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Accueil Forums Forum général Avis littéraires 5

  • Ce sujet contient 373 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Christophe M, le il y a 26 minutes.
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  • Auteur
    Messages
    • #138043 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Nouvelle page car Avis littéraires 4 est bien pleine.

    • #138045 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Gabriel Tallent, l’auteur du très prometteur My Beautiful Darling (MBD), revient 8 ans plus tard avec « La Voie » (Crux en anglais), roman d’amitié entre un jeune homme (Dan) et une jeune femme (Tamma), autour de l’escalade. J’en suis à la moitié et dépité, c’est la cata, la boursouflure qui pointait dans MBD est partout, les dialogues sont longs, interminables, peu crédible (Tamma est en équilibre sur la paroie, littéralement à un doigt de se rompre le cou, et voilà qu’elle se met à blaguer avec son partenaire en lui demandant de dire à son enterrement qu’elle était un bon coup). Pourtant Babelio est dythirambique. On tient notre court-métrage sur l’escalade, mais pas encore le roman.
      On a envie de faire des jeux de mots sur l’auteur ayant perdu son patronyme, mais la brigade patrouille en ces lieux.

    • #138167 Répondre
      Seldoon
      Invité

      On l’a rapidement évoqué dans Avis littéraires 4, je développe ici.
      C’est avec autant de plaisir que de perplexité que je me suis plongé dans Les Orphelins, une histoire de Billy the Kid, qui fonctionne comme un beau compagnon de route fantôme de Tristesse de la Terre : après le portrait de celui qui a poursuivi son propre mythe toute sa vie, celui qui l’a subit dès sa mort. Fantôme car le récit semble en permanence glisser entre les doigts, entre les lignes. Pour une fois, Vuillard se trouve devant le problème de l’absence d’archives. On ne sait quasiment rien de Billy et de la majorité de ceux qui l’accompagnent ou qu’ils étripent. On sait en détail comment ils meurent, et pour le reste on a des pistes, des bouts de date, des hypothèses de généalogie. Alors on brode, rêvasse, disserte sur le mythe, la liberté et surtout sur la propriété, l’économie de marché, le suffrage universel, autant de gros mots qui suivant les envolée lyriques Vuillardienne font de superbes chutes de paragraphe.
      Manque de matière oblige, le livre est court, même pour un Vuillard. On en vient à se demander si les titres de chapitre sur une page entière, suivis systématiquement d’une autre page occupée par une petite photo ne sont pas là pour combler les trous. La narration habituelle de cet auteur, celle qui s’emballe volontiers pour partir sur plusieurs décennies avant de revenir aux événements, sautant de personnage en personnage, cale parfois ici, bloquée sur les quelques milliers d’hectares et les 3-4 ans de la vie active du Kid. On est alors surpris de trouver des lourdeurs ici et là, des pages qui se répètent trois fois, comme écrites d’une traite et que l’auteur n’avait pas pris le temps de choisir les meilleures formulations dans ce foisonnement de phrases et de figures de style. On trouve aussi toute la collection de l’utilisation des italiques jusqu’à en inventer de nouvelles. D’insistance, de distance, de mise en parallèle, de rythme (m’a proposé une autre Billy). On fera notre marché, et c’est peut être comme ça qu’il faut aborder tout Vuillard.
      La mise en lumière de ce petit rien du tout dont on ne sait rien, planqué qu’il est derrière le mythe et le spectacle, est évidemment le projet assumé du livre. Le contraste vient avec la description pointilleuse des intérêts économiques en jeu, l’histoire et la généalogie de ceux qui les représentent, des petits notables du comté de Lincoln jusqu’aux grosses huiles de DC. La rigueur vient quand Vuillard rappelle – explicitement ou par le style – que les desperados eux même sont les bras armés de ces mêmes forces et qu’en en certain lieu en un certain temps le capitalisme avait besoin de ces marges avant de les considérer comme des nuisibles. Il parasite alors sa propre prose – ici plus fidèle que d’habitude au petit garçon en lui avide d’écrire des variantes de « il lui décharge son révolver dans le bide » – qui le reste du temps sacralise ces gavroches sans pitié et livre sa version du mythe du pistolero-pouilleux-mais-parangon-de-liberté. J’ironise mais me délecte autant de la poésie naïve que de la description parfaite des bourgeois dont le corps est le prolongement de l’ordre : « Tout son être s’agglutinait autour du goulot des bouteilles de whisky que lui fournissait Dolan, et à travers son allure de somnambule on devinait les efforts sincères du gouvernement pour établir une justice impartiale au Nouveau-Mexique. »
      Le récit se pose tout de même le temps de quelques cavalcades rêvées et fusillades bien documentées, et là, Eric ne triche plus, on y est. Autant de scènes qui vont me faire replonger dans Pat Garrett et Billy le Kid de Peckinpah dès que j’en trouve le temps, j’en suis déjà heureux comme tout et désespéré par avance.
      Quant aux trous dont je me plaignais plus haut, au lecteur de les remplir, ce qui fut mon cas tout le long. Je me demande simplement si le livre tient aussi bien sans sa magnifique béquille qu’est Tristesse de la Terre. Et si le lecteur a besoin d’inspiration je ne saurais trop lui conseiller le documentaire de Ken Burns en deux parties régulièrement disponibles sur Arte, « Bison : une histoire de l’Amérique », qui dans une forme plan plan raconte implacablement la conquête de l’ouest comme une immense opération d’exploitation de ressources dirigée par les besoins de la révolutions industrielle en Europe et sur la côte Est.

      • #138168 Répondre
        Seldoon
        Invité

        « Bison : une histoire de l’Amérique » : par exemple disponible maintenant.
        https://www.arte.tv/fr/videos/117158-001-A/bison-une-histoire-de-l-amerique-1-2/

        • #138202 Répondre
          kenny
          Invité

          il m’a semblé qu’il avait épuisé son dispositif avec ce livre
          j’aimerais le voir revenir à des formats plus longs, comme Conquistadors, son meilleur livre
          voire s’essayer à des personnages fictifs
          voire, soyons fous, qu’il inscrive une fiction dans un cadre contemporain
          juste pour voir

          • #138204 Répondre
            Seldoon
            Invité

            C’est surtout comme je le dis plus haut que le dispositif est moins huilé face à l’absence de documentation. Et peut-être que ce livre là est écrit très vite, comme par quelqu’un d’un peu fébril. Peut-être. En tout cas il me nourrit.

            • #138207 Répondre
              kenny
              Invité

              il a mis dix ans à l’écrire, l’ai-je entendu dire

              • #138209 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Je ne l’ai pas encore écouté, on m’a conseillé ça : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/billy-the-kid-une-legende-americaine-avec-eric-vuillard-5128937
                Je ne doute pas que l’initiative date de Tristesse de la Terre, vu les ponts plus ou moins explicites. J’ai même du mal à le considérer en autonomie par rapport au grand frère. Maintenant faut voir ce que « mettre 10 ans à écrire » veut dire. Ca peut etre 10 ans de dur labeur jour après jours (sauf les jours sur les autres livres donc pas 10 ans), comme ça peut être une page de notes, plus rien pendant 10 ans, puis 2 semaines d’écriture frénétique.

                • #138210 Répondre
                  kenny
                  Invité

                  en fait 7 ans (2mn40)

            • #138301 Répondre
              Mao
              Invité

              Revenons un instant sur le dispositif qui me paraît en tant que tel inépuisable. J’aime particulièrement sa manière de s’appuyer sur les photographies d’époque qui pourrait parfaitement faire de ce texte un catalogue d’exposition.
              Je pense d’ailleurs que tout le travail de Vuillard consiste en l’élaboration d’un musée alternatif, une sorte de contre-musée, qui serait un musée des horreurs. De même qu’il existe au Vietnam un musée des crimes de guerre américains, Vuillard dresse livre après livre un catalogue des crimes et rapines qui ont fondé l’Occident capitaliste.
              Quoi qu’on en dise le manque de documentation concernant la seule personne de « Billy the kid » ne l’empêche pas de cerner qui était ce jeune homme et ses semblables dans cette époque si particulière pour les confronter aux mythes et légendes qu’on aura cherché à imposer dans la mémoire collective.
              Je trouve qu’il parvient à dégager une question très forte qui ne manque pas de m’interroger selon laquelle toute liberté serait intimement liée à l’emploi d’une grande violence. Il nous dit peu ou prou, sans violence pas de liberté. C’est quand même pas rien. Il m’était venu le même type de réflexions à la lecture du livre de Marcus Rediker sur la piraterie.

              • #138323 Répondre
                Seldoon
                Invité

                « ne l’empêche pas de cerner qui était ce jeune homme et ses semblables dans cette époque »
                Eh bien si justement, ça l’en empêche. Son geste est de rêver son propre Billy et d’en faire la jeunesse même (ce qui a déjà été fait, par Peckinpah cité plus haut par exemple) mais la jeunesse perdue, de ces marges là. Mais il ne cerne pas Billy, il lui fabrique un autre mythe, disons un contre-mythe, sans pour autant nier complètement le mythe dominant, dans lequel, dit il, se nichait déjà une part de vérité. Tout cela est très conscient de la part de Vuillard, qui ne fait quasiment pas exister Billy en tant que personnage, mais il ne faut pas nier que l’impasse qui crée ce livre est aussi celle qui le limite.
                Je trouve particulièrement touchant le dernier chapitre où ellipsant à la dernière seconde la mort du kid on détaille au contraire celle de son frère supposé. Là on a enfin un personnage, un humain « bien cerné » – qui est, justement, le kid et tous les autres, malgré l’absence de flingues et de spectacle. C’est un geste aussi similaire qu’opposé à celui du dernier chapitre de Tristesse : là aussi on sautait à un autre personnage, mais il était l’antithèse de Buffalo Bill. Il était le choix du non spectaculaire.

                • #138338 Répondre
                  Mao
                  Invité

                  Si par « cerner Billy » tu entends saisir Billy comme personnage historique, personne ne le peut et Vuillard n’en a d’ailleurs pas l’intention. Ce qui l’intéresse, c’est précisément l’envers du mythe. C’est fabriquer un contre-mythe, en assumant le manque d’archives.
                  Mais quand je disais « cerner », je pensais plutôt à cerner ce dont Billy the Kid est le nom. Il est le nom d’une époque, d’une condition, et surtout l’énième instrument de la fabrique du mythe fondatrice qui recouvre et justifie la violence fondatrice.

                  • #138358 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Alors on est presque d’accord.

        • #138243 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Merci Seldoon

        • #138254 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Dommage. Pas disponible bien que je sois en France car téléphone espagnol. Peut-être depuis la bibliothèque demain

    • #138285 Répondre
      Oscar
      Invité

       » Il a seize ans. Il dort dehors, sous un buisson, mendie un peu, inspire confiance, trahit ceux qui lui viennent en aide, ne sait s’en empêcher. Dès qu’il inspire un peu d’affection, un peu d’amour, il déserte. Il veut se faire haïr. Nous ne savons rien de cette période de sa vie, mais nous ne savons presque rien de sa vie avant qu’il ne meure. Billy ne nous sera livré qu’une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. Mais le jeune Billy, l’adolescent, celui qui a été jeté en prison pour avoir volé un peu de linge, on ne le connaît pas. On ne connaît jamais les adolescents. Ils nous évitent, nous mentent. Tout ce qui est correct, régulier, nos lois, nos mœurs, leur font horreur. Et Billy, du fond de son horreur pour nous, de son insondable malheur, de son honnêteté endurcie, vola du linge et des vêtements miteux. Il aimait prendre ce qui est aux autres, il voulait tout pour lui, essayer les vêtements en vitesse, se regarder dans la glace, s’admirer, froisser le linge, briser le miroir à coups de pied et jeter tout ça dans un trou.

      Nos richesses sont faites pour gémir. Il n’y a rien de plus repoussant que l’abondance. Tout est à nous. Les biens des autres nous appartiennent. Ce qui n’est pas à nous nous appartient depuis toujours. Je suis ce paquet de linge qui traîne chez le blanchisseur, cette jument est à moi, ce beau costume m’appelle, ma main se tend, je veux déchirer quelque chose. D’ailleurs, ne faut-il pas les voler pour vraiment savoir ce que sont les choses ? Ne faut-il pas les prendre si l’on veut savoir à qui elles appartiennent ? Ah ! Je veux sentir ce battement de cœur en pénétrant chez quelqu’un d’autre, casser la vitre, forcer la porte. Je veux entrer sans que l’on m’invite. Les maisons sont vides, les mains nues. Tout sera détruit, et détruire c’est aimer. Et Billy aimait beaucoup. Il aimait le beau linge, les vêtements bien taillés. Il n’aimait que l’argent des autres.
      C’est ainsi qu’il commença et termina de vivre. Il se fit rapidement voleur de chevaux. La motte de beurre, le sac de linge, c’étaient des vols pour appeler à l’aide, être puni. Mais à présent, il voulait vivre ; et pour vivre, il volait des chevaux, leur fouettait les côtes, galopait en direction d’un ranch et marchandait sa proie. Et puisque la vie ne rapporte rien, il tirait un coup de révolver afin d’entendre claquer la poudre dans le néant. La nuit, il s’endormait tout à coup, seul, au bord des routes, sous une couverture sale, les pieds couverts d’ampoules. Il ne se lavait pas. Il veillait tard. Au matin, le visage bouffi par le sommeil, les membres lourds, il pénétrait dans un corral, glissait sous la barrière et repartait à cru, heureux. C’était un voleur. Le plaisir de voler est considérable. On ne sait où l’on va, ni ce que l’on fait. La soirée termine n’importe où. On discute avec un inconnu, on lui raconte sa vie. Tout le monde raconte sa vie. Billy aussi raconte sa vie, mais personne ne l’écoute. Le mot desperado est une dégradation du mot espagnol desesperado qui signifie « désespéré ». »

      • #138286 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Oscar
        Il est possible que j’ai mes regles
        Mais autant j’aime les passages sur le linge
        Autant je trouve en trop certaines phrases
        « Il veut se faire haïr » «  il voulait tout pour lui »
        « On ne connaît jamais les adolescents. Ils nous évitent . « J’aurais apprécié par exemple un arret à cette lisière

      • #138287 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci aussi Oscar
        C’est l’extrait de quel livre stp?

        • #138291 Répondre
          Oscar
          Invité

          Les orphelins d’Éric Vuillard, ça me paraissait évident vu les messages du fil ¡
          Comment ça se fait que tu n’aies pas accès aux replay Rf, Ft etc, je comprends pas.

        • #138425 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Merci Oscar
          Comme dit, ayant un téléphone portable espagnol je lis  » pas disponible depuis votre zone géographique bien qu’en ce moment je suis à Nice🤷🏽‍♀️

    • #138340 Répondre
      Samuel
      Invité

      Je suis tombé sur cette discussion https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/quest-ce-quon-lit/ car très curieux de l’avis de FB sur l’autofiction.
      Est-ce que tu as eu l’occasion de lire Knausgård ? Il boxe dans une toute autre catégorie que Édouard Louis et Annie Ernaux, si je puis me permettre, dont je sais que tu ne portes pas dans ton cœur.
      Bien sûr que l’autofiction est en vogue et qu’elle se vend très bien, mais là où K va plus loin est dans son style, déjà, et dans son art de reconstituer toute la matière du quotidien (je pense qu’on peut utiliser l’expression de fête de la matière) mêlé aux souvenirs d’enfance.
      Je crois que l’appellatif cliché de Proust moderne n’a pas aidé pour sa réputation (hormis commerciale, peut-être) mais à mon humble avis c’est un géant littéraire. Je serais très curieux de savoir ce que les gens ici en pensent.

    • #138410 Répondre
      MA
      Invité

      Arno Bertina, titulaire de la chaire de création artistique à l’EHESS, avec comme thème cette année Les récits documentaires en littérature. Ouvert aux auditeurs libres.
      https://enseignements.ehess.fr/2025-2026/ue/885

    • #138440 Répondre
      MA
      Invité

      Avez-vous deja lu du Antonio Lobo Antunes?

      • #138443 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Trouvé ça

        António Lobo Antunes: «J’écris en tâchant de dire ce que le livre attend de moi» | Mediapart https://share.google/uOyWlUCIIIhHyYH5m

        • #138454 Répondre
          MA
          Invité

          Merci pour le partage. Vais lire cela. J’avais tente un de ces romans mais je n’avais pas accroche. Si d’autres ont essaye.

          • #138486 Répondre
            Christophe M
            Invité

            J’ai lu il y a quelques années La splendeur du Portugal, titre antiphrastique, la fin de l’occupation portugaise en Angola n’ayant pas été splendide. Roman très âpre, très sombre, j’en ai gardé un bon souvenir.

            • #138668 Répondre
              MA
              Invité

              Ok. Merci. Vais peut- etre regarder de ce cote-la.

    • #138656 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Le dernier livre de Jérôme Ferrari vient de sortir Très brève théorie de l’enfer , chez Acte Sud/Nyssen

      • #138661 Répondre
        diegoVSKevin
        Invité

        On l’achète chez chez Acte Sud/Nyssen ? beurkkk

    • #138941 Répondre
      edouard demontvalon
      Invité

      Je recommande

      Vitaliano Trevisan, Works, vient d’être traduit en français (600 p.) chez Verdier. Auteur italien du Veneto, mort suicidé en 2022.

      Inqualifiable, sorte de prolétaire néolibéral, qui refaisait sa vie tous les deux mois. Il enchaîne les métiers techniques (formation de géomètre) avec les boulots de la périphérie industrielle de Vicenza, et puis les chiants boulots de n’importe quelle périphérie, et puis les saisons de chômage, de deal, et de création / errance, en Bavière, notamment, où il est glacier, et à Hanovre, je crois, où il a un ami architecte. Vers la fin, car il raconte toute sa vie, ou à peu près quarante années de celle-ci, il finit par côtoyer les sphères socio-professionnelles CSP+ du Veneto : un passage de six mois au cabinet de Carlo Scarpa, dont il devient le jeune premier : celui-ci l’initie à la Fenice de Venise, et à l’architecture de Palladio, avant de le jeter à la poubelle des prétendants. Encore après – bien que la restitution chronologique ne soit pas claire et c’est tant mieux – une collaboration filmique avec Matteo Garrone et théâtrale avec Toni Servillo. Ce dernier en tant que metteur en scène. Trevisan se fout de sa gueule, ils ont un désaccord sur la mise en scène du « bleu de travail » des acteurs

      Mentions :
      – la période où il est couvreur et où il raconte les dangers, mais aussi les joies du travail en altitude avec les camarades. Le risque, la mort, les toits. Le compagnonnage dans les bars du coin que lui, habitant de la zone depuis 40 ans ne connaissait pas. Passage situé au milieu du livre, comme un plateau d’intensité

      – le moment où il ne trouve plus le site de l’entretien d’embauche, dans une périphérie de Brendola, pour une soi-disant usine de manèges, jusqu’à apercevoir, à l’angle d’une impasse d’une rue de dépôt industriel, un grand rat en vitrorésine. La manager, lui racontera l’histoire de l’entreprise, comme quoi celle-ci fournit depuis sa création le parc Disneyland

      – Description de la périphérie de la périphérie de Vicenza comme « gigantesque spermodrome à ciel ouvert » qui rivalise avec la Hollande, et Amsterdam. Propositions de réformes politiques et sociales sur la légalisation de la prostitution

      – Fréquentation des prostituées nigérianes, qui donnera par suite un deuxième chef d’oeuvre, plus succinct, Black Tulips (non-traduit) où il rapporte son voyage dans la périphérie de Lagos sous une forme de carnet de notes. J’ai pas de mots pour ça : sublime ?

      – Considérations sur la perspective de la Renaissance, l’industrie italienne, la politique italienne, PPP, la corruption dans l’edilizia, l’immobilier en Italie du Nord

      – Non féodalisation de sa pensée intellectuelle à la « pensée française ». Esthétiquement, tourné davantage vers l’Allemagne et l’Italie

      Si je devais conclure sur cet auteur, sorte de surhomme néolibéral comparable à un Léonard de Vinci : profil polytechnique, qui s’employait à pas mal de choses hétérogènes, avec la force non commensurable du désespoir, et qu’il a réunies sous le trait unifiant de « Works ». En ce qui concerne l’écriture : sous l’égide de Beckett, Bernhard, et Laurence Sterne, écriture forcenée, fluide, bizarre, et qui ne cache pas sa quête de forme, dans l’absence de style. Fraye avec une forme expérimentale hybride. En fait, l’oeuvre me fait penser à un moteur, tel qu’il est décrit par Simondon dans de l’existence des objets techniques, tel aussi qu’ils sont, quand on ouvre le capot et qu’on voit tout ça, les mains pleines d’huile ou pas. Mais, en un autre sens, l’oeuvre me fait penser aux Essais de Montaigne. J’en conclus que l’oeuvre arrive à habiter et négocier ces deux formes, techniques et artistiques, qu’elle y a trouvé un interstice où proliférer et se compromettre et c’est pourquoi j’en reviens à Léonard de Vinci plus qu’autre chose.

    • #139082 Répondre
      Cyril
      Invité

      Bonjour François, j’aimerais ce que tu penses des auteurs suivants : Blanchot, Bataille, Klossowski.
      Je suis très intrigué par cette génération qui précède les Deleuze, Foucault, la french theory pour aller vite. Est-ce un romantisme noir mâtiné d’anthropologie ? La figure de Sade est omniprésente. Celle de Nietzsche aussi, Heidegger je crois…
      Si je lis Bataille avec plaisir, les deux autres me paraissent d’une grande difficulté.

      • #139128 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Klossowski jamais réussi à lire, meme son livre sur Nietzsche.
        Les essais de Blanchot se lisent facilement je trouve. S’y décline une conception de la lettre qui vaut d’etre sue. Une sorte d’absolu de la littérature envisagée comme lettre pure. Pas trop en abuser quand même. Tu peux essayer quelques romans aussi. C’est une expérience.
        Bataille encore mieux, surtout ses romans. Les essais ça fait longtemps que je n’y ai pas touché. Mais franchement Bataille c’est quelque chose (je ne sais pas exactement quoi mais : quelque chose)

        • #139139 Répondre
          Coutard
          Invité

          L’avis d’un autre grand écrivain français sur la question :

          ‘mais le pire sans doute fut une lecture d’une heure de Blanchot pour France Culture, jamais elle n’aurait soupçonné me dit-elle l’existence de merdes pareilles, c’était stupéfiant me dit-elle qu’on ose proposer au public de telles conneries.’ Michel Houellebecq, Sérotonine, Paris, Flammarion, p. 109-110

          • #139142 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            En bon penseur contre -révolutionnaire et anti-moderne, H n’a eu de cesse de chier sur tout ce qui incarnait la modernité littéraire (le Nouveau roman, etc) autant que la modernité politique (et d’abord 68). Sa fixette réactionnaire étant précisément sur les années de faste critique : les trente années après la guerre.

            • #139144 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              on retrouve d’ailleurs dans les lignes citées le déversoir d’opinions qui caractérise la littérature de droite

              • #139147 Répondre
                Samuel Lebesgue
                Invité

                J’ajouterais mépris d’une certaine modernité cinématographique : relire les lignes sur Godard dans les particules

                • #139151 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  oui tout à fait chier sur Godard fait partie du kit anti-moderne
                  à quoi d’ailleurs on serait curieux de voir ce que Michel lui préfère
                  les films de Nicloux?

                  • #139157 Répondre
                    Samuel Lebesgue
                    Invité

                    Toujours dans les particules (son livre le plus théorique, le plus opinion-centré à mon avis) , il considère le triptyque les valseuses – orange mécanique – phantom of the Paradise comme représentatif de la violence des années 70. J’y décèle un mélange de fascination et de rejet pour ces œuvres.

                    • #139158 Répondre
                      Samuel Lebesgue
                      Invité

                      Cette fascination/rejet serait d’ailleurs à creuser dans son œuvre : science, transhumanisme, rock, télévision, grandes surfaces, sexualité libre… Tout cela l’intéresse, le fascine, mais je pense qu’il y voit une forme de décadence

                      • #139164 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        attention, l’anti-moderne se caractérise par le refus de la pensée moderne, mais pas tant des éléments de la « vie moderne »
                        son rejet à vomir de toute la pensée moderne – avec des pics de haine pour les libertaires et le féminisme – est, lui, sans fascination : d’une univocité et d’une constance parfaites

                      • #139209 Répondre
                        Samuel Lebesgue
                        Invité

                        Effectivement, le monde selon Houellebecq n’est rien d’autre qu’insatisfaction, imperfection et médiocrité, dans lequel les individus sont impuissants et se dépatouillent comme ils peuvent. Mais les féministes, 68ards et autres communistes sont eux considérés comme de véritables figures du Mal.

                        Rien à voir mais je me demande comment il a atterri dans les films de Delepine et Kervern

                      • #139218 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Jusqu’à Soumission MH était vu par la gauche comme un critique de la modernité libérale et lorsqu’il est apparu dans les années 90 il faisait illusion,il faut se souvenir de ce qu’étaient ces années là,la chute du mur,la fin de la guerre froide,le libéralisme triomphant et bien aidé par la gauche de gouvernement,arrive alors Houellebecq et sa noirceur dans laquelle on se reconnaît,on y voit un allié.

                      • #139222 Répondre
                        Samuel Lebesgue
                        Invité

                        Qui était pourtant, dès son second roman (et peut-être dès le premier ?) stylistiquement résolument anti-moderne. Il n’a d’ailleurs jamais caché sa volonté d’un retour à Balzac, en enterrant au passage toute la modernité, de Sartre et Céline aux post-modernes en passant par le nouveau roman.

                        Voir un Houellebecq un ‘allié’, même en 98, relève de la politimanie primaire (je n’emploierais d’ailleurs jamais le terme d’ ‘allié’ pour un artiste)

                      • #139224 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Je ne faisais que répondre à ta question sur sa présence chez Delépine qui semblait t’étonner et c’est pourquoi j’ai employé le mot d’allié dont je me fous tout autant que toi.

                      • #139225 Répondre
                        Samuel Lebesgue
                        Invité

                        Nulle invective dans mon propos, je ne parlais pas de toi en évoquant la ‘politimanie primaire’.

                        Mais pas certain que D&K en aient eux non plus quoi que ce soit à faire de la notion d’ ‘allié’. D’où mon étonnement persistant. Qu’est-ce qui te pousse à vouloir que MH joue dans ton film ? Chez Nicloux au moins c’est clair : pour son potentiel comique plus ou moins involontaire. Mais dans near death experience (film que j’aime bien par ailleurs), qui n’est pas à proprement parler une comédie, c’est plus flou

                      • #139226 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Mais moi aussi j’aime bien ce film, bien que je ne l’ai pas revu depuis,il me semble qu’il a été écrit pour MH,qu’il en est fortement inspiré et dans mon souvenir c’était assez drôle.

                      • #139233 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Tony : historiquement, c’est dès Les particules élémentaires que la majorité des gens de gauche qui lisent ont vu que Houellebcq n’était pas un allié.
                        Sont demeurés quelques retardataires, dont j’ai analysé les possibles ressorts dans Comme une mule
                        Concernant Kervern et Delépine, il est évident que leur coté Houellebecq-Depardieu-Poelvorde fait ressortir ce qu’il y de franchouille dans leur anarchisme paillard. Ce qu’il peut y avoir d’idiosyncrasie gauloise dans leurs sarrcasmes (le pinard le fromage les potes). Et ce qu’il peut y avoir de confus dans le bloc soudé par l’ennemi commun « libéral » (et d’ambiguité dans « libéral », comme mille fois dit)

                      • #139235 Répondre
                        Samuel Lebesgue
                        Invité

                        (Sur d&k) : tu mets des mots là où je n’arrivais pas à mettre le doigt (ah c’est quand même fort un écrivain, pourquoi de mauvaises fées se sont elles penchées sur mon berceau ne me rendant bon qu’à faire des maths ? )

                        Puisque mon message dans l’autre fil est resté lettre morte, je serais preneur d’avis ou de réflexions sur Nicloux et notamment sa Houellebecquienne trilogie

                      • #139269 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Nicloux a au moins le mérite de la singularité, et de tenter des trucs, et par exemple d’unir à l’écran Gardin et Houellebecq. Rien que pour ça, merci.
                        Le mec est douteux : c’est à la fois une qualité et un défaut. Il zone en lisière de choses vraiment pas jolies (et notamment dans le film mentionné)
                        Houellebecq est souvent assez passionnant dans ses films – c’est comme acteur que je le préfère- mais d’en avoir fait son acteur fétiche est de nature à nous indiquer avec quoi joue Nicloux. Avec quel feu il joue.

                      • #139236 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Nous revoilà face à face cher Dr, le terme d’anti-moderne est plus complexe que vous ne le pensez, plus complexe aussi que ce que pense ce bon Antoine Compagnon, qui a toutefois l’intuition très féconde de définir l’anti-moderne dans sa différence avec le conservateur.
                        Aussi, comme cette idée de « la fin de l’Histoire », qui n’est pas exclusive de Fukuyama, il y aurait autant de version de la fin de l’Histoire qu’il n’y a de personnes pour en parler. Ce concept d’anti-moderne, je le résumerai en 2 possibilités très différentes en m’accordant à la définition qu’en donne Compagnon.
                        1- Selon la modernité et aussi d’après Compagnon, certains se sont toujours dit progressistes, d’autres toujours conservateurs et d’autres encore toujours anti-modernes. D’où le titre de l’ouvrage de Compagnon « Les anti-modernes de Joseph de Maistres à Roland Barthes » ce qui lui a valu quelques critiques pour Barthes mais passons. Compagnon distingue l’anti-moderne du conservateur, ce dernier étant nostalgique du passé et ayant horreur du présent (M Houellebecq) alors que l’AM cherche à communiquer avec le passé par crainte du tabula rasa d’une part et surtout par hostilité envers un progressisme ininterrompu, téléologique et au final idéaliste dans le pire sens du terme. En revanche il n’est pas contre l’histoire en tant que processus évolutif. J’abrège.
                        2- Il y a ceux qui n’ont pas toujours été progressiste, et d’autres pas toujours été AM. Au-delà de Compagnon, ce qu’il y a d’intéressant dans cet aspect des choses cher Dr, c’est quand, ce sont les mêmes personnes qui ont d’abord été progressistes, puis sont devenus AM. Autrement dit, être progressiste jusque fin 1970, ce n’est pas la même chose que de toujours se déclarer progressiste en 2026. Il y aurait, selon Belkekett et d’autres avant lui, un phénomènes de réversibilité historique, qui fait qu’après l’orgasme des années 70, phénomène de libération plus que d’émancipation, la gueule de bois se fait douloureuse et ce qui a succédé aux expérimentations des années 60/70, le punk 77 et le disco en 78 en sont les derniers exemples de libération plus que d’émancipation, se qui a succédé c’est alors une quête de sens. Une fois libéré la femme, libéré le sexe, les forces productives, l’identité sexuelle etc, une fois libéré tout ça cher Dr il faut bien leur trouver un sens. Ça ne se fait pas de libérer les choses et de les laisser en plan. Les libéraux ont postulé qu’aucune autre quête n’était plus nécessaire que celle des marchés, les autres, dans leur gueule de bois ce sont dit qu’il fallait trouver un sens. Le sens se portant sur l’identification, la représentation, l’interprétation et la revendication, il a toutes les chances de finir dans l’identité voire l’identitaire, La vérité de l’identité, des femme, des hommes, des homosexuels etc etc, a l’exclusion bien sûr des formes symboliques qui elles ne jouent pas la quête du sens mais jouent sur d’autres regles. Une nouvelle dialectique s’est alors mise en route entre liberaux/conservateurs et éternels progressistes.
                        Par conséquent, l’AM est celui qui a su voir que cette opposition n’en est pas une et que le progressiste ne fait que reproduire, he oui comme on parlait de reproduction sociale, les mêmes idéaux, fantasmes, images, rêves qui, une fois libérés sont mises en réseaux pour circuler, proliférer indéfiniment, immergés dans une simulation de sens. L’AM lui, veut renouer avec d’autres façons de voir, penser, sentir, non englués dans la modernité occidentale. Par opposition au conservateur qui lui est nostalgique d’ordre et de rationalité cartésienne.
                        Capito ?

                  • #140110 Répondre
                    B. comme ma bite
                    Invité

                    Son film de cul avec de jeunes hollandaises, je pense, ça c’est du cinéma!

                    • #140127 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      Lui l’a mal digérée cette histoire. Il a regretté de ne pas avoir mis un masque avant de tourné.

                      • #140129 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Tourner*

        • #139167 Répondre
          Devino
          Invité

          Justement, je me permets de rebondir : je n’ai jamais réussi à « entrer » dans les essais de Bataille. J’aimerais retenter ma chance avec son oeuvre romanesque : quel roman vous paraît le plus adapté pour découvrir son univers ?

    • #139276 Répondre
      Charles
      Invité
      • #139279 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        curieux aussi
        je n’ai lu qu’un livre d’elle, et même écrit dessus, mais je n’ai aucun souvenir

        • #139282 Répondre
          MA
          Invité

          Est-ce-qu’il t’arrive de relire les critiques ou essais et romans que tu as ecrits?

          • #139443 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            essais et romans non jamais – trop occupé par ceux en cours
            les textes courts oui ça peut m’arriver, si des circonstances me remettent le nez dedans

            • #139458 Répondre
              Samuel_Belkekett
              Invité

              le nez dedans…

              • #139526 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                le « nez dedans » ne fait pas référence à la merde, comme tes points de suspension de blaireau le laissent entendre, mais à une chronique littéraire nommée « le nez dans le texte » que j’ai tenue pendant quinze ans et dont tu n’as pas lu une ligne

                • #139600 Répondre
                  Samuel_Belkekett
                  Invité

                  Hey! Mais je n’ai jamais fait preuve de vulgarité comme ça moi.
                  …=merde bah non alors.
                  Je vois que je t’agace bien davantage que les droitards de service qui sévissent sur ce forum.
                  Le nez dans le texte. Non je n’en ai pas entendu parler.
                  Si on peut trouver ça quelque part je ne demande pas mieux.
                  Les… Je les mets très souvent en fin de post, quant à l’expression le nez dedans, justement, guère de sens dans la phrase, je me demandais à quoi ça pouvait bien faire allusion.

      • #139422 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Ici l’intégralité de l’article. Pour mes tendances sherlockiennes, c’est un livre très tentant
        *****
        https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/11/declaration-de-la-personne-le-requisitoire-anticapitaliste-d-elfriede-jelinek_6670516_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1

        Oppressant et envoûtant, ce long monologue aurait pu s’intituler « Le Procès ». Un jour, sans qu’elle ait rien à se reprocher, dix hommes viennent frapper à la porte d’une écrivaine. Comme Joseph K., le héros de Franz Kafka, Elfi, double fictif d’Elfriede Jelinek, devient du jour au lendemain la proie d’un appareil administratif « monstrueux », qui cherche à la condamner. Sur ordonnance d’un juge de Bavière et sans préavis, les agents de l’Etat allemand pénètrent dans la maison de cette femme seule et âgée, « comme des loups », jettent ses peluches, vident ses tiroirs et saisissent la totalité de ses papiers.

        Déclaration de la personne, le nouveau livre de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature en 2004, est le récit d’une enquête fiscale, un interrogatoire poussé, où tout peut être utilisé contre l’accusée, jusqu’à sa petite culotte « lavée par erreur avec du linge foncé ». La nature exacte des procédés frauduleux qui lui sont reprochés demeure opaque tout au long du livre, sans doute à l’image des démêlés réels d’Elfriede ­Jelinek avec le fisc allemand.

        Citoyenne autrichienne, mariée à un Bavarois et partageant sa vie entre Munich et Vienne, l’écrivaine du roman déclare tous ses impôts dans son pays natal. Mais l’Etat allemand exige aussi sa dîme : « Prouvez-le ou on vous fera payer. » La voix de l’accusation harcèle la victime de questions, cherche à prouver que l’Allemagne est son véritable lieu de résidence, fouille jusque dans les moindres recoins de sa vie privée. L’affaire est finalement classée sans suite, sans que, là non plus, le lecteur comprenne vraiment comment ni pourquoi. Injustement incriminée, salie dans son intimité, l’accusée revendique le droit de ne pas davantage s’appesantir sur son cas : « Je ne suis pas une station d’épuration, la saleté me reste collée à la peau. »

        « Monstre indomptable »
        Dépassant le cadre de sa propre enquête, elle passe alors à l’offensive. ­Déclaration de la personne est aussi une virulente diatribe, une attaque en règle contre la fraude massive et généralisée, contre l’inégalité de traitement entre les pauvres et les riches, ceux qui n’ont rien et que l’on suspecte, ceux qui ont toujours plus et que l’on ne poursuit pas. Elfi « bouillonne de colère », sent la haine monter, essaie de retenir de toutes ses forces le « monstre indomptable » qu’est devenue sa langue. La parole change de camp, et l’accusée se transforme en accusatrice. C’est elle qui pose à présent les questions : et les millions d’euros du Bayern Munich ? les milliards d’euros des « CumEx Files » ? Et la Suisse, Chypre, les « Panama Papers » ? Tout cet argent qui s’envole et change de couleur ?

        Lire aussi | « Elfriede Jelinek. La langue à bras-le-corps », sur Arte : le portrait-collage d’une « plasticienne de la société », Prix Nobel de littérature 2004

        Elfriede Jelinek a toujours critiqué la recherche effrénée du profit et montré du doigt les profiteurs, comme dans sa comédie économique Die Kontrakte des Kaufmanns (« les contrats du commerçant », Rowohlt, 2009, non traduit). Mais la sophistication des montages financiers dépasse désormais l’entendement. Car ces fraudeurs de haut rang n’échappent plus seulement à l’impôt, ils se font rembourser par le fisc des sommes qu’ils n’ont jamais versées. « On reçoit maintenant beaucoup pour rien, c’est nouveau », ironise Elfi. Et en toute impunité. Son verdict est sans appel : le summum du capitalisme est atteint, il ne peut pas aller plus loin. C’est sa « victoire finale », pour reprendre le titre de la pièce du même nom que l’écrivaine consacre, deux ans après la publication de Déclaration de la personne outre-Rhin, au retour de Trump au pouvoir (Endsieg, 2024, non publié).

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      • #139480 Répondre
        stephanie
        Invité

        j’ai lu La pianiste après avoir vu le film,j’ai peu de souvenir du livre contrairement au film

    • #139478 Répondre
      Tchitchikov
      Invité

      https://www.hors-serie.net/marguerite-duras-femme-politique/ Si cela n’a pas déjà été publié dans ce lieu malfamé, rempli de formalistes.

      • #139481 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Je n’ai jamais pu regardé Marguerite Duras en face et dans les yeux.
        Ni en vrai, ni à la télé. Trop de douleur, trop de souffrance. J’en aurais perdu tous mes moyens… moyen.

    • #139714 Répondre
      toni Erdmann
      Invité

      Je viens de finir Portnoy’s Complaint de Roth, et je n’avais jamais autant ri en lisant. Et je n’avais jamais pensé auparavant qu’un livre puisse me susciter des éclats de rire au même titre qu’un stand-up.
      Et donc je serais curieux de savoir : quels sont, pour vous, les livres les plus drôles ? Ceux qui vous ont vraiment suscité des éclats de rire ?

      • #139716 Répondre
        kenny
        Invité

        Mangeclous, mais j’avais 15 ans

      • #139718 Répondre
        Charles
        Invité

        Un long silence interrompu par le cri d’un griffon de Pierre Senges.
        Comme une mule, mais je ne me souviens plus du nom de l’auteur.

        • #139719 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Ben oui, j’avoue, Comme une mule m’a fait pouffer plus d’une fois. Notamment une petite phrase sur Hercule Poirot.

          Souvenir d’un roman de Chandler , Sur un air de navaja, sauf erreur. Philip Marlowe se trouve en butte avec une espèce de matador habillé avec des escarpins et portant un boléro. On l’imagine fringué comme James West dans Les Mystères de l’Ouest.
          Le mec dit à Marlowe un truc du genre: « Gaffe à si je m’énerve ».
          Philip Marlowa : « Tu fais quoi quand tu t’énerves? Tu danses le tango avec les écureuils? »
          Poilade

        • #139721 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Comme une mule est un livre de François Bégaudeau aux Éditions Stock. Maison d’édition depuis 1708
           » Liberté – Fidélité – Curiosité « 

      • #139720 Répondre
        Idiot
        Invité

        Moi je m’éclatais devant Stendhal (le rouge et le noir). J’ai pas le souvenir d’avoir franchement rigolé avec un contemporain, sauf peut-être Echenoz.

      • #139727 Répondre
        Malice
        Invité

        Les voyages de Gulliver
        Le Pentamerone
        Le Decameron
        Le journal de Sally Mara
        Les romans de Sue Townsend
        Belle du seigneur
        De FB, « La blessure la vraie », « Vers la douceur »

        • #139728 Répondre
          Alexandre
          Invité

          « Belle du seigneur »

          Je suis en train de le lire grâce à toi qui a impulsé la chose. Et m’a lecture est bien engagée (puisque pour mémoire, je confessais avoir vu le livre me tomber des mains lors d’une première tentative).
          Mais j’ai du mal à rire de bon cœur : Deume est trop con pour être drôle. Je veux dire qu’on a pas le droit d’être aussi con. Je veux dire que j’en veux à Cohen de mettre les rieurs de son côté à si bon compte. Sérieusement, qui peut se reconnaître dans une connerie pareille?

          • #139730 Répondre
            Malice
            Invité

            Deume c’est un dossier intéressant ( j’en profite pour dire que je ne pense pas qu’il soit le seul personnage drôle du roman – Ariane, Mangeclous et le beau-père me font beaucoup rire aussi)
            Il y a des aspects de lui qui me font me dire que Cohen charge un peu la mule ( son admiration béate des toilettes de son lieu de travail, sa servilité devant Solal). Mais très souvent je trouve que ses comportements enfantins, animaux, montrent que Cohen ne le considère pas juste comme un gros con. Je sens une tendresse, surtout dans un passage dont j’ai déjà parlé : le moment où Adrien découvre qu’il est quitté. Un grand moment du roman, peut-être mon préféré, parce-que Cohen décrit un sincère amour de blaireau, un désespoir pas si désespéré; l’oscillation entre dépression, tragédie, ridicule et légèreté est magnifique. J’ai été très émue par ce personnage qui est pourtant un des moins aimables. Mais bon, j’ai tendance à aimer les personnages de cons bien gratinés – mes héros de série préférés sont Bernard Black et Larry David.

            • #139731 Répondre
              Malice
              Invité

              ps je me reconnais dans la connerie d’un Deume, je peux en souffrir d’ailleurs; quand je me retourne sur des propos ou des comportements que j’ai pu avoir dans le passé ( lointain comme proche) je me dis : c’est quand même difficile d’avoir de la dignité sur cette terre. J’aime que Cohen en atteste et en fasse de grands moment de littérature. Il élève la bouilllasse ( drôle de phrase)

              • #139737 Répondre
                Tony
                Invité

                quand je me retourne sur des propos ou des comportements que j’ai pu avoir dans le passé ( lointain comme proche) je me dis : c’est quand même difficile d’avoir de la dignité sur cette terre.
                Merci pour le rire Malice, heureusement que les politiques de tout bord existent,quelque part ils ont leur utilité,ils nous consolent de cette dignité perdue!

              • #139738 Répondre
                kenny
                Invité

                j’ai lu tous les cohen et vu tous les cassavetes assez jeune
                je crains d’y revenir et d’altérer mon émotion

                • #139740 Répondre
                  kenny
                  Invité

                  *le souvenir de mon émotion

            • #139752 Répondre
              Alexandre
              Invité

              « j’en profite pour dire que je ne pense pas qu’il soit le seul personnage drôle du roman – Ariane, Mangeclous et le beau-père me font beaucoup rire aussi) »
              Bien sûr je n’en suis que là où j’en suis mais je vois ce que tu veux pour Ariane qui a de jolis moments de « flux de conscience » charmants et drolatiques, oui. Un peu folâtres.
              Pour l’instant , c’est ce que j’ai préféré.

              • #139753 Répondre
                Alexandre
                Invité

                ce que tu veux dire

              • #139766 Répondre
                Malice
                Invité

                Oui, Ariane a une vie intérieure un peu folle; un des grands sujets du livre m’a paru être à quel point sa vie bourgeoise, maritale et même d’amante empêche cette folie de s’épanouir. Elle a en elle une écrivaine, une femme qui pourrait s’émanciper, laisser libre cours à sa fantaisie; dès le début du roman elle est cloîtrée et sous véronal.
                Où en es-tu de ta lecture, que je ne te spoile pas?

                • #139777 Répondre
                  Alexandre
                  Invité

                  Deume a eu sa promo et il se sent plus pisser.

                  • #139816 Répondre
                    toni Erdmann
                    Invité

                    Un prof de littérature m’avait fait remarquer quelque chose sur Belle du Seigneur : c’est un livre de l’attente. Les personnages attendent toujours quelque chose. C’est donc un livre anti-narratif par excellence, puisqu’on passe son temps dans l’esprit de gens à qui il n’arrive rien. Ce qui fait évènement est le non-évènement.

                    • #139821 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Très drôle d’ailleurs, Deume qui n’en fiche pas une dans son bureau, laissant moisir les dossiers; qui anticipe le savon de son supérieur; qui obtenant sa promo renaît de ses angoisses et se sent comme une jeune mariée près de Solal

                      • #139828 Répondre
                        Alexandre
                        Invité

                        Oui Cohen l' »éfféminise »

        • #139754 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Si et seulement si Malice tu veux bien dire une phrase sur chaque sur ce qui t’a fait rire?

          • #139765 Répondre
            Malice
            Invité

            Je n’ai plus le livre sous la main car je l’avais emprunté à ma chère médiathèque qui achète tous les cause perdues que je lui suggère
            Je crois me souvenir qu’Adrien, au désespoir d’être quitté, se retrouve sur le trône, je crois parce-qu’il est stressé par la situation.
            D’ailleurs j’ai lu un truc similaire dans un bouquin de Camille Laurens, une rupture pendant une gastro. Oui je suis un peu scato

            Sur babelio, trouvé ça : « Il s’assit sur une chaise, près du lit, se concentra, s’efforça de penser à son malheur pour arriver à pleurer. Enfin, les larmes arrivèrent et il tourna son visage du côté de sa femme pour les lui faire bien voir et n’en pas perdre le bénéfice. Elle baissa la tête car les femmes n’aiment guère les hommes qui pleurent, surtout si c’est à cause d’elles.

            Chérie, sois bonne, répéta-t-il pour attirer son attention car il s’agissait de profiter des larmes pendant qu’elles étaient encore là, avant leur évaporation »
            Ce comportement de môme, ça me met en joie

          • #139823 Répondre
            Malice
            Invité

            « oh le regard chien quand il commence à être chien quand il me regarde sérieux soucieux chien myope avec des intentions enfin quand il veut se servir de moi affreux ce qui est drôle c’est qu’il éternue quand ça lui vient quand il va faire le chien ça ne manque jamais il éternue deux fois atchoum atchoum et alors je me dis ça y est c’est le chien et je n’y coupe pas il va faire sa gymnastique sur moi et en même temps j’ai envie de rire quand il éternue et en même temps angoisse parce que ça va venir il va monter sur moi une bête dessus une bête dessous mais la dernière fois il a inauguré un système comique il me mordille d’abord ça me fait penser à un pékinois qui joue c’est très désagréable mais pourquoi est-ce que je lui dis pas de pas me mordiller c’est pour pas l’offenser ne ne ne faut dire les ne mais aussi parce que je déguste le grotesque comme dans l’autobus quand je suis envoûtée attirée par un visage affreux »

            ( Les délicates pensées d’Ariane au sujet de son mari)

      • #139729 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Le coeur synthétique, de Chloé Delhaume (et c’est le seul, aucun autre de ses autre livres ne m’a fait rire, j’ai plutôt été déçu).
        Faudrait peut-être recadrer, de l’Indéprimeuse.
        Le travailleur de l’extrême, de Äke Anställning.
        Les textes de Segré, gros rire silencieux, art consommé de la chute.

      • #140147 Répondre
        netflou
        Invité

        Ferdydurke de Gombro
        La lenteur, un roman mineur de Kundera, duquel Finkie n’a pu extraire aucune citation en 120 ans de Répliques pour lubrifier la roue : identité, Europe, immigratIon, marseillaise sifflée lors du match France / Algérie, identité, civilisation, les choses étaient quand même plus simple quand on était qu’entre……
        Variétés de la mort de Jérôme Ferrari ( il y a certains échos avec Portnoy)
        Un enlèvement bien sûr

    • #139722 Répondre
      Alain m
      Invité

      Un homme louche de François Beaune, un amour de Swann de Proust, Entre les murs, Scènes de la vie d’un faune d’Arno Schmidt, Mes amis d’Emmanuel Bove, Molloy de Beckett

      • #139723 Répondre
        Charles
        Invité

        Je suis en train de lire Mes amis de Bove, je trouve pas vraiment qu’on se fende la poire.

        • #139724 Répondre
          Samuel
          Invité

          D’accord avec Charles, et ce n’est vraiment pas dans un amour de Swann que Proust est le plus drôle… message ironique j’imagine ?

          • #139726 Répondre
            Alain m
            Invité

            Je ne prétends pas que Proust est le plus drôle dans un Amour de Swann m’étant arrêter à Nom de Pays il m’a juste fait marrer. Quant à Bove c’est sa manière d’enfoncer le clou dans la noirceur avec son sens du détail, quasi comme un manifeste du désespoir qui me l’a rendu drôle. Peut-être un moyen de m’en sortir et d’accepter les résonnances avec ma propre vie.

            • #139741 Répondre
              Samuel
              Invité

              Je comprends qu’on puisse trouver drôle cette noirceur. On la retrouve par moments dans les dimanches de Jean Dézert , à rapprocher des mes amis à bien des égards.

              • #139744 Répondre
                kenny
                Invité

                il y a des scènes avec charlus poilantes, je me souviens m’être marrée comme devant un sketch de lompret, notamment à partir de Côté Guermantes
                je les posterai à l’occasion

                • #139747 Répondre
                  Samuel
                  Invité

                  Oui et de souvenir ces aspects comiques s’intensifient dans S&G (Charlus) et la prisonnière avec des sortes d’auto-pastiches (les glaces) très réjouissants

                  • #139748 Répondre
                    Samuel
                    Invité

                    « Pour les glaces (car j’espère bien que vous ne m’en commanderez que prises dans ces moules démodés qui ont toutes les formes d’architecture possible), toutes les fois que j’en prends, temples, églises, obélisques, rochers, c’est comme une géographie pittoresque que je regarde d’abord et dont je convertis ensuite les monuments de framboise ou de vanille en fraîcheur dans mon gosier. » Je trouvais que c’était un peu trop bien dit, mais elle sentit que je trouvais que c’était bien dit et elle continua, en s’arrêtant un instant, quand sa comparaison était réussie, pour rire de son beau rire qui m’était si cruel parce qu’il était si voluptueux : « Mon Dieu, à l’hôtel Ritz je crains bien que vous ne trouviez des colonnes Vendôme de glace, de glace au chocolat ou à la framboise, et alors il en faut plusieurs pour que cela ait l’air de colonnes votives ou de pylônes élevés dans une allée à la gloire de la Fraîcheur. Ils font aussi des obélisques de framboise qui se dresseront de place en place dans le désert brûlant de ma soif et dont je ferai fondre le granit rose au fond de ma gorge qu’elles désaltéreront mieux que des oasis (et ici le rire profond éclata, soit de satisfaction de si bien parler, soit par moquerie d’elle-même de s’exprimer par images si suivies, soit, hélas ! par volupté physique de sentir en elle quelque chose de si bon, de si frais, qui lui causait l’équivalent d’une jouissance). Ces pics de glace du Ritz ont quelquefois l’air du mont Rose, et même, si la glace est au citron, je ne déteste pas qu’elle n’ait pas de forme monumentale, qu’elle soit irrégulière, abrupte, comme une montagne d’Elstir. Il ne faut pas qu’elle soit trop blanche alors, mais un peu jaunâtre, avec cet air de neige sale et blafarde qu’ont les montagnes d’Elstir. La glace a beau ne pas être grande, qu’une demi-glace si vous voulez, ces glaces au citron-là sont tout de même des montagnes réduites à une échelle toute petite, mais l’imagination rétablit les proportions, comme pour ces petits arbres japonais nains qu’on sent très bien être tout de même des cèdres, des chênes, des mancenilliers ; si bien qu’en en plaçant quelques-uns le long d’une petite rigole, dans ma chambre, j’aurais une immense forêt descendant vers un fleuve et où les petits enfants se perdraient. De même, au pied de ma demi-glace jaunâtre au citron, je vois très bien des postillons, des voyageurs, des chaises de poste sur lesquels ma langue se charge de faire rouler de glaciales avalanches qui les engloutiront (la volupté cruelle avec laquelle elle dit cela excita ma jalousie) ; de même, ajouta-t-elle, que je me charge avec mes lèvres de détruire, pilier par pilier, ces églises vénitiennes d’un porphyre qui est de la fraise et de faire tomber sur les fidèles ce que j’aurai épargné. Oui, tous ces monuments passeront de leur place de pierre dans ma poitrine où leur fraîcheur fondante palpite déjà.

                    • #139751 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      Pour une sorte d’humour noire très drôle, ne pas oublier l’inénarable John Kennedy Toole et sa « Conjuration des imbéciles ». Unique roman à son actif.

                      • #140109 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        La conjuration des imbeciles… Ça vous dit rien ?

    • #139957 Répondre
      MA
      Invité

      J’en suis a mis parcours d’Avant la peine. Je ne trouve pas que cela soit si mal ecrit que cela.

      • #140039 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        merci de le dire
        ce n’est pas « mal écrit », c’est juste souvent sous-écrit, un peu académique
        mais comme tant de romans contemporains
        son atout est donc ailleurs : dans le réel qu’elle fouille

    • #140150 Répondre
      bibinard
      Invité

      geu v’aime abbe santet pourraiq rire ainl ivre baille fauh raiveur

    • #140315 Répondre
      Rémi
      Invité

      J’ai lu les pages sur Romain Gary dans CUM. De Gary je n’ai lu que La vie devant soi et j’en ai de très bon souvenir. Je suis curieux de connaitre l’avis des intervenants sur ce livre.

      • #140318 Répondre
        Claire N
        Invité

        Hum, arrêté a mi lecture
        Je ne sais pas trop
        le personnage d’enfant je n’y crois pas- un peu l’impression de lire un scénario « d’Arnold et Willy » ( un vieux sit com avec des rires pre- enregistrés)

      • #140322 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Lignes cinglantes sur Gary (le Consul) et particulièrement sur Chien blanc, que j’avais lu il y a un bail. Je ne saurais donc me souvenir si le roman est aussi réac que le décrit FB. Mais je sais une chose, c’est que le chien blanc se retourne contre les blancs du fait du dresseur noir qui le détraque. Est-ce véridique? Est-ce une invention romanesque qui manipule les faits autobiographiques. Le résultat est que je n’avais pas trouvé ça follement sympathique.
        Je préférais ce qu’en faisait Samuel Fuller, dans sa magnifique série B White Dog (Dressé pour tuer), qui faisait complètement fi du contexte people du roman, de Gary, de Jean Seberg, de la fin des sixties, tout ça..
        La fin du film rejoignait celle du roman dans les faits, pas dans les causes. Aucun cynisme chez Fuller : le dresseur noir ne cherchait pas à retourner le chien contre les blancs. Ce dernier se retournait tout seul, déréglé par sa folie. Bouleversante folie animale.

        • #140331 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je précise que les pages de CUM, qui portent en effet spécifiquement sur Chien blanc, ne reprochent pas à Gary d’etre réactionnaire, mais d’avoir un style expressif-autoritaire (que certes j’accole à la littérature réactionnaire)

          • #140334 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Longtemps que je n’ai pas mis le nez dans d’autres romans de lui, sans doute moins navrants, mais je suis au moins sur d’une chose : Gary est surestimé
            Reste l’existant qu’il fut : une sorte de connard dandy confus emphatique flamboyant admirable, tout ça
            Je lirais bien une bio du monsieur.

            • #140361 Répondre
              Samuel_Belkekett
              Invité

              « Gary est surestimé
              Reste l’existant qu’il fut : une sorte de connard dandy confus emphatique flamboyant admirable, tout ça »
              Pendant un court instant, j’ai cru que tu parlais de quelqu’un d’autre que Gary.
              Que tu faisais comme un autoportrait en quelque sorte.

              • #140799 Répondre
                LaSocioEstUnJJB
                Invité

                Il délire totalement sur Gary le pauvre. Gary a été un putin de héros de la deuxième. (oui, la troisième arrive, donc pas seconde). Il a écrit « Une jeunesse européenne » (qui met une tempête à ton cœur si tu en as un) alors qu’il était en pleine guerre, littéralement, risquant sa vie chaque jour avec son coucou; la longue litanie de ses collègues/amis morts au combat est éloquente d’ailleurs. Un écrivain génial, des couilles, un cœur, et un sens de l’honneur de héros. Un sens de l’humour hilarant, « La vie devant soi » est un chef d’oeuvre de rôlerie, de tendresse, de pathétique, d’injustice, de VIE.

                Mais là on parle de champ bourdieusien, et disons que peu d’écrivains de gauche peuvent s’assoir à la même table que Gary sans déparer sauvagement…

                • #142205 Répondre
                  Samuel Grodard
                  Invité

                  Gary a aussi écrit le premier roman écolo (les racines du ciel), prix Goncourt 1956, il était visionnaire ici aussi, d’ailleurs je viens d’acheter un recueil de 3 articles, qu’il a écrit en anglais entre les années 50 et 1975, 3 euros chez ton libraire (en français), qui démontre encore qu’on a besoin de lui ici et maintenant, pour les gens non assez ignorants pour ne pas être athée, Gary a une intuition très intéressante, de là où est le vrai sacré, cad dans l’idée qu’on se fait de l’homme, de la nature, de ce qu’on doit être, le sacré est littéralement dans la vision que l’on a de ce que l’homme ,et nous donc, doit être…

                  • #142206 Répondre
                    Samuel Grodard
                    Invité

                    Et donc l’esthétique comme éthique du Dandy, croise l’humaniste, qui a l’éthique, comme esthétique, et c’est puissant quoi.

                    Tu captes? Tu piges la cannette?

                    • #142218 Répondre
                      Samuel Le TaxiDriver
                      Invité

                      Eh bien, bien vu.

                    • #142429 Répondre
                      Les Cochons, La Confiture
                      Invité

                      l’esthétique comme éthique du Dandy, croise l’humaniste, qui a l’éthique, comme esthétique, et c’est puissant quoi.

                      Tu t’es cru sur un fofo de philo jeune pédoncule?

                      Allons…

                      • #142432 Répondre
                        Lofters Up And Go
                        Invité

                        Relever le niveau, pour ne pas laisser le réchauffement de la chatte a ta mère subsumer tous les ours polaires!

          • #140341 Répondre
            Alexandre
            Invité

            Oui, pardon.

            • #140794 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Quitte à retenter du Gary je conseille Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, qui traite enfin de la source de sa mythomanie.

              • #140801 Répondre
                Dr Xavier
                Invité

                Lu La vie devant soi, ébloui sur le coup, je n’y ai pas vu un style autoritaire ? J’ai souvenir d’une langue habile et virtuose, ok peut-être trop pour un enfant comme c’est remarqué plus haut. Après c’est mon seul Gary.

                • #140808 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Il a un style différent quand il signe Gary. Beaucoup plus dans l’autocommentaire dont parle François. Le dandy qu’il est et affecte d’être pose une sorte de couche sédimentaire par dessus ce qu’il raconte, il faut la percer. Mais ça devient intéressant quand il y a interaction entre ladite couche et ce qu’il y a dessous. Comme dans la promesse de l’aube, ou c’est trop explicite pour que ce soit fécond, et dans Au dela de cette limite, où ça crée un espace littéraire troublant.

                  • #140811 Répondre
                    Rémi
                    Invité

                    Tu peux donner des exemples ?

                    • #140813 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      J’en parle de mémoire, ça fait quelques années. Le livre se présente comme une fiction alors qu’à l’évidence, on ne parle que de Romain Gary. Il s’agit des troubles de la virilité du monsieur, qui, voyant l’âge venir, s’inquiete de ses performances à venir. Le narrateur prend bien soin de nous rassurer sur les performances actuelles. Alors que le roman avance, l’âge du narrateur progresse aussi et son état physique se dégrade. Ses performances sexuelles suivent le même chemin mais, si ma mémoire ne me trahit pas, il ne le dit jamais. C’est sous entendu par ellipses. La mythomanie chronique de Gary ainsi que son aveux sont intégrés à l’écriture, et par là on sent bien, dans cette bravade puis pudeur du narrateur, que Romain lui-même ne nous avoue pas que sa mythomanie.

                      • #140816 Répondre
                        Samuel II
                        Invité

                        Incroyable.

                        Il serait malaisé d’avoir une lecture plus puérile, psychologisante, voire psychanalysante d’un auteur.

                        Et quel ridicule quand on sait que c’est la base de la base de la proposition de Gary, une mystification hors-norme, tous terrains, toutes époques, toutes langues, faisant d’Inception le film, une blague Carambar!

                        « Ouais le mec est mythomane. »

                        Sans blague, il a réussi à mystifier un jury Goncourt en lui faisant croire à un nouvel écrivain inconnu. Y a vraiment des champions du monde ici !

                        De plus Gary ne prétend en aucun cas faire de l’autofiction, ensuite les artistes sont tous de grand mythomanes. Et on s’en fout royalement; ce dont on a cure, c’est ce que nous fait vivre et ressentir un écrivain. Qui, je le rappelle, ne prétend jamais faire de l’autofiction, terme idiot d’ailleurs, qui comprend l’invention dans le nom, et donc le manque d’honnêteté intellectuelle, sans compter l’absolue impossibilité de restituer « réellement » 1 seconde de réel.

                        Comme j’avais proposé à mon homonyme Samuel, quand on parle d’un auteur, le mieux est Babélio, il y a là bas de vrais « savants » de ces drôles de zigotos que sont les écrivains.

                        Exemple:

                        C’est vrai qu’avec Romain Gary, nous ne sommes jamais certains de rien. Entre la légende dont il a entouré sa naissance, ses multiples noms d’auteurs et surtout, la mystification Ajar, qui lui a permis d’être le seul écrivain à obtenir deux fois le Goncourt, son image est entourée d’un halo opaque. Et rajouter à cela, toutes les théories des uns et des autres, il devient difficile de faire la part des choses. Mais certains biographes veillent comme l’excellente biographie de Myriam Anissimov, très fouillée, très bien documentée. Ce livre laisse transparaitre l’extraordinaire humanité de cet auteur qui a fait de sa vie un roman.

                        Ou encore:

                        « On ne comprendra absolument jamais rien à mon oeuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour et presque toujours l’amour de la féminité …/… Et je ne voudrais simplement pas qu’il y ait plus tard, quand on parlera de Romain Gary, une autre valeur que celle de la féminité ».

                      • #140818 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Tu as lu le livre en question ? Si oui, alors contredis moi clairement. Si non alors passe ton chemin.

                      • #140819 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        « Et je ne voudrais simplement pas qu’il y ait plus tard, quand on parlera de Romain Gary, une autre valeur que celle de la féminité »
                        J’ai beau bien aimer Gary, j’en ris encore.

                      • #140820 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        «  il etait cinq heures et je commençais à rentrer chez moi lorsque j’ai vu une blonde qui arrêtait sa mini sur le trottoir sous l’interdiction de stationner. Je l’ai reconnue tout de suite car je suis rancunier comme une teigne. C’était la pute qui m’avait lâché plus tôt, après m’avoir fait des avances et que j’avais suivi pour rien. J’étais vachement surpris de la voir . Paris c’est plein de rues, et il faut beaucoup de hasard pour rencontrer quelqu’un la dedans. La môme ne m’avait pas vu, j’étais sur l’autre trottoir et j’ai vite traversé pour être reconnu. »
                        Voilà c’est les filles

                      • #140821 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et au passage une rare documentation de jean Gabin enfant

                      • #140838 Répondre
                        Samuel II
                        Invité

                        Toute la production de Gary, litteraire, et autres est un enchevetrement à la Borgès, un dédale de chausse-trappes et de mirages. Du mensonge qui dit le vrai, pour reprendre une certaine définition de l’art.

                        A t il du talent? C’est incontestable.

                      • #140843 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Et donc par rapport à ce que je disais ?

                      • #140846 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Je ne souhaite pas t’enlever le goût de la bouche
                        Mais si j’essaye point par point :
                        – l’imparfait couplé à lorsque : va signer pour moi un moment assez désagréable, tu sens l’absence de cut , l’attention est tenue en laisse ; le «  lorsque «  n’a pas vraiment lieu d’être
                        – pourquoi preciser «  j’ai vu « ? -Encore pour moi un coup de laisse- et «  je l’ai reconnu «  ?
                        – «  je suis rancunier comme une teigne « 
                        Voilà enfin la raison de tout ce tralalas, c’est bien cette identité qu’il fallait distiller
                        — ensuite on m’explique ,et pour etre honnête je n’en crois rien ou disons qu’assène avec si peu d’alternative je m’ennuie
                        – et un peu drôle le «  ne m’avait pas vu « , on va dire qu’elle est bien la seule

                  • #140845 Répondre
                    Rémi
                    Invité

                    Seldoon : « Il a un style différent quand il signe Gary. Beaucoup plus dans l’autocommentaire dont parle François. »
                    Dans La vie devant soi il y a aussi des phrases très expressives comme celles qui sont relevé dans CUM. Par exemple des le premier paragraphe :
                    « La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilo qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive. Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c’était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »
                    Sauf que dans la vie devant soi, Gary fait s’exprimer un ado de 14 ans mais qui pense en avoir 10. Il y a effectivement tout un tas de phrase qui ressemblent un peu à des aphorismes un peu grande généralité sur la vie qu’on publie parfois sur les réseaux sociaux comme ça isolé du paragraphe, phrase dont j’était friand plus jeune, mais dans ce livre elles sont parfois assez drôle car il comprend parfois les choses de travers. Par exemple celle ci : « Elle était si triste qu’on ne voyait même pas qu’elle était moche »
                    Puis il continue le paragraphe à la suite de cette phrase : « Je lui ai mis les bras autour du cou et je l’ai embrassée. On disait dans la rue que c’était une femme sans coeur et c’est vrai qu’il n’y avait personne pour s’en occuper. Elle avait tenu le coup sans coeur pendant soixante cinq ans et il y avait des moments où il fallait lui pardonner. »
                    C’est vrais que comme dit plus haut on y croit pas vraiment que ce soit des phrases d’un enfant ado de 14 ans mais durant ma lecture ça ne m’a pas tant gêné. J’ai aussi le souvenir durant ma lecture à l’époque d’avoir pensé au Voyage au bout de la nuit de Céline.
                    En revanche je ne suis pas sur de comprendre pourquoi ce genre de phrase serait forcement autoritaire.

                    • #140848 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      C’est le seul Ajar que j’ai lu mais oui il y avait pas mal de ponts. D’ailleurs certains à l’époque avaient deviné qu’il s’agissait de Gary.

                      • #140859 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Je signale aux utilisateurs de ce forum qu’un topic POURQUOI ROMAIN GARY ? existe déjà. Je ne comprends pas pourquoi vos commentaires sur ce légendaire écrivain n’y figure pas.
                        Je signale également qu’il n’est pas sûr du tout qu’Emile Ajar soit Romain Gary.
                        L’enquête policière a trouvé des indices qui laissent penser à un tout autre scénario. Gary s’étant tiré une balle dans la bouche de bas en haut, du palais vers le crâne, son visage n’était pas identifiable. Après enquête d’un détective privé engagé par le neveu de Gary, les conclusions du détective sont les suivantes ; Émile Ajar existe bien mais agoraphobe et paranoïaque ne voulait jamais se montrer. Gary ne pouvant plus écrire une ligne était maladivement jaloux d’Ajar. Conclusion, Gary assassine Ajar, puis fait passer le cadavre d’Ajar pour lui-même dans son propre appartement, récoltant les fruits de la gloire des œuvres d’Ajar. Le detective ayant trouvé cette note dans un calepin de Gary : Tout ce qu’écrit Ajar j’aurais pu l’écrire moi-même si j’avais 10 ans de moins.
                        Selon le détective décédé en 2010, Gary aurait été vu 2 fois. Une fois aux Seychelles, puis à Belize en 1992 et en 1999. En 92 en compagnie d’une jeune seychelloise, en 99 en compagnie d’une jeune actrice franco-israélienne.

    • #140321 Répondre
      Balthazar
      Invité

      Lu à l’adolescence, j’avais plutôt aimé à l’époque, je crois surtout la fin. J’avais enchaîné avec la promesse de l’aube que j’ai détesté, et j’ai lâché l’affaire Gary depuis

    • #140792 Répondre
      Charles
      Invité

      Quelqu’un a lu La grande méthode de Louisa Yousfi? Ça vaut quoi?

      • #140797 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Bibi a lu
        Et cherche des interocuteurs non-campistes pour échanger dessus.

        • #140809 Répondre
          Charles
          Invité

          Et en attendant que tu échanges avec des interlocuteurs de qualité, le recommandes-tu?

          • #140883 Répondre
            Schnoups
            Invité

            C’est le suspens. Je viens te soutenir Charles.
            François, le livre de Yousfi, tu recommandes ?

            • #140885 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              je recommanderais plutot Fuites de Etienne Bretin, ou Doucement, de Mathieu Frou
              et bientot le Dalie Farah, qui est un grand livre – et qui, moins militant, est beaucoup plus honnete que le Yousfi
              mais La grande méthode est une très bonne matière à penser
              à penser contre et parfois pour

              • #140890 Répondre
                Schnoups
                Invité

                Pas de panique, Fuites aura bientôt le privilège de côtoyer mon blaireau.

                • #140893 Répondre
                  Tony
                  Invité

                  Et chez moi il va bientôt côtoyer ma collection de tee shirt Rocky.

            • #140887 Répondre
              Charles
              Invité

              Merci Schnoups ton soutien a été décisif. Tu pourrais être mon sparring partner.

              • #140891 Répondre
                Schnoups
                Invité

                Des qu’il te répond pas j’interviens.
                Ça va chier.

      • #140798 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Suis dedans, vers la fin. Pour La Fabrique, c’est ce qui se rapproche le plus d’un roman autobio (même plus que les livres de Quintane). Le fil directeur est la mort du père de la narratrice et son enterrement au bled. Le livre est cousu de courts chapitres, chacun ayant une personnalité très différente : le premier chapitre se compose d’un dialogue entre un maître/sage et un (son ?) disciple, sur l’importance des prénoms pour les enfants, un autre n’est que du pur dialogue, un autre assez drôle pastiche les annonces faites dans les avions au moment du décollage. Tout au long du récit Yousfi se demande ce que signifie se construire une identité, un mythe, un récit, comment ça s’ecrit, comment ça se transmet, mais ce n’est pas du tout un texte analytique froid avec moult références (il y en a quasiment aucune et aucune note de bas de page). C’est évidemment très situé sur la condition des musulmans, l’Islam, les arabes plus vraiment arabes et pas vraiment français. Beaucoup de passages à citer, j’ai pas le livre sous la main, je vais retrouver ça.

        • #140802 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          En attendant Nadeau, on peut ne pas être d’accord avec les critiques, mais toujours sur le pont pour citer longuement : Décoloniser l’esprit

          • #140884 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Doc, tu le décris, très bien, mais est ce que tu as aimé?

            • #140896 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Dans l’ensemble plutôt, il y a de beaux passages, j’écris une bafouille bientôt si je peux.

    • #140822 Répondre
      Guixols
      Invité

      Des gens ici ont-ils lu le dernier Chagrin d’un chant inachevé de François-Henri Désérable ?

      C’est un roman de voyage où l’auteur part sur les traces d’Ernesto Guevara, alors étudiant en médecine, qui sillonné l’Amérique latine. Au fil de ce voyage initiatique, le futur Che, encore jeune bourgeois, se prend en plein dans le bide la misère des populations indiennes du continent et cette expérience va nourrir sa conscience politique, on connaît la suite. Et donc FHD va suivre les carnets de voyage de Guevara et de son compagnon de voyage et refaire leur itinéraire, c’est un fil conducteur assez discret, les apparitions du Che sont très ponctuelles, même un peu trop pour moi qui me suis pris de passion pour le personnage.

      J’ai trouvé le livre très agréable à lire et en écoutant une critique sur France Culture, j’ai entendu dire que FHD avait un style de droite. Autant un style un peu mytho j’aurais compris tant il est difficile de croire que son périple ait été ponctué d’autant de rencontres et d’anecdotes aussi folles, dangereuses et bariolées (et dans ma bouche mytho n’est pas une critique négative pour un romancier). J’ai l’impression que FHD n’est pas du tout narcissique et qu’il fait de ce voyage non pas une expérience égotique mais un moment d’ouverture aux autres, sans jamais sombrer dans le misérabilisme

      Si certains d’entre vous l’ont lu, celui-là ou ses autres romans dans la même veine, je serais curieux d’avoir votre avis sur ce fameux style de droite.

      • #140826 Répondre
        MA
        Invité

        Me rappelle avoir ecoute cette emission sur l’influence de Pierre Michon sur FHD.
        https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/etcetera/etcetera-du-samedi-24-mai-2025-5093227

        • #140827 Répondre
          MA
          Invité

          Je n’ai lu ni l’un ni l’autre

      • #140834 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        j’avais lu son livre sur… Gary
        qui de fait célébrait la falsification
        ce serait peut etre déjà ça le « stye de droite » : toujours préférer le romanesque à la justesse
        cela dit je crois que FHD, qui ne porte pas ce prénom tout à fait impunément, a du talent
        c’est un gros fan de Michon, il en reprend (ou mime) certains accents

        • #140839 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          « ce serait peut etre déjà ça le « stye de droite » : toujours préférer le romanesque à la justesse »
          C’est boomerang comme affirmation. Je te mets au défi de développer une telle affirmation.
          Il y a des styles de droite qui se veulent juste et quasi scientifique de de Maistre à Bainville en passant par Taine et Maurras, tandis que la gauche romanesque il y en a à foison. D’autant qu’on trouve aisément du romanesque assez juste. Non ?

        • #140841 Répondre
          Guixols
          Invité

          Merci, ok alors si c’est ça un « style de droite », je crois qu’on en tient un sacré.
          C’est d’ailleurs dit plusieurs fois dans le bouquin, sous différentes formes. Il y a cette idée que quand la légende dépasse la réalité, elle finit par devenir la réalité. Au diable la justesse.

          Je te rejoins, FHD a quand même un sacré talent.

          • #140844 Répondre
            Guixols
            Invité

            Et de toute façon tu as toujours raison ! Tu es notre prophète à tous

            • #140886 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              je crois que c’est le mot exact
              tu fais preuve là d’une grande justesse
              tu es définitivement de gauche

        • #140847 Répondre
          Balthazar
          Invité

          J’avais lu son livre sur Galois (Evariste), qui va tout à fait dans ce sens. Il annonce dès le début qu’il n’a rien compris aux travaux de Galois (on l’en excuse aisément) et qu’il n’est pas capable d’estimer son apport aux mathématiques, mais dresse un portrait dithyrambique de son génie en filant tout au long du livre la métaphore avec Rimbaud (dont Galois serait le jumeau mathématique), sans véritable raison. De toute évidence c’est le mythe Galois et sa mort romanesque qui l’intéresse. Style flamboyant nonobstant, mais qui m’a personnellement vite lassé

      • #140836 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Si tu t’es pris de passion pour Ernesto Guevara, tu peux le rencontrer dans ses lettres

        Nuevo libro: Je t’embrasse avec toute ma ferveur révolutionnaire : lettres 1947-1967 – Redial & Ceisal https://share.google/47Vj9vBPbTEwLfOQV

    • #140877 Répondre
      stephanie
      Invité

      Quelqu’un.e a lu le dernier livre de Jérôme Ferrarri ? Très brève théorie de l’enfer

      • #140889 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        pas encore mais c’est prévu

      • #140894 Répondre
        netflou
        Invité

        J’hésite. Le dernier en date, Nord Sentinelle, m’a moyennement convaincu.
        Tu l’as lu ?
        M’a donné le sentiment que Ferrari s’épuise ou est épuisé : motif corse repris encore sans être renouvelé, à la limite du rabâchage, et style qui tourne en rond, avec un recours systématique à l’hyperbole pour créer une exagération humoristique ou appuyer l’idée. Signe ultime de petite forme : c’est moins drôle.
        Ça reste toujours intéressant, notamment dans la radicalité de certaines hypothèses : le tourisme n’est pas autre chose qu’une relation coloniale qui, si l’on prend le temps d’en détailler les modalités pratiques, avilit autant l’autochtone que l’étranger — peut-être même davantage l’autochtone qui, face à la volonté farouche de l’étranger de rester étranger, surjoue l’autochtonie au point de devenir étranger à ce qu’il était, si tant est qu’il ait jamais su qui il était (con qu’il est).

        • #140952 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          non, pas lu celui là
          j’ai un peu laché le dossier depuis la lecture de Comme une image, qui m’avait laissé perplexe

          • #141139 Répondre
            netflou
            Invité

            Mes souvenirs de lecture d’À son image ont complètement été occultés par le film. On est quand même habitué à ce qu’une adaptation amenuise la puissance d’une œuvre mais avec Deperreti c’est le contraire, principalement parce que l’Antonia de Deperreti est mille fois plus intéressante que celle de Ferrari. C’est quand même un sacré tour de force qu’un personnage gagne en profondeur dans le passage du texte au film. La disparition du surplomb explicatif du narrateur Ferrari y est pour beaucoup.
            Au passage, l’Antonia de Deperreti ressemble furieusement à ton Steve : demeurer toujours un peu à côté de son existence, avoir des tocades qui contiennent et persistent (la muco, la photo), avoir le besoin de s’appuyer sur un tiers plus vivant (le mec, le frère), partir à la guerre pour des mobiles opaques et en revenir aussi incertain.

            • #141144 Répondre
              netflou
              Invité

              D’ailleurs le traitement de la guerre est très proche entre ton roman et son film. On a que des échos et des gens qui attendent.

              • #141315 Répondre
                MA
                Invité

                Viens de le terminer après l’avoir laissé de côté. Assez déçu de ce petit livre, pénible à lire je trouve.

              • #141317 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                oui le rapprochement ne me parait pas saugrenu
                ce n’est pas pour rien que j’ai été tellement saisi par les scènes de guerre du film
                Antonia est juste un peu plus « consciente » que Steve (ne serait ce qu’en tant que photographe)

    • #140923 Répondre
      Charles
      Invité

      Sur le livre Louisa Yousfi, la critique d’un journaliste de Mediapart (oulala gauche blanche! mais non le critique est arabe, ouf!) :

      Louisa Yousfi : la grande narration conservatrice
      « La Grande Méthode », nouveau livre de cette figure des Indigènes de la République, entérine la tendance réactionnaire – bigote, patriarcale et essentialisante – d’une petite fraction du camp décolonial, même si elle est formulée au nom des subalternes.

      Depuis sa parution, le 20 février 2025, La Grande Méthode (La Fabrique), second livre de la journaliste et militante décoloniale Louisa Yousfi – une « aventure métaphysique » se présentant comme une forme littéraire hybride, entre fiction, récit et manifeste –, rencontre une bonne réception critique. À raison : l’ouvrage déploie de réelles qualités littéraires.

      Relatant l’histoire d’une famille issue de l’immigration postcoloniale qui entreprend un voyage vers l’Algérie afin d’inhumer le père dans sa terre natale, cette traversée funéraire saisit avec une grande sensibilité la question de l’héritage – matériel et immatériel – que les prolétaires maghrébins laissent à leurs enfants, ainsi que sa transmission, souvent inachevée.

      Racontés avec une force particulière, les deux chapitres consacrés à la veillée mortuaire et à l’enterrement illustrent ce qui est à la fois intime et universel dans La Grande Méthode : l’arrivée du corps à la maison familiale de Blida et la conjuration du silence qui règne autour du cercueil durant une nuit entière ; la mise au tombeau, l’acceptation de la mort et l’ouverture d’un nouveau cycle de vie.

      Structuré autour de l’Algérie, le livre aurait pu – notamment pour convaincre le lectorat algérien – circonscrire son propos à cette expérience, qui happe le lecteur par sa profondeur humaine. Mais, regrettablement, le reste des chapitres, fortement imprégnés d’une religiosité qui lit l’histoire en termes de pureté et de souillure, organise le monde autour d’un partage artificiel entre « Orient » et « Occident », entre « croyants » et « incroyants ».

      Dans Rester barbare (La Fabrique, 2022), essai à la fois littéraire et politique consacré au rap et à la culture urbaine des « Indigènes », l’autrice parvient à formuler une thèse stimulante. Le « barbare » – dont elle se veut le porte-voix – n’est pas un être radicalement étranger à « l’Empire », mais « le produit de cette civilisation », qui « témoigne d’une mutation non programmée, non encodée du processus civilisateur ».

      Se situant « devant la civilisation », cette figure met à nu les mensonges « républicains » sur l’intégration, ainsi que les accusations paranoïdes d’« ensauvagement » de la société et le « processus de décivilisation » censément à l’œuvre dans « les territoires conquis de l’islamisme ».

      Critiquant les stratégies du discours assimilationiste, qui exhorte les « barbares » à abandonner tout ce qui les relie à leur histoire familiale et à prouver quotidiennement leur allégeance à la République, le livre bute toutefois sur une forme d’obsession du retour à une « nature » – la « barbarie » – que « la civilisation occidentale » aurait mise à mal. Du renversement nécessaire et légitime du stigmate on glisse ainsi vers l’invention d’un autre stigmate : résister aux assauts de la droite dure et extrême en mobilisant des attributs « barbares » puisés dans le masculinisme de certaines références du rap, Booba et PNL au premier chef.

      Reprenant, sur une voie spirituelle, le paradigme décolonial et les schémas essentialistes de sa première publication, qui trace une ligne de démarcation entre « Beaufs » des bourgs et « Barbares » des tours, ce nouveau livre tente de penser l’émancipation du « peuple des Indigènes de la République » à partir d’une méthode envisageant l’appartenance de manière exclusivement théologique et ritualiste. « Même si tu n’y crois pas. Même si tu doutes. Les gestes valent par ce qu’ils convoquent, pas par ce qu’ils prouvent. Recommence à jeûner, à faire don, à purifier. La foi se cache dans les gestes que tu fais sans y penser. »

      Orientalisme inversé
      Si Rester barbare intègre, de façon contestable, Kateb Yacine, l’auteur de Nedjma (Seuil, 1956) – athée décomplexé, laïque revendiqué et internationaliste impénitent – dans un récit qu’il a toujours combattu, celui de l’authenticité identitaire et de la pureté religieuse, La Grande Méthode opère un déplacement différent. En affirmant que « la transcendance et les imaginaires sacrés habitent intrinsèquement les vies ordinaires des subalternes », l’ouvrage embarque, sans leur demander leur autorisation, l’ensemble des personnes liées à la culture islamique dans un nouveau voyage décolonial en Orient.

      Pour qui possède une connaissance, même sommaire, des courants de la pensée arabe, la lecture d’un tel essai fait penser au concept d’« orientalisme inversé » proposé par Sadik Jalal al-Azm dans un opuscule publié à Beyrouth en 1981, puis traduit en français dans le recueil Ces interdits qui nous hantent. Islam, censure, orientalisme (Parenthèses/MMSH/IFPO, 2008).

      Ce concept ne désignait pas toute critique de l’orientalisme, mais une critique qui, tout en dénonçant les catégories orientalistes classiques, en reconduit les schèmes essentialistes en inversant simplement leur valence : à l’Orient passif et irrationnel se substituerait un Orient porteur d’une singularité spirituelle et d’une substantialité culturelle traversant, sans altération, les aires géographiques et les périodes historiques.

      La réfutation de la césure imaginaire entre « Orient » et « Occident » avancée par Sadik Jalal al-Azm demeure aujourd’hui utile pour contester l’existence de « mondes invisibles » dont les « secrets » seraient inaccessibles à des êtres limités comme les « Blancs ».

      Partant de la croyance en l’existence d’un « gène » de l’islam, l’être algérien est dépeint dans La Grande Méthode comme un homo islamicus dépourvu d’agentivité. Il ne vit pas dans une société en mouvement, traversée par des antagonismes sociaux et des luttes politiques sévèrement réprimées, mais dans une « cosmologie » radicalement autre. Enterrer les morts sans la présence des femmes (« nous les sœurs interdites de cimetière : on assiste depuis la maison, accrochées à l’écran. On désobéit et on obéit à la fois ») serait ainsi l’horizon du peuple algérien aux yeux de Louisa Yousfi.

      Les Algériennes et les Franco-Algériennes devraient respecter les « équilibres » locaux et ne pas se conformer aux critères du « féminisme libéral » qui les inciterait à investir les cimetières. Lors de la soirée de lancement de La Grande Méthode sur le média décolonial Paroles d’honneur, l’animatrice de l’émission et l’essayiste Houria Bouteldja ont vivement salué le fait de laisser, dans la scène de l’enterrement, les femmes à « leur » place : à la maison, pas au cimetière, avec les hommes. Sans nul doute, elles partageraient l’avis de Bouabdellah Ghlamallah, haut dignitaire algérien qui déclarait en mai 2021 que « l’Algérien ne peut être que musulman ».

      À cet égard, le peu d’intérêt accordé aux dynamiques sociales qui traversent aujourd’hui la société algérienne ne peut que heurter les Algériens et les Franco-Algériens ayant vécu de près l’idéologie des intégristes religieux et des nationaux-conservateurs locaux, qui ont fait de « leur » islam un dispositif répressif restreignant fortement les libertés citoyennes.

      Humanités et cosmologies des « peuples indigènes »
      Cet essentialisme explique les nombreuses extrapolations mystico-théosophiques du livre, qui masquent mal un vide théologique criant, celui d’une spiritualité conçue non comme une philosophie de vie, mais sur le mode du slogan. Le chapitre qui relate le passage par le consulat en offre une illustration nette.

      Pour la narratrice, la guichetière chauvine, dont l’existence serait vouée à empêcher « l’indignité des mondes » occidentaux « de contaminer [leur] temple sacré », possède le droit le plus absolu de traiter les binationaux de France d’« Algériens de papier ». Face aux « sous-merdes occidentales » qui menaceraient la « terre de [leurs] ancêtres martyrisés et des libérateurs de [leur] peuple », elle devient le Cerbère gardien de la pureté nationale et religieuse.

      Veillant à ne pas se dissoudre dans le « rationalisme triomphant de notre temps », la narratrice adopte la posture de l’initiée pénétrant, par la force de la foi, les secrets d’une Algérie « demeurée intacte, figée hors du temps, fidèle à ses traditions et à ses règles ». Cette Algérie qui, servant « d’ancrage mythique », parlerait aux « purs » qui portent leur Dieu dans leur cœur.

      Sur le plan politique, une telle matrice n’est pas sans conséquences. À l’assignation identitaire des Français musulmans s’ajoute un messianisme autour de la Palestine, illustré par la vision d’une masse humaine « en route pour la Palestine libérée » et d’une Jérusalem « vaste comme une mère qui attend depuis mille ans » disant à ses enfants « occidentés » : « Venez, les enfants de là-bas. Vous m’avez rêvée, désormais vous ne me rêvez pas. Je le jure au nom de Dieu, car Dieu est avec moi. »

      Curieusement, cet imaginaire aux accents apocalyptiques prend peu en compte les mots – souvent exprimés en arabe – par lesquels les Palestinien·nes décrivent leur lutte contre l’entreprise coloniale. Dans les nouvelles de Ghassan Kanafani, dans les romans d’Adania Shibli, dans la poésie de Najwan Darwish, dans les récits de Nasser Abu Srour, dans les livres d’histoire de Walid et Rashid Khalidi, nulle trace d’un tel messianisme.

      Quant aux écrits palestiniens publiés depuis le début du génocide à Gaza, on n’y trouve pas davantage d’exhortation à l’archange de la mort comme celle de Louisa Yousfi (« Ô Azraël, hâte-toi. Le ciel frémit sous mon agonie – bientôt il se refermera… »), mais des témoignages de dignité et de persévérance anticoloniale. Le poète Refaat Alareer, assassiné par l’État d’Israël dans la nuit du 7 au 8 décembre 2023 lors d’un bombardement sur un quartier gazaoui, témoignait simplement : « Si je dois mourir / Tu dois vivre / Pour raconter mon histoire… » Un énoncé comme « la Palestine est l’âme de nos âmes » lui serait totalement étranger.

      Limites de l’inversion accusatoire
      « Quand j’ai fini le bouquin, je me suis dit : les Blancs, mais qu’est-ce qu’ils vont comprendre ? Je n’ai pas du tout pensé à eux au moment de l’écriture du livre », avance Louisa Yousfi.

      Hanté par le péril de la « contagion blanche », La Grande Méthode apparaît comme un texte problématique en raison de l’anthropologie différentialiste qu’il développe : d’un côté, « l’esprit oriental » accéderait aux véritables savoirs ; de l’autre, « l’esprit occidental » en serait irrémédiablement privé.

      Pour un Algérien ou un Arabe maîtrisant une part de l’héritage tant hellénistique que rationaliste de sa propre tradition, des énoncés tels que « L’islam n’est pas une religion du visible » ou « Les âmes [musulmanes] s’accordent autour d’un centre invisible » ne peuvent que scandaliser : ils reconduisent une représentation farouchement occidentaliste de l’islam, présenté comme le vecteur d’une « barrière invisible » immunisant les « bons croyants » contre une culture française supposée corruptrice.

      Reste alors un paradoxe. Si l’essai avance l’existence d’une science typiquement « islamique », accessible aux seuls musulmans en langue arabe ou persane, et accuse la République de falsifier l’âme de ses « Indigènes » par les « morsures » de l’intégration, peut-il réellement s’en émanciper tout en mobilisant des savoirs – tels Le Cantique des oiseaux d’Attar ou L’Archange empourpré de Sohravardî – transmis par des traductions savantes réalisées par des orientalistes européens ?

      « La Grande Méthode » revient, en définitive, à reprendre de manière inversée le schéma des discours d’extrême droite de Boualem Sansal ou de Kamel Daoud.

      Sohravardî lui-même, dans l’introduction de Kitâb Hikmat al-Ishrâq (Le Livre de la sagesse orientale), inscrivait pourtant ses pas dans le sillon tracé par Socrate, Platon, Avicenne et les sages de Perse. Dès lors, qu’est-ce que La Grande Méthode ? Une inversion accusatoire esthétisée, une balade exotique dans les méandres d’une « science ailée », une grande narration conservatrice destinée à réenchanter le monde par la prière et les ablutions.

      « Tu bâtis un mythe pour compenser un vide. Tu prends le silence de ton père pour une légende. Tu dresses un culte autour de rien. » Indéniablement, l’écriture fébrile de La Grande Méthode érige le récit de la mort et de l’enterrement d’un père, né « sujet français » et « non citoyen » dans l’Algérie française, en une épopée qui restitue leur dignité aux descendants des travailleurs étrangers.

      Cependant, en dépit des nouvelles possibilités qu’il ouvre pour dire et penser la richesse des visages et des sensibilités qui composent la France d’aujourd’hui, le texte de Louisa Yousfi comporte deux écueils majeurs.

      D’une part, le discours postulant l’incapacité herméneutique du « Blanc » à saisir le « secret » des « colonisés » imaginaires finit par s’apparenter à une forme de cloisonnement culturel, qui annule la possibilité même du débat et de la circulation des idées entre groupes sociaux.

      D’autre part, en affirmant que l’émancipation consisterait en un retour à un islam identitaire, La Grande Méthode revient, en définitive, à reprendre de manière inversée le schéma des discours d’extrême droite de Boualem Sansal ou de Kamel Daoud, pour lesquels cette religion constituerait « le » péril majeur pour « la continuité historique de la France » : un « colonialisme arabo-islamo-turco-africain » qui envisagerait d’« avaler la République puis le reste du monde ».

      • #140925 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        « Mais, regrettablement, le reste des chapitres, fortement imprégnés d’une religiosité qui lit l’histoire en termes de pureté et de souillure, organise le monde autour d’un partage artificiel entre « Orient » et « Occident », entre « croyants » et « incroyants ». »

        C’est faux. Je discutais la partie sur l’impiété croyante dans le topic cinéma, je questionnais le fait que ce soit une spécificité des immigrés « occidentés », mais le livre n’est pas dans une binarité croyants / incroyants ou Orient / Occident. Il tente justement de transcender ces frontières. Peut-être en construisant un contre-mythe à opposer au mythe mais l’oscillation entre différentes énonciations remet toujours en question l’autorité possible du texte. J’aurais dû mal à vous dire quelle est la grande méthode.

        • #140928 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Tu pourrais bien être cet interlocuteur de qualité « non-campiste ». On avance.

        • #140929 Répondre
          Charles
          Invité

          Je ne retrouve pas tes messages, tu les remettrais ici?

          • #140930 Répondre
            I.G.Y.
            Invité
          • #140932 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Yes. Je discutais un aspect discutable mais le livre ouvre justement le dialogue.

            On peut se demander si la catégorie d’impies croyants défendue comme un refuge d’une foi traquée, une clairière où celle-ci peut subsister malgré le déracinement, est vraiment une spécificité des descendants de l’immigration vivant en Occident ou tout simplement une spécificité occidentale. J’avoue ne pas savoir ; le fait est que si Louisa commence fermement son livre en rappelant l’importance de bien nommer ses enfants qu’elle parle pour celleux qui ne nommerait pas majoritairement bien leurs enfants – des journalistes, des personnalités médiatiques. Il est écrit d’emblée : « toi qui souffres mes paroles même lorsqu’elles sont portées par d’injustes sentiments », ce qui permet de s’interroger sur l’origine de ces injustes sentiments. La culpabilité, je dirais. On se redresse soi-même. On s’auto-engueule. On oublie qu’on s’adresse à un petit cercle sans se rendre compte que la consigne n’a pas besoin d’être énoncée aussi durement : on appelle encore majoritairement ses enfants Mohamed. Jamel Debbouze ne lira pas La grande méthode.
            La plupart des maghrébins que je fréquente sont très croyants et l’absence de dignité par rapport aux ancêtres n’est pas une question car ils ne se sentent tout simplement pas indignes. Moi, je ne crois pas au dogme musulman, mais je ne suis pas certain que mon impiété croyante vienne de là, en soit la trace. La grande méthode évoque comment les croyants formalistes peuvent être moins avancés que l’infidèle ; c’est une manière dans le livre de se rassurer sur sa foi faiblissante d’habitant de l’Occident mais aussi une vérité : on voit souvent le vide spirituel des religieux les plus bêtement dogmatiques. En tout cas, je crois que l’impiété croyante qui est la mienne vient en grande partie des œuvres d’art majoritairement occidentales, je ne serais donc pas surpris qu’elle circule librement. (Je rajoute aussi que l’islam séduit des blancs, il n’y a donc pas dissolution de l’islam en une impiété croyante à cause de l’immigration, il y a juste l’islam. La grande méthode oscille entre le dépassement du mythe du déracinement et l’instauration de nouveaux mythes pour le palier. Cette oscillation fait néanmoins une partie de l’intérêt du livre.)

            • #140947 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Je suis en train de rédiger une petite critique, mais il y a un truc qui me fait bondir au plafond dans la critique de Faris Lounis postée par Charles.
              Ce texte dit : « Pour la narratrice, la guichetière chauvine, dont l’existence serait vouée à empêcher « l’indignité des mondes » occidentaux « de contaminer [leur] temple sacré », possède le droit le plus absolu de traiter les binationaux de France d’« Algériens de papier ». Face aux « sous-merdes occidentales » qui menaceraient la « terre de [leurs] ancêtres martyrisés et des libérateurs de [leur] peuple », elle devient le Cerbère gardien de la pureté nationale et religieuse. »
              D’abord 1. en relisant le chapitre concerné il est impossible de savoir si c’est un ou une guichetière et surtout 2. il n’est nulle part écrit dans ce chapitre, et j’en suis quasiment sûr, nulle part écrit dans le livre « sous-merdes occidentales », une telle expression m’aurait marquée. Quelqu’un pour confirmer ? Si c’est bien le cas c’est énorme faute éthique de Lounis. Je suis d’autant plus suspect que ce « sous-merdes occidentales », LY le dit bien… dans une interview sur France Culture. J’ai des vapeurs, a-t-il seulement lu ce livre sur lequel il s’essuie les pieds ?

              • #140948 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                Ce n’est pas écrit dans le livre. Le texte de Mediapart est une attaque médiatique.

                • #140950 Répondre
                  Samuel_Belkekett
                  Invité

                  Mais enfin « sous merde occidentale » est un pléonasme. L’auteure a-t-elle besoin de le préciser à ceux qui n’auraient pas compris ? Le critique lui n’ignore pas ce point, c’est juste qu’il n’aime pas y penser.

              • #140951 Répondre
                Charles
                Invité

                Ce genre de manœuvre apparaît en effet rédhibitoire.

                • #140956 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Je ne trouve pas qu’on prenne jusqu’ici le livre de LY par le bout le plus simple et le plus clair (K je suis désolé mais je ne t’ai pas compris – peut etre suis je trop blanc)
                  Je rejoins cependant la critique de Mediapart sur son point constant quoique non formulé : c’est un livre idéaliste tendance essentialiste.
                  Sa poétique est clairement à aller chercher dans une emphase théatrale dont on trouvera la matrice dans le plus pur théatre occidental, quoique méditerranéen : la tragédie grecque
                  Stylistiquement j’ai, à quelques trivialités bienvenues près, souvent pensé à Laurent Gaudé.
                  Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle.

                  • #140961 Répondre
                    Samuel_Belkekett
                    Invité

                    « c’est un livre idéaliste tendance essentialiste. »
                    Quand on confond essence et « maintient de la dialectique » c’est qu’on a un problème d’idéalisme.

                  • #140963 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    Intéressant.
                    J’ai écouté son passage chez Wissam où pendant une heure ils refont son parcours, elle n’a pas été étudiante en Lettres, ce que je pensais aussi mais en philosophie, aimant trop la littérature pour décortiquer sans fin les livres en cours. Et étant dit-elle très attirée par les questions métaphysiques. Amour de la littérature très jeune par contre, prenant les lectures livrées par l’école et elle dévore Flaubert et Balzac.
                    En lisant ses présentations de livres et auteurs chez Hors Série avant de lire Rester Barbares m’avait frappée l’impression de lire mon ancienne directrice de Labo de recherche qui était de la branche littéraire (qui était très douée). J’avais donc fait des recherches et constaté qu’effectivement elle a longtemps écrit dans une revue universitaire, Sciences Humaines, et ça se sent. ça n’empêche en rien Rester Barbares d’être brillant. Alors, elle dit qu’elle a longtemps mis derrière elle ce parcours universitaire (philo) et qu’aujourd’hui, j’imagine notamment avec ce livre, elle renoue avec.
                    « Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle. »
                    Comment ça se traduit ?

                    • #140972 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Une langue de théatre, notamment
                      Mais de théatre classique, voire antique.
                      Ici l’adresse domine, le vocatif, l’incantation. Et le lexique afférent

                  • #140965 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    « Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle. »
                    C’est la contradiction que je pointais du doigt. Il y a une manière de gronder l’autre dans le premier chapitre sur les bien nommés / se gronder dans les chapitres au consulat etc qui débouche sur un imaginaire de la consolation réservés aux descendants d’immigrés intellectuels souffrant de culpabilité. Le livre parvient à me convaincre dans sa trajectoire, on finit sur une conversations non idéaliste – il s’agit d’écrire un communiqué politique mais son contenu n’est pas l’intérêt du chapitre, le dialogue vaut pour le dialogue – et un bel hommage à l’amitié : sa place. Ça annonce à mon avis des textes futurs plus apaisés.

                    • #140967 Répondre
                      Samuel_Belkekett
                      Invité

                      « Ça annonce à mon avis des textes futurs plus apaisés. »
                      Ça pour annoncer ça annonce. D’ailleurs j’en ai longuement parlé avec le professeur Marchall et son équipe, et Marchall lui voit au contraire une métaphysique du barbare s’élever dans un surplomb qui dans une dialectique sans cesse renouvelée verrait une adversité divisée en colombes et en faucons. Les colombes symbolisant le vampirisme intégrationiste et faucons les hostiles revendiqués. Mais ce n’est que l’avis du professeur Marchall.

              • #140959 Répondre
                monami
                Invité

                C’est bien dans le livre, à en croire l’extrait disponible sur le site de la fabrique. Et y a bel et bien un s à merdes

              • #141018 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Écouté l’interview sur France Culture. Le nombre d’occurrences chez LY des mots « récit » et « grand récit » n’est battu que par celui de « peuple » dans l’extrait audio de Césaire — le tout en à peine deux minutes, spectaculaire. Mon histoire personnelle est si différente de la sienne que je me garderai bien de trop juger. On sent chez elle que s’invite dans le besoin d’historicité le besoin de mythologie — ce qui rejoint peut-être le style tragédie classique, elle fait d’ailleurs elle-même référence au Cerbère (au guichet de l’ambassade; j’enjambe la question du genre de la personne en charge).

                • #141019 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  (consulat et pas ambassade. Et la question du genre est tranchée par LY dans l’interview, j’ai réécouté : « la dame du consulat ». Fier d’avoir résolu cette question majeure)

                  • #141025 Répondre
                    Dr Xavier
                    Invité

                    Oui, dame du consulat est bien plus loin dans le texte.
                    Lourde humiliation du Paris FCCC (Paris Fondamentalisme Club de la Citation et de la Contrepèterie)

                    • #141030 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      Bernard hésite à racheter. Car de temps Bernard, lui aussi, aime rire. Mais j’imagine que le PFCCC n’est pas à vendre.

                      • #141142 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui un Cerbère, avec un grand C
                        et la narratrice est interpellée par un Maitre, avec un grand M
                        la grande Méthode (je n’ai pas compris non plus ce que c’est), c’est peut etre avant tout ca : faire de la littérature en lettres majuscules
                        (ce qui n’est pas exactement mon programme)

                      • #141147 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        « la grande Méthode (je n’ai pas compris non plus ce que c’est) »
                        Il ne serait pas ironique ce titre ?
                        L’aspect incantatoire est certainement à rattacher à son expérience de militante. Elle trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’assister à la naissance collective d’un mot d’ordre militant (dans un collectif comme le leur évidemment, visionnaire et porté sur une sorte d’avant garde avant l’heure, avant l’heure de l’heure exacte de l’heure – faut pas abuser de leurs vidéos c’est très lassant à force), naissance d’un nouveau mot d’ordre équivalent de la naissance d’un organe vivant. Elle semble vouloir rendre sensible la foi de sa génération, cachée mais présente. Toucher le cacher, toucher le sacré et le titre apparait comme une caricature d’un rationalisme qui serait le propre de l’Occident.

                      • #141324 Répondre
                        Youmtasoeur
                        Invité

                        Le titre pourrait peut-être apparaître comme un clin d’oeil au magnum opus d’Edgar Morin La Méthode, je crois que LY a dirigé un ouvrage sur ce sociologue.

                • #141020 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  ce qui rejoint peut-être le style tragédie classique« 
                  Ok vous m’avez convaincu
                  J’y vais

                  • #141022 Répondre
                    Schnoups
                    Invité

                    J’achèterai pas moi.
                    Mais si tu me scannes tout le livre sur ton temps libre entre 23h et 2h du mat’ je t’enverrai un puzzle d’une photo de mon blaireau à recomposer.

                    • #141027 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      C’est une transaction équitable
                      Si tu me donnes ton mail
                      On peut débuter la semaine prochaine
                      Ce sera long et journalier

                      • #141050 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        J’embêterai ma bibli avant de te prendre 8 heures.
                        C’est gentil, tu auras ton puzzle.

                • #141211 Répondre
                  cinema
                  Invité

                  « On sent chez elle que s’invite dans le besoin d’historicité le besoin de mythologie »J’ai écouté cet interview sur FranceCul que j’ai trouvé étonnement très intéressante. Elle a tout le loisir de parler, ce qui est assez rare dans ces médias.
                  Le besoin de mythologie, je ne vois pas trop. A moins qu’on y trouve d’autres exemples dans son livre(que je n’ai pas encore lu). Je pense que les agents qui sont à l’accueil de ces établissements de toute puissance et de protection spéciale, en France comme à l’étranger, on peut allègrement les nommés cerbères, dragons… Devant l’ambassade américaine à Bangkok, tu frimes pas.

                  • #141265 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    « Le besoin de mythologie, je ne vois pas trop. A moins qu’on y trouve d’autres exemples dans son livre(que je n’ai pas encore lu) »
                    On te dit que le livre suinte de besoin de mythologie, et toi tu dis que tu ne vois pas trop alors que tu ne l’as pas lu. Bon
                    Sur les textes je dois etre très old-school. J’en fais un usage boomer qui consiste à les lire.

                    • #141280 Répondre
                      cinema
                      Invité

                      J’ai cru comprendre que ce commentaire était tiré de l’interview et non du livre.
                      Effectivement, drôle d’usage des livres. Un brin classique.

                      • #141283 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Ce commentaire est tiré de l’interview dans laquelle l’autrice parle explicitement et à plusieurs reprise de mythe et de mythologie (peut-être qu’écouter ladite interview pourrait servir). N’ayant pas lu le livre, il m’a semblé intéressant de constater que ce qui en était dit ici correspondait plutôt bien à la façon dont l’autrice elle-même, et non un commentaire de seconde main, présentait son travail (en longueur) et rapportait des passages littéraux de son propre livre.

                      • #141303 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        I.G.Y., Schnoups, cinema, passionnant tout ce que vous avez à dire sur un livre que vous n’avez pas lu

                      • #141304 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Usurpation de pseudo, évidemment.

                      • #141310 Répondre
                        Charles L.
                        Invité

                        Ce qui est dit n’en reste pas moins vrais : les bégaudiennes sont expertes en commentaire de textes non lus. On pourrait à partir de ce forum écrire une véritable anthologie

                      • #141311 Répondre
                        Clos Clos
                        Invité

                        Bégaudettes plutôt?

                      • #141309 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Donc, c’est bien ce que je dis et ce que j’avais compris, Si tu lis bien ce que j’écris, il me semble que j’ai écouté Yousfi sur FC, IGY.
                        N’ayant pas lu le livre, j’arrête d’en parler car cela devient un tantinet ridicule.

                      • #141312 Répondre
                        Charles L.
                        Invité

                        Sage décision. Il faut admettre que Schnoups vous surpasse allègrement.
                         » L’aspect incantatoire est certainement à rattacher à son expérience de militante. Elle trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’assister à la naissance collective d’un mot d’ordre militant (dans un collectif comme le leur évidemment, visionnaire et porté sur une sorte d’avant garde avant l’heure, avant l’heure de l’heure exacte de l’heure – faut pas abuser de leurs vidéos c’est très lassant à force), naissance d’un nouveau mot d’ordre équivalent de la naissance d’un organe vivant. Elle semble vouloir rendre sensible la foi de sa génération, cachée mais présente. Toucher le cacher, toucher le sacré et le titre apparait comme une caricature d’un rationalisme qui serait le propre de l’Occident. » On tient là un chef d’œuvre assurément

                      • #141327 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Merci.
                        Je lirai, je lirai.
                        Mon retour sera assurément un triple chef d’oeuvre.

    • #140935 Répondre
      le roi de la bagnole
      Invité

      Rousseau restera le plus grand écrivain, surtout pour son code de la route. Un visionnaire le gars.

      • #140946 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        C’est durant ses rêveries d’un promeneur solitaire qu’il a commencé à concevoir le code de la route. En déambulant, dans l’imagination du un et du multiple, du singulier et du pluriel, du sujet collectif, comment circuler ? Comment avancer ensemble et en même temps. Sans trop se bousculer. Tu comprends ? Comment se soumettre à un principe pour le bien de tous, par la discipline et par le sens. La solution est dans le code. C’est toujours par le code qu’émerge le sens. Rousseau l’a compris avant tout le monde. Grâce à la route.

    • #141063 Répondre
      Alex
      Invité

      Lu La Pornographie, mon premier roman de Gombrowicz, certainement pas le dernier. Quelque chose, finalement, comme une réfutation du nihilisme : quand on aime la vie, quand on la désire, la question du sens est problème résolu. J’ai tout aimé de ce livre : qu’il se passe pendant la Seconde Guerre mondiale, en plein milieu du conflit (Pologne), en l’abordant à peine, ou pour ne servir que son seul « sujet » – la jeunesse, le désir. L’ami du narrateur qui s’appelle Frédéric : au vu de la philosophie déployée là, ça ne peut être un hasard. La légèreté, la cruauté, le rire (car on rit) contre la lourdeur de la morale, de la guerre, de ce Gombrowicz appelle le monde des hommes, oui. La pornographie comme éthique.
      .
      Quelques passages :
      « L’église n’était plus un église. L’espace y avait fait irruption mais un espace cosmique déjà noir, et cela ne se passait même plus sur terre, ou plutôt la terre se transforma en une planète suspendue dans le vide de l’univers, le cosmos fit sentir sa présence toute proche, nous étions en plein dedans. Au point que la lumière vacillante des cierges et même la lumière du jour, qui nous parvenait à travers les vitraux, devinrent noires comme de l’encre. Nous n’étions donc plus à l’église, ni dans ce village, ni sur la terre, mais – conformément à la réalité, oui, conformément à la vérité – quelque part dans le cosmos, suspendus avec nos cierges et notre lumière et c’est là-bas, dans l’espace infini, que nous manigancions ces choses étranges avec nous et entre nous, semblables à des singes qui grimaceraient dans le vide. C’était là un jeu bien particulier, quelque part dans les galaxies, une provocation humaine dans les ténèbres, l’exécution de curieux mouvements et d’étranges grimaces dans le vide. Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
      .
      « Je monte, Frédéric à ma suite, nous partons. La route ensablée sous la lumière du ciel sombre, des deux côtés de la route les tâches noires des arbres ou des arbustes, nous traversons le village de Brzustowa, des planches blanchies à la chaux et l’aboiement d’un chien… curieux cet aboiement… devant moi le dos du cocher… curieux ce dos… et à côté de moi cet homme qui silencieusement, poliment m’accompagne. Le sol invisible berçait ou secouait la calèche, les trous d’ombre et les ténèbres épaissies parmi les arbres nous bouchaient la vue. Je demandai au cocher, pour entendre le son de ma propre voix. »
      .
      « Il était innocent ! Il était innocent ! Une naïveté tout innocente rayonnait de lui ! Je regardai notre couple. Ils souriaient. Comme toujours, les jeunes, quand ils ne savent trop comment se sortir d’un mauvais pas. Et l’espace d’une seconde, tous les quatre, nous avons souri. »

      • #141082 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        Excellent Gombrowicz. A lire absolument : Ferdydurke.

        • #141138 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je dois redire ici qu’il serait profitable à tout le monde de ne pas entrer en interlocution, de quelque manière, avec Samuel Belkekett, ou avec un de ses 45 pseudos, facilement identifiables (des posts sur tout, souvent bavards et ineptes), et bénéficiant d’un soutien artificiel patent
          Merci de faire ce petit effort. Comme pour les toilettes sèches.

          • #141143 Répondre
            Claire N
            Invité

            Et dans le formidable dédale de langue
            Je comprends enfin pourquoi
            Aussi
            Cosmos est le nom d’une fleur
            Merci Alexandre
            Le choix du dernier passage
            Après celui là est parfait

          • #141222 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Pas de souci. Ce monsieur qui rabâche toujours être nouveau ici, donc ne connaître personne puis dit que tout le monde se moque de Graindorge… qu’il prétend connaître. comment fait-on pour ne connaître personne ET tout le monde? Ce n’est pas une question
            Poussière dans l’univers, vers de terre, terre de pommes, paumé Tom, tomme de chèvre, chèvrefeuille, feuille de saule, saule pleureur, heure d’été, été où, où suis-je, je joue là, là là, là, la je dors, l’âge d’or? Dormons bien, bien sur ce, bonne nuit

            • #141225 Répondre
              Samuel_Belkekett
              Invité

              Mais je suis le seul à percevoir ta sensibilité à fleur de peau. Les autres n’ont qu’un souci qu’on peut résumer par le souci de soi.
              Moi je ressens bien ta sensibilité artistique, ta poésie et ce besoin irrépressible de prouver que tu existes. Je ne pretends nullement te connaître, mais que veux-tu, tu es la seule avec qui je vibre à l’unisson.

    • #141140 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Passage dans l’église que je mentionnas dans Comme une Mule, au début des pages sur la littérature,

      « Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
      Ici c’est un programme littéraire qui se dit – analogue, mais oui, n’ayons pas peur, à celui que porte la première phrase de Désertion.
      Le mot cosmos y est titre du dernier roman de Gombro, qui est un doublon de La pornographie, en mieux.

      • #141141 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        mentionnais

        • #141214 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          Gombro ça fait cool, ça fait familier c’est bat. On voit de suite à qui on a affaire.
          Y a aussi Pinchy pour Pynchon et quiqui pour Quignard. Mais n’oublions pas Mimi pour Michon et surtout bébé pour Bégaudeau.

          • #141215 Répondre
            Samuel_Belkekett
            Invité

            « Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
            Moi je veux bien que les auteurs ce citent eux-mêmes, déjà c’est louche.
            Alors examinons ça…
            « Cette noyade dans l’espace » ; on se croirait au lycée en seconde.
            « s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret » ; C’est même plus ampoulé, c’est carrément boursouflé.
            « nous étions dans le cosmos » ; Espace, cosmos, pourquoi pas infini ou vertige en suppléments ?
            « mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné » ; Fallait surtout penser à irrémédiablement, des fois qu’on trouverais ça pas assez chargé.
            « de déterminé dans les moindres détails » Ho vingt dieux ! Le grand scrutateur sait tout. Tout.

      • #141208 Répondre
        Alex
        Invité

        Il me semblait que j’avais déjà lu ces lignes quelque part.
        Tout et rien dans ce « cosmos », ça me plait. Il sera donc le prochain sur la liste.

    • #141331 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Sur La Grande Méthode, quelques réflexions de mon côté. Je n’ai pas été sensible aux aspects religieux du livre ; sans doute que la foi m’est une catégorie trop étrangère, et je n’ai aucun bagage théorique. Cet aspect est surtout concentré dans les chapitres sur un dialogue entre le Maître et son disciple (je dis « son » car curieusement le Maître le désigne comme « son ami » sans ‘e’ alors qu’on pourrait imaginer que c’est LY). Ce sont les chapitres qui se rapprochent sans doute le plus du style de Laurent Gaudé. Je prêche ici des convaincus car nul ne remet en question la puissance de LG, sauf quelques grincheux ici, rejoints par le disciple lui-même qui – une seule fois hélas – se laisse aller à l’insolence : « De grâce, Maître, vous savez que je résiste à ces récits simples et symboliques. »

      .

      Ce qui m’a plus touché sont les interrogations insolubles de LY concernant l’identité, la tradition, la parole transmise, le couple fidélité/trahison à ce qu’on est, aux nôtres, à nos racines et à nos ancêtres. Selon votre tempérament, mettre tous les guillemets de circonstance et sourcils froncés sur ma phrase qui tente de refléter sa pensée – en bon matérialiste on peut lever les yeux au ciel sur ce qui paraît comme des notions dents-creuses, mais on ne peut pas nier que ça la travaille.

      .

      En ce sens LGM est dans la pleine continuité de ce passage sur la frontière et la trahison de Rester barbare : « Le jeu est vicié. Plus on tente de prouver notre humanité, plus on fait grandir le soupçon. (…) Tout faire péter. Saboter la frontière. Celle visible tout comme l’invisible; celle qui sépare à l’intérieur de l’Empire les enfants légitimes des sales gosses que nous sommes, enfantés en catastrophe. Car il ne suffit pas de franchir la frontière pour l’abolir. Qui ose croire encore à cette mythologie ? Nous, première, deuxième et énième génération, toute la bande des « naturalisés », des droit-du-solistes, des doubles passeports, des déchéançables de nationalité, le savons trop bien : franchir leur frontière sans la détruire, c’est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d’autres barbares, fabriqués pour l’occasion. (…) Voilà, on a trahi. Ce sont les lois de ce monde. L’essence d’une frontière, c’est la possibilité de la trahison. »

      Dans LGM : « Parce qu’un traître, ça suppose une structure qui le rend possible. Ça sous-entend qu’il y existe un « nous » et un « eux » et une frontière au milieu. Tout l’enjeu du traître, c’est de franchir cette frontière en faisant croire qu’elle n’existe pas. La trahison, ce n’est pas seulement de passer la frontière mais de la nier après coup. C’est renier le pacte fondamental, si ancien, si profondément inscrit dans les gestes, les silences, et les habitudes du groupe, qu’il n’a jamais eu besoin d’être formulé. (…) Un traître, ce n’est pas quelqu’un qui part. C’est quelqu’un qui part et qui fait comme s’il n’avait jamais été là. Quelqu’un qui efface le pacte, puis se retourne contre ceux qui l’ont porté. »

      Mais aussi (là c’est LY qui fait parler la voix du consulat) : « De quoi croyez-vous que je protège les frontières ? (…) Je suis la gardienne d’un pacte. Je suis la mémoire active de ceux que vous avez trahis en silence. »

      .

      Prise dans ses interrogations, LY s’appuie sur des scènes quotidiennes pour y inscrire ses propres interrogations, chaque scène étant l’occasion d’un court chapitre de vie quotidienne. On pourrait craindre une succession de tableaux à la Martine-fait-ceci-cela, mais c’est sauvé par la forme très différente à chaque fois.

      – Ainsi LY au consulat fait parler la guichetière, et permet de poser dès le début le décès de son père et le besoin de le faire enterrer en Algérie : « Vous demandez un passeport d’urgence. Motif: décès du père. Rapatriement du corps en Algérie. Retour à la terre natale. Je prends note. (…) Vous arrivez sans rendez-vous, en urgence, avec une voix tremblante, des papiers froissés, des mots mal articulés, et l’espoir que nous dérogions, que nous comprenions, que nous accélérions. »

      – LY au repas familial : « Maman demande qui en veut encore. On parle là, tu ne vois pas? Pourtant, sans le plat de maman, personne ne viendrait ici pour parler. Ce n’est pas qu’on aime particulièrement ce plat, ni qu’on ne puisse pas en trouver ailleurs, c’est seulement que maman qui en propose à tout le monde avant de s’autoriser à manger elle-même, c’est la plus belle chose qui soit. C’est pour sauver cette plus belle chose qui soit qu’on doit parler sérieusement. L’heure est très grave. Ce n’est pas le moment d’en reprendre de ton plat, sinon on risque de le voir disparaître lui aussi, tu comprends maman, est-ce que tu comprends? Laisse-nous nous concentrer. Arrête d’aller et venir de la cuisine au salon, du salon à la cuisine, arrête de nous interrompre. On dirait que tu ne penses qu’à la bouffe. »

      – LY à bord du vol Air Algérie AH1021, détourne les annonces de Hajar la cheffe de cabine, un des meilleurs passages du livre où LY interroge son propre besoin de mythologie : « Pendant le décollage, nous vous demandons d’attacher votre ceinture, de redresser votre siège ainsi que votre menton. (…) Il est temps pour nous de porter à votre connaissance que notre avion vient d’atteindre son altitude de croisière. Vous pouvez désormais décrocher vos ceintures et en profiter pour nous faire part de la raison pour laquelle cette traversée ne vous semble pas mériter le nom de ‘traversée’ tant elle contrevient à toutes les caractéristiques requises, que ce soit sur le plan scientifique ou littéraire. Nous nous faisons un plaisir de vous rappeler qu’une traversée est définie par le fait de parcourir un espace ou un territoire d’une extrémité à l’autre, à l’issue d’un déplacement physique de votre corps et potentiellement de l’âme qui s’y abrite. par une multitude de récits qui, dans l’inconscient collectif, confèrent à la notion une dimension épique relative aux épreuves encourues pour parvenir d’un bout à l’autre. Traverser un désert sous un soleil de plomb ou naviguer en pleine tempête sur une mer déchaînée sont ainsi des formes de traversée communément classées parmi les plus nobles, en cela qu’elles donnent lieu à un périple initiatique pour celui qui s’y livre. (…) Dans la mythologie antique, les livres saints ou la culture populaire, il vous semble probablement avoir aperçu plus admirable encore: un fils portant le corps de son père, sans cercueil, sur son dos ou dans ses bras à la manière d’un nourrisson, dans des conditions d’extrême hostilité, sans boussole aucune, si ce n’est la foi inébranlable de s’acquitter de sa mission sur terre. Sachez néanmoins qu’il serait malvenu de vous plaindre des bons soins de nos services qui vous épargnent un tel effort, malgré votre sentiment, de plus en plus difficile à contenir, que cette manière de procéder n’est pas à la hauteur du père que Dieu a eu la générosité de vous accorder dans cette vie. »

      .

      Je pourrais citer d’autres passages, LY enfant au cours d’arabe, LY en réunion de collectif militant (pur dialogue sans vraiment savoir qui parle), LY avec le chauffeur de taxi-brousse (« Toi, tu vas derrière avec Madame. Lui, devant. Et toi, tu restes derrière aussi. Voilà. Lui, il monte sur les genoux. Les tiens ou les siens. Comme ça, tout le monde rentre. »), beaucoup de passage ingénieux et de trouvailles littéraires qui permettent de tourner autour de ses interrogations.

      .

      Hélas, les petits bonheurs de lecture dans le livre ne sont pas tenus tout du long, pour cause de trop de lumière et trop d’ombre.

      .

      Trop de lumière, le besoin de dire et redire son programme de faire-littérature (« Parce que le soleil brûle les yeux, maman, qu’on ne peut pas le regarder en face, qu’il faut tenter sous d’autres angles, avec des outils fabriqués exprès. » ; « La grande méthode est une science du récit. Elle ne produit pas des vérités mais construit les conditions de leur transmission. Une manière d’assurer la permanence du sens à travers la fragilité des formes »), et une tentation à l’hyperbole et à la sur-explication qui désamorce ses propres trouvailles. Un exemple, le texte du consulat a des défauts mais en soi tenait bien la route, pourquoi lui adjoindre une explication de texte ? (ce « gardienne d’un pacte » déjà cité plus haut, ou encore « Et ce qu’elle a dit la dame, au consulat tu sais, la connasse oui, qu’on était des sous-merdes occidentales, eh bien on était content qu’elle l’ait dit. ») Un autre exemple, à la veillée funéraire, un ancien ami de son père qui l’a trahi et volé se pointe, par mécanisme LY lui serre la main, moment passionnant, pourquoi le saborder avec de la géopolitique de lycée ? (« Au lieu de ça, on a improvisé. Mal. Ma mère, avec sa bise. Mes sœurs en faisant pareil. Et moi, j’ai tendu la main. J’ai cru faire moins. C’était plus. Une poignée de main, c’est un pacte. C’est les accords d’Oslo. C’est Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Une bise, c’est de la politesse. »)

      .

      Trop d’ombre, on aimerait que LY fasse un vrai point sur son parcours d’assimilée : hypokhâgne à Lille, études de philosophie à Nice, école de journalisme à Bordeaux, on connaît la sourde tristesse de s’éloigner de l’univers familial (« Le prix à payer pour les enfants de l’immigration souhaitant réussir, c’est de nier une partie d’eux-même » dit-elle) ; on aimerait en savoir plus sur comment elle vit son intégration (intervieweuse dans Hors-Série, deux livres à La Fabrique, pensionnaire de la Villa Médicis puis résidente de la Villa Valmont) qui n’a rien de déshonorant mais mériterait d’être creusé. S’y épanouit-elle ? Est-elle si tiraillée que cela ? On pourrait être tenté de faire un parallèle avec Edouard Louis sur cette obscurité de la réussite sociale.

      .

      Mais peut-être que ces questions d’assimilation réussie sentent trop le souffre pour elle, et gare à qui – elle la première – voudrait être trop curieux et s’approcher du trou : « Je veille mon père comme on monterait la garde autour d’un mystère. (…) Et s’il me faut, plus tard, écrire, raconter, alors je garderai, au centre du texte, un trou. Je tournerai autour de lui, en construisant des phrases comme des cloisons. Je baliserai la zone. Je tiendrai la ligne. Je serai la sentinelle. Je n’écrirai pas pour transmettre. Je n’écrirai pas pour partager. Je n’écrirai pas pour réparer. Je n’écrirai même pas pour comprendre. J’écrirai pour barrer l’accès aux démons, des plus vulgaires aux plus sophistiqués, et pour tenir en joue quiconque s’approcherait de trop près. »

      • #141340 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Oui, merci pour le retour et les extraits.
        J’aime particulièrement celui avec sa mère.

        • #141423 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          L’édifice de LY ne peut tenir que par l’abstraction. Avec pour murs porteurs des catégories génériques comme la trahison. Elle ne peut donc pas être concrète. Mettre entre parenthèses le mot « trahison » pour simplement RACONTER son réel parcours, c’est à dire disséminer les grands mots (comme trahir) dans une suite de situations. Elle dit etre du coté du récit, elle ne l’est pas du tout, du tout. Elle demeure dans l’essai – tous les textes sont des discours. Et encore une fois, si forme littéraire ici, ce serait celle d’un certain théatre – un théatre qui déclame et ne raconte pas.
          Sur le fond : pas d’émancipation sans « trahison » (moi je mets des guillemets). Etre contre la trahison c’est etre contre l’émancipation. Ca tombe bien, LY est contre, elle se reproche son émancipation (qu’elle appelle donc trahison). En cela elle est strictement en accord avec Chantal Delsol

          • #141434 Répondre
            Dany
            Invité

            c’est sûr que c’est mieux « la petite méthode » de Mediapart : ne jamais parler des décoloniaux sauf pour les présenter comme des sauvages

            • #141440 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              quelle riche réponse, littéraire, textuelle, nourrie

              • #141448 Répondre
                Dany
                Invité

                Il s’agit d’un copié-collé du commentaire de ton pote Dany Caligula, qui se présente lui-même comme un amoureux du verbe

                • #141470 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  pour l’instant l’intéret pour la littérature de cet « amoureux du verbe », qui n’est pas un pote sinon pote ne signifie plus rien, ne m’a pas frappé
                  et de toute façon je ne vois pas ce que cette citation vient faire là

                  • #141477 Répondre
                    Dr Xavier
                    Invité

                    J’entends (si ce n’est que je ne connais rien de Delsol).
                    Appréciant Gaudé – et Vargas pour ne pas améliorer mon affaire – pas étonnant que je ne sois pas insensible au style LGM.
                    Voire pas insensible à cet affect – affect droitier ? – d’appartenance à une communauté.
                    J’aime cette idée qu’il n’y ait pas émancipation sans ‘trahison’, en tous cas sans pas de côté. Peut-être que ce que LGM veut toucher du doigt c’est le coût du pas de côté, pour soi et pour sa communauté-minoritaire d’origine, qui perd un membre dans sa lutte (mettre encore les guillemets de circonstances, difficile de trouver les mots et énoncés adéquats).
                    Au moins le mérite du bouquin est de se faire poser des questions. Pour poursuivre – et m’en tirer par une autre citation – on pourrait demander à LY les questions de Sébastien Charbonnier. Si la conclusion de LGM c’est de se recentrer sur la tradition pour faire bloc et être visible, alors : « 272. La libération, comme mouvement dans l’Histoire, est une aspiration à la reconnaissance par les ordres de pouvoir : cela consiste à se rendre visible dans l’espace public – que ce soit par des conquêtes légales, des victoires juridiques, des évolutions de mœurs, etc. La vigilance consiste alors à ne pas perdre de vue: pour qui le fait-on ? avec qui ? pour devenir qui ? pour effectuer quoi ? » (Pouvoir et Puissance, italique dans le texte)

                  • #141512 Répondre
                    Dany
                    Invité

                    Je te conseilles vraiment de passer plus te temps sur Twitter : c’est vraiment là que se déplie la pensée de colonial. Là que se sa langue se forge

                    • #141513 Répondre
                      Dany
                      Invité

                      Décoloniale*

                      • #141516 Répondre
                        Dany
                        Invité

                        Petit florilège (par les militants-poète de PDH) :

                        « Bientôt, on parlera de «la preuve par Edwy Plenel» Le nouveau livre de @LouYou62 n’est rien de ce que cette critique décrit La grande méthode d’Edwy, c’est d’être malhonnête et attaquer indignement la théorie décoloniale avec ses copains les «sionistes de gauche»  »

                         » La petite bourgeoisie culturelle, groupe social dont Mediapart est l’expression, est particulièrement détestable. Elle organise toujours méticuleusement son innocence avec des alibis progressistes pour mieux te tirer dans le dos quand elle l’a décidée.
                         »

                         » Ok colon (sale fdp) »

                      • #141523 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        Le problème est : si on ramène la pensée décoloniale à PDH et Louisa Yousfi, on risque fort de passer à côté de bien d’autres choses. Par exemple est-ce que Amer Meziane est décolonial, quoi que soit la réponse il est impératif de lire « Des empires sous la terre » peut-être l’avez vous lu ? Si ce n’est pas le cas alors plutôt que vous précipitez sur la grande méthode vous devriez plutôt vous intéressez à ce livre. Je suis plus dubitatif sur son second mais ça vaut le coup aussi. Aussi, la représentante du décolonial latino américain en France est une péruvienne du nom de Lissell Quiroz. Bref Bien d’autres noms à découvrir.

          • #141450 Répondre
            Mao
            Invité

            Ça me fait penser à la distinction entre le traitre et le tricheur chez Deleuze.

            • #141473 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Merci pour l’ouverture, j’ai mis le passage en question de Dialogues ici (si c’est bien à ça que tu fais référence).
              Ça irait contre LGM, dans ce texte c’est la célébration de la trahison (« Il y a toujours de la trahison dans une ligne de fuite. Pas tricher à la manière d’un homme d’ordre qui ménage son avenir, mais trahir à la façon d’un homme simple qui n’a plus de passé ni de futur. On trahit les puissances fixes qui veulent nous retenir, les puissances établies de la terre. »)
              Je sais pas trop quoi penser mais que c’est érudit et bien écrit.

          • #141476 Répondre
            Ema
            Invité

            pas d’émancipation sans « trahison »
            Oui bien vu, au fond.
            Mais il me semble que de toute manière il y a anguille sous roche avec l’expression du sentiment de trahison du transfuge, de classe ou de race. Une anguille du même ordre que celle du syndrome de l’imposteur. On a bien affaire à du récit, à la réécriture grandiloquente de quelque chose moins avouable. Mais sans doite LY explore-elle quand même l’ambivalence de son rapport à l’assimilation ?

            • #141481 Répondre
              kakaka
              Invité

              Intéressant ce commentaire de non lecture.

              • #141483 Répondre
                Ema
                Invité

                Oui tu as raison, je m’arrêterai là je pense. C’était la réflexion sur la notion de trahison, a priori quand même bien présente dans LGM, qui m’inspirait, mais je déborde sans doute.

                • #141493 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Ce mot n’est pas sérieux, en l’espèce
                  J’ai déjà dit que pour moi il n’y a pas « trahison des élites », dans la mesure où les élites ne se sont jamais engagés à rien (si ce n’est dans leurs discours de boutiquiers électoraux, ou de séminaires de management)
                  Rigoureusement parlant, on ne trahit quelque chose que dans la mesure où on y déroge alors qu’on y a prêté allégeance.
                  On ne prete pas allégeance à une famille – puisqu’on s’y retrouve sans avoir rien demandé. On ne prete pas allégeance à une communauté – puisqu’on s’y retrouve sans avoir rien demandé. Je ne trahis donc pas ma famille quand je prends mes distances avec ses moeurs, son idéologie latente, ses rites.
                  Par ailleurs, comme la notion de désertion, une trahison donnée est sujette à interprétations très antagoniques selon le point de vue. Par exemple je suis sur que LY apprécie hautement que des israeliens trahissent la famille sioniste à laquelle ils appartiennent de fait. Apprécie grandement qu’un enfant de juif orthodoxe messianiste et colon se retourne contre son père et prenne les armes coté palestinien.
                  A moins que non, et qu’elle lui en veuille de rompre avec la tradition. Auquel cas la seule issue est la guerre à mort entre les deux camps, comme il est de coutume entre tribus.

                  • #141499 Répondre
                    kakaka
                    Invité

                    Qui est LGM ? À trop raccourcir les mots, vous devenez abscons.
                    Très bien de remettre un brin de structure dans ce Barnum.

                    • #141506 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      C’est vrai que c’est compliqué de savoir ce que LGM recouvre dans une discussion consacrée depuis 20 posts au livre La grande méthode.

                      • #141507 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                         » Mais sans doite LY explore-elle quand même l’ambivalence de son rapport à l’assimilation ? »
                        Aucunement
                        Pas d’ambivalence dans ce livre sous autorité d’un Maitre
                        Elle s’afflige de tous les péchés sans ambivalence.

                      • #141535 Répondre
                        Samuel_Belkekett
                        Invité

                        « Ambivalence » L’esprit Belkekettien finit-il par laisser des traces ?

                      • #141526 Répondre
                        uc
                        Invité

                        On sait ça si on est vissé sur ton espace. La vie se trouve ailleurs mon cher begaudeau

            • #141482 Répondre
              Ludovic Bourgeois
              Invité

              Trop generique-general
              Explique à tes camarades
              Comment, concrètement,
              Tu es pénétrée par cette question.
              Avec des détails.

              • #141484 Répondre
                kakaka
                Invité

                Le racisme ordinaire inconscient a encore de beaux jours devant lui.

                • #141486 Répondre
                  Dr Xavier
                  Invité

                  À supposer que tu es nouveau et pas un énième pseudo destiné à troller, il n’y a rien d’inconscient dans le racisme de Ludovic Bourgeois.
                  Plutôt que de mordre Ema, donne-nous donc ton avis sur LGM.

                  • #141488 Répondre
                    Docteur psychorigide Xav
                    Invité

                    Tu débarques avec un hors-sujet, tu fais ton analyse, et derrière tu l’interpelles… C’est quoi le but exactement ? Tu veux nous prouver un truc ?

                  • #141514 Répondre
                    Ludovic Bourgeois
                    Invité

                    C’est sûr
                    Mais en fait moi je pense l’inverse de Begaudeau
                    C’est parce que Y’a volonté de transgression de tribus
                    De domination
                    Qu’il y a guerres entre tribus
                    La barrière raciste c’est la paix

                    • #141528 Répondre
                      Ludovic Bourgeois
                      Invité

                      Le Mythe de l’Iliade
                      Part de là
                      La meuf qui trahit sa tribu
                      Et qui entraîne la guerre
                      __
                      Rome contre les Sabins
                      Etc etc
                      __

                      • #141529 Répondre
                        Ludovic Bourgeois
                        Invité

                        Il faut pointer
                        La perversité
                        Des universalistes

                      • #141533 Répondre
                        uc
                        Invité

                        Et la tienne de perversite par là même occas

                      • #141534 Répondre
                        uc
                        Invité

                        Et la tienne de perversite par là même occas.

    • #141336 Répondre
      Ema
      Invité

      Merci Xavier, c’a quand même l’air très intéressant. J’aime bien notamment le passage que tu cites « franchir leur frontière sans la détruire, c’est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d’autres barbares, fabriqués pour l’occasion. » je n’y avais tout bonnement jamais pensé, mais trop bien s’assimiler c’est effectivement rendre la tâche encore plus difficiles aux prochains arrivants. Pour le coup c’est très concret, trés tangible, bien plus que la notion de trahison aux ancêtres qui me semble plus abstraite, nébuleuse, en tout cas strictement affective (sans compter hyperbolique, mais inutile de revenir la dessus)

    • #141390 Répondre
      Ostros
      Invité

      La sentinelle qu’on ne relève jamais, nouveau livre de Dalie Farah sort jeudi 02 avril
      On peut d’ores et déjà lire quelques lignes sur la page fb de François :
      .
      Quand les douleurs s’arrêtent, j’embrasserais les pieds fourchus du diable
      .
      Je porte un pull col V et un sous-pull, on est en hiver certes, mais le col est là aussi pour dissimuler les bleus autour de mon cou (traces des doigts maternels ou paternels, qui m’ont étranglée la veille – sans me tuer)
      .
      Qui n’a pas été violent avec moi?
      Et qui pouvait ne pas l’être?
      .
      Je pense à ma naissance, j’ai désobéi à ma mère : j’ai survécu.
      .
      Me voilà officiellement en demande d’embarquement sur la nef des fous et j’ai pas du tout le pied marin.
      .
      Je vais être considérée socialement comme une handicapée. Personne n’y croira, j’ai eu le prix de l’Héroïne Madame Figaro.
      .
      Faudrait que je veille à demeurer une erreur statistique.
      .
      Le Mektoub maternel ne te laisse pas partir comme ça, c’est comme la mafia et l’Education nationale
      Il n’est pas erroné aujourd’hui de conclure que je suis idéale à violenter
      .
      Qui veut rester sauve apprend à ajuster son masque pour se faire aimer des ogres comme des sorcières
      .
      On m’informe que la ménopause augmentera mes symptômes, cela augure de jours passionnants où j’entendrai péter une mouche à 1 km
      .
      Dans mon HLM, ne pas avoir l’air arabe occupe notre morning routine
      .
      Depuis ses souvenirs d’Algérie française, ma mère sait d’expérience que l’Arabe au singulier, en parcours individuel, à plus de chances de survie sociale en France que les Arabes au pluriel
      .
      Je n’idéalise pas mes morts, et les miens ils ne sont soldats de rien, résistants de rien, ils sont créatures coupables et innocentes, conscientes de leurs faiblesses et parfois fières de leur soumission
      .
      L’arabité prolétaire a du être l’alibi de l’autisme et vice versa
      .
      Je peux remercier cette enfance de coups, maintenant qu’elle est derrière moi, elle a fait de ma peau une paroi translucide dont la mémoire résiliente ne me défend pas mais me rappelle qu’on ne meurt pas d’avoir mal
      .
      Envie de pester contre la loi du marché qui veut bien soigner, mais après avoir rendu malade
      .
      Incroyable mais vrai, j’adore fermer ma gueule
      .
      Je n’étais pas Antigone, un fou rire : j’étais autiste

      • #141421 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci
        « Me voilà officiellement en demande d’embarquement sur la nef des fous et j’ai pas du tout le pied marin »
        toute la galère des préparations concrètes et administratives inhérentes aux voyages – levé – horaires- bagages – papiers
        Impactés dans la «  nef des fous « le truc intangible
        J’aime beaucoup cette forme, je crois que je comprends quand c’est fait comme ça

        • #141441 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          attention, c’est pas du tout un livre fragmentaire, là c’est moi qui ai extrait ces phrases

      • #141471 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Bon, celui-là j’achète
        Elle est en plus une sorte d’autochtone voisine

        • #141494 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          la meilleur écrivaine auvergnate en activité, et de loin
          j’en connais deux autres du coin qui ne lui arrivent pas à la cheville – et qui pourtant sont plus connues (enfin non, pas « pourtant »)

    • #141456 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Oui, tu dis bien que c’est « un petit florilège
      personnel »

      « Envie de pester contre la loi du marché qui veut bien soigner, mais après avoir rendu malade »

    • #141703 Répondre
      Youmtasoeur
      Invité

      Youm adressss son précieux salut aux schlagues.

      J’ai mis du temps à entamer le dernier épisode de Mauvaise foi, eh vla ti pas que le père François (à 1:31:40 environ) énonce une idée reprise par Jouannais : « la vitalité esthétique se nécrose toujours un poil dans l’oeuvre en acte ». François cites les situationnistes, ne soyez pas avare de références, ça m’intéresse. Je voudrais aussi vous inviter à taper dans le livre d’Agamben : Création et Anarchie (dispo en PDF sur le net). Le vieux Agamben part d’un fait le terme « oeuvre » et tout ce qu’il recouvre lorsqu’il est complété par le génitif « d’art » (oeuvre d’art) a été délaissé au seul profit de spéculation, parfois fécondes, autour du concept d’art. Quelques extraits :

      « Déjà en 1967, un jeune et brillant savant, Robert Klein, avait publié un court essai au titre éloquent : L’éclipse de l’œuvre d’art. Klein suggérait que les attaques des avant-gardes artistiques du XXe siècle n’étaient pas dirigées contre l’art, mais exclusivement contre son incarnation dans une œuvre, comme si l’art, mû par une curieuse impulsion autodestructrice, dévorait ce qui en avait toujours défini la consistance : l’œuvre elle-même »

      « Si l’art se présente aujourd’hui comme une activité sans œuvre (…) cela n’a pu se produire que parce que l’être-œuvre de l’œuvre d’art est resté impensé. » – « (L’art contemporain comme retour sous une forme pathologique du refoulé œuvre) »

      Il se propose de regarder plusieurs période historiques afin de montrer comme à évoluer la pensée de « l’oeuvre » : la Grèce antique au IVème s. av JC – situation de l’œuvre, situation de l’artiste :

      « L’artiste, comme tout autre artisan, est classé parmi les technitai, c’est-à-dire parmi ceux qui, pratiquant une technique, produisent des choses. Son activité n’est donc jamais prise en compte comme telle, mais est toujours est seulement considérée du point de vue de l’œuvre produite. En témoigne avec évidence le fait, surprenant pour les historiens du droit, que le contrat qu’il signe avec celui qui lui passe commande ne mentionne jamais la quantité de travail nécessaire, mais seulement l’œuvre qu’il doit fournir. (…) Je crois que l’on devrait dire (…) qu’ils (les Grecs) ne distinguent pas le travail et l’activité productive de l’œuvre, parce que, à leurs yeux, l’activité productive réside dans l’œuvre et non dans l’artiste qui l’a produite » p12
      Explique le fait que l’activité productive réside dans l’œuvre et non dans l’individu suant et ahanant grâce à un passage d’Aristote, livre théta, la Métaphysique :

      « (…) consacré au problème de la puissance (dynamis) et de l’acte (energeia). Le terme energeia est une invention d’Aristote, mais pour une oreille grecque, il est immédiatement intelligible (…) “œuvre, travail, activité“ se dit en grec ergon, et l’adjectif energos signifie alors que quelque chose est « en œuvre, en activité », au sens qu’il a atteint sa fin propre, l’opération à laquelle il est destiné. Curieusement, pour définir l’opposition entre puissance et actes, dynamis et energeia, Aristote recourt à un exemple tiré de la sphère que nous définirons comme artistique : Hermès, dit-il, est en puissance dans le morceau de bois, qui n’est pas encore sculpté, mais il est en œuvre dans la statue une fois sculptée. L’œuvre d’art appartient donc constitutivement à la sphère de l’energeia, qui, en outre, renvoie dans son nom même à un être-en-œuvre. »

      « C’est ici que commence le passage qu’il m’importe de lire avec vous. La fin, le telos – écrit Aristote – est l’ergon, l’œuvre, et l’œuvre est energeia, opération et être-en-œuvre : en effet, le terme energeia dérive d’ergon et tend donc à l’accomplissement, à l’entelecheia (encore un terme forgé par Aristote : le fait de se posséder dans sa propre fin).
      Il y a cependant des cas où la fin dernière se réalise complètement dans l’usage, comme dans la vue (opsis, la faculté de voir) et dans la vision (l’acte de voir, horasis), où il ne se produit rien d’autre que la vision ; il y a, en revanche, d’autres au cas où il se produit quelque chose d’autre, par exemple dans l’art de bâtir (oikodomikè) où, en dehors de l’acte de bâtir, on produit aussi la maison. Dans ce cas, l’acte de bâtir, l’oikodomesis, réside dans la chose bâti (…), il vient à l’être (gignetai, « s’engendre ») et est avec la maison. Autrement dit, dans tous les cas où, en plus de l’usage, est produit quelque chose d’autre, l’energeia réside dans la chose faite (en toi poioumenoi), comme l’acte de bâtir est dans la maison bâtie et l’acte de tisser dans le tissu. En revanche, lorsqu’il n’y a pas d’autre ergon, d’autres œuvres en dehors de l’energeia, l’être-en-œuvre, résidera dans les sujets eux-mêmes, comme la vision dans le voyant, la contemplation (…) dans celui qui contemple (…). »

      Conclusion : « Le problème n’était donc pas esthétique, mais métaphysique. » (p15) ; « l’artiste est un être qui à sa fin, son telos, hors de lui, dans l’œuvre. Il est donc un être constitutivement incomplet, qui ne possède jamais son telos, qui manque d’entelecheia. C’est pourquoi les Grecs considéraient les technites comme un banausos, terme qui désigne une personne de peu, presque indigne. » (p14-15)

      « Si nous comparons cette conception de l’œuvre d’art à la nôtre, nous pouvons dire que ce qui nous sépare des Grecs c’est que, à un certain moment, par un lent processus dont nous pouvons faire coïncider le début avec la Renaissance, l’art est sorti de la sphère des activités qui ont leur energeia en dehors d’elles, dans une œuvre et s’est déplacé dans le domaine de ces activités qui, comme la connaissance ou la praxis, ont leur energeia, leur être-en-œuvre, en elles-mêmes. L’artiste n’est plus un banausos, voué à poursuivre son accomplissement hors de soi dans l’œuvre, mais, comme le théoricien, il revendique maintenant la maîtrise et la possession légitime de son activité créatrice. » (p17)

      « (…) l’art ne réside pas dans l’œuvre, mais dans l’esprit de l’artiste, et plus précisément dans dans l’idée d’après laquelle il réalise son œuvre. La force de cette conception est qu’elle avait son modèle dans la création divine ». (p18)

      « Mais ce que l’artiste a gagné d’un côté – l’indépendance par rapport à l’œuvre – vient pour ainsi dire à lui manquer de l’autre. » p18 – l’œuvre « (…) lui (l’artiste) devient en un certain sens accidentelle, se transforme en résidu en quelque sorte non nécessaire de son activité créatrice. »

      Je vous passe un gros passage très intéressant mais un peu long sur le lien entre le concept d’ex opere operato dans le mouvement liturgique catholique du 20ème siècle, pour en arriver à la conclusion du premier chapitre, il faut, grâce à la connaissance du fait que l’artisan/artiste de la Grèce classique ne s’accomplissait que dans l’oeuvre (je fais très court, c’est plus puissant que ça) :

       » abandonner l’idée qu’il y a quelque chose comme une activité humaine souveraine qui, par l’entremise d’un sujet, se réalise dans une œuvre ou dans une energeia qui tirent d’elle une valeur incomparable. (…) L’art n’est que le moyen où l’anonyme que nous appelons artiste, en se maintenant constamment en relation avec une pratique, tente de construire sa vie comme une forme de vie : la vie du peintre, du menuisier, de l’architecte, du contrebassiste où, comme en toute forme-de-vie, ce qui est en question n’est rien de moins que son bonheur. »

      Cette conclusion se marie assez bien avec le paragraphe 24 des Condsidérations d’un inactuel, je vous y renvoie.
      Le 2ème chapitre « Qu’est-ce que l’acte de création ? » utilise cette réflexion sur les travaux d’Aristote face à la phrase de Deleuze : l’oeuvre d’art est un acte de résistance contre notre société de contrôle. En relisant un passage de la Métaphysique, où Aristote défend face aux Mégariques affirmant que la puissance existe seulement dans l’acte l’idée que la puissance existe hors de l’acte – si la puissance n’existe qu’en acte comment peut-on dire qu’un architecte est toujours un architecte lorsqu’il ne conçoit pas de maisons ?) :

      « La puissance dont parle Aristote au livre IX de la Métaphysique et au livre II du De Anima n’est donc pas la puissance entendue en instance générique, sur laquelle nous disons qu’un enfant peut devenir architecte sculpteur, mais celle qui incombe à qui a déjà acquis l’art ou le savoir correspondants. Aristote appelle cette puissance hexis, du verbe echo (« avoir ») : l’habitus, c’est-à-dire la possession d’une capacité ou habileté.
      Celui qui possède une puissance – celui qui en a l’habitus – peux aussi bien la mettre en acte que ne pas la mettre en acte. La puissance – c’est la thèse géniale d’Aristote – est donc définie essentiellement par la possibilité de son non-exercice. (…) Ce qui est donc en question, c’est le mode d’être de la puissance, qui existe dans la forme de l’hexis, de la maîtrise sur une privation. Il y a une forme, une présence de ce qui n’est pas un acte, et cette présence privative et la puissance. »

      « Dès lors que la puissance est définie par la possibilité de son non-exercice, il tire des conséquences sur la co-appartenance constitutive de la puissance et de l’impuissance. (…) “L’impuissance (adynamia), écrit-il, est une privation contraire à la puissance (dynamei). Toute puissance est impuissance du même et par rapport au même (…). Adynamia, impuissance, ne signifie pas ici absence de toute puissance, mais puissance de ne pas (passer à l’acte), dyanmis me energein“ (Métaphysique, 1046 a, 29-32). (…) Le vivant, qui existe selon le mode de la puissance, peu sa propre impuissance et c’est seulement de cette façon qu’il possède sa propre puissance. Il peut être et faire, parce qu’il reste en rapport avec son propre non-être et son propre non-faire. Dans la puissance, la sensation et consécutivement anesthésié, la pensée non pensée, l’œuvre désœuvrement. »

      Donc :

      « Si nous revenons maintenant à notre question sur l’acte de création, cela signifie qu’il ne peut en aucun cas être compris selon la représentation courante comme une simple transition de la puissance à l’acte. L’artiste n’est pas celui qui possède une puissance de créer, qui décide, un certain moment, on ne sait comment ni pourquoi, de réaliser de mettre en acte. (…)
      Nous pouvons désormais comprendre différemment la relation entre création et résistance évoquée par Deuleuze. Il y a, dans tout acte de création, quelque chose qui résiste et s’oppose à l’expression. Résister, du latin sisto, signifie étymologiquement “arrêté, tenir l’arrêt“, ou “s’arrêter“. (…) La puissance est donc un être ambigu, qui veut non seulement une chose et son contraire, mais contient en elle-même une résistance intime autant qu’irréductible.
      Si cela est vrai, nous devons alors considérer l’acte de création comme un champ de forces tendu entre puissance et impuissance, pouvoir de et pouvoir de ne pas agir et résister. L’homme peut avoir la maîtrise de sa puissance et n’y avoir accès qu’à travers son impuissance ; mais – et pour cette raison même – il n’y a pas, en vérité, de souveraineté sur la puissance, et être poète signifie ceci : être en proie à sa propre impuissance » (p36-37)

      Je vous laisse trouver les exemples littéraires et picturaux qu’il trouve pour démontrer que l’art moderne trouve sa puissance dans la mise en avant de cette lutte constitutive et assumée entre puissance-de et puissance-de-ne-pas. Je vous divulgache un peu cette beurrée ganache : un tableau de Titien et ses inscriptions, un tableau de Velazquez et des extraits de Kafka. Je trouve ces deux chapitres (qui sont en réalités des conférences qu’il a donné) extrêmement puissant en ce qu’il vienne essayer de réflechir une idée esthétique anarchiste en faisant acte de recherche archéologique au sens premier, revenir aux principes par l’histoire des représentations de l’oeuvre d’art au crible des périodes majeurs.

      Pour ouïr dans la chair pleurer le diamant.

      • #141704 Répondre
        Youmtasoeur
        Invité

        « qu’il a données » – « en ce qu’ils viennent »…la fin de semaine est rude, j’ai presque travaillé deux heures…

        • #141709 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          La fin de semaine doit être encore plus compliquée pour moi parce que je n’ai à peu près rien compris mais tu as piqué ma curiosité, j’irai lire.
          Il y a au moins une phrase que j’ai comprise : « En témoigne avec évidence le fait, surprenant pour les historiens du droit, que le contrat qu’il signe avec celui qui lui passe commande ne mentionne jamais la quantité de travail nécessaire, mais seulement l’œuvre qu’il doit fournir. » Et même là je comprends pas ce que ça a de surprenant ? On commande une statue, pas un nombre d’heure sur une statue ? À moins que ?

          • #141710 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Me dis pas que ça a un rapport avec le 1er avril…

            • #141728 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              « Si nous revenons maintenant à notre question sur l’acte de création, cela signifie qu’il ne peut en aucun cas être compris… »
              Le genre de tournures qui me font soupirer (je parle de la forme)

              • #141729 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                comment oser parler d’art en écrivant aussi lourd

                • #141807 Répondre
                  Youmtasoeur
                  Invité

                  Quand on est comme lui, un philosophe qui se veut de la pensée de la déconstruction, mais qui n’est pas de la trempe de Derrida…

                • #142012 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  Ce ne sont pas des essais mais des textes de conférence (recueil de conférence de haute volée, par ailleurs).

                  La BSGACA (Brigade de Soutien à Giorgio Agamben sur le Chantier Autonome) veille au grain

    • #141734 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      @Youmtasoeur
      J’ai lu une partie de ton pavé, jusqu’à :
      « Je vous passe un gros passage très intéressant mais un peu long sur le lien entre le concept d’ex opere operato dans le mouvement liturgique catholique du 20ème siècle, pour en arriver à la conclusion du premier chapitre »
      Il y a déjà en terme de compréhension, quelques comparaisons intéressantes à faire et tout d’abord, la fameuse problématique de la mort de l’auteur. Avec Barthes et Foucault au premier plan. Ce que Foucault pointait c’était le mot œuvre mais pour désigner l’ensemble de la production artistique qui sera de fait, d’emblée identifié à l’artiste. Non pas œuvre d’art mais œuvres complètes type pléiade par exemple. Alors qu’il existe des discontinuités qui troublent cette unité de l’œuvre, si bien que chaque œuvre devrait être considérée dans sa singularité. Sans aller plus avant dans la mort de l’auteur et en revenir au texte et à ses références grecques qui n’est pas sans me faire penser à un lointain voyage en Inde où je m’étais passionné pour leurs peintures miniatures. Ces peintures miniatures sont faites sur du tissus comme sur du bois, remplies de détails et de couleurs, les dessins très précis représentent des thèmes de la mythologie hindoue. Bien que l’évidence artistique soit indiscutable, jamais on ne trouve plaquée la signature de l’artiste. Celle-ci apparaîtrait sacrilège et vanité. Tout étant question de technique et d’inspiration d’essence divine.
      Quant à la modernité nous voilà reparti sur la notion de sujet, de subjectivité individuelle. C’est l’esprit de l’artiste qui fait proliférer le signe. L’esprit éclaire l’objet dans une dialectique sans fin qui appelle une dynamique entre continuité et discontinuité. Pour Barthes, Foucault et les structuralistes en général, c’est l’œuvre dans sa singularité et sa formalité qui doit concentrer le sujet et l’objet.
      Si ça te parle cher Youmtasoeur je lirai la suite plus tard et dis-moi si tu veux un retour. Sinon je disserterai dans le plus grand silence.

      • #141739 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Tu vas disserter dans le vide, et en toute vacuité monologuante, car Youmtasoeur c’est toi même, c’est à dire un des 50 pseudos que tu utilises.
        Je te le redemande : arrête de pourrir cet espace en t’en accaparant tout l’espace ou presque. Trouve un autre lieu pour soulager ta scribomanie augmentée d’IA. Merci.

        • #141819 Répondre
          Youmtasoeur
          Invité

          I swear que je suis pas belkekette, je suis beaucoup trop sage et apprivoisé pour passer mon temps à troller des gens que tout m’invite à estimer. J’ai juste abusé du copier/coller et essayé de synthétiser une pensée bien prétentieuse et empotée (est-ce le passage par la traduction ? je ne parle pas l’italien et n’ai pas lu en langue originale ou bien le fait que ce soit la transcription d’une oralité bcp trop académique ? je ne sais pas).
          Je vais faire simple : ce qui me plaît dans ces deux premiers chapitres est l’intuition selon laquelle la vraie puissance artistique est le dévoilement de la dialectique constitutive chez les artistes entre puissance de créer et impuissance de créer, entre pure inspiration/traversement par des forces vitales et canon artistique intériorisé et limitant. Sauf que l’argumentation est soutenue, de manière balourde je le reconnais, par des recherches en critique artistique au moment de l’émergence du ready-made, pendant la Renaissance, au IVème sicèle av jc en Grèce… etc.
          Et les exemples qu’il trouve sont assez parlants, à mon avis : une Annonciation du Titien, Eglise de San Salvador, qui rompt avec la représentation habituelle des corps et des lumières dans ses autres tableaux. Deux annotations intéressantes essuient les pieds de ce bijou : « titianus fecit fecit » (au lieu du « titianus faciebat ») c’est à dire « Titien l’a fait et refait ». La ténèbre du tableau et la disposition spiralée des puttis azimuts s’accordent bien avec la formule « titianus fecit fecit » qui pourrait effectivement illustrer l’état « d’écartèlement » que subit l’artiste lors du processus de création. Il est écartelé entre puissance de faire et puissance de ne pas faire. Une deuxième inscription apparaît en bas du tableau : « ignis non comburens » qui vient de l’Ancien Testament, moment où Dieu apparaît à Moise au sein d’un buisson « brulant mais ne se consumant pas » (la beauté de l’épiphanie). Selon Agamben cette autre inscription (au-delà de faire référence à l’immaculée conception) serait une façon imagée d’évoquer ce processus de création partagée entre envie de donner forme aux forces qui nous traversent de manière brute et restriction opposée par le canon représentatif du médium artistique auquel on appartient.
          Il cite ensuite un passage de Joséphine la cantatrice où la souris Joséphine explique ne pas savoir comment elle arrive à produire de tels chants car elle ne sait à peine siffler, alors que toutes les souris sifflent parfaitement. Elle est dépassée par la vie et les puissances qui l’infusent et rencontrent un corps idoine à la réalisation du beau. Grosso merdo, Agamben refuse de croire que l’oeuvre d’art n’est que la transmission magique d’une subjectivité exceptionnelle sur un médium artistique. C’est une manière moins libérale de penser la création artistique, une manière différente de celle qui consiste à transposer le modèle de la création démiurgique à la création artistique. Mais avant de formuler cette pensée il définit, avec cuistrerie peut être, la notion de puissance et puissance-de-ne-pas chez Aristote.

    • #141844 Répondre
      Samuel_Belkekett
      Invité

      @Youmtasoeur
      En effet en relisant les autres parties de ton post initial on retrouve ces dilemmes puissance/impuissance, inspiration/traversement de la création. On retrouve assez bien Schopenhaeur qui a dû se nourrir de ses réflexions dans son important : Le monde comme volonté et comme representation. Quoi que chez lui l’art est abnégation de la volonté.
      Agamben me semble picorer à tous les râteliers de la philosophie, après il me semble bien qu’il y a du bon. J’ai lu il y a un moment un truc de lui sur le nu dans l’art qui m’avait semblé intéressant mais qui en définitive ne m’a laissé aucun souvenir. Probablement que son style assez aride et fouillis y est pour quelque chose.
      Après cette tension qu’éprouve l’artiste, concentre ce qui caractérise ce que les occidentaux ont inventé à savoir l’histoire de l’art. Ce que les sociétés traditionnelles ne connaissent pas. Or nous sommes en un moment où le renouvellement des formes semble être le point d’achoppement de nos cultures. Les événements ne se bousculent pas pour faire histoire. Umberto Eco dit que le postmoderne ne sont que les moments creux de notre histoire. Tous ces moments à divers époque où nous avons avons recyclé les anciennes formes pour en faire du neuf tel le néo classique ou classicisme par exemple et ceci en attendant les périodes de renouvellement culturel plus intense. Il est évident que cela doit coûter aux artistes que de recycler des formes anciennes de façon si explicite. Deleuze avait une image pareille à Eco avec l’archer qui tire une flèche en l’air, au plus haut c’est la période riche, puis la flèche retombe et c’est la période pauvre jusqu’à ce que la flèche soit relancée. On peut aussi rétorquer à Eco et Deleuze que nous sommes installés dans une période creuse pour un temps indéfini.
      Maintenant, « il y a, dans tout acte de création, quelque chose qui résiste et s’oppose à l’expression. Résister. » Et « considérer l’acte de création comme un champ de forces tendu entre puissance et impuissance, pouvoir de et pouvoir de ne pas agir et résister. »
      Est Effectivement un accès à la métaphysique dans ce qu’il y a de plus subversif mais aussi, un aspect en voie de disparition, de désintégration. Il faut être sensible à la présence et à l’absence pour qu’un équilibre soit viable, or à une époque de pure présence, de pure visibilité, d’absence de tout secret, dans une toute puissance positive ou le négatif est expurgé quelle alternative à la résistance ? Une pensée qui demande une juste distance avec les choses, une autre tension, la sagesse de l’inactuel qui explore le temps.

      • #141991 Répondre
        Zorglub
        Invité

        « … avec l’archer qui tire une flèche en l’air, au plus haut c’est la période riche, puis la flèche retombe et c’est la période pauvre jusqu’à ce que la flèche soit relancée… »
        C’est un emprunt à Nietzsche il me semble, non?

    • #141924 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Je suis en train de lire DJ, portrait de l’artiste en animale nocturne d’Anne Garréta où l’on trouve cette anecdote sur Echenoz :

      « Invité d’honneur à un dîner mensuel de l’Oulipo qui a lieu chez moi, Jean Echenoz soudain au dessert se met à raconter qu’il se souvient parfaitement de moi, de m’avoir vue vingt-cinq ans auparavant au Katmandou alors que j’étais DJ et qu’il avait atterri là par hasard à la remorque d’on ne sait plus qui, et demeure ému de s’être retrouvé parmi tant de femmes. Stupeur de l’Oulipo. »

      • #141949 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        pas compris l’anecdote

        • #141963 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          L’anecdote, c’est Echenoz qui se souvient encore des années plus tard à un dîner de l’Oulipo de s’être retrouvé dans une discothèque réservée aux femmes – principalement lesbiennes – où Garréta exerçait en tant que DJ, d’où le « ému de s’être retrouvé parmi tant de femmes ».

          • #141964 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            ok

            • #141977 Répondre
              perove
              Invité

              que penses tu du bouquin

              • #142006 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                C’est dans la collection « Traits et portraits » du Mercure de France et ça vaut pour ses traits et portraits, l’observation des corps aux croisements de plusieurs milieux. Mais ce qui m’intéresse le plus sont les passages sur le son et les machines – très concrets. Ce qui m’intéresse moins, c’est quand le livre raconte son écriture. Même si j’aime toujours suivre son cheminement chaotique.

    • #141988 Répondre
      Claire N
      Invité

      Je viens de finir la grande méthode
      Et 2 choses en plus des pistes lancée plus haut me viennent
      – c’est donc comme ça qu’on construit une reine ?
      – «  j’aime à penser que la diaspora est la forme la plus haute du peuple « , cette traversée est trans- religieuse – c’est intéressant

      • #142011 Répondre
        cinema
        Invité

        Je commence à peine et c’est le cas de le dire.

        • #142017 Répondre
          Claire N
          Invité

          C’est bien la grammaire de la tragédie que de construire des reines effectivement

          • #142056 Répondre
            Claire N
            Invité

            Ce passage qui détaille le «  mauvais œil «  et les habitudes presqu’en confondues avec des superstitions , dans un dialogue que j’interprète comme intérieur
            Proche du début contient ce bout de phrase
            Lorsqu’elle se questionne sur les règles à suivre
            La manière de les mettre en œuvre
            «  c’est une œuvre qui ne réduit pas le mystère. Qui tremble un peu de ce qu’elle transporte « 
            Cette deuxième partie de phrase
            C’est frolé , elle tient toute seule
            Elle a son équilibre
            Œuvre n’était pas necessaire pour la tenir
            En ses deux phrases je crois que je saisis
            Ce qui se joue dans l’ensemble

            • #142061 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Oui j’aime bien aussi « qui tremble un peu de ce qu’elle transporte »
              Et je trouve que ce livre ne tremble pas assez de ce qu’il transporte

              • #142069 Répondre
                Claire N
                Invité

                Pour tout de dire, je me demande si il s’agit d’un livre
                Une piece peut etre ?

                • #142092 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Oui j’ai pas mal fait la comparaison avec le théatre
                  et pas mon théatre préféré

                  • #142163 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Hum oui – plusieurs fois dans le livre je me suis dit que l’intimité y etait mise à mal –

    • #142057 Répondre
      Claire N
      Invité

      En fait c’est beau et incongru
      Comme un échafaudage à coté d’un arbre

    • #142129 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Texte sur La grande méthode ici, plus dur que moi mais dont je partage les critiques principales.

      La grande méthode de Louisa Yousfi, ou la conférence des oiseaux pénitents

      • #142159 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci
        Un passage dans le livre me semble pourtant poser cette critique
        Dans le cimetière avec le personnage de la cousine ( un personnage que je trouve reussi) qui entretient la tombe 631- celle de l’oncle, son père donc
        «  ensuite ses mains lissent dépoussièrent, déplacent une brindille, replacent une fleur qui penchait, tirent doucement un fil d’herbe. Des gestes courts , brefs, presque technique. Ce n’est pas un élan improvisé. « 
        Dans la suite du passage, la mutation est tenue: «  elle l’a déjà fait mille fois « , le mille c’est beaucoup, beaucoup trop pour une fille et une tombe
        On entre dans une autre dimension, celle de la sécularisation peut-être ?
        Ensuite, ce passage
        «  ma cousine fini par se redresser. Elle tapote la poussière sur ses genoux puis elle me rejoint ( …)
        Et lache d’une voix calme, propre aux femmes de la famille, qui soutiennent tout – sans en faire un drame :
        – t’inquiète je m’occuperai de lui aussi. »
        Le propre aux femmes de la famille, me semble de trop – trop appuyé ce n’était pas necessaire à mon goût , mais il appuie effectivement là oú ça fait mal – en béquille peut etre, le «  moi aussi «  de la petite dernière qui tente de suivre sa cousine

        • #142162 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          et à quoi fait référence exactement ce « sans en faire un drame »
          à qui ça s’adresse, puisqu’ici tout est adressé?

          • #142165 Répondre
            Claire N
            Invité

            Tu pointes juste
            La cousine à pas prétendu à cette essence il me semble

            • #142166 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Le texte de Anoaur Hachemane est terrible, et hélas terriblement juste
              J’aimerais bien savoir ce que Louisa pensera d’etre comparée à Camus
              Je retiens avant tout ces lignes, qui décrivant une Algérie réelle loin de l’Algérie théorique-théatrale-essentielle-militante de Louisa, définit aussi l’espace où se trouve la littérature, l’espace où se trouvait le livre, où son supposé désir de faire littérature aurait du mener LY – qui donc lui a préféré l’espace abstrait et mythologique du théatre d’idées :

              • #142167 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                je n’arrive pas à coller les lignes en question
                qui vont de « pourtant » à « Instagram »
                puis celles où il décline l’expérience sensible multiple de l’Algérie
                l’Algérie telle que vécue (littérature) et non telle que mythifiée-nécrosée (théatre militant)

                • #142173 Répondre
                  Schnoups
                  Invité

                  Elle va visiblement faire une réponse au texte de Médiapart.
                  Je ne sais pas si certains ont écouté l’émission sur la critique ciné (mais pas vraiment en fait hein) avec LY, Denouette, chez Wissam et Raz, c’est hallucinant de confusion et de retard. Je n’avais jamais écouté Denouette et il me semble quand même qu’il dit beaucoup de conneries.
                  Parfois Wissam dit « mais donne un exemple » et en face ça brasse général, jamais d’exemple, jamais précis. Heureusement qu’il y a le comparse de Parasite dans le lot. Intéressant de voir ce que représente l’homme dont on ne doit prononcer le nom que très très rapidement et dans un silence général. Le rapport est complexe hein.

                  • #142174 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Il sera plus facile de répondre au texte de Mediapart qu’à celui là.
                    Pas écouté l’émission sur la critique, mais écouté celle sur PDH, « la critique décoloniale ou ne sera pas », qui m’a intéressé, et en même temps laissé perplexe. Toujours les mêmes ambiguités : on ne veut pas lacher sur l’art, car l’art est le lieu de la recherche, tout ça, et en meme temps aussitot on lui plaque un mot politique sur la gueule. A la fin qui va gagner?
                    De toute façon toute « critique décoloniale » qui n’aurait pas fait, dès maintenant, une apologie de Dreams, film le plus décolonial de l’année, se discrédite.
                    Denouette a en effet un petit problème avec la vérité. J’attends toujours la réponse à l’objection – délicate je crois – que je lui fais dans Comme une mule. Encore faudrait il qu’il le lise, etc

                    • #142176 Répondre
                      Charles
                      Invité

                      Je n’aime pas beaucoup Denouette que je trouve très fatigant (cette synthèse du cool et du gauchiste avec un débit de cocainomane tarantinien qui t’expliquerait en soirée qu’en fait Top Gun c’est une parabole homo) à écouter mais il n’est jamais avare de références quand il argumente c’est donc étonnant qu’il soit aussi général que tu le dis Schnoups. N’ayant pas écouté l’émission je te fais confiance.

                      • #142185 Répondre
                        Toni Erdmann
                        Invité

                        En effet très frustrante l’émission de Zawa Prod sur la critique. Denouette et Yousfi commencent l’émission en disant qu’ils ne lisent pas de critique (je croyais que c’était le sujet de l’émission) et Denouette enchaîne en nous lâchant le poncif « le cinéma actuel est naze. Aucun bon film n’est sorti depuis 2019 »

                      • #142191 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Poto si aucun bon film n’est sorti depuis 7 ans, t’emmerde plus à faire de la critique ciné. Au moins Thoret avait été lucide sur son exercice, il avait fini par considérer que les seuls films qui sortaient qui l’intéressaient étaient les ressorties des films de patrimoine et il en avait donc conclu qu’il était temps pour lui d’arrêter la critique.

                      • #142190 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Être avare de références et donner des exemples précis c’est pas la même chose. Je ne visais pas que lui, Yousfi reste générale, répondant, « oh ben non j’ai pas d’exemple précis là ». J’attendais souvent un franc « mais on s’en branle ». À ce moment là ok, mais ne vous filmez pas les gars. Parce que là on se rapproche dangereusement de quelque chose de ridicule.

                      • #142241 Répondre
                        Louise Michelle
                        Invité

                        oui très frustrante cette émission. Le seul moment qui aurait pu être intéressant était quand Dénouette affirme que le bon cinéma ne peut être que de droite. alors ça n’explique pas vraiment ce qu’est un film de droite, donne quelques affects comme la jalousie et la vengeance et c’est tout.
                        Le seul film marxiste qu’ils ont trouvé est Le cuirassé Potenkine.
                        Je crois que ça ne regarde pas assez de films.

                      • #142268 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui ce moment, prometteur, est un naufrage (tout autant que l’hypothèse inverse de Lagasnerie : le cinéma est anti-punitiviste)
                        Je ne sais pas s’ils ne regardent pas assez de films, le fait est qu’ils ne ne se sont jamais posés sérieusement la question des rapports art et politique, et qu’ils ignorent l’effort de pensée gigantesque fourni par d’autres avant eux sur cette question.

                      • #142271 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        Et sinon puisque tu m’accuses d’utiliser l’IA t’es capable de prendre tout ce que j’ai pu écrire et de citer au moins 3 mots bout-à-bout qui seraient de l’IA ? Un indice : il y en a aucun, mais juste pour voir exactement jusqu’à quel point t’es prêt à assumer le réel de ce que tu dis, sur ton forum, où je serais donc un homme désœuvré au point de te poser une question un dimanche 15 mars https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/la-peinture-2/
                        Parce que toi t’as créé ce forum pour avoir quoi à foutre en fait ?

                      • #142273 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        On est là sur le climax de l’émission. Je vous ai laissé le découvrir pour donner trois poils d’intensité à la frustration. Tata Schnoups est quand même sympa.

                    • #142188 Répondre
                      Schnoups
                      Invité

                      Oui, plus facile de répondre à Médiapart. Elle s’en frottait les mains d’ailleurs. On préférerait qu’elle mette son énergie dans ce texte là.
                      Je viens de le lire et le passage sur la langue algérienne qu’il serait peut être d’autant plus fort de ne pas comprendre trouve des échos dans la manière LY de penser le cinéma également, et de penser tout court on dirait. C’est frappant dans l’émission que je citais plus haut. Burdeau est intéressant parce que quand on lit ses critiques on sait pas en fait s’il a aimé ou pas le film. C’est pas clair et c’est super donc. Un chef d’oeuvre c’est un film raté qui n’a pas atteint sa forme. Un critique trop clair, trop brillant, c’est louche, et on abordera jamais précisément les propos, c’est superflus ça j’ai l’impression.
                      J’ai aussi écouté celle dont tu parles qui est plus intéressante déjà. J’aime beaucoup l’idée du jeune critique de faire des textes sous forme de discussion écrite avec ses collègues. Pour moi c’est assez parfait ça, cette manière d’aborder la critique.

                      • #142192 Répondre
                        Desmoulins
                        Invité

                        @Schnoups, t’en a pensé quoi de son livre ?

                      • #142194 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Je n’ai pas lu le livre de LY, quand je dis « je viens de le lire » je parle du texte critique de Hachemane.

                      • #142196 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui ce mec m’a beaucoup plu, et donné envie de lire leur revue
                        (je l’avais croisé mais pas mesuré qu’il était si intense)

                      • #142197 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        10 minutes d’émission, et déjà une trace du rapport déglingué à la vérité de Denouette : Mektoub 1 « meilleure film français depuis Le garcu » et Mektoub 2 « j’ai détesté ».

                      • #142199 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        T’as pas fini de t’amuser.

                      • #142202 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        C’est qui ce mec dont tu parles François? Corentin Le?

                      • #142204 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Oui, c’est de lui qu’on parle.

                      • #142207 Répondre
                        toni Erdmann
                        Invité

                        Si on parle de Corentin Lê, il sera l’invité de la deuxième session du ciné-club PDH, où sera diffusé Apocalypse Now

                      • #142208 Répondre
                        toni Erdmann
                        Invité

                        Pas du tout la deuxième mais la cinquième

                      • #142230 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui

                      • #142307 Répondre
                        power
                        Invité

                        « Un critique trop clair, trop brillant, c’est louche, et on abordera jamais précisément les propos, c’est superflus ça j’ai l’impression »
                        Je me souviens de ce passage. J’avoue que je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulait dire à ce moment-là

                      • #142312 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Passage qui je crois me mettait dans le même sac que Denouette : brillants, donc y a un truc louche
                        A l’avenir je m’efforcerai donc d’etre moins brillant. Ainsi je ne serai plus douteux. Je serai invité à Zawa.

                      • #142313 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Louisa qui par ailleurs a dit qu’elle trouvait excellent mon papier sur Oui. dans le diplo. Qui donc ne devait pas etre très brillant. Ou alors si il l’était. Brillant et donc douteux. Comme toute position pro-palestinienne.

                      • #142363 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        « Louisa qui par ailleurs a dit qu’elle trouvait excellent mon papier sur Oui. »
                        Oui, elle l’a dit plusieurs fois d’ailleurs.
                        Comme la critique m’intéresse, dès qu’il y a une émission PDH dessus ou sur un film je vais écouter, uniquement quand il y a LY d’ailleurs, puisque c’est surtout elle qui m’intéresse – émissions qui se multiplient comme des lapins, depuis un an, étrangement. J’ai donc écouté cette émission parce qu’elle y était, et, me suis-je dit, on va écouter ce Denouette. Sachant aussi que Bibi est un critique ciné incontournable aujourd’hui, surtout quand on est vraiment à gauche, je me suis dit tiens, on va voir s’il est évoqué, et s’il est évoqué, de quelle façon. Donc on a quelque chose d’assez étonnant au début, Denouette répond à la première question de Wissam que ben non, il n’écoute pas de critiques, tu comprends le mec en fait lui-même et il cotoie des critiques donc il tape à leurs portes et voilà quoi.
                        Ma foi, pourquoi pas.
                        Puis LY répond d’abord oh ben j’en écoute pas en fait – là je me marre toute seule et j’attends presque le « on s’est fait tout seul on est parti de rien mec ». Elle a participé à des Sorties de secours, elle fait des émissions avec Burdeau et elle n’aurait jamais écouté ou lu de critiques ? Elle avait même publié sur facebook la photo d’un recueil de critiques de Daney. Elle nous prend pour des cons, c’est dommage. ça commence fort. Puis finalement elle y revient, oh ben en fait j’en écoute, donc citation évidente de Sortie de Secours et là direct on en vient à Bibi, avant même Burdeau, et elle dit texto « Je trouve qu’il est bon, c’est quelqu’un que j’aime aussi ne pas aimer » – comme Denouette apparemment – et puis le coup de « il est tellement brillant qu’il y a une couille dans cette histoire ». Et Burdeau serait plus intéressant parce qu’on ne sait pas vraiment s’il a aimé un film, il s’efface derrière sa critique, il laisse des ouvertures. J’ai ré écouté plusieurs fois le passage, assez sciée d’entendre ça, mais contente que sa sorte. Elle est plus à l’aise avec des Sorties de secours avec lesquels on sent qu’elle est vraiment pas souvent d’accord ou avec un Burdeau qui sait pas trop s’il a aimé un film et qui reste ouvert, et puis « lui il s’efface derrière la critique » alors qu’il n’y a pas de critique plus concentré sur un film et sa matière même que François. Intéressant non ? Elle se sent écrasée en fait, et pour construire sa pensée critique, pour construire la singularité de sa pensée critique elle a besoin de le mettre de côté le Bégaudeau. ça devrait être la phase 1 ça, ou le premier effet Kiss cool, il serait temps de passer à la phase 2 parce que là ils courent en claquette en marche arrière et ils perdent du temps.
                        Donc oui, ça peut en étonner certains mais je trouve ça intéressant de voir ça, par contre je n’écouterai plus leurs émissions de deux heures avec cette équipe sauf si on m’en signale une d’intéressante. C’est bon, j’ai fait le tour de la question.

                      • #142364 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires – alors si on repasse la bande en claquettes avant ça fait «  c’est quelqu’un que je déteste aimer « 

                      • #142366 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Exactement.

                      • #142392 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        même rire
                        « il serait temps de passer à la phase 2 parce que là ils courent en claquette en marche arrière et ils perdent du temps. »
                        Et par de là le rire je trouve que c’est très juste : à PDH-ZAwa je les vois constamment etre titillés par l’art, et donc par la critique, et sans cesse y revenir, mais sans jamais avancer. L’impression d’un tournage en rond perpétuel.
                        Quand est ce qu’on commence à bosser les gars?

                      • #142368 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Je te tire mon chapeau d’avoir pu jusqu’alors écouté les critiques – si c’en est- de PDH. Pour ma part, j’ai écouté la prems (je crois) et c’était tellement décousu et fourretout que je n’y suis pas retournée.
                        Je ne trouve pas Louisa très intéressante, cependant je la trouve studieuse. Une studieuse comme on en fait à chaque coin de rue, mais pas forcement rigoureuse. Ce qui à mon avis la rend « interessante » c’est qu’elle s’est saisie d’un sujet Intéressant. J’ajoute que sa voix, son débit et sa gestuelle m’empêchent peut-être d’être plus bonne avec elle.

                      • #142375 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Je ne crois pas que LY ait participé à des Sorties de secours si par participer tu entends y intervenir comme chroniqueuse ou invitée.

                      • #142376 Répondre
                        Schnoups
                        Invité

                        Ouais, c’est ce que j’étais en train de me dire.
                        Je crois que je confonds avec un autre podcast critique. C’était peut être d’ailleurs de la critique littéraire.
                        M’enfin ça change pas grand chose à l’affaire.

                      • #142378 Répondre
                        cinema
                        Invité

                        Ayant commencé assez bien son livre, je trouve qu’il y a un bon terreau à penser même si la forme est un peu compliqué pour moi.

                • #142229 Répondre
                  pifou
                  Invité

                  Pour contourner le blocage du site on peut utiliser l’aperçu de l’impression :
                  Appuyer sur Ctrl + P.
                  Dans la fenêtre qui s’ouvre sélectionner et copier-coller la partie qui intéresse.

                  Pourtant, l’Algérie de la Mitidja,c’est le béton de l’AADL d’El Aafroun, la zone industrielle de Beni Merad, la zlabia de Boufarik, les paons de
                  Baya, les paroles de Mazouni, le fracas des motos103 sur l’autoroute Nord/Sud, et l’humour décapant de Noro sur Instagram.

              • #142178 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui – terrible de construire
                Un contre roman national sous la pression d’un roman national –
                «  un mensonge pour que la vérité ai encore un endroit où atterrir « 
                Le problème c’est que toute sacrificielle qu’on se veuille, on n’endosse pas la responsabilité d’un mensonge sans instrumentaliser

                • #142182 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  « Un contre roman national sous la pression d’un roman national – »
                  Oui.
                  On reste dans le roman national.
                  Nous voulons des romans pas nationaux.

                  • #142183 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Rires – et il n’y a pas de reine pour ce peuple là

                    • #142328 Répondre
                      Horosh
                      Invité

                      Le degré de racisme et de paternalisme qu’il faut pour dire a des arabes et des noirs que c’est impérialiste de se réapproprier le drapeau FR.
                      Code de l’indigénat puis citoyens de seconde zone… Mais nan, vous refusez de penser en contexte comme si on était tous des sales gwer comme vous.

                      • #142332 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Tu t’adresses à qui, Horosh ? Ça parle du drapeau français, ici ? L’Arabe ici présent te rappelle qu’il y a partout des Arabes qui rôdent et trouvent vos fantaisies nationalistes ridicules. Mais oui, pourquoi pas se réapproprier le drapeau français comme autre chose qu’un signe nationaliste, les Allemands ont bien réussi à se réapproprier un signe Hindou signifiant bien-être et longue vie. Bon courage.

                      • #142335 Répondre
                        Horosh
                        Invité

                        K. comme Sophia Aram

                      • #142333 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Au moins avons nous le mérite de penser un livre dans un contexte qui s’appelle… le livre
                        Or dans ce livre, que tu n’as visiblement pas jugé utile de lire pour te meler d’une discussion à son propos, LY ne vise aucunement à se réapproprier le drapeau français. Plutot le drapeau algérien, à tout prendre.

                      • #142336 Répondre
                        Horosh
                        Invité

                        La question est : si les ‘fantaisie nationalistes’ des Indigènes vous paraissent ridicules, pourquoi les indigènes occupent-ils un F4 dans votre cerveau de gwer ? C’est ça qu’il faudrait creuser

                      • #142340 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        La personne qui a dit « fantaisie nationaliste », c’est moi. Je t’invite à venir militer pour la réappropriation du drapeau français au Val d’Argenteuil où les Noirs et les Arabes qui parlent arabe et vont à la mosquée toute l’année ne connaissent ni Sophia Aram ni Bouteldja – deux faces de la même pièce dédiée à un cercle vicieux médiatique pour gwers et carriéristes indigènes. Et je ne sais pas trop ce qu’ont fait tes ancêtres pendant la guerre d’Algérie mais parle leur du drapeau français et de chanter la Marseillaise. Là, on devrait se réconcilier, parce qu’au-delà du fait que je ne suis tout bêtement pas nationaliste, j’aurais honte de brandir le drapeau français en connaissant leur histoire.
                        Mais si ta question t’intéresse vraiment – pourquoi autant de blancs parlent de PDH et compagnie ? –, c’est simple. Le plan de communication servant à s’allier à tous les streamers gauchistes blancs pour élargir le champ d’influence a fonctionné. Tu sais très bien que venir gueuler sur des gwers entretient la machine d’engagement. Le butin de guerre, c’est autant les blancs qui se vautrent dans des louanges excessifs que ceux qui vous critiquent (une minorité comparée aux racisés qu’il est plus facile d’attaquer). Je continuerai quand même à me réapproprier le signe Sophia Aram en rappelant que la pensée décoloniale vaut beaucoup mieux qu’un courant médiatique dont aurait pu rêver le Quai d’Orsay.

                      • #142341 Répondre
                        Nas
                        Invité

                        « pourquoi les indigènes occupent-ils un F4 dans votre cerveau de gwer ? C’est ça qu’il faudrait creuser »
                        alors que FB a une galaxie dans ton cerveau sinon tu viendrais pas sur ce forum horoshi_09

                      • #142344 Répondre
                        Horosh
                        Invité

                        horoshi_09 ?

                      • #142345 Répondre
                        Nas
                        Invité

                        https://x.com/i/status/2040926326131917126
                        ?
                        Ou alors tu volerais des tweets (arrachés de leur contexte), et cela deviendrait très gênant

                      • #142346 Répondre
                        Cloups
                        Invité

                        Quel enquêtrice de talent ! Ostros, si tu passes par là, prends-en de la graine !

        • #142184 Répondre
          Samuel Le TaxiDriver
          Invité

          Ca y est, elle est revenue de la Villa Médicis, la « barbare »?

      • #142189 Répondre
        Samuel Le TaxiDriver
        Invité

        Merci du partage.

        J’en conclue que, ayant vu l’excellent film « Bab el oued city » au collège, festival premier plan jcrois, et l’art de perdre d’Alice Zéniter, je suis déjà plus algérien que Louisa. Louisa? Un prénom chrétien? Alors, oui, osef, mais pas si madame se la pète barbare et algérienne, même virtuellement. Comme Slimani qui oublie de dire que, si elle parle pas arabe, en ayant grandi au Maroc, c’est délibéré de la part de ses parents, et si ils ont pu faire cela, c’est qu’elle vivait dans un entresoi bourgeois bien totalisant. Bon allez c paques, joyeuses fetes, mes déistes

    • #142181 Répondre
      Charles
      Invité

      Post Facebook intéressant de Laurent Nunez (l’éditeur et écrivain, pas l’autre) qui décrit le roman français type actuel, rejoignant ce qu’on pouvait en dire ici :
      « En tant que directeur littéraire (même si je publie beaucoup plus d’essais que de romans), je reçois chaque semaine une bonne vingtaine de premiers romans – notamment via la plateforme Librinova. Je les regarde le vendredi, le week-end. Je les lis tous, ou au moins leurs premières pages. C’est une des parties de mon métier que je préfère : ce moment où une voix inconnue essaie de s’imposer.
      Ces quinze derniers jours, j’en ai épluché 49. J’en ai écarté beaucoup – les ratés, les textes pas encore mûrs, les projets qui ne relèvent pas de notre ligne éditoriale. Mais parmi ceux qui ont retenu mon attention, on finit par voir une cartographie se dessiner. Pas celle de la littérature qui se publie, celle de la littérature qui s’écrit, en amont, avant tout filtre. Voilà ce que je vois en ce moment.
      Portrait-robot du premier roman de mars 2026 : c’est d’abord un récit d’origine. On raconte d’où l’on vient : un village, une banlieue, une famille, un pays quitté. Le geste fondateur du primo-romancier aujourd’hui, c’est de dire « mon monde » avant qu’il disparaisse. Souvent, il a déjà disparu. (L’héritage d’Ernaux et de Louis est partout, parfois revendiqué, souvent inconscient.)
      Ce monde, il n’est presque jamais parisien. C’est la périphérie qui écrit : la province profonde, la Belgique industrielle, la Grèce, l’Allemagne. Ces textes sont des romans de la marge qui s’adressent au centre. Le lieu n’est pas un décor, il est le sujet.
      Ce qui me frappe le plus quand je tourne ces pages, c’est la place de la langue. Les manuscrits les plus forts ne misent pas sur l’histoire qu’ils racontent, mais sur la façon dont ils la racontent. Argot poétique, oralité rythmée, crudité maîtrisée. C’est la langue qui fait tout. Céline et Giono retravaillés par la sociologie contemporaine.
      Et puis ces textes sont courts. Moins de 180 pages, souvent moins de 130. Le manuscrit long est devenu l’exception. Les débutants sentent qu’ils ne tiennent pas encore la distance, et c’est aussi un effet d’époque.
      Les grands absents, maintenant. La pure fiction, d’abord. Presque personne n’invente un monde. Pas de roman d’imagination, pas de personnage véritablement autre. On n’a jamais autant parlé de fiction, et ces manuscrits n’ont jamais été aussi autobiographiques. L’humour, ensuite. Le premier roman français est grave, mélancolique, rarement ludique. La tradition Echenoz-Toussaint du roman ironique n’irrigue plus ce qu’on reçoit.
      Si je devais résumer en une phrase le primo-romancier de mars 2026 : « Je raconte, en moins de 180 pages, d’où je viens et pourquoi ce monde-là a disparu, dans une langue qui porte les traces de ce que j’ai perdu. »
      La sincérité est là, et souvent la beauté. Mais le terrain est saturé. C’est justement pour cela que, de loin en loin, une voix parvient à percer – parce qu’elle apporte quelque chose qu’on n’avait pas encore entendu. »

      • #142186 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Lignes qui me semblent justes, et en plus très douces.
        Oui la fiction est délaissée – elle est totalement accaparée par le best seller (polar, romance, Musso). Je dirais plus précisément : l’ingénierie narrative. C’est à dire le récit – qu’il soit fictionnel ou non est secondaire.
        Ce qu’il dit sur l’humour et l’ironie est accablant. Mais réjouira Laelia Veron, chasseuse d’ironie – madame je ne veux plus voir un rire qui dépasse.
        Il constate aussi la brièveté, mais oublie de voir qu’elle connexe à la brièveté des deux références numéro 1, Ernaux et Louis, qui, par delà leur gigantesque génie, ont d’abord pour qualité, en ces temps, leur brièveté.

        • #142187 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          quant à la raison pour laquelle Ernaux écrit court, on sait où la trouver

          • #142200 Répondre
            Samuel Grodard
            Invité

            Small Dick Energy comme Andrew Tates d’après Greta?

        • #142419 Répondre
          jo
          Invité

          Jamais lu ernaux et louis, c’est de l’ironie ou c’est vraiment bien ?

          • #142420 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Edouard Louis est un romancier médiocre et dispensable
            Ernaux est surestimée mais vaut qu’on la lise (pour moi, surtout L’événement, qui n’est pas encombré des travers habituels)

            • #142426 Répondre
              Nicolas S.
              Invité

              François Bégaudeau est sans doute jaloux du succès d’Edouard Louis qui est pourtant, des deux, le meilleur écrivain, et de loin. Le vrai médiocre en matière de roman est Bégaudeau. Il devrait d’ailleurs cesser d’en écrire pour se limiter aux essais qui sont surement son seul point fort, non pas en terme de style mais en terme d’idées. Pour des essais avec du style, Lordon reste sans conteste le goat actuel.

              • #142427 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                c’est vrai

              • #142430 Répondre
                Rigolus
                Invité

                Je mets au défi Nicolas S. de prouver que Lordon est autre chose qu’un intellectuel surestimé.
                Quant à Édouard Louis, son plafond de verre est clair : il ne fait pas assez confiance à la littérature et la réduit trop souvent à un prolongement de la sociologie. ( Mais à la limite chacun ses gouts,)

            • #142504 Répondre
              Jo
              Invité

              Merci

      • #142224 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Le récit personnel – non fiction ou alors roman autobiographique – permet aussi de vendre l’auteur/autrice comme produit d’appel du bouquin, car en vendant la personne et son histoire, on vend déjà le livre. Et il est plus facile de mettre en avant une personne de nos jours qu’un livre. En gros : le livre comme merchandising de la personnalité.

        • #142231 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          oui ce n’est pas d’hier, mais dans le cas de Louis ce marketing est arrivé à un gros niveau d’excellence
          moi j’attends un sujet de Capital (mon émission préféré, fut un temps), qui s’appellerait « le business d’Edouard Louis » ou « la marque Louis »

    • #142201 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Ne jamais oublier qu’il y a deux Algérie bien distinctes, celle du peuple algérien et l’autre de la dictature militaire qui opprime et censure.
      ===
      On se fait ARRÊTER, ENFERMER et EXPULSER D’ALGÉRIE 🇩🇿 (Peur de notre vie)
      Incroyable mais vrai !

    • #142203 Répondre
      Camille
      Invité

      De la nécessité de diffuser une information comme celle-ci de ce couple joyeux et intelligent.
      Pour notre plus grande joie, Carpentier est de retour et en grande forme.

      • #142210 Répondre
        Zorglub
        Invité

        Mais c’est incroyable, c’est la première fois que je suis confronté à une telle situation sur la Toile.
        Je ne rigole pas, je suis Zorglub et personne d’autre; pourtant je ne puis le prouver.
        ===
        Vous êtes tous complètement matrixés ici, même Françoâ le punk snob m’a fait le coup.
        Même lui, mon héros me prend pour un autre.
        Je n’en reviens pas, mais je ferai avec.
        ===
        Je m’interroge sur la tournure que prend le monde ces temps ci.
        Pilule rouge ou pilule bleue?

    • #142731 Répondre
      Alex
      Invité

      Alors pour faire traverser Du mépris de l’autre côté de l’Atlantique je crois bien que ma seule option est de passer par le site des libraires.fr. Or, comme la livraison s’élève à la modique somme de 32 euros, je me suis dit que j’allais en prendre un ou deux de plus étant donné que le montant reste le même peu importe la quantité d’articles (on paie plus cher pour payer moins cher, c’est beau). Besoin de conseils : quelles sont les meilleures causes perdues ? J’ai lu quelques critiques et suis bien intéressé par Toledo, 6:55 a.m et Je ne suis pas une libellule, mais j’hésite aussi entre Bien vouloir patienter et Fuites, qui m’ont l’air excellent également. Des avis ?

      • #142733 Répondre
        Cynthia Lennon
        Invité

        ils sont tous bons mais mes deux pref sont Je ne suis pas une libellule et Fuites (je n’ai pas encore lu Du mépris parce que je ne suis pas libraire, ni Doucement ni le Beaune)

      • #142734 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        De tous, Tolédo est peut-être celui qui m’a un peu moins plu, souvenir d’une narration cotonneuse qui avance par soustraction, mais je crois que ce que je dis là est exactement ce qui a bcp plus à d’autres.
        BVP et Fuites font partie de ces romans dont la narration me donne un pli au cerveau, comme un pli sur la peau : dans les moments qui suivent la lecture, pour n’importe quelle action quotidienne, j’essaie de la retranscrire comme le ferait le roman. Le pli s’estompe au bout d’un à deux jours.

        • #142737 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          voilà le meilleur compliment qu’on puisse faire à un livre
          oui quand un style opère, il opère ça : une petite musique intérieure qui se met à fabriquer des phrases semblables

      • #142746 Répondre
        kenny
        Invité

        je recommande Bien vouloir patienter, ainsi que les autres
        pour traverser l’Atlantique le mieux est de passer la commande depuis une librairie française ou l’institut français dans ton pays (il y a normalement des envois tous les 2 mois)
        ça te coûtera le prix du bouquin + les frais de port + le prix du colis si tu ne peux pas aller le récupérer toi-même, beaucoup moins que 32e
        à moins que tu habites sur l’île wager, en patagonie, à l’extrême sud du Chili

      • #142752 Répondre
        Claire N
        Invité

        Pas de conseil mais ta première intuition me paraît fiable

      • #142766 Répondre
        Christophe M
        Invité

        Je ne suis pas une libellule est une merveille.

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Répondre à : Répondre #141027 dans Avis littéraires 5
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