s’arrêter voir. La bonne moitié recule jusqu’au lieu de l’incident »
et dans le même esprit : « elles s’arrêtent sur la tiédeur de la route et le lièvre aussi. » Ordre d’apparition matérialiste.Ce que je n’aurais pas écrit :
-Mariés trompés déçus ou presque. Ok pour le presque mais ce « déçus » ne me va pas. Cliché psy. Justesse pas là.
-« le mammifère journaliste ». trop explicite.
-« non ne voit pas on a dit. » je pourrais e tenter mais là ça me gene
« l ferme les yeux en allumant la cigarette et se brûle le bout des ongles. » Je l’aurais compressé : « Il se brule un ongle en allumant une cigarette yeux fermés »
– » Allez viens on va quand même pas perdre son temps pour un idiot de lapin. » SIL, ok. mais « idiot de lapin » non. lapin tout court. ou bien un truc plus cru, plus vivant : un connard de lapin ; un tocard de lapinBilan pas mal du tout. J’admire.
-
Claire N
InvitéPas mal le glissement animaliste
Je tente
Le 23 juin dans l’après-midi
traumatisme direct cranio- cervical à haute cinétique véhicule léger70 km/h- lièvre 0 km/ h
Les habitants du véhicule étaient disposés à un état de choc qui s’est produit, il n’en perdure que quelques cicatrices à l’arrêt
Et une incapacité temporaire de travail chez respectivement un photographe et un journaliste
qui couvrira la journée dite des « feux de la saint jean « -
François Bégaudeau
Maître des clésje ne pige pas la dernière ligne
-
Claire N
InvitéOui c’est à travailler
L’objectif etait de partir d’un point le plus « éloigné « possible de l’être humain
Pour glisser vers la tradition mortuaire à travers les institutions humaines
Vers une note mystique
Je me suis appuyé sur « C’était l’été de la Saint-Jean« pour en déduire le jour exact ( celui des feux de la saint jean «
Pour dire toute la mécanique j’ai hésité à jouer avec un faire part / avis de décès
Mais c’était trop lourd -
Claire N
InvitéEt je voulais 2 bornes temporelles
-
Claire N
InvitéEnfin » je « , façon de parler
L’idée m’a eté soumise et j’ai fait juste « c’est pas con ça ferait un jeu avec des bornes temporelles «
L’idée a fait ensuite un truc genre : si tu veux, maintenant débrouille toi -
,
InvitéPinakia.colada, je préfère infiniment ta version au texte de départ. Ce que j’aime le plus :
….et la Volvo 240 en service commandé.
La Finlande défile derrière une vitre poussiéreuse…..
…..un jeune lièvre suit ses pattes que l’ivresse de l’été pousse à bondir
…..que la pédale n’a pas su prendre.
On écrase le frein et peut-être le lièvre….
Une bonne moitié du véhicule décide unanimement ….. La bonne moitié…..
Et Claire ta version est très drôle.
« traumatisme direct cranio-cervical à haute cinétique véhicule léger70 km/h- lièvre 0 km/ h »
tu arrives à me faire rire de la mort d’un pauvre petit lapin je sais pas s’il faut te féliciter -
Claire N
Invité« tu arrives à me faire rire de la mort d’un pauvre petit lapin je sais pas s’il faut te féliciter »
Rires – trop tard c’est tout comme -
Renaud Bigorre
Invité@Pinia, ta prose goûtue est Cause perdue ! (y compris le préambule)
Merci encore pour cette initiative géniale et stimulante. Je vais tenter d’y participer en singeant au mieux. -
Renaud Bigorre
InvitéJe tente en toute détente (un peu trop sans doute) :
–
Heinola-Helsinki, 130 bornes et 1h30 de tapis roulant, à gauche des sapins, à droite des sapins ; c’est pas des sapins, c’est des épicéas ; fais chier p’tain, c’est pareil, rah en plus avec ce soleil rasant et cette vitre dégueulasse, on y voit que tchi ; j’t’avais dit de dormir sur place mais t’en as fait qu’à ta tête ; me prends pas la tête ; on dirait ma femme ; et toi la mienne ; nos ex-femmes ; ta gueule !
–
Silence dans l’habitacle. La Volvo break file dans l’air du soir. Les mariages ne durent pas, les ulcères si. Du haut de la colline, dévalent deux oreilles élancées aux pattes puissantes et bondissantes, et au milieu de la piste, font halte. Les freins crissent, le pare-choc cogne, impact sur le pare-brise, plus petit qu’une pièce de deux euros, en serait-ce fini du levraut ? Un fâcheux incident pour les deux fâchés.
–
Bordel, qu’est-ce que c’était ; j’en sais rien gros malinas ; on aurait dit un lapin ; c’était pas un rominet ; haha t’es un marrant toi ; j’aurais dit un lièvre ; qu’est-ce que ça peut nous foutre ; tu sais comment on appelle la femelle du lièvre ; non, et, je, m’en, fous, passe-moi l’feu ; une hase ; … ; nase, comme toi ; me suis brûlé couillon ! -
,
InvitéJ’aime beaucoup cet exercice. Je tente aussi.
.
Indifférente aux râles et grommellements de Paul photographe 45 ans et Jacques journaliste 86 kilos la Volvo filait autant que le lui autorisaient les cinquante kilomètres l’heure d’une petite route ensablée encore bien loin d’Helsinki. Jacques ou son comparse soupirait sans conviction et est ce qu’on ferait pas une p’tite pause ? Que la question reste en suspens importait peu au véhicule qui impassiblement avalait aux fenêtres l’ocre et le rose d’un soleil ras. D’un paysage l’autre ou le même, les deux n’auraient su dire ils ne regardaient rien que la voie droit devant ou virant sur la gauche ou la droite ou pentue ou plate la voie la voie la voie. Le contrôle technique était récent les bougies changées le moteur bien huilé, c’était cette heure du soir où les étoiles patientent et les silences frôlent l’éternité. Où la sueur colle aux chaussettes les chaussettes aux souliers et là sous la ferraille, mariés ou pas, trompeurs, trompés, les roues continuent de rouler.
L’aveugle ataraxie de l’habitacle ne pouvait néanmoins empêcher le reste autour d’exister, vent meules de foin trois vaches au loin et tout près un petit lapin. D’exister de frémir de fouiner de chalouper de l’arrière-train et saura-t-on jamais pourquoi de bondir çà et là jusque sur la chaussée merde t’a vu ça ? quoi ? chais pas. Paul ou son comparse avait sentit son pied presser le frein, ses doigts engourdis tirer le levier de vitesse, sa ceinture se déboucler et la portière s’ouvrir sur une fraîcheur inconfortable. Sous ses pas crissaient des épaisseurs de gravillons que nul chétif cadavre n’ensanglantait. Te fatigue pas marmonnait l’autre. Si. Non t’embête pas. Mais je vois rien. Si tu vois rien y a rien à voir et ce disant la cigarette qu’il venait d’allumer lui brûla le bout de l’index droit. -
,
Invité@Renaud Bigorre, ta détente a un style très énergique
-
Renaud Bigorre
Invité@(virgule) merci oui énergique ascendant bourru.
–
Quant à ta variation, plus ample et plus lyrique aussi, j’aime beaucoup la radicalité poussée à bloc de positionner la Volvo comme véhicule du récit (dans tous les sens du terme).
–
« la voie droit devant ou virant… la voie la voie la voie » la répétition induit, martelle l’ennui et l’homonymie avec « voix » contraste malicieusement avec le mutisme des passagers.
–
« Le contrôle technique était récent les bougies changées le moteur bien huilé », mon passage préféré, là aussi la bonne santé mécanique de la bagnole qui contraste ironiquement avec la relation délabrée et souffreteuse entre les deux types. -
,
Invité« on dirait ma femme ; et toi la mienne ; nos ex-femmes ; ta gueule »
y en a de l’ambiance
« Les mariages ne durent pas, les ulcères si. »
à ajouter aux pages roses du Larousse -
,
Invitéla voie x 3 c’est piqué à Désertion
mais pour le reste j’arrive pas vraiment à faire du pastiche
c’est marrant le passage que tu préfères est celui que je trouve le plus plat je vais méditer ça
globalement vu d’aujourd’hui je me trouve un peu indigeste -
pinakia.colada
InvitéMerci à celles et ceux qui s’éprouvent et jouent du texte, pour le plaisir de vous lire ou pour les commentaires amicaux.
.
Claire N, sympa la comparaison des vitesses respectives véhicule léger 70 km/h – lièvre 0 km/h. N’étant pas du genre à la retenue, j’aurais même poussé pour mon seul plaisir. Véhicule léger à 70 km/h, le lièvre moins. Consommation de 8 litres aux 100, le lièvre moins.
.
Renaud Bigorre, j’aime beaucoup ce que permet de sens on dirait ma femme ; et toi la mienne et l’efficace me suis brûlé couillon. Tout ça pose en effet l’ambiance. On sent beaucoup d’enthousiasme dans les paronomases/hases/nases.
.
Virgule, malin d’aller chercher du côté de désertion et le fameux trajet en Toyota vers la Syrie où le soleil d’aube est rose. Pour les 86 kilos du journaliste, on pourrait même préciser ceux qu’il perdra c’est juré, comme pour Jeanne dans molécules.
.
François, merci pour les encouragements et les recommandations. Devant la retransmission tv de ta panthéonisation prévue un dimanche après-midi de l’été 2086, je repenserai à ce moment. Ce que j’en tire, ainsi que des variations lues :
Mariés trompés déjà loin ou presque, on reste comme tout le monde du Gaviscon dans les poches.
De l’autre côté ça descend voir, non ça voit pas.
J’adorerais poser lapin tout court qui dit déjà tout mais connard de lapin ou tocard de lapin me semble d’un meilleur rythme.
-
-
-
-
-
-
-
-
,
Invité« Est-ce que faire de ce fil un atelier expérimental d’écriture intéresserait certaines ou certains ? »
J’aime bien ce fil et ça pourrait m’intéresser-
Claire N
InvitéChouette, si on peux me retirer une vieille épine du pied ; je n’aime pas trop ce vers d’Eluard depuis longtemps déjà
« il fallait bien qu’un visage
Reponde à tous les noms du monde. »
Si quelqu’un a l’atelier sais repriser ce genre d’accros ?-
François Bégaudeau
Maître des clésil fallait bien qu’un visage
ait un nom propre-
Claire N
InvitéVoilà l’épine idéaliste enlevée
K j’aime le son de la première et le radical de défigure
‘ sapristi bien vu la memoire évidemment elle joue
Renault oui moi aussi il me manque le mot à la place de nommage et j’ai rien sur le bout de la langue à part peut-être baptême ?
Tony j’aime bien la littéralité ( un peu comme FB) le nom commun visage / le propre nom
Et Graindorge c’est une idée que ce désormais à la place d’il fallait bien
Merci !
-
-
K. comme mon Code
InvitéIl fallait bien qu’un visage
un jour
te refigure-
K. comme mon Code
InvitéIl faudra bien un jour
défigurer tes noms propres-
,
InvitéJ’arrachai son visage aux balafres des noms
-
,
Invitéen moins romancé : comment que tu t’appelles déjà ?
-
François Bégaudeau
Maître des clésrire
-
-
-
-
-
Renaud Bigorre
Invité« Toute tentative de nommage
s’échoue sur ton visage. » -
Tony
InvitéDans ce monde fait de choses et de mots il fallait bien qu’un visage soit nommé.
-
Graindorge
InvitéDésormais tous les noms du monde n’ont plus que ton visage
-
-
Charles en rose
Invitéréponde à tous les non du monde
-
Claire N
InvitéJe tente un mix:
L’un- visage, il le fallait bien, se fragmente en baptêmes,
parfois ton propre nom me le rappelles
Dans ce monde de mot et de choses désormais
J’échoue à cette défigure
( brouillon)-
Renaud Bigorre
InvitéNouvel essai (hamaguchiste) :
« Soudain un visage
se prête à tous les noms. »-
Claire N
InvitéTu as raison, il faut trancher et travailler court
C’est super moche quand j’essaye d’utiliser tout le matériel , ça peut pas fonctionner comme ça en tout cas sur ce cas précis-
graindorge
Invitéet moi aussi j’ai raison, non mais…
Info pour toi Claire: va voir le fil Poèmes si et seulement si tu veux bien, Alain M y a partagé un poème aujourd’hui même-
Claire N
InvitéOui – nos messages ce sont croisés
-
-
-
-
graindorge
InvitéAmour: mille noms, un seul visage
-
-
-
-
graindorge
Invitéencore un jeu amusant. Je suggère que l’un d’entre nous, ou l’une , ouvre un nouveau fil qu’on nommerait Pastiches, atelier expérimental d’écriture. Ou un autre titre qui plairait à la majorité. Et on pasticherait que du Bégaudeau? Ou d’autres écrivains aussi? Cancres accepté.es car j’en suis
-
Graindorge
InvitéOn joue pas?
Bon. Pas grave-
Mathieu
InvitéJ’adore jouer mais là je ne me sens absolument pas compétent. Je ne lis pas assez pour pasticher.
-
Graindorge
InvitéC’est pas pour être édité à Cause Perdue c’est juste pour jouer et peut-être à des sitistes de se lâcher dans le pastiche pour découvrir- ou pas – leur propre musique
-
-
-
-
-
-
-
François Bégaudeau
InvitéMais moi je veux juste qu’on m’aime c’est tout.
-
Godot le bègue
InvitéDiscussion à propos de « La vie est belle » de Franck Capra, film que Burdeau adore.
*
— Bégaudeau : Bon. Tu vas me refaire le coup du “je l’aime parce que je l’analyse”. Comme si aimer un film te donnait un permis de lucidité.
— Burdeau : Oh, ça va. Moi au moins je ne fais pas semblant. Ton attitude, c’est : tu sens que ça marche, puis tu paniques, tu cherches la faille, et tu appelles ça de la rigueur.
— Bégaudeau : La rigueur, c’est précisément de ne pas confondre émotion et vérité. Et toi, tu confonds. Tu prends le confort de la scène, et tu l’appelles “forme”.
— Burdeau : Comfort, comfort… toujours les mêmes petites étiquettes moralisatrices. Tu réduis La vie est belle à “ça console”, donc tu crois que tu as terminé l’exercice.
— Bégaudeau : Non, je termine quand je vois ce que le film te fait faire. Te faire avaler une histoire qui finit bien, alors que le réel ne finit jamais “comme dans un conte”.
— Burdeau : Ah, voilà la justice poétique selon Bégaudeau : tout ce qui apaise est suspect. Tu ne détestes pas seulement Capra, tu détestes le fait qu’un spectateur puisse être touché.
— Bégaudeau : Je déteste surtout l’arrogance critique. Dire “je suis touché, donc je comprends”. Non. Tu es touché, donc tu es conditionné—et c’est là que ton analyse devient un alibi.
— Burdeau : Alibi ? Tu entends ce que tu dis ? Je montre le mécanisme pour te permettre de voir ce que tu préfères ignorer.
— Bégaudeau : Tu me permets ? Non, tu te permets. Tu te rassures en disant : “Je vois le dispositif.” Sauf que voir le dispositif ne retire rien au fait que le dispositif produit une morale bouclée.
— Burdeau : Bouclée ? Parce que tu as besoin que ça reste ouvert pour te sentir intelligent ?
— Bégaudeau : Parce que le réel exige le droit d’être incomplet. Ton film préféré, lui, sait très bien fermer la parenthèse au bon moment. Avec le bon rythme. Le bon ton. Le bon sourire.
— Burdeau : “Le bon sourire”… tu crois que c’est ça, la sophistication ? Le sourire, c’est le leurre de surface. Ce que j’admire, moi, c’est la trajectoire : comment le film organise le passage, du vertige vers une évidence.
— Bégaudeau : Une “évidence” qui a été fabriquée, oui. Tu dis ça comme si la fabrication était un certificat de grandeur. Le cinéma peut fabriquer n’importe quoi.
— Burdeau : Justement : La vie est belle fabrique quelque chose de hautement lisible et émotionnellement juste. Tu veux me condamner parce que ça fonctionne. C’est ça ton problème.
— Bégaudeau : Mon problème, c’est de ne pas transformer “ça fonctionne” en “ça dit vrai”. Les deux ne sont pas synonymes.
— Burdeau : Mais tu sais très bien qu’on ne parle pas de démonstration scientifique. On parle de l’expérience de regarder. Et là, le film te donne une leçon : il te fait sentir la valeur avant même que tu la théorises.
— Bégaudeau : “Avant même” : tu vois, c’est ça le cœur de ton mystère. Le film t’emmène avant que tu discutes. Après, quand tu discutes, tu crois que c’est toi qui as tenu la barre.
— Burdeau : Tu dramatises. Il y a une différence entre “avant de discuter” et “sans discussion”. Le film te travaille, oui. Mais ton travail critique doit suivre ce travail, pas faire semblant qu’il n’existe pas.
— Bégaudeau : Mon travail critique, il consiste à demander : à quoi ça te mène, ce travail ? Et à quoi ça te fait renoncer ?
— Burdeau : Renoncer à quoi ? À la compassion ? Ne me fais pas rire.
— Bégaudeau : À la complexité, justement. Tu sais ce que je vois ? Je vois une compassion qui devient trop propre. Trop arrondie. Trop “réparée” par un happy end dont le réel ne veut pas.
— Burdeau : Le happy end, tu le traites comme un péché. Moi je le traite comme une forme. Une forme qui assume un choix : celui de faire tenir l’espoir malgré tout.
— Bégaudeau : “Malgré tout” ? Ou “grâce à tout ce qu’on a arrangé pour que ça t’atteigne sans te culpabiliser” ?
— Burdeau : Là tu inventes. Tu fais de la psychologisation de critique : “il a été arrangé pour te culpabiliser” — et toi, tu te sens plus pur parce que tu as “la bonne posture”.
— Bégaudeau : Pur… non. Je suis juste moins naïf que toi quand tu joues au chimiste des émotions.
— Burdeau : Ah, chimiste. Encore un mot que tu brandis comme une arme. Tu crois que l’analyse est froide. Mais l’analyse, c’est précisément ce qui empêche l’émotion de t’aveugler.
— Bégaudeau : Sauf que chez toi, l’analyse finit par excuser. “C’est construit” devient “c’est noble” devient “donc c’est défendable”. Et quand je te dis : “défendable pour quoi ?”, tu te dérobes.
— Burdeau : Je ne me dérobe pas. Je dis : c’est défendable parce que c’est une œuvre qui te rend responsable de ce que tu regardes.
— Bégaudeau : Responsable ? Tu rigoles. Elle te rend confortable dans ta responsabilité. Tu te sens moral parce que le film t’a guidé jusqu’à la bonne conclusion.
— Burdeau : La “bonne conclusion”, c’est la valeur de la vie, la dignité, la possibilité de ne pas abandonner. Tu veux quoi : une leçon qui ne te donne rien ?
— Bégaudeau : Je veux qu’on ne confonde pas “donner une leçon” et “faire disparaître la violence du monde dans une dramaturgie bien huilée”.
— Burdeau : Et moi je veux que tu acceptes que la dramaturgie, parfois, éclaire. Elle ne “disparaît” pas : elle met en forme pour être supportable.
— Bégaudeau : “Supportable”. Toujours ce mot. Tu fais comme si supportable voulait dire sans problème. Or le problème, c’est quand “supportable” devient “satisfaisant”.
— Burdeau : Tu as peur du satisfait. Tu as peur de l’adhésion. Tu veux une critique qui reste à hauteur de soupçon.
— Bégaudeau : Et toi tu veux une critique qui se couronne du mot “admiration”. Tu préfères être le type qui “voit tout” plutôt que le type qui accepte qu’il a été touché.
— Burdeau : Je préfère être le type qui ne ment pas. Moi je l’aime. Et je sais pourquoi. Toi, tu as besoin d’expliquer que ton malaise te donne raison.
— Bégaudeau : Non, mon malaise me rend attentif. Et ton enthousiasme te rend aveugle à certains effets.
— Burdeau : Je connais les effets. Je sais qu’il y a de l’orientation. Tu crois que je découvre ça ? Je suis passionné, oui. Mais justement : passionné, donc exigeant. Pas passionné, donc crétin.
— Bégaudeau : Quelle insolence de se croire “exigeant” parce que tu as des outils ! Tes outils ne t’empêchent pas de préférer l’œuvre à l’interrogation.
— Burdeau : L’interrogation, je la fais. Je l’interroge en disant : voilà ce que le film fait, voilà ce qu’il obtient. Et pour moi, ça mérite admiration.
— Bégaudeau : Pour moi, ça mérite interrogation aussi quand ça obtient trop. Quand ça obtient une espèce de paix narrative qui n’est pas le monde.
— Burdeau : Tu veux remplacer la paix par une blessure permanente, c’est ça ?
— Bégaudeau : Je veux éviter la paix en kit. Je veux que la compassion ne soit pas un baume qui referme trop vite la plaie.
— Burdeau : Mais Capra ne “referme” pas : il te montre comment vivre quand tout se défait. C’est une promesse humaine. Pas un truc marketing.
— Bégaudeau : Et moi je te réponds : l’humain, au cinéma, est souvent une machine à fabriquer du sens. Une machine qui te donne envie de dire “oui” avant de réfléchir à ce que “oui” implique.
— Burdeau : Tu vois le cinéma comme une usine de consentement. C’est pratique : ça t’évite d’entrer dans l’œuvre.
— Bégaudeau : Et toi tu vois l’œuvre comme une preuve de génie. C’est pratique aussi : ça t’évite de la contester.
— Burdeau : Donc on est d’accord : tu veux contester, je veux comprendre—et ce qui te gêne, c’est que j’aime.
— Bégaudeau : Non. Ce qui me gêne, c’est que ton amour se transforme en immunité critique. Parce que c’est ton film préféré, tu refuses les zones d’ombre.
— Burdeau : Zones d’ombre ? Je les connais. Je refuse juste de les gonfler jusqu’à faire de l’œuvre un coupable.
— Bégaudeau : Coupable ? Tu dramatises pour redevenir le sage.
— Burdeau : Tu dramatise pour redevenir le procureur.
— Bégaudeau : Et toi, tu te moques avec ton ton de passionné “au-dessus”. Alors écoute : si tu admets que le film oriente, il faut aussi admettre que l’orientation a des conséquences.
— Burdeau : Oui. Et mes conséquences, c’est : je veux défendre ce que le film réussit à faire, tout en sachant comment il le fait. C’est précisément ce que j’essaie de dire.
— Bégaudeau : Et moi, mes conséquences, c’est : je veux rappeler que réussir à faire aimer ne suffit pas. Il faut dire quand l’amour empêche la question.
— Burdeau : Belle formule. Très propre. Mais tu ne fais que rejouer la posture.
— Bégaudeau : Et toi, tu ne fais que rejouer ton culte.
— Burdeau : Cul… Non. Je dis : ce film est un modèle de cinéma qui pense l’émotion.
— Bégaudeau : Et je dis : ce cinéma pense l’émotion pour mieux la rendre inévitable.
— Burdeau : Inévitable n’est pas arbitraire. Et c’est justement ce qui le rend grand.
— Bégaudeau : Et c’est justement ce qui le rend discutable.
*
Tout le monde aime François Bégaudeau.-
graindorge
Invitéc’est du tennis ou du ping-pong?
-
Samuel_Belkekett
InvitéDéjà 1er dialogue :
Bégaudeau : Bon. Tu vas me refaire le coup du “je l’aime parce que je l’analyse”. Comme si aimer un film te donnait un permis de lucidité.
.
je l’aime parce que je l’analyse.??????????
C’est quoi cette histoire ?
Ce piège à cons fonctionne bien mieux si on change les noms.
Mettre Burdeau en place de Bégaudeau et vice-versa.
-
-
Florent
Invité“Bureau : tu veux remplacer la paix par une blessure permanente”
Ça m’a fait penser au genou de François qui refuse de cicatriser dans la blessure, la vraie
De notre premier cri à notre dernier souffle, vivre est une blessure permanente, qui sans cesse s’ouvre et se referme.-
Florent
Invité* Burdeau et non bureau
-
-
Mao
InvitéÇa sort d’où ?
-
Samuel_Belkekett
InvitéDe ton…
-
-
-
bibinard
Invité
-
-
AuteurMessages
