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Accueil Forums Forum général Emmanuel Burdeau

  • Ce sujet contient 30 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par essaisfragiles, le il y a 1 année et 4 mois.
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  • Auteur
    Messages
    • #79216 Répondre
      Alienous
      Invité

      Bonjour,

      Si cela a déjà été évoqué, je m’excuse.

      Ces derniers jours, j’ai regardé les épisodes « On y reviendra » de Microciné Revue. Avec l’intervenant principal Emmanuel Burdeau.

      Il semble que ce passionnant personnage a un petithistorique avec François Bégaudeau et que beaucoup souhaiteraient une émission ou François et Emmanuel dialoguent cinéma.
      Je le souhaite aussi.

      Est-ce envisageable ?

      Merci

    • #79233 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je n’ai pas envie de savoir. J’aime qu’il reste des différends, intellectuels ou existentiels, entre les gens.
      J’apprécie les deux. Mais pas ensemble.
      Burdeau, c’est l’élégance du concept, de la spéculation, de la pensée théorique.
      Bégaudeau, c’est l’élégance de la mule.
      Ce n’est pas la même cam. Mais les deux m’excitent.

      • #79241 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        Et personnellement je préfère La mule que l’élégance du concept. Même si je suis d’accord sur certains points de Burdeau comme dire se méfier de sa passion car parfois on peut sur interpréter mais le reste j’ai beaucoup de mal. J’ai l’impression quand je lis ses postes sur Facebook que c’est pas du genre à oser dire quand un film est mauvais même si c’est un grand nom qui a fait ce film. En tout cas c’est cette impression qu’il me donne. Après par contre il s’intéresse à toutes les générations de cinéma et ça c’est tout à son honneur car peu le font quand certaines personnes commence à avoir une certaine expérience avec le cinéma.

      • #79271 Répondre
        Alienous
        Invité

        Justement, les voir discuter sera passionnant.

        Il faut le faire, arrêtez de faire les pisse froids.

        Comment on contacte François ou Samir pour lancer ça ?

        • #79272 Répondre
          note
          Invité

          T’es gâté avec les pisse-froids. Tu peux contacter sur Facebook ils se feront un plaisir de te répondre.

    • #79242 Répondre
      Arnaud
      Invité

      Il est brillant mais pénible à l’oral. Digressions, incises, précautions… mais accouche putain !

      • #79243 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        Voilà c’est ce que j’ai envie de lui dire aussi à chaque fois. Mais accouche putain !!! 😅

        • #79275 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Il y a un indice à ce propos dans sa dernière émission avec Samir : il dit ne jamais rien préparer et préférer l’impro, la pensée en train de se faire. J’admets parfois partager votre sentiment. Je ne sais d’ailleurs pas comment ça se passe pour la Gêne niveau préparation (peut-être déjà détaillé sur une autre page que j’ai loupée comme tant d’autres choses).

          Quand il parle de sujets qu’il connaît bien il peut être brillant. Faudrait vraiment que j’aille au delà de l’écoute : que je le lise … Faudrait faudrait faudrait

          • #79276 Répondre
            PeggySlam
            Invité

            Je pense aussi qu’il ait meilleur en le lisant. Pour ma part je m’autorise les deux. À la fois préparé. J’envoie les questions à mes invités et parfois l’introduction avec, le reste c’est de la totale impro car j’aime aussi l’authenticité. Faut d’ailleurs que je m’entraîne un peu encore sur les intro lorsque je parle des films car au début ça cafouille toujours un peu mais une fois parti c’est parti.
            .
            La Gêne Occasionnée François m’avait dit que ça dépendait des films. Il y a des films où parfois les mots ne sortent pas avant une semaine m’avait il dit kje ne sais plus quelle émission. Je crois sur l’illettrisme au cinéma mais je suis pas sûr). Quelque part ça m’a rassuré car je peux aussi avoir ce problème là. C’est la raison pour laquelle je fais les critiques seulement quand c’est sorti en physique et/ou en streaming. Et bientôt je vais me mettre à parler des documentaires aussi car je trouve qu’on ne le fait pas assez

            • #79278 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              Sport difficile, l’impro. C’est un peu comme en musique, on peut avoir pratiqué des années sur partition mais se mettre à l’impro rebat les cartes. Un autre monde

            • #79459 Répondre
              essaisfragiles
              Invité

              Je pense que c’est justement la force de Burdeau de laisser sa parole se découvrir et s’inventer au fur et à mesure qu’elle se cherche et avance. Et tant pis si ça n’avance pas. Burdeau a quelques idées en venant, cela s’entend. Mais pour garder à la parole sa force de parole, il est essentiel de commencer une phrase sans savoir comment la terminer, ni si elle aboutira.
              En comparaison des émissions sur YT, je parle des face caméra, pas des entretiens, où nous sommes submergés par des « cuts » et des « recuts », toutes les cinq secondes parfois, jusqu’à donner l’impression d’une IA qui déroule un texte sans le penser, visage impassible, très rapidement d’ailleurs, en accéléré (c’est un nouveau mode de temporalité sur YT, il faut en trentre secondes faire tenir une capsule de 3 minutes qui sera regardée par des collégiens entre deux cours), comme s’il s’agissait de dérouler un programme, un storyboard, début, milieu, fin, etc., prendre le temps de parler, chercher ses mots, affronter les blancs et les vides, laisser la paroles suivre des impasses, se perdre, se retrouver, recommencer, dire, se dédire, redire, maudire, c’est une expérience humaine d’une grande richesse.
              C’est une parole radiophonique, comme on en a connu sur France-cul dans les années 80 et 90, où tout n’était pas chronométré, où les blancs n’étaient pas honnis (émissions de Veinstein exemplairement), où on avait le droit de se reprendre.
              Je vais même plus loin : parler ainsi, c’est véritablement dialoguer, entre deux cuillères dans le pot de yahourt, un verre de vin (riche idée de mise en scène, on parle comme à table). C’est quand même très proches de Montaigne, des Essais, de ses tatônnements, de ses « ratés », de ses reprises.
              Ce n’est pas le style de François, c’est sûr. Parce que François est un griot, un poète, la parole lui vient d’une inspiration (au passage très travaillée), et peut-être aussi parce qu’il est écrivain — mais cela ne veut rien dire — , ce que n’est pas Burdeau.

              • #79487 Répondre
                PeggySlam
                Invité

                Après comme au cinéma on a chacun notre critiques que l’on apprécie le plus ou pas du tout. Pour le côté face Cam je suis toujours (allez j’ose le dire) Durendal car c’est lui qui m’a donné envie de me lancer. Mais c’est vrai que maintenant c’est devenu n’importe quoi le critique game cinéma. Avec toutes ces chaînes de droite et d’extrême droite qui n’ont aucune culture sur l’histoire américaine et sur l’histoire tout court leurs critiques me sont terrifiantes. Je me sens un peu seule avec mon côté anarchiste de gauche. mais je me laisse pas faire. Bien au contraire il faut rappeler nombre de fois que depuis 20 ans dans le cinéma blockbuster et quelque soit les nationalités nous sommes revenues à un cinéma de propagande à caractère fasciste. Ce qui représente tout à fait notre époque et ce que beaucoup semble apprécier dans mon cercle cinéphiles ce qui me terrifie également. Mais ce sont des sujets sensible tout ça et difficile à parler. Heureusement qu’il y a des gens comme Samir ou même encore La GO qui font du bien. À une époque j’aimais bien Perle Ou Navet qui y aller et je la rejoignais souvent dans ses critiques. Les gardiens du cinéma sont de retour et sont pas mal. Mais le reste quelle manque de culture c’est juste effrayant. Et j’en lâche aussi beaucoup car finalement se répète beaucoup dans leur façon de parler cinéma ceux qui usant. Alors Burdieu peut être qu’un jour il se lâchera et deviendra alors très intéressant

                • #79505 Répondre
                  I.G.Y.
                  Invité

                  @ essais : « En comparaison des émissions sur YT, je parle des face caméra, pas des entretiens, où nous sommes submergés par des « cuts » et des « recuts », toutes les cinq secondes parfois, jusqu’à donner l’impression d’une IA qui déroule un texte sans le penser » : c’est vrai que ce genre de choses peut virer à l’insupportable. Aucun doute que je préfère cent fois un Burdeau qui se cherche à ça.
                  .
                  @ Peggy : Burdieu, une inspiration pour la nouvelle fusion monstrueuse de The Substance 2. Créature cinésociologique. Burdieu aimera Godard « à moitié ».

                  • #79509 Répondre
                    PeggySlam
                    Invité

                    I.G.Y les goûts et les couleurs hein.
                    La perfection n’existe pas. Rire

                    • #79518 Répondre
                      essaisfragiles
                      Invité

                      @ PeggySlam
                      Je te conseille de regarder des vidéos de conférence de Burdeau sur Dailymotion, les gens partent, ça le fait rire.

                      • #79520 Répondre
                        PeggySlam
                        Invité

                        Ça marche. Je note. Merci

    • #79279 Répondre
      Ventoline
      Invité

      Émission franchement passionnante dans la mesure où, en effet, les deux reviennent sur 1000 détails du métier de critique. Décrivant autant les défauts et qualités de Burdeau d’ailleurs, comme vous le décrivez déjà.

    • #79428 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Je poste sur ce fil, puisque l’autre ne semble pas prendre, marcher.
      Je suis en train de regarder l’émission.
      .
      Une première intuition, qui m’aidera sans doute à déplier, expliciter lentement mon rapport à la critique de cinéma. Je m’excuse par avance du peu de matière, de l’imprécision de mon propos.
      On ne sait pas d’où vient un critique de cinéma.
      De quel fond, de quel champ il nous arrive et nous parle.
      Sinon qu’il habite une parole qui habite le cinéma.
      La critique « Positif », c’est estampillé, scotché parout : « études universitaires », littérature — et ce n’est pas rien que plusieurs critiques de Positif soient devenus ou sont déjà universitaires ou romanciers (Emmanuel Carrère) — et ce n’est pas rien que le Positif des débuts venait du surréalisme.
      Le Cahiers, je n’ai jamais pu deviner, appréhender un parcours, une formation de base. J’ai toujours eu le sentiment que j’avais affaire à des bifurqueurs avant l’heure, voire des autodictates. Bien sûr, je n’ignorais pas qu’à partir des années 90 (et même avant, 1970, 1980), des universitaires pur jus ou affiliés (De Baeque et d’autres) aient un peu occupé le terrain. Mais cela s’oubliait. Rohmer : universitaire raté — pas comme son frère.
      Et tant pis, je lâche le morceau : je ne pouvais pas lire François à l’époque, car j’ai toujours senti la pâte ou la patte littéraire, une manière de faire valoir la forme, d’en jouer, qui m’éloignait — moi, pas un autre sans doute — du cinéma. Ce n’est qu’en lisant François ailleurs qu’aux Cahiers, et autrement (le punk, les romans, les essais bien plus tard), que j’ai compris le geste critique et la cohérence de sa démarche.
      Burdeau, Lalane, les plus vieux, Jousse, Tesson, et plus tard, Delorme, Aubron, je n’arrivais à trouver le point d’ancrage, sinon le cinéma lui-même.
      Je ne cherche pas à minimiser la forme de l’écriture critique — Godard avait lancé dans les années 50 la confusion des genres, l’empiètement des territoires et des zones d’influence. Mais précisément : c’était une forme écrite qui venait du cinéma.
      Je laisse en suspend cette intuition pour le moment : mais c’est bien la forme de l’écriture critique qui fait noeud pour moi.
      Encore une fois, je m’avance sur un terrain difficile.

      • #79430 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Je me corrige : « une manière de faire valoir la forme littéraire*, d’en jouer, qui m’éloignait du cinéma. »
        Et cela malgré le fait que, très vite, dans Douchet, j’entendais, reconnaissais le Bachelard dernière époque (celui de la poétique), dans Bonitzer, pas mal Barthes, dans Bazin beaucoup Bergson, comme après lui Rohmer (qui venait du même tonneau percé) — plein d’indices textuels de tout cela, pas le temps d’aller les chercher. On ne vient pas de nulle part, c’est sûr, l’intertextualité a toujours joué à fond dans la critique de cinéma.
        Sans doute ai-je été marqué très jeune (21 ans) par la lecture de Daney. Là encore, on voyait la critique de cinéma se frotter à la théorie de l’époque — jusqu’à sans doute se refiler les bouquins aux Cahiers, on le devine, la psychanalyse, Bakhtine (et le « carnavalesque », Daney et Bonitzer reprennent le terme à peu près à la même époque, fin des années 70), Metz pour le saccager très vite. Mais cette impression d’une lecture, assimilation, anarchique, bordélique, hors des sentiers battus, à la va-vite (ou pas d’ailleurs), qui m’a toujours donné l’impression d’avoir affaire à des électrons libres de l’écriture — qui inventait la « forme » critique de cinéma.

    • #79573 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Émission peut-être trop placée sous le signe de Daney. Qui est une référence absolue pour tous les gens de notre génération (quinca et quadra).
      Qui l’est pour Emmanuel (il l’a encore montré durant l’émission), qui l’est pour Samir (dont le titre « Microciné » est très explicitement un hommage à Microfilms, l’émission de Daney sur France-Culture). Mais qui étouffe le devenir de la pensée critique. Qui l’écrase de son ombre tutélaire.
      La lettre de Samir est d’une grande force. On le sent. On l’écoute dans sa voix émue. Le montage est beau.
      Mais fallait-il partir de l’image marquante, ou de l’image manquante, pour commencer une émission sur Burdeau, qui semble d’ailleurs avoir pris ses distances à l’égard d’un certain usage des expressions de Daney ou utilisées depuis lui (« itinéraire », « ciné-fils ») ? Fallait-il insister à ce point sur la Prisonnière du désert de Ford, sur Rio Bravo, sur Ciné-journal et La Rampe ?
      J’ai hâte de lire le livre de Burdeau sur Daney, comme je suis curieux de la réception de Daney par la « jeune génération » (j’ai souvent l’impression qu’elle est inexistante, cette réception), mais j’ai surtout hâte d’entendre Burdeau parler de la critique, celle qu’il a pratiquée, celle qui s’écrivait dans les Cahiers quand il en a été rédacteur en chef, notamment à un moment où le numérique et internet a beaucoup intéressé la revue au début des années 2000. Peut-on s’émanciper de ses pairs, de ses pères ? Daney serait-il indépassable ?
      Burdeau pourrait nous aider à faire l’histoire de la critique des 20 dernières années. Mais n’est-il pas lui-même dépassé, débordé de tous les côtés ?
      Ce numéro de On y reviendra est le meilleur. Mais je reste sur ma faim.
      J’espère que Renaud Bigorre et les autres me pardonneront pour ce pas de côté.

      • #79598 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        J’ai beau avoir plus de 40 ans j’ai entendu parler de Daney pour la première et tant d’autres critiques de cinéma ici sur ce forum ou dans les entretiens de l’ami Micro Ciné. Nous ne sortons pas tous d’un milieu familial où la culture nous entoure. Je me considère même comme autodidacte dans le cinéma. C’est la raison pour laquelle je suis toujours à la recherche de nouveaux noms pour élargir mon champ de critique.
        .
        Ce qu’il y a de marrant avec Samir c’est que je le vois on se regarde tous les deux beaucoup car parfois j’entends certaines de mes réflexions dans ses vidéos ce qui me fait sourire même si on a jamais réussi encore à parler vraiment cinéma ensemble (la première fois sera pour le film La Ligne Rouge de Terrence Malick et j’ai hâte). C’est lui qui m’a montré qu’on pouvait parler politique à travers la critique (même si j’avoue je l’ai perdu à ce niveau là depuis quelques temps, j’ai l’impression qu’on n’est pas du même bord). Il se cherche beaucoup mais c’est ce qui est passionnant car il inspire beaucoup

        • #79599 Répondre
          Tony
          Invité

          Je me souviens avoir découvert Daney lorsque j’étais adolescent,au milieu des années 80,et jeune cinéphile vivant à la campagne, quelques émissions de TV sur le cinéma me passionnaient à l’époque(Cinema Cinémas, émission légendaire)et un jour je suis tombé par hasard,en cherchant une station FM,sur Microfilms et cette voix inoubliable, cette façon de parler des films,si personnelle et si forte, ça m’a durablement marqué et, quelques années plus tard,je suis devenu lecteur de Libération, principalement pour pouvoir le lire.Je me souviens aussi l’avoir rencontré lors de la présentation,dans un cinéma à St Etienne,d’une rétro Samuel Fuller avec lequel il avait ensuite animer un débat.Bref quelqu’un d’important dans ma vie de cinéphile, d’ailleurs je crois que ses écrits ont été traduit dans le monde entier,peu de critiques peuvent s’en prévaloir.

          • #79614 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            @ PeggySlam et Tony
            Je ne veux pas minimiser l’influence de Daney.
            Pour beaucoup, il a été une révélation. Pour moi, il le reste. Je le lis toujours, tous les ans. Amoureusement.
            Il n’y avait pas de livres à la maison. Il n’y avait pas de culture ouvrière non plus. Il y avait la télévision. Et si j’ai pu lire Libé très jeune (vers 16 ans), à l’époque je suis complètement passé à côté de Daney, de ses critiques de cinéma et de la télévision.
            La découverte, c’est 92, c’est « Itinéraire d’un ciné-fils », j’étais en licence de philo, je préparais mes oraux, il venait de mourir, ce que je n’apprendrais que plus tard. Depuis longtemps déjà, la cinéma était mon école buissionnière, on ne pouvait être à l’époque qu’un autodidacte de la chose. Je commençais à lire Truffaut et Godard, je lisais un peu les Cahiers depuis 2 ans, je ne comprenais pas tout, je ramais pas mal, comme tout le monde, mais j’avais le sentiment qu’il n’y avait rien de mieux, qu’il n’y aurait jamais mieux pour moi, ni ailleurs. Jamais mieux que ces cahiers qui m’éloignaient des bancs de l’école et des exercices universitaires.
            Plus tard, je comprendrai que toute l’histoire des Cahiers est dans cette dualité entre filiation et rupture, entre continuation et meurtre du père : Bazin, Rohmer, Rivette, les années 70, la « masturbation », etc.
            J’ai passé l’année scolaire 94-95 à éplucher tous les Cahiers entre 1964 et 1981, pour y relever toutes les notules, tous les articles de Daney, dans la cadre une « objection de conscience » à la bibliothèque universitaire de Strasbourg — c’était avant la réunion de tous ses articles dans la somme de ses oeuvres complètes au début des années 2000. Finalement, je suis devenu familier des autres auteurs Cahiers, je n’ai pas tous lu, non, mais tout regardé, je me suis perdu dans les années 70, dans la théorisation à outrance, dans l’hermétisme de cette période.
            Je continue sur mon propos plus haut : quand Burdeau est devenu rédacteur en chef fin 2003, il a fait « entrer » des gens aux Cahiers, participer de nouveaux auteurs, il en parle chez Samir. Et moi, j’ai toujours commencé les Cahiers par là, façon d’avoir le dessert avant le plat, la cerise avant le gros gâteau : qui a écrit, qui sera là (est-ce que Bill Krohn nous fera signe). J’ai vérifié : en deux numéros, François est passé de contributeur (décembre 2003) à membre du « comité de rédaction » (janvier 2004) ; Burdeau dit que ça ne voulait pas dire grand chose, ou plutôt que c’était surtout symbolique. Et moi, de mon côté, dès le premier numéro, je n’arrive pas à lire François dans les Cahiers (pas plus que Frodon depuis deux ans déjà, mais cela n’a jamais compté à mes yeux) : « ce type n’est pas du sérail », « qu’est-ce qu’il vient foutre dans ma revue ? », etc. Peut-être son premier article (comme contributeur régulier des Cahiers) m’a foutu dans les roses : sur Pierre Salvadori, trop de narratologie là-dedans, trop de littérature — et son article sur Pialat dans ce numéro spécial DVD, même pas lu, rien à foutre de lui. Quel con j’étais ! Ce que j’aurais pu lui reprocher à l’époque, je lui en sais gré aujourd’hui : ne pas se rattacher à un père, être déjà ailleurs, sur les bords, à côté, en marge, se foutre pas mal d’être fils de quoi que ce soit, avoir déjà liquidé l’héritage, ne pas le vénérer outre mesure : François était Cahiers sans l’être, il y participait sans leur appartenir, mais il était déjà Bégaudeau, sans doute sans le savoir. Et c’est cette non-rencontre-là qui m’intéresse.

            • #79618 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              J’aime bien ce récit
              Il touche quelque chose de très juste.

            • #79624 Répondre
              PeggySlam
              Invité

              @essaisfragiles, récit et témoignage magnifique ! Va falloir que je cherche des livres de ce fameux Daney pour le coup. Pour ma part en faite le cinéma est rentrée très tard dans ma vie de passionné comme aujourd’hui. Il faut aussi remettre les choses dans son contexte. Durant ma génération tout ça n’était pas pris au sérieux (du moins dans mon milieu social. C’était juste un plaisir, un passe temps). C’était même une honte d’être en adoration vers une personne, un art. Ce n’est pas comme aujourd’hui oùlo’noeut avoir des posters de cinéma sans en avoir honte. Puis c’est vraiment depuis peu en faite que m’intéresse en profondeur au cinéma et aujourd’hui à la critique de cinéma car ce sont deux choses différents là où l’on a tendance à faire des raccourcis (enfin je trouve). Aujourd’hui je m’aperçois que j’ai ce luxe d’avoir du temps et c’est dans ce temps que je cherche encore et encore car on est jamais acquis. Merci pour ce beau récit en tout cas !

              • #79631 Répondre
                Kenyle
                Invité

                J’ai juste écouté quelques extraits de Daney sur YouTube et je n’ai pas accroché. Si je veux lire un livre de lui je commence par quoi ?

              • #79633 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                @ PeggySlam
                Commence peut-être par Persévérance, Le salaire du zappeur, Ciné-journal.
                Bonne lecture !

                • #79634 Répondre
                  essaisfragiles
                  Invité

                  @ Kenyle
                  voir ma réponse à PeggySlam

                • #79635 Répondre
                  PeggySlam
                  Invité

                  Merci Essaisfragiles je note !

            • #79637 Répondre
              Renaud Bigorre
              Invité

              @essaisfragiles D’abord merci pour ton témoignage, beau et touchant. Beaucoup d’écho en moi.
              Pour le « pas de côté » (que tu mentionnes dans ton message précédent), aucun pardon car rien à pardonner, bien au contraire, poursuis tes pas de côté tel un crabe violoniste ou bassiste !
              Il me semble justement que si beaucoup ici (et ailleurs) apprécient François, c’est précisément pour son art du pas de côté, non pas pour esquiver, mais pour regarder autrement.
              Pour revenir à « On y reviendra » (!), bien sûr qu’Emmanuel et Samir sont tombés dans le tonneau des « Daneyïdes » étant petits et que cela transpire dans leurs échanges. Pour autant, l’émission, même la dernière qui est Burdeau-centrée, ne tourne pas que sur eux-mêmes, n’est pas orientée que vers le passé. Il y a une vraie ouverture, un vrai questionnement sur la critique, son évolution, son histoire, son aujourd’hui, son devenir, de vrais « pas de côté » ! Oui Burdeau n’est pas un « dandy de bidonville » mais un « dandy de Dijon-ville », son ton est parfois goguenard, il le reconnaît ; cela étant, son regard est très souvent éclairant. Quant à Samir, je trouve que son œuvre avec Microciné est colossale et admirable ; c’est un « pontife » dans le sens littéral où il a l’art de faire des ponts entre les gens sur les thèmes qu’il affectionne, sans pour autant être d’accord avec eux (cf. son entretien avec Geneviève Sellier). François aussi ne rechigne pas à dialoguer tout azimut, y compris avec des personnes qui ne sont pas du même bord. Notamment, je trouve particulièrement beau le dialogue intergénérationnel qu’ils ont su établir avec leurs aînés et les plus jeunes.

              • #79640 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                @ Renaud Bigorre et les autres
                « dandy de Dijon-ville »
                J’adore !!
                Oui oui oui, trois fois oui.
                Samir est un seigneur, sans royaume, sans couronne, sans frontière, sans vassal, sans possession, son territoire appartient à tous et il a l’immensité pour écho. Son amour du cinéma est un témoignage de la grâce qui l’habite.
                Burdeau est un immense critique et un joyeux drille.
                Joie joie joie

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