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Claire N, le il y a 4 jours et 17 heures.
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AuteurMessages
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Dr Xavier
Invité« Retardant leurs tremblements les jambes m’emmènent de l’autre côté. » (Fuites)
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« Nos corps de citadins confortés attendront que la ville tombe en panne pour la laisser. Ou peut-être qu’à la faveur d’un barbecue ou d’une fusée bricolée, ils auront envie de déserter la ville et on les suivra. » (Dans la ville) -
François Bégaudeau
Maître des clésbeau rapprochement
et oui maintenant m’apparait d’évidence que ces deux livres de circulation urbaine sont très proches pour ça -
Zorglub
InvitéLettre à un jeune poète n°4 – Rainer Maria Rilke
« … Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine : et que la plainte qui vous en vient soit belle. Vous dites que vos proches vous sont lointains ; c’est qu’il se fait un espace autour de vous. Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant ; personne ne peut vous y suivre. Soyez bon envers ceux qui restent en arrière, sûr de vous et tranquille en face d’eux. Ne les tourmentez pas avec vos doutes. Ne les effrayez pas par votre foi, par votre enthousiasme : ils ne pourraient comprendre. Cherchez à communier avec eux dans le simple et dans le fidèle : cette communion ne doit pas nécessairement subir les mêmes transformations que vous. Aimez en eux la vie sous une forme étrangère. Ayez de l’indulgence pour ceux à qui l’âge fait redouter cette solitude à laquelle vous vous abandonnez… »
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Claire N
Invité« cette communion ne doit pas nécessairement subir les mêmes transformations que vous. Aimez en eux la vie sous une forme étrangère »
Je poste la version dans la nouvelle l’amour de Tchekov où les rapports « magnanimes « sont un peu plus explicités – mais n’est-ce pas bien plutôt l’amour qui est magnanime ?
« Je pardonne presque inconsciemment, sans faire violence à ma volonté, comme si les erreurs de Sacha étaient mes erreurs, et bien des choses qui me gênaient autrefois m’attendrissent et m’enthousiasment même maintenant. La raison de cette magnanimité, c’est mon amour pour Sacha; quand à la raison de cette magnanimité amour, en vérité, je ne la connais pas «-
Claire N
InvitéUn peu taquine donc – Mon contre conseil au jeune poète sera donc le suivant : si par grâce tu te sent magnanime ne le prends pas pour toi
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Claire N
Invité* la raison de cet amour
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François Bégaudeau
Maître des clés« Ayez de l’indulgence pour ceux à qui l’âge fait redouter cette solitude à laquelle vous vous abandonnez… » »
Ca s’entend.-
Claire N
InvitéJe ne sais pas, l’ensemble du texte me semble bien pavé de bonnes intentions mais il m’apparaît comme un guide du poète maudit
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François Bégaudeau
Maître des clésje n’ai jamais beaucoup prisé ce texte, dont le succès tient beaucoup à son titre, à sa brièveté, et au fait que les hypokhagneux n’aient le temps que de lire ce genre de trucs entre deux disserts
« guide du poète maudit » oui c’est exactement ça
livre qui a fait bien des ravages
comme 1984 en ce moment tiens-
Ostros
InvitéLivre préféré de Charlotte
Logique-
Claire N
InvitéMerci – Je note dans mon petit calepin ménager
– si tu veux préformer en dissertation adopte une attitude productive – fluo
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manchote
InvitéIl y a quand même ce passage, peut-être un des plus beaux appels au calme ? ce calme profond qui dit, arrête de gesticuler (… lu en hypokhâgne, je confesse) :
« Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il est des frayeurs, ce sont les nôtres ; s’il est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle. Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples ; les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en princesses ? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions. Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève devant vous, si grande que jamais vous n’en aviez vu de pareille ; si une inquiète agitation, comme la lumière et l’ombre des nuages, parcourt vos mains et tout ce que vous faites. Il vous faut penser alors que quelque chose se passe en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main ; elle ne vous laissera pas tomber. »
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Ostros
InvitéCes gens là n’ont manifestement jamais connu la précarité et semblent ne vivre que de sentiments
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..Graindorge
InvitéC’est du Frédéric Lenoir?
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manchote
InvitéHahah ça a un petit côté Jung pour les nuls, c’est vrai Graindorge
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François Bégaudeau
Maître des clésCe « nous » générique est et sera toujours irrecevable, inaudible, illisible
Et puis « Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples » On dirait vraiment un exposé pour enfants.
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toni Erdmann
InvitéPuisqu’on parle de circulation urbaine et de « Dans la ville », est-ce que certains ici ont vu Paria de Nicolas Klotz ? Petit film, très peu vu, qui documente une « carrière » de SDF sur 48 heures, de l’expulsion du logement au ramassage par un bus dont les fonctionnaires, sous couvert d’aider les sans-abri, les brutalisent plus qu’autre chose.
Le film m’a un peu déplu, je crois. Un peu lourd dans sa façon de souligner que devenir SDF passe par des rites d’initiation, par des étapes obligées, et que cela relève donc d’un « statut social » comme les autres rôles sociaux, alors même que cela devrait précisément échapper aux codes sociaux puisqu’on est dans la marginalité. Mais il en reste quelques images et l’impression d’être vraiment entré dans les profondeurs de Paris. -
Dr Xavier
Invité« Alors, puisque la vie propose, propose, propose et que nous sommes toujours vivants, proposons encore et qu’importe la fortune, puisque reste le temps de se dérouter. »
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Géniale répétition du verbe proposer. Sans la répétition, la phrase est plate (par ex. « puisque la vie propose et que nous sommes toujours vivants, continuons encore… ») ; avec, ça ouvre tout.-
Dr Xavier
Invité(Je ne suis pas une libellule)
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Claire N
InvitéMerci – c’est vrai qu’une seule fois
C’est comme une interaction polie , qui peut passer
La répétition donne la juste forme , celle de la persistance-
François Bégaudeau
Maître des cléspersistance, persévérance, c’est l’étoffe de la vie, c’est sa manière
dire la vie c’est donc dire cette propension à répéter, refaire, recommencer (comme dans le sexe)
donc oui la vie propose, propose, propose
cycle ininterrompu des vagues, infatigables
vie increvable-
Claire N
Invité« cycle ininterrompu des vagues,
infatigables
vie increvable »
Me plaît
Et a y revenir
Maintenant je vois mieux les virgules
La phrase redouble cette oscillation-
Samuel_Belkekett
InvitéNe pas se laisser impressionner par ce vitalisme de bas étage à la mord moi l’noeud (comme dans le sexe).
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Claire N
InvitéC’est tes pieds qui sont tes amis – pas l’ascenseur
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Samuel_Belkekett
InvitéIl faut être absolument moderne…
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..Graindorge
InvitéComme dans le sexe?
Oui, mille fois, pour la beauté toujours
recommencée du cycle ininterrompu des vagues infatigables, mais comme dans le sexe? Là pardon votre Honneur mais je pouffe-
Claire N
InvitéPeu importe , puisque c’est une proposition
Pour revenir à la phase
Alors- me pose ramassé et campé une certaine tension dans le prêt à faire – pas les assauts nuls guerriers, mais ces temps oú l’on se redresse pour embrasser des yeux l’ouvrage à venir
Les 3 propose me focalisent, comme lorsque j’observe le rythme de l’océan pour comprendre le timing des vagues et évaluer le moment où je serai le moins badibulgé en y pénétrant
Et proposons c’est l’immersion j’y suis-
Claire N
InvitéEt pour le sexe on peut en rire
Mais c’est bien loin de la profonde humilité qui me traverse quand sa puissance se manifeste
Je ne pense pas prétendre avoir fait le tour de la question-
François Bégaudeau
Maître des clésje voulais dire qu’il y a, dans le sexe, une fascinante répétitivité des figures dont il semble qu’on ne se lasse pas
(quant à la capacité réelle à répéter, ça c’est autre chose)-
Claire N
InvitéOui j’avais compris cette capacité et le contexte
Je reprenais juste sur la digression
Et me positionnais en faux et en resistance a ce qui m’a ,de loin , semblé etre une injonction à être blasée – il s’agit d’un mode de degradation de justement ce que la vie propose
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..Graindorge
Invité« Je ne pense pas prétendre avoir fait le tour de la question »
Tout dépend de la qualité de la question« une fascinante répétitivité des figures dont il semble qu’on ne se lasse pas »
C’est même un des chemins paraît-il pour atteindre le Divin, le Souffle Divin.
Mé il faut faire du jogging tous les jours et d’autres exercice, développer au maximum la capacité respiratoire.
Bon. C’est juste UN des chemins, y’en a d’autres, même pour les paresseux comme rien faire, s’asseoir, juste la répétition des respirations comme des vagues et attendre. Sans attendre bien sûr
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nefa
Invitéà la plage
succession des vagues
langueur du moment
tandis que de scrutations à rebours
allons plus vite
fait penser au motif, trois (mêmes) notes courtes suivies d’une longue (immersion?) de la cinquième symphonie-
Claire N
InvitéOn retrouve un peu cette manière d’engager après examen
« Naturaliste, je jauge un état des mondes au regard d’un précédent. Un présent au regard d’un passé. Sans doute faudrait il laisser une place à l’oubli, au réel à l’œuvre, ici, maintenant « `-
nefa
Invité« Naturaliste, je jauge un état des mondes au regard d’un précédent. Un présent au regard d’un passé. Sans doute faudrait il laisser une place à l’oubli, au réel à l’œuvre, ici, maintenant « `
oui, a scintillé une jolie du moment
Gwenaël coud aéré ces consistantes
il m’excite erre sans fantômes-
Claire N
InvitéOui
Scintillement je crois que je saisis
La phrase prend en charge
Le passage de la situation à quelques chose y est désirable et proposé voir proposé donc désirable ? Il y a une manière de bouger entre le passé et le présent – qui nous « arrive « mais sans fermeture, très ouverte -
Claire N
InvitéJe crois que j’y touche
Oubli c’est bien le temps de suspension
Entre l’impulsion du passé et l’atterrissage certains,
ce dance de la cadence
Du triolet et du galop
Comment n’ai-je pas reconnu plus tôt ce grisement -
nefa
Invitéet ouvert
« temps de suspension » ne conjecture
la qualité des retours au sol
là aussi ça met les poils -
Une fleur je suis
InvitéOn dirait que vous parlez de cette oeuvre, sublime oubli des minimalistes américain:
https://www.whitecube.com/artworks/robert-irwin-1%C2%BA-2-%C2%BA-3-%C2%BA-4%C2%BA-73041
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nefa
Invitévitesse commuée par la répétition du motif
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Claire N
InvitéOui vraiment y a un truc qui passe dans l’oreille
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..Graindorge
InvitéEt c’est la répétition qui donne l’infinie générosité de la vie. La vie qui donne, donne, donne à profusion alors nous vivants proposons encore et encore et encore. Chance ou pas, la belle affaire » reste le temps de se dérouter »
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Zorglub
Invité« L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie et ne pas disposer d’arguments pour se défendre. »
Françoise Sagan dans « Bonjour tristesse »-
François Bégaudeau
Maître des clésdrole de lourdeur pour une apotre de la légèreté et de Deauville
on attendrait : « L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer notre vie sans arguments pour se défendre. »
voire, dirait Kevin : » « L’insouciance est le seul sentiment qui puisse inspirer sans arguments »
voire, sous-enchérirait Kevin : « L’insouciance inspire sans argument »-
Zorglub
Invitéfile:///C:/Users/Jean%20Philippe/Pictures/C29JdSSXEAM3YH_.jpg
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kenny
Invitélà où Wiggenstein recommandait plutôt de se taire, quel philosophe à la réputation compromise affirme: « On écrit quand on ne peut plus ni parler, ni se taire » ?
iindice: ce n’est pas Camus-
Claire N
InvitéEst ce une personne qui écrit dans la fissure ?
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kenny
Inviténon, charlotte n’est pas aussi grandiloquente
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Claire N
InvitéRire – C’est à son crédit
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François Bégaudeau
Maître des clésCharlotte n’est surtout pas aussi fine
car cette phrase, tant pis si un crétin l’a écrite, est fine
je ne suis même pas loin de penser pareil-
Claire N
InvitéLa déploration n’est pas en l’espèce matériellement constituée
L’audience peut en effet être suspendue en l’absence d’instruction plus amples pour ton prévenu-
Ostros
InvitéLa fissure j’adore
Charlotte et le BTP
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2e indice kenny stp : mort ou vivant ce philosophie ?
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stephanie
InvitéAndré Compte Sponville , pourquoi réputation compromise ? (je connais peu)
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kenny
Invitépareil, mais je l’ai connu sévissant sur les plateaux TV et dans les séminaires d’entreprise
sa page wiki semble indiquer qu’il a eu une vie antérieure-
François Bégaudeau
Maître des clésje n’avais pas vu la réponse
Comte-Sponville, c’est un naufrage intellectuel
mais oui au départ il y a un petit truc
ses histoires de sagesse grecque l’ont bousillé
Sénèque c’est utile mais ça ne fait pas une pensée-
I.G.Y.
InvitéAncien Spinoziste, en plus, c’est comme ça qu’il était passé dans mon radar. Un énième exemple d’ancien « croyant » dans le marxisme dit scientifique qui, désillusionné sur son ancienne religion, devient en réaction anticommuniste et vire de bord progressivement dans l’après 68? Est-ce qu’on peut le comparer à un Gauchet, voire aux Nouveaux Philosophes? Je ne le connais pas assez du tout.
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Rémi
Invité« Ancien Spinoziste »
Il est toujours Spinoziste.-
I.G.Y.
InvitéEn tout cas en 2020 il décrivait son spinozisme très explicitement au passé (au passé simple), et dès la première phrase. Ça ne me paraît pas anodin. J’imagine bien qu’il garde un intérêt pour Spinoza.
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I.G.Y.
Invité(2018 pardon)
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Rémi
InvitéFin 2021 il se revendique d’Epicure, Spinoza et Montaigne.
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Rémi
InvitéAh ok en gros il ne se dit pas Spinoziste car il n’est pas en accord avec la totalité de ce que dit Spinoza (à ce titre il ne doit pas y avoir tant que ça de spinozistes ou marxistes). Que pour lui chacun doit avoir sa philosophie. Il n’empêche qu’il parle beaucoup de Spinoza et qu’encore aujourd’hui, lorsqu’il cite les philosophes avec qui il est le plus en accord, Spinoza revient régulièrement pour en faire l’éloge.
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ARCHETYPE number one
InvitéBonjour à tous, c’est merveilleux car je connais un peu Conte Sponville.
Il a glissé il est vrai vers une littérature du bonheur. Quand c’était de mode vers les années 2000 et quelques avec d’autres comme Lenoir (le prénom m’échappe), Mathieu Ricard et d’autres. Je pense qu’il ne faut pas être trop sévère avec cette littérature. Elle est advenue trop tôt mais reviendra sûrement quand tout le monde sera de gauche radicale ou au moins quand elle aura le pouvoir.
D’ailleurs j’aurais une question pour M BÉGAUDEAU.
Vous dites que vous êtes de gauche radicale mais ne cessez de dire que cette gauche radicale reste minoritaire et le restera sûrement. Aussi, n’est-ce pas du coup une position inconfortable ? N’est ce pas non plus une posture ? J’aimerais que vous m’éclairiez d’autant que dans cette posture je trouve que vous êtes beaucoup plus proche de Conte Sponville dans sa période sagesse, que je retrouve beaucoup dans votre vitalisme par exemple.
Merci à vous.-
Seldoon
InvitéDégage Samuel
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Samuel_Belkekett
InvitéJe souhaite dire à Archétype… Que je trouve très limite et sans intérêt que prétendre que FB serait en quoi que ce soit proche d’un Conte Sponville. Il va falloir trouver des arguments plus sérieux.
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ARCHETYPE number one
InvitéPas du tout M Samuel, je dis juste que M Bégaudeau dans son vitalisme est beaucoup plus proche de Conte Sponville que de Seneque, aimant moi-même la sagesse sponvillienne se n’est nullement une attaque. Croyez en mes sentiments distingués.
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Seldoon
InvitéLe précédent commentaire de Seldoon n’est pas de moi.
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Samuel_Belkekett
InvitéPauvre François qui ne sait plus comment réagir et pauvres forumeurs qui ne savent plus qui est qui.
Vivement demain matin de bonheur… -
Ludovic Bourgeois
InvitéSigne que ce forum
Pareil à nous tous
entre en décrépitude -
Samuel_Belkekett
InvitéJe tenais quand même à dire à Archétype que son argument n’est tout compte fait pas si bête…
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ARCHETYPE number one
InvitéMerci M Samuel. De votre part ça me touche beaucoup.
J’espère que M Ludovic ne voit pas mon arrivée comme un signe de décrépitude, n’est ce pas M Ludo ?
Aussi, il est vrai que la poésie de M Ludo est difficile d’accès pour moi. Ce côté antique me dépasse un peu. -
Ludovic Bourgeois
InvitéJe n’emploie pas ‘décrépitude’
La poésie c’est le défaut de sensiblerie
Des signes astro d’eau
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Ostros
InvitéOk c’est donc André
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Samuel II
InvitéDr Dre u lean? Ou Andre 3000?
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Samuel II
InvitéJ’adooore Vernon Subutex de Despentes. Son premier livre que j’aime!
« Passé quarante ans, tout le monde ressemble à une ville bombardée. » Vernon Subutex
Le nombre de métaphores détonantes et implacables qu’elle a, mmmhhh quel régal.
Apres black dont crack, metis idem, donc 40+ mais tjs pas la gueule de Beyrouth, t’as compris, surtout si tu viens Des Pentes.
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Bardamu
InvitéOui, c’est mon héritière!
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Bourdieu
InvitéReste calme, tu es passé à la postérité, mais tu n’as rien inventé, tu fais partie d’une constellation d’argoteurs
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Friedrich
InvitéEt toi t’as trop bossé, moi j’avais une intuition génual, toi tu as employé ton génie à rendre impraticable l’insérité. Tu es la renaissance d’un dieu paien.
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Friedrich
InvitéEt toi t’as trop bossé, moi j’avais une intuition géniale, toi tu as employé ton génie à rendre impraticable l’insincérité. Tu es la renaissance d’un dieu paien,Athena, Mars, et Héphaïstos réunis. Tu es l’homme.
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Stan The Man
InvitéNon say mwa
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est très révélateur. Quand FB essaie de faire de l’humour c’est pour nous afficher toutes ses tares théoriques.
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Stan The Man
Invitétoutes ses tares théoriques.
Jolie alitération, mais FB est un grand lecteur de Comte Sponville, le seul « philosophe » qu’il ait réussi à lire. Son bagage théorique est en adamantium.
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Gorgias
InvitéComte Sponville, le maître à parler de FB?
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Samuel_Belkekett
InvitéPour compléter, FB ne pense qu’avec des mots, ce qui arrive à des tas de pseudo philosophes une fois leurs compétences évidées.
FB a cette féminité d’antan, caractéristique de la séduction par les mots. Sa gestuelle efféminée comme l’avait suggéré mon maître Jean Ribot, mais qu’il travaille à éliminer, semble corroborer ce fait. Le fait qu’il se vante sans cesse de faire ou d’avoir fait partie du mouvement punk, traduit parfaitement sa culpabilité et son déni envers sa forte partie féminine. Hostile au raisonnement, par culpabilité il s’efforce de répéter 2 ou 3 phrases de circonstances piochées dans les livres et qu’il a pris soin de préparer à l’avance.
Cette séduction par les mots, les anciens l’appelait Sophisme.
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..Graindorge
Invité» Les sigles, c’est tout le temps, partout,
c’est obsédant , c’est infernal, dévorant, les mots se signalent par leur initiale, un emblème, on ne se fatigue pas à articuler de manière exhaustive la chose à laquelle on songe et que quelques lettres, commodément, déroulent. Non, on préfère heurter l’articulation, hacher le flux du langage et détacher chaque lettre d’un alphabet aux combinaisons infinies, sans cesse renouvelé, amendé, sans cesse réactualisé , modernisé, rationalisé, sans cesse simplifié, modifié, adapté. Le sigle a des allures de maladie chronique, un cancer, mieux : un bouclier, une manière d’asservir le réel en le rétrécissant. Il a son annuaire, on s’y perd, labyrinthe aux frondaisons massives, il n’est pas certain que le monde s’éclaircisse et pourtant il anime, ragaillardit, enfin on est capable d’avoir un ascendant sur le mot, de le raccourcir comme on taille un arbuste aux poussés récalcitrantes. Chacun s’y soumet par convention, par habitude, par désir d’afficher son expertise. On fanfaronne, on verrouille, seuls les initiés ont une chance de pénétrer le mystère d’une phrase truffée de grumeaux. On vénère le sigle pour le groupe qu’il désigne, la communauté qu’il délimite, la cellule qu’il cadenassé. »
» Perpétuité » de Guillaume Poix
Trouvé à la bibliothèque de la Gare du Sud.
» le mystère d’une phrase truffée de grumeaux »
J’adore. -
..Graindorge
InvitéQuelques extraits
Dites-nous comment survivre à notre folie, de Kenzaburô Ôé – voilacestdit https://share.google/dpWlMSk0Lv1aHzH17
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I.G.Y
Invité« Comme quand on débouche sur une vaste place, on aperçoit en sortant de la gare de Bécon, par une porte qui, pour tant de voyageurs, s’ouvre et se ferme ainsi que celle d’un magasin, un ciel plus large où les avions et les oiseaux demeurent presque aussi longtemps qu’à la campagne et où ils deviennent si petits que l’on s’arrête pour ne pas les perdre de vue. Semblable au dôme d’une coupole, lorsqu’on a monté l’escalier, ce ciel penche. Il penche vers Paris que l’on sent plus bas »
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« Un jour peut-être, Bécon-les-Bruyères, qui comme une île ne peut grandir, comme une île disparaîtra. La gare s’appellera Courbevoie-Asnières. Elle aura changé de nom aussi facilement que les avenues après les guerres ou que les secteurs téléphoniques. Il aura suffi de prévenir les habitants un an à l’avance. Il ne s’en trouvera pas un pour protester. Longtemps après, de vieux Béconnais, comme ces paysans qui, en été, vous donnent l’ancienne heure, coiront encore habiter Bécon-les-Bruyères, puis ils mourront. Il ne restera alors plus de traces d’une ville qui, de son vivant, ne figura même pas sur le plus gros des dictionnaires. Les anciens papiers à en-tête auront été épuisés. Les nouveaux porteront fièrement Courbevoie-Asnières. Bécon aura rejoint les bruyères déjà mortes »
.
(E. Bove, Bécon-les-Bruyères, 1927)J’ai bien aimé ce tout petit livre, teinté d’une mélancolie neutre. Le style épouse bien l’objet du livre, style à première vue très académique — le mot « comme », dont je crois raffole François, utilisé dans les comparaisons, est partout — mais qui recèle en réalité de petites trouvailles simples. Le texte fonctionne beaucoup sur des comparaisons et des images, internes à la phrase, de sorte que ces dernières, alors même que le vocabulaire n’est pas ampoulé, ont parfois une structure assez complexe faite d’incises et de comparants éloignés du comparé.
Que valent ses autres livres? J’ai vu qu’il a écrit sur la guerre (pendant la guerre)
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François Bégaudeau
Maître des clés» Un jour peut-être, Bécon-les-Bruyères, qui comme une île ne peut grandir, comme une île disparaîtra. »
Quelle phrase parfaite
Qui rachète l’horrible « et où » de la première citation
On m’a dit grand bien de ce livre récemment, ce sera lu bientot-
I.G.Y
InvitéDans cette phrase sur l’île : un de ses quelques usages « non-standards » du « comme ».
Ce « et où ils deviennent » illustre bien ces étonnantes variations de densité au sein du texte. Il n’empêche que, pris dans sa globalité, c’est en fait assez dense — outre les 50 petites pages.
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Clara
InvitéArmand est l’un de ses meilleurs selon moi
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cinema
InvitéC’était plutôt gai, ce défilé, chacun droit dans son uniforme s’efforçait de regarder
droit devant lui. Le 93e a traversé l’avenue puis les grandes rues de la ville, au bord
desquelles se massait la population qui ne lésinait pas sur les acclamations, les jets
de fleurs et les encouragements. Charles s’était naturellement débrouillé pour
occuper le premier rang de la troupe, Anthime suivant à mi-longueur du régiment
entouré de Bossis toujours mal à l’aise dans son vêtement, d’Arcenel qui ne cessait
de se plaindre de son derrière et de Padioleau dont la mère avait eu le temps de
pincer la capote aux épaules et de raccourcir ses manches. Comme il marchait tout
en blaguant à mi-voix avec les autres, tâchant cependant de mesurer fièrement son
pas, Anthime a cru distinguer Blanche sur le trottoir gauche de l’avenue. Il a d’abord
pensé que c’était une ressemblance et puis non, c’était elle, Blanche, habillée
comme pour un jour de fête, jupe rose légère et corsage mauve de saison. Pour
s’armer contre le soleil, elle avait déployé sur son corps un large parapluie noir
pendant qu’on exsudait en cadence sous le képi neuf qui serrait dur les tempes, sous
le sac sanglé selon les consignes et qui, ce premier jour, ne pesait pas encore trop
sur les clavicules.
;
Ce qui me dégoûte dans la guerre, c’est son imbécillité. J’aime la vie. Je n’aime même que la vie. C’est beaucoup, mais je comprends qu’on la sacrifie à une cause juste et belle. J’ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. À la guerre j’ai peur, j’ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c’est bête, parce que c’est inutile. Inutile pour moi. Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne des tirailleurs qui s’avance vers moi. Inutile pour le fantassin, pour le cavalier, pour l’artilleur, pour l’aviateur, pour le soldat, le sergent, le lieutenant, le capitaine, le commandant. Attention, j’allais dire le colonel, mais arrêtons-nous. Inutile pour tous ceux qui sont sous la meule, pour la farine humaine. Utile pour qui alors ?-
I.G.Y
Invité« Attention, j’allais dire le colonel, mais arrêtons-nous. » : rire.
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cinema
InvitéQuel génie. Trop beau
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Claire N
Invité« Charles s’était naturellement débrouillé pour
occuper le premier rang de la troupe, Anthime suivant à mi-longueur du régiment
entouré de Bossis toujours mal à l’aise dans son vêtement, d’Arcenel qui ne cessait
de se plaindre de son derrière et de Padioleau dont la mère avait eu le temps de
pincer la capote aux épaules et de raccourcir ses manches »
Ça m’émeut – cette superposition qu’il arrive à me faire faire avec celle d’un premier jour de classe
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..Graindorge
InvitéTrouvé ça
Emmanuel Bove : Bécon-les-Bruyères https://xn--rpubliquedeslettres-bzb.fr/bove-becon-les-bruyeres.php -
Zorglub
Invité« Martiens go home » de Fredric Brown
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C’est un roman de SF (1954) humoristique dans lequel les Martiens débarquent, mettent un bordel sans nom dans la vie d’un écrivain de SF, mais aussi sur la planète entière.===
« … Psychologiquement, les Martiens se ressemblaient encore plus que physiquement, mis à part quelques variations d’ordre secondaire (il y en avait certains qui étaient encore pires que les autres).Mais tous, autant qu’ils étaient, se montraient acariâtres, arrogants, atrabilaires, barbares, bourrus, contrariants, corrosifs, déplaisants, diaboliques, effrontés, exaspérants, exécrables, féroces, fripons, glapissants, grincheux, grossiers, haïssables, hargneux, hostiles, injurieux, impudents, irascibles, jacasseurs, korriganesques. Ils étaient lassants, malfaisants, malhonnêtes, maussades, nuisibles, offensants, perfides, pernicieux, pervers, querelleurs, railleurs, revêches, ricanants, sarcastiques, truculents, ubiquistes, ulcérants, vexatoires, wisigothiques, xénophobes et zélés à la tâche de faire vaciller la raison de quiconque entrait en leur contact… »
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est simple à imaginer…
Un élevage entier de Bégaudeaux.
Bégaudeau go home…
Et voilà ! -
Gorgias
InvitéDes rois de la disputio, à coup sûr … Capito?
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Alain m
InvitéTanger, janvier 2012
Je me prends L’Abécédaire de Gilles Deleuze à la médiathèque de l’Institut français de Tanger. Il fait un froid de canard ici, le maréchal Lyautey avait prévenu, «le Maroc est un pays froid dont le soleil est chaud», je suis cloué au lit, à tousser, et je me dis que Gilles, même sous sa forme télé-posthume, sera un réconfort bien français pour l’immigré grippé que j’interprète ces derniers temps.
La série est d’un genre étrange, B ou Z, je dirais film d’horreur intello : Gilles, en pyjama ignoble et tricot, prolongé d’horribles ongles sales de sorcière, le teint cireux, spectral, est assis sur une chaise au milieu d’une salle à manger qu’on nous présente comme son chez-lui. Il sourit, content d’avoir de la compagnie, de retrouver cette jolie étudiante, on imagine un amour impossible, elle trop jeune, lui trop occupé par ses recherches, qu’il veut impressionner une dernière fois avant de mourir. Toute l’action réside dans les yeux, les dents, les oreilles et surtout les ongles, qui comme tout le monde sait poussent plus vite après décès, et renforcent son côté déterré de la veille pour le tournage. Je note de faire mettre un coupe-ongles dans mon cercueil, au cas où.
«Je crois aux rencontres», dit Gilles d’une voix à la fois nasillarde et caverneuse, ce qui demande un vrai talent d’acteur, «et les rencontres, ça ne se fait pas avec des gens mais avec des choses. On n’en a rien à foutre des gens ».
La jolie philosophe frétille de plaisir. Il est à fond dans son rôle, bien sûr. Tout le monde sait bien que c’est l’inverse, qu’on rencontre des gens, pas des choses. Hier soir le Barça et le Real Madrid s’affrontaient une fois de plus, et Tanger s’est rempli de klaxons et de cris de liesse. Le clásico est une histoire de gens, pas une histoire de choses.
Je lui dis dans ma fièvre : Gilles, sors un peu, viens donc me voir à Tanger. Ici tu pourras t’imprégner de la conduite heurtée des petits taxis Fiat turquoise, qui raclent le bitume pour ramasser de quoi vivre, telles des auto-tamponneuses qui un jour cesseront de s’éviter. Un jour, oui tu verras ça peut-être, au lieu de se frôler, de s’attirer sans se saisir, les voitures-hommes et non pas choses lâcheront le frein et viendront se percuter, ce sera magnifique.
Gilles, que fais-tu à Paris ? Dans un grand taxi blanc Mercedes longs trajets, deux à l’avant quatre à l’arrière, plus le chauffeur, nous irons tous les deux à Tétouan, à Taza, Melilla, Tazmamart, tout l’alphabet si tu veux. Arrête de faire le malin. Tes tableaux et tes films préférés, ce que tu appelles tes «vraies rencontres» ne sont que le prolongement de tes charentaises. Maintenant que tu es mort, tu devrais garder l’esprit ouvert.
À la lettre C, Gilles semble à la bonne température, cette fille se dit-il ce sera la dernière, et ses yeux grésillent comme les résistances d’un barbecue électrique au contact de la graisse.
«Écrire c’est propre», improvise-t-il, «parler c’est sale, c’est faire du charme», en totale contradiction avec son personnage. Je veux dire, depuis le début il ne fait que parler pour draguer l’étudiante.
Et puis non Gilles, plus généralement, comment peux-tu dire ça ! je lui dis. Faire du charme, ce n’est pas sale. C’est plutôt beau un sourire, une trace de khôl au bord des yeux, un bandana dans les cheveux, un mouvement des hanches, comme crier de plaisir quand ton équipe a gagné n’est pas sale, comme raconter les potins n’est pas sale. Parler est la musique de l’homme. L’instrument de haut vol qui pense avant le miroir, avant la vérité, avant notre conscience.
Mais là gros plan sur son pull, ses ongles. On se dit : ah oui l’intrigue est bien ailleurs. Est-ce qu’il écrit avec ses ongles ? Il est livide, mais apaisé. Il sait que cette série télé est un long dénouement. Tout son sang d’encre est déjà imprimé dans ses livres. Que va-t-il se passer tout de même ? Arrivera-t-il jusqu’à la lettre Z ?
François Beaune • « La lune dans le puits »-
Papo2ooo
InvitéExtrait que j’ai trouvé très mesquin.
A cause premièrement de la fixette sur l’apparence de Deleuze. Il a déjà répondu à tout dans les textes. Déjà très jeune il a eu à répondre à des remarques sur ses ongles et a donné pour explication: raison de santé. C’est un peu comme les petites phrases tirées de leur contexte extraites d’émission youtube: on se dit que la personne a pas dû lire grand chose pour parler de ça. Il y a aussi la comparaison de Deleuze avec un mort-vivant si je lis bien. Ca fait penser à ce qu’écrivait Deleuze, avec Claire Parnet justement, dans ces beaux carnets ici recommandés, à propos de Kafka et d’autres auteurs. Les mauvais critiques tenteront toujours de les ramener à eux, à la mort, à la faiblesse, à la névrose. Pour citer une phrase rabâchée mais qui me semble ici à propos: ça en dit plus long sur le critique que sur le texte. Bla bla sur le physique = j’ai pas lu. Bla Bla sur la mort = j’ai rien à dire et je me fais chier. En tous cas c’est assez ridicule de voir Beaune s’acharner sur le corps , apparemment proche de la mort, de Deleuze. Allant jusqu’a l’affubler d’un » pyjama ignoble et tricot » sorti tout droit de sa propre imagination. Vraiment pas sympa de « papifier » les gens ainsi et de les maltraiter une fois vieilli.
Mesquin aussi sur la prétendue volonté de Deleuze de faire du charme aux étudiantes et à Claire Parnet, j’aimerai bien savoir d’où ça sort. En tous cas, le compagnonnage intellectuel entre Parnet et Deleuze est avéré par les textes et est beaucoup plus beau que ce que ce texte faible tente d’en montrer. Deleuze parle aussi assez souvent de Fanny son épouse, dans ses lettres, et même un peu dans l’entretien avec Claire Parnet si je me souviens bien. On s’en fiche certes pas mal qu’il soit en couple ou pas, et ça ne veut rien dire, mais j’ai toujours ressenti une onde de tendresse dans les mots de Deleuze dès qu’apparaissait le nom de Fanny quelque part. Pareil pour Guattari et tous les autres noms de sa vie.
Et enfin mesquin, a cause de l’esprit « Viens me voir au Maroc, où l’on vit vraiment, loin de tes charentaises et de tes livres/tableaux/films poussiéreux. » sur lequel je passe car ça ne mérite même pas réponse en ces lieux où l’on savoure l’art avec délectation.-
François Bégaudeau
Maître des clésje ne comprends pas bien ces lignes acerbes non plus, mais peut-être faudrait il recontextualiser ce passage
Docteur : qui parle exactement là? Quel est le dispositif narratif du livre?
(c’est un des rares Beaune que je n’ai pas lus)-
Samuel_Belkekett
InvitéConcernant l’extrait du livre de François Bon heu Beaune pardon.
1) Les ongles de Deleuze. Il avait cette particularité extrêmement rare de n’avoir pas d’empreintes digitales. Ce qui fait que saisir une simple pièce de tissus le faisait souffrir.
2) Concernant les rencontres. Il disait que ce qui fait évènement dans une vie, en tous cas la sienne, c’est moins les rencontres de gens que les rencontres d’auteurs ou d’œuvres. Voir cela comme un prolongement des charentaises signifierait que les charentaises font événement. On appréciera.
3) Le rapport à Claire Parnet, rapport complice. Ce n’est pas elle que Deleuze cherche à impressionner, c’est nous que Deleuze impressionne par ses simples sourires et sa décontraction mêlés de souffrance.
4) Beaune est à Tanger, il est malade, il a la crève. Pour tout réconfort il a idée d’aller chercher une vidéo de Deleuze en entretien.
Il aurait été intéressant de savoir depuis combien de temps il est là-bas. Quand on voyage on décroche, on s’immerge dans la culture, le réel environnant. Or lui, un petit coup de mou et c’est les charentaises et le rappel français. De l’altérité oui mais pas trop et pas trop vite. Ce n’est pas étonnant qu’il a cru, dans le DVD, rencontrer la mort.
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Claire N
InvitéRhooo le vilain , c’est presqu’autant misogyne que de mauvaise foi
On dirait presque du Ronsard refoulé
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Charlie
InvitéJe découvre ce page avec plaisir je vous en mets des belles que j’ai noté au cours de mes lectures :
Le soleil se lève aussi
« – J’ai l’impression que tout cela n’a été qu’un merveilleux cauchemar. Tu ne me croirais pas.
-Mais si, dis-je. Je croirais n’importe quoi, même les cauchemars. »Tortilla Flat
« Mais Pilon secoua la tête avec autant de découragement que le vieux Jehovah quand, se reposant le septième jour, il constata à quel point son monde était lassant. »Victor Hugo est mort
« On croyait au temps, à sa force effrénée, à son progrès, tout irait mieux, c’était mécanique »La femme et le pantin :
« Les heures que j’ai passés là comptent parmi les plus lamentables. Vous me connaissez : vraiment je n’avais jamais mené cette vie de bas cabaret et de coudes sur la table. Je me faisais horreur »Tropique du cancer :
« L’essentiel, c’est de ne jamais s’en faire. Tout arrive en temps voulu »Pedigree :
« Quelques fois, je voudrais revenir en arrière et revivre toutes ces années mieux que je ne les aies vécues. Mais comment ? »
« J’aimerais voir ce film en souvenir de Queneau dans un cinéma que l’on aurait oublié de détruire, au fond d’un quartier perdu »Demande à la poussière :
« Le monde était plein de gens amusants, vraiment à crouler de rire »
« Je suis resté un moment sur le siège à côté d’elle à me demander s’il y avait quelque chose à ajouter à tout ça, mais il n’y avait rien. »
« C’était déjà assez dur comme ça de vivre, mais mourir c’était la tache suprême »Entre la source et l’estuaire
« Mais ce que j’ai appris, c’est qu’il faut tacher d’aimer sa propre vie, un peu tout du moins… Et il faut savoir ce qu’on lègue au monde. »Serge
«Marion dit, parfois je crois qu’on devrait vivre ensemble tous les trois.
C’est le moment de prononcer quelque chose de décisif. Mais rien ne vient. »Crime et Châtiment :
« De plus, pour connaître une personne, qu’elle qu’elle soit, il faut la considérer petit a petit, et avec la prudence la plus grande, pour ne pas tomber ni dans l’erreur, ni dans le préjugé, choses qu’il est par la suite si difficile de corriger ou d’effacer. »Notre part de nuit
« Dans cette maison bruyante et désordonnée, chacun dormait quand il voulait. On pouvait manger tous ensemble à table ou emporter un plateau dans sa chambre ou ailleurs. La grand-mère écoutait du tango à la radio et personne ne retrouvait jamais les documents égarés »La confusion des sentiments :
« Je suis (pourquoi le cacher ?) devenu un homme au souffle court; je ne peux pas préserver longtemps »
« Nul ne se souvient de lui, en dehors de moi »Gatsby :
« A aucun moment il n’avait quitté Daisy du regard et je crois qu’il réévaluait chaque objet de sa demeure selon le degré d’appréciation qu’il lisait dans les yeux de sa bien-aimée »Le banquier anarchiste
« Et vous ne croyez sûrement pas qu’en supprimant les couteaux, on supprimerait les assassins »Le dernier stade de la soif
« Franchement a quoi servent les rêves s’ils deviennent réalité ? »Sidérations
« Toute sa vie n’était que variations sur un seul thème : quel que soit le travail que tes mains peuvent faire, fais-le maintenant parce il n’y aura pas de travail pour toi à l’endroit qui t’attend »Météores :
« Point n’est besoin d’etre allé à Venise pour connaître cette ville, tant elle fait partie du paysage imaginaire de chaque Européen. Tout au plus y va-t-on pour la reconnaître. »37°2 le matin
« Je misais sur le fait que la vie peut pas briser tous vos élans »
« J’espère que je suis pas tout seul à faire des trucs que je comprends pas. »Journal du dehors
« Elles se sentent autorisées à partager leur réflexion à tous les voyageurs, leurs gestes, persuadées visiblement de l’excellence de leur être sociale et sachant qu’on les écoute, qu’on les regarde »Fragments d’un voyage immobile
« Tout ce que nous voyons, nous devons toujours le voir pour la première fois, parce que c’est réellement la première fois que nous le voyons. »La plus secrète mémoire des hommes
« Elle ne répondit pas à ces mots que j’avais d’ailleurs seulement pensé »Les petits chevaux de Tarquinia
« Si dure, qu’elles eut été, chacun tenait à la forme qu’il avait donnée à son existence et était prêt à la justifier comme étant la moins mauvaise »Cosmos
« Nous ne bougions pas cependant, peut-être parce que nous étions restés trop longtemps déjà et que le moment convenable pour départ était déjà passé » -
Tony
InvitéJ’ai découvert dans La Défense Loujine l’ancêtre de Steve et une expérience scolaire aussi cruelle,les grands esprits se rencontrent!
Il passa sous cette voûte près de deux cent cinquante grandes récréations – jusqu’au jour où on l’emmena à l’étranger. Parfois, venant d’un coin de la cour, le maître d’étude surgissait inopinément : « Eh bien, Loujine, toujours là comme une souche ? Tu ferais mieux de courir un peu avec tes copains. » Loujine se levait, quittait la voûte pour l’arrière-cour carrée, faisait quelques pas, tâchant de trouver un point équidistant de trois de ses condisciples qui étaient particulièrement féroces à cette heure-ci, évitait, en se jetant de côté, un ballon lancé d’un coup de pied sonore, puis, ayant constaté que le professeur était loin, revenait vers son tas de bois. Il avait choisi ce coin dès le premier jour, dès ce sombre jour où il s’était senti entouré d’une telle haine, d’une curiosité si railleuse que ses yeux s’étaient aussitôt remplis d’une brûlante ondée et que tout ce qu’il voyait – de par la maudite nécessité de regarder quelque chose – subissait des métamorphoses optiques fort compliquées. Un brouillard lui masquait la feuille quadrillée de bleu ; au tableau noir, les chiffres blancs tantôt s’amincissaient, tantôt devenaient flous ; la voix du professeur se faisait plus sourde et moins intelligible, comme si elle s’éloignait progressivement, et son voisin de pupitre, un monstre doucereux aux joues duvetées, disait d’un ton suave et satisfait : « Dans un instant il va pleurer. » Mais Loujine ne pleura pas une seule fois, même pas le jour où ses condisciples, conjuguant leurs efforts, essayèrent d’enfoncer sa tête dans la cuvette basse des cabinets, où étaient figées des bulles jaunes. « Messieurs, dit le maître d’étude pendant l’une des premières leçons, votre nouveau camarade est le fils d’un écrivain. Un écrivain que je vous conseille de lire si vous ne l’avez pas encore lu. » Et il écrivit au tableau noir, en gros caractères, en appuyant si fort que la craie s’écrasait en craquant sous ses doigts : Aventures de Tony, Editions Silvestrov. Après cela, pendant deux ou trois mois, on appela Loujine Tony. Le monstre apporta un jour, d’un air mystérieux, ce livre à l’école et, pendant la classe, le montra aux autres à la dérobée, avec un clin d’œil significatif du côté de Loujine. Et quand la classe fut terminée, il se mit à en lire des pages, prises au hasard, en déformant intentionnellement les mots. Pétrichtchev, qui regardait par-dessus son épaule, voulut saisir une page qui se déchira. Krebs dit rapidement : « Mon papa dit que c’est un écrivain tout à fait de second ordre. » Gromov s’écria : « Que Tony nous lise donc une page à haute voix ! – Il vaut mieux en donner un morceau à chacun », dit avec enthousiasme le pitre de la classe qui s’était emparé, après une attaque impétueuse, du beau livre rouge et or. Les pages s’envolèrent à travers toute la classe. Sur l’une d’elles, il y avait une image : un lycéen aux yeux clairs donnant, au coin d’une rue, son déjeuner à un chien galeux. Le lendemain, Loujine trouva l’image soigneusement fixée par des punaises à la face intérieure de son pupitre.
Bientôt, d’ailleurs, on le laissa tranquille ; de temps en temps seulement, le stupide surnom jaillissait comme une flamme, mais, comme Loujine refusait obstinément de répondre, le surnom, lui aussi, finit par s’éteindre. On cessa de le remarquer, on ne lui parla plus, et même le seul élève sage de la classe (il y en a toujours un dans chaque classe, comme il y a obligatoirement un gros, un fort et un loustic), l’évitait, craignant de partager sa situation méprisée. Lorsque ce même élève sage – qui reçut six ans plus tard la croix de Saint-Georges pour une mission de reconnaissance particulièrement dangereuse et qui perdit ensuite un bras pendant la guerre civile – essayait, dans les années vingt, de se rappeler Loujine à l’école, il ne pouvait se le représenter que de dos : tantôt assis devant lui avec ses oreilles écartées, tantôt fuyant le bruit et réfugié au fond de la classe, tantôt rentrant en fiacre à la maison – et toujours Loujine avait les mains dans les poches et un grand cartable pie au dos, et toujours la neige tombait à gros flocons… Le garçon sage essayait en quelque sorte de le dépasser pour le voir de face, mais la neige particulière de l’oubli, cette neige foisonnante et muette, recouvrait entièrement ses souvenirs de son voile blanc et épais… Et l’ancien élève sage, devenu un remuant émigré, disait en découvrant le portrait de Loujine dans un journal : « Figurez-vous que je ne me rappelle pas du tout quelle tête il avait, vraiment pas… »
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François Bégaudeau
Maître des clésaucun souvenir de ce passage
ou peut-être qu’inconsciemment -
Malice
InvitéJ’ai lu le début de Loujine l’an dernier et ma bibli m’a sommée de le rendre car trop de retard, je vais le reprendre
Ce passage m’avait ( me fait encore) tellement mal au ventre mais c’est génial
Tu as lu d’autres Nabokov Tony?-
Tony
InvitéNon c’est le premier,je suis en train de le lire et ça me plaît bien.
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Malice
InvitéJ’avais noté ce passage de Loujine l’été dernier:
« C’est quand il jouait à l’aveugle qu’il ressentait ces forces diverses dans leur pureté originelle. Alors il ne voyait plus ni la crinière roide des chevaux ni les petites têtes luisantes des pions, mais il sentait que telle ou telle case imaginée était occupée par une force qui s’y concentrait, de sorte que le mouvement de la pièce se présentait à lui comme une décharge, un coup de foudre. »
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Tony
InvitéCe salaire me permet de me nourrir de steaks-frites au déjeuner,de yaourts et de confiture au dîner,de m’habiller à peu près comme j’aime l’être,de régler le loyer d’une chambre-cuisine-cabinet de toilette rue de Grenelle,de me meubler l’esprit chaque quinzaine avec Marie-Claire, chaque soir avec une télé deux chaines-grand écran-super lumineux,dont il ne me reste plus que trois traites à payer.Je dors bien,je ne bois pas d’alcool,je fume modérément, j’ai eu quelques liaisons,mais pas de celles qui puissent effaroucher une concierge,je n’ai pas de concierge mais l’estime de mes voisins de palier,je suis libre,sans soucis,et parfaitement malheureuse.
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Malice
InvitéSuper chute, c’est de qui?
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François Bégaudeau
Maître des clésça me dit quelque chose
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Tony
InvitéJe vous laisse deviner(difficile malgré les apparences)
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Ostros
InvitéÉcrivaine contemporaine ?
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Ostros
InvitéÇa peut être Sagan ?
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Tony
InvitéOscar a trouvé quel auteur c’était,dans la page cinéma, Sébastien Japrisot,connu pour l’été meurtrier et ici extrait de La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil.
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Claire N
InvitéMerci, j’étais certaine de l’avoir deja entendu
La s’arrête certainement mon oreille musicale-
François Bégaudeau
Maître des clésJ’ai lu La dame dans l’auto (adapté par Johan Sfar, qui s’en souvient?), mais je n’y aurais jamais pensé.
Souvenir d’une intrigue très alambiquée, voire pénible-
Claire N
InvitéNon ça ne vient pas de la , mais je me demande si un jour une femme à la voix proche de Delphine Seyring n’a pas juste intonné un « parfaitement malheureuse » qui me serait resté-
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Claire N
InvitéPeut etre la voix de Pascale Ogier ?
C’est intriguant – mais ça ne sera pas plus distinct je le crains -
Claire N
InvitéJ’avais une amie sentinelle, on se demandait tantôt des choses à ce sujet, qui m’aurait rendu limpide et précise l’évocation -j’aurais ete moins nébuleuse –
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Alexandre
InvitéAdapté bien avant par Anatole Litvak et ça se rregardait.
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Oscar
InvitéLa réponse s’est perdue, au loin dans la page cinéma ) Sébastien Japrisot
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Ostros
InvitéAhh merci ! J’avais pas vu
J’aime bien son style que je découvre (si l’histoire se déroule dans les années 70)-
Ostros
InvitéSacrée vie.
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Malice
Invitéça ressemble à ma Violette Leduc dans l’esprit mais chez elle les virgules seraient des points
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François Bégaudeau
Maître des clésMalice : tu as lu Thérèse et Isabelle?
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Titouan R
InvitéQu’en as-tu pensé François ?
C’est le seul que j’ai lu de Violette -
Malice
Invité@François oui je l’ai lu dans une version non censurée de Ravages
Tu l’as lu?-
François Bégaudeau
Maître des clésje m’apprête à
(à la librairie il n’y avait que celui la et pas ceux que tu as conseillés)-
Malice
InvitéAh ben ça alors, ils ont la partie amputée de Ravages et pas le corps!
J’en rajoute une couche ( pas extrait de Thérèse mais de la Bâtarde) :
« – Gabriel! Mais c’est Gabriel!
Le voici. Un pont de Paris a pulvérisé dix années d’absence. Le voici de l’autre côté du pont. Le voici souhaité, aimé, adoré avant qu’il me reconnaisse, avant qu’il m’entende.
Il existait, c’était colossal.
– Gabriel!
Patience, lecteur, je ralentis sa réapparition, je feuillette le guide Michelin, je cherche la page Notre-Dame de Paris… »Etage de la rose. » Une automobile nous séparait. » La grande rose semble l’auréole. »Le fleuve d’automobiles, il fallait attendre. » La rose la plus vaste qu’on ait osé percé. » Gabriel avait rajeuni. Ses chaussures…Ses deux merveilles d’entretien…Gabriel n’avait pas faim. » Etage de la rose. Son dessin, que tous les maîtres d’oeuvres adoptèrent ». Gabriel n’avait pas froid. Enfin, l’un devant l’autre. Mon coeur battait sur ses lèvres.
– Qu’est-ce que tu fais dans le coin, bonhomme? »-
François Bégaudeau
Maître des clésdifficile à lire, mais bien joué
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Malice
InvitéViolette pratique pas mal le collage
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Samuel_Belkekett
InvitéWilliam Burroughs en pratiquant le cut up, notamment pour Naked Lunch, a dit qu’il le devait à Violette.
Et vive la littérature monde !
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Lola25
InvitéTexte très fort sur l’exclusion et la cruauté scolaire, où la figure de Loujine devient presque universelle. On y lit la formation de l’isolement psychologique dès l’enfance, mais aussi la manière dont la mémoire efface ou déforme les êtres. Une réflexion marquante sur la violence collective et l’oubli.
https://superpharm-france.com/ -
Samuel Grosgeek
Invité26/I. Ayant raté le bus, je fais du stop avec André pour aller à la fac, devant le château de Vincennes : une grosse voiture nous prend ; le conducteur est vêtu d’une houppelande en fourrure ; il fume un cigare puant ; nous n’osons pas le regarder, peut-être intimidés par sa voix métallique et un silence qui ne peut être que narquois, ai-je pensé. Ce n’est qu’un peu plus tard que nous comprenons que c’était Lacan.
Journal, Richard Millet.
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Samuel_Belkekett
InvitéChez Millet le malheur semble gelé en un débat implacable avec ses fantasmes…
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B homme bi raisin
InvitéTu soliloques bien 😌 tu fais peine à lire
Je comprends pourquoi François nous prévient-
Samuel_Belkekett
InvitéL’incontestable avantage de François sur moi…
C’est que moi je ne fais pas d’aussi beaux moulinets avec les bras quand je soliloque.
Le spectacle est un brin moins poilant…-
B homme bi raisin
InvitéTu te compares….on se demande pas pourquoi.
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Samuel_Belkekett
InvitéBah si, demande toi pourquoi justement… Et t’auras l’air un peu moins con…
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Avec un pseudo pareil, faut pas s’étonner.
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Samuel Grosgeek
InvitéBégaudeau est un manuel.
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Samuel_Belkekett
InvitéComme Conte Sponville, moins les d’idées.
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Samuel Grosgeek
InvitéSuper belle phrase negre, oh!
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Samuel_Belkekett
InvitéMoins les pensées.
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Emile Novis
Invité« Les hommes ne sont pas égoïstes. Ils ne peuvent pas l’être. Leur malheur est de ne pas pouvoir l’être […].
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Ce qu’on nomme généralement égoïsme n’est pas amour de soi, c’est un effet de perspective. Les gens nomment mal l’altération d’un certain arrangement des choses qu’ils voient du point où ils sont ; de ce point les choses un peu lointaines sont invisibles. Le massacre de cent mille Chinois altère à peine l’ordre du monde, tel qu’ils le perçoivent, au lieu que si un voisin de travail a eu une légère augmentation de salaire et non pas eux, cet ordre est bouleversé. Ce n’est pas amour de soi, c’est que les hommes étant des êtres finis n’appliquent la notion d’ordre légitime qu’aux environs immédiats de leur cœur.
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Ils on le pouvoir de transporter leur cœur en choisissant quelque part un trésor. Il n’est pas si rare de voir un homme absolument dévoué à un autre homme, connu ou non de lui personnellement, à une femme, à un enfant, à un parti, à une nation, à une collectivité quelconque, à n’importe quelle cause. On ne peut dire alors qu’il est égoïste. Mais le mécanisme des erreurs de perspective reste le même, et les erreurs restent aussi graves. Un tel dévouement n’est pas plus élevé, est à peine plus élevé que ce qu’on nomme égoïsme ».
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Simone Weil, Cahiers de Marseille, II.-
Emile Novis
Invité*Ils ont
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Claire N
InvitéMerci
« Ils on le pouvoir de transporter leur cœur en choisissant quelque part un trésor »
Je note la percée
J’aime bien cette idée qu’aucun endroit n’est à même de rendre possible l’égoïsme
Mais par contre je saisis moins bien les modalités de fixation de « l’ordre légitime « ni la différence sensible qu’elle fait entre l’égoïsme et l’acceptation de cet ordre-
François Bégaudeau
Maître des clésmême question
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Emile Novis
InvitéJe pense que la notion « d’ordre légitime », ici, ne désigne que l’habitude d’avoir un certain agencement de choses autour de soi. Sera dit « bien » tout ce qui conforte l’ordre de mon monde et renforce ce à quoi je suis attaché ; sera dit « mal tout ce qui vient introduire du désordre dans mon monde et menace ma manière de vivre et mes attachements extérieurs. Si mon collègue est augmenté et pas moi, ça produit un désordre dans mon monde : je trouve que cette inégalité est illégitime, injuste, elle modifie mon rapport à mon travail, détruit la confiance dans mon entreprise, mes collègues, mon patron, et cela menace tout ce qui configure l’agencement de mon monde (l’ordre que j’estime « légitime »). Mais que 10 000 palestiniens meurent cette nuit, c’est quasiment invisible pour moi, c’est trop loin, ça ne change rien à l’ordre de mon monde, à mes attachements quotidiens, et ça me touchera moins que l’augmentation de mon collègue que j’estime injuste.
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En fait je comprends le texte ainsi : Weil déconstruit les notions morales d’égoïsme et d’altruisme. On pourrait dire que le salarié qui est à peine troublé par la mort de 10 000 palestiniens mais qui se met en colère contre son collègue qui a obtenu une augmentation est un égoïste un peu borné. L’égoïste, ce serait celui qui se préfère à tous les autres et se fait passer avant tout le monde. Or Weil nous dit, et je suis plutôt d’accord avec elle, que cet homme n’est pas du tout égoïste. Sa réaction est une affaire de perception : les 10 000 palestiniens morts ne rentrent pas dans mon champ perceptif avec la même intensité que l’augmentation de mon collègue. Je pense que FB, dans un autre domaine, propose une réflexion similaire dans Psychologies à propos du vote d’extrême droite en lien avec le champ perceptif quotidien de l’électeur RN. Ce qui emmerde immédiatement l’électeur RN, c’est le voisin chômeur qui semble passer du bon temps en touchant des aides (« l’assisté »), pas l’oligarque qui mange un repas luxueux à l’autre bout du monde. Tout simplement parce qu’il croise le chômeur tous les jours et l’entend faire la fête le soir, alors qu’il ne voit pas l’oligarque au quotidien.
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Ce qui me plaît dans le texte, c’est la radicalité de la thèse : l’égoïsme n’existe pas, c’est une catégorie morale qui manque ce qui est vraiment en jeu : une affaire de perspective (au sens de la peinture), de perception et de désir. Ce n’est pas une affaire d’égoïsme ou de manque d’altruisme, ce n’est pas une question de morale.
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Si l’égoïsme n’existe pas, son antithèse morale, l’altruisme, n’existe pas non plus : si on prend un militant d’un parti qui dévoue toute son existence aux autres et à un but qui le dépasse, on dira généralement qu’il est altruiste, dévoué. L’inverse de l’égoïste qui ne verse pas une larme pour les 10 000 palestiniens et se préoccupe surtout de son porte-monnaie. Or Weil dit qu’en fait il n’en est rien, et que c’est le même mécanisme lié à la perspective qui est en jeu : l’individu a simplement transporté son désir dans une entité qui devient son centre de perspective unique depuis lequel il va ordonner ses actions et ses pensées : le militant LFI qui consacre son temps au parti n’est pas altruiste, il voit simplement tout depuis la perspective du parti, le parti devenant le prolongement du moi. Persévérer dans son existence personnelle, c’est faire persévérer le parti, car il en a épousé le destin, comme l’amant fou de sa femme pense qu’il ne pourra jamais vivre sans elle, de telle sorte qu’il se donne entièrement à elle et serait prêt à mourir pour elle. Ainsi il nommera « mal » tout ce qui vient contrarier l’ordre qui permet à son parti de grandir, et « bien » tout ce qui vient renforcer la croissance de son parti. Le supposé « altruiste » ne diffère en rien du supposé « égoïste », il a simplement mis le centre de perspective de son désir ailleurs, mais la logique est identique.
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Ce texte prend place dans un commentaire de l’allégorie de la caverne de Platon : pour elle, la vue qui recherche le soleil à l’extérieur pour voir le réel, ce n’est pas l’intelligence, mais l’amour. Or la vue ne pouvant pas se voir elle-même, on peut dire, si on poursuit l’analogie entre la vue et l’amour, que l’individu ne peut pas s’aimer lui-même. En ce sens il ne peut donc pas être égoïste. C’est impossible, puisque la raison de l’existence d’un individu serait toujours, dans ce cadre, en dehors de lui, dans ce qu’il aime et le maintien dans l’existence.
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A mes yeux ça change pas mal le rapport à la vie : il s’agit moins de faire un effort moral pour être moins égoïste afin d’être plus altruiste, mais de trouver la perspective la plus juste qui nous fera percevoir le plus largement possible le réel. Sentir tout l’univers au bout de son doigt, comme le dit Weil ailleurs. Mais alors il n’y a plus vraiment de « centre ».
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C’est bien vu pour la « percée ». J’ai coupé le texte car il était très long, mais le mot trésor en lien avec le cœur est évidemment un clin d’œil à l’évangile : amasser des trésors dans le ciel et non dans un centre de perspective voué à passer et livré à la force mécanique toujours plus ou moins violente (par exemple un parti politique).-
Claire N
Invité« L’égoïste, ce serait celui qui se préfère à tous les autres et se fait passer avant tout le monde »
Certes – mais il me semble que c’est un etat de fait sur lesquels peut courir toutes une gamme de valences plus oú moins positives
Il me semble que la oú sa coince c’est lorsque l’ordre des choses, a la faveur des rapports de domination fait faire à son service par celui qui est sous la main
Le retournement suivant me semble plus intéressant : la proximité et la structure donnent une perspective plus mordante aux instrumentalisations, appropriations -
François Bégaudeau
Maître des clés« Sa réaction est une affaire de perception : les 10 000 palestiniens morts ne rentrent pas dans mon champ perceptif avec la même intensité que l’augmentation de mon collègue. Je pense que FB, dans un autre domaine, propose une réflexion similaire dans Psychologies à propos du vote d’extrême droite en lien avec le champ perceptif quotidien de l’électeur RN. Ce qui emmerde immédiatement l’électeur RN, c’est le voisin chômeur qui semble passer du bon temps en touchant des aides (« l’assisté »), pas l’oligarque qui mange un repas luxueux à l’autre bout du monde. Tout simplement parce qu’il croise le chômeur tous les jours et l’entend faire la fête le soir, alors qu’il ne voit pas l’oligarque au quotidien. »
J’avais fait le rapprochement en lisant
De dire que c’est une affaire de perception, c’et passer du verdict morale à la description affective.
D’où « mais de trouver la perspective la plus juste qui nous fera percevoir le plus largement possible le réel. ». On ne doit pas se prévaloir de penser aux souffrants du monde (d’y penser en altruiste), on doit faire valoir qu’on sait leur souffrance.
Autre façon de le dire : il ne s’agit pas d’y penser (compassion ; impossible compassion), mais de les penser.-
Claire N
InvitéOui – impossible compassion
La seule peut etre qui vaille et le respect absolu
De sa non appropriation -
Emile Novis
Invité@FB
Et une autre manière de le dire : il ne s’agit pas d’être plus moral, mais de travailler à mieux percevoir.
@Claire
Oui, et j’aime bien le terme de « valence ». Mais dire que l’égoïsme n’existe pas suppose d’expliquer autrement le rapport de domination et d’exploitation que par des moyens moraux. Si on accepte l’hypothèse selon laquelle l’égoïsme n’existe pas, alors le patron qui exploite ses salariés ne serait pas égoïste, puisque comme tout le monde il ne peut pas s’aimer lui-même. Or si on ne peut pas s’aimer soi-même, on ne peut pas se donner la préférence, et on cherche la raison de notre existence en dehors de nous, dans des attachements extérieurs, puisqu’on ne peut pas la trouver en nous.
Alors il faudra expliquer autrement, par l’intensité affective des choses qui apparaissent dans notre champ perceptif, intensité elle-même fonction de l’orientation du désir et des attachements. Sans doute que l’imagination joue un grand rôle dans notre quotidien pour nous persuader que la personne que le patron exploite n’est pas malheureuse de son fait.-
Claire N
Invité« Or si on ne peut pas s’aimer soi-même, on ne peut pas se donner la préférence »
Peut etre oui- que c’est d’abord un don-
François Bégaudeau
Maître des clés« Et une autre manière de le dire : il ne s’agit pas d’être plus moral, mais de travailler à mieux percevoir. »
Entièrement d’accord
Chérissons donc notre sensibilité.
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Claire N
InvitéEn fait je crois tout bonnement que je n’ai rien compris ; je suis gênée par la polysémie du terme égoïste que je comprends mal- il se qualifie à l’aune dû « dévouement « en l’espèce ?
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Samuel_Belkekett
InvitéHyper mystique comme perspective.
L’amour universel. Les derniers à y croire en nombre étaient les hippies. -
Samuel_Belkekett
InvitéJoan Baez etait Peut-être la réincarnation de Me Weil.
Zorglub ! Mission juke box.-
Zorglub
InvitéQue nenni ! Mission socio-politico-ethnologico- anthropologique de l’intérêt personnel égoïste appliquée. Exemple:
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Comment devient-on secrétaire général de l’Élysée sous Emmanuel Macron ?
Où comment Pierre-André Imbert devient le transfuge de la gauche vers la droite la plus ultra libérale.
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« … Pierre-André écrit la « loi El Khomri », en prenant soin d’y insérer des dispositions proches de celles portées par Emmanuel Macron, avec qui l’entente s’approfondit… »
« … Imbert a gagné : de quasi-ministre du Travail, le voici titulaire, officieux mais objectif, du poste. Valls impose la loi par ordonnances sans que la ministre puisse intervenir. Il se réjouit et rétribue Imbert en le nommant inspecteur général des Finances, lors du dernier Conseil des ministres qu’il co-dirige avec un président affaibli.
Inspecteur général des Finances, l’un des trois grands corps les plus prestigieux offerts à la sortie de l’ENA… l’IGF, le corps de Macron ! Un salaire à vie et la pension de retraite qui va avec. Marché de dupe : Matignon croyait qu’Imbert le servait quand, en réalité, celui-ci servait Emmanuel Macron qui, après une « loi El Khomri » écrite sous son impulsion, parvient à rallier les milieux économiques que Manuel Valls s’employait à séduire… »
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https://blogs.mediapart.fr/gervaisjulieyahoofr/blog/300426/comment-devient-secretaire-general-de-l-elysee-sous-emmanuel-macron
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« … Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu’il est obligé de se dépouiller de l’un, et de donner l’autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces et les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l’abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n’espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l’électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit… » (Octave Mirbeau)
¨¨¨¨
Votez braves gens, continuez à voter dans la joie et l’allégresse !-
..Graindorge
InvitéOui, j’irai voter en 2027. Ma joie et mon allégresse vont bien
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Claire N
InvitéJe pose ici un texte se voulant disculpant
Et de fait qui pose bien la oú se tient la domination
« Antonin Artaud et les psys.. et Lacan
Jean-Louis Chassaing
Lors des dernières journées de l’ALI, Études des « La Troisième » Patrick Valas faisait savoir que Lacan avait rencontré Artaud, voir avait été pressenti pour l’expertiser. Le retour ne s’est pas fait attendre ! Les mots, durs, d’Artaud, sont mis sur le site complexe de Valas, mais celui-ci nous a fait l’amitié de nous envoyer cet ensemble ci-dessous. On lit dans les insultes l’envolée de plus en plus ordurière, les mots se culbutant les uns les autres, dans une élation et une colère où ils frappent fort ! Lacan lui parle et lui demande explication, argumentée, amusé sans doute.
Merci à Patrick Valas.« À ce propos, je vous signale qu’on trouve dans l’Introduction à « Van Gogh le suicidé de la société » un passage où Artaud s’en prend à Lacan.
Il y dit que « la psychiatrie n’est plus qu’un réduit de gorilles eux-mêmes obsédés et persécutés et qui n’ont, pour pallier les plus épouvantables états de l’angoisse et de la suffocation humaines, qu’une ridicule terminologie, digne produit de leurs cerveaux tarés. Pas un psychiatre, en effet, qui ne soit un érotomane notoire. Et je ne crois pas que la règle de l’érotomanie invétérée des psychiatres puisse souffrir aucune exception ».
Vous voyez donc qu’Artaud pose ce théorème délirant que tous les psychiatres sans exception sont des érotomanes. Et c’est alors qu’il passe de l’universel au particulier :
« J’en connais un qui se rebella, il y a quelques années, à l’idée de me voir ainsi accuser en bloc tout le groupe de hautes crapules et de faiseurs patentés auquel il appartient. Moi, monsieur Artaud, me dit-il, je ne suis pas un érotomane, et je vous défie bien de me montrer un seul des éléments sur lesquels vous vous basez pour porter votre accusation. Je n’ai qu’à vous montrer vous-même, docteur L., comme élément, vous en portez sur votre gueule le stigmate, bougre d’ignoble saligaud. C’est la binette de qui introduit sa proie sexuelle sous la langue et la retourne ensuite en amande, pour faire digue d’une certaine façon . Cela s’appelle faire son beurre et trier son propre persil. Si dans le coït vous n’avez pas obtenu de glousser de la glotte d’une certaine façon que vous connaissez, et de gargouiller en même temps du pharynx, de l’œsophage, de l’urètre et de l’anus, vous ne pouvez pas vous déclarer satisfait. »-
François Bégaudeau
Maître des clésc’est compliqué tout ça
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Claire N
InvitéOui on est un peu dans la configuration miroir – miroir
Peut etre que le by est de depathologiser
Au moins de mettre a jour qu’il s’agit en partie d’une conviction d’être aimé avant que d’être pathologique ou instrumentalisée
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Emile Novis
InvitéTexte difficile en effet. Sur le miroir, en effet, certains disent que Freud est totalement imprégné des préjugés qu’il prétend combattre chez autrui.
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Claire N
InvitéHum et bien si l’on présuppose que tous les deux ont raison – effectivement l’un des deux a réussi socialement cette folie –
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..Graindorge
InvitéTrouvé ça.
ANTONIN ARTAUD
ET LE PSYCHIATRE FERDIERE
Unlivre d’OttoHahn,Portraitd’Antonin Artaud (Edi-
tions du Soleil Noi r) et la publication prochaine d’un livre contenant les lettres d’Antonin Artaud à Genica
Athanasiou (Gallimard) vont, de nouveau, jeter la lumière de l’actualité sur le poète le plus torturé de
tousles temps.
Un nouveau système psychologique, embrassant enfin la totalité des branches culturelles et quotidien-
nes du monde mental, la psychokladologie, vient éclairer complètement le chapitre le plus mystérieux
et le plus effrayant de la vie d’Antonin Artaud.
En revenant en France de son voyage pour le Mexique, le grand poète surréaliste a eu, en débar-
quant, en fonction de multiples raisons intérieures et extérieures justes, une hallucination : ce fut à cause de cette illusion, dont on aurait pu le guérir en quel-
ques jours ou en une semaine tout au plus, qu’il fut interné et supplicié pendant neuf ans par des psy- chiatres ridicules —dont le poète raté le docteur Ferdière, —devéritables Diafoirus de la psychologie.
J’ai étudié les maîtres de la psychiatrie, depuis
Philippe Pinel, —le soi-disant «libérateur de fous»
qui a ôté aux «malades» de Bicêtre les chaînes,
pour les livrer aux tortionnaires dangereux appelés psychiatres —en passant par Kraepelin, le sinistre
auteur d’une nosologie complètement erronée à cause de laquelle des êtres sains ont été brisés dans les
camps de concentration appelés «asiles d’aliénés »
ou poussés au suicide —pour finir avec Sigmund Freud, dont l’interprétation fragmentaire et falsifica- trice, pan-sexualiste, de l’ensemble de la vie mentale
a détraqué des millions d’êtres en désarroi: dans
mes citations, je n’oublie pas des auteurs médiocres aussi ignorants et nuisibles que le DrJean Delay, de l’Académie Française, le Dr Henri Baruk, le Dr Ey et leurs semblables.
Comme ces théoriciens et praticiens ne possèdent
pas une anatomie et une physiologie de la vie men- tale saine, telle que vient de la découvrir la psycho- kladologie, et commeils méconnaissent le développe-
ment créateur et productif de cette existence, ils ont forgé une description psychopathologique complète-
ment erronée : celle-ci aboutit à la psychoso-psy- chose, —où les êtres sains se comportent comme des fous parce qu’ils croient leurs interlocuteurs déments, —et surtout elle aboutit à la psychiatropa- thie, ou la démence des psychiatres qui se croient capables, par un verbiage vide, de définir l’état men- tal des êtres ignorés et qui pour «guérir »ces soi- disant malades, par méconnaissance des méthodes psychokladologiques intégrales, utilisent contre leurs victimes, les plus ignobles méthodes nazies, depuis l’internement et les lésions frontales par l’opérationmutilante, le supplice de la baignoire, le supplice de l’électrocution ou électro-choc, les neuroleptiques ou
les drogues qui assomment, paralysent, empêchent de
rester assis, démolissent l’être, etc. Les statistiques
affirment que parmi les gens qui se suicident plus de 50% souffrent de troubles mentaux : ces gens-là
sont catalogués ainsi, parce qu’ils sont tombés entre les mains des psychiatres, qui les ont poussés au suicide, par des diagnostics mettant un voile infran- chissable entre les innocents et leur entourage, en rendant aux premiers le monde invivable. Si Nerval
ouVanGogh ont eu la chance de n’être internés que
pour des périodes de quelques mois, par le DrBlan- che ou le DrGachet —et tousles deux, après cette expérience, ont été conduits au suicide ! —Antonin Artaud a été interné pendant neuf ans, dont plusieurs il les a passés àRodez, où le DrFerdière lui infligea
«plus de cinquante comas d’électro-choc »selon une lettre d’Antonin Artaud lui-même; on s’acharna sur
ce dernier, parce que comme il avait été un lecteur de Raymond Lulle, d’Albert le Grand, des Cabbalis-
tes, des Alchimistes, il s’était forgé une conception traditionaliste et mystique du monde.
Quand onsait que la souffrance psychique est infi- niment plus effrayante que la souffrance physique,
on peut affirmer qu’Antonin Artaud est le créateur le plus supplicié de tous les siècles.-
..Graindorge
InvitéPas pris le temps de corriger la présentation de cet extrait
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Claire N
InvitéMerci Graindorge
On voit bien – oui – qu’à la suite de AA , dans son sillage si glisse de manière plus ou moins heureuse l’expression d’une critique de l’institution psychiatrique
Mon idée de départ etait toute bête, à la suite de la remarque de Malice sur l’homme qui se croyait légitime en dehors de la relation de travail qu’il avait instauré de demander l’affectif en plus du control sexuel de courte durée
Sur la base de la remarque fort juste de Deleuze
L’homme qui délire:délire la société
Je recherchais les racines intégrées comme normes et usages avant que le symptôme bruyant d’un petit nombre tapageur non légitime a l’exercer.
Et principalement je les cherche dans l’aliénation des uns par les autres-
Claire N
InvitéMon intuition – peut etre fausse – est la suivante
– qui n’a pas eu vent d’un pedophile qui se disait agir mené par la conviction d’un amour n’émanant pas de lui?
– n’y a t’il pas dans les crimes anciennement maladroitement qualifiés de passionnels une forme de certitude du même acabit
– quelle est don cette exigence des dominants que les dominés aiment à travailler pour eux?
Et paradoxalement dans l’amour sincère et réciproque on retrouve cette certitude sincère d’être aimé
Par quoi donc – j’ai dans l’idée que c’est la domination – la perversion opère ?-
François Bégaudeau
Maître des clés« Quelle est don cette exigence des dominants que les dominés aiment à travailler pour eux? »
Ce qui, d’un certain point de vue, les humanise quelque peu.. Car son on peut dire qu’ils veulent une domination totale, on peut dire à l’inverse que la domination ne leur suffit pas, qu’ils veulent aussi l’amour.
Persisterait en eux un point sensible.-
Claire N
InvitéMerci – tu poses la problématique que j’avais sur le bout de la langue
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Claire N
InvitéC’est bien a la domination de s’écarter sur le passage de l’amour
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Claire N
InvitéEt en l’écrivant je me demande bien si je n’ai pas exaucé une formation littérale du rapport sexuel
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Claire N
InvitéAinsi dans ce texte je comprends mieux ce que AA défend et sur quelles forces il s’appuie
Pour se défier de cette manière de l’erotomanie
Je crois qu’il sait l’aliénation formelle que les mots de L portent à la littérature -
Claire N
InvitéCe qui est tour de même intriguant c’est de voir que ceci se jouait déjà dans « ma cruauté «
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François Bégaudeau
Maître des clésTout se jouait dans Ma cruauté
même la crise d’Ormuz, si on lit bien -
Claire N
InvitéSur ce point – Je prendrai mon temps avant que d’y adhérer
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tristan
InvitéPlus l’ego parle fort, plus l’erreur décide en silence.
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Rémi
InvitéDans les Frères Karamazov, après le meurtre et l’interrogatoire, Dmitri qui est accusé se lève pour aller se reposer dans un coin :
« Elle sortit. Mitia était calme et avait l’air réconforté, mais cela ne dura qu’un instant. Une étrange lassitude l’envahissait de plus en plus. Ses yeux se fermaient malgré lui. L’interrogatoire des témoins était enfin terminé. On procéda à la rédaction définitive du procès-verbal. Mitia se leva et alla s’étendre dans un coin, sur une grande malle recouverte d’un tapis. Il s’endormit aussitôt et eut un rêve étrange, sans rapport avec les circonstances.…Il voyage dans la steppe, dans une région où il avait passé jadis, étant au service. Un paysan le conduit en télègue à travers la plaine boueuse. Il fait froid, on est aux premiers jours de novembre, la neige tombe à gros flocons qui fondent aussitôt. Le voiturier fouette vigoureusement ses chevaux, il a une longue barbe rousse, c’est un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’un méchant caftan gris. Ils approchent d’un village dont on aperçoit les izbas noires, très noires, la moitié ont brûlé, seules des poutres carbonisées se dressent encore. Sur la route, à l’entrée du village, une foule de femmes sont alignées, toutes maigres et décharnées, le visage basané. En voici une, au bord, osseuse, de haute taille, paraissant quarante ans, peut-être n’en a-t-elle que vingt, sa figure est longue et défaite, elle tient dans ses bras un petit enfant qui pleure, pleure toujours, il tend ses petits bras nus, ses petits poings bleus de froid. « Pourquoi pleure-t-il ? demanda Mitia en passant au galop — C’est le petiot, répond le voiturier, le petiot qui pleure. » Et Mitia est frappé qu’il ait dit, à la façon des paysans, le « petiot » et non pas le petit. Cela lui plaît, cela lui semble plus compatissant.
« Mais pourquoi pleure-t-il ? s’obstine à demander Mitia. Pourquoi ses petits bras sont-ils nus, pourquoi ne le couvre-t-on pas ?
— Il est transi, le petiot, ses vêtements sont gelés, ils ne réchauffent pas.
— Comment cela ? insiste Mitia, stupide.
— Mais ils sont pauvres, leurs izbas sont brûlées, ils manquent de pain.
— Non, non, poursuit Mitia qui paraît toujours ne pas comprendre, dis-moi pourquoi ces malheureuses se tiennent-elles ici, pourquoi cette détresse, ce pauvre petiot, pourquoi la steppe est-elle nue, pourquoi ces gens ne s’embrassent-ils pas en chantant des chansons joyeuses, pourquoi sont-ils si noirs, pourquoi ne donne-t-on pas à manger au petiot ? »
Il sent bien que ses questions sont absurdes, mais qu’il ne peut s’empêcher de les poser et qu’il a raison ; il sent aussi qu’un attendrissement le gagne, qu’il va pleurer ; il voudrait consoler le petiot et sa mère aux seins taris, sécher les larmes de tout le monde, et cela tout de suite, sans tenir compte de rien, avec toute la fougue d’un Karamazov.
« Je suis avec toi, je ne te quitterai plus », lui dit tendrement Grouchegnka. Son cœur s’embrase et vibre à une lumière lointaine, il veut vivre, suivre le chemin qui mène à cette lumière nouvelle, cette lumière qui l’appelle…
« Quoi ? Où suis-je ? » s’écria-t-il en ouvrant les yeux. Il se dressa sur sa malle comme au sortir d’un évanouissement, avec un radieux sourire. Devant lui se tenait Nicolas Parthénovitch, qui l’invita à entendre la lecture du procès-verbal et à le signer.
Mitia se rendit compte qu’il avait dormi une heure ou davantage, mais il n’écoutait pas le juge. Il était stupéfait de trouver sous sa tête un coussin qui n’y était pas, lorsqu’il s’était allongé épuisé sur la malle.
« Qui a mis ce coussin ? Qui a eu tant de bonté ? » s’écria-t-il avec exaltation, d’une voix émue, comme s’il s’agissait d’un bienfait inestimable.
Le brave cœur qui avait eu cette attention demeura inconnu, mais Mitia était touché jusqu’aux larmes. Il s’approcha de la table et déclara qu’il signerait tout ce qu’on voudrait.
« J’ai fait un beau rêve, messieurs » dit-il d’une voix étrange, le visage comme illuminé de joie. »
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Claire N
InvitéParfois sur l’impuissance se lève la force au coeur de l’infini fragilité
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I.G.Y
InvitéJe suis tombé dans un roman sur un passage qui m’a fait penser aux récentes discussions sur les « empêchés », à propos de l’Amour l’après midi de Rohmer. (Très bon livre, que j’aurais pu dire excellent s’il n’y avait pas quelques ruptures stylistiques dont je goûte moins dans son troisième quart; livre dont j’ai appris qu’il était un peu un « classique » mais dont je n’avais entendu parler ni d’Eve ni d’Adam : Le Stade de Wimbledon de Daniele del Giudice, et dont j’ai compris qu’il y en a une adaptation cinéma par Amalric, en 2002). L’empêchement, mais sur autre mode que dans le Rohmer. Le livre est une enquête fictionnelle à la première personne sur un écrivain et critique littéraire réel, Roberto Bazlen, qui n’a jamais publié de son vivant et dont les seules œuvres sont posthumes.
« Elle a répondu : — Charme? Il n’avait que son intelligence, un fluide peut-être… Mais j’étais indemne. […] Nous parlions pendant des nuits entières. Puis au matin, je raccordais, je synthétisais… C’était un marionnettiste, quelqu’un qui ne peut réaliser les choses qu’à travers les autres, parce que c’était quelqu’un d’inhibé ».
Sans doute à coupler, pour la réflexion, à cette phrase que l’on trouve bien plus loin vers la fin. Le narrateur répond à une ancienne proche de Bazlen, qui estimait que l’effet concret de ses paroles sur la vie de ses amis ne pouvait trouver d’équivalent dans l’écriture d’un livre.
» Je dis : — Non, une telle chose est opposée à l’écriture. Peut-être est-ce une question de distance, je ne sais pas. Dans les livres il y a des gestes, des manières de bouger, des relations avec des objets, des images de comportements ou de raisonnements que l’on a déjà et qu’ensuite on réutilise inconsciemment dans la vie, comme tout. Peut-être n’est-ce pas même ceux-ci qui comptent. Le véritable comportement qui se trouve dans les livres est le comportement à l’égard de la forme. Le comportement même de quelqu’un qui écrit. Il se peut que cela aide aussi à changer ou à décider, ou aide à être; mais différemment d’une « telle chose » »
.
.
(Je ne peux m’empêcher de citer quelques autres phrases qui, dans un tout autre genre, me paraissent plutôt cerner les qualités du livre, qualités dont certaines sont bien condensées « théoriquement » dans le dernier passage cité plus haut, qui en prendrait presque une tournure programmatique au vu de ce que je retiens du texte)
.
Elle a d’énormes yeux, comme peints sur le revers de ses lunettes et elle nettoie le comptoir avec son petit doigt. Il ne m’a pas l’air sale
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Quelques matelots accoudés regardent en bas, avec un sentiment d’importance et de propriété.
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— Il avait de grands yeux noirs, très beaux. Comme ceux de Kafka. Seulement, moi, j’aime les yeux bleus. S’ils ne sont pas bleus, pour moi, ce ne sont pas des yeux.
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Il semble qu’il ne sache rien ou qu’il n’ait pas les livres ; il parle à mi-voix, comme s’il posait ce qu’il dit sur le comptoir avant de le remettre en place.
.
Il y a eu un moment qui s’est écoulé — pas très long : je suis entré dans la maison, nous avons dit les premières choses, en prenant note, en silence, des détails, pour nous faire tout de suite une idée de l’autre — où tout ce que j’avais imaginé jusqu’à il y a une seconde s’est simplement adapté à la réalité, avec l’opportunisme habituel de la perception.
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Je me suis réveillé les bras croisés sur la poitrine dans une position que le corps maintenant prend tout seul et que tôt ou tard quelqu’un d’autre devra lui donner.-
..Graindorge
Invité« Il semble qu’il ne sache rien ou qu’il n’ait pas les livres ; il parle à mi-voix, comme s’il posait ce qu’il dit sur le comptoir avant de le remettre en place. »
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InvitéLa Pianiste, Elfriede Jelinek, fragments
….Une foule d’émotions submerge monsieur le propriétaire de boucherie.
….Klemmer, vivant prospectus de la santé par le kayak….
…une pelote de réjection, un petit paquet d’os, de cheveux indigestes, de pierres et d’herbes….
….s’il ne resterait pas dans une couture quelques miettes……
….Peut-être que l’un des deux est quand même fait pour l’autre, et que l’autre, après force rogne et grogne, ne pourra qu’en convenir.
….Le lendemain il rapporte à son professeur que seul ce cycle de lieder de Schubert – le plus triste de tous – a pu adoucir son humeur dans laquelle j’étais plongé hier à cause de vous, Erika.
….Deux morceaux de viande dans la vitrine bien réfrigérée d’une boucherie de banlieue, l’entame rose face au client.
….Il se pourrait encore qu’il ne la rince jamais et la remplisse sans cesse de liquides quelconques ; des traces de lèvres rendraient ses bords poisseux et collants. Au fond, une couche de sucre, vieille de plusieurs jours.
….Le vice n’est autre que l’amour de l’échec.
….sur une assiette en carton avec un peu de moutarde…
….un léger dégoût qui s’intègre néanmoins aussitôt dans la couronne de ses sentiments.
….et je serais tentée de croire que cet échec inéluctable est notre but ultime, conclut Erika qui au lieu d’un baiser donne un coup de sonnette, …
…..Son vœu le plus ardent, peut lire son M. Klemmer adoré, est que tu me punisses.
….Elle n’est quand même pas si laide. N’a aucune disgrâce physique apparente, excepté son âge. Ses dents sont d’origine.
….Klemmer éclate. La mère gratte. La télévision grinche. La porte est fermée. Erika est muette. La mère éclate. Klemmer gratte. La porte grinche. La télévision est fermée. Erika est.
….Tiens-moi ce faisant un langage humain.
….Par écrit, j’exige de toi certaines jouissances.
….L’amour excuse et pardonne, selon Erika. Raison pour laquelle aussi il devra décharger dans sa bouche……
…merci bien.
….Par le vasistas, en contrebas, la couronne d’un arbre. Un marronnier.
…..Aujourd’hui ce n’était pas précisément joyeux, mais bientôt la joie bondira, irrésistible, du starting-gate.
…dans le nid douillet, dans le tiède ruisseau de la honte…
….Sans avoir décidé d’attendre ici qu’un rentre-tard lui ouvre la porte, Klemmer attend ici un rentre-tard qui lui ouvrira la porte.
….Elle apporte même entre ses griffes une excuse, proie qu’elle dépose, encore dégoulinante de sang, aux pieds de l’homme.
….Et elle émet cette opinion nouvelle, qu’en tant que femme elle a besoin de beaucoup de chaleur et d’affection et elle tient une main devant sa bouche dont l’une des commissures saigne.
….Coups de pieds à l’appui il démontre à la femme cette équation toute simple : Moi c’est moi. Et je n’en ai pas honte. J’assume.
….Qu’elle l’accueille dans la joie ! lui hurle-t-il.
…. Elle rentre chez elle. Elle marche, et lentement accélère le pas.-
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InvitéBeaucoup d’humour, de dérision. Des phrases qui commencent sérieusement et chutent dans le trivial ou le grotesque ou l’incongru.
Des métaphores à rebrousse-poil avec rapaces fauves gnous et table de toilette à roulettes.
Des conditions et des postures, l’élève, le professeur, la fille, la mère, l’homme, la femme, la vieille (de 35 ans), le jeune, l’artiste, le sportif, la cérébrale, le sentimental. Et les personnages de s’y dépêtrer en actions, en désirs, en pensées, dans des scènes qui virent souvent à l’invraisemblable.
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Claire N
InvitéMerci beaucoup à toi et IGY
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François Bégaudeau
Maître des clésde même
envie de lire
(surtout Jelinek, que j’ai mal lue – et surtout ce livre qui donna un grand film)
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graindorge
Invitéc’est ici que j’aurais dû partagé les extraits posés dans avis littéraires.
L’ami Kafka. Encore.
« Quand on semble définitivement décidé à rester chez soi pour la soirée, quand on a mis un veston d´intérieur, quand on est assis après le dîner à la table éclairée, qu’on s’est proposé tel travail ou tel jeu qui précède habituellement le moment d’aller se coucher, quand il fait dehors un temps désagréable qui justifie tout naturellement le fait de rester chez soi, quand on est resté si longuement immobile à la table que partir maintenant provoquerait non seulement la colère paternelle, mais encore la stupéfaction générale, quand de plus l’escalier est déjà sombre et que la porte de la rue est fermée et quand, en dépit de tout cela, on se lève, mû par un malaise soudain, qu’on change de veste, qu’on apparaît sur-le-champ en costume de ville, qu’on déclare être obligé de sortir, qu’on croit laisser derrière soi une colère plus ou moins grande selon la vitesse avec laquelle on claque la porte de l’appartement pour couper court à une discussion générale sur votre départ, quand on se retrouve dans la rue avec des membres qui récompensent par une mobilité particulière cette liberté qu’on leur a procurée et qu’ils n’attendaient déjà plus, quand on sent s’éveiller en soi toutes les capacités de décision grâce à cette décision unique, quand on constate, en donnant à cela une portée plus grande que la portée ordinaire, que c’est moins le besoin que la force qui vous pousse à produire et à supporter facilement la plus rapide des transformations, que, laissé à soi-même, on se développe dans l’intelligence et le calme tout autant que dans le fait d’en jouir, alors, on est pour ce soir-là si entièrement sorti de sa famille qu’on ne le serait pas de manière plus convaincante par les voyages les plus lointains, et l’on a vécu une aventure qui, en raison de l’extrême solitude qu’elle représente pour l’Europe, ne peut être qualifiée que de russe. Tout cela est encore accru si, à cette heure tardive de la soirée, on va rendre visite à un ami pour voir comment il va. »
Franz Kafka, Journal, 5 janvier 1912 -
Nedjma
InvitéTrès drôle, dans Tromperie de Roth (Deception en anglais, difficile à traduire).
« Pouvez-vous expliquer à la cour pourquoi vous haïssez les femmes ?
– Mais je ne les hais pas.
– Si vous ne haïssez pas les femmes, pourquoi les avoir diffamées et dénigrées dans vos livres ? Pourquoi les avoir insultées dans votre œuvre et dans votre vie ?
– Ni dans l’une ni dans l’autre je ne les ai insultées.
– Nous avons entendu les dépositions des experts, des experts qui se sont référés à des autorités pour étayer chacun de leurs jugements. Et pourtant vous essayez, n’est-ce pas, de dire à ce tribunal que ces experts aux compétences professionnelles inattaquables, qui témoignent sous serment devant un tribunal, sont coupables soit d’erreur soit de mensonge ? Puis-je vous poser une question, monsieur — qu’avez-vous jamais fait qui ait été utile aux femmes ?
– Et pourquoi, si je puis poser la question, interprétez-vous le portrait d’une seule femme comme un portrait de toutes les femmes? Pourquoi vous imaginer que vos experts ne pourraient pas eux-mêmes être contredits par une autre équipe d’experts ? Pourquoi – ?
– Je dois vous rappeler à l’ordre! Il ne vous appartient pas d’interroger la cour, mais de répondre aux questions de la cour. Vous êtes accusé de sexisme, de misogynie, d’insultes aux femmes, de calomnie à l’encontre des femmes, de dénigrement des femmes, de diffamation des femmes, et de séduction cruelle, délits qui tous font l’objet de peines extrêmement sévères. Les gens de votre espèce ne peuvent espérer la moindre bienveillance s’ils sont reconnus coupables, et à juste titre. Vous ne différez en rien de la masse des hommes coupables d’avoir infligé aux femmes d’immenses souffrances et une extrême humiliation — une humiliation à laquelle ce n’est que maintenant qu’elles échappent, grâce aux efforts inlassables de tribunaux tels que celui-ci.
Pourquoi avez-vous publié des livres qui pour les femmes sont source de souffrance ? Ne vous êtes-vous jamais dit que de tels écrits pouvaient être exploités contre nous par nos ennemis?
– Je puis seulement répondre que les buts et objectifs de cette prétendue démocratie égalitaire qui vous est chère ne sont pas les miens en tant qu’écrivain.
– Je vous en prie, le tribunal n’a aucun désir particulier de vous entendre, une fois encore, vous lancer dans un débat littéraire. Dans votre œuvre, toutes les femmes sont des stéréotypes haineux et pervers. En tant qu’écrivain, était-ce là votre but ?
– Beaucoup ont fait de l’œuvre une lecture différente.
– Pourquoi être allé dépeindre Mrs. Portnoy comme une hystérique? Pourquoi être allé dépeindre Lucy Nelson comme une psychopathe ? Pourquoi être allé dépeindre Maureen Tarnopol comme une menteuse et une tricheuse ? N’est-ce pas là diffamer et dénigrer les femmes? Pourquoi représentez-vous les femmes comme des mégères, sinon pour les calomnier?
– Pourquoi Shakespeare l’a-t-il fait ? Vous vous référez aux femmes comme si chaque femme était un être digne d’être porté aux nues.
– Vous osez vous comparer à Shakespeare ?
– Je ne fais que —
– Vous allez bientôt vous comparer à Margaret Atwood et Alice Walker ! Voyons un peu vos antécédents. Vous avez été autrefois professeur d’université.
– C’est exact.
– Comme professeur d’université, vous avez eu des rapports sexuels avec vos étudiantes.
– Cela humilierait-il aussi les femmes ?
– Non, selon vous ? Elles se sentaient honorées, bien sûr, d’être élues? Combien de fois avez-vous contraint par la force vos étudiantes à forniquer avec vous, vous un professeur censé agir loco parentis.
– Il n’était nul besoin de recourir à la force.
– Uniquement en raison du pouvoir d’influencer et de contraindre que sous-entend le rapport.
– Bien entendu, il existe un risque d’abus de pouvoir — là comme ailleurs. D’autre part vous risquez de rendre un mauvais service à votre sexe quand vous posez comme principe que de jeunes femmes intelligentes n’ont pas le courage d’être désirables — sont dénuées d’agressivité, d’imagination, de hardiesse, du goût de l’aventure, de perversité. Pour une initiation à la tentation de sensualité brutale qui spontanément jaillit entre la jeunesse et la maturité, pour une leçon sur le flot de sentiments qui coulent là, de l’autre côté du tabou, je vous recommande d’étudier les liaisons érotiques dépeintes par un écrivain français nommé Colette.
– Une sensualiste contre-révolutionnaire, nommée Colette ! Une traîtresse obsédée par le plaisir, nommée Colette! Combien d’étudiantes avez-vous mystifiées et exploitées de cette façon ?
– Trois. J’ai eu des aventures, au fil des années, avec trois —
– Vous commencez par nous gratifier d’un discours sur la littérature ; allons-nous devoir maintenant subir un discours sur l’amour ? De votre part ? Prenez garde, monsieur, à ne pas aller trop loin avec vos insultantes ironies. Il se peut que le tribunal se sente tenu de faire preuve de patience devant ce genre de comportement, mais, je dois vous mettre en garde, l’immense public qui avec indignation suit ces procès à la télévision n’est pas lié par les subtilités juridiques qui ont cours ici. Vous pratiquiez l’adultère, n’est-ce pas ?
– Je le pratique encore.
– Avec les femmes de vos amis ?
– Parfois. Le plus souvent avec les femmes d’inconnus, votre genre.
– Et avec lesquelles la trahison était-elle le plus perversement agréable? Qui vous délectiez-vous le plus à trahir sadiquement, les amis dont implacablement vous séduisiez les femmes ou les inconnus dont implacablement vous séduisiez les femmes?
– Oh, vous êtes une fille merveilleuse ! Vous êtes intelligente ! vous êtes belle !
– Votre Honneur, je dois prier la cour d’informer cet homme que je ne suis pas une « fille » !
– Approchez, procureur, s’il vous plaît —
– Votre Honneur, je vous en supplie, le prévenu a l’effronterie de —
– Je veux demander votre opinion experte sur ce — ce…
– Au secours, au secours, il m’exploite, il m’avilit, il me diffame, il tente par cette grotesque exhibition phallique —
– Oh, vous délicieuse, brillante, adorable —
– Il me calomnie, votre Honneur — en plein tribunal !
– Non, non, il s’agit de baise, chérie — je te baise dans un tribunal.
– Votre Honneur, la télévision — C’est de la pornographie ! »-
Claire N
InvitéJ’admire beaucoup sa manière de monter un délire
De casser petit à petit tout ce qui pourrait paraître cohérent de convention sociale , de mettre à nu
dans la perte progressive des distances entre les mots, les répliques de plus en plus courtes
les affects de plus en plus crus
C’est une belle mise à jour, drôle, de la pornographie de ce type d’inquisition -
Malice
InvitéLe personnage m’agace mais j’avoue qu’il y a quelque chose dans son « Je te baise dans un tribunal »
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Claire N
InvitéOui il est agaçant – mais juste après il fait tellement l’andouille qu’il en est encore plus agaçant de renoncer au premier agacement
Ct’e renard-
Malice
InvitéJe n’ai pas lu Philip Roth aussi je me demande : à quoi ressemblent les femmes dans ses livres, autrement dit l’énervement de la procureure est-il un peu justifié? Est-ce que des lecteurs de cet écrivain peuvent en parler ici? Nedjma?
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François Bégaudeau
Maître des clésDesplechin, ce neo-réac, n’avais pas manqué de mettre en scène ce moment dans son adaptation
Très important : nous sommes dans le dernier Roth, celui d’après la bascule réactionnaire – qui a lieu vers La pastorale américaine – qui pourra se traduire par une constante anti-woke, et des accents misogynes.
Ce qui n’empêche qu’en effet la scène est drole. -
Claire N
InvitéJe dirais qu’elles ressemblent à des personnages secondaires
C’est un peu les aventures de monsieur Kiki au pays des poulettes-
Samuel_Belkekett
InvitéHa lala !
Bascule réactionnaire, anti-woke ! Mysogine !
Philip Roth est avant tout un anti-con !
Il me manque terriblement.
Maintenant si toute peinture au vitriol d’un personnage féminin est considérée par la police des bonnes mœurs comme mysogine, si vous croyez que toutes les femmes de par leur être suprême, sont intouchables parce que supérieurement suprême, eh bien allez-y croyez le, si ça vous fait tant plaisir de le croire.
Cependant, n’y aurait-il pas quelque chose qui cloche ?
Je croyais que cette essence féminine si pure et si douce, était le produit d’une certaine construction sociale.
Enfin, Roth se contrefout des woke. Ils ont bon dos les woke. C’est comme l’IA, ils sont à la mode. On leur tape dessus par intérêt, mais aussi, on les défend par intérêt.
Alors qu’en matière d’abrutis, il y a des femmes et même des gauchistes. Si si je vous jure que ça existe. Mais si ça vous fait plaisir de croire que ça n’existe pas. Grand bien vous fasse !-
Samuel_Belkekett
InvitéDesplechin ce néo-reac.
De toute façon on se demande qui ici, défendrait Desplechin le néo-réac?
Si hier ou demain Bégaudeau dit Desplechin ce néo progressiste tout le monde applaudira de la même manière.
J’ai tout de même remarqué que Bégaudeau qui hier utilisait le terme de moralocentrisme, ne l’utilise point du tout aujourd’hui.
Il considère peut-être que stratégiquement il serait bon aujourd’hui de devenir davantage moralocentrique.
Ainsi en va-t-il de la conviction chez Bégaudeau…-
Samuel_Belkekett
InvitéPour finir, j’ai une petite idée de la moralocentrie nouvelle de Bégaudeau.
Ce forum, qui dure depuis je ne sais combien d’années, a forcément un impact retour chez Bégaudeau lui-même. Hormis l’élevage par troupeau de petits bourgeois bien pensants, ces petits bourgeois moralocentrés finissent aussi par rendre quelque chose à maître Bégaudeau. Pas de don sans contre-don.
Bégaudeau finit donc atteint par cette maladie postmoderne la pire de toute à mon avis. La morale décadente.
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Claire N
Invité« Philip Roth est avant tout un anti-con«
Je ne suis pas certaine que Roth se fut défendu en csc a se point –
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Malice
InvitéLa procureure m’a paru dès la première lecture un personnage repoussoir. J’aurais préféré qu’il l’écrive moins affolée/hystérique. Je pense qu’on pouvait sauver l’humour de la scène avec une femme qui aurait cultivé son ironie face à ce type ; aurait trouvé une contre- vanne à son « je te baise au tribunal », par exemple ( ça me démangerait d’en trouver dans une situation telle que celle-ci)
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kenny
Invitéles procs sont souvent repoussoir, mais c’est vrai que l’excès gâche la scène
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François Bégaudeau
Maître des clésoui c’est très exactement ça
et cette passivité de la procureure est l’indice d’une scène d’idéologue-
François Bégaudeau
Maître des cléset plus bas : « Je m’amuserais beaucoup plus si la procureure avait littérairement de quoi empêcher que le dialogue ne donne du brio qu’à l’accusé » Suis d’accord.
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Malice
InvitéProposition d’ atelier écriture : on réécrit le passage avec une femme plus maligne et calme
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Samuel_Belkekett
InvitéMalice mérite bien son nom.
On réécrit le bouquin pour s’obstiner à ne pas le comprendre.
On en fait une version plus morale. Plus présentable à la jeunesse d’aujourd’hui.
Avec une femme maligne, malicieuse, parce que Malice en rêve.
Et puis qu’est ce que c’est que cette femme que Roth nous présente ?
C’est comme la fourmi de 18 mètres, ça n’existe pas, ça n’existe pas.
Ha mais j’avais oublié !
Il est vrai que moi Belkekett, je suis affreusement bonhomme.
Affreusement bonhomme. Décidément ça devient pathologique chez certains cette histoire de virilité. Heu de virilisme pardon. -
Graindorge
Invité« on réécrit le passage avec une femme plus maligne et calme »
Je joue pas.
« Au secours, au secours, il m’exploite, il m’avilit, il me diffame, il tente par cette grotesque exhibition phallique »
Elle appelle à l’aide dans un procès où elle a du pouvoir. Où le gars qui n’a eu que 3 aventures lors de toute sa carrière universitaire risque gros
« délits qui tous font l’objet de peines extrêmement sévères. Les gens de votre espèce ne peuvent espérer la moindre bienveillance s’ils sont reconnus coupables, et à juste titre. »
Roth veut rire et nous faire rire de la connerie
humaine. Il grossit les traits mais peut-être pas tant.
Le gars sait peut-être qu’il ne gagnera pas cette caricature de procès. Veut-on en faire un exemple? Un bouc émissaire? Bon ça tombe sur moi alors amusons-nous, amusons la galerie, la télé… ? Il laisse tomber la vérité. C’est pas ce qui plaît, c’est pas ce qui est demandé
IJe vais aller voir si le livre est à la bibliothèque-
Malice
InvitéIl est peut-être en position de faiblesse dans le tribunal mais au niveau de la littérature c’est lui qui a le pouvoir. Il me semble que Roth lui donne une puissance symbolique et c’est celle-là qui s’impose. Pour moi, faire crier : « Au secours au secours » à une femme qui est censée dominer l’accusé, c’est la ridiculiser. Même en position de dominante, elle est débordée par cet homme et en quelque sorte, impuissante.
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Graindorge
InvitéMoi je peux plus rien en dire tant que j’ai pas intégré cet extrait dans le contexte de tout le livre. J’ai téléphoné à la bibliothèque: je l’aurai vendredi.
Nedjma l’a lu Si et seulement si elle souhaite en dire -
Claire N
Invité« lui donne une puissance symbolique«
Et je pense que c’est la le point de son petit théâtre toujours très fidèle à Freud
La castration y tient une grande place
Mais ça fait un peu carton pâte parfois
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Malice
InvitéJe m’amuserais beaucoup plus si la procureure avait littérairement de quoi empêcher que le dialogue ne donne du brio qu’à l’accusé
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Samuel_Belkekett
InvitéPosition morale = position du missionnaire…
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Nedjma
InvitéJ’aurai pu être d’accord et on retomberai sur la « misogynie » de Roth. Mais encore une fois les femmes ont souvent un répondant en face qui sauve le tout. Pas dans ce passage, mais parce qu’il s’agit d’une scène imaginée et un peu méta qui s’insère dans un livre qui aborde la question de l’écriture et de l’art. Le bouquin se présente comme une succession de dialogues avec des femmes que l’auteur va fidèlement retranscrire, ou pas. D’où le tire Deception, Tromperie. Donc un texte plutôt méta comme dit avec pas mal de réflexions sur la fiction, la responsabilité de celui qui écrit quand dimension autobiographique il y a, etc. J’ai pas été super convaincue, malgré certaines subtilités. Plutôt assez bien ficelé et intelligent quand même dans le dispositif. Ça reste Roth. J’aime plutôt les passages plus purs de récit qui percent dans les dialogues des personnages. Je ne commencerai pas par ça pour découvrir l’auteur.
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Nedjma
InvitéAprès sur ce passage oui on sent que Philip se fait kiffer, qu’il se défoule sur on sait bien qui. J’aime quand même cette démonstration de supériorité.
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Malice
InvitéMerci pour les précisions, je comprends mieux le passage
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Gerard Manfroy
Invité« Kiki au pays des poulettes » c’est un excellent titre pour tous ses bouquins.
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Gerard Manfroy
InvitéMême si encore pire dans ce genre-là c’est John Irving. Alors lui… Bon je vais pas m’étaler on va encore dire que j’en fais trop. Mais c’est toute cette merde qui a engendré Joel Dicker quand même. Je dis ça par prévention.
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Gerard Manfroy
InvitéTiens ça me donne envie de lancer un peu le sujet des « anti-citations », c’est à dire : les passages du livres où dès que tu es tombé dessus, tu as compris que le bouquin c’était du papier recyclable.
Je commence avec Antonio Damasio « Spinoza avait raison », attention, phrase extrêmement géniale et citée mot pour mot en intégralité : « Les mouches peuvent ressentir des émotions. »
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Nedjma
InvitéRoth c’est un engouement naissant, donc je ne l’ai pas lu tant que ça. Comme dit Claire beaucoup de ses romans sont centrés autour des personnage masculins ou en adoptent le point de vue, le « gaze ». Notamment la trilogie américaine. Par contre on peut pas dire que les femmes sont pauvrement écrites. Il leur accorde une certaine complexité, voire une certaine perversion. Elles sont aussi très érotisées en partie du au fait qu’elles sont perçues à travers les yeux des personnages masculins, comme intérêts amoureux et sexuels. Donc oui un certain phallocentrisme. On pourrait également lui faire le reproche de sexualiser les femmes à outrance. Mais c’est plus compliqué car elles se défendent bien. Ce n’est pas des simples projections érotiques mais des êtres désirants et affirmatifs. Je pense par exemple à Faunia dans la Tâche. Pour creuser encore, on pourrait peut-être voir en filigrane la vielle antienne que oui les femmes sont un peu diaboliques ou en tout cas souvent la cause des débâcles masculines. Si je devais résumer je dirais que oui il y a tout ça chez Roth mais que les meufs envoient quand même du bois. Donc compliqué, peut-être d’autres lecteurs pourraient affiner.
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Malice
Invité@Nedjam tu aurais un extrait à proposer, qui concernerait Faunia par exemple? Ou un autre personnage féminin qui illustrerait ta description des femmes de Roth?
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netflou
InvitéFlemme de chercher des passages ( trop chaud ) et je ne répondrai pas pour l’ensemble de l’oeuvre de Roth mais Faunia est un immense personnage, la seule puissance positive du roman. Tu devrais peut-être lire la Tâche, ça vaut le coup.
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netflou
InvitéTu sais il y a dans CUM cette idée que la littérature, ouverte, équanime, ramasse tout, : » vent d’ouest, lasso, bébé oublié dans une auto, djihad, hérisson écrasé » ( je cite de mémoire)
Faunia ramasse tout. Elle est la littérature.-
François Bégaudeau
Maître des cléstout à fait
et La tache un grand livre-
Samuel_Belkekett
InvitéLa tâche un grand livre.
On est d’accord.
Mais s’il y’a une bascule réac avec La pastorale américaine.
Que moi je tiens pour un excellent Roth. D’abord La tâche vient après La pastorale, mais surtout, et il est tout à fait possible que certaines chose m’aient échappées. Je veux bien entendre ta ou vos interprétations.
J’ai encore le livre assez bien en tête. -
François Bégaudeau
Maître des clésLa pastorale amorce la bascule réac – qui est aussi présente dans La tache.
Le traitement que vaut la pastorale de la jeune écervelée gauchiste, et, à travers elle, de toute l’activisme sixties, est lamentable d’univocité, et irrigué de réflexions rigoureusement conservatrices (avec le bavardage habituel, qu’on retrouve dans le Goldman de Jablonka et dans le Bacri du Sens de la Fete : apologie du petit entrepreneur, de ceux qui se retroussent les manches sans se plaindre etc Texte très idéologique, et c’est en cela qu’il m’emmerde) -
kenny
Invitéviens de lire La tâche, grand livre
on voit bien pourquoi il a tant plu aux réactionnaires intarissables sur la dictature des minorités
pour moi c’est un grand livre moraliste
d’ailleurs je me demande si fb l’avait en tête en écrivant Ma cruauté -
Samuel_Belkekett
InvitéQuelle coïncidence !
Pour le coup merci Kenny.
Aujourd’hui que je pose la question sur la pastorale américaine, Kenny renvoie à ce post du 9 juillet en réponse au mien de la veille, sauf que je n’avais jamais vu cette réponse.
Mais là… Nous n’avons pas du tout lu le même livre !
Je n’y vois pas du tout la même chose.
Je ne crois absolument pas que la jeune fille militante soit écervelée. Pas du tout. Quant à l’apologie du petit entrepreneur et autre bavardage habituel, dire que tu oses comparer ça à Bacri et le sens de la fête ? Et quoi ? Goldman de Jablonka ? Mais tu es un vrai hérétique toi ? Sur le coup j’ai cru que c’était le Goldman de Cedric Kahn, mais Jean-Jacques Goldman ?! Qu’est ce que c’est que cette histoire ?!! Le rapport c’est l’apologie de l’entreprenariat ?! Moi ce n’est pas du tout ce que j’ai lu. C’est pour le moins étrange qu’au cinéma les choses te semblent souvent sur-soulignées alors que dans ce roman il faudrait qu’elles le soient. On sait qui sont les gagnants de l’histoire et on sait qui sont les perdants. Roth joue de la dérision, le suédois, personnage principal, est le rêve américain incarné, son épouse a été miss New Jersey, il pousse la caricature à fond mais en finesse, tout est crédible et risible à la fois.
Je n’ai jamais lu un compte rendu du mythe du cool à l’américaine, comme dans ce livre. De plus ce personnage du suédois est tellement vivant, tellement incarné.
La discussion fictive entre le suédois et Angela Davis en dit long sur ses remises en questions.
Le livre est beaucoup plus fin qu’une histoire militante.
Pour moi, ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est la scène finale. Le repas de famille alors que celle-ci est complètement détruite. Mais ils ne savent pas encore à quel point ils sont touchés. Cette scène de repas est inoubliable. C’est pour une anthologie. Là on voit bien que les gagnants de l’histoire ont été très sérieusement atteints par les évènements. Il les met plus bas que terre dans cette scène. Qui est tellement bien rendue à l’écrit que je ne suis pas sûr qu’elle est faisable en cinéma alors qu’on y pense tout du long.
Bref, j’ai presque envie de le relire, non parce qu’il m’a plu, mais parce que je m’en voudrais d’être passé à côté de cette bascule sans n’y avoir rien vu.
Toute façon cette comparaison avec JJ Goldman et Bacri du sens de la fête, Jablonka connais pas, est soit de la provoc, soit une sous estimation du livre qui prouve que tu dois vite le relire. Aurais-tu osé cette comparaison dans une vidéo sur la littérature ? -
François Bégaudeau
Maître des clésJe l’ai relu avant de me lancer dans Ma cruauté. Je ne sais pas exactement ce qui de l’autre a irrigué l’un. Mais J’y pensais.
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netflou
InvitéPastorale américaine me fait penser aux Démons de Dostoïevski.
Le sujet, les lubies politiques de Roth, finissent par se dissoudre dans la profusion du roman. Son texte ouvert aux quatre vents, lui échappe, produit quelque chose qui dépasse ses intentions.
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Ou ce livre est un bijou dialectique dont la situation finale se retourne contre Jerry Levov, frère du Suédois, franchement réactionnaire, dont nous partageons le point de vue tout au long du roman.
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Ceci étant dit, Jerry Levov-Zuckerman-Roth dégueule sur les mouvements d’émancipation post-68 : ils ont mis fin à un âge d’or où l’étranger s’autochtonisait s’il bossait dur et fermait sa gueule (l’un ne va pas sans l’autre,( cf. le chapitre de l’usine de gants que Finkielkraut admiretant)). En appliquant ces principes, un Juif, dont la judéité ne transparaîtrait pas physiquement (le Suédois), prenant pour femme une Européenne au carré (une reine de beauté d’origine irlandaise), peut devenir l’égal d’un WASP. Sauf que sa fille militante, marxiste et décoloniale, l’amie afro-américaine de sa fille, les noirs, veulent plus, veulent trop.Ils ouvrent leur gueule et font des émeutes, veulent faire sécession. Cela nous rappelle des choses.
Fincki hoche la tête (approbation, neurosénescence, nous ne savons pas).
Le dernier Toledo Nakache tape pile là-dedans.
Dans la dernière partie du roman, son voisin WASP baise, puis prend sa femme WASP. Ses efforts d’assimilation sont vains. Il reste le Juif, juif de bonne volonté, certes, presque WASP, mais irréductiblement juif. Il n’est pas autochtonisable (il se remariera d’ailleurs avec une juive)
Ce retournement final donne raison à sa fille marxiste, et à sa copine décoloniale : la nation américaine est raciste. Il n’y a pas de pastorale américaine possible pour un Juif.
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Intéressant de noter que dans Le Complot contre l’Amérique, la politique publique anti-juive de Lindbergh ne repose pas sur de la ségrégation et de la déportation, comme le font les alliés nazis, mais sur l’assimilation. Si l’on dissémine des Juifs au sein de vastes territoires et qu’on les mélange à une population nombreuse de WASP, ils disparaîtront. Il ne faut pas détruire les Juifs, mais les dissoudre. Les gestes de résistance de la famille du narrateur seront de refuser l’ assimilation.
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Bref, c’est subtil, ça m’échappe, mais il y a chez Roth une méfiance à l’endroit de l’assimilation, ce qui le distingue nettement des chantres de l’unitarisme tolédano-nackachien. -
Samuel_Belkekett
InvitéVoilà au moins une analyse qui ne se contente pas de « bascule réactionnaire » et autres jugements purement moraux. Et sans aucune explication.
Seulement tu commences avec Les possédés de Dostoïevsky sans que la suite de ton analyse n’explique le rapport. Je n’aurais jamais pensé à comparer les 2. Dostoïevsky voyait dans les contestataires de son temps un feu de paille qui n’aura pas d’incidence sur le futur. Une bande d’illuminés. Ce qui fait de Dostoïevsky un prophète politique aussi nul que Alain Minc et ses prophéties économiques. Nous ne nous souviendrons pas de Dostoïevsky comme d’un analyste pertinent en matière politique, certainement pas. Roth parle d’un fait passé dont nous connaissons les tenants et aboutissants, bref, non, je vois pas le rapport avec Les possédés. Et à part Dostoïevsky, c’est reparti avec Finkelkraut, puis Toledano et Maccache. Pour finir par dire que ouf ! On échappe quand même au pire avec Toledano et Maccache.
Ce n’est pas parce que Finkelkraut a aimé le livre pour x raisons qu’on doit se sentir obligé de culpabiliser et d’en faire part.
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Tu commences par,
« Ceci étant dit, Jerry Levov-Zuckerman-Roth dégueule sur les mouvements d’émancipation post-68 : ils ont mis fin à un âge d’or où l’étranger s’autochtonisait s’il bossait dur et fermait sa gueule »
Pour finir par,
« Ce retournement final donne raison à sa fille marxiste, et à sa copine décoloniale : la nation américaine est raciste. Il n’y a pas de pastorale américaine possible pour un Juif. »
Difficile de te situer. On peut dire que tu as bien choisi ton pseudo NETFLOU.
On dirait que pour toi le livre n’a pas de stratégie, que chaque paragraphe est à prendre en tant que tel.
Pour autant il y’a de très bonnes choses dans ton post.
Pas comparable avec le jugement purement moral d’un Bégaudeau.
Avec un B, comme Bouffon. -
Samuel_Belkekett
InvitéMaintenant que j’y pense, tu commences peut-être par,
« Ceci étant dit, Jerry Levov-Zuckerman-Roth dégueule sur les mouvements d’émancipation post-68 : ils ont mis fin à un âge d’or où l’étranger s’autochtonisait s’il bossait dur et fermait sa gueule »
Tout simplement pour essayer de sauver la face de la pseudo analyse bidon de ton pote François.
Je ne vois pas autre chose. -
netflou
InvitéJe fais l’hypothèse que le roman (Pastorale/Démons) dit plus que ce que le romancier voulait. Je remets ma phrase avec des connecteurs logiques : Pastorale américaine me fait penser aux Démons de Dostoïevski parce que les lubies politiques de Roth, comme celles de Dosto, finissent par se dissoudre dans la profusion du roman.
La fin de Pastorale fait le contraire de ce que le narrateur réactionnaire nous assène tout au long du texte (pour les détails, relis mon post). Est-ce que ça échappe à Roth ?
Soit dit en passant, ton problème Belkekett, c’est que ta production quotidienne sur ce forum n’est pas à la hauteur de tes prétentions littéraires. Ta volonté de multiplier les pseudos pour libérer les énoncés d’un énonciateur figé dans une identité et laisser libre cours à une profusion de styles est un échec. Tout conduit à Belkekett.
Pessoa de Wish que tu es ! -
netflou
InvitéJ’ai pu trouver Bibinard sympa, deux, trois fois sur six cent.
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kenny
Invité« les lubies politiques finissent par se dissoudre dans la profusion du roman »
bonne phrase, définition d’un bon roman, dans la tâche c’est un peu ça aussi, le livre accueille tout et son contraire
et voilà pourquoi MH n’est pas si grand qu’il le voudrait
je ne savais que Roth avait viré réac
envie de lire la pastorale -
Samuel_Belkekett
Invité« Ta volonté de multiplier les pseudos… »
Vous cherchez vraiment à me persécuter avec cette connerie.
Samuel et ses 1000 pseudos sont une invention de votre maître à penser.
Évidemment la secte suit.
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« Pastorale américaine me fait penser aux Démons de Dostoïevski parce que les lubies politiques de Roth, comme celles de Dosto, finissent par se dissoudre dans la profusion du roman. »
Ton maître à penser dirait de cette anti-proposition qu’elle est de l’enfumage.
Un pur enfumage dans le seul but de t’accorder avec Bégaudeau avec un B comme Bouffon.
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« La fin de Pastorale fait le contraire de ce que le narrateur réactionnaire nous assène tout au long du texte (pour les détails, relis mon post). Est-ce que ça échappe à Roth ? »
Pour tout te dire je l’ai lu il y a un moment.
Mais je n’ai pas le souvenir que le frère du suédois soit réac, mais peut-être que je me trompe. Je me souviens très bien du passage où il reproche à son frère (au téléphone) de jouer à l’américain cool. Un moment de littérature encore inoubliable. Je ne me souviens pas de lui comme d’un réac.
Mais bon, le problème n’est de toute façon pas là.
Le problème est, qu’évidemment que ça n’échappe pas à Roth.
Mais qu’est ce que c’est que cette histoire !!!
Roth convoque des situations, il est de fait évident qu’il se doit, en tant que écrivain et non en tant que militant, que vous rêvez qu’il soit, qu’il prenne des points de vue qui ne lui appartiennent pas en propre.
Encore heureux qu’il fasse parler les personnages comme ils parleraient.
Se peut-il que comme ton pseudo semble l’indiquer, tu sois profondément confus, Netflou. -
netflou
Invité« Roth convoque des situations ; il est de fait évident qu’il se doit, en tant qu’écrivain, et non en tant que militant que vous rêvez qu’il soit, de prendre des points de vue qui ne lui appartiennent pas en propre. »
Waou ! Merci pour cette révélation !
Enfoncer des portes ouvertes avec ce ton docte me laisse penser que tu te surcotes.
Finalement, ton adoration de Zappa dit beaucoup de toi.
En foutre partout (dans ses compos, ses solos, ses prises de parole interminables entre deux chansons), et penser qu’en foutre partout suffit. Stratégie des types peu sûrs de leur art : Zappa était-il le grand compositeur contemporain qu’il s’est efforcé de paraître ?
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Samuel_Belkekett
InvitéUne chose est certaine, ton post en dit beaucoup plus long sur toi que sur moi ou qui que ce soit d’autre.
Si je dis : « Roth convoque des situations, il est de fait évident qu’il se doit, en tant qu’écrivain etc… »
Et je suis tout à fait d’accord avec toi, c’est évident, c’est pour répondre, car quoi répondre d’autre ?! A ton, parce que c’est la tienne d’affirmation, comme quoi :
« La fin de Pastorale fait le contraire de ce que le narrateur réactionnaire nous assène tout au long du texte (pour les détails, relis mon post). Est-ce que ça échappe à Roth ? »
Ton problème à toi c’est qu’à force d’enfumage tu ne sais même plus où te situer. C’est qu’en matière d’enfumage tu ne sais même plus où tu en es de tes propres arguments. Du coup, les arguments qu’on t’oppose, tu les lis comme tu lis La pastorale, ligne après ligne, paragraphe après paragraphe, comme dans un present continu ou chaque moment n’a rien à voir avec le moment précédent. Bref comme un demeuré.
En même temps il est vrai que dans ton analyse initiale de La pastorale il y’a je le reconnais de très bons passages.
J’en suis presque à me demander si tu n’utilises pas je ne sais quelle technique multimedia pour obtenir lesdits passages de ton analyse, tellement tu nous dis peu où rien de ce que cette lecture t’a inspiré personnellement.
Quant à mes goûts musicaux, laisse tomber. Mais vraiment laisse tomber. -
Samuel_Belkekett
InvitéPlus sérieusement, je tiens tout particulièrement à creuser le raisonnement bégaudien quant à son interaction avec La pastorale américaine. Raisonnement qui a déclenché en lui cette vision d’une bascule réactionnaire que Roth aurait alors amorcée, pour glisser dans une vision anti-woke qui, de bite en aiguille, conduirait ce pauvre Roth vers d’obscures destinations.
Car concernant ce raisonnement bégaudien, j’ai, chers forumeurs, une hypothèse.
J’avais souvenir que dans ce fil, plus haut, il était question de « Tromperie ».
Après un long extrait proposé par Nedjma, du livre « Tromperie », notre ami François dit,
» Très important : nous sommes dans le dernier Roth, celui d’après la bascule réactionnaire – qui a lieu vers La pastorale américaine »
Or notre ami se trompe, car « Tromperie » est publié bien avant La pastorale. Cette erreur n’est en outre pas très étonnante car bien peu en France ont lu « Tromperie » lors de sa sortie, le livre fut publié en 1990 aux US et en 1994 en France et en toute discrétion, alors que La Pastorale fit en 1999 lors de sa parution chez nous, grand bruit. Bien des lecteurs de Roth on découvert « Tromperie » après La Pastorale.
De plus que nous dit notre ami François ? ceci,
« Desplechin, ce neo-réac, n’avais pas manqué de mettre en scène ce moment dans son adaptation »
Bien qu’il se référait à la scène postée par Nedjma, une scène de tribunal, moi en lisant cette référence à l’adaptation ciné de Desplechin, c’est à une autre scène à laquelle j’ai pensé, immédiatement. La scène de dialogue entre Roth et sa maîtresse, à propos du conflit Israëlo-palestinien. Qui est retranscrite dans le film de Desplechin, Denis Podalydés et Léa Seydoux en Roth et son amante. Donc quand François dit,
« Desplechin, ce neo-réac, n’avais pas manqué de mettre en scène ce moment dans son adaptation »
Je parie, je parierais même gros, j’irai même jusque trancher dans le vif de mon nom, si notre ami ne pensait pas, simultanément à la scène de Nedjma, surtout celle à laquelle je pense. Et qui depuis longtemps représente pour François la bascule réac. C’est même bien pire que ça. C’est qu’il y a des sujets auxquels François est particulièrement sensible. Et un en particulier qui le met dans tout ses états, les arabes. Là François ne rigole plus. François ne rigole plus du tout.
J’avais, lors de ma découverte de François, écouté plusieurs Gènes O. Il y en eut une, je ne sais plus laquelle, où son interlocuteur qui n’a pas de prénom, lui parle de Guiraudie car ils allaient faire une prochaine GO sur « Miséricorde ». Son interlocuteur lui dit alors qu’ils n’ont pas parlé du dernier Guiraudie qui était « Viens je t’emmène ». Waho ! Que n’avait il pas dit, ne voilà-t-il pas que notre ami se met à piquer une colère ! Noire la colère. Noire, hystérique et creuse. Or quand on a vu « Viens je t’emmène », il n’est pas difficile de deviner ce qui a mis François dans cet état. Je me souviens de sa conclusion à propos de « Viens je t’emmène », « Il ne faudrait pas qu’il recommence un coup comme ça ! ». Moi je n’avais pas vu le film a ce moment là. Quand je l’ai vu plus tard, je me suis dit, mouais, bah il est très émotif le père François. Je ne voyais vraiment pas ce qui avait bien pu le mettre dans un tel état. La preuve étant que pour la GO sur Miséricorde qu’il a très apprécié, l’homme sans prénom lui a demandé si sa colère pour le précédant Guiraudie s’était atténuée? A quoi notre ami a balbutié « Non mais… Heu, ça heu, c’était pas grand chose… ».
Il est possible, que ceux qui n’ont rien vu de problématique à « Viens je t’emmène » soient des racistes qui s’ignorent et que Guiraudie en soit un lui-même. Mais alors une question se pose, très sérieusement. Si tout racisme est primaire, existe-t-il un antiracisme primaire?
Pour en revenir à Phillip, si celui-ci a dans « Tromperie » tenu un discours ambiguë sur le conflit ultra sensible de la Palestine, peut-on imaginer la réaction radicale de François ? Déjà il fallait chercher une bascule qui ne soit pas trop explicite du conflit Israëlo-palestinien. Car pour que cette bascule fonctionne il faut qu’elle souligne une logique plus large que le seul conflit Israëlo-arabe, afin que tout soit crédible. En se trompant sur la date de Tromperie, Roth lui a joué un sacré tour qui désigne du coup Tromperie comme unique source de bascule, celui-ci ayant été écrit 10 ans avant La Pastorale. Ceci explique aussi pourquoi François a tant de mal à expliquer en quoi La Pastorale est réac. C’est qu’il lui fallait un point de départ qui participe d’un état d’esprit qui explique le,
« Très important : nous sommes dans le dernier Roth »
Le dernier Roth. Pour arriver à Tromperie, l’apogée réac du dernier Roth.
Or mon cher François, tout comme le film de Guiraudie, ce que dit Roth du conflit Israëlo-palestinien, non seulement n’est pas raciste, mais est génial. Tout simplement génialissime. Et c’est ça que pressent François.
Roth dit la chose suivante aux juifs, juste après la Shoah. N’allez pas en Palestine ! N’allez surtout pas en Palestine, vous allez vous y faire génocider ! Génocider une deuxième fois. Venez en Amérique. C’est encore en Amérique que vous serez le mieux.
Mais comment bon sang n’avait on pas pensé à dire ça avant ?
Géniaux sont souvent ces formules qui nous paraissent évidentes, alors même que personne n’avait pensé à le dire avant qu’elles ne soient formulées pour la première fois. Ce qui dérange dans la formule de Roth c’est qu’elle est profondément antisioniste. N’allez surtout pas en Palestine. Venez en Amérique. Mais ceux que cette formule dérange, sont les antisionistes. Car l’idée de génocide, d’un second génocide y est exprimée.
Est-ce cela l’anti-wokisme? Moi je crois que c’est cela la littérature.
Oui Desplechin, ce neo-réac, n’avais pas manqué de mettre en scène ce moment dans son adaptation. Car l’idée dérange. Car au moment où Roth écrit ça, ce n’est pas le 7 octobre qui est d’actualité. C’est l’histoire de ce conflit qui comprend la guerre des 6 jours et celle de kipour. Quoi qu’il en soit. En conclusion je dirais qu’encore, Roth le facétieux nous joue des tours. Et que l’espièglerie paie encore à faire ressortir la politimanie et l’antiracisme primaire.
Et que pour ça, certains maintenant essaient de lui faire payer. Cela porte un nom, le ressentiment. -
Samuel_Belkekett
InvitéJ’attends avec impatience un réponse.
Car celui-ci, le post ci-dessus, je te le sers sur un plateau.
Un plateau doré ? D’argent ?
Mais je sens qu’une fois de plus, ton meilleur couplet sera le silence. -
Claire N
Invité« mais il y a chez Roth une méfiance à l’endroit de l’assimilation, ce qui le distingue nettement des chantres de l’unitarisme tolédano-nackachien »
Oui je crois que tu saisis un élément des plus pertinent , celui qui paradoxalement ( ou pas )
Empêche toute fixité – toute « installation « dans une case meublée d’un système unitariste hall incluse -
Claire N
InvitéD’ailleurs dans Portnoy, il applique cette même méfiance à Israël
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netflou
InvitéOui c’est ça
Ça, la vie, les corneilles, les filles à papa qui bégayent et posent des bombes, les juifs ressemblant à des suédois qui se prennent pour des irlandais, les noirs blancs, les vaches dans la salle de traite, ça rentre pas dans le hall. -
Claire N
InvitéC’est tres joliment égrené netfou
Cette manière d’anguille -
netflou
InvitéMerci Claire. J’aime les anguilles.
Les anguilles et leur drôle de vie.Les quelques fois où j’ai eu affaire à des anguilles ont été d’une grande intensité : la rivière, la nuit, l’ami, l’alcool et d’un coup, cet éclair de muscle palpitant à maîtriser. Flash de sauvagerie
L’espèce étant en voie d’extinction, tu penses bien que je leur fous la paix maintenant.
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François Bégaudeau
Maître des clésmême passion
parmi les reines du vivant -
Claire N
InvitéMerci netfou,- le plaisir
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netflou
InvitéÇa fait partie de mes grands bougés du début de la décennie 2010. Mon universalisme est un point de vue particulier, une fille ne met pas forcément un mini-short pour exhiber ses fesses, l’état des écosystèmes aquatiques ne permet plus d’y exercer ma prédation.
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François Bégaudeau
Maître des clésUne révélation delpechienne
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netflou
InvitéMichel Delpech ?
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Samuel_Belkekett
InvitéComme je n’aurai pas de réponse, j’en profiterais donc pour en rajouter une couche. Non pas dans le rapport de notre ami François à Roth, mais dans le rapport de Roth à… la mysoginie. Ainsi j’estimerai avoir fait le tour de la question pour au moins l’essentiel concernant l’aspect réac.
Il fallait bien quelqu’un d’aussi peu mysogine que moi pour appréhender celle d’un écrivain assez contreversé sur cette question.
Commençons par le commencement. Phillip Roth est-il mysogine depuis le début ? Ou l’est-il devenu progressivement ? Ou encore l’est-il devenu d’un coup d’un seul ? Ou enfin ne l’a-t-il tout simplement jamais été ? Pour répondre de façon convaincante et argumenté il aurait fallu nécessairement avoir tout lu de lui, et même plutôt 2 fois qu’une. Ce qui n’est pas mon cas. Seulement pour parvenir à une conclusion sur la question, Roth est-il oui ou non ou un peu ou beaucoup mysogine, il faut déjà plus ou moins définir ce que peut être, non pas un mysogine mais le discours qui identifierait la mysoginie.
Pour en venir à Phillip Roth, le fait est qu’il y a une constante qu’il est important de relever, c’est que bien souvent, pas toujours mais très souvent, il y a une médiation du regard via un narrateur qui lui-même est considéré comme alter ego de Roth. Nous avons par conséquent une mise en abyme du discours indirect libre ou résonnent les voix et pensées des personnages via celle de Nathan Zuckerman ou David Kepesh… supposément celle de Roth lui-même. Si bien qu’il devient facile par cette mise en abyme de confondre discours direct avec celui de discours libre indirect. Et c’est précisément ce dont Roth s’amuse. Aussi, ces opposant(e)s en terme de mysoginie, se doutant bien de l’espièglerie, se concentrent tous sur son livre le plus autobiographique, écrit tôt en 1976, et qui laisse libre cours au discours direct, « Ma vie d’homme ».
Ainsi, y a-t-il tout bien considéré, un fond de mysoginie chez Philip Roth ?
Possiblement. Mais, la question riche et pertinente serait, sous quels critères doit-on, peut-on, condamner la mysoginie de façon systématique et sans aucun procès ? Question de fond de celui chez qui pèse le poids coupable de penser qu’il existe une diversité de discours mysogines, et que,
1) Ne surtout pas confondre phallocratie et mysoginie.
2) Cette diversité du discours mysogine prévaut de toute la différence entre la mysoginie d’un Godard de celle d’un Brisemenu, qui d’ailleurs tient bien davantage de la phallocratie crasse, bien qu’il existe parfois une fine frontière entre les deux discours.
Dire qu’il peut y avoir de la mysoginie fine et pertinente n’est pas forcément en adopter le point de vue, c’est réfléchir à des conditions d’existence qui ramènent à des catégories historiques et ontologiques.
J’avais découvert Godard vers 11-12 ans, lors d’une programmation télévisée de Masculin Féminin. Ma mère, politisée par Sartre et de Beauvoir quasi exclusivement mais ayant entendu le nom de Marx quand même, ne serait-ce par le couple sus mentionné, avait sursauté de curiosité en s’exclamant devant le programme de télé, que le sous-titre du film est « Les enfants de Karl Marx et du Coca-Cola ». J’avoue que ne connaissant strictement rien de tout ça, intuitivement je devinais que ça devait cacher quelques trésors que je me devais de déchiffrer. Finalement après cette première projection je n’y ai rien déchiffrer du tout, sinon une grande fascination pour ce film. Commençant simultanément à découvrir le rock et le jazz (les grands orchestres), l’ambiance du film m’avait fait grand effet. Jean-Pierre Léaud également. Quand à penser Marx et le coca cola, cela viendra plus tard. Mais ce que ce film déjà m’avait fait ressentir obscurement, c’était bien le rapport du masculin et du féminin et non celui de Marx et du coca. Nous n’allons pas débattre de Godard et je ne sais pas s’il y’a des points communs entre Roth et Godard dans leurs appreciations réciproques du masculin et du féminin. Ce dont je suis sûr c’est que concernant Roth, la femme est tout aussi capable d’affirmation personnelle et de réflexions sur les choses que l’homme. Il y a dans ses romans de formidables personnages féminins. Ici, je ne sais plus quel(lle) forumeur(se) parlait de Faunia, personnage de « La tâche ». Le point plus trouble réside plutôt dans ce que peut suggérer le terme de « difference des sexes ». Comment l’un se définit par rapport à l’autre, comment l’un est le destin de l’autre. C’est là où la littérature commence, où la fiction s’affirme et se déploie.
Je profite d’une légère digression sur la différence des sexes et la mysoginie. Je repense à ce que je pense être le seul bon film de Gainsbourg, un autre sulfureux. Je pense à « Je t’aime moi non plus ». La scène finale du film, est selon moi totalement réussie en ceci, qu’elle contient en elle chaque seconde de tout ce qui précède. Mais elle est aussi d’une grande force. Chacun en tirera les conclusions qui s’imposent. Revenons à Roth.
Roth, dans son parcours, a-t-il radicalisé ses positions ? Ce qui signifie qu’en fait il a toujours été le même, mais de plus en plus. Mais déjà qu’elles sont-elles ses positions ? Sont-elles critique des relations hommes-femmes ? La sexualité, qui joue un rôle central dans sa vision, est-elle centrale dans les relation hommes-femmes ? Centrale peut-être mais secondaire aussi. Si on considère « Ma vie d’homme » comme révélateur de la mysoginie de Roth alors on peut aussi bien considérer « Le théâtre de Sabbath » comme le plus révélateur de son rapport au temps et à la mort. Le sexe comme recherche du temps perdu ? Illusion du temps retrouvé ? Angoisse de la finitude ?
Plus nous serons délivré de l’obsession sexuelle et plus nous serons réconciliés avec notre finitude. Ça c’est la leçon de notre temps à nous. Et la façon dont nous, de notre présent, observons le cas Roth. Que le fantasme sexuel réduise la femme à une pure image, qui contrevient totalement à ce qu’elle est dans sa consistance réelle, n’empêche nullement l’intellectuel libidineux de poétiser la femme réelle pour la ramener insidieusement à cette image perverse. Jeu on ne peut plus dangereux. Cependant, il y’a aujourd’hui un phénomène paradigmatique profond, un mythe culturel aurait dit Barthes, le cool, la cooltitude. La figure du cool a remplacé la figure de l’écorché vif. Signe d’une incontestable évolution. Plus équilibrées, de très nombreuses personnes semblent bien plus à l’aise avec leur propre finitude. De plus en plus de personnes à l’attitude cool, semblent bien plus à l’aise avec leur sexualité en l’absence de toute obsession, et de surcroît avec leur propre finitude. Réconciliation de l’être avec lui-même. Réconciliation avec le sexe, avec la mort, réconciliation entre l’homme et la femme, in fine se sera la réconciliation entre les classes sociales et les partis politiques. Le paradigme de la réconciliation est en marche, celui de la posthistoire aussi.
Signe des temps, de l’éviction radicale chic de la mort et du sexe, pour une existence non pas morte-née, mais une contraction de ces deux mots, morne. -
Samuel_Belkekett
InvitéIl y a un autre écrivain américain, juif lui aussi, qui a beaucoup influencé Philip Roth.
Cette influence est reconnue, mais peut-être pas assez. C’est Saul Bellow, incontestablement parmi les plus grands écrivains américains et je suis persuadé que personne n’a jamais lu ici.
Herzog est son plus connu. Le faiseur de pluie est bien aussi.
Voici ce qu’on peut lire sur sa page Wikipedia :
« Dès les premiers livres Bellow a examiné la relation auteur-personnage-narrateur. Aussi, parce que Bellow a toujours écrit à la première personne, on a souvent fait l’erreur de croire que cette narration représentait ses pensées propres. »
Qui n’est pas sans faire penser à celui dont on parlait.
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Malice
InvitéOk, merci pour la reco
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Claire N
Invité« dis donc « lui dis- je de mon ton entendu, « est-ce que tu fais ça , plus ou moins tout le temps…? »
« qu’est-ce que ça veut dire, cette question !A quoi ça rime cette réflexion de merde ! Est-ce que toi aussi tu es un sale fumier comme les autres ?
Tu ne penses pas que moi aussi j’ai des sentiments ! »
« je regrette, excuse-moi. »
Mais soudain où c’était étalé l’indignation et la fureur, il n’y avait plus que les larmes.
Fallait il d’autres preuves pour conclure que cette fille etait pour le moins déboussolée ?tout homme dans son bon sens se serait à coup sûr levé, habillé, et aurait rapidement pris ses cliques et ses claques. Encore heureux de so bien s’en tirer.
Mais ne le voyez vous pas- mon bon sens n’est qu’un autre terme pour désigner mes craintes !mon bon sens est tout simplement cet héritage de terreur que je traîne avec moi issu de mon ridicule passé !(…) dans la rue qui avait eté pris de tremblement, moi oú cette fille ? Moi. Qui avait fait preuve d’audace, de hardiesse, de culot, moi ou cette fille ? Cette fille ! Cette salope de fille ! »
Portnoy et son complexe
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Claire N
InvitéJe veux bien aussi, netfou m’a intrigué aussi
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Samuel_Belkekett
InvitéExcellent Portnoy !
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Nedjma
InvitéBon je me suis dévoué pour le sortir du bordel de ma bibli par cette chaleur. Ayant pour moi la vigueur de la jeunesse, je vous dois bien ça :
Il est de notoriété publique que vous exploitez sexuellement une femme opprimée et illettrée qui a la moitié de votre âge.
Faunia était seule. Elle avait retrouvé son calme.
Assise gravement, sa canette vide à la main, à quoi pensait-elle? Aux deux ans passés à faire la serveuse en Floride, de seize à dix-huit ans? Aux hommes d’affaires en retraite qui venaient déjeuner sans leur femme et lui demandaient si elle n’aimerait pas avoir un joli appartement, de jolis vêtements, une jolie Pinto toute neuve, et des comptes ouverts dans toutes les boutiques de vêtements de Bal Harbour et chez le bijoutier, en échange de quoi il lui suffirait d’être leur petite amie quelques soirs par semaine et un week-end de temps en temps? Ce n’était pas une fois, mais deux, mais trois, qu’elle avait reçu ce genre de proposition, la première année. Après quoi était venue la proposition du Cubain. Cent dollars la passe, nets d’impôts. Pour une grande blonde mince, bien foutue, avec des gros seins, avec sa pêche, son ambition, le cran qu’elle avait, une belle nana en mini-jupe, débardeur et bottes, mille dollars la nuit, à l’aise. Dans un an ou deux, à supposer qu’elle en ait envie, elle pourrait se retirer, elle en aurait les moyens. « Et tu ne l’as pas fait? demandait Coleman. – Non, ntt ntt, mais crois pas que ça m’a pas donné à penser. Avec ce restau de merde, ces enfoirés de clients, les cuisiniers tous des dingues, les menus que je pouvais pas lire, les commandes que je pouvais pas écrire, fallait que je garde tout bien dans ma tête, c’était pas de la tarte. Seulement je sais peut-être pas lire, mais je sais compter; je sais faire une addition, une soustraction. Je sais pas lire les mots, mais je sais qui était Shakespeare. Je sais qui était Einstein. Je sais qui a gagné la guerre de Sécession. Je suis pas débile, seulement illettrée. Il y a peut-être pas grande différence, mais quand même. Les chiffres, ça me connaît, tu peux me croire. Te figure pas que j’aie pas pensé que ça pouvait être un bon plan. » Mais Coleman n’avait pas besoin qu’elle le lui précise. Non seulement il pensait bien qu’à dix-sept ans elle ait pu songer sérieusement à michetonner; mais il pensait qu’elle avait fait plus qu’y songer.…elle pense à la corneille qui traînait du côté du magasin, à Seeley Falls, quand, après l’incendie et avant de s’installer à la ferme, elle avait pris une chambre meublée pour essayer de se cacher de Farley; elle pense à la corneille qui traînait dans le parking entre la poste et le magasin, cet oiseau que quelqu’un avait apprivoisé parce qu’il avait été abandonné par sa mère ou bien qu’elle avait été tuée — elle n’avait jamais su pourquoi l’oiseau était orphelin. Et voilà qu’il s’était fait abandonner pour la deuxième fois, et qu’il s’était mis à traîner dans le parking, où le gros de la population passait une fois par jour. Il en avait posé des problèmes, cet oiseau, à Seeley Falls, quand il s’était mis à plonger en piqué sur les gens qui entraient à la poste, à fondre sur les barrettes dans les cheveux des petites filles — comme font les corneilles parce que c’est dans leur nature de collectionner ce qui brille, les éclats de verre, tout ça —, si bien que la postière, après consultation des quelques habitants concernés, avait décidé de l’amener à la Société Audubon, où on ne le laissait sortir de sa cage qu’une fois de temps en temps. On n’avait pas pu lui rendre sa liberté, parce qu’une corneille qui aime traîner dans les parkings, une fois dans la nature, elle ne peut plus s’adapter. La voix de cet oiseau. Elle se la rappelle à toute heure du jour et de la nuit, au réveil, endormie, insomniaque. Il avait une drôle de voix. Pas comme celle de ses congénères, sans doute parce qu’il avait pas été élevé avec eux. Juste après l’incendie, j’allais le voir, à la Société Audubon, et quand la visite était finie, quand je lui tournais le dos pour partir, il me rappelait avec sa voix. Il était en cage, bien sûr, mais vu ce qu’il était, ça valait mieux pour lui. Il y avait d’autres oiseaux, dans des cages, que les gens avaient amenés parce qu’ils pouvaient plus vivre dans la nature. Il y avait deux petites chouettes. Des boules de plume mouchetées, on aurait dit des peluches. J’allais les voir, elles aussi. Et un faucon émerillon au cri perçant. Des beaux oiseaux. Ensuite je me suis installée ici, et vu que j’étais seule, que je le suis toujours, je me suis mise à connaître ces corneilles comme jamais avant. Et elles à me connaître. Leur sens de l’humour. C’est de l’humour, chez elles? Peut-être pas, mais moi, en tout cas, c’est ce que j’y vois. Leur démarche. Leur façon de se cacher la tête sous l’aile. De m’engueuler quand j’ai pas de pain à leur donner: Allez, Faunia, va chercher le pain. Elles ont une démarche majestueuse. Elles font la loi aux autres oiseaux.
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Malice
InvitéSuper extrait, avec tout ce long passage sur l’oiseau loubard du parking.
Le personnage de Faunia a l’air passionnant-
Claire N
InvitéMerci
« …elle pense à la corneille qui traînait du côté du magasin »
Oui et cette façon d’introduire ce à quoi elle pense qui échappe complètement à ce qui aurait pu dans les lignes d’avant, si le personnage avait etait banalement écrit – l’auteur fait, il est vrai
A ce moment montre d’une autonomie qui lui échappe dans la pensée de Faunia,
D’autre part c’est très bien observé, les corneilles anciennement apprivoisés font vraiment des choses comme cela – oui elle font des piques sur les diadèmes des petites filles ( j’étais un peu soufflé tellement c’est rare de croiser quelqu’un qui a cette expérience)
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Graindorge
InvitéMerci Nedjma
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Graindorge
InvitéPardon votre honneur, j’ai ri!
C’est tellement dans l’air de ces temps absurdes!
L’écrivain est sérieux, joue le jeu question/ réponse jusqu’à « Trois. J’ai eu des aventures, au fil des années, avec trois — »
Ça tient encore un peu avec: « Parfois. Le plus souvent avec les femmes d’inconnus, votre genre. »
Et puis ça perd les pédales dès » votre genre » . Il comprend que ce ne sont pas des réponses honnêtes qui sont demandées, trop insidieuses les questions, trop « opinionistes », c’est le show, le spectacle, télévisée, qui prévaut alors il va jouer. Jouer le rôle attendu.
Pour le titre, au lieu de tromperie, imposture ?-
Graindorge
InvitéJ’ai cherché le titre en espagnol :
« Engaño » : canular · supercherie · mensonge · déception · illusion · duperie · ruse f · fraude f · arnaque f · tricherie
Tromperie est donc le titre du livre en français
Bon. -
Claire N
InvitéOui c’est vrai qu’il y a de celà – jouer le rôle
Il y a un côté presque cartoon
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kenny
Invité« tel un bouquet de fleurs plastiques »???
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,
Invitéelle a par moments de drôles d’expressions cette MJC mais je trouve que le plus intéressant n’est pas là, le plus intéressant c’est l’enquête polyphonique
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kenny
Invitépas encore commencé, nofitna
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François Bégaudeau
Maître des clésje suis bien d’accord que la force du livre est dans la polyphonie
c’est d’ailleurs la force des livres de Beaune en général-
Claire N
InvitéJ’allais presque dire la même chose, a ceci près que je venais d’en remarquer l’existence
Puisqu’il est vrai que la personnification de la MJC
Se déploie plus facilement en evidence
Je n’avais pas saisi l’intérêt polyphonique lié à ce premier geste-
François Bégaudeau
Maître des clésoui on commence par là, c’est cette personnification qui donne le la et englobe le reste
mais ensuite c’est un récit à 20 voix qui se déploie, comme tu as vu
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Carpentier
Invitéoï,
comme celles qu’on voit dans les cimetières?
dont les feuilles vertes, éprouvées par le soleil, sont devenues bleues et tentent encore, malgré cela, d’honorer les tombes et les vies passées?tel un bouquet de fleurs plastiques
– les mains gantées d’un jeune agent municipal, …. il est écrit et si tu bouges les doigts façon marionnettes et les rapproches un peu, ils font offrande fleurie, oui, un peu, en bouquet
Ici, le corbillard est un camion nacelle blanc, l’image est singulière mais suffisamment lumineuse et précise pour qu’on ressente le moment où la MJC sait que c’est fini pour elle mais qu’elle a encore assez de niaque pour se raconter, dire ceux et celles qui l’ont fait vivre.
C’est mort, plus personne ne lira son nom autrement, un temps, que grâce aux vieilles traces laissées sur la plaque en métal de sa façade mais c’est plus vif que morbide de ce fait.Parmi la cinquantaine de personnages (cf. liste/préface/générique, évoquée dans le fil dédié et ouvert aussi par Graindorge) j’avoue une certaine impatience à rencontrer certain Christophe Fialin, le marin.
Un marin dans une mjc des Hautes Alpes, voyons voir ce qui l’y amène …
Là, je commence, joyeuse et gourmande, la partie consacrée à ‘ la vingtaine ‘ de Notre Dame du Briançonnais.-
Claire N
InvitéOui on commence par la mort
C’est une façon efficace de poser des limites propres à la personnification
Je n’avais pas forcément fait le lien entre les fleurs en plastique et l’apparat de cimetière, c’est vrai qu’on peut le voir ainsi, avec la benne tout de même pas très loin qui montre l’espace tout fin entre la mort de ce qui a été vivant et le déchet de ce qui a été utilisé -
François Bégaudeau
Maître des clésla vingtaine est sa plus belle période
et la plus belle période de l’histoire de France, peut-être
et pas pour Delon et Pompidou, hein-
Claire N
InvitéRires- oui Delon et Pompidou
Petites affichettes passées par la pluie
De chiens perdus on ne sait plus bien quand
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Graindorge
InvitéBen oui, cru bien faire en ouvrant un fil dédié. C’est pratique : on écrit françoisbegaudeau.fr + le titre du livre et hop on tombe dessus sans avoir à scroller
pour retrouver les échanges. On l’a fait pour Du mépris, Désertion, l’amour, Comme une mule etc… Pourquoi pas pour les moins connus? À plus forte raison, non?
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Malice
Invité« Au fond de la cour, la salle de bains était laide, minuscule et tordue, la porte ne fermait pas. Sous la douche, Jonathan pensait : Quelqu’un a inventé cet endroit. Quelqu’un l’a conçu. Tous les endroits que Jonathan avait connus, tous ces endroits avaient été dessinés, ils avaient été inventés par une personne. Tous ces endroits étaient nés dans l’esprit d’une personne. On vit dans le dessin d’un homme ou d’une femme, dans son esprit. Les architectes transforment leurs pensées en images, et ces images sont transformées en pièces, en immeubles, en maisons, en parcs, en villes, en routes. On croit marcher dans une rue, on marche dans la pensée d’un inconnu. »
J’ai fait mes devoirs, j’ai commencé Laura Vazquez, je vois ce qu’on lui trouve.
Extrait de « La semaine perpétuelle »-
Claire N
InvitéMerci Malice, j’aime beaucoup la première phrase
L’adjectif tordue degonde juste ce qu’il faut la « porte « de l’imaginaire pour faire entrer « inventer « Dans un monde « parallèle « ,
Le flash est fugace, vite rabattu avec la re formulation, plus dans les rails de la raison avec le sage « conçu « .
Par contre je ne sais si le développement etait necessaire, ensuite – peut etre fallait il faire encore davantage confiance à la puissance d’évocation de cette seule phrase ?-
Claire N
InvitéElle écrit de la poesie à la base si je me souviens bien ?
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kenny
Invitéj’ai toujours un peu de mal avec les deux points
sais pas pourquoi-
Claire N
InvitéOui c’est vrai qu’on peut souvent s’en passer
Mais peut être que précisément là ils prennent bonne place, dans la trouée ?-
kenny
Invitéje m’en passerais même ici
ça fait littérature jeunesse, ça fait Dumas
pour bien signifier: ici commence le monologue intérieur-
François Bégaudeau
Maître des clésLa semaine perpétuelle ne tient pas comme roman, mais vaut qu’on s’y égare pour la phrase, des phrases, plein de phrases, et plein de pensées tordues. Mais qu’on ne croie pas une seconde y trouver des personnages. On y trouvera la voix de Laura, la phrase de Laura, la folie de Laura. La poésie de Laura oui.
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François Bégaudeau
Maître des clésKenny : littérature jeunesse non. Dumas non plus. Vraiment pas. Tu peux tenter.
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kenny
Invitéflemme de me taper toute la bibliothèque verte pour pouvoir te contredire
je vais plutôt te croire -
Claire N
InvitéCela dit Kenny, en littérature jeunesse j’avais un jour aimé « la princesse des mots tordus «
Rires- elle aura pris royaume voilà tout
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Malice
InvitéJe vais prendre le livre de Laura en réservoir de phrases oui, et en regards – très attentifs – sur les objets, les lieux et effectivement pas en récit linéaire qui mettrait en scène des situations. Quand j’ai lu les Notes de chevet de Sei Shonagon, qui me semble connecté au roman de Vazquez ( j’aimerais savoir si c’est une de ses références), je prenais le texte parfois dans le désordre ( la forme du livre s’y prêtait; c’était un succession d’entrées de journal sans dates). Je recommande ce journal, d’ailleurs, un de mes livres préférés.
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Claire N
InvitéCela dit je me tord un peu la tête a tenter de reconstruire sans , et j’avoue que c’est moins bien
Je n’aime pas les : lorsqu’ils ouvrent sur une explicitation franchement pédagogique
Oú qu’ils introduisent une marche à suivre par étape
Mais ici, dans l’interstice d’une douche matinale encore poudrée du réalisme porté aux rêves, le dedans et le dehors laissent les : d’un passage
Un peu comme la dernière étape d’une mitose ( si ça te parle)-
Claire N
InvitéEt en ce jour de rentrée
Je reprends – vous me semblez dissipés –
Avez vous bien remarqué que l’ingrédient necessaire à la sensation de realité est présent
Dans les rêve ?
Celà n’est pas sans poser quelques problèmes en pratique clinique
Mais ce sera tout pour ce premier cours de neuro poesie -
Malice
InvitéLe pb des deux points pour moi c’est que dans la conversation on en trouve peu; mais les deux points sont utiles pour créer une respiration comique, comme ici, chez Alexandre Dumas:
» Tous ceux qui le croisaient disaient avoir croisé : un connard. »
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Claire N
InvitéOui , respiration comique c’est vrai
Et un petit côté « démonstration – présentation – conclusion « condensé en cette ponctuation en l’espèce-
Claire N
InvitéD’ailleurs rien a voir ou presque
Mais les inserts de « textualité messagerie « que je découvre dans le livre « Bungalow « me soufflent qu’il y a quelque chose à tisser avec cette matière là de tres précis, et par association
que peut être dans ces : que tu montres là, on a quelque chose du proto – emoji
-
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François Bégaudeau
Maître des clésBien joué Dumas, quel grand styliste.
Pas fan non plus du deux points, sauf dans un usage dumasien. Pourquoi? Parce que les deux points établissent des liens de causalité, et plus généralement sculptent la prose en démonstration. Façon d’orienter la lecture, de l’ordonner, de décider des liens entre les propositions. Tout ce dont nous ne voulons pas. Nous voulons des liens ouverts. Nous voulons que tous les liens soient possibles.-
Claire N
InvitéComme quoi le style s’invente à la faveur d’un matériel
Il y a dans la ponctuation, je trouve, un vrai terrain
D’examen de celà
La virgule chez Flaubert m’avait pareillement stimulée-
Claire N
InvitéRires – après j’ai l’impression d’avoir produit là la phrase la plus snobass de l’année
-
Malice
Invité@Claire je n’ai pas trouvé ça snobasse, on ne peut pas nier que Gus soit stimulant
-
Malice
InvitéLa virgule, c’est clair que parfois on a besoin de la changer plusieurs fois de place avant que la mélodie soit juste. Parfois jusqu’à la folie. Maupassant a dû y sombrer à cause de Flaubert.
J’aime mieux le point virgule que les deux points en tous cas, même si je l’avoue, je ne sais toujours pas trop ce que c’est que ce truc. Je le vois comme une pause suivie d’un coup de rame dans la phrase parfois. Quelqu’un qui s’arrêterait de courir et reprendrait la course une seconde après.
Allez nouveau jeu partageons notre top de la ponctuation. Qui déteste le point d’exclamation? -
Eleonore
InvitéA mon avis les mêmes que ceux qui détestent les ‘…’ Et le mélange d’argot et d’imparfait du subjonctif
-
Dr Xavier
InvitéMoi !!!!!!!!!
-
Malice
Invité@dr Xavier ah bah c’est malin ça encore
Et sinon quel signe de ponctuation est pour toi le plus inspirant? -
Stéphanie
InvitéMoi je déteste en recevoir mais j’aime bien en mettre
-
Graindorge
InvitéJ’adore jouer mais là, la ponctuation…
J’utilise trop le point d’exclamation.
Pas très chic il semblerait
Je suis jamais sûre de bien poser le point-virgule. Je le pose parfois en fermant les yeux et en me jetant à l’eau : il est passé? Non?
Trouvé de nouveaux usages au point
Lorsque je lis, je me promets parfois de bien observer la ponctuation mais impossible : trop prise par la lecture et si elle m’ennuie, encore moins envie d’observer la ponctuation. Par contre j’observe lorsqu’il en manque trop: je respire mal et je houspille l’auteur ou l’autrice -
Eleonore
InvitéJe dirais ? pour ma part !! que la, ponctuation ; n’a pas tant d’importance que ça qu en pensez vous
-
Malice
InvitéA propos du point exclamatif je hais viscéralement les « Ah! »
Comme ici dans Les souffrances du jeune werther:« Vois ce que tu es à cette maison ! Tout bien considéré : tes amis ont de l’estime pour toi, tu fais souvent leur joie, et il semble à ton cœur qu’il ne pourrait exister sans eux. Cependant… si tu partais, si tu t’éloignais de ce cercle, sentiraient-ils le vide que ta perte causerait leur destinée ? et combien de temps ? oui, combien de temps ?… Ah ! l’homme est si passager, que là même où il a proprement la certitude de son existence, là où il peut laisser la seule vraie impression de sa présence, dans la mémoire, dans l’âme de ses amis, il doit s’effacer et disparaître, et cela si tôt ! »
Et les trois points après le point d’interrogation, c’est pas mal non plus dans le genre tête à claques
-
Eleonore
InvitéIl serait intéressant de lie l’original pour savoir quelle interjection allemande a donné ce ‘ah!’
-
Malice
Invité@Eleonore
ça donne Ach! j’imagine ( et c’est pas contre les allemands, dont j’aime bien la langue, mais c’est encore pire que Ah) -
,
Invité@Malice et Eleonore : « Sieh den Wert deiner an diesem Hause! Alles zusammengenommen: deine Freunde achten dich, du machst oft ihre Freude, und deinem Herzen scheint es, als wenn es ohne sie nicht sein könnte; und doch — wenn du gingest, wenn du dich aus diesem Kreise rissest? würden sie, und wie lange? den Spalt fühlen, den dein Verlust in ihr Schicksal reißt? wie lange? — Oh der Mensch ist so vergänglich, daß er auch da, wo er seines Daseins eigentliche Gewißheit hat, da, wo er den einzigen wahren Eindruck seiner Gegenwart zurückläßt, in dem Andenken, in der Seele seiner Lieben, daß er auch da verlöschen, verschwinden muß, und das so bald! »
-
Graindorge
InvitéAber warum shriebst du im deutch Virgule?
Ici vershtehe nicht
Aber kein problem fûr mir
Das ist egal -
Eleonore
Invité@Malice je ne pas trop allemand mais il n’y a pas de ?… ni de ah! Donc fantaisie de traducteur ?
-
Eleonore
InvitéMerci ,
-
Malice
Invité@Eleonore
c’est le romantisme français qui influence les traductions apparemment, avec cette interjection censée exprimer l’Emotion -
graindorge
InvitéMille pardons chere virgule
Chantier autonome Graindorge!
Chacune et chacun fait bien ce au’il veut et tu as eu mille fois raison d’écrire en allemand a l’attention de 2 camarades et j’ai eu mille fois tort. -
Malice
Invité@Virgule
merci pour la traduction, donc Goethe a écrit un oh et non un ah
ça tombe bien je préfère le oh -
Malice
Invité« il est passé? Non? »
voilà c’est ça que je ressens.
Je ne sais pas qui l’a inventé celui-là mais il devait être bourré ce jour-là -
Claire N
InvitéEt bien il y a pas plus de 20mn
Observant la prestance d’une démarche de chatte a la dépose du bus, j’ai bien senti passer l’exclamation avant que l’examen ne m’indique l’effective beauté
Donc pour moi il faudrait oui le sentir passer
Pas à beauté mais a sortie de bus
Si jamais l’envie me prenait de coucher cette anecdote – après on joue donc vos participations sont bien venues -
Malice
InvitéEn fait l’exclamation peut exister dans la phrase elle-même, sans besoin du point, si on parvient à écrire celle qui traduit le surgissement de la panthère – si la phrase est lapidaire comme il faut.
Tu peux tenter ici ou on peut tenter à plusieurs. -
Claire N
InvitéC’est juste je pense
J’ai besoin de temps
Une collaboration m’apparaît
Confortable ce jour -
Graindorge
InvitéHihihi…
Pour ce qui est de l’importance de la ponctuation : ben si quand même. Déjà dit, pour la respiration mais aussi pour ne pas semer le doute et se retrouver entre les barreaux :
Allons manger, les enfants!
Allons manger les enfants ! -
Claire N
InvitéC’est évident pas besoin d’ébruiter avec une virgule
Évites cependant le point d’exclamation
tu risque de les faire fuir à temps -
Claire N
InvitéÉtant d’absolue mauvaise foi, je dirais que tu démontre que l’a ponctuation est bien l’apanage de la langue cruelle
-
Malice
Invité@Claire
faudrait créer un manuel de la langue cru
je propose un bouquin collectif -
Claire N
InvitéBien entendu
Je collige déjà les pépites
Ton « ça lui evitera de mordre des culs «
Est dans la section dialectique des kink -
Malice
Invité@Claire rien ne m’intéresse plus que les kinks donc je veux bien me charger du chapitre
-
Claire N
InvitéRires – ta force de travail est sélectionnée Malice
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Graindorge
InvitéUn manuel de langue cru.
Un manuel d’ogres et d’ogresses?
Un manuel de langue cru collectif.
Je saurai pas jouer. Hors jeu donc je suis.
Je vous lirai -
Graindorge
InvitéRires
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Graindorge
InvitéZut les posts ne suivent pas
#159508 répondait au #159506 de Claire
Pas bien grave -
Malice
Invité@Graindorge Oui mais
Allons manger les enfants sera très probablement contextualisé. Le texte précisera à un moment ou à un autre que des adultes appellent les morveux pour le dîner. Et on peut même s’amuser à ne pas tout de suite donner les indices nécessaires pour faire croire à la présence d’ogres. -
Graindorge
InvitéJe précise que cette idée n’est pas sortie d’un cerveau d’ogre mais de ma recherche » importance de la ponctuation » où j’ai lu cet exemple
Je me doute bien que le contexte nous éclaire mais c’est quand même pas mal de mettre la virgule
À la maison c’était : À taaable! Et lavez-vous les mains! -
Malice
Invité@Graindorge et lavez-vous les mains que la viande soit saine quand on fera de vos doigts des saucisses cocktail
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Graindorge
InvitéOuille!!!
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Graindorge
InvitéLe point virgule bourré, héhé
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Claire N
InvitéNb: merci Malice pour la reco « les revenants « de Laura Kasischke
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Malice
InvitéContente que tu aimes, tu en es où?
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Claire N
InvitéFini, c’était addictif
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Malice
InvitéOui c’est vraiment fort, on est dans le thriller, la riche galerie de persos( la responsable du département musique, un des meilleurs de Laura je trouve, « agie » par son milieu social, son genre puis par ses pulsions), la chronique de la vie universitaire toujours très attentive aux choses du quotidien.
La cruauté/douceur habituelle de Kasischke trouve un sommet avec celui-là.-
Malice
Invitémasterclass de Laura sur France cul, pas encore écouté mais je le fais derechef
-
Claire N
InvitéOui, mais meme les personnages secondaires sont
Écrit avec épaisseur, en quelques traits ( le personnage du gardien de la morgue, les chats, les jumeaux )
De sorte qu’aucun n’est exclu dans l’éventualité d’être un fil décisif
J’ai bien pensé à « Twin Peaks « en lisant ce livre-
Malice
InvitéJe ne suis pas étonnée qu’elle aime Blue velvet.
Son film de pandémie-apocalypse, » En un monde parfait », produit des scènes de famille ( situation compliquée de l’héroïne, nouvelle belle-mère de trois enfants et ados) et de débrouille réalistes ( pannes d’électricité, pénurie de bouffe pour animaux, écoles qui ferment, dilemne au sujet de l’essence – l’utilisera-t-on pour faire ceci ou ça, quelle est la priorité) où Kasischke plante soudain et parcimonieusement un coup de couteau, une image gore sur laquelle on ne s’attarde que le temps de le dire. -
Malice
InvitéYasmina Behagle a fait une vidéo sur Les revenants
-
François Bégaudeau
Maître des clésj’en profite pour vivement rerecommander son livre de rentrée, La méthode suédoise
-
Claire N
InvitéC’est prévue
Cette personne est d’une grande intelligence
Et , je ne sais comment dire mais comme un truc
Avec l’enthousiasme qu’elle transmet à gros bouillons
Encore ici je la trouve très pertinente dans sa manière de saisir les chevilles de ce roman
Et l’exemple du corps qui ballotte juste un peu
Et marque son poid – cette entrée par la porte dérobée du contact physique avec la radicale et insaisissable différence d’un corps mort c’est tres exemplaire de la construction de LK-
François Bégaudeau
Maître des clésil faut vraiment que je lise ça
après le Delphine Horvilleur, promis
publié le 8 octobre-
Claire N
InvitéPeut-être que ça te plaira- je note D Horvilleur
Je viens d’apprendre le mot serendipité
Je l’étrenne dans ce fil –
Ça me semble bien pour ces premiers pas -
Stéphanie
InvitéJe suis née un 8 d’octobre, pour la rentrée littéraire.
-
François Bégaudeau
Maître des clésj’espère qu’il n’y a pas méprise sur ma blague sur Horvilleur
dans aucun monde je ne veux laisser croire que je pourrais avoir l’intention de la lire -
Claire N
InvitéBah si
C’est malin
en pleine période de naïveté -
Stéphanie
InvitéNon, on sait que tu préfères les sorcières aux rabinnes
-
Claire N
InvitéC’est pourtant vrai
Cependant en l’espèce
Et je sais pas comment il fait
Mais François sans ma gueule en indice Repère mes gamelles
-
-
Malice
InvitéOui, le corps dans le cercueil, si bonne idée.
Je suis en train de lire le dernier, » Baignade interdite », j’en bave un peu psychologiquement, à cause du parti pris de Laura, qui nous fait savoir dès le départ qu’un enfant va mourir puis le ressuscite pour que nous vivions avec lui à la minute près ses derniers instants de grande vitalité et joie – trépignant à la perspective d’aller à la piscine. C’est très juste mais – on va redire le mot en C – cruel.-
Claire N
InvitéOui la littérature peut faire ce truc là
Reprendre l’instant d’avant, l’écrire
Implacablement comme en vrai -
Malice
InvitéExtrait de Baignade
Le petit garçon en route pour la piscine, dans la voiture de sa mère« De la patience.
Dès que sa mère employait ce mot, Richie sentait un poids dans son estomac. Comme s’il avait mangé de cette colle qu’on prenait dans un pot avec un bâtonnet de glace quand on voulait coller des choses – coeur, étoile, lettre de l’alphabet. Tommy Smith avait mangé beaucoup de cette colle avec son bâtonnet, un jour où Mme Talifero regardait ailleurs, mais ça ne donnait pas envie à Richie. Il se disait que ça ferait une boule invisible dans son ventre. Et ça, pour lui, c’était comme la patience dont il lui fallait faire preuve à l’arrière de la voiture avec son petit frère tandis que sa mère s’arrêtait à tous les stops sur le chemin de la piscine.
Le monde des adultes avançait si lentement.
Même la fusée avait mis une éternité à décoller ce matin-là.
D’abord, il y avait eu le compte à rebours : 10, 9, 8.
Puis ils avaient fait une pause: 7,6,5.
Une autre pause:4,3,2.
Et encore une dernière pause qui avait duré un temps infini:1.
Même après ça, rien n’était allé vite.
Une espèce de feu avait pris sous la fusée, mais elle n’avait pas jailli. C’était une fusée lente. Si lente que Richie avait compris qu’il lui faudrait beaucoup de temps pour atteindre la Lune. Les astronautes eux aussi devaient donc être patients.
« Arrête, dit sa mère.
– Quoi?
– Tu sais très bien. »
Mais Richie ne savait pas. Il ne pouvait donc pas arrêter.
« Je t’ai dit d’arrêter de taper dans le siège! » dit sa mère.
Ah. -
Claire N
InvitéC’est très beau cette densité du temps
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MA
InvitéJ’ai cherchée sur le site de la bibli de Paris et suis tombée plutôt sur Baignade surveillée.
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Claire N
InvitéRires – l’un implique l’autre
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Malice
InvitéOui pardon j’ai oublié surveillée
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Malice
InvitéEt j’ai fait un lapsus avec interdite car la mère du petit garçon est réticente à le laisser aller dans l’eau – sa frustration est un des thèmes du livre
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Malice
InvitéJ’aime bien la voix douce de Yasmina et ses mises en scènes : ici le pyjama et le bordel derrière; parfois elle fait sa critique en se promenant dans sa cambrousse, c’est vraiment très plaisant – et surtout les analyses sont sérieuses.
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Carpentier
InvitéVu hier midi, dans la vitrine d’une expo de photos des quartiers de Paris, prises sous l’angle de leur architecture, un essai de Bailly mais pas Pierre, Jean Christophe:
C’est ‘ Paris quand même’ , le titre.
Qqn voit?
je lis sur le site de l’éditeur, que
‘ l’on passe de l’effarement à la joie, de la colère à l’émerveillement, et du ton du pamphlet à la logique filée de la glissade. / ….
Moi, lire ça, ça me file l’alerte et moyen la confiance dans mon ordinaire curiosité.
Vous direz si jamais?-
Carpentier
Invitéen revanche, Paris quand même ne parle peut-être pas trop d’enfants, encore que, l’aménagement, la circulation dans la ville peu pensés pour les enfants, c’est un sujet
après, pas plus mal de faire que les survoler un peu aussi remarque, les enfants, qu’on respire un peu quand même, quoi
Ces parents, ces gens, qui semblent n’être que des parents, ou ne pouvoir parler que de gosses, je trouve cela bien gavant, perso
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stephanie
InvitéClaire N, tu as parlé d’un livre récemment ( je ne retrouve pas les échanges dans cette foule de messages ) , il parle des enfants.
Tu peux me donner le titre stp ?-
Claire N
InvitéYep- ça doit être « au pays d’Alice « de Gaelle Bantegnie – conseil de Cat ?
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Stéphanie
InvitéOui c’est celui-là ! merci
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stephanie
Invitétu as aimé Claire N ? ce livre me fait penser à celui de D. Stern Journal d’un bébé, le monde sensoriel et relationnel observé de sa position de papa et psychiatre. Très beau libre.
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Claire N
Invité@stephanie, Reco notée en retour, merci
Je passe en coup de vent
Oui ! J’ai aimé
Et aussi beaucoup toute la manière de questionner cette drôle de chose qu’est d’être devenue maman
Grande délicatesse
@ merci Malice !-
François Bégaudeau
Maître des clésDe Gaelle je recommande évidemment aussi les deux livres précédents. Son style marche à toutes les phrases.
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Graindorge
InvitéBon moi je partage un extrait. Si ça marche
Au pays d’Alice | Lector Web https://share.google/MwVspusNxZUZUb2J8-
Malice
InvitéLe passage sur les chats:
« Quand j’en croise un, je fais demi-tour, avant je les aimais bien, maintenant je les crains. Les chiens également, à cause des morsures à l’abdomen, et les pigeons parce-qu’on ne sait jamais. »
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graindorge
Invitéencore impressionnée par ces 800 tonnes de déchets par jour bouffés par les rats à Paris et qu’il y ait deux rats par personne
Ici c’est les cucarachas , même dans des Centres de Santé : sur le carrelage blanc fraîchement nettoyé, tu en vois une qui passe à la vitesse de la lumière -
graindorge
InvitéTrouvé cet extrait des Notes de chevet de Sei Shonâgon. J’aime bien. Sauf l’incendie qui a brûlé les arbres dans le jardin d’une jolie maison
Et celle-ci m’a prise au dépourvu et a fait monter des larmes :
« Le temps qu’une femme dont la chevelure est courte met à se peigner après avoir ôté ses faux cheveux. »****
18. Choses qui font battre le cœur
Des moineaux qui nourrissent leurs petits.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison.
19. Choses qui font naître un doux souvenir du passé
Les roses trémières desséchées.
Les objets qui servirent à la fête des poupées.
Un petit morceau d’étoffe violette ou couleur de vigne, qui vous rappelle la confection d’un costume, et que l’on découvre dans un livre où il est resté, pressé.
Un jour de pluie, où l’on s’ennuie, on retrouve les lettres d’un homme jadis aimé.
Un éventail chauve-souris de l’an passé.
Une nuit où la lune est claire.
26. Choses élégantes
Dans un bol de métal neuf, on a mis du sirop de liane avec de la glace pilée.
Un rosaire en cristal de roche.
De la neige tombée sur les fleurs des glycines et des pruniers.
…
28. Choses qui ne s’accordent pas.
Des roses trémières fichées dans des cheveux crépus.
Une mauvaise écriture sur du papier rouge.
La neige tombée sur la maison de pauvres gens. C’est encore plus pénible à voir quand la lumière de la lune y pénètre. Par un beau clair de lune, rencontrer une inélégante voiture découverte.
54. Choses que l’on entend parfois avec plus d’émotion qu’à l’ordinaire.
Le bruit des voitures, au matin, le premier jour de l’an. Le chant des oiseaux. A l’aurore, le bruit d’une toux, et, il va sans dire, le son des instruments.
56. Choses qui gagnent à être peintes
Un pin. La lande en automne. Un village dans la montagne. Un sentier dans la montagne. La grue. Le cerf. Un paysage d’hiver, quand le froid est extrême. Un paysage d’été, au plus fort de la chaleur.
57. Choses qui émeuvent profondément.
…
A la fin du neuvième mois ou au début du dixième, la musique des grillons qui vous parvient, si faible qu’on ne sait dire si on l’entend ou non.
Une poule étalée sur ses poussins, pour les protéger.
Tard en automne, les gouttes de rosée qui brillent comme des perlent de toutes sortes sur les roseaux du jardin.
Le soir, quand le vent souffle dans les bambous, au bord de la rivière.
S’éveiller à l’aube, et aussi s’éveiller la nuit, c’est toujours émouvant.
Un village dans la montagne, sous la neige.
…
La lande en automne.
De très vieux bonzes qui font leurs pieux exercices.
Une chaumière délabrée où grimpe et s’accroche le houblon, avec un jardin où croissent à l’envi l’armoise et les herbes folles, lorsque la clarté de la lune les illumine sans laisser un coin sombre, et que le vent souffle doucement.
…
61. Choses sans valeur
Un grand bateau, à sec dans une baie, à marée basse.
Un grand arbre renversé par le vent et couché sur le sol, les racines en l’air.
Le dos d’un lutteur qui se retire après avoir été battu.
Le temps qu’une femme dont la chevelure est courte met à se peigner après avoir ôté ses faux cheveux.
82. Choses qui ne servent plus à rien mais qui rappellent le passé.
Une natte à fleurs, vieille, et dont les bords usés sont en lambeaux.
Un pin desséché, auquel s’accroche une glycine.
Dans le jardin d’une jolie maison, un incendie a brûlé les arbres.
L’étang avait d’abord gardé son aspect primitif; mais il a été envahi par les lentilles d’eau, les herbes aquatiques.-
Malice
InvitéJ’adore sa précision extrême sur certaines choses
« Une chaumière délabrée où grimpe et s’accroche le houblon, avec un jardin où croissent à l’envi l’armoise et les herbes folles, lorsque la clarté de la lune les illumine sans laisser un coin sombre, et que le vent souffle doucement. »Un passage du livre m’a beaucoup marqué : elle y raconte pendant des pages qu’elle a fabriqué une montagne de neige dans le jardin pour que l’impératrice puisse la contempler quand elle reviendra dans son palais; elle fait entretenir la sculpture, mais la neige fond, la montage se dissout, jusqu’à n’être plus qu’un tas. Et c’est à peu près tout. Mais je suis toujours envoûtée quand je le relis.
Elle passe beaucoup de temps à rapporter des « concours » de poésie entre courtisans, chambellans, dames de compagnie ( ça passe sa vie à s’envoyer des morceaux de papier enroulés autour de branches de cerisiers ou autres morceaux de bois, à se réjouir d’avoir trouvé la citation de poète ou le jeu de mot qui répond à la perfection à des vers lancés par un autre…)-
Graindorge
InvitéMerci XXL pour la découverte Malice
J’espère trouver un livre d’elle à la bibliothèque de Nice-
Malice
InvitéDe rien
Tu le trouveras peut-être sous le nom » Pillow book » notes de chevet car Peter Greenaway l’a « adapté » pour le ciné ( les deux oeuvres n’ont rien à voir cela dit) et certaines éditions reprennent l’affiche du film.
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Ostros
InvitéQuand j’étais enfant je croyais que ma nounou c’était ma mère et que mes parents étaient nos employeurs.
La psychanalyse m’a sauvée.
.
Deauville – un café – 29/08. -
Siné
InvitéLes Dépossédés – Ursula K. Le Guin
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– La souffrance est un malentendu, dit Shevek, se penchant en avant, les yeux larges et clairs.
-Cela existe, dit Shevek en écartant les mains. C’est réel. Je peux l’appeler un malentendu, mais je ne peux pas prétendre qu’elle n’existe pas, ou cessera jamais d’exister. La souffrance est la condition de notre vie. Et quand elle arrive on le sait. On reconnaît que c’est la vérité. Évidement, il est bon de soigner les maladies, d’empêcher la faim et l’injustice, comme le fait l’organisme social. Mais aucune société ne peut changer la nature de l’existence. Nous ne pouvons pas empêcher la souffrance. Telle ou telle douleur, oui, mais pas la Douleur. Une société peut seulement supprimer la souffrance sociale, la souffrance inutile. Le reste demeure. La racine, la réalité. Nous tous ici allons connaître le chagrin ; si nous vivons 50 ans, nous aurons connu la douleur durant 50 ans. J’ai peur de la vie ! Il y a des fois où je suis… où je suis très effrayé; Tout bonheur semble futile. Et pourtant, je me demande si tout cela n’est pas un malentendu – cette recherche du bonheur, cette crainte de la douleur… Si au lieu de la craindre et de la fuir, on pouvait… la traverser, la dépasser. Il y a quelque chose au delà d’elle. C’est le moi qui souffre, et il y a un endroit où le moi… s’arrête. Je ne sais pas comment le dire. Mais je crois que la réalité-la vérité que je reconnais en souffrant et non pas dans le confort et le bonheur-que la réalité de la douleur n’est pas la douleur. Si on peut la dépasser. Si on peut l’endurer jusqu’au bout. -
Malice
InvitéPaulin Gagne, l' »avocat des fous », inventa en 1968 la philanthropophagie, « le seul fait nouveau sous le soleil », « l’amour de l’homme pour l’homme livré en aliment » dans le « sacrifice volontaire des hommes et des femmes se livrant fraternellement et religieusement en nourriture aux victimes de la faim qui dévore le monde ».
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les victimes seraient « transportées solennellement dans des archiamphithéâtres, apprêtées de diverses manières et mises sur des assiettes ornées de lauriers et d’immortelles. »« Les enfants du Limon », Raymond Queneau
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Claire N
InvitéJe crois que Queneau est un peu « voyant « dans l’anamnèse des tabous
J’ai déjà vu cela en rêve – l’homme qui mange l’homme
A ceci près qu’il installe les lauriers ,les immortelles et le rituel
Ma vision etait plus âpre
aucune espèce n’était individuée , tous les vivants et les morts étaient semblables
C’était peut-être l’étape du limon avant l’anthropophagie
Peut etre qu’il tient un bout d’histoire archaïque
Peut etre qu’il remonte le fil de l’anthropophagie
A ce qu’elle est en terme de « progrès «-
Malice
InvitéCe n’était pas forcément clair mais je précise que les passages entre parenthèses ne sont pas de Queneau mais du vrai fou qu’il cite – qui avait donc ce beau projet philanthropique auquel Hannibal Lecter ce gros égoïste n’a pas pensé.
Le roman » Les enfants du Limon » est parcouru de petites biographies de vrais fous. J’ai trouvé une encyclopédie des fous littéraires où l’on retrouve les recherches de Queneau, Nodier…sur le sujet. Merci d’ailleurs aux camarades qui m’ont orientée vers ce roman et cette catégorie psychiatrique.
L’histoire ne dit pas si Gagne a eu l’occasion de mettre du persil sur des citoyens français.
Ce qui me rappelle que dans Confessions d’un masque Mishima fantasme de le faire aux mecs qui l’attirent, j’avais trouvé ça original.-
Claire N
InvitéMerci ça m’intéresse bien
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Dr Xavier
InvitéEnsuite je ne sais pas pourquoi je fais ce que je fais, mais je le fais. Qu’on n’aille pas croire que je pense que c’est une bonne idée ou que j’en suis fière, c’est juste que cela s’impose : mes pieds avancent et je les suis.
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Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (qui est très bon et se lit vite)-
François Bégaudeau
Maître des clésevidemment le genre de phrase qui crée une immédiate familiarité avec cette autrice
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kenny
Invitéquelques extraits de Vie des frères Bakroot dans Vies minuscules de Michon
c’est un livre très émouvant, je recommande (désolé pour la longueur du post, mais pour ceux qui ne connaissent pas ça vaut le coup de prendre le temps de lire)– rencontre du narrateur avec les deux frères en pension
« Je les vois s’affronter en bien des lieux, à bien des âges, et aujourd’hui sans doute celui qui est resté ici-bas sent-il parfois sur son visage un souffle, à sa taille une poigne d’air, et derechef lève sa garde devant ce frère léger que les nuages emportent. Mais leur emblème à tous deux et comme leur manteau demeure cette nuit délavée, cette nuit de commencement où finissait la meilleure enfance, cet automne basculant dans l’hiver où à jamais leurs traits crayeux sont pris. »
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– Achille, le prof de latin chahuté, prend sous son aile l’aîné et va troubler la relation entre les frères
« Achille n’avait pas de persécuteur plus impitoyable que le petit Bakroot. Les plus outrancières injures, les rires les plus mauvais passaient la bouche de l’enfant, le défiguraient. Achille imperturbable s’absorbait dans ses auteurs, déclinait, traçait au tableau les sept collines ou la rade de Carthage : dans son dos, des rimes obscènes dénaturaient les noms des dieux et des héros, les éléphants d’Annibal devenaient bêtes de cirque, Sénèque était un histrion et plus rien n’était fiable. Achille, il est vrai, en avait vu d’autres : il y a si longtemps que les Barbares ont pris la Ville, César a reconnu les yeux du fils derrière le poignard, et combien d’Eurydices n’avons-nous pas perdues – dans moins d’une heure le cours sera fini. Parfois, excédé mais désespérément calme, il descendait dans l’arène et frappait tristement ce qui passait à sa portée. Les gifles ne faisaient que nous exalter davantage. Nous avions tous notre part dans cette mise en pièces ; mais la mise à mort, la parole décisive dont nous savions qu’elle avait durement touché, celle qui crispait la bouche d’Achille ou le suffoquait dans un instant de silence imbécile au beau milieu de la déclamation d’un mètre, c’était le plus souvent Rémi Bakroot qui la portait. C’était Rémi Bakroot qui orchestrait cette triste farce ; c’était lui qui dans ce but se dépensait sans compter, de toute la force teigne de son petit gosier, de toutes les paroles incomprises, balourdes et basses, glanées chez lui à la ferme, ou dans la porte des bistrots enfumés les soirs d’hiver le dimanche, quand un enfant apeuré sans passer le seuil dit à son père saoul qu’il faut rentrer. C’est qu’il avait, lui, de bonnes raisons : Achille aimait Roland Bakroot, l’aîné.
[…]
Et sur lequel des deux le vieux vent dans sa barbe houleuse de sapins porte-t-il un regard favorable ? Quelqu’un peut-être choisit l’un et brise l’autre, ou en choisit un pour le mieux briser, nous ignorons encore lequel. »
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– l’aîné Roland interrogé par le narrateur sur les illustrations de des livres offerts par Achille
« Ces élucubrations étonnantes, cette exhaustion déraisonnable et quasi mantique, renfrognaient Roland : il savait tout cela certes, mais tout cela le faisait souffrir, malgré ses vains efforts il n’en pouvait tirer gloire. Il y avait dans son exégèse forcenée comme une panique d’interprétation, une douleur a priori, la terrible certitude d’errer ou d’omettre, et, quoi qu’il fît pour qu’on n’en crût rien, une foi amère en son indignité : un ignoble fantassin suisse, un de ces médiocres disciplinés par qui mourut le Téméraire, et qui, trop sûr de l’enfer à lui promis, se serait dissimulé parmi les glorieuses ombres bourguignonnes attendant leur part céleste, voilà ce que Roland pensait être parmi les livres. Et voilà pourquoi il taisait habituellement ses lectures, c’est-à-dire ses impostures »
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– la jalousie du narrateur
« C’était l’année de ma cinquième : je le sais précisément, puis qu’à cette époque moi-même, qui n’avais pas à mes lectures ce mentor ou ce mécène qu’était Achille, je découvrais seulement Le Livre de la jungle. Donc Roland, qui devait être alors en troisième, reçut un livre du même auteur, ce qui à la fois me conforta dans ma propre lecture – ce n’était pas un écrivain pour les seuls petits, comme Curwood ou Verne dont je commençais à avoir honte, mais que je n’en aimais que plus –, et me rendit très jaloux. »– un passage très fort où l’élection de Roland devient un fardeau (« il devait régler son pas de jeune homme quand même bouillant, quand même plein d’une certaine sève qu’il n’employait pas, sur le pas majestueux, lent et scandé comme un alexandrin, du grand vieux prof ») alors son frère jaloux reprend le dessus.
« Ils grandirent. La pesante aventure de la croissance finissait, on s’étonnait qu’elle ne fût pas éternelle. Roland ne se déridait pas : les livres l’avaient perdu, comme disent les bonnes gens, comme un peu plus tard me dit ma grand-mère. Perdu ? Il l’était, oui – il l’avait toujours été –, dans ce monde qu’il ne voyait guère aussi bien que dans les livres qui lui en tenaient lieu, mais c’était un lieu de refus, de supplication toujours repoussée et de méchanceté insondable, comme, sous les coutures serrées des lignes tenaces l’une à l’autre crochetées, la coquetterie d’enfer d’une femme cuirassée de plomb, qui est là-dessous, qu’on désire jusqu’au meurtre, et dont le défaut de l’armure qui est quelque part entre deux lignes, qu’en tremblant on suppose et cherche, qui sera au bout de cette page-là, au coin de ce paragraphe, est à jamais introuvable, tout proche et se dérobant ; et le lendemain de nouveau on la traque cette petite boutonnière, on va la trouver, tout s’ouvrira et enfin on sera délivré de lire, mais le soir vient et on referme la page d’invincible plomb, on tombe plomb soi-même. Il ne perçait pas le secret des auteurs, la belle robe qu’ils ont mise à l’écriture était trop agrafée pour que Roland Bakroot, de Saint-Priest-Palus, non seulement pût la trousser, mais sût même s’il y avait dessous une chair ou du vent : comme je pensais le comprendre, le renfrogné, le bachelier à la Triste Figure, moi dont la crétinerie lyrique prenait vers ce même temps son irréparable tournant, sa voie crénelée de plomb, son chemin de ronde où mon tournis m’emporte, où avec les Bakroot une fois encore je valse, vers je ne sais quelle dernière phrase que sur elle-même il me faudra boucler, Gros-Jean comme devant.
Rémi, lui, et dès la classe de seconde, savait bien qu’il y avait sous la robe des filles quelque chose, des riens qui se pouvaient intensément connaître. Ses collections – continuons à les appeler ainsi, puisque c’était bien le goût d’amasser et réactiver ce qui donne du plaisir qui le guidait encore, comme quand il était petit –, ses collections furent des photos de femmes ou de filles, soit qu’il les découpât dans des revues achetées en douce, starlettes décolletées, solaires, ou scabreuses brunes haut-jarretellées dans des feuilles libertines, soit que les collégiennes de l’autre lycée, le fabuleux, l’interdit où bruissaient des jupes plissées, soit donc que ces petites sœurs, qui n’étaient pas insensibles à son appétit sombre d’oisillon de proie, à ses cheveux de paille gelée et à ses airs gouapes, lui donnassent un médiocre portrait d’elles-mêmes, une photo prise là-bas dans le jardin l’année dernière avec la robe bleue, qu’en feignant d’hésiter beaucoup et se faisant prier elles lui cédaient enfin, avec des mots chuchotes et des pressions malhabiles du bout des doigts, quand vient l’heure de se quitter avec la nuit et qu’une très jeune fille est amoureuse un dimanche de novembre. Ces fleurs bleues aussi, ces gentillettes qui n’étaient encore ni scabreuses ni solaires mais avaient une chair étonnante et dont elles-mêmes s’étonnaient sous les façons sentimentales, elles consentaient qu’en leurs jupes la main de Rémi les trouvât ; et s’il n’en parlait guère, sinon en présence d’amis de son frère ou de son frère lui-même et dans le seul but de lui mieux faire mesurer l’écart entre la vie comblée de Rémi Bakroot et celle, stagnante et nulle, de Roland Bakroot, on n’en pouvait douter, car les jeudis il s’évanouissait hors de portée de ses condisciples dès la sortie du lycée, et s’il nous arrivait de le rencontrer c’était furtivement, dans un jardin public un peu sombre où une tête se penchait vers lui, ou tout au fond d’un café dépeuplé, à bouche-que-veux-tu avec une pucelle. Il n’était pourtant pas strictement beau gosse ; on connaît son menton grossier et son teint de mauvais linge ; on se doute que sa mise, qu’il voulait coquette, avait ces écourtements péquenots, cette insuffisance que j’ai dite batave : il portait toujours en quelque sorte la veste de suédine : c’est qu’il était de Saint-Priest-Palus lui aussi. Mais il les convoitait avec tant d’appétit, ces véroniques, ces petits gibiers tout neufs, que sûrement elles tremblaient de la faim inusitée qu’elles lui voyaient pour elles, pour leurs jupettes, leurs larmes et leur grand émoi ; elles se laissaient froisser la jupe, tirer des larmes, l’espéraient et le redoutaient, et, proies de sentiments contraires dont le brûlant conflit les éperdait, elles vacillaient de tout leur poids vers lui.
Il rentrait donc le dimanche soir, ou le jeudi, avec ce goût-là dans la bouche, cette brûlure à des lèvres que les petites ogresses avaient dévorées, et il arrivait que dans la large avenue qui conduit pompeusement au portail du lycée il rencontrât son frère, le prît de haut et peut-être le méprisât ou rapidement l’enviât (qui sait lequel des deux s’efforçait d’équivaloir l’autre, de celui dont l’intraitable maîtresse avait des jupes de plomb qui lui faisaient des mains de plomb, ou de l’autre, dont les mains excellentes connaissaient par cœur les détours du linge ? ) ; car à la même heure Roland rentrait lui aussi, avec sous le bras quelque livre et le froid seul ayant brûlé ses lèvres, le plus souvent encombré de la lourde sollicitude d’Achille, et il devait régler son pas de jeune homme quand même bouillant, quand même plein d’une certaine sève qu’il n’employait pas, sur le pas majestueux, lent et scandé comme un alexandrin, du grand vieux prof. À la porte, dans la pleine lumière qui tombait de la loge du concierge, les adieux n’en finissaient pas ; et Roland qui cent fois voulait y mettre fin mais s’attirait encore quelque chaud conseil, quelque exégèse sempiternellement radotée, quelque félicitation intempestive, Roland stoïque mais à la torture devinait, posés plaisamment sur lui et son peu décoratif ami, les regards ravis et goguenards de tous les gamins qui rentraient. Achille l’embrassait enfin et lentement remontait l’avenue sous les lampadaires, ses pas marquant les vers que sa tête savait, et des césures soudaines l’arrêtaient, un pied levé en l’air, avant qu’il basculât dans un autre hémistiche et marchant de nouveau scandât on ne savait quelle lettre morte, et les collégiennes en retard qui avaient raccompagné leur galant et se hâtaient vers leur sérail de poupées, quand elles croisaient cette borne s’esclaffaient, avec des rires frais disparaissaient, si heureuses d’ajouter aux souvenirs de ce beau jour qu’elles se rediraient avec délice le soir en s’en dormant, d’égayer leurs images de baisers et celles à quoi on peut à peine penser tant elles sont enivrantes et mettent le feu aux joues, de rompre tout cela qui est presque du drame par l’innocent fou rire qui vous a prise et vous reprend à l’évocation de ce vieux prof toqué, déplumé et perché sur une seule patte comme un héron. »
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– Achille devient sénile
« Il offrait donc toujours à Roland des livres, mais il arrivait de plus en plus souvent que ces cadeaux, comme réduits à leur seule fonction de don sans souci de leur contenu spécifique ni de leur appropriement au destinataire, dérapassent, manquassent leur but et fissent rougir Roland dont la gêne perpétuelle s’y comblait ; ainsi, il était déjà en Première et puisait sans doute dans le pot-pourri de célébrités du « livre de poche », où à cet âge on ne sait trop qui choisir de Huysmans ou de Sartre – mais cette indécision même vous flatte et vous consacre dans votre désir d’être adulte –, quand, cette année-là, Achille le gratifia d’un naïf Rosny « des âges farouches » et d’un Baron de Crac illustré : il ne l’avait pas vu grandir, cet enfant. »
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– Roland n’embrasse pas la vie et « échoue » dans une fac de lettres
« Roland, lui, se doutait bien que les auteurs ne parlent pas de vive voix ; il demeurait dans leur interminable silence ; il s’enfonçait de plus belle dans le tourbillon de ces passés que nul n’a jamais vécus, ces aventures comme arrivées à d’autres et qui pourtant n’arrivèrent à personne. Tout petit, il avait su un jour, avec enchantement ou dans un malaise, qu’à Mégara, dans ses jardins modem’style, Hamilcar avait donné un festin ; à la suite de deux quasi-jumeaux ennemis, l’un noir et l’autre brun, qui convoitent la même princesse, il s’était à jamais perdu dans ce pays « où l’on crucifie des lions » au passé simple, ce pays qui n’existait pas et qui pourtant portait le même nom vrai de Carthage, qui est dans Tite-Live. Dès lors, sa vie s’était fourvoyée dans les passés simples – je le sais, pour être lui. Maintenant, il apprenait qu’Emma mange à deux mains le fraternel poison couleur de sucre, que Pécuchet sur le tard adopte un semblant de frère pour l’aimer et le jalouser dans des semblants d’études, que le diable prend toutes les formes du frère pour amener sous son pied saint Antoine. Quand il levait la tête, quand les beaux passés simples s’effondraient dans ce que l’œil à l’instant voit, dans les feuilles qui bougent et le soleil qui réapparaît, le présent invincible était toujours là sous la forme de Rémi, le contemporain des choses, celui qui souffrait par les choses mêmes, Rémi qui troussait les filles et qui le regardait en riant : et dans ce présent rieur que Roland ne savait aborder qu’avec ses poings et sa dent cassée, il se jetait, il se donnait un pugilat encore ; cela suffisait à sa vraie vie peut-être. Àprès la philo, il échoua dans une fac de lettres, à Poitiers il me semble. »
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– Rémi a développé un rapport différent à l’école, plus instrumental.
« Sur les bancs du lycée, le petit Bakroot était brillant – son frère aussi avait été doué, il est vrai, à sa façon plus mate et comme absente. Rémi n’avait pas peur du monde, qui est une collection indéfiniment extensible de mots aux raccords imprévisibles, dans laquelle les disciplines scolaires se découpent on ne sait pourquoi un éventail plutôt qu’un autre, les petits mots poussant à ras de terre pour la botanique, le considérable éclat des mots tombés des étoiles pour l’optique, et les mots de l’optique suspendus sur ceux de la botanique pour la littérature française : ainsi Rémi jadis élisait tel jour les toupies, le lendemain les flotteurs à pêcher, et le surlendemain, s’étant avisé que flotteurs et toupies ayant la même forme peuvent n’être qu’une seule série en dépit de leurs fonctions diverses, il les réunissait. Il connaissait toutes ces règles farfelues et tyranniques qui donnent la maîtrise du présent : il pouvait aussi employer les passés simples, dans quoi le pauvre Roland s’était abîmé, mais ne leur soupçonnait pas d’autre vertu que celle d’épater un professeur puriste. Il bricolait à la perfection le latin et les mathématiques ; il savait manipuler et sournoisement faire varier les beaux leurres qui, dans une composition française, appâtent et subjuguent les profs fatigués, les pauvres crédules : il les mettait dans sa poche, eux aussi. Et puis, on le sait, il aimait les colifichets, les douloureux petits fétiches où la chose entière apparaît même en son absence ; il n’était pas Roland pour avoir l’outrecuidance de prétendre atteindre directement une essence toujours invérifiable ; il avait peur d’être mal habillé ; le shako ringard et les épaulettes écarlates le captivèrent : il prépara Saint-Cyr, et y fut admis.
Il m’écrivit de là-bas quelques lettres, ainsi qu’aux autres de la petite bande dispersée. Mais je ne le revis en grande tenue qu’une seule fois, et alors il était mort. »
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– le narrateur
« C’était pendant les vacances de Noël. Dans une fac des lettres où je n’avais pas rencontré Roland, j’hésitais encore entre les passés simples et le simple présent, et sûrement je préférais celui-ci quoique je sache déjà que mon trop grand appétit pour lui me vouait à l’autre, fétique, le renfrogné, l’anorexique. »
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– les funérailles de Rémi
« Pourtant, autant qu’on en pouvait juger sur cette rigidité ultime qui est un uniforme autrement parfait, sur ce mannequin anonyme d’où avaient disparu l’âme, le port et la façon, le petit geste du bout des doigts qui ramène au poignet une manchette et les cambrures infimes qui font avantageux, j’aurais juré qu’il l’avait mal porté, son uniforme : allons, c’était bien un saute-ruisseau des Flandres encombré de l’épée hidalgo. Le gros menton au garde-à-vous avait dû être un peu burlesque et méchant de se savoir tel, pétainiste, prêt à mal tourner : il valait peut-être mieux que le pantalon rouge fût affalé là, sur le gros couvre-pieds paysan, et que la tunique de suie ardente, cette ténèbre un peu luisante dans La flamme des chandelles, n’existât plus que pour me rappeler l’armure noire du Téméraire enfin inoffensif, allongé dans Nancy. Y pensait-il aussi Roland, Roland à qui cet uniforme avait été particulièrement dédié, l’Idiot, que nul n’appellerait plus ainsi, assis, spectral et le menton mauvais, touchant opiniâtrement de la langue sa dent, que la chose couchée là avait jadis brisée ? Je me demandais s’ils s’étaient un jour réconciliés, conciliés même du bout des lèvres, s’ils s’étaient dit quelque chose hors de leur amour fou, de leur colère tenace qui n’atteignaient pas les mots, qu’ils ne s’étaient donc jamais dits non plus. Roland regardait cette pâleur jadis si vive devenue petite pâleur, il la lisait comme un livre, renfrogné et stupéfait : aussi bien, Rémi était un livre, à présent. Autour de ce face-à-face, figurants, il y avait quelques cyrards gauches dont la quincaillerie incongrue tintait parfois dans l’ombre, de la parentèle des villages, les parents eux-mêmes, le père chauve et flamand, la mère hébétée avec de grands yeux lavés et flamande, tous les deux douloureux, désarmés, et fiers avec ça, d’enterrer un Samt-Cyrien. Ils étaient bien peu notables : c’était là pourtant, dans les jambes affairées de ce couple de paysans semblables à tant d’autres, que s’était fomentée on ne saurait jamais comment cette rivalité exclusive, ce tournoi à l’antique qui avait tant haussé les deux frères au-dessus d’eux-mêmes, les avait doués pour les études, avait suscité l’amour d’un vieux prof délaissé pour l’un et pour l’autre le goût de tant de filles, et s’était fini, comme il se doit, par la mort d’un. » -
Graindorge
InvitéAllez encore un peu de bonne pub pour Hélène. Déjà partagé.
Lézardes de Hélène Frédérick: correctrice. Écrivain
Extrait :
« Sur la terrasse derrière ton dos, vrais ou faux les cyprès ? Tu vois seulement leur reflet se balancer sur ton écran. Tu as dans le ventre des bouts de cylindre en métal noués à la place des tripes. Au mur, la photo d’un jeune inconnu te regarde. Pendant les temps morts – de plus en plus rares –, tu lui inventes une vie. Des cartes postales ; plus haut, une blague géante à propos d’une virgule. Ça circule, devant, dans les couloirs non éclairés. Ici comme ailleurs, il faut faire des économies. Il fait froid, le chef ouvre le boîtier fiché au mur pour t’expliquer comment mettre le chauffage, mais désolé en ce moment de toute façon il n’y en a pas. C’est une question de calendrier, c’est central, on ne contrôle rien. Ça circule d’autant plus vite et en doudoune dans les couloirs. Parfois ça regarde à l’intérieur, surtout l’icono aux jambes molles, mais rarement ça dit bonjour. Ça chante Les Parapluies de Cherbourg très fort et sans rire. La présence des dictionnaires à tes côtés heurte ta nonchalance. Au pays de l’exactitude, tu veux être une gigantesque coquille avec bras et jambes et sexe. On dit dans le milieu que plus les fautes sont grosses, moins on les remarque.
Du fond de ton antre, tu donnerais cher, en vérité, pour des phrases bancales ; tu cultives même un amour pour elles ; tu exècres ce qui est lisse ; tu as l’impression que ça se voit. Le cliquetis de tes ongles sur le clavier, ta bague amulette antibourde vient de loin, c’est un cadeau de ta tante qui lui vient de sa mère dont elle fut le souffre-douleur, autrement dit, elle te nuit peut-être. Menace ou protection, le doute ne te quitte pas, surtout depuis que tu as laissé un mauvais folio au sommaire alors que tu avais pourtant la bague au doigt. D’un naturel espiègle et plutôt doux, Œil de lynx, le chef qui voit tout, a hurlé ton prénom ce jour-là. Quand il est content et quand il a le temps, il vient te voir avec son petit calendrier des prochains bouclages : cela veut dire qu’il a besoin de tes services et que tu gagneras encore des sous. Peut-être ainsi vas-tu pouvoir continuer d’écrire et préserver ce qu’il reste de ta liberté en lambeaux. Tu ne le connais pas encore très bien mais, déjà, quand il a son petit calendrier entre les mains, tu l’aimes bien.
Certains jours tu es triste dans les bureaux modernes. Tes ongles cliquettent dans les ruines d’un temps récent. « -
Graindorge
Invité» La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas »
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