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  • Ce sujet contient 38 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par deleatur, le il y a 1 année et 11 mois.
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  • Auteur
    Messages
    • #3349 Répondre
      Lescrisvains
      Invité

      Bonjour,

      Je me permets de vous contacter ici ne trouvant pas de mail sur lequel vous contacter.

      J’ai un podcast « Anecdate » dont le but est de déconstruire les enjeux sociétaux via le prisme de la rencontre.

      J’aimerais vous y inviter afin de discuter de ce que représente aujourd’hui la rencontre à autrui, et une relation dans notre société actuelle.

      La genèse de cet épisode m’est venue en lisant lettre à D d’ André gorz

      Bien entendu, on laissera place à la discussion et à la digression, on pourra même philosopher sur ce que représente l’amour, ou la blessure la vraie…

    • #3350 Répondre
      Cyril
      Invité

      Oh ouais François, parle-nous d’amour !

      • #3351 Répondre
        Ostros
        Invité

        J’ai vraiment hâte de lire le prochain roman de François et de suivre les rencontres / débats qu’il donnera ici et là autour du livre. C’est long 6 mois.

    • #3352 Répondre
      Florian
      Invité

      Ce serait génial d’entendre François parler de tout ça !

    • #3356 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Le thème est trop général pour moi. Et je ne vois pas bien ce qui fait que, partant de ce thème, on arrive à moi. La lettre à D d’André Gorz est un très beau livre mais il n’est pas de moi. Il est d’André Gorz.
      Je vais donc passer mon tour.

      • #3405 Répondre
        Ostros
        Invité

        Il avait anticipé ton refus. Le podcast s’appelle les cris vains. C’est le concept.

        • #3409 Répondre
          Hami Debile
          Invité

          Suce boule u_u

          • #3410 Répondre
            Ostros
            Invité

            Décidément mes blagues sont prises très au sérieux par les dispensables.

            • #3432 Répondre
              Hami Debile
              Invité

              Je vais aller me raser les cheveux parce que sans tu vas chopper ma tignasse pour protéger ton maître et ça va faire bobo.

              • #3433 Répondre
                Ostros
                Invité

                Si j’ai beaucoup aimé étudier le surréalisme au lycée j’ai perdu d’année en année mes procédés d’analyse. Je ne suis plus sensible à cette prose. A part celle de Rerverdy.

                • #3434 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Qui s’écrit raisonnablement Reverdy.

                  • #3437 Répondre
                    Sarah G
                    Invité

                    Je crois qu’il ne vaut mieux pas répondre à ce genre d’individus.
                    Je me demande bien pourquoi il vient par ici, troller, insulter, s’il n’aime pas François, son site, son forum et ce qu’on y écrit et les personnes qui écrivent, discutent sur ce forum.
                    Il n’a pas d’autres choses bien plus intéressantes, constructives à faire.
                    C’est pas lui qui reprochait à François de le harceler, de le chercher.
                    Donc si ce n’est pas lui, c’est donc son frère, un autre troll

                    • #3442 Répondre
                      Hami Debile
                      Invité

                      Sarah G: J’avais un camarade de classe qui me traite de suce boule en troisième et il avait raison. Sinon je ne me suis jamais plaint d’être harcelé par François, je m’en suis amusé. Et oui, quand le type vient lâcher une petite crotte de nez au prétexte que j’ai osé partager un clip sans insulter personne je considère que c’est François qui fait une fixette. C’est peut être con à tes yeux mais moi ça me semble cohérent donc je m’en tiendrais à ce constat.

                      • #3469 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui je suis désolé de te poursuivre sur HamiDebile.fr

                      • #3481 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        François: Et sinon au sujet de Lordon et du phallus t’as quelque chose de conséquent à raconter ou bien tu préfères qu’on attende la sortie du bouquin afin que tu puisses réciter ton maître?

                      • #3524 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je ne veux pas t’ennuyer en répondant à cette question à nouveau affable. Il faut que je cesse de te harceler. J’y travaille. Encore un petit mois et, promis, je ne posterai plus sur ton site.

                      • #3539 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        François: M’ennuyer? Putain mais François arrête tes conneries, ce sera la première fois de toute notre histoire que tu prendrais la peine de répondre sur le fond à un de mes messages. Je veux dire qu’il ne faut pas t’en faire, je ne crierais pas au harcèlement, je me contenterais de savourer l’instant.

                        En ce qui concerne ta présence sur mon nouveau forum favori c’est pareil, tu as tort de te préparer à nous quitter. De mon point de vue tu devrais faire comme si c’était chez toi et prendre tes aises.

                      • #3563 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        J’apprends donc que des insultes comme « tu préfères qu’on attende la sortie du bouquin afin que tu puisses réciter ton maître? » sont des questions de « fond » auxquelles je serais censé répondre
                        Le problème étant que je ne me sens pas du niveau avec toi. Questions trop pointues. Trop polies et trop pointues.

                      • #3573 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        « Le problème étant que je ne me sens pas du niveau avec toi. Questions trop pointues. Trop polies et trop pointues. »

                        Ca revient à me dire que c’est même pas vrai d’abord que j’aurais fait de la psychanalyse une science qui se tient en m’arrachant seul à la folie avec des petits bouts de Freud et Lacan glanés sur le net. Ca revient à nier purement et simplement la légitimité de mon point de vue sur ma propre existence quoi. Et c’est une véritable violence.

                        Tu voudrais que je te respecte, tu voudrais que j’arrête de te rappeler que tu n’es qu’un con à chaque fois que je m’adresse à toi? C’est pas compliqué, il te suffit de fermer ta grande gueule et de partir du principe que quand il est question de psychanalyse ton pouvoir se limite à prendre ta leçon. Le jour où tu me respecteras je te respecterais mais en attendant je vais continue de prendre mon pied à te voir chouiner qu’en vrai c’est le méchant demi habile qui te harcèle et que t’es trop une victime.

                      • #3595 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui de toute évidence c’est moi qui chouine

                      • #3602 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        Je te plains, ça va être terrible pour toi le jour où tu seras obligé de faire face à la réalité.

                      • #3604 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        terrible

                      • #3607 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        Voilà.

                      • #3608 Répondre
                        Cyril
                        Invité

                        J’entends parler du prochain Lordon, vous avez des infos sur ce livre ?

                      • #3634 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Il l’écrit avec Lucbert, au croisement de psychanalyse et marxisme

                        Je t’ai répondu sur l’identité. Je reporte ici :

                        « 1 Là tu élargis tellement la notion d’identité qu’elle perd tout son sens
                        Il y a quand même une différence de nature entre “communiste” et “basque” (ou français, ou turc). L’identité c’est précisément ce qui ne bouge pas, ce qui ne varie pas. Or on devient communiste – on peut aussi cesser de l’etre.
                        Communiste n’est pas une identité.
                        2 il est bien vrai qu’il est arrivé que communiste devienne une identité, par la “culture communiste” qui s’est formée au long du vingtième siècle. Il y eut alors une “famille communiste”, un “peuple communiste”. Ce qui eut son charme, mais crée exactement les écueils de toute FIXATION IDENTITAIRE : une négation du réel qui pourrait faire trembler cette identité.
                        Il est donc important de maintenir que “communiste” ou “anarchiste” n’est pas une identité, et se garder pour soi même de transformer un tempérament politique en identité. Je n”ai pas très envie d’etre IDENTIFIÉ comme anarchiste au premier regard. Je n’aime les uniformes d’aucun camp. Et ce n’est pas d’hier : dans une chanson de 96 je déplorais déja la déviance “identitaire” du punk – mais tout milieu est menacé par ça. https://www.youtube.com/watch?v=7pB1wOvb5NA
                        Ce qui nous ramènerait à la fin du texte de Segré. Laissons nous altérer. Laissons nous hybrider – et ça c’était plutot ça : https://www.youtube.com/watch?v=d1Iu-b_JYMY »

                      • #3635 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        Une pensée pour les orthodoxes (Chaigneau) devant l’irrésistible recrudescence du freudo-marxisme.

                      • #3638 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je ne pense pas que le livre de Lucbert et Lordon soit promis à être si « freudien »

                      • #3639 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        Je me doute bien mais c’est déjà beaucoup trop subtil. Tu sais comment dans certains milieux intellectuels et militants, le seul fait d’évoquer la psychanalyse, quelle que soit la manière dont on l’approche confine à l’hérésie.

                      • #3640 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        D’ailleurs la psychanalyse c’est quelque chose qui m’intéresse de plus en plus. J’y arrive doucement via notamment Deleuze et Guattari. Tu aurais des ouvrages ou des auteurs à conseiller sur le sujet ?

                      • #3643 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        Hello, ça me fait penser à cet entretien stimulant de Laurie Laufer sur Le Média, ça donne envie de lire son livre « Pour une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion. » Elle affirme que psychanalyse et émancipation ne sont pas du tout contradictoires. Si jamais tu le lis je serai intéressé par ton retour 🙂

                      • #3644 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        [message pour Mao]

                      • #3654 Répondre
                        Mao
                        Invité

                        Je ne promets pas de le lire à court terme mais je le note pour plus tard.

                      • #3655 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je crois que la lecture de Freud est toujours nourrissante
                        En commençant par L’anti-Oedipe, tu commences un peu par la critique.
                        Ce qu’il faut voir, c’est que le champ psychanalytique est, comme tout champ, traversé par des contradictions. On trouvera donc une psychanalyse émancipatrice et une psychanalyse réactionnaire, ou plus précisément autoritaire. Les deux tendances sont d’ailleurs chez Freud, qui tantot parle en bon bourgeois viennois patricentré, et tantot en anarchiste. Disons qu’il découvre un continent de grand désordre (le désir) et dans le même temps tache de l’ordonner.
                        Je lisais hier l’entretien avec Jacques Alain Miller dans Libé. Je n’ai pas beaucoup d’amitié pour ce monsieur, qui politiquement est passé du maoisme à une sorte de néo-conservatisme. Mais pour le coup cet entretien rend compte de ce qu’il y a de fondamentalement subversif chez Lacan.
                        https://www.liberation.fr/culture/livres/aujourdhui-sans-lacan-cest-le-calme-plat-20230301_C7JQQABRFBAAZK3KCTPSL67NBU/

                      • #3657 Répondre
                        Zyrma
                        Invité

                        Libération
                        jeudi 2 mars 2023 1805 mots, p. 24,25
                        LIVRES/

                        «Aujourd’hui, sans Lacan, c’est le calme plat»

                        Recueilli par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL
                        A l’occasion de la parution du 14e séminaire du psychanalyste, entretien avec Jacques-Alain Miller, son élève, gendre, et seul habilité par le maître lui-même à transcrire ses célèbres cours.

                        Dix ans se sont écoulés depuis la dernière édition du séminaire annuel de Lacan, le Désir et son interprétation, le seul paru aux éditions la Martinière. Plus de quarante ans depuis la disparition du psychanalyste le 9 septembre 1981. Le retour de Lacan après tout ce temps et chez son éditeur d’origine, Le Seuil, se signale par la Logique du fantasme, datant de 1966-1967, 14e du nom sur les 25 dispensés de 1953 à 1980. Grand ordonnateur de ce chantier encore inachevé, Jacques-Alain Miller, gendre de Jacques Lacan et président de l’Association mondiale de psychanalyse (AMP), en explique la portée et son actualité.

                        Comment a commencé la publication des séminaires ? Lacan s’était toujours refusé à les publier. Ceux de ses élèves qui avaient tenté de les mettre en forme résumaient les leçons et les truffaient parfois de leurs propres élucubrations. J’ai dit à Lacan, qui m’interrogeait à ce propos: Oh, il faudrait tout garder, redresser la dactylographie phrase par phrase, mot par mot, et ne rien ajouter, sinon mettre des titres, distinguer des parties, épingler des exergues. Lacan a eu alors une vraie parole d’analyste, qui m’a piqué au vif : «Prouvez-le!» J’ai choisi de transcrire le 11e séminaire, le premier que j’avais suivi, les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, qui a été publié au Seuil en 1973. Ma manière lui a convenu. Puis, il a refusé tous les noms que je lui proposais pour continuer le travail. A la fin, exaspéré, j’ai dit : «Je vous les ferai tous.» Il s’est levé, m’a mis la main sur l’épaule, et il est parti sans un mot. J’ai décidé de transcrire ensuite le premier séminaire et le 20, le dernier en date à l’époque. Cinquante ans après, où en êtesvous de cette course contre le temps ?

                        Il reste six volumes, rédigés jusqu’au dernier. Si je devais disparaître entretemps, tout est là, d’où ma sérénité. Mais on a dû vous presser souvent

                        J’ai pris le temps d’exercer la psychanalyse, de faire trente années de cours et de créer l’AMP. On m’a pressé jadis, tout à fait au début. On aurait voulu que je liquide la tache à la va-vite, mais là, personne ne m’a tanné. Il y a déjà tellement à faire avec les 17 séminaires publiés

                        De quoi êtes-vous parti pour leur rédaction ? Des textes qui avaient été dactylographiés à partir de la sténographie. C’est ce dont disposait Lacan. Au 5, rue de Lille, il y avait un petit placard rempli de dossiers contenant les dactylographies. Lacan les prêtait de façon très parcimonieuse. Gloria, sa fidèle secrétaire, m’a dit qu’une fois, debout devant ce placard, elle l’avait entendu soupirer : «Qui s’occupera de tout ça ?»

                        Pourquoi ce 14e séminaire est-il publié après le 16e ou le 17e ? C’est ma fantaisie. Il en a toujours été ainsi, même du vivant de Lacan. Ce séminaire-là est son atelier, il suit plusieurs fils à la fois, et le point de vue se déplace leçon après leçon. Il marque aussi une inflexion, car c’est alors que Lacan se met à donner à la logique une importance fondamentale. Et puis, la Logique du fantasme, ainsi que le suivant avec lequel il fait couple, l’Acte psychanalytique, m’intéressait particulièrement en ce moment. En effet, entre les deux, Lacan a introduit sa procédure de la passe, vérification de la fin de l’analyse. Or, il y a eu autour de ce dispositif, depuis deux ans, beaucoup de débats à l’Ecole de la Cause freudienne dont je fais partie, et dans l’AMP. Publier les séminaires 14 et 15, ce dernier programmé pour paraître dans un an, répond aussi à cette actualité-là. L’utilisation de formules mathématique rend sa lecture ardue.

                        Oui, mais vous savez, ce ne sont que des parodies. Lacan avait un tropisme mathématique. C’est l’une de ses singularités que de mettre en formules, en «mathèmes» disait-il, les principaux concepts de Freud et les siens propres. Dans la Logique du fantasme, les objets mathématiques ne sont pas seulement là pour illustrer sa pensée, ils la conduisent, l’inspirent, ce sont des moyens d’invention. Ce qui est ardu, c’est que ses symboles sont faits pour recevoir selon le contexte des significations différentes, certes prises dans la même structure. Ils ne sont pas du tout univoques, à la différence des symboles mathématiques. Ils n’ont pas le même sens ici ou là. Un gros effort est à chaque fois nécessaire pour s’y retrouver.

                        Qu’est-ce que «la logique du fantasme» ? On ne l’apprendra pas dans ce livre. Lacan y élabore surtout une dialectique de l’acte sexuel. Il s’acharne à en trouver la formule. Et à l’aide du Nombre d’or, excusez du peu! Il devra se résoudre à constater son échec. C’est-à-dire ? L’expression d’«acte sexuel» est empruntée au langage commun. Mais comme l’entend Lacan, un acte véritable change le sujet, le tire de son indétermination, lui confère une identité nouvelle. Aussi Lacan commence-t-il par mettre en valeur dans l’acte sexuel sa qualité d’acte. Il révélerait l’essence de ce que c’est que d’être un homme, être une femme. Ce serait le moment où l’un comme l’autre seraient pleinement ce qu’ils sont. Or, à la surprise générale – j’ai assisté à ce séminaire – revirement! Voilà que Lacan lance: «Il n’y a pas d’acte sexuel.» Cela veut dire que, contrairement à ce qu’il pensait auparavant, il a été amené à conclure que l’acte sexuel n’avait pas les propriétés caractéristiques d’un acte, qu’il n’assure nullement la femme et l’homme de disposer chacun d’une essence déterminée, même si au niveau des gamètes et des chromosomes, il y a deux sexes parfaitement différenciés. Il le dit dans un autre séminaire, il n’y a que deux sexes même si on veut à toute force y ajouter les Auvergnats! Mais ça, c’est le réel au sens de la biologie. Le réel au sens de la psychanalyse, c’est tout autre chose, c’est que le féminin et le masculin ne peuvent jamais être définis de façon univoque au niveau de l’inconscient. Leurs définitions sont en effet brouillées par des identifications plurielles, contingentes et contradictoires. A la différence des animaux, le partenaire n’est jamais spécifié, et la copulation comporte toujours quelque raté. L’expérience commune de la sexualité -déchirée, volontiers coupable, capricieuse et parfois «fluide» dirait-on aujourd’hui- ne montre rien d’équivalent au binarisme biologique, qui est immuable et inerte. Lacan souligne dans le séminaire l’«abîme» qu’il y a entre les deux. Ce séminaire peut-il servir dans les questionnements contemporains ? C’est mon avis. Par exemple, ce que je viens de vous exposer est comme la condition de possibilité du phénomène trans. A cela s’ajoute que Lacan tient le corps pour la première surface d’inscription, faite pour être marquée, spécialement scarifiée. Il souligne la prégnance du fantasme du corps morcelé. En somme, dit-il, l’être parlant a un rapport foncièrement dérangé avec son propre corps. Toute norme fait ici défaut, on constate une discontinuité radicale entre le sujet et le corps, aucune harmonie native. Bref, selon moi, et si surprenant que cela puisse paraître, impossible de conceptualiser la transition sans en passer par Lacan. C’est dans le trou creusé par l’absence de l’acte sexuel que prolifèrent les genres.

                        Que constatez-vous en consul- tation ? Que depuis trois ou quatre ans, les psychanalystes voient venir à eux, en assez grand nombre, des sujets travaillés par une problématique trans, et qui voudraient bien savoir à quoi s’en tenir sur ce qui les tourmente. La Solution trans, que nous venons de publier chez Navarin, expose cinq cas de transition. Eh bien, il y en a un dont le rapport à l’analyste s’étend sur dix ans, et on suit pas à pas son chemin, qui le mène à une chirurgie. L’essentiel pour nous, c’est que le sujet ait bouclé son parcours de parole, qu’il ait clarifié son désir ou sa conviction, après quoi le choix lui appartient. On voit des sujets en souffrance qui trouvent dans la transition un soulagement, et leur définition particulière en tant qu’êtres sexués. Les transactivistes, eux, promeuvent une «identité de genre» qui serait intime, innée et définitive. Le sujet serait seul à savoir dans son for intérieur qui il est comme sexué. En somme, «je suis ce que je dis que je suis», tout trans est transparent à lui-même. Donc, ils exigent une transition immédiate, et à tout âge, dès qu’un sujet, même enfant, se dit mal à l’aise avec son corps. C’est la fameuse «autodétermination de genre» sur laquelle, dans les pays occidentaux, s’alignent progressivement les pouvoirs publics. Sera-telle durable? Les paris sont ouverts. Toujours est-il que c’est l’exact opposé de la psychanalyse, dont l’acte repose sur l’interprétation, c’est-àdire sur le fait que le sujet est opaque à lui-même, et ne sait pas vraiment ce qu’il dit de lui.

                        Où se déroulait le séminaire ? A Sainte-Anne pour les dix premiers. A la suite de son conflit avec l’Association internationale de psychanalyse, Lacan décide de quitter l’hôpital pour l’université, l’Ecole normale supérieure où l’invitait Althusser. Après 68, tenu pour être l’un des responsables de la révolte de la jeunesse, il est chassé de la rue d’Ulm. Il trouve alors abri à la faculté de droit du Panthéon. A Sainte-Anne, il avait 100 auditeurs, psychanalystes et psychiatres; 300 à l’Ecole normale, avec les étudiants et les passants du Quartier latin, et près de 1000 à la faculté de droit, public insaisissable, baroque, souvent mondain. Lui-même s’interrogeait sur cette étrange affluence. Le groupe Psychanalyse et politique, plus tard MLF, Mouvement de libération des femmes, se forma autour de Lacan et de sa doctrine de la jouissance féminine, telle qu’exposée dans le séminaire 20. Aujourd’hui, il aurait fait, je parie, ce qu’il faut pour garder le contact avec une partie au moins des LGBTQ +. Est-ce qu’il y a des figures de sa stature aujourd’hui ? Non, ça se saurait. A l’orée d’une discipline, on découvre plein de choses, et cela s’amenuise, se complique au fil du temps. Autour de Freud, il y avait des gens que Lacan estimait n’être pas de première qualité, ils étaient néanmoins des explorateurs. A son époque, en France, lui faisait déjà figure d’exception. De son vivant, il affolait le milieu psychanalytique, le plongeait dans un état tempétueux, traversé de tensions, d’orages, de scissions. Aujourd’hui, sans lui, c’est le calme plat.

                        Vous ennuyez-vous ? La bagarre me manque, oui. A part ça, la pratique analytique réserve toujours des surprises. ? Vient de sortir en poche le séminaire 5, «les Formations de l’inconscient», Points Essais.

                        JACQUES LACAN LE SÉMINAIRE LIVRE XIV, LA LOGIQUE DU FANTASME Texte établi par Jacques-Alain Miller. Le Seuil «Champ freudien», 422 pp., 27 €. JACQUES LACAN PREMIERS ECRITS Préface de Jacques-Alain Miller. Seuil «Champ freudien», 146 pp., 20 €.

                      • #3658 Répondre
                        Anna H
                        Invité

                        Pourrais-tu le copier pour les non abonnés ?

                      • #3659 Répondre
                        Anna H
                        Invité

                        Oh merci Zyrma. J’avais pas vu.

                      • #3663 Répondre
                        Hami Debile
                        Invité

                        « Mais pour le coup cet entretien rend compte de ce qu’il y a de
                        fondamentalement subversif chez Lacan. »

                        Sauf que Lacan n’aurait jamais cru que ça pouvait être une idée de soutenir Preciado dans son délire. Lacan c’était plutôt le genre à reconnaître qu’il avait effectivement succombé à l’envie de pénis comme le formule si justement Preciado et à ce titre c’est plutôt côté des pseudos réactionnaires caricaturés par Laurie Laufer qu’on aurait retrouvé Lacan.

        • #3435 Répondre
          Sarah G
          Invité

          Bien le jeu de mots.
          👌

    • #55632 Répondre
      deleatur
      Invité

      upinou!

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