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netflou, le il y a 1 semaine et 5 jours.
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AuteurMessages
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Dr Xavier
InvitéNouvelle page car Avis littéraires 4 est bien pleine.
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Dr Xavier
InvitéGabriel Tallent, l’auteur du très prometteur My Beautiful Darling (MBD), revient 8 ans plus tard avec « La Voie » (Crux en anglais), roman d’amitié entre un jeune homme (Dan) et une jeune femme (Tamma), autour de l’escalade. J’en suis à la moitié et dépité, c’est la cata, la boursouflure qui pointait dans MBD est partout, les dialogues sont longs, interminables, peu crédible (Tamma est en équilibre sur la paroie, littéralement à un doigt de se rompre le cou, et voilà qu’elle se met à blaguer avec son partenaire en lui demandant de dire à son enterrement qu’elle était un bon coup). Pourtant Babelio est dythirambique. On tient notre court-métrage sur l’escalade, mais pas encore le roman.
On a envie de faire des jeux de mots sur l’auteur ayant perdu son patronyme, mais la brigade patrouille en ces lieux.-
François Bégaudeau
Maître des clésOui je ne l’aurais pas pardonné.
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Seldoon
InvitéOn l’a rapidement évoqué dans Avis littéraires 4, je développe ici.
C’est avec autant de plaisir que de perplexité que je me suis plongé dans Les Orphelins, une histoire de Billy the Kid, qui fonctionne comme un beau compagnon de route fantôme de Tristesse de la Terre : après le portrait de celui qui a poursuivi son propre mythe toute sa vie, celui qui l’a subit dès sa mort. Fantôme car le récit semble en permanence glisser entre les doigts, entre les lignes. Pour une fois, Vuillard se trouve devant le problème de l’absence d’archives. On ne sait quasiment rien de Billy et de la majorité de ceux qui l’accompagnent ou qu’ils étripent. On sait en détail comment ils meurent, et pour le reste on a des pistes, des bouts de date, des hypothèses de généalogie. Alors on brode, rêvasse, disserte sur le mythe, la liberté et surtout sur la propriété, l’économie de marché, le suffrage universel, autant de gros mots qui suivant les envolée lyriques Vuillardienne font de superbes chutes de paragraphe.
Manque de matière oblige, le livre est court, même pour un Vuillard. On en vient à se demander si les titres de chapitre sur une page entière, suivis systématiquement d’une autre page occupée par une petite photo ne sont pas là pour combler les trous. La narration habituelle de cet auteur, celle qui s’emballe volontiers pour partir sur plusieurs décennies avant de revenir aux événements, sautant de personnage en personnage, cale parfois ici, bloquée sur les quelques milliers d’hectares et les 3-4 ans de la vie active du Kid. On est alors surpris de trouver des lourdeurs ici et là, des pages qui se répètent trois fois, comme écrites d’une traite et que l’auteur n’avait pas pris le temps de choisir les meilleures formulations dans ce foisonnement de phrases et de figures de style. On trouve aussi toute la collection de l’utilisation des italiques jusqu’à en inventer de nouvelles. D’insistance, de distance, de mise en parallèle, de rythme (m’a proposé une autre Billy). On fera notre marché, et c’est peut être comme ça qu’il faut aborder tout Vuillard.
La mise en lumière de ce petit rien du tout dont on ne sait rien, planqué qu’il est derrière le mythe et le spectacle, est évidemment le projet assumé du livre. Le contraste vient avec la description pointilleuse des intérêts économiques en jeu, l’histoire et la généalogie de ceux qui les représentent, des petits notables du comté de Lincoln jusqu’aux grosses huiles de DC. La rigueur vient quand Vuillard rappelle – explicitement ou par le style – que les desperados eux même sont les bras armés de ces mêmes forces et qu’en en certain lieu en un certain temps le capitalisme avait besoin de ces marges avant de les considérer comme des nuisibles. Il parasite alors sa propre prose – ici plus fidèle que d’habitude au petit garçon en lui avide d’écrire des variantes de « il lui décharge son révolver dans le bide » – qui le reste du temps sacralise ces gavroches sans pitié et livre sa version du mythe du pistolero-pouilleux-mais-parangon-de-liberté. J’ironise mais me délecte autant de la poésie naïve que de la description parfaite des bourgeois dont le corps est le prolongement de l’ordre : « Tout son être s’agglutinait autour du goulot des bouteilles de whisky que lui fournissait Dolan, et à travers son allure de somnambule on devinait les efforts sincères du gouvernement pour établir une justice impartiale au Nouveau-Mexique. »
Le récit se pose tout de même le temps de quelques cavalcades rêvées et fusillades bien documentées, et là, Eric ne triche plus, on y est. Autant de scènes qui vont me faire replonger dans Pat Garrett et Billy le Kid de Peckinpah dès que j’en trouve le temps, j’en suis déjà heureux comme tout et désespéré par avance.
Quant aux trous dont je me plaignais plus haut, au lecteur de les remplir, ce qui fut mon cas tout le long. Je me demande simplement si le livre tient aussi bien sans sa magnifique béquille qu’est Tristesse de la Terre. Et si le lecteur a besoin d’inspiration je ne saurais trop lui conseiller le documentaire de Ken Burns en deux parties régulièrement disponibles sur Arte, « Bison : une histoire de l’Amérique », qui dans une forme plan plan raconte implacablement la conquête de l’ouest comme une immense opération d’exploitation de ressources dirigée par les besoins de la révolutions industrielle en Europe et sur la côte Est.-
Seldoon
Invité« Bison : une histoire de l’Amérique » : par exemple disponible maintenant.
https://www.arte.tv/fr/videos/117158-001-A/bison-une-histoire-de-l-amerique-1-2/-
kenny
Invitéil m’a semblé qu’il avait épuisé son dispositif avec ce livre
j’aimerais le voir revenir à des formats plus longs, comme Conquistadors, son meilleur livre
voire s’essayer à des personnages fictifs
voire, soyons fous, qu’il inscrive une fiction dans un cadre contemporain
juste pour voir-
Seldoon
InvitéC’est surtout comme je le dis plus haut que le dispositif est moins huilé face à l’absence de documentation. Et peut-être que ce livre là est écrit très vite, comme par quelqu’un d’un peu fébril. Peut-être. En tout cas il me nourrit.
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kenny
Invitéil a mis dix ans à l’écrire, l’ai-je entendu dire
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Seldoon
InvitéJe ne l’ai pas encore écouté, on m’a conseillé ça : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/billy-the-kid-une-legende-americaine-avec-eric-vuillard-5128937
Je ne doute pas que l’initiative date de Tristesse de la Terre, vu les ponts plus ou moins explicites. J’ai même du mal à le considérer en autonomie par rapport au grand frère. Maintenant faut voir ce que « mettre 10 ans à écrire » veut dire. Ca peut etre 10 ans de dur labeur jour après jours (sauf les jours sur les autres livres donc pas 10 ans), comme ça peut être une page de notes, plus rien pendant 10 ans, puis 2 semaines d’écriture frénétique.-
kenny
Invitéen fait 7 ans (2mn40)
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Mao
InvitéRevenons un instant sur le dispositif qui me paraît en tant que tel inépuisable. J’aime particulièrement sa manière de s’appuyer sur les photographies d’époque qui pourrait parfaitement faire de ce texte un catalogue d’exposition.
Je pense d’ailleurs que tout le travail de Vuillard consiste en l’élaboration d’un musée alternatif, une sorte de contre-musée, qui serait un musée des horreurs. De même qu’il existe au Vietnam un musée des crimes de guerre américains, Vuillard dresse livre après livre un catalogue des crimes et rapines qui ont fondé l’Occident capitaliste.
Quoi qu’on en dise le manque de documentation concernant la seule personne de « Billy the kid » ne l’empêche pas de cerner qui était ce jeune homme et ses semblables dans cette époque si particulière pour les confronter aux mythes et légendes qu’on aura cherché à imposer dans la mémoire collective.
Je trouve qu’il parvient à dégager une question très forte qui ne manque pas de m’interroger selon laquelle toute liberté serait intimement liée à l’emploi d’une grande violence. Il nous dit peu ou prou, sans violence pas de liberté. C’est quand même pas rien. Il m’était venu le même type de réflexions à la lecture du livre de Marcus Rediker sur la piraterie.-
Seldoon
Invité« ne l’empêche pas de cerner qui était ce jeune homme et ses semblables dans cette époque »
Eh bien si justement, ça l’en empêche. Son geste est de rêver son propre Billy et d’en faire la jeunesse même (ce qui a déjà été fait, par Peckinpah cité plus haut par exemple) mais la jeunesse perdue, de ces marges là. Mais il ne cerne pas Billy, il lui fabrique un autre mythe, disons un contre-mythe, sans pour autant nier complètement le mythe dominant, dans lequel, dit il, se nichait déjà une part de vérité. Tout cela est très conscient de la part de Vuillard, qui ne fait quasiment pas exister Billy en tant que personnage, mais il ne faut pas nier que l’impasse qui crée ce livre est aussi celle qui le limite.
Je trouve particulièrement touchant le dernier chapitre où ellipsant à la dernière seconde la mort du kid on détaille au contraire celle de son frère supposé. Là on a enfin un personnage, un humain « bien cerné » – qui est, justement, le kid et tous les autres, malgré l’absence de flingues et de spectacle. C’est un geste aussi similaire qu’opposé à celui du dernier chapitre de Tristesse : là aussi on sautait à un autre personnage, mais il était l’antithèse de Buffalo Bill. Il était le choix du non spectaculaire.-
Mao
InvitéSi par « cerner Billy » tu entends saisir Billy comme personnage historique, personne ne le peut et Vuillard n’en a d’ailleurs pas l’intention. Ce qui l’intéresse, c’est précisément l’envers du mythe. C’est fabriquer un contre-mythe, en assumant le manque d’archives.
Mais quand je disais « cerner », je pensais plutôt à cerner ce dont Billy the Kid est le nom. Il est le nom d’une époque, d’une condition, et surtout l’énième instrument de la fabrique du mythe fondatrice qui recouvre et justifie la violence fondatrice.-
Seldoon
InvitéAlors on est presque d’accord.
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..Graindorge
InvitéMerci Seldoon
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..Graindorge
InvitéDommage. Pas disponible bien que je sois en France car téléphone espagnol. Peut-être depuis la bibliothèque demain
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Oscar
Invité» Il a seize ans. Il dort dehors, sous un buisson, mendie un peu, inspire confiance, trahit ceux qui lui viennent en aide, ne sait s’en empêcher. Dès qu’il inspire un peu d’affection, un peu d’amour, il déserte. Il veut se faire haïr. Nous ne savons rien de cette période de sa vie, mais nous ne savons presque rien de sa vie avant qu’il ne meure. Billy ne nous sera livré qu’une fois disparu. Alors, on inventera Billy, on lui fabulera une existence glorieuse ou moins glorieuse, on lui donnera sa chance. Mais le jeune Billy, l’adolescent, celui qui a été jeté en prison pour avoir volé un peu de linge, on ne le connaît pas. On ne connaît jamais les adolescents. Ils nous évitent, nous mentent. Tout ce qui est correct, régulier, nos lois, nos mœurs, leur font horreur. Et Billy, du fond de son horreur pour nous, de son insondable malheur, de son honnêteté endurcie, vola du linge et des vêtements miteux. Il aimait prendre ce qui est aux autres, il voulait tout pour lui, essayer les vêtements en vitesse, se regarder dans la glace, s’admirer, froisser le linge, briser le miroir à coups de pied et jeter tout ça dans un trou.
Nos richesses sont faites pour gémir. Il n’y a rien de plus repoussant que l’abondance. Tout est à nous. Les biens des autres nous appartiennent. Ce qui n’est pas à nous nous appartient depuis toujours. Je suis ce paquet de linge qui traîne chez le blanchisseur, cette jument est à moi, ce beau costume m’appelle, ma main se tend, je veux déchirer quelque chose. D’ailleurs, ne faut-il pas les voler pour vraiment savoir ce que sont les choses ? Ne faut-il pas les prendre si l’on veut savoir à qui elles appartiennent ? Ah ! Je veux sentir ce battement de cœur en pénétrant chez quelqu’un d’autre, casser la vitre, forcer la porte. Je veux entrer sans que l’on m’invite. Les maisons sont vides, les mains nues. Tout sera détruit, et détruire c’est aimer. Et Billy aimait beaucoup. Il aimait le beau linge, les vêtements bien taillés. Il n’aimait que l’argent des autres.
C’est ainsi qu’il commença et termina de vivre. Il se fit rapidement voleur de chevaux. La motte de beurre, le sac de linge, c’étaient des vols pour appeler à l’aide, être puni. Mais à présent, il voulait vivre ; et pour vivre, il volait des chevaux, leur fouettait les côtes, galopait en direction d’un ranch et marchandait sa proie. Et puisque la vie ne rapporte rien, il tirait un coup de révolver afin d’entendre claquer la poudre dans le néant. La nuit, il s’endormait tout à coup, seul, au bord des routes, sous une couverture sale, les pieds couverts d’ampoules. Il ne se lavait pas. Il veillait tard. Au matin, le visage bouffi par le sommeil, les membres lourds, il pénétrait dans un corral, glissait sous la barrière et repartait à cru, heureux. C’était un voleur. Le plaisir de voler est considérable. On ne sait où l’on va, ni ce que l’on fait. La soirée termine n’importe où. On discute avec un inconnu, on lui raconte sa vie. Tout le monde raconte sa vie. Billy aussi raconte sa vie, mais personne ne l’écoute. Le mot desperado est une dégradation du mot espagnol desesperado qui signifie « désespéré ». »-
Claire N
InvitéMerci Oscar
Il est possible que j’ai mes regles
Mais autant j’aime les passages sur le linge
Autant je trouve en trop certaines phrases
« Il veut se faire haïr » « il voulait tout pour lui »
« On ne connaît jamais les adolescents. Ils nous évitent . « J’aurais apprécié par exemple un arret à cette lisière -
..Graindorge
InvitéMerci aussi Oscar
C’est l’extrait de quel livre stp?-
Oscar
InvitéLes orphelins d’Éric Vuillard, ça me paraissait évident vu les messages du fil ¡
Comment ça se fait que tu n’aies pas accès aux replay Rf, Ft etc, je comprends pas. -
..Graindorge
InvitéMerci Oscar
Comme dit, ayant un téléphone portable espagnol je lis » pas disponible depuis votre zone géographique bien qu’en ce moment je suis à Nice🤷🏽♀️
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Samuel
InvitéJe suis tombé sur cette discussion https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/quest-ce-quon-lit/ car très curieux de l’avis de FB sur l’autofiction.
Est-ce que tu as eu l’occasion de lire Knausgård ? Il boxe dans une toute autre catégorie que Édouard Louis et Annie Ernaux, si je puis me permettre, dont je sais que tu ne portes pas dans ton cœur.
Bien sûr que l’autofiction est en vogue et qu’elle se vend très bien, mais là où K va plus loin est dans son style, déjà, et dans son art de reconstituer toute la matière du quotidien (je pense qu’on peut utiliser l’expression de fête de la matière) mêlé aux souvenirs d’enfance.
Je crois que l’appellatif cliché de Proust moderne n’a pas aidé pour sa réputation (hormis commerciale, peut-être) mais à mon humble avis c’est un géant littéraire. Je serais très curieux de savoir ce que les gens ici en pensent.-
François Bégaudeau
Maître des cléspas lu
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MA
InvitéArno Bertina, titulaire de la chaire de création artistique à l’EHESS, avec comme thème cette année Les récits documentaires en littérature. Ouvert aux auditeurs libres.
https://enseignements.ehess.fr/2025-2026/ue/885 -
MA
InvitéAvez-vous deja lu du Antonio Lobo Antunes?
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..Graindorge
InvitéTrouvé ça
António Lobo Antunes: «J’écris en tâchant de dire ce que le livre attend de moi» | Mediapart https://share.google/uOyWlUCIIIhHyYH5m
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MA
InvitéMerci pour le partage. Vais lire cela. J’avais tente un de ces romans mais je n’avais pas accroche. Si d’autres ont essaye.
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Christophe M
InvitéJ’ai lu il y a quelques années La splendeur du Portugal, titre antiphrastique, la fin de l’occupation portugaise en Angola n’ayant pas été splendide. Roman très âpre, très sombre, j’en ai gardé un bon souvenir.
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MA
InvitéOk. Merci. Vais peut- etre regarder de ce cote-la.
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Stéphanie
InvitéLe dernier livre de Jérôme Ferrari vient de sortir Très brève théorie de l’enfer , chez Acte Sud/Nyssen
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diegoVSKevin
InvitéOn l’achète chez chez Acte Sud/Nyssen ? beurkkk
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edouard demontvalon
InvitéJe recommande
Vitaliano Trevisan, Works, vient d’être traduit en français (600 p.) chez Verdier. Auteur italien du Veneto, mort suicidé en 2022.
Inqualifiable, sorte de prolétaire néolibéral, qui refaisait sa vie tous les deux mois. Il enchaîne les métiers techniques (formation de géomètre) avec les boulots de la périphérie industrielle de Vicenza, et puis les chiants boulots de n’importe quelle périphérie, et puis les saisons de chômage, de deal, et de création / errance, en Bavière, notamment, où il est glacier, et à Hanovre, je crois, où il a un ami architecte. Vers la fin, car il raconte toute sa vie, ou à peu près quarante années de celle-ci, il finit par côtoyer les sphères socio-professionnelles CSP+ du Veneto : un passage de six mois au cabinet de Carlo Scarpa, dont il devient le jeune premier : celui-ci l’initie à la Fenice de Venise, et à l’architecture de Palladio, avant de le jeter à la poubelle des prétendants. Encore après – bien que la restitution chronologique ne soit pas claire et c’est tant mieux – une collaboration filmique avec Matteo Garrone et théâtrale avec Toni Servillo. Ce dernier en tant que metteur en scène. Trevisan se fout de sa gueule, ils ont un désaccord sur la mise en scène du « bleu de travail » des acteurs
Mentions :
– la période où il est couvreur et où il raconte les dangers, mais aussi les joies du travail en altitude avec les camarades. Le risque, la mort, les toits. Le compagnonnage dans les bars du coin que lui, habitant de la zone depuis 40 ans ne connaissait pas. Passage situé au milieu du livre, comme un plateau d’intensité– le moment où il ne trouve plus le site de l’entretien d’embauche, dans une périphérie de Brendola, pour une soi-disant usine de manèges, jusqu’à apercevoir, à l’angle d’une impasse d’une rue de dépôt industriel, un grand rat en vitrorésine. La manager, lui racontera l’histoire de l’entreprise, comme quoi celle-ci fournit depuis sa création le parc Disneyland
– Description de la périphérie de la périphérie de Vicenza comme « gigantesque spermodrome à ciel ouvert » qui rivalise avec la Hollande, et Amsterdam. Propositions de réformes politiques et sociales sur la légalisation de la prostitution
– Fréquentation des prostituées nigérianes, qui donnera par suite un deuxième chef d’oeuvre, plus succinct, Black Tulips (non-traduit) où il rapporte son voyage dans la périphérie de Lagos sous une forme de carnet de notes. J’ai pas de mots pour ça : sublime ?
– Considérations sur la perspective de la Renaissance, l’industrie italienne, la politique italienne, PPP, la corruption dans l’edilizia, l’immobilier en Italie du Nord
– Non féodalisation de sa pensée intellectuelle à la « pensée française ». Esthétiquement, tourné davantage vers l’Allemagne et l’Italie
Si je devais conclure sur cet auteur, sorte de surhomme néolibéral comparable à un Léonard de Vinci : profil polytechnique, qui s’employait à pas mal de choses hétérogènes, avec la force non commensurable du désespoir, et qu’il a réunies sous le trait unifiant de « Works ». En ce qui concerne l’écriture : sous l’égide de Beckett, Bernhard, et Laurence Sterne, écriture forcenée, fluide, bizarre, et qui ne cache pas sa quête de forme, dans l’absence de style. Fraye avec une forme expérimentale hybride. En fait, l’oeuvre me fait penser à un moteur, tel qu’il est décrit par Simondon dans de l’existence des objets techniques, tel aussi qu’ils sont, quand on ouvre le capot et qu’on voit tout ça, les mains pleines d’huile ou pas. Mais, en un autre sens, l’oeuvre me fait penser aux Essais de Montaigne. J’en conclus que l’oeuvre arrive à habiter et négocier ces deux formes, techniques et artistiques, qu’elle y a trouvé un interstice où proliférer et se compromettre et c’est pourquoi j’en reviens à Léonard de Vinci plus qu’autre chose.
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François Bégaudeau
Maître des clésun libraire me l’a vivement. conseillé samedi
on y regardera -
Schnoups
InvitéMerci, je vais le lire celui-là.
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Cyril
InvitéBonjour François, j’aimerais ce que tu penses des auteurs suivants : Blanchot, Bataille, Klossowski.
Je suis très intrigué par cette génération qui précède les Deleuze, Foucault, la french theory pour aller vite. Est-ce un romantisme noir mâtiné d’anthropologie ? La figure de Sade est omniprésente. Celle de Nietzsche aussi, Heidegger je crois…
Si je lis Bataille avec plaisir, les deux autres me paraissent d’une grande difficulté.-
François Bégaudeau
Maître des clésKlossowski jamais réussi à lire, meme son livre sur Nietzsche.
Les essais de Blanchot se lisent facilement je trouve. S’y décline une conception de la lettre qui vaut d’etre sue. Une sorte d’absolu de la littérature envisagée comme lettre pure. Pas trop en abuser quand même. Tu peux essayer quelques romans aussi. C’est une expérience.
Bataille encore mieux, surtout ses romans. Les essais ça fait longtemps que je n’y ai pas touché. Mais franchement Bataille c’est quelque chose (je ne sais pas exactement quoi mais : quelque chose)-
Coutard
InvitéL’avis d’un autre grand écrivain français sur la question :
‘mais le pire sans doute fut une lecture d’une heure de Blanchot pour France Culture, jamais elle n’aurait soupçonné me dit-elle l’existence de merdes pareilles, c’était stupéfiant me dit-elle qu’on ose proposer au public de telles conneries.’ Michel Houellebecq, Sérotonine, Paris, Flammarion, p. 109-110
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François Bégaudeau
Maître des clésEn bon penseur contre -révolutionnaire et anti-moderne, H n’a eu de cesse de chier sur tout ce qui incarnait la modernité littéraire (le Nouveau roman, etc) autant que la modernité politique (et d’abord 68). Sa fixette réactionnaire étant précisément sur les années de faste critique : les trente années après la guerre.
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François Bégaudeau
Maître des cléson retrouve d’ailleurs dans les lignes citées le déversoir d’opinions qui caractérise la littérature de droite
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Samuel Lebesgue
InvitéJ’ajouterais mépris d’une certaine modernité cinématographique : relire les lignes sur Godard dans les particules
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François Bégaudeau
Maître des clésoui tout à fait chier sur Godard fait partie du kit anti-moderne
à quoi d’ailleurs on serait curieux de voir ce que Michel lui préfère
les films de Nicloux?-
Samuel Lebesgue
InvitéToujours dans les particules (son livre le plus théorique, le plus opinion-centré à mon avis) , il considère le triptyque les valseuses – orange mécanique – phantom of the Paradise comme représentatif de la violence des années 70. J’y décèle un mélange de fascination et de rejet pour ces œuvres.
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Samuel Lebesgue
InvitéCette fascination/rejet serait d’ailleurs à creuser dans son œuvre : science, transhumanisme, rock, télévision, grandes surfaces, sexualité libre… Tout cela l’intéresse, le fascine, mais je pense qu’il y voit une forme de décadence
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François Bégaudeau
Maître des clésattention, l’anti-moderne se caractérise par le refus de la pensée moderne, mais pas tant des éléments de la « vie moderne »
son rejet à vomir de toute la pensée moderne – avec des pics de haine pour les libertaires et le féminisme – est, lui, sans fascination : d’une univocité et d’une constance parfaites -
Samuel Lebesgue
InvitéEffectivement, le monde selon Houellebecq n’est rien d’autre qu’insatisfaction, imperfection et médiocrité, dans lequel les individus sont impuissants et se dépatouillent comme ils peuvent. Mais les féministes, 68ards et autres communistes sont eux considérés comme de véritables figures du Mal.
Rien à voir mais je me demande comment il a atterri dans les films de Delepine et Kervern
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Tony
InvitéJusqu’à Soumission MH était vu par la gauche comme un critique de la modernité libérale et lorsqu’il est apparu dans les années 90 il faisait illusion,il faut se souvenir de ce qu’étaient ces années là,la chute du mur,la fin de la guerre froide,le libéralisme triomphant et bien aidé par la gauche de gouvernement,arrive alors Houellebecq et sa noirceur dans laquelle on se reconnaît,on y voit un allié.
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Samuel Lebesgue
InvitéQui était pourtant, dès son second roman (et peut-être dès le premier ?) stylistiquement résolument anti-moderne. Il n’a d’ailleurs jamais caché sa volonté d’un retour à Balzac, en enterrant au passage toute la modernité, de Sartre et Céline aux post-modernes en passant par le nouveau roman.
Voir un Houellebecq un ‘allié’, même en 98, relève de la politimanie primaire (je n’emploierais d’ailleurs jamais le terme d’ ‘allié’ pour un artiste)
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Tony
InvitéJe ne faisais que répondre à ta question sur sa présence chez Delépine qui semblait t’étonner et c’est pourquoi j’ai employé le mot d’allié dont je me fous tout autant que toi.
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Samuel Lebesgue
InvitéNulle invective dans mon propos, je ne parlais pas de toi en évoquant la ‘politimanie primaire’.
Mais pas certain que D&K en aient eux non plus quoi que ce soit à faire de la notion d’ ‘allié’. D’où mon étonnement persistant. Qu’est-ce qui te pousse à vouloir que MH joue dans ton film ? Chez Nicloux au moins c’est clair : pour son potentiel comique plus ou moins involontaire. Mais dans near death experience (film que j’aime bien par ailleurs), qui n’est pas à proprement parler une comédie, c’est plus flou
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Tony
InvitéMais moi aussi j’aime bien ce film, bien que je ne l’ai pas revu depuis,il me semble qu’il a été écrit pour MH,qu’il en est fortement inspiré et dans mon souvenir c’était assez drôle.
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François Bégaudeau
Maître des clésTony : historiquement, c’est dès Les particules élémentaires que la majorité des gens de gauche qui lisent ont vu que Houellebcq n’était pas un allié.
Sont demeurés quelques retardataires, dont j’ai analysé les possibles ressorts dans Comme une mule
Concernant Kervern et Delépine, il est évident que leur coté Houellebecq-Depardieu-Poelvorde fait ressortir ce qu’il y de franchouille dans leur anarchisme paillard. Ce qu’il peut y avoir d’idiosyncrasie gauloise dans leurs sarrcasmes (le pinard le fromage les potes). Et ce qu’il peut y avoir de confus dans le bloc soudé par l’ennemi commun « libéral » (et d’ambiguité dans « libéral », comme mille fois dit) -
Samuel Lebesgue
Invité(Sur d&k) : tu mets des mots là où je n’arrivais pas à mettre le doigt (ah c’est quand même fort un écrivain, pourquoi de mauvaises fées se sont elles penchées sur mon berceau ne me rendant bon qu’à faire des maths ? )
Puisque mon message dans l’autre fil est resté lettre morte, je serais preneur d’avis ou de réflexions sur Nicloux et notamment sa Houellebecquienne trilogie
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François Bégaudeau
Maître des clésNicloux a au moins le mérite de la singularité, et de tenter des trucs, et par exemple d’unir à l’écran Gardin et Houellebecq. Rien que pour ça, merci.
Le mec est douteux : c’est à la fois une qualité et un défaut. Il zone en lisière de choses vraiment pas jolies (et notamment dans le film mentionné)
Houellebecq est souvent assez passionnant dans ses films – c’est comme acteur que je le préfère- mais d’en avoir fait son acteur fétiche est de nature à nous indiquer avec quoi joue Nicloux. Avec quel feu il joue. -
Samuel_Belkekett
InvitéNous revoilà face à face cher Dr, le terme d’anti-moderne est plus complexe que vous ne le pensez, plus complexe aussi que ce que pense ce bon Antoine Compagnon, qui a toutefois l’intuition très féconde de définir l’anti-moderne dans sa différence avec le conservateur.
Aussi, comme cette idée de « la fin de l’Histoire », qui n’est pas exclusive de Fukuyama, il y aurait autant de version de la fin de l’Histoire qu’il n’y a de personnes pour en parler. Ce concept d’anti-moderne, je le résumerai en 2 possibilités très différentes en m’accordant à la définition qu’en donne Compagnon.
1- Selon la modernité et aussi d’après Compagnon, certains se sont toujours dit progressistes, d’autres toujours conservateurs et d’autres encore toujours anti-modernes. D’où le titre de l’ouvrage de Compagnon « Les anti-modernes de Joseph de Maistres à Roland Barthes » ce qui lui a valu quelques critiques pour Barthes mais passons. Compagnon distingue l’anti-moderne du conservateur, ce dernier étant nostalgique du passé et ayant horreur du présent (M Houellebecq) alors que l’AM cherche à communiquer avec le passé par crainte du tabula rasa d’une part et surtout par hostilité envers un progressisme ininterrompu, téléologique et au final idéaliste dans le pire sens du terme. En revanche il n’est pas contre l’histoire en tant que processus évolutif. J’abrège.
2- Il y a ceux qui n’ont pas toujours été progressiste, et d’autres pas toujours été AM. Au-delà de Compagnon, ce qu’il y a d’intéressant dans cet aspect des choses cher Dr, c’est quand, ce sont les mêmes personnes qui ont d’abord été progressistes, puis sont devenus AM. Autrement dit, être progressiste jusque fin 1970, ce n’est pas la même chose que de toujours se déclarer progressiste en 2026. Il y aurait, selon Belkekett et d’autres avant lui, un phénomènes de réversibilité historique, qui fait qu’après l’orgasme des années 70, phénomène de libération plus que d’émancipation, la gueule de bois se fait douloureuse et ce qui a succédé aux expérimentations des années 60/70, le punk 77 et le disco en 78 en sont les derniers exemples de libération plus que d’émancipation, se qui a succédé c’est alors une quête de sens. Une fois libéré la femme, libéré le sexe, les forces productives, l’identité sexuelle etc, une fois libéré tout ça cher Dr il faut bien leur trouver un sens. Ça ne se fait pas de libérer les choses et de les laisser en plan. Les libéraux ont postulé qu’aucune autre quête n’était plus nécessaire que celle des marchés, les autres, dans leur gueule de bois ce sont dit qu’il fallait trouver un sens. Le sens se portant sur l’identification, la représentation, l’interprétation et la revendication, il a toutes les chances de finir dans l’identité voire l’identitaire, La vérité de l’identité, des femme, des hommes, des homosexuels etc etc, a l’exclusion bien sûr des formes symboliques qui elles ne jouent pas la quête du sens mais jouent sur d’autres regles. Une nouvelle dialectique s’est alors mise en route entre liberaux/conservateurs et éternels progressistes.
Par conséquent, l’AM est celui qui a su voir que cette opposition n’en est pas une et que le progressiste ne fait que reproduire, he oui comme on parlait de reproduction sociale, les mêmes idéaux, fantasmes, images, rêves qui, une fois libérés sont mises en réseaux pour circuler, proliférer indéfiniment, immergés dans une simulation de sens. L’AM lui, veut renouer avec d’autres façons de voir, penser, sentir, non englués dans la modernité occidentale. Par opposition au conservateur qui lui est nostalgique d’ordre et de rationalité cartésienne.
Capito ?
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B. comme ma bite
InvitéSon film de cul avec de jeunes hollandaises, je pense, ça c’est du cinéma!
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Samuel_Belkekett
InvitéLui l’a mal digérée cette histoire. Il a regretté de ne pas avoir mis un masque avant de tourné.
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Samuel_Belkekett
InvitéTourner*
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Devino
InvitéJustement, je me permets de rebondir : je n’ai jamais réussi à « entrer » dans les essais de Bataille. J’aimerais retenter ma chance avec son oeuvre romanesque : quel roman vous paraît le plus adapté pour découvrir son univers ?
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Julien Ribot
Invité« Ma mère » est sans conteste la meilleure introduction pour cela
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François Bégaudeau
Maître des clésoui par exemple
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Charles
Invitéhttps://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/11/declaration-de-la-personne-le-requisitoire-anticapitaliste-d-elfriede-jelinek_6670516_3260.html
Curieux de lire ça. Quelqu’un a déjà lu Jelinek?-
François Bégaudeau
Maître des cléscurieux aussi
je n’ai lu qu’un livre d’elle, et même écrit dessus, mais je n’ai aucun souvenir-
MA
InvitéEst-ce-qu’il t’arrive de relire les critiques ou essais et romans que tu as ecrits?
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François Bégaudeau
Maître des clésessais et romans non jamais – trop occupé par ceux en cours
les textes courts oui ça peut m’arriver, si des circonstances me remettent le nez dedans-
Samuel_Belkekett
Invitéle nez dedans…
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François Bégaudeau
Maître des clésle « nez dedans » ne fait pas référence à la merde, comme tes points de suspension de blaireau le laissent entendre, mais à une chronique littéraire nommée « le nez dans le texte » que j’ai tenue pendant quinze ans et dont tu n’as pas lu une ligne
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Samuel_Belkekett
InvitéHey! Mais je n’ai jamais fait preuve de vulgarité comme ça moi.
…=merde bah non alors.
Je vois que je t’agace bien davantage que les droitards de service qui sévissent sur ce forum.
Le nez dans le texte. Non je n’en ai pas entendu parler.
Si on peut trouver ça quelque part je ne demande pas mieux.
Les… Je les mets très souvent en fin de post, quant à l’expression le nez dedans, justement, guère de sens dans la phrase, je me demandais à quoi ça pouvait bien faire allusion.
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..Graindorge
InvitéIci l’intégralité de l’article. Pour mes tendances sherlockiennes, c’est un livre très tentant
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https://www.lemonde.fr/livres/article/2026/03/11/declaration-de-la-personne-le-requisitoire-anticapitaliste-d-elfriede-jelinek_6670516_3260.html?search-type=classic&ise_click_rank=1Oppressant et envoûtant, ce long monologue aurait pu s’intituler « Le Procès ». Un jour, sans qu’elle ait rien à se reprocher, dix hommes viennent frapper à la porte d’une écrivaine. Comme Joseph K., le héros de Franz Kafka, Elfi, double fictif d’Elfriede Jelinek, devient du jour au lendemain la proie d’un appareil administratif « monstrueux », qui cherche à la condamner. Sur ordonnance d’un juge de Bavière et sans préavis, les agents de l’Etat allemand pénètrent dans la maison de cette femme seule et âgée, « comme des loups », jettent ses peluches, vident ses tiroirs et saisissent la totalité de ses papiers.
Déclaration de la personne, le nouveau livre de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature en 2004, est le récit d’une enquête fiscale, un interrogatoire poussé, où tout peut être utilisé contre l’accusée, jusqu’à sa petite culotte « lavée par erreur avec du linge foncé ». La nature exacte des procédés frauduleux qui lui sont reprochés demeure opaque tout au long du livre, sans doute à l’image des démêlés réels d’Elfriede Jelinek avec le fisc allemand.
Citoyenne autrichienne, mariée à un Bavarois et partageant sa vie entre Munich et Vienne, l’écrivaine du roman déclare tous ses impôts dans son pays natal. Mais l’Etat allemand exige aussi sa dîme : « Prouvez-le ou on vous fera payer. » La voix de l’accusation harcèle la victime de questions, cherche à prouver que l’Allemagne est son véritable lieu de résidence, fouille jusque dans les moindres recoins de sa vie privée. L’affaire est finalement classée sans suite, sans que, là non plus, le lecteur comprenne vraiment comment ni pourquoi. Injustement incriminée, salie dans son intimité, l’accusée revendique le droit de ne pas davantage s’appesantir sur son cas : « Je ne suis pas une station d’épuration, la saleté me reste collée à la peau. »
« Monstre indomptable »
Dépassant le cadre de sa propre enquête, elle passe alors à l’offensive. Déclaration de la personne est aussi une virulente diatribe, une attaque en règle contre la fraude massive et généralisée, contre l’inégalité de traitement entre les pauvres et les riches, ceux qui n’ont rien et que l’on suspecte, ceux qui ont toujours plus et que l’on ne poursuit pas. Elfi « bouillonne de colère », sent la haine monter, essaie de retenir de toutes ses forces le « monstre indomptable » qu’est devenue sa langue. La parole change de camp, et l’accusée se transforme en accusatrice. C’est elle qui pose à présent les questions : et les millions d’euros du Bayern Munich ? les milliards d’euros des « CumEx Files » ? Et la Suisse, Chypre, les « Panama Papers » ? Tout cet argent qui s’envole et change de couleur ?Lire aussi | « Elfriede Jelinek. La langue à bras-le-corps », sur Arte : le portrait-collage d’une « plasticienne de la société », Prix Nobel de littérature 2004
Elfriede Jelinek a toujours critiqué la recherche effrénée du profit et montré du doigt les profiteurs, comme dans sa comédie économique Die Kontrakte des Kaufmanns (« les contrats du commerçant », Rowohlt, 2009, non traduit). Mais la sophistication des montages financiers dépasse désormais l’entendement. Car ces fraudeurs de haut rang n’échappent plus seulement à l’impôt, ils se font rembourser par le fisc des sommes qu’ils n’ont jamais versées. « On reçoit maintenant beaucoup pour rien, c’est nouveau », ironise Elfi. Et en toute impunité. Son verdict est sans appel : le summum du capitalisme est atteint, il ne peut pas aller plus loin. C’est sa « victoire finale », pour reprendre le titre de la pièce du même nom que l’écrivaine consacre, deux ans après la publication de Déclaration de la personne outre-Rhin, au retour de Trump au pouvoir (Endsieg, 2024, non publié).
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stephanie
Invitéj’ai lu La pianiste après avoir vu le film,j’ai peu de souvenir du livre contrairement au film
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Tchitchikov
Invitéhttps://www.hors-serie.net/marguerite-duras-femme-politique/ Si cela n’a pas déjà été publié dans ce lieu malfamé, rempli de formalistes.
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Samuel_Belkekett
InvitéJe n’ai jamais pu regardé Marguerite Duras en face et dans les yeux.
Ni en vrai, ni à la télé. Trop de douleur, trop de souffrance. J’en aurais perdu tous mes moyens… moyen.
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toni Erdmann
InvitéJe viens de finir Portnoy’s Complaint de Roth, et je n’avais jamais autant ri en lisant. Et je n’avais jamais pensé auparavant qu’un livre puisse me susciter des éclats de rire au même titre qu’un stand-up.
Et donc je serais curieux de savoir : quels sont, pour vous, les livres les plus drôles ? Ceux qui vous ont vraiment suscité des éclats de rire ?-
kenny
InvitéMangeclous, mais j’avais 15 ans
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Charles
InvitéUn long silence interrompu par le cri d’un griffon de Pierre Senges.
Comme une mule, mais je ne me souviens plus du nom de l’auteur.-
Alexandre
InvitéBen oui, j’avoue, Comme une mule m’a fait pouffer plus d’une fois. Notamment une petite phrase sur Hercule Poirot.
Souvenir d’un roman de Chandler , Sur un air de navaja, sauf erreur. Philip Marlowe se trouve en butte avec une espèce de matador habillé avec des escarpins et portant un boléro. On l’imagine fringué comme James West dans Les Mystères de l’Ouest.
Le mec dit à Marlowe un truc du genre: « Gaffe à si je m’énerve ».
Philip Marlowa : « Tu fais quoi quand tu t’énerves? Tu danses le tango avec les écureuils? »
Poilade -
..Graindorge
InvitéComme une mule est un livre de François Bégaudeau aux Éditions Stock. Maison d’édition depuis 1708
» Liberté – Fidélité – Curiosité «
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Idiot
InvitéMoi je m’éclatais devant Stendhal (le rouge et le noir). J’ai pas le souvenir d’avoir franchement rigolé avec un contemporain, sauf peut-être Echenoz.
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Malice
InvitéLes voyages de Gulliver
Le Pentamerone
Le Decameron
Le journal de Sally Mara
Les romans de Sue Townsend
Belle du seigneur
De FB, « La blessure la vraie », « Vers la douceur »-
Alexandre
Invité« Belle du seigneur »
Je suis en train de le lire grâce à toi qui a impulsé la chose. Et m’a lecture est bien engagée (puisque pour mémoire, je confessais avoir vu le livre me tomber des mains lors d’une première tentative).
Mais j’ai du mal à rire de bon cœur : Deume est trop con pour être drôle. Je veux dire qu’on a pas le droit d’être aussi con. Je veux dire que j’en veux à Cohen de mettre les rieurs de son côté à si bon compte. Sérieusement, qui peut se reconnaître dans une connerie pareille?-
Malice
InvitéDeume c’est un dossier intéressant ( j’en profite pour dire que je ne pense pas qu’il soit le seul personnage drôle du roman – Ariane, Mangeclous et le beau-père me font beaucoup rire aussi)
Il y a des aspects de lui qui me font me dire que Cohen charge un peu la mule ( son admiration béate des toilettes de son lieu de travail, sa servilité devant Solal). Mais très souvent je trouve que ses comportements enfantins, animaux, montrent que Cohen ne le considère pas juste comme un gros con. Je sens une tendresse, surtout dans un passage dont j’ai déjà parlé : le moment où Adrien découvre qu’il est quitté. Un grand moment du roman, peut-être mon préféré, parce-que Cohen décrit un sincère amour de blaireau, un désespoir pas si désespéré; l’oscillation entre dépression, tragédie, ridicule et légèreté est magnifique. J’ai été très émue par ce personnage qui est pourtant un des moins aimables. Mais bon, j’ai tendance à aimer les personnages de cons bien gratinés – mes héros de série préférés sont Bernard Black et Larry David.-
Malice
Invitéps je me reconnais dans la connerie d’un Deume, je peux en souffrir d’ailleurs; quand je me retourne sur des propos ou des comportements que j’ai pu avoir dans le passé ( lointain comme proche) je me dis : c’est quand même difficile d’avoir de la dignité sur cette terre. J’aime que Cohen en atteste et en fasse de grands moment de littérature. Il élève la bouilllasse ( drôle de phrase)
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Tony
Invitéquand je me retourne sur des propos ou des comportements que j’ai pu avoir dans le passé ( lointain comme proche) je me dis : c’est quand même difficile d’avoir de la dignité sur cette terre.
Merci pour le rire Malice, heureusement que les politiques de tout bord existent,quelque part ils ont leur utilité,ils nous consolent de cette dignité perdue! -
kenny
Invitéj’ai lu tous les cohen et vu tous les cassavetes assez jeune
je crains d’y revenir et d’altérer mon émotion-
kenny
Invité*le souvenir de mon émotion
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Alexandre
Invité« j’en profite pour dire que je ne pense pas qu’il soit le seul personnage drôle du roman – Ariane, Mangeclous et le beau-père me font beaucoup rire aussi) »
Bien sûr je n’en suis que là où j’en suis mais je vois ce que tu veux pour Ariane qui a de jolis moments de « flux de conscience » charmants et drolatiques, oui. Un peu folâtres.
Pour l’instant , c’est ce que j’ai préféré.-
Alexandre
Invitéce que tu veux dire
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Malice
InvitéOui, Ariane a une vie intérieure un peu folle; un des grands sujets du livre m’a paru être à quel point sa vie bourgeoise, maritale et même d’amante empêche cette folie de s’épanouir. Elle a en elle une écrivaine, une femme qui pourrait s’émanciper, laisser libre cours à sa fantaisie; dès le début du roman elle est cloîtrée et sous véronal.
Où en es-tu de ta lecture, que je ne te spoile pas?-
Alexandre
InvitéDeume a eu sa promo et il se sent plus pisser.
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toni Erdmann
InvitéUn prof de littérature m’avait fait remarquer quelque chose sur Belle du Seigneur : c’est un livre de l’attente. Les personnages attendent toujours quelque chose. C’est donc un livre anti-narratif par excellence, puisqu’on passe son temps dans l’esprit de gens à qui il n’arrive rien. Ce qui fait évènement est le non-évènement.
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Malice
InvitéTrès drôle d’ailleurs, Deume qui n’en fiche pas une dans son bureau, laissant moisir les dossiers; qui anticipe le savon de son supérieur; qui obtenant sa promo renaît de ses angoisses et se sent comme une jeune mariée près de Solal
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Alexandre
InvitéOui Cohen l' »éfféminise »
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Graindorge
InvitéErreur
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..Graindorge
InvitéSi et seulement si Malice tu veux bien dire une phrase sur chaque sur ce qui t’a fait rire?
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Malice
InvitéJe n’ai plus le livre sous la main car je l’avais emprunté à ma chère médiathèque qui achète tous les cause perdues que je lui suggère
Je crois me souvenir qu’Adrien, au désespoir d’être quitté, se retrouve sur le trône, je crois parce-qu’il est stressé par la situation.
D’ailleurs j’ai lu un truc similaire dans un bouquin de Camille Laurens, une rupture pendant une gastro. Oui je suis un peu scatoSur babelio, trouvé ça : « Il s’assit sur une chaise, près du lit, se concentra, s’efforça de penser à son malheur pour arriver à pleurer. Enfin, les larmes arrivèrent et il tourna son visage du côté de sa femme pour les lui faire bien voir et n’en pas perdre le bénéfice. Elle baissa la tête car les femmes n’aiment guère les hommes qui pleurent, surtout si c’est à cause d’elles.
Chérie, sois bonne, répéta-t-il pour attirer son attention car il s’agissait de profiter des larmes pendant qu’elles étaient encore là, avant leur évaporation »
Ce comportement de môme, ça me met en joie -
Malice
Invité« oh le regard chien quand il commence à être chien quand il me regarde sérieux soucieux chien myope avec des intentions enfin quand il veut se servir de moi affreux ce qui est drôle c’est qu’il éternue quand ça lui vient quand il va faire le chien ça ne manque jamais il éternue deux fois atchoum atchoum et alors je me dis ça y est c’est le chien et je n’y coupe pas il va faire sa gymnastique sur moi et en même temps j’ai envie de rire quand il éternue et en même temps angoisse parce que ça va venir il va monter sur moi une bête dessus une bête dessous mais la dernière fois il a inauguré un système comique il me mordille d’abord ça me fait penser à un pékinois qui joue c’est très désagréable mais pourquoi est-ce que je lui dis pas de pas me mordiller c’est pour pas l’offenser ne ne ne faut dire les ne mais aussi parce que je déguste le grotesque comme dans l’autobus quand je suis envoûtée attirée par un visage affreux »
( Les délicates pensées d’Ariane au sujet de son mari)
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Dr Xavier
InvitéLe coeur synthétique, de Chloé Delhaume (et c’est le seul, aucun autre de ses autre livres ne m’a fait rire, j’ai plutôt été déçu).
Faudrait peut-être recadrer, de l’Indéprimeuse.
Le travailleur de l’extrême, de Äke Anställning.
Les textes de Segré, gros rire silencieux, art consommé de la chute. -
netflou
InvitéFerdydurke de Gombro
La lenteur, un roman mineur de Kundera, duquel Finkie n’a pu extraire aucune citation en 120 ans de Répliques pour lubrifier la roue : identité, Europe, immigratIon, marseillaise sifflée lors du match France / Algérie, identité, civilisation, les choses étaient quand même plus simple quand on était qu’entre……
Variétés de la mort de Jérôme Ferrari ( il y a certains échos avec Portnoy)
Un enlèvement bien sûr
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Alain m
InvitéUn homme louche de François Beaune, un amour de Swann de Proust, Entre les murs, Scènes de la vie d’un faune d’Arno Schmidt, Mes amis d’Emmanuel Bove, Molloy de Beckett
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Charles
InvitéJe suis en train de lire Mes amis de Bove, je trouve pas vraiment qu’on se fende la poire.
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Samuel
InvitéD’accord avec Charles, et ce n’est vraiment pas dans un amour de Swann que Proust est le plus drôle… message ironique j’imagine ?
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Alain m
InvitéJe ne prétends pas que Proust est le plus drôle dans un Amour de Swann m’étant arrêter à Nom de Pays il m’a juste fait marrer. Quant à Bove c’est sa manière d’enfoncer le clou dans la noirceur avec son sens du détail, quasi comme un manifeste du désespoir qui me l’a rendu drôle. Peut-être un moyen de m’en sortir et d’accepter les résonnances avec ma propre vie.
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Samuel
InvitéJe comprends qu’on puisse trouver drôle cette noirceur. On la retrouve par moments dans les dimanches de Jean Dézert , à rapprocher des mes amis à bien des égards.
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kenny
Invitéil y a des scènes avec charlus poilantes, je me souviens m’être marrée comme devant un sketch de lompret, notamment à partir de Côté Guermantes
je les posterai à l’occasion-
Samuel
InvitéOui et de souvenir ces aspects comiques s’intensifient dans S&G (Charlus) et la prisonnière avec des sortes d’auto-pastiches (les glaces) très réjouissants
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Samuel
Invité« Pour les glaces (car j’espère bien que vous ne m’en commanderez que prises dans ces moules démodés qui ont toutes les formes d’architecture possible), toutes les fois que j’en prends, temples, églises, obélisques, rochers, c’est comme une géographie pittoresque que je regarde d’abord et dont je convertis ensuite les monuments de framboise ou de vanille en fraîcheur dans mon gosier. » Je trouvais que c’était un peu trop bien dit, mais elle sentit que je trouvais que c’était bien dit et elle continua, en s’arrêtant un instant, quand sa comparaison était réussie, pour rire de son beau rire qui m’était si cruel parce qu’il était si voluptueux : « Mon Dieu, à l’hôtel Ritz je crains bien que vous ne trouviez des colonnes Vendôme de glace, de glace au chocolat ou à la framboise, et alors il en faut plusieurs pour que cela ait l’air de colonnes votives ou de pylônes élevés dans une allée à la gloire de la Fraîcheur. Ils font aussi des obélisques de framboise qui se dresseront de place en place dans le désert brûlant de ma soif et dont je ferai fondre le granit rose au fond de ma gorge qu’elles désaltéreront mieux que des oasis (et ici le rire profond éclata, soit de satisfaction de si bien parler, soit par moquerie d’elle-même de s’exprimer par images si suivies, soit, hélas ! par volupté physique de sentir en elle quelque chose de si bon, de si frais, qui lui causait l’équivalent d’une jouissance). Ces pics de glace du Ritz ont quelquefois l’air du mont Rose, et même, si la glace est au citron, je ne déteste pas qu’elle n’ait pas de forme monumentale, qu’elle soit irrégulière, abrupte, comme une montagne d’Elstir. Il ne faut pas qu’elle soit trop blanche alors, mais un peu jaunâtre, avec cet air de neige sale et blafarde qu’ont les montagnes d’Elstir. La glace a beau ne pas être grande, qu’une demi-glace si vous voulez, ces glaces au citron-là sont tout de même des montagnes réduites à une échelle toute petite, mais l’imagination rétablit les proportions, comme pour ces petits arbres japonais nains qu’on sent très bien être tout de même des cèdres, des chênes, des mancenilliers ; si bien qu’en en plaçant quelques-uns le long d’une petite rigole, dans ma chambre, j’aurais une immense forêt descendant vers un fleuve et où les petits enfants se perdraient. De même, au pied de ma demi-glace jaunâtre au citron, je vois très bien des postillons, des voyageurs, des chaises de poste sur lesquels ma langue se charge de faire rouler de glaciales avalanches qui les engloutiront (la volupté cruelle avec laquelle elle dit cela excita ma jalousie) ; de même, ajouta-t-elle, que je me charge avec mes lèvres de détruire, pilier par pilier, ces églises vénitiennes d’un porphyre qui est de la fraise et de faire tomber sur les fidèles ce que j’aurai épargné. Oui, tous ces monuments passeront de leur place de pierre dans ma poitrine où leur fraîcheur fondante palpite déjà.
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Samuel_Belkekett
InvitéPour une sorte d’humour noire très drôle, ne pas oublier l’inénarable John Kennedy Toole et sa « Conjuration des imbéciles ». Unique roman à son actif.
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Samuel_Belkekett
InvitéLa conjuration des imbeciles… Ça vous dit rien ?
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MA
InvitéJ’en suis a mis parcours d’Avant la peine. Je ne trouve pas que cela soit si mal ecrit que cela.
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci de le dire
ce n’est pas « mal écrit », c’est juste souvent sous-écrit, un peu académique
mais comme tant de romans contemporains
son atout est donc ailleurs : dans le réel qu’elle fouille-
MA
InvitéC’est sûr, enchaîner celui-là après Bernanos ça fait descendre d’un coup.
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MA
InvitéJ’ai écouté ce bon entretien avec elle : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/sous-le-soleil-de-platon/sous-le-soleil-de-platon-du-mardi-23-decembre-2025-5685242
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Samuel_Belkekett
Invité« ce n’est pas « mal écrit », c’est juste souvent sous-écrit, un peu académique
mais comme tant de romans contemporains
son atout est donc ailleurs : dans le réel qu’elle fouille »
Il faut vraiment être confus, et te concernant un antimoderne voire conservateur qui s’ignore pour croire absurdement qu’écriture et « réel qu’on fouille » ont la moindre chance de se distinguer. C’en est désespérant.
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bibinard
Invitégeu v’aime abbe santet pourraiq rire ainl ivre baille fauh raiveur
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Rémi
InvitéJ’ai lu les pages sur Romain Gary dans CUM. De Gary je n’ai lu que La vie devant soi et j’en ai de très bon souvenir. Je suis curieux de connaitre l’avis des intervenants sur ce livre.
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Claire N
InvitéHum, arrêté a mi lecture
Je ne sais pas trop
le personnage d’enfant je n’y crois pas- un peu l’impression de lire un scénario « d’Arnold et Willy » ( un vieux sit com avec des rires pre- enregistrés) -
Alexandre
InvitéLignes cinglantes sur Gary (le Consul) et particulièrement sur Chien blanc, que j’avais lu il y a un bail. Je ne saurais donc me souvenir si le roman est aussi réac que le décrit FB. Mais je sais une chose, c’est que le chien blanc se retourne contre les blancs du fait du dresseur noir qui le détraque. Est-ce véridique? Est-ce une invention romanesque qui manipule les faits autobiographiques. Le résultat est que je n’avais pas trouvé ça follement sympathique.
Je préférais ce qu’en faisait Samuel Fuller, dans sa magnifique série B White Dog (Dressé pour tuer), qui faisait complètement fi du contexte people du roman, de Gary, de Jean Seberg, de la fin des sixties, tout ça..
La fin du film rejoignait celle du roman dans les faits, pas dans les causes. Aucun cynisme chez Fuller : le dresseur noir ne cherchait pas à retourner le chien contre les blancs. Ce dernier se retournait tout seul, déréglé par sa folie. Bouleversante folie animale.-
François Bégaudeau
Maître des clésJe précise que les pages de CUM, qui portent en effet spécifiquement sur Chien blanc, ne reprochent pas à Gary d’etre réactionnaire, mais d’avoir un style expressif-autoritaire (que certes j’accole à la littérature réactionnaire)
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François Bégaudeau
Maître des clésLongtemps que je n’ai pas mis le nez dans d’autres romans de lui, sans doute moins navrants, mais je suis au moins sur d’une chose : Gary est surestimé
Reste l’existant qu’il fut : une sorte de connard dandy confus emphatique flamboyant admirable, tout ça
Je lirais bien une bio du monsieur.-
Samuel_Belkekett
Invité« Gary est surestimé
Reste l’existant qu’il fut : une sorte de connard dandy confus emphatique flamboyant admirable, tout ça »
Pendant un court instant, j’ai cru que tu parlais de quelqu’un d’autre que Gary.
Que tu faisais comme un autoportrait en quelque sorte.-
LaSocioEstUnJJB
InvitéIl délire totalement sur Gary le pauvre. Gary a été un putin de héros de la deuxième. (oui, la troisième arrive, donc pas seconde). Il a écrit « Une jeunesse européenne » (qui met une tempête à ton cœur si tu en as un) alors qu’il était en pleine guerre, littéralement, risquant sa vie chaque jour avec son coucou; la longue litanie de ses collègues/amis morts au combat est éloquente d’ailleurs. Un écrivain génial, des couilles, un cœur, et un sens de l’honneur de héros. Un sens de l’humour hilarant, « La vie devant soi » est un chef d’oeuvre de rôlerie, de tendresse, de pathétique, d’injustice, de VIE.
Mais là on parle de champ bourdieusien, et disons que peu d’écrivains de gauche peuvent s’assoir à la même table que Gary sans déparer sauvagement…
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Samuel Grodard
InvitéGary a aussi écrit le premier roman écolo (les racines du ciel), prix Goncourt 1956, il était visionnaire ici aussi, d’ailleurs je viens d’acheter un recueil de 3 articles, qu’il a écrit en anglais entre les années 50 et 1975, 3 euros chez ton libraire (en français), qui démontre encore qu’on a besoin de lui ici et maintenant, pour les gens non assez ignorants pour ne pas être athée, Gary a une intuition très intéressante, de là où est le vrai sacré, cad dans l’idée qu’on se fait de l’homme, de la nature, de ce qu’on doit être, le sacré est littéralement dans la vision que l’on a de ce que l’homme ,et nous donc, doit être…
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Samuel Grodard
InvitéEt donc l’esthétique comme éthique du Dandy, croise l’humaniste, qui a l’éthique, comme esthétique, et c’est puissant quoi.
Tu captes? Tu piges la cannette?
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Samuel Le TaxiDriver
InvitéEh bien, bien vu.
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PolioTeam
InvitéOops
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Les Cochons, La Confiture
Invitél’esthétique comme éthique du Dandy, croise l’humaniste, qui a l’éthique, comme esthétique, et c’est puissant quoi.
Tu t’es cru sur un fofo de philo jeune pédoncule?
Allons…
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Lofters Up And Go
InvitéRelever le niveau, pour ne pas laisser le réchauffement de la chatte a ta mère subsumer tous les ours polaires!
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Alexandre
InvitéOui, pardon.
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Seldoon
InvitéQuitte à retenter du Gary je conseille Au delà de cette limite votre ticket n’est plus valable, qui traite enfin de la source de sa mythomanie.
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Dr Xavier
InvitéLu La vie devant soi, ébloui sur le coup, je n’y ai pas vu un style autoritaire ? J’ai souvenir d’une langue habile et virtuose, ok peut-être trop pour un enfant comme c’est remarqué plus haut. Après c’est mon seul Gary.
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Seldoon
InvitéIl a un style différent quand il signe Gary. Beaucoup plus dans l’autocommentaire dont parle François. Le dandy qu’il est et affecte d’être pose une sorte de couche sédimentaire par dessus ce qu’il raconte, il faut la percer. Mais ça devient intéressant quand il y a interaction entre ladite couche et ce qu’il y a dessous. Comme dans la promesse de l’aube, ou c’est trop explicite pour que ce soit fécond, et dans Au dela de cette limite, où ça crée un espace littéraire troublant.
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Rémi
InvitéTu peux donner des exemples ?
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Seldoon
InvitéJ’en parle de mémoire, ça fait quelques années. Le livre se présente comme une fiction alors qu’à l’évidence, on ne parle que de Romain Gary. Il s’agit des troubles de la virilité du monsieur, qui, voyant l’âge venir, s’inquiete de ses performances à venir. Le narrateur prend bien soin de nous rassurer sur les performances actuelles. Alors que le roman avance, l’âge du narrateur progresse aussi et son état physique se dégrade. Ses performances sexuelles suivent le même chemin mais, si ma mémoire ne me trahit pas, il ne le dit jamais. C’est sous entendu par ellipses. La mythomanie chronique de Gary ainsi que son aveux sont intégrés à l’écriture, et par là on sent bien, dans cette bravade puis pudeur du narrateur, que Romain lui-même ne nous avoue pas que sa mythomanie.
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Samuel II
InvitéIncroyable.
Il serait malaisé d’avoir une lecture plus puérile, psychologisante, voire psychanalysante d’un auteur.
Et quel ridicule quand on sait que c’est la base de la base de la proposition de Gary, une mystification hors-norme, tous terrains, toutes époques, toutes langues, faisant d’Inception le film, une blague Carambar!
« Ouais le mec est mythomane. »
Sans blague, il a réussi à mystifier un jury Goncourt en lui faisant croire à un nouvel écrivain inconnu. Y a vraiment des champions du monde ici !
De plus Gary ne prétend en aucun cas faire de l’autofiction, ensuite les artistes sont tous de grand mythomanes. Et on s’en fout royalement; ce dont on a cure, c’est ce que nous fait vivre et ressentir un écrivain. Qui, je le rappelle, ne prétend jamais faire de l’autofiction, terme idiot d’ailleurs, qui comprend l’invention dans le nom, et donc le manque d’honnêteté intellectuelle, sans compter l’absolue impossibilité de restituer « réellement » 1 seconde de réel.
Comme j’avais proposé à mon homonyme Samuel, quand on parle d’un auteur, le mieux est Babélio, il y a là bas de vrais « savants » de ces drôles de zigotos que sont les écrivains.
Exemple:
C’est vrai qu’avec Romain Gary, nous ne sommes jamais certains de rien. Entre la légende dont il a entouré sa naissance, ses multiples noms d’auteurs et surtout, la mystification Ajar, qui lui a permis d’être le seul écrivain à obtenir deux fois le Goncourt, son image est entourée d’un halo opaque. Et rajouter à cela, toutes les théories des uns et des autres, il devient difficile de faire la part des choses. Mais certains biographes veillent comme l’excellente biographie de Myriam Anissimov, très fouillée, très bien documentée. Ce livre laisse transparaitre l’extraordinaire humanité de cet auteur qui a fait de sa vie un roman.
Ou encore:
« On ne comprendra absolument jamais rien à mon oeuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour et presque toujours l’amour de la féminité …/… Et je ne voudrais simplement pas qu’il y ait plus tard, quand on parlera de Romain Gary, une autre valeur que celle de la féminité ».
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Seldoon
InvitéTu as lu le livre en question ? Si oui, alors contredis moi clairement. Si non alors passe ton chemin.
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Seldoon
Invité« Et je ne voudrais simplement pas qu’il y ait plus tard, quand on parlera de Romain Gary, une autre valeur que celle de la féminité »
J’ai beau bien aimer Gary, j’en ris encore. -
Claire N
Invité« il etait cinq heures et je commençais à rentrer chez moi lorsque j’ai vu une blonde qui arrêtait sa mini sur le trottoir sous l’interdiction de stationner. Je l’ai reconnue tout de suite car je suis rancunier comme une teigne. C’était la pute qui m’avait lâché plus tôt, après m’avoir fait des avances et que j’avais suivi pour rien. J’étais vachement surpris de la voir . Paris c’est plein de rues, et il faut beaucoup de hasard pour rencontrer quelqu’un la dedans. La môme ne m’avait pas vu, j’étais sur l’autre trottoir et j’ai vite traversé pour être reconnu. »
Voilà c’est les filles -
Claire N
InvitéEt au passage une rare documentation de jean Gabin enfant
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Samuel II
InvitéToute la production de Gary, litteraire, et autres est un enchevetrement à la Borgès, un dédale de chausse-trappes et de mirages. Du mensonge qui dit le vrai, pour reprendre une certaine définition de l’art.
A t il du talent? C’est incontestable.
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Seldoon
InvitéEt donc par rapport à ce que je disais ?
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Claire N
InvitéJe ne souhaite pas t’enlever le goût de la bouche
Mais si j’essaye point par point :
– l’imparfait couplé à lorsque : va signer pour moi un moment assez désagréable, tu sens l’absence de cut , l’attention est tenue en laisse ; le « lorsque « n’a pas vraiment lieu d’être
– pourquoi preciser « j’ai vu « ? -Encore pour moi un coup de laisse- et « je l’ai reconnu « ?
– « je suis rancunier comme une teigne «
Voilà enfin la raison de tout ce tralalas, c’est bien cette identité qu’il fallait distiller
— ensuite on m’explique ,et pour etre honnête je n’en crois rien ou disons qu’assène avec si peu d’alternative je m’ennuie
– et un peu drôle le « ne m’avait pas vu « , on va dire qu’elle est bien la seule
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Rémi
InvitéSeldoon : « Il a un style différent quand il signe Gary. Beaucoup plus dans l’autocommentaire dont parle François. »
Dans La vie devant soi il y a aussi des phrases très expressives comme celles qui sont relevé dans CUM. Par exemple des le premier paragraphe :
« La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilo qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive. Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c’était une femme qui aurait mérité un ascenseur. »
Sauf que dans la vie devant soi, Gary fait s’exprimer un ado de 14 ans mais qui pense en avoir 10. Il y a effectivement tout un tas de phrase qui ressemblent un peu à des aphorismes un peu grande généralité sur la vie qu’on publie parfois sur les réseaux sociaux comme ça isolé du paragraphe, phrase dont j’était friand plus jeune, mais dans ce livre elles sont parfois assez drôle car il comprend parfois les choses de travers. Par exemple celle ci : « Elle était si triste qu’on ne voyait même pas qu’elle était moche »
Puis il continue le paragraphe à la suite de cette phrase : « Je lui ai mis les bras autour du cou et je l’ai embrassée. On disait dans la rue que c’était une femme sans coeur et c’est vrai qu’il n’y avait personne pour s’en occuper. Elle avait tenu le coup sans coeur pendant soixante cinq ans et il y avait des moments où il fallait lui pardonner. »
C’est vrais que comme dit plus haut on y croit pas vraiment que ce soit des phrases d’un enfant ado de 14 ans mais durant ma lecture ça ne m’a pas tant gêné. J’ai aussi le souvenir durant ma lecture à l’époque d’avoir pensé au Voyage au bout de la nuit de Céline.
En revanche je ne suis pas sur de comprendre pourquoi ce genre de phrase serait forcement autoritaire.-
Seldoon
InvitéC’est le seul Ajar que j’ai lu mais oui il y avait pas mal de ponts. D’ailleurs certains à l’époque avaient deviné qu’il s’agissait de Gary.
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Samuel_Belkekett
InvitéJe signale aux utilisateurs de ce forum qu’un topic POURQUOI ROMAIN GARY ? existe déjà. Je ne comprends pas pourquoi vos commentaires sur ce légendaire écrivain n’y figure pas.
Je signale également qu’il n’est pas sûr du tout qu’Emile Ajar soit Romain Gary.
L’enquête policière a trouvé des indices qui laissent penser à un tout autre scénario. Gary s’étant tiré une balle dans la bouche de bas en haut, du palais vers le crâne, son visage n’était pas identifiable. Après enquête d’un détective privé engagé par le neveu de Gary, les conclusions du détective sont les suivantes ; Émile Ajar existe bien mais agoraphobe et paranoïaque ne voulait jamais se montrer. Gary ne pouvant plus écrire une ligne était maladivement jaloux d’Ajar. Conclusion, Gary assassine Ajar, puis fait passer le cadavre d’Ajar pour lui-même dans son propre appartement, récoltant les fruits de la gloire des œuvres d’Ajar. Le detective ayant trouvé cette note dans un calepin de Gary : Tout ce qu’écrit Ajar j’aurais pu l’écrire moi-même si j’avais 10 ans de moins.
Selon le détective décédé en 2010, Gary aurait été vu 2 fois. Une fois aux Seychelles, puis à Belize en 1992 et en 1999. En 92 en compagnie d’une jeune seychelloise, en 99 en compagnie d’une jeune actrice franco-israélienne.
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Balthazar
InvitéLu à l’adolescence, j’avais plutôt aimé à l’époque, je crois surtout la fin. J’avais enchaîné avec la promesse de l’aube que j’ai détesté, et j’ai lâché l’affaire Gary depuis
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Charles
InvitéQuelqu’un a lu La grande méthode de Louisa Yousfi? Ça vaut quoi?
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François Bégaudeau
Maître des clésBibi a lu
Et cherche des interocuteurs non-campistes pour échanger dessus.-
Charles
InvitéEt en attendant que tu échanges avec des interlocuteurs de qualité, le recommandes-tu?
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Schnoups
InvitéC’est le suspens. Je viens te soutenir Charles.
François, le livre de Yousfi, tu recommandes ?-
François Bégaudeau
Maître des clésje recommanderais plutot Fuites de Etienne Bretin, ou Doucement, de Mathieu Frou
et bientot le Dalie Farah, qui est un grand livre – et qui, moins militant, est beaucoup plus honnete que le Yousfi
mais La grande méthode est une très bonne matière à penser
à penser contre et parfois pour-
Schnoups
InvitéPas de panique, Fuites aura bientôt le privilège de côtoyer mon blaireau.
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Tony
InvitéEt chez moi il va bientôt côtoyer ma collection de tee shirt Rocky.
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Charles
InvitéMerci Schnoups ton soutien a été décisif. Tu pourrais être mon sparring partner.
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Schnoups
InvitéDes qu’il te répond pas j’interviens.
Ça va chier.
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Dr Xavier
InvitéSuis dedans, vers la fin. Pour La Fabrique, c’est ce qui se rapproche le plus d’un roman autobio (même plus que les livres de Quintane). Le fil directeur est la mort du père de la narratrice et son enterrement au bled. Le livre est cousu de courts chapitres, chacun ayant une personnalité très différente : le premier chapitre se compose d’un dialogue entre un maître/sage et un (son ?) disciple, sur l’importance des prénoms pour les enfants, un autre n’est que du pur dialogue, un autre assez drôle pastiche les annonces faites dans les avions au moment du décollage. Tout au long du récit Yousfi se demande ce que signifie se construire une identité, un mythe, un récit, comment ça s’ecrit, comment ça se transmet, mais ce n’est pas du tout un texte analytique froid avec moult références (il y en a quasiment aucune et aucune note de bas de page). C’est évidemment très situé sur la condition des musulmans, l’Islam, les arabes plus vraiment arabes et pas vraiment français. Beaucoup de passages à citer, j’ai pas le livre sous la main, je vais retrouver ça.
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Dr Xavier
InvitéEn attendant Nadeau, on peut ne pas être d’accord avec les critiques, mais toujours sur le pont pour citer longuement : Décoloniser l’esprit
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Schnoups
InvitéDoc, tu le décris, très bien, mais est ce que tu as aimé?
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Dr Xavier
InvitéDans l’ensemble plutôt, il y a de beaux passages, j’écris une bafouille bientôt si je peux.
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Guixols
InvitéDes gens ici ont-ils lu le dernier Chagrin d’un chant inachevé de François-Henri Désérable ?
C’est un roman de voyage où l’auteur part sur les traces d’Ernesto Guevara, alors étudiant en médecine, qui sillonné l’Amérique latine. Au fil de ce voyage initiatique, le futur Che, encore jeune bourgeois, se prend en plein dans le bide la misère des populations indiennes du continent et cette expérience va nourrir sa conscience politique, on connaît la suite. Et donc FHD va suivre les carnets de voyage de Guevara et de son compagnon de voyage et refaire leur itinéraire, c’est un fil conducteur assez discret, les apparitions du Che sont très ponctuelles, même un peu trop pour moi qui me suis pris de passion pour le personnage.
J’ai trouvé le livre très agréable à lire et en écoutant une critique sur France Culture, j’ai entendu dire que FHD avait un style de droite. Autant un style un peu mytho j’aurais compris tant il est difficile de croire que son périple ait été ponctué d’autant de rencontres et d’anecdotes aussi folles, dangereuses et bariolées (et dans ma bouche mytho n’est pas une critique négative pour un romancier). J’ai l’impression que FHD n’est pas du tout narcissique et qu’il fait de ce voyage non pas une expérience égotique mais un moment d’ouverture aux autres, sans jamais sombrer dans le misérabilisme
Si certains d’entre vous l’ont lu, celui-là ou ses autres romans dans la même veine, je serais curieux d’avoir votre avis sur ce fameux style de droite.
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MA
InvitéMe rappelle avoir ecoute cette emission sur l’influence de Pierre Michon sur FHD.
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/etcetera/etcetera-du-samedi-24-mai-2025-5093227-
MA
InvitéJe n’ai lu ni l’un ni l’autre
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François Bégaudeau
Maître des clésj’avais lu son livre sur… Gary
qui de fait célébrait la falsification
ce serait peut etre déjà ça le « stye de droite » : toujours préférer le romanesque à la justesse
cela dit je crois que FHD, qui ne porte pas ce prénom tout à fait impunément, a du talent
c’est un gros fan de Michon, il en reprend (ou mime) certains accents-
Samuel_Belkekett
Invité« ce serait peut etre déjà ça le « stye de droite » : toujours préférer le romanesque à la justesse »
C’est boomerang comme affirmation. Je te mets au défi de développer une telle affirmation.
Il y a des styles de droite qui se veulent juste et quasi scientifique de de Maistre à Bainville en passant par Taine et Maurras, tandis que la gauche romanesque il y en a à foison. D’autant qu’on trouve aisément du romanesque assez juste. Non ? -
Guixols
InvitéMerci, ok alors si c’est ça un « style de droite », je crois qu’on en tient un sacré.
C’est d’ailleurs dit plusieurs fois dans le bouquin, sous différentes formes. Il y a cette idée que quand la légende dépasse la réalité, elle finit par devenir la réalité. Au diable la justesse.
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Je te rejoins, FHD a quand même un sacré talent.-
Guixols
InvitéEt de toute façon tu as toujours raison ! Tu es notre prophète à tous
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François Bégaudeau
Maître des clésje crois que c’est le mot exact
tu fais preuve là d’une grande justesse
tu es définitivement de gauche
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Balthazar
InvitéJ’avais lu son livre sur Galois (Evariste), qui va tout à fait dans ce sens. Il annonce dès le début qu’il n’a rien compris aux travaux de Galois (on l’en excuse aisément) et qu’il n’est pas capable d’estimer son apport aux mathématiques, mais dresse un portrait dithyrambique de son génie en filant tout au long du livre la métaphore avec Rimbaud (dont Galois serait le jumeau mathématique), sans véritable raison. De toute évidence c’est le mythe Galois et sa mort romanesque qui l’intéresse. Style flamboyant nonobstant, mais qui m’a personnellement vite lassé
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..Graindorge
InvitéSi tu t’es pris de passion pour Ernesto Guevara, tu peux le rencontrer dans ses lettres
Nuevo libro: Je t’embrasse avec toute ma ferveur révolutionnaire : lettres 1947-1967 – Redial & Ceisal https://share.google/47Vj9vBPbTEwLfOQV
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stephanie
InvitéQuelqu’un.e a lu le dernier livre de Jérôme Ferrarri ? Très brève théorie de l’enfer
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François Bégaudeau
Maître des cléspas encore mais c’est prévu
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netflou
InvitéJ’hésite. Le dernier en date, Nord Sentinelle, m’a moyennement convaincu.
Tu l’as lu ?
M’a donné le sentiment que Ferrari s’épuise ou est épuisé : motif corse repris encore sans être renouvelé, à la limite du rabâchage, et style qui tourne en rond, avec un recours systématique à l’hyperbole pour créer une exagération humoristique ou appuyer l’idée. Signe ultime de petite forme : c’est moins drôle.
Ça reste toujours intéressant, notamment dans la radicalité de certaines hypothèses : le tourisme n’est pas autre chose qu’une relation coloniale qui, si l’on prend le temps d’en détailler les modalités pratiques, avilit autant l’autochtone que l’étranger — peut-être même davantage l’autochtone qui, face à la volonté farouche de l’étranger de rester étranger, surjoue l’autochtonie au point de devenir étranger à ce qu’il était, si tant est qu’il ait jamais su qui il était (con qu’il est).-
François Bégaudeau
Maître des clésnon, pas lu celui là
j’ai un peu laché le dossier depuis la lecture de Comme une image, qui m’avait laissé perplexe-
netflou
InvitéMes souvenirs de lecture d’À son image ont complètement été occultés par le film. On est quand même habitué à ce qu’une adaptation amenuise la puissance d’une œuvre mais avec Deperreti c’est le contraire, principalement parce que l’Antonia de Deperreti est mille fois plus intéressante que celle de Ferrari. C’est quand même un sacré tour de force qu’un personnage gagne en profondeur dans le passage du texte au film. La disparition du surplomb explicatif du narrateur Ferrari y est pour beaucoup.
Au passage, l’Antonia de Deperreti ressemble furieusement à ton Steve : demeurer toujours un peu à côté de son existence, avoir des tocades qui contiennent et persistent (la muco, la photo), avoir le besoin de s’appuyer sur un tiers plus vivant (le mec, le frère), partir à la guerre pour des mobiles opaques et en revenir aussi incertain.-
netflou
InvitéD’ailleurs le traitement de la guerre est très proche entre ton roman et son film. On a que des échos et des gens qui attendent.
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MA
InvitéViens de le terminer après l’avoir laissé de côté. Assez déçu de ce petit livre, pénible à lire je trouve.
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François Bégaudeau
Maître des clésoui le rapprochement ne me parait pas saugrenu
ce n’est pas pour rien que j’ai été tellement saisi par les scènes de guerre du film
Antonia est juste un peu plus « consciente » que Steve (ne serait ce qu’en tant que photographe)
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Charles
InvitéSur le livre Louisa Yousfi, la critique d’un journaliste de Mediapart (oulala gauche blanche! mais non le critique est arabe, ouf!) :
Louisa Yousfi : la grande narration conservatrice
« La Grande Méthode », nouveau livre de cette figure des Indigènes de la République, entérine la tendance réactionnaire – bigote, patriarcale et essentialisante – d’une petite fraction du camp décolonial, même si elle est formulée au nom des subalternes.Depuis sa parution, le 20 février 2025, La Grande Méthode (La Fabrique), second livre de la journaliste et militante décoloniale Louisa Yousfi – une « aventure métaphysique » se présentant comme une forme littéraire hybride, entre fiction, récit et manifeste –, rencontre une bonne réception critique. À raison : l’ouvrage déploie de réelles qualités littéraires.
Relatant l’histoire d’une famille issue de l’immigration postcoloniale qui entreprend un voyage vers l’Algérie afin d’inhumer le père dans sa terre natale, cette traversée funéraire saisit avec une grande sensibilité la question de l’héritage – matériel et immatériel – que les prolétaires maghrébins laissent à leurs enfants, ainsi que sa transmission, souvent inachevée.
Racontés avec une force particulière, les deux chapitres consacrés à la veillée mortuaire et à l’enterrement illustrent ce qui est à la fois intime et universel dans La Grande Méthode : l’arrivée du corps à la maison familiale de Blida et la conjuration du silence qui règne autour du cercueil durant une nuit entière ; la mise au tombeau, l’acceptation de la mort et l’ouverture d’un nouveau cycle de vie.
Structuré autour de l’Algérie, le livre aurait pu – notamment pour convaincre le lectorat algérien – circonscrire son propos à cette expérience, qui happe le lecteur par sa profondeur humaine. Mais, regrettablement, le reste des chapitres, fortement imprégnés d’une religiosité qui lit l’histoire en termes de pureté et de souillure, organise le monde autour d’un partage artificiel entre « Orient » et « Occident », entre « croyants » et « incroyants ».
Dans Rester barbare (La Fabrique, 2022), essai à la fois littéraire et politique consacré au rap et à la culture urbaine des « Indigènes », l’autrice parvient à formuler une thèse stimulante. Le « barbare » – dont elle se veut le porte-voix – n’est pas un être radicalement étranger à « l’Empire », mais « le produit de cette civilisation », qui « témoigne d’une mutation non programmée, non encodée du processus civilisateur ».
Se situant « devant la civilisation », cette figure met à nu les mensonges « républicains » sur l’intégration, ainsi que les accusations paranoïdes d’« ensauvagement » de la société et le « processus de décivilisation » censément à l’œuvre dans « les territoires conquis de l’islamisme ».
Critiquant les stratégies du discours assimilationiste, qui exhorte les « barbares » à abandonner tout ce qui les relie à leur histoire familiale et à prouver quotidiennement leur allégeance à la République, le livre bute toutefois sur une forme d’obsession du retour à une « nature » – la « barbarie » – que « la civilisation occidentale » aurait mise à mal. Du renversement nécessaire et légitime du stigmate on glisse ainsi vers l’invention d’un autre stigmate : résister aux assauts de la droite dure et extrême en mobilisant des attributs « barbares » puisés dans le masculinisme de certaines références du rap, Booba et PNL au premier chef.
Reprenant, sur une voie spirituelle, le paradigme décolonial et les schémas essentialistes de sa première publication, qui trace une ligne de démarcation entre « Beaufs » des bourgs et « Barbares » des tours, ce nouveau livre tente de penser l’émancipation du « peuple des Indigènes de la République » à partir d’une méthode envisageant l’appartenance de manière exclusivement théologique et ritualiste. « Même si tu n’y crois pas. Même si tu doutes. Les gestes valent par ce qu’ils convoquent, pas par ce qu’ils prouvent. Recommence à jeûner, à faire don, à purifier. La foi se cache dans les gestes que tu fais sans y penser. »
Orientalisme inversé
Si Rester barbare intègre, de façon contestable, Kateb Yacine, l’auteur de Nedjma (Seuil, 1956) – athée décomplexé, laïque revendiqué et internationaliste impénitent – dans un récit qu’il a toujours combattu, celui de l’authenticité identitaire et de la pureté religieuse, La Grande Méthode opère un déplacement différent. En affirmant que « la transcendance et les imaginaires sacrés habitent intrinsèquement les vies ordinaires des subalternes », l’ouvrage embarque, sans leur demander leur autorisation, l’ensemble des personnes liées à la culture islamique dans un nouveau voyage décolonial en Orient.Pour qui possède une connaissance, même sommaire, des courants de la pensée arabe, la lecture d’un tel essai fait penser au concept d’« orientalisme inversé » proposé par Sadik Jalal al-Azm dans un opuscule publié à Beyrouth en 1981, puis traduit en français dans le recueil Ces interdits qui nous hantent. Islam, censure, orientalisme (Parenthèses/MMSH/IFPO, 2008).
Ce concept ne désignait pas toute critique de l’orientalisme, mais une critique qui, tout en dénonçant les catégories orientalistes classiques, en reconduit les schèmes essentialistes en inversant simplement leur valence : à l’Orient passif et irrationnel se substituerait un Orient porteur d’une singularité spirituelle et d’une substantialité culturelle traversant, sans altération, les aires géographiques et les périodes historiques.
La réfutation de la césure imaginaire entre « Orient » et « Occident » avancée par Sadik Jalal al-Azm demeure aujourd’hui utile pour contester l’existence de « mondes invisibles » dont les « secrets » seraient inaccessibles à des êtres limités comme les « Blancs ».
Partant de la croyance en l’existence d’un « gène » de l’islam, l’être algérien est dépeint dans La Grande Méthode comme un homo islamicus dépourvu d’agentivité. Il ne vit pas dans une société en mouvement, traversée par des antagonismes sociaux et des luttes politiques sévèrement réprimées, mais dans une « cosmologie » radicalement autre. Enterrer les morts sans la présence des femmes (« nous les sœurs interdites de cimetière : on assiste depuis la maison, accrochées à l’écran. On désobéit et on obéit à la fois ») serait ainsi l’horizon du peuple algérien aux yeux de Louisa Yousfi.
Les Algériennes et les Franco-Algériennes devraient respecter les « équilibres » locaux et ne pas se conformer aux critères du « féminisme libéral » qui les inciterait à investir les cimetières. Lors de la soirée de lancement de La Grande Méthode sur le média décolonial Paroles d’honneur, l’animatrice de l’émission et l’essayiste Houria Bouteldja ont vivement salué le fait de laisser, dans la scène de l’enterrement, les femmes à « leur » place : à la maison, pas au cimetière, avec les hommes. Sans nul doute, elles partageraient l’avis de Bouabdellah Ghlamallah, haut dignitaire algérien qui déclarait en mai 2021 que « l’Algérien ne peut être que musulman ».
À cet égard, le peu d’intérêt accordé aux dynamiques sociales qui traversent aujourd’hui la société algérienne ne peut que heurter les Algériens et les Franco-Algériens ayant vécu de près l’idéologie des intégristes religieux et des nationaux-conservateurs locaux, qui ont fait de « leur » islam un dispositif répressif restreignant fortement les libertés citoyennes.
Humanités et cosmologies des « peuples indigènes »
Cet essentialisme explique les nombreuses extrapolations mystico-théosophiques du livre, qui masquent mal un vide théologique criant, celui d’une spiritualité conçue non comme une philosophie de vie, mais sur le mode du slogan. Le chapitre qui relate le passage par le consulat en offre une illustration nette.Pour la narratrice, la guichetière chauvine, dont l’existence serait vouée à empêcher « l’indignité des mondes » occidentaux « de contaminer [leur] temple sacré », possède le droit le plus absolu de traiter les binationaux de France d’« Algériens de papier ». Face aux « sous-merdes occidentales » qui menaceraient la « terre de [leurs] ancêtres martyrisés et des libérateurs de [leur] peuple », elle devient le Cerbère gardien de la pureté nationale et religieuse.
Veillant à ne pas se dissoudre dans le « rationalisme triomphant de notre temps », la narratrice adopte la posture de l’initiée pénétrant, par la force de la foi, les secrets d’une Algérie « demeurée intacte, figée hors du temps, fidèle à ses traditions et à ses règles ». Cette Algérie qui, servant « d’ancrage mythique », parlerait aux « purs » qui portent leur Dieu dans leur cœur.
Sur le plan politique, une telle matrice n’est pas sans conséquences. À l’assignation identitaire des Français musulmans s’ajoute un messianisme autour de la Palestine, illustré par la vision d’une masse humaine « en route pour la Palestine libérée » et d’une Jérusalem « vaste comme une mère qui attend depuis mille ans » disant à ses enfants « occidentés » : « Venez, les enfants de là-bas. Vous m’avez rêvée, désormais vous ne me rêvez pas. Je le jure au nom de Dieu, car Dieu est avec moi. »
Curieusement, cet imaginaire aux accents apocalyptiques prend peu en compte les mots – souvent exprimés en arabe – par lesquels les Palestinien·nes décrivent leur lutte contre l’entreprise coloniale. Dans les nouvelles de Ghassan Kanafani, dans les romans d’Adania Shibli, dans la poésie de Najwan Darwish, dans les récits de Nasser Abu Srour, dans les livres d’histoire de Walid et Rashid Khalidi, nulle trace d’un tel messianisme.
Quant aux écrits palestiniens publiés depuis le début du génocide à Gaza, on n’y trouve pas davantage d’exhortation à l’archange de la mort comme celle de Louisa Yousfi (« Ô Azraël, hâte-toi. Le ciel frémit sous mon agonie – bientôt il se refermera… »), mais des témoignages de dignité et de persévérance anticoloniale. Le poète Refaat Alareer, assassiné par l’État d’Israël dans la nuit du 7 au 8 décembre 2023 lors d’un bombardement sur un quartier gazaoui, témoignait simplement : « Si je dois mourir / Tu dois vivre / Pour raconter mon histoire… » Un énoncé comme « la Palestine est l’âme de nos âmes » lui serait totalement étranger.
Limites de l’inversion accusatoire
« Quand j’ai fini le bouquin, je me suis dit : les Blancs, mais qu’est-ce qu’ils vont comprendre ? Je n’ai pas du tout pensé à eux au moment de l’écriture du livre », avance Louisa Yousfi.Hanté par le péril de la « contagion blanche », La Grande Méthode apparaît comme un texte problématique en raison de l’anthropologie différentialiste qu’il développe : d’un côté, « l’esprit oriental » accéderait aux véritables savoirs ; de l’autre, « l’esprit occidental » en serait irrémédiablement privé.
Pour un Algérien ou un Arabe maîtrisant une part de l’héritage tant hellénistique que rationaliste de sa propre tradition, des énoncés tels que « L’islam n’est pas une religion du visible » ou « Les âmes [musulmanes] s’accordent autour d’un centre invisible » ne peuvent que scandaliser : ils reconduisent une représentation farouchement occidentaliste de l’islam, présenté comme le vecteur d’une « barrière invisible » immunisant les « bons croyants » contre une culture française supposée corruptrice.
Reste alors un paradoxe. Si l’essai avance l’existence d’une science typiquement « islamique », accessible aux seuls musulmans en langue arabe ou persane, et accuse la République de falsifier l’âme de ses « Indigènes » par les « morsures » de l’intégration, peut-il réellement s’en émanciper tout en mobilisant des savoirs – tels Le Cantique des oiseaux d’Attar ou L’Archange empourpré de Sohravardî – transmis par des traductions savantes réalisées par des orientalistes européens ?
« La Grande Méthode » revient, en définitive, à reprendre de manière inversée le schéma des discours d’extrême droite de Boualem Sansal ou de Kamel Daoud.
Sohravardî lui-même, dans l’introduction de Kitâb Hikmat al-Ishrâq (Le Livre de la sagesse orientale), inscrivait pourtant ses pas dans le sillon tracé par Socrate, Platon, Avicenne et les sages de Perse. Dès lors, qu’est-ce que La Grande Méthode ? Une inversion accusatoire esthétisée, une balade exotique dans les méandres d’une « science ailée », une grande narration conservatrice destinée à réenchanter le monde par la prière et les ablutions.
« Tu bâtis un mythe pour compenser un vide. Tu prends le silence de ton père pour une légende. Tu dresses un culte autour de rien. » Indéniablement, l’écriture fébrile de La Grande Méthode érige le récit de la mort et de l’enterrement d’un père, né « sujet français » et « non citoyen » dans l’Algérie française, en une épopée qui restitue leur dignité aux descendants des travailleurs étrangers.
Cependant, en dépit des nouvelles possibilités qu’il ouvre pour dire et penser la richesse des visages et des sensibilités qui composent la France d’aujourd’hui, le texte de Louisa Yousfi comporte deux écueils majeurs.
D’une part, le discours postulant l’incapacité herméneutique du « Blanc » à saisir le « secret » des « colonisés » imaginaires finit par s’apparenter à une forme de cloisonnement culturel, qui annule la possibilité même du débat et de la circulation des idées entre groupes sociaux.
D’autre part, en affirmant que l’émancipation consisterait en un retour à un islam identitaire, La Grande Méthode revient, en définitive, à reprendre de manière inversée le schéma des discours d’extrême droite de Boualem Sansal ou de Kamel Daoud, pour lesquels cette religion constituerait « le » péril majeur pour « la continuité historique de la France » : un « colonialisme arabo-islamo-turco-africain » qui envisagerait d’« avaler la République puis le reste du monde ».
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K. comme mon Code
Invité« Mais, regrettablement, le reste des chapitres, fortement imprégnés d’une religiosité qui lit l’histoire en termes de pureté et de souillure, organise le monde autour d’un partage artificiel entre « Orient » et « Occident », entre « croyants » et « incroyants ». »
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C’est faux. Je discutais la partie sur l’impiété croyante dans le topic cinéma, je questionnais le fait que ce soit une spécificité des immigrés « occidentés », mais le livre n’est pas dans une binarité croyants / incroyants ou Orient / Occident. Il tente justement de transcender ces frontières. Peut-être en construisant un contre-mythe à opposer au mythe mais l’oscillation entre différentes énonciations remet toujours en question l’autorité possible du texte. J’aurais dû mal à vous dire quelle est la grande méthode.
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Schnoups
InvitéTu pourrais bien être cet interlocuteur de qualité « non-campiste ». On avance.
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Charles
InvitéJe ne retrouve pas tes messages, tu les remettrais ici?
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I.G.Y.
Invité -
K. comme mon Code
InvitéYes. Je discutais un aspect discutable mais le livre ouvre justement le dialogue.
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On peut se demander si la catégorie d’impies croyants défendue comme un refuge d’une foi traquée, une clairière où celle-ci peut subsister malgré le déracinement, est vraiment une spécificité des descendants de l’immigration vivant en Occident ou tout simplement une spécificité occidentale. J’avoue ne pas savoir ; le fait est que si Louisa commence fermement son livre en rappelant l’importance de bien nommer ses enfants qu’elle parle pour celleux qui ne nommerait pas majoritairement bien leurs enfants – des journalistes, des personnalités médiatiques. Il est écrit d’emblée : « toi qui souffres mes paroles même lorsqu’elles sont portées par d’injustes sentiments », ce qui permet de s’interroger sur l’origine de ces injustes sentiments. La culpabilité, je dirais. On se redresse soi-même. On s’auto-engueule. On oublie qu’on s’adresse à un petit cercle sans se rendre compte que la consigne n’a pas besoin d’être énoncée aussi durement : on appelle encore majoritairement ses enfants Mohamed. Jamel Debbouze ne lira pas La grande méthode.
La plupart des maghrébins que je fréquente sont très croyants et l’absence de dignité par rapport aux ancêtres n’est pas une question car ils ne se sentent tout simplement pas indignes. Moi, je ne crois pas au dogme musulman, mais je ne suis pas certain que mon impiété croyante vienne de là, en soit la trace. La grande méthode évoque comment les croyants formalistes peuvent être moins avancés que l’infidèle ; c’est une manière dans le livre de se rassurer sur sa foi faiblissante d’habitant de l’Occident mais aussi une vérité : on voit souvent le vide spirituel des religieux les plus bêtement dogmatiques. En tout cas, je crois que l’impiété croyante qui est la mienne vient en grande partie des œuvres d’art majoritairement occidentales, je ne serais donc pas surpris qu’elle circule librement. (Je rajoute aussi que l’islam séduit des blancs, il n’y a donc pas dissolution de l’islam en une impiété croyante à cause de l’immigration, il y a juste l’islam. La grande méthode oscille entre le dépassement du mythe du déracinement et l’instauration de nouveaux mythes pour le palier. Cette oscillation fait néanmoins une partie de l’intérêt du livre.)-
Dr Xavier
InvitéJe suis en train de rédiger une petite critique, mais il y a un truc qui me fait bondir au plafond dans la critique de Faris Lounis postée par Charles.
Ce texte dit : « Pour la narratrice, la guichetière chauvine, dont l’existence serait vouée à empêcher « l’indignité des mondes » occidentaux « de contaminer [leur] temple sacré », possède le droit le plus absolu de traiter les binationaux de France d’« Algériens de papier ». Face aux « sous-merdes occidentales » qui menaceraient la « terre de [leurs] ancêtres martyrisés et des libérateurs de [leur] peuple », elle devient le Cerbère gardien de la pureté nationale et religieuse. »
D’abord 1. en relisant le chapitre concerné il est impossible de savoir si c’est un ou une guichetière et surtout 2. il n’est nulle part écrit dans ce chapitre, et j’en suis quasiment sûr, nulle part écrit dans le livre « sous-merdes occidentales », une telle expression m’aurait marquée. Quelqu’un pour confirmer ? Si c’est bien le cas c’est énorme faute éthique de Lounis. Je suis d’autant plus suspect que ce « sous-merdes occidentales », LY le dit bien… dans une interview sur France Culture. J’ai des vapeurs, a-t-il seulement lu ce livre sur lequel il s’essuie les pieds ?-
K. comme mon Code
InvitéCe n’est pas écrit dans le livre. Le texte de Mediapart est une attaque médiatique.
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Samuel_Belkekett
InvitéMais enfin « sous merde occidentale » est un pléonasme. L’auteure a-t-elle besoin de le préciser à ceux qui n’auraient pas compris ? Le critique lui n’ignore pas ce point, c’est juste qu’il n’aime pas y penser.
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Charles
InvitéCe genre de manœuvre apparaît en effet rédhibitoire.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe ne trouve pas qu’on prenne jusqu’ici le livre de LY par le bout le plus simple et le plus clair (K je suis désolé mais je ne t’ai pas compris – peut etre suis je trop blanc)
Je rejoins cependant la critique de Mediapart sur son point constant quoique non formulé : c’est un livre idéaliste tendance essentialiste.
Sa poétique est clairement à aller chercher dans une emphase théatrale dont on trouvera la matrice dans le plus pur théatre occidental, quoique méditerranéen : la tragédie grecque
Stylistiquement j’ai, à quelques trivialités bienvenues près, souvent pensé à Laurent Gaudé.
Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle.-
Samuel_Belkekett
Invité« c’est un livre idéaliste tendance essentialiste. »
Quand on confond essence et « maintient de la dialectique » c’est qu’on a un problème d’idéalisme. -
Schnoups
InvitéIntéressant.
J’ai écouté son passage chez Wissam où pendant une heure ils refont son parcours, elle n’a pas été étudiante en Lettres, ce que je pensais aussi mais en philosophie, aimant trop la littérature pour décortiquer sans fin les livres en cours. Et étant dit-elle très attirée par les questions métaphysiques. Amour de la littérature très jeune par contre, prenant les lectures livrées par l’école et elle dévore Flaubert et Balzac.
En lisant ses présentations de livres et auteurs chez Hors Série avant de lire Rester Barbares m’avait frappée l’impression de lire mon ancienne directrice de Labo de recherche qui était de la branche littéraire (qui était très douée). J’avais donc fait des recherches et constaté qu’effectivement elle a longtemps écrit dans une revue universitaire, Sciences Humaines, et ça se sent. ça n’empêche en rien Rester Barbares d’être brillant. Alors, elle dit qu’elle a longtemps mis derrière elle ce parcours universitaire (philo) et qu’aujourd’hui, j’imagine notamment avec ce livre, elle renoue avec.
« Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle. »
Comment ça se traduit ?-
François Bégaudeau
Maître des clésUne langue de théatre, notamment
Mais de théatre classique, voire antique.
Ici l’adresse domine, le vocatif, l’incantation. Et le lexique afférent
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K. comme mon Code
Invité« Louisa veut gommer avec rage l’étudiante en lettres assimilée qu’elle fut, et dans sa langue je n’entends qu’elle. »
C’est la contradiction que je pointais du doigt. Il y a une manière de gronder l’autre dans le premier chapitre sur les bien nommés / se gronder dans les chapitres au consulat etc qui débouche sur un imaginaire de la consolation réservés aux descendants d’immigrés intellectuels souffrant de culpabilité. Le livre parvient à me convaincre dans sa trajectoire, on finit sur une conversations non idéaliste – il s’agit d’écrire un communiqué politique mais son contenu n’est pas l’intérêt du chapitre, le dialogue vaut pour le dialogue – et un bel hommage à l’amitié : sa place. Ça annonce à mon avis des textes futurs plus apaisés.-
Samuel_Belkekett
Invité« Ça annonce à mon avis des textes futurs plus apaisés. »
Ça pour annoncer ça annonce. D’ailleurs j’en ai longuement parlé avec le professeur Marchall et son équipe, et Marchall lui voit au contraire une métaphysique du barbare s’élever dans un surplomb qui dans une dialectique sans cesse renouvelée verrait une adversité divisée en colombes et en faucons. Les colombes symbolisant le vampirisme intégrationiste et faucons les hostiles revendiqués. Mais ce n’est que l’avis du professeur Marchall.
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monami
InvitéC’est bien dans le livre, à en croire l’extrait disponible sur le site de la fabrique. Et y a bel et bien un s à merdes
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François Bégaudeau
Maître des clésoui il me semblait me souvenir aussi
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Dr Xavier
InvitéMerci, je ne faisais donc pas référence au bon chapitre, je retire.
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I.G.Y
InvitéÉcouté l’interview sur France Culture. Le nombre d’occurrences chez LY des mots « récit » et « grand récit » n’est battu que par celui de « peuple » dans l’extrait audio de Césaire — le tout en à peine deux minutes, spectaculaire. Mon histoire personnelle est si différente de la sienne que je me garderai bien de trop juger. On sent chez elle que s’invite dans le besoin d’historicité le besoin de mythologie — ce qui rejoint peut-être le style tragédie classique, elle fait d’ailleurs elle-même référence au Cerbère (au guichet de l’ambassade; j’enjambe la question du genre de la personne en charge).
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I.G.Y
Invité(consulat et pas ambassade. Et la question du genre est tranchée par LY dans l’interview, j’ai réécouté : « la dame du consulat ». Fier d’avoir résolu cette question majeure)
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Dr Xavier
InvitéOui, dame du consulat est bien plus loin dans le texte.
Lourde humiliation du Paris FCCC (Paris Fondamentalisme Club de la Citation et de la Contrepèterie)-
I.G.Y
InvitéBernard hésite à racheter. Car de temps Bernard, lui aussi, aime rire. Mais j’imagine que le PFCCC n’est pas à vendre.
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François Bégaudeau
Maître des clésOui un Cerbère, avec un grand C
et la narratrice est interpellée par un Maitre, avec un grand M
la grande Méthode (je n’ai pas compris non plus ce que c’est), c’est peut etre avant tout ca : faire de la littérature en lettres majuscules
(ce qui n’est pas exactement mon programme) -
Schnoups
Invité« la grande Méthode (je n’ai pas compris non plus ce que c’est) »
Il ne serait pas ironique ce titre ?
L’aspect incantatoire est certainement à rattacher à son expérience de militante. Elle trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’assister à la naissance collective d’un mot d’ordre militant (dans un collectif comme le leur évidemment, visionnaire et porté sur une sorte d’avant garde avant l’heure, avant l’heure de l’heure exacte de l’heure – faut pas abuser de leurs vidéos c’est très lassant à force), naissance d’un nouveau mot d’ordre équivalent de la naissance d’un organe vivant. Elle semble vouloir rendre sensible la foi de sa génération, cachée mais présente. Toucher le cacher, toucher le sacré et le titre apparait comme une caricature d’un rationalisme qui serait le propre de l’Occident. -
Youmtasoeur
InvitéLe titre pourrait peut-être apparaître comme un clin d’oeil au magnum opus d’Edgar Morin La Méthode, je crois que LY a dirigé un ouvrage sur ce sociologue.
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Claire N
Invitéce qui rejoint peut-être le style tragédie classique«
Ok vous m’avez convaincu
J’y vais-
Schnoups
InvitéJ’achèterai pas moi.
Mais si tu me scannes tout le livre sur ton temps libre entre 23h et 2h du mat’ je t’enverrai un puzzle d’une photo de mon blaireau à recomposer.-
Claire N
InvitéC’est une transaction équitable
Si tu me donnes ton mail
On peut débuter la semaine prochaine
Ce sera long et journalier-
Schnoups
InvitéJ’embêterai ma bibli avant de te prendre 8 heures.
C’est gentil, tu auras ton puzzle.
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cinema
Invité« On sent chez elle que s’invite dans le besoin d’historicité le besoin de mythologie »J’ai écouté cet interview sur FranceCul que j’ai trouvé étonnement très intéressante. Elle a tout le loisir de parler, ce qui est assez rare dans ces médias.
Le besoin de mythologie, je ne vois pas trop. A moins qu’on y trouve d’autres exemples dans son livre(que je n’ai pas encore lu). Je pense que les agents qui sont à l’accueil de ces établissements de toute puissance et de protection spéciale, en France comme à l’étranger, on peut allègrement les nommés cerbères, dragons… Devant l’ambassade américaine à Bangkok, tu frimes pas.-
François Bégaudeau
Maître des clés« Le besoin de mythologie, je ne vois pas trop. A moins qu’on y trouve d’autres exemples dans son livre(que je n’ai pas encore lu) »
On te dit que le livre suinte de besoin de mythologie, et toi tu dis que tu ne vois pas trop alors que tu ne l’as pas lu. Bon
Sur les textes je dois etre très old-school. J’en fais un usage boomer qui consiste à les lire.-
cinema
InvitéJ’ai cru comprendre que ce commentaire était tiré de l’interview et non du livre.
Effectivement, drôle d’usage des livres. Un brin classique.-
I.G.Y.
InvitéCe commentaire est tiré de l’interview dans laquelle l’autrice parle explicitement et à plusieurs reprise de mythe et de mythologie (peut-être qu’écouter ladite interview pourrait servir). N’ayant pas lu le livre, il m’a semblé intéressant de constater que ce qui en était dit ici correspondait plutôt bien à la façon dont l’autrice elle-même, et non un commentaire de seconde main, présentait son travail (en longueur) et rapportait des passages littéraux de son propre livre.
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Charles
InvitéI.G.Y., Schnoups, cinema, passionnant tout ce que vous avez à dire sur un livre que vous n’avez pas lu
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Charles
InvitéUsurpation de pseudo, évidemment.
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Charles L.
InvitéCe qui est dit n’en reste pas moins vrais : les bégaudiennes sont expertes en commentaire de textes non lus. On pourrait à partir de ce forum écrire une véritable anthologie
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Clos Clos
InvitéBégaudettes plutôt?
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cinema
InvitéDonc, c’est bien ce que je dis et ce que j’avais compris, Si tu lis bien ce que j’écris, il me semble que j’ai écouté Yousfi sur FC, IGY.
N’ayant pas lu le livre, j’arrête d’en parler car cela devient un tantinet ridicule. -
Charles L.
InvitéSage décision. Il faut admettre que Schnoups vous surpasse allègrement.
» L’aspect incantatoire est certainement à rattacher à son expérience de militante. Elle trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’assister à la naissance collective d’un mot d’ordre militant (dans un collectif comme le leur évidemment, visionnaire et porté sur une sorte d’avant garde avant l’heure, avant l’heure de l’heure exacte de l’heure – faut pas abuser de leurs vidéos c’est très lassant à force), naissance d’un nouveau mot d’ordre équivalent de la naissance d’un organe vivant. Elle semble vouloir rendre sensible la foi de sa génération, cachée mais présente. Toucher le cacher, toucher le sacré et le titre apparait comme une caricature d’un rationalisme qui serait le propre de l’Occident. » On tient là un chef d’œuvre assurément -
Schnoups
InvitéMerci.
Je lirai, je lirai.
Mon retour sera assurément un triple chef d’oeuvre.
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le roi de la bagnole
InvitéRousseau restera le plus grand écrivain, surtout pour son code de la route. Un visionnaire le gars.
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Samuel_Belkekett
InvitéC’est durant ses rêveries d’un promeneur solitaire qu’il a commencé à concevoir le code de la route. En déambulant, dans l’imagination du un et du multiple, du singulier et du pluriel, du sujet collectif, comment circuler ? Comment avancer ensemble et en même temps. Sans trop se bousculer. Tu comprends ? Comment se soumettre à un principe pour le bien de tous, par la discipline et par le sens. La solution est dans le code. C’est toujours par le code qu’émerge le sens. Rousseau l’a compris avant tout le monde. Grâce à la route.
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Alex
InvitéLu La Pornographie, mon premier roman de Gombrowicz, certainement pas le dernier. Quelque chose, finalement, comme une réfutation du nihilisme : quand on aime la vie, quand on la désire, la question du sens est problème résolu. J’ai tout aimé de ce livre : qu’il se passe pendant la Seconde Guerre mondiale, en plein milieu du conflit (Pologne), en l’abordant à peine, ou pour ne servir que son seul « sujet » – la jeunesse, le désir. L’ami du narrateur qui s’appelle Frédéric : au vu de la philosophie déployée là, ça ne peut être un hasard. La légèreté, la cruauté, le rire (car on rit) contre la lourdeur de la morale, de la guerre, de ce Gombrowicz appelle le monde des hommes, oui. La pornographie comme éthique.
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Quelques passages :
« L’église n’était plus un église. L’espace y avait fait irruption mais un espace cosmique déjà noir, et cela ne se passait même plus sur terre, ou plutôt la terre se transforma en une planète suspendue dans le vide de l’univers, le cosmos fit sentir sa présence toute proche, nous étions en plein dedans. Au point que la lumière vacillante des cierges et même la lumière du jour, qui nous parvenait à travers les vitraux, devinrent noires comme de l’encre. Nous n’étions donc plus à l’église, ni dans ce village, ni sur la terre, mais – conformément à la réalité, oui, conformément à la vérité – quelque part dans le cosmos, suspendus avec nos cierges et notre lumière et c’est là-bas, dans l’espace infini, que nous manigancions ces choses étranges avec nous et entre nous, semblables à des singes qui grimaceraient dans le vide. C’était là un jeu bien particulier, quelque part dans les galaxies, une provocation humaine dans les ténèbres, l’exécution de curieux mouvements et d’étranges grimaces dans le vide. Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
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« Je monte, Frédéric à ma suite, nous partons. La route ensablée sous la lumière du ciel sombre, des deux côtés de la route les tâches noires des arbres ou des arbustes, nous traversons le village de Brzustowa, des planches blanchies à la chaux et l’aboiement d’un chien… curieux cet aboiement… devant moi le dos du cocher… curieux ce dos… et à côté de moi cet homme qui silencieusement, poliment m’accompagne. Le sol invisible berçait ou secouait la calèche, les trous d’ombre et les ténèbres épaissies parmi les arbres nous bouchaient la vue. Je demandai au cocher, pour entendre le son de ma propre voix. »
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« Il était innocent ! Il était innocent ! Une naïveté tout innocente rayonnait de lui ! Je regardai notre couple. Ils souriaient. Comme toujours, les jeunes, quand ils ne savent trop comment se sortir d’un mauvais pas. Et l’espace d’une seconde, tous les quatre, nous avons souri. »-
Samuel_Belkekett
InvitéExcellent Gombrowicz. A lire absolument : Ferdydurke.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe dois redire ici qu’il serait profitable à tout le monde de ne pas entrer en interlocution, de quelque manière, avec Samuel Belkekett, ou avec un de ses 45 pseudos, facilement identifiables (des posts sur tout, souvent bavards et ineptes), et bénéficiant d’un soutien artificiel patent
Merci de faire ce petit effort. Comme pour les toilettes sèches.-
Claire N
InvitéEt dans le formidable dédale de langue
Je comprends enfin pourquoi
Aussi
Cosmos est le nom d’une fleur
Merci Alexandre
Le choix du dernier passage
Après celui là est parfait -
..Graindorge
InvitéPas de souci. Ce monsieur qui rabâche toujours être nouveau ici, donc ne connaître personne puis dit que tout le monde se moque de Graindorge… qu’il prétend connaître. comment fait-on pour ne connaître personne ET tout le monde? Ce n’est pas une question
Poussière dans l’univers, vers de terre, terre de pommes, paumé Tom, tomme de chèvre, chèvrefeuille, feuille de saule, saule pleureur, heure d’été, été où, où suis-je, je joue là, là là, là, la je dors, l’âge d’or? Dormons bien, bien sur ce, bonne nuit-
Samuel_Belkekett
InvitéMais je suis le seul à percevoir ta sensibilité à fleur de peau. Les autres n’ont qu’un souci qu’on peut résumer par le souci de soi.
Moi je ressens bien ta sensibilité artistique, ta poésie et ce besoin irrépressible de prouver que tu existes. Je ne pretends nullement te connaître, mais que veux-tu, tu es la seule avec qui je vibre à l’unisson.
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François Bégaudeau
Maître des clésPassage dans l’église que je mentionnas dans Comme une Mule, au début des pages sur la littérature,
« Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
Ici c’est un programme littéraire qui se dit – analogue, mais oui, n’ayons pas peur, à celui que porte la première phrase de Désertion.
Le mot cosmos y est titre du dernier roman de Gombro, qui est un doublon de La pornographie, en mieux.-
François Bégaudeau
Maître des clésmentionnais
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Samuel_Belkekett
InvitéGombro ça fait cool, ça fait familier c’est bat. On voit de suite à qui on a affaire.
Y a aussi Pinchy pour Pynchon et quiqui pour Quignard. Mais n’oublions pas Mimi pour Michon et surtout bébé pour Bégaudeau.-
Samuel_Belkekett
Invité« Cette noyade dans l’espace s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret, nous étions dans le cosmos, mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné, de déterminé dans les moindres détails. »
Moi je veux bien que les auteurs ce citent eux-mêmes, déjà c’est louche.
Alors examinons ça…
« Cette noyade dans l’espace » ; on se croirait au lycée en seconde.
« s’accompagnait pourtant d’une extraordinaire résurgence du concret » ; C’est même plus ampoulé, c’est carrément boursouflé.
« nous étions dans le cosmos » ; Espace, cosmos, pourquoi pas infini ou vertige en suppléments ?
« mais comme quelque chose d’irrémédiablement donné » ; Fallait surtout penser à irrémédiablement, des fois qu’on trouverais ça pas assez chargé.
« de déterminé dans les moindres détails » Ho vingt dieux ! Le grand scrutateur sait tout. Tout.-
Stan The Man
InvitéHéhé
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Alex
InvitéIl me semblait que j’avais déjà lu ces lignes quelque part.
Tout et rien dans ce « cosmos », ça me plait. Il sera donc le prochain sur la liste.
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Dr Xavier
InvitéSur La Grande Méthode, quelques réflexions de mon côté. Je n’ai pas été sensible aux aspects religieux du livre ; sans doute que la foi m’est une catégorie trop étrangère, et je n’ai aucun bagage théorique. Cet aspect est surtout concentré dans les chapitres sur un dialogue entre le Maître et son disciple (je dis « son » car curieusement le Maître le désigne comme « son ami » sans ‘e’ alors qu’on pourrait imaginer que c’est LY). Ce sont les chapitres qui se rapprochent sans doute le plus du style de Laurent Gaudé. Je prêche ici des convaincus car nul ne remet en question la puissance de LG, sauf quelques grincheux ici, rejoints par le disciple lui-même qui – une seule fois hélas – se laisse aller à l’insolence : « De grâce, Maître, vous savez que je résiste à ces récits simples et symboliques. »
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Ce qui m’a plus touché sont les interrogations insolubles de LY concernant l’identité, la tradition, la parole transmise, le couple fidélité/trahison à ce qu’on est, aux nôtres, à nos racines et à nos ancêtres. Selon votre tempérament, mettre tous les guillemets de circonstance et sourcils froncés sur ma phrase qui tente de refléter sa pensée – en bon matérialiste on peut lever les yeux au ciel sur ce qui paraît comme des notions dents-creuses, mais on ne peut pas nier que ça la travaille.
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En ce sens LGM est dans la pleine continuité de ce passage sur la frontière et la trahison de Rester barbare : « Le jeu est vicié. Plus on tente de prouver notre humanité, plus on fait grandir le soupçon. (…) Tout faire péter. Saboter la frontière. Celle visible tout comme l’invisible; celle qui sépare à l’intérieur de l’Empire les enfants légitimes des sales gosses que nous sommes, enfantés en catastrophe. Car il ne suffit pas de franchir la frontière pour l’abolir. Qui ose croire encore à cette mythologie ? Nous, première, deuxième et énième génération, toute la bande des « naturalisés », des droit-du-solistes, des doubles passeports, des déchéançables de nationalité, le savons trop bien : franchir leur frontière sans la détruire, c’est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d’autres barbares, fabriqués pour l’occasion. (…) Voilà, on a trahi. Ce sont les lois de ce monde. L’essence d’une frontière, c’est la possibilité de la trahison. »
Dans LGM : « Parce qu’un traître, ça suppose une structure qui le rend possible. Ça sous-entend qu’il y existe un « nous » et un « eux » et une frontière au milieu. Tout l’enjeu du traître, c’est de franchir cette frontière en faisant croire qu’elle n’existe pas. La trahison, ce n’est pas seulement de passer la frontière mais de la nier après coup. C’est renier le pacte fondamental, si ancien, si profondément inscrit dans les gestes, les silences, et les habitudes du groupe, qu’il n’a jamais eu besoin d’être formulé. (…) Un traître, ce n’est pas quelqu’un qui part. C’est quelqu’un qui part et qui fait comme s’il n’avait jamais été là. Quelqu’un qui efface le pacte, puis se retourne contre ceux qui l’ont porté. »
Mais aussi (là c’est LY qui fait parler la voix du consulat) : « De quoi croyez-vous que je protège les frontières ? (…) Je suis la gardienne d’un pacte. Je suis la mémoire active de ceux que vous avez trahis en silence. »
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Prise dans ses interrogations, LY s’appuie sur des scènes quotidiennes pour y inscrire ses propres interrogations, chaque scène étant l’occasion d’un court chapitre de vie quotidienne. On pourrait craindre une succession de tableaux à la Martine-fait-ceci-cela, mais c’est sauvé par la forme très différente à chaque fois.
– Ainsi LY au consulat fait parler la guichetière, et permet de poser dès le début le décès de son père et le besoin de le faire enterrer en Algérie : « Vous demandez un passeport d’urgence. Motif: décès du père. Rapatriement du corps en Algérie. Retour à la terre natale. Je prends note. (…) Vous arrivez sans rendez-vous, en urgence, avec une voix tremblante, des papiers froissés, des mots mal articulés, et l’espoir que nous dérogions, que nous comprenions, que nous accélérions. »
– LY au repas familial : « Maman demande qui en veut encore. On parle là, tu ne vois pas? Pourtant, sans le plat de maman, personne ne viendrait ici pour parler. Ce n’est pas qu’on aime particulièrement ce plat, ni qu’on ne puisse pas en trouver ailleurs, c’est seulement que maman qui en propose à tout le monde avant de s’autoriser à manger elle-même, c’est la plus belle chose qui soit. C’est pour sauver cette plus belle chose qui soit qu’on doit parler sérieusement. L’heure est très grave. Ce n’est pas le moment d’en reprendre de ton plat, sinon on risque de le voir disparaître lui aussi, tu comprends maman, est-ce que tu comprends? Laisse-nous nous concentrer. Arrête d’aller et venir de la cuisine au salon, du salon à la cuisine, arrête de nous interrompre. On dirait que tu ne penses qu’à la bouffe. »
– LY à bord du vol Air Algérie AH1021, détourne les annonces de Hajar la cheffe de cabine, un des meilleurs passages du livre où LY interroge son propre besoin de mythologie : « Pendant le décollage, nous vous demandons d’attacher votre ceinture, de redresser votre siège ainsi que votre menton. (…) Il est temps pour nous de porter à votre connaissance que notre avion vient d’atteindre son altitude de croisière. Vous pouvez désormais décrocher vos ceintures et en profiter pour nous faire part de la raison pour laquelle cette traversée ne vous semble pas mériter le nom de ‘traversée’ tant elle contrevient à toutes les caractéristiques requises, que ce soit sur le plan scientifique ou littéraire. Nous nous faisons un plaisir de vous rappeler qu’une traversée est définie par le fait de parcourir un espace ou un territoire d’une extrémité à l’autre, à l’issue d’un déplacement physique de votre corps et potentiellement de l’âme qui s’y abrite. par une multitude de récits qui, dans l’inconscient collectif, confèrent à la notion une dimension épique relative aux épreuves encourues pour parvenir d’un bout à l’autre. Traverser un désert sous un soleil de plomb ou naviguer en pleine tempête sur une mer déchaînée sont ainsi des formes de traversée communément classées parmi les plus nobles, en cela qu’elles donnent lieu à un périple initiatique pour celui qui s’y livre. (…) Dans la mythologie antique, les livres saints ou la culture populaire, il vous semble probablement avoir aperçu plus admirable encore: un fils portant le corps de son père, sans cercueil, sur son dos ou dans ses bras à la manière d’un nourrisson, dans des conditions d’extrême hostilité, sans boussole aucune, si ce n’est la foi inébranlable de s’acquitter de sa mission sur terre. Sachez néanmoins qu’il serait malvenu de vous plaindre des bons soins de nos services qui vous épargnent un tel effort, malgré votre sentiment, de plus en plus difficile à contenir, que cette manière de procéder n’est pas à la hauteur du père que Dieu a eu la générosité de vous accorder dans cette vie. »
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Je pourrais citer d’autres passages, LY enfant au cours d’arabe, LY en réunion de collectif militant (pur dialogue sans vraiment savoir qui parle), LY avec le chauffeur de taxi-brousse (« Toi, tu vas derrière avec Madame. Lui, devant. Et toi, tu restes derrière aussi. Voilà. Lui, il monte sur les genoux. Les tiens ou les siens. Comme ça, tout le monde rentre. »), beaucoup de passage ingénieux et de trouvailles littéraires qui permettent de tourner autour de ses interrogations.
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Hélas, les petits bonheurs de lecture dans le livre ne sont pas tenus tout du long, pour cause de trop de lumière et trop d’ombre.
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Trop de lumière, le besoin de dire et redire son programme de faire-littérature (« Parce que le soleil brûle les yeux, maman, qu’on ne peut pas le regarder en face, qu’il faut tenter sous d’autres angles, avec des outils fabriqués exprès. » ; « La grande méthode est une science du récit. Elle ne produit pas des vérités mais construit les conditions de leur transmission. Une manière d’assurer la permanence du sens à travers la fragilité des formes »), et une tentation à l’hyperbole et à la sur-explication qui désamorce ses propres trouvailles. Un exemple, le texte du consulat a des défauts mais en soi tenait bien la route, pourquoi lui adjoindre une explication de texte ? (ce « gardienne d’un pacte » déjà cité plus haut, ou encore « Et ce qu’elle a dit la dame, au consulat tu sais, la connasse oui, qu’on était des sous-merdes occidentales, eh bien on était content qu’elle l’ait dit. ») Un autre exemple, à la veillée funéraire, un ancien ami de son père qui l’a trahi et volé se pointe, par mécanisme LY lui serre la main, moment passionnant, pourquoi le saborder avec de la géopolitique de lycée ? (« Au lieu de ça, on a improvisé. Mal. Ma mère, avec sa bise. Mes sœurs en faisant pareil. Et moi, j’ai tendu la main. J’ai cru faire moins. C’était plus. Une poignée de main, c’est un pacte. C’est les accords d’Oslo. C’est Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Une bise, c’est de la politesse. »)
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Trop d’ombre, on aimerait que LY fasse un vrai point sur son parcours d’assimilée : hypokhâgne à Lille, études de philosophie à Nice, école de journalisme à Bordeaux, on connaît la sourde tristesse de s’éloigner de l’univers familial (« Le prix à payer pour les enfants de l’immigration souhaitant réussir, c’est de nier une partie d’eux-même » dit-elle) ; on aimerait en savoir plus sur comment elle vit son intégration (intervieweuse dans Hors-Série, deux livres à La Fabrique, pensionnaire de la Villa Médicis puis résidente de la Villa Valmont) qui n’a rien de déshonorant mais mériterait d’être creusé. S’y épanouit-elle ? Est-elle si tiraillée que cela ? On pourrait être tenté de faire un parallèle avec Edouard Louis sur cette obscurité de la réussite sociale.
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Mais peut-être que ces questions d’assimilation réussie sentent trop le souffre pour elle, et gare à qui – elle la première – voudrait être trop curieux et s’approcher du trou : « Je veille mon père comme on monterait la garde autour d’un mystère. (…) Et s’il me faut, plus tard, écrire, raconter, alors je garderai, au centre du texte, un trou. Je tournerai autour de lui, en construisant des phrases comme des cloisons. Je baliserai la zone. Je tiendrai la ligne. Je serai la sentinelle. Je n’écrirai pas pour transmettre. Je n’écrirai pas pour partager. Je n’écrirai pas pour réparer. Je n’écrirai même pas pour comprendre. J’écrirai pour barrer l’accès aux démons, des plus vulgaires aux plus sophistiqués, et pour tenir en joue quiconque s’approcherait de trop près. »
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Schnoups
InvitéOui, merci pour le retour et les extraits.
J’aime particulièrement celui avec sa mère.-
François Bégaudeau
Maître des clésL’édifice de LY ne peut tenir que par l’abstraction. Avec pour murs porteurs des catégories génériques comme la trahison. Elle ne peut donc pas être concrète. Mettre entre parenthèses le mot « trahison » pour simplement RACONTER son réel parcours, c’est à dire disséminer les grands mots (comme trahir) dans une suite de situations. Elle dit etre du coté du récit, elle ne l’est pas du tout, du tout. Elle demeure dans l’essai – tous les textes sont des discours. Et encore une fois, si forme littéraire ici, ce serait celle d’un certain théatre – un théatre qui déclame et ne raconte pas.
Sur le fond : pas d’émancipation sans « trahison » (moi je mets des guillemets). Etre contre la trahison c’est etre contre l’émancipation. Ca tombe bien, LY est contre, elle se reproche son émancipation (qu’elle appelle donc trahison). En cela elle est strictement en accord avec Chantal Delsol-
Dany
Invitéc’est sûr que c’est mieux « la petite méthode » de Mediapart : ne jamais parler des décoloniaux sauf pour les présenter comme des sauvages
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François Bégaudeau
Maître des clésquelle riche réponse, littéraire, textuelle, nourrie
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Dany
InvitéIl s’agit d’un copié-collé du commentaire de ton pote Dany Caligula, qui se présente lui-même comme un amoureux du verbe
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François Bégaudeau
Maître des cléspour l’instant l’intéret pour la littérature de cet « amoureux du verbe », qui n’est pas un pote sinon pote ne signifie plus rien, ne m’a pas frappé
et de toute façon je ne vois pas ce que cette citation vient faire là-
Dr Xavier
InvitéJ’entends (si ce n’est que je ne connais rien de Delsol).
Appréciant Gaudé – et Vargas pour ne pas améliorer mon affaire – pas étonnant que je ne sois pas insensible au style LGM.
Voire pas insensible à cet affect – affect droitier ? – d’appartenance à une communauté.
J’aime cette idée qu’il n’y ait pas émancipation sans ‘trahison’, en tous cas sans pas de côté. Peut-être que ce que LGM veut toucher du doigt c’est le coût du pas de côté, pour soi et pour sa communauté-minoritaire d’origine, qui perd un membre dans sa lutte (mettre encore les guillemets de circonstances, difficile de trouver les mots et énoncés adéquats).
Au moins le mérite du bouquin est de se faire poser des questions. Pour poursuivre – et m’en tirer par une autre citation – on pourrait demander à LY les questions de Sébastien Charbonnier. Si la conclusion de LGM c’est de se recentrer sur la tradition pour faire bloc et être visible, alors : « 272. La libération, comme mouvement dans l’Histoire, est une aspiration à la reconnaissance par les ordres de pouvoir : cela consiste à se rendre visible dans l’espace public – que ce soit par des conquêtes légales, des victoires juridiques, des évolutions de mœurs, etc. La vigilance consiste alors à ne pas perdre de vue: pour qui le fait-on ? avec qui ? pour devenir qui ? pour effectuer quoi ? » (Pouvoir et Puissance, italique dans le texte) -
Dany
InvitéJe te conseilles vraiment de passer plus te temps sur Twitter : c’est vraiment là que se déplie la pensée de colonial. Là que se sa langue se forge
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Dany
InvitéDécoloniale*
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Dany
InvitéPetit florilège (par les militants-poète de PDH) :
« Bientôt, on parlera de «la preuve par Edwy Plenel» Le nouveau livre de @LouYou62 n’est rien de ce que cette critique décrit La grande méthode d’Edwy, c’est d’être malhonnête et attaquer indignement la théorie décoloniale avec ses copains les «sionistes de gauche» »
» La petite bourgeoisie culturelle, groupe social dont Mediapart est l’expression, est particulièrement détestable. Elle organise toujours méticuleusement son innocence avec des alibis progressistes pour mieux te tirer dans le dos quand elle l’a décidée.
»» Ok colon (sale fdp) »
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Samuel_Belkekett
InvitéLe problème est : si on ramène la pensée décoloniale à PDH et Louisa Yousfi, on risque fort de passer à côté de bien d’autres choses. Par exemple est-ce que Amer Meziane est décolonial, quoi que soit la réponse il est impératif de lire « Des empires sous la terre » peut-être l’avez vous lu ? Si ce n’est pas le cas alors plutôt que vous précipitez sur la grande méthode vous devriez plutôt vous intéressez à ce livre. Je suis plus dubitatif sur son second mais ça vaut le coup aussi. Aussi, la représentante du décolonial latino américain en France est une péruvienne du nom de Lissell Quiroz. Bref Bien d’autres noms à découvrir.
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Mao
InvitéÇa me fait penser à la distinction entre le traitre et le tricheur chez Deleuze.
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Dr Xavier
InvitéMerci pour l’ouverture, j’ai mis le passage en question de Dialogues ici (si c’est bien à ça que tu fais référence).
Ça irait contre LGM, dans ce texte c’est la célébration de la trahison (« Il y a toujours de la trahison dans une ligne de fuite. Pas tricher à la manière d’un homme d’ordre qui ménage son avenir, mais trahir à la façon d’un homme simple qui n’a plus de passé ni de futur. On trahit les puissances fixes qui veulent nous retenir, les puissances établies de la terre. »)
Je sais pas trop quoi penser mais que c’est érudit et bien écrit.-
Mao
InvitéOui, je pensais à ça précisément. A mettre en perspective avec le concept de déterritorialisaition et de reterritorialisation. Il en est également question dans ce cours inédit publié sur France Culture.
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Ema
Invitépas d’émancipation sans « trahison »
Oui bien vu, au fond.
Mais il me semble que de toute manière il y a anguille sous roche avec l’expression du sentiment de trahison du transfuge, de classe ou de race. Une anguille du même ordre que celle du syndrome de l’imposteur. On a bien affaire à du récit, à la réécriture grandiloquente de quelque chose moins avouable. Mais sans doite LY explore-elle quand même l’ambivalence de son rapport à l’assimilation ?-
kakaka
InvitéIntéressant ce commentaire de non lecture.
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Ema
InvitéOui tu as raison, je m’arrêterai là je pense. C’était la réflexion sur la notion de trahison, a priori quand même bien présente dans LGM, qui m’inspirait, mais je déborde sans doute.
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François Bégaudeau
Maître des clésCe mot n’est pas sérieux, en l’espèce
J’ai déjà dit que pour moi il n’y a pas « trahison des élites », dans la mesure où les élites ne se sont jamais engagés à rien (si ce n’est dans leurs discours de boutiquiers électoraux, ou de séminaires de management)
Rigoureusement parlant, on ne trahit quelque chose que dans la mesure où on y déroge alors qu’on y a prêté allégeance.
On ne prete pas allégeance à une famille – puisqu’on s’y retrouve sans avoir rien demandé. On ne prete pas allégeance à une communauté – puisqu’on s’y retrouve sans avoir rien demandé. Je ne trahis donc pas ma famille quand je prends mes distances avec ses moeurs, son idéologie latente, ses rites.
Par ailleurs, comme la notion de désertion, une trahison donnée est sujette à interprétations très antagoniques selon le point de vue. Par exemple je suis sur que LY apprécie hautement que des israeliens trahissent la famille sioniste à laquelle ils appartiennent de fait. Apprécie grandement qu’un enfant de juif orthodoxe messianiste et colon se retourne contre son père et prenne les armes coté palestinien.
A moins que non, et qu’elle lui en veuille de rompre avec la tradition. Auquel cas la seule issue est la guerre à mort entre les deux camps, comme il est de coutume entre tribus.-
kakaka
InvitéQui est LGM ? À trop raccourcir les mots, vous devenez abscons.
Très bien de remettre un brin de structure dans ce Barnum.-
François Bégaudeau
Maître des clésC’est vrai que c’est compliqué de savoir ce que LGM recouvre dans une discussion consacrée depuis 20 posts au livre La grande méthode.
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François Bégaudeau
Maître des clés» Mais sans doite LY explore-elle quand même l’ambivalence de son rapport à l’assimilation ? »
Aucunement
Pas d’ambivalence dans ce livre sous autorité d’un Maitre
Elle s’afflige de tous les péchés sans ambivalence. -
Samuel_Belkekett
Invité« Ambivalence » L’esprit Belkekettien finit-il par laisser des traces ?
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uc
InvitéOn sait ça si on est vissé sur ton espace. La vie se trouve ailleurs mon cher begaudeau
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Ludovic Bourgeois
InvitéTrop generique-general
Explique à tes camarades
Comment, concrètement,
Tu es pénétrée par cette question.
Avec des détails.-
kakaka
InvitéLe racisme ordinaire inconscient a encore de beaux jours devant lui.
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Dr Xavier
InvitéÀ supposer que tu es nouveau et pas un énième pseudo destiné à troller, il n’y a rien d’inconscient dans le racisme de Ludovic Bourgeois.
Plutôt que de mordre Ema, donne-nous donc ton avis sur LGM.-
Docteur psychorigide Xav
InvitéTu débarques avec un hors-sujet, tu fais ton analyse, et derrière tu l’interpelles… C’est quoi le but exactement ? Tu veux nous prouver un truc ?
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Ludovic Bourgeois
InvitéC’est sûr
Mais en fait moi je pense l’inverse de Begaudeau
C’est parce que Y’a volonté de transgression de tribus
De domination
Qu’il y a guerres entre tribus
La barrière raciste c’est la paix-
Ludovic Bourgeois
InvitéLe Mythe de l’Iliade
Part de là
La meuf qui trahit sa tribu
Et qui entraîne la guerre
__
Rome contre les Sabins
Etc etc
__-
Ludovic Bourgeois
InvitéIl faut pointer
La perversité
Des universalistes -
uc
InvitéEt la tienne de perversite par là même occas
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uc
InvitéEt la tienne de perversite par là même occas.
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Ema
InvitéMerci Xavier, c’a quand même l’air très intéressant. J’aime bien notamment le passage que tu cites « franchir leur frontière sans la détruire, c’est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d’autres barbares, fabriqués pour l’occasion. » je n’y avais tout bonnement jamais pensé, mais trop bien s’assimiler c’est effectivement rendre la tâche encore plus difficiles aux prochains arrivants. Pour le coup c’est très concret, trés tangible, bien plus que la notion de trahison aux ancêtres qui me semble plus abstraite, nébuleuse, en tout cas strictement affective (sans compter hyperbolique, mais inutile de revenir la dessus)
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Ostros
InvitéLa sentinelle qu’on ne relève jamais, nouveau livre de Dalie Farah sort jeudi 02 avril
On peut d’ores et déjà lire quelques lignes sur la page fb de François :
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Quand les douleurs s’arrêtent, j’embrasserais les pieds fourchus du diable
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Je porte un pull col V et un sous-pull, on est en hiver certes, mais le col est là aussi pour dissimuler les bleus autour de mon cou (traces des doigts maternels ou paternels, qui m’ont étranglée la veille – sans me tuer)
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Qui n’a pas été violent avec moi?
Et qui pouvait ne pas l’être?
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Je pense à ma naissance, j’ai désobéi à ma mère : j’ai survécu.
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Me voilà officiellement en demande d’embarquement sur la nef des fous et j’ai pas du tout le pied marin.
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Je vais être considérée socialement comme une handicapée. Personne n’y croira, j’ai eu le prix de l’Héroïne Madame Figaro.
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Faudrait que je veille à demeurer une erreur statistique.
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Le Mektoub maternel ne te laisse pas partir comme ça, c’est comme la mafia et l’Education nationale
Il n’est pas erroné aujourd’hui de conclure que je suis idéale à violenter
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Qui veut rester sauve apprend à ajuster son masque pour se faire aimer des ogres comme des sorcières
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On m’informe que la ménopause augmentera mes symptômes, cela augure de jours passionnants où j’entendrai péter une mouche à 1 km
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Dans mon HLM, ne pas avoir l’air arabe occupe notre morning routine
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Depuis ses souvenirs d’Algérie française, ma mère sait d’expérience que l’Arabe au singulier, en parcours individuel, à plus de chances de survie sociale en France que les Arabes au pluriel
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Je n’idéalise pas mes morts, et les miens ils ne sont soldats de rien, résistants de rien, ils sont créatures coupables et innocentes, conscientes de leurs faiblesses et parfois fières de leur soumission
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L’arabité prolétaire a du être l’alibi de l’autisme et vice versa
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Je peux remercier cette enfance de coups, maintenant qu’elle est derrière moi, elle a fait de ma peau une paroi translucide dont la mémoire résiliente ne me défend pas mais me rappelle qu’on ne meurt pas d’avoir mal
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Envie de pester contre la loi du marché qui veut bien soigner, mais après avoir rendu malade
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Incroyable mais vrai, j’adore fermer ma gueule
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Je n’étais pas Antigone, un fou rire : j’étais autiste-
Claire N
InvitéMerci
« Me voilà officiellement en demande d’embarquement sur la nef des fous et j’ai pas du tout le pied marin »
toute la galère des préparations concrètes et administratives inhérentes aux voyages – levé – horaires- bagages – papiers
Impactés dans la « nef des fous « le truc intangible
J’aime beaucoup cette forme, je crois que je comprends quand c’est fait comme ça-
François Bégaudeau
Maître des clésattention, c’est pas du tout un livre fragmentaire, là c’est moi qui ai extrait ces phrases
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Schnoups
InvitéBon, celui-là j’achète
Elle est en plus une sorte d’autochtone voisine-
François Bégaudeau
Maître des clésla meilleur écrivaine auvergnate en activité, et de loin
j’en connais deux autres du coin qui ne lui arrivent pas à la cheville – et qui pourtant sont plus connues (enfin non, pas « pourtant »)
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..Graindorge
InvitéOui, tu dis bien que c’est « un petit florilège
personnel »« Envie de pester contre la loi du marché qui veut bien soigner, mais après avoir rendu malade »
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Youmtasoeur
InvitéYoum adressss son précieux salut aux schlagues.
J’ai mis du temps à entamer le dernier épisode de Mauvaise foi, eh vla ti pas que le père François (à 1:31:40 environ) énonce une idée reprise par Jouannais : « la vitalité esthétique se nécrose toujours un poil dans l’oeuvre en acte ». François cites les situationnistes, ne soyez pas avare de références, ça m’intéresse. Je voudrais aussi vous inviter à taper dans le livre d’Agamben : Création et Anarchie (dispo en PDF sur le net). Le vieux Agamben part d’un fait le terme « oeuvre » et tout ce qu’il recouvre lorsqu’il est complété par le génitif « d’art » (oeuvre d’art) a été délaissé au seul profit de spéculation, parfois fécondes, autour du concept d’art. Quelques extraits :
« Déjà en 1967, un jeune et brillant savant, Robert Klein, avait publié un court essai au titre éloquent : L’éclipse de l’œuvre d’art. Klein suggérait que les attaques des avant-gardes artistiques du XXe siècle n’étaient pas dirigées contre l’art, mais exclusivement contre son incarnation dans une œuvre, comme si l’art, mû par une curieuse impulsion autodestructrice, dévorait ce qui en avait toujours défini la consistance : l’œuvre elle-même »
« Si l’art se présente aujourd’hui comme une activité sans œuvre (…) cela n’a pu se produire que parce que l’être-œuvre de l’œuvre d’art est resté impensé. » – « (L’art contemporain comme retour sous une forme pathologique du refoulé œuvre) »
Il se propose de regarder plusieurs période historiques afin de montrer comme à évoluer la pensée de « l’oeuvre » : la Grèce antique au IVème s. av JC – situation de l’œuvre, situation de l’artiste :
« L’artiste, comme tout autre artisan, est classé parmi les technitai, c’est-à-dire parmi ceux qui, pratiquant une technique, produisent des choses. Son activité n’est donc jamais prise en compte comme telle, mais est toujours est seulement considérée du point de vue de l’œuvre produite. En témoigne avec évidence le fait, surprenant pour les historiens du droit, que le contrat qu’il signe avec celui qui lui passe commande ne mentionne jamais la quantité de travail nécessaire, mais seulement l’œuvre qu’il doit fournir. (…) Je crois que l’on devrait dire (…) qu’ils (les Grecs) ne distinguent pas le travail et l’activité productive de l’œuvre, parce que, à leurs yeux, l’activité productive réside dans l’œuvre et non dans l’artiste qui l’a produite » p12
Explique le fait que l’activité productive réside dans l’œuvre et non dans l’individu suant et ahanant grâce à un passage d’Aristote, livre théta, la Métaphysique :« (…) consacré au problème de la puissance (dynamis) et de l’acte (energeia). Le terme energeia est une invention d’Aristote, mais pour une oreille grecque, il est immédiatement intelligible (…) “œuvre, travail, activité“ se dit en grec ergon, et l’adjectif energos signifie alors que quelque chose est « en œuvre, en activité », au sens qu’il a atteint sa fin propre, l’opération à laquelle il est destiné. Curieusement, pour définir l’opposition entre puissance et actes, dynamis et energeia, Aristote recourt à un exemple tiré de la sphère que nous définirons comme artistique : Hermès, dit-il, est en puissance dans le morceau de bois, qui n’est pas encore sculpté, mais il est en œuvre dans la statue une fois sculptée. L’œuvre d’art appartient donc constitutivement à la sphère de l’energeia, qui, en outre, renvoie dans son nom même à un être-en-œuvre. »
« C’est ici que commence le passage qu’il m’importe de lire avec vous. La fin, le telos – écrit Aristote – est l’ergon, l’œuvre, et l’œuvre est energeia, opération et être-en-œuvre : en effet, le terme energeia dérive d’ergon et tend donc à l’accomplissement, à l’entelecheia (encore un terme forgé par Aristote : le fait de se posséder dans sa propre fin).
Il y a cependant des cas où la fin dernière se réalise complètement dans l’usage, comme dans la vue (opsis, la faculté de voir) et dans la vision (l’acte de voir, horasis), où il ne se produit rien d’autre que la vision ; il y a, en revanche, d’autres au cas où il se produit quelque chose d’autre, par exemple dans l’art de bâtir (oikodomikè) où, en dehors de l’acte de bâtir, on produit aussi la maison. Dans ce cas, l’acte de bâtir, l’oikodomesis, réside dans la chose bâti (…), il vient à l’être (gignetai, « s’engendre ») et est avec la maison. Autrement dit, dans tous les cas où, en plus de l’usage, est produit quelque chose d’autre, l’energeia réside dans la chose faite (en toi poioumenoi), comme l’acte de bâtir est dans la maison bâtie et l’acte de tisser dans le tissu. En revanche, lorsqu’il n’y a pas d’autre ergon, d’autres œuvres en dehors de l’energeia, l’être-en-œuvre, résidera dans les sujets eux-mêmes, comme la vision dans le voyant, la contemplation (…) dans celui qui contemple (…). »Conclusion : « Le problème n’était donc pas esthétique, mais métaphysique. » (p15) ; « l’artiste est un être qui à sa fin, son telos, hors de lui, dans l’œuvre. Il est donc un être constitutivement incomplet, qui ne possède jamais son telos, qui manque d’entelecheia. C’est pourquoi les Grecs considéraient les technites comme un banausos, terme qui désigne une personne de peu, presque indigne. » (p14-15)
« Si nous comparons cette conception de l’œuvre d’art à la nôtre, nous pouvons dire que ce qui nous sépare des Grecs c’est que, à un certain moment, par un lent processus dont nous pouvons faire coïncider le début avec la Renaissance, l’art est sorti de la sphère des activités qui ont leur energeia en dehors d’elles, dans une œuvre et s’est déplacé dans le domaine de ces activités qui, comme la connaissance ou la praxis, ont leur energeia, leur être-en-œuvre, en elles-mêmes. L’artiste n’est plus un banausos, voué à poursuivre son accomplissement hors de soi dans l’œuvre, mais, comme le théoricien, il revendique maintenant la maîtrise et la possession légitime de son activité créatrice. » (p17)
« (…) l’art ne réside pas dans l’œuvre, mais dans l’esprit de l’artiste, et plus précisément dans dans l’idée d’après laquelle il réalise son œuvre. La force de cette conception est qu’elle avait son modèle dans la création divine ». (p18)
« Mais ce que l’artiste a gagné d’un côté – l’indépendance par rapport à l’œuvre – vient pour ainsi dire à lui manquer de l’autre. » p18 – l’œuvre « (…) lui (l’artiste) devient en un certain sens accidentelle, se transforme en résidu en quelque sorte non nécessaire de son activité créatrice. »
Je vous passe un gros passage très intéressant mais un peu long sur le lien entre le concept d’ex opere operato dans le mouvement liturgique catholique du 20ème siècle, pour en arriver à la conclusion du premier chapitre, il faut, grâce à la connaissance du fait que l’artisan/artiste de la Grèce classique ne s’accomplissait que dans l’oeuvre (je fais très court, c’est plus puissant que ça) :
» abandonner l’idée qu’il y a quelque chose comme une activité humaine souveraine qui, par l’entremise d’un sujet, se réalise dans une œuvre ou dans une energeia qui tirent d’elle une valeur incomparable. (…) L’art n’est que le moyen où l’anonyme que nous appelons artiste, en se maintenant constamment en relation avec une pratique, tente de construire sa vie comme une forme de vie : la vie du peintre, du menuisier, de l’architecte, du contrebassiste où, comme en toute forme-de-vie, ce qui est en question n’est rien de moins que son bonheur. »
Cette conclusion se marie assez bien avec le paragraphe 24 des Condsidérations d’un inactuel, je vous y renvoie.
Le 2ème chapitre « Qu’est-ce que l’acte de création ? » utilise cette réflexion sur les travaux d’Aristote face à la phrase de Deleuze : l’oeuvre d’art est un acte de résistance contre notre société de contrôle. En relisant un passage de la Métaphysique, où Aristote défend face aux Mégariques affirmant que la puissance existe seulement dans l’acte l’idée que la puissance existe hors de l’acte – si la puissance n’existe qu’en acte comment peut-on dire qu’un architecte est toujours un architecte lorsqu’il ne conçoit pas de maisons ?) :« La puissance dont parle Aristote au livre IX de la Métaphysique et au livre II du De Anima n’est donc pas la puissance entendue en instance générique, sur laquelle nous disons qu’un enfant peut devenir architecte sculpteur, mais celle qui incombe à qui a déjà acquis l’art ou le savoir correspondants. Aristote appelle cette puissance hexis, du verbe echo (« avoir ») : l’habitus, c’est-à-dire la possession d’une capacité ou habileté.
Celui qui possède une puissance – celui qui en a l’habitus – peux aussi bien la mettre en acte que ne pas la mettre en acte. La puissance – c’est la thèse géniale d’Aristote – est donc définie essentiellement par la possibilité de son non-exercice. (…) Ce qui est donc en question, c’est le mode d’être de la puissance, qui existe dans la forme de l’hexis, de la maîtrise sur une privation. Il y a une forme, une présence de ce qui n’est pas un acte, et cette présence privative et la puissance. »« Dès lors que la puissance est définie par la possibilité de son non-exercice, il tire des conséquences sur la co-appartenance constitutive de la puissance et de l’impuissance. (…) “L’impuissance (adynamia), écrit-il, est une privation contraire à la puissance (dynamei). Toute puissance est impuissance du même et par rapport au même (…). Adynamia, impuissance, ne signifie pas ici absence de toute puissance, mais puissance de ne pas (passer à l’acte), dyanmis me energein“ (Métaphysique, 1046 a, 29-32). (…) Le vivant, qui existe selon le mode de la puissance, peu sa propre impuissance et c’est seulement de cette façon qu’il possède sa propre puissance. Il peut être et faire, parce qu’il reste en rapport avec son propre non-être et son propre non-faire. Dans la puissance, la sensation et consécutivement anesthésié, la pensée non pensée, l’œuvre désœuvrement. »
Donc :
« Si nous revenons maintenant à notre question sur l’acte de création, cela signifie qu’il ne peut en aucun cas être compris selon la représentation courante comme une simple transition de la puissance à l’acte. L’artiste n’est pas celui qui possède une puissance de créer, qui décide, un certain moment, on ne sait comment ni pourquoi, de réaliser de mettre en acte. (…)
Nous pouvons désormais comprendre différemment la relation entre création et résistance évoquée par Deuleuze. Il y a, dans tout acte de création, quelque chose qui résiste et s’oppose à l’expression. Résister, du latin sisto, signifie étymologiquement “arrêté, tenir l’arrêt“, ou “s’arrêter“. (…) La puissance est donc un être ambigu, qui veut non seulement une chose et son contraire, mais contient en elle-même une résistance intime autant qu’irréductible.
Si cela est vrai, nous devons alors considérer l’acte de création comme un champ de forces tendu entre puissance et impuissance, pouvoir de et pouvoir de ne pas agir et résister. L’homme peut avoir la maîtrise de sa puissance et n’y avoir accès qu’à travers son impuissance ; mais – et pour cette raison même – il n’y a pas, en vérité, de souveraineté sur la puissance, et être poète signifie ceci : être en proie à sa propre impuissance » (p36-37)Je vous laisse trouver les exemples littéraires et picturaux qu’il trouve pour démontrer que l’art moderne trouve sa puissance dans la mise en avant de cette lutte constitutive et assumée entre puissance-de et puissance-de-ne-pas. Je vous divulgache un peu cette beurrée ganache : un tableau de Titien et ses inscriptions, un tableau de Velazquez et des extraits de Kafka. Je trouve ces deux chapitres (qui sont en réalités des conférences qu’il a donné) extrêmement puissant en ce qu’il vienne essayer de réflechir une idée esthétique anarchiste en faisant acte de recherche archéologique au sens premier, revenir aux principes par l’histoire des représentations de l’oeuvre d’art au crible des périodes majeurs.
Pour ouïr dans la chair pleurer le diamant.
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Youmtasoeur
Invité« qu’il a données » – « en ce qu’ils viennent »…la fin de semaine est rude, j’ai presque travaillé deux heures…
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Dr Xavier
InvitéLa fin de semaine doit être encore plus compliquée pour moi parce que je n’ai à peu près rien compris mais tu as piqué ma curiosité, j’irai lire.
Il y a au moins une phrase que j’ai comprise : « En témoigne avec évidence le fait, surprenant pour les historiens du droit, que le contrat qu’il signe avec celui qui lui passe commande ne mentionne jamais la quantité de travail nécessaire, mais seulement l’œuvre qu’il doit fournir. » Et même là je comprends pas ce que ça a de surprenant ? On commande une statue, pas un nombre d’heure sur une statue ? À moins que ?-
Dr Xavier
InvitéMe dis pas que ça a un rapport avec le 1er avril…
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François Bégaudeau
Maître des clés« Si nous revenons maintenant à notre question sur l’acte de création, cela signifie qu’il ne peut en aucun cas être compris… »
Le genre de tournures qui me font soupirer (je parle de la forme)-
François Bégaudeau
Maître des cléscomment oser parler d’art en écrivant aussi lourd
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Youmtasoeur
InvitéQuand on est comme lui, un philosophe qui se veut de la pensée de la déconstruction, mais qui n’est pas de la trempe de Derrida…
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I.G.Y
InvitéCe ne sont pas des essais mais des textes de conférence (recueil de conférence de haute volée, par ailleurs).
La BSGACA (Brigade de Soutien à Giorgio Agamben sur le Chantier Autonome) veille au grain
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Samuel_Belkekett
Invité@Youmtasoeur
J’ai lu une partie de ton pavé, jusqu’à :
« Je vous passe un gros passage très intéressant mais un peu long sur le lien entre le concept d’ex opere operato dans le mouvement liturgique catholique du 20ème siècle, pour en arriver à la conclusion du premier chapitre »
Il y a déjà en terme de compréhension, quelques comparaisons intéressantes à faire et tout d’abord, la fameuse problématique de la mort de l’auteur. Avec Barthes et Foucault au premier plan. Ce que Foucault pointait c’était le mot œuvre mais pour désigner l’ensemble de la production artistique qui sera de fait, d’emblée identifié à l’artiste. Non pas œuvre d’art mais œuvres complètes type pléiade par exemple. Alors qu’il existe des discontinuités qui troublent cette unité de l’œuvre, si bien que chaque œuvre devrait être considérée dans sa singularité. Sans aller plus avant dans la mort de l’auteur et en revenir au texte et à ses références grecques qui n’est pas sans me faire penser à un lointain voyage en Inde où je m’étais passionné pour leurs peintures miniatures. Ces peintures miniatures sont faites sur du tissus comme sur du bois, remplies de détails et de couleurs, les dessins très précis représentent des thèmes de la mythologie hindoue. Bien que l’évidence artistique soit indiscutable, jamais on ne trouve plaquée la signature de l’artiste. Celle-ci apparaîtrait sacrilège et vanité. Tout étant question de technique et d’inspiration d’essence divine.
Quant à la modernité nous voilà reparti sur la notion de sujet, de subjectivité individuelle. C’est l’esprit de l’artiste qui fait proliférer le signe. L’esprit éclaire l’objet dans une dialectique sans fin qui appelle une dynamique entre continuité et discontinuité. Pour Barthes, Foucault et les structuralistes en général, c’est l’œuvre dans sa singularité et sa formalité qui doit concentrer le sujet et l’objet.
Si ça te parle cher Youmtasoeur je lirai la suite plus tard et dis-moi si tu veux un retour. Sinon je disserterai dans le plus grand silence.-
François Bégaudeau
Maître des clésTu vas disserter dans le vide, et en toute vacuité monologuante, car Youmtasoeur c’est toi même, c’est à dire un des 50 pseudos que tu utilises.
Je te le redemande : arrête de pourrir cet espace en t’en accaparant tout l’espace ou presque. Trouve un autre lieu pour soulager ta scribomanie augmentée d’IA. Merci.-
Youmtasoeur
InvitéI swear que je suis pas belkekette, je suis beaucoup trop sage et apprivoisé pour passer mon temps à troller des gens que tout m’invite à estimer. J’ai juste abusé du copier/coller et essayé de synthétiser une pensée bien prétentieuse et empotée (est-ce le passage par la traduction ? je ne parle pas l’italien et n’ai pas lu en langue originale ou bien le fait que ce soit la transcription d’une oralité bcp trop académique ? je ne sais pas).
Je vais faire simple : ce qui me plaît dans ces deux premiers chapitres est l’intuition selon laquelle la vraie puissance artistique est le dévoilement de la dialectique constitutive chez les artistes entre puissance de créer et impuissance de créer, entre pure inspiration/traversement par des forces vitales et canon artistique intériorisé et limitant. Sauf que l’argumentation est soutenue, de manière balourde je le reconnais, par des recherches en critique artistique au moment de l’émergence du ready-made, pendant la Renaissance, au IVème sicèle av jc en Grèce… etc.
Et les exemples qu’il trouve sont assez parlants, à mon avis : une Annonciation du Titien, Eglise de San Salvador, qui rompt avec la représentation habituelle des corps et des lumières dans ses autres tableaux. Deux annotations intéressantes essuient les pieds de ce bijou : « titianus fecit fecit » (au lieu du « titianus faciebat ») c’est à dire « Titien l’a fait et refait ». La ténèbre du tableau et la disposition spiralée des puttis azimuts s’accordent bien avec la formule « titianus fecit fecit » qui pourrait effectivement illustrer l’état « d’écartèlement » que subit l’artiste lors du processus de création. Il est écartelé entre puissance de faire et puissance de ne pas faire. Une deuxième inscription apparaît en bas du tableau : « ignis non comburens » qui vient de l’Ancien Testament, moment où Dieu apparaît à Moise au sein d’un buisson « brulant mais ne se consumant pas » (la beauté de l’épiphanie). Selon Agamben cette autre inscription (au-delà de faire référence à l’immaculée conception) serait une façon imagée d’évoquer ce processus de création partagée entre envie de donner forme aux forces qui nous traversent de manière brute et restriction opposée par le canon représentatif du médium artistique auquel on appartient.
Il cite ensuite un passage de Joséphine la cantatrice où la souris Joséphine explique ne pas savoir comment elle arrive à produire de tels chants car elle ne sait à peine siffler, alors que toutes les souris sifflent parfaitement. Elle est dépassée par la vie et les puissances qui l’infusent et rencontrent un corps idoine à la réalisation du beau. Grosso merdo, Agamben refuse de croire que l’oeuvre d’art n’est que la transmission magique d’une subjectivité exceptionnelle sur un médium artistique. C’est une manière moins libérale de penser la création artistique, une manière différente de celle qui consiste à transposer le modèle de la création démiurgique à la création artistique. Mais avant de formuler cette pensée il définit, avec cuistrerie peut être, la notion de puissance et puissance-de-ne-pas chez Aristote.
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Samuel_Belkekett
Invité@Youmtasoeur
En effet en relisant les autres parties de ton post initial on retrouve ces dilemmes puissance/impuissance, inspiration/traversement de la création. On retrouve assez bien Schopenhaeur qui a dû se nourrir de ses réflexions dans son important : Le monde comme volonté et comme representation. Quoi que chez lui l’art est abnégation de la volonté.
Agamben me semble picorer à tous les râteliers de la philosophie, après il me semble bien qu’il y a du bon. J’ai lu il y a un moment un truc de lui sur le nu dans l’art qui m’avait semblé intéressant mais qui en définitive ne m’a laissé aucun souvenir. Probablement que son style assez aride et fouillis y est pour quelque chose.
Après cette tension qu’éprouve l’artiste, concentre ce qui caractérise ce que les occidentaux ont inventé à savoir l’histoire de l’art. Ce que les sociétés traditionnelles ne connaissent pas. Or nous sommes en un moment où le renouvellement des formes semble être le point d’achoppement de nos cultures. Les événements ne se bousculent pas pour faire histoire. Umberto Eco dit que le postmoderne ne sont que les moments creux de notre histoire. Tous ces moments à divers époque où nous avons avons recyclé les anciennes formes pour en faire du neuf tel le néo classique ou classicisme par exemple et ceci en attendant les périodes de renouvellement culturel plus intense. Il est évident que cela doit coûter aux artistes que de recycler des formes anciennes de façon si explicite. Deleuze avait une image pareille à Eco avec l’archer qui tire une flèche en l’air, au plus haut c’est la période riche, puis la flèche retombe et c’est la période pauvre jusqu’à ce que la flèche soit relancée. On peut aussi rétorquer à Eco et Deleuze que nous sommes installés dans une période creuse pour un temps indéfini.
Maintenant, « il y a, dans tout acte de création, quelque chose qui résiste et s’oppose à l’expression. Résister. » Et « considérer l’acte de création comme un champ de forces tendu entre puissance et impuissance, pouvoir de et pouvoir de ne pas agir et résister. »
Est Effectivement un accès à la métaphysique dans ce qu’il y a de plus subversif mais aussi, un aspect en voie de disparition, de désintégration. Il faut être sensible à la présence et à l’absence pour qu’un équilibre soit viable, or à une époque de pure présence, de pure visibilité, d’absence de tout secret, dans une toute puissance positive ou le négatif est expurgé quelle alternative à la résistance ? Une pensée qui demande une juste distance avec les choses, une autre tension, la sagesse de l’inactuel qui explore le temps.-
Zorglub
Invité« … avec l’archer qui tire une flèche en l’air, au plus haut c’est la période riche, puis la flèche retombe et c’est la période pauvre jusqu’à ce que la flèche soit relancée… »
C’est un emprunt à Nietzsche il me semble, non?
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K. comme mon Code
InvitéJe suis en train de lire DJ, portrait de l’artiste en animale nocturne d’Anne Garréta où l’on trouve cette anecdote sur Echenoz :
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« Invité d’honneur à un dîner mensuel de l’Oulipo qui a lieu chez moi, Jean Echenoz soudain au dessert se met à raconter qu’il se souvient parfaitement de moi, de m’avoir vue vingt-cinq ans auparavant au Katmandou alors que j’étais DJ et qu’il avait atterri là par hasard à la remorque d’on ne sait plus qui, et demeure ému de s’être retrouvé parmi tant de femmes. Stupeur de l’Oulipo. »
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François Bégaudeau
Maître des cléspas compris l’anecdote
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K. comme mon Code
InvitéL’anecdote, c’est Echenoz qui se souvient encore des années plus tard à un dîner de l’Oulipo de s’être retrouvé dans une discothèque réservée aux femmes – principalement lesbiennes – où Garréta exerçait en tant que DJ, d’où le « ému de s’être retrouvé parmi tant de femmes ».
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François Bégaudeau
Maître des clésok
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perove
Invitéque penses tu du bouquin
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K. comme mon Code
InvitéC’est dans la collection « Traits et portraits » du Mercure de France et ça vaut pour ses traits et portraits, l’observation des corps aux croisements de plusieurs milieux. Mais ce qui m’intéresse le plus sont les passages sur le son et les machines – très concrets. Ce qui m’intéresse moins, c’est quand le livre raconte son écriture. Même si j’aime toujours suivre son cheminement chaotique.
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Claire N
InvitéJe viens de finir la grande méthode
Et 2 choses en plus des pistes lancée plus haut me viennent
– c’est donc comme ça qu’on construit une reine ?
– « j’aime à penser que la diaspora est la forme la plus haute du peuple « , cette traversée est trans- religieuse – c’est intéressant-
cinema
InvitéJe commence à peine et c’est le cas de le dire.
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Claire N
InvitéC’est bien la grammaire de la tragédie que de construire des reines effectivement
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Claire N
InvitéCe passage qui détaille le « mauvais œil « et les habitudes presqu’en confondues avec des superstitions , dans un dialogue que j’interprète comme intérieur
Proche du début contient ce bout de phrase
Lorsqu’elle se questionne sur les règles à suivre
La manière de les mettre en œuvre
« c’est une œuvre qui ne réduit pas le mystère. Qui tremble un peu de ce qu’elle transporte «
Cette deuxième partie de phrase
C’est frolé , elle tient toute seule
Elle a son équilibre
Œuvre n’était pas necessaire pour la tenir
En ses deux phrases je crois que je saisis
Ce qui se joue dans l’ensemble-
François Bégaudeau
Maître des clésOui j’aime bien aussi « qui tremble un peu de ce qu’elle transporte »
Et je trouve que ce livre ne tremble pas assez de ce qu’il transporte-
Claire N
InvitéPour tout de dire, je me demande si il s’agit d’un livre
Une piece peut etre ?-
François Bégaudeau
Maître des clésOui j’ai pas mal fait la comparaison avec le théatre
et pas mon théatre préféré-
Claire N
InvitéHum oui – plusieurs fois dans le livre je me suis dit que l’intimité y etait mise à mal –
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Claire N
InvitéEn fait c’est beau et incongru
Comme un échafaudage à coté d’un arbre -
K. comme mon Code
InvitéTexte sur La grande méthode ici, plus dur que moi mais dont je partage les critiques principales.
La grande méthode de Louisa Yousfi, ou la conférence des oiseaux pénitents
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Claire N
InvitéMerci
Un passage dans le livre me semble pourtant poser cette critique
Dans le cimetière avec le personnage de la cousine ( un personnage que je trouve reussi) qui entretient la tombe 631- celle de l’oncle, son père donc
« ensuite ses mains lissent dépoussièrent, déplacent une brindille, replacent une fleur qui penchait, tirent doucement un fil d’herbe. Des gestes courts , brefs, presque technique. Ce n’est pas un élan improvisé. «
Dans la suite du passage, la mutation est tenue: « elle l’a déjà fait mille fois « , le mille c’est beaucoup, beaucoup trop pour une fille et une tombe
On entre dans une autre dimension, celle de la sécularisation peut-être ?
Ensuite, ce passage
« ma cousine fini par se redresser. Elle tapote la poussière sur ses genoux puis elle me rejoint ( …)
Et lache d’une voix calme, propre aux femmes de la famille, qui soutiennent tout – sans en faire un drame :
– t’inquiète je m’occuperai de lui aussi. »
Le propre aux femmes de la famille, me semble de trop – trop appuyé ce n’était pas necessaire à mon goût , mais il appuie effectivement là oú ça fait mal – en béquille peut etre, le « moi aussi « de la petite dernière qui tente de suivre sa cousine-
François Bégaudeau
Maître des cléset à quoi fait référence exactement ce « sans en faire un drame »
à qui ça s’adresse, puisqu’ici tout est adressé?-
Claire N
InvitéTu pointes juste
La cousine à pas prétendu à cette essence il me semble-
François Bégaudeau
Maître des clésLe texte de Anoaur Hachemane est terrible, et hélas terriblement juste
J’aimerais bien savoir ce que Louisa pensera d’etre comparée à Camus
Je retiens avant tout ces lignes, qui décrivant une Algérie réelle loin de l’Algérie théorique-théatrale-essentielle-militante de Louisa, définit aussi l’espace où se trouve la littérature, l’espace où se trouvait le livre, où son supposé désir de faire littérature aurait du mener LY – qui donc lui a préféré l’espace abstrait et mythologique du théatre d’idées :-
François Bégaudeau
Maître des clésje n’arrive pas à coller les lignes en question
qui vont de « pourtant » à « Instagram »
puis celles où il décline l’expérience sensible multiple de l’Algérie
l’Algérie telle que vécue (littérature) et non telle que mythifiée-nécrosée (théatre militant)-
Schnoups
InvitéElle va visiblement faire une réponse au texte de Médiapart.
Je ne sais pas si certains ont écouté l’émission sur la critique ciné (mais pas vraiment en fait hein) avec LY, Denouette, chez Wissam et Raz, c’est hallucinant de confusion et de retard. Je n’avais jamais écouté Denouette et il me semble quand même qu’il dit beaucoup de conneries.
Parfois Wissam dit « mais donne un exemple » et en face ça brasse général, jamais d’exemple, jamais précis. Heureusement qu’il y a le comparse de Parasite dans le lot. Intéressant de voir ce que représente l’homme dont on ne doit prononcer le nom que très très rapidement et dans un silence général. Le rapport est complexe hein.-
François Bégaudeau
Maître des clésIl sera plus facile de répondre au texte de Mediapart qu’à celui là.
Pas écouté l’émission sur la critique, mais écouté celle sur PDH, « la critique décoloniale ou ne sera pas », qui m’a intéressé, et en même temps laissé perplexe. Toujours les mêmes ambiguités : on ne veut pas lacher sur l’art, car l’art est le lieu de la recherche, tout ça, et en meme temps aussitot on lui plaque un mot politique sur la gueule. A la fin qui va gagner?
De toute façon toute « critique décoloniale » qui n’aurait pas fait, dès maintenant, une apologie de Dreams, film le plus décolonial de l’année, se discrédite.
Denouette a en effet un petit problème avec la vérité. J’attends toujours la réponse à l’objection – délicate je crois – que je lui fais dans Comme une mule. Encore faudrait il qu’il le lise, etc-
Charles
InvitéJe n’aime pas beaucoup Denouette que je trouve très fatigant (cette synthèse du cool et du gauchiste avec un débit de cocainomane tarantinien qui t’expliquerait en soirée qu’en fait Top Gun c’est une parabole homo) à écouter mais il n’est jamais avare de références quand il argumente c’est donc étonnant qu’il soit aussi général que tu le dis Schnoups. N’ayant pas écouté l’émission je te fais confiance.
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Toni Erdmann
InvitéEn effet très frustrante l’émission de Zawa Prod sur la critique. Denouette et Yousfi commencent l’émission en disant qu’ils ne lisent pas de critique (je croyais que c’était le sujet de l’émission) et Denouette enchaîne en nous lâchant le poncif « le cinéma actuel est naze. Aucun bon film n’est sorti depuis 2019 »
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Charles
InvitéPoto si aucun bon film n’est sorti depuis 7 ans, t’emmerde plus à faire de la critique ciné. Au moins Thoret avait été lucide sur son exercice, il avait fini par considérer que les seuls films qui sortaient qui l’intéressaient étaient les ressorties des films de patrimoine et il en avait donc conclu qu’il était temps pour lui d’arrêter la critique.
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Schnoups
InvitéÊtre avare de références et donner des exemples précis c’est pas la même chose. Je ne visais pas que lui, Yousfi reste générale, répondant, « oh ben non j’ai pas d’exemple précis là ». J’attendais souvent un franc « mais on s’en branle ». À ce moment là ok, mais ne vous filmez pas les gars. Parce que là on se rapproche dangereusement de quelque chose de ridicule.
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Louise Michelle
Invitéoui très frustrante cette émission. Le seul moment qui aurait pu être intéressant était quand Dénouette affirme que le bon cinéma ne peut être que de droite. alors ça n’explique pas vraiment ce qu’est un film de droite, donne quelques affects comme la jalousie et la vengeance et c’est tout.
Le seul film marxiste qu’ils ont trouvé est Le cuirassé Potenkine.
Je crois que ça ne regarde pas assez de films. -
François Bégaudeau
Maître des clésOui ce moment, prometteur, est un naufrage (tout autant que l’hypothèse inverse de Lagasnerie : le cinéma est anti-punitiviste)
Je ne sais pas s’ils ne regardent pas assez de films, le fait est qu’ils ne ne se sont jamais posés sérieusement la question des rapports art et politique, et qu’ils ignorent l’effort de pensée gigantesque fourni par d’autres avant eux sur cette question. -
Gerard Manfroy
InvitéEt sinon puisque tu m’accuses d’utiliser l’IA t’es capable de prendre tout ce que j’ai pu écrire et de citer au moins 3 mots bout-à-bout qui seraient de l’IA ? Un indice : il y en a aucun, mais juste pour voir exactement jusqu’à quel point t’es prêt à assumer le réel de ce que tu dis, sur ton forum, où je serais donc un homme désœuvré au point de te poser une question un dimanche 15 mars https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/la-peinture-2/
Parce que toi t’as créé ce forum pour avoir quoi à foutre en fait ? -
Schnoups
InvitéOn est là sur le climax de l’émission. Je vous ai laissé le découvrir pour donner trois poils d’intensité à la frustration. Tata Schnoups est quand même sympa.
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Schnoups
InvitéOui, plus facile de répondre à Médiapart. Elle s’en frottait les mains d’ailleurs. On préférerait qu’elle mette son énergie dans ce texte là.
Je viens de le lire et le passage sur la langue algérienne qu’il serait peut être d’autant plus fort de ne pas comprendre trouve des échos dans la manière LY de penser le cinéma également, et de penser tout court on dirait. C’est frappant dans l’émission que je citais plus haut. Burdeau est intéressant parce que quand on lit ses critiques on sait pas en fait s’il a aimé ou pas le film. C’est pas clair et c’est super donc. Un chef d’oeuvre c’est un film raté qui n’a pas atteint sa forme. Un critique trop clair, trop brillant, c’est louche, et on abordera jamais précisément les propos, c’est superflus ça j’ai l’impression.
J’ai aussi écouté celle dont tu parles qui est plus intéressante déjà. J’aime beaucoup l’idée du jeune critique de faire des textes sous forme de discussion écrite avec ses collègues. Pour moi c’est assez parfait ça, cette manière d’aborder la critique.-
Desmoulins
Invité@Schnoups, t’en a pensé quoi de son livre ?
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Schnoups
InvitéJe n’ai pas lu le livre de LY, quand je dis « je viens de le lire » je parle du texte critique de Hachemane.
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François Bégaudeau
Maître des clésOui ce mec m’a beaucoup plu, et donné envie de lire leur revue
(je l’avais croisé mais pas mesuré qu’il était si intense) -
François Bégaudeau
Maître des clés10 minutes d’émission, et déjà une trace du rapport déglingué à la vérité de Denouette : Mektoub 1 « meilleure film français depuis Le garcu » et Mektoub 2 « j’ai détesté ».
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Schnoups
InvitéT’as pas fini de t’amuser.
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Charles
InvitéC’est qui ce mec dont tu parles François? Corentin Le?
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Schnoups
InvitéOui, c’est de lui qu’on parle.
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toni Erdmann
InvitéSi on parle de Corentin Lê, il sera l’invité de la deuxième session du ciné-club PDH, où sera diffusé Apocalypse Now
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toni Erdmann
InvitéPas du tout la deuxième mais la cinquième
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François Bégaudeau
Maître des clésoui
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power
Invité« Un critique trop clair, trop brillant, c’est louche, et on abordera jamais précisément les propos, c’est superflus ça j’ai l’impression »
Je me souviens de ce passage. J’avoue que je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulait dire à ce moment-là -
François Bégaudeau
Maître des clésPassage qui je crois me mettait dans le même sac que Denouette : brillants, donc y a un truc louche
A l’avenir je m’efforcerai donc d’etre moins brillant. Ainsi je ne serai plus douteux. Je serai invité à Zawa. -
François Bégaudeau
Maître des clésLouisa qui par ailleurs a dit qu’elle trouvait excellent mon papier sur Oui. dans le diplo. Qui donc ne devait pas etre très brillant. Ou alors si il l’était. Brillant et donc douteux. Comme toute position pro-palestinienne.
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Schnoups
Invité« Louisa qui par ailleurs a dit qu’elle trouvait excellent mon papier sur Oui. »
Oui, elle l’a dit plusieurs fois d’ailleurs.
Comme la critique m’intéresse, dès qu’il y a une émission PDH dessus ou sur un film je vais écouter, uniquement quand il y a LY d’ailleurs, puisque c’est surtout elle qui m’intéresse – émissions qui se multiplient comme des lapins, depuis un an, étrangement. J’ai donc écouté cette émission parce qu’elle y était, et, me suis-je dit, on va écouter ce Denouette. Sachant aussi que Bibi est un critique ciné incontournable aujourd’hui, surtout quand on est vraiment à gauche, je me suis dit tiens, on va voir s’il est évoqué, et s’il est évoqué, de quelle façon. Donc on a quelque chose d’assez étonnant au début, Denouette répond à la première question de Wissam que ben non, il n’écoute pas de critiques, tu comprends le mec en fait lui-même et il cotoie des critiques donc il tape à leurs portes et voilà quoi.
Ma foi, pourquoi pas.
Puis LY répond d’abord oh ben j’en écoute pas en fait – là je me marre toute seule et j’attends presque le « on s’est fait tout seul on est parti de rien mec ». Elle a participé à des Sorties de secours, elle fait des émissions avec Burdeau et elle n’aurait jamais écouté ou lu de critiques ? Elle avait même publié sur facebook la photo d’un recueil de critiques de Daney. Elle nous prend pour des cons, c’est dommage. ça commence fort. Puis finalement elle y revient, oh ben en fait j’en écoute, donc citation évidente de Sortie de Secours et là direct on en vient à Bibi, avant même Burdeau, et elle dit texto « Je trouve qu’il est bon, c’est quelqu’un que j’aime aussi ne pas aimer » – comme Denouette apparemment – et puis le coup de « il est tellement brillant qu’il y a une couille dans cette histoire ». Et Burdeau serait plus intéressant parce qu’on ne sait pas vraiment s’il a aimé un film, il s’efface derrière sa critique, il laisse des ouvertures. J’ai ré écouté plusieurs fois le passage, assez sciée d’entendre ça, mais contente que sa sorte. Elle est plus à l’aise avec des Sorties de secours avec lesquels on sent qu’elle est vraiment pas souvent d’accord ou avec un Burdeau qui sait pas trop s’il a aimé un film et qui reste ouvert, et puis « lui il s’efface derrière la critique » alors qu’il n’y a pas de critique plus concentré sur un film et sa matière même que François. Intéressant non ? Elle se sent écrasée en fait, et pour construire sa pensée critique, pour construire la singularité de sa pensée critique elle a besoin de le mettre de côté le Bégaudeau. ça devrait être la phase 1 ça, ou le premier effet Kiss cool, il serait temps de passer à la phase 2 parce que là ils courent en claquette en marche arrière et ils perdent du temps.
Donc oui, ça peut en étonner certains mais je trouve ça intéressant de voir ça, par contre je n’écouterai plus leurs émissions de deux heures avec cette équipe sauf si on m’en signale une d’intéressante. C’est bon, j’ai fait le tour de la question. -
Claire N
InvitéRires – alors si on repasse la bande en claquettes avant ça fait « c’est quelqu’un que je déteste aimer «
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Schnoups
InvitéExactement.
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François Bégaudeau
Maître des clésmême rire
« il serait temps de passer à la phase 2 parce que là ils courent en claquette en marche arrière et ils perdent du temps. »
Et par de là le rire je trouve que c’est très juste : à PDH-ZAwa je les vois constamment etre titillés par l’art, et donc par la critique, et sans cesse y revenir, mais sans jamais avancer. L’impression d’un tournage en rond perpétuel.
Quand est ce qu’on commence à bosser les gars? -
cinema
InvitéJe te tire mon chapeau d’avoir pu jusqu’alors écouté les critiques – si c’en est- de PDH. Pour ma part, j’ai écouté la prems (je crois) et c’était tellement décousu et fourretout que je n’y suis pas retournée.
Je ne trouve pas Louisa très intéressante, cependant je la trouve studieuse. Une studieuse comme on en fait à chaque coin de rue, mais pas forcement rigoureuse. Ce qui à mon avis la rend « interessante » c’est qu’elle s’est saisie d’un sujet Intéressant. J’ajoute que sa voix, son débit et sa gestuelle m’empêchent peut-être d’être plus bonne avec elle. -
Charles
InvitéJe ne crois pas que LY ait participé à des Sorties de secours si par participer tu entends y intervenir comme chroniqueuse ou invitée.
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Schnoups
InvitéOuais, c’est ce que j’étais en train de me dire.
Je crois que je confonds avec un autre podcast critique. C’était peut être d’ailleurs de la critique littéraire.
M’enfin ça change pas grand chose à l’affaire. -
cinema
InvitéAyant commencé assez bien son livre, je trouve qu’il y a un bon terreau à penser même si la forme est un peu compliqué pour moi.
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pifou
InvitéPour contourner le blocage du site on peut utiliser l’aperçu de l’impression :
Appuyer sur Ctrl + P.
Dans la fenêtre qui s’ouvre sélectionner et copier-coller la partie qui intéresse.Pourtant, l’Algérie de la Mitidja,c’est le béton de l’AADL d’El Aafroun, la zone industrielle de Beni Merad, la zlabia de Boufarik, les paons de
Baya, les paroles de Mazouni, le fracas des motos103 sur l’autoroute Nord/Sud, et l’humour décapant de Noro sur Instagram.
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Claire N
InvitéOui – terrible de construire
Un contre roman national sous la pression d’un roman national –
« un mensonge pour que la vérité ai encore un endroit où atterrir «
Le problème c’est que toute sacrificielle qu’on se veuille, on n’endosse pas la responsabilité d’un mensonge sans instrumentaliser-
François Bégaudeau
Maître des clés« Un contre roman national sous la pression d’un roman national – »
Oui.
On reste dans le roman national.
Nous voulons des romans pas nationaux.-
Claire N
InvitéRires – et il n’y a pas de reine pour ce peuple là
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Horosh
InvitéLe degré de racisme et de paternalisme qu’il faut pour dire a des arabes et des noirs que c’est impérialiste de se réapproprier le drapeau FR.
Code de l’indigénat puis citoyens de seconde zone… Mais nan, vous refusez de penser en contexte comme si on était tous des sales gwer comme vous.-
K. comme mon Code
InvitéTu t’adresses à qui, Horosh ? Ça parle du drapeau français, ici ? L’Arabe ici présent te rappelle qu’il y a partout des Arabes qui rôdent et trouvent vos fantaisies nationalistes ridicules. Mais oui, pourquoi pas se réapproprier le drapeau français comme autre chose qu’un signe nationaliste, les Allemands ont bien réussi à se réapproprier un signe Hindou signifiant bien-être et longue vie. Bon courage.
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Horosh
InvitéK. comme Sophia Aram
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François Bégaudeau
Maître des clésAu moins avons nous le mérite de penser un livre dans un contexte qui s’appelle… le livre
Or dans ce livre, que tu n’as visiblement pas jugé utile de lire pour te meler d’une discussion à son propos, LY ne vise aucunement à se réapproprier le drapeau français. Plutot le drapeau algérien, à tout prendre. -
Horosh
InvitéLa question est : si les ‘fantaisie nationalistes’ des Indigènes vous paraissent ridicules, pourquoi les indigènes occupent-ils un F4 dans votre cerveau de gwer ? C’est ça qu’il faudrait creuser
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K. comme mon Code
InvitéLa personne qui a dit « fantaisie nationaliste », c’est moi. Je t’invite à venir militer pour la réappropriation du drapeau français au Val d’Argenteuil où les Noirs et les Arabes qui parlent arabe et vont à la mosquée toute l’année ne connaissent ni Sophia Aram ni Bouteldja – deux faces de la même pièce dédiée à un cercle vicieux médiatique pour gwers et carriéristes indigènes. Et je ne sais pas trop ce qu’ont fait tes ancêtres pendant la guerre d’Algérie mais parle leur du drapeau français et de chanter la Marseillaise. Là, on devrait se réconcilier, parce qu’au-delà du fait que je ne suis tout bêtement pas nationaliste, j’aurais honte de brandir le drapeau français en connaissant leur histoire.
Mais si ta question t’intéresse vraiment – pourquoi autant de blancs parlent de PDH et compagnie ? –, c’est simple. Le plan de communication servant à s’allier à tous les streamers gauchistes blancs pour élargir le champ d’influence a fonctionné. Tu sais très bien que venir gueuler sur des gwers entretient la machine d’engagement. Le butin de guerre, c’est autant les blancs qui se vautrent dans des louanges excessifs que ceux qui vous critiquent (une minorité comparée aux racisés qu’il est plus facile d’attaquer). Je continuerai quand même à me réapproprier le signe Sophia Aram en rappelant que la pensée décoloniale vaut beaucoup mieux qu’un courant médiatique dont aurait pu rêver le Quai d’Orsay. -
Nas
Invité« pourquoi les indigènes occupent-ils un F4 dans votre cerveau de gwer ? C’est ça qu’il faudrait creuser »
alors que FB a une galaxie dans ton cerveau sinon tu viendrais pas sur ce forum horoshi_09 -
Horosh
Invitéhoroshi_09 ?
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Nas
Invitéhttps://x.com/i/status/2040926326131917126
?
Ou alors tu volerais des tweets (arrachés de leur contexte), et cela deviendrait très gênant -
Cloups
InvitéQuel enquêtrice de talent ! Ostros, si tu passes par là, prends-en de la graine !
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Samuel Le TaxiDriver
InvitéCa y est, elle est revenue de la Villa Médicis, la « barbare »?
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Samuel Le TaxiDriver
InvitéMerci du partage.
J’en conclue que, ayant vu l’excellent film « Bab el oued city » au collège, festival premier plan jcrois, et l’art de perdre d’Alice Zéniter, je suis déjà plus algérien que Louisa. Louisa? Un prénom chrétien? Alors, oui, osef, mais pas si madame se la pète barbare et algérienne, même virtuellement. Comme Slimani qui oublie de dire que, si elle parle pas arabe, en ayant grandi au Maroc, c’est délibéré de la part de ses parents, et si ils ont pu faire cela, c’est qu’elle vivait dans un entresoi bourgeois bien totalisant. Bon allez c paques, joyeuses fetes, mes déistes
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Samuel EpaulesLargesGlandEnorme
InvitéJ’avais raison, une fois de plus, omg, Slimani est une « kilimini »: https://www.instagram.com/reel/DWVt1H-AlDZ/?igsh=bXFscTdpaXgyc2U3
A beau mentir, qui vient de loin… :/
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Charles
InvitéPost Facebook intéressant de Laurent Nunez (l’éditeur et écrivain, pas l’autre) qui décrit le roman français type actuel, rejoignant ce qu’on pouvait en dire ici :
« En tant que directeur littéraire (même si je publie beaucoup plus d’essais que de romans), je reçois chaque semaine une bonne vingtaine de premiers romans – notamment via la plateforme Librinova. Je les regarde le vendredi, le week-end. Je les lis tous, ou au moins leurs premières pages. C’est une des parties de mon métier que je préfère : ce moment où une voix inconnue essaie de s’imposer.
Ces quinze derniers jours, j’en ai épluché 49. J’en ai écarté beaucoup – les ratés, les textes pas encore mûrs, les projets qui ne relèvent pas de notre ligne éditoriale. Mais parmi ceux qui ont retenu mon attention, on finit par voir une cartographie se dessiner. Pas celle de la littérature qui se publie, celle de la littérature qui s’écrit, en amont, avant tout filtre. Voilà ce que je vois en ce moment.
Portrait-robot du premier roman de mars 2026 : c’est d’abord un récit d’origine. On raconte d’où l’on vient : un village, une banlieue, une famille, un pays quitté. Le geste fondateur du primo-romancier aujourd’hui, c’est de dire « mon monde » avant qu’il disparaisse. Souvent, il a déjà disparu. (L’héritage d’Ernaux et de Louis est partout, parfois revendiqué, souvent inconscient.)
Ce monde, il n’est presque jamais parisien. C’est la périphérie qui écrit : la province profonde, la Belgique industrielle, la Grèce, l’Allemagne. Ces textes sont des romans de la marge qui s’adressent au centre. Le lieu n’est pas un décor, il est le sujet.
Ce qui me frappe le plus quand je tourne ces pages, c’est la place de la langue. Les manuscrits les plus forts ne misent pas sur l’histoire qu’ils racontent, mais sur la façon dont ils la racontent. Argot poétique, oralité rythmée, crudité maîtrisée. C’est la langue qui fait tout. Céline et Giono retravaillés par la sociologie contemporaine.
Et puis ces textes sont courts. Moins de 180 pages, souvent moins de 130. Le manuscrit long est devenu l’exception. Les débutants sentent qu’ils ne tiennent pas encore la distance, et c’est aussi un effet d’époque.
Les grands absents, maintenant. La pure fiction, d’abord. Presque personne n’invente un monde. Pas de roman d’imagination, pas de personnage véritablement autre. On n’a jamais autant parlé de fiction, et ces manuscrits n’ont jamais été aussi autobiographiques. L’humour, ensuite. Le premier roman français est grave, mélancolique, rarement ludique. La tradition Echenoz-Toussaint du roman ironique n’irrigue plus ce qu’on reçoit.
Si je devais résumer en une phrase le primo-romancier de mars 2026 : « Je raconte, en moins de 180 pages, d’où je viens et pourquoi ce monde-là a disparu, dans une langue qui porte les traces de ce que j’ai perdu. »
La sincérité est là, et souvent la beauté. Mais le terrain est saturé. C’est justement pour cela que, de loin en loin, une voix parvient à percer – parce qu’elle apporte quelque chose qu’on n’avait pas encore entendu. »-
François Bégaudeau
Maître des clésLignes qui me semblent justes, et en plus très douces.
Oui la fiction est délaissée – elle est totalement accaparée par le best seller (polar, romance, Musso). Je dirais plus précisément : l’ingénierie narrative. C’est à dire le récit – qu’il soit fictionnel ou non est secondaire.
Ce qu’il dit sur l’humour et l’ironie est accablant. Mais réjouira Laelia Veron, chasseuse d’ironie – madame je ne veux plus voir un rire qui dépasse.
Il constate aussi la brièveté, mais oublie de voir qu’elle connexe à la brièveté des deux références numéro 1, Ernaux et Louis, qui, par delà leur gigantesque génie, ont d’abord pour qualité, en ces temps, leur brièveté.-
François Bégaudeau
Maître des clésquant à la raison pour laquelle Ernaux écrit court, on sait où la trouver
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Samuel Grodard
InvitéSmall Dick Energy comme Andrew Tates d’après Greta?
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jo
InvitéJamais lu ernaux et louis, c’est de l’ironie ou c’est vraiment bien ?
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François Bégaudeau
Maître des clésEdouard Louis est un romancier médiocre et dispensable
Ernaux est surestimée mais vaut qu’on la lise (pour moi, surtout L’événement, qui n’est pas encombré des travers habituels)-
Nicolas S.
InvitéFrançois Bégaudeau est sans doute jaloux du succès d’Edouard Louis qui est pourtant, des deux, le meilleur écrivain, et de loin. Le vrai médiocre en matière de roman est Bégaudeau. Il devrait d’ailleurs cesser d’en écrire pour se limiter aux essais qui sont surement son seul point fort, non pas en terme de style mais en terme d’idées. Pour des essais avec du style, Lordon reste sans conteste le goat actuel.
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François Bégaudeau
Maître des clésc’est vrai
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Rigolus
InvitéJe mets au défi Nicolas S. de prouver que Lordon est autre chose qu’un intellectuel surestimé.
Quant à Édouard Louis, son plafond de verre est clair : il ne fait pas assez confiance à la littérature et la réduit trop souvent à un prolongement de la sociologie. ( Mais à la limite chacun ses gouts,)
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Jo
InvitéMerci
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K. comme mon Code
InvitéLe récit personnel – non fiction ou alors roman autobiographique – permet aussi de vendre l’auteur/autrice comme produit d’appel du bouquin, car en vendant la personne et son histoire, on vend déjà le livre. Et il est plus facile de mettre en avant une personne de nos jours qu’un livre. En gros : le livre comme merchandising de la personnalité.
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François Bégaudeau
Maître des clésoui ce n’est pas d’hier, mais dans le cas de Louis ce marketing est arrivé à un gros niveau d’excellence
moi j’attends un sujet de Capital (mon émission préféré, fut un temps), qui s’appellerait « le business d’Edouard Louis » ou « la marque Louis »
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Zorglub
InvitéNe jamais oublier qu’il y a deux Algérie bien distinctes, celle du peuple algérien et l’autre de la dictature militaire qui opprime et censure.
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On se fait ARRÊTER, ENFERMER et EXPULSER D’ALGÉRIE 🇩🇿 (Peur de notre vie)
Incroyable mais vrai !
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Camille
InvitéDe la nécessité de diffuser une information comme celle-ci de ce couple joyeux et intelligent.
Pour notre plus grande joie, Carpentier est de retour et en grande forme.-
Zorglub
InvitéMais c’est incroyable, c’est la première fois que je suis confronté à une telle situation sur la Toile.
Je ne rigole pas, je suis Zorglub et personne d’autre; pourtant je ne puis le prouver.
===
Vous êtes tous complètement matrixés ici, même Françoâ le punk snob m’a fait le coup.
Même lui, mon héros me prend pour un autre.
Je n’en reviens pas, mais je ferai avec.
===
Je m’interroge sur la tournure que prend le monde ces temps ci.
Pilule rouge ou pilule bleue?
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Alex
InvitéAlors pour faire traverser Du mépris de l’autre côté de l’Atlantique je crois bien que ma seule option est de passer par le site des libraires.fr. Or, comme la livraison s’élève à la modique somme de 32 euros, je me suis dit que j’allais en prendre un ou deux de plus étant donné que le montant reste le même peu importe la quantité d’articles (on paie plus cher pour payer moins cher, c’est beau). Besoin de conseils : quelles sont les meilleures causes perdues ? J’ai lu quelques critiques et suis bien intéressé par Toledo, 6:55 a.m et Je ne suis pas une libellule, mais j’hésite aussi entre Bien vouloir patienter et Fuites, qui m’ont l’air excellent également. Des avis ?
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Cynthia Lennon
Invitéils sont tous bons mais mes deux pref sont Je ne suis pas une libellule et Fuites (je n’ai pas encore lu Du mépris parce que je ne suis pas libraire, ni Doucement ni le Beaune)
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Dr Xavier
InvitéDe tous, Tolédo est peut-être celui qui m’a un peu moins plu, souvenir d’une narration cotonneuse qui avance par soustraction, mais je crois que ce que je dis là est exactement ce qui a bcp plus à d’autres.
BVP et Fuites font partie de ces romans dont la narration me donne un pli au cerveau, comme un pli sur la peau : dans les moments qui suivent la lecture, pour n’importe quelle action quotidienne, j’essaie de la retranscrire comme le ferait le roman. Le pli s’estompe au bout d’un à deux jours.-
François Bégaudeau
Maître des clésvoilà le meilleur compliment qu’on puisse faire à un livre
oui quand un style opère, il opère ça : une petite musique intérieure qui se met à fabriquer des phrases semblables -
Alex
InvitéÇa donne envie en effet, merci
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kenny
Invitéje recommande Bien vouloir patienter, ainsi que les autres
pour traverser l’Atlantique le mieux est de passer la commande depuis une librairie française ou l’institut français dans ton pays (il y a normalement des envois tous les 2 mois)
ça te coûtera le prix du bouquin + les frais de port + le prix du colis si tu ne peux pas aller le récupérer toi-même, beaucoup moins que 32e
à moins que tu habites sur l’île wager, en patagonie, à l’extrême sud du Chili-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci pour le soutien kenny
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Alex
InvitéMerci du conseil, je me renseigne.
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Claire N
InvitéPas de conseil mais ta première intuition me paraît fiable
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Christophe M
InvitéJe ne suis pas une libellule est une merveille.
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Alex
InvitéOui pour celui-là mon choix est fait
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..Graindorge
InvitéDéjà dit: la librairie Mollat de Bordeaux envoie à l’étranger pour 6 ou 7€ les frais de port quelque soit le nombre de livres et par exemple, ça met à peine une dizaine de jours pour arriver aux Canaries. On peut aussi si on connaît d’autres personnes, s’y mettre à plusieurs pour commander des livres, se partageant les frais de port et ça ne fait qu’un voyage
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Alex
InvitéJe ne savais pas, merci !
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..Graindorge
InvitéDe rien
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Larivière Sanretour
InvitéSi quelqu’un a envie de lire quelque chose de lumineux, drôle et très intéressant par ces temps ma foi particulièrement déprimant je recommande vivement on ne peut pas plaire à tout le monde de Tariq Ali. En plus, argument qui n’est pas des moindres, ma mère en est la traductrice
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MA
InvitéJe repartage : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/tariq-ali-militant-sur-tous-les-fronts-8483755, où l’on apprend son amitié avec Edward Said et qu’il est « à l’origine » de la chanson de Lennon Power to the people.
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..Graindorge
InvitéMerci LRSR et MA
La maison d’éditions partage une trentaine de
pages
En voici quelques lignes
« PRÉFACE
SE FAIRE ESPIONNER PENDANT CINQUANTE ANS
10 NOVEMBRE 2021. On est en confinement dans la majeure partie de la Grande-Bretagne. Assis à mon bureau chez moi, j’attends que s’ouvre la Commission d’enquête sur les activités des « flics-espions ». Après de longs retards, l’enquête
officielle sur l’espionnage policier auquel auraient été soumis, à partir des années 1960 et 1970, des militants et militantes
marxistes, anarchistes, féministes et les collectifs anti-guerre en général va enfin débuter. Elle a initialement été ordonnée en 2014 par la conservatrice Theresa May, alors secrétaire d’État à l’Intérieur, face au tollé déclenché dans l’opinion quand on a révélé que des militantes s’étaient retrouvées
enceintes d’agents infiltrés chargés de leur surveillance.
En tant que « témoin clé », je regarde un sympathique
technicien installer dans ma pièce de travail un très gros iMac flambant neuf, propriété du gouvernement. Mon unique pensée, c’est de savoir s’il n’y aurait pas moyen de garder ensuite pour moi ce magnifique appareil. On m’a quand même espionné pendant des décennies, et je serais prêt à l’accepter comme une menue compensation pour ce rude coup porté à mon moral. Je fais part de mon idée au
technicien. « Ah non, désolé ! » me répond-il. Je suggère une possibilité qui arrangerait tout : « Et s’il y avait un cambriolage chez moi, entre maintenant et le jour où vous viendrez reprendre le matériel ? » Il éclate de rire. « C’est donc ça que vous apprenez dans tous ces livres ? »
En attendant le début de la visioconférence, des sou-
venirs défilent dans mon esprit. Longtemps après avoir
quitté le Groupe marxiste international (IMG), en 1982, il m’était arrivé de me demander si l’on me surveillait encore.
Eh bien, oui.
Fin d’été 1998. Je faisais un petit jogging sur Hampstead Heath pour me réchauffer avant d’aller me baigner dans l’étang des Hommes, selon un rituel établi de longue date.
Soudain un inconnu me barra la route.
« Vous êtes Tariq Ali ? »
J’acquiesçai.
« Incroyable. J’ai quelque chose d’important à vous dire.
Vous avez changé la vie de ma femme. »
Intrigué, j’allai m’asseoir avec lui sur le banc le plus
proche. Il m’apprit que sa femme travaillait autrefois au GCHQ de Cheltenham, quartier général des services de renseignement britanniques. Sa tâche ingrate consistait à écouter mes conversations téléphoniques.
« Vers 1981, vous n’étiez pas en train de rompre avec
votre compagne ? »
Je fis oui de la tête. Nous nous étions effectivement séparés.
« Ma femme vous entendait parler avec votre fille ou
lui lire des histoires avant l’heure du coucher. Les soirées finissaient généralement dans les larmes. »
Il y avait très longtemps que je n’avais pas repensé à
cette époque. J’étais indigné que l’État ait ainsi épié la vie privée de ses ressortissants les plus contestataires. Dans le folklore de la guerre froide, c’était la Stasi (l’ancienne police secrète de l’Allemagne de l’Est) qui était le monstre tapi dans l’ombre à espionner la vie quotidienne des dissidents.
Cela se pratiquait donc aussi en Grande-Bretagne, et je n’en étais pas aussi surpris que j’aurais dû.
« Après avoir entendu pleurer votre fille de sept ans,
ma femme était tellement hors d’elle que dès le lendemain elle est allée voir son chef pour lui remettre sa démission, en déclarant qu’elle n’était pas entrée au GCHQ pour espionner la vie privée des autres. »
Je serrai chaleureusement la main à l’inconnu. « Em-
brassez-la bien de ma part. »
Autre anecdote. Alors que je sortais de la gare de
Brighton à l’automne 2004, un homme mûr m’interpella, jovial, d’allure décontractée. Il voulait me faire ses excuses :
« J’étais le facteur qui distribuait le courrier chaque jour à vos bureaux du Black Dwarf, à Soho. Je travaillais dans Rathbone Street. Vous saviez pourquoi la poste passait toujours si tard ? »
Oui. À vrai dire, tout le monde au bureau se doutait bien
que notre courrier était ouvert et lu par les services secrets.Les agents de la Branche spéciale, m’expliqua l’ancien postier, débarquaient tôt le matin,parcouraient les plis déjà ouverts à la vapeur par lui-même ou des collègues, prenaient copie
de tout ce qui semblait subversif ou était rédigé dans une langue étrangère, avant de s’en aller.
« Et, ajoutai-je, souvent ils mettaient le courrier de
quelqu’un d’autre dans nos enveloppes à nous. »
Il eut un large sourire. « Ça, c’était ma façon de vous
prévenir, vous et vos potes. J’étais trop lâche pour venir vous parler directement. »
Retour à 2021. Le scénario est surréaliste. «-
MA
InvitéMerci pour l’extrait.
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Charles
InvitéJe recommande La sentinelle qu’on ne relève jamais de dalie Farah. Il est très peu probable que j’aurais lu ce livre sans la recommandation de François et aussi, et peut-être surtout, sans les extraits publiés par le même sur son compte Facebook. Parce que de prime abord, un énième livre de traumatisée résiliente ne m’attirait pas beaucoup. Je sentais le récit édifiant, le témoignage poignant mais aussi un peu journalistique où on apprend plein de trucs sur l’autisme dont est porteuse l’autrice qui relit et comprend sa vie à l’aune de ce nouveau diagnostic. Il se trouve aussi que, pas de bol pour dalie, Maïtena Biraben a entamé une tournée promo pour raconter qu’elle aussi a été tout récemment, à 50 ans passés, diagnostiquée du même « handicap ». Je craignais donc en plus une espèce de sujet la mode. Heureusement donc qu’il y a ces phrases citées par François que je trouve pas loin d’être hilarantes, un peu comme celles choisies pour la gêne littéraire portant sur le dernier roman de Pierre Senges. Sens de la punchline (de la frappe mais qui n’est pas non plus un bon mot : « Incroyable mais vrai, j’adore fermer gueule ») , autodérision, lucidité politique, tout ça mêlé.
Je n’ai pas été déçu et j’ai dû ralentir ma lecture par peur de le finir trop vite, de mal le lire, alors qu’il est très riche, très dense. Certes, le livre n’est pas étranger au genre décrit ci-dessus. On y apprend en effet beaucoup de choses sur l’autisme avec des anecdotes historiques, des chiffres, des informations savamment distillées. Le livre est également une enquête sur soi, avec épisodes traumatiques, révélations et résilience. Mais il est très honnête – l’autisme n’est pas transformée en clé d’explication absolue et unique de l’identité de l’autrice, bien au contraire -, souvent passionnant et d’une intelligence renversante. On est plutôt du côté de Neige Sinno si celle-ci avait écrit Triste tigre en romancière, c’est à dire avec une langue qui ne se résume pas à une brillante élucidation de soi et de ce qui lui est arrivé, à une clarté de la pensée. Ici, on se sent plus chez une pure littéraire, au style nettement plus marquant et plus riche (même si je dois avouer que les jeux typographiques ne m’ont jamais passionné, pas plus ici qu’ailleurs, car je les trouve un peu trop transparents, faciles). On y découvre comme rarement, à travers cette langue, une sacrée vivante.
J’espère que le livre aura une petite couverture médiatique car il le mérite vraiment.-
François Bégaudeau
Maître des clésbel éloge
très ajusté à ce beau livre
oui on est dans la lignée de Triste tigre, et donc dans la cour des grandes -
Un fake
InvitéBeaucoup d’autistes de HPI
Épidémie
De la connerie
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dalie Farah
InvitéCher Charles, un dénommé F. m’a fait part de ta critique, que je me suis empressée de partager. 1- parce que tout est juste. 2- Parce que tout est juste. 3- ad lib. Par contre, mon bien aimé compagnon qui a lu ta critique ici, et à qui je demande comment s’appelle l’auteur, me répliqua : Robert. Donc si tu vois sur mes réseaux un Robert que je remercie chaleureusement de sa critique, sache que ce Robert, c’est toi. Cette critique me touche d’autant plus que je vois d’avance qu’elle sera rare. Qui que tu sois, tu mérites l’écriture de ce livre et tant pis pour la couverture médiatique que je n’aurai pas, Robert-Charles a tout bien dit.
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Un fake
InvitéÉpidémie
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Charles
InvitéRobert ça fait quand même vachement plus peuple que Charles mais j’ai le pardon facile.
Merci à toi pour ce beau livre et ne désespérons pas d’avoir des lecteurs attentifs et curieux, y compris parmi les journalistes soyons fous.-
dalie Farah
InvitéCe que tu dis sur la typographie, je le comprends. En fait, c’est comme ça que je « vois », cette simplicité, c’est la grâce de la littérature qui se donne et que je reçois. C’est un peu comme l’amour, c’est toujours un peu niais. La transparence et le simple, chez moi, ne se pose pas en système à élucider, elle est. Simple dalie, en somme. Ta critique, outre le baume qu’elle est, m’a donné un peu de combativité. J’ai vu le truc arriver, je ne voulais pas être édité en avril, encore moins le 2 – journée de l’autisme – et je sais que le risque était grand qu’une actu plus « glamour » éclipse l’écriture d’un livre de plus de 200 pages pendant deux ans. La vidéo de 10 minutes de Maïtena a occulté l’inédit de mon livre mais surtout toutes les initiatives que des gens préparent toute l’année pour ce « mois de l’autisme », des gens qui ont besoin de visibilité pour avoir des fonds. Son « coming out » affaiblit la cause et nourrit la rumeur de « l’épidémie » de la « mode »…. J’en fréquente des autistes diagnostiqué.e.s tardivemennt, 99,99 % souffrent. Et tu m’as lu, je ne vais pas commenter les remarques imbéciles de ceux qui pensent que être autiste c’est trop cool. Mais je ne vais pas me lamenter non plus. Life. Merci Charles, dit Robert sur instagram.
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François Bégaudeau
Maître des clés» Son « coming out » affaiblit la cause et nourrit la rumeur de « l’épidémie », de la « mode » »
Je n’avais pas saisi cet aspect, mais dit comme ça, ça me parait évident. Le diagnostic comme capital médiatique – et comme manne éditoriale.-
dalie Farah
InvitéLe 2 avril prochain, elle sort un livre et elle en vend des centaines de milliers. Besaha comme on dit chez moi. Je ne lui souhaite que du bien à cette dame. Je comprends trop ce que ce diagnostic révolutionne en soi et elle n’est pas moins importante que moi, elle a tous les droits de. Mais le fait que lorsqu’on ne mesure pas sa force, on ne mesure jamais le mal qu’on peut faire. Il paraît qu’on lui envoyé mon livre, peut-être le lira-t-elle et je serai pas contre échanger avec elle sur cette question de la visibilité de l’invisibilité par les plus visibles…
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dalie Farah
Invitépardon pour les mots manquants ou de trop, j’ai le tort de ne pas me relire.
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Oscar
InvitéJ’attends de lire – interdit de parler des livres qu’on ne lit pas blabla. yeux aux ciel –
Juste dire que la simple accroche du Figaro avait déjà opéré très fort en ce qui me concerne. Dalie Farah, diagnostiquée autiste à 50 ans : «Je ne comprenais pas les réactions de mes enfants»
Puis vous écouter https://www.rts.ch/play/embed?urn=urn:rts:audio:210b5aae-6165-366a-849c-ea0d62c04655-
dalie Farah
InvitéPour l’accroche du Figaro, Minh qui est l’intervieweuse a un enfant autiste non verbal et c’est plus que difficile. C’est en lisant son livre que j’ai été interloquée par certaines de ces remarques sur l’autisme, mais je me suis dit, naan, rien à voir. Je la mentionne dans mon livre. Elle a défendu cet article en ligne pour parler de mon livre, mais l’espace et le format étaient limités. Pour le podcast, je ne suis pas au mieux, il y a eu du retard, on est en duplex, je suis crevée, et je fais de mon mieux pour capter les questions. Sur les anniversaires, j’ai un peu séché… Alors bonne lecture Oscar.
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Oscar
InvitéMerci dalie, on comprend mieux la résonance particulière de cette phrase.
Et pour l’entretien (rts), on peut regretter qu’il s’articule principalement autour du soin et délaisse un peu la littérature… mais ce que vous y dites me paraît très essentiel, et important.-
François Bégaudeau
Maître des clésA Dalie, comme à d’autres écrivains, on parle peu de sa littérature en tant que telle, et dans son cas c’est bien dommage
En tout cas ce nouveau livre pue la littérature à toutes les lignes. Il est même une démonstration de ce que peut la littérature. Et d’abord : refroidir.
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Samuel Grodard Penche pr les crises point fr
InvitéSalut, votre conversation m’évoque l’entretien de Jisef Schovanec par Adele Van Reth dans feu les chemins de la connaissance en 2022: Josef Schovanec : « Le handicap, c’est une culture de l’autre » : épisode 4/4 du podcast Philosophie du handicap | France Culture https://share.google/qi32ORIzvEJIPavG5
A savoirSchovanec est exceptionnel, Van Reth, est digne de son mari.
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Samuel Grodard Penche pr les crises point fr
InvitéPardon, le bon entretien, 2018: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-chemins-de-la-philosophie/nos-intelligences-multiples-comment-mieux-integrer-les-personnes-autistes-2987183
J’ai plus de souvenirs que si j’avais 3 semaines.
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Stéphanie
InvitéAvant la peine Laure Heneich
« Il n’y a pas de peine juste, juste des peines »
» plus on connaît les personnes, plus on les aime, moins on les juge »
Ce livre en est un puissante démonstration, le pas de côté nécessaire pour panser -penser la justice des hommes.
Avant nos peines aussi.-
kenny
Invitéen écoutant bégaudeau en parler à la TV je me suis dit qu’il avait mis le doigt sur l’essentiel
oui moi aussi j’attendais d’avoir le fin mot de l’histoire
si puissance du livre il y a, c’est de nous éconduire
en revanche tes citations [ne pas être désagréable]
penser/panser oui oui, raisonner/résonner, des mots sur des maux [raté]
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Stéphanie
InvitéLaure Heinich
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kenny
InvitéVuillard chez hors série
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Claire.N
Invitéj’ai lu le livre de Dalie Farah
et effectivement j’en ressors particulièrement émue tant il est vrai qu’il est tissé de litterature
a un moment elle à d’ailleurs jaillit pour moi, en sanglot irrépressible comme l’advenue d’une source qui ce met à sourdre limpide et juste vivante de ses bouillon
« se plonger dans un livre est littéralités, je ne m’identifie pas, je vais plus loin, je suis ce que je lis et écris.
Parce que j’ai le verbe au corps.
Parce que le verbe définit mon corps.
Parce que le verbe acte mon corps »
cette séquence et ce rythme forte de l’arrêt au point, qui par persistance toujours reprise en parce que donne une épiphanie au corps comme fin en soi
ce livre pas un livre qui développe l’externalisation du trouble , il le prend avec
il prend avec d’autres corps et saisie leur grâce:
« j’écris des poèmes pour les lampadaires et les étoiles dont je plains la solitude »
« je desire confirmer en moi la bonté possible des êtres »
« ce n’est pas tant que je m’oppose à l’autorité, c’est pire, toute hiérarchie m’apparait comique, construite et imaginaire »
une mise en charité par ce double don de double langue
celle qui tombe les habits du roi , celle qui perce les masques-
Claire N
InvitéLa sentinelle est une sorte de passage, par et avec toutes les forces vives
A le frontière des territoires qui figent
De l’intériorisation identitaire et de l’externalisation qui explique -
Oscar
InvitéJe le lirai quand même ! Rire
(Je ne peux pas le chercher avant lundi soir/ mardi)
Ps : dalie Farah s’écrit avec un d minuscule-
François Bégaudeau
Maître des clés« « je désire confirmer en moi la bonté possible des êtres »
Je suis passé à cité de cette phrase, comment ai-je pu?
(même si vérifier aurait peut-être été mieux que confirmer)-
Claire N
InvitéJe sais pas j’aime bien les deux
– vérifier me parle plus comme une hypothèse, c’est vrai c’est plus glacé
– mais confirmer est plus dans le voeux, la rencontre -
dalie Farah
InvitéC’est dans la dernière partie du livre que d’après ma mémoire tu as lu dans un second temps.
Je relie mon programme littéraire à ma perception sensible donc du mal subi et commis. J’ai mis « confirmer » et pas « verifier » parce que j’ai accès à ma bonté qui n’a aucun sens dans ma vie quotidienne : je suis punie quasiment tout le temps. Sauf quand je lus et quand j’écris. (On compte pas l’école hein)-
François Bégaudeau
Maître des clés« J’ai mis « confirmer » et pas « verifier » parce que j’ai accès à ma bonté qui n’a aucun sens dans ma vie quotidienne »
Je ne comprends pas-
Ostros
InvitéJ’ai compris cette distinction de la part de dalie farah par le fait qu’elle est bonne par nature. Elle croit en la bonté des hommes par défaut, et malgré sa volont. Son âme est ainsi faite. Donc elle souhaite confirmer.
Vérifier partirait du principe inverse, d’un pessimisme de base.
Je ne sais pas si j’ai bien compris, mais de prime abord c’est le sentiment que j’ai eu.-
Ostros
Invitévolonté*
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dalie Farah
Invitéoui, merci Claire. Si, ici, on m’accorde cette mystique, je dirai même que je « la » vois. Sans doute cette « enfance nue » que j’écris dans Retrouver Fiona et que je pique à Pialat. La bonté c’est aussi la conscience aigue de sa propre vulnérabilité. Ce n’est pas automatique, mais je retrouve ça chez d’autres autistes, cela demeure hypothétique à ce jour.
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dalie Farah
InvitéJe fais tout bien et je suis battue quand même. Je souffre de voir mes parents me battre parfois au moins autant que je ressens les coups. Je crois qu’une bonté structurelle autistique me le permet. Les chercheurs appellent cela « candeur autistique ». Je crois que c’est une chimie personnelle, mélange d’inné peut-être mais aussi stratégie de survie, quoi qu’on en dise, la bonté c’est une force vitale dont on n’a pas le choix. Rien à voir avec la morale.
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..Graindorge
Invité« la bonté c’est une force vitale dont on a pas le choix »
Cette » sentinelle qu’on ne relève jamais » c’est peut-être lac bonté de cette sentinelle bien visible sur votre visage dalie qui est sa/votre plus grande force.
J’ajoute que le titre de ce livre » La sentinelle qu’on ne relève jamais » je ne l’oublie pas. Je le lirai.
P.s: et je vous pardonne de ne pas aimer le jaune-
dalie Farah
InvitéMerci Grain d’orge merci. le jaune est une couleur traître qui ne choisit pas, une couleur sans franchise, je ne sais pas pourquoi, c’est presque physique, c’est la seule couleur que je ne porte jamais, comme si les longueurs d’onde manquait de précision, le jaune c’est comme le centre politique, cela a quelque chose de triste et d’indécis, ça ne veut pas vraiment être une couleur. Sinon, le jaune serait rouge. Et merci Ostros aussi !
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Stéphanie
InvitéBonjour dalie Farah, je profite de votre présence là, maintenant. Je suis entrain de finir Retrouver Fiona, il est d’une puissance rarement lue, je pense à Neige Sinno Triste tigre.
Je préciserai ma pensée.
Merci » pour avoir compris les mères « .
Hâte de lire votre tout dernier livre.-
dalie Farah
InvitéRetrouver Fiona publié 5 mois avant Triste Tigre et passé quasi inaperçu.
Merci de le lire. Ce livre est un peu ma cathédrale à la François….Pignon. 10 ans à tourner cette histoire. A analyser des centaines de documents
Je l’ai fait refait défait refait pendant au moins 8 ans…
Vieillissant avec mon livre, je me suis affinée. Comme un fromage je veux dire. Et mon livre avec. Il a été l’occasion d’un apprentissage passionnant d’écriture. Comment écrire ce réel XXL ? Et il m’a permis de comprendre de nombreuses énigmes qui me dévoraient sur le lien entre une main qui violente er et le coup, le lien entre mère et infanticide et aussi entre amour et violence, enfance et mort….
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Cynthia Lennon
InvitéJ’ai bien repéré cet aspect dans le livre et je l’ai mis en regard de votre post Facebook sur Loana. Je serais intéressée que vous creusiez cette bonté/vulnérabilité dans un prochain livre.
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Claire N
Invité« je suis punie quasiment tout le temps »
Merci pour cette précision, j’entends d’ailleurs , je ne sais pas trop comment, la punition d’injustesse
Dans cette manière de la dire -
Samuel EpaulesLargesGlandEnorme
InvitéBonjour madame! J’adore cette objurgation à soit même, si j’ai bien compris, de confirmer que l’homme bon existe. C’est tellement plus simple de constater la viléni3 des autres! Eh oui, la bonté de l’humanité commence par l’enfoiré qu’on toise dans son miroir
Comme disait le plus grand des poètes français: »Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le se ».
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dalie Farah
Invitéoui, y a un peu de soi, à ceci près que je ne me reconnais pas et ne me suis jamais vraiment reconnue dans les miroirs, mystère neuronal encore non élucidé.
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Samuel_Belkekett
InvitéNe pas se reconnaître dans un miroir est un symptôme de schizophrénie déjà bien avancée, mais bon, personne n’est parfait.
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François Bégaudeau
Maître des clésDalie, tu ne saurais savoir que tous les Samuel qui postent ici sont un seul et meme homme, un seul et même nuisible qu’ici plus personne ne lit.
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Samuel_Belkekett
InvitéDalie… Voit comme ici certains te traitent.
Comme une petite chose qu’on doit protéger. Qu’on doit soustraire de l’éventuel danger qui pourrait t’atteindre d’une manière ou d’une autre. Comme si tu avais besoin de ça. Comme si tu avais besoin d’un protecteur soi-disant bienveillant qui considère que tu n’es pas capable de distinguer et d’interprèter les choses.
Voilà où on en est des dits féministes avertis.
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Claire N
InvitéEt bien peut-être que c’est un peu plus vrai comme ça ; après tout il paraît difficile de plonger dans son propre regard – un miroir n’est pas aussi profond qu’un oeil me semble-t-il
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Claire N
InvitéRire – Oui lit quand même
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Samuel_Belkekett
InvitéChère Claire N,
Pourquoi commencer la plupart de tes posts par « Rire – » et cela même si tu ris.
Les sitcoms avec rires enregistrés sont-ils la base de ton inspiration ?
Te rends-tu compte que c’est de très mauvais goût ? Mais vraiment de très très mauvais goût.-
Claire N
InvitéTu as raison – il n’est souvent pas utile d’expliciter
Je commence des à présent – merci-
Samuel_Belkekett
InvitéHa bah dis donc…
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Claire N
InvitéCela dit – c’est plutôt une habitude que tu devrais juger charitable – ainsi je t’épargne de chercher où sont mes dents
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Bonnaventure
InvitéS’en remettre à l’arbitrage de « Samuel Belkekett » sur le bon goût c’est comme demander à Aurore Bergé de se prononcer sur l’antisémitisme.
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Claire N
InvitéRires
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Zorglub
InvitéBEST OF- Les rires hors du commun.
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Rires, hi han !
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Samuel Grosgeek
InvitéIssou
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stephanie
InvitéRires
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Samuel GrosTrombone
InvitéDieu! Que le rire de Clairette était joli! 🎵
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Samuel_Belkekett
InvitéDéjà écrire Aurore Bergé dans un post, c’est de mauvais goût.
Ensuite attention ! De ne pas sombrer dans les bas fonds des réseaux sociaux. Alimenter la poubelle internet de vos sitcoms intellectuels.
L’avantage quand on perd une jambe ou les dents c’est qu’on s’en rend compte immédiatement, tandis que la tête, s’est moins sûre.
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Dr Xavier
InvitéJ’abonde sur ce qui a été écrit sur La sentinelle, j’ai aussi ri à plusieurs reprises (notamment un passage où la narratrice liste tout ce que les gens ‘normaux’ font d’habitude – « aller à une fête foraine et payer pour avoir peur et vomir / parler de la pluie qui tombe quand la pluie tombe » – et qui lui paraît complètement aberrant). J’aime beaucoup le titre, avec les multiples sens recouvrés du « relever » (la sentinelle qu’on ne remplace pas, qu’on ne remarque pas, qu’on ne rétablit pas).
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Au-delà de l’autisme, c’est un grand livre sur la maltraitance infantile, et plus généralement sur la position du dominé qui doit capter les signaux de courroux du dominant : « il faut rendre à ma mère ce qui lui appartient. Elle m’a dressée à deviner ses intentions sous peine d’en payer le prix. J’ai été dressée en fille, dressée à la peur des hommes et des coups. Dressée à la pudeur terrifiée. Mon premier intérêt spécifique c’est l’énigme maternelle associée à la violence. On appelle ‘intérêt spécifique’ un domaine de prédilection sur lequel le porteur d’autisme se fixe de manière démesurée, obsessionnelle et répétitive. Étudier ma mère pour l’anticiper et absorber ses fureurs m’a permis de m’initier à l’humanité. Elle m’apparaissait prophète et sorcière, mythique et divine, parce que je ne la comprenais pas. Dans les années quatre-vingt, ma mère m’entraîne à la vie dure en me la faisant terrible, elle m’éduque. » (faut-il le préciser, ce passage n’implique nullement que LaMère soit reponsable en aucune manière d’un autisme – comme indiqué d’ailleurs précédemment dans le livre)
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Le livre fait mention de la notion de masking, pour ma part j’y vois écho à la notion de dirty care (sorte de charge mentale des enfants), ici exposé dans La Fabrique de l’Enfance de Charbonnier : « La forme de ce care est analogue à ce qu’Elsa Dorlin a conceptualisé comme un dirty care, c’est-à-dire une forme d’attention et de soin contrainte pour des raisons de survie. La métaphore qu’elle utilise est celle de la proie qui doit apprendre à connaître son prédateur, pour en anticiper le comportement, et ne doit jamais cesser cette vigilance dirigée vers l’autre – sous peine de mort, symbolique, partielle ou littérale. Cette connaissance du dominant – là l’Homme, ici l’Adulte™ bref le patriarche – engendre un dommage collatéral immense: la méconnaissance de soi. En effet, tout le temps consacré à capter les réactions de l’autre, à tenter de saisir son mode de fonctionnement, est autant de souci de soi en moins. »
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Je précise rien n’y connaître en autisme, et je devine grâce au livre cet énorme effort double de non seulement deviner les émotions de son prochain (la narratrice doit demander régulièrement à son compagnon s’il est fâché) mais aussi de masquer ses propres émotions en public, parce que « on » a décidé que tel ou tel comportement n’était pas adéquat.
– La Sentinelle : « Qui veut rester sauve apprend à ajuster son masque pour se faire aimer des ogres comme des sorcières. »
– La Fabrique : « Avant de subir les conséquences d’une prise en charge forcée de la détresse émotionnelle de l’Adulte™, les enfants sont plutôt affectivement adéquat.es. Notamment, il n’y a aucune « dissimulation » spontanée, contrairement au reproche qui leur est souvent fait. De fait, les enfants dissimulent peu leurs affects, leurs expressions sont plus lisibles. L’Adulte™ , lui, simule volontiers ce qu’il croit être la bonne émotion à ressentir selon les contextes sociaux: par arrivisme, par peur d’être blessé, pour mille raisons apprises auprès du pouvoir pédagogique. Advenir adulte, c’est apprendre à (se) mentir pour faire image, à simuler afin de plaire. Le dirty care façonne un vouloir plaire qui est une sorte de survivalisme social qu’on ne choisit pas. »
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On est donc joyeux de trouver dans La Sentinelle nombre de passages anarchisants : contre le pouvoir, pour notre puissance. « La motivation ne se fabrique pas en dehors de soi » pourrait être tout droit issu du précédent livre de Charbonnier (Pouvoir et Puissance) ; tout comme « Le vulnérable, l’opprimé, le divergent, le différent, ne doit pas argumenter ce qu’il est et démontrer son droit à l’existence. Il existe. POINT. »-
Claire N
Invité« La métaphore qu’elle utilise est celle de la proie qui doit apprendre à connaître son prédateur, pour en anticiper le comportement, et ne doit jamais cesser cette vigilance dirigée vers l’autre »
Merci pour l’ouverture sur cette notion que je ne connaissais pas du dirty care -
dalie Farah
InvitéCe forum donne envie d’écrire des livres pour être lue comme ça ! Merci pour tout cela, je n’y avais pas pensé. Pardon François de squatter et de recueillir mon muguet pour le mois de mai qui arrive bien vite !
Je ne connaissais pas le « dirty care » je visualise un seau et une serpillère et comme cela renvoie à une scène culte d’Impasse Verlaine et un peu de ma vie, l’expression me met mal à l’aise, mais l’explication m’intéresse.
Pour l’anarchie, cela a été une grande joie de comprendre ENFIN pourquoi la hiérarchie m’était tant étrangère, pourquoi cette fiction sociale là m’était la plus pénible et celle qui m’apportait le plus de chiures dans l’existence. « Mon » anarchisme biologique est un fait d’existence que je ne savais pas interpréter.
Merci Dr Xavier.-
Samuel EpaulesLargesGlandEnorme
InvitéSalut dalie, j’imagine que vous connaissez aussi les critiques de lecteurs de Babélio: https://www.babelio.com/livres/Farah-Retrouver-Fiona/1495075/critiques
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Samuel Grosgeek
Invité.
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Dr Xavier
InvitéMerci dalie, je n’ai pas encore lu Impasse Verlaine mais c’est prévu pour cet été.
Même ressenti que toi (je me permets le tutoiement) sur les questions de hiérarchie. Sur le dirty care et plus généralement sur le refus du pouvoir, je deviens un disque publicitaire rayé, je rerererecommande les deux grands livres Pouvoir et Puissance et La Fabrique de l’Enfance de Sébastien Charbonnier. Il y a plusieurs entretiens en ligne qui peuvent donner envie.
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..Graindorge
Invité« aller à une fête foraine et payer pour avoir peur et vomir / parler de la pluie qui tombe quand la pluie tombe » – »
Seigneur! Ils vont me ruiner! Ils vont me ruiner! Je vé plus pouvoir manger bio! Help!
Dr Xavier et Mister Hyde: Stop pliz! » La sentinelle qu’on ne relève jamais » dalie Farah. Généreuse elle nous offrait de longues critiques sur les livres de François Bégaudeau, puis sur les livres d’écrivains de Cause Perdue. Jamais avec le dos de la cuillère.
Et bim! Comme dirait l’Autre. Ce titre: La sentinelle qu’on ne relève jamais! Cruauté de la bonté!
C’est LE titre! Le titre que jalouse mine de rien mine de crayon l’auteur de Désertion qui est un jaloux-né.
Si si!
Quand je pense au nombre d’exemplaires vendus par un Musso, je me remémore que je suis bien à l’Âge de Fer, fo Fer avec. Ton heure viendra dalie ( d minuscule) Farah. Le F comme une échelle. Ton heure est là.
23:04: c’est l’heure. Bonne nuit-
François Bégaudeau
Maître des clésJe jalouse bien des choses chez mes pairs et mes pair-e-s, je ne suis que jalousie et ressentiment, et je pourrais jalouser l’immense talent de Dalie.
Mais je ne jalouse pas ce titre, que d’une part je trouve légèrement pesant – le « que » au centre-, qu’ensuite je ne suis pas bien sûr de comprendre. Au fond cette image de la sentinelle, assez discrète dans le livre d’ailleurs, je trouve qu’elle n’opère pas.
C’est bien la seule faiblesse de ce livre.-
..Graindorge
InvitéMoi j’adore ce titre
« La sentinelle qu’on ne relève jamais.
C’est pesant oui d’être une sentinelle qu’on ne relève jamais.« C’est bien la seule faiblesse de ce livre. »
Il donne à beaucoup l’envie de le lire, c’est pas rien
Excellent titre!
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Zorglub
Invité« … Quand je pense au nombre d’exemplaires vendus par un Musso, je me remémore que je suis bien à l’Âge de Fer, fo Fer avec. Ton heure viendra dalie ( d minuscule) Farah. Le F comme une échelle. Ton heure est là… »
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Pas sûr que son heure est là, elle peut compter sur son salaire de prof.
C’est un vœu pieux. Nous vivons dans un monde où tout est nivellement vers le bas, la culture comprise.
Les plans sociaux dans les médias se multiplient, sans parler du monde de l’édition…
Les Français lisent de moins en moins, tandis que les écrans gagnent encore du terrain.
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La double vie des écrivains – Bernard Lahire (La Découverte)
« … Laurent Bonzon – C’est ce dont on s’aperçoit en lisant votre livre : la précarité. Rien n’est jamais acquis. Un livre qui marche, c’est bien, mais cela ne promet pas le succès pour le prochain. Est-ce que cette situation est nouvelle ? Est-ce que la précarité des écrivains ne fait qu’accompagner la précarité sociale qui s’installe dans la société d’aujourd’hui ?
===
Bernard Lahire – L’une des premières choses que j’ai apprises en avançant dans ce travail, c’est que la situation faite aux écrivains était structurelle et pluri-séculaire. C’est important de remettre tout ça dans l’histoire. C’est d’ailleurs un des points sur lesquels je suis en désaccord avec Pierre Bourdieu, qui avait l’impression que le marché avait au cours du 19e siècle libéré les acteurs du champ littéraire et accru l’autonomie de ce champ. En réalité, le marché libère d’une certaine dépendance par rapport aux élites qui, autrefois, finançaient la littérature, mais pour en créer une autre vis-à-vis des éditeurs et des lecteurs. Car seuls ceux qui arrivent à vendre correctement et régulièrement leurs œuvres auprès d’un grand nombre de lecteurs peuvent vivre de leur plume. Les autres, ceux qui font de la littérature plus « pure », plus expérimentale, plus érudite ou, dans tous les cas, plus dégagée de la demande immédiate, éprouvent toujours beaucoup de difficultés sur le marché. La bohème littéraire à Paris, en plein 19e siècle, ce sont déjà des auteurs qui n’arrivent pas à vivre de ce qu’ils écrivent ! »
https://www.sens-public.org/articles/347/
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Ray Bradbury était visionnaire. Dans les années qui ont suivi sa publication, Fahrenheit 451 a parfois été interdit, censuré ou expurgé (aux USA et en Afrique du Sud pendant l’apartheid) dans certaines écoles à la demande des parents ou du personnel enseignant.
François Truffaut en a fait un beau film; une partie de son enfance est marquée d’une part par son amour des livres et d’autre part par le nazisme et les autodafés.
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RE-SIS-TANCE !-
..Graindorge
InvitéHé oui, peu d’écrivains vivent de leur plume. Il faut un gagne-pain
C’est de ma part un mensonge pieux. J’ai aimé dire » ton heure est là » j’ai aimé dire « ton heure viendra »
C’est dur de devoir avoir un métier alimentaire pour pouvoir continuer à faire ce qu’on aime. Bien sûr ça n’empêche pas, tant qu’à faire, de l’exercer du mieux qu’on peut. Et toujours tant qu’à faire l’exercer joyeusement ou le moins tristement possible
Résistance? Je préfère Persévérance. -
Samuel Grosgeek
InvitéAu salon du livre a paris, la romance avait un etage.
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dalie Farah
InvitéC’est une auto-citation extraite du Doigt. Il renvoyait à l’origine à l’hypervigilance, une hypervigilance qui ne cesse pas. Souvent elle est reliée au fameux « trauma ». Je me suis rendue compte que je n’avais jamais vraiment dormi. Depuis mon effondrement, ma sensorialité a empiré les choses : une hypervigilance augmentée permanente : la sentinelle qu’on ne relève jamais. Ma référence aussi c’est sans doute un souvenir du Désert des tartares de Dino Buzzati, cette sentinelle qui attend, qui surveille et qui attend pour rien. J’avais été touché par cette histoire. J’aime beaucoup Buzzati. Pas sûr que ce soit ta came, je n’en sais rien.
Le tragi-comique de l’état autistique, c’est d’être une sentinelle perpétuelle, d’en avoir les capacités théoriques et d’être incapable de l’être vraiment. D’être, ce que j’écris assez vite dans le texte « une sentinelle en besoin de bodygards »
J’ai une tendresse pour ce titre, d’autant plus que j’aime bien l’idée de la légion de sentinelles qui ne servent à rien et qui n’ont pas à être rentabilisés. Je n’ai pas trouvé mieux.Je sais que tu aimes la brièveté et l’épure, et c’est vrai que le titre n’est pas à l’image de l’écriture du texte, induisant peut-être un pathos que je n’aime pas, mais je crois que c’est le meilleur titre possible, imparfait mais pas inexact.
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François Bégaudeau
Maître des clésC’est marrant, hier un intervieweur m’a dit que Désertion lui évoquait pas mal Buzzati
J’aime bien cette idée de sentinelle qui ne sert à rien, mais justement cette idée n’est pas vraiment présente dans le « qu’on ne relève jamais »-
dalie Farah
Invitéah, la polysémie par l’antithèse, c’est mon grand truc. je vise le grand art, que faire de l’euphémisme, de la litote quand on peut tenter l’oxymore implicite.
Oui, je suis d’accord qu’il y a du Buzzati dans Désertion, tout à fait, j’avais hésité dans ma critique mais j’ai choisi Le Feu de Barbusse pour donner une référence plus directe qu’une guerre c’est de l’attente. Une guerre c’est peu le combat même si c’est la mort possible. Dans le désert des Tartares – attention spoiler- c’est que le capitaine Drogo attend le combat, il le veut, il a fait l’Académie militaire, trente ans d’attente et la guerre arrive…au moment où il quitte le fort, pour mourir de maladie tout seul dans une auberge. A la fin, on est triste pour Drogo, triste de cette solitude qu’il a patiemment élaborée depuis son attente du Grand Destin, les sentinelles souvent ne servent à rien.Mon ouie de super Jaimie ne me sert à rien toute seule, toutes mes capacités sensibles souvent surchargées ne me servent qu’à galérer voire à avoir mal, et on ne me relève jamais parce que c’est impossible. Cette « état » de sentinelle est inutile, c’est Drogo en moins bien, je ne rêve pas d’héroïsme. J’aurais dû mettre un titre du genre « La sentinelle trop nulle qu’on ne relève jamais, ça sert à rien » (sourire)
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Claire N
InvitéRires- en tout cas c’est vrai que sur un CV
C’est pas bien facile à caler
Et même d’une manière « dialectique « dans un CV MDPH-
François Bégaudeau
Maître des clésJe propose le plus léger, et plus vendeur : « La sentinelle trop nulle qu’on ne relève jamais et même que si on la relevait ça servirait à rien »
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Claire N
InvitéRire Voilà – un cauchemar pour l’état major
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..Graindorge
InvitéJe pouffe
Peut-être que cette sentinelle, loin d’être nulle, est si puissante qu’elle n’a pas besoin d’être relevée -
dalie Farah
Invitéénorme rire !
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Claire N
Invitéla sentinelle
Sans chemin de garde c’est comme ça que j’envisage l’échec de la relève du petit matin
Bah elle est oú ?
C’était chiant elle s’est cassé aux fraises
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Samuel Grosgeek
Invité« La polysémie par l’antithèse »
Splendide et merci, je vais en chercher partout dorénavant!
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Samuel_Belkekett
InvitéMoi j’en ai déjà inventé tout plein…
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Samuel Grosgeek
InvitéBalance!
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Samuel_Belkekett
InvitéExemples :
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Je n’ai jamais pu carreser la petite chatte de mon ami François.
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Belkekett se protège chaque fois qu’il pénétre le forum de François.
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L’ennemi de mon ami ne peut être un ennemi si mon ami est un traître.
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L’ami de mon ennemi sera mon ami si je suis un traître avec lui.
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Un enculeur jamais enculé ne recule jamais si l’ennemi est derrière lui.
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Ne jamais tourner le dos à un enculé.
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Plus Belkekett exerce de pression plus l’anus de François se contracte.
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Après des années de pipo, il a fini au violon.
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Une buraliste offrait une pipe à chaque client qui dépensait sans compter.
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Après avoir tirer un coup, Belkekett rengaina son calibre et contempla l’ampleur du trou de balle.-
Tea Me Deux
InvitéJe peux jouer moi aussi ???
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Samuel Grosgeek
InvitéHonteux, fouler au pied ainsi mon enthousiasme…
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Samuel_Belkekett
InvitéMais bon dieu…
Pourquoi faut-il que tu sois aussi verbeux ?!?!
Je ne suis pas du tout porter sur le virilisme mais tu t’exprimes comme une pucelle ! Epure ton style bon Dieu !
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nefa
Invitéquand on te présente un tableau avec des centaines de choses dedans (sujets possibles) tu dis que t’as du mal du mal à quoi « La sentinelle qu’on ne relève jamais » passe son temps devant le « qu’ » au centre sera une fausse ligne un jaune
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dalie Farah
InvitéPardon, mais je n’ai pas compris votre phrase Nefa, et j’ai du mal à savoir si vous vous moquez, je ne connais pas les usages de ce lieu de parole et ne maîtrise pas toujours le second degré social, notamment quand il est malveillant.
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Claire N
InvitéJe ne pense pas Dalie qu’il y est une once de moquerie
Nefa me parait parfois difficile à suivre mais c’est un sourire en étincelle -
nefa
Invité@dalie
j’écrivais d’un replis où ça fermente pas mal
et tu peux me croire, la fermentation (non industrielle) aboutit parfois à des trucs bizarres
au passage merci pour aristocrate est peut-être travailler poliment -
nefa
Invitéje tente la politesse
délester fermenter
bibi ayant (professionnel, amateur) accompagné moult productions ( vitamine B12, fromages, légumes, bière, bière avec la salive) en fermentation
elles me donnèrent-
Samuel_Belkekett
Invité« délester fermenter
bibi ayant (professionnel, amateur) accompagné moult productions ( vitamine B12, fromages, légumes, bière, bière avec la salive) en fermentation
elles me donnèrent »
Elles me donnèrent envie de péter bien évidemment. Mais joyeusement et pourtant un sentiment de culpabilité m’en empêcha, et je ne sais pourquoi.
Tkt nefa ça te passera. Tout pet n’est guère néfaste et un jour tu t’abandonneras à cette joie immense qu’est la joie de péter sans culpabilité. Pour l’instant tu n’es pas assez mûre pour t’adonner à cette activité mais crois-moi, un jour tu rattraperas le temps perdu.
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..Graindorge
Invité@dalie
nefa répondra sûrement
Moi, je le soupçonne de s’être moqué de MON jaune mais j’en suis pas sûr donk j’attends ses aveux lanterne sur son nez!
Personne ne connaît les usages de ce forum chère dalie et croyez bien que c’est pas grave. Du tout
Contente pour ma part de vous avoir offert un « énorme rire »-
Claire N
InvitéNon il ne se moque pas de ton jaune
Il rapproche l’inconfort qu’il provoque
De la nature du qu dans la phrase, au centre du titre
Et questionne si j’ai bien compris sur la similitude des sensations pour dalie-
nefa
Invité@claire
merci !
@graindorge
réf à la synesthésie de dalie et à sa façon d’éprouver de le jaune
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Oscar
InvitéLa sentinelle qu’on ne relève jamais
(je trouve la couverture très décorative mais j’ai adoré sa texture, et toucher sans cesse les différents grains en lisant)
Au début du livre j’ai eu du mal et un peu peur, puis petit à petit je suis rentrée dans le récit.
Totalement.
Je ne vois pas la littérature suinter. Plutôt une mise au point, une parenthèse d’écriture – du temps.
Une façon très légère finalement de dire la lourdeur et les caprices du temps. Ses circonvolutions. La réminiscence à l’œuvre.
Une moitié de vie pour comprendre…
Sororale beauté aussi. C’est rare.
Un grand merci pour ce livre-
dalie Farah
InvitéOui, quand j’ai découvert le livre, j’étais contente de sa sensorialité, la forme aussi, la relative symétrie des espaces, cela m’a plu, je me suis dit, c’est la bonne maison d’édition pour ce livre. L’image est une suggestion de ma part au maquettiste : les oiseaux d’Hitchcock dont je parle dans le livre. On a évoqué l’image de la Sentinelle avec l’hypervigilance inutile – sauf à l’écriture – et il y a aussi celle du personnage du film : qui ne peut pas traiter chaque volatile – sens – séparément, assaillie, percevant l’impossible -assaut sensoriel – C’est ce que j’ai resenti/visualisé dans à la gare Part-dieu lors d’un changement de train, j’ai cru mourir – littéralement – ce jour-là, j’ai observé les rails et j’ai eu cette image fugace et tentante de mon corps déchiqueté sur les rails. Pour les couleurs de la couverture, c’est le graphiste qui a choisie, je n’ai pas détesté et aujourd’hui, j’aime beaucoup ce contraste vigoureux à la fois criard et joli. Vous avez eu peur de quoi Oscar ? La légerété du livre – s’il en est – est un travail très difficile de politesse éthique, ne pas rendre coupable le lecteur de ce à quoi il n’a pas participer, ce n’est pas un effort dans l’écriture, j’écris toujours en fulgurance et en premier jet, c’est un travail dans la coupe et le montage. Je suis une brute avec des ciseaux.
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Oscar
InvitéAh peur d’une sorte de guidance résiliante-psy-auto-tout ça
Évidemment ce n’est pas ça du tout du tout.-
François Bégaudeau
Maître des clésdu tout
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Schnoups
InvitéJe ne vais pas pouvoir lire ton roman tout de suite, ni celui de François d’ailleurs. Du coup je réagis juste à ce qui concerne l’autisme. Ce que tu racontes sur ton changement de train me donne envie de conseiller le livre d’Olga Bogdashina, sur la perception sensorielle dans l’autisme qui a le grand intérêt d’être basé presque intégralement sur des témoignages. C’est très surprenant et passionnant ce qu’on peut y lire. Exemplairement sur l’agression, la douleur que peut représenter le regard dans les yeux, un couteau dans la chair.
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dalie Farah
Invitémerci, je ne connaissais pas.
et merci à vous tous du temps de vie consacré à mes mots, merci François pour l’hospitalité. A bientôt.
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François Bégaudeau
Maître des clésreviens quand tu veux
j’en profite pour recommander chaudement un livre que tu as lu, je crois, Dalie, et qui, entre autres beautés anti-psychiatriques, a des pages précieuses et informées sur l’autisme : Pour une psychiatrie indisciplinée, Olivier Brisson, La fabrique (où n’écrit pas Lagasnerie)-
Schnoups
InvitéMerci, je note
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Samuel_Belkekett
InvitéMoi aussi je te remercie de tout cœur.
Tes polysémies par l’antithèse Je dois dire m »ont bien inspiré. Même si je suis loin d’être un expert comme toi. -
l’Orléanais
InvitéJ’ai regardé le dernier entretien de François sur Désertion et l’intervieweur y fait à un moment référence à une nouvelle de Buzzati sur De Gaulle. Etant assez courte, je me permets de la partager ici :
La leçon de 1980
Dino BuzzatiExcédé à la fin par tant de querelles, le Père éternel décida de donner aux hommes une leçon salutaire.
À minuit précis, le mardi 31 décembre, le chef du gouvernement soviétique, Piotr Semionovitch Kurulin, mourut subitement. Il trinquait justement à la nouvelle année lors d’une réception donnée en son honneur –et il en était à son douzième verre de vodka– lorsque son sourire s’éteignit et qu’il s’écroula par terre comme un sac, au milieu de la consternation générale.
Le monde fut ébranlé par des réactions opposées. On était à l’une de ces périodes de crise aiguë de la guerre froide, comme il n’y en avait peut-être encore jamais eu. Cette fois-ci le motif de la tension entre le bloc communiste et occidental était la revendication de la possession du cratère de Copernic, sur la Lune, riche en métaux rares, où se trouvaient des forces d’occupation américaines et soviétiques ; les premières concentrées dans une zone centrale réduite, les autres sur le pourtour. Qui y était descendu le premier ? Qui pouvait se vanter d’un droit de priorité ? Justement, quelques jours avant, Kurulin, à propos du cratère, avait tenu des propos très violents.
Habitués comme ils l’étaient désormais à l’éloquence antipathique de leur grand adversaire, les Occidentaux n’avaient naturellement pas pris au pied de la lettre la menace mais ils ne s’en étaient quand même pas caché la gravité. La disparition soudaine de Kurulin fut donc un immense soulagement car comme ses prédécesseurs, il avait centralisé toutes les charges du pouvoir. Dans le camp russe, le désarroi fut grand.
Mais l’année à peine née devait décidément se révéler riche en imprévus. Une semaine après, à minuit précis, le 7 janvier, quelque chose qui ressemblait fort à un infarctus, terrassa à sa table de travail le président des États-Unis, Samuel E. Fredrikson, symbole de l’intrépide esprit national, premier Américain à poser le pied sur la Lune.
Le fait qu’à une semaine d’intervalle exactement, les deux plus grands antagonistes du conflit mondial aient disparu de la scène provoqua une émotion indicible. Et qui plus est à minuit tous les deux ? On parla d’assassinat fomenté par une secte secrète, certains firent des suppositions abracadabrantes sur l’intervention de forces supraterrestres, d’autres allèrent même jusqu’à soupçonner une sorte de jugement de Dieu. Les commentateurs politiques ne savaient plus à quel saint se vouer. Ce pouvait être une pure coïncidence mais l’hypothèse était difficile à avaler : d’autant que Kurulin et Fredrikson avaient joui jusqu’alors d’une santé de fer.
Pendant ce temps-là, à Moscou, l’intérim du pouvoir était assuré par un soviet collectif ; à Washington, selon la Constitution, la charge suprême passa au vice-président Victor Klement, sage administrateur et juriste sexagénaire. La nuit du 14 janvier, lorsque la pendule placée sur la cheminée eut sonné douze coups, M. Klement, qui était en train de lire un roman policier, assis dans son fauteuil, laissa tomber le livre, pencha doucement la tête en avant et ne bougea plus. Les soins que lui prodiguèrent les médecins accourus ne servirent à rien. Klement, lui aussi, s’en était allé dans le monde de la majorité.
Cette fois une vague de terreur superstitieuse déferla sur l’univers. On ne pouvait plus parler de hasard. Une puissance surhumaine s’était mise en mouvement pour frapper à échéance fixe, avec une précision toute mathématique, les grands de ce monde. Et les observateurs les plus perspicaces crurent avoir décelé le mécanisme de l’effroyable phénomène : par décret supérieur, la mort enlevait, chaque semaine, celui qui, à ce moment-là, était, parmi les hommes, le plus puissant de tous. Trois cas, même très étranges, ne permettent certes pas de formuler une loi. Cette interprétation toutefois frappa les esprits et un point d’interrogation angoissé se posa : à qui le tour mardi prochain ?
Après Kurulin, Fredrikson et Klement, quel était l’homme le plus puissant de l’univers destiné à périr ? Dans le monde entier une fièvre de paris se déclencha pour cette course à la mort. La tension des esprits en fit une semaine inoubliable. Plus d’un chef d’État était tiraillé entre l’orgueil et la peur : d’une part l’idée d’être choisi pour le sacrifice de la nuit du mardi le flattait parce que c’était un critère évident de sa propre autorité ; d’autre part, l’instinct de conservation faisait entendre sa voix. Le matin du 21 janvier, Lu Tchi-min, le très secret chef de la Chine, convaincu plus ou moins présomptueusement que son tour était venu, et pour bien manifester son libre arbitre vis-à-vis de la volonté de l’Éternel, athée comme il l’était, se donna la mort.
Dans le même temps, le très vieux de Gaulle, désormais seigneur mythique de la France, persuadé lui aussi d’être l’élu, prononça, avec le peu de voix qui lui restait, un noble discours d’adieux à son pays, parvenant, de l’avis presque unanime, au sommet de l’éloquence, malgré le lourd fardeau de ses quatre-vingt-dix ans. On constata alors combien l’ambition pouvait l’emporter sur toute autre chose. Il se trouvait des hommes heureux de mourir du moment que leur mort révélait leur prééminence sur le reste du genre humain. Mais avec une amère désillusion, de Gaulle se retrouva minuit passé en excellente santé.
Cependant, celui qui mourut brutalement, à la stupéfaction générale, ce fut Koccio, le dynamique président de la Fédération de l’Afrique occidentale, qui jusqu’alors avait surtout joui d’une réputation de sympathique histrion. Et puis la nouvelle se propagea qu’au centre de recherches qu’il avait créé, on avait découvert le moyen de déshydrater gens et choses à distance, ce qui constituait une arme redoutable en temps de guerre.
Après quoi –la loi c’est le plus puissant qui meurt se trouvant confirmée– on constata un sauve-qui-peut général des charges les plus élevées et hier encore les plus recherchées. Presque tous les sièges présidentiels restèrent vacants. Le pouvoir, auparavant convoité avec avidité, brûlait les mains de ceux qui le détenaient. Il y eut, parmi les gros bonnets de la politique, de l’industrie et de la finance, une course désespérée à qui serait le moins important. Tous se faisaient petits, repliaient leurs ailes, affichaient un noir pessimisme sur le sort de leur propre patrie, de leur propre parti, de leurs propres entreprises. Le monde renversé. Un spectacle divertissant, n’eût été le cauchemar du prochain mardi soir.
Et puis, toujours à minuit, le cinquième mardi, le sixième et le septième, Hosei, le vice-président de la Chine, Phat el-Nissam, l’éminence grise du Caire, ainsi que le vénérable Kaltenbrenner, furent éliminés du jeu. Par la suite, les victimes furent fauchées parmi des hommes de moindre envergure. La défection des titulaires épouvantés avait laissé inoccupés les postes éminents de commandement. Seul, le vieux de Gaulle, imperturbable comme toujours, n’avait pas lâché le sceptre. Mais la mort, qui sait pourquoi, ne lui accorda pas satisfaction. Il faut bien reconnaître qu’il fut même l’unique exception à la règle.
En revanche, des personnages moins importants que lui tombèrent à l’échéance du mardi soir. Peut-être le Père éternel, en faisant semblant de l’ignorer, voulait-il lui donner une leçon d’humilité ? Au bout de deux mois, il n’y avait plus un dictateur, plus un chef de gouvernement, plus un leader de grand parti, un président-directeur général de grosse industrie. Tous démissionnaires. Il ne resta à la tête des nations et des grandes firmes que des commissions de collèges paritaires où chaque membre se gardait bien d’attirer l’attention sur lui. Dans le même temps, les hommes les plus riches du monde se débarrassaient en toute hâte de leur incroyable accumulation de milliards par de gigantesques donations à des œuvres sociales, à des mécénats artistiques.
On en arriva à des paradoxes inouïs. Lors de la campagne électorale en Argentine, le président Hermosino, craignant une majorité des voix comme la peste, se diffama tellement lui-même qu’il tomba sous le coup de l’accusation d’outrage au chef de l’État. Dans L’Unità de Rome, les éditoriaux endeuillés proclamaient la complète dissolution du Parti communiste italien, en réalité encore très actif : c’était le député Cannizzaro, leader du parti, qui, attaché comme il l’était à sa charge dont il n’avait pas voulu se démettre, cherchait ainsi, subrepticement, à écarter les coups du destin. Et le champion mondial des poids lourds, Vasco Bolota, se fit inoculer le paludisme pour s’étioler, car une belle prestance physique était un signe dangereux de puissance.
Dans les litiges, qu’ils soient internationaux, nationaux ou privés, chacun donnait raison à l’adversaire, cherchait à être le plus faible, le plus soumis, le plus dépouillé. Le cratère de Copernic fut équitablement partagé entre Soviétiques et Américains. Les capitalistes cédaient leurs entreprises aux travailleurs et les travailleurs les suppliaient de bien vouloir les conserver. En quelques jours on arriva à un accord sur le désarmement général. On fit exploser les vieux stocks de bombes dans les environs de Saturne qui en eut deux anneaux brisés.
Six mois ne s’étaient pas écoulés que toute ombre de conflit, même local, s’était dissipée. Que dis-je, de conflit ? Il n’y avait plus de controverses, de haines, de disputes, de polémiques, d’animosité. Finies la course au pouvoir et l’idée fixe de la domination ! Et l’on vit alors s’établir partout la justice et la paix, dont, grâce au Ciel, nous jouissons toujours 15 ans après. Car si quelque ambitieux oublieux de la leçon de 1980 tente de lever la tête au-dessus des autres, la faux invisible, tzac ! la lui tranche, toujours le mardi, à minuit. Les exécutions hebdomadaires cessèrent vers la mi-octobre. Elles n’étaient plus nécessaires. Une quarantaine d’infarctus judicieusement distribués avaient suffi pour arranger les choses sur la Terre.Les dernières victimes furent des figures de second plan, mais le marché mondial n’offrait rien de mieux en fait de personnages puissants. Seul de Gaulle continua à être obstinément épargné.
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François Bégaudeau
Maître des clés« Dans le même temps, le très vieux de Gaulle, désormais seigneur mythique de la France, persuadé lui aussi d’être l’élu, prononça, avec le peu de voix qui lui restait, un noble discours d’adieux à son pays, parvenant, de l’avis presque unanime, au sommet de l’éloquence, malgré le lourd fardeau de ses quatre-vingt-dix ans. On constata alors combien l’ambition pouvait l’emporter sur toute autre chose. Il se trouvait des hommes heureux de mourir du moment que leur mort révélait leur prééminence sur le reste du genre humain. Mais avec une amère désillusion, de Gaulle se retrouva minuit passé en excellente santé. »
Noé, l’intervieweur, m’a raconté off cet excellent gag.-
Samuel_Belkekett
InvitéIncroyable mais tout à fait vrai.
Lorsque l’on a parlé de Buzzati en référence à propos de « Désertion », j’ai eu écho que sur le plateau tout le monde a réalisé que François Bégaudeau s’est éjaculé dessus.
Aussi, moi j’ai très facilement vu dans Désertion :
Proust pour les signes, Balzac pour la comédie humaine, Wilde, Flaubert, BHL, Goldoni, avec un peu d’imagination on y trouve une mine…
En revanche en terme d’écriture, Buzzati, hum hum…
Ce pourquoi l’Orléanais ne peut qu’être un des 5272 pseudos de François Bégaudeau, ce pourquoi il a consciencieusement mis qu’un z à Buzzati pour laisser paraître qu’il prend ça à la légère. Bégaudeau ne pouvant résister à revenir sur cette pseudo comparaison, et enfin, d’éjaculer à nouveau.-
Samuel_Belkekett
InvitéL’orleannais et Bégaudeau ne font qu’un. Begaudeau se commentant lui-même. Pour l’exaltation.
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Claire N
InvitéJe reviens sur les passages en « écriture barrée «
Du livre de dalie
J’en ai perçu la justesse très récemment , c’est exactement cette saisie de la prescription avortée
Je l’ai reconnue après coup
Après une consultation au ours de laquelle une jeune femme m’exposait ses difficultés concrètes
En lien avé une souffrance et sociale et psychologique
Je n’avais rien comme structure à lui proposer
L’ordonnance n’était plus qu’un bout de papier -
Charles
InvitéJe suis en train de finir Effi Briest de Theodor Fontane et je dois dire que je suis toujours surpris du gouffre qui existe entre la littérature européenne et la littérature américaine s’agissant des personnages féminins. La littérature européenne a produit de grands personnages féminins tout au long du XIXème siècle et évidemment après (d’Austen à Lauwrence et Proust en passant par Balzac, Flaubert, Fontane donc), tandis qu’on peut lire un grand nombre de romans américains de la seconde moitié du XXème siècle et n’y croiser que des fantômes de femmes. Je me suis ainsi tapé les 1000 pages de l’Arbre de fumée de Denis Johnson et n’en ai rencontré presque aucun. Evidemment, c’est un roman de guerre (pour partie) donc c’est assez compréhensible mais j’ai enchainé avec son recueil de nouvelles, Jesus’ son (supposément son chef d’oeuvre) et c’est la même chose alors que cette fois il n’y a plus l’excuse du genre. J’ai alors lu De si jolis chevaux de Cormac McCarthy, idem. Mais là encore, c’est une espèce de western. Sauf que je me rappelle que dans les autres livres que j’ai lus de lui, et qui n’étaient pas tous des westerns, c’était peu ou prou la même chose (K qui est fin connaisseur de son oeuvre me corrigera). Evidemment, ce constat n’a rien de très original et beaucoup de romans européens sont aussi pauvres de ce point de vue mais avec des exceptions tellement éclatantes que cela peut donner une image un peu biaisée. C’est toutefois la différence entre ces deux littératures qui me frappent. Je me suis demandé si cela n’était pas dû à la fréquentation par les romanciers européens des salons bourgeois, à la sociabilité particulièrement mixte de cette classe sociale tandis que les auteurs américains vivaient dans des sphères plus autarciques, moins mélangées.
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François Bégaudeau
Maître des clésIntuitivement, et à titre d’hypothèse mineure, je dirais qu’il y a un passif viril – voire viriliste – de la littérature américaine – qui consiste souvent à faire de gros livres, si tu vois ce que je veux dire (à l’image du pays, quoi)
Dieu sait si la littérature européenne n’est pas vierge de ce passif, mais tout de même : que la littérature engage dans un devenir-femme s’y vérifie plus souvent.-
Charles
InvitéCe désir du gros livre, du grand roman américain n’est-il pas relativement récent, post seconde guerre mondiale? Il n’y avait pas vraiment ça chez les écrivains de la lost generation par exemple (très europhiles il est vrai).
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François Bégaudeau
Maître des cléstu as tout dit
fut un temps le roman américain avait pour modèle le roman européen (d’ailleurs la plupart des écrivains américains avaient, soit généalogiquement, soit biographiquement, soit les deux, un rapport fort avec le vieux continent)
maintenant cette validation symbolique importe moins, beaucoup moins
compte surtout le suffrage massif, planétaire, que visent les éditeurs
ce qui nous ramènerait à certaines analyses récentes sur le mépris culturel-
Charles
InvitéOui, sans doute à l’image du pays qui asseoit définitivement sa puissance en s’emancipant puis dominant l’Europe.
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K. comme mon Code
InvitéAucune femme chez McCarthy, oui. À part dans le tout dernier, constitué intégralement de dialogue, et c’est une sorte de génie schizophrène. On a quelques beaux personnages de femmes chez DeLillo. Il y a, au moins, du masculin au contact du féminin. Roth n’a pas toujours fait une variation de sa première femme (on dirait borderline aujourd’hui), je pense à Drenka dans le Théâtre de Sabbath et Faunia dans la Tache. Pynchon a mis du temps à prendre les personnages féminins sérieusement.
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Samuel_Belkekett
InvitéK. Comme mon code ou l’envie de pénal.
Le maton de panurge.
Le flic de la morale…
Ça pretend lire du de Lillo, du Roth et du Pynchon.
La matraque à la main.
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Samuel_Belkekett
InvitéSi les français pouvaient lire davantage de littérature américaine, ils s’encanailleraient dans le bon sens du terme et ce serait déjà pas mal.
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..Graindorge
InvitéPas lu Le Désert des Tartares. Cherché un extrait. Celui-ci m’a fait courir à la bibliothèque. Ils ne l’ont pas, il est ailleurs, ils me préviendront par mail. Échange de chaleureux sourires.
« Effectivement s’avançait contre Giovanni Drogo l’ultime ennemi. Non point des hommes semblables à lui, tourmentés comme lui par des déserts et des douleurs, des hommes d’une chair qu’on pouvait blesser, avec des visages que l’on pouvait regarder, mais un être tout puissant et méchant ; il n’était pas question de combattre sur le sommet des remparts, au milieu des coups de canon et des cris exaltants, sous un ciel printanier tout bleu, il n’y avait pas d’amis à coté de vous dont la vue vous redonne du courage, il n’y avait pas non plus l’acre odeur de la poudre, ni de fusillades, ni de promesses de gloire. Tout va se passer dans la chambre d’une auberge inconnue, à la lueur d’une chandelle, dans la solitude la plus totale. On ne combat pas pour repartir couronné de fleurs, par un matin de soleil, au milieu des sourires des jeunes femmes. Il n’y a personne qui regarde, personne ne vous dira bravo. Oh, c’est une bataille bien plus dure que celle qu’il souhaitait jadis. »
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..Graindorge
InvitéJe pourrais consacrer solennellement cette heure en achetant des bananes, car on dirait qu’en elles s’est projeté le soleil tout entier, comme un photopho
re sans appareil. Mais j’ai honte des rituels, des symboles, honte aussi d’acheter quelque chose dans la rue. On pourrait ne pas bien emprunter mes bananes, ne pas me les vendre comme on doit les vendre, parce que je ne saurais pas les acheter comme on doit les acheter. On pourrait trouver ma voix bizarre, quand je demanderais le prix. Mieux vaut écrire que risquer de vivre, même si vivre se réduit à acheter des bananes au soleil, aussi longtemps que dure le soleil et qu » il y a des bananes à vendre.
Pessoa, LI-
bibinard
Invitébaufe lait bane anne moua jpraifai reuleu rézun
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François Bégaudeau
Maître des clésLignes dingues
Tirées de quoi?-
Alexandre
InvitéJ’ai pas arrêté de me le dire en les lisant qu’elles étaient dingues ces lignes. Notamment cette
proposition centrale « On pourrait ne pas bien emprunter mes bananes »
Comment peut on écrire un truc pareil? -
..Graindorge
InvitéDu livre de l’intranquilité
Voici :
« Depuis que les dernières pluies ont émigré vers le sud, et qu’il n’est resté que le vent qui les avait balayées, on a vu revenir sur les collines de la ville la gaieté d’un beau soleil, et surgir aux fenêtres des quantités de linge blanc qui dansait, suspendu à des cordes soutenues par des bâtons posés perpendiculairement, tout en haut des façades de toutes les couleurs.
Moi aussi, j’étais content, parce que j’existe. Je suis sorti de chez moi mû par un grand dessein – celui, en fait, d’arriver à l’heure à mon bureau. Mais, ce jour-là, la pulsion même de la vie participe de cette autre pulsion heureuse qui fait que le soleil se lève à l’heure prévue par l’almanach, selon la latitude et la longitude des divers lieux de la terre. Je me suis senti heureux, simplement parce qu’il était impossible de me sentir malheureux. J’ai descendu la rue tout tranquillement, empli de certitudes car, enfin, le bureau bien connu, les gens connus que j’allais y rencontrer, étaient autant de certitudes. Rien d’étonnant à ce que je me sente libre, sans savoir de quoi. Dans les corbeilles posées au bord des trottoirs, rue da Prata, les bananes à vendre, sous le soleil, étaient d’un jaune éclatant.
Je me contente, finalement, de bien peu de chose : voir cesser la pluie et briller le bon soleil de notre Sud béni, voir des bananes d’un jaune vif, contrastant avec leurs taches brunes, et les gens qui les vendent grâce à leur verbiage – les trottoirs de la rue da Prata, le Tage, tout au bout, d’un bleu verdi d’or, tout ce petit coin familier du système de l’Univers.
Le jour viendra où je ne verrai plus rien de tout cela, où me survivront les bananes au bord des trottoirs, la voix des marchandes finaudes, et les journaux du jour que le petit vendeur a étendus, côte à côte, sur le trottoir d’en face, au coin de la rue. Je sais bien que ce seront d’autres bananes, d’autres marchandes, et que les journaux, quand on se penchera pour les regarder, porteront une autre date que celle d’aujourd’hui. Mais eux, qui ne vivent pas, peuvent durer, même s’ils changent ; moi qui vis, je passe, même si je reste le même.
Je pourrais consacrer solennellement cette heure en achetant des bananes, car on dirait qu’en elles s’est projeté le soleil tout entier, comme un photophore sans appareil. Mais j’ai honte des rituels, des symboles, honte aussi d’acheter quelque chose dans la rue. On pourrait ne pas bien empaqueter mes bananes, ne pas me les vendre comme on doit les vendre, parce que je ne saurais pas les acheter comme on doit les acheter. On pourrait trouver ma voix bizarre, quand je demanderais le prix. Mieux vaut écrire que risquer de vivre, même si vivre se réduit à acheter des bananes au soleil, aussi longtemps que dure le soleil et qu’il y a des bananes à vendre.
Plus tard, peut-être… Oui, plus tard… Un autre, peut-être… Je ne sais… »-
Alexandre
InvitéRires
Ah bah ça change tout : c’est « empaqueter » et non emprunter.
Je comprends mieux.-
Alexandre
InvitéMais c’est la poutre « Mieux vaut écrire que risquer de vivre » qui supporte l’édifice.
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MA
InvitéJ’avais deja partage en partie ces fameuses lignes l’ete dernier lors de ma lecture integrale du Livre de l’Intranquillite. Merci pour le rappel.
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..Graindorge
InvitéOui, dans Bonnes nouvelles je crois ma chère MA et comme FB y suggérait que ces lignes avaient mieux leur place ici, j’ai fait le copier/coller puis chercher un extrait plus exhaustif. Quelle chance d’avoir lu l’intégralité du Livre de l’intranquilité. Je n’ai qu’un livre de poésie de lui
N’hésite pas à nous régaler encore d’un autre extrait.
Toujours bienvenu. Ici ou dans un autre topic.
Pessoa est toujours une bonne nouvelle-
..Graindorge
Invité« Le gardeur de troupeau » est le livre que j’ai
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..Graindorge
Invité*troupeaux
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci
lu Le livre de l’intranquillité deux fois, mais bizarrement oublié ces lignes. -
François Bégaudeau
Maître des clés» Je me suis senti heureux, simplement parce qu’il était impossible de me sentir malheureux »
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MA
InvitéEn même temps, il y a tellement de passages forts et frappants qu’on a envie de tout annoté et de tout retenir. Mon exemplaire est empli de post-it.
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Claire N
InvitéOui et « On pourrait trouver ma voix bizarre, quand je demanderais le prix » cette trahison
D’intensité qui pourrait échapper
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..Graindorge
InvitéEh oui » empaqueter »
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..Graindorge
InvitéOn peut s’amuser à changer le texte de Pessoa, c’était peut-être pas la saison du raisin lorsqu’il l’a écrit.
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..Graindorge
InvitéCelui-ci
« 31 mai 1932Ce n’est pas en contemplant de grands parcs ni de vastes prairies que je vois arriver le printemps. Je le vois dans quelques arbres rabougris d’une petite place citadine. Là, on voit la verdure surgir comme un cadeau, joyeuse comme une bonne tristesse.
J’aime ces places solitaires, ponctuant de petites rues où la circulation est rare, et tout aussi peu animées elles-mêmes. Ce sont des clairières inutiles, des choses qui attendent, perdues parmi des tumultes lointains. Des coins de village en pleine ville. Je traverse une de ces places, remonte au hasard l’une des rues qui y mènent, puis la redescends pour me retrouver à mon point de départ. Vue du côté opposé, la petite place me semble différente, mais la même paix vient dorer d’une nostalgie soudaine, au soleil couchant, le côté que j’avais pu voir tout d’abord.
Tout est inutile, et me frappe de son inutilité. Ce que j’ai vécu, je l’ai oublié, comme si je l’avais écouté distraitement. Ce que je serai n’évoque rien pour moi, comme si je l’avais déjà vécu et oublié.
Un couchant d’une vague tristesse plane autour de moi. Tout refroidit, non que l’air ait été refroidi, mais parce que j’ai pénétré dans une rue plus étroite, et que la petite place a cessé d’être. »
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Claire N
Invité« Tout refroidit, non que l’air ait été refroidi, mais parce que j’ai pénétré dans une rue plus étroite, et que la petite place a cessé d’être »
C’est tellement juste – cette tristesse ou cette joie
Pour lesquelles il n’y a jamais de causalité héroïque- unique ; comme je me sens parfois grossière d’exprimer des raisons comme des palissades-
François Bégaudeau
Maître des clésPessoa est vraiment un sensualiste, un sensibliste – il a un terme pour ça que dans ma brume du matin j’oublie
Chez lui les sens, très aigus, quasi malades (au sens où l’on en parle dans cette pensée fin-de-siècle) sont maitres à bord
Et c’est une parfaite base pour qui oeuvre à la justesse-
Claire N
InvitéOui – il me souviens de même qu’une nomination médicale peut amène , s’était occupé de ce type de cas – par les nerfs il me semble …. Ils étaient épinglés
Et pourtant-
Claire N
InvitéEt effectivement, cette forme de sensibilite,
asymptotique au monde, fait surement vibrer plus juste – jouer plus juste-
François Bégaudeau
Maître des clésles nerfs, maitre mot de l’époque aussi – mot fin de siècle
et l’asthme de Proust-
François Bégaudeau
Maître des clésallez, soyons indulgents avec les absents
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Ostros
InvitéÇa c’est gentil merci !
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..Graindorge
InvitéMerci aussi! Bonne ambiance!
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..Graindorge
InvitéEt bravo pour les sifflements de haut niveau de Gaëlle Bantegnie.
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Bicen
InvitéOn dirait une équipe montée spécialement pour faire perdre foi au concept même de beauté.
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François Bégaudeau
Maître des clésEt d’abord pour faire perdre la cause, comme son nom l’indique
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Bicen
InvitéC’est appréciable quand une édition assume son concept jusqu’au bout.
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Claire N
InvitéJ’ai bien ri- la phrase à placer dans la page dont on ne sait si elle est veuve ou orphelin c’était parfait pour illustrer la pratique
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François Bégaudeau
Maître des cléselle est championne de Loire Atlantique de sifflement 1992
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..Graindorge
InvitéJe suis allée chercher: il n’y a pas de championnat de sifflement en Loire Atlantique. Par contre, au même endroit il existe un championnat DU MONDE du cri de la mouette
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François Bégaudeau
Maître des clés… que j’ai remporté l’année suivante
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Stéphanie
InvitéEn hommage à Anton grand admirateur de François
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..Graindorge
InvitéÉclat de rire!
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..Graindorge
InvitéEt je confesse que j’étais dans le jury déguisé en Fou de Bassan et tu as eu mon vote Quel talent!
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..Graindorge
Invité« L’ironie est le premier signe que la conscience a pris conscience d’elle-même. Et l’ironie passe par deux stades : celui marqué par Socrate, disant « je sais seulement que je ne sais rien », et celui marqué par Sanches, disant
« je ne sais même pas si je ne sais rien ».-
..Graindorge
InvitéSigné : F. Pessoa
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Claire N
InvitéRires – j’aime bien le mot qui contient sa pointe d’acidité comme le citron
Mais il est vrai que le préparer avec un rire pétillant
C’est limonade
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..Graindorge
InvitéAu-delà du nom, la poésie de Pessoa (Acta fabula) / Beyond de name : poetics of Pessoa (Acta fabula) https://share.google/baNtmEVx0pRm9ARV8
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..Graindorge
InvitéEt commandé à la bibliothèque patrimoniale Romain Gary Le Livre de l’Intranquillité. J’irai le chercher mercredi Youpiii
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bibinard
Invitéhalle hors çi tuv oeux tousse a vouar moua jeux vét mairqreudit daivalisai mont caviste praifairai en praivizion du prauche hein qomphi neuman aissi imraist déçou ptaite queu paçeuret chaie zin libre air hache thé dét dix aidé liv
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Malice
InvitéHello, je partage ici un lien vers un site d’audiolivres qui contient romans, pièces de théâtre, nouvelles, plutôt bien fourni :
https://www.dismoi.eu/-
..Graindorge
InvitéUn merci grand comme ça très chère Malice
Ce soir je vais m’endormir en écoutant Henri Guillemin me parler de Flaubert, Tolstoï ou Rimbaud-
MA
InvitéCela risque plutot de te garder eveillee
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..Graindorge
InvitéJe te dirai ça
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Malice
InvitéTout à ma recherche d’audio de Thomas Hardy, je n’avais pas vu que la catalogue incluait les émissions littéraires de Guillemin. J’avais lu Tolstoï à cause de lui.
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Jeremy
InvitéQui a lu les mémoires d outre tombe de Chateaubriand ?
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François Bégaudeau
Maître des clésPourquoi cette question?
Tu veux une reco?-
Jeremy
InvitéOui
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Balthazar
InvitéProust dans contre Sainte-Beuve :
J’aime lire Chateaubriand parce qu’en faisant entendre toutes les deux ou trois pages (comme après un intervalle de silence dans les nuits d’été on entend les deux notes, toujours les mêmes, qui composent le chant de la chouette) ce qui est son cri à lui, aussi monotone mais aussi inimitable, on sent bien ce que c’est qu’un poète. Il nous dit que rien n’est sur la terre, bientôt il mourra, l’oubli l’emportera ; nous sentons qu’il dit vrai, car il est un homme parmi les hommes ; mais tout d’un coup parmi ces événements, ces idées, par le mystère de sa nature il a découvert cette poésie qu’il cherche uniquement, et voici que cette pensée qui devrait nous attrister nous enchante et nous sentons non pas qu’il mourra, mais qu’il vit, qu’il est quelque chose de supérieur aux choses, aux événements, aux années, et nous sourions en pensant que ce quelque chose est le même que nous avons déjà aimé en lui. Cette permanence même nous enivre, car nous sentons qu’il y a quelque chose de plus haut que les événements, le néant, la mort, l’inutilité de tout ; et de ce que cette chose qui vainc tout, en lui est toujours une même chose, se ressemble à soi-même, nous éprouvons une nouvelle joie, comme si nous voyions que non seulement ce pouvoir merveilleux et transcendant existe, mais qu’il a donné naissance à des personnes merveilleuses et transcendantes reconnaissables à leur identité. Et quand Chateaubriand, tandis qu’il se lamente, donne son essor à cette personne merveilleuse et transcendante qu’il est, nous sourions, car, au moment même où il se dit anéanti, il s’évade, il vit d’une vie où l’on ne meurt point
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Balthazar
InvitéLu les cinq premiers livres
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Jeremy
InvitéJe vais essayer de m y plonger la longueur peut rebuter mais ça doit valoir le coup.
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..Graindorge
InvitéLarmes de rire! Il faut ABSOLUMENT que j’envoie ce passage à l’Ami et Maître Michel Pastoureau. Je recommande chaleureusement ce livre d’où je l’ai extrait. » Ann d’Angleterre » de Julia Deck
« Comme la façade, les murs sont de cette couleur dite par convention saumon. On pourrait aussi la qualifier de pêche, encore que les pêches ne se présentent pas davantage sous l’orange maladif qui porte leur nom. En renonçant à toute tentative de maquiller le réel, on pourrait dire de cette peinture qu’elle est rose cafard, un rose en quelque sorte oxymorique, détourné de sa nature primitive qui suggère la vivacité et le renouveau pour désigner le morbide. Quant au lino, je ne vois pas quel adjectif décrirait mieux sa nuance que celui de pisseux. Les tubes fluorescents insérés dans le polystyrène du faux plafond pissent sur le sol des jets de lumière parfaitement inodores. Ainsi, le cadre est parvenu à créer une palette sensorielle contre-nature, à infléchir perversement la vocation des couleurs. »
P.115-
François Bégaudeau
Maître des clés« des jets de lumière parfaitement inodores »
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Tortue
InvitéSuperbe, je prends note de ce titre
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Guixols
InvitéJ’ai déjà vu passer ici des avis sur Emmanuel Carrère, que je découvre personnellement, mais j’avais envie de remettre le sujet sur la table tant ce type m’intéresse — et puis, simplement, d’écrire trois lignes sur lui.
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Je viens d’enchaîner L’Adversaire, D’autres vies que la mienne et Yoga. Je trouve qu’il a — surtout dans les deux derniers — un sens absolument dingue de l’anecdote, de la petite histoire, de la référence, qui donne une profondeur folle à tout ce qu’il raconte.
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Autre point : je suis impressionné par son honnêteté et son absence presque totale de pudeur. C’est ce qui le rend si touchant. En parlant de lui aussi intimement, c’est aussi du lecteur qu’il parle. Très souvent, ce que j’aime en le lisant, c’est me dire : « Tiens, lui aussi il est minable, mesquin et mort de trouille. » Bref, on se sent moins seul dans notre petit babil intérieur, souvent peu glorieux et difficilement avouable — parfois plus honteux encore que des actes fondamentalement répréhensibles.
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Parce qu’au-delà de l’honnêteté, il faut une immense lucidité pour pratiquer cette dissection quasi clinique de son narcissisme encombrant et de son fonctionnement psychique résolument pessimiste. L’air de rien, c’est bien plus profond qu’une simple lamentation d’être autocentré et dépressif. Et surtout, c’est très drôle, bourré d’autodérision !-
François Bégaudeau
Maître des clés« un sens absolument dingue de l’anecdote, de la petite histoire, de la référence, qui donne une profondeur folle à tout ce qu’il raconte. »
Tout à fait d »accord. son génie est là
Sur son honneteté, son auto-dérision, je serais plus nuancé. L’autoflagellation complaisante et disculpante est typique de bien des romanciers bourgeois – Beigbeder excelle aussi dans ce domaine. Il y a là une comédie de la modestie qui sent l’extreme prétention.
A Emmanuel j’ai souvent envie de dire, en cours de lecture : n’en fais pas trop, ça va finir par se voir.-
K. comme mon Code
InvitéYoga en particulier n’est pas un livre honnête. En partie fabulé, le texte est aussi une manière de se venger sinueusement de son ex-femme. Et le livre est mal fabriqué, bâclé, rempli de passages répétés. V13 – des chroniques – m’avait donné espoir qu’il n’avait pas perdu son talent, mais le dernier m’est tombé des mains alors que j’avais plutôt l’habitude de le lire rapidement. Un libraire m’a dit qu’un lecteur très fan de Carrère lui avait appris que Kolkhoze était surtout un montage d’anciens articles. La preuve qu’écrire ne l’intéresse plus beaucoup.
@Guixols : je te conseille Limonov et Le Royaume. Si tu as aimé Yoga, tu verras qu’il était nettement plus en forme pour ces livres-là, qui se rapprochent davantage D’autres vies que la mienne.-
MA
InvitéTres bel article dans transfuge sur Le royaume
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Charles
InvitéIl me semble d’ailleurs que Yoga a été expurgé de certains passages et qu’il est ainsi le fruit d’une résolution amiable apres un début de contentieux judiciaire.
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Charles
InvitéAvec son ex-épouse*
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Guixols
InvitéLimonov et Le Royaume, avec Je suis vivant et vous êtes morts sont les prochains sur ma pile.
J’ai remarqué aussi à deux reprises des passages répétés. Malgré ça je ne trouve pas le livre mal fabriqué pour autant.
Oui, toute une grosse partie centrale a été censurée/supprimée, et forcément ça frustre un peu — ne serait-ce que parce que ça empêche de satisfaire mon côté affreux voyeur — mais j’ai quand même l’impression que ce n’est pas l’objet principal du livre.Je crois surtout que Yoga m’a parlé parce que ses thèmes me touchent directement : la fragilité psychique, les troubles de l’humeur, la méditation aussi. Et là-dessus, je trouve qu’il touche souvent quelque chose de juste. Sans doute suis-je aussi névrosé que lui.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe recommande les mêmes deux ouvrages que K.
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Shiva
InvitéLe livre d’Emmanuel Carrère « Je suis vivant et vous êtes morts » le seul que j’ai lu !
https://www.babelio.com/livres/Carrere-Je-suis-vivant-et-vous-etes-morts/3012 -
Ema
InvitéPour ma part je viens de commencer D’autres vies que la mienne, je rebondis donc sur l’occasion pour reporter ici ce passage (concernant la touriste écossaise dont le corps du conjoint ne réapparaît pas après le tsunami et qui peine à accepter que celui ci soit bien mort) :
« Elle est assistante sociale, lui charpentier. Elle refuse de croire à sa mort, mais elle dit : he was a carpenter. L’imparfait commence déjà à ronger ses phrases. »
Autant le fait de décrire le phénomène de l’acceptation progressive du deuil par l’usage du passé est une tarte à la crème psychologique qui m’aurait laissée assez indifférente en principe, mais Ce l’imparfait commence déjà à ronger ses phrases me plait beaucoup, et pour tout dire m’a retourné le bide à la première lecture. J’aurais préféré sans le déjà qui affaibli la phrase, sans que je ne m’explique trop pourquoi.
Sans que çà ne soit la trouvaille du siècle non plus j’aime aussi mais elle dit : suivi direct de la phrase en VO, j’ai trouvé çà gracieux, presque musical.-
Ema
InvitéCeci dit pas sûr que çà marche aussi bien avec chauffagiste, ou courtier en assurance. Tout de suite moins messianique.
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Guixols
InvitéJ’ai moi aussi noté ce passage et me suis fait la même réflexion, que la tarte à la crème devenait beaucoup plus digeste avec cette formule ramassée.
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François Bégaudeau
Maître des clésd’accord avec tout :
-approbation de la tournure
-aurait été mieux sans le déjà
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Charles
InvitéTrès drôle : Paroles d’honneur s’est rendu à la conférence de presse du film Moulin à Cannes pour poser à Gilles Lellouche une question sur la montée du RN et la FI comme seul rempart. La question est d’une médiocrité consternante mais la réponse est largement pire, d’une obscénité confondante mais révélatrice du fond de l’air bien noir.
https://www.facebook.com/reel/1001421062336122/?app=fbl-
Charles
InvitéPardon, mauvais emplacement.
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I.G.Y
InvitéEn effet, lunaire de A à Z
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François Bégaudeau
Maître des clésLellouch fait bien d’éviter.
Et oui la réponse de Nemes est consternante de vacuité. Confirmation, s’il en fallait une, que ce type est une fraude.-
Charles
InvitéLe même Nemes qui prétend que son Fils de Saul ne pourrait pas gagner un Oscar s’il sortait aujourd’hui à cause de l’antisémitisme ambiant…
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François Bégaudeau
Maître des clésLe gars qu’a tout compris aux rapports de forces en vigueur.
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I.G.Y
InvitéRire. Je n’ai pas encore vu le Fils de Saül, j’ai un peu peur d’être déçu mais je vais y passer. Moulin a fait l’objet d’une courte recension « bulle cannoise » assez dithyrambique de la part de Critikat, mais quasi exclusivement concentrée sur l’aspect plastique. On verra ça
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François Bégaudeau
Maître des clésOui j’ai vu le texte. Mais l’auteur du texte, qui a du talent, peut parfois etre trompé par son formalisme.
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Tristant
Invité« Lellouche fait bien d’éviter »
Tu fais doucement rire. On dirait que lui a été posé la question casse gueule de l’année.
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Tristan
InvitéLa question les emmerde et c’est ça de pris.
L Insipide Lellouche ne peut pas répondre. Un peu comme Gainsbourg qui va jouer Halimi.
On a hâte que Jiménez qui nous fasse le biopic de Macron.-
Tortue
InvitéOui : « La question est un peu orientée, non ? »
Jean Moulin n’était pas orienté peut-être ?-
François Bégaudeau
Maître des clésPourquoi attendre politiquement quelque chose de Lellouch?
Lellouch est un acteur- Vimal Pons n’a pas davantage ouvers sa gueule quand son produceur exliquait, à coté d’elle, que Canal c’était cool.
Pris comme acteur, il est tout sauf insipide. Il est même clairement le meilleur acteur français en activité. Le plus complet. Dans le pénible La vénus electrique il explose les trois autres. D’ailleurs la critique, après lui avoir longtemps fait payer sa gueule, est en train de s’en rendre compte (voir le texte de Samir reporté ici, et le texte de Chessel sur le film)-
François Bégaudeau
Maître des cléssans coquille : Pourquoi attendre politiquement quelque chose de Lellouch?
Lellouch est un acteur- Vimala Pons n’a pas davantage ouvert sa gueule quand son producteur expliquait, à coté d’elle, que Canal c’était cool.
Pris comme acteur, il est tout sauf insipide. Il est même clairement le meilleur acteur français en activité. Le plus complet. Dans le pénible La vénus electrique il explose les trois autres. D’ailleurs la critique, après lui avoir longtemps fait payer sa gueule, est en train de s’en rendre compte (voir le texte de Samir reporté ici, et le texte de Chessel sur le film)-
Charles
InvitéBon acteur certes, dommage qu’il s’entête à éviter les bons rôles et les grands cinéastes. A sa décharge, je ne sais pas trop ce que pourrait faire de lui des Peretti, Letourneur, Triet, Harari et autres.
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Tristan
Invité« Il est même clairement le meilleur acteur français en activité. Le plus complet ». Quel scoop ! Faut pas exagérer.
Son expression corporelle ne bouge jamais d’un iota.
Je préfère de loin Zem, Kateb, Arlaud… et à venir peut être Sayyid El Alami. J’allais oublié Leklou assez fort dans Goutte d’or.
La meilleure actrice Seydoux ? Adèle ? -
François Bégaudeau
Maître des cléssi tu veux
discussion foutue d’avance -
François Bégaudeau
Maître des clés« A sa décharge, je ne sais pas trop ce que pourrait faire de lui des Peretti, Letourneur, Triet, Harari et autres. »
….Ce qui est vrai d’à peu près tous les acteurs, auquel tu auras remarqué que trois des quatre que tu cites ne font quasiment jamais appel. -
MooM
Invité« À sa décharge, je ne sais pas trop ce que pourraient faire de lui des Peretti, Letourneur, Triet, Harari et les autres. » C’est pour ça que je dis qu’il est loin d’être le meilleur acteur du moment. Et dans la liste, il faut aussi ajouter le savoureux Magimel. Quant à Lellouche, je persiste : ce n’est pas un bon acteur. Y a qu’à voir sa filmo., toujours le même rôle, toujours le même corps sûr de lui, voire pédant.
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François Bégaudeau
Maître des clésje ne vois pas bien ce que le mot pédant à a voir avec le jeu de Lellouche
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Samuel
InvitéArrogant*
Pédant, c’est arrogant avec de la culture! Lellouche est même pas un cuistre, c’est un gros beauf qui pense que manger de la viande est viril. Il a fait la une du magazine « Heroes ». Voilà
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Ludovic Bourgeois
InvitéLa question du type arabe est tout autant pathétique
L’antiracisme anti SS comme ses maîtres juifs lui ont appris
Le mec est tjrs un esclave en realité
Par peur du pseudo rn raciste
Le gars n’est pas emancipé-
Ludovic Bourgeois
InvitéLe larp des esclaves et on les veut pas ac nous evidemment
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..Graindorge
Invité« La vie débordante
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Ce qui égare souvent dans les journaux, les conversations, au bureau, c’est la vie débordante du langage ; ensuite, c’est l’espoir, suscité par une faiblesse momentanée, qu’on va connaître dans un instant une illumination d’autant plus violente que soudaine ; ou encore, uniquement une forte confiance en soi, ou une simple nonchalance, ou une grande impression du présent que l’on veut à tout prix décharger sur l’avenir ; ou encore la supposition qu’un sincère enthousiasme vécu dans le présent justifierait toutes les incohérences de l’avenir ; ou encore le plaisir que vous procurent des phrases dont le milieu est soulevé par un ou deux chocs et qui vous ouvrent graduellement la bouche jusqu’à lui faire atteindre sa plus grande dimension, même si elles vous la ferment ensuite beaucoup trop vite et en vous la tordant ; ou encore l’indice d’une possibilité de jugement catégorique fondé sur la clarté ; ou encore l’effort qu’on fait pour donner de l’entrain à un discours qui, en réalité, touche à sa fin ; ou encore une envie de quitter le sujet en toute hâte, ventre à terre s’il le faut ; ou encore un désespoir qui cherche une solution au problème de sa respiration difficile ; ou encore le désir passionné d’une lumière sans ombres – tout ceci pour vous égarer au point de vous faire dire des phrases comme celle-ci : « Le livre que je viens de finir est plus beau que tous ceux que j’ai lus jusqu’à présent » ou bien « est d’une beauté que je n’ai encore trouvée dans aucun livre. » »
Kafka, Journal (1910, 2 novembre)
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..Graindorge
InvitéDécidément Pessoa était/ est beaucoup de monde et unique
« Or, le stratège est un homme qui joue avec les vies humaines comme le joueur d’échecs avec les pièces de l’échiquier. Que deviendrait le stratège s’il pensait que chaque coup de ce jeu apporte la nuit dans mille foyers, et la douleur dans trois mille cœurs?
Que deviendrait le monde si nous étions humains? Si l’homme sentait vraiment, il n’y aurait pas de civilisation. L’art sert d’issue à la sensibilité que l’action s’est vue obligée d’oublier. L’ art est la Cendrillon qui est restée à la maison, parcequ’il à bien fallu.
[ … ]
Mon patron Vasquès a conclu aujourd’hui une affaire qui a ruiné un homme malade et sa famille. Tandis qu’il réalisait cette affaire, il a complètement oublié que cet individu existait, sauf comme adversaire sur le plan commercial. L’affaire une fois conclue, la sensibilité lui est revenue. Seulement ensuite, bien entendu, car si elle lui était revenue avant, l’affaire ne se serait jamais faite. » Ce pauvre type me fait de la peine, me dit-il. Il va se trouver dans la misère. »
Puis, en allumant un cigare, il a ajouté » En tout cas, s’il a besoin de moi pour quoi que ce soit — sous-entendu : pour une aumône quelconque — je n’oublierai pas que je lui dois une bonne affaire de quelques millions. »
Mon patron Vasquès n’est pas un coquin : c’est un homme d’action. L’homme qui a perdu la partie peut en effet, car mon patron Vasquès est un homme généreux, compter sur ses aumônes à l’avenir.
Le livre de l’intranquillité. Page 250-
Samuel_Belkekett
InvitéPessoa est sympa et très accessible.
J’ai longuement discuté avec lui à Lisbonne.
A sa terrasse préférée.
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MA
InvitéAutre jour de canicule, ai enfin récupéré à la bibliothèque La sentinelle
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François Bégaudeau
Maître des clésnotons au passage que ce grand livre n’a rencontré aucun succès
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MA
InvitéContrairement à Maïtena Biraben qui a fait la une du nouvel obs sur le sujet.
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François Bégaudeau
Maître des clésDalie pense à juste titre que MB lui a un peu savonné la planche
On ne peut pas lutter, c’est sûr
Alors qu’on peut supposer, sans a priori trop injuste, que le livre de DF est un poil supérieur à celui de MB dont, l’année où je la croisai hebdomadairement, l’amour des lettres ne m’inonda pas.
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..Graindorge
Invité“Pessoa. L’œuvre-vie” : la biographie monumentale de l’auteur qui avait en lui “tous les rêves du monde” https://share.google/k2ZoEhIpHIx1Xwwkb
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..Graindorge
InvitéOui, ils en ont fait une série, ceux qui font feu de tout bois pour leur bonne cause, qui bombardent littéralement et en continu les cerveaux de films de guerre, de documentaires, de livres, d’entretiens.
Dieu a besoin d’aide. Je l’avais dit il y a une éternité par ici et ailleurs. Etty le dit aussi. L’a écrit. Et ça fait plaisir. Non, je ne regarderai pas la série mais ces mots là, ses mots m’ont parlé. Les mots de l’âmie EttyExtraits des Ecrits d’Etty Hillesum – Association Les Amis d’Etty Hillesum https://share.google/C8B4kiiStpGllZQiT
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2cz
Invitébonjour,
question aux vigilants : y a-t-il des livres parus récemment qui valent le coup d’être lus (sauf les romans de chez CP) ? Sinon, qu’est-ce qu’on lit ? je me rends compte que depuis le dernier livre de Michon, j’ai arrêté de lire toute production contemporaine qui pourtant m’intéressait beaucoup un temps
merci (ça sera peut-être l’occasion de reparler un peu de littérature sur ce forum)-
K. comme mon Code
InvitéL’occasion de dire que j’ai aussi lu le dernier livre de Dalie Farah qui est discuté plus haut et que c’est très bien.
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Dr Xavier
InvitéBah y a plein de suggestions dans cette page.
Là je suis en train de finir Taf et c’est pas mal du tout, je devine que le texte aurait pu être publié chez CP. C’est de Paul Martel (et oui c’est bien le frère de Frédéric, Lucrecia et Charles).-
François Bégaudeau
Maître des clésil va de soi que parmi les livres récents à lire figurent les dernières publications de Cause perdue
d’un point de vue strictement littéraire je conseillerais, parmi eux, Doucement!-
2cz
Invitémerci à tous les trois,
j’ai déjà lu Doucement, mais je vais aller me procurer bientôt De la banalité du bien. Je connais la qualité des livres parus chez CP, mais je cherchais à découvrir d’autres sorties peut-être plus confidentielles (à l’échelle du forum, même si je ne doute pas qu’une parution CP remue la France entière). J’ai procédé à quelques recherches de mon côté : difficile de glaner des informations du côté des petites maisons sans les connaître, et peur d’acheter un livre trop cher ; je signale un nouveau livre de Dominique Fourcade, late fourcades qui doit paraître en juin chez P.O.L (ou déjà paru je ne sais pas). Fourcade étant un vieux monsieur (né en 38), je ne sais pas si on aura l’occasion de lire encore beaucoup de choses de lui.
mais peut-être Fourcade est-il un inconnu sur ce site ? Il n’est pas très connu, il faut le dire.-
François Bégaudeau
Maître des clésje l’ai lu jadis
avec grand plaisir-
2cz
Invitéque de culture françois
je viendrai faire un retour après lecture dans ce caspuis-je te demander pourquoi ce jadis ? deux hypothèses : 1) perte de vue par hasard ; 2) le bonhomme publie trop, et on a vite fait de faire le tour (un peu comme Dupieux, même si Fourcade est autrement plus intéressant que le barbu cinéaste)
et aussi te demander de préciser ce jadis (on peut inverser les deux questions pour + de sens) : en tant qu’étudiant, jeune prof? déjà écrivain ? c’est que ta vie commence à être longue
(respectueusement bien sûr)
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stephanie
Invitésorties peut-être plus confidentielles
le dernier de Eric Chauvier ( déjà discuté ici) Un lac inconnu
confidentielle dans le sens privilégiée ou mystérieuse, intime ?-
2cz
Invitéstephanie,
sorties confidentielles pour privées plutôt : petites maisons difficiles à connaître sans y être initié (non par élitisme, mais par volonté de savoir ce qui se fait aujourd’hui). Privilégiées aussi (et à privilégier surtout).
merci pour Chauvier, j’avais manqué cette sortie chez Allia
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stephanie
Invitéje suis entrain de finir péniblement La maison vide L.Mauvignier , c’est le 2ieme livre que j’ai lu de cet auteur et le dernier.
je n’aime pas son style, tout est hyper décrit, sur-expliqué, métaphorique, et pour parler de quoi ? une fresque familiale entre les deux guerres, rien d’original. J’ai entendu l’auteur parler de son admiration pour Flaubert, Balzac et franchement, cela m’a donnée une seule envie c’est de lire relire Flaubert.
Et puis, après la lecture des 3 derniers romans de Cause perdue, le passage est rude, PUB !Les Habitantes de Pauline Peyrade a l’air bien : Habiter plutôt que posséder
des retours sur cette romancière ?-
MA
InvitéPrix du livre inter avec Mauvignier comme president du jury!
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-01-juin-2026-1406596-
François Bégaudeau
Maître des clésLes habitantes est un livre intéressant mais très limité.
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François Bégaudeau
Maître des clésLe prix du Livre Inter is the new cool
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stephanie
Invitéla question du journaliste « considérerez vous votre livre comme un acte militant au sens noble du terme »
et pas comme une éco terroriste des fleurs et des fourmis -
oreillette
Invitéhttps://lundi.am/Taf-a-la-recherche-du-proletariat-perdu-Paul-Martel
< (…) Car il ne s’agit pas de faire monter la mayo militante, d’engréner le camaradesque jusqu’à la grève perlée pour retourner la vapeur. Non. Aucun éthos sacrificiel. Aucun héroïsme ouvrier de commande. Juste un « je » très bien destiné, habité, pas embarrassé de l’esprit de sérieux face à l’ennemi, capable dans le même souffle de rage, d’hilarité, et de vengeance. >-
Dr Xavier
InvitéPrésentation qui me paraît bcp trop emphatique, dans 90% du texte il raconte simplement différentes scènes de ses jobs, manutentionnaire sur des forums, ouvrier sur des chantiers, barman dans un bouge.
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Mao
InvitéJ’hésite à le lire. Tu le conseilles ?
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François Bégaudeau
Maître des clésProchaine lecture
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Dr Xavier
Invité@Mao – Oui je conseille, j’aime les récits de boulots précaires. Il y a un extrait sur Lundi qui peut te donner envie.
J’en profite pour faire de la pub pour un autre récit de boulots précaires : Le travailleur de l’extrême, de Äke Anställning, extrait disponible ici.-
Dr Xavier
InvitéPoint important, je précise : j’aime les récits de boulots précaires avec de la drôlerie, de la dérision et du dérisoire.
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Bonnaventure
InvitéMerci pour ces retours, ça incite à y plonger. Au passage je conseille vivement Odyssée lumpen d’Alberto Prunetti, qui avait fait l’objet d’un lundisoir
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stephanie
InvitéDr Xavier , je te/vous conseille ( dans mon boulot précarisé, je tutoie les doc)
Antoine Mouton , c’est drôle poétique et une forme de dérision .-
Dr Xavier
InvitéMerci, je note donc sur l’ordonnance : journal d’un parasite, un Prunetti, et un Mouton.
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lison
InvitéTu peux ajouter à l’ordonnance Georges Navel : Travaux, et aussi Parcours.
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Alphonse
InvitéEt Thierry Metz, si c’est pas déjà lu.
Je viens de finir L’homme qui penche, qui m’a retourné. -
François Bégaudeau
Maître des clésTaf est un bon livre, et une sacrée documentation sur le travail contemporain.
Un style un peu plus tenu et c’était parfait
(c’est troublant cette absence totale de volonté de TOURNER DES PHRASES)
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poissonvache
InvitéJe viens de finir Taf, je suis un peu déçu. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec le Zine « Journal d’un parasite (6 ans de RSA) ». Le ton est le même, et ça j’ai adoré: Prolo désabusé, esprit punk, qui peut passer du sublime à l’absurde en 1 phrase avec justesse. Les conseils/note au lecteur en fin de certains chapitres, sont plutôt réussi, surtout quand ils sont très tournés pratico/pratique (un peu moins quand ça part dans des considérations plus abstraites.
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La différence à noter est que dans Taf, L’auteur veut faire un peu plus qu’un récit/témoignage (pour légitimer l’appelation roman et la marchandisation sûrement) et c’est là où il se perd à mon sens puisque ça ne prend pas (en tout cas pas pour moi). L’invention de la confrérie pour créer un dénouement final, la fin en mode comité invisible… c’est hors sol (et surtout mal fait) et ça a tendance à éloigner du travail de détails et de minutie de l’anecdote, la bonne phrase, qui fait tout le plaisir du côté « journal/témoignage ».
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Pour résumer, il aurait dû s’en tenir à ces 90% de racontage très réussi bien (d’un point de vue autant sociologique que littéraire) et ne pas boursoufler son récit avec le reste.-
poissonvache
InvitéNon pas que son travail autour des corporations des confréries et autre compagnonnage (qu’il développe dans un article lundi.am/Trucs-et-astuces-moyenageux-contre-le-patronat) ne soit pas extrêmement intéressant et fertile. Mais disons que l’accouplement avec le dispositif du récit journal sociologique/caustique ne fonctionne pas du tout avec la fin du récit disons épique, et ésotérique.
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Il y aurait peut être fallu rester sur le journal d’un côté et garder la matière « confrérie » pour un second roman du genre récit d’un travailleur à au Moyen âge ? Ou même faire récit d’un travailleur actuelle/futur où le syndicalisme serait réinventé sous forme de confrérie secrètes ..
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On sent en fin de compte qu’il a voulu faire tenir de manière poussive tous ses derniers centres d’intérêt dans une seul œuvre. Malheureusement quand on mélange la raclette avec une tarte au citron, ça donne pas forcément quelque chose de bon.-
Dr Xavier
InvitéMême avis, le récit est enlevé, les tentatives de montée en généralité (de type les aphorismes de fin de chapitre) ne sont pas très heureuses, mais il y en a pas tant que ça.
La tentative de fin aussi n’est pas super, au final ça ne fait que souligner l’impuissance actuelle, j’ai zappé.
J’ai bcp aimé les scènes de comptoir de bar, et le bordel de travailler avec des amis en essayant d’être « horizontal », pour que tout de suite les cadences et contraintes reverticalisent.-
François Bégaudeau
Maître des clésTaf est un bon livre, et une sacrée documentation sur le travail contemporain.
Un style un peu plus tenu et c’était parfait
(c’est troublant cette absence totale de volonté de TOURNER DES PHRASES)
Et d’accord sur la fin, qui est d’ailleurs confuse – joue trois trucs en meme temps.-
..Graindorge
Invité« c’est troublant cette absence totale de volonté de TOURNER DES PHRASES) »
Si et seulement si : » tourner des phrases »?
Un petit exemple?-
François Bégaudeau
Maître des clésTous les auteurs-rices que l’artisanat de la phrase intéresse.
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..Graindorge
InvitéRire. Pardon.
Seul.e un auteur ou autrice
peut s’intéresser à l’artisanat d’une phrase?
Je ne crois pas : un lecteur ou lectrice peut avoir cette curiosité. « cette absence totale de volonté de tourner des phrases »
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poissonvache
InvitéJ’ai lu les quelques pages disponibles sur le site de lundimatin, ça m’a plu, un peu rappelé, dans le ton et le sujet, la lecture d’une brochure intitulée « Journal d’un parasite (6 ans de RSA) » disponible ici (https://www.punxforum.net/viewtopic.php?t=20529).
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Younès
InvitéSalut tout le monde !
Je lis très peu de poésie. À part Lautréamont et Rimbaud qui m’ont fasciné, j’ai une piètre culture concernant ce genre littéraire.
Avez-vous des conseils de poètes à lire ? (Surtout des contemporains ou du XXème, les « classiques » je les connais au moins de noms et vais m’empresser de les lire).-
François Bégaudeau
Maître des clésMichaux, Supervielle, Tarkos
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..Graindorge
InvitéTarkos? Je connais pas
Tu pourrais partager stp un de ces jours un de ses poèmes ici ou dans le fil dédié?
De toutes façons je vais chercher-
François Bégaudeau
Maître des clésje le relirai cet été et verrai ça
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Ostros
InvitéJe recommande encore Pierre Reverdy que j’aime énormément
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François Bégaudeau
Maître des clésoui, aussi
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Alphonse
InvitéChristian Prigent ; Nathalie Quintane ; Thierry Metz ; Amandine Monin
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..Graindorge
InvitéYounès:
tu peux jeter un œil ou deux dans les fils Poèmes depuis leur création
grâce à toi, j’ en découvre plein d’autres ici
Du XXe : Eugène Guillevic, un comptable qui donnait la moitié de son salaire à son collègue de bureau pour qu ‘il fasse une partie de son boulot, ce qui lui permettait d’écrire. -
Samuel_Belkekett
Invité
Pas mal cette série sur Roland Barthes.
Avec quelques invités prestigieux(ses).
3 petits points.
Dans le premier sur le degré 0. L’intérêt de Barthes pour Camus s’arrête à La peste, qu’il considérera comme une trahison systématique de l’écriture de L’étranger.
Dans le 3ème avec une invité que je considère prestigieuse Typhaine Samoyault, on lui demande la différence entre sémiologie et sémiotique et les définitions qu’elle donne sur les 2 me semblent exactes à ceci près que j’aurai dit l’inverse. La définition qu’elle attribue à la sémiotique je l’aurai attribué à la sémiologie et vice versa.
J’ai cru qu’elle s’était trompée sur le coup mais non, elle confirme le long de l’émission.
C’est surement moi qui me trompe mais c’est troublant tout de même.
J’ai la flemme de faire des recherches. Je crois que pas envie de retourner frontalement dans ce passé. Ça aussi c’est troublant. C’est qu’au fond, l’attribution des définitions comptent peu.
Dernier point, le dernier épisode comprend Antoine Compagnon comme invité. Intéressant mais à prendre avec des pincettes. C’est Eric Marty, invité prestigieux du second volet, qui lors de la parution de l’essai de Compagnon sur les antimodernes, s’opposait à l’idée que Barthes aurait pu devenir antimoderne dans la dernière partie de sa vie. Pour Marty, Barthes a toujours été résolument moderne.
Bref ! Toute façon, ça vaut le coup…-
Samuel_Belkekett
Invitéhttps://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-roland-barthes-les-mysteres-de-l-ecriture
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Mon assistant informatique est un peu flemmard ces derniers temps.-
graindorge
InvitéGénéreux partage. Merci Samuel B.
Trouvé « Le plaisir du texte » du même Roland Barthes.
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Shiva
InvitéC’est au lycée en première, en cours de français que j’ai découvert Roland Barthes par ce texte.
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Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.
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La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine, une clôture et une brillance, une transformation de la vie en matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux. La «Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus.
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C’est pourquoi on s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS 19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel. Il y a dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.
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Quant à la matière elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté, au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant, plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique. Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën, l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).
Il s’agit donc d’un art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate, ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.
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Il semble que le public ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité (« Faut s’y habituer »). Dans les halls d’exposition, la voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse: c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la conduite avec tout le corps. L’objet est ici totalement prostitué, approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise.-
Samuel_Belkekett
Invité« C’est au lycée en première, en cours de français que j’ai découvert Roland Barthes par ce texte. »
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Le texte dont tu parles est « Mythologie ».
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Mais dis, je pense à un truc.
Quelque chose qui m’a traversé l’esprit.
Telle une intuition. Sans plus.
Le gars qui a présenté son film au ciné club. Je regarde.
Avec son petit air espiègle, ce ne serait pas le genre à faire le malin sur ce forum ?
Derrière les pseudos des Zorglub, Shiva, Manfroy-chot et autres ?
Pas seul, mais qui opérerait en binôme avec « quelqu’un » « d’autre »?
Ne serait-ce pas un peu le genre ?
Sauf que sa présence sur le topic cinéma manque peut-être.
Ce n’est qu’une hypothèse.
Ce n’est qu’une mise au point, comme dit la chanson.
Faudrait faire une mise au point… Mais bon. Déjà en temps normal, mais là… Je peux toujours attendre pour une réponse.
Ce qui n’empêche nullement ce post sur Barthes, d’être tout à fait fidèle à son esprit.
Bien vu.-
Graindorge
InvitéGâcher son intelligence avec ce genre de conjecture ?
Ça m’est arrivé. Bof. Les choses et les gens n’ont que l’importance qu’on leur donne
Prenons ici ce que bon nous semble. Amusons-nous.
Élevons-nous
Gratitude à François B-
Samuel_Belkekett
InvitéTout à fait d’accord avec ta conclusion.
Ce n’est que spéculation hasardeuse et spontanée. Que j’écris avec grand sourire.
Pour autant ce genre de spéculation est générée par quoi d’après toi ?
Sinon l’usage, le mésusage et l’abusage de pseudos qu’on multiplie comme des petits pains. Faut bien un peu de contre pouvoir tout de même.-
Graindorge
InvitéRire. Vous n’êtes pas mal non plus pour multiplier les petits pains, non? Un p’tit côté hôpital qui se moque de la charité? 5 samuels aviez-vous dit dans le fil Du mépris.
Ça va le contre-pouvoir, non? Vous avez dit aussi qu’il n’en reste plus que 2. De quoi contre-pouvoirer encore un peu?
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Samuel_Belkekett
InvitéSoyons clair, qui se soucie de savoir qui est derrière le masque de fantomas ? Comme dit le philosophe Brisemenu, on s’en branle.
Surtout dans un système, les réseaux, où non pas l’identité mais l’entité (matérielle) elle-même est floue et intangible. J’accepte de jouer le jeu. Quand je parle du jeune qui est venu présenter son film, c’est pour son côté malin et complice avec son intervieweur, rien de plus.
Quand je parle d’user et d’abuser, là c’est vrai que je vrille un peu. Pour être plus précis, c’est qu’à force, même les fameux « troll » qui explicitement passent à l’offensive telle une Jeanne et autre je ne sais plus qui, on finit par se demander s’il ne s’agit pas d’une manip. que le besoin et le manque d’adversaire le contraint à en inventer pour exister davantage.
Si bien qu’au final, je me demande si Brisemenu et Rigolus existent en tant que tels.
S’ils ne sont pas eux-mêmes des vues de l’esprit.
De même que IGY je crois, se demandait si un certain Charlie existait ou si ce n’était pas un énième pseudo, d’autres peut-être pensent que Belkekett est lui aussi un fake de chez fake. De même on a cru que j’étais Luc, qui lui-même apparemment se plaignait déjà de manips, si bien que cela doit faire un moment que le doute cartésien est mis à rude épreuve. Si bien qu’en remontant en abyme de la sorte, à part Graindorge que personne ne soupçonne, il y en aurait bien 1 qui survivrait. Ha… J’allais oublier Claire N, que personne ne soupçonne non plus. Quoi que… Quoi que. -
graindorge
Invitéje savais pas dans quel entrée le mettre. Je le pose là
La Misère du monde
Pierre Bourdieu
La France n’est pas l’Amérique. Les cités des banlieues en déclin ne sont pas des ghettos au sens que revêt cette notion dans le contexte américain. La décomposition des territoires ouvriers de l’hexagone obéit à une logique qui leur est propre, conforme à leur histoire et aux contraintes d’un cadre institutionnel et étatique différent. La discrimination, la violence, la pauvreté et l’isolement social sont très loin d’y connaître la même intensité et la même étendue que dans « l’inner city » américaine. Il n’en reste pas moins qu’au delà des différences flagrantes de niveaux et de structure, la pente de l’évolution des inégalités urbaines en France durant la dernière décennie tend à créer les conditions propices, à terme, à un rapprochement. Et si, dans leur myopie technocratique et leur fixation fascinée sur la performance financière à court terme, les élites dirigeantes hexagonales, de gauche comme de droite, devaient persister dans la politique néo-libérale d’abaissement du secteur public et de la « mercantilisation » rampante des rapports sociaux qui a été la leur depuis le milieu des années 1970, on ne doit pas exclure le pire : l’utopie négative, lointaine et effrayante, pourrait devenir réalité.
(Pour rappel, texte publié en 1993…) -
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Claire N
InvitéMerci
Jean Villard qui reprend Brecht évoquant sa pièce
« La parabole dramatique écrite avec le dessein de détruire, le traditionnel et néfaste respect qu’inspirent les grands tueurs de l’histoire
Elle se meut intentionnellement ( l’histoire) dans un cercle étroit entre l’état, l’industrie et la petite bourgeoisie «-
Claire N
Invité(Histoire) est rajouté par jean Villard
Je n’ai pas recherché la citation initiale *
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2cz
Invitéet en parlant de Brecht
vu en librairie un (nouveau?) livre d’O. Neveux qui lui est consacré chez La Fabrique
Neveux a écrit d’autres livres très bien sur le théâtre politique
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Claire N
InvitéEt au passage
Il élucide en partie la position qui lui vaut critique de ses pairs
– l’histoire est l’histoire de l’homme a travers le temps pas l’histoire du passé
– l’histoire se sait de contingences / pas de necessité ; il effondre à mon sens le prisme idéologique qu’on pourrait lui accoler, par pour sa personne mais par je pense « matérialiste historique « bien compris -
Charles
InvitéQuelqu’un a-t-il lu les disparus de Daniel Mendelsohn, essai-enquête sur la Shoah et sa famille qui en a été victime? C’est bien?
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Alain m
InvitéJ’ai beaucoup aimé ce livre que tu me donnes envie de re-relire mais j’ai bien peur que mes goûts littéraires ne soient pas plus sûrs que mes goûts cinématographiques, continuant notamment à penser que Punch drunk love est bien supérieur à This is provocation. D’ailleurs j’ai appris que Godard avait envisagé l’adaptation des disparus, j’aurais été curieux de voir le résultat.
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Alain m
Invité-
Charles
InvitéMerci.
This is provocation reste un PTA de niche apprécié des seuls puristes.
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stephanie
Invitéje lis Amos OZ, Judas , et je m’ennuie ferme, quelqu’un.e a déjà lu cet écrivain ? est ce que je passe à côté ?
je n’arrive pas à accrocher à son écriture que je trouve plate , impression de lire un conte pour enfant
avec peu de connaissances de l’histoire de Judas, Jésus et les Juifs ( JJJ) je trouve ce livre très confus
est ce l’effet de la canicule ou ce livre est vraiment chiant ? -
Samuel_Belkekett
InvitéRéactions sur Bégaudeau en entretien sur Rayon X.
En terme de réaction je n’ai d’ailleurs pas grand chose à dire sur l’ensemble.
Cet interview mené par Wissam, ce petit rayon de soleil permanent sur internet, a été agréable et les commentaires souvent pertinents, quand bien même il y a eu quelques noms d’artistes que je ne connais pas. Ce qui m’a fait réagir, c’est lorsque dans un moment d’émotion très mesuré, François Bégaudeau a trouvé nécessaire de dire « ho la théorie… franchement c’est plus la peine… » non non c’est plus la peine, puis alors j’ai beaucoup aimé le : « ouais parce que moi j’ai fait le tour quand même. Ha bah depuis le temps, historiquement je pense qu’on a fait le tour quand même. Il faut rajouter du récit maintenant, de l’expérience. » Et puis là vient le « Mais il faut avoir quand même une base théorique solide… ». J’ai bien aimé l’air un peu blasé qu’il a pris pour dire ça, type baroudeur sur le retour, le bourlingueur de terrain revenu de toutes les batailles théoriques.
Moi il y’a un petit moment, quand je commençais à m’intéresser au gérant de ce forum, j’avais écouté un podcast d’un entretien avec un jeune. Ça parlait de musique, d’art etc, et à la fin l’intervieweur lui demande un conseil aux jeunes générations. Là FB parle d’abord de philo en disant que bon, la philo a fait son temps, qu’elle n’avait peut-être plus l’aura qu’elle avait jadis, puis imperceptiblement il fourche de philo à théorie. Comme si l’un pouvait se substituer à l’autre. « Faites de l’histoire disait-il encore, mais la théorie, j’ai envie de dire aux jeunes, ne vous cassez pas la tête avec ça. C’est vraiment pas la peine. ». Moi j’aurais dit la même chose de la philo. Il est vrai que celle-ci a fait son temps et peine à émerger de sa propre histoire. En revanche la théorie c’est tout de même bien plus large. D’ailleurs il faudrait que FB explique comment on fait de l’histoire sans jamais faire de théorie. Examine-t-on les faits au microscope ? Si bien qu’une fois examinés il n’y aurait plus rien à faire ? Aussi, comment s’intéresser aux sciences sociales sans s’intéresser à la théorie ? Et enfin, comment dire que nous vivons une période de grandes confusion, que beaucoup d’individus disent parfois de grosses conneries parce qu’ils sont confus, et ne pas voir que le manque de rigueur théorique en est la cause ?
Je ne sais pas quand a été fait ce podcast. Moi je l’ai écouté il y’a environ 1 an mais peut-être a-t-il été fait avant. Mais on remarque que F Bégaudeau a un chouilla évolué sur la question. Dans Rayon X il ne parle même plus de philo, il dit clairement de son air désabusé, que la théorie, bof, pas la peine. Nous emmerde la théorie.
Pourtant, si on lit Marx par exemple. Si on ne prend pas en compte la dimension théorique, qu’en reste-t-il ? Le communisme ? Oui j’oubliais qu’il faut quand même une base théorique solide. Pourtant quand on voit ce que certains en font du marxisme, on a plutôt intérêt à percevoir les différentes instrumentalisations qu’on peut en faire pour pouvoir s’y retrouver. Bref, je trouve personnellement curieux cette façon de voir les choses. La vérité est qu’il y a un désintérêt grandissant depuis longtemps pour la théorie. En sociologie on trouve plus pragmatique de s’occuper de chiffres et de statistiques plutôt que de théorie. En anthropologie on trouve plus sympa de vivre en tribu en Amazonie que de développer les notions de structures en sus, etc…
Deuxième et dernière réaction concernant l’entretien, le côté chrétien.
Le Christ, le nouveau testament, pourquoi pas Confucius, bon, admettons.
Mais quel superbe réflexe de la part de Wissam-le-rayon-de-soleil que de mentionner Nietzsche à ce moment là ! Et quelle ne fut pas la réponse de FB ! Référence à la série de P Thiellement et l’épisode des cathares. La religion instituée face à la parole du Christ. Mouais, là nous sommes dans ce qu’on appelle un nietzschéisme de gauche, et encore.
Il est vrai que Nietzsche eu de l’affection pour le Christ. Il voyait celui-ci comme un homme doux, delivrant un enseignement sincère et réformateur, tout en disant que s’il avait vécu plus vieux, il aurait immanquablement changé ses vues.
Bon, quoi faire de ça je ne sais pas, mais une chose est sûr, c’est que le modèle de Nietzsche n’a jamais, mais jamais été le Christ, mais Dionysos.
Là où je veux en venir c’est à la phrase qu’à dite FB et qui est tout à fait vraie « Personne ne peut avoir foi en rien, sinon il ne se confronterait qu’à son propre néant. ».
Mais justement, elle est bien là l’expérience nietzschéenne. Se confronter à son propre néant.
Ce qui me fera faire un détour par Du mépris pour en commenter la’fin, car je ne l’avais pas fait quand mon tour fut venu de commenter mes impressions car j’avais été trop long.
Quand dans Du mépris Bégaudeau donne des conseils en fin de volume pour dire qu’il faut s’aimer soi-même, prendre soin de soi etc. Mais dans quelle mesure ce genre de conseil s’avère effectif et efficace pour quelqu’un qui va mal ? Réponse : aucune et suicide assuré.
Flirter avec son propre néant n’est certainement pas un mal en soi.
D’ailleurs, je ne voudrais pas paraître trop terre à terre, mais quelqu’un qui passerait son temps à s’aimer lui-même et prendre soin de lui et de sa puissance, ne serait en définitive qu’un « cadre dynamique ». Nous serions vite dans l’espace d’un développement personnel le plus plat.
Dans Zarathoustra, ce dont il s’agit c’est d’un cycle des métamorphoses. Il y a des animaux, aigle, lion et je ne sais plus quoi qui symbolisent ces cycles. La santé demande de passer par la maladie, et la maladie est nécessaire à la santé. Conclusion, on pourrait tout aussi bien donner le conseil inverse. Fais l’expérience du néant. Deviens ce que tu es, c’est à dire rien. Car tu n’es rien. Rien du tout. Après ça, je te promets que ça ira mieux.
C’était un conseil du professeur Belkekett.
Trêve de plaisanterie, Nietzsche n’a-t-il pas écrit L’antéchrist ?
En fait la question est, quelle est cette foi que le Christ appelle ?
De quoi cette foi est-elle le nom ? Généalogie de la morale.
Pour être de gauche ne faut-il pas être profondément chrétien ?
Ou encore, peut-on être de gauche sans être profondément chrétien ? C’est une question que je me pose depuis longtemps. Bégaudeau nous dit, quand j’ai appris que Friot est chrétien ça ne m’a pas étonné ? J’aimerais beaucoup savoir qui a été étonné de la chrétienté de Friot ?
Si Rancière n’admet pas son christianisme comme Bégaudeau le souhaiterait. N’est ce pas parce que cette comédie de la foi perturberait profondément son modèle d’égalité des intelligences ?
Nietzsche disait : Renions Dieu et par là seul nous sauvons le monde ?
Qu’est-ce que ça veut dire ? Il y’a une morale chrétienne de gauche que reconnaissent tous les gauchistes. Même Rancière si Bégaudeau le pousse un peu.
Conclusion : cessons de nous dire de gauche, cessons d’admirer le Christ.
Disons nous simplement anarchiste et commençons à nous intéresser à un autre personnage beaucoup plus passionnant que le Christ.
Je nomme… Bouddha. -
Dr Xavier
InvitéOn signale :
1. « Les éditions La Découverte annoncent la création de Catabase, un label de littérature dirigé par Sandra Lucbert. Présenté comme un espace consacré à des « dispositifs littéraires sui generis », il publiera ses trois premiers titres entre août 2026 et janvier 2027. Le label veut travailler des questions politiques par la forme des textes, à travers le montage, la composition, la syntaxe et les registres. »
2. Lucbert toujours, interview dans La suite dans les idées, Ce que parler de langage veut dire (pas encore écouté) -
stephanie
Invité1er livre Label catabase :
https://www.editionsladecouverte.fr/ainsi_la_cour_decide-9782488363037-
François Bégaudeau
Maître des cléson suivra ça de près
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Ostros
InvitéÇa c’est un sujet passionnant !
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Ainsi la Cour décide
Caroline Knecht
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Le livre de Caroline Knecht propose le démontage d’une institution : la Cour nationale du droit d’asile – et des politiques qu’elle fait exister. Le texte procède par courts chapitres où se mêlent narration et collage.
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» Prendre de front – c’est-à-dire de travers » : Catabase, un nouveau label de littérature au sein des Éditions La Découverte.
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Malice
InvitéViolette Leduc au sujet de Jean Genet, pour prolonger l’émission de Wissam
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpf10005791/litterature-breve-rencontre-avec-violette-leduc-
Alain m
InvitéMerci. J’ai les mêmes compagnes et la même peur.
Et des lectures en perspective.-
Malice
Invité@alain m N’oublie pas le potos Thomas Hardy, j’attends tes fiches de lecture
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Alain m
Invité@Malice
Oublier Thomas ? Que non. C’est plutôt le monde de l’édition qui l’oublie. Sous la verte feuillée est épuisé. Je le trouverai d’occasion. Mes fiches de lecture ? Tu me ramènes à l’angoisse de l’exposé des lectures suivies du collège où les deux désignés (heureusement mon partenaire l’avait lu et était bon élève) faisaient le compte rendu du livre à l’ensemble de la classe.-
Malice
InvitéJ’ai de la chance, ma médiathèque est très bien fournie en Hardy; je viens de finir » Remèdes désespérés » et « Les yeux bleus », qui font partie des premières oeuvres. Tess, Batsheba et Sue sont en germe dans ces romans, on sent qu’Hardy est en chemin vers ces personnages féminins géniaux.
Désolée de t’avoir donné des sueurs froides avec mes fiches, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu à en faire mais mon ex bonne élève a été un temps dégoûté des livres par une prof qui lui en faisait faire toutes les semaines.-
Alain m
InvitéEt ta préférence va à quels romans ?
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Malice
InvitéJe dirais que Tess, Loin de la foule déchaînée, Jude L’obscur et Les forestiers sont pour le moment les romans qui m’ont paru les plus forts, au niveau de la construction des personnages et des « moments » ( événements?) de l’intrigue.
Je pense à une scène de baptême dans Tess, notamment, très peu orthodoxe et ( je n’aime pas beaucoup le mot mais je n’en vois pas d’autre 🙂 bouleversante. Dans les Forestiers j’ai été époustouflée par les personnages de Giles le bûcheron et de sa collègue Marty South, une jeune prolo coupeuse de branches et presseuse de cidre. Elle a en quelque sorte le premier et le dernier mot de l’histoire sans être le personnage central du roman et pourtant, quand elle était présente dans les pages, je ne voyais qu’elle. Je pense qu’elle est un prototype de Tess et je te conseille de faire un détour par les bois pour voir ce que je veux dire.-
Malice
InvitéPardon pour le smiley, mon doigt à ripé, je ne sais pas ce qu’il fiche à côté du mot bouleversant
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François Bégaudeau
Maître des clésimpression que tu es très portée sur la littérature anglo-saxonne, Malice
impression trompeuse?-
Malice
InvitéPas plus que ça
mon auteur préféré est Raymond Queneau et mes derniers kiff sont Violette Nabokov etThomas Mann
J’ai eu un coup de foudre pour Hardy mais au moment de la rencontre, ça faisait un moment que je n’avais pas lu un auteur anglo-saxon, d’ailleurs
Je sortais du Journal du séducteur de Kierkegaard pour tout te dire -
Malice
InvitéAu passage, je pense qu’Hardy est fait pour toi, ne serait-ce que parce-que les prolos y ont une place égale voire plus importante dans ses récits que les bourgeois. Grande attention à la vie dans ses micro-événements, grande ambivalence de certains caractères ( ses salauds sont très intéressants), grande sensualité et grand sens de la tragédie
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François Bégaudeau
Maître des clésj’ai noté
merci
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Dr Xavier
InvitéEt en 2023 sort une sorte de version restaurée de Ravages, incluant Thérèse et Isabelle. Je viens de me procurer ce Director’s Cut, c’est pysiquement un gros et beau morceau.
https://www.gallimard.fr/catalogue/ravages/9782072906381 -
François Bégaudeau
Maître des clésquelle femme
tout est net et juste et honnête dans ses mots
et quelle belle capacité d’admiration des autres (ce qu’elle dit sur la nouvelle de Carson MacCullers)-
Malice
InvitéLe texte de McCullers vaut les compliments, mon préféré avec son roman » L’horloge sans aiguilles »
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François Bégaudeau
Maître des clésje note aussi
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Alain m
InvitéUn temps, je voulais lister les écrivains, les personnes ou les circonstances qui m’envoyaient vers tels auteurs qui eux mêmes et ainsi de suite. Je ne sais pourquoi, peut-être essayer d’y trouver un sens, une interprétation quelconque ou juste me souvenir.
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François Bégaudeau
Maître des clésoui c’est le genre de chaine d’admiration qui fait sens
vraiment -
Malice
InvitéOn peu aussi parler des chaînes mixtes :
exemple : j’ai lu Les chants de Bilitis de Pierre Louÿs, à cause de leur adaptation par Debussy
Don Juan de Molière à cause de Mozart-
Alain m
InvitéGrandement redevable à Ferré pour Baudelaire, Verlaine et Rimbaud. As-tu conscience que tu pourrais rejoindre ma liste, si ce n’est déjà fait avec Fancy, suite à ma future promenade dans les bois ? J’éviterai de t’énumérer celleux que tu rejoindrais, une nouvelle vague de chaleur arrive.
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Malice
InvitéC’est une allusion à mes références de dévergondée?
Parce-que je relierais bien Hardy à DH Lawrence ( je ne sais pas si tu pensais entre autres à lui mais en lilsant Hardy je décelais une filiation)-
Alain m
InvitéNon pas du tout. C’était juste une blague qui tombe à plat. Je ne connais suffisamment ni Hardy ni Lawrence pour penser à une filiation. Je fais seulement maintenant le rapprochement entre certains de tes goûts littéraires et tes références de dévergondée (quel joli mot). Engouements littéraires qui donnent envie d’y aller voir et qui donc augmentent les miens.
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Malice
InvitéJ’ai l’esprit mal tourné et je viens de le prouver.
Oui DH Lawrence, je le vois continuateur du mouvement » intéressons-nous aux femmes et à leur émancipation ».-
Alain m
Invitétourné est suffisant. Et ce qui fait entre autres un des intérêts de ta présence ici, tu donnes envie de lire des livres.
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Graindorge
InvitéLe manteau de Nicolas Gogol. Extrait
« Longtemps après, aux instants les plus joyeux, lui apparaissait un petit fonctionnaire au front dégarni, qui prononçait ces paroles pénétrantes: « Laissez-moi. Pourquoi m’embêtez-vous? ». Et dans ces mots pénétrants en résonnait d’autres: « Je suis ton frère ». Alors, le malheureux jeune homme se voilait la face et il eut, dans sa vie, mainte occasion de frémir, en voyant ce que l’homme recèle d’inhumanité, la féroce grossièreté dissimulée sous l’urbanité raffinée et le savoir, y compris ô Seigneur! Chez ceux que le monde tient pour des cœurs nobles et honnêtes…. » -
Shiva
Invité« On ne peut pas refouler sans cesse l’hostilité. Elle existe chez tout le monde; il faut bien qu’elle se manifeste. »
La Transmigration de Timothy Archer, Philip K. Dick
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« La littérature nous conduit ailleurs. Au Koweït, où le romancier Taleb Alrefai fait le pari difficile d’écrire le roman impossible d’une vie ; ou bien au Cameroun, avec des générations de femmes introduites par le premier roman de Mirrianne Mahn, une jeune Allemande noire née d’un père allemand et d’une mère camerounaise ; Ou encore au Brésil, où Hilda Hilst, poète et romancière, profite de l’ambivalence des mots pour marier le charnel et le spirituel des récits d’amour. Mais il y a d’autres mondes. Celui de Paul Martel, écrivain qui a déserté l’école et le salariat, qui raconte le monde des néo-ouvriers qui se moquent des défilés de mode dont ils montent et démontent les décors ; ou encore celui d’Arsène Lupin, non violent, chevaleresque, joyeux et anticonformiste, que s’amuse à nous vanter Grégoire Bouillier. »
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Bonne lecture à toutes et à tous, en ce moment je lis « Au bout du labyrinthe » de Philip K.Dick, je me régale. -
Graindorge
Invité» Ils ne cherchaient jamais à se souvenir de la campagne où ils avaient joué autrefois, ils ne cherchaient jamais à retrouver la couleur et l’odeur de la petite ville où ils avaient grandi, ils ne voyaient jamais surgir en eux, quand ils marchaient dans les rues de leur quartier, quand ils regardaient les devantures des magasins, quand ils passaient devant la loge de la concierge et la saluaient très poliment, ils ne voyaient jamais se lever dans leur souvenir un pan de mur inondé de vie, ou les pavés d’une cour, intenses et caressants, ou les marches douces d’un perron sur lequel ils s’étaient assis dans leur enfance ».
Tropismes Nathalie Sarraute -
Graindorge
Invité@Malice
Pas trouvé ton dernier message
Et si et seulement si peux-tu ici partager des petits extraits?
Je vais aller découvrir tes suggestions : Violette Nabokov par exemple. Décidément tu aimes les violettes-
Malice
Invité@graindorge je vais tenter mais je galère à poster ces jours-ci
donc test -
Malice
Invité« Chaque arbre marqué pour être ainsi dépouillé était d’abord attaqué par Upjohn. A coups de serpette il débarrassait soigneusement le tronc des petits rameaux et des plaques de mousse qui l’entouraient sur une hauteur de deux pieds au-dessus du sol, opération comparable à la toilette du condamné. On laissait l’arbre debout pour l’écorcer jusqu’à hauteur d’homme – si un végétal a parfois l’air ridicule, c’est bien lorsque le chêne est là, jambe nue pour ainsi dire et comme honteux; le bûcheron venait alors tailler un cercle à coups de hache, pour laisser enfin achever l’arbre par les Timothy et leur énorme scie. »
Les forestiers, Thomas Hardy -
Malice
Invité« Ernestine rayonne. Ernestine resplendit. Ernestine scintille. Est-ce le mariage ou la journée à la campagne? Camélia (…) trouve ça drôle, cette transformation d’Ernestine, mais si elle était plus documentée, elle lui attribuerait sans doute des motifs inexacts. Car Ernestine, pour le moment, a complètement oublié le million taupique et la vie fastueuse dont Sidonie Cloche lui traça un si brillant tableau; sa joie a d’autres causes : un après-midi à la campagne après 418 jours consécutifs de rinçage de verres et de lavage de plancher. Si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle pense à ses futures toilettes, mais parce-qu’elle se laisse encore glisser au fil de l’eau; si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle pense à ses futurs soins de beauté, mais parce-qu’elle se voit encore buvant de la limonade sous un grand vieil arbre vert; si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle se croit roulant déjà dans son automobile à elle, mais parce-qu’elle aperçoit encore, à travers l’atmosphère épaisse du café, la vache qui fientait avec majesté en broutant du trèfle incarnat. »
Le chiendent, Raymond Queneaups Violette Nabokov n’existe pas, j’avais omis d’ajouter Leduc à ma pote au sein de ma liste
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Graindorge
Invité« On laissait l’arbre debout pour l’écorcer jusqu’à hauteur d’homme – si un végétal a parfois l’air ridicule, c’est bien lorsque le chêne est là, jambe nue pour ainsi dire et comme honteux; »
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sa joie a d’autres causes : un après-midi à la campagne après 418 jours consécutifs de rinçage de verres et de lavage de plancher. Si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle pense à ses futures toilettes, mais parce-qu’elle se laisse encore glisser au fil de l’eau; si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle pense à ses futurs soins de beauté, mais parce-qu’elle se voit encore buvant de la limonade sous un grand vieil arbre vert; si elle sourit, ce n’est pas parce-qu’elle se croit roulant déjà dans son automobile à elle, mais parce-qu’elle aperçoit encore, à travers l’atmosphère épaisse du café, la vache qui fientait avec majesté en broutant du trèfle incarnat. »
Merci Malice
Vladimir n’a donc pas de Violette dans sa famille»
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Malice
InvitéJe ne sais pas s’il y avait des violettes mais en tous cas, sûr et certain, il y avait des papillons
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Graindorge
Invité» Je ne suis pas un papillon »
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Nabokov était un grand chasseur et collectionneur de papillons. Ses efforts pour classer et ranger les lépidoptères collectés pouvaient l’occuper plus de six heures par jour. Au point d’en développer une théorie sur la migration d’un groupe, qui avait donné lieu à une certaine controverse.Le papillon de Nabokov
L’un d’eux avait particulièrement attiré son attention, le Polyommatus coridon, dit Argus bleu-nacré. Selon Nabokov, la migration de ces insectes s’était faite en cinq vagues depuis la Sibérie, en passant par le détroit de Bering, puis vers l’Alaska, avant d’arriver au Chili.Une théorie qui avait fait l’objet d’un article signé en 1945 par le romancier, mais que la communauté scientifique regardait alors avec un certain doute. Depuis sa mort en 1977, Nabokov a cependant inspiré des experts en papillonnage, qui sont partis dans les Andes, pour recueillir des spécimens du Polyommatus.
Grâce à des technologies bien plus avancées que celles dont disposait l’écrivain, ces scientifiques ont pu établir le séquençage ADN du papillon… pour en conclure que Nabokov avait raison. Selon leurs conclusions, le détroit de Béring a bel et bien servi de couloir biologique permettant à cette espèce de migrer d’Asie vers le Nouveau-Monde, saluant ainsi « l’extraordinaire intuition biologique » de Nabokov.
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Malice
InvitéBien joué Vladimir
ça me fait penser que je connais deux autres écrivains, en dehors de Nabokov et l’auteur de Je ne suis pas une libellule, qui ont écrit sur les insectes : Charles Nodier et Maeterlinck
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Charles
InvitéJ’ai terminé mon premier Antonio Lubo Antunes, le cul de Judas. Le livre raconte la confession d’un narrateur auprès d’une femme rencontrée dans un bar, à la fin des années 70 au Portugal, sur ses années en Angola durant la guerre d’indépendance où il a effectué son service en tant que médecin (du côté des colons portugais). Le récit semble en partie autobiographique car l’auteur a lui aussi officié là-bas durant les mêmes années avec la même qualité. Cette confession prend la forme d’un monologue qui est en réalité un soliloque car son interlocutrice n’a que peu de réalité, tant et si bien qu’elle en devient fantasmatique. Le narrateur se parle donc à lui-même, narre son départ en Angola, sa découverte de la guerre, s’interrompt pour s’adresser directement à sa confidente puis reprend son récit. On alterne entre le présent et le passé, le narrateur racontant à la fois la nuit qu’il passe avec cette femme et son expérience de la guerre. On est parfois un peu perdu sur les niveaux d’adresse, la temporalité et la spatialité, volontairement embrouillées. Comme beaucoup de livres européens très sérieux et très ambitieux de la fin du XXème siècle (celui-ci date toutefois de 1979), la phrase est très longue, les retours à la ligne très rares. Il y a tout de même des chapitres, alphabétiques pour une raison qui m’échappe (une lettre, un chapitre). Ce sont donc des gros blocs de phrases pouvant courir sur près d’une page. Mais contrairement à une certaine littérature (celle de Krasznahorkai ou Fosse par exemple) Antunes ne vise pas une forme d’hypnose du lecteur par la répétition de certains mots, le refus d’un style trop bellement ouvragé. La phrase n’est pas à uniquement logorrhéique avec toutes les impuretés de style que cela peut avoir. Au contraire, ici on cherche l’image juste, la métaphore souvent improbable mais très bien trouvée. Ce sont aussi des phrases très longues mais souvent très belles avec beaucoup d’adjectifs et d’épithètes, au risque de l’indigestion. Il faut beaucoup de concentration pour suivre le rythme et la profusion d’images (plusieurs par phrases). C’est plus simple dans la construction que du Nabokov (et moins référencé) mais on est au même niveau de densité de la phrase. Ce n’est pas du tout gratuit pour autant, on ne sent pas l’exercice du style, car c’est mis au service d’une description assez précise, au moins d’un point de vue mental, de la guerre en Angola. Le livre est aussi très ancré dans une époque – le régime de Salazar et ses guerres coloniales – sans tomber dans l’esbroufe (qu’on retrouve souvent chez les anglo-saxons) de l’ultra documentation, sans doute parce qu’il s’agit d’événements réellement vécus par l’auteur. Ce qui peut poser un peu problème c’est qu’on a déjà beaucoup les récits de jeunes bourgeois partis à la guerre pour des raisons plus ou moins valables et y découvrir l’absurdité de sa violence extrême et aléatoire. Donc on n’échappe pas aux camarades tués en un clin d’oeil dans des circonstances plus ou moins rocambolesques, à la population locale vue à distance, aux exactions commise par sa propre armée, à la colère voire la haine devant l’injustice d’une guerre décidée en haut lieu et menée par le peuple, au retour impossible à une vie normale après la guerre. Ce ne sont pas tant des clichés que des lieux communs de cette littérature qui lue plusieurs dizaines après sa sortie (l’expérience de lecture devait assez différente au moment de la sortie quand les événements relatés datés d’une petite décennie) perd en singularité. Heureusement, le style est tenu, donc on n’est pas dans une sorte de vocifération à la Céline avec tout ce que cela comporte de misanthropie facile et de métaphysique de bazar. Le livre est parfois assez doux car mélancolique et pas uniquement désespéré. L’autre problème est qu’il est parfois assez daté dans ses représentations. Les angolais sont décrits en masse, rarement individualisés, montrés comme une pure altérité (ce qui a dû correspondre à son expérience personnelle mais il est dommage qu’il n’en est pas conscience et qu’il ne l’interroge pas), au même titre que les femmes, que ce soit la confidente que les putes ou son ex-femme. Ce sont aussi des descriptions qui se cantonnent beaucoup au physique et qui ne donnent pas une épaisseur d’individus à part entière, comme s’il regardait de loin ces personnages-ci, ce qui est un peu désagréable.
Je retiens surtout de ce livre des phrases souvent géniales, parfois bancales ou ratées, dont l’obsession pour la justesse d’une image évocatrice signe le caractère profondément littéraire du style.-
Claire N
InvitéMerci Charles
Pour ce retour de lecture un peu intriguant
J’avoue que tu souffle un peu le chaud et le froid
« Au contraire, ici on cherche l’image juste, la métaphore souvent improbable mais très bien trouvée. Ce sont aussi des phrases très longues mais souvent très belles avec beaucoup d’adjectifs et d’épithètes, au risque de l’indigestion«
J’imagine qu’une phrase entière est de fait un peu trop longue à reporter ici, mais tu attise un peu ma curiosité
Et aussi le choix de la confession que tu décris
Fort bien comme une sorte de lourdeur mais également comme une occasion de mêler un présent pauvre en altérité – l’accentuation de la solitude ?-
Charles
Invité« J »ai abîmé mes dents et mon estomac dans des restaurants, tous semblables à des buffets de gare, où la nourriture sent le charbon et les mouchoirs humides de la morve nostalgique des départs. J’ai fréquenté des séances de cinéma de minuit, la nuque crispée par la toux du type solitaire assis derrière moi, qui lisait les sous-titres à haute voix pour s’inventer une compagnie et j’ai découvert, un après-midi, assis à une terrasse d’Algès en présence des bulles d’une bouteille d’eau gazeuse que j’étais mort, comprenez-vous, mort comme les suicidés du viaduc que nous croisons de temps en temps dans la rue, pâles, dignes, le journal plié sous l’aisselle, qui ignorent qu’ils sont morts et dont l’haleine sent la boulette de viande accompagnée de purée, et trente ans de fonctionnariat exemplaire ».
« Connaissez-vous Santa Margarida ? Je dis cela parce que, parfois, au mess des officiers décoré avec le mauvais goût obstinément impersonnel d’une salle d’attente de dentiste de banlieue (fleurs en plastique, oléographies imprécises dont les arabesques monotones se confondent avec le papier mural, chaises raides semblables à des quadrupèdes dépareillés broutant, dans un hasard asymétrique, les franges usées des tapis), les majors, tout excités, abandonnaient leurs verres de whisky où les cubes de glace étaient remplacés par des dés de poker, pour saluer, droits comme des soldats de plomb ventrus, l’arrivée d’une dame traînée par un quelconque colonel subitement urbain, laissant derrière elle, perceptible au léger frémissement des galons, une trace de chuchotements de rut de caserne, qui allaient se cristalliser, sur le marbre veineux des pissotières, en schémas explicites, destinés à l’alphabétisation des deuxième classe. »
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Claire N
InvitéMerci
Le « comprenez-vous« au sein de la première phrase est de la grande agressivité
L’implacable bascule rationnelle que tente souvent le dépressif a l’oreille qui s’incline
C’est intéressant-
Claire N
InvitéJe peux me tromper mais je pense que Pesoa ne ferait pas cela et qu’il y a la une grande différence ?
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François Bégaudeau
Maître des clés« Je retiens surtout de ce livre des phrases souvent géniales, parfois bancales ou ratées, dont l’obsession pour la justesse d’une image évocatrice signe le caractère profondément littéraire du style. »
Et ça qui l’écrit réellement?
Qui écrit comme ça?-
Charles
InvitéJe ne suis pas sûr de comprendre.
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François Bégaudeau
Maître des cléscette phrase est-elle de toi?
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Charles
InvitéOui, désolé de te décevoir.
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François Bégaudeau
Maître des clésPour me décevoir il faudrait que j’aie cru en toi, or rien de tes productions ici, confuses et dispersées, ne m’a communiqué cette foi.
» le caractère profondément littéraire du style. » -
Charles
InvitéN’hésite pas à te resservir une tasse de café avant d’écrire, ça devrait t’aider à y voir plus clair.
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Charles
InvitéEt après tu nous expliqueras en quoi relever qu’un style est plus ou moins littéraire est si bête.
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François Bégaudeau
Maître des cléscette phrase relevée sonne comme une phrase de robot
ou comme un avis sur un site de clients FNAC
Sur le fond : dans un livre, relever qu’il y a style vaut littérature. Le caractère littéraire du style est donc une tournure pléonasmique -
Charles
InvitéOu alors littéraire se rapporte à ce qui est propre à la littérature, tandis que le style désigne la façon d’agencer des mots et des phrases formant un langage dans un livre. Autrement dit, tous les écrivains ont un style, parfois académique, parfois fonctionnel comme dans les romans de gare et plus rarement davantage en rapport avec ce qui fait le propre de la littérature. Mais bon, ce n’est que l’analyse d’un lecteur Babelio.
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Claire N
InvitéJe m’y perds un peu Charles
je ne suis pas daltonienne
Peut on dissiper ? -
Charles
InvitéPas compris.
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Claire N
InvitéIl me semblait au vu de ton avatar vert
Que tu est possiblement le Charles qui ici ne produit pas le discours du Charles rose
Donc si il y a bien quiproquo
Je souhaite qu’il soit dissipé
( rose / vert : daltonisme) -
Charles
InvitéCharles 1 en effet.
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Claire N
InvitéVoilà
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Alexandre
InvitéEt nous recroisons, drôle de hasard, le motif de la nuque crispée (après le texte d’Adrien sauf erreur sur son centre de documentation).
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nefa
Invitéindication qu’incidemment beaucoup s’écrirait en dorsal
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,
Invitéà ceci près que se crisper et vibrionner ce n’est pas du tout la même sensation
mais oui, encore la nuque-
nefa
Invitéon est bien d’accord
fertile en multiple
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Dwl
InvitéJ’ai fini Changer : méthode d’Édouard Louis. J’y suis allé un peu à reculons après tes interventions passées le concernant
Je comprends une partie de ta critique François ( https://youtu.be/WNZG-YxRCE0?si=kww27As3aGLTWw4W ), notamment le fait que l’après-succès, les plateaux télé ou l’accueil bourgeois soient assez peu traités. Là-dessus, je peux te suivre.
En revanche, sur le contenu du livre, je trouve que ce que tu dis ici est faux. À t’écouter, on croirait avoir lu la biographie de Steve Jobs : « j’étais prolo, j’ai lu des livres, maintenant je suis bourgeois ». On pourrait croire qu’il se résume à un logique « quand on veut, on peut », alors que ce n’est justement pas ce qu’il raconte.
Tu dis l’avoir lu et annoté, mais il me semble que la question du comment est au contraire au cœur du récit. Il ne se met pas à lire par hasard. Dans En finir avec Eddy Bellegueule puis dans Changer : méthode, il explique que son homosexualité le conduit à une forme de solitude, de rejet, et lui fait chercher une issue. Comme il n’est pas à l’aise dans les activités valorisées (foot) et se fait harceler dans la cour, il se réfugie à la bibliothèque. Il essaye le théâtre, et obtient enfin reconnaissance donc s’y accroche. Il part ensuite en filière général pour fuir le harcèlement et en littéraire plus spécifiquement parce que son retard en maths est trop important. Il rencontre Elena et sa mère, qui l’introduisent à la littérature et l’emmène voir des pièces. La culture devient alors un moyen de préserver cette amitié, d’échapper à la honte de paraître ignorant. Puis vient Eribon, lui-même homosexuel et transfuge de classe, qui lui offre un modèle, l’aide à trouver du travail, puis à préparer l’ENS. Les déterminismes sociologiques et psychologiques sont donc largement explicités.
Même sur l’idée du « no pain, no gain », je ne retrouve pas ce que tu décris. À chaque étape importante, il est aidé par des rencontres et des soutiens. On est loin du récit du self-made man. Et lorsque le livre décrit un effort considérable, il n’est jamais célébré pour lui-même : il apparaît comme la conséquence de contraintes, de la peur de l’humiliation, de la honte ou de la nécessité de fuir un milieu devenu invivable, bien plus que comme l’exaltation de la seule volonté individuelle.
Je trouve donc que ta critique passe à côté de ce que le livre cherche précisément à montrer : comment une trajectoire individuelle est rendue possible par une série de déterminismes et de rencontres, plutôt que par la seule force de caractère.
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Alain
InvitéQuiconque a lu sérieusement les livre d’Edouard Louis constate effectivement que les reproches de Begaudeau ne tiennent pas. Bégaudeau lui-même ne peut les justifier que par sa mauvaise foi. Je pense aussi que c’est une des raisons qui font que Louis ne daigne même pas répondre à François, comme c’est également le cas de de Lagasnerie. La question qui reste est : pourquoi Bégaudeau en arrive-t-il à ce genre de contresens sur Edouard Louis ? jalousie ? ressentiment ? C’est cela qu’il faudrait investiguer.
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Graindorge
Invité« La question qui reste est : pourquoi Bégaudeau en arrive-t-il à ce genre de contresens sur Edouard Louis ? jalousie ? ressentiment ? C’est cela qu’il faudrait investiguer. »
Autre question : pourquoi E.L refuse t-il de débattre tranquillement avec F.B?-
Alain
InvitéComme dit précédemment, à partir du moment où la mauvaise fois de quelqu’un s’obstine à ne pas voir ce qu’il y a factuellement dans le livre, à quoi bon en débattre ? à cette aune, l’attitude d’Edouard Louis est on ne peut plus compréhensible
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Alain
InvitéVous même avez-vous lu le livre avant de poser votre question ? la réponse ne peut être que non vu votre interrogation
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Alain
InvitéMa question s’adressait à graindorge, j’ai encore un peu de mal avec ce forum en arborescence
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Samuel_Belkekett
InvitéGraindorge donnerait sa vie pour Bégaudeau.
D’ailleurs elle lui voue déjà tout son temps…-
Graindorge
InvitéAh? Tiens, j’avais pas vu ce message de ce monsieur Samuel. Et moi qui allait lui répondre dans Ad vitam sur la musique écoutée aux Canaries.
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Samuel_Belkekett
InvitéGraindorge, n’hésite pas, dis m’en plus sur cette musique aux Canaries et dis moi ce que tu penses de mon Viva espana show.
Tu dois bien connaître El Camaron ?
Paco de Lucia ? Vicente Amigo ?
De plus aux Canaries as-tu croisé dans les endroits touristiques des personnes qui proposent de faire la caricature aux touristes ?
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Dwl
InvitéJe rejoins vraiment Alain. En écoutant Bégaudeau, j’ai l’impression qu’on n’a pas lu le même livre, donc je comprends tout à fait qu’EL refuse la discussion.
Même si on quitte le terrain littéraire pour voir un peu ce que dit EL en interview ou en conférence, par exemple dans les premières questions ici : https://www.youtube.com/watch?v=xp6ELy0vGrQ
C’est complètement à l’opposé de ce que Bégaudeau veut nous faire croire. Et même quand certaines questions peuvent donner lieu à un récit méritocratique, notamment lorsqu’on lui demande son premier souvenir d’écriture (8 min 29), il est assez habile pour ne pas tomber dans le « piège ».
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François Bégaudeau
Maître des clésMa critiquer du livre Changer : méthode (rien que le titre..) est développé dans un chapitre de Boniments.
Si tu veux critiquer cette critique, la moindre des choses est de lire ce texte, qui étaye son propos de citations – ce qui ne m’est pas possible dans une intervention orale forcément allusive et donc approximative.
Même chose pour Alain – qui n’a pas lu non plus, et de toute façon n’est aucunement disposé à penser cette affaire.
Sur ce sujet aussi complexe qu’important, je veux bien avoir une discussion, y compris contradictoire. Encore faut il se donner les moyens de cette discussion.-
François Bégaudeau
Maître des clésSur l’auto-examen des déterminismes, Changer : méthode est un livre de toute façon très imprécis, et in fine peu soucieux de justesse (il est tout de même étrange que tu n’aies pas vu que la famille bourgeoise d’accueil est un fake). Fais un jour l’expérience de lire Deux singes ou ma vie politique, tu verras à quoi ressemble un auto-examen sérieux, et non complaisant, des déterminismes.
Ou bien dans le même genre tu liras Des idées dangereuses, à paraitre chez Cause perdue en février prochain.-
Samuel_Belkekett
Invité« Fais un jour l’expérience de lire Deux singes ou ma vie politique, tu verras à quoi ressemble un auto-examen sérieux, et non complaisant »
Du Soral dans le texte…-
François Bégaudeau
Maître des clésEn effet Soral a écrit Deux singes ou ma vie politique.
SB : ton idée semble etre de nous imposer un été de connard. Tu ne prends pas de vacances? Tu n’aimes pas la mer? Tu n’as pas d’ami? Oui forcément tu n’as pas d’ami.-
Samuel_Belkekett
InvitéNon j’ai simplement dit, du Soral dans le texte.
A savoir qu’à chaque fois que Soral parle de ses propres textes il dit exactement comme toi.
Lis la sociologie du dragueur et « Tu verras à quoi ressemble un auto-examen sérieux, et non complaisant »
Le même ego surdimensionné.-
Samuel_Belkekett
InvitéÀ propos d’amis.
Nietzsche disait : Aime tes ennemis.
J’ai de quoi ici, alimenter ce précepte.
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Dwl
InvitéJe ne dis pas que quelques minutes d’interview peuvent remplacer un chapitre entier où tu développes ton propos avec des citations.
Par contre, ce qui m’interroge, c’est que même en prenant en compte le fait que ce soit une intervention orale, il y a quand même une différence entre dire « le livre propose une analyse des déterminismes, mais je la trouve insuffisante, imprécise ou complaisante » et dire que le sujet du livre c’est en gros « comment il est arrivé à lire des livres ».
Sur les déterminismes, je ne dis pas que Changer : méthode est une analyse sociologique parfaite ou qu’elle va aussi loin que d’autres textes que tu cites. Je veux bien entendre qu’il y a des choses qui sont simplifiées, voire reconstruites. Mais ce qui m’a surpris, c’est justement que le livre insiste beaucoup sur tout ce qui dépasse la simple volonté individuelle : les rencontres, les circonstances, les contraintes, la honte sociale, le besoin de trouver un espace où exister.
Donc ma question n’était pas de dire « est-ce que Édouard Louis fait une analyse parfaite des déterminismes ? ». C’était plutôt : est-ce qu’on peut vraiment présenter ce livre comme un récit de réussite personnelle où quelqu’un explique comment il s’en est sorti par le travail et la volonté ? Et là, j’ai eu l’impression qu’il y avait un décalage avec le livre que j’avais lu.
Après, je regarderai Boniment pour voir comment tu développes cette critique, parce que la question de savoir si son analyse des déterminismes est assez fine ou si elle reste complaisante est effectivement intéressante.
(Ok pour les autres recos)-
Dwl
Invité*« comment il est devenu bourgeois ? il a lu des livres! ».
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François Bégaudeau
Maître des clésLe texte de Boniments porte sur des pages précises de Changer, où il s’acharne à lire pour avoir un concours, et nous raconte qu’il en oubliait de manger. Les pages Rocky.
Ca ne concerne pas l’ensemble du livre, que je trouve et platement écrit et paresseux sur l’analyse des déterminismes, ce qui va de pair -pour faire si pauvre, pas besoin de travailler la langue.
Quant à l’affaire des « rencontres », elle est vraiment le minimum syndical de l’auto-sociologie, voire sa négation (je l’associais même à la pensée magique antisociale dans Histoire de ta betise).
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Boddah
InvitéJ’ai lu « De la banalité du bien » de François Beaune aux éditions Cause perdue et Transhumances.
La MJC de Briançon nous raconte sa vie à travers les témoignages des personnes qui ont partagé la sienne et à travers les décisions politiques prises au niveau de l’État, de la région ou de la municipalité.
Ce livre en se focalisant sur la trajectoire d’une structure particulière, en prenant un exemple de la petite Histoire, nous montre comment le politique en tant que visée du bien commun s’articule dans une ville. Comment ces hommes et ces femmes s’environnent de la société pour créer un espace de vie qui est à la fois résistance, par sa volonté d’être un espace d’éducation populaire notamment, et aide aux plus démunis. Ce suivi dans la durée de cette MJC permet également de suivre sa confrontation avec la politique : ses lois, ses décisions arbitraires, ses combats idéologiques et son utilisation des arguments budgétaires légitimant tout sans discussion, parfois sans prise en compte du réel.
On voit à quel point le monde associatif a souffert de la nécessité de rendre des comptes, des cahiers des charges et comment, par exemple, le flicage à l’année, a un effet réel dans les services proposés aux jeunes, dans les « projets » qui, devenant annualisés, ne permettent plus de concerner ces jeunes sur la durée.
Le plus grand compliment que je peux faire à ce livre, c’est qu’il éclaire l’impact des grandes décisions politiques sur le réel microscopique, à l’échelle de l’individu mais qu’il montre aussi comment un individu, des individus, avec leur allant, peuvent changer la face d’une ville. Même si le constat amer que le livre rend de notre modernité peut désemparer et que cet allant précis a été détruit au fil des années pour plein de raisons, surtout politiques, chez moi, il a affirmé l’envie, déjà présente, d’en faire plus dans les associations.
Un excellent livre qui fait ce qui me semble le plus utile et le plus juste dans l’élucidation du réel, une analyse d’un exemple précis qui révèle comment ce qu’on désigne par le banal est dirigé, déterminé, attaqué par ce qu’on désigne par l’exceptionnel, le grand ? (la trajectoire politique d’un homme, les lois, l’idéologie dominante).
Il y aurait plein de choses à dire sur ce livre ; il développe énormément d’idées qui restent en tête après la lecture (parentalité, éducation, la question de l’accueil des migrants, etc.), met bien en place les problèmes auxquels la MJC fait face en donnant la parole à des discours parfois contraires. Aussi, on ressent très bien les époques et leur épuisement.
Quelques citations :
« Je suis donc le produit d’un mariage boiteux entre une idée-mère progressiste et un père la rigueur. Cette mésalliance de départ, je devrai faire avec tout au long de ma vie, tiraillée entre mon goût pour l’autogestion et la nécessité de fonctionner avec les collectivités. »
« Au fond on était contents aussi de se retrouver autour de ce Tchoa un peu chaman des villes avec son petit micro comme un bâton de parole, pour essayer de comprendre ce qui nous était arrivé, se rappeler ensemble de nos très belles années, et continuer comme avant à voir quoi inventer. »
Je retranscris cette phrase pour le « et continuer comme avant à voir quoi inventer » que je trouve fabuleux, allez savoir pourquoi.
« La décentralisation moi j’étais plutôt pour, mais je n’avais pas compris à l’époque que ce n’était qu’une ruse de l’État français pour m’abandonner, ou peut-être pire, me jeter dans les pattes d’une bureaucratie locale, départementale, régionale qui s’est mise à nous demander de justifier nos dépenses en fonction de ses agendas et autres grilles préétablies qui nous ont rendu très vite la vie impossible. »
J’ai dit le dixième de ce que je voulais mais je vais m’arrêter là. Soyons succincts : c’est à lire !
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François Bégaudeau
Maître des clésmerci pour ce retour
le livre a bien des qualités mais au moins celle ci : il se tient au coeur des frictions fondamentales du présent
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Graindorge
InvitéMerci Boddah ! Oui: c’est à lire. Pour ma part, en septembre à Nice, à la librairie Les journées suspendues, avenue Borriglione.
Trouvé ça:Nombre d’entre nous ont entendu parler de l’engagement de la MJC de Briançon dans l’accueil des migrants à la frontière italienne. Nous savons moins que cet engagement a sans doute signé son arrêt de mort. Nous le savons moins car cet arrêt, le nouveau maire élu en 2020 l’a signé sans opposition. La banalité du bien a d’abord pour vocation de conjurer cette indifférence. Lorsqu’en 2024, l’association de la MJC, alors en procédure de liquidation judiciaire, commande à François Beaune un livre sur son histoire, l’idée est d’imprimer une expérience collective. L’écrivain, qui depuis quinze ans porte haut la littérature documentaire, se lance alors dans une série d’entretiens des acteurs principaux de cette aventure. L’histoire sera racontée par ceux qui l’ont faite. Et même par la MJC elle-même, à laquelle Beaune confie la narration. Le récit tourne alors à l’enquête sur soi, à l’auto-investigation : que m’est-il arrivé ? Que s’est-il passé ? Quels sont les agents, les opérateurs, les causes de mon déclin soldé par une extinction ? Qui a tué une structure devenue tellement vitale à l’écosystème briançonnais qu’elle semblait immortelle ? Le chœur de témoins restitué par l’auteur remonte toutes ces années. Il y a d’abord l’enfance dans les années 60, gaulliste, sérieuse et responsable. L’adolescence est comme il se doit plus tumultueuse : soixante-huitarde, baba cool, autogestionnaire. La vingtaine et la trentaine sont radieuses : madame MJC rayonne sur le nord du département, devient Centre Social, compte 17 salariés, héberge maintes associations. Elle atteint sa pleine maturité dans les années 2000, qui est aussi son pic. Faut-il imputer le déclin des années suivantes au seul nouveau maire ? N’y a-t-il pas des raisons plus profondes, et peut-être plus inquiétantes ? N’ai-je pas tout simplement fait mon temps, s’interroge la narratrice et personnage principal ? Est-ce que l’époque autoritaire et marchande peut encore tolérer une structure associative reposant sur le bénévolat, c’est-à-dire littéralement la bonne volonté des un.es et des autres, sur la bonté ordinaire, banale oui. Est-ce que cette époque si prompte à remettre sa vie entre les mains de la technologie peut encore comprendre quelque chose de la belle histoire de l’éducation populaire, dans laquelle s’inscrit pleinement la MJC de Briançon, et de la foi qui l’irrigue dans la capacité de chacun à penser et agir sa vie ? Racontant la France de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la MJC offre un point de vue imprenable sur notre temps, et un matériau précieux pour qui veut réfléchir aux moyens de survivre dans cette adversité. Cette publication, co-éditée par Transhumances et Cause perdue, a aussi vocation à entretenir ou réveiller l’ardeur de l’éducation populaire, en provoquant l’organisation de débats. Alors ce livre sera plus que jamais ce qu’il est : une contribution à l’effort collectif.
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InvitéMerci pour ce livre. J’ajoute mon dixième à la suite de Boddah.
C’est une structure d’une ampleur impressionnante cette MJC, avec des initiatives tous azimuts, très diverses. Ça ne se limite pas du tout aux loisirs comme j’imaginais au premier abord. Il y a ce lien qui en rend bien compte :
Repères MJC Briançon
Impressionnante aussi la documentation de François Beaune, avec ses 52 personnages convoqués et le patient entremêlement de leurs paroles.
J’ai appris beaucoup de choses sur le fonctionnement associatif. Par exemple en quoi le fonctionnement par subventions se distingue d’un fonctionnement municipalisé, par délégation de service public, ou d’un fonctionnement entrepreneurial en SCOP ou SCIC, et en quoi les financements par appels à projets brident la créativité et la réactivité face aux besoins réels de la population. L’auteur arrive à nous rendre ça très clair et intéressant.
A travers le parcours de la MJC on voit aussi se dessiner une vaste carte des tensions et des embûches qui guettent les structures associatives en société capitaliste. C’est une bonne base d’analyse pour toute association.
Parmi les tensions j’ai noté ça :
– dès le départ, ambiguïté d’un lieu de rencontre qui est aussi un lieu de contrôle social,
– lieu qui prospère avec l’essor des loisirs, lesquels vont avec la société de consommation, la vie salario-centrée et les dégâts environnementaux,
– lieu qui n’est pas émancipateur en tout, qui reproduit par exemple le sexisme, qui rend service à l’ordre capitaliste en le rendant « plus humain ou moins désespérant », et qui sur la fin ne sait plus mobiliser ses adhérents devenus consommateurs,
– lieu qui peine a préserver son autonomie, en particularité face à la mairie de gauche,
– CA censé permettre des échanges et prises de décisions en collectif, qui n’est parfois qu’une façade et qui est d’une lourdeur et d’une complexité peu attrayantes,
– lieu qui se pérennisant tend à se dévitaliser, qui s’agrandissant se désosse, qui voulant se tendre plus visible et étendre sa portée devient plus lourd, moins mobile, plus dépendant de ses financeurs,
– lieu qui ne peut pas tout en milieu hostile, qui tient du miracle dans un écosystème fragile et que le désengagement de l’Etat met à mal,
– lieu qui supplée aux insuffisances de la municipalité et que son efficacité finit par tuer, parce que devenu concurrent et contre-pouvoir.
Comme je n’ai pas eu la chance de connaître ce genre d’asso, il y a juste un point que je n’ai pas bien saisi : adhérer à la MJC, ça signifiait avoir accès à toutes les associations hébergées dans les locaux ?
Et sinon, j’aimerais bien entendre l’auteur sur la façon dont il a mené son enquête et sur ses choix d’écriture, par exemple pourquoi faire parler la MJC à la première personne et est-ce qu’il avait envisagé de donner la parole aux exilés (mais pour ça il aurait peut-être fallu encore un livre entier).-
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Invité(à préserver son autonomie, en particulier)
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Graindorge
InvitéZut je n’arrive pas à ouvrir le lien que tu as mis
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InvitéJe n’arrive pas à repartager le lien. Il faut aller sur transhumances.com > De la banalité du bien > document en facilitation graphique
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Graindorge
InvitéD’accord virgule
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François Bégaudeau
Maître des clésMerci pour cette lecture super attentive, qui confirme que ce livre donne, littéralement, matière à penser.
Sur le processus : tout est parti d’une commande de la MJC de Briançon, avec laquelle François avait été liée je ne sais plus comment : s’étant vu dégommés par le maire sarkozyste, les acteurs présents et passés de la MJC lui ont demandé de faire une récolte de témoignages en sorte d’écrire l’histoire du lieu. C’est une méthode que François a beaucoup pratiquée dans ses livres précédents (notamment celui sur la Méditerranée, chez Verticales), donc il sait faire. Il a la patience et la modestie de l’écoute, et surtout l’art d’articuler une myriade de propos rapportés. L’idée de personnifier la MJC et d’en faire la narratrice lui est venue assez tot. Ce qui est venu tard, c’est l’idée de cette parole d’outre tombe : maintenant que je suis morte, je me raconte. Et le livre est une sorte d’enquete : qui m’a assassinée?
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Charles
InvitéQuelqu’un a tenté de lire l’amie prodigieuse ? Ça vaut quoi?
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Graindorge
InvitéMa grande amie, bibliothécaire, a lu les 4 tomes de cette histoire italienne. Elle a beaucoup aimé.
Le mieux: en lire quelques pages et voir si la forme, la manière d’écrire, la musique du livre te plaît-
graindorge
Invité*te plaisent
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Samuel_Belkekett
InvitéC’était un conseil du professeur Graindorge…
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Graindorge
Invitédit le Sage
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Samuel_Belkekett
InvitéTu me parles encore ?
Dis… Tu m’aimes toujours ?
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Dr Xavier
InvitéJe picore dans les pages de La force des choses, quelle plume, quelle personnalité cette Simone qui affronte sa vieillesse et décrépitude « sereine ou désolée. » J’ai relu deux fois l’Épilogue, c’est un immense texte à lui tout seul.
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Les jeunes femmes ont un sens aigu de ce qu’il convient de faire et de ne pas faire quand on a cessé d’être jeune. « Je ne comprends pas, disent-elles, que passé quarante ans on se teigne en blond ; qu’on s’exhibe en bikini ; qu’on coquette avec les hommes. Moi, quand j’aurai cet âge-là… » Cet âge vient : elles se teignent en blond ; elles portent des bikinis ; elles sourient aux hommes. C’est ainsi que je décrétais à trente ans : « Un certain amour, après quarante ans, il faut y renoncer. » Je détestais ce que j’appelais « les vieilles peaux » et je me promettais bien, quand la mienne aurait fait son temps, de la remiser. Cela ne m’avait pas empêchée, à trente-neuf ans, de me jeter dans une histoire. Maintenant, j’en avais quarante-quatre, j’étais reléguée au pays des ombres : mais, je l’ai dit, si mon corps s’en accommodait, mon imagination ne s’y résignait pas. Quand une chance s’offrit de renaître encore une fois, je la saisis.
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Si jamais le bouquin traîne pas loin et que vous l’avez laissé tomber, ne lisez que l’Épilogue.
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Campagne nationale de prévention sanitaire pour tous citoyens de 50 ans : mammographie, exam’ de la prostate, lecture de l’Épilogue, bikini.-
La pote de Simone
Invité« Il fallait marcher, toujours marcher. Je crevais de fatigue : mes escarpins. J’aurais souligné mon âge si j’avais dit que j’étais prête à m’écrouler. Je parlais par la pensée à mes mollets, je les dirigeais. Une image me tentait, celle d’une femme aux cheveux blancs vêtue d’une ample robe de toile. Assise au fond d’une tente rayée au bord de la mer, elle tricotait. Je repoussai ce renoncement, je proposais une montée plus dure que la précédente. »
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François Bégaudeau
Maître des clés« « Je ne comprends pas, disent-elles, que passé quarante ans on se teigne en blond ; qu’on s’exhibe en bikini ; qu’on coquette avec les hommes. Moi, quand j’aurai cet âge-là… » Cet âge vient : elles se teignent en blond ; elles portent des bikinis ; elles sourient aux hommes »
Bim
Simone aime la vérité, presque autant que l’autre Simone-
Dr Xavier
InvitéMoi ça me donne les poils.
(l’exigence de vérité nécessite de préciser que l’extrait en question se trouve au tout début du Tome 2, des fois qu’on se demande pourquoi on ne le retrouve pas dans l’Épilogue, dont je ne sais plus si j’ai dit que c’est à lire)-
Claire N
InvitéRires , entre temps il y a aussi leur étape « moi quand j’aurai des enfants « une certaine continuité donc
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Graindorge
InvitéSainte Simone est morte à 34 ans, vierge je crois.
Était- ce par attention aux jeunes ou moins jeunes hommes qu’elle craignait peut-être de manier comme les fusils ou les bassines d’huile bouillante: sa maladresse était bien connue voire légendaire. Elle ne voulait peut-être pas avoir de blessé grave sur la conscience voire pire
De toute façon, ne vous en déplaise le seul vrai pote labellisé comme tel c’est notre Émile. J’attends son verdict sans appel.
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toni Erdmann
InvitéMerci François pour la recommandation de Thérèse et Isabelle que j’ai lu en une journée et que j’ai trouvé fabuleux. Je viens d’acquérir La Batarde pour prolonger la découverte de cette dame.
Ce qui m’a marqué d’abord, c’est l’idée d’un texte positif : parler du désir avant de parler de sa répression. Quand on s’imagine deux amantes dans un pensionnat, je me suis tout de suite dit : l’interdit, l’oppression, la dissimulation, la force répressive de l’institution. Or le livre s’intéresse avant tout aux forces de vie et de désir plus qu’aux forces d’oppression. L’interdit qui pèse sur ces deux jeunes filles dans le pensionnat est finalement peu présent, ce qui compte, c’est leur attraction.
J’ai aussi aimé que la prose, parfois un peu perchée, soit ramenée à quelque chose de plus concret par les dialogues, très présents dans le texte. Ils montrent bien le caractère performatif de la parole sexuelle : elle ne sert pas seulement à l’autre, mais aussi à se stimuler soi-même, se projeter soi-même dans un ailleurs.
Quelques passages que j’aimerais vous partager :
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« Nous descendions noeud après noeud dans une nuit au-delà de la nuit du collège, au-delà de la nuit de la ville, au-delà de la nuit du dépôt des tramways. Elle avait fait son miel sur mes lèvres, les sphinx s’étaient rendormis. J’ai su que j’avais été privée d’elle avant de la rencontrer »
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« Je calculais que si je ne refermais pas la boite de savon dentifrice, je me souviendrais de l’atmosphère avant de retrouver Isabelle chez elle. Je me préparais un passé »
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« Je la reçus dans mes bras. J’enlevai avec mes dents le sang séché sous ses ongles. Je la mis au lit »-
I.G.Y
Invité« Nous descendions nœud après nœud dans une nuit au-delà de la nuit du collège, au-delà de la nuit de la ville, au-delà de la nuit du dépôt des tramways » : à mon tour, j’ai les poils.
Les citations que tu donnes dessinent une écriture à cheval entre grande charge métaphorique (au risque à la longue de la surcharge?), haute réflexivité (les deux phrases terminales des deux premières citations), et grande simplicité. Je ne sais pas si tu confirmerais mais tu le laisses entrevoir dans ce que tu dis au-dessus. Je me base sur 8 phrases donc c’est à peine une intuition.
Sur un thème de base peu éloigné (sexualité/pensionnat), j’avais été parfois un peu sorti du texte dans Mémoire de Fille d’Ernaux, où la réflexivité, en l’occurrence plutôt centrée sur le geste d’écriture rétrospective lui-même que sur l’action, se faisait parfois envahissante.
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toni Erdmann
InvitéJe confirme tes intuitions : des métaphores parfois très poussées, mais contre-balancées par des phrases simples et crues.
Le J’enlevais avec mes dents le sang séché sous ses ongles n’est bien évidemment pas une image et je te laisse deviner d’où vient cedit sang.
Et en effet aucune réflexivité ici sur le geste d’écriture mais seulement sur son propre désir. Elle ne s’embarrasse ni de contexte, ni d’explications sur les raisons de ce récit : elle se contente de décrire son état lors de ces rapports.-
I.G.Y
Invité« je te laisse deviner d’où vient cedit sang » : ah oui, je ne l’avais pas vue venir celle-là… (je m’étais pourtant posé la question).
Je pense qu’on me comptera, un jour, au nombre des lecteurs de ce livre (ne pas déduire ça de la phrase juste au-dessus hein).
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Malice
InvitéDes promesses toujours des promesses Igy
Et Eric, on s’y met quand?-
I.G.Y
InvitéÉric Cantona?
(Ça va venir, les vacances arrivent bientôt, promesse renouvelée)
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François Bégaudeau
Maître des clésChez Violette, la métaphore est brève, lapidaire. D’un trait. Sa phrase est ainsi, courte et qui ne cumule jamais deux images. La métaphore prend ainsi le tour d’une affirmation nette, d’une vérité littérale. Et donc ce n’est plus une métaphore.
C’est cette netteté de la tournure étrange qui est unique. Cette droiture dans la torsion.
Pour prendre des exemples je n’ai qu’à ouvrir Ravages, lu le mois dernier, à une page hasardeuse :
« Mes lèvres se débauchaient sur ce masque de broussaille »
« Le chant des oiseaux dans le jardin décorait aussi la cuisine »
« Quand Cécile sera partie je serai seule, j’irai avec ma pieuvre assoupie dans mes entrailles »
« J’ai une tombe de jeune fille dans la gorge »
Au hasard, vraiment.-
François Bégaudeau
Maître des clésJe rappelle que si certains doivent leur lecture de Violette à ma recommandation, je dois la mienne à Malice ici présente. Chaine amicale – chaine élective.
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Claire N
InvitéOui- tu as raison de rappeler ces choses là
Elles font curieusement d’ailleurs l’objet d’attaques en soumission ce qui me fait flairer paradoxalement leur puissance-
Claire N
InvitéEt c’est Alain m qui me l’a mis dans l’œil au départ
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François Bégaudeau
Maître des clésAlain M vise mal
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Claire N
InvitéC’est parce que je gigotais
Ce sont des choses qui arrivent
Quand on ne ligote pas bien les gens -
Claire N
InvitéJe te demanderai donc un peu de magnanimité à son égard – je ne suis plus une enfant, tu sais, il l’aura sans doute oublié
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François Bégaudeau
Maître des clésrire
un rire Vivès, on va dire -
Claire N
InvitéOui- il est possible que le rire
Mobilise aussi ces chaînes électives
Que tu évoques, mais de manière très « rapide «
Un peu comme une traînée de poudre ( tu le notais dans du mepris)
On ne sait jamais si cela va « prendre « chez l’autre et parfois oui ça tombe à plat comme une mèche mouillée mais il est une grande joie a le voir surgir , il est peu de chose qui réitèrent de manière aussi pure la puissance du surgissement de l’imprévu , l’éclair singulier de sa joie -
Malice
InvitéIl y a aussi des gens – Igy pour ne pas le nommer – qui trahissent la chaîne en faisant comme si qu’ils comprenaient pas qu’on parle d’Eric Rohmer et non d’Eric Cantona; alors qu’en plus je me suis tapé un film sur les nazis la semaine dernière, moi
Mais merci de rappeler que le forum est toujours le lieu de l’amitié -
I.G.Y
Invité» Le chant des oiseaux dans le jardin décorait aussi la cuisine » : je trouve ce genre de phrases extraordinaire. Là il n’y a même plus d’histoire de Sphinx, plus un gramme de métaphore, j’appellerais ça tout simplement de l’écriture imagée.
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Malice : il fait « comme si » en effet. Aussi la chaîne Malice FB ne m’avait pas échappée à propos de Violette. On découvrira bientôt que Malice a fait découvrir Éric (les deux) à François. Quant à moi je rappelle que personne, avant que j’arrive en ces lieux, n’avait entendu parler des nazis. -
Alexandre
Invité« On découvrira bientôt que Malice a fait découvrir Éric (les deux) à François. »
Non, il connaissait déjà Eric Ciotti. -
Malice
Invité@Igy certes et j’ai été très choquée de découvrir les heures sombres de l’histoire. Heureusement j’ai appris il y a quelques jours, donc, que Jean Luchaire n’était pas collabo, ça m’a un peu consolée.
Et oui, j’ai tout appris à François, c’est même moi qui trouve les titres de ses livres. Têtue comme une mule c’est ça qu’on disait de moi au village quand j’étais mioche.
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François Bégaudeau
Maître des clésOn te doit surtout, IGY, de nous avoir appris à les aimer.
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François Bégaudeau
Maître des clés(les nazis, pour ceux qui suivent pas)
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François Bégaudeau
Maître des clésOuvert aux quatre vents, le forum ramasse tout : ramasse la merde et la grace ; ramasse le meilleur (iels se reconnaitront) et le pire (iels se reconnaitront – mais surtout ils, je le note). Ce qui le justifie.
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I.G.Y
InvitéFrançois : la République a consacré Deranque, nous nous avons gagné la bataille culturelle.
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Claire N
InvitéÇa veut dire qu’on peut manger nos sandwiches ?IGY ?
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I.G.Y
InvitéJe ne suis pas du tout sûr de l’avoir, mais je tente : c’est une référence grand-écart à la Bataille Culturelle Master-Poulet ou approchant? sinon je sèche
(nos excuses à Violette, si elle nous lis de là où elle est)
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Claire N
InvitéRires – non l’effet escompté etait plutôt mais qu’elle est con c’est pas possible –
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nefa
Invitéboutique relais
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nefa
Invitéelle était nulle
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Alain m
InvitéLes excuses à Violette effectuées si ma visée approximative me range dans les recrues possibles de la police nationale, le gigotage de Claire la place sans peine danseuse étoile dans la compagnie de St Guy.
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Claire N
InvitéEt tu me donnes un rire, là c’est bien visé
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nefa
InvitéEt moi après une blague qui a demandé du travail ( la reformuler dans sa tête, imaginer, transpirer, rigoler, pulsion de répondre, attente de l’image sonore, acceptation, écriture, envoi), bref une blague sarkozy
j’ai rebondi et une blague burn out -
Claire N
InvitéNon mais, je pense qu’on tient une piste sur le « prétendre à rien « j’nous sens bien parti là
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nefa
Invitéj’essaye
un récit qui ne prétend à rien s’augmente d’une grosse puissance
gardé en l’état, il affecte
magnétique, il est aussi susceptible d’attraper l’autre récit, celui qui passe à sa porté, ce dernier s’accolant aisément ou pas
l’accolade affectera
magnétique, elle sera aussi susceptible d’attraper l’autre récit… -
Claire N
InvitéComme une fente synaptique ?
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nefa
Invitéje connais trop peu (peut-être sommaires désirées de ma tête) les subtilités de ce qui se passe au niveau des fentes synaptiques pour faire le rapprochement.
je suis plus à l’aise avec Gombrowicz :QUELQUES EXTRAITS DE MON JOURNAL AU SUJET DE « COSMOS »
1962 – Qu’est-ce qu’un roman policier ? Un essai d’organiser le chaos. C’est pourquoi mon Cosmos, que j’aime appeler « un roman sur la formation de la réalité », sera une sorte de récit policier.1963 – Je pose deux points de départ, deux anomalies très éloignées l’une de l’autre : a) un moineau pendu ; b) l’association de la bouche de Catherette à la bouche de Léna.
Ces deux problèmes se mettent à réclamer un sens. L’un pénètre l’autre en tendant vers la totalité. Ainsi commence un processus de suppositions, d’associations, d’investigations, quelque chose va se créer, mais c’est un embryon plutôt monstrueux, un avorton… et ce rébus obscur, incompréhensible, va exiger sa solution… chercher une Idée qui explique, qui mette de l’ordre..,
1963 – Quelles aventures, quels incidents avec le réel pendant cette remontée du fond des ténèbres !
Logique intérieure et logique extérieure.
Ruses de la logique.
Pièges intellectuels : les analogies, les oppositions, les symétries…
Rythmes furieux, brusquement accrus, d’une Réalité qui se déchaîne. Et qui s’effondre. Catastrophe. Honte.
La réalité débordant soudain à cause d’un fait en Surnombre.
Création de tentacules latéraux… de cavités obscures… d’engorgements de plus en plus pénibles… Freins… virages… tourbillons…
Etc., etc., etc.
L’Idée tourne autour de moi comme une bête sauvage…
Etc., etc.
Ma collaboration. Moi de l’autre côté, du côté du rébus. Essayant de compléter ce rébus. Emporté par le tourbillon des événements qui cherchent une Forme.
C’est en vain que je me jette dans ce tourbillon pour que, aux dépens de mon bonheur…
Microcosme – macrocosme.
Mythologisation. Distance. Écho.
Irruption brutale d’une absurdité logique. Scandaleux.
Points de repère.
Léon célébrant son office.
Etc., etc., etc.
(mais il n’y a rien à craindre, ce sera malgré tout une histoire normale, un roman policier normal, quoique un peu rugueux).
Dans l’infinité des phénomènes qui se passent autour de moi, j’en isole un. J’aperçois, par exemple, un cendrier sur ma table (le reste s’efface dans l’ombre).
Si cette perception se justifie (par exemple, j’ai remarqué le cendrier parce que je veux y jeter la cendre de ma cigarette), tout est parfait.
Si j’ai aperçu le cendrier par hasard et ne reviens pas là-dessus, tout va bien aussi.
Mais si, après avoir remarqué ce phénomène sans but précis, vous y revenez, malheur ! Pourquoi y êtes-vous revenu, s’il est sans signification ? Ah ah ! ainsi il signifiait quelque chose pour vous, puisque vous y êtes revenu ? Voilà comment, par le simple fait que vous vous êtes concentré sans raison une seconde de trop sur ce phénomène, la chose commence à être un peu à part, à devenir chargée de sens…
— Non, non ! (vous vous défendez) c’est un cendrier ordinaire.
— Ordinaire ? Alors pourquoi vous en défendez-vous, s’il est vraiment ordinaire ?
Voilà comment un phénomène devient une obsession…
La réalité serait-elle, dans son essence, obsessionnelle ? Étant donné que nous construisons nos mondes en associant des phénomènes, je ne serais pas surpris qu’au tout début des temps il y ait eu une association gratuite et répétée fixant une direction dans le chaos et instaurera un ordre.
Il y a dans la conscience quelque chose qui en fait un piège pour elle-même.
W. G.
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Claire N
InvitéC’est vrai que ce qui est tenu comme le plancher de la realité sous le nom d’ordinaire est peut etre déjà l’élaboration la plus impressionnante de la singularité
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nefa
Invitéoui, le plancher des vaches
et brouter avec elles ne me fait pas peur -
nefa
Invitépeur ou pas peur d’avoir peur
jankélévitch l’angoisse
à 16mn 50s
tout écouter, j’ai bien aimé aussi -
nefa
Invitéen fait j’adore
je ne le connaissais que de nom
j’apprends qu’il a soutenu 68
et vraiment j’ai pleuré, vous savez, avec les yeux, des larmes
joie -
Claire N
InvitéHey mais c’est très difficile pour moi!
Si je saisis – et ce n’est absolument pas certain –
Il ressaisi certains « mots « dans leur obédience philosophique ( comme l’angoisse) et par analogie nombre d’objets de la philosophie qui on glissé dans notre utilisation affective, comme l’amour
Et se retrouvent et sans objet et detaché du champ philosophique qui n’en requiert pas par essence , a hanter les affects humains ?
C’est anti philosophique cette manière ? -
nefa
Invité« C’est anti philosophique cette manière ? »
il parle (concrètement dans cette vidéo) à propos d’un truc, de quelque chose, d’un » je-ne-sais-quoi « , « l’instant », qui serait a-objectivable, a-subjectivable, c’est paradoxale, pour lui (peut-être pour d’autres aussi) c’est ça faire de la philosophie -
MA
InvitéIl est très Juif,dans son identité, sans arrière pensée. Quand j’ai appris qu’il avait arrêté d’écouter de la musique allemande, cela m’a un peu freiné dans ma curiosité envers sa pensée.
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Claire N
InvitéHum- je crois que j’ai une certaine forme d’imperméabilité à sa pensée
Si Je suis le cheminement logique de sa description de l’instant, il semble en faire un point de saisissement « sensible « du fait que tout / rien sont les deux faces d’une même realité non aprehendable , par l’absence de « chemin « tracé d’une quelconque causalité
Et qu’une personne subjective plongée dans ce vaste sans distinction ni direction prendrait douloureuse conscience de l’objectivité sans y être mais en y étant
C’est ce point qui ne m’irait pas
Car l’angoisse est déjà pour moi un témoin de ma subjectivité, si tant est qu’elle se manifeste sur ce type de réflexion ?
J’aurais tendance à remâcher Descartes a ma sensibilité : je subjectivise donc je suis
L’univers ne m’angoisse pas si il n’est pas vide et glacé
Ce n’est pas le tout qui le fait feu
Ce sont les multiples -
Claire N
InvitéAinsi, parce qu’il me plaît de débusquer son « farmerisme «
Je réécris
« tout est chaos – ohoo
Tout mes idéaux des maux – ohooo
Rien n’a de sens
Et la multitude va
Ahah AA » -
Claire N
InvitéHum peut etre que je comprends ta remarque
Comme cela : questionné par Dieu avant la nouvelle de l’incarnation ? -
nefa
Invité@Claire
il s’intéresse à l’instant, saisit comme une mise en mouvement (motion), un début, quelque chose de l’ordre d’une gestuel en acte, au présent
ainsi comme toi il a l’air d’aimer la source, la contemporaine source et il la décline au pluriel
peut-être un chaos de sources
vu qu’elles durent très, très peu longtemps, l’existence serait le terrain, un joyeux bordel de sources
d’ailleurs, il parle d’une « hécatombe » d’instants
lui aussi donc d’une atteinte aux multiples
@MA
il a fait plus qu’arrêter d’écouter la musique allemande, il a arrêté de la jouer, il a aussi arrêté de lire en allemand, donc de lire la philosophie allemande (j’en déduis que Marx en a fait les frais). En ce qui le concerne ni pardon ni oubli. -
Claire N
InvitéPeut-être que tu le lis mieux que moi
Mais hécatombe tout de même ? Pourquoi ? -
nefa
Invitémieux je pense pas différemment oui
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Claire N
Invité« je me suis tout de suite dit : l’interdit, l’oppression, la dissimulation, la force répressive de l’institution. Or le livre s’intéresse avant tout aux forces de vie et de désir plus qu’aux forces d’oppression »
Oui , c’est vrai
Merci de le souligner de manière aussi limpide
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Dr Xavier
InvitéPlus que métaphorique, c’est de la grande poésie, ça ne m’a pas lassé.
Même plaisir devant “je me préparais un passé.”
Pour info le roman “intégral” avec Ravages a été “reconstruit” en 2023 et publié par Gallimard (Imaginaire / Hors Série), ce qui ré-enchasse Thérèse dans son histoire avec Isabelle, puis Cécile et Marc. C’est assez génial parce que les “ajouts” sont en violet dans le texte initial et tronqué de Ravages. Je suis dans sa rencontre avec Marc et il a bcp moins ma sympathie que Isabelle.-
stephanie
Invitéoui, je confirme, je suis entrain de le lire, le graphisme est très beau, presque sensuel cette couleur violet.tte.
j’en suis encore au pensionnat . -
lison
InvitéVous lisant, et lisant quelques phrases de Violette Leduc je commande à mon tour « Ravages » , et en passant vous recommande un autre livre « Renata n’importe quoi » aux Editions du Chemin de fer. Livre publié en 1967, écrit par Catherine Guerard dont je n’avais jamais entendu parler.
Vous pouvez en lire quelques pages ici :https://www.chemindefer.org/catalogue/styled-171/renata-n-importe-quoi-catherine-guerard.html-
François Bégaudeau
Maître des cléstotalement inconnue au bataillon
décidément le soldat inconnu a eu beaucoup de femmes
j’ai noté -
poissonvache
InvitéJ’ai lu toutes les pages disponibles, et je suis un peu mitigé par ma lecture.
D’un côté je trouve intéressant l’idée d’écrire dans un flot, d’une seule phrase (en théorie: il n’y a pas de point mais on voit bien que son écriture dissimule des phrases qui sont indiqué par les majuscules). Ca donne réellement la sensation de la quantité de pensées qui abondent sans interruption dans la tête de la protagoniste ayant d’un coup fait exploser la routine de sa vie. On est vraiment plongé dans sa tête. Mais au bout des 25 pages de lecture gratuites je suis un peu étouffé sous la quantité de « j’ai/je/j’ai dit/j’ai pensé/untel a dit ». Il semble que pour clarifier le discours dans son dispositif monophrasique, elle ai eu recours de manière excessive à ces éléments du discours direct qui, en plus de boursoufler le texte qui ne respire pas, finissent par annuler l’effet de flot initial car la répétition des mêmes formules donne presque un effet télégraphique. C’est donc moins la fluidité qui est recherché que l’ininterruptions du récit ? Pas de pause, un enchainement rapide et saccadé d’éléments de discours (à ce titre ça rappelle un peu la série Bref de Kojandi et Navo).
Je suis autant étouffé qu’essoufflé et me demande vraiment si je pourrais tenir pendant 200 pages.
Comment s’est passé la lecture complète de ton coté lison ?
Ca interroge vraiment sur les limites du discours direct et je profite d’avoir un 8ème dan de discours indirect libre sur le forum pour avoir son avis sur le sujet.-
Dr Xavier
InvitéSensations similaires pour moi.
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lison
Invitéoui je comprends tes réserves, ta fatigue, et ces « j’ai pensé » très nombreux peuvent alourdir la lecture, mais sa manière de découvrir la ville, les magasins, les métiers des autres, les obligations ( les tickets , les flèches, les ordres de passages) et d’éprouver / mesurer sa liberté m’ont beaucoup plu.
Et j’aime bien son échappée.
C’est un peu basique et pas très convaincant sans doute mais je crois qu’elle a besoin de dire j’ai pensé pour se dire que c’est bien elle qui pense ce qu’elle pense, et que c’est peut être ça sa plus grande découverte, à l’air libre et débarrassée de son travail, de se voir /s’entendre penser plein de choses (avec une petite monomanie : est ce que cette personne rencontrée est libre ? et moi le suis je bien qui me pose toujours cette question de l’être ou non ?)
ces « j’ai pensé .. »ça rappelle aussi une manière de témoigner d’un truc qui nous est arrivé , alors j’ai fait ça, j’ai pensé que, et hop il m’est arrivé ça et je me suis dit que …-
poissonvache
Invitémerci pour vos partages.
Oui on comprends bien qu’il y a une volonté du personnage de se parler à soi même, mais outre la lourdeur ça rend in fine, Renata un peu trop cruche. Lison tu as lu le reste du roman ? Est ce que ça continue sur la même longueur d’onde ?
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Bernard
InvitéJ’y vais de ma petite reco : Dans la jungle, Adeline Dieudonné.
Entre autres choses : une captation précise de la bourgeoisie belge, une description de la famille en ce qu’elle peut être une entreprise, un traitement plutôt convaincant du bourreau. Et même des pointes d’humour (certes pas au niveau de son père, M’bala M’bala).-
kenny
Invitéc’est dans la liseuse, merci
je prends d’autres reco pour le mois d’août si quelqu’un a
(en mauvais livres j’ai choisi faye et mcfadden, pour étudier ça de près)
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Graindorge
InvitéEn espagnol et je ne crois pas qu’il a été traduit
« Escritos revolucionarios » de José Miguel Pérez
Des articles d’un lider communiste canarien fusillé en 1936-
kenny
Invitétu peux m’en dire plus?
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Graindorge
InvitéJOSÉ MIGUEL PÉREZ, EL MAESTRO QUE LUCHÓ POR LA REVOLUCIÓN EN CANARIAS Y EN CUBA | Canarias-semanal I Digital informativo alternativo de ámbito internacional y actualización diaria https://share.google/DWqGJDOlVKQT8pkWM
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Dogobay
Invité« Ceux qui ne sont rien » de Patrícia Melo
« Œuvre polyphonique nécessaire, sans pathos mais poignante, d’une romancière qui sait rendre leur grandeur aux miséreux, saisir la puissance de leur humanité. »Arnaud de Montjoye
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Samuel_Belkekett
InvitéDogobay,
Je me permets de t’interpeller car j’ai vraiment été séduit par le peu d’interventions que tu as donné ici. Tout particulièrement sur Raoul Vaneigem et l’entretien I. Huppert et Zizek. Aussi, ce roman que tu conseilles et le fait que l’autrice soit brésilienne m’inspire, peut être bêtement mais c’est comme ça, mais tu l’agrémentes du commentaire d’un critique du nom de de Montjoye.
Aussi, je suis interpellé par ce commentaire. Car il parle avec une emphase que je trouve douteuse. Il dit :
« une romancière qui sait rendre leur grandeur aux miséreux, saisir la puissance de leur humanité. »
Quand on considère les miséreux comme égaux, peut-on parler précisément de « leur grandeur » ainsi que « la puissance de leur humanité. ». J’en doute et je trouve là toute la condescendance des bourgeois de gauche. Que l’expérience de la misère leur apporte quelque chose de précieux, je n’en doute pas. Que l’on résume cette expérience en ces termes ne m’inspire guère confiance. L’autrice du roman elle, utilise-t-elle de tels termes.
As-tu un avis sur la question ? Ou ce que je commente de Montjoye te paraît sans la moindre importance ?
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Malice
InvitéViolette la suite
Je suis en train de lire le prermier récit de Leduc, « L’asphyxie », qui est moins crypté comme dit William Will que des romans comme « Ravages » et « L’affamé ». Un oeuvre qui me paraît déjà, dès le premier essai, d’un haut niveau. Est-ce parce-qu’elle avait oralement, auprès de Maurice Sachs, fait le récit de son enfance et de sa relation avec sa mère? Est-ce qu’elle avait déjà, dans la bouche ce qui passerait ensuite dans ses mains? Quand on écoute ses interviews on est frappé par la fluidité de ses phrases.
Un extrait, situé au début du livre, alors que Violette et sa grand-mère ont un moment de complicité alors que la mère de V leur a ordonné d’aller au lit:
» – Allez vous coucher, ça conserve.
Se trouvant suffisamment conservée, ma grand-mère commençait de modeler un chausson aux pommes. Avec les précautions d’un dynamiteur qui mine une ville, elle coulait son bras dans un placard, en sortait un flacon d’anisette. Elle trempait pour moi deux sucres dans son verre et nous conspirions agréablement. Dans la nuit, nous mangions la moitié de ce chausson remarquable. On retrouvait ma grand-mère dans sa pâtisserie simple et légère. Elle avait le don.Par économie, elle éteignit le quinquet, alluma la lampe pigeon, enveloppa mes mollets dans le molleton sur lequel on repassait. Je n’eus plus qu’à laisser tomber ma tête sur la table. La toile cirée était froide. Elle le devina et me mit à l’endroit tiède du chausson qu’on avait sorti du four. »
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François Bégaudeau
Maître des clésAvec les précautions d’un dynamiteur qui mine une ville, elle coulait son bras dans un placard, en sortait un flacon d’anisette.
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Graindorge
Invité« La toile cirée était froide. Elle le devina et me mit à l’endroit tiède du chausson qu’on avait sorti du four. » »
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Malice
InvitéOn a eu kiffance des mêmes phrases
J’ajoute : » se trouvant suffisamment conservée »
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Claire N
InvitéSourire – elle m’a fait monter la mienne aux yeux avec cette recette – merci Malice
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Claire N
InvitéSi quelqu’un a et le temps et la bonté de me reposter le texte de virgule sur « la banalité du bien « je ne l’avais pas lu avant le livre et maintenant j’en ai envie
-
,
Invité@Claire, c’est sur cette page, ça commence avec le post #153382 de Boddah (18 juillet).
J’ajoute une autre citation :
« J’ai vu aussi les associations se spécialiser, ce qui a fait beaucoup de mal à des maisons de pluriactivités comme les MJC, qui ont un projet global où tout est dans tout, l’environnement, la nature et la vie sociale. J’ai cru que cette maison commune ne correspondait plus aux désirs des gens.
Mais en fait le besoin d’un lieu de convergence pour jeunes et adultes, où se croiser, se mélanger, me semble encore plus nécessaire aujourd’hui. L’éducation populaire ne peut fonctionner dans cette logique scindée, tâche par tâche. »
Je souligne : « se croiser et se mélanger ». Dans l’idéal pas de scission aidant/aidé, producteur/consommateur, mais plutôt circulation, partage des aptitudes entre associés.-
Claire N
InvitéMerci, effectivement c’était à deux pas
Et je note les mêmes points de friction que toi
Pour la dernière citation oui se croiser et se mélanger c’est un peu une résistance aux sillons
D’existence creusées d’une main de Taylor tout propres à être commercialisable sur le marché de l’éducation , du loisir, de la parentalite, du bien vieillir….-
Graindorge
InvitéClaire, de La Banalité du bien tu en as dit des choses, notamment dans le fil Bénévolat mais encore? Si et seulement si
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Dr Xavier
InvitéAux éditions de l’Arche, deux livres viennent de sortir qui combinent une pièce de théâtre précédé d’un texte dédié.
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Le premier livre c’est Mademoiselle Julie, de August Strindberg, précédé d’un texte de Lucbert (Armurerie psychique, arsenal social) qui pense la pièce. Je recommande fort, aussi bien le texte que la pièce. comme à son habitude Lucbert est à son meilleur quand elle se concentre sur un objet bien délimité. Mademoiselle Julie est un huis clos qui se déroule dans une cuisine d’une riche demeure, où Julie, artistocrate et fille du comte, cherche à séduire Jean le domestique. Julie cherche à dominer Jean par la classe, quand Jean se défend pas sa propre domination de genre. À la fin c’est évidemment la femme qui perd. La pièce est passionnante à suivre (surtout pour les lecteurs distraits comme moi qui ont du mal à lire des pièces de théâtre avec trop de personnages).
.
Dans sa préface, Strindberg ne cache pas son projet sexiste, Mademoiselle Julie étant perdante parce qu’elle a outrepassé sa condition de genre : « Mademoiselle Julie est un caractère moderne. Certes, la demi-femme, la contemptrice de l’homme a existé de tout temps, mais aujourd’hui on la découvre, elle apparaît en pleine lumière et elle fait du bruit. La demi-femme est un type qui fraie son chemin ; elle se vend maintenant contre du pouvoir, des décorations et des diplômes, comme elle se vendait autrefois contre de l’argent. » Il continue : « J’ai donné plusieurs explications à la triste destinée de Mademoiselle Julie : les instincts profonds de sa mère [sa mère est féministe] ; l’éducation erronée que lui a donnée son père [son père a dans un premier temps suivi son épouse dans cette voie féministe] ; sa propre nature et la puissance de suggestion que le fiancé exerce sur un cerveau faible et dégénéré. » [bim]
.
Or Lucbert fait une analyse tout autre, elle invite à penser le texte contre le projet conscient de Strindberg (« Ce texte voit, ce texte pense — autrement
que son auteur : alors écoutons-le, pour changer. ») À la bêtise politique que Strindberg étale dans sa préface, Lucbert oppose l’intelligence formelle du texte qui déploie toute la force des structures sociales conditionnant les psychés des individidus. Strindberg voulait montrer le poids des forces de la nature et de « l’essence humaine », Lucbert voit au contraire que la pièce ne cesse de rappeler notre conditionnement social (« je n’ai pas de moi ! » clame Julie vers la fin de la pièce).
—-
Le deuxième livre c’est La Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht, précédé d’un texte de Chapoutot (Une histoire bien connue). Là je recommande beaucoup beaucoup moins. Le texte de Chapoutot ressemble plus à une synthèse de son précédent livre Les irresponsables où il se laisse aller à sa détestation usuelle de la macronie (c’est l’alter ego de Pierre-Emmanuel Barré avec un doctorat) et ne parle pas beaucoup de la pièce. La pièce elle-même m’a paru très difficilement lisible. Il y a bcp de protagonistes, ce qui (me) rend la lecture fastidieuse. Mais surtout la traduction a gardé une structure « libre » en alexandrins, je ne comprends pas comment lire le texte ni comment ça se joue. Si je garde l’alexandrin, je n’arrive pas à suivre. Si je m’en moque – ce qui est difficile avec les retours à la ligne et les majuscules – je ne vois pas l’intérêt de l’alexandrin. Je vous laisse juger (j’ai gardé la structure avec les décalages de texte où un alexandrine est décomposé en deux répliques) :
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FLAKE
L’époque est à vomir !
.
CLARK
____________________ On dirait que la ville
Cette bonne vieille Chicago, allant de bon matin
Chercher le lait, a vu que sa poche a un trou
Et la voilà, piteuse, à racler le caniveau
Pour retrouver ses sous.
.
CARUTHER
___________________ Bon sang, jeudi dernier
Ted Moon m’a invité, moi et quatre-vingts autres
Pour le lundi suivant à manger du perdreau.
Si on s’était pointés, qui on aurait trouvé ?
Le commissaire-priseur. Aujourd’hui, l’abondance
Vire à la pauvreté en moins de temps qu’il n’en faut
Pour passer l’arme à gauche. Les flottes de légumes
Des Grands Lacs mettent encore le cap sur cette ville
Comme autrefois, mais allez donc trouver quelqu’un
Pour nous acheter nos choux.
.
BUTCHER
________________________On dirait que la nuit
Est tombée en plein jour ! -
Alex
InvitéTerminé aujourd’hui ma lecture de Au début. Bien aimé le format de la nouvelle, qui à partir d’un unique thème se livre à la richesse du réel, à la singularité de nos vies. Intéressante cette autocritique du concept de « début » : « Il n’y a pas de fin il n’y a pas de début. » Il n’y a pas d’évènements, il n’y a pas de cassure, pas d’efficace de la conscience. On ne vit jamais vraiment la vie. Sauf dans l’art.
J’ai été particulièrement touché par les histoires de Rose et de Geneviève, qui se trouvent à être les deux personnages croyants du livre. Toujours quelque chose de poignant, d’enviable dans cette foi, dans cette humilité, dans cette force. Content de lire ce livre de 2012 après avoir lu le reste de l’œuvre, on voit des choses qui tiennent à cœur : cette Balade des gens heureux, qui n’a pas manqué de m’émouvoir à nouveau ; et cette Geneviève, sa souffrance, sa bonté, elle me fait penser à Steve.
Quelques passages :
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« Plus tard des pensées lui viendront qui la lesteront. Elle ruminera, revisitera, rejettera ou acceptera, débrouillera ou brouillera l’écheveau reçu à la naissance. De cette relecture de faits d’abord simplement vécus, elle sortira fortifiée ou affaiblie, sans doute les deux. Elle fuira cette contre-norme ou la radicalisera. Le plus sûr est qu’elle vivra et je ne m’autorise à nul autre vœu la concernant. Le reste lui appartient. Quel roman écrire à partir de ce prologue c’est son affaire, et c’est très ouvert, très libre, ça peut tomber n’importe où, la page est blanche, la page est noire mais elle agencera les caractères à sa guise, avec les consonnes les voyelles imaginez toutes les combinaisons possibles, tous les mots, barbares ou répertoriés, convenus ou séditieux, toutes les fictions. »
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« Pourtant ce sont bien eux qui ont remonté sur la berge de l’étang de Chaumont son corps gonflé, bleu, horrible, apaisé. Cherchant qui pourrait le reconnaître ils n’avaient trouvé que moi. Je n’ai pas suivi l’enquête, peu m’importait. Même jeté dans l’eau fangeuse par des bras criminels, il avait voulu cette fin. En dernier ressort on veut ce qui arrive. J’ai prié pour lui, qui l’aurait fait sinon ? »
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« D’accoucher à Luçon cette fois m’a permis de rencontrer la mère Merlet, une sage-femme formidable. Elle écourtait mon prénom, rien que pour ça je l’aurais adorée. Depuis le temps elle a dû quitter cette terre la pauvre. Une existence à faire naître ne dispense pas de mourir. Aucune existence. Le trou pour tout le monde, à peine nés. La vie passe aussi vite qu’un train, voilà la seule chose que j’ai vraiment apprise d’elle. J’aimerais bien croire, je n’y suis jamais arrivée, les curés c’est simple ils m’ont dégoûtée de la foi. Pourtant dans pas mal de circonstances une force de ce genre n’aurait pas été de trop. Il a fallu faire sans. »
.
« Moi qui ne crois pas en Dieu je crois en Dieu parmi eux. Si cette phrase obscure me passe par la tête, c’est qu’elle a sa part de clarté, une clarté lointaine, fragile, une flamme d’allumette dans la nuit venteuse. »
.
« Il n’y a pas de fin il n’y a pas de début. Tout autour la forêt bruit de créatures qui sont à la fois des hommes et des bêtes, des hommes devenues des bêtes qui deviendront des hommes et ainsi de suite, ça n’aura pas de fin et l’idée même qu’il y ait eu un début se dissipera dans l’infini retour de toute chose, de tout être. »-
Claire N
InvitéMerci Alexandre, je comprends qu’il soit le prefere de certaines -ains lecteurs et vois en cette phrase
« J’ai prié pour lui, qui l’aurait fait sinon ? »
-La virgule sans causalité, l’accolade
– la contraction de tout ce qui plus largement me paraît bon
– l’antithèse de « si je le fais pas , d’autres le feront
– quelque chose du « sans prix se trame en cette phrase, du pain à la prière-
Claire N
InvitéCe que je veux dire en moins contracté
C’est qu’il s’agit dans la seconde partie de la phrase « qui l’aurait fait sinon ? »
On retrouve ce qui est perdu dans cette phrase
Emblématique de l’investisseur libéral : si je ne le fais pas quelqu’un d’autre le fera
Cette manière de se soustraire à l’éthique
Et tout simplement, dans cette proposition affirmative, je retrouve nombre de choses si simple que je peux faire qui vont de nettoyer la table à me lever la nuit-
François Bégaudeau
Maître des clésCette Geneviève fut aussi la matrice, à sa manière, et sans que cela se recoupe, de la Guylaine d’Une vie de moche.
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graindorge
Invité« Pourtant dans pas mal de circonstances une force de ce genre n’aurait pas été de trop. Il a fallu faire sans. »
« Moi qui ne crois pas en Dieu je crois en Dieu parmi eux. Si cette phrase obscure me passe par la tête, c’est qu’elle a sa part de clarté, une clarté lointaine, fragile, une flamme d’allumette dans la nuit venteuse. »
« …une flamme d’allumette dans la nuit venteuse. ».
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Carpentier
Invité….
J’ai toujours su que je ne serai jamais un ‘ témoin oculaire ‘
– expression oxymorique.
L’oeil du témoin.
L’oeil factuel, l’oeil exact.
L’oeil telle une preuve.
L’oeil camera-vérité.Je n’ai pas cet oeil là. (p.13)
Voir demande cette bonne vue que je n’ai pas.
Moi, si je veux voir, je dois regarder.
Regarder: porter ses yeux sur un objet.
Regarder: diriger sa vue sur quelque chose.
Ou quelqu’un.Autrement dit, pour que je puisse voir,
je dois isoler mon objet, je dois le circonscrire.
Lui faire quitter la sphère des généralités,
l’envisager en particulier.
Je dois me tourner vers lui, et m’y arrêter,
ne serait-ce qu’une seconde.
Transformer ma vue en regard.
….. (p.14)
– Maylis de Kerangal, La lentille et le roman, ed. Verdier 2026.
C’est un petit fascicule d’une soixantaine de pages où l’auteure ‘ sonde les liens entre optique et littérature’ ,
elle pense et partage son travail, ‘ le bricolage de sa propre lentille qu’elle appelle roman ‘ (lignes en 4e de couverture.)
– Texte issu d’une conférence ‘ Penser et regarder ailleurs ‘ , le 9 août 2024 au Banquet du livre à Lagrasse.-
Claire N
Invité« ne serait-ce qu’une seconde.
Transformer ma vue en regard »
Merci
« Je baisse des yeux neufs sur les deux pages blanches où les chiffres soigneux ont inscrit les résultats de l’entreprise. Et, avec un sourire que je garde pour moi, je pense que la vie – qui comprend ces pages couvertes de chiffres et de marques de tissus, avec leurs espaces en blanc, leurs lignes tracées à la règle et leur écriture calligraphiée – contient aussi les grands navigateurs, les grands saints et les poètes de toutes les époques, sans une ligne en memoire d’eux, vaste peuple exilé de ceux qui font toute la valeur du monde «
Pessoa-
permafrost
InvitéC’est vraiment bizarre ce « transformer ma vue en regard » quand tout son paragraphe dit tout l’inverse.
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Claire N
InvitéEt bien c’est vrai que si l’on pousse la dissection de l’œil à ce point de découplage vue / regard
On aboutit à cécité,
J’imagine qu’elle attribue au regard une composante attentionelle « volontaire «
Et à la vue une dimension passive
Mais effectivement c’est un peu oublier que l’attention a également une composante « réceptive « qui ne passe aucunement par le »volontaire «-
permafrost
InvitéOu sans aller jusqu’à la dissection de l’oeil, il me semblait juste que c’était le genre de petite phrase qui, dans son contexte, enfume bien.
-
Samuel_Belkekett
Invité« Autrement dit, pour que je puisse voir,
je dois isoler mon objet, je dois le circonscrire.
Lui faire quitter la sphère des généralités,
l’envisager en particulier.
Je dois me tourner vers lui, et m’y arrêter,
ne serait-ce qu’une seconde. »
.
Qu’importe ce que de Kerangal a pu produire par ailleurs, car ce texte que nous propose Carpentier est strictement à appliquer en tant que tel. A savoir, à prendre dans sa particularité et/ou singularité.
A isoler du reste de ses écrits.
Ce texte est à jeter à la gueule de tous les obsédés du réel.
La lentille et le roman est par ailleurs un très beau titre pour un essai sur la littérature.
Quant à la distinction plutôt féroce entre vue et regard que certains mettent en exergue, elle ne révèle qu’une chose, la volonté de saquer le texte avant même de l’avoir lu et de sauter sur la moindre occasion pour le faire. J’en veux pour preuve que si le nom de de Kerangal avait été substitué par un autre plus acceptable, le même texte aurait été pris bien autrement.
Comme quoi en matière d’enfumage,
les donneurs de leçons tiennent le haut du pavé,
au moment même où ceux-ci se disent…
Marxiste. -
Claire N
InvitéComplexifie oui, peut etre pas enfumer
Mais c’est effectivement très complexe ,
Enfin je trouve
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Carpentier
InvitéEt sur le même thème, plus large:
… Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux / ….
Marcel Proust
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Carpentier
Invitéau début, l’auteure/la narratrice/la conférencière dit à propos d’un jeu qu’elle faisait enfant, dans la voiture, sur la route des vacances: il s’agissait de gagner un point par panneau/chose vue en premier
et déjà, lorsqu’elle s’y raconte joueuse:…. Parfois, je crie ‘ vu ‘.
La soucoupe volante, le loup sous mon lit.
Joe Dassin au marché, son panier sous le bras et sa coquetterie dans l’oeil,
tellement plus prononcée que la mienne.
Mais personne ne voit ce que je vois.
Je suis plutôt de ceux qui hallucinent. / …Cru voir des échanges de posts récents, dans un autre fil, à propos du travail de De Kerangal; pour ceux et celles qui voudraient creuser, son La lentille et le roman pourrait leur être assez précieux.
En ce qui me concerne, j’aime.-
Carpentier
Invitéet comme Joe est décidément partout
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Carpentier
Invité….. Mon travail lie l’optique et la littérature.
Ou plutôt mon travail, l’écriture,
est une optique.
– Cela sans doute parce que je vois mal.
Cela sans doute parce que je veux voir.
– Ce lien entre optique et littérature
appelle une éthique du regard
– Non pas la morale
qui s’attacherait au ‘ voir ‘ en général,
mais la loyauté qui me lie à mon objet.
À l’attention qu’il convoque.
– Écrire, c’est peut-être alors décrire
Ça commencerait comme ça.
/ … p.27, M de Kerangal, La lentille et le roman.-
Carpentier
Invité…. Je relis Corniche Kennedy
comme un roman optique.
Un roman où la narration est une optique.
Il s’agit de régler une focale,
d’isoler un périmètre de rochers.
L’écriture panote, elle zoome, elle cadre,
elle flashbacke, elle opère des travellings,
elle plonge et contre-plonge.
Elle épouse les surfaces, les reliefs,
les gouffres et les accidents,
elle se fait elle-même surface./ … (35)Une des raisons pour lesquelles pas mal de real se sentent bien d’envisager un film à partir des romans de de Kerangal j’imagine,
entre autres,-
vanille-fraise
InvitéJ’ai eu une lecture trop littérale de la phrase hier. Au sens de : si la vue n’est pas là (= trop mauvaise quoi) comment la transformer en quoi que ce soit ?
Il faut faire sans – voire autrement – voire substituer.
/
Dans les nouvelles phrases c’est ‘la morale qui s’attacherait au voir’ qui me fait tiquer. -
Carpentier
InvitéDans cet essai théorique concret, non pas sur la littérature ‘ en général ‘ mais sur son travail en particulier, le jeu sérieux constant de Maylis de Kerangal sur le grand/le petit, le général/le particulier
est plaisant à suivre; ce fut l’objet d’une conférence et j’espère que son travail de développement, tronqué par les petits extraits – à lire ensemble en développement paragraphe – que je choisis de partager ici, n’est pas trop gaché
– Emprunté en bibli pour ma part sinon, c’est 7€50 –… Le détail devient ce point de contact
entre la connaissance et l’imaginaire.
Il survient telle une entaille, une prise tangible
sur la paroi trop lisse de la phrase.
Il est le relief qui hérisse l’écriture,
le grain sous la langue.
Il est l’accident, l’impair, l’asymétrique. /… (49)-
Samuel_Belkekett
Invité« Ce lien entre optique et littérature
appelle une éthique du regard »
Une éthique du regard, certes, ce qui pourrait paraitre évident ne l’est pas tant que ça. Beaucoup d’écrivains n’ont pas cette éthique malgré leurs prétentions. beaucoup d’écrivains pensent que cette éthique du regard est inhérente au fait même d’écrire, ou à leur écriture. Mais cette éthique ne concerne nullement le style. Ne concerne en rien le style. L’éthique du regard concerne la forme. La responsabilité de l’écrivain vis à vis de ce qu’il voit, observe, de son objet. Le cadre dans lequel le style va s’exercer. La forme.
.
» la loyauté qui me lie à mon objet.
À l’attention qu’il convoque. »
La loyauté qui me lie à mon objet, superbe allusion. De cette loyauté émerge un pacte, un pacte entre le sujet et l’objet. De ce pacte, dans le temps de l’écriture, ni le sujet ni l’objet n’en ressortiront indemnes.
.
« Écrire, c’est peut-être alors décrire
Ça commencerait comme ça. »
J’aime énormément le peut-être. Car de la description, on pénètre l’objet en soi. C’est alors que la dimension poétique advient. C’est alors que le sujet et l’objet s’entrechoquent, se réversibilisent, s’échangent. Ca commence comme ça.
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« Un roman où la narration est une optique. »
Bien sûr, cela devient évident lorsque l’on distingue le style de la forme.
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« Elle épouse les surfaces, les reliefs,
les gouffres et les accidents,
elle se fait elle-même surface. »
La forme, le fond, tout remonte toujours à la surface. La forme, c’est le monde des apparences. Et il n’y a rien derrière les apparences. Tout se lit à la surface. Et les formes s’enchainent.
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« Le détail devient ce point de contact
entre la connaissance et l’imaginaire. »
Détail, fragment, connaissance et imagination, poétique et symbolique, sujet et objet,… Rimbaud aurait aimé ces passages. Lui qui n’a cessé de s’embraser poétiquement.
Lui qui a compris et expérimenté mieux que personne le « Je est un autre ».
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En voilà un essai qui donne envie d’être lu, entièrement.
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Graindorge
InvitéLe Nénuphar Blanc
J’avais beaucoup ramé, d’un grand geste net assoupi, les yeux au-dedans fixés sur l’entier oubli d’aller, comme le rire de l’heure coulait alentour. Tant d’immobilité paressait que frôlé d’un bruit inerte où fila jusqu’à moitié la yole, je ne vérifiai l’arrêt qu’à l’étincellement stable d’initiales sur les avirons mis à nu, ce qui me rappela à mon identité mondaine.Qu’arrivait-il, où étais-je ?
Il fallut, pour voir clair en l’aventure, me remémorer mon départ tôt, ce juillet de flamme, sur l’intervalle vif entre ses végétations dormantes d’un toujours étroit et distrait ruisseau, en quête des floraisons d’eau et avec un dessein de reconnaître l’emplacement occupé par la propriété de l’amie d’une amie, à qui je devais improviser un bonjour. Sans que le ruban d’aucune herbe me retînt devant un paysage plus que l’autre chassé avec son reflet en l’onde par le même impartial coup de rame, je venais échouer dans quelque touffe de roseaux, terme mystérieux de ma course, au milieu de la rivière: où tout de suite élargie en fluvial bosquet, elle étale un nonchaloir d’étang plissé des hésitations à partir qu’a une source.
L’inspection détaillée m’apprit que cet obstacle de verdure en pointe sur le courant, masquait l’arche unique d’un pont prolongé, à terre, d’ici et de là, par une haie clôturant des pelouses. Je me rendis compte. Simplement le parc de Madame …, l’inconnue à saluer.
Un joli voisinage, pendant la saison, la nature d’une personne qui s’est choisi retraite aussi humidement impénétrable ne pouvant être que conforme à mon goût. Sûr, elle avait fait de ce cristal son miroir intérieur à l’abri de l’indiscrétion éclatante des après-midi; elle y venait et la buée d’argent glaçant des saules ne fut bientôt que la limpidité de son regard habitué à chaque feuille.
Toute je l’évoquais lustrale.
Courbé dans la sportive attitude où me maintenait de la curiosité, comme sous le silence spacieux de ce que s’annonçait l’étrangère, je souris au commencement d’esclavage dégagé par une possibilité féminine: que ne signifiaient pas mal les courroies attachant le soulier du rameur au bois de l’embarcation, comme on ne fait qu’un avec l’instrument de ses sortilèges.
« – Aussi bien une quelconque … » allais-je terminer.
Quand un imperceptible bruit me fit douter si l’habitante du bord hantait mon loisir, ou inespérément le bassin.
Le pas cessa, pourquoi ?
Subtil secret des pieds qui vont, viennent, conduisent l’esprit où le veut la chère ombre enfouie en de la batiste et les dentelles d’une jupe affluant sur le sol comme pour circonvenir du talon à l’orteil, dans une flottaison, cette initiative par quoi la marche s’ouvre, tout au bas et les plis rejetés en traîne, une échappée, de sa double flèche savante.
Connaît-elle un motif à sa station, elle-même la promeneuse: et n’est-ce, moi, tendre trop haut la tête, pour ces joncs à ne dépasser et toute la mentale somnolence où se voile ma lucidité, que d’interroger jusque-là le mystère.
« – A quel type s’ajustent vos traits, je sens leur précision, Madame, interrompre chose installée ici par le bruissement d’une venue, oui ! ce charme instinctif d’en dessous que ne défend pas contre l’explorateur la plus authentiquement nouée, avec une boucle en diamant, des ceintures. Si vague concept se suffit: et ne transgressera le délice empreint de généralité qui permet et ordonne d’exclure tous visages, au point que la révélation d’un (n’allez point le pencher, avéré, sur le furtif seuil où je règne) chasserait mon trouble, avec lequel il n’a que faire. »
Ma présentation, en cette tenue de maraudeur aquatique, je la peux tenter, avec l’excuse du hasard.
Séparés, on est ensemble: je m’immisce à de sa confuse intimité, dans ce suspens sur l’eau où mon songe attarde l’indécise, mieux que visite, suivie d’autres, l’autorisera. Que de discours oiseux en comparaison de celui que je tins pour n’être pas entendu, faudra-t-il, avant de retrouver aussi intuitif accord que maintenant, l’ouïe au ras de l’acajou vers le sable entier qui s’est tu !
La pause se mesure au temps de ma détermination.
Conseille, ô mon rêve, que faire ?
Résumer d’un regard la vierge absence éparse en cette solitude et, comme on cueille, en mémoire d’un site, l’un de ces magiques nénuphars clos qui y surgissent tout à coup, enveloppant de leur creuse blancheur un rien, fait de songes intacts, du bonheur qui n’aura pas lieu et de mon souffle ici retenu dans la peur d’une apparition, partir avec: tacitement en déramant peu à peu sans du heurt briser l’illusion ni que le clapotis de la bulle visible d’écume enroulée à ma fuite ne jette aux pieds survenus de personne la ressemblance transparente du rapt de mon idéale fleur.
Si, attirée par un sentiment d’insolite, elle a paru, la Méditative ou la Hautaine, la Farouche, la Gaie, tant pis pour cette indicible mine que j’ignore à jamais ! car j’accomplis selon les règles la manœuvre: me dégageai, virai et je contournais déjà une ondulation du ruisseau, emportant comme un noble œuf de cygne, tel que n’en jaillira le vol, mon imaginaire trophée, qui ne se gonfle d’autre chose sinon de la vacance exquise de soi qu’aime, l’été, à poursuivre, dans les allées de son parc, toute dame, arrêtée parfois et longtemps, comme au bord d’une source à franchir ou de quelque pièce d’eau.
Stéphane Mallarmé -
kenny
Invitémerci Bernard pour la recommandation de Dans la jungle, livre plaisant, roman social avec ficelles de polar, un page turner
l’autrice, qu’elle soit du serail ou simplement bonne observatrice, connait le milieu
elle aussi enregistre que cette bourgeoisie ne se définit quasiment plus que par sa consommation, ses séries et se fout de la culture légitime
Face au canapé, un vaste écran LED accroché au mur peint par Aurélie, couleur velvet grey finalement, et une petite bibliothèque. L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Harry Potter, deux ou trois Goncourt reçus à Noël.
comme le perec des choses ou le bégaudeau de l’amour, elle passe par les objets
toute cette consommation est toutefois un peu trop uniforme, la litanie des marques et lieux fréquentés tient plus d’un article de madame Figaro que de la vie la vraie, le fait que tout doit forcément faire signe lasse à la longue
après l’apéro rooftop, le resto sera évidemment le dernier bar à salade branché etc, or il arrive qu’une bourgeoise achete tele7jours, ne serait-ce que pour les mots croisés
je craignais que la montée du continuum de VSS soit trop démonstrative mais l’autrice est suffisamment maligne pour nous épargner un cours, quoique tout ça reste dans les clous (et encore une occasion ratée de traiter sérieusement la psychologie de l’oppresseur)
sur la forme je regrette l’abus de comparaison, si certaines sonnent juste (Sur le parking, il lui ouvrit la portière avec la solennité d’un majordome offensé.) la plupart sont faibles (Elle était tombée enceinte comme on attrape la grippe.)
aussi, une tendance à s’expliciter qui gâche le plaisir, comme lorsqu’on se voit contraint d’expliquer un trait d’esprit.
La porte, basique à l’origine, avait été récemment remplacée par un modèle équipé d’une huisserie métallique à trois points d’ancrage, suite à un cambriolage dans lequel Arnaud avait perdu sa PS2, son écran plasma, son MacBook Pro et sa molle fibre antiraciste. Bien sûr il ne faisait pas de généralités mais il fallait bien admettre que c’était toujours les mêmes qui.
La facilité avec laquelle il l’avait séduite, avec laquelle elle avait cédé à ce premier baiser, à ses caresses, ses mains sur ses seins, ses fesses, puis sur son sexe, le jean ouvert et baissé à la hâte, tout ce qu’il aima ce soir-là, il ne le lui pardonnerait jamais. Si elle s’était montrée si accessible avec lui, elle devait forcément l’être avec tous les autres.
Rien ne les destinait à se rencontrer, si ce n’était peut-être un creuset social identique, la fréquentation régulière des mêmes pistes de ski et cinquante-trois amis communs sur Facebook.
je chipote bien-sûr -
PL_A
InvitéQue penser des livres de Charles Pépin ?
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Samuel_Belkekett
InvitéIl y a un personnage qui de par son nom, résume bien ta question,
c’est Pépin la bulle…
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Stéphanie
InvitéAdoré Oreille Rouge-Éric Chevillard
Invité en résidence d’écriture au Mali, Oreille Rouge va découvrir l’Afrique l ‘Afrique !» Au nom de quoi faudrait il partir, s’il était plus aventureux de rester, la vie est là « .
« Le silence là bas est tout autre chose, comment dire, le silence est plus plein, plus dense, plus peuplé,
il bruit »« En attendant, il vient de recevoir son passeport. J’ai dû le faire refaire, dit-il. Mais c’est évidemment la première fois qu’il possède un passeport. Il attrape l’objet plat par un angle et l’agite devant son visage, puis tapote avec la paume de sa main gauche. Il caresse du bout des doigts la couverture lisse et luisante, très légèrement grenue. Jusqu’alors il n’avait connu ces sensations extrêmes qu’en dorlotant son livret de caisse d’épargne.
C’est pourtant le contraire. Finie l’économie mesquine »-
François Bégaudeau
Maître des clés« Jusqu’alors il n’avait connu ces sensations extrêmes qu’en dorlotant son livret de caisse d’épargne. »
Eclat de rire
Chevillard est un des rares auteurs qui peut provoquer des éclats de rire.
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Stéphanie
InvitéA la demande générale :
» tout ce sue tu dis dans la colère, le babouin l’a crié ava.t toi « .
Chez Chevillard, il y a une sorte de détachement- désinvolture à la Eschenoz.Claire N , j’ai lu Le surmâle mais je ne peux pas en parler, une 2d lecture s’impose.
J’ai pensé à Rabelais, qu’un prof au collège nous faisait lire à haute voix , je me souviens encore de l’épreuve.-
Claire N
InvitéRires – et bien c’est une entrée
Parfois il me remonte à la surface sans prévenir
– lors du Tour de France notamment ça m’a percuté avec pogacar c’était bizarre-
Claire N
InvitéEn tout cas je re note l’oreille rouge
Qui me fait envie
Pour Rabelais j’ai peu de souvenirs et ils doivent bien dater du collège – 6 eme au programme –
Et fait étrange, la lecture me donnait appétit , c’était ça le géant
Peut etre que Jarry a aussi cette capacité sur l’erotisme , il utilise le hors norme également
Avec beaucoup d’humour
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François Bégaudeau
Maître des clésChevillard est, bien sur, beaucoup passé par l’animal
A écrit par exemple un livre qui s’appelle Sans l’orang-outan (quel titre)-
netflou
InvitéAutofictif 6290 : Médiocre technique de chasse de l’oursin, posé au fond de l’eau, qui n’a donc aucune chance de crever la bouée de l’enfant dodu qu’il convoite. Il ferait mieux de lui tomber dessus.
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François Bégaudeau
Maître des clésLa longue phrase est parfaite. J’aime un peu moins la courte. Je préférerais sans.
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Claire N
Invité« de fondre sur la bouée de l’enfant dodus..? »
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Claire N
InvitéMais on perd en musique ce qu’on gagne à intégrer l’effet de piqué du prédateur de manière plus appuyée – il faut aussi savoir retrancher certainement
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Claire N
InvitéOu bien faire jaillir la seconde phrase bien plus loin dans le texte – comme l’humour à rebond de la patate
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Stéphanie
InvitéFrançois Beaune invité aux Matins d’été sur france cul
ce matin-
Malice
InvitéMerci pour l’info, en attendant de lire son livre cause perdue, je suis dans » Un ange noir », qui commence sur l’annonce d’un fait divers ( une jeune femme noyée sous des canards en plastique ( sic) et je m’amuse beaucoup; la structure du roman, une alternance de confession à la première personne et des articles et lettres de personnages, est bien trouvée et le personnage principal fantasque, réac, parano, qui devrait faire pitié, emporte le lecteur ( ça me rappelle Albert Cohen, je ne sais pas s’il est un » ami » de Beaune mais je ne serais pas étonnée).
L’évolution de l’enquête et la marginalisation du narrateur ( ou plutôt son intégration à une bande sur laquelle je n’écrirai rien pour ne pas spoiler) me fait » page turner » sans emprunter la forme balisée du polar.
De plus, on a droit à des appartés réjouissants, par exemple sur des fruits au sirop ( on se demande comment des idées aussi géniales et bizarres viennent à l’auteur)
Extrait ( le paragraphe sur les pêches en conserve est plus long, mais là encore je ne veux pas divulgacher)
« Le sirop de sucre est un formol qui conserve les corps des fruits prisonniers. Il y a toutes les races de fruits dans les prisons pour aliments Carrefour Leclerc Auchan. Elles se sauvent par nos bouches. »-
graindorge
InvitéMerci Malice. On trouve aussi un extrait de 27 pages de Ange noir dans le site de Gallimard
Curiosité: tu l’as acheté version papier ou numérique? Si et seulement si-
Malice
InvitéJe suis passée par mon fournisseur habituel, ma médiathèque, version papier parce-que je suis une réac de la feuille et de l’encre ( et aussi j’ai des yeux pourris)
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graindorge
InvitéRire
Sacrée Malice
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MA
InvitéMerci
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Graindorge
InvitéMerci Stéphanie pour les rires, pour Beaune et Chevillard dans l’ordre alphabétique
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Elmo
InvitéJe voudrais revenir sur Nicolas Mathieu parce que j’ai vu récemment l’adaptation de Connemara, que j’ai préféré au livre, ce qui est plutôt très rare. Connemara n’est pas déplaisant à lire mais j’ai soufflé fort plusieurs fois, et été empêché de l’aimer par deux choses principalement : son coté emphatique, ado con con nostalgique qui de temps en temps s’envoi sur une musique à la Céline, qui se veut définitif, un brin sentencieux, mais sauf qu’à chaque fois je n’y croyais pas, saoulé de voir les ficelles du processus. Ensuite j’ai toujours été dubitatif sur les tartines de sociabilité et de leçons de classe ouvrière ou moyenne qu’il aime mettre en avant ; je sais qu’il vient d’une famille modeste, mais le côté « honteux » de sa classe d’origine, complexé par le copain dont les parents ont de la tune, c’est un peu lourdo, je trouve, et même franchement agaçant de mon point de vue. Et puis il y a qq mois, que vois-je, qu’il est en couple avec la princesse de Monaco. Mes doutes sur la véritable sincérité de ses propos « engagés socialement » furent à nouveau titillé. Non pas que la délicieuse Charlotte ne mérite aucune attention, mais de là à tomber le genou et faire les courbettes sur le rocher, bon, je savais qu’on n’avait pas à faire avec un punk dans le cas de Nicolas Mathieu, qu’il n’y avait pas là le profil vraiment méchant et avec du talent naturel plein les mains comme un Houellebecq (passons ses considérations politiques floues et changeantes, juste le talent littéraire, la performance purement artistique de faire les Particules élémentaires, Plateforme ou la Possibilité d’une île par ex, que peu de romans de ces 30 dernières années ont égalé la force, de mon point de vue). J’imagine qu’une fois cette idylle terminée Nicolas sortira son violon et nous jouera la version Acte Sud des Chtis à Buckingham Palace.
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Elmo
InvitéEn parlant de d’émotion en lisant des choses simples liés au rapports sociaux, et bien j’ai versé une seule fois une larme en lisant, une seule fois contrairement à la musique. Cette phrase c’était celle d’un livre écrit par un footballeur, « The secret footballeur », un vrai joueur de Premier League qui raconte sa vie et son quotidien. Un soir il raccompagne un ami d’enfance devant sa barre HLM, le pote est content, et avant de fermer la portière il regarde le narrateur et lui dit tout heureux « c’était vraiment bon le poulet ce soir » et l’autre le regarde repartir sans rien dire, c’est émouvant pck il ne le corrige pas, on lit toute la tendresse dans leur amitié, son attachement à son origine social, pas du tout de honte justement ! et il écrit à la fin « c’était du veau ». C’est bien mieux écrit dans le livre que dans mon explication, mais bref là, contrairement à deux livres de Nicolas Mathieu, j’ai été ému comme jamais en 3 phrases concernant un sujet qu’il essaye de monter en chantilly à renfort de trucs et astuces.
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sylvain
InvitéEtrange commentaire puisque c’est justement toute la dimension sociale, gommée dans le film de Lutz (apparemment volontairement) qui le rende sans intérêt.
Le pire film de Lutz.
Quant au roman, pas d’accord non plus. Je crois d’ailleurs beaucoup plus à cette romance dans le livre que dans le film (très mauvais choix de casting, Bastien Bouillon).
Mais il est vrai que cela reste moins puissant que « leurs enfants après eux ».
De toute manière, cet auteur semble depuis un peu perdu et ne fera sans doute plus jamais mieux non ?-
Elmo
InvitéIl a peut être justement gommé un truc qui lui ai apparut faux et inutile (tellement chiant les pages sur l’enfance de la meuf, complexe avec les parents riches, honte des siens.. on souffle.. et puis en plus il effleure une espèce de dragouille du père de sa copine mais sans aller plus loin).
Bastien Bouillon est un très bon acteur, un enfant de la balle d’ailleurs j’avais lu sa bio-
Quentin
InvitéBon acteur mais peut être pas bon pour ce rôle.
J’ai beaucoup aimé l’amour impossible entre deux classes sociales, deux mondes politiques fondamentalement opposés.
Il force parfois Nicolas, mais il semble aussi tellement bien maîtriser ses sujets, c’est confortable à lire, on plonge si facilement. Il me reste encore la lecture de Leurs Enfants Après Eux mais j’ai adoré son premier et Connemara.Et la jeunesse de la jeune fille m’a beaucoup plu. J’ai trouvé l’histoire super crédible surtout, jusqu’à la drague du père totalement déplacée mais en réalité si plausible
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sylvain
InvitéOui c’est peut-être ce que Lutz s’est dit. Je crois qu’effectivement il a « gommé » en toute conscience mais du coup que reste-t-il de cette adaptation ? Pour tout te dire, je me suis même dit à un moment : « mais pourquoi avoir demandé les droits d’adaptation ». Tellement l’essence du livre n’est plus là.
A la même époque sortait un film tout aussi mauvais à mon avis : « Partir un jour ». Le « Connemara » de Lutz y ressemble fort, dans une version (légèrement) plus dépressive.
Et même en ne se concentrant que sur « la romance », choix discutable, et bien le film n’en fait au fond pas grand chose non plus. Pas plus que dans « partir un jour » en tout cas (retour dans la ville natale, revoyure d’un ancien petit copain, ou copain tout court, certitudes alors vaguement ébranlées… tout cela est-il plus éculé que les « schémas » sociaux et psychologiques que t’ont déplu dans le livre?)
PS : Bastien Bouillon : rien contre, bon acteur. Mais pas dans ce rôle ni dans ce film.-
sylvain
InvitéPardon je répondais à Elmo. Mon message s’est croisé avec celui de Quentin. D’où l’impression de doublon.
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François Bégaudeau
Maître des clésSi tu avais lu Psychologies, Elmo, tu aurais appris en première main l’idylle entre Nicolas le gueux et la princesse Charlotte. Livre paru en 2024. Bégaudeau, toujours premier sur le people. Et pas mauvais non plus, ici ou là, quand il s’agit de dire par le menu en quoi Houellebecq est un écrivain limité.
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Elmo
InvitéPas encore lu François, je viens déjà de terminer « « Comment s’occuper.. » Le type sort un livre par an c’est compliqué oh
Ah oui mdr, effectivement quelle idylle, on pourrait proposer le pitch à Fabien Ontoniente. Je me demande bien comment t’as analysé ça, est ce que ça ne serait pas franchement décevant de voir Nicolas Mathieu, le nouveau Albert Camus mettre un genou à terre devant une princesse après tant de grève et de combats menés ? Ça sent le roman un peu sulfureux sur Charlotte ensuite, pour récupérer un peu de crédit ; je vois bien une scène de cul bien cru, bien facile à faire où il va embarrasser fort Uncle Albert et faire la petite polémique qui fait vendre du papier.
Quand à Michel, je peux comprendre qu’il agace, mais quel personnage littéraire quand même, quel style, quelle irrévérence, quel drôlerie aussi. Après politiquement il est flou voir inintéressant pck il sait lui même pas trop quoi penser, et puis il a deux trois potes douteux, il va bêtement faire ami ami avec l’immense Bruno L., il fait des conneries, c’est sur.-
Samuel_Belkekett
InvitéSi je peux me permettre, une fois n’est pas coutume, d’y mettre mon grain de sel, je dirais que le gros problème de Nicolas Mathieu écrivain, qu’il sorte ou non avec une princesse, c’est qu’il fait partie de ces écrivains qui ont décidé d’en finir avec cette idée qui a émergé dans les années 60 avec des auteurs comme Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute, Beckett et Rolland Barthes entre autres, et qui est liée à l’idée de la forme. A la suite de Rancière, certains auteurs comme N. Mathieu ont décidé de revenir à une littérature de pure contenu et de n’attacher plus aucune importance à la forme. C’est à mon avis ce qui rend la lecture aussi agréable que complètement prévisible sans que l’on ne soit jamais dérouté. Les enfants après eux, se lit d’une traite, certes, mais bon, qu’en reste-t-il après lecture ?
Il faut dire qu’une réflexion liée à la forme est peut-être un peu compliquée pour un N. Mathieu qui sans doute, éprouve davantage de contentement à enculer une princesse, qu’à réfléchir sur le statut de la forme littéraire aujourd’hui, en cela on peut le comprendre et on ne lui en voudra pas trop, un peu quand même mais bon, nous vivons une époque tellement précaire.
François Bégaudeau lui en revanche, est pertinent quand il s’agit de comparer le cinéma engagé politiquement, entre un cinéma du fond et du sens et un cinéma de la forme et ce qui découle de la forme. Curieusement, il n’applique nullement ces critères lorsqu’il s’agit de littérature.
Bien évidemment, il ne faudra pas compter sur l’inénarrable Sylvain, qui ne lit rien d’autre que Bégaudeau et ce que Bégaudeau demande qu’on lise, pour simplement poser la question à son maître.
Il me semble tout de même qu’on puisse se passer de Sylvain pour comprendre, quand on lit certains roman de Bégaudeau, le rapport complexe qu’il entretien entre littérature, cinéma et modernité.
Mais il faut dire que Sylvain, qui m’a confié vouloir rester toute sa vie sur le forum, a le temps de voir venir et éventuellement poser des questions.
Toutefois et pour conclure, si François pouvait même partiellement nous éclairer sur le rapport qu’il entretient avec la forme littéraire d’un N. Mathieu, je pourrais dire enfin, que ce forum a tout de même quelque utilité.-
sylvain
InvitéEst-ce qu’il reste encore ici une discussion que tu n’as pas polluée ? Le plus souvent avec des remarques hors sujet, sur des sujets que tu ne maitrises pas (est-ce que moi je m’exprime sur la peinture par exemple?), qui transpire, je le maintiens, une obsession assez malsaine envers pas mal de gens qui trainent ici…. tu te rêves sans doute iconoclaste, « cas d’étude », tu es juste un énième troll – même si je t’accorde qui tu y consacre beaucoup d’effort. Et de ton temps (je te le répète : ton temps pourrait être mieux employé, je suis sur que tu le sais très bien).
Quant à ton : « Bien évidemment, il ne faudra pas compter sur l’inénarrable Sylvain, qui ne lit rien d’autre que Bégaudeau et ce que Bégaudeau demande qu’on lise, pour simplement poser la question à son maître ».
Ne serait-ce que la discussion plus haut dans laquelle tu interviens – trop longuement et pour si peu dire – rend cette remarque caduque.
Mais si tu veux une liste de ce que l’ai lu – hors Begaudeau bien sur – petit chef, petit con, dis moi.Non, en fait ne me dis pas. Que tu perdes ton temps ici est une chose qui te regarde, que tu me fasses perdre le mien en est une autre.
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Elmo
InvitéIl a fait une gêne littéraire sur Connemara, Samuel belle quéquette, tu pourras l’entendre développer sur NM, AKA Nick De Monac
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Samuel_Belkekett
InvitéEt sur le rapport de N. Mathieu à la forme littéraire y a-t-il un argument sérieux ?
Ainsi on pourra voir si oui ou non c’est une remarque hors sujet et si oui ou non je maitrise le sujet ? Au lieu d’esquiver le fond de l’affaire.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe ne parlais que de l’écrivain Houellebecq, limité d’etre incapable d’inventer des narrateurs différents de lui, limités de n’avoir jamais produit de personnage féminin singulier, limité d’écrire toujours le même livre, limité d’irriguer sa prose d’idéologie.
Par ailleurs je crois que tu te trompes grandement sur en disant qu’il « ne sait pas trop quoi penser ». Houellebecq est un contre-révolutionnaire parfaitement articulé et très conscient. Il sait très exactement quel est l’objet et la cible de sa croisade (le gauchisme, le progressisme, 68 – et par extension le féminisme)-
François Bégaudeau
Maître des cléset merci pour Nick de Monac, ça va me faire ma journée
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Elmo
InvitéQu’il use toujours du même personnage et toune autour des mêmes thématiques oui, en ça il est limité. Pour sa pensée politique je veux croire qu’il faut pas la surestimer, il aurait pu virer n’importe quel bord selon comment tournait sa vie professionnelle, et puis il est devenu très riche, on sait qu’il est un peu mondain, il s’est rangé rapidement. Même si c’est tjs le même personnage je le trouve très puissant quand même ce con de Michel.
Je t’en prie pour Nick, il va parler de son enfance Spinalienne à table et mettre tout le monde dans l’embarras, les Grimaldi s’étaient pourtant promis d’arrêter les prolo depuis Daniel Ducruet..-
graindorge
InvitéMerci Elmo
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François Bégaudeau
Maître des clésNon je ne crois pas que Houellebecq aurait « pu virer de n’importe quel bord ». Pas plus que moi, du reste. Il est profondément structuré par la pensée contre révolutionnaire, ou si l’on veut anti-moderne, ou si l’on veut réactionnaire- dans le sens fort du terme.
On l’a déjà noté ici : son premier roman procédait d’une très classique critique réactionnaire du libéralisme-et non pas du capitalisme, le mot libéralisme permettant précisément la confusion en feignant de critiquer le capitalisme pour en fait critiquer la libéralisation des moeurs, et plus fondamentalement des individus. Le socle insécable de Houellebecq, c’est, tout aussi classiquement, la critique de l’individualisme, c’est à dire d’une société où les aspirations individuelles (des prolétaires, des femmes, des racisés, etc) ont commencé d’émanciper les individus des structures cadres dont H, en bon réactionnaire, a la nostalgie. Ceci est au travail dans toute son oeuvre romanesque, dans ses prises de paroles, etc, avec une cohérence constante. Tout est limpide.
Je reprécise que cette armature idéologique n’est pas en soi un empêchement littéraire. Elle n’en est une que si elle cadre la prose littéraire. Ce qui est le cas chez lui. Donc chez lui je vois moins une « puissance » qu’une puissance avortée. C’est plus fort que lui.
Ce qui le rend lisible, et qui fait qu’on le lut, un temps, avec quelque plaisir, c’est que sa plume excède parfois l’idéologie – ce qui crée des échappées humoristiques bienvenues.
Donc non il n’aurait pas pu etre à gauche – disons juste qu’en des temps moins droitiers il eut davantage retenu ses affects politiques – ce que d’ailleurs il fit pendant la décennie 90, tant que l’air du temps laissait encore dominer un certain progressisme cool. Puis tout glissa, et Michel put sans frein donner libre cours à ses affects-socles. J’ai observé tout ça en live.
Complément :
-les pages sur les houellebecquiens de gauche dans Comme une mule.
-la longue étude de Soumission dans Transfuge (à sa sortie en 2015) -
Éthique de Nico Mat
InvitéHouellebecq a pourtant donné nombres d’entretiens après La possibilité d’une ile, entre 2005 et 2008 où il dit clairement que, le capitalisme a gagné. En cela il est proche de beaucoup d’ex communistes.
Je remarque qu’il est plus facile pour vous de vous expliquer sur Houellebecq que sur Nicolas Mathieu.
Pouvez-vous ne pas fuir s’il vous plaît et me dire clairement le problème que tous ici, semblez avoir avec moi, qui suis loin d’être Houellebecq.
Nico Mat. -
Samuel_Belkekett
Invité« Donc non il n’aurait pas pu etre à gauche »
Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous.
Si vous n’êtes pas révolutionnaire, vous êtes contre-révolutionnaire.
Formule canonique du gauchisme mièvre.
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« la critique de l’individualisme, c’est à dire d’une société où les aspirations individuelles (des prolétaires, des femmes, des racisés, etc) ont commencé d’émanciper les individus des structures cadres dont H, en bon réactionnaire, a la nostalgie. »
Habileté à tout mélanger, tout brasser.
Houellebecq constate une dynamique qui selon lui, a débouché sur une réversibilité. Ce qui était supposé émanciper a fini par servir le capitalisme. Oui, le capitalisme dans et par sa philosophie politique qu’est le libéralisme.
Le problème est que tu as une lecture téléologique, c’est à dire finaliste de ce que H interprète. Tu crois que son but est depuis le début de son roman d’en arriver par calcul à une idéologie de droite, mais ce n’est qu’une hypothèse et la plus pauvre.
L’hypothèse riche est de concevoir sa vision, je pense aux Particules surtout, comme une exploration de toute une expérience vouée a la récupération de tout un système politique. Que lui se rassure de cette récupération est autre chose. D’ailleurs il ne s’en rassure pas. Comme un bon nihiliste il ne se rassure qu’auprès d’un monde où enfin on vivrait éternellement. Ou la peur de la mort soit définitivement éradiquée. Donc il joue finalement d’un état de faiblesse qui pousse à un conservatisme hors sol, celui de la mère et du fœtus.
Bref, tu m’as compris. -
Samuel_Belkekett
InvitéJe voudrais juste finir sur un point de désaccord extrêmement profond.
Celui de libéralisme et capitalisme.
Ce qui est paradigmatique aussi bien du libéralisme que du capitalisme, se résume en un mot, un seul et c’est celui de CROISSANCE.
La sempiternelle et interminable croissance.
Or que voit-on dans cette interminable quête des droits individuelles sinon une interminable croissance en miroir de la croissance économique.
Que cette volonté d’émancipation ait été en 68 encore, tout à fait justifiable, sûrement, or c’est dans les années 80 que quelque chose bascule. C’est là que le libéralisme fait tabula rasa d’un certain conservatisme. C’est là encore que le libéralisme va fort s’accommoder de mai 68.
Que 68 va servir la soupe en quelque sorte au capitalisme libéral.
Ça aussi Houellebecq le voit très bien à l’époque des Particules.
Oui il y a déjà une tendance réactionnaire mais c’est par la suite, après plate-forme qu’il s’enlisera dans la réaction sans plus rien offrir en contrechamp d’un espace critique du capitalisme libéral. Car enfin que serait un capitalisme privé du champ libéral qui l’accompagne ? C’est depuis très récemment que la question se pose, depuis Trump plus ou moins.
Mais du temps de Houellebecq et des Particules. Qu’aurait été une analyse d’un capitalisme sans libéralisme ? Peut-on savoir ? Une analyse dix-neuvièmiste? -
Samuel_Belkekett
InvitéÉvidemment, personne ne répondra à mon post sur le libéralisme comme philosophie politique du capitalisme. Et bien sûr, bien davantage que simple philosophie.
Pourquoi ne me répond-on pas ? Sur un forum soit disant ouvert.
J’envisage 2 possibilités.
1) je n’ai pas suffisamment fait de courbettes aux forumers.
2) il y en a qui essaie de me répondre mais alors se produit quelque-chose qui les dépasse. Au moment de répondre, ils sont pris d’un étrange tremblement. Leurs doigts fourchent sur leur clavier. Au lieu de dire ; Tu fais erreur, le libéralisme c’est etc… Ils ne peuvent qu’écrire ; fyekdifjfke’je »rjfbfkdn.
Parce que sinon on aurait pu me répondre, par exemple ;
Le libéralisme Samuel, ça a été un moyen pour s’émanciper des structures aliénantes, par un biais culturel qui simultanément lutte contre le capital etc…
A quoi je répondrais ; Bien non, car tout ce qui advient dans le cadre du libéralisme est de facto absorbé par ce cadre qui n’a qu’un objectif, tout absorber. Et contrairement au paradigme conservateur qui rejetait, lui récupère absolument tout. Toute forme discursive alimente, ce qui peut être nommé Système. Car il est là le système. Ce qui structure libéralisme et capitalisme. Tous les discours quels qu’ils soient, s’épuisent dans la masse de significations qui nourrit le système. Et permet de dire que c’est dans le capitalisme que nous sommes libres. Même les propos les plus subversifs sont immédiatement neutralisés dans la masse des significations qui enrichi d’emblée l’appareil libéral. Et c’est bien le capitalisme qui en ressort blindé. Ce qui avant était rejeté hors de la norme, nourrissait un imaginaire subversif, mais quand tout est accepté en l’absence de normes, plus rien ne trouve d’extériorité au système.
C’est pareil avec cette histoire de transfuge de classe.
Quand il n’y a plus de transcendance, quand il n’y a plus qu’un pur plan d’immanence, alors les éléments du plan d’immanence, n’ont plus qu’à s’échanger. Puisqu’il n’y a plus de transcendance possible. Tout fini par s’échanger au sein du même système. La libéralisation des mœurs est d’emblée récupérée par le système libéral. J’insiste sur « d’emblée » parce qu’il n’y a pas récupération de la part d’un sujet qui déforme les choses afin d’en tirer partie. Il est là le système. Quoi qu’on fasse, on l’alimente.
Bref, tout ça pour dire qu’un capitalisme sans libéralisme est une vision qui date du 19ème siècle. Analyser la modernité capitaliste sans tenir compte du libéralisme, il faut être simplement… demeuré.
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graindorge
Invité« Je ne parlais que de l’écrivain Houellebecq, limité d’etre incapable d’inventer des narrateurs différents de lui, limités de n’avoir jamais produit de personnage féminin singulier, limité d’écrire toujours le même livre, limité d’irriguer sa prose d’idéologie. »
Faut vraiment avoir honte de rien pour dénigrer comme cela un autre écrivain, surtout quand l’autre écrivain est a des années lumières en terme de vente et de succès littéraires de l’aigri qui critique. Et entendre par le mauvais écrivain dire que le meilleur écrivain des deux est limité est le comble du ridicule, car en les comparant la seule conclusion qui s’impose c’est que bégaudeau est limité en tant qu’écrivain tout court. Sans doute aurait-il été moins limité à la pelote basque, ou dans le jardinage. Les seules choses qui ne sont pas limitées chez bégaudeau sont sa frustration et son ressentiment.-
Quentin
InvitéTu m’as l’air bien plein de ressentiment et de frustration mon ami.
Donc Begaudeau en tant qu’écrivain doit admettre que Houellebecq est super ? Parce que c’est ce que tu penses ? Parce qu’il vend plus de livres ?Il a pourtant expliqué les raisons qui l’ont amené à critiquer MH. Ca me paraît cohérent. Je comprends pas ton indignation. Peut être MH a t il un forum sur lequel tu partagerais l’avis de Begaudeau l’écrivain limité !
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Samuel_Belkekett
InvitéBégaudeau en son fond,
est très complexé.
J’en ai longuement parlé avec le professeur Marshall et il m’a expliqué que Bégaudeau est un cas typique d’être complexé, que de n’être point reconnu comme un grand écrivain et grand penseur par ses pairs, et du coup créé un forum pour compenser et jouer le gourou auprès de paumés comme Sylvain par exemple…
C’était un simple constat du professeur Belkekett… -
Samuel_Belkekett
InvitéQuentin,
Pourquoi penses-tu que quelqu’un et même qui que ce soit, pense que Bégaudeau doit trouver Houellebecq super ?
Sache que personne sur terre ne pense cela.
La question repose sur la façon dont Bégaudeau interroge Houellebecq.
Bégaudeau a beau jeu de parler de politimanie à propos des autres, lui en revanche quand il interroge Houellebecq on sent pointer les cases idéologiques.
Houellebecq, ce qui le meut véritablement c’est son expérience personnelle, son enfance et en profite pour régler ses comptes avec sa mère. Mère qui l’a abandonné quand il était enfant pour aller jouer à la hippie-libertine avec ses potes en communauté. On est pas obligé d’aimer ce que relate Houellebecq, néanmoins souligner le pur aspect idéologique est hautement politimane. Il y a bien des aspects chez lui qu’on ne peut juger d’un angle purement idéologique.
Ce qu’on a souvent dit de Houellebecq, à juste titre, c’est qu’il est plutôt sociologue, à sa manière, dans son regard sur les choses. Ce qui me semble très juste.
Sauf que pour les Bégaudeau et consorts, un sociologue de gauche est un pléonasme qu’on ne sépare pas. Politimanie de surplomb.
Pour le reste, Houellebecq est celui qui voudrait geler le temps.
Sa détestation de la nature, de l’histoire et de l’événement, tient essentiellement à sa relation au temps. Qu’il voudrait voir ne jamais bouger. Mais ça, il en joue et en rajoute un peu. Un peu… beaucoup. -
Quentin
InvitéC’était surtout visé à Graindorge, mais finalement celui qui a usurpé son nom pour une réponse pas très maligne
Belle réponse encore dr Belkekett. Je remarque depuis un moment que FB est très drivé par ses affects politiques. Ce qui n’est pas un mal en soit, simplement assez subjectif. Mais en ce qui concerne sa critique de MH, je la trouve plutôt cohérente. Et ça fait du bien d’avoir un artiste reconnu en critiquer un autre, même plus reconnu que lui encore -
François Bégaudeau
Maître des clés« Drivé par ses affects politiques »
On va répéter :
1 la politique est affaire de sensibilité, affaire d’affects
2 l’art est affaire de sensibilité, affaire d’affects
3 il serait étonnant, par suite de 1 et 2, que d’un même individu les affects esthétiques soient totalement découplés des affects politiques. Au vrai il y a mélange, mélasse, combo, compost, patrimoine affectif commun qui se distribue dans des interventions esthétiques et politiques
4 un artiste imprégné d’affects politiques ne saurait donc les laisser en lisière de l’oeuvre, où s’engage sa sensibilité, toute sa sensibilité
5 ce dont il faut se méfier, c’est quand un art se laisse entièrement submerger par des affects dits politiques, car alors il y a là comme une amputation de la sensibilité, que j’appelle politimanie.
6 mes romans ne souffrent pas de cette amputation, ceux de Houellebecq si
7 c’est donc bien une critique esthétique que je fais de l’oeuvre de Houellebecq. Qu’elle soit irriguée d’affects réactionnaires ne me gene pas – sans quoi je n’aimerais ni Bernanos ni Bresson ni bien des artistes aimés. Ce qui me gene c’est qu’elle soit GORGÉE d’affects réactionnaires. Ce que je lui reproche, c’est justement qu’elle soit « drivée », comme tu dis, « par des affects politiques ». Ce qui n’est pas mon cas, comme mes lecteurices le savent. -
François Bégaudeau
Maître des clésAddendum = si j’ai plus haut caractérisé l’identité politique de Houellebcq, ce n’était pas pour condamner son oeuvre, mais en réponse à Elmo qui trouvait son positionnement politique flottant et donc réversible. Or il ne l’est pas, d’où les précisions que j’ai apportées pour la gouverne d’Elmo. Quant à évaluer esthétiquement l’oeuvre de MH, je l’ai fait dans un deuxième temps.
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Jean
InvitéFidèle à lui-même le bonimenteur Bégaudeau frappe encore. Car en réalité, dire que Houellebecq est « trop » drivé par la politique n’est pas un diagnostic médical ou esthétique absolu : c’est simplement constater qu’il ne pratique pas le même roman que Bégaudeau. Ce que Bégaudeau nomme « amputation », d’autres le perçoivent comme une puissance d’amplification, et trouvent au contraire que les romans de Bégaudeau souffre de cette amputation limitante qui consiste à ne pas assez être submerger par ses affects politiques
Comme toujours il tente de faire passer ses préférences personnelles arbitraires pour des critères objectifs, alors qu’il n’en est rien.
Par ailleurs, comme Houellebecq est un écrivain dont le talent est incomparablement bien plus reconnus que celui de Bégaudeau, il y a fort à parier que la critique esthétique de Bégaudeau est elle-même à coté de la plaque.
Se basant sur de mauvais critères esthétiques, Bégaudeau fait de l’art médiocre. D’où sa faible notoriété en comparaison de celle de Houllebecq. Mais trop imbu de lui-même pour s’en rendre compte, il s’enlise dans ses croyances esthétiques ineptes, et continue à ne produire que de fades romans sans lecteurs.
Bégaudeau réussira-t-il à y voir clair en art sur ce point ? ou confirmera-t-il le proverbe voulant que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis ? -
Quentin
InvitéOui voila je suis d’accord merci
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Jean
Invitéde rien
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Quentin
InvitéPas avec Jean. C’est un forceur
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Graindorge
Invité#156083
#156084
Usurpations de mon pseudo
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MA
Invité-
graindorge
InvitéMerci MA
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Stéphanie
InvitéNouveau livre de Sophie Divry , qu’on aime bien ici ,
Rochebrune chez Actes Sud
Et Joy Sorman La vie brute chez Flammarion
« relate la relation qui s’établit entre l’autrice et la peintre Irène Gérard, à travers un centre d’art brut et contemporain qui accueille, dans les Ardennes, ceux qu’on désigne comme « handicapés mentaux ».
Hâte de les lire.
Et pour regaler François, Aurelien Bérenger, L’architecte de Notre-Dame.-
François Bégaudeau
Maître des clésle livre de Joy est très beau
pas lu le divry
lirai le Bellanger qui est davantage chez lui ici que dans le précédent
recommande chaudement le Antoine Philias, Bungalow, et le Yasmina Behagle, La méthode suédoise-
Malice
InvitéSupers nouvelles, en particulier pour Yasmina
Extrait de son roman ici: https://www.ledilettante.com/wp-content/uploads/2026/06/extrait-site-1.pdf-
François Bégaudeau
Maître des clésa priori Cause perdue publiera le deuxième roman de Yasmina. Qui, me disait elle la semaine dernière, est déjà en train d’en écrire un troisième. Ce qui s’appelle avoir de la littérature dans les doigts
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Samuel_Belkekett
InvitéJoy Sorman…
La fille de Guy. Guy Sorman. Beau specimen !
Question : est-ce que Guy lit sa fille ? Est-ce que Guy arrive a pénétrer la profondeur de sa fille ? A-t-il la finesse requise pour cela ?
Joy Sorman, c’est risqué. A mon avis le ver est dans le fruit.
Avec un père pareil, c’est cuit d’avance.
Car je vous le dit en vérité.
Pour couper les liens familiaux, il ne suffit pas de prendre la pose avec Bégaudeau.
Il en coûte, que de couper avec les liens familiaux. Il en coûte vraiment.
Ce pourquoi Bégaudeau ne cesse de chanter ses louanges familiales.
On voit de suite, du moins pour un observateur attentif, que François est un fils à maman qui a toujours voulu être un premier de la classe pour recevoir de maman un certificat d’authenticité d’amour filial.
Ce pourquoi François Bégaudeau a toujours été un rocker français à l’aise dans ses baskets. Quant à Joy Sorman, il est possible, pas sûr mais possible, vu quelques photos ou il semblerait qu’elle ait dans le regard, un je ne sais quoi, de beaucoup moins bidon que François Bégaudeau.-
Samuel_Belkekett
Invité« Ce qui s’appelle avoir de la littérature dans les doigts »
Mais Yasmina, est-ce la même Yasmina qui joue dans « Je crie je jouis »?
Parce que celle-ci, je te promets qu’elle avait entre les doigts, autre chose que de la littérature. Et dans la bouche, autre chose que des mots…-
François Bégaudeau
Maître des clésPauvre mec
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Samuel_Belkekett
InvitéQue la paix soit avec toi mon fils…
Tu n’as aucune inquiétude à avoir,
Dieu reconnaitra les siens…-
Samuel_Belkekett
InvitéJe suis un peu moins sûr que Dieu reconnaisse Yasmina par contre…
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Dr Xavier
InvitéMerci pour ces recos de lecture de l’été et pour l’extrait.
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Malice
InvitéJe signale quant à moi le retour de mon autrice contemporaine américaine préférée, Laura Kasischke : » Baignade surveillée »
Le jour du décollage de la première fusée vers la Lune, un enfant se noie dans une piscine municipale. Kasischke proposerait un » épuisement » de la situation, questionnant entre autres la responsabilité de la surveillante de baignade.https://www.gallimard.fr/catalogue/baignade-surveillee/9782072977626
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Ostros
InvitéOuais merci Malice pour cet extrait
Je goûte avec plaisir la plume de Yasmina, pour la première fois. Elle écrit très bien, tout me plaît, ça annonce de grands moments de lecture.-
kenny
Invitéouais merci françois le Philias sort la semaine prochaine on va lire ça
tu reçois les bouquins avant c’est quoi ce privilège
Nicomat m’a envoyé l’épreuve de Monte-Carlo, ça défouraille!-
Ostros
InvitéMa main au feu qu’il écrit sur la série / saga familiale
Oui parce que la fratrie Casiraghi a mis des billes dans l’adaptation de l’histoire de la conquête de Monaco par leur ancêtre et tout ce qui s’en est suivi.
On va en manger, du rocher.
Sinon oui le Philias, évidemment.-
François Bégaudeau
Maître des clésJamais lu Kasischke, surement par flemme de prononcer son nom. Je note
Tu as lu Laura Vasquez, Malice? -
Malice
Invité@François
ça se prononce, si j’en crois Arnaud Laporte : Kaziézki
Il se peut que tu aimes ses tropismes fait divers/attention poussée au quotidien. La mort prend à la fois très peu de place dans ses récit tout en apportant un contrepoint à la grande banalité de la vie de banlieusards de la classe moyenne.
Elle a un style que la poésie ( qu’elle lit et pratique) imprègne mais qui ne s’envole jamais vers l’éther et le flou. Il y a du cru.
Mes préfs : » Rêves de garçons » ( des cheerleaders en camp de vacances, une escapade au lac et des garçons disparus)
« Les revenants » ( où entre autres évènements inquiétants, une gentille prof de fac fait visiter la morgue de la ville à ses étudiants)
ça flirte avec le fantastique sans y entrer, comme Le grand Meaulnes.
Son premier roman, dont l’héroïne est une employée de motel qui se fait un deuxième salaire en se prostituant ( sans nécessité vitale) est fort; cela dit son style du début est un peu trop chargé en » comme », ça s’améliore avec le temps.Je ne connais pas Laura Vasquez, tu peux m’en dire plus? J’ai vu qu’elle était poétesse et romancière ( c’est bien de cette autrice que tu parles?)
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Malice
InvitéJe ne connais pas Laura Vazquez, tu recommandes quelles oeuvres?
Google me dit qu’elle est poétesse et romancière? -
François Bégaudeau
Maître des clésOui oui poétesse venue au roman récemment
J’ai lu récemment son roman La semaine perpétuelle, qui pose question comme roman, mais pose là une sacrée langue. -
François Bégaudeau
Maître des clésKaziézki, putain
Morin c’était vraiment impossible? -
Malice
Invité@François Je ris
C’est comme Evguenia Guinzbourg, pas encore trouvé comment on prononce le prénom -
Malice
InvitéJe vais regarder ça merci de la reco
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K. comme mon Code
InvitéSacrée langue qui s’épuise rapidement à défaut de roman. Il faut picorer.
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François Bégaudeau
Maître des clés« Sacrée langue qui s’épuise rapidement à défaut de roman. »
C’est exactement ça
Disons qu’on voit que son lieu de base reste la poésie -
Malice
Invitépardon pour le doublon, je croyais qu’un des messages n’était pas passé
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Carpentier
Invité…. Les assises sont gangrenées par le même mal qui ronge toute la magistrature : le corporatisme.
Aujourd’hui encore, on a du mal à acquitter.
Le verdict d’innocence est perçu comme le désaveu du juge qui a instruit le dossier et renvoyé l’accusé devant la juridiction de jugement, du procureur qui a suivi l’affaire, de la chambre de l’instruction qui a validé la procédure et, in fine, de l’avocat général. / … p.82, Bête noire ‘ condamné à plaider ‘ Éric Dupond-Moretti & Stéphane Durand-Souffland (boîte à livres du l’Office du Tourisme des CM – Haute Savoie) Ed. Michel Lafon, 2012.Agréablement surprise, instructif et très illustré, nombreuses anecdotes et/ou affaires où, une fois son client condamné, DM explicite aussi ce qu’il se passe pour lui.
Une fois terminé, je mettrai le nez dans mon De la banalité du bien, d’autant que je serai aussi bien mieux logée. Hâte,-
Carpentier
Invité…. chap.7, Rapport de forces
Il n’y a pas, pour la défense, trente-six manières de se tenir, à la cour d’assises. Soit le président montre, dès le début de l’audience, qu’il sera un juge loyal et que, par conséquent, ses assesseurs et les jurés suivront son exemple: le respect mutuel impose un ton, une attitude, une retenue, et dans ce cas la provocation, l’outrance, la complaisance affichée pour un ton querelleur, l’ironie systématique sont bannies comme autant de fautes qui nuisent à l’accusé. Soit l’attitude du président, ses propos, m’indiquent dès le début de l’audience que la messe est dite: je suis contraint, coûte que coûte, de contrarier la chronique d’une condamnation annoncée. / …. 101,-
Graindorge
InvitéPablo Ibar est en prison depuis 1994, plus précisément depuis son arrestation en rapport avec un triple meurtre commis en Floride le 26 juin de cette même année
Il y est encore alors qu’il avait tout bon niveau preuves: Adn + témoins le jour du triple meurtre: il était avec sa copine à des km du lieu crime
Quand ça veut pas, ça veut pas -
Carpentier
Invité… la France, Pays des droits de l’homme, …. / est l’un des États les plus condamnés par la Cour européenne pour les dysfonctionnements de son système judiciaire / …..
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François Bégaudeau
Maître des clésavis littéraire?
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Carpentier
Invité(suite)
…. En France, la présomption d’innocence est un leurre absolu. La parole de l’accusateur pèse cent fois plus lourd que celle de l’accusé.
Le poids de l’aveu, quelles que soient les conditions dans lesquelles il a été arraché, écrase systématiquement la rétractation. Et en aval, la justice s’emploie à faire tenir les procédures.
J’avais suggéré qu’on introduise à la Cour de cassation des personnalités incontestables du monde juridique – en vain, bien évidemment.
Le ‘ pays des Droits de l’homme ‘ est l’un des plus condamnés par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Notre droit n’évolue que sous la menace de la CEDH, on l’a vu récemment pour la réforme de la garde à vue. Il reste du chemin à parcourir. Outreau c’est, en cumulé, vingt-six années de détention provisoire, si l’on met bout à bout les mois de prison injustement purgés par les treize innocents et François Mourmand, mort dans sa cellule: maintenant que le législateur a créé des peines planchers, le temps n’est-il pas venu d’inventer les tôles plafonds. / …. 165-166, Bête noire, E. Dupond-Moretti/ S.Durand-Souffland-
graindorge
InvitéSouvenir du livre Le pull-over rouge de Gilles Perrault
Christian Ranucci guillotiné en 1976
Non rien de rien, non je ne regrette rien chantait Giscard « Destin »-
Carpentier
Invitéje viens de terminer ce recueil-confessions-essai-bio qui, oui, je le confirme, m’a agréablement surprise.
Une amie à qui on avait offert une place lorsque DM se produisait au théâtre était revenue pareil au boulot le lendemain;
Dois-je poser ici (‘avis littéraire’) n’y avoir pas spécialement relevé de formulations et/ou choix de langues singulièrement plaisant ou délicieusement littéraire?
je ne pense pas, mais dire que ces 220 pages m’ont donné le sentiment de ne pas y avoir perdu de temps de vie, si.
Je vais donc pouvoir remettre ‘ Bête noire, Condamné à plaider ‘ dans la petite boîte à livres de l’Office de Tourisme et commencer François Beaune ( j’ai aussi emprunté en bibli ‘ La colère et le chagrin ‘ de Serge Tisseron, emportée par une sorte de familiarité dans le titre avec certaines de mes tirades occasionnelles quand je me crois obligée de rappeler que ‘ la colère fait également partie de la palette des émotions humaines ‘ )
J’espère que Serge apaisera mes éruptions encore trop fatigantes à mon goût,-
Carpentier
Invité….. Je pose à ma place mon dossier, mes lunettes, ma robe que je revêtirai tout à l’heure. Derrière moi, le box vide, le siège de l’accusé garni d’un coussin crasseux et fatigué, le micro dans lequel il ne saura pas parler. C’est un métier, de parler au micro, cela s’apprend. L’accusé n’en a pas le temps, il est le plus souvent en CDD de justiciable lors de son procès, reniflant trop bruyamment dans la tige noire s’il pleure, murmurant trop près d’elle s’il s’excuse, criant trop fort son innocence et propulsant, de ce fait, sa voix stridente soulignée de larsen dans le vaste espace des assises.
En face, le pupitre surélevé du ministère public me défie déjà. En plaçant le représentant de la société sur une estrade, on a voulu l’avantager comme si, dans un marathon, un coureur partait avec cinq kilomètres d’avance.
Moi, cette erreur de menuiserie volontaire excite mon désir de ramener l’accusateur public au niveau du sol, au niveau des preuves qu’il a le devoir d’administrer. /… 219,
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Stéphanie
InvitéJoy Sorman était invitée aux assises citoyennes de la psychiatrie mai 2024.
Je mets son intervention lors d’un echange: immersion en lieu de soins et processus créatif.
Cette intervention fait lien avec son dernier roman.-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci
je ne connais pas cette intervention-
Samuel_Belkekett
InvitéEt tu vas l’écouter
ou tu restes poli mais tu n’en as strictement rien à branler ?-
Samuel_Belkekett
InvitéHa pardon, je n’avais pas vu que ça concerne la fille de Guy.
Guy Sorman bien sûr.
Ce bon vieux Guy….
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Graindorge
InvitéMerci Malice, Stéphanie, Carpentier, François pour les recos et extraits
Trouvé celui-ciDans une ville comme Paris, les rats dévorent 800 tonnes d’ordures par jour. Malheureusement, ceux qui nettoient sont perçus comme des êtres sales, c’est désolant. C’est ça l’humanité, c’est l’ignorance. Accuser les rats de saleté, c’est comme accuser les fleuristes de pousser dans la terre, […] page 153
Laura Vasquès Semaine perpétuelle
800 tonnes!!!-
Malice
InvitéC’est marrant, ce titre : « Semaine perpétuelle »
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Mathieu
InvitéHé bien je viens de lire Trompe le monde et si j’étais producteur j’en ferais un film sans hésiter. Le travail du scénariste est déjà prémâchée avec une histoire pareille. Il y a déjà le synopsis long, les personnages, les pivots narratifs, en particulier le deal secret entre Gaëlle-Vanessa. Super scénario, super personnages féminins opposées l’un de l’autre – l’amoralité de Gaëlle contre la sincérité idiote de Vanessa – super chute par laquelle Gaëlle parvient à continuer de mener sa vie sans se faire emmerder. Beaucoup aimé le style aussi, évidemment, mais je suis toujours moins à l’aise pour en parler. Toujours aussi vif et net, avec ses transitions de séquences au sein d’une même phrase, et la dominante du discours indirect libre, source de vitesse, de légèreté et de comique. Très plaisant à lire, comme d’hab.
Je me fais rarement cette réflexion concernant les romans de François, et ça n’arrivera pas car cette nouvelle est trop confidentielle et trop amorale pour le cinéma, mais qu’est-ce que j’aimerais voir le film qui en serait tiré.-
Graindorge
InvitéMerci Mathieu. Ça donne envie. Petit regret de pas pouvoir la lire
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François Bégaudeau
Maître des clésdu coup envie de la relire aussi
(et je ne rigole pas)-
Graindorge
InvitéMoi c’est juste « envie de la lire » et je ne rigole pas non plus.
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Claire N
InvitéC’est vrai pourquoi pas un film
Mais il va etre difficile de rendre cette tension
De l’évasion avec le codétenu qu’est le corps
C’est simple pour une prison, un hôpital, un camp…la c’est des chemins que seul le corps peut flairer
J’aime particulièrement cette phrase qui tend tout un potentiel d’action
« elle a mis haut la barre de ses exigences à l’invitation d’un corps qui se savait capable d’en soutenir l’effort«-
Claire N
InvitéSans mauvais jeu de mots, et parce que j’aime à prendre cette phrase littéralement, elle a un sauteur entre les cuisses
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François Bégaudeau
Maître des clésmais oui n’ayons pas peur des mots
ça se passe là aussi-
Claire N
InvitéOui – cette nouvelle me fait penser à la réflexion dé Kollontai sur la construction de la vertue sexuelle comme verrouillage des intérêts bourgeois c’est finalement une bien efficace police . Elle avance que la prostitution et le mariage bourgeois se tiennent comme les deux faces d’une même pièce l’un protégeant l’autre de toute transaction et qu’il est donc absolument nécessaire de dépasser cela et ne pas le transposer dans une société qui se voudrait égalitaire
Avec se corps qui ne se soumet pas à l’amour déclaratif , on a presque le salut d’un ange a portée d’un implantologue de cheveux ; l’axe Louisa est possiblement en gestation ?
Et un peu aussi, plus finement aux malheurs de la vertue
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Renaud Bigorre
InvitéOu alors une adaptation au théâtre sous la forme d’un seul en scène, une seule en scène en l’occurrence.
Je l’ai relue et ce qui m’a frappé, c’est à quel point Trompe le monde et Ma cruauté se font écho par leur protagoniste comme maître du jeu et par leur chute dans une sérénité amorale.-
Claire N
InvitéC’est vrai que la mise à jour, première d’un cadavre
Sied bien à la forme théâtrale
Comme subversion de la scène judiciaire
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graindorge
Invitémessenger comme d’hab m’ avais-tu dit François. Pas très gentil de pas tenir parole. Pas grave. Et les nananèreu c’est mignon finalement. Et même très mignon. Comme a la récré, ceux qui ont les bonbons et toi, pas en reste, tu fais semblant de puiser dans un sachet vide en te promenant sourire aux lèvres, faisant semblant de machouiller. Les nananèreus, leurs bobines… Ça vaut le spectacle. Bisous tout le monde
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Claire N
InvitéGraindorge, un peu plus de confiance ne nuirait pas –
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Graindorge
InvitéConfiance ? Je n’aime pas les bonbons tu le sais bien.
On les appelle douceurs . Tromperie sur la marchandise: ça fait mal au foie et ça donne des caries.
Je ne leur fais plus confiance depuis longtemps Je leur préfère les fruits frais et biologiques.
Pas d’arnaque: une pomme est une pomme. Une poire est une poire. Y’en a pour tous les goûts.
Une poire ou une pomme ça peut aussi se partager avec la voisine ou le voisin sauf si on aime le nananèreu. Ah ce cher et mignon nananereu, il pullule.
Faut pas le dire! Combien de gens seraient si malheureux si y’avait pas un petit zeste de nananereu dans leur vie. Comme ça, mine de rien.
Mais je suis bavarde, une pie. Bonne nuit ma chère Claire, j’espère que ta lombalgie n’est plus qu’un mauvais souvenir et que tu as pris des vacances ou que tu vas en prendre-
Graindorge
InvitéOups j’oubliais: le – était dispensable Claire
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Samuel_Belkekett
InvitéPauvre Graind’Houille !
Tu es habituée maintenant. On peut supporter beaucoup de choses Graindorge.
Plus on aime et mieux on supporte. Ça peut même être un test pour valider la teneur et la force de ton amour…
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François Bégaudeau
Maître des clésje ne sais pas si tu es la vraie Graindorge, mais je n’ai pas eu de message de toi sur messenger
depuis que j’ai proposé de filer Trompe le monde par ladite voie, 6 me me l’ont demandé à qui je l’ai filée, mais pas toi
pour info
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Graindorge
Invitélorsque FB a proposé de partager » à qui en faisait la demande, cette nouvelle, trolls exceptés » j’ai répondu surtout pour voir s’il me mettait dans la liste des trolls. Car alors je quittais le forum
Mais intriguée par son » via messenger comme d’hab »
et ce » comme d’hab » Ah?
je ne lirais donc pas cette nouvelle et c’est vraiment pas grave : la littérature est généreuse
Je trace, tu traces, traçons-
François Bégaudeau
Maître des clésje ne sais pas si tu es la vraie Graindorge, mais je n’ai pas eu de message de toi sur messenger
depuis que j’ai proposé de filer Trompe le monde par ladite voie, 6 me l’ont demandé à qui je l’ai filée, mais pas toi
pour info
je répète donc car ca ne semble pas clair pour toi : si tu me demandes cette nouvelle par messenger, tu l’auras-
Graindorge
InvitéDac.
Un détail: tu as donc dû oublié que lorsqu’on s’est écrit au tout début, sur un malentendu, tu m’avais bloquée dans ton facebook. Et pas débloquée depuis. Je sais même pas si c’est faisable et pour ma part, mon Facebook existe mais je ne l’alimente plus depuis perpète mais lorsque j’écris occasionnellement à d’autres facebouqués , ça marche-
François Bégaudeau
Maître des clésje ne bloque jamais personne, sur facebook comme ailleurs
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Graindorge
InvitéEh bien si et seulement si tu veux bien, envoie le pdf de cette nouvelle Trompe le monde à donaram85@gmail.com car je constate que cela ne m’est pas possible de t’écrire à ton messenger de Facebook depuis un bon bail alors que je peux écrire aux messenger de tous mes autres contacts
Si tu peux pas par mail, pas de souci.
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Jean Marie Bigard
Invité(je t’ai contacté sur messenger pour obtenir la nouvelle)
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I.G.Y
InvitéResté en « non lu » jusqu’ici dans ma boîte mail littéraire aux côtés de très/trop nombreux « classiques », un gros rattrapage ces dernières semaines : l’Odyssée. Je voulais m’en faire une idée avant de voir le film — ce n’est pas encore fait à l’heure qu’il est. Ça intéressera peut-être ceux qui à l’inverse ont déjà vu le film et pas lu le livre. Ils pourront faire ce que je ne peux pas encore : comparer.
Cette lecture n’a pas du tout coulé de source mais j’ai fini par y prendre un certain plaisir. Je précise que je parlerai de la traduction de Jaccottet (qui est réputée comme l’une des plus proches de la lettre du Grec, si tant est que cela soit possible mais je passerai plus ou moins là-dessus, il y revient d’ailleurs dans une passionnante postface).
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Début : Ulysse est coincé mais moi aussi. Rude entrée dans le texte et cela peut-être jusqu’à son quart, moment où j’ai sans doute pris quelque chose comme un « pli ». L’impression première de lecture est celle d’une immense emphase et d’une prose dilatée à l’extrême. Le « poème épique » m’apparaît d’abord comme antonyme de la sobriété (littéraire et alcoolique, car on y picole à foison). Même en l’ayant anticipé, pas facile. Les adjectifs qualificatifs sont innombrables et me prenaient des envies de ratures (sans même compter les semble-t-il fameux « épithètes homériques », dont je découvre qu’ils ont fait l’objet de thèses et livres entiers : Télémaque le réfléchi, le divin Ulysse etc…, épithètes qui reviennent partout et dont Jaccottet nous apprend en postface que le choix de l’un ou l’autre pour un personnage donné, parmi ceux qui lui sont liés, obéit avant tout à des considérations rythmiques : pour se caler dans l’hexamètre grec selon le nombre de syllabes du mot). Dans l’Odyssée tout est « d’or », « de bronze », « brillant », le vin est « doux », les festins « fastueux » : tout est ainsi systématiquement qualifié. A cela s’ajoute d’innombrables formules de politesse et de présentation qui ponctuent les multiples adresses (en fait des discours) d’un personnage à un autre, nombreuses surtout au début (ex : « Nestor, fils de Nélée, honneur de l’Achaïe, tu me demandes d’où nous sommes : je réponds », III, 79-80). Les personnages aux noms imbitables à n’en plus finir, tous « fils de » tel ou tel, les multiples dieux qui changent de dénomination sans prévenir, tout ça renforce l’impression d’arriver en plein milieu d’une fête où l’on était pas convié — de fait il y a l’Iliade, et surtout l’accumulation de couches de légendes grecques et orientales mêlées les unes aux autres qui nous sont, surtout à moi mais aussi parfois, d’après les notes, aux érudits et traducteurs, totalement étrangères. Il y a d’autres effets de répétition de ce genre, plus agréables. On finit par se faire à la chose, voire à l’apprécier, en se rappelant bien qu’il s’agit non pas d’une simple prose, mais d’un long chant.Difficile de ne pas mentionner, questions qualificatifs, l’effet « jeu de plateau » induit par les innombrables « peuples » régulièrement réduits à un adjectif ou presque (les Grecs « aux longs cheveux », les Phéaciens « armateurs aux longues rames », le « pays des mangeurs de fleurs », etc…). Pas la dernier des éléments de l’Odyssée à avoir traversé les âges. Je n’ai aucun souvenir des tragédies grecques (collège? lycée?) mais j’imagine que ça y est aussi.
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Le grand drame d’Ulysse pour son fils Télémaque, fait remarquer F. Hartog dans une seconde postface, est qu’il est possiblement mort en mer et non au combat, c’est à dire en anonyme et sans sépulture, donc sans « gloire » (sans « renommée », sans kleos, qui se transmet dans la lignée avec d’évidents impacts matériels, bien présents dans le texte). Mais par-delà ces évidentes questions morales de l’héroïsme, omniprésentes mais sur lesquelles je ne vais pas trop m’attarder, se dégagent d’autres choses. D’abord la stupéfiante importance du bon gros barbeuc et sa bonne grosse vinasse. Je n’ai pas compté le nombre d’occurrences de repas où sont décrits sur des dizaines de vers les cuisseaux gras et luisants, rôtis à la broche, arrosés de vin doux et avalés goulûment, mais une anthologie est possible. J’imagine qu’une ou deux thèses existent, et pour cause : par delà la blague leur importance est bien sûr en partie rituelle puisqu’il y a toujours une portion d’offrande à ces messieurs-dames-de-là-haut. Mais nulle cérémonie austère à têtes baissées et bouches fermées ici. Ajouté aux innombrables adjectifs luminescents qui ornent tous les termes matériels, y compris bien sûr ceux de la table, tout cela donne une impression majeure de « kiffance » (je ne connais pas l’équivalent grec). Tout cela est bien sûr socialement situé (on n’est pas dans des demeures d’esclaves), et malgré cela revient plusieurs fois dans le texte le problème de la faim (le « ventre maudit », cause des maux des hommes, cause des guerres, par exemple XVII 286-289).
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Au milieu de tout ce fatras glorieux dans lequel toute condensation littéraire semble absente — difficile de qualifier de « condensation » la plupart des épithètes, « homériques » inclus — se glissent néanmoins quelques effets stylistiques intéressants. Il y a par exemple cette grande porosité du monde des hommes avec celui des dieux : ces derniers, en une fraction de vers, changent d’apparence, traversent des distances incommensurables et atterrissent chez les Hommes sous les traits d’un humain ou d’un animal, discutent, agissent, puis repartent comme ils sont arrivés, discutent entre eux, s’engueulent, redescendent, remontent. Cela produit de soudaines accélérations et de beaux effets visuels, ou du moins un bel espace pour les rêver.Si la prose est très dilatée, elle peut aussi très subitement briser la continuité par des ellipses spatiales et temporelles. C’est renforcé dans les passages où Ulysse conte son retour, où l’on est assurément dans le merveilleux, y compris, de façon très assumé, quant aux durées et distances. Un exemple d’intervention d’Athéna que je trouve assez beau cumule plusieurs de ces effets :
« L’aurore aurait paru avant que leurs sanglots ne cessent
si Athéna aux yeux brillants n’avait eu son idée :
elle allongea la nuit au bout du monde et retint l’aube
au trône d’or dans l’Océan, sans la laisser
atteler ses coursiers portant aux hommes la lumière » (XXIII, 241-245)
Il y a bien, dans la lettre de l’Odyssée, quelque chose de puissamment lumineux.
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La culture de l’Odyssée fait à mon goût bien peu de cas de la mort. Les passages chez Hadès, la vie de l’âme des morts, tout cela a une grande importance mais n’efface pas l’impression numéro un : les hommes, nobles ou non, tombent comme des mouches, tombent par dizaines, par milliers. On pleure les morts et on repart — au passage : les mot « pleurs » et « larmes » sont, pour tous motifs, omniprésents. C’est d’autant plus vrai que les dieux peuvent soudainement ôter la vie en l’espace d’un vers à deux ou trois personnes. Un dieu se pose même la question d’anéantir une cité entière en la remplaçant par une montagne. Il arrive au chef Ulysse lui-même, agacé par le discours d’un de ses compagnons, de menacer (noblement) de lui trancher la tête, puis de se raviser, et l’on ressort ainsi de la salle de réu bons amis comme si de rien était. Le chant XXIII fait à sa manière exception (gloups), et encore.Dans l’ensemble on s’arrête peu sur la mort — ça me fait penser à pafait un anti-Sirat —, et les massacres sont glorifiés ,du moins s’ils répondent à un critère de justice, dont par exemple : le pillage de ressources ennemies (la razzia), le massacre de personnes jugées déloyales à la maison, y compris des femmes; on lit néanmoins des restrictions morales quant au comportement à adopter dans le meurtre, et que l’on retrouve invariablement jusqu’à nos jours même dans les pires régimes criminels possibles, comme ce « il est impie de triompher sur des cadavres » (XXII, 412). Le massacre et le meurtre ne doivent relever que du devoir, de la justice, de la nécessité, et surtout pas de la jouissance.
J’aimerais pouvoir comparer tout cela à la Bible/Torah/Coran/autre mais je n’en ai rien lu — j’imagine une comparaison féconde.
Il y aurait ainsi sur la mort, dans le style même, quelque chose comme un point de vue de l’Absolu, la mort vue d’en haut — il y a quelques cas particulier, en fait surtout le chant XXIII. Dans Sirat, la mort est certes donnée d’en haut mais profondément vue d’en bas.
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Je ne sais pas comment placer l’Odyssée dans l’un des thème assez courant de l’histoire des idées (qui vient, sans doute entre autres, de Vernant) , qui veut que la notion de « volonté » soit peu présente chez les Grecs et avant tout l’œuvre de la théologie chrétienne (transformant du même coup le Droit). Comme à son habitude un Agamben l’a ramassé de façon limpide : l’homme antique est un être qui peut, l’homme chrétien puis moderne est un être qui veut. Je n’ai pas lu Vernant et rien sur l’Odyssée en particulier, je sais juste que j’avais cela en tête avant lecture.L’impression que donne le texte est à première vue qu’il y a bien une « volonté » divine arbitraire (et des humains pris dans les tempêtes marines et affectives, pris dans les nécessités de la faim, mais néanmoins systématiquement face à des « choix » et des « décisions », parfois assistés en cela par les dieux). A y regarder de plus près, les conflits entre les dieux et leur arbitrage par un Zeus somme toute à peine plus présent au plan exécutif qu’un monarque espagnol sont aussi régis par une forme de « désir », par des humeurs et des intérêts, ce qui en fait un puissant moteur narratif un peu plus intéressant qu’une volonté arbitraire absolue. J’ai par exemple trouvé ces trois vers énigmatiques, qui tombent pile dans ma question :
« Mange, hôte infortuné, et jouis de ces mets
puisqu’ils sont devant toi; le dieu tantôt donne ou refuse
selon ce que son cœur désire : car il peut tout » (XIV, 443-445)
Pas facile, car Jaccottet traduit par « désir » le mot « ethelo », qui d’après les dictionnaires peut aussi signifier « vouloir », mais avec une dominante de « consentement » plutôt que de volonté expresse. Il n’empêche que par delà ces vers, il y a bel et bien non pas une pure volonté arbitraire (qu’elle soit unique ou multiple) mais un système d’intérêts conflictuels propre des dieux, néanmoins rivé à ceux de leurs descendances humaines.
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Une note de Jaccottet au chant XXIV, le dernier, signale que sa partie finale, « singulièrement bâclée », a possiblement été ajouté par la suite par un auteur postérieur « désireux de donner à l’épopée une fin apaisante ». Jaccottet laisserait ainsi planer l’hypothèse d’une présence, en Grèce homérique, d’une antenne littéraire du CNC?
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« Lorsqu’ils eurent joui des plaisirs de l’amour,ils s’adonnèrent aux plaisirs de la parole » (XXIII, 300-301)
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Claire N
InvitéMerci IGY pour ce retour littéraire
En tout point inclinant à la réflexion
Tes précisions sur le thème du nom, d’abord chiant puis envisé sur le plan musical
« ex : « Nestor, fils de Nélée, honneur de l’Achaïe, tu me demandes d’où nous sommes : je réponds »
Ne m’ont pas incité à la comparaison avec un texte religieux, mais m’ont plutôt rappelé la lecture de Tolstoi « un nom de cheval «
Oú a l’occasion d’une lettre le narrateur erre dans toute la ville à la recherche du nom de famille avec pour seul indice un « nom de cheval «
De « A sa noblesse. Monsieur Iakov vassilitch…Avoinov »
Petite digression donc, mais pas que, puisque comme ton analyse le pose l’approche littéraire me semble tres féconde -
Alexandre
InvitéMerci pour cette restitution et cette analyse.
Il semblerait que le film de Nolan ait boosté les ventes du « bouquin » (sic). Naïvement sans doute, j’ai trouvé cette information agréable à prendre en considération, surtout au regard du côté ardu de l’immersion que tu décris.
C’est marrant comme toute cette « affaire » (film compris) m’a ramené ces derniers temps à des flagrances venues de ma 6ème, qui est sans doute le seule période où j’ai du lire des extraits de L’Odyssée. A l’époque gros fan de l’univers Marvel (qui n’existait pas au cinéma à une exception cheap près mais édité dans des revues comme Strange, etc…), j’accueillais avec gourmandise toute cette mythologie, et surtout ce bestiaire formidable venus de la Grèce antique. Rarement choses dispensées dans le cadre de la scolarité ne furent assimilées par moi avec une telle excitation, toutes disciplines confondues évidemment. Et oui, on comprenait vite que les Dieux étaient mus par des passions très humaines, en ce « système d’intérêts conflictuels » que tu évoques, qu’ils pouvaient se montrer jaloux, mesquins ou comploteurs.« tout cela donne une impression majeure de « kiffance » (je ne connais pas l’équivalent grec) »
C’est kiffos, tout simplement.
kiffaos, du côté de Thrace
N’hésite surtout pas à me solliciter pour ce genre d’interrogations héllénistiques-
I.G.Y
InvitéClaire : ça tombe bien car Tolstoï est aussi… en « non lu » (eh oui)
Alexandre : bibi est l’exemple de ce boost. Et bizarrement, il ne me semble pas avoir eu à lire des passages de l’Odyssée à l’école (contrairement à pas mal d’auteurs que, et sans doute de ce fait ,je dois le reconnaître, je n’ai pas relus depuis l’école : Zola, Balzac, Flaubert, Maupassant, Racine, Voltaire, etc…).
Et oui, comment ai-je pu oublier le κιφφωσ…
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Claire N
InvitéHum , moi j’ai souvenir mais c’était les passages « sélectionnés «
– du cyclope
– du retour d’Ulysse
– des sirènes ( le début)-
Alexandre
InvitéOui, c’était exactement ça.
Quant à tout ce qui avait trait à la mythologie proprement dite (par exemple, les douze travaux d’Hercule), impossible de me rappeler quel pouvait être le support de la prof de français. Ce qu’il y a de sûr est que j’ai connu toute la ménagerie (le Griffon, le Sphinx, etc..) avec ces cours de français de 6ème.-
François Bégaudeau
Maître des clésLu l’Odyssée il y a quelques années, pour me convaincre définitvement que son prestige est historico-culturel, et non stylistique – ni d’ailleurs narratif, parce que toute la reprise de pouvoir d’Ulysse est nulle. On imagine ce que Shakespeare en aurait fait. En a fait.
On voit bien ce que tout ça peut activer chez les grands petits enfants que nous sommes. Je me souviens d’une lecture fascinée de l’Iliade à 14 ans. Mais un peu d’irrévérence s’impose devant ce topos culturel, cette auto-persuasion collective.-
Claire N
InvitéOui, c’est vrai qu’il y a un côté conte pour enfant
Et je pense que le support premier etait possiblement orale pour tout ce qui est de la menagerie.
D’ailleurs beaucoup de livres de « mythologie « sont commercialisés au rayon enfant ( autrement appelé « littérature jeunesse « )-
Graindorge
InvitéD’ailleurs beaucoup de livres de « mythologie « sont commercialisés au rayon enfant ( autrement appelé « littérature jeunesse « )
Voualà une facette du capitalisme démasquée:
Dès 11/12 ans hop, au rayon Senior -
I.G.Y
InvitéClaire : je dirais que l’Odyssée a spécifiquement quelque chose du conte pour adulte. Dont l’histoire prise dans sa globalité est bien sûr aisément transformable en un conte pour enfant.
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Concernant le style (et même la narration), c’est clair que j’avais malgré tout envie d’en finir. Ce n’est pas une lecture que je conseille à quelqu’un qui « compte son temps » en matière de lecture. Et je dois bien reconnaître que l’intérêt « meta » — comparer ensuite au film, ou plus précisément : voir ce qui sera retenu ou non du point de vue du style même par Nolan — était très moteur.Il y a aussi le gros problème de la traduction. Il existe un site sur lequel on peut en trouver beaucoup, car la plupart sont tombées dans le domaine public (certaines y sont incomplètes) et il y a des comparaisons grec-français sur le site remacle.org, avec la traduction Bareste, XIXè.
Exemple concret sur le passage que j’ai cité où Athéna retient le jour (XXIII 241-245) :
« Dès lors, ils se seraient lamentés jusqu’au moment où paraît l’Aurore aux doigts de rose, si Athéna, la déesse aux yeux pers, ne s’était décidée pour un autre parti. Elle prolongea la nuit qui touchait à sa fin, retint l’Aurore au trône d’or au bord de l’Océan, et ne lui permit pas d’atteler ses chevaux aux rapides sabots, les deux chevaux, Lampos et Phaéton, qui apportent aux hommes la lumière, car ce sont eux qui traînent le char de l’Aurore.« .
Différence abyssale.
Restent, dans ce passage comme dans d’autres que j’ai pu consulter et y compris pour la fameuse traduction Bérard (qui prend aussi paraît-il pas mal de libertés), des constantes : la noblesse du verbe, et surtout, la lumière. Ce dernier point m’a d’autant plus frappé qu’il se branche immédiatement sur le cinéma — le film qu’on se fait immanquablement d’un livre quand on en tourne les pages.
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I.G.Y
InvitéJ’ai oublié de dire que la traduction exemple que je donne n’est pas si antérieure à celle de Jaccottet (1946, Mario Meunier, Albin Michel), qu’elle est en prose, et que le site en question pour les traductions est celui-là.
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Graindorge
InvitéI.G.Y et les autres camarades sitistes
merci pour ces partages.
L’Odyssée d’Homère est une quête d’initiation où le retour d’Ulysse à Ithaque symbolise le voyage de l’âme vers sa propre essence. Chaque épreuve sur l’océan représente une victoire sur les passions, les illusions et les instincts de la nature humaine.
Ça compte quand même.
«L’Odyssée» d’Homère, Une mystique de l’existence qui s’affirme dans la vie quotidienne – Revue Acropolis https://revue-acropolis.com/lodyssee-dhomere-une-mystique-de-lexistence-qui-saffirme-dans-la-vie-quotidienne/-
François Bégaudeau
Maître des clés« L’Odyssée d’Homère est une quête d’initiation où le retour d’Ulysse à Ithaque symbolise le voyage de l’âme vers sa propre essence. Chaque épreuve sur l’océan représente une victoire sur les passions, les illusions et les instincts de la nature humaine. »
Sans doute trois lignes où l’auteur s’est mis au défi de placer un maximum de mots pénibles.-
graindorge
Invitépardon. Pas mis les guillemets.
Oui et même pas trois lignes, une seule
L’Odyssée d’Homère symbolise le voyage de l’âme
ou
L’Odyssée d’Homère, métaphore du voyage de l’âme -
Malice
InvitéC’est peut-être pour ça que les camarades de La Phase se sont plaints qu’on ne mangeait/couchait pas assez dans le film de Nolan – trop d’âme pas assez de corps apparemment ( est-ce que ça se voit que j’essaye subtilement d’inciter les sitistes à écouter leur dernier podcast?)
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Dr Xavier
InvitéQui est un excellent épisode, qui d’ailleurs mentionne le non moins excellent et drôle papier posté par K (Uncomplicated man).
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K. comme mon Code
InvitéWilson a d’ailleurs écrit un autre article centré sur les différentes incarnations du Cheval de Troie. Moins drôle mais tout autant pertinent :
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Malice
Invité@Dr Xavier ça m’a fait marrer d’apprendre que Nolan avait refait le coup du mec qui passe des années dans une « faille » temporelle sans qu’on sente le temps passer, cf Ulysse chez Calypso ( et dans Interstellar le collègue qui vieillit dans le vaisseau en s’en foutant)
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I.G.Y
InvitéLa Phase a dit à ce point l’essentiel sur ce film, vu hier, que ça facilite le travail. On a vraiment vu le même film. (et merci pour les liens).
Les points que j’attendais au tournant (la lumière, les plaisirs de la bouffe etc…) se passent de plus de commentaire : cette volonté d’ancrer l’Odyssée dans une sorte de pré-post-Apocalypse civilisationnelle, non seulement du point de vue du scénario et des dialogues (cf. entre mille autres les dernières phrases prononcées du film) mais jusque dans le choix de l’éclairage/colorimétrie, est un choix fort par rapport au livre.
Deux aspects sur lesquels j’insisterais encore plus : la chorégraphie, la mise en scène / le montage des scènes d’action (sur lesquelles on attend un blockbuster au tournant), et la politique sous-jacente du traitement d’Ulysse par rapport au mythe original. Surtout le second parce que la Phase traite beaucoup du reste.
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La seule scène d’action (si ce n’est la seule scène) qui m’a paru pas mal, avec les réserves que fait La Phase mais tout de même, c’est ce qui se passe autour du Cheval de Troie. Je les ai trouvées dans l’ensemble pauvres, plutôt illisibles, et sans enjeu ne serait-ce que tactique (c’est-à-dire technique). Donc sans surprises. De la part du réal de The Dark Knight, grosse déception.
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Pas besoin de connaître le texte source pour percevoir le type de figures que dépeint le film, mais les choix forts (si ce n’est les distorsions) opérés par rapport à celui-ci les font bien ressortir. Faire d’Ulysse un chef moralement torturé par ses abominations dès le moment où elles sont commises, c’est-à-dire dès le saccage de Troie, ça ne passe pas inaperçu. L’Ulysse de Nolan à Troie me fait vraiment penser au Luchaire de Gianolli : il voit les femmes massacrées, les hommes éventrés, mais possède déjà toute la distance critique dans son froncement de sourcil et son regard de chien battu (ainsi, comme chez XG, on retrouve ce truc formel des inserts alternés sur le visage d’Ulysse, soucieux et lucide, présent physiquement mais distant moralement).Les opérations qui déchargent Ulysse de ses actes concrets sont nombreuses, j’en garde deux exemples. D’abord, transférer toute la noirceur sur Agamemnon, en faisant du glorieux « berger des peuples » (Homère/Jaccottet) l’ancêtre de Dark Vador. Aussi, on a l’impression devant le film que la personne qui désire le plus le massacre des prétendants (et qui l’évoque explicitement) n’est pas Ulysse mais… Pénélope. Or sur ce point le récit d’Homère est très différent : Ulysse est décrit à de multiples reprises en train de méditer/planifier, très en avance, le massacre des prétendants (le mot « massacre » est récurrent) avec Athéna. (Accessoirement Ulysse fait aussi massacrer les femmes déloyales.)
Ce qui permet de dire au passage à quel point le traitement des dieux est différent du livre. En ressort l’effet paradoxal qu’en « humanisant » à ce point l’Odyssée, Ulysse n’en est que plus héroïque. Le massacre des prétendants, par exemple, est planifié avec Athéna qui l’aide beaucoup lors du combat en détournant des tirs de lance. L’épisode des Phéaciens, à qui Ulysse conte son retour dans le livre (et non à sa psy Calypso) est entièrement zappé : or ce sont eux qui le reconduisent à Ithaque, et pas lui seul en solitaire sur son radeau. Ulysse résiste aussi aux élixirs de Circé grâce à l’aide directe d’Hermès — encore en passant : dans l’œuvre originale il reste avec son équipage chez Circé pendant quasi une année, en κιφφωσ maximal avec vin et viande à volonté, avant de demander à Circé d’honorer sa promesse et de l’aider à rentre dans sa « patrie ». Etc…
De façon générale, ce qui m’a par ressortir du livre est qu’Ulysse, bien loin de ruminer dès sa sortie du Cheval un trauma moral sur l’horreur de la guerre et du non respect de la loi de l’hospitalité, est puni par les dieux (c’est explicite). La remise en question vient non seulement a posteriori (et elle n’est pas si flagrante dans le texte) mais de l’extérieur, alors que dans le film elle vient in situ et de l’intérieur. Le destin global de l’affaire étant laissé à une simple affaire de cycle du temps politique : « la barbarie » nous fait entrer dans les ténèbres, mais la « civilisation » renaîtra de ses cendres (avec ses petits bras musclés), comme ça nous est dit à la fin.
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Et puis quand même, ces dialogues… ces champs contre-champs…Je ne sais pas si je suis le seul mais je me demande si ça n’est pas le pire Nolan. Il a réussi à me décevoir alors que je n’en attendais pas grand chose.
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I.G.Y
InvitéPetit ajout « politique » sur les polémiques de merde autour de la « wokisation » de l’Odyssée, auxquelles je me suis peu intéressé. Je m’amuse juste du fait que ce sont beaucoup de personnages secondaires du film qui ne sont pas « blancs ». Ulysse, qui est en fait le seul vrai personnage du film, est blanc : or dans le texte source, la seule indication sur la carnation d’Ulysse (une des rares allusions à la couleur de peau, hormis celles des « femmes aux bras blancs » à plusieurs endroits) est qu’elle est… « brune ». Amusant.
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Quentin
InvitéMerci beaucoup pour cette analyse. J’ai horreur de ses champs contre-champs, qu’il utilisait selon moi trop souvent dans Oppenheimer et Tenet
Je ne sais pas si c’est le pire Nolan, puisque les deux précédents étaient deja bien faibles, mais il continue sur sa lancée. -
Malice
Invité@Igy merci pour toutes ces précisions
Donc Ulysse est un gros assisté si j’ai bien compris. Et un bourrin ( Tarantino aurait peut-être dû mettre en scène le massacre des prétendants?)
Ton évocation du Luchaire de Giannoli me donne encore moins envie de voir l’Odyssée ( au passage, j’ai rarement vu un film aussi malaisant que Les rayons et les ombres; je suis étonnée que Jolly ait réussi à parler si calmement du film dans l’émission recommandée ici et que le mot révisionnisme ne soit pas sorti. J’ai écouté un podcast sur les collabos à Sigmaringen, Luchaire m’y est apparu comme un sacré pauvre type) -
I.G.Y
InvitéMalice : Tarantino pour sa scène de massacre des prétendants, ça c’est une idée (quand on la lit dans Homère, avec les interventions surnaturelles d’Athéna, on imagine même assez bien une version très gore d’un Marvel).
Pour Luchaire, je reprécise que mon but n’est pas d’assimiler Ulysse et Luchaire, mais en revanche bien d’assimiler le type de procédé d’exonération qui apparaissent formellement dans les deux films (procédés qui sont des distorsions : dans un cas historique, dans l’autre — et c’est de ce fait sans doute moins « grave » — d’un texte original, mais bien réel, de mythologie).
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K. comme mon Code
InvitéOn pense aussi à tous les articles sur les soldats israéliens traumatisés d’avoir snipé des enfants. Comme si ce traumatisme les élevait humainement ou modifiait leur adhésion au programme guerrier.
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Claire N
InvitéDont l’histoire prise dans sa globalité est bien sûr aisément transformable en un conte pour enfant
Je saisis la nuance que tu soulignes et effectivement de n’avoir eu accès en premier qu’à la facture pour enfants m’a fait inverser il ne s’agit pas de prevenir les enfants de se que se raconte les adultes
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Malice
InvitéIl parait qu’on compare parfois Homère à Virgile sur la question du style; est-ce que des personnes ici présentes ont lu les deux et peuvent m’éclairer? Virgile serait un orfèvre. Je n’ai pas lu l’Eneide, juste des extraits que ma prof de latin nous faisait traduire ( la fuite d’Enée avec le flammes de Vesta, sa relation » c’est compliqué » avec Didon)
J’ai trouvé cette traduction sur wikisource :
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C3%89n%C3%A9ide_(trad._Nisard)/Livre_IExtrait
« Les Troyens, fatigués par la tempête, s’efforcent à l’envi de gagner le plus prochain rivage, et tournent leurs proues vers les terres de !a Libye. Là, dans un golfe enfoncé, est une île qui forme un port (1, 160) par le prolongement de ses côtés ; les eaux venant de la haute mer s’y brisent, et, refoulées sur elles-mêmes, se partagent après de longs détours. À droite et à gauche sont de vastes rochers, dont deux menacent le ciel : à l’ombre de leurs sommets les flots dorment au loin, tranquilles et silencieux ; au-dessus s’élèvent en amphithéâtre des arbres où se joue la lumière, et la forêt abaisse sur les eaux la noire épaisseur de ses ombres. En face et sous des roches pendantes est un antre où coulent des eaux douces, où la nature a taillé des sièges dans la pierre vive : c’est la retraite des nymphes. Là point de câbles qui retiennent les vaisseaux fatigués ; point d’ancre à la dent mordante qui les enchaîne. (1, 170) Énée, avec sept navires qu’il a recueillis, restes de toute sa flotte, aborde dans cette anse ; les Troyens, dans leur impatiente ardeur de toucher la terre, s’élancent des vaisseaux, prennent possession de la rive tant désirée, et étendent sur la grève leurs membres, flétris par le sel piquant des mers. Aussitôt Achate fait jaillir l’étincelle des veines d’un caillou, la recueille dans des feuilles, amasse autour des matières arides, et saisit dans son foyer la flamme pétillante. Tous alors tirent des vaisseaux, ressource dernière dans leur détresse, le froment à demi-corrompu par l’onde amère et les instruments de Cérès ; le feu va rôtir et la pierre broyer ces grains sauvés du naufrage. «-
Ludovic Bourgeois
InvitéLe style c’est le fond
Et le fond c’est l’esprit de la foi native europeene de Virgile et Homere
J’ai bcp de mal à accepter
La destruction de la spiritualité native europeenne
« fait jaillir l’étincelle des veines d’un caillou, la recueille dans des feuilles, amasse autour des matières arides, et saisit dans son foyer la flamme pétillante »
On ne haït pas assez le christianisme-
Florent
InvitéHaïr le christianisme pour glorifier des mythes…. Voilà toute la “rationalité” de notre époque où l’on préfère identifier les bouc émissaires que de faire face à ses propres turpitudes
Je te recommande la lecture de naissance de l’odyssée de Giono il y déploie une généalogie du mythe à bonne distance du hero inoxydable et fictif qu’est Ulysse pour lui redonner chair d’homme.
Pour poursuivre y’a désintoxe, lire des historiens reste le plus sur remède, tu peux aussi lire du Rene Girard ça t’éclaireras sur la relation du christianisme avec les mythes archaïques-
Ludovic Bourgeois
InvitéJe te qualifierai
De cervelle crucifiée
-
-
François Bégaudeau
Maître des clésOn ne haït pas assez le christianisme, mais on haït énormément la conjugaison vu verbe haïr, qu’un héritier de notre sang antique comme toi devrait connaitre viscéralement
On n’aime pas la la littérature, on aime l’emphase. On. n’aime pas l’antiquité réelle, on aime le rêve infantile d’une origine héroique.-
Ludovic Bourgeois
InvitéNan mais ta bouche j’emphase rien du tout
J’vois les productions artistiques
Qui refletent la santé du truc de la civilisation
Et je vois bien la difference -
Malice
InvitéEt sinon que pense-t-on du texte de Virgile?
J’aime bien la phrase de l’étincelle qui jaillit ( les détails géographiques, matériels des premiers gestes koh lantiens)-
Claire N
InvitéRires – oui koh lantesque, !
Curieuse j’ai recherché d’autres passages
Survivalistes
« les vents ont sauté, ils nous prennent en grondant par le travers, ils accourent du couchant noir, l’air se condense en brouillard. Nous n’arrivons plus à lutter à l’encontre ni même garder une route. Puisque la fortune est plus forte, suivons la «
J’ai quand même trouvé celle ci
« un pur hasard leur apporta l’honneur qu’ils désiraient «
Mais plus largement je suis assez frappé par l’absence totale d’implicite, d’élipse tout est déroulé comme si on « lisait « l’audio description d’un film -
Claire N
InvitéÇa va paraître un peu bizarre mais j’ai une sensation de peinture ; comme si la profondeur n’avait pas été « inventé « dans cette façon d’écrire oú je sens le défaut d’une dimension physique
-
Malice
InvitéJe ne comprends pas ce que tu veux dire sur la dimension physique, tu trouves que le texte de Virgile ne touche pas les sens?
Je ressens le réel chez lui, par exemple dans les derniers mots de mon extrait :
« Tous alors tirent des vaisseaux, ressource dernière dans leur détresse, le froment à demi-corrompu par l’onde amère et les instruments de Cérès ; le feu va rôtir et la pierre broyer ces grains sauvés du naufrage. »
On parle des dieux mais on se soucie quand même du dîner -
Claire N
InvitéOui les dieux et le repas c’est mêlée
Mon idée est plus
– peinture avant l’invention de la perspective / peinture après
– c’est plus une impression de profondeur de champ en quelque sorte -
François Bégaudeau
Maître des clésje trouve en tout cas l’extrait de Virgile beaucoup plus dense stylistiquement que du Homère
envie de le lire, du coup
alors qu’a priori, Virgile, bon -
Malice
Invité@François l’oeuvre de Shakespeare que tu rapprochais de L’Odyssée-en-mieux, c’est la Tempête?
Pour rester dans l’ambiance colère des dieux, un petit extrait
MIRANDA.
— Si c’est vous, mon père bien-aimé, qui par votre art — faites rugir ainsi les eaux furieuses, apaisez-les. — Il semble que le ciel verserait de la poix embrasée, — si la mer, montant à la joue du firmament, — n’en balayait la flamme. Oh ! que j’ai souffert — avec ceux que j’ai vus souffrir ! Un brave vaisseau, — qui sans doute portait de nobles créatures, — brisé en mille pièces ! Oh ! leur cri heurtait — jusqu’à mon cœur. Pauvres êtres ! ils ont péri. — Si j’avais été un dieu puissant, j’aurais — enfoui l’Océan sous terre avant — qu’il eût ainsi englouti ce bon navire et — son chargement d’âmes.PROSPERO.
Calmez-vous. — Plus d’alarmes ! Dites à votre cœur compatissant — qu’il n’est arrivé aucun malheur.MIRANDA.
Oh ! jour déplorable !PROSPERO.
Aucun malheur. — Je n’ai rien fait que par amour pour toi, — pour toi, ma chérie, toi, ma fille, qui — ignores qui tu es, toi qui ne sais pas — d’où je suis et qui ne vois en moi — que Prospero, maître d’une misérable grotte, —
ton père, et rien de plus.MIRANDA.
En savoir davantage — n’est jamais entré dans ma pensée.PROSPERO.
Il est temps — que je t’en apprenne plus long. Prête-moi ta main, — et ôte-moi mon magique vêtement… C’est cela.
(Il met de côté son manteau que Miranda l’aide à ôter.)
— Repose là, mon art !… Essuie tes yeux ; console-toi. — Ce naufrage effrayant, dont le spectacle a ému — en toi la pure vertu de la pitié, — a été, grâce aux précautions de mon art, — si sûrement ordonné qu’aucune âme n’a péri. — Non, nul n’a perdu un cheveu, — de tous ces gens du navire que tu as entendus — crier, que tu as vus sombrer ! Assieds-toi, — car il faut que tu en saches plus long. -
Ludovic Bourgeois
InvitéDe memoire approx, Je cite Nietzsche
« Le monde classique
Etait -par profondeur- uniquement superficiel »
__
Pour ca que j’ai horreur des ‘specialistes’ des mythes dont parle florent,
Car ils cherchent tjrs un troisieme, quatrieme degré.
Alors que c’est des trucs enfantins
Pour aimer accepter embellir la vie
Comme un enfant aime la vie -
Jeremy
InvitéLudovic je suis d accord
-
Claire N
InvitéJe ne connais pas cette citation Ludovic
Cependant je n’en fait pas une critique morale
C’est plutôt une impression « esthétique « -
François Bégaudeau
Maître des clésoh mais je ne confonds en aucun cas l’infantilité qui est la tienne, et le génie de l’enfance
-
François Bégaudeau
Maître des clésgénie de l’enfance que nul mieux que le Christ a su dire
soit dit en passant au petit garçon qui « haït le christianisme » -
Ludovic Bourgeois
InvitéCa nous regarde pas jesus
Son message ne nous concerne pas
_
C’est un revolutionnaire juif qui se veut roi des juifs
Comme y’a eu des judas maccabé et autres
_
C’est saül de tarse et toutes les ecoles de rabbinat de gamaliel et autres qui l’ont universaliser pour detruire Rome l’Europe en la devitalisant-déracialisant
Le complot judeo-chretien pour detruire l’europe
Ceci ne nous regarde pas -
Samuel_Belkekett
InvitéLudo,
Pas inintéressant ce que tu dis du Christ,
« C’est un revolutionnaire juif qui se veut roi des juifs
Comme y’a eu des judas maccabé et autres »
Pourquoi Judas ? Je le remplacerais volontiers par Bar Kokhba, et d’autres comme tu dis.
Je trouve intéressant parce que ça me rappelle la très lourde et violente charge des catholiques contre les juifs. A savoir que les catholiques affirment que le mot juif n’est apparu qu’au retour des hébreux de Babylone après que les Perses les délivrent de l’esclavage, donc en –538 environ.
Et que par conséquent, tout ce qu’il se passe avant, dans la torah et par extension l’ancien testament est une falsification due entre autre (sans entrer dans le détail) à l’accaparement par toute une tradition orale de faits religieux qui devraient revenir au chrétien. Falsification renforcée grâce au Talmud, rédigé bien plus tard au 5ème siècle.
Aussi, ce que je trouve personnellement très drôle, voire hilarant, c’est qu’on peut dire quasi la même chose du christianisme, à partir du Christ. À savoir que le mot « chrétien » n’apparaît nullement durant l’expérience du christ. C’est seulement à Simon le pêcheur (de poisson), devenu Pierre (Simon est nettement plus mignon, si ce n’est beau que Pierre franchement), qu’il a demandé de bâtir une église en des termes qui laissent penser qu’il pourrait très bien s’agir d’une énième parabole christique demandant de concevoir un événement intérieur dont l’église ne serait qu’une illustration métaphorique. Jésus n’était là que pour apporter le glaive, à savoir une réforme révolutionnaire du judaïsme engagée contre les pharisiens, et un Amour, affect crucial qui était censé contrebalancer un enseignement trop chargé en savoirs métaphysiques.
Le christianisme est une récupération du fan-club du Christ qui l’idolatrait. Le fait que Jesus considérait la circoncision par exemple, comme inutile, faisait partie de cette lutte contre un enseignement devenant dogme et dogmatique. Pensant adjoindre de l’affect à un enseignement ritualisé et très cérébral, il n’a jamais eu l’intention de le destituer.
Moi qui personnellement n’ai aucune sympathie pour ce personnage dont il m’est très difficile de comprendre l’enthousiasme que l’on peut avoir pour ce simple d’esprit, je le reconnais tout de même, comme dit Ludo, roi des juifs. Mais tout autant si ce n’est plus, roi des cons… Comme tous rois d’ailleurs.
Ainsi parlait Belkekett… -
Florent
InvitéPeu importe ma cervelle Ludovic, je ne pourrais jamais être curieux à ta place. Juste un mot concernant Giono, qui était lui aussi lorsqu’il a écrit « Naissance de l’odyssée » de retour de la guerre. il n’est pas un « spécialiste » du mythe il prend l’odyssée pour ce qu’elle est, une histoire qui a traversé le temps. Il propose, c’est sa liberté d’écrivain, une fiction qui raconte comment cette histoire serait née : Ulysse n’est pas rentré à Ithaque 10 ans après la fin de la guerre parce qu’il était pourchassé par les dieux mais parce qu’il profite de la vie et des femmes sur quelques iles de méditerranée, loin de ses charges de roi, de mari et de père.. Jusqu’à ce qu’il croise un autre vétéran, Ménélas, qui lui donne des nouvelles d’Ithaque où Pénélope se serait entiché d’un jeune homme. Piqué quelque part dans son ego Ulysse entreprend alors de rentré chez lui et découvre au gré de son périple vers Ithaque qu’on le croit mort et qu’on se moque de lui et des infidélités de Pénélope. Il entreprend alors, sans se révéler, de se réhabiliter lui même à travers le récit fictionnel de son impossible retour et de ses exploits pour s’extirper de ce voyage transformé en exil forcé par le destin et les dieux, … les conteurs d’histoires que croise Ulysse s’emparent de ce récit parce qu’il intéresse plus les voyageurs que de banal ragots. Ils l’enrichissent et le propagent de sorte qu’il précède Ulysse lors de son retour à Ithaque où Pénélope et son amant craignent qu’Ulysse, de retour, se révèle. De même que lui, face à la jeunesse et à la vigueur de l’amant, craint de se révéler. Finalement le duel entre Ulysse et l’amant n’est plus ni homérique ni sanglant il est vaudevilesque, et l’amant périt accidentellement. Mais déjà partout .dans les rues d’Ithaque on célèbre; autant qu’on craint, l’implacable héro Ulysse de retour….La fiction a triomphé du réel.
Ainsi vois tu, si le récit de Giono désacralise le mythe, il reste une ode à la fiction créative et peut être aussi à notre âme d’enfant. Je l’ai lu après avoir raconter le soir pendant plusieurs semaine une version pour enfant de l’Odyssée à mon fils, j’ai trouvé beaucoup de plaisir dans ces 2 expériences mais aucune raison de justifier un quelconque monopole des récits antiques sur la « spiritualité native européenne ». tu ne trouveras pas plus quoi que ce soit d’européen dans la citation de Virgile, le geste comme le dit Malice est « Koh Lantien », sa généalogie géographique serait plutôt africaine quant à la poésie de la magie du feu elle n’a certainement pas attendue la naissance de l’écriture. -
Ludovic Bourgeois
InvitéC’est juste que t’es coupé
De la religion ethnique europeenne
Si tu ne l’etais pas tu comprendrais en quoi
Toute l’idiosyncrasie
De ses oeuvres
Est paienne -
Florent
InvitéHeureusement que j’étais assis parce qu’apprendre que les œuvres de Virgile et Homere étaient païenne m’a fait un choc…
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Ludovic Bourgeois
Invité1) ils poetisent la nature
2) importance de la lignée, de la genealogie. Des pages entieres d’Homere et des autres auteurs pien « fils de machin, soeur d’untel, pere de truc »
3) importance du territoire d’origine, du bled des gars
Les personnes qui ont une vision polythé particulariste du monde sont dans le
Sang et le sol, blut und boden
Et ils chantent des fleurs de montagnes
Et ils l’appelent : Erika -
Malice
InvitéJ’aime bien
« Ils accourent du couchant noir »
« puisque la fortune est plus forte suivons-la » -
bibinard
Invité
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Gérard Manfroy
InvitéPeut-être que le remake à Dublin est meilleur.
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Claire N
InvitéJ’ai pas compris
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Gérard Manfroy
InvitéAllusion à un fameux bouquin que j’ai fait semblant d’avoir lu 🙂
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Quentin
InvitéJames Joyce ?
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Samuel_Belkekett
InvitéJe ne sais plus dans quel topic j’ai dit qu’un livre, un roman plus précisément, d’Adèle Haenel sort et s’intitule « Viser Juste », ce topic ci est plus approprié.
Je pense qu’il s’agit d’un clin d’œil à « Jouer juste ».
Question : François, as-tu manœuvré juste avec Adèle Haenel ? -
Dr Xavier
InvitéPas vu l’Odysée et aucune envie, ce que j’en ai lu et ecouté me suffit.
Mais sur la déception sur les scènes d’action, vous n’aviez pas senti ça déjà dans Tenet ? Enlevez les grosses basses synthétiques de la BO (BO qui en passant est plutôt une réussite) et c’est pauvre, la scène d’ouverture est faible, le « casse » avec les poids lourds me paraît pachydermique, et la bataille finale on comprend rien. Y a que le gros Boeing lancé à pleine vitesse qui m’a plu, et aussi la scène du cata hydrofoil (complètement absurde dans la narration), même plaisir que quand je regarde une vidéo de SailGP.
En fait quand je pense à ce film je ne retiens que la BO. Je vais aller écouter celle de l’Odysée.-
Samuel_Belkekett
InvitéQu’est-ce qui a bien pu te pousser à aller voir ce film ?
Il n’y avait rien d’autre à voir ? Rentabiliser ta carte ?
Toute façon tu l’avais jugé et condamné avant même de l’avoir vu ce film.
Donc c’est quoi l’intérêt ? De vérifier que tu avais vu juste ?
Fais-tu pareil avec tous les navets qui sortent ?
Ou bien est-ce pour mieux apprécier le prochain Chapichapong ?-
Samuel_Belkekett
InvitéCe n’est pas au Dr Xavier que je parlais
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Quentin
InvitéFOMO : Fear of Missing Out. Les films de Nolan sont des évènements – quoiqu’on pense de l’auteur. C’est comme ne pas fêter Noël – même mes potes musulmans font un truc en famille ou avec des amis, quoiqu’ils en pensent
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I.G.Y
InvitéDr Xavier : je serais moins sévère avec la scène d’ouverture de Tenet (mais je te rejoins sur le film pris dans son ensemble, qui se pète complètement la figure au fur et à mesure). J’ai re-regardé ladite scène à l’instant et rien ne me paraît arriver à sa cheville dans l’Odyssée.
C’est vrai que je n’ai pas parlé de la BO plus haut, elle ne m’a pas marqué, mais en tout cas : beaucoup de basses aussi je te le confirme (notamment dans les tempêtes; on sent assez bien la flotte). La chose marquante que j’ai oubliée là dessus : il y a de la musique presque tout le temps, c’est fou.
-
Dr Xavier
Invité« je serais moins sévère » ==> à quoi on reconnaît là ta bonté, ton cœur est généreux avec Nolan comme avec les Nazis.
-
I.G.Y
InvitéEt comme avec toi (quel beau trio!)
.
Il faudrait que je le revoie en entier mais là, « comme ça », je mettrais Tenet avant dernier dans la liste des Nolan (devant l’Odyssée). Mais je n’ai pas vu Dunkerque et Insomnia (pas trop de souvenir de Dark Knight Rises mais peut être pour de bonnes raisons?).-
sylvain
InvitéJe me permets : Nolan aura fait au moins un grand film. Il s’appelle « Le Prestige » (qu’il emballe entre deux Batman et dont je pourrais parler des heures). 80% du reste est sur-évalué, voir nanardesque.
Pour le reste, si classement il doit y avoir, voici le mien du pire au meilleur :
– Inception (et oui… quel gâchis)
– Tenet
– Interstellar (j’y sauve UN plan et UNE séquence)
– Oppenheimer (lourd, lourd, lourd X3)
– L’odyssée (juste lourd, lourd X2)
– The dark knight rises (son grand film réac)
– Dunkirk
– Following (fait parti de la liste des premiers films « pourquoi pas, voyons voir la suite » – on a vu depuis)
– Batman Begins (peut-être placé trop haut)
– The Dark knight (tout le monde sait que c’est bien. A la revoyure : quand le joker n’est pas présent, le film baisse gravement)
– Memento (le moins Nolan des Nolan classé si haut en dit beaucoup sur ce que je pense de Nolan)
– Et donc un vrai grand film pour finir, bien au dessus du reste pour ma part : Le Prestige.
J’ajoute une vidéo de Laetitia Masson faite pour le fameux « Blow Up » autour de Christopher. Elle ne s’intéresse qu’aux « gros » films de Nolan. En général ceux que je trouve les moins intéressants. Mais elle en parle avec passion. On lui accordera cela.
–
-
sylvain
InvitéPardon, ma seconde place, et le « moins Nolan des Nolan » c’est Insomnia.
Memento, c’est bien plus bas dans ce classement.-
I.G.Y
InvitéAh ça change tout, voilà qui va m’inciter à le rattraper. Je trouve aussi The Following plutôt bien. Son meilleur est pour moi Dark Knight (il faudrait que je revoie le Prestige, j’ai souvenir d’un film trop « twist » mais 10 ans que je ne l’ai pas vu). Revoyant ses gros films en salle l’an dernier, je me suis dit plusieurs fois : Nolan peut avoir beaucoup de talent pour les « débuts » de film (ça va plus loin que « séquence d’ouverture » : j’ai pensé ça d’Inception et Interstellar par exemple; qui ensuite se pètent plus ou moins rapidement la gueule). Tout en restant blockbuster.
-
Dr Xavier
InvitéCet exercice du top est vain et ridicule. C’est pour ça que je m’empresse de mettre le mien :
1. The Dark Knight
2. Mémento
3. Interstellar
4. Le Prestige
5. Inception, Dunkirk, The Dark knight Rises
6. TenetEn vidéo je conseille la vidéo bien drôle de Honest Trailer, « Every Christopher Nolan movie »
Maintenant à cause de vous cette page littérature est toute souillée d’avis sur Nolan. Vous devriez avoir honte. Manquerait plus qu’un top des Michael Mann.
-
Samuel_Belkekett
InvitéMon classement des 7ème compagnie.
1. La 7ème compagnie au clair de lune
2. Mais où est donc passée la 7ème compagnie
3. On a retrouvé la 7ème compagnie
.
Le numéro 1 est sans appel, c’est sans aucun doute le meilleur.
Pour les 2 autres j’avoue que le classement m’a coûté.
J’ai longuement réfléchi avant de me décider et il a été presque douloureux de me déterminer. Dans un autre sens on peut dire qu’il est logique de préférer celui dont l’absence total de scénario et la puissance d’une poésie formelle inoubliable l’emporte sur le beaucoup plus proustien, on a retrouvé… Plus bavard et plus littéraire. -
I.G.Y
InvitéJe décline toute responsabilité dans ce passage d’Homère à Nolan, et rejette la faute sur Agamemnon ou sur LFI.
(Ce truc des « I remember my wife » dans le Honest Trailer, wow)
-
graindorge
Invitémerci de citer LFI
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François Bégaudeau
Maître des cléset une semaine après LFI ne s’est toujours pas excusée pour la coulée de boue au Nepal
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graindorge
InvitéExcuses nº 3545. Dans la liste d’attente. Très cher camarade, veuillez patienter
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MA
InvitéQuelqu’un a-t-il essayé La petite bonne?
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Alain m
InvitéAu XXIe siècle la question m’embarrasse un peu.
-
Alexandre
Invité« Au XXIe siècle la question m’embarrasse un peu. »
Et on s’en sort bien : il aurait pu écrire « Quelqu’un a-t-il essayé l’accorte soubrette? »-
Alain m
InvitéIl est désolé pour la gêne occasionnée. Il prend acte de sa disqualification.
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MA
InvitéL’avez-vous lu?
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Samuel_Belkekett
Invité« Quelqu’un a-t-il essayé La petite bonne? »
Essayer la petite bonne? Que veux-tu dire par là ?-
MA
InvitéLa petite bonne, prix des libraires 2025.
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Graindorge
InvitéDécidément …
La petite bonne
La femme de ménage
Chanson douce
Journal d’une femme de chambre
La petite couturière ( jamais grande. On dit Grand couturier et petites couturière ou mieux » les petites mains » Rires)
Etc
Le prolétariat inspire et nourrit bien son homme. Et femme… ? On dirait bien que oui -
stephanie
Invitéhttps://fb.watch/JqPWVUXNDS/
Joy Sorman La vie brute-
graindorge
InvitéMerci XXL chère Stéphanie
» Elle ne me demande pas si c’est beau mais si c’est juste
R.A.S : j’étais un saule pleureur dans une vie antérieure-
stephanie
InvitéGraindorge, je fais du M
« Elle ne me demande pas si c’est beau mais si c’est juste » en même temps, ce besoin de justesse me fait penser à bonne élève , bonne ouvrière ( elle a travaillé en Esat).
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graindorge
Invité» l’exactitude est le plus important, bien faire son travail prime sur tout le reste. » Le faire compte plus que l’œuvre.
Une fois le tableau terminé, Irène s’en désintéresse déjà. »-
Graindorge
InvitéElle emballait des pastilles de Javel à la chaîne et puis elle s’est mis à la peinture ou on le lui a proposé?
Vu ses œuvres et ça m’a mis les larmes-
cat
Invité« … le travail devient insupportable, les automutilations fréquentes, il va falloir sortir Irène de là, l’exfiltrer ; elle lâche l’atelier d’emballage de pastilles de javel en 2006, se retrouve au chômage et, après être passée par le centre de jour, intègre la S en novembre 2007, à cinquante ans, Anne-Françoise ayant repéré ses appétences artistiques, flairé un talent, et ce que la création pourrait lui apporter de réconfort. »
-
François Bégaudeau
Maître des clésmerci cat pour cette réponse textuelle à la question
-
graindorge
Invitémerci cat. Je n’aime pas du tout ses tableaux. Je me suis dit quel dommage et ça m’a mis les larmes
Contente pour elle qu’elle ait pu quitter ce travail d’emballage de pastilles de javel-
François Bégaudeau
Maître des cléseh bien moi j’aime beaucoup ses tableaux, et beaucoup cette femme, et toujours davantage cette autrice admirable
-
graindorge
Invitéla femme oh que oui, l’auteure, bien envie de lire ce livre. Je n’aurai pas partagé sinon.
mais les tableaux définitivement non
Et tu me feras pas les aimer ni me convaincre que je suis une imbécile de ne pas les aimer. Et je respecte que tu les aimes bien sûr-
François Bégaudeau
Maître des clés« Et tu me feras pas les aimer ni me convaincre que je suis une imbécile de ne pas les aimer. »
Ca tombe bien, je n’en avais aucune intention.
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stephanie
Invitéet ce titre polysémique, grandiose.
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Claire N
InvitéOui- je suis dedans ma gueule barbouillé comme un deux ans lâchée dans un bosquet de groseille
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graindorge
Invité« ma gueule barbouillé comme un deux ans lâchée dans un bosquet de groseille »
pas compris mais déclenche un grand sous rire-
Claire N
InvitéHum je peux traduire mais c’est moche
– a chaque page j’ai une surprise de lecture
Comme une groseille
– à deux ans quand on mange des groseilles ça dessine comme un sourire en maquillage autour de la bouche puisqu’on se tache : joie
– j’aime pas groseillier donc j’ai été direct à groseille-
Ludovic Bourgeois
InvitéCa semble concret
Visuel
Palpable
En tout cas
-
-
graindorge
Invitéc’est une jolie trouvaille ma Claire « « ma gueule barbouillé comme un deux ans lâchée dans un bosquet de groseille »
Moi c’est les myrtilles. À mon dernier repas, un kilo de myrtilles. Alors, je partirai sans peur et sans regret-
Claire N
InvitéMerci, me reste quand même obscur ce qu’il y avait à comprendre
-
Claire N
InvitéSi j’ai un peu le temps ce soir ou demain
J’essaierai pour accompagner cette lecture
Sans trop encore la dévoiler
Faire une petite digression sur la « querelle «
Entre Dubuffet et Tosquelles sur le lieu de la rencontre avec l’art brut
Que j’ai trouvé intéressante à mettre en perspective-
Claire N
InvitéDonc pour accompagner, et parce que cel on moi le livre dépasse ce questionnement par la forme de la force qu’il donne à l’observation du geste d’Irene
Un petit extrait de Éric Fassin « art brut et appropriation culturelle «
« encore aujourd’hui on célèbre l’art brut comme une pratique autodidacte apparue dans des contextes d’enfermement (…) on en parle toujours comme un art éloigné de tout public, hors de la culture, voire contre la culture. C’est l’art des autres. Et parmis les fous, des pauvres plutôt que des riches, des femmes plutôt que des hommes. En même temps, l’art du XX e siècle s’est employé à montrer que rien ni personne n’est extérieur à la culture. D’où le paradoxe (…) de J Dubuffet. (..) decontextualiser l’objet en l’arrachant à l’hôpital pour le découper dans l’ensemble des pratiques thérapeutiques : c’est bien à cela que résistait Tosquelles.(…) on peut parler d’appropriation culturelle dès lors que constituer ces objets en œuvre d’art vouées à être collectionnées efface les contextes de domination dans lesquelles elles ont été produites. Il ne s’agit pas d’un vol: ces objets participaient deja à une économie informelle du troc. Mais Dubuffet les faits entrer dans l’économie de la collection. «
La « s « dans se livre est une hétéro topic construite différemment que saint Alban- plus ouverte, moins thérapeutique
Les rapports au travail et donc à la domination y sont visibles par Irene
La maison et la s annoncent leur différence-
François Bégaudeau
Maître des clésOui il y a une équivoque matricielle de l’art brut : dans le même temps que Dubiffet salue et cherche partout des artistes qui ne veulent pas faire art, ne pensent pas etre artistes, ne posent pas à l’artiste, n’ont aucune ambition social d’artiste, il les promeut artiste
Mais comment se sortir de ce merdier, je vous prie? Et ce terme d’appropriation commence à sérieusement me taper sur les nerfs. Pour bien des raisons.-
François Bégaudeau
Maître des clésDubu
-
Claire N
Invité« Mais comment se sortir de ce merdier, je vous prie? »
Oui , et ce livre montre un horizon possible, qui existe – les artistes de la s ne sont pas « fragiles « de ce qu’ils sont mais forts de ce qu’ils font -
Claire N
InvitéJe pense que « le faire « est plus « perché « face à l’appropriation que l’objet
Ou tout du moins, renvoie a une communauté beaucoup plus grande proche de celle de la lutte des classes ? -
Claire N
InvitéEn tout cas – puisque je peux changer d’avis à tout moment ete y donne que ce livre me donne du grain – des fondements de l’institution psychiatrique ( déjà bien entamée à saint Alban)
Tombent encore plus dans la s, et il me semble que c’est plus a ce niveau que la modification de questions antérieures s’applique à détruire toute accroche de questions « paternaliste « -
Claire N
InvitéEn plus clair
Quand je lis que Oury craignait une désagrégation et des répercussions de Forestiers par l’ » exploitation « et insistait sur sa « tendance exhibitionniste « forte
On voit bien que ces « menaces « ne touchent pas Irene, que ces précautions sont peut être pour autre chose, pour Oury peut etre -
François Bégaudeau
Maître des clésOui cette question ne peut etre tranchée que ponctuellement, dans une situation esthético-sociale donnée. Dans la situaiton d’Irene, on observe :
-qu’etre exposée et considérée comme artiste ne change absolument rien à sa façon de faire. Elle ne se prend toujours pas our une artiste, fait son truc, et le fait comme avant au même titre que d’autres actes de son quotidien
-la S lui permet un lieu de travail, mais n’aiguille aucunement ledit travail.
-si la S n’avait pas permis à Irene cette condition de travail, Joy ne l’aurait pas connue, ne l’aurait pas admirée, et le livre n’aurait pas eu lieu, et je n’aurais jamais connu l’oeuvre d’Irene. Donc merci l’appropriation.
Ce qu’on appelle appropriation est ici, bêtement, de la diffusion. Ils étaient 5 à jouir des oeuvres d’irene, maintenant nous sommes 50000. -
François Bégaudeau
Maître des clés« On voit bien que ces « menaces « ne touchent pas Irene, que ces précautions sont peut être pour autre chose, pour Oury peut etre »
Très bien dit – et dieu sait si on aime ce monsieur.
On se rejoint.
Excès de précaution. Fétichisme égalitaire?
C’est un peu (lointainement) la scène que décrit Ajari et dont il se moque : un blanc de gauche parmi d’autres blancs de gauche reproche à un autre blanc de gauche d’avoir eu un propos raciste ; et ceci sans qu’à aucun moment un racisé n’ait été concerné-touché-témoin de cet acte, et à fortiori ne s’en soit plaint. -
Claire N
InvitéOui – je rescent la même proximité d’affects
C’est tout à fait perçant -
Claire N
InvitéEt je me dis que la « prévenance «
Ne sied pas a l’émancipation
Elle n’a vraisemblablement pas besoin qu’on balaye le terrain en amont pour que son pas soit sûre
L’accompagnement très concret tissé dans le texte de joy m’est apparu encore plus solide et confiant -
Godot le bègue
Invité… et bientôt des millions, puisque « La vie brute » de Joy Sorman est dans la liste des essais pour le Renaudot 2026. Tous nos encouragements l’accompagne, mesdames et messieurs faites vos jeux !
.
https://www.telerama.fr/livre/prix-litteraires-2026-les-premieres-selections-des-prix-goncourt-femina-decembre-et-renaudot-3005-7032708.php -
Graindorge
InvitéMoi j’ai cherché à savoir combien gagnait Irène Gérard. C’est peut-être dans le livre que j’aimerais lire à Nice
Rien trouvé pour l’instant
Les tableaux pas signés : ok! Anonym’Art: super!
Mais ces tableaux sont achetés. Et on sait pas combien
Que dans le monde de l’art des gens exploitent la misère pécuniaire des artistes ou mieux: misère + handicap pour se faire sur leur dos des couilles en or.
Rien n’a changé sous le soleil depuis des siècles
« nous sommes tous des êtres kaléidoscopiques » écrit par un exploiteur. trice de ce monde de l’art brut. Ben voyons. Rires
Ça serait bien qu’une partie de cet argent revienne
dans les poches de la créatrice et pas que pour s’acheter des clopes ou un t-shirt B. Bunny
Oui, oui je les entends et les vois me prendre de haut: les frais, l’organisation, la logistique ok.ok.ok!
R.A.S -
Graindorge
InvitéOu tout du moins, renvoie a une communauté beaucoup plus grande proche de celle de la lutte des classes ? »
Ces artistes exploités actuellement ne se
défendent pas. Madame Gérard emballait à la chaîne des pastilles de javel. Elle fait à la chaîne des tableaux
» dont elles se désintéressent aussitôt »
Elle a changé d’atelier et elle n’ est pas davantage propriétaire des tableaux que de l’emballage des pastilles. Elle a le gîte et le couvert + un salaire dont j’ignore pour l’instant le montant.
Quelle lutte est possible? Et comment, nous, de gauche radicale, pouvons-nous nous solidariser avec ces travailleurs d’ateliers bien spécifiques ? -
Godot le bègue
InvitéJe pense que tu n’as pas consulté le site adhoc où tout est expliqué.
La « S » Grand Atelier
Toutes les réponses à tes interrogations s’y trouvent aka qui sommes-nous ? nos missions, moments clés, le lieu, les artistes etc… -
Graindorge
InvitéMerci Godot
Non ça ne répond pas mais il y a un numéro de téléphone -
Graindorge
InvitéTrouvé ça
Esat : les travailleur·ses handicapé·es exploité·es – POLITIS https://share.google/tw10OYWs9jieKMjwJ
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vanille-fraise
InvitéGraindorge, dans le livre une page mentionne le prix moyen d’une œuvre d’Irène G, 1500 euros.
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Graindorge
InvitéOui vanille-fraise, trouvé aussi à l’instant en écoutant Madame Joy Sorman : 1500,00€. La feuille. Le dessin
Le travail reste à la chaîne. Un dessin fini, Madame Gérard commençait le suivant
je vais lire ce livre -
Godot le bègue
InvitéTiens nous informés si tu téléphones, néanmoins je te trouve trop précautionneuse, peut être à raison, je ne sais pas…
Téléchargements
C’est sûr que la question financière est peu/pas abordée. -
Godot le bègue
InvitéL’affiche de la Halle St Pierre où l’un de ses portraits figure est superbe.

Le Centre Pompidou possède des œuvres d’elle, sont travail a à voir/ a un faux air avec Francis Bacon. -
Graindorge
InvitéC’est vrai: un faux air
Et pour le potin
Un triptyque de Bacon s’est vendu
à 142, 4 millions de dollars
L’Art avec un grand tas -
Graindorge
InvitéPrécautionneuse?
Non. Enquêteuse oui
La question financière
Les questions financières
N’étant pas signé combien de ces 1500€ pour elle?
Imaginons qu’elle tarde 30 minutes à faire un dessin
3000€ de l’heure Imaginons qu’elle travaille 8h/j
24000€ par jour × 5 = 120000€/ semaine
Imaginons 4 semaines = 480000€/ mois
Qu’on pourrait multiplier par le nombre de travailleurs/artistes
Combien va dans le compte en banque du travailleur? Ou de la travailleuse? -
Claire N
InvitéJe vais être volontairement provocatrice
Puisque je saisis bien évidemment l’angle libéral de ma remarque ; mais la revendication « combien pour elle « renvoie à un indice quantitatif de proportion
– dans l’atelier à javel, le prix des pastilles et vraisemblablement moindre, et s’il il faut
La « proportion « est plus juste que dans l’atelier d’art
– je pense pourtant que les conditions de travail lui sont plus agréables
On ne peut donc pas considérer uniquement cet angle pour caractériser l’exploitation -
vanille-fraise
InvitéJe ne comprends pas bien ce que vous voulez dire.
.
Il y a d’un côté le travail salarié (subordonné) et de l’autre le travail (activité libre) pour soi, qui pourra (voudra ?) exister ou non sur le marché de l’art (institutionnalisation, collections, marchandisation). -
François Bégaudeau
Maître des clésGraindorge nous fait régulièrement le coup. Elle nous l’avait fait pour Dans la ville, beau livre sur les maraudes en soutien des SDF. Sans lire le livre elle l’avait condamné, car assurément le livre exploitait la misère – comme les Misérables de Hugo, on suppose ; comme Germinal exploite les mineurs : comme Au début exploite les femmes enceintes.
Ici elle repart dans cette stupide croisade, sans lire du tout le livre, et sans se renseigner véritablement sur ce qui a été proposé à Irène – qui était au bord du gouffre quand la S l’a accueillie-, sur l’équilibre qu’elle a trouvé, sur son bonheur de vivre ainsi sans en demander plus, sur son amour pour son compagnon Christophe. -
MA
InvitéLe livre est très beau, j’en suis à une bonne moitié et je me délecte. Le rapport à la vie et à l’écriture est vraiment bien vu par Joy Sorman, qui ne s’épargne pas.
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Claire N
InvitéJ’ai été troublée par la ressemblance fortuite entre Irene et Felicité
– le neuveux auquel on s’attache
– les perruches, ces petits perroquets
Comme la littérature s’invite dans cette histoire
Quelle est donc cette drôle de chose
« objets inanimés avez vous donc une âme « ? -
Graindorge
InvitéEst- ce que je critique négativement ce livre La vie brute? M’as tu bien lu?
Je suis une PARMI D’AUTRES à avoir dit qu’ ayant lu une trentaine de pages d’extraits, que j’ai pris la peine de partager ici, il fait partie des livres que je vais/ veux lire lorsque je serais à Nice, avec La banalité du bien.
Ton erreur d’ nterprétation me surprend
Je pose des questions. Libre à toi de dire ce que bon te semble et de tenter de me démolir publiquement pour je ne sais quelle. raison.s
Je participe à ce forum comme je suis.
Il est inutile de chercher à me démolir.
Démolir est trop fort? Allez disons diminuer suffisamment pour ridiculiser et mettre hors de nuire . Technique tiré du Manuel de défense ?
La parole est à la défense
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Carpentier
Invitépour les moins abruptes amateurs de l’écriture-image:
…. Barbouillée joyeuse* (ou gourmande) dans un bosquet de groseilles: j’ai 2 ans / ….
* préférence avec joyeuseAprès, on peut pas prendre toute le monde par la main non plus (cf. misère)
puisqu’on en a 2 ; )Ma lecture plutôt calme du Beaune va finir par me complexer
ou plutôt m’amener à la limite du nostalgique (beurk) tant elle pourrait sembler appliquer:
1 groseille à la fois, je l’ausculte, la roule pouce/index puis en bouche et croc, elle éclate entre 2 dents.
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Graindorge
InvitéTrouvé extrait : une vingtaine de pages
La vie brute | Lector Web https://share.google/Hbb3H3eEsPkOewvym -
Quentin
InvitéJ’ai terminé Bungalow qui est un banger, vraiment
Je commence Penser à Droite de Emmanuel TERRAY, aux éditions Amsterdam. Quelqu’un ici l’a t’il déjà lu ou entendu parler ?-
François Bégaudeau
Maître des clésnon, pas lu
tu nous diras -
kenny
Invitéon sent une influence echenozienne (cf exergue de la 1ere partie) ou plus généralement nouveau roman
par exemple avec un « nous » récurrent, incluant narrateur et lecteur
là où ses précédents romans s’en tenaient plus strictement à une esthétique réaliste-
François Bégaudeau
Maître des clésil y avait déjà dans Walabi des éléments echenoziens, mais ou son style monte en gamme
je crois aussi reconnaitre parfois un autre auteur-
François Bégaudeau
Maître des clésoui son style
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kenny
Invité« je crois aussi reconnaitre parfois un autre auteur
la fausse modestie n’est décidément pas le genre de la maison
mais oui, c’est juste, j’y ai pensé-
François Bégaudeau
Maître des cléspourquoi « mais »?
La fausse modestie n’est pas le genre de la maison PARCE QUE dans la dite maison prime la justesse-
kenny
Invitéje me suis demandé la même chose après avoir cliqué sur envoyer
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François Bégaudeau
Maître des clésComment pourrais je ne pas noter les accents bibiesques chez Philias? (qui d’ailleurs ne s’en cache pas). Ils sont là, je les vois, je les note. Et c’est fort intéressant. Fort intéressant pour mon travail. Voilà ce qu’il se passe de moi à moi
Ensuite commence la vie sociale. Cet espace où la justesse, où le réel, n’est pas prioritaire, loin de là, supplantés qu’ils sont par des calculs dits sociaux et qui sont en fait des calculs de survie (l’entretien de notre capital social) Dans cet espace faux, la fausse modestie est de mise. Dire qu’on a trouvé des accents de soi dans un livre d’un auteur émergent, cela ne se fait pas. Vous passerez pour prétentieux. Vous perdrez des points sociaux. C’est pourquoi vous retenez ce que vous avez vu, qui vous a intéressé, et qui est vrai. Vous le garderez pour vous. Tant pis pour les autres.
(Je précise, Kenny, que je ne te soupçonne en rien de véhiculer cette morale sociale)-
belette hurlante
InvitéPour exemple j’ai été cueilli par p.121 :
« Derrière eux, témoin de ce premier baiser, une statue de la Vierge Marie nous tend ses paumes, miséricordieuse. »
Pensant instantanément à Vers la douceur (écrits respectivement à 37/8 et 33/4 ans)-
François Bégaudeau
Maître des clésJe crois plutot que c’est Dans La blessure a vraie non? (mais oui cette phrase m’a frappé)
Il m’a aussi piqué (mais en l’améliorant, lui disais-je) la narration par séries.-
belette hurlante
InvitéPeut-être oui.
Mais pensais au côté bouleversant de Flup
Avec Jonathan le goéland il t’as aussi un peu chourave ta mouette d’un enlèvement -
François Bégaudeau
Maître des clésquel pilleur
mais là encore il le traite à sa manière, plus animaliste, en épousant le point de vue du Goeland -
belette hurlante
Invitéfils prodigue
De « Tandis que Jonathan s’approche avec un tact de goéland, » à « , un dauphin. » P.210/11 : ces deux pages c’est la première fois de ma vie de lecteur, ce goéland est mon témoin, que je me suis dis bordel, même le boss aurait pas pu faire plus parfait. « Un anchois » quoi. « Une vie de poisson » putain. Et tel le Christ j’ai porté ma croix.
Sur les animaux voir aussi le chapitre 12 de 14 d’Echenoz.
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kenny
Invitéfort intéressant oui, d’autant que ces accents s’inscrivent dans un texte singulier
le découpage du texte en 62 jours par exemple, peu begaudien, lui permet de varier les régimes d’écriture
c’est inattendu et jouissif-
Tony
InvitéPetite question en passant, pourquoi le narrateur nous annonce ce qui va advenir du couple âgé formé par Sylvain et son épouse,que ce sera leur dernier passage au camping car lui va décéder l’hiver suivant et elle n’y reviendra plus et décédera 15 ans plus tard dans un Ephad, j’ai trouvé ça bizarre car si l’action se passe en 2024 on se projette jusqu’en 2039,je me suis demandé quelle était l’intention derrière.
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Quentin
InvitéUne forme d’attachement possible aux personnages, et évitera frustration de terminere bouquin (autant pour l auteur et aur le lecteur) sans connaître la fin des personnages. Et c’est marrant en plein milieu, ça bouleverse notre point de vue quand même
Mon interprétationAutre question : il a lu psychologies et te fait un premier clin d oeil quand il qualifié Praud d’anar ?
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François Bégaudeau
Maître des clésProcédé de La blessure la vraie aussi, désolé – mais en le radicalisant.
Ironisation de la position même du narrateur, qui joue les modestes mais à la fin peut s’accorder l’omniscience qu’il veut, et reste le maitre des horloges -
kenny
Invitéj’ai repéré quelques incohérences dans le texte qui ont dû échapper à l’éditeur
mais ici je crois qu’il a voulu exprimer l’ironie tragique de la vie: le décalage entre les petites preocupación quotidiennes du couple et ce qui les attend
à plusieurs moments le narrateur n’est pas contemporain de l’action -
Tony
InvitéOui sans doute,il y a aussi une sorte de tragique à l’oeuvre dans la romance entre Elliot et Sacha,de façon très fine on comprend que leur histoire n’a pas d’avenir,ils n’ont pas le même habitus,leurs goûts culturels ne peuvent pas s’accorder,la précarité de Sacha est passagère, celle d’Elliot est durable, l’asymétrie de leur relation est trop forte.
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kenny
Invité« ils n’ont pas le même habitus,leurs goûts culturels ne peuvent pas s’accorder »
je ne crois pas que ça explique mais c’est en effet très finement traité, pas de lourde demonstration sociologique
l’écriture dans la lettre qu’envoie la mère à l’oncle malade témoigne à la fois du milieu d’origine de Sacha et de son declassement
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Claire N
InvitéOui – ça m’a laissé songeuse un moment
Puis j’ai été contente que ce style passe par là
En toute amitié – en tout cas assez libre pour se planter dans un roman d’un autre auteur
Ça doit tenir aussi à quelques chose de l’ordre du « retrait « ; il laisse – ce style – la place à ce qui arrive – est pour le lecteur c’est comme un salut-
Claire N
InvitéEt j’ai ris en me disant que comme les chats – ce style choisi bien ses amis – et à plusieurs maisons
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netflou
InvitéBeaucoup aimé Bungalow.
Se focaliser sur un petit milieu et s’en tenir au passage de ces 62 jours comme moteur principal de la fiction, c’est simple, c’est fort.
Le travail prend quasiment tout, dans le peu qu’il laisse, on se projette vaguement, on réalise des bouts de désirs, on ne sait pas vraiment quoi faire de soi.
Très réussie, la saisie méticuleuse du flux médiatique ambiant dans lequel nous baignons ; à tout moment se juxtaposent au cours de nos vies les notifications permanentes, playlist machinalement lancée sur Spotify (Tourne à bas bruit une playlist qu’on qualifierait de chill (phrase géniale)), ou playlist de supermarchés, résultat sportif checké à la hâte sur une appli quelconque, série bingée, chaîne d’info continue qui déroule sur le mur d’un snack, et bien sûr, les points d’orgue, soirée d’élection, cérémonie d’ouverture des JO. Comme tout ça nous lie et nous isole, est central et insignifiant. Comme tout ça s’infiltre en nous à tout instant, au boulot et à côté, donne de la consistance aux maigres temps libres, devient baume émollient pour prolo groggy.
Ça donne un des meilleurs chapitres : la retransmission de la cérémonie d’ouverture des J.O., délice de simultanéité et de démultiplication des points de vue.
Un peu oulipien, l’exercice qui consiste à épuiser les points de vue sur Brétigny l’été : goéland, bébé dans la poussette, carte postale du petit-fils… Grande attention aussi à la vie des objets.
Et comme le dit Tony, Phillias a une grande finesse sociologique.
Finesse politique aussi.
On n’est pas dans la mythologie habituelle de la france périphérique ( ses usines fermées, ses petits Blancs, sa sortie de l’histoire), chez Nicolas Mathieu quoi.
Il n’y a pas ceux d’en haut et le peuple souffrant.
Des petits propriétaires ont monté des boîtes à la faveur d’un contexte économique favorable, ils mettent au travail les précaires qui les entourent. Ils ne se droitisent pas parce qu’une élite, aussi omnipotente que lointaine, les méprise, mais parce que c’est l’option la plus sûre pour conserver leur intérêt ( cette lutte les mets constamment de mauvaise humeur), parce que leur corps vieillissant n’a plus l’allant de vouloir autre chose que ce qui est déjà là, parce qu’ils s’unissent en écartant ce qui diverge. Des beaufs quoi.
C’est vrai que Bégaudeau rôde un peu partout, surtout dans l’humour — c’est un texte très drôle — mais la filiation est assumée.
« — L’amour de Bégaudeau. C’est très court et très beau.
Un auteur du coin en plus.
— Oh, je suis pas très romantique, moi. Et je l’aime pas trop, lui, on l’a vu à la télé, il se la pète. »
Le choix du vieil aoûtien se portera sur un Sylvain Tesson.
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