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  • Auteur
    Messages
    • #11382 Répondre
      Malice
      Invité

      Est-ce que des gens d’ici ont lu les essais de Geneviève Fraisse? Je la découvre tout juste ( elle était sur france inter ce soir) et ça m’intéresse fort.
      Quelle serait la meilleure entrée dans ses travaux?

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a-voix-nue/atteindre-la-philosophie-et-le-genre-8617335

    • #11439 Répondre
      Alix
      Invité

      Bonjour Malice,
      Je n’en ai lu que deux pour le moment mais je te conseille vivement de te plonger dans son oeuvre! Jusqu’ici c’est une des penseuses féministe qui m’a le plus marqué.
      Voici un extrait de « Les excès du genre ». Livre court (90 pages) mais d’une grande intelligence. (Je te conseillerais aussi Les femmes et leurs histoire mais là on est sur du 600 pages!)
       » Et si l’on disait que stéréotypes et préjugés ne sont que des clichés ? Ce serait proposer de déplacer le problème politique. Le cliché est une image instantanée ; le mot est né dans le langage typographique avant d’être annexé par la photographie. Le cliché, comme instantané, est le regroupement d’un ensemble, d’une page typo (les mots en maquette), ou une photo qui compose avec plusieurs éléments (la personne et le décor, les plans divers). Le cliché signifie aujourd’hui un « lieu commun » mais aussi une image banale, un poncif. En imprimerie, le cliché indiquait la reproduction, en nombre, d’une page, c’est à dire sa multiplication. Cliché est un mot qui s’emploi facilement au pluriel. Aussi, c’est peut-être plus facile de se débarrasser d’un cliché plutôt que de repérer l’insidieux lieu commun dont on ne voit pas toujours les contours. Un lieu commun est une représentation sociale partagée par beaucoup de monde. Un lieu commun concernant l’infériorité des femmes, ou leur statut d’objet plutôt que de sujet, nous entraîne ailleurs, nous éloigne du stéréotype ou du préjugé, représentations très précises. Le cliché « vulgarise » l’image, mais aussi la fait exister dans une chaîne signifiante plus complexe que la simple logique de cause à effet qu’on met en avant dans la « lutte contre les stéréotypes ». Car le cliché fonctionne avec des associations d’images, hors de la logique même.
      Exemple très connu, l’association de deux représentations, la voiture et la femme. Il y a analogie de carrosserie. Rien n’y fait, aucune dénonciation de sexisme, aucune assertion féministe ne semble pouvoir entamer le lien de « carrosserie » qui allie femme et voiture. Car ce lien ne renvoie pas à une identification de l’une à l’autre, ce lien ne suppose pas d’identité commune. La comparaison des carrosseries interroges les formes d’un corps et ceux d’une machine. Loin d’une quelconque réalité à circonvenir. En effet, la voiture peut avoir cessé d’être l’apanage du sexe masculin, les femmes peuvent être devenues majoritairement conductrices, l’association publicitaire d’idée et d’image perdure cependant. Cette affaire de carrosserie indique que nous parlons des formes et des matières physiques bien plus que des représentation et des identités des corps. Le plus important à souligner ici n’est pas l’image de la femme objet, mais le lien supposé de l’homme à la voiture et à la femme, de la voiture avec la femme, mesure de sa puissance… Cette association d’idées, ce lien imaginaire, est loin du stéréotype, mais proche du miroir que l’homme se tend à lui même. Là, la femme est le lieu de l’échange, plus que l’objet d’échange. On en reparlera plus loin, mais, déjà, cela nous entraîne vers d’autres problématiques, vers une remarque conclusive de cette partie consacrée à l’image, avec l’idée de « modèle » ; et puis vers la partie suivantes, à propos de l’usage et de l’argumentation de la nudité politique.
      … »

      • #11440 Répondre
        Malice
        Invité

         » Cette association d’idées, ce lien imaginaire, est loin du stéréotype, mais proche du miroir que l’homme se tend à lui même.  »
        Je retiens en particulier cette phrase
        Merci pour l’extrait, je pense que je vais tout manger, comme j’ai dévoré Marcela Iacub, car je pressens que Fraisse fait partie du club des féministes comme je les aime.
        Il paraît que Jacques Rancière est son ami ?

    • #11453 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      J’ai pas mal lu Genviève Fraisse dans les années 2000. Son livre sur le consentement est très intéressant.
      Je l’avais invitée en 2008 à une table ronde sur les femmes dans le champ culturel, elle avait été excellente
      Grande amis de Rancière, effectivement, et qui me donna sur lui une clé existentielle que je n’ai jamais oubliée.

      • #11454 Répondre
        Malice
        Invité

        Est-ce que tu as une captation vidéo de cette table ronde?
        La clé existentielle, c’est celle que tu évoques dans un de tes livres, au sujet de sa voix ( qui le faisait passer pour une femme si je me souviens bien?)

    • #11470 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      voilà

      Pas de captation non. On est en 2008, les captations ne sont pas systématiques, la vie publique ne s’est pas encore inféodée à youtube
      Il y avait aussi Noemie Llvovski et Joy Sorman. C »était pas de la merde.

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