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Accueil Forums Forum général Avis littéraires 4

  • Ce sujet contient 1,313 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Charles, le il y a 1 mois.
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  • Auteur
    Messages
    • #110213 Répondre
      Cyril
      Invité

      Qu’est-ce qu’on pense de Simon Liberati ?

    • #110418 Répondre
      MA
      Invité

      Il existe une chronique Transfuge, Le nez dans le texte sur California Girls.
      Personnellement pas encore lu.

    • #110419 Répondre
      MA
      Invité

      J’ai été plutôt sensible à l’écriture du dernier Marie Nimier sur sa mère. Elle parle de son père comme grandécrivain. Est-ce-qu’il était et est considéré comme tel?

      • #110449 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        il est considéré comme tel par la droite littéraire, toujours fondue de ses « hussards »
        je ne l’ai jamais lu
        il faudrait
        quant à sa fille je l’ai un peu lue, et sans éblouissement notable

        • #110468 Répondre
          MA
          Invité

          Merci pour la clarification sur son père.
          Rien d’éblouissant ni d’exceptionnel juste un peu de délicatesse et de nuance dans son style, je trouve.

        • #113407 Répondre
          Line
          Invité

          Nimier est un petit bourgeois assez pénible à lire, sans grand intérêt, toutefois j’avais apprécié Le grand d’Espagne (hommage à Bernanos) et le Hussard Bleu.

    • #110450 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Libérati a cette langue précieuse qui peut charmer. Mais son dandysme est à la fois sa force et sa geôle

    • #110561 Répondre
      Greg
      Invité

      En parlant de « hussards », connais-tu un peu Jean-René Huguenin (mort à 26 ans dans un accident de voiture) et as-tu lu La Côte sauvage ? On m’en a dit beaucoup de bien

    • #110578 Répondre
      Kirilov
      Invité

      je lis en ce moment un livre de Patrice Jean, La Poursuite de l’Idéal : sorte de Houellebecq caricaturé qui bombarde les références aux « écrivains de droite » (Bernanos, Huysmans et toute la clique) – outre la lassitude de voir ces noms être récupérés ainsi, c’est aussi très peu laudateur pour P. Jean de se placer dans leur sillage tant son livre est ridicule à côté
      propre à la littérature contemporaine droitière que je déteste : toujours ce même côté essai avec des mots un peu littéraires réemployés de page en page (singe savant?), manichéisme caricatural (la gauchiste contre le groupuscule d’ed, etc..), refus de la modernité par principe, personnage du blanc blasé qui permet de caler quelques remarques racistes (non mais c’est mon personnage!) juste pour le plaisir d’en mettre (si encore ça se justifiait par l’écriture…ça irait), aucune invention, que de la faconde : j’en sors avec l’impression d’avoir lu un édito-fleuve du Figaro, quelques neurones en moins

      ça m’apprendra à donner leur chance à ces auteurs qui se disent marginalisés, les « derniers vrais littéraires » , bref je déconseille si vous tombez dessus – et suis curieux d’avoir des avis si des gens ici connaissent P. Jean

      • #110580 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        et toujours donc, si je te lis bien, cette systématique propension des écrivains de droite à idéologiser leur littérature
        on m’avait conseillé ce monsieur, je crois que je vais faire l’impasse

      • #110587 Répondre
        kenny
        Invité

        tu pourrais nous mettre quelques extraits pour illustrer tout ça ?

      • #110688 Répondre
        Henry
        Invité

        Il y avait la vidéo de ce clown dont j’ai parlé ici rapidement. Éditeur indépendant très à droite assez puéril qui aime bien s’approprier le « chic » de de se dire littéraire. J’ai pas lu Patrice Jean et cette vidéo a désamorcé toutes velléités en moi.

    • #110599 Répondre
      Tony
      Invité

      Raphaël Quenard,en tête des ventes et invité chez Mollat,on aura tout vu, j’arrive pas à savoir si il est crétin ou s’il joue au crétin,vu son pedigree je crois qu’il se prend pour un autre ou alors il est complètement camé,va savoir,

      • #110604 Répondre
        LeSamCestLeS
        Invité

        Excellent look d ado attardé, débit tout mou de mec qui s en fout de toi qui veut plaire à tout le monde (je ne vise personne en particulier). A moins qu il ne soit suisse? 😀

        Il a volé un paquet de livres. What else? Merci de ton com et de la vidéo, je vais lire sah.

        • #110605 Répondre
          LeSamCestLeS
          Invité

          C est marrant dailleurs le heros de son bouquin a lair sadien, normal pour un psychopathe, marrant rapport au vitalisme morbide de Sade, la loi de plus fort quoi.

      • #111227 Répondre
        Samuel de Nerra
        Invité

        Raphaël Quenard a réussi à me faire supporter Salami pendant 20 minutes, comme aurait mon frère, il est quelque chose. : https://youtu.be/Hxr6VtoGI6A?si=k4m6J-8Dx9DB5dar

        Et un bo bazar

        • #111228 Répondre
          Samuel de Nerra
          Invité

          Une vraie éloquence aussi.

      • #111232 Répondre
        Samuel de Nerra
        Invité

        Il joue au con, ou plutôt au dikkenek, mais me semble très intelligent !

        Chez Augustin

      • #116344 Répondre
        Etienne
        Invité

        Il est iserois ou savoyard ce qui explique la tonalité. Il m a attiré par son phrasé, du coup j ai maté ses films et acheté son bouquin. J aime bcp sa façon de parler et d écrire. Une vraie découverte. Son livre est néanmoins quelque peu brouillon, faire de superbes phrases ne faisant pas nécessairement un bon ouvrage.

        • #116366 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          pas nécessairement non

          • #116379 Répondre
            Etienne
            Invité

            Tu l as lu ? Si oui tu en penses quoi ?

            • #116381 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              J’ai dit récemment dans une video que son livre était nul. J’ai écrit récemment dans cet espace que c’est à peu près le genre de livre que j’aurais écrit si j’avais commencé à écrire à 16 ans
              J’avais d’ailleurs, à 16 ans, écrit une nouvelle qui ressemblait à ça. Je croyais aussi à l’époque que la faconde tenait lieu de style.
              Je précisais aussi dans la video, et ici, que j’aime beaucoup 45 minutes de I love Peru.

              • #116395 Répondre
                Luc
                Invité

                45 minutes sur combien au total?

                Bien aimé ta vidéo « mauvaise foi » mais les chats ça me fait un effet d authenticité un peu fake … après étant aussi centré sur la voix , j aime pas bcp

    • #110606 Répondre
      LeSamCestLeS
      Invité

      Il doit etre suisse, trop drole la façon dont il prend la main dans l ITV.

    • #110607 Répondre
      Alex
      Invité

      Qu’est-ce qu’on pense ici de Dany Laferrière ? Je suis en train de lire L’odeur du café, qui raconte son enfance à Haïti. Je ne suis pas sûr d’aimer la forme fragmentaire du livre, qui rend un peu codé ce qui est de l’ordre de la réminiscence. Mais sinon c’est pas mal. J’avais bien aimé son premier livre, aussi drôle que son titre : Comment faire l’amour à un nègre sans se fatiguer.

      • #110626 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je n’en ai lu que deux, et ça date, mais il était évident qu’il y avait là un écrivain

        • #110838 Répondre
          ,
          Invité

          Des deux, je serais curieuse de savoir lequel lui vaut l’évidence et lequel lui vaut de passer à l’imparfait

          • #110877 Répondre
            ,
            Invité

            oups, n’importe quoi, mal compris, j’avais zappé le « ça date »

      • #110839 Répondre
        ,
        Invité

        Récemment j’ai lu Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo et il y a aussi cette forme assez particulière, avec un pêle-mêle de récit (scènes dans un café), de transcriptions d’interventions à la radio, de notes arrachées à un carnet. Il y a une sorte de comique dans la structuration même du texte, avec des chapitres thématiques qui ressemblent aux points d’un guide de survie en terre étrangère. Vers le milieu du livre, on tombe sur un avant-propos, comme ça, l’air de rien. Difficile d’appeler ça roman, essai ne convient pas non plus. C’est une parole qui prend par moments des airs de sérieux mais qui se rattrape souvent en se désamorçant dans le rire.

        • #110840 Répondre
          ,
          Invité

          « Je remonte, en saumon épuisé, vers le jeune homme lisse de tout avenir que je fus un temps déjà et que tu es aujourd’hui. À l’endroit, c’est une histoire riche de pistes fraîches, de rencontres inédites, de douleurs neuves, mais à l’envers c’est le récit linéaire d’un homme qui marche sur une corde raide sans savoir ce qui l’attend au bout. Peut-on se perdre sur une ligne droite ? »

        • #110841 Répondre
          ,
          Invité

          « Le soleil en hiver est un luxe réservé aux cols blancs, aux retraités, aux rentiers, aux dames avec un sac Gucci, aux hommes avec une montre Omega, et aux anarchistes qui refusent de donner les meilleures années de leur vie à la machine à broyer les rêves – j’insisterai sur ce dernier point jusqu’à ce que quelqu’un l’entende, se lève de sa chaise, quitte le bureau sans passer par l’administration, file à l’aéroport et prenne un avion pour une île perdue. Je crois que la vie mérite ce geste simple qui consiste à enjamber la fenêtre pour tomber dans un autre monde. Tout homme y a droit au moins une fois dans sa vie, même si cette cavale ne dure qu’un mois. C’est suffisant pour retrouver sa dignité. Il y a un autre moyen moins dramatique : juste se glisser dans une baignoire avec un verre de vin et un livre d’un auteur qu’on aime, et y rester jusqu’à ce que la concierge vienne frapper à la porte pour savoir si vous n’avez rien. D’ordinaire, les concierges attendent deux jours avant de vous déranger. Se lever lentement, se couvrir avec une petite serviette qui ne cache pas, traverser le couloir pour aller ouvrir la porte, observer la réaction de la concierge qui regarde aux alentours jusqu’au moment où ne tenant plus, elle dévale l’escalier, le souffle haut. Fermer la porte, et écouter un moment les pas lourds de la concierge toute moite. Faire surgir le désir colore une journée grise et pluvieuse. »

    • #110757 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai enfin lu le Complot contre l’Amérique de Roth. J’avais vu l’adaptation en série mais elle était suffisamment médiocre pour ne m’en laisser que peu de souvenirs, j’ai donc découvert cette uchronie avec une relative fraicheur. J’ai été très agréablement surpris car j’ai trouvé le récit mené avec beaucoup de subtilité, notamment politique, alors que la Pastorale américaine m’avait consterné par sa peinture banalement réactionnaire des Etats-Unis des années 60. Roth aurait très bien pu raconter le soutien imaginaire de son pays à Hitler de façon abrupte et caricaturale en narrant un basculement brutal pro-nazi avec persécutions et pogroms sauf qu’il fait le choix au contraire de l’étirer, de le retarder. Il joue ce faisant avec nos attentes vis-à-vis des récits cauchemardesques, dystopies et uchronies, qui nous font frissonner de plaisir en nous montrant complaisamment des régimes totalitaires simplistes. Roth complexifie, préfère raconter des politiques publiques fourbes qui ne discriminent pas frontalement les Juifs mais les isolent, les rongent en tant que communauté, avec la collaboration de certaines hautes figures de celle-ci, sans nier l’antisémitisme diffus. Le récit gagne alors autant en complexité qu’en crédibilité. Il le mêle à une chronique familiale dans un quartier juif, assez classique dans sa narration – très linéaire, comme le sont rarement les romans de Roth – mais très émouvante avec un soin remarquable pour faire vivre chaque membre de la famille. Roth réussit notamment très bien le personnage de la mère, souvent une gageure en art surtout quand il s’agit comme ici d’une quasi mère au foyer (qu’on relègue habituellement dans les marges de l’intrigue ou comme prisonnière de son ennui domestique), qui finit par être le personnage le plus beau, le plus poignant.
      Le récit finit par s’emballer dans les 100 dernières pages, tant du côté de cette famille que du reste de l’Amérique, avec des événements qui peuvent paraitre invraisemblables même au sein de l’uchronie mais j’y ai vu un retour du Roth de la Contrevie qui délire ses histoires, de retournements en retournements en laissant le lecteur se débrouiller avec ce qu’on lui raconte, tout en gardant un contact avec une forme de réalité historique. Je me suis alors dit que Roth voyait l’uchronie avant tout comme une formidable machine narrative, riche de mille situations qui lui donnait une licence quasi totale.
      Mais je me suis alors demandé alors pourquoi Roth était aussi grossier dans la Pastorale américaine, où on sentait cette haine de la gauche radicale lui faisant complètement rater ses personnages, alors même qu’ici il n’est pas dupe sur l’anticommunisme aveuglant permettant une adhésion au nazisme? Peut-être parce qu’il a dû davantage bosser avec ce roman. D’une, parce qu’il s’agit d’une période qu’il n’a connu qu’enfant, il ne peut donc se reposer uniquement sur ses souvenirs pour imaginer de façon crédible une réalité alternative ; deux, parce que l’exercice même de l’uchronie doit le conduire à une forme de rigueur pour qu’on prenne au sérieux son récit.
      Bref, même s’il ne fait sans doute pas partie des plus grandes oeuvres de Roth, celui-ci fait tout de même partie de ses réussites.

    • #110842 Répondre
      kenny
      Invité

      lu congo de vuillard
      son dispositif était déjà en place
      écriture ciselée, syntaxe dense, faut rester concentré
      on aimerait pouvoir souffler un peu de temps en temps
      la grande histoire prise par le petit bout toujours, c’est sa force
      la fin mystique, j’ai compris qu’à moitié
      faut lire conquistadors? 400p, plus aéré?
      .
      Quelques mots : on vous attrape et on vous fouette et on vous tue. On se penche sur votre cadavre et on vous coupe la main. C’est tout. Pas besoin d’en dire davantage. Il n’y a pas de mystère Fiévez. Il n’y a pas de Kurtz, pas d’énigme. Le dégoût nous arrive en plein cœur ; on ne sait pas quoi en faire. On est tous prisonniers de l’incroyable, arrachés au trésor.
      Quelle enfance a perdue Fiévez ? Je ne sais pas. Quel royaume ? Pour le retrouver ici et le détruire et l’adorer.
      Fiévez fait scier tous les arbres autour de sa bicoque afin de tirer des coups de fusil sur les nègres qui passent. Voilà le système Fiévez, le manuel de son âme.
      Cela devait tout de même lui faire quelque chose de voir ces paniers pleins de mains. Ou plutôt non, ça ne lui faisait peut-être rien, mais alors rien du tout, et c’était ça qu’il trouvait le plus mystérieux, c’était ça qui le fascinait et l’effarait dans son refuge de lianes. Pauvre Fiévez. Avec ses pièces justificatives pour les munitions employées, ses pièces justificatives faites de peau et d’os, avec cette peur qu’il distille tout autour de lui et son parfum d’étrange cauchemar.
      La population baisse. On raconte qu’une fois, on amena à Fiévez en un seul jour 1 308 mains. 1 308 mains droites. 1 308 mains d’homme. Ça devait être bizarre ce tas de mains. On doit d’abord se demander ce que c’est, comme sur cette photographie où des indigènes en compagnie de Harris, un missionnaire, tiennent devant eux quelque chose. L’image est incongrue, bizarre. Ils tiennent entre leurs mains des mains.

      • #110850 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « la grande histoire prise par le petit bout toujours,  »
        La conf de Berlin c’est pas exactement le petit bout.
        Parfois j’aimerais que Vuillard aille justement davantage dans le petit bout. Qu’il quitte par exemple ces messieurs de pouvoir – même s’il les décrit magistralement bien.

      • #110869 Répondre
        Mao
        Invité

        Je commence à peine conquistadors avec cette étrange conviction que s’y joue l’histoire la plus importante de l »humanité.

        • #111019 Répondre
          kenny
          Invité

          j’ai lu les 100 premières pages, c’est dur et prenant
          je progresse avec autant de difficultés que ces conquistadors
          l’ambition littéraire est immense, à la hauteur de ce qui s’est joué

          • #111023 Répondre
            kenny
            Invité

            pour préciser les difficultés viennent de la structure fragmentaire et de l’écriture poétique

    • #110868 Répondre
      Mao
      Invité

      Assez proche de Vuillard dans le registre « littérature du réel » j’ai vu qu’est sorti en poche les Naufragés du Wager de David Grann. N’étant pas certain qu’il ait déjà été signalé ici je me permets d’y revenir.

      David Grann est l’auteur à qui l’on doit notamment La cité perdue de Z ainsi que killer of the flower Moon déjà adaptés au cinéma. Les Naufragés du Wager est là encore une histoire « vraie » qui sera une fois encore adaptée par Scorcese. En 1741, durant la guerre entre l’Angleterre et l’Espagne, un navire de guerre britannique, le Wager, fait partie d’une expédition secrète visant à mettre main basse sur le trésor détenu par un galion espagnol au large du Pacifique. Comme son nom l’indique le Wager va finir emporté par une tempête dans les eaux hostiles du cap Horn, avant de s’échouer sur une île désolée de Patagonie, au sud du Chili actuel.

      C’est absolument passionnant. Il est question pêle-mêle du recrutement (forcé) des matelots, de navigation, de la vie en haute mer, du typhus, du scorbut, du passage de Drake, du Cap Horn, de naufrage, de population indigène, de mutinerie… Le plus fascinant étant que l’histoire s’appuie sur les journaux de bords hautement contradictoires des quelques rescapés, miraculés dans des circonstances invraisemblables. Récits contradictoires qui trouveront leur point d’orgue dans un procès qui s’est tenu devant la cour martiale de l’amirauté.
      Le bouquin de plage idéal.

    • #110886 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Récit d’un naufragé » de Gabriel GARCIA MARQUEZ. Un naufragé « qui resta dix jours à la dérive sur un radeau sans manger ni boire, fut proclamé héros de la patrie, embrassé par les reines de beauté et enrichi par la publicité, puis exécré par le gouvernement et oublié à tout jamais. »

      Ce titre avec ce long sous-titre de l’auteur est exact à l’exception de la dernière partie. « …oublié à tout jamais ». Non. Car Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, en a fait un texte magnifique. Un texte dit à la première personne par Luis Alejandro Velasco, le jeune marin naufragé, à partir de longs entretiens avec l’écrivain Garcia Marquez.

    • #110922 Répondre
      Claire N
      Invité

      Je copie ici le texte de N Mathieu
      Interrogé par la revue Aventure sur l’écriture des scènes de sexe
      NM himself
      Le syndrome du cake aux fruits – Dans beaucoup de récits, au cinéma comme en littérature, le sexe arrive comme une sorte de récompense, une gratification, le petit moment kinky qui satisfait le lecteur ou le spectateur, en général du point de vue de l’homme, petit morceau de fruit sucré dans la pâte du récit. On se souvient par exemple que le producteur Dino De Laurentiis exigea de J.-L. Godard qu’il ajoute une scène où l’on pourrait voir les fesses de Brigitte Bardot dans Le Mépris. Il voulait en avoir pour son argent et, pensait-il, le spectateur aussi. Godard s’exécuta, ce qui donna la scène d’ouverture du film. Beaucoup de romans fonctionnent un peu de la même manière, notamment les romans de genre. Je me souviens qu’adolescent, je lisais en diagonale les livres de Wilbur Smith dans le seul but de dénicher ces moments excitants et isolés, qui faisaient comme des bulles d’érotisme dans le continuum du récit d’aventures. C’est la chose que j’essaie d’éviter aujourd’hui, réduire le passage érotique à un isolat décorrélé du reste de la narration. Ces moments doivent s’inscrire dans un mouvement dramaturgique d’ensemble, dire quelque chose des personnages, de leur rapport, de leur évolution ou de leur situation, faire éventuellement avancer l’histoire, obéir aux mêmes exigences de style. Le sexe n’a pas de statut d’extraterritorialité par rapport au pays qu’est le roman. Les mêmes droits et les mêmes nécessités lui incombent. Son traitement ne peut pas constituer une exception. Ce n’est ni un tabou, ni un élément exogène, encore moins une récompense. Le sexe est dans le roman comme dans la vie, un aspect incontournable de notre rapport au monde.

      L’héritage de Malko – Malko, c’est le personnage ultra viril inventé par Gérard de Villiers et qu’on retrouve dans sa série de romans d’espionnage « S.A.S. ». Et s’il y a bien un genre où le lecteur venait chercher sa ration de scènes de cul, c’est bien celui-là. Force est de constater qu’il ne fut jamais déçu. Il eut à chaque livre, qu’il se déroule à Saigon ou à Bamako, ses incontournables coïts avec turgescences et pénétration en force, performance impétueuse et orgasmes impératifs.
      Lorsqu’on écrit le sexe, pèse toujours sur nous un héritage littéraire, composé de formes toutes faites, de clichés, de lieux communs, qui vont de Sade à de Villiers, entre autres. Une des difficultés consiste dès lors à sortir de ces sillons, plus ou moins raffinés, qui concernent à la fois le vocabulaire et le déroulement, les figures imposées et les acmés inévitables. Écrire le sexe, ce serait donc revenir à la vie, l’expérience, l’intime, retrouver des mots qui ne soient pas trop usés, des images qui n’aient pas trop pâli, mettre en œuvre des moyens qui puissent ranimer un peu des sensations et des affects qui nous prennent lorsque nous faisons effectivement l’amour. C’est un effort, du boulot. C’est chercher une vérité qui sommeille sous des kilomètres de décombres, de mots tout prêts, de combinaisons archi usées, d’expressions vues et revues jusqu’à n’être plus que des conventions. Il faut retourner à l’origine, cet influx nerveux, ce qui nous a ému si fort, un jour, une nuit, tandis qu’un autre corps devenait presque le nôtre.

      Courant continu mais alternatif – On pourrait presque le dire avec un slogan : Toute la littérature érotique est masculine. C’est en réalité inexact, mais cette assertion dit tout de même quelque chose des forces en présence, des usages et de la tradition, au sens où la plus grande part de l’érotisme en littérature a de tout temps été conçue pour satisfaire un lectorat masculin et que presque toujours, c’est le regard des mecs qui a prévalu dans ce domaine.
      Dès Aux animaux la guerre, mon premier roman, une des questions qui me travaillaient était celle du désir féminin. J’avais à l’époque des discussions avec des amies, ma compagne, plus tard des femmes que je rencontrais sur Tinder ou Adopte, des flirts poussés, des papotages érotiques, et je ressentais très fort l’énormité du désir féminin, que je ne trouvais pas plus bénin que le nôtre, pas moins ravageur, décillé et impérieux. Et ce désir, il me semblait terriblement sous-représenté, ou en tout cas assez loin dans sa formulation romanesque du désir que je côtoyais dans la vie réelle. Partant de là, j’ai donc tâché de mettre en scène des personnages féminins qui soient sujet de leur désir et pas seulement objet du désir masculin, des personnages qui voudraient leur part du gâteau et n’en auraient pas honte. Ainsi sont nées Rita et Lydie.
      Cela m’a permis d’organiser dans l’économie du roman une alternance des points de vue capable de rendre justice à chacun, femmes et hommes, avec leurs raisons, leurs besoins, leurs appétits. Ce souci du désir des femmes est donc pour partie à l’origine du caractère choral de mes histoires.
      Par la suite, j’ai tâché de la pousser plus loin cette mise en œuvre des regards croisés, avec le secret espoir de déborder mon propre regard. Dans Connemara, j’ai ainsi tenté d’organiser une rotation des points de vue dans les scènes de sexe, l’écriture étant prise dans une sorte de roulement, un courant constant mais alternatif, avec une continuelle inversion des pôles (et parfois des rôles). Je me suis efforcé par l’écriture d’échapper à mon seul point de vue et de rendre un mouvement qui est peut-être la vérité de l’amour.

      • #110958 Répondre
        MA
        Invité

        Merci beaucoup Claire pour ce texte explicatif et éclairant du procédé d’écriture de NM.

        • #111051 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          « l’érotisme en littérature a de tout temps été conçue pour satisfaire un lectorat masculin »
          Je ne crois pas que ce soit vrai. Les lecteurs de roman au 19ème sont des lectrices. Et la tendance ne s’est jamais véritablement inversée.
          Le féministe tardif en fait toujours un peu trop.

      • #110964 Répondre
        Tchitchikov
        Invité

        Ça renvoie en creux à Maria Pourchet. Lu Feu cette semaine. Là on a du désir féminin. Merci pour le texte.

        • #110988 Répondre
          Claire N
          Invité

          De rien
          Puisque tu l’évoques elle a également participé à l’exercice
          Maria Pourchet
          Saisissante consigne que j’ai bien failli sécher car je manque de temps. Mais justement. Quand le temps me fait défaut, n’ayant plus le loisir de broder, d’aligner des adverbes, des perles et des vues de l’esprit, encore moins d’y revenir pour améliorer, j’écris ce qui vient. Comme ça vient. Autrement dit la vérité, hâtive et bordélique, sans méthode. Bref, ci-dessous, des aveux.

          Commençons, contre toute tradition dialectique, par une anecdote. 2012. Je me trouve à mon premier salon, normalement consternée, écrivain-tronc émergeant d’une pile de trente exemplaires – qu’on pourra recompter dans une heure, ce sera toujours trente. S’engage sur le thème du marketing littéraire, une conversation avec mon voisin de gauche, s’étant présenté comme « Romancier historique » habitué des ventes à la criée sous chapiteau. D’après lui, un bon livre doit comporter un certain nombre de fellations. Aussi écrit-il sur l’histoire des rois de France, pas si compliquée et gentiment dégueulasse donc facile à caser dans les foires. C’était simple, selon l’artisan. Vous avisez le visiteur, vous l’alpaguez et avec l’autorité que confère encore un peu le statut d’écrivain, vous l’obligez à lire un échantillon de votre prose, choisissant opportunément la page relatant la séquence moins de 16 me résuma-t-il, m’invitant puisque que je n’étais de toute évidence pas très occupée, à regarder et à apprendre. « Celui-là c’est sur les Plantagenêt avec les histoires de fesses d’Aliénor, comme si vous y étiez », dit-il bientôt à un type sur le ton de C’est un épluche-légumes qui permet aussi d’ouvrir les huîtres, enchaînant avec quelques lignes au pif. Triomphe de la théorie, le visiteur repartira satisfait vers la caisse avec Petites Affaires des derniers Valois. « Voilà, ponctua l’auteur historique, c’est comme ça que ça marche, prenez Michel Houellebecq, pensiez-vous que c’était par hasard ? Du cul toutes les dix pages, allez montre-moi ton bouquin » proposa-t-il enfin, bonhomme. Il a feuilleté mon premier roman et a semblé désolé pour moi, pour mon devenir de marketeuse, voire pour ma vie sexuelle. Dans l’après-midi, il me donnera par charité et un peu comme on ferait semblant d’apprendre à marcher à un cul-de-jatte, quelques conseils d’aîné : mets-toi debout, souris un peu aux gens, t’habille pas comme ça, on voit même pas vos seins.

          Telle propédeutique n’aura servi à rien. J’écrivis par la suite 3, 4 romans d’une grande pudeur. À peine un garçonnet évoquait-il dans le secret de la confession hospitalière, et encore quasi drogué, une branlette de pensionnat. Ma propre dyslexie fournirait pas mal d’explications à cette retenue, je pratiquais symptomatiquement depuis le lycée des lapsus ahurissants : j’écrivais texte pour sexe, voix pour joie. Je sais c’est gros, mais c’est vrai (voir plus haut). En matière d’écriture du cul, tout me semblait facile, déjà lu, gratuit. Tous les rails empruntés par la langue pour aboutir aux mêmes images, plus ou moins cliniques, aux illusions partagées quant à la communion des êtres et l’irritation des sens. Personne t’attend, songeaient en moi la dingue de Flaubert et la perfusée à Hugo, pour raconter du cochon.

          En vérité, ça ne venait pas. Ou bien je n’osais pas.
          Et puis j’ai vieilli, baisé davantage et autrement, vécu, allant entre les joies, de chocs en grandes leçons.

          J’écris des scènes de sexe depuis 2018, pas immédiatement érotiques mais impliquant le sexe comme organe, désigné tel que, sans le filtre d’aucune métaphore. Il m’a fallu accoucher et me lier pour toujours à ma condition d’animal, au sauvage, pour savoir comment décrire le corps, la rage et l’envie, les fluides, l’abolition de la pensée dans l’incendie des nerfs. Car ça ne s’analyse le désir, ça se décrit. Annie Ernaux l’écrit quelque part, dans Passion simple je crois, et c’est indiscutable. Le sexe se fracasse sur l’analyse, toujours.
          J’écris des scènes vraiment érotiques (pornographiques, selon mon père qui ne m’a pas pourtant élevée comme ça) depuis 2021. Parce que je peux. J’ai trouvé, à force d’éprouver mon propre corps, mon propre désir ou mon aboulie, mes emballements et mes dégoûts, l’assurance et les mots pour le dire.
          La nécessité aussi. J’écris des scènes de sexe parce que j’en ai besoin. Pour prolonger des états, les comprendre ou en guérir. Mais pas seulement. La fonction thérapeutique de la littérature, si je la réprouve moins qu’auparavant, je la mobilise en dernière instance, quand la médecine du temps qui passe a échoué. J’entends par nécessité, la souveraine : la nécessité narrative.
          Ce qu’il faut de précis, de proche, pour faire exister un personnage. Le densifier, le deviner. Le déranger aussi.
          Je n’ai trouvé d’entrée plus riche pour dire la détresse, les renoncements, les limites, la vitalité et ses sursauts, la fatigue d’être soi, l’épuisement qui vient pendant et après les passions courtes, rien trouvé de mieux en somme pour approcher le tremblement humain de mes personnages… que leur sexualité. Comment ils caressent ou s’y refusent, comment ils prennent avant que d’être pris, à quoi ils échappent en se jetant dedans ou contre l’autre, de quels corps et de quels feux ils rêvent en regard de quelles liaisons ils vivent, quels coups ils reçoivent dans le ventre. Par exemple je ne sais pas, ou plus, de quelle manière raconter l’effondrement progressif d’un être sans décrire la mécanique et la chimie répétées de son corps à l’assaut d’un corps en face, vaincu de plus en plus vite par l’à-quoi-bon ou le souvenir d’un autre. Ni par quelles images dire la maturité d’un esprit prisonnier d’une peau restée sensible sans mentionner les plaisirs, de plus en plus cuisants, que cet homme devra chercher pour tenir un jour ou cent ans de plus.
          Maintenant je peux. Car enfin ce n’est plus gratuit.

          • #110992 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            « Celui-là c’est sur les Plantagenêt avec les histoires de fesses d’Aliénor, comme si vous y étiez », dit-il bientôt à un type sur le ton de C’est un épluche-légumes qui permet aussi d’ouvrir les huîtres, enchaînant avec quelques lignes au pif. Triomphe de la théorie, le visiteur repartira satisfait vers la caisse avec Petites Affaires des derniers Valois. «
            Merci pour les partages et pour le rire

          • #111275 Répondre
            Samuel de Nerra
            Invité

            Excellent !

            • #111276 Répondre
              Samuel de Nerra
              Invité

              Le succès de games of throne, malgré certains des acteurs jouant très mal, Daenerys en tête, be like:

    • #110961 Répondre
      MA
      Invité

      Je suis étonnée de ne pas voir mentionné le nom de DH Lawrence, précurseur je crois dans toute cette affaire. Même Catherine M avait reconnu ne pas l’avoir lu avant de publier son livre « sulfureux ». Puis elle s’est rattrapée.

      Toutes les femmes s’appellent Lawrence

      • #110962 Répondre
        MA
        Invité
      • #111053 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci MA
        Le propos sur la sensualité non refoulée – oui
        Je mettrai bien aussi dans ceux là des auteurs qui on saisit quelques chose de la sensualité féminine
        Un passage des «  détectives sauvages « 
        Ou Bolano décrit l’odeur du sexe d’une femme particulière
        Dans un petit deux pièces ; qui couvre quoi qu’elle puisse y faire même les odeurs de cuisine
        Et lui ça ne le gêne ni le dégoûte et surtout c’est si fort qu’aucun ne peut pourtant faire comme si de rien etait , le passage est tourné d’une manière si subtile , j’avais été impressionné par cette trouvaille que d’utiliser l’odeur du sexe féminin pour suggérer l’ensemble de l’entrelat du sexe, du désir, du quotidien, du dégoût de l’attirance
        Et l’extraire complètement de toute forme de théâtre

        • #111054 Répondre
          Claire N
          Invité

          Pour en revenir à Molly
          J’y vois peu etre une forme de «  oui « 
          Masculin

          • #111066 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            pourquoi masculin?

            • #111067 Répondre
              Claire N
              Invité

              Quelque chose comme : il accepte qu’elle n’y puisse rien , que ça lui échappe et en jouit

              • #111068 Répondre
                Claire N
                Invité

                Mais effectivement tu as raison c’est réversible certainement

          • #111102 Répondre
            MA
            Invité

            Sur le Oui de Molly, trouvé cet article non signé https://www.radiofrance.fr/franceinter/molly-bloom-6784156.

            • #111107 Répondre
              Claire N
              Invité

              Merci MA
              Pour l’article je tique un peu sur cette phrase étriquée
              « Oui à une femme, l’homme dit Non au reste »
              Je me demande bien de quel reste on parle
              Après ce monologue

        • #111101 Répondre
          MA
          Invité

          Bolano, jamais lu mais je crois qu’il en est aussi question dans CUM, dans mon souvenir.

          • #111103 Répondre
            MA
            Invité

            Assez longuement, si je ne me trompe.
            Maintenant me revient aussi qu’ y était mentionné Ada de Nabokov, dont on a parlé ailleurs.
            Bref, je crois que je vais me le reprocurer.

            • #111266 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Bolano j’en cite trois lignes comme exemple de littérature-gomme, effaçant à mesure ce qu’elle avance

              • #111319 Répondre
                MA
                Invité

                J’aimerais relire ces trois lignes pour mieux voir et saisir le concept.

                • #111346 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  C’est un peu plus de 3 lignes
                  J’essaie de de copier ( p281 ) dans la journée
                  Si tu veux

                  • #111348 Répondre
                    MA
                    Invité

                    Je ne dis pas non. Merci Claire

                    • #111403 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      « La démonstration que l’art n’a rien à dire ne peut être confiée qu’à la constance de ses actes.Qu’à des poèmes astreints à abolir les bibelots. Qu’à l’art à pied d’œuvre – l’art est ouvrier – ou foisonnement les énoncés auto-dissous, les énoncés qui retirent ce qu’ils avancent.
                      Il n’y a qu’à se pencher.
                      Se pencher sur Pessoa : les rues «  sont remplies tout le jour, d’un grouillement qui ne veut rien dire ; la nuit elles sont remplies d’une absence de grouillement, qui ne veut rien dire non plus »
                      Et Dosto :  « il commença par prendre peur, courut chez le gouverneur et écrivit à Pétersbourg une lettre de justification des plus nobles, lettre qu’il me lut par deux fois mais qu’il n’envoya pas, ne sachant pas à qui il devait l’adresser. » En forçant le trait , cette lettre qui ne part pas c’est la littérature soi-même, et pas seulement parce qu’elle ne sera jamais lue. Une communication avortée. Une expression étouffée.
                      Des mots couverts.
                      Et ces trois – là, piochées d’une main innocente dans Les Détectives sauvages : «  Jusque-là j’avais assisté quatre fois à l’atelier et il ne s’était jamais rien passé, ce qui est une façon de parler, car tout bien considéré comme, il se passait toujours quelque chose « ; «  J’ai dit que marcher comme ça me paraissait parfait, quoique, en réalité, je n’y aie rien compris. Et , à bien y réfléchir, c’est la pire façon de marcher « ; «  Deux paires d’yeux, pareils à ceux de loups au milieu d’une bourrasque, licence poétique, parce que je n’ai jamais vu de loups « . Licence poétique, écrit l’ami chilien, mais toute poésie est licencieuse. Toute nomination. Dire c’est mentir, c’est traduire qui fraye avec trahir, et alors il faut dédire. « Façon de parler « , écrit – il aussi, signalant la latitude qu’il s’accorde, l’inconvenance obligée de sa proposition verbale.Tout parler à sa façon, et ce n’est jamais la bonne. Je retombe sur mes pattes beckettiennes : » Tout langage est écart de langage . »

                      • #111404 Répondre
                        essaisfragglerock
                        Invité

                        Puissance et beauté de ces pages !
                        J’ajoute : l’art n’est pas un bon facteur, il livre en retard des lettres et des paquets quasi vides à des destinataires absents, oublieux, pas concernés, l’art est un bon facteur, il délivre par avance des lettres et des paquets.

                      • #111415 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        bel ajout

                      • #111408 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Plus rien à ajouter que reconnaissance à Claire pour le temps pris à déterrer ces fameuses lignes de leur sous-sol:

                        En forçant le trait , cette lettre qui ne part pas c’est la littérature soi-même, et pas seulement parce qu’elle ne sera jamais lue. Une communication avortée. Une expression étouffée.
                        Des mots couverts.

                      • #111411 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        pour toi @MA, une lettre qui ne part pas dans « Ada » :
                        « Papa,
                        j’ai eu une petite prise de bec avec un inconnu que j’ai giflé et qui m’a tué, en duel, près de Kalougano.
                        Désolé!
                        Van. »

                      • #111416 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        grand rire
                        grand rire littéraire

                • #111350 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  J’avais noté la citation de Bolaño dans CUM car je l’adore :

                  « Il donne l’impression d’être toujours défoncé et son français est acceptable »

        • #111130 Répondre
          OLIVIER de Kersozon
          Invité

          Ça sent plus les fruits de mer, mais le front de mer à ce niveau là !

          • #111241 Répondre
            Claire N
            Invité

            Rires – sam c’est toi le marin masqué ?

            • #111267 Répondre
              Samuel de Nerra
              Invité

              J’ai honte.

    • #110967 Répondre
      MA
      Invité

      Et puis comme mentionné dans l’article ci-dessus de Nadeau et je crois dans CUM aussi il y a le fameux monologue de Molly Bloom de Joyce publié un peu avant l’amant de LC.

      • #111007 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        oui, quelques citations de
        on finit avec elle

        • #111020 Répondre
          MA
          Invité

          Merci de m’y avoir donné accès et rendu un peu accessible. Je me suis toujours promise de lire Ulysses en anglais, du moins essayer.
          Cela fait des années qu’il se trouve sur ma liseuse.

          • #111052 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            je le redis: on peut très bien lire le monologue de Molly de façon indépendante

            • #111246 Répondre
              Younès
              Invité

              James Joyce est une influence importante pour toi et pour Haenel aussi donc je me promets de le lire prochainement.
              Je crois savoir que « Finnegans Wake » est aussi majeur mais très vertigineux… T’en penses quoi ?

              • #111254 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                j’en pense que je ne l’ai pas lu
                ce qui est un avis fiable

                • #111407 Répondre
                  essaisfragglerock
                  Invité

                  «  »Oui, oui, oui, je veux bien, oui » : ce Joy, quand même ! Toute la littérature lui est passé dessus.

    • #111247 Répondre
      Younès
      Invité

      Vous pensez quoi des romans de Yann Moix ?
      Sur ses prises de paroles publiques, on est d’accord : il se contredit et apporte un soutien indéfectible au gouvernement fasciste israélien.
      Mais j’ai entendu du bien de sa tétralogie autobiographique. Qu’en pensez-vous les amis ?

      • #111255 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        il faut aimer l’incontinence
        nous tenons là le strict contraire de l’écriture non-expressive saluée dans CUM

        • #111439 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Un point à discuter. La contradiction entre l’incontinence et la non-expressivité définie par la Mule n’est pas évidente. Bolaño, par exemple, ce n’est pas un incontinent ? Joyce ? Il y a un moment drôle dans les Détectives que je suis en train de relire en espagnol pour apprendre l’espagnol, où le narrateur surcharge son récit de détails, puis rajoute entre parenthèses qu’il n’aime pas les détails. Les monologues sans paragraphes surchargent ensuite littéralement le texte dans un flot qui paraît infini.

          • #112216 Répondre
            perové
            Invité

            oui je suis d’accord avec toi et curieux d’avoir l’avis de françois sur l’incontinence acceptable et celle qui ne l’est pas

      • #111324 Répondre
        Samuel de Nerra
        Invité

        J’ai bien aimé Partouz, surtout pour cette scène qui m’a fait rire: avec son petit succès d’écrivain, il commence à sortir à Paris, bon, comme c’est un gros boloss de base, à la base, il va aux chandelles, club echangiste parisien connu, à priori. Et donc, sa « compagne » va fureter de son côté, et lui tombe sur une scène digne d’un boulard, avec une blonde à grosse poitrine, qui est prise en levrette, tandis qu’elle suce un mec avec vigueur.
        Et c’est là que ça devient intéressant.
        Cherchant à se joindre à la joyeuse troupe, il pelote un sein de la femme, seulement son geste pue tellement le manque de confiance en lui, qu’elle lui dit, « ça va pas être possible « , sans même l’avoir regardé .
        C’est vertigineux comme humiliation, j’aime son courage de nous faire rire de cette anecdote pitoyable et sordide.

        Sinon c’est une grosse merde, c’est ce que m’a dit son ami Depardieu en tous cas

        Ah oui, je lis aussi son journal de façon sporadique, j’aime bien, à part le détail des musiques qu’il écoute, j’aime bien ses portraits de gens. Mais je suis pas difficile en cette matière.

    • #111258 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Juste avant de trouver Un Enlèvement dans une boîte à livres, j’ai fini un bon livre dont il a été question ici et que je recommande à mon tour : Autoportrait d’Édouard Levé.

      Je ne savais pas possible d’écrire un livre contenant autant d’informations sur soi-même — j’ai lu qu’il y aurait une inspiration Perec, que je n’ai pas lu. Le livre n’a aucune structure et fonctionne comme une grande liste, des phrases pour beaucoup brèves qui sillonnent à travers diverses impressions, faits et jugements, comme un mouvement brownien.

      Comment caractériser un être humain ? Décrire la factualité de sa vie, rapporter l’ensemble de ses jugements sur ce qui l’affecte. C’est ce que fait ce livre de A à Z. Par ailleurs c’est très drôle. Il faut préciser que l’auteur s’est suicidé à 42 ans. Je garderai un très bon souvenir de son livre, donc de lui.
      .
      « A Joyce qui écrit des choses banales avec des mots extraordinaires, je préfère Raymond Roussel qui écrit des choses invraisemblables avec des mots communs »

      « Je ne vois pas l’intérêt de conserver mes anciennes brosses à dent »

      « Je n’aime pas les bananes. L’actualité internationale, même dramatique, me laisse pratiquement indifférent »

      « Je cherche à écrire dans une langue que n’altéreraient ni la traduction ni le passage du temps »

      « Je décris des impressions, je formule des jugements »

      « Je n’ai rien à dire sur les citernes »

      • #111265 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « « Je n’ai rien à dire sur les citernes » »
        C’est pour ce genre de notations qu’on l’aimait, qu’on l’aime

        • #111287 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Une de mes préférées.

          Quant à Perec, y en a-t-il un à conseiller en priorité?

          • #111292 Répondre
            Anna H
            Invité

            W ou le Souvenir d’enfance et Un homme qui dort.

          • #111296 Répondre
            Younès
            Invité

            Les Choses, par sa froideur, m’avait marqué.

            • #111320 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              Merci pour ces avis, je lirai plutôt un de ceux-là en premier

      • #111321 Répondre
        Seb H
        Invité

        jolie la citation des bananes
        l’essence comique de la banane

      • #111340 Répondre
        Oscar
        Invité

        Dans Le Trésorier-payeur de Yannick Haenel
        .
         » J’aurais aimé me lancer à la poursuite de cette photographie, mais Édouard Levé est mort, il s’est tué il y a quelques années, et mes tentatives pour approcher sa famille et son cercle d’amis ce sont révélées ineficaces. D’ailleurs qu’aurais je obtenu ? Une adresse ? Elle aurait forcément été celle de la Banque de France, ou du domicile du Trésorier-payeur, rue Emile Zola, où sans doute Édouard Levé s’est rendu en 2007, pour prendre la photographie : je n’aurais rien appris de plus.
        En écrivant ses lignes je me rends compte que 2007 est précisément l’année où Édouard Levé s’est suicidé : sa rencontre avec Georges Bataille à donc précédé de peu sa mort, et lorsque l’on sait qu’à son tour le Trésorier-payeur s’est volatilisé à peine deux ans plus tard, au plus fort de la crise des subprimes, il devient flagrant que le lien entre les deux hommes débordait les évidences : l’un comme l’autre avaient ce qu’on appelle un destin. »

      • #111473 Répondre
        Seb H
        Invité

        Franchement merci pour la rec j’ai adoré ça donne envie de faire la même chose sans complexer…

    • #111446 Répondre
      Graindorge
      Invité

      petite récréation avec l’ami Georges Perec et son livre Les choses

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=VirJRu_Q_rU?si=gn-bEEDF_9DtTwaR&w=560&h=315%5D

    • #111497 Répondre
      Younès
      Invité

      Je vous fais part de ma découverte enflammée de « L’expérience intérieure » de Georges Bataille, à travers une phrase qui, je trouve, semble une bonne définition de l’art (et de la littérature) :

      « Toutefois l’art est moins l’harmonie que le passage (ou le retour) de l’harmonie à la dissonance (dans son histoire et dans chaque oeuvre).

      Bataille, dans sa radicalité, parle également de la difficulté d’exprimer « l’expérience intérieure » (qui est le fait de prendre conscience de sa finitude, de renverses toutes les valeurs morales et de chercher les extases, en gros).

      Je pense que ce rapport contrarié à la langue qu’il tente d’éclairer est ce qui motive les écrivains tels que Gombrowicz, Beckett, Kafka et aussi les récits érotiques de Bataille (qui s’inscrivent dans une vraie démarche esthétique : dire .l’Impossible).

      En tout cas, je ne peux que vous conseiller la lecture de ce livre qui est légèrement complexe mais dans lequel on peut trouver des choses sublimes.

      • #112187 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Younes : tu me donnes envie de le relire, ou plutot de réessayer de le lire car je l’avais abandonné en route dans ma vingtaine.
        Georges: d’abord merci à toi d’etre là. Très flatté. Ma « routine » est d’annoter le texte directement, soulignant les phrases bien négociées et les ratées, signalant les passages intéressants ou significatifs, entourant des mots et des groupes de mots que j’aime, barrant des segments en trop, commentant en marge, etc.

    • #112174 Répondre
      georgesbataille
      Invité

      Question très générale et ouverte :
      Prenez-vous des notes lorsque vous lisez ? Si oui, que notez-vous ?
      Ça m’intrigue de savoir quelles sont les « routines » de lecture…

      • #112204 Répondre
        Kirilov
        Invité

        je me force toujours à avoir un crayon en main (réflexe estudiantin) pour souligner les jolies phrases, faire des croix dans les marges
        comme je relis beaucoup les livres, je suis toujours très gêné de voir ce que j’ai pu souligner ou noter (surtout sur bouquins de fac), mais ça aide à faire le tri et à remarquer des choses nouvelles

        parfois j’essaye de retranscrire ailleurs certaines phrases pour les apprendre, afin qu’elles m’accompagnent
        je suis plutôt mauvais lecteur : je lis trop, retiens pas assez, peine à faire des liens

        depuis quelques temps j’essaye d’écrire au moins 10 à 15 lignes après avoir lu un livre, mais c’est souvent vain

        • #112217 Répondre
          I.G.Y.
          Invité

          Ma « routine » :

          – j’essaie de ne pas prendre de notes (ou presque) quand je lis un roman. Le roman c’est le repos, la lecture inutilitaire.

          – je prends des notes pour tout le reste (essai, histoire, philo…). Parfois beaucoup (dépend de la longueur et surtout de la densité du texte)

          De plus en plus je regrette de n’avoir pas pris de notes sur des romans (noté des phrases merveilleuses). Je commence à rogner sur ma promesse du point 1… Pas sûr d’en être fier, je ne sais pas. Un coup de crayon dans la marge c’est pas bête, je devrais faire ça

          • #112220 Répondre
            Kenyle – job dateur professional
            Invité

            Pour éviter de surligner, souligner ou entourer je fais un trait vertical au crayon à papier à gauche du texte pour qu’au premier coup d’oeil je sois orienté vers ces lignes. Mais parfois j’en viens à faire de très long trait, alors je fais un second trait à droite du texte pour réorienté encore d’avantage vers des lignes plus précisément (lire ce paragraphe / lire cette ligne). Parfois je note dans la marge s’il reste de la place une sorte de résumé grossier en quelques mots de ce qui se dit dans ce paragraphe ou cette page.
            Lorsqu’un passage me plait et qu’il est trop long pour le trait vertical j’écris « lire jusqu’à tel page » dans les espaces sans lettres.
            Mais tout ceci n’a rien de rigoureux et je ne fais pas systématiquement.
            Je ne fais jamais de fiche de lecture.

            • #112247 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Je cherche un crayon à papier. Je ne trouve pas. Je corne les pages.
              Puis 6 mois plus tard j’essaie de comprendre pourquoi diable ai-je corné lesdites pages.

              • #112251 Répondre
                Kenyle – job dateur professional
                Invité

                Il m’est aussi arrivé d’être confronté à ce genre de problème. Pour y remédier j’ai pris la résolution de me servir de mon crayon à papier comme marque page. Ce qui, certes, a résolu ce problème mais en engendre de nouveau. Par exemple la chute régulière du crayon durant le transport de mon livre ce qui me fait perdre ma page. Alors j’ai rajouté un petit morceau de papier que je glisse entre les pages en plus du crayon dans l’espoir qu’il reste coincé lorsque ce dernier tombe.
                Quelle vie.

                • #112252 Répondre
                  Alphonse
                  Invité

                  Depuis peu, mon petit bébé s’amuse à tirer délicatement les marque pages dépassant de mes bouquins en cours. C’est attendrissant et pénible. Alternativement. Un peu comme la vie.

                  • #112253 Répondre
                    Kenyle – job dateur professional
                    Invité

                    Soutiens à tous les bébés qui tirent les marques pages. On est avec vous.
                    A bas les parents.

                    • #112254 Répondre
                      Alphonse
                      Invité

                      Le geste est en effet parfaitement adapté pour me scier les burnes discrétosse. Grosse maitrise, déjà.

                      • #112263 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Merci à tous pour ces techniques.

                        J’en retiens un nouvelle : ne pas faire d’enfants. Puisque c’est déjà (pas) fait, je me contenterai de corner mon marque page avec un crayon de papier (si j’ai bien compris)

      • #112261 Répondre
        Malice
        Invité

        Quand une phrase ou un paragraphe me paraît géniale, je la recopie dans mon journal

      • #112265 Répondre
        Toto
        Invité

        – pas de notes pour les romans
        – marques au crayon noir sur les phrases ou paragraphes qui résonnent
        – recopies dans des cahiers
        – gommage des marques avant restitution à la mediathèque (je déteste emprunter un livre blindé des traces des précédents lecteurs)

    • #112233 Répondre
      kenny
      Invité

      question à choix multiples : quand vous ne bitez rien à un texte (genre image mouvement de deleuze), quelle stratégie adoptez-vous?
      a – compréhension phrase par phrase : lecture analytique, on laisse rien passer, on n’avance pas tant que c’est pas clair, quitte à être toujours à la page 12 après trois semaines
      b – lecture en diagonale : il en restera bien quelque chose, au moins on pourra dire qu’on l’a lu
      c – lecture par substitution du sens : on traduit à notre propre sauce, en essayant de se convaincre que c’est plus ou moins ça qu’il a voulu dire (ou, faisant de nécessité vertu, en revendiquant s’en battrelec de l’intention de l’auteur – connue aussi sous le nom de « stratégie french theory »)
      d – abandonner, de toute façon c’est de la branlette

      • #112234 Répondre
        Claire N
        Invité

        Hum
        Si 1-2-3 marchent pas
        J’attends qu’un événement de mon expérience m’y rappelle

        • #112235 Répondre
          kenny
          Invité

          en effet, les choix ne sont pas exclusifs, plutôt les étapes successives du renoncement

      • #112240 Répondre
        Delphine
        Invité

        A moins que le texte ne paraisse vraiment pas accessible, la lecture analytique peut être pas mal. Par exemple, dans un souci de clarté, se dire que, dans chaque paragraphe, il faudrait isoler un élément qui nous paraisse compréhensible. Par contre, s’arrêter sur chaque phrase peut rendre la lecture plus fastidieuse et embrouiller encore plus le lecteur, qui risque de se perdre dans les détails.

        • #112241 Répondre
          kenny
          Invité

          Précisément, pour les textes vraiment pas accessibles.

          • #112242 Répondre
            kenny
            Invité

            L’adage un peu fumeux « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » me fut longtemps d’un grand secours moral.

            • #112246 Répondre
              Julien Barthe
              Invité

              Cet adage et le kididoc sur le premier Wittgenstein, m’a-t-on dit.

    • #112288 Répondre
      stephanie
      Invité

      un ami m’a expliqué en quoi la formule de Boileau  » ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » est sinon fausse, du moins inexacte ou simpliste .
      Cela signifie : mettons d’abord en ordre les idées dans notre tête , l’expression des dites idées par les mots n’en sera que plus claire.
      1 les idées
      2 les mots. Les mots découlent donc des idées.
      Si on se base sur la théorie du dvt de Vigotsky, qui s’oppose aussi bien au constructivisme de Piaget qu’à l’innéisme de Chomski. Selon V; l’observation montre que le dvt des processus cognitifs internes chez l’enfant n’est pas simplement facilité de l’extérieur par le langage qui n’aurait que fonction que de mettre en forme des idées. L’acquisition du langage par l’enfant suit un ordre de succession : imitation de l’adulte  » sans comprendre » l’enfant reproduit ce qu’il entend ( on le voit dans les jeux libres) puis il intériorise, il s’approprie ce qu’il entend et répète, qui devient une sorte de petite musique intérieure, silencieuse. D’abord le langage ( apport externe) puis la pensée ( la cognition).
      L théorie de V. est socio constructiviste ( et aussi historico culturelle).
      Certes , un adulte s’exprimera toujours mieux s’il réfléchit avant à ce qu’il va dire , mais cet effort de penser, s’il demande une réflexion, repassera dans un 1er temps par une mise en ordre par le langage ( qui s’est intériorisé et est devenu silencieux et par une part non consciente) de la pensée.
      Le schéma de Boileau n’est plus :
      1 la pensée
      2 l’énonciation
      mais plutôt une dialectique complexe entre cognition et langage

      • #112300 Répondre
        Jeanne
        Invité

        Je suis bien certaine que tu as raison sur tout ça Stéphanie et pourtant j’ai toujours aimé l’adage « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement « .
        Ma méfiance envers le verbiage, le jargon, et autres énoncés obscurs ayant possiblement à voir avec une volonté d’enfumer.
        Inversement ma confiance en la possibilité de partager avec (plus ou moins) tout le monde ce que la vie (chose appartenant à tout le monde) nous offre de plus complexe.

        • #112302 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          bonne façon d’annuler, mais avec le sourire toujours hein, ce que Stéphanie a très industrieusement essayé d’expliquer, la complexité qu’elle a essayé de démêler
          à savoir que le langage est toujours déjà là
          et qu’on ne saurait donc envisager une conception (ce qui se conçoit), un exercice de l’entendement, hors du langage
          il est donc envisageable, aussi, que ce soit un certain potentiel linguistique qui permet de penser juste

          plutot que « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement », chronologie idéaliste et inadéquate aux faits, on peut a minima constater, empiriquement, qu’une formulation claire est le signe (et non pas la conséquence) d’une pensée qui l’est aussi

          • #112306 Répondre
            kenny
            Invité

            et puis il faut s’entendre sur clarté
            la phénoménologie de l’esprit, parfaitement claire pour l’hegelien, ne sera peut-être que verbiage, jargon et énoncés obscurs pour jeanne

            • #112308 Répondre
              Julien Barthe
              Invité

              Intéressant à ce titre de voir que la conception philosophique s’opère à partir d’une torsion du langage et n’est possible qu’à partir d’elle. C’est un jeu sophistiqué. sur le langage.
              : – création d’un mot ou d’un syntagme
              – nouveau sens donné à un terme usuel ou à un terme issu de la tradition philosophique
              – emprunt et détournement d’un mot appartenant à un autre domaine du savoir

              • #112309 Répondre
                Julien Barthe
                Invité

                D’où que le langage usuel et la clarté première font écran à la compréhension d’une clarté seconde.

                • #112311 Répondre
                  Julien Barthe
                  Invité

                  Faire de la Philosophie ou en lire c’est peut-être postuler une clarté seconde atteignable malgré et contre une clarté première des mots et énoncés.

                  • #112312 Répondre
                    kenny
                    Invité

                    spino écrit le ttp non pas selon l’ordre géométrique mais dans une langue hybride, plus proche du sens commun
                    langue qui le rendait plus accessible à l’époque, mais qui l’obscurcit pour nous
                    et nécessite une exégèse particulièrement pointue
                    c’est ce à quoi s’attèle macherey dans un magnifique livre: sagesse ou ignorance?

                    • #112319 Répondre
                      Julien Barthe
                      Invité

                      Ouais. Rien qu’un passage en revue des passions de l’Ethique donne à voir les différents modes de jeu : création, utilisation de termes usuels redéfinis, appropriation de termes philosophiques traditionnels.

                  • #112317 Répondre
                    Delphine
                    Invité

                    « Faire de la Philosophie ou en lire c’est peut-être postuler une clarté seconde atteignable malgré et contre une clarté première des mots et énoncés. » : Il me semble que lire de la philosophie oblige un peu à prendre les choses sous un angle purement théorique alors que, dans un roman (mises en situation, personnages, faits, lieux, dates) ou alors un essai incarné (comme ceux de François, par exemple, qui se basent sur le réel), la narration peut paraître plus concrète. A première vue, la clarté serait donc naturellement plus évidente en littérature, ou l’effort de concentration pourrait être doublé en philosophie (ce qui rejoindrait la notion de « clarté seconde »). Quant aux « mots et énoncés », il faudrait voir, en philosophie, si l’on inclut dans ces « mots et énoncés » les grands thèmes philosophiques (Travail, Art, Liberté – peut-être des notions creuses et donc sans aucune clarté, si on les considère théoriquement, en dehors de tout contexte – je crois que, dans « Boniments », François pointe la signification creuse de la Liberté).

                    • #112348 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      J’ai l’impression de voir les choses différemment (je réponds ici mais ça n’est pas purement ciblé sur Delphine).

                      La littérature est pour moi un espace dans lequel il est possible de se distancier d’une tyrannie de la clarté. Espace dans lequel il est légitime de le faire. Car la clarté entretient un rapport très fort à l’univocité, à la décidabilité voire à la procédure — j’avais écrit quelque chose là-dessus mais je m’étais arrêté à 25 pages, je reprendrai peut-être/sans doute un jour.

                      Je ne crois pas que le langage usuel soit intrinsèquement clair et qu’il ait une clarté première. Tout mot du langage usuel (on pourrait dire la même chose du langage mathématique, mais à un niveau immensément plus précis et donc restreint/spécifique) est une concrétion d’affections. Un condensé de vie. Or ce qui fait le sel de l’art est qu’il prend appui sur cette matière mouvante remplie de doubles sens et d’implicite, de polysémie et de plurivocité.

                      Or la langue de la clarté maximale est un sommet d’anti-littérature. Une manifestation de cela est que les disciplines qui requièrent la clarté et la précision « maximale » — les mathématiques y compris de niveau Médaille Fields ne sont même pas le sommet de cette hiérarchie, qui serait plutôt occupé par la logique mathématique formelle —, ces disciplines, donc, sont extraordinairement éloignées de la langue usuelle et pour de très bonnes raisons (ce qui ne veut pas dire que tout éloignement de la langue usuel est gage de clarté, ça va sans dire). Les articles de grands mathématiciens utilisent encore du langage usuel, ce qui explique d’ailleurs pourquoi il arrive, même si c’est rarissime, qu’il y ait des erreurs (alors que, et c’est là toute la complexité de l’affaire, ils nous paraissent indéniablement plus « clairs » que s’ils étaient purement formels, état dans lequel ils deviendraient quasi-illisibles même pour des professionnels).

                      On sent qu’apparaît un hiatus entre clarté et précision. Mais si l’on en vient à découpler clarté et précision, que l’on subjectivise pleinement la clarté, on arrive à de problèmes insurmontables : par exemple, cela autoriserait à dire qu’un théorème « clair » peut être incorrect, et donc ne pas être un théorème. C’est encore une affaire de polysémie du mot clarté (et donc un manque de clarté) mais ça n’est pas si grave : on a bien le droit de parler de la clarté du jour ou de la clarté d’un plan d’Hamaguchi. Sauf que ça n’est pas la perspective dont il est question dans cette discussion.
                      .
                      Je ne veux évidemment pas dire par là que toute littérature est « confuse » : par exemple tout bon écrivain est bien plus clair que ledit « débat public », etc… Partant de là, certains réflexes de raisonnement que l’on retrouve en philosophie peuvent avoir une réelle fonction de clarification (ils sont d’ailleurs très présents chez François, c’est flagrant, à ceci près qu’ils ne laissent jamais s’échapper très loin l’objet matériel « usuel » sur lequel il se penche). Je suis bien d’accord pour dire qu’en situation concrète, une perte de clarté peut venir d’une décontextualisation, d’une abstraction sauvage (c’est d’ailleurs ce que dit Delphine).

                      Pour moi les vertus clarificatrices de la philosophie suivent une courbe en cloche : l’effet de clarification est d’abord vertueux, puis poussé trop loin il fait dériver la discipline vers de mauvaises/fausses mathématiques. Elle perd alors sur tous les tableaux : elle perd en pensée, en qualité littéraire, et perd même en clarté et en précision puisque d’autres disciplines traitent bien mieux des objets qu’elle commence à se donner. Sans parler du risque qui la fait tendre à masquer des affects politiques sous les formes de la scientificité logique (la rapprochant ainsi paradoxalement de certains praticiens de la « science économique »).

                      • #112354 Répondre
                        kenny
                        Invité

                        les philosophes rationalistes truffent leurs textes de petites formules mathématiques
                        je les ai toujours trouvées suspectes, car compréhensibles par moi-même
                        c’est ce que tu appelles les mauvaises mathématiques?

                      • #112360 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Ça peut, mais pas nécessairement : beaucoup de propositions mathématiquement assez simples sont parfaitement correctes (quant à l’extrapolation philosophique qu’on en fait, là ça dépend). On peut être non mathématicien et dire/produire des choses justes mathématiquement.

                        Je ne veux pas juger en toute généralité, mais j’ai pu constater une chose : j’ai beaucoup écouté des mathématiciens logiciens de profession et je vois que des sommités internationalement reconnues en la matière comme Jean-Yves Girard, quel que soit son caractère de cochon, disent que bon nombre des systèmes hyper mathématisés et fort complexes de « logique philosophique » (il vise notamment la plupart des modèles de Kripke) ne tiennent en fait pas debout sur le plan de la logique mathématique. Et ce en dépit de leur raffinement théorique apparent, du fait qu’ils se donnent pour mathématiques (et sous entendu « du sérieux », « du lourd »). C’est un comble… Pour moi ça dit quelque chose, car il ne s’agit même pas là de critiquer l’extrapolation philosophique qui en est faite mais d’arguments purement mathématiques. C’est le ravin dans lequel finissent à mon avis par tomber certains « analytiques ». Donc ils peuvent bien critiquer le deleuzisme, mais en définitive je pense être entre de meilleures mains en écoutant les cours sur Spinoza de Deleuze qu’en passant 4 ans à étudier les modèles de Kripke.
                        .
                        Je ne veux sûrement pas dire par là que tout philosophe qui touche aux mathématiques est mauvais (il y a des philosophes spécialisés sur ces sujets qui en définitive on fait davantage de mathématiques que moi), voire que tout non mathématicien dit n’importe quoi à propos de mathématiques. Dans un tout autre genre un type comme Badiou en a une connaissance aigüe, et tout philosophe qu’il est je le pense nettement meilleur que moi. Il n’empêche que j’ai cherché (et trouvé) des écrits de mathématiciens professionnels sur son travail, dont certains ont des critiques très dures sur quelques aspects.

                      • #112357 Répondre
                        Delphine
                        Invité

                        « La littérature est pour moi un espace dans lequel il est possible de se distancier d’une tyrannie de la clarté. » Il est vrai que la littérature permet d’oser écrire des choses difficilement possibles dans un autre espace. François mentionne parfois cela au cours de ses interventions publiques, en librairie ou autres, pour différencier ses romans de ses essais : ses essais étant incarnés, la frontière entre essais (considérés comme des écrits théoriques) et romans (fictifs) est réduite. Mais il me semble que la notion de clarté intervient dans la relation entre un écrivain et son lectorat. Chacun a sa propre manière d’envisager les choses et de les exprimer, mais les écrits doivent être compréhensibles par les lecteurs. Sachant que, par expérience, chaque auteur / autrice a certainement conscience du lectorat qu’il ou elle vise.

                      • #112365 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        @Delphine oui. Il me semble tout de même que quand François emploie le terme « clarté », il le fait généralement dans un sens qui n’est pas entièrement subjectif (une clarté ne serait alors que « clarté pour »). Et ça me paraît normal. Le mot clarté est-il en fait le plus adéquat pour parler de l’expérience que tu décris ? Moi j’aurais tendance à parler de « résonance », de « convenance », un « ça me parle ». Mais c’est bien vrai que le mot clarté a sa légitimité (« ça me parle » = « ça m’éclaire sur moi-même »).
                        .
                        D’ailleurs, même à propos de la clarté-précision il arrive que certains types de formalismes tout aussi clairs et rigoureux que d’autres nous « parlent » pour traiter d’un même problème, alors que d’autres non : quand on écoute le dernier médaille Fields français parler de son rapport aux maths, il le dit nettement (tous ceux qui pratiquent les sciences et même les mathématiques pures le savent, le ressentent). Il y a parfois plusieurs manières, tout aussi claires-précises que d’autres, d’arriver au même résultat. Reste après le jugement sur leurs beautés respectives (et c’est là que même la plus pure mathématique finit par toucher l’esthétique)

                      • #112366 Répondre
                        diegomaradona
                        Invité

                        « c’est là que même la plus pure mathématique finit par toucher l’esthétique »
                        non, on voit juste que les gouts et préférences personnels s’appliquent aussi sur les mathématiques, comme ils peuvent se porter tout autant sur tout et n’importe quoi d’autre. Le contraire eut été étonnant…

                      • #112375 Répondre
                        Delphine
                        Invité

                        La clarté peut être un outil de compréhension pour le lecteur lambda ou, comme dit I.G.Y, comme une forme de « résonance » pour le lectorat familier du style d’un auteur ou d’une autrice, qui reconnaîtra, par exemple, la justesse habituelle de tel écrivain ou telle écrivaine. J’aime bien le rapprochement avec la rigueur mathématique : d’une part, comme si le souci de clarté pouvait être également un calcul ; d’autre part, le raisonnement considéré comme une méthode de calcul plus ou moins esthétique.

                  • #112369 Répondre
                    Seb H
                    Invité

                    j’aime bien l’idée wintchgenchtaïgnen que l’on fait que jouer avec des genre de châteaux de cartes réels, dont le sens de la forme vient de l’usage, qu’on observe, donc le langage on ne le comprend que dans ce qui est mis en commun, et on voit jamais l’interprétation des autres, et donc en même temps, comme on a que des cartes qui ne peuvent pas exprimer notre sens des cartes on est obligé de passer des choses par le non dit… Ce qu’on sait des cartes ne peut pas être exprimé par les cartes donc on l’exprime par la non carte…
                    Genre un truc qu’on essaie de faire passer par le pas-là… Méta-pas-là… Comme les peintres qui expriment dieu avec du rien, du pas-là.
                    Je sais pas si c’est clair.

                    • #112370 Répondre
                      diegomaradona
                      Invité

                      « e sais pas si c’est clair »
                      non, on ne pige rien à ce que tu racontes, toi non plus apparemment…

                      • #112371 Répondre
                        Seb H
                        Invité

                        ma rhétorique est de niveau Parménide, tu n’es simplement pas à mon level

                    • #112372 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Hum
                      C’est clair
                      Mais sur l’image je pense qu’il est tout de même important de noter que la particularité, la structure du langage ce sont des signes / pas des signaux
                      Tosquelles insiste justement sur ce point spécifique que tu soulèves en s’appuyant sur Saussure , il insiste sur l’aspect de séparation / la dualité signifiant / signifie
                      – signifiant ( presque phonème) aucun sens en eux même
                      – signification ( agencement en vue de faire comprendre le sens)
                      Je suis assez d’accord pour bien soupeser l’importance de cette nuance
                      « Les symboles engagent «  les hommes avec d’autres hommes

                      • #112373 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Les images, les signes c’est plus des «  expositions « , on passe pas le cap de ce qui lie de ce que j’en comprends

                      • #112380 Répondre
                        Seb H
                        Invité

                        je connaissais pas les saussure, j’irai peut être le lire à la petite semelle

                      • #112393 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et bien puisque tu parles de chaussures
                        Revenons aux pieds
                        Tosquelles insiste souvent sur leur importance
                        Et dans le langage
                        Si il parle des enfants en ces termes
                        «  ils pêchent ou attrapent des paroles qui circulent là où ils se trouvent, là où ils sont, et c’est ainsi qu’ils s’y retrouvent «  y être eux mêmes « « 
                        On peut éventuellement supposer que la singularité du langage et celle de l’individu
                        Sont une façon d’exprimer d’où singulièrement on parle

                      • #112395 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Donc pour en revenir aux propos de Stephanie
                        La «  clarté «  c’est peu etre plus la transparence
                        De l’expression de l’endroit d’où je parle
                        J’insiste sur la possibilité d’imitation donc d’articulation
                        Que des «  mots d’ordre «  qui pour le coup sont extrêmement clair
                        Ainsi je suis assez d’accord pour supposer un peu de tendance autoritaire à la maxime Sus cité
                        Ou plus précisément pour suggérer que Boileau parle de la position de «  maître « 

                      • #112407 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        « Que des « mots d’ordre « qui pour le coup sont extrêmement clairs » : oui, c’est une des modalités possibles de la tyrannie de la clarté, qui n’est même plus la clarté précise mais la clarté simpliste du commandement — qui n’a pas à être précis sur le réel puisqu’il ne décrit pas un fait, il formule un impératif, une « volonté ».

                        Et pour en revenir à la formule de départ (c’est une bonne idée), je suis donc bien d’accord avec Stéphanie et son ami pour dire que cette phrase pourtant a priori si juste (elle est tentante, elle me tente), soulève des grosses difficultés. Rien que sur le versant « langage » de la dialectique cognition-langage, la question de la clarté de cette part silencieuse et intériorisée du langage est vertigineuse

                      • #112422 Répondre
                        Seb H
                        Invité

                        Oui d’ailleurs si on se penche sur un ordre on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire, s’il représente une menace, un désir, un impératif catégorique, etc… « Mange cette banane », c’est très fécond en questionnements.
                        « 1+1=2″… faudrait pas qu’on se penche sur ce que ça veut dire.
                        « Je pense, donc je suis », quelle clarté

                      • #112434 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        Sur le « sens » de 1+1=2, c’est un peu comme certaines questions d’enfants : les plus simples sont souvent les plus compliquées.

                        Et sur cette affaire de commandement, son sens /absence de sens, il y a le tout petit livre-texte « Qu’est-ce que le commandement? » d’Agamben, qui de mémoire est très riche et dense.

                      • #112473 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Merci IGY
                        Effectivement très riche et dense
                        Je note que Agenben saisi également dans ce texte «  la deconnade «  qui réside et peut être résiste dans l’étude de la langue
                        – son passage sur l’homonymie grecque de archos
                        Origine et trou du cul
                        – et « les vacances dé Dieu «  qui va à la plage, fait du vélo, s’incarne en femme que les sérieux théologiens ne peuvent souffrir
                        Je me dis que le principe d’anarchie de la langue se trouve bien peu etre dans son humour fondamental

                      • #112515 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        @Claire on pourrait presque croire qu’Agamben est un boute-en-train. Presque. Cela dit je pourrais défendre qu’il y a (avait) chez lui paradoxalement un grande légèreté. Mais c’est hors sujet.

                        Sans doute qu’un anarchiste véritable, même à 85 ans, doit parvenir à n’être pas rongé par le pessimisme. Vertige de difficulté. C’est peut-être là que se tourner vers les enfants, leur vitalité et leurs pêches miraculeuses, peut aider.

                      • #112552 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Anarchiste véritable, même à 85 ans
                        Tant qu’ils restent contagieux ça le fait

                      • #112553 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Les enfants c’est vrai ont tous les 4 matins la morve Au nez sur ce plan là
                        Petite pêche de cette après midi d’une petite fille courant s’asseoir près de sa mère sous l’érable
                        «  maman ! On a oublié d’aller quelque part ! »

                      • #112456 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        Si il parle des enfants en ces termes
                        « ils pêchent ou attrapent des paroles qui circulent là où ils se trouvent, là où ils sont, et c’est ainsi qu’ils s’y retrouvent « y être eux mêmes « «
                        Magistralement capté par Sophie Letourneur L’aventura

                      • #112474 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Mais j’ai hâte !
                        Effectivement dans leurs manières
                        Il est quelque chose de concret et commun
                        «  des techniques « me souviens il lorsqu’on parlait de SL dans la GO

                      • #112490 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Après je suis assez convaincu de cette pêche première – ma mémoire se souvient
                        – assise enfant sur la chaise haute
                        – un œuf dans l’assiette
                        – deux parents en face ne parlant pas comme d’habitude : je remarque un annonage inhabituel et une une répétition insistante : un œuf – un eu – ffff
                        – distinctement j’ai le souvenir de cette pensée
                        Mais oui bien entendu que c’est un œuf, une perplexité et ensuite la compréhension qu’ils attendaient l’imitation
                        C’est peu etre anodin mais l’hypermnésie fixe davantage les éléments marquants
                        J’en suppute depuis l’importance

                      • #112491 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        C’est finalement une histoire de singe
                        Dont peut être tous les enfants ont l’intuition
                        A tel point qu’un jour en demandant qui avait
                        Graver un dessin dans la pierre friable de Touraine
                        A l’entrée de la maison de grand mère
                        L’enfant malicieux m’a répondu droit dans les yeux : c’est pas moi , c’est le singe

                      • #112493 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        merci Claire N.
                        je cherche à ce sujet d’autres films où cette pêche première est illustrée.
                        Herzog l’enigme de Kaspar Hauser bien sûr.
                        quoi d’autres, si tu as des références ?
                        un essai dont j’ai déjà parlé ici , Le journal d’un bébé D.Stern où l’ on découvre le monde à l’intérieur de l’enfant , c’est un livre magistral.

                        C’est peu etre anodin mais l’hypermnésie fixe davantage les éléments marquants
                        J’en suppute depuis l’importance
                        pareil, ça me semble très juste.

                      • #112498 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et bien comme par enchantement
                        Le Bertrand Belin tombe du ciel juste à côté me semble une bonne piste

                      • #112500 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires -se passent des choses bizarres sur ce chantier

            • #112328 Répondre
              Jeanne
              Invité

              Bien sûr que non, Kenny. Et si tu relis mon post, tu verras que j’ai dit « possiblement « , induisant que ma méfiance est circonstanciée.

          • #112329 Répondre
            Jeanne
            Invité

            « bonne façon d’annuler, mais toujours avec le sourire hein »
            comme tu t’en doutes, ceci m’énerve tout à fait

      • #112318 Répondre
        Claire N
        Invité

        imitation de l’adulte
        Merci point nodal à mes yeux
        Effectivement à distinguer de la copie
        Et oui peut etre que si je parviens à imiter une pensée elle me paraît plus «  claire »

    • #112411 Répondre
      .
      Invité

      « Des antilopes. Trois antilopes ! Des bêtes magnifiques. Les deux femelles broutaient, tandis que le mâle veillait, faisant pivoter lentement, insolemment ses grandes cornes annelées. Elles étaient là, à quelques pas de la rivière, presque à portée de javelot. Tapi dans les fourrés de la rive opposée, Sapiens les dévorait des yeux, la salive à la bouche, serrant les poings sur sa massue inutile.
      La tactique à employer lui apparaissait clairement, mais il fallait être plusieurs…
      L’homme s’éloigna en rampant silencieusement sur les coudes et les genoux…Hors de souffle, il fit irruption dans la grotte. Comme d’habitude, l’odeur de fumée et de peaux mal tannées prenait à la gorge et on distinguait à peine les corps allongés dans cet invraisemblable capharnaüm. Ils étaient presque tous là, désœuvrés, plus ou moins vautrés dans la pénombre. Sapiens enjamba un tas d’ossements mal nettoyés de leurs tendons et s’avança vers le chef. Il dit :
      _ Wroumpf !
      L’autre leva une paupière lourde en sa direction et baîlla.
      _ Wroumpf ! insista Sapiens, et pour montrer l’urgence de la situation, il émit une série de petits « wroumpf » sur un mode plus aigu.
      Tous le regardaient, mais pas un œil ne laissa filtrer la moindre lueur de compréhension ni d’intérêt. Sapiens saisit un épieu qui traînait au pied de la paroi et le mit entre les mains d’un de ses frères cadets. Lui tournant le dos, il se courba en avant, allongea ses deux mains en forme de corne de chaque côté de sa tête et, en une série de ruades de la croupe, il imita de son mieux les bonds des antilopes. Après quoi, il indiqua du bras le bas de la colline.
      Le chef s’éveilla de sa torpeur et bondit sur ses pieds.
      _ Wroumpf ? questionna-t-il.
      _ Wroumpf, wroumpf, wroumpf, confirma Sapiens en montrant trois doigts.
      Ceci fait, il allait, par une mimique appropriée, tenter d’expliquer sa méthode de chasse, quand il fut à demi piétiné par tous les hommes de la horde qui, saisissant des armes au passage, se ruaient au-dehors et déboulaient la pente, le chef en tête.
      « Les cons ! » pensa Sapiens, dans un « wroumpf » désespéré. »
      Pierre Davy, L’écho des cavernes

    • #113365 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      J’ai pu lire Un Enlèvement.

      Avant tout spoil éventuel, je dirais que c’est un livre qu’il ne faut pas arrêter en chemin. Ceux qui l’ont fait ont je pense tout raté, non pas simplement pour la beauté de sa fin mais parce qu’à mon avis on n’apprécie pleinement ce que « fait » le livre qu’une fois terminé. Son exercice de style.
      .
      [attention, possibles chutes de spoil, panneau triangle blanc-rouge]
      Les premières pages du livre m’ont un poil désarçonné. La flagrante sobriété que j’y trouvais n’était pas la même que par exemple celle de l’Amour — dont j’ai relu les trois-quatre premières pages dans le bus pour m’en convaincre, il faudrait étudier le détail. On discutait ici récemment de Thomas Mann, dont j’avais loué la finesse de « mimétiste » pour sa façon donner dans les dialogues un langage propre à ses personnages. La fin d’Un Enlèvement m’a définitivement convaincu du fait que le livre entier était bien un certain exercice de style, où l’on ne donne pas seulement un langage propre aux personnages dans les dialogues mais où l’on assume de glisser en partie, mais tout le long, dans le langage d’un autre. La langue d’Emmanuel — ça n’est pas qu’une affaire de vocabulaire. Du peu que j’en sais, tous les auteurs ne font pas ça. Par exemple mon chouchou Echenoz ne me semble pas faire ça. Bien sûr on sent toujours le style FB dans Emmanuel, une certaine concision, sécheresse, un certain humour, mais l’hybridation est réelle — merci d’ailleurs pour ces très bons running gag (« j’ai tapé chiites sunnites différence »).

      En cours de lecture, ce qui m’a paru faire bien tenir le livre était aussi sa scénarisation. L’ombre du titre plane sur le récit, c’est très bien mené. On se rend compte que le récit va rarement là où on l’attendrait. Aussi la « résolution » finale (qui n’en est pas une) n’est ni un tour de passe-passe nolanesque, ni un drame, ni une réconciliation. Les personnages sont à la fois caricaturaux (caricature non dénuée de justesse) et dotés d’une vraie épaisseur — quelle redoutable et froide intelligence que celle de Brune (conclue par ce « T’es content tu l’as revue? » – « Revu qui? » – « Tu es incorrigible »). Blague à part, on assiste tout de même la rencontre d’Emmanuel avec le docteur Darmanain, belle prescience, bravo.

      Et puis cette très belle échappée finale sur l’amitié, cette rupture de ton radicale. Qui me rappelle ces phrases sur le « peuple des enfants » de Joël Baqué.

      Il était une fois Louis, enlevé au peuple des enfants.

      • #113368 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Voilà. Je l’ai sorti.
        Merci I.G.Y pour cette très belle envie.

      • #113371 Répondre
        Malice
        Invité

        Je me demande encore si Brune accuse Emmanuel d’être incorrigible parce-qu’elle devine qu’il ment quand il prétend ne pas voir de quelle femme elle parle en lançant  » tu l’as revue? » ou parce-qu’elle devine qu’il a à nouveau cherché à coucher avec l’autre. On se demande si ce couple a fini par accepter la double-vie de Manu au point d’ironiser sur son incapacité à résister à l’autre femme.
        Je suis en train de lire  » Docteur Faustus » et je confirme que le grand truc de Mann, c’est décrire les gens, leurs tics, leurs corps, leurs discours ( exemple : les différents fous de la ville où étudient les héros de Faustus; le prof de musique bègue)

        • #113377 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Moi je crois que Prune désigne chez Emmanuel son plaisir supérieur au mensonge quand elle dit cela, pas son éventuelle nouvelle coucherie, mais le roman ne tranche pas (donc mon hypothèse est une interprétation personnelle, consciente de l’être).

          Et j’aime bien par ailleurs ton interrogation sur une possible ironie, qui peut toutefois dès lors autant porter de la part de Prune sur ça, son grand plaisir à lui à mentir, que sur « son incapacité à résister à l’autre femme ». On peut tromper pour le simple plaisir de mentir, c’est répandu je crois et amusant quand on y pense, ce subterfuge à soi-même. Intéressant en tout cas
          Reste que Prune et Emmanuel n’en parleront pas dans le roman de ce qu’ils entendent chacun par leurs mots, le sauraient-ils eux-mêmes. Et ne s’interrogeront pas non plus sur le plaisir de corriger et le plaisir de faire bien semblant de s’y soumettre. Pas plus d’ailleurs que sur l’élan vers un(e) autre. Ou peut-être que si, mais dans le secret de leur chambre, pas ensemble, et pas dans ce roman non plus, qui contient, en même temps qu’il doit y renoncer, tous ces possibles

          • #113378 Répondre
            Malice
            Invité

            Quand Manu fait mine de ne pas comprendre de qui Prune parle, je lui trouve aussi un côté enfantin, il pourrait y avoir une maladresse comique dans le fait qu’il s’imagine que sa femme va le trouver crédible dans cette fausse innocence.
            A propos du plaisir du mensonge, Sonia Kronlund l’évoquait dans une émission sur les agents secrets : l’excitation de la tromperie proviendrait autant du secret que du désir sexuel/amoureux; il y aurait un pont entre le métier d’espion et celui d’amant.

            • #113380 Répondre
              Juliette B
              Invité

              Oui, Krolund a bien exploré ça personnellement et professionnellement. Et est capable d’en restituer le caractère comique, concomitant au tragique

              • #113382 Répondre
                Malice
                Invité

                Dans le docu  » L’homme aux mille visages », j’ai adoré la chute comique au passage

          • #113379 Répondre
            kenny
            Invité

            aussi le gosse qui exaspère tout le monde en refusant d’apprendre à lire
            idée géniale

            • #113383 Répondre
              Malice
              Invité

              Quand je lis le roman, j’en veux aux parents d’avoir inscrit Louis au stage d’été, ça me paraît une variante du scandale du cahier de vacances. A sa place moi aussi j’aurais envie de creuser un tunnel sous l’Atlantique

              • #113395 Répondre
                kenny
                Invité

                il leur rend bien

              • #113397 Répondre
                Ostros
                Invité

                Le gosse qui exaspère tout le monde en refusant d’apprendre à lire : il exaspère et surtout il inquiète. Les parents. Ne pas lire ça leur cause de réelles angoisses quant à son avenir scolaire proche et lointain et ça met en danger l’image de la famille. C’est un gros truc. Louis c’est le petit caillou qui vient faire se gripper les rouages bien huilés de la machine famille-entreprise. Avec son inconscience de môme tout occupé à la vie.

                • #113398 Répondre
                  kenny
                  Invité

                  c’est ça, la bonne idée
                  ce petit résistant a bien compris, au premier genre, les obsessions de sa classe

                  • #113429 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Sur le « incorrigible », je ne vais pas trancher entre les différentes pistes
                    M’intéressait surtout ce lexique infantilisant. Incorrigible c’est d’un gosse qu’on le dit.
                    Un enlèvement entre dans la peau d’un père qui, comme tout un chacun, est un gosse. A la fois est un gosse et est traité comme tel par Brune, l’adulte du livre, c’est à dire : celle qui joue tellement bien la comédie de l’adulte qu’elle finit par l’etre vraiment (pourpeu que ce « vraiment » ait un sens dans le corps social)
                    Je note aussi ce que dit IGY sur l’hybridation de la langue narratrice. Oui c’était le défi de ce roman de parler comme Emmanuel, penser comme Emmanuel, de ne pas etre plus fin ni plus clairvoyant qu’Emmanuel. Non qu’il soit bête, mais clairement sa condition le limite. J’ai alors fait en sorte que Emmanuel ne pense pas, mais soit traversé par des pensées. Il ne pense pas, il est pensé – comme on dit « je suis parlé ».
                    Je continue à trouver le résultat parfois bancal – ce que je préfère dans ce livre c’est ce que IGY appelle la scénarisation.

                    • #113464 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      « Brune, l’adulte du livre » : mais oui, c’est tellement ça. Aussi le fait de vivre le roman du côté d’Emmanuel et de n’être à aucun moment dans la tête du Brune renforce cette impression.

                      • #113465 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        La petite Justine n’est-elle pas aussi vêtue du costume de l’adulte ?
                        Celle qui se tient, qui répond correctement aux questions, qui raisonne dans le cadre et qui agit avec politesse et tempérance. Tout ça pour son âge. Précoce parce que forcée.
                        J’ai vu ce que l’école privée fait aux corps des enfants. Je suis pleine de compassion pour ces deux gosses. La grande sœur parfaite qui tient la corde autant que le petit sauvage qui la ronge.

                    • #113466 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Manu me semble en admiration devant cette « adulte » de Brune, c’est d’ailleurs une des raisons qui me font penser que jamais il n’envisagera de quitter cette femme – le déchirement serait dévastateur-et qu’il a besoin de récréations avec une amante  » de son âge », entre autres pour supporter l’ admiration qu’il voue à sa femme.

        • #113401 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Concernant une ironie qui découlerait d’une acceptation de la double vie, je ne sais pas, je le sens un peu différemment. Il y a tout de même ce moment glaçant où les deux rentrent de leur soirée chez des amis, Brune est bourrée, on croit que Manu va tout lui avouer (« Je l’aimais, je me suis lancé », facétieux François qui joue avec son lecteur) et qui finalement lui dit un truc qui n’a rien à voir (Louis sait lire). Et il y a alors cette phrase : « Ma femme a éclaté de rire. Un rire étrange, inédit, forcé, âpre, laid. L’amorce d’un hurlement qui n’est pas venu ». Ce passage me paraît déterminant.

          Je sens chez Brune une sorte de colère sourde, rentrée, qui n’explose pas et n’explosera peut-être jamais. Le genre de colère qui fait qu’un beau matin notre petit Emmanuel, se réveillant de bonne heure pour son jogging, allumant sa lampe de chevet, constatera que Brune s’est évaporée.

          • #113405 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Cette espèce de jusqu’au boutisme dans le mensonge face à une femme qui a parfaitement compris m’a beaucoup fait penser à ce cher Di Caprio (Ernest) dans Killers of the Flower Moon (le « Louis sait lire » ou le « revu qui? » m’a vraiment fait penser à la dernière confrontation entre Ernest et sa femme, à table, à la fin du film)

            • #113417 Répondre
              Juliette B
              Invité

              Oui, l’ironie possible de Brune ne serait de toute façon pas complice, faute de complicité ne serait-ce qu’ordinaire, minimale, entre eux. Chacun est déjà sur son île dans cette famille, a mieux à faire ailleurs. La bourgeoisie s’épuise à vouloir se perpétuer

              • #113418 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                C’est vrai que leur complicité de base n’est pas si forte. « Ironie » vaudrait tendanciellement pour « sarcasme ».

                On sent un grand potentiel de toxicité dans l’avenir de ce couple. Il n’y a qu’à voir comment Emmanuel commence parfois à psychoter et à voir le monde complotant contre lui lors de ses longues échappées logorrhéiques inarrêtables (ça m’amuse de voir que c’est le même genre de procédé stylistique qui est venu spontanément à l’esprit de Wu Ming dans Q Comme Complot dont j’avais parlé il y a quelques temps — il radicalisait la chose bien plus loin).
                .
                Et puisqu’on y va des hypothèses spéculatives sur ce « tu l’as revue » final, qui tombe assez subitement, je ne peux m’empêcher de donner ma spéculation à moi. Il y a deux ou trois allusions expresses (dont une de mémoire peu avant le dialogue en question, par rapport à la mère âgée) à l’application mobile de tracking GPS espion mSpy — je découvre en l’écrivant que la marque existe réellement :  » logiciel espion pour téléphones portables pour protéger votre famille », qu’ils disent. Moi je spéculerais bien que ce « tu l’as revue? » sorti totalement de nulle part est dû à l’infection du portable de ce cher Manu par mSpy installé par Brune.

                • #113421 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Devant la saison 2 de White Lotus, j’ai beaucoup pensé à Brune et Emmanuel; des couples qui leur ressemblent y trouvent des arrangements qui pourraient être celui du couple d' »Un enlèvement » – qu’on peut voir comme une façon de gérer la situation d’une façon à la fois grinçante et satisfaisante.
                  Ce qui m’a marquée dans le couple d' »Un enlèvement », c’est que tout est en place pour que ce mariage finisse ; peut-être que ça aura lieu après la dernière page, après tout, tant de gens divorcent ; mais l’idée que ce couple durera malgré tout ne m’a jamais quittée.

                  • #113424 Répondre
                    Juliette B
                    Invité

                    Oui, une logique objective de conservation

                    (Et puis, si comme Iggy me l’a fait soudain me demander ils ont depuis secrètement tué la vieille, ils se tiennent l’un l’autre en fait)

                    • #113430 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Je ne me suis jamais posé la question.
                      Je parierais sur une séparation une fois que les enfants sont sur les rails.
                      Mais en fait je ne sais pas. L’écrivant, je me rends compte qu’aucune hypothèse n’a plus de poids qu’une autre.

                      • #113448 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « Concernant une ironie qui découlerait d’une acceptation de la double vie, je ne sais pas, je le sens un peu différemment. Il y a tout de même ce moment glaçant où les deux rentrent de leur soirée chez des amis, Brune est bourrée, on croit que Manu va tout lui avouer (« Je l’aimais, je me suis lancé », facétieux François qui joue avec son lecteur) et qui finalement lui dit un truc qui n’a rien à voir (Louis sait lire). Et il y a alors cette phrase : « Ma femme a éclaté de rire. Un rire étrange, inédit, forcé, âpre, laid. L’amorce d’un hurlement qui n’est pas venu ». Ce passage me paraît déterminant.
                        Je sens chez Brune une sorte de colère sourde, rentrée, qui n’explose pas et n’explosera peut-être jamais. Le genre de colère qui fait qu’un beau matin notre petit Emmanuel, se réveillant de bonne heure pour son jogging, allumant sa lampe de chevet, constatera que Brune s’est évaporée. »
                        tout ça très bien vu je trouve
                        au fond cette scène dénote que Brune elle-même n’est pas si satisfaite de la machine parfaite qu’elle a mise en place. quelque chose gronde en elle, qui ressort là à la faveur de l’alcool. quelque chose de plus sale, de plus sauvage, et sans doute vivant.

          • #113557 Répondre
            -netflou-
            Invité

            Ce brave Emmanuel.
            Le tour de force de François de l’avoir approché et rapproché au point où puissent s’établir des liaisons entre lui et moi. C’est troublant dans la mesure où d’emblée tout nous opposait. Arroseur arrosé. De moqueur à moquable.
            Je vous avais déjà fait un retour à ce sujet : le papa inquiet face à la résistance de l’enfant avait mis à jour le noyau conservateur irréductible de la famille nucléaire – de tout bord.
            Mais encore hier à la rivière, dans un trou frais, habituellement calme et confidentiel, mon agacement immédiat de voir débouler une bande bruyante d’artisans ?, employées ?, ouvriers des TP ?, grosse glacière, grosse bedaine, s’enquillant des 1664 à la myrtille sur Leffe à la pistache, tapant dans de gros sachets de chips, mastiquant la charcutaille avec énergie, gueulant pour enjoindre à leurs gros enfants de moins gueuler. Mon corps est secoué par la même énergie que Manu à la Conche dans une situation similaire : la proximité de ces corps de prolétaires me déplaît.
            C’est d’autant plus douloureux que Manu n’est pas de gauche, et moi si.
            Que j’en aie été de ces piqueniques à grosse glacière ; où essuyant mes mains graisseuses sur mon short de bain, je beuglais avant de me jeter à l’eau.
            Je les aurais voulus moins bruyants, plus sveltes, moins avides de mets agroindustriels (je laisse le groin).
            Là, d’Emmanuel je passe à Paul : « C’est ainsi que notre épatante lucidité quant à l’oppression subie par la classe inférieure nous l’avait aliénée. Aux yeux des prolétaires, notre excellence analytique nous embourgeoisait : plus notre pensée était relevée, plus elle compromettait la fraternisation interclasse qu’elle visait. À la fin, nous détestions cette plèbe que nous aurions voulue sauver d’elle-même. » . Phrases lumineuses.
            Je finis par me réjouir pour leur grosse joie bruyante, pour leurs gros corps vivifiés par l’eau claire, pour leur audace à se mettre une mine avec des bières aromatisées à 15 h quand on est quadraquinquagénaire. Mais l’agacement aura été la sensation liminaire.

            • #113682 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              « Je vous avais déjà fait un retour à ce sujet : le papa inquiet face à la résistance de l’enfant avait mis à jour le noyau conservateur irréductible de la famille nucléaire – de tout bord. »
              Voilà
              Belle honnêteté que la tienne
              Te voilà armé pour écrire ton Psychologies

            • #113703 Répondre
              Juliette B
              Invité

              Pas de côté.. Le rapport au bruit, oui. Inculqué/incorporé dès l’enfance. Qui fait que dans un train on pourra lire ou pas quand un petit enfant bruyant fait du bruit avec sa machine bruyante.. Pas une disposition autre, une tolérance toute personnelle
              Mais la télé allumée en permanence dès l’enfance – ou pas – le jeu de l’enfant avec une machine bruyante d’emblée munie d’écouteurs par ses parents qui
              ne la supportent ordinairement pas, ou si, et tous nos voyages en seront changés dans nos perceptions primaires de l’affaire

              • #113721 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui j’aime bien cette narration netfou
                Et pour la tolérance au bruit Juliette je ne sais pas
                La seule chose que j’ai remarqué c’est qu’après le passage par le travail et les enfants je le supporte moins bien : le bruit semble être devenu un stimuli coupant ma concentration car il m’appelle à réaction

      • #113479 Répondre
        Toto
        Invité

        Un enlèvement est trop court.
        On reste sur sa faim.

        • #113562 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          je veux bien l’entendre mais il faut préciser
          qu’aurais tu voulu que j’y mette qui n’y est pas?

          • #113596 Répondre
            Toto
            Invité

            Passer plus de temps avec ces personnages
            Connaître la suite de leurs aventures
            On s’attache, on aurait aimé les voir vivre un peu plus longtemps

            • #113722 Répondre
              Luc
              Invité

              Dis on n est pas sur netflix hein!
              😉

    • #113394 Répondre
      Tony
      Invité

      « Je m’adresse à toi devant témoins pour que tu comprennes mieux:non,nous ne passerons pas le reste de nos nuits ensemble à cause de celle d’hier soir.Pour toi, c’était un miracle;pour moi, c’était un jeudi. »
      Sandra Lucbert La Toile

      • #113396 Répondre
        kenny
        Invité

        c’est mieux que ses essais?

        • #113399 Répondre
          Tony
          Invité

          C’est très différent, c’est un drôle de livre,je n’en suis qu’à la moitié, c’est une sorte de roman épistolaire à l’ère du numérique et des réseaux sociaux,il y a un petit côté Liaisons dangereuses et un sous texte sur fond de management toxique, c’est très drôle et assez intéressant.

          • #113400 Répondre
            kenny
            Invité

            tu pourras dire deux mots sur son style à l’occasion
            ce que j’ai lu ne m’a pas paru à la hauteur de son ambition
            celle de liquéfier la langue – je crois qu’elle dit défigurer, ou refigurer
            d’ailleurs parle-t-elle de la langue en général, déconstruire les syntagmes, les structures clichés etc ou limite-t-elle son projet à la langue hégémonique du néolibéralisme
            dans ce cas il ne serait pas si littéraire qu’elle le dit
            tout ça n’est pas très clair, mais j’ai pas lu son littérature et politique, la recension critique dans la mule m’avait refroidie
            on te laisse le temps de terminer

            • #113402 Répondre
              Tony
              Invité

              Attention ce livre a été écrit bien avant ces conceptions théoriques, d’ailleurs je crois l’avoir entendu dire qu’elle n’écrirait plus de roman,que la forme roman serait par essence bourgeoise,celui là a une forme épistolaire,il n’y a pas de narrateur donc juger de son style n’a pas beaucoup de sens,ce que je vois malgré tout c’est qu’elle arrive plutôt brillamment à alterner différents registres d’écriture ou de discours avec une certaine sophistication et, surtout, toujours très drôle.

              • #113404 Répondre
                kenny
                Invité

                « que la forme roman serait par essence bourgeoise »
                elle va un peu vite en besogne là non? on dirait du lagasnerie
                mais si c’est drôle je me laisserai peut-être tenter, j’aime tellement l’humour

                • #113431 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  toujours l’incapacité prime
                  je n’arrive pas à écrire de roman donc je décrète que le roman est bourgeois
                  ou : je n’ai pas de succès en roman donc je décrète que le roman est bourgeois
                  cela dit je n’ai pas lu ce roman, et ce que dit Tony de sa drolerie m’attire, et la citation aguiche (la chute sur jeudi)

                  • #113435 Répondre
                    Tchitchikov
                    Invité

                    Vas-y sans hésiter ce roman est très fin et saisit quelque chose de l’intimité numérique moderne. J’aime beaucoup Personne ne sort les fusils et Le ministère des contes publics pour d’autres raisons. Mais j’espère que Lucbert n’a pas abandonné le roman. Elle est vraiment douée.

                    • #113437 Répondre
                      Tchitchikov
                      Invité

                      Disons que s’y manifeste une certaine crudité qui, ai-je entendu dire, n’est pas pour te déplaire. Sur le supposé « lean-management » et autre bullshit c’est très drôle.

    • #113483 Répondre
      perové
      Invité

      Qui connaît Maurice Pons ici ?

      Je recommande : virginales.

      Petit recueil de nouvelles absolument sublime, sur la montée du désir, l’éveil des sens..
      grand styliste, il arrive à s’approcher grandement de l’indicible des petites perversions enfantines

      j’ai poursuivi avec « Les saisons » qui est très bon aussi, grotesque à souhait, mais ne m’a pas séduit autant que dans ses virginales

    • #113531 Répondre
      kenny
      Invité

      règles du mikado de de luca : bien aimé la première partie, tout en épure et habilement agencée
      ça s’essouffle quand le dialogue devient épistolaire
      la realidad de sinno : plaisir de lecture personnel, des souvenirs reactivés, descriptions de lieux ou réflexions linguistiques très justes
      mais rien est abouti
      carnet de voyage, récit journalistique, très académique
      le long passage sur Artaud est chiant comme un mémoire de master
      deuxième occasion manquée de faire un roman

    • #113543 Répondre
      Claire N
      Invité

      Je reviens à Toledo, les éléments fins de la disparition de Lena, et l’effet du travail qui semble agir comme un empêcheur d’exception, un cadre un rail du cours des choses rigides et reproductibles
      «  je vais partir et Len n’est pas encore rentrée, ce n’est pas inhabituel mais ça ne m’enchante pas. Il suffit qu’on lui ai demandé de vérifier certains dossiers pour demain »
      « Mais tant que j’aurai quelques minutes d’avance, je ne partirai pas. Je suis nerveux « 
      «  j’ai appelé plusieurs fois à la maison et je n’ai obtenu aucune réponse, ce téléphone sonne sans fin dans une maison vide et sombre ou bien il est en dérangement, c’est cela, il est en dérangement. Je fais mon boulot, je verrai demain. »
      «  la maîtrise de soi a duré un temps, la fatigue a fait le reste « 
      Pas à un moment il n’est pensable que l’impétuosité du travail laisse une place à la mort même ; oublie que tu es mortel de cela le travail ne veut rien savoir

      • #113563 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        super bien vu

        • #113568 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je te remercie de passer outre les coquillettes
          Que j’ai servi dans ce post
          Et oui plus j’y songe, plus cet aspect du livre qui m’avait accroché à la poitrine un état de profonde et sourde révolte commence à décanter
          Tu sais ça m’a secoué pour longtemps
          J’avais envie de fuir quelque part – l’oppression

          • #113576 Répondre
            Juliette B
            Invité

            Je poursuis sur ta réflexion Claire, ton expérience du livre pourrais-je écrire. Parallèlement au moment où Markus, requis par son travail, est dans le « juste avant » de la découverte de la disparition de Lena, que tu décris avec finesse, il y a un moment antérieur qui m’a beaucoup et longuement troublée : c’est celui où il accepte le travail de nuit proposé par son patron. En fait, rien ne l’y oblige – il travaille depuis 7 ans la journée et aime ça, n’est pas menacé d’être viré s’il refuse de remplacer son collègue de nuit – et la page 37 est très troublante, virtuose aussi, parce qu’on le voit se dire intérieurement « Non. Non. Non. », puis en haut de la page 38 nous dire : « J’ai dit oui ».

            C’est une décision vertigineuse parce qu’elle signe le fait qu’il ne verra pratiquement plus Lena, tout juste se croiseront-ils entre son retour du travail à elle et son départ à lui. Il le sait.
            Et il dit oui.

            Il le fait, comprend-on, parce que le révulse toute la petite comédie du choix proposé par son chef – cet « arrangement » possible entre eux deux qui en fait n’arrangerait pas vraiment Markus, en tout cas pas sa vie amoureuse, mais beaucoup son patron. Il refuse cette comédie, comme le Bart de Joy.
            Mais il le fait aussi pour une autre raison et c’est très fort je trouve parce que c’est Lena qui la formule page 49, alors qu’il se tortille de culpabilité et de remord devant elle en lui annonçant son nouveau travail :

            Elle saisit ma main et la colle contre sa joue. « C’est très bien comme ça, tu avais besoin de changer un peu, n’est-ce pas ? »

            Je trouve ce passage infiniment beau et triste. Lena sait avant Markus lui-même que c’est lui qui vient de choisir de disparaître de sa vie à elle et de signer la fin concrète – matérielle – de leur vie à deux.
            Et Markus, l’homme qui inlassablement marche, et elle l’aime aussi pour ça puisqu’elle l’aime, « ne décode pas » le geste de douceur de Lena sur sa joue. Son beau geste d’amour face à l’adieu obligé, mais pas pensé, de son amoureux requis par sa marche
            C’est fort

            • #113578 Répondre
              Claire N
              Invité

              Oui c’est fort
              Pas de cri, pas de palabre pas de bruit
              Et pourtant oui on sent quelque chose de tellement fort s’arracher – je crois qu’elle touche
              A la matière même de l’amour
              Elle me l’a fait entendre et sentir
              Ce que tu en écris me met les larmes aux yeux
              Et oui Lena le sent venir
              Son adieu est d’une bonté folle – il n’est pas dit
              Il est accueilli par amour

              • #113579 Répondre
                Claire N
                Invité

                Et je repense au titre du documentaire sur les Pinçons Charlot: «  à demain mon amour « 
                Cette force là qui sait le fragile et l’éphémère
                Contre celle du travail
                Dans ce livre les choses se sentent physiquement

            • #113587 Répondre
              nefa
              Invité

              page 153, avec Mary : « Puis elle a levé une main sur ma joue, et l’a posée là, en parfaite adéquation avec le contour de mon visage. Ce geste. Ce geste est minuscule si on le regarde de près, on l’a vu cent fois, mais elle l’a fait pour moi et avec une tendresse infinie. »
              Ce geste,
              dans le roman, qui signifie aussi bien la fin que le début,
              où ça commence par un motif (évoqué par Juliette) qui exprime la finalité matérielle et finit par celui d’un début qui l’est tout autant (matériel) – « Mary est resté avec moi » (p154).
              Comme souvent des signes Markus n’en est pas l’initiateur, il n’en a pas le contrôle.
              .
              Bénédicte Thiébaut finit son livre avec une caresse olfactive : « une odeur toute nouvelle » (p 155).

              • #113590 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui- caresse olfactive et tout petit geste
                Mel et Georgia aussi
                P72
                «  Mel a rapetissé, s’est tassé depuis qu’il vit en Géorgie, et il fait des pancakes. L’odeur des gâteaux de Georgia doit cruellement lui manquer « 
                La cabane à oiseaux aussi qui m’a beaucoup émue
                Pratique que Mel emporte malgré la disparition de Lena; pour elle aussi ce petit geste sans témoin s

            • #113595 Répondre
              ,
              Invité

              « C’est très bien comme ça, tu avais besoin de changer un peu, n’est-ce pas ? Ses paroles rassurantes ont un arrière-goût que je ne décode pas. »
              C’est vrai qu’on peut entendre à travers ces mots comme un renoncement de Léna, par amour. On peut aussi entendre quasiment l’inverse, comme une sorte d’acceptation un peu trop rapide qui pourrait trahir une quasi indifférence de Léna, comme si ce changement ne lui faisait ni chaud ni froid. A la première lecture j’étais partie sur ce versant plus sombre, parce que j’avais trouvé le personnage un peu ambigu. Une des première choses qu’on lit sur elle c’est « elle est toute en mauvaise humeur et en ingratitude […] elle grogne, elle me maudit ».

              • #113600 Répondre
                Juliette B
                Invité

                Je n’ai pas eu le sentiment que le personnage de Lena était plus chargé que celui de Mary. Markus a sur elles deux un même regard à la fois tendre et parfois froidement objectif. Simplement, dans le livre on découvre le couple Markus et Lena à un moment avancé de leur histoire ensemble, alors que celui de Markus et Mary, on le voit naître.
                « Ce geste dans le roman; qui signifie aussi bien la fin que le début », oui c’est très fin ça de la part de l’auteur me je trouve
                Ce qui aura fait la différence c’est le temps déjà passé ou pas ensemble. Je n’ai pas pensé en terminant le roman que Mary et Markus c’était pour la vie. Je n’imagine pas Markus se fixer où que ce soit définitivement. Il peut se poser longtemps, et en mille endroits qui se présenteront à lui, mais le mouvement il ne peut pas y renoncer. C’est comme si son corps le portait régulièrement ailleurs et, pour moi, Lena en a pris la mesure au fil du temps

                • #113719 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Il y a tout de même en ces 2 gestes quelque chose qui me semble proche :
                  – pour Mary : il sent arriver une claque, c’est une caresse qui aboutit sur le rivage
                  – Lena opaque oui peut être et ambivalente dans sa réponse laisse et sa peine et son amour et son indifférence à distance de Markus
                  Ce sont toutes deux des femmes je trouve qui de leur propre affect sur elles même savent ou sentent l’emprise, ou en tout cas n’en font pas la justification de leur rapport à Markus
                  La claque qui se transforme en caresses est le reflet pour moi d’une victoire interne de Mary, une victoire contre le bon droit et la tentation de la domination par la colère
                  Lena n’exerce pas les prérogatives d’épouse sur les décisions de Markus

    • #113577 Répondre
      Tchitchikov
      Invité

      Quelqu’un a déjà lu Bolaño ? J’ai envie de me lancer dans Les détectives sauvages cet été.

      • #113580 Répondre
        Claire N
        Invité

        Va savoir pourquoi, ce livre est dans mon cerveau
        «  rangé « entre le mot «  pirate « et le «  bateau ivre « 
        Bousole indispensable donc

        • #113589 Répondre
          kenny
          Invité

          je commence 2666

      • #113594 Répondre
        Alex
        Invité

        Depuis que j’ai lu Les détectives sauvages il y a deux ans, je ne me suis plus arrêté, j’ai lu une bonne partie de son œuvre maintenant. Claire a raison, c’est un auteur qui nous reste, et va savoir pourquoi. Bolaño ne dit rien, jamais. Il respecte trop la vie pour ça. Lance-toi, ça vaut le coup. Laisse-toi entrainer par ce flot de vie, et n’essaie pas de t’accrocher. Tu n’y arriverais pas.

        • #113597 Répondre
          nefa
          Invité

          « Bolaño ne dit rien, jamais. Il respecte trop la vie pour ça.  »
          Désolé, c’est plus fort que moi, faut que je renforce :
          J’ai d’ailleurs l’impression qu’on ne dit « rien » toujours, au pire (au mieux) on tente de dire. Et la vie s’en trouve respectée.

          • #113644 Répondre
            Alex
            Invité

            Peut-être qu’on ne dit jamais rien (encore faudrait-il définir « dire »), mais plusieurs auteurs prétendent dire. Voir notamment l’exemple du Chien blanc de Romain Gary dans Comme une mule : Gary affirme des trucs sans arrêts, il proclame, délivre des jugements sur tout (voilà ce qui pourrait être une définition de dire). À ce titre, Bolaño serait un parfait exemple du contraire. Bolaño ne juge jamais la vie, il la montre, dans toute sa beauté, dans toute son horreur.

            • #113663 Répondre
              kenny
              Invité

              « Bolaño ne dit rien, jamais. Il respecte trop la vie pour ça. »
              pour le peu que j’en ai lu pour l’instant, tout le contraire du roman à thèse
              plutôt que d’interpréter, le narrateur se contente de suggérer des hypothèses
              tout et son contraire
              normalité et extraordinaire mis sur le même plan
              digressions inutiles et détails signifiants sur le même plan
              et toujours ce ton nous rappelant le caractère arbitraire de ses choix narratifs
              quant à conquistadors de vuillard, il fallait la littérature pour exprimer la folie du plus grand génocide de l’histoire à travers l’un de ses épisodes
              ce qu’aucun livre d’histoire, qu’aucune comptabilité macabre ne peut faire ressentir pleinement
              entre faits documentés et speculations sur ce qui se passait dans les têtes
              comment des humains ont-ils pu commettre un tel crime

        • #113601 Répondre
          Tchitchikov
          Invité

          Merci, ça met l’eau à la bouche.

    • #113870 Répondre
      Charles
      Invité

      C’est l’été, on peut se permettre de lire des livres plus légers, tels que des romans d’espionnage. Je viens de finir le Ministère de la peur de Graham Greene, nouvellement traduit par Claro. Celui-ci revient dans la postface sur la précédente traduction dont il moque et critique l’emphase, le « foisonnement » délirant (en gros quand Greene utilise 20 mots pour une phrase, la traduction en compte le double ou presque). Ce n’est évidemment pas le cas de Claro, dont la traduction est précise, élégante, rigoureuse. En voici 3 exemples choisis naturellement en toute bonne foi :

      « Il n’était plus aussi sûr que ces deux-là fussent exempts de cicatrices. Son frère pérorait tandis qu’elle ressentait. »

      « Quand il était sorti de ce qui ne s’appelait pas une prison, quand la décision de justice lui avait signifié dûment et rapidement sa relaxation (….)  »

      «  »Il y a une chose dont je n’ai pas parlé » dit Rowe en hésitant.
      « Oui? » Willi se détourna de la fenêtre et, posant de nouveau une main sur l’épaule de sa soeur, attendit d’un air inquiet. « Quelque chose qui va annuler le chanoine Topling? » « 

    • #113884 Répondre
      perové
      Invité

      Par où commencer Colette ?

      • #113909 Répondre
        graindorge
        Invité

        @perové
        Sido
        « À ce moment, son visage, enflammé de foi, de curiosité universelle, disparaissait sous un autre visage plus âgé, résigné et doux. Elle savait que je ne résisterais pas, moi non plus, au désir de savoir, et qu’à son exemple je fouillerais, jusqu’à son secret, la terre du pot à fleurs. Elle savait que j’étais sa fille, moi qui ne pensais pas à notre ressemblance, et que déjà je cherchais, enfant, ce choc, ce battement accéléré du cœur, cet arrêt du souffle : la solitaire ivresse du chercheur de trésor. Un trésor, ce n’est pas seulement ce que couvent la terre, le roc ou la vague. La chimère de l’or et de la gemme n’est qu’un informe mirage : il importe seulement que je dénude et hisse au jour ce que l’œil humain n’a pas, avant le mien, touché… »

    • #114505 Répondre
      Charles
      Invité
      • #115114 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je finis de relire Un roi sans divertissement
        Trente ans après, ça tient
        Ca tient même encore mieux
        Grand livre qui 250 pages durant tourne autour du trou (et donc de l’art)

        • #115119 Répondre
          Charles
          Invité

          Bien sûr, peut-être le plus grand livre de Giono. Un peu obscur mais fascinant, vertigineux dans ses ellipses, ses sauts dans le temps.
          La page Wikipédia du livre aide beaucoup à la compréhension du récit, je la recommande.

          • #115137 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            C’est de l’obscurité faulknerienne (Giono l’a lu, c’est évident, et c’est ce qui fera la diff entre le premier Giono, d’avant guerre, et les romans d’après, dont celui ci.)
            Cette obscurité est un peu ma base arrière littéraire, j’y suis comme veau dans un pré, donc j’y vois clair.

            • #115147 Répondre
              Alphonse
              Invité

              Les Ames fortes m’avaient particulièrement bousculé, et rebelotte à chaque relecture. Faulkner, là aussi, pour l’indécidabilité du récit. Le noyage de la vérité romanesque. Le Moulin de Pologne, aussi, saisissant.

    • #114626 Répondre
      Charles
      Invité

      Des recommandations de livres à lire pour les vacances d’été?
      Je compte me lancer dans Ubik de K Dick bien que j’aie peur que cela me tombe des mains.

      • #114627 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

         » Perpétuité » Guillaume Poix. Éditions Verticales

         » Sylvain est là, toupie à l’arrêt ployant sur le formica d’une étagère. À la vue de Pierre, il se redresse. Dans quelques minutes, lui sera dehors, guilleret, énergique – méconnaissable sans l’uniforme et les galons.
        — Journée de merde.
        — Sans blague, ironise Pierre.
        Ça parle sec pendant la transmission, au ras des dents.
        Le personnel manie sans modération cet humour harassé.
        — Quoi de neuf depuis hier ?
        — Tu vas pas t’ennuyer.
        — Youpi.
        Pierre se plaque contre la porte, omoplates endolories,
        se gratte l’aisselle, hargneux, il s’écorche.
        — On a quoi ?
        Chaque jour, c’est la même limonade, l’inquiétude vaut la curiosité, elles se confondent désormais, on voudrait garder du cœur à l’ouvrage et l’envie mais la répétition démotive, le monceau d’ennuis qu’il va falloir dompter tarit l’enthousiasme. Les années passent et Pierre se lasse, ça l’intéresse
        de moins en moins, lui le premier surveillant, le posté, de régler les problèmes des autres – déjà les siens c’est un col de haute montagne. Il sent qu’il se retire, comme la mer laisse affleurer la vase, il met de plus en plus de temps à retrouver de l’élan, son coefficient baisse, il ignore s’il s’absente de son job ou si c’est l’existence elle-même qu’il déserte. »

        • #114629 Répondre
          Tony
          Invité

          Vraiment pas mal cet extrait,y a des belles choses.

          • #114636 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Il paraît le 21 août. Il est dans la petite liste des livres que je vais recevoir pour mon anniversaire
            Verticales offre quelques pages sur son site.

            • #115139 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Contrairement à Graindorge qui le recommande sans l’avoir lu (sur combien de livres non lus aura-t-elle statué ici? c’est un record du monde), je le recommande en l’ayant lu. C’est moins crédible mais c’est déjà ça.

              • #115140 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Rendez vous donc le 21 aout, qui est aussi le jour de sortie de Je ne suis pas une libellule, sur quoi chacun se précipitera.

              • #115163 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                A quoi ça sert alors les quelques pages partagées par Verticales si ce n’est pas pour nous donner envie – ou pas – de lire tel ou tel livre? Et à quoi servent tes podcast petit con? les gênes perdues à propos des livres édités par Cause Perdue ou autre et qui
                s’achèvent par  » voilà, j’espère que cela vous aura donné envie de lire ce livre… »
                Je regarde l’heure de ton message: 7h43. Sans surprise: agressivité matinale.
                J’ai repéré ce livre grâce aux pages de Verticales et je mis dans ma PETITE liste de cadeaux d’anniversaire et je l’ai recommandé à Charles. Où est le problème? Je n’ai pas de privilèges comme tu en as de lire les livres avant leur sortie.
                Et voilà Mister Hyde  » fiez-vous à MA recommandation, celle de Graindorge ne vaut rien!
                Manque de pot, j’ai devancé le 1er de la classe pour une recommandation! Ouh la la! Quel crime! alors vite: dénigrement, rabaissement, ridiculisation
                T’as pas honte?
                Pour finir: je me contenterais de te dire qu’ à la prochaine, je ne répondrai rien. Je quitterai le forum.
                Définitivement. Et je ne te considérerai plus jamais comme un ami.

                • #115165 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  j’en tremble d’avance

                  Revoyons l’action au ralenti :
                  question de Charles : « Des recommandations de livres à lire pour les vacances d’été? »
                  réponse de Graindorge : un livre qu’elle n’a pas lu et qui sort à la fin de l’été

                  • #115166 Répondre
                    ..Graindorge
                    Invité

                     » revoyons l’action au ralenti »

                    pardon pour le  » petit con » c’est  » grand con » qu’il faut

      • #114631 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Si tu ne l’as pas encore lu, la reco de Mao sur Les naufragés du Wager est plus que plussoyée.

        • #114635 Répondre
          Charles
          Invité

          Je l’ai lu l’été dernier notamment sur la recommandation de Juliette.

          • #114637 Répondre
            Ostros
            Invité

            J’avais bien aimé Un homme effacé, le premier d’Alexandre Postel, quand il est sorti il y a un peu plus de 10 ans.

            • #114638 Répondre
              MA
              Invité

              Du même Alexandre Postel Les deux pigeons m’avait aussi plu.

              • #114648 Répondre
                MA
                Invité

                Lu à la suite de L’amour
                Bonne nouvelle, son prochain paraîtra la rentrée littéraire. https://www.livreshebdo.fr/article/alexandre-postel-tout-ouie-les-editions-de-lobservatoire

              • #114650 Répondre
                Ostros
                Invité

                Celui-là, le 3e de sa biblio, je l’avais trouvé pessimiste. Une sorte de l’amour inversé dans le traitement. Les deux amoureux sont sans cesse pris dans un prisme critique négatif du narrateur (ils s’emmerdent : ils consomment, en gros), jugés.
                Je n’avais pas eu envie de le finir.
                Puis j’avais tenté l’avant dernier Un automne de Flaubert qui était juste vide. Ce que j’ai pu nommer littérature bourgeoise en mon for intérieur. On évacue la matérialité des matières.
                Il sort un nouveau, un essai, le 20 août. Je vais retenter Postel. Pour moi il s’est desagrégé après l’Ascendant, le 2e. Donc j’y retourne en espérant retrouver quelque chose mais sans grand entrain.

                • #114651 Répondre
                  Ostros
                  Invité

                  Nos posts se sont croisés.

                  • #114653 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    J’avais lu les 2 pigeons à la sortie du livre, donc longtemps avant l’amour. Et j’y ai repensé en lisant le roman de François. Justement en me disant que Postel n’avait pas su aimer ses personnages. Car on a oublié de parler de l’amour du narrateur (et de l’écrivain) pour Jeanne et Jacques et les autres. Je trouve que Postel a raté ça.

                    • #114654 Répondre
                      MA
                      Invité

                      Et Les choses de Perec?

                      • #114655 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Ta question sous entend elle que Perec est comme Postel très critique envers ses personnages ?
                        Je n’ai pas encore lu Perec. Je te dirai.
                        Par contre j’ai lu Flaubert. L’amour est d’ailleurs régulièrement comparé à Un coeur simple par les critiques. J’ai été très touchée par ce livre délicat. Délicat car narrateur discret face à la vie qu’il rend.
                        Tu l’as lu ?

                      • #114681 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Je n’ai toujours pas eu l’occasion d’en lire la préface.

                      • #114736 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Serait-il envisageable de la mettre en ligne un jour

      • #114633 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Les westerns littéraires de la collection « L’Ouest, le vrai » chez Acte Sud (on les trouve en poche aussi mais c’est moins chouette) font de formidables lectures estivales.
        La Captive aux yeux clairs, premier livre d’une quadrilogie de A.B. Guthrie (qui donnera le film génial d’Howard Hawks même si très adapté) est un livre magnifique.

        • #114634 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Ah pardon, j’en parle parce que je suis en train de le lire.

          • #114680 Répondre
            Charles
            Invité

            Merci à tous pour les recommandations.

        • #114908 Répondre
          Catilina
          Invité

          heureuse coïncidence : pour son numéro hors-série d’août, la revue En attendant Nadeau se consacre justement à l’Ouest
          ça devrait te plaire

      • #115157 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Je suis preneur d’un retour sur Ubik si tu t’y recolles (ma lecture date d’il y a 20 ans, autant dire que je me souviens de peu de choses). Plus récemment, il y a deux ans, j’ai lu Le Maître du Haut Château. La personne qui me l’a passé n’est pas Française donc je l’ai lu en anglais (plus compliqué que ce que je pensais d’ailleurs), je ne sais donc pas ce que rend la traduction. En tout cas j’y avais trouvé une certaine obscurité intrigante.

        Paraît-il que la série TV récente est nulle.

        • #115162 Répondre
          Charles
          Invité

          Ubik est dans ma valise (avec notamment l’exécution du roi de Jean-Clément Martin), je te ferai un retour.

      • #115411 Répondre
        Teckla
        Invité

        Un livre que je lis en ce moment et je n’arrive pas à décrocher : L’autobio de Malcolm X avec préface d’Angela Davis, sorti en janvier 2025, il fait partie évidemment des fameux censurés en ce moment aux USA . Lisez-le c’est du lourd.

        L’Autobiographie de Malcolm X

        « Le Blanc est un tricheur professionnel : il a la chance de son côté, toutes les bonnes cartes en main, et il nous sert toujours les mauvaises… » « A mon tour, je n’ai aucune pitié envers cette société qui écrase les hommes et les sanctionne ensuite parce qu’ils sont incapables de se relever sous son poids. » (Malcolm X )
        « Certains ont rappelé que le racisme était lié au capitalisme et que ce dernier était intrinsèquement racial, résultant du colonialisme et de l’esclavage-pas seulement aux Etats-Unis. Les gens ont eu l’air de comprendre. Le racisme n’émane pas du fait que les Blancs n’aiment pas les Noirs, les Indigènes, les Latinos ou les Asiatiques. Il est produit et reproduit de façon structurelle, systémique, institutionnelle…Ne l’oublions jamais….Ceux d’entre vous qui s’intéressent à l’histoire ne manqueront pas d’être frappés par les parallèles entre la réaction à le Reconstitution radicale, de 1867 à 1877, et ce à quoi nous assistons actuellement. Le meurtre de Tyre Nichols par la police, dans la ville même où Martin Luther King a été assassiné, vient redire à quel point le racisme est structurel. La sensibilisation au racisme ne consiste pas à culpabiliser les enfants blancs. Il s’agit de reconnaître son enracinement dans nos institutions, par delà les responsabilités individuelles. C’est une machine. C’est un système. C’est une culture qui est produite et reproduite. » (extrait de la préface d’Angela Davis)

        Pour l’instant j’ai appris beaucoup de choses sur la vie quotidienne des Noirs, sur son père pasteur et le harcèlement subi à cause de son activisme par le Ku Klux Klan, par sa mère harcelée aussi par l’Assistance sociale qui a finalement réussi par lui retirer ses 8 enfants dont Malcolm placés ailleurs chez des Blancs (ce qu’il compare à un esclavage plus moderne, d’être encore leur propriété), ses débuts et relations avec les enfants blancs à l’école etc.
        Il explique aussi très bien la psychologie des siens, par ex pourquoi il était moins frappé par son père que les autres frères, parce que la peau de Malcolm était la moins noire et qu’il soupçonne son père d’avoir intégré la supériorité malgré lui de l’homme blanc, c’était le seul à avoir le droit d’aller à des conférences comme s’il était plus intelligent etc…tandis que sa mère le battait davantage car elle se souvenait qu’elle même était à moitié blanche par le viol de sa mère et détestait se voire un peu blanche comme Malcolm…
        C’est très bien écrit et très riche historiquement aussi.

        • #115416 Répondre
          Teckla
          Invité

          ça permet aussi de connaître d’autres personnalités noires de l’époque car on les connait très peu au final, à part quelques uns..

    • #114661 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Puisqu’on parle ici de Perec: voici un récit ensoleillé d’humour à lire à l’ombre: une seule phrase de 80 pages.

      L’Art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation
      Georges Perec
      « Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à deux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation » : Georges Perec nous entraîne dans le récit, hilarant, d’une véritable course d’obstacles où, selon une logique imparable, de rebondissements en rendez-vous manqués, d’épidémies de rougeole en intoxications alimentaires, les perspectives d’une rencontre avec un très évanescent chef de service deviennent de plus en plus improbables.

      • #114676 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « L’Art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation »
        Et un détail: c’est une phrase de 80 pages SANS ponctuation. Du Perec

    • #114678 Répondre
      Delphine
      Invité

      J’ai lu le livre « La vie d’Abdèle » d’Izza Amar, que j’ai trouvé puissant et agréablement percutant.

      Dans la première partie du livre, à travers l’écriture directe de l’autrice, le lecteur ressent la transition entre l’Algérie d’avant les années 1990 et celle d’après. Dans l’Algérie d’avant, il était possible de mener une vie heureuse, insouciante, assez libre malgré les traditions, fraternelle et respectueuse les uns des autres. Au début des années 1990, un militaire arrive au pouvoir ; un climat de méfiance s’installe ; la fraternité fait place à une atmosphère de guerre.

      Abdèle, déterminée, au caractère entier, en permanence sur la défensive, ne dérogera jamais de son anti-conformisme. Seule exception à sa nature explosive, qui la rend plus introvertie : « une société qui se détruit ». Adèle, sage, disciplinée et ambitieuse, conformiste et heureuse de l’être, attachée à l’ordre, est agacée par le comportement désinvolte d’Abdèle, mais elle se montre protectrice et démontre que l’attitude sans filtre de sa sœur peut s’expliquer par le fait que « lui a été refusé le droit d’être une petite fille ».

      Le style d’écriture, qui peut paraître cru par moments, dépeint la réalité de manière extrêmement honnête et sans rentrer dans l’hypocrisie de la bienséance, à l’image de la série de commandements et sentences en pages 15 à 17, pratiquement inimaginables dans les sociétés occidentales, parmi lesquels : « Ne pas regarder un homme » ; « L’art, c’est la luxure occidentale. » ; « La musique, c’est pour les putes »; « Tu détesteras ton corps. » ; « Tu n’auras pas de désir. ».

      Le livre, qui pense et amène le lecteur à réfléchir, éclaire sur la situation de l’Algérie et des Algériens :

      – La condition des Kabyles, dont la culture n’est pas reconnue, et qui sont victimes de persécution après l’indépendance (« Le préfet organisera une « chasse aux Kabyles » – page 45)

      – La situation des immigrés, partagés entre deux pays et deux cultures, ne se sentant complètement acceptés nulle part (« incompris et indésirables » en France, considérés comme des « transfuges de classe devenus bourgeois » en Algérie, partis « construire la France au lieu de construire l’Algérie »).

      – L’impression de liberté ressentie par les immigrés arrivant sur le sol français (« une cour de récréation sans surveillant ») en comparaison des mesures répressives mises en place en Algérie, par exemple concernant les manifestations : « Les Algérois savent marcher et l’administration sait leur faire passer l’envie de le faire. » (page 121). Puis, depuis les années 2020, une tendance qui semble changer, presque s’inverser : « L’Algérie est en train de donner une leçon de démocratie […] au monde, la France une leçon de dictature policière moyenâgeuse. » (page 139).

      – L’accommodement de chaque personne devant gagner sa vie au monde du travail : « il faut choisir le travail le moins désespérant » (page 81) ; l’entreprenariat, qui fait retomber immanquablement dans la machine capitalistique (« mon affaire, qui voulait laver le désespoir dans la charité, s’est vite transformée en machine à thunes, à temps de travail, à gestion d’équipe […]. » (page 120).

      • #114689 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        merci pour cette lecture
        occasion de dire que le meilleur livre à lire cet été est bien celui ci

    • #114743 Répondre
      Titouan R
      Invité

      Le nouveau Carrère, qui concernera la vie de ses parents, à paraître en septembre.
      Mais je fais là une pub à un livre qui n’en aura sans doute pas besoin, le momenr venu.

      • #114745 Répondre
        Charles
        Invité

        L’edito de Transfuge à son sujet ne donne pas tout à fait envie. Mais peut-être est-ce dû au talent relatif de l’éditorialiste plutôt qu’à la qualité du livre.

    • #114932 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Une douceur à la lecture de Toledo, c’est ma première sensation de fin de lecture.
      Envie de relire Faulkner.
      Je pressens un lien entre ces 2 auteurs, encore une impression. Maintenant place à l’infusion.

      • #114941 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        infusons, infusons

      • #114945 Répondre
        Mao
        Invité

        Tu peux difficilement me donner plus envie de lire un roman.

        • #114977 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Absolument, absolument

      • #114996 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Camille de Toledo ? Souvenir de déambuler dans les couloirs de l’université Diderot — maintenant université Paris Cité — et l’entendre soutenir sa thèse. Il y avait de la pastèque à la fin.

        • #114997 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Benedicte Thiebaut : Toledo 6:55 a.m;
          édition Cause perdue

        • #114998 Répondre
          Ostros
          Invité

          Tolédo, 6:55a.m. le livre de Bénédicte Thiébaut

          • #115007 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Ah oui ! je suis sur l’autre cause perdue.

            • #115008 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              Autre souvenir d’un Yasser dans un bar de Montreuil, visiblement mythomane (il est pote avec un gars qui a une grande marque de vêtements, ah, vous connaissez pas ? mais vous êtes qui pour pas connaître ? bon, moi, j’ai croisé Kanye West dans un ascenseur, c’était avant les Grammys et…), qui était énervé par le titre La vie d’Abdèle. Aucune explication ne le calmait. Je lui dis : T’abuses, Yasser. Il répond en rigolant : Ah ouais, c’est clair, je suis un mec qui abuse ! Et là il me fait son dixième high five de la soirée. Drôle de mec.

    • #114983 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      L’écoute de la gêne perdue , on relève l’effet anti dramatique  » elle peut tout dire et son contraire « .
      Cette douceur dont je parle, vient peut-être de là, à savoir qu’il n’y a pas de positionnement plus important que d’autre des personnages, pas de jugement  » elle avait des amis cocaïnomanes et d’autres pas » c’est une position éthique, anti moraliste , c’est très beau je trouve.

      • #115045 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je trouve aussi
        un grand livre sur les petites gens – c’est à dire tous les gens

        • #115051 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Et ce sans avoir besoin de s’intituler lourdement « des hommes illustres ». Au contraire le livre fait cela en douceur. En en parlant toute à l’heure je disais « beau comme du Reichardt ». Il me parait par ailleurs hanté par la question écologique, dont la mention régulière dans ce livre qui parle de disparitions dans les années 2000 fait planer l’ombre d’une disparition bien plus massive à venir. Toute en douceur. La violence racontée en douceur.

          • #115056 Répondre
            Stéphanie
            Invité

            Merci Seldoon certainement cela .
            Je commence un autre livre « les suicidés du bout du monde « de Leila Guerriero. Le titre m’intrigue, je vais découvrir, des histoires de disparus encore.
            Quelqu’un connaît ?

            • #115112 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              la comparaison avec Reichardt me parait lumineuse
              Certain women / Toledo
              expérience à tenter

    • #115091 Répondre
      Delphine
      Invité

      Je trouve que « Toledo, 6:55 a.m. » est un livre vivant à l’écriture fluide.

      Je suis d’accord avec ce qui a été dit précédemment :

      – Le livre met en scène la vie de « petites gens – c’est-à-dire tous les gens ». Je trouve d’ailleurs que la fluidité du livre est peut-être due au fait qu’est retracée la vie quotidienne de diverses personnes, avec les événements qui jalonnent leur vie, comme c’est le cas pour tout un chacun, même si la disparition de proches n’est pas banale et n’arrive pas à tout le monde.

      – La douceur, que je trouve entre autres incarnée par le personnage de Mary, et le fait que le livre, faisant « planer l’ombre d’une disparition bien plus massive à venir », pointe « en douceur », de manière plus ou moins implicite, dans un style d’écriture qui ne se veut pas spécialement « claquant », des problématiques sociales.

      Concernant le monde du travail, tel qu’apparaissant dans la première partie du livre, au cours de la « première vie » de Markus, à Toledo (avant la disparition de Léna et les conséquences de celle-ci sur sa vie, et avant qu’il ne « range son passé dans une boîte »), Markus semble attaché à son lieu et à son environnement de travail, dans lequel il doit trouver un certain épanouissement (« Le TMA, c’est vraiment mon musée. »). Les relations de travail sont plus ou moins distantes (« Avec Frears on échange les salutations quotidiennes, rien de plus. »). Dans sa façon de concevoir le travail de nuit, Markus commence par s’auto-persuader (« Ça devrait aller, c’est juste une question de rythme. »), puis prend conscience de ce que ce changement implique (« Je vais partir et Lena n’est pas encore rentrée, ce n’est pas inhabituel mais ça ne m’enchante pas. »). Son corps est sensible à ce changement de routine (les odeurs dans le bus, différentes de celles du matin ; « Les choses de ma vie vont prendre une tournure que je ne maîtrise pas. »). Apparaît également dans le livre la productivité / efficacité des employés comme priorité d’un employeur, même s’il s’agit d’un lieu culturel – un musée -, et non d’un autre endroit où la notion de productivité / rendement serait plus évidente, par exemple une usine (« Maintenant que vous reprenez le travail, j’aimerais que vous me disiez tout de suite si vous pensez être à même de l’accomplir de la même façon qu’avant. »)

      L’aspect contemplatif semble illustré par la sensibilité de Markus à son environnement (« C’est un paysage déconcertant. »). Fin observateur, il s’approprie les éléments (« J’essaye de le voir autrement. ») et analyse les différentes odeurs.

      Le passé de Stone Mountain (ancien bastion du Ku Klux Klan) amène Markus et Mary à s’interroger sur les traces laissées par ce passé dans l’esprit des gens, notamment les habitants de Géorgie. Mary parle d’un lieu « très chargé », alors que Markus estime que « c’est dans nos têtes – un lieu n’est jamais définitivement souillé – les sales pensées disparaissent ».

      Sont soulevés les problèmes de délimitations géographiques et leur réelle et logique légitimité (« Les eaux territoriales, c’est un casse-tête ».), ainsi que les questions écologiques actuelles : dérèglement climatique (neige en automne, hiver précoce), disparition de l’espèce animale (les loutres de rivière menacées par la pollution de leur habitat ; « les poissons commencent à mourir dans les rivières, les baleines s’échouent, les oiseaux tombent »), l’évolution de l’espèce humaine (« Nous ne ressemblons plus à grand-chose. »).

      Le livre met également en lumière les relations entre frères et sœurs qui diffèrent d’une famille à l’autre : Buck, le frère de Léna, envahissant pour le couple Markus-Léna et représentant une charge mentale pour Léna ; relations tendues et distantes entre Mary (qui s’occupe de son père, Mel), son frère Ray et sa sœur Nicole (qui semblent peu intéressés par leur père) ; Markus et sa sœur Shawn proches malgré la distance géographique.

    • #115278 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      J’ai lu Mémoire de Fille d’Annie Ernaux, avant de reparcourir les pages consacrées à elle dans CUM. On trouve dans ce dernier la phrase : « Ernaux écrit qu’elle écrit la scène […], mais elle n’écrit pas cette scène ». Je suis frappé de voir la correspondance exacte entre ceci et ce que je me suis parfois dit à la lecture. Le livre est très bon mais certains passages réflexifs voire « méthodologiques » sont un peu longs et répétitifs, prennent trop de place comparativement à leur contenu (on y trouve par exemple beaucoup d’occurrences du genre de phrase d’AE citée dans CUM juste avant le passage que j’ai recopié plus haut).
      .
      D’un autre côté, je remarque tout de même dans le livre une concordance avec l’esprit « mulien » qui me semble plus forte que ce que tu en dis (rapidement il est vrai) dans CUM. AE ne cesse de naviguer entre la clarté objective des calomnies obscènes dont elle est l’objet et l’obscurité de son désir absolu pour H. AE insiste énormément sur le bonheur tout à fait réel que son « moi » de 1958 éprouvait dans cette colonie de vacances lors de l’été fatidique, et ce en dépit même des humiliations tout aussi réelles dont elle est l’objet (« Plus que la réalité de son [la AE de 58] bonheur, c’est la conscience de la réalité de son bonheur qui ne fait pour moi aucun doute »). La situation décrite est très complexe en tant qu’elle n’est pas une simple relation d’emprise (ce qui déjà n’est pas simple) mais une sorte d’auto-emprise, la soumission à une « loi naturelle » assimilée de la primauté du désir masculin, loi dont le respect la comble de joie (« Ce n’est pas à lui qu’elle se soumet, c’est à une loi indiscutable, universelle […] »). Le H décrit par AE est très distant, ne tient aucun grand discours manipulateur, pas d’avantage qu’il n’a de prise hiérarchique objective sur elle — il est moniteur-chef, mais jamais AE ne fait mention d’une quelconque manipulation ou pression de sa part du fait de son statut. C’est vraiment la complexité d’un conditionnement social-historique incorporé — c’est tout aussi vrai pour H, dont la comportement de mâle fruste est au fond pathétique.

      Toute l’ambiguïté et l’inconfort qui traverse le livre est peut-être encore lisible dans ce passage : « Elle [la AE de 58] a abdiqué toute volonté, elle est entièrement dans la sienne. Dans son expérience d’homme. […] Je ne sais pas à quel moment elle, non pas se résigne, mais consent à perdre sa virginité. Veut la perdre. Elle collabore ».

    • #115299 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Je n’ai pas bien ce livre en tête
      Je me souviens qu’elle y faisait jouer de belles ambivalences en effet. Mais tout cela était un peu court – dans le sens de : c’est un peu court, jeune fille.
      La brièveté est dans 99% des cas un faux sujet, mais chez Ernaux c’est un vrai sujet car elle est structurelle. Je commence don c les pages de CUM sur Ernaux par là : pourquoi c’est toujours court? Réponse : parce qu’elle n’incarne pas. L’idée du livre y est mais pas le livre. Elle installe un livre et ne l’écrit jamais vraiment. . Je tentais donc une analogie avec les installations.

      • #115310 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Oui, sur ce point je suis aussi d’accord, je n’ai pas les moyens de juger structurellement l’œuvre d’AE mais ça me semble pertinent rien que pour ce livre (et c’est quelqu’un qui aime beaucoup la brièveté qui parle).

        Je n’ai malheureusement plus CUM sous la main pour 5 jours (je confesse ne pas l’avoir ajouté à ma valise, en flagrante violation du traité de Maastricht), mais c’était plutôt la question des ambivalences qui me semblaient vraiment minorée par rapport à ce que je venais de lire. Sur le reste je m’y retrouve bien

        • #115313 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          De fait je n’ai pas du tout traité les ambivalences dans les pages de CUM, concentré que j’étais sur mon sujet : pourquoi c’est court.
          Cela dit des ambivalences il n’y a en a pas beaucoup dans les trois sur lesquels je me concentrais, La place, La honte, Passion simple
          Ernaux est rarement allée dans le difficile.

          • #115314 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            « Ernaux est rarement allée dans le difficile » : de mémoire ça fait partie des choses que tu évoques dans CUM. Mais je lirai à l’occasion les trois livres en question

    • #115303 Répondre
      Teckla
      Invité

      AE n’a fait que lire « Le deuxième sexe » et remettre dans ses romans des réflexions prises et simplifiées de l’immense chantier de celui de Beauvoir. Elle l’a lu mais je ne vois rien de sa part de personnel, de neuf.

      • #115311 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Il y a tout de même au bas mot la moitié de MdF qui rapporte son expérience de vie, donc la plus personnelle qui soit. Quant au « neuf », je n’ai pas les moyens de juger

        • #115345 Répondre
          Teckla
          Invité

          Oui bien sûr, je voulais dire avec « personnel » de nouvelles voies à elle, je n’ai pas tout lu mais les seuls lus m’ont donné l’impression qu’elle essayait de calquer des éléments de sa vie sur ce livre ou sur Bourdieu, mais je trouve que c’est plus un témoignage, des exemples qui confirment un discours vu ailleurs, et j’ai été frustrée. Après l’écriture peut plaire, moi ça me laisse froide, du coup je n’y trouve vraiment rien, et pour le coup le Deuxième sexe a une écriture qui m’a davantage conquise alors qu’il n’est pas présenté comme une oeuvre littéraire, j’ai moins l’impression qu’elle cherche un effet stylistique, et quand je ne vois pas l’effort ni l’auteur qui s’écoute parler ça me plaît.

    • #115342 Répondre
      Branlix8
      Invité

      Bonjour, c’est Branlix8, je suis nouveau ici, enchanté.
      J’aurais aimé avoir votre avis sur :
      – Morgan Sportès
      – Annie Le Brun
      – Nathalie Quintane
      – Mehdi Belhaj Kacem

      Bàv,

      Branlix8

      • #115354 Répondre
        georgesbataille
        Invité

        Quintane beaucoup de gens ici adorent.
        Je n’ai lu que « Chaussure » que j’ai beaucoup aimé.
        Elle opère une démarche très intéressante, très révolutionnaire et démocratique dans sa forme.
        « Tout est intéressant à condition qu’on s’y intéresse longtemps » disait Flaubert (je cite approximativement de mémoire) et c’est ce qu’elle fait dans ce livre en s’intéressant très spécifiquement à la chaussure.

        • #115361 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          drole de liste
          Morgan Sportes auteur Grasset pur jus dont il n’y a e crois pas grand chose à tirer. Encore un Mao tourné Néo-cons
          Annie Le Brun est souvent recommandée ici.
          Mehdi Belaj Kacem, gros dossier, gros et triste dossier : petit prince de la philosophie en 2000, épave conspi en 2020
          (mais de toute façon a toujours été beaucoup trop conceptuel voire fumeux pour moi)

          • #115408 Répondre
            Branlix8
            Invité

            Le point commun entre Sportès, Le Brun et MBK, c’est Debord (je peux développer)
            Sportès c’est Fayard et pas Grasset, et il n’a jamais été mao (bien au contraire !) et n’est pas néocons
            ALB en effet c’est très bien, très radical mais problème : elle est dans le mimétisme bretonien et ne parle que d’auteurs et d’artistes morts
            MBK c’est plus complexe que ça à mon avis, il se dit « complotiste tendance Debord » (celui des Commentaires), il reste fondamentalement anarcho-situ

            • #115437 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              MS quatre livres chez Grasset. Je l’ai croisé à ce moment et j’entendais dans son discours des accents parfaitement adéquats à son éditeur. Je dis néo-cons, peut etre que néo-réac conviendrait mieux.
              Oui MBK sans doute plus complexe. Mais de toute façon trop conceptuel
              Je ne trouve pas AL soit si bretonienne. Oui son style précieux a des accents bretonniens. M’enfin elle a aussi ses domaines propres d’investigation.

              • #115441 Répondre
                Branlix8
                Invité

                Pour Sportès, je l’ai assez peu lu donc je peux me tromper, mais dans Tout, tout de suite (son livre sur l’affaire Ilan Halimi), il insistait sur les aspects socio-politiques, ce que les néo-réacs ne font pas, mais je peux me tromper… Je considère que l’Appât est un grand livre, qui montre les virtualités criminelles du Spectacle, les nouvelles formes d’aliénations, le vide, l’insignifiance, les hommes sans gravité, ce ne sont plus les Possédés mais les dépossédés. Par contre le reste je ne connais pas…
                ALB elle est, dans son style, son ton, so. recours à la métaphore, bretonienne de compète, mais oui elle a ses propres domaines d’investigations. Je te conseille Du trop de réalité, bien bien vénère et pas mal de monde en prend pour sa grade, elle est vraiment partiale donc c’est assez rigolo à lire.
                MBK a une puissance conceptuelle rare, et je pense qu’après ses livres foutraques des années 90 il est maintenant beaucoup plus condensé, clair : je te conseille son bouquin sur Artaud, vraiment excellent, ou alors son petit essai intitulé sobrement Dieu. Un autre livre de lui que j’aime beaucoup (pour le coup pas trop conceptuel) c’est son Banlieues : le ban de la République, je pense que ça pourrait te plaire ainsi qu’aux membres de ce forum

                • #115443 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  En guise d’analyse sociopolitique, je me souviens surtout d’un bel exemple de ce que bien plus tard j’appellerais psychopolitique – des généralités sur la barbarie qui vient, pas de repères, pas de pères, etc. Le florilège habituel de l’éditoralisme devant la violence.
                  MBK je veux bien te croire mais je crains que ce ne soit derrière moi (je l’ai vraiment beaucoup lu autour des années 2000, sur la foi de son « deleuzisme »)
                  J’ai lu Du trop de réalité, excessif et fort comme tu dis.

    • #115353 Répondre
      georgesbataille
      Invité

      Bonsoir les amis,
      Que pensez-vous de Marguerite Duras ?
      J’avais lu, il y a deux ans, « La Vie matérielle, que j’avais beaucoup aimé. J’ai tardé à la relire mais cette semaine j’ai lu « L’Amant » et « Moderato Cantabile », et je vais commencer « Écrire ».
      Un prof de français que j’aimais beaucoup la vilipendait régulièrement mais je la trouve quand même très touchante et sensible.
      Son écriture est fragile et titubante ; comme elle, la femme alcoolique meurtrie par ses jeunes années. Les mots cherchent constamment leurs places dans la phrase, comme Duras cherche la sienne dans le monde.
      Je la trouve également très douée pour écrire les silences. Je ne sais pas tellement ce que ça veut dire mais je le ressens (notamment dans « Moderato Cantabile », livre dans lequel elle développe la capacité à écrire le Rien, et de fait le Tout, un peu comme dans les romans de Beckett, surtout ceux de la fin).

      • #115356 Répondre
        Teckla
        Invité

        Bonjour, moi je n’ai lu que l’Amant, Un barrage, l’après midi de M. Adesmas et je crois que c’est tout mais je comptais continuer car pour moi c’est une immense écrivaine. Oui, seuls l’intéresse les mots et ce qu’ils peuvent faire ressortir de choses qui peuvent passer complètement inaperçues, l’Amant c’est pas une histoire, l’après midi sur le temps et l’espace enfermés autour d’une pensée fixe d’un pauvre vieux grand père délaissé c’est un vrai tour de force. D’où parfois le fait qu’elle déconcerte car elle est quasi seule à faire ça, comme dans le camion où beaucoup ont été déçus parce qu’ils cherchaient autres chose que ce qu’elle voulait donner, elle s’intéresse juste aux mots dans le cinéma c’est ultra osé elle est très douée. Bref, moi je l’adore et ayant lu sa bio de Laure Adler que je recommande aussi, c’est également un très grande femme, sa cruauté seule après la guerre m’a refroidie mais on peut la comprendre on n’a pas vécu les horreurs qu’elle a subies il y a de quoi rendre dingue.

        • #115357 Répondre
          Teckla
          Invité

          Adesmas, pardon.

          • #115359 Répondre
            Teckla
            Invité

            Andesmas !! J’ai un problème avec les n c’est fou ça 😂

            • #115362 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Je ne suis pas toujours convaincu par la prose de Duras, et la comparaison avec Beckett fait un peu mal (où est l’humour de Marguerite?), mais de toute façon c’est à lire, et cette femme est tout de même une sacrée créature (même si on ne lui pardonnera jamais son article sur ma Christine)

              • #115399 Répondre
                Malice
                Invité

                Tu dirais que le problème de Duras serait dans le manque d’humour? Je n’y avais pas pensé mais ça pourrait être ce qui m’a empêchée d’y être sensible. J’ai lu « Moderato Cantabile » et « L’amant » et sans détester, et sans avoir envie de poser les livres avant la fin, j’ai senti qu’il ne se passait pas grand chose en moi. « Moderato » m’a quand même beaucoup intéressée quand je l’ai lu au lycée car j’étais fascinée par la structure répétitive, et le fait qu’il ne se passe rien qu’une conversation entre les personnages qui se rencontrent autour du verre de vin rituel.

                • #115444 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  L’absence d’humour, oui, et plus généralement cette pesanteur dans le geste. Cette solennité – à laquelle ses prestations orales sont assez fidèles.

                  • #115451 Répondre
                    Teckla
                    Invité

                    C’est marrant, j’en vois souvent de l’humour mais c’est discret et subtile, elle le distille comme un moyen comme les autres de jouer avec les mots dans des comparaisons bouffones parfois pour rendre la situation plus concrète dans son ridicule. Et puis je me rappelle aussi d’un passage très marrant et long en suspens sur la fameuse bague dans le barrage où le deal est de voir la fille nue en échange et que ça dure autour de ça pour finalement s’apercevoir qu’il y a un crapaud dedans ce qui rend folle sa mère maquerelle qui coure partout pour essayer d’arnaquer tte la ville pr la revendre au prix d’or. Il y a un côté très bouffons de la mère et de l’admirateur. Dans les films j’ai l’impression qu’on a retiré intentionnellement cet humour par contre oui. C’est dommage j’ai l’impression au contraire qu’elle n’oublie rien qui puisse faire ressortir la puissance des mots à rendre compte de la vie, dans tout ce qu’elle écrit. Même Andesmas, il y a quelque chose parfois d’une douce ironie, un humour parfois sur la vérité de sa situation mais très tendre pour lui (dans mes souvenirs) ça m’a permis de ne pas trouver le livre plombant et déprimant alors que le sujet pouvait l’être, mais comme dans la vie elle mêle tout cela dans le mouvement perpétuel du livre : bien que le grand père stagne sur place, bien que beaucoup de choses semblent se répéter pour lui il y un flux très vivant d’impressions qui nous ferait tenir encore 200 pages si elle l’avait voulu .

                    • #115522 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Ce que tu décris dans Le barrage, livre d’ailleurs précoce où la solennité en s’était pas encore mise en place, c’est une scène qui comporte de la drolerie, mais il n’y a pas chez elle, comme chez Beckett, un rapport fondamentalement humoristique au monde, ni surtout un humour de la phrase même. Un humour qui est là partout et nulle part. Qui imprègne tout et se nourrit de son contraire (la détresse, le néant, la déréliction), s’en nourrit tant qu’il semble qu’il n’y ait pas contradiction.

                      • #115591 Répondre
                        Teckla
                        Invité

                        Oui, complètement d’accord avec ça, ce n’est pas en effet le fond de sa vision.

    • #115432 Répondre
      kenny
      Invité

      mieux vaut tard que jamais je découvre gide, grand esprit, avec les faux-monnayeurs
      je passe les banalités sur modernité du roman – jacques le fataliste était déjà moderne 150 ans avant
      surprise par sa précision psychologique: rare finesse dans les pensées et les contradictions de ses personnages de capter les tiraillements du désir, les ambiguïtés, les petites lâchetés ou les mensonges
      par son regard de moraliste lucide
      je souhaite poursuive, des conseils? son journal?

      • #115434 Répondre
        Branlix8
        Invité

        Paludes ! Le meilleur Gide

        • #115435 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Paludes est super, mais une sorte de brouillon de livre non?
          Je dirais plutot les Caves du Vatican, ou l’Immoraliste

          • #115440 Répondre
            Branlix8
            Invité

            J’adore Paludes parce que c’est du Gide non-lourdingue (ces interrogations morales qui plombent selon moi la fin des Caves du Vatican), du Gide ludique et ironique qui attaque le romanesque frontalement, par un recours systématique à la contingence (l’absence de déterminisme, l’anti-Zola). Et puis, avec Le Prométhéethée mal enchaînée, c’est du Gide drôle, marrant, c’est pas tous les jours.
            C’est très négatif (on achève bien le romanesque) et en même temps ça ouvre la voie au roman du XXe siècle (Proust).

            Allez, pour le plaisir, voici l’”avertissement” :

            “Avant d’expliquer aux autres mon livre, j’attends que d’autres me l’expliquent. Vouloir l’expliquer d’abord c’est en restreindre aussitôt le sens; car si nous savons ce que nous voulions dire, nous ne savons pas si nous ne disons que cela. On dit toujours plus que CELA.”

            (À mettre en relation avec ce qu’écrit NQ dans Ultra-Proust : le romancier attend des lecteurs qu’ils soient des correcteurs, qu’ils ajoutent leurs propres paperolles au roman qu’ils lisent)

            • #115445 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Je disais brouillon, car c’est d’abord un méta-livre, un livre qui ne cesse d’annoncer qu’il s’écrit. Ou un manifeste.
              Mais oui c’est léger, et il y a là dedans une apologie du rien-foutre qui est tout à fait réjouissante.

              • #115448 Répondre
                kenny
                Invité

                je prends les trois; merci

              • #115490 Répondre
                Branlix8
                Invité

                J’y vois l’aboutissement (?) d’une tendance anti-naturaliste qui avait commencé avec Huysmans, là quand on lit Paludes on a vraiment l’impression que le roman tourne à vide, et en même temps que la place est nette pour Proust. Un brouillon, dans ce sens-là aussi.
                Ce que j’aime bien par ailleurs c’est qu’il est facile de se foutre de la gueule de Gide le grantécrivain (Arthur Cravan ne s’en est pas privé !) mais pas le Gide de Paludes et du Prométhée, celui sauvé par Breton dans son Anthologie de l’humour noir.
                Enfin les Caves du Vatican c’est très bien aussi, il y a de la place dans la gidouille de Gide ; inoubliable Lafcadio (j’y pense, un film très réussi a pour thème l’acte gratuit : le très effrayant L’homme qui voulait savoir, que je recommande) — tiens allez, un petit extrait bien savoureux, pour le plaisir :

                « Que de souvenirs mal endormis ce mot de _subtil_ faisait lever dans l’esprit de Cadio! Un subtil, dans l’argot dont Protos et lui se servaient du temps qu’ils étaient en pension ensemble, un subtil, c’était un homme qui, pour quelque raison que ce fût, ne présentait pas à tous ou en tous lieux même visage. Il y avait, d’après leur classement, maintes catégories de subtils, plus ou moins élégants et louables, à quoi répondait et s’opposait l’unique grande famille des _crustacés_, dont les représentants, du haut en bas de l’échelle sociale, se carraient.

                Nos copains tenaient pour admis ces axiomes: 1° Les subtils se reconnaissent entre eux. 2° Les crustacés ne reconnaissent pas les subtils. — Lafcadio se souvenait maintenant de tout cela; comme il était de ces natures qui se prêtent à tous les jeux, il sourit. »

                • #115494 Répondre
                  Teckla
                  Invité

                  Je ne vois pas Proust comme anti naturaliste, je trouve qu’il s’en rapproche beaucoup au contraire. De Gide j’ai beaucoup aimé les faux-monnayeurs et j’ai très hâte depuis longtemps de découvrir les nourritures terrestres surtout, je ne sais pas si ça peut te plaire comme Paludes ou si tu as un avis sur ces deux là, mais je le trouve immense en tous cas dans le 1er, je lirai Paludes ton post donne envie, merci pour la découverte.

                  • #115501 Répondre
                    Branlix8
                    Invité

                    Pour Proust j’avoue que je le vois en rupture quasi-complète avec les codes réalistes (a fortiori naturalistes) du XIXe siècle, c’est pas très original je sais… il l’écrit en toutes lettres dans Le Temps Retrouvé : « Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément — rapport que supprime une simple vision cinématographique, laquelle s’éloigne par là d’autant plus du vrai qu’elle prétend se borner à lui — rapport unique que l’écrivain doit retrouver pour en enchaîner à jamais dans sa phrase les deux termes différents. On peut faire se succéder indéfiniment dans une description les objets qui figuraient dans le lieu décrit, la vérité ne commencera qu’au moment où l’écrivain prendra deux objets différents, posera leur rapport, analogue dans le monde de l’art à celui qu’est le rapport unique de la loi causale dans le monde de la science, et les enfermera dans les anneaux nécessaires d’un beau style, ou même, ainsi que la vie, quand, en rapprochant une qualité commune à deux sensations, il dégagera leur essence en les réunissant l’une et l’autre, pour les soustraire aux contingences du temps, dans une métaphore, et les enchaînera par le lien indescriptible d’une alliance de mots. »
                    Je n’ai jamais lu Les Faux-Monnayeurs, il est sur ma liste, ru me donnes envie de le lire.
                    Les Nourritures Terrestres tu verras, ça passe ou ça casse, je trouve ça beau mais vraiment trop lyrique et trop sérieux, ça aurait tendance à vite me les chauffer, mais j’ai des amis qui adorent…
                    (Un peu hors-sujet parce que ce n’est pas de la littérature mais en ce moment je lis L’héritage politique de la psychanalyse de Florent Gabarron-Garcia, aux éditions Amsterdam, c’est drôlement bien, ça prouve que le lacanisme de droite et la psychanalyse dévoyée normative/adaptative ne sont pas une fatalité ! La première partie : « une histoire populaire de la psychanalyse » est extraordinaire. Chaudement recommandationné !)

                    • #115507 Répondre
                      Teckla
                      Invité

                      Super intéressant merci pour ta réponse! Je vois alors ce que tu veux dire, je pensais que tu disais qu’il était en gros dans l’éther et là je trouvais que non car je le trouvais très observateur de tout : le bruit des mouches, l’analyse de l’odeur des pots d’échappement, les fleurs, les regards et les attirances des gens qu’il compare avec les abeilles… bref dans ce sens ça ne faisait pas « romantique » ni surréaliste ou autre, mais plutôt pour moi un côté naturaliste mais très profond, mais oui, comme tu dis ça n’est pas journalistique ou descriptif avec fioritures pour enjoliver ça va au delà en effet et il creuse ailleurs.
                      D’accord pour les Nourritures, je testerai, c’est le Gide que tu aimes moins alors, je comparerai.
                      Je ne connais rien en psychanalyse j’essaie de comprendre ce que tu as écrit ! Mais pourquoi pas surtout si c’est en lien avec la po et avec un peu de recherches avant de l’aborder! S’il reprend du début son histoire avant ça peut être très bien. Merci ! Je finis moi Malcolm X et comme c’est dur ça peut être pas mal après ..!

                      • #115519 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Les lignes de Proust laissent songer qu’il était l’absolu contemporain de la révolution picturale de l’époque, et qu’il allait casser le réalisme comme Cezanne et Monet étaient en train de la faire quand Marcel pleurait sa mère seule dans son lit le soir.
                        Et bien sûr casser le réalisme au nom d’un nouveau réalisme, jugé plus adéquat au réel que le précédent.
                        Toute révolution esthétique s’ourdit au nom du réel.

                      • #115520 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        D’accord avec Branlix sur les Nourritures terrestres
                        Surtout ne pas commencer par là.

                      • #115525 Répondre
                        kenny
                        Invité

                        oui! une extension du domaine du réalisme, comme en peinture
                        on ne pourrait mieux décrire son projet littéraire que par cette citation
                        mais ce faisant il caricature un peu le réalisme 1ère école
                        le style était tout autant premier pour flaubert et madame bovary n’est pas réductible à du réalisme descriptif
                        à moins qu’il pensât plutôt au réalisme à la balzac ou au naturalisme de zola en écrivant ces lignes
                        difficile de les mettre tous dans le même sac

                      • #115579 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        je crois qu’il vise spécifiquement le naturalisme zolien, dans quoi on baignait dans les années 1880

                      • #115580 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        et puis disons-le descendre dans le mine c’était peut etre un peut too much pour le délicat rentier Marcel

    • #115554 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Question sur un auteur peu abordé ici à ma connaissance mais dont on m’a (encore) parlé la semaine dernière (et c’est régulier de la part de personnes différentes depuis quelques années) : Kundera (son nom apparaît je crois dans les fausses citations de CUM). J’ai trouvé hier dans la rue L’Insoutenable Légèreté et je voulais savoir si c’était vraiment à lire, ou ce qu’il y aurait à savoir d’intéressant avant de le lire. J’ai un peu peur d’une déception. Ou peut-être mieux vaut-il en lire un autre ?

      • #115578 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je connais mal (le K comme Kundera de d’Ane à zèbre ne s’en cache pas), peut etre est il surestimé pour les raisons perilittéraires qu’on devine, mais on ne perd pas son temps à le lire

        • #115592 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          C’est qui on ? On ne perd pas son temps à le lire

      • #115620 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Lu ado L’insoutenable légèreté, et La plaisanterie dans la foulée, j’avais beaucoup aimé, je me demande si j’aimerais autant maintenant, j’en garde le souvenir de passions amoureuses contrariées et d’impossibilité pour les hommes et les femmes de pouvoir se comprendre, peut-être qu’on est plus réceptif à ça quand on est plus jeune ?
        Voilà une critique dominicale de haute volée.

        • #115626 Répondre
          Charles
          Invité

          J’ai mieux : j’ai lu un Kundera à 20 ans mais je ne me souviens même pas lequel. Zéro souvenir du contenu.
          Peut-être la plaisanterie.

          • #115630 Répondre
            Claire N
            Invité

            Et bien cette amnésie semble à vous lire une récurrence

        • #115629 Répondre
          Claire N
          Invité

          Hum et bien pour Kundera dont j’ai pourtant lu plusieurs livres, rien – aucun souvenir
          Tu m’as donné l’envie de préciser
          Et lorsque je reprends les premières pages de l’ignorance, la sensation se précise : celle d’un accès de fièvre maladie
          A la page 41 curieusement il élucide en partie ce qui me rend malade : «  on peut comprendre cette curieuse contradiction si on se rend compte que la mémoire, pour qu’elle puisse bien fonctionner, a besoin d’un entraînement incessant(…) plus la nostalgie est forte, plus elle se vide de souvenirs. Plus Ulysse languissait, plus il oubliait. Car la nostalgie n’intensifie pas l’activité de la mémoire, elle n’éveille pas de souvenirs, elle se suffit à elle-même, à sa propre émotion, tout absorbée qu’elle est par sa seule souffrance « 

          • #115634 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            par extension j’ai observé, sur le plan plus général, disons national, que ceux qui inclinent à la nostalgie sont très peu portés sur l’histoire
            évidemment
            ils ne veulent pas casser leur jouet

            • #115635 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              décidément ca fait beaucoup de gens qui ont besoin de doudous

              • #115741 Répondre
                Claire N
                Invité

                Oui dans ce livre K s’approche d’ailleurs très près du doudou
                La façon dont il y explore la mémoire, ses effets
                Les cauchemars et les désirs diurnes de personnes saisies en tant qu’émigre Tchèques par le sentiment du retour
                Reste que je tourne encore autour de sa particularité stylistique d’écriture GHB

    • #115646 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Merci pour vos retours dominicaux et [adjectif apparemment inexistant pour le lundi?], que je saisis à la volée.

      Cette remarque sur les travers de la nostalgie est très juste. Combien de bourgeois caliméros deviennent adeptes de roman national (doudou De Gaulle et peluche Clovis) ou autre Chute purement métaphysique.

      • #115668 Répondre
        Claire N
        Invité

        De rien – je comprends ton embarras pour l’adjectif en regardant le calendrier – mais «  béni »
        Reste tout de même sobre
        Et oui je trouve cette observation très juste elle fait bien saillir toute la vitalité de l’histoire , sa force intrinsèque

    • #115743 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Je finis L’Opoponax de Monique Wittig.
      Attirée par le titre, je ne connaissais pas cette autrice féministe.
      Un livre surprenant, uniquement descriptif sur l’univers de l’enfance, l’utilisation du pronom « on » pour l’universalité de l’enfance.
      Parfois un peu ennuyeux ( comme peut être l’enfance, mon enfance ) et parfois très beau.
      Des retours de votre côté ?

      • #115744 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Oui je recommande la lecture, mais je n’ai pas trouvé le livre facile à suivre, comme il n’est parfois pas facile de suivre le fil des pensées d’un.e jeune enfant, sur ça l’effet est très bien rendu. J’avais fait un retour ici : https://francoisbegaudeau.fr/forums/topic/citations-de-livres-page-3/#post-87607

        • #115745 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Votre critique me donne envie de lire Pulsion et ce qu’en dit S.Lucbert.
          Ce procédé stylistique en même temps, n’enlève pas une certaine émotion, c’est en cela que ce livre est surprenant.
          Merci encore pour votre retour Dr Xavier.

      • #115747 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Non chère Stéphanie, pas de retour de Graindorge « celle-qui-ne-lit-jamais » dit le Dieu du Forum , juste un petit extrait ( il y en d’autres) qui donnerait peut-être envie aux vrais lecteurs
        « Il n’y a pas d’inscriptions sur les tertres pas de noms. Il tombe de la neige fondue. On enfonce dans la boue. Les coquelicots sont mouillés. On est debout, on serre les mains des parents de mademoiselle Caylus, On dit, les soleils couchants revêtent les champs les canaux la ville entière d’hyacinthe et d’or le monde s’endort dans une chaude lumière. On dit, tant je l’aimais qu’en elle encore je vis. »

      • #115826 Répondre
        MA
        Invité
    • #115827 Répondre
      MA
      Invité
    • #116396 Répondre
      Luc
      Invité

      Qqun a lu le dernier Carrere?

      • #116397 Répondre
        Charles
        Invité

        Il paraît le 28 août.

        • #116398 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Hâte de savoir s’il a un peu moins la flemme d’écrire.

          • #116406 Répondre
            Charles
            Invité

            Accueil dithyrambique de la presse pour l’instant.
            Sinon, je me lance dans Vineland à la rentrée. Je sais que c’est pas ton préféré mais j’ai envie de voir ce que ça donne avant la sortie d’Une bataille après l’autre.

            • #116410 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              La traduction est horrible. En anglais, c’est pas forcément mieux, parce que très surécrit. D’ailleurs, il y a eu un changement d’éditeur français pour Pynchon, il y aura une nouvelle traduction de Gravity’s Rainbow et Vente à la criée du lot 49 (mais pas Vineland) et une réédition en poche de ses autres livres. Et le nouveau (sans doute le dernier) sort le 7 octobre.

              • #116431 Répondre
                Charles
                Invité

                Me voilà prévenu.
                T’y crois à son dernier ? Je veux dire, tu penses qu’à plus de 80 balais il peut encore saisir quelque chose de pertinent sur le contemporain ?

                • #116433 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  J’y crois totalement. J’ai relu Bleeding Edge cette année, et je pense que Pynchon sait davantage de choses sur le contemporain que moi.

                  • #117144 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Tu l’as peut-etre dit, K, mais quel est ton Pynchon préféré?

                    • #117191 Répondre
                      K. comme mon Code
                      Invité

                      Contre-jour ou Mason & Dixon en fonction de la saison.

                      • #117859 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        J’ai lu Vineland avant l’été et quel kiff ! Peut-être que c’est mal traduit mais ça me fait quand même des orgasmes littéraires par endroits. Je sais pas si c’est parfait, les Thanatoides je suis pas sûr, mais globalement j’ai trouvé ça jouissif, très drôle et émouvant. Politiquement c’est similaire à Inherent Vice (le film) et encore pertinent.
                        J’ai lu cet été Vente à la criée, et c’est très bien aussi quoique pas aussi bon. Un peu lourd dans l’humour cartoon parfois, mais globalement c’est drôle, et il y a des passages magnifiques, notamment une nuit d’errance.
                        Je compte lire Mason & Dixon cette année.
                        Je recommande du haut de mes 2 petits livres lus.

                      • #117860 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Tu as lu quelle traduction de Vineland? Je vais m’y mettre ce weekend. Bon courage pour Mason & Dixon que je n’ai pas réussi à finir.
                        Je recommande aussi V et Fonds perdus.

                      • #117862 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        Traduction de Michel Doury.
                        J’ai un peu peur de ses pavés mais beaucoup disent que Mason&Dixon est pas le plus compliqué. On verra, Fonds perdus ou V peuvent être une alternative, étant plus courts.
                        J’ai déjà dû m’accrocher à quelques endroits de Vineland car il y a tellement de digressions, et on comprend souvent qu’à moitié certaines choses vu il lâche les infos nécessaires plus tard, mais on finit par s’habituer à la semi confusion.

                      • #117863 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        Il n’y a qu’une seule traduction française de Vineland.
                        C’est sûr que le roman a des passages très drôles et qu’il est tout à fait pertinent politiquement, mais je pense qu’il a surtout sorti ce livre, dix sept ans après le précédent, pour relancer la machine à hype Pynchon en préparation de Mason & Dixon dont on parlait déjà dans les années 70. Lire Vineland me donne l’impression d’avoir accès à un premier jet. Trop de longues phrases bancales qui s’enchaînent et une structure en flash backs que je trouve discutable.
                        Je n’aime pas Vente à la criée, Pynchon a dit lui-même qu’il a oublié tout ce qu’il avait appris jusque là en l’écrivant : je grince un peu des dents quand il est conseillé en introduction à son œuvre uniquement parce que c’est court. Comme premier Pynchon, je conseillerais plutôt Inherent Vice ou Fonds perdus.

                      • #117867 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        En tout cas ce premier jet m’a fait plus d’effet que la plupart des romans lus ces dernières années. Ca me va très bien. Mais je constate que bcp ayant lus d’abord ses gros pavés sont pas fans de Vineland, il y a peut-être un effet de contraste. D’autres disent que c’est dans celui-là qu’on trouve ses plus beaux personnages.

                      • #117872 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Fonds perdus est beaucoup plus accessible que Mason & Dixon.

                      • #117877 Répondre
                        Linconnu
                        Invité

                        Je note. Ça me fait hésiter.
                        Et V. ?

                      • #117879 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        V est bien, mais c’est un premier roman écrit au début de la vingtaine. Ses plus beaux personnages sont dans Mason & Dixon et Contre-jour — ce ne sont pas mes préférés pour rien —, mais c’est vrai qu’à partir de Vineland, il porte une grande attention à ses personnages. Tandis que Vente à la criée écrit dans la foulée de V est plutôt froid et théorique.

    • #116399 Répondre
      MA
      Invité

      Est-ce qu’on recommande ici Arnaud Cathrine?

    • #117142 Répondre
      Charles
      Invité

      Très riche rentrée littéraire qui s’annonce et qui a l’air de se résumer, chez les têtes d’affiches, en deux mots : papa et maman. On savait que les auteurs français bourgeois en étaient friands mais cette année c’est caricatural. C’est apparemment le sujet de Carrère, Jauffret, Nothomb, Catherine Millet, Lévy et tant d’autres. Ça fait envie (non).

      • #117143 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Pour sortir de papa maman, on peut lire les deux livres de la rentrée verticales
        -le livre de Guillaume Poix – une immersion chez les matons
        -le livre de Bertina – dans un hotel tunisien où cohabitent des mutilés de guerre et des femmes en post chirurgie esthétique

        • #117147 Répondre
          Charles
          Invité

          C’est noté. Je lis aussi beaucoup de bien du second livre de Laura Vazquez, les Forces. Tu connais?

          • #117148 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            non
            mais suis curieux de

            • #117150 Répondre
              Jeanne
              Invité

              Je suis comme Charles. Pas très envie de romans Papa Maman. Je note Les forces. Et me pencherai aussi sur La colonie, de Anita Norlin.

              • #117151 Répondre
                Jeanne
                Invité

                Annika

                • #117152 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Pour sortir de papa maman, on peut lire les deux livres de la rentrée verticales
                  -le livre de Guillaume Poix – une immersion chez les matons
                  -le livre de Bertina – dans un hotel tunisien où cohabitent des mutilés de guerre et des femmes en post chirurgie esthétique

                  • #117153 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Et Je ne suis pas une libellule bien sûr

                    • #117154 Répondre
                      Jeanne
                      Invité

                      Je n’ai pas relevé parce que je n’ai pas envie (ni le temps, il faut faire des choix) de m’immerger chez les matons ni chez les mutilés de guerre
                      La libellule m’intéresse plus, si c’est d’un niveau de lecture accessible à ma personne

                      • #117156 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je précisais le « sujet » pour montrer qu’on était loin de papa maman. Mais il va sans dire – pour des littéraires du moins- que le sujet ne dit rien da la réalité textuelle de ces livres
                        « Je n’ai pas envie de m’immerger chez les matons » est une phrase littérairement aberrante.
                        Par contre tu as eu très envie de t’immerger dans le quotidien d’Auschwitz et c’est pourquoi tu as lu Si c’est un homme.

                      • #117189 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        Le terme « aberrant  » est inadéquat
                        Pour le reste on est d’accord

                      • #117869 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        si on est d’accord le terme aberrant est inadéquat

                      • #117158 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        @Jeanne
                        Dans le site des Éditions Cause Perdue tu trouveras un extrait de 6 pages de Je ne suis pas une libellule de Gwenaël David. Claire a ouvert une entrée.
                        Tu pourrais en dire plus sur ce livre Colonie stp?

                      • #117187 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        @Graindorge
                        Ça raconte l’histoire d’une communauté de 7 personnes vivant loin de tout.

                      • #117160 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        «  si c’est d’un niveau de lecture accessible à ma personne »
                        Jeanne, je n’aime pas trop ce bout de phrase
                        Je pense que tu ne l’utiliserais contre aucun humain – tu retiens bien tes coups – pour les autres
                        Je les comptabilise néanmoins comme tels même si c’est à ton usage personnel

                      • #117161 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        @Claire
                        Je ne comprends pas ton post Claire
                        « Je pense que tu ne l’utiliserais contre aucun humain »
                        ???? –

                      • #117188 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        @Claire
                        Il y a des livres qui ne me sont pas accessibles.

                      • #117192 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        Lesquels Jeanne? Si et seulement si tu veux bien. Et dans quel sens tu dis qu’ils ne te sont pas accessibles?

                      • #117207 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        @Graindorge
                        Je n’ai pas spécialement d’idée en tête.
                        Je suppose que des considérations techniques peuvent très rapidement me perdre (comme par exemple avec le récent roman Sister ship, dont j’avais je crois parlé ici). Idem pour des considérations philosophiques (dépassant mes capacités en philosophie, quoi).
                        J’avoue caler aussi avec les textes qui s’amusent à inventer un langage. Comme ceux de Damasio.
                        D’une manière générale, je suppose que je ne suis pas très tolérante à la recherche littéraire ou poétique et à ce qui s’y apparente.
                        (Voilà ma confession).

                      • #117209 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        C’est plus net – merci Jeanne

                      • #117229 Répondre
                        graindorge
                        Invité

                        je comprends mieux Merci Jeanne

                      • #117166 Répondre
                        Delphine
                        Invité

                        @Jeanne : J’ai commencé à lire « Je ne suis pas une libellule », et le livre, court mais dense (diverses sortes d’informations formulées chaque fois avec précision : scientifiques, économiques, le tout dans un style littéraire poétique et sensible) me semble accessible, le lecteur / la lectrice n’ayant pas l’impression d’être tenu(e) à distance. En le lisant pas à pas, je me sens immergée par l’esprit dans les endroits naturels décrits par l’auteur-narrateur, et j’apprends par la même occasion des termes techniques ou des réalités, le réel humain coexistant avec le réel non-humain, ce qui est bien agréable et enrichissant.

                      • #117167 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        merci d’avoir lu
                        le texte est très dense mais oui je crois qu’on y circule bien
                        et qu’il contient incidemment des vues politiques rares et précieuses

                      • #117172 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        Même Celle-qui-ne-lit-jamais a lu les 6 pages de l’extrait et a bien aimé et n’a pas eu l’impression d’innaccessibilité.

                      • #117190 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        Merci Delphine

                  • #117185 Répondre
                    Jean-Marie Bigard
                    Invité

                    Est-ce qu’il y a un roman de Guillaume Poix que l’on recommande en particulier (hormis le dernier sorti) ?

      • #117175 Répondre
        MA
        Invité

        Apparemment le dernier ou prochain Mauvignier La maison vide sur sa grand-mère et son arriere-grand-mère vaut le détour.
        https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-regard-culturel/le-regard-culturel-chronique-du-mercredi-27-aout-2025-6892053

    • #117162 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      @FB
      « De fait je n’ai pas du tout traité les ambivalences dans les pages de CUM, concentré que j’étais sur mon sujet : pourquoi c’est court. »
      _
      Je n’ai plus en tête les développements de CUM sur cette question, et je ne sais plus si tu envisages d’appréhender la brièveté des récits de Ernaux sous l’angle d’une « littérature prolétarienne », pour le dire vite. Si on prend le fameux passage de La place dans lequel elle justifie son écriture plate, on peut dire que la forme courte serait plus appropriée pour narrer une vie soumise à la nécessité et qui manque de temps. Elle écrit avec le même style qui était le sien lorsqu’elle écrivait des lettres pour donner à ses parents de ses nouvelles. Et comme on se doute que les lettres étaient courtes, le récit de son père le sera aussi. Court comme un procès verbal est court.
      _
      En tout cas c’est une hypothèse qui m’est venue à l’esprit en lisant plusieurs livres d’Ernaux. Je remets le passage de La place sur l’écriture plate :
      Depuis peu, je sais que le roman est impossible. Pour rendre compte d’une vie soumise à la nécessité, je n’ai pas le droit de prendre d’abord le parti de l’art, ni de chercher à faire quelque chose de passionnant , ou d’ émouvant . Je rassemblerai les paroles, les gestes, les goûts de mon père, les faits marquants de sa vie, tous les signes objectifs d’une existence que j’ai aussi partagée. Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L’écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j’utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles.

      • #117168 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Je commente aussi ces lignes aberrantes de Ernaux dans CUM – là on peut vraiment dire qu’elle assassine la littérature.
        Mais outre qu’aberrantes , ces lignes n’expliquent en rien la brièveté de ses livres, et par exemple de La place. Car après tout la consignation a-littéraire de la vie de son père pourrait s’étaler sur 1000 pages. Donc la question reste ouverte : pourquoi par exemple ne décrit-elle pas en détail la scène centrale de La place (une scène de violence)?
        Mon idée est qu’elle ne la décrit pas en détail parce que dans cette scène seul l’intéresse le sens qu’elle en tire
        Ce qui me fait dire qu’Ernaux fait une littérature conceptuelle, au sens où il y a un art conceptuel. D’où, je le redis, la comparaison avec ce qu’on appelle, en art, les installations. Elle fait des livres-installations, dès lors parfaitement consommables par la militance qui ne cherche pas la vie mais le sens, mais les idées. Et alors la militante féministe trouve dans les livres d’Ernaux (qui est d’ailleurs féministe comme je suis chanteur de jazz) exactement ce qu’elle vient y trouver. Il ne s’est rien passé
        Or l’art n’est politique que si dans le temps qu’on l’appréhende il se passe quelque chose. Si je suis déplacé, tordu, bifurqué, malmené, bougé, mu, ému. etc.

        • #117170 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je pourrais aussi dire : la platitude a bon dos
          Ou : la platitude c’est bien pratique
          Ca dispense de bien des difficultés

        • #117171 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          Merci pour ton retour.
          Je vois ce que tu veux dire, même si j’ai trouvé que certains passages de son écriture plate était en fait très écrits, et très beaux par moments. J’ai beaucoup moins aimé Passion simple.
          _
          Mais il est vrai qu’on sent ,parfois, dans La Place, une théorie qui cherche à s’illustrer. En gros, une théorie sociale à la Bourdieu qui s’exemplifierait dans la vie de son père et la sienne. C’est ce sentiment d’être parfois en présence d’une illustration de quelque chose d’autre qui m’a un peu perdu par moments. Ce qui rejoint, je crois, ce que tu dis sur la recherche de sens.

          • #117180 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je continuerai à recommander ses livres pour les quelques captations géniales qui s’y trouvent
            En fait Ernaux doit juste être mise à la bonne place (oups)

    • #117163 Répondre
      Delphine
      Invité

      Je ne l’ai pas lu, mais le livre « La collision » de Paul Gasnier va peut-être faire parler, en raison du thème abordé : un jeune homme tue en faisant du rodéo. En marge de la société, qui aura tendance à accabler le jeune homme purement et simplement, un journaliste va chercher à comprendre.

    • #117178 Répondre
      Malice
      Invité

      François est-ce que tu as fini « La nouvelle Héloïse »? Si oui tu veux bien poster ici ton avis?

      • #117179 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Eh bien je ne l’ai pas commencé, les sauts d’une lecture à l’autre m’ayant porté vers d’autres pages.
        En revanche relu Les reveries, qui m’a cette fois frappé par ses empechements

        • #117194 Répondre
          Malice
          Invité

          Quels empêchements en particulier?

          • #117200 Répondre
            Tony
            Invité

            Puisque ça parle de Rousseau, j’ai lu récemment la lettre à d’Alembert sur les spectacles,alors certes on se doit de recontextualiser mais ce qu’il dit des rapports homme/femme et des occupations acceptables pour chacun des deux sexes ferait bondir les féministes d’aujourd’hui, après ses vues sur les spectacles sont principalement morales,son analyse du misanthrope est brillante aussi,il dit beaucoup de choses qui sont encore justes aujourd’hui mais cette moralisation de la vie en général et cette apologie de la vie spartiate et patriote est très déconcertante.

            • #117238 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Oui Rousseau a ses raideurs. Sur l’art il est très moralomane. Les apotres du continuum l’adoreraient -s’ils le lisaient.
              L’empêchement des Reveries, c’est que, tout en pronant l’indifférence au monde (comme on disait alors), Rousseau ne cesse de lui parler, et est incapabale de ne pas se justifier. C’est la tension interne passionnante de ce texte malade, épuisé, terminal.

              • #117294 Répondre
                Malice
                Invité

                Anecdote non vérifié de raideur de Rousseau, par Eric Rohmer, qui évoque un personnage de l’Astrée ( il est interviewé au sujet des Amour d’Astrée et Céladon et de ses coupes dans le texte):

                « Il y a un personnage important, c’est Sylvandre, ce qu’il disait sur la fidélité est mis dans la bouche de Lysidas.
                Sylvandre était un néoplatonicien. Rousseau aimait beaucoup ce personnage. Il raconte qu’allant en Italie, en passant par Lyon, il s’est arrêté pour découvrir les lieux qu’habitait Sylvandre. C’est assez drôle parce qu’au début de sa promenade il croise un homme qui lui demande où il va. Rousseau répond : “Vers la forêt, dans cette direction.” Alors l’homme, le prenant pour un vagabond, lui dit : “Vous avez raison, on vient d’y construire une fabrique, vous y trouverez sans peine une place d’ouvrier.” Rousseau a été tellement vexé que son pèlerinage sur les lieux de L’Astrée s’est arrêté là !

        • #117202 Répondre
          Alexandre
          Invité

          « les sauts d’une lecture à l’autre m’ayant porté vers d’autres pages »

          Tiens, ça m’intéressait, question parfaitement enfantine et assumée comme telle, de savoir comment tu t’organises pour lire, quel temps tu consacres à cette activité, si c’est quotidien ou non, quelle tranche d’horaires tu privilégies etc..
          On a déjà du te poser la question, j’imagine.

          • #117239 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            L’été je lis beaucoup car l’été je n’écris pas
            Le reste de l’année j’écris à peu près tous les matins, parfois je pousse dans la journée, et quand je m’arrête la lecture est une des options (avec sortir, butiner dans des trucs, regarder un film, faire une quiche)

            • #117246 Répondre
              Delphine
              Invité

              François, Le fait de ne pas écrire l’été ne constitue-t-il pas une trop grande rupture avec la régularité annuelle du travail d’un écrivain ? Mais peut-être est-ce un choix : décider, chaque année, comme dans n’importe quel métier, d’une pause bénéfique, sans pour autant abandonner, durant cette période, toute activité littéraire, puisque tu lis.

              • #117284 Répondre
                Malice
                Invité

                L’été en lecture permet peut-être de se charger en littérature pour régurgiter ensuite le reste de l’année ( ce n’est pas élégant mais je m’inspire de Bradbury qui disait qu’il « vomissait » tous les matins et qu’il remettait les choses en ordre après)
                Passer des journées à lire est le repos idéal, aussi ( enfin c’est mon cas)

                • #117296 Répondre
                  Delphine
                  Invité

                  @Malice : Oui, c’est peut-être une manière, l’été, de faire un « stock » de lectures et de se forger un certain nombre d’idées, d’inspirations, de pensées littéraires. Mais il me semble que François lit aussi beaucoup le reste de l’année, peut-être davantage d’auteurs contemporains, au rythme des parutions (rentrées littéraires de septembre et janvier, par exemple). L’été, il parle souvent plus de classiques, me semble-t-il (Rousseau cette année, je me demande s’il n’etait pas question de Dante une autre année, ou alors est-ce un projet pour un futur été).

                  D’une manière générale, pour rejoindre la notion de « repos » dont tu parles, peut-être aussi, logiquement, ne lit-on pas de la même manière en période d’activité professionnelle et en période de repos, les journées de travail (travail professionnel + obligations personnelles à côté) étant plus hachées que les journées libérées du travail, même sur une courte durée (jours fériés ou week-ends, par exemple). C’est ce que je ressens. Les semaines de travail, je parviens à lire un peu tous les jours, mais les temps de lecture sont très hachés (environ 20 minutes par-ci, esprit parasité par d’autres considérations, pas trop l’énergie ou l’envie de lire dans la soirée), ce qui est d’ailleurs parfois agaçant ou frustrant, surtout lorsque je suis « accrochée » à un livre. Lors des journées libres, je me rends compte que j’avance plus vite dans mes lectures et de manière plus continue et bénéfique, réussissant davantage à me plonger dans le livre en question.

                  Par contre, je ne peux pas passer des journées entières à lire, il faut que je m’aere l’esprit de temps en temps, surtout concernant les livres qui amènent à réfléchir et penser, comme ceux de François ou liés à son univers littéraire. Bien qu’appréciant beaucoup des livres comme « A Brest », « Psychologies », ou même des livres plus courts comme ceux parus jusqu’à présent chez Cause perdue, je ne peux pas les lire d’un trait, je préfère les lire progressivement pour essayer de saisir les divers éléments qui les composent.

            • #117272 Répondre
              Alphonse
              Invité

              « faire une quiche »
              Tiens, Tiens, ça m’intéressait, question parfaitement enfantine et assumée comme telle, de savoir comment tu t’organises pour faire une quiche, plutôt lardon (et alors : Herta ou tu détailles une tranche de lard ?) ou poireaux, est-ce que tu fais toi même la pâte, est-ce que tu râpes du fromage ou est-ce que tu l’achètes râpé, temps de cuisson, thermostat, etc.
              Et puis si tu la manges seul (auquel cas : face à une fenêtre ? face à un écran ? face à un bouquin ?) ou si tu la partages, si tu l’amènes à un apéro ou à la table collective d’une communauté limousine, etc.
              On a déjà du te poser la question, j’imagine.

              • #117288 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Je m’occupe de placer le détecteur de mensonges

              • #117305 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Effectivement on me pose souvent la question sur ma recette de la quiche aux lardons. La réponse est donc disponible partout. Notamment dans l’entretien que j’avais donné à Mediapart le 5 mars 2016

                • #117322 Répondre
                  Alphonse
                  Invité

                  Mais oui, déso, j’aurais dû m’en douter : le Cinq Mars, hommage à Vigny – gros mangeur de quiches, comme on sait.

                  • #117335 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    A ce qui se dit, pas autant que Don Quichotte*.
                    .
                    * Quichotte : petite quiche populaire du début du 17e.

                    • #117348 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      En Vendée on parlera plutot de quichette
                      Exemple : François, ta quichette aux oignons est délicieuse, comme toujours.

                      • #117355 Répondre
                        Delphine
                        Invité

                        quichette, mogette, tout cela sonne effectivement vendéen, même si les deux ne vont pas forcément ensemble d’un point de vue gastronomique.

                      • #117362 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Détrompe toi
                        Je recommande hautement ma quichette aux mogettes.

    • #117244 Répondre
      Alexandre
      Invité

      Merci François, c’est inspirant!
      Que tu trouves le temps de faire une quiche avec tout ça ne laisse pas de me méduser.

      • #117273 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        François FAIRE une quiche ? Il la met au four et surveille le temps de cuisson et il la mange… pardon, on est chez un petit ou moyen bourgeois  » il la déguste et la trouve savoureuse et bien cuite par le four qu’il a félicité chaleureusement

        • #117274 Répondre
          stephanie
          Invité

          Fait il des quiches comme il fait des livres ?

          • #117279 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Ah non! Pour les livres c’est pas une quiche!

        • #117297 Répondre
          Lemeclá
          Invité

          Rires.

    • #117327 Répondre
      graindorge
      Invité

      Essai sur soi-même de Victor Segalen

      « Je naquis. Le reste en découle. C’est donner donc au reste, à ce livre, la simplicité, la droiture, – non pas d’une biographie, ni d’une apologie ni d’une confession ni d’une justification, – mais d’une série répétée de naissances, de constatations, de reconnaissances. C’est la mise en un seul point de vue d’une série de faits qu’il serait de mauvais goût envers soi-même d’exalter ou de déprécier à l’extrême sous prétexte qu’ils furent miens. Je n’ai pas d’exemple littéraire à suivre, ni de précurseurs à décrier ou à imiter. Toute naissance renouvelle par définition le monde autour de soi.

      Je ne connais aucun essai de « journal » ou de vie qui ne soit précisément occupé et rempli de ce dont je me désintéresse ici : la rumination sentimentale, l’expérience ou le constat psychologique ! – la justification politique ou morale. »

      (Brest, 1916)

    • #117346 Répondre
      tristan
      Invité

      « Je naquis. Le reste en découle…
      Moi aussi j’ai accepté de naître…sans vraiment réfléchir…

      • #117377 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « sans vraiment réfléchir… » t’aurais dû!
        mais bon t’es là, t’es là

    • #117507 Répondre
      constant
      Invité

      Des avis sur Laurent Mauvignier ?
      je viens de lire Continuer, assez déçu, autant les phrases ont un certain souffle, autant l’histoire est particulièrement gnan-gnan, la fin surtout, qui ne laisse aucune ombre sur les personnages

      • #117514 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        C’est un bon écrivain au style emphatique. J’avais consacré un texte à cette emphase, que je finissais par appeler : lourde.
        Régulièrement on me vend que tel de ses livres est un chef d’oeuvre, comme par exemple ce petit dernier (ce gros dernier). Il est possible qu’il ait réalisé là une fresque admirable,, et il se peut que je la lise car il sait camper des personnages, mais entre et lui et moi il y aura toujours cette phrase, emphatique, empesée
        (moyennant quoi c’est aussi aussi une des littératures les plus dénuées d’humour de l’histoire)

        • #117523 Répondre
          MA
          Invité
          • #117539 Répondre
            Tony
            Invité

            J’avais lu il y a quelques années Histoires de la nuit et j’avais été pris par ce récit qui arrivait à nous mettre dans l’attente de quelque chose que l’on devinait inexorable et qui finissait par arriver de façon tout à fait surprenante et sanglante comme dans les meilleurs polars,une déflagration cinématographique après quelques centaines de pages où le décor et les personnages avaient été lentement et patiemment dessinnés,je me souviens très bien en effet de la singularité de ces personnages et de ce drôle de couple où chacun semblait se sacrifier jusqu’à cette nuit où tout allait s’éclairer.

    • #117544 Répondre
      Alexandre
      Invité

      Je serais très preneur d’avis sur…Belle du Seigneur, d’Alber Cohen

      Œuvre que l’on m’avait offert à la Pléiade il y a des années, après en avoir souvent entendu parler en amont, et qui m’est presque littéralement tombé des mains en cours de lecture. Impossible de m’y intéresser. Ai-je eu tort de ne pas insister, ou du moins, retenter?

      • #117547 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        C’est nul. Fais confiance à tes yeux.

        • #117549 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Merci.
          Confirme-t-on? (rires)

          • #117552 Répondre
            Alain m
            Invité

            N’ayant pas suffisamment confiance dans mon jugement littéraire je n’affirmerai pas que c’est nul mais l’effet ressenti s’en approchait. Comme toi il m’est tombé des mains et heureusement à l’époque j’étais plein de réflexes ce qui a préservé mes pieds. J’ai appris plus tard que c’était le livre de chevet d’Anne Sinclair et je ne sais toujours pas si c’est une confirmation ou non de mon jugement. Il me semble qu’ici il a ses défenseurs et non des moindres.

            • #117554 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              lecture trop lointaine, mais nul est excessif
              livre pas aimable, voire antipathique, mais dont la textualité vaut qu’on s’y essaye

              • #117555 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                K : tu m’a répondu sur Pynchon? Je ne retrouve plus ma question, ni donc ta possible réponse.

                • #117558 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Oui, j’ai répondu : mon préféré alterne entre Contre-jour (gigantesque roman sur l’anarchisme et les mathématiques à la fin du XIXème-début XXème) et Mason & Dixon (sur… Mason et Dixon, les géomètres britanniques envoyés tracer une ligne en Amérique).

    • #117574 Répondre
      tristan
      Invité

      « Je serais très preneur d’avis sur…Belle du Seigneur, d’Alber (sic) Cohen »
      « C’est nul. Fais confiance à tes yeux. »
      Il n’était pas un peu juif sur les bords Albert Cohen ?
      Ce n’est pas une question subsidiaire car cette tendance systématique pour ne pas dire systémique sur ce forum à glorifier tout ce qui descend d’Ismael et dénigrer, toutes disciplines confondues, tout ce qui descend d’Isaac commence sérieusement à se voir.
      Bon, Albert Cohen c’est pas Chateaubriand non plus faut pas déconner, mais ça se lit comme l’indique François, toujours plus finement nuancé que le chœur philomahométan du forum.
      Je n’ai lu de lui que « Ô vous, frères humains », que mon professeur de français nous avait conseillé de lire en classe de Seconde, nous élèves Marseillais du lycée Thiers que Cohen avait fréquenté, et qui m’avait arraché des larmes.
      Bon je vous laisse car je me prépare à affronter ce matin ma nouvelle classe PC* qu’on m’a confiée et j’ai l’estomac aussi noué que mes élèves, comme je l’ai encore à chaque fois que je passe devant le lycée Thiers en pensant à mon année de prépa MP que j’ai vécue il y a 15 ans déjà.
      Bonne journée camarades de pastissade !

      • #117576 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « et dénigrer, toutes disciplines confondues, tout ce qui descend d’Isaac »
        Oui par exemple Spinoza, Proust, Kafka, Soderbergh, Roth. Ici on les aime pas beaucoup. Et que dire de notre détestation pour Marx.

        • #117584 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          Les frères Coen. Mais peut-être juste par dyslexie, alors ?
          Merci, en tout cas, tristan, de renforcer l’impression que j’avais qu’on n’entend parler de Belle du Seigneur qu’au cours de notre scolarité. Un livre qui survit à l’oubli grâce aux fiches d’écoliers et leurs souvenirs poussiéreux.

      • #117593 Répondre
        Louise Michelle
        Invité

        Je te rejoins Tristan. Un peu marre qu’on glorifie ici Rachida Dati et l’imam Chalghoumi. Et qu’on chie sur Chabat et Jonathan Cohen.

      • #117610 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @Tristan
        Toi, tu manques de finesse.
         » le chœur philomaometan du forum »
        Le fait de soutenir le droit d’un peuple à exister n’implique que ce soutien.
        J’espère de tout cœur que tu n’es pas sans savoir ou que tu n’as pas oublié que le colonialisme ET l’impérialisme dont sont victimes des peuples ne visent QUE l’exploitation des richesses, l’appropriation des sols et des territoires par la violence, le meurtre, l’expulsion, le génocide.
        Aucun chœur philoquiquecesoit ici. Une Histoire nous a montré que la violence pour s’accaparer les biens d’autrui n’est l’apanage de personne.
        Quant au « Ô frères humains », petit rappel en passant: pendant la 2ème guerre mondiale, la grande bourgeoisie juive des États-Unis d’Amérique du Nord n’a JAMAIS levé le petit doigt pour aider les personnes juives modestes d’Europe sous le joug de l’impérialisme allemand dont, de fait, cette grande bourgeoisie juive a été complice.

        • #117874 Répondre
          Alexandre
          Invité

          « pendant la 2ème guerre mondiale, la grande bourgeoisie juive des États-Unis d’Amérique du Nord n’a JAMAIS levé le petit doigt pour aider les personnes juives modestes d’Europe sous le joug de l’impérialisme allemand dont, de fait, cette grande bourgeoisie juive a été complice. »

          Je n’avais pas vu cela.
          Grande bourgeoisie ou non, les appels suppliants lancés à une administration Roosevelt indifférente à la tragédie qui se jouait en Europe ont été légion.
          La communauté juive américaine dans son ensemble n’a sans doute pas pris la mesure, sans doute en partie par déni, de la monstruosité de la Solution finale.
          Mais en faire l’apanage d’une grande bourgeoisie sous l’angle de la complicité avec l’impérialisme allemand (qui était en l’occurrence avant tout nazi) constitue une formulation, autant qu’un raccourci, qui me choquent un tantinet.

          • #117918 Répondre
            graindorge
            Invité

            « les appels suppliants lancés à une administration Roosevelt indifférente à la tragédie qui se jouait en Europe ont été légion. »
            Les appels suppliants de qui ? Moi, je parle et je ne parle que de la grande bourgeoisie.
            Les grandes bourgeoisies d’où qu’elles soient ont des dénominateurs communs.
            Pour exemple, est-ce que la grande bourgeoisie française lance des appels à la Macronie pour la SUPPLIER de faire quelque chose pour les 350000 compatriotes « ou non » qui survivent et meurent dans les rues françaises ?
            « La communauté juive américaine dans son ensemble n’a sans doute pas pris la mesure, sans doute en partie par déni, de la monstruosité de la Solution finale. »
            Je répète, je n’ai parlé QUE de la grande bourgeoisie américaine juive. Comme partout, il y a eu des associations de gens, comme aujourd’hui pour le peuple palestinien suppliant l’arrêt du génocide.

            ——————————

            Pour ce qui est de « l’apanage », tu as très mal lu, je dis que « Une Histoire nous a montré que la violence pour s’accaparer les biens d’autrui n’est l’apanage de personne. DE PERSONNE
            « l’impérialisme allemand (qui était en l’occurrence avant tout nazi) »
            C’est bien l’impérialisme allemand, le capitalisme le plus violent anti social qui a MIS les nazis au pouvoir.
            —————-
            Je ne crois donc pas avoir pris de raccourci.
            Quant aux historiens, on en trouve avec des sons de cloches différents. On dit que l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Et leurs valets !
            Après, il y a de drôles de choses qui se passent en chaque corps humain : Pourquoi avec tel historien ça passe, je sens la rigueur et l’honnêteté et avec tel autre, ça passe pas ?
            ———————————————
            « Plusieurs historiens, dont David S. Wyman et Raphael Lemkin, ont documenté l’inaction ou l’action limitée de la grande bourgeoisie américaine juive et de ses institutions face à la détresse des Juifs européens durant l’Holocauste, critiquant leur manque d’enthousiasme à soutenir les efforts de sauvetage et leur priorisation des intérêts américains ou de leur propre sécurité.
            Critiques historiques de la bourgeoisie juive américaine
            • David S. Wyman et la passivité de l’administration Roosevelt
            : Dans son livre The Abandonment of the Jews: America and the Holocaust, 1941-1945 (The Abandonment of the Jews: America and the Holocaust, 1941-1945 par David S. Wyman), Wyman critique la passivité de l’administration Roosevelt et l’indifférence de nombreux Juifs américains, y compris au sein de l’élite, face à la Shoah. Il souligne que les organisations juives ont trop tardé à réclamer des actions concrètes.
            • Raphael Lemkin la critique des « élites »
            : Si Lemkin a défendu la cause des Juifs persécutés, il a aussi été confronté à l’inertie et au manque de soutien des organisations juives américaines face à l’ampleur des persécutions.
            • Le rôle ambigu des organisations juives
            : Des historiens ont montré que des organisations juives de premier plan, comme le World Jewish Congress et le American Jewish Committee, ont privilégié la stabilité de leurs organisations et les relations avec le gouvernement américain au détriment de la pression pour des actions de sauvetage massives.
            • L’intérêt pour la « sécurité » de l’élite juive
            : Certains historiens ont soulevé la question de l’attitude de la grande bourgeoisie juive américaine, qui aurait pu, par préoccupation pour sa propre sécurité ou pour maintenir de bonnes relations avec l’administration américaine, hésiter à prendre des positions radicales en faveur des Juifs d’Europe.
            En résumé
            Ces historiens décrivent un comportement ambivalent, où la prudence et un sentiment de peur ont mené à des actions jugées insuffisantes, voire à un certain désintérêt, de la part de certains leaders juifs américains et de leurs organisations, en dépit de la tragédie en cours en Europe. »

    • #117598 Répondre
      Agora
      Invité

      Bonjour François, qu’as-tu pensé de Kolkhoze ?

      • #117608 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        toujours pas lu
        comme j’ai déjà beaucoup bouffé du Carrère, je ne vais pas me précipiter sur celui là, dont on dirait qu’il l’a spécialement écrit pour avoir, enfin, enfin, son Goncourt
        mais oui Emmanuel tu l’auras, ne panique pas

    • #117603 Répondre
      Luc
      Invité

      Avez-vous lu James de Perceval Everett ?
      Hucklebery Finn revu

    • #117611 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Quelqu’un a-t-il lu le livre dont Under The Skin de Glazer est une adaptation et est-ce que ça vaut le coup? Paraît-il que c’est très différent. J’y pense car j’ai vu ce weekend le dernier Glazer qui me manquait — Birth, film qui m’a secoué comme rarement et qu’il faut encore que je laisse refroidir (il faut dire que je l’ai vu, hasard biographique, dans des conditions un peu particulières, qui je préfère préciser n’ont pas de lien avec un décès ni avec un mineur de moins de 13 ans).

    • #117632 Répondre
      Jean Marie Bigard
      Invité

      Vous auriez des recommandations de romans dont la trame se déroule en une seule journée ?
      Des livres dans le style de Ulysse mais en plus digeste

      • #117633 Répondre
        Anna H
        Invité

        Le tour du cadran de Léo Perutz.

        • #117634 Répondre
          Anna H
          Invité

          Et Mrs Dalloway.

          • #117637 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Vingt-quatre heures de la vie d’une femme.
            Il se dit que cette nouvelle a très largement inspiré la série 24h Chrono.

            • #117646 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Perpétuité, de Guillaume Poix, juste sorti, se déroule en une nuit.

              • #117657 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                Il y a aussi À la recherche du temps perdu. Cela se passe sur plusieurs années, mais à la différence des ouvrages susmentionnés, le livre peut aisément se lire en une journée, 24h chrono.

            • #117660 Répondre
              Claire N
              Invité

              Rire – merci JMB d’avoir initié c’ette interrogation toute classique – les réponses me tentent

          • #117645 Répondre
            Oscar
            Invité

             » […] je songeai alors que le véritable invité mystère n’avait nullement été moi, mais ce roman anglais écrit dans les années 1920 qui s’était introduit en douce dans son existence pour en changer le cours, et le mien par voie de conséquence, et depuis toujours n’était-ce d’ailleurs pas la littérature qui s’invitait mystérieusement dans l’histoire des hommes et l’on croit penser à tout et on oublie le livre posé sur la table de nuit. »
            L’Invité Mystère – Grégoire Bouillier

      • #117638 Répondre
        Charles
        Invité

        Glose de Juan José Saer.

    • #117642 Répondre
      Alain m
      Invité

      Bois II d’Élisabeth Filhol

    • #117709 Répondre
      Jacques Sceptr
      Invité

      Pourquoi tout le monde semble écrire sur sa daronne en cette rentrée littéraire ?

      • #117711 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        attention parce que c’est aussi devenu un tic journalistique – décidément nulle profession plus grégaire que celle ci- que de dire que tous les livres de la rentrée parlent de maman
        en tout cas seulement un sur les six que j’ai lus parlent d’une maman
        et je me permets de signaler que Je ne suis pas une libellule n’évoque pas une demoiselle libellule qui tache de faire le deuil de sa maman libellule.

        • #117713 Répondre
          Alain m
          Invité

          On reprochait déjà à Hugo les travailleurs de la mer

        • #117720 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Ca n’est pas un « tic » c’est un fondamental intégré. Ce qqui serait certes même chose, avec la légèreté de l’expression première en moins.. La circulation circulaire de l’information résumait bien froidement la chose merci à elle

          • #117724 Répondre
            Claire N
            Invité

            Oui il y peu etre une histoire de « cercle « 
            Une façon d’aborder «  la rentrée littéraire « 
            De manière convenue sans préciser sur un livre en particulier
            Moi même – avant de côtoyer réellement un pêcheur – j’avais tendance pour les aborder à demander «  ça mord ? «  phrase énervante et convenue au possible dont on se fait l’idée d’une amorce singulière alors qu’elle est ressentie comme la plus predictible des banalités pour ledit pécheur qui n’en retire pas joie mais soumission à la politesse d’une interaction pâle et remâchée

            • #117725 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              bon exemple

              dans le cas de la rentrée littéraire, la circularité opère à plein, puisque tous les journalistes qui en parlent n’ont pas l’information de première main, c’est à dire qu’ils n’ont lu aucun livre ou presque
              et même ayant lu dix romans, quoi de sérieux pourraient-ils dire sur une rentrée où 600 sont publiés?

              • #117727 Répondre
                Claire N
                Invité

                Rires – et bien certainement rien
                Mais j’imagine qu’il ne sont pas payés pour se taire ni pour écouter
                Vendre des « conversations « clef en main est une façon peut etre de commercer

                • #117728 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Mais peu etre tiens on là une façon de se constituer un patrimoine culturel en déléguant à des courtiers son placement – peu d’investissement et bon taux sur le marché

    • #117729 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Espaces et espèces de l’eau


      Une critique de La libellule.

    • #117732 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      bon texte
      fait plaisir

      • #117734 Répondre
        Stéphanie
        Invité

        Je n’ai encore rien lu, ni le livre ni les critiques.
        Le livre est prêt de moi, je le regarde , j’attends le moment de la journée où je serai prête ( comme un beau gâteau).
        Pour tout dire, lorsque le médecin m’a proposé un repos de qq jours hier, j’ai pensé à tout ce temps libre de livres qui m’attendent.

        • #117738 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          J’ai découvert ce mot y a pas longtemps, je suis tout content de le caser dans toutes mes conversations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tsundoku

          • #117744 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Il est assez fréquent que l’intensité fournie par la perspectve de lire un livre supplante celle de sa lecture effective.
            L’analogie avec le rapport sexuel sera faite ou non.
            Il restera que la pile de livres en attente a un immense potentiel érotique.

            • #117747 Répondre
              Alexandre
              Invité

              « Il est assez fréquent que l’intensité fournie par la perspective de lire un livre supplante celle de sa lecture effective. »
              Je crois que ça concerne bon nombre de domaines.
              Mais de quoi cela relève-t-il? D’une sublimation quelconque ? D’une « procrastinite » sévère? D’une tétanisation devant la montagne à gravir? Ou tout simplement de cette tendance connue qu’ont certains gamins, ou adultes qui le restent, de laisser pour la fin, dans l’assiette, la partie la plus succulente du plat?
              J’observe chez moi qu’il s’agit d’un cafard diffus qui mêlerait peur de l’entame et celle de l’assouvissement.

              • #117748 Répondre
                Charles
                Invité

                J’aurais tendance à dire qu’il s’agit d’un pur comportement consumériste appliqué à la culture.

                • #117749 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  L’achat compulsif de livres qu’on ne lira pas, oui peut etre
                  Mais on ne parle pas de ça.
                  On ne parle pas non plus de la tendance à ne pas lire les livres empilés.
                  On parle de l’érotique de la pile. Qui tient au fait qu’un livre est toujours riche de potentialités que parfois la lecture effective restreint.

    • #117746 Répondre
      Ostros
      Invité

      Que pense-t-on de Tressaillir, le nouveau Maria Pourchet ?

      • #117750 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Pas son meilleur, sur le contenu
        Mais sa phrase est là, et à son meilleur.

        • #117765 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Oui. J’en suis presque venue à me dire qu’elle avait tellement envie de s’amuser sur la phrase, c’est à dire la travailler, que le contenu zou il était comme le papier blanc dont le boucher entoure avec amour sa belle volaille.
          Ceci n’est pas un reproche car je me suis bien amusée en la lisant et je me suis dit ah ouais ça bouge

    • #117751 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      je lui ai envoyé, par mail, un petit florilège de mes préférées :

      Il cherche à sa trouille un auteur

      Trouve des noms latins à tes égratignures

      De plus en plus grandes villes, où l’eau ne sait plus nous trouver, où le vent contre les immeubles renonce sans siffler

      Les histoires c’est moi, connasse

      Et quand elle, cette tristesse affolée, atteint ses sommets, ouvre au plus noir du cerveau mammifère une faille éclatante et l’espace d’une
      seconde, une seconde seulement, je comprends toutes les femmes. Celles qui se tuent, celles qui tuent.

      Le langage a donc prévu ce qui m’arrive et l’a déjà organisé en syntagme.

      …révoquer méticuleusement dans ses gestes toute trace d’une tendresse qu’il réserve aux femmes introuvables qui en seraient dignes

      Il avait été délicat dans son chantage au suicide, mais il ne pouvait pas faire moins

      Hors du bureau, sa vie consiste à se noyer dans une succession de verres d’eau

      J’ai dormi deux heures tandis que la phrase me regardait dormir, attendant le matin pour me transpercer d’un pressentiment

      À Paris, les premières années, je m’occupais déjà essentiellement d’avoir peur de tout, sans que jamais mon instinct précise à ma conscience de
      quoi

      De ce côté là de la rive, ou pullulait en loques l’haussmannien fin de race, ses gros immeubles banquier, ses porches assez
      larges pour laisser entrer côte à côte deux voitures attelées les soirs de réception qui voyaient surgir George Sand en pantalons

      (la nostalgie) C’est une astucieuse ingénierie du bourdon, point.

      Encore une seconde, et j’apprends contre un tronc l’empirisme des expressions comme être collé au mur et se faire sauter

      Elle avait du vouloir mais n’avoir su quoi écrire

      L’image est la bonne puisqu’elle est venue.

      Les voici dans l’entrée, l’homme et le meuble, l’un accomplissant en suant sous la charge de l’autre une certaine idée de sa vocation biologique

      …muait presque en gaité l’indifférence qui désormais me tenait lieu de santé mentale

      • #117752 Répondre
        Claire N
        Invité

        « ,point. »
        Ça c’est un fleuret que je goûte
        Merci

        • #117776 Répondre
          Ostros
          Invité

          Merci à vous.
          Je n’avais pas du tout accroché à Western que je trouvais lourd, explicatif.
          Je vais donc re tenter Pourchet.

          • #117779 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Western est un livre qui se perdait un peu dans les méandres de son scénario touffu
            celui ci est au moins plus limpide
            peut etre trop
            mais donc il y a cette langue

    • #117783 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Feu est pour moi son meilleur livre très sociologique ( je crois super GO lui a été consacré). Jai lu cet été Avancer, « la sociologie »est décrite de manière très drôle, et toujours cette ecriture percusive.

      • #117864 Répondre
        Mélanie
        Invité

        De Pourchet je n’ai pour le moment lu que Toutes les femmes sauf une, que j’ai beaucoup aimé, phrases et contenu. La narratrice, pendant son séjour à la maternité, s’adresse à sa fille, qui donc vient de naître, et le sujet est la mère de la narratrice et leur relation, leur histoire disons, et aussi, le fait de devenir mère en n’étant pas très en forme
        Et célibataire
        Et de comment ça peut être perçu par une équipe de la maternité
        C’est pas gai, c’est fort, moi j’ai été assez épatée, en tout cas ça m’a donné très envie de continuer à la lire

        • #117928 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          Ça donne envie, merci Mélanie

        • #117967 Répondre
          ,
          Invité

          J’ai aussi beaucoup aimé Toutes les femmes sauf une. M’a pas mal troublée d’y trouver une chose vécue, cette prise de conscience renversante, à la naissance de ton enfant, que « ta mère, elle n’était pas faite pour ça ». Avec la rage, le tranchant, et le recul, le regard sur l’autour.

          • #117968 Répondre
            ,
            Invité

            « Pour moi, c’est terminé. Je suis depuis trop longtemps déjà la somme de leurs phrases. Je suis au mieux la distance parcourue pour les fuir. J’ai assimilé. Je suis ce que ces phrases ordonnent. Je suis le crime parfait du langage. »
            « Elle ne m’a pas parlé d’amour. Sinon céleste. Ce qui revient au même. Elle ne m’a pas touchée. »
            « Je ne pardonne pas, je n’ai pas assez d’orgueil. »
            « C., A., O., B., S., M., F., S., C. Ça ne sert à rien. C’est crypté. C’est pour moi, pour la trace. »

    • #117816 Répondre
      GaelleS
      Invité

      Dans la short list des sélectionnés pour le Goncourt, il y a Maria Pourchet, mais aussi David Deneufgermain, déjà célèbre en tant que membre du collectif Othon
      https://www.babelio.com/livres/Deneufgermain-LAdieu-au-visage/1833590#!
      Quelqu’un.e l’a lu par ici ?

    • #117866 Répondre
      Lucien
      Invité

      est-ce qu’on lit dominique fourcade par ici ? ses dernières oeuvres articulent assez finement les évènements du siècle (israël/gaza ukraine/russie pour ne citer qu’eux), il y a chez lui une saisie littéraire de la chose politique qui ne peut qu’intéresser les amis d’ici
      j’y ai pensé puisque j’ai eu entre les mains la revue Critique de chez Minuit qui lui a été consacré (mai 2025, 13euros et des brouettes), je peux développer si besoin

      • #118048 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        J’avoue ne même pas connaître de nom.
        « une saisie littéraire de la chose politique » — quel teasing ! ça m’intéresse.

    • #117982 Répondre
      Jules
      Invité

      Dans un entretien (j’ai oublié lequel, je ne le retrouve plus), François dit ceci (en substance, ce sont mes notes) : « Rapport aux personnages, ou au narrateur particulier : il essaie toujours de bidouiller les choses pour qu’on comprenne que les personnages sont + agis qu’agissant. Ils subissent. Ca va s’incarner dans des formes particulières : c’est quoi le « je », qui fait les choses ? Si on pense qu’il y a du libre arbitre, alors c’est acté : c’est le personnage qui est l’agent. Si on tourne la phrase d’une autre manière, on fait éprouver au lecteur que celui qui semble le sujet de l’acte n’est pas réellement le sujet de l’acte. Faire de la philosophie sans le savoir, à l’intérieur de la phrase ».

      Ca m’intéresse puisque je suis en train d’écrire un livre (sur mon passé d’extrême droite et ma transformation) : par quels artifices faire ressentir cette détermination au lecteur, sans être lourdingue ?

      • #118220 Répondre
        Jules
        Invité

        Quelqu’un a des idées ? 😀

        • #118229 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je crois qu’il ne faut pas trop s’encombrer d’intentions explicites sur ce point.
          Plutot toujours, au cas par cas, se demander si une phrase est juste.
          Par exemple si tu écris : « L’hiver suivant j’ai décidé de ne plus vivre à Paris », tu peux te demander : mais l’ai-je vraiment décidé? Ce qui s’appelle : décider. Quelles sont plutot les forces qui ont produit cette « décision »? Et d’ailleurs est ce qu’elles ont agi si instantanément que « l’hiver suivant ». N’ont-elles pas agi souterrainement pendant des années avant de devenir si impérieuses qu’elles se sont transformés en acte? Alors cette tournure, « l’hiver suivant » ne va pas non plus. « L »hiver suivant j’ai décidé de ne plus vivre à Paris » apparait de plus en plus comme fallacieux, erroné, mensonger. Alors on le reconfigure. On se retrouve par exemple à écrire : « Peu à peu des circonstances m’ont fait éprouver que cette ville commençait à me peser ». ET l’on voit que mine de rien, sans préméditation, le je se retrouve complément d’objet et non plus sujet.
          etc
          Dans Deux singes j’avais eu cette idée (l’idée m’était venue) de conserver et barrer des énoncés fallacieux. C’est à dire de rendre apparent ce travail de rectification, qui est le coeur du travail d’écriture.
          Deux singes a d’ailleurs d’abord ça comme sujet : se demander comment raconter une vie (une vie « politique » en l’occurrence) sans tomber dans les mensonges propres à tout récit de vie. Livre très auto-réflexif.

          • #118290 Répondre
            Jules
            Invité

            Merci beaucoup pour cette réponse complète !

    • #118016 Répondre
      Charles
      Invité

      @IGY : tu m’avais demandé mon avis sur Ubik de Philip K. Dick que j’ai lu cet été, eh bien j’ai plutôt aimé. J’ai eu peur au tout début, failli lâcher le livre au bout de deux pages quand j’ai vu s’accumuler les néologismes pour désigner notamment des gadgets et autres machines futuristes. J’ai trouvé ça immédiatement démodé, ringard, truc de SF un peu bas du front. Mais après quelques pages, je m’y suis habité, surtout que j’ai vu une certaine habileté narrative de Dick pour acclimater son lecteur à cet univers sans verser dans des explications trop lourdes. Et j’ai fini par y trouver un sens, me disant que Dick avait besoin de ces bibelots futuristes pour ensuite régresser jusqu’à la moitié du XXème siècle – et ainsi marquer la distance – dans le récit. Mais là où le livre m’a emporté c’est dans sa capacité à désorienter son lecteur, à le perdre tout le tenant en haleine. J’ai aimé ne pas savoir exactement qui était l’antagoniste pendant une large partie du récit, que cela soit un peu brumeux et incertain, et surtout que celui-ci soit largement imprévisible. Le livre est très fort pour cela. Le style est par ailleurs plutôt élégant, il a quelque chose de tenu. Je n’ai pas ressenti la lourdeur ni le bourrin d’un Dantec, notamment au niveau des dialogues (même si bon, tout le monde parle un peu de la même façon). Tu as lu d’autres livres de lui?

      • #118023 Répondre
        Alexandre
        Invité

        Si je peux me permettre : Le Maître du haut château est un must dans mon souvenir. Sinon, quand tu t’interrogeais sur Ubik, il se trouve qu’au même moment, je relisais l’excellent Loterie solaire.
        Je retrouve un goût pour la SF littéraire que j’avais un peu perdu de vue depuis mes années ado, quand on se prêtait les bouquins d’Asimov, de Van Vogt, de Theodore Sturgeon, de Robert Heinlein, de Clifford Simak. Quand les frères Bogdanoff présentaient Temps X sur TF1.
        Les meilleurs écrivains de SF , dont K.Dick, avaient tous, peu ou prou, le talent que tu décris et compensaient d’éventuelles faiblesses littéraires par une extraordinaire qualité d’imagination.

        • #118024 Répondre
          Alexandre
          Invité

          …non pas quand tu t’interrogeais (ça c’est I.G.Y.) mais quand tu avais commencé la lecture, je crois..

          • #118026 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Charles : merci ! Je retrouve dans ce que tu dis des sentiments qui m’ont traversé lors de ma seule lecture récente de K. Dick, à savoir justement celui cité par Alexandre (Le Maître du Haut Château). Tout ça me donne envie de rejeter un œil à ses autres livres.

            « Tu as lu d’autres livres de lui? » : ça remonte à très loin (15-20 ans, donc je ne saurais plus en dire quoi que ce soit), mais j’avais lu Ubik, Les Clans de la Lune Alphane, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Blade Runner) et un certain nombre de nouvelles dont Minority Report et Paycheck. J’ai souvenir d’avoir lu du Asimov à peu près à la même époque. Juste après cette période je n’ai plus rien lu en 7-8 ans.

            • #118072 Répondre
              netflou
              Invité

              Même expérience que I.G.Y. et Alexandre : une lecture de K. Dick autour de 18 ans.
              J’ai également envie de reprendre un de ses romans ces temps-ci. Je pense que c’est lié au matraquage insidieux de Pâcome Thiellement.
              Hormis Ubik, je n’ai aucun souvenir de la plupart de ses romans, alors que je garde des souvenirs vifs de bon nombre de ses nouvelles.
              Un ami croisé cet été, qui venait de replonger dans K. Dick (effet Thiellement ?), me confirmait son génie des formes courtes.
              K. Dick, l’antidote à Asimov et à son scientisme puéril.

              • #118230 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Lu l’an dernier un recueil de nouvelles qui stylistiquement m’a consterné
                Et même narrativement, bof.

                • #118233 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  De Dick ou d’Asimov?

                • #118240 Répondre
                  netflou
                  Invité

                  Je vais te faire confiance et m’abstenir de remettre mon nez là-dedans malgré les appels insistant de Thiellement. Notons au passage qu’en matière de pop culture, l’ami Pacôme défend des options douteuses, pour preuve son adoration de Zappa.

    • #118083 Répondre
      Charles
      Invité

      Je viens de terminer les forces de Laura Vazquez. Je suis un peu déçu. C’est un roman d’apprentissage – c’était déjà un indice – assez sentencieux et grandiloquent dans son propos. Des sentences de la narratrice qui n’ont vraiment rien d’original, essentiellement le catéchisme de gauche mélangé à une certaine vision adolescente du monde et de soi.
      La narratrice est par moments remise à sa place par un autre personnage – sorte d’oracle et de sage lesbienne… – ce qui est aussi pénible car je n’aime pas quand un personnage fait la leçon à un autre et que celui-ci l’encaisse sans rien dire. Heureusement la langue de l’autrice sauve un peu l’ensemble : elle est parfois heurtée (beaucoup de deux points qui cassent ma phrase), souvent nette et tranchante.

      • #118246 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je l’ai pris aussi. Pas encore lu. Je n’ai pourtant encore jamais terminé un livre de Vazquez ; si j’isole un passage, j’aime l’écriture, mais je ne tiens pas la lecture sur la longueur. Dans La semaine perpétuelle, je pense que c’est par son désintérêt total de la narration. Ce qui ne veut pas dire de la narration classique. De la narration tout court. Ça m’intéresse de voir comment cet autre livre, vendu comme un roman, diffère de son premier. (Je pensais que Le livre du long et du large, un recueil de poèmes, réglerait ce problème, mais j’ai également été vite fatigué. Mon problème est peut-être d’un autre ordre. Mais je maintiens que la narration l’indiffère.)

        • #118257 Répondre
          Charles
          Invité

          Je confirme que la narration n’est pas sa priorité ici. La narratrice croise quelques personnages, va dans quelques lieux mais cela rest très abstrait et théorique. C’est une sorte de voyage mental qui lui permet de reflechir sur l’ordre social, ce qui le fait tenir, sur sa place à elle là-dedans, le rôle de l’écrivain etc.
          (Rien à voir mais t’as une adresse mail à me donner ? J’aimerais discuter d’un truc en privé)

          • #118258 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            La mienne est bêtement faite de mon prénom.nom, si tu as une adresse plus anonyme, je peux t’envoyer un mail là-dessus.

            • #118259 Répondre
              Charles
              Invité

              Pfff et moi qui croyais qu’elle était faite de références obscures à un personnage de Pynchon.
              La mienne : talkingheads14@yahoo.fr

              • #118260 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                J’ai envoyé un mail à 23:11w

    • #118268 Répondre
      Sarah G
      Invité

      https://editions.flammarion.com/dans-la-maison-dete/9782080437655.
      Cet été en plus de relire à la recherche du temps perdu de Proust, j’ai lu la Maison d’été de Karine Reysset, dont l’élément centrale est la maison Les Hortensias et ensuite les grands parents Rose et Albert qui sont le lien entre tous les membres de la famille et Barbara la petite fille.
      Livre choral, chaque chapitre c’est un des membres de la famille Reiss qui raconte un événement.
      On suit toute la famille des années 80 à nos jours.
      J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire.

    • #118334 Répondre
      kenny
      Invité

      au cas où
      on peut ne pas lire la nuit au cœur
      aucun intérêt littéraire
      j’aurais mieux d’aller réécouter les pieds sur terre

      • #118365 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Sur NA, si tu l’as pas encore vu ça pourrait t’intéresser :

        Le bouquin s’est retrouvé dans mon érotisante pile de livres, j’espère avoir le temps d’en lire un bon bout par curiosité.

        • #118368 Répondre
          kenny
          Invité

          un long article mediapart, oui!
          encore une occasion ratée de s’intéresser au bourreau, oui!

          • #118371 Répondre
            MA
            Invité
            • #118372 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              effectivement encore un livre qui réussit le tour prodigieux de n’éclairer en rien les actes dont il parle
              NA n’a pas les épaules pour un tel sujet
              et trente ans après elle n’est toujours pas en mesure d’analyser sèchement (c’est çà dire avec émotion froide) ce qui lui est arrivé

              • #118456 Répondre
                Dr Xavier
                Invité

                Sur l’analyse sèche du bourreau et ce qui nous conduit insidieusement à la soumission, je recommande vivement la récente bande dessinée de Carole Lobel intitulée « En territoire ennemi. »
                On y suit Carole, issue d’une famille catholique très conservatrice, être attirée par le dessin, rentrer aux Beaux-Arts de Nantes (qui eut la bonne idée de refouler François), y rencontrer Stéphane, beau, charismatique, bigger than life, donnant tous les signes de liberté. Pour Carole ça sera l’émancipation par le dessin et par Stéphane. Mais vite l’emprise se fait, Stéphane devient jaloux, possessif, colérique, je t’aime tu comprends, le monde ne comprend pas mon génie, les gens sont des cons, c’est quoi ce bordel, il faut de l’ordre. Carole comprend, soutient, s’isole, accepte avec joie de devenir mère par amour.
                Le dessin d’une grande simplicité est puissant, Carole traduit en quelques traits bien senti comment la puissance toxique de Stéphane la flétrit petit à petit.

                • #118463 Répondre
                  Dr Xavier
                  Invité

                  Ce qui me fait me souvenir d’une autre excellente et glaçante bd, « …à la folie » (Ricard/James), sortie il y a 15 ans, un récit à deux voix où l’homme et la femme raconte successivement leurs points de vue.

                • #118744 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  c’est bien ce qui manque au livre de Appanah, où son bourreau domestique arrive, tout en étant domestique, à rester totalement hors champ
                  une chose par exemple : hors le premier « rapport », la narratrice n’évoque jamais leur vie sexuelle pendant ces six ans. Etonnant non? Vous scannez un couple et taisez le sexe.

                  Au passage, l’histoire établira un jour mon génie de peintre (voyez mes aquarelles), qu’une institution nécrosée comme les Beaux-arts ne pouvait certes voir

    • #118426 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Jésus, les bourgeois et nous. » de F.B
      Celle-qui-ne-lit-jamais ne l’a pas lu

      Les lecteurs de Limite connaissent bien François Bégaudeau depuis que nous avons publié un entretien fleuve entre lui et le patron dans le numéro 15. Paul et François se sont bien entendus, et il y avait dans les quelques milliers de signes de l’entretien matière à développer. Le développement est désormais publié, aux Éditions de L’Escargot. Son titre : Jésus, les bourgeois et nous.
      Cette discussion entre Paul et François permet de préciser la pensée de Bégaudeau sur la question des bourgeois. En 2019, il leur dédiait un pamphlet remarquable que Le Monde détesta. Histoire de ta bêtise s’adressait au bourgeois progressiste qui avait permis l’accession de Macron au pouvoir. Il faisait la somme de ses errements et de sa bouffonnerie dans un tutoiement délicieux. Ce bourgeois cool, Bégaudeau l’oppose au bourgeois hard dont il démontre dans ce nouvel opus la fausseté.

      Avec le cool qui regarde des séries et mène une existence mobile, fluide, il y aurait un hard qui défendrait les valeurs traditionnelles et promouvrait Simone Weil. Si cette bourgeoisie existe, démontre Bégaudeau, elle ne fait que la « recycler grossièrement sans la lire ». Car son goût pour l’enracinement et son christianisme s’arrêtent où commence ses intérêts pécuniaires. « Où est Fillon à l’heure qu’il est ? Au coin du feu, en train de relire Châteaubriand ? Plus sûrement en Russie ou au Qatar, pour une prestation très bien facturée par une grosse boîte internationale ou un État-entreprise. », s’amuse François. Les bourgeois cool et hard, « deux versions stylistiques d’une même classe, celle des possédants ». La démonstration est implacable, féroce.

      Ce livre est également l’occasion pour Bégaudeau de revenir sur un concept très discuté, celui de common decency, emprunté à Orwell par Michéa. Cette décence commune suppose l’existence d’une solidarité naturelle au sein des classes populaires. Bégaudeau a enfin l’opportunité de déployer sa critique de ce concept, qui n’est pour lui rien d’autre qu’une « fable intellectuelle ». Il explique que cette solidarité on ne la trouve à l’état pur que dans « le contre-monde du PCF » dans lequel Michéa et lui-même ont baigné pendant leur enfance et que cette expérience singulière n’est pas celle de la classe ouvrière universelle. « La rigueur veut simplement qu’on n’universalise pas un fait social particulier », veut trancher Bégaudeau. Mais relancé par un Piccarreta indécrottable, il s’associe à la décence ordinaire à la condition qu’en soit reconnu le « soubassement chrétien », une « plus vaste foi en la fraternité humaine ».

      Le soubassement chrétien, c’est le fil rouge de cette discussion qui doit révéler un Bégaudeau moins brutal qu’il n’apparaît dans les studios lorsqu’il s’agit de jouter contre un journaliste du service public – incarnation même du bourgeois cool. Théologie de la libération, Sainte Trinité, CFDT, liturgie, tous ces sujets permettent de dévoiler un François méconnu. Bégaudeau est fasciné par le Christ, « il suffit à ma joie », et on sent même qu’il l’inspire. « Le Christ est venu rassembler mais aussi semer la discorde », souffle-t-il, admiratif.

      • #118588 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « Bégaudeau est fasciné par le Christ, « il suffit à ma joie », et on sent même qu’il l’inspire. « Le Christ est venu rassembler mais aussi semer la discorde », souffle-t-il, admiratif. »

    • #118471 Répondre
      Malice
      Invité

      Est-ce que des lecteurs de Yasmina Behagle partageraient ici leurs recommandations? Je la suis sur youtube depuis la découverte de Chini chini et j’ai vu qu’elle avait écrit des romans.
      J’aime beaucoup ses titres :  » Chardon chéri », « Fièvre de lait »
      Merci d’avance pour vos retours

    • #118501 Répondre
      Tchitchikov
      Invité

      Salut tout le monde. Je n’ai pas encore lu Deux singes de notre hôte. En lisant un entretien autour du cinéma j’apprends que FB s’est entretenu avec Judith Bernard sur le livre pour Arrêt sur image. Quelqu’un aurait cet entretien en accès libre ? Merci et, joyeux bordel !

      • #118508 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        L’épisode 1 d’une histoire houleuse

        • #118523 Répondre
          Tchitchikov
          Invité

          Tu parles de ta relation avec Judith ou bien du joyeux bordel actuel ou bien encore des deux ?

          • #118527 Répondre
            Ostros
            Invité

            Judith.
            Deux singes est un excellente bouquin.

            • #118528 Répondre
              Tchitchikov
              Invité

              Merci Ostros, je me doute. La question était rhétorique ; je jouais. Il se trouve que quand je pèle des carottes et des navets j’aime bien écouter François parler de ses livres et j’aime bien écouter Judith qui, dotée d’une qualité désormais rare, sait bien lire. Excité par avance par la rencontre des deux caractères – bien trempés dirait-on ? – je cherchais à porter mon esprit sur autre chose que le sac d’épluchures, qui, de loin en loin m’a salement renvoyé à ma future dépouille.

              • #118529 Répondre
                Tchitchikov
                Invité

                En tout cas je le lirai Deux singes. J’fais d’jà l’effort de lire Psychologies alors que j’étais happé par Les structures élémentaires de la politimanie de Guillaume Will. Auteur d’une autre stature il faut le dire.

                • #118530 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Rires – il est notable cependant qu’aucun des deux, à ma connaissance, ne tombe dans les affres du conflit de champ – évidemment ta remarque attise les âmes pour que rien de cette noblesse ne dure – j’ai hâte

                  • #118560 Répondre
                    Ostros
                    Invité

                    Guillaume Will est un auteur largement sous-estimé.

                    • #118693 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Mais concédons à Bégaudeau qu’il a souvent exprimé sa dette à Will.
                      Exemple : « Clairement c’est lui qui de nous deux aurait du etre reconnu comme le plus grand écrivain vendéen du monde. L’arbitraire des notoriétés en a voulu autrement. » Le point, 12 avril 2020.

                      • #118699 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Hum ; je ne concèderai pas si vite
                        Non seulement Bégaudeau domine le marché du romancier vendéen le meilleur du monde mais en plus il a la suprématie d’analyser son talent

                      • #118741 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        il est bien le seul

                      • #118747 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Mieux vaut donc ne pas tenter de solder cette dette – elle n’a aucun prix – c’est un triomphe et donc un don

                      • #118751 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        Et, Tchitchikov, c’est marrant que tu mentionnes par une blague la somme de Will sur la politimanie, car c’est bien, dans l’entretien avec Judith, ce qui parasite par moments sa lecture.
                        Grande lectrice, attentive, perspicace, mais dont la politimanie fait parfois écran à la lucidité.
                        Mais tu verras, bel entretien, quoi que tendu de bout en bout

                      • #118835 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        foucaultpaul13@gmail.com, Merci Titouan. Oui j’ai remarqué le travers de Judith. Étonnant pour une authentique littéraire. L’ami vendéen mettrait ça sur le compte de son gauchisme tardif. Dommage, effectivement, que ça la rende moins sensible.

                      • #118887 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        c’est bon, partage fait (pour toi et Henry). Vous avez dû recevoir un mail d’ASI avec le lien

                      • #118974 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        En synthèse on pourra parler de politimanie tardive
                        Cet entretien était foutu d’avance : après 35 ans de molle social-démocratie distante (strauss-kahnienne, me dirait son mari ou compagnon dix ans plus tard), Judith venait de découvrir la politique et la gauche. Elle était encore sous le coup de foudre et on lui imposait (presque) de lire ce truc qui questionnait la passion politique elle même. Celle la même qui venait de la foudroyer.
                        Il en résulta ce qu’il en résulta : la plus mauvaise prestation de cette immense intervieweuse.

                      • #118975 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        En synthèse on pourra parler de politimanie tardive
                        Cet entretien était foutu d’avance : après 35 ans de molle social-démocratie distante (strauss-kahnienne, me dirait son mari ou compagnon dix ans plus tard), Judith venait de découvrir la politique et la gauche. Elle était encore sous le coup de foudre et on lui imposait (presque) de lire ce truc qui questionnait la passion politique elle même. Celle la même qui venait de la foudroyer.
                        Il en résulta ce qu’il en résulta : la plus mauvaise prestation de cette immense intervieweuse.

                      • #119064 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Après une heure d’entretien j’assiste pour l’instant à une discussion en bonne intelligence. Sa lecture est plutôt fine et tu l’as souvent confirmée dans ses intuitions de lecture. Le début de l’entretien est même élogieux à l’égard de tes romans. Lisant le résumé de l’émission je sens de l’honnêteté. Il y a aussi de la complicité et des taquineries, bien qu’on perçoive lointainement une tension ou un désaccord de fond sur l’observation froide des affects politiques. Je gage que je te lirai mieux qu’elle. Mais en tout cas je ne la trouve pas trop à côté (dans cette première heure, je le répète), et je dois dire que j’ai envie de me frotter à ton livre en vous écoutant. Ce qui se joue entre vous depuis le temps m’est étranger. Je juge donc, peut-être, candidement cet entretien. Toujours est-il que je prends du plaisir à vous écouter.

                      • #119066 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Bon ok à 1h07 d’entretien, sur la gauche, elle te reproche de prendre la partie pour le tout (passions tristes, complaisance mélancolique) alors que c’est le travers qu’elle commet en te lisant.

                      • #119068 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui l’entretien n’est sans doute pas si inamical
                        Mais disons qu’il est beaucoup moins amical qu’il aurait pu être entre deux gauchistes littéraires, espèce animale dont la rareté aurait du sceller entre nous une complicité (mais qui trop se ressemble se frictionne, loi bien connue, sous la main etc)
                        DE quel ordre était donc à l’époque la tension sous-jacente ? Je crois qu’elle tient à la question de l’école (je le dis sur la base de quelques éléments ultérieurs)

                      • #119073 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Oui oui inimitié bien connue hélas. Désir mimétique et consorts. D’autant plus déplorable qu’elle n’a pas l’ignorance crasse et l’insensibilité d’une militante de bas-étage. Elle t’accorde néanmoins la mélancolie majoritaire à gauche, dont tu parlais. Parce que comme tu le dis dans l’entretien : « J’ai du matos madame ! ». Eh oui, un fait est une mule dirait Benjamin citant Will Will.

                      • #119074 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        En tout cas si il m’est donné un jour de publier de la « fiction » j’espère qu’on me fera l’honneur de me lire ainsi.

                      • #119084 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui tu as raison, c’est ce qui compte, elle avait lu, et attentivement – bien qu’avec quelques biais

      • #118750 Répondre
        Titouan R
        Invité

        Tchitchikov : peux-tu donner ton mail pour que je puisse t’envoyer le lien ? Je peux « offrir » le visionnage gratuit de l’entretien à 5 personnes selon ASI.
        S’il y a d’autres intéréssé.es

    • #118659 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Pénible début de lecture de Kolkhoze. Des sous-titres toutes les deux pages pour passer du coq à l’âne (ici : d’une anecdote familiale à l’autre) et faciliter la lecture dans le métro, ainsi qu’une politesse d’aristocrate qui s’excuse à demi mot d’avoir commis l’affront d’écrire Un roman russe. On regrette les démocraties libérales où tout le monde pouvait débattre et remarque les qualités surhumaines d’Emmanuel Macron (il ne transpirerait pas). Dans V13, paradoxalement, le fait de lire des chroniques me donnait moins l’impression de divaguer.

      • #119088 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Update : J’ai abandonné.

        • #119089 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Tu as donc choisi ton camp, soit, nous notons que tu te ranges du côté des sovkhozes.

    • #118685 Répondre
      Alphonse
      Invité

      Y a-t-il ici des lecteurs.ices de Mon vrai nom est Elisabeth d’Adèle Yon, qui a paru récemment ?
      Je sors de la lecture assez mitigé, ébahi par le cas raconté, agacé par l’agencement du livre et le positionnement de la voix narrative, de l’autrice. Or je suis parti avec pas mal d’a priori sur l’autrice, qui me font soupçonner que cet agacement n’est pas lié au texte mais précisément à ces a priori … Qu’en est-il chez vous ?

      • #118692 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Mon éditeur et ami Yves Pagès me disait que ça valait le coup
        Je le lirai, mais plus tard.

    • #118715 Répondre
      Lucien
      Invité

      désolé si doublon, mais a-t-on déjà parlé de ça ici ? j’aimerais l’acheter, mais c’est cher : Jacques Rancière et les arts : Esthétiques de l’égalité (Bérénice Hamidi, Dario Marchiori, Raphaël Jaudon

      De L’Incidence 18 Avril 2025)

      Au moins depuis Le Partage du sensible (2000), la philosophie de Jacques Rancière s’est imposée comme indispensable à l’étude des arts, parce qu’elle dessine un geste d’émancipation alliant toujours indissociablement esthétique et politique, et le dessine comme un lien fait de conflits et de rapports de pouvoir. Comment rendre compte d’une telle rencontre, entre une pensée singulière et une foule d’œuvres, qui plus est relevant de médiums artistiques divers ?

      L’enjeu de ce livre est d’examiner ce que les différents arts (cinéma, arts plastiques, littérature, photographie, théâtre, danse) font à la pensée de Rancière, comment ils l’inspirent et réciproquement comment ils s’en inspirent ou la déplacent – la trahissent parfois. Il propose un montage d’entretiens avec des artistes, de textes universitaires et d’images capables de faire vivre la relation ainsi établie entre théorie et pratique.

      Là où Rancière théorise une « méthode de l’égalité » qui structure toute sa philosophie, nous faisons l’hypothèse qu’il existe de multiples « esthétiques de l’égalité », qui pratiquent, sciemment ou non, certaines de ses intuitions, sans pour autant renoncer à la part de liberté inscrite au fronton de toute production artistique.

    • #119046 Répondre
      MA
      Invité

      Emission pertinente sur l’engagement et la subtilité de Sartre malgré la tentation permanente de l’animatrice de le « descendre ».
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avec-philosophie/sartre-et-le-fantome-de-nizan-7507652

    • #119224 Répondre
      Tchitchikov
      Invité

      Quelqu’un a lu Guerre et paix de Tolstoï avec passion ? Quelle serait la meilleure traduction ? Des gens que j’estime adorent ce livre. J’ai essayé de commencer cet été mais, à côté de Bolaño (qui m’a quand même demandé bien 200 pages avant d’être emporté hein), j’avais l’impression de lire une circulaire de l’administration tsariste.

      • #119244 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Rires ! Même expérience du début de l’été, j’ai trouvé qu’il ‘y avait de l’humour. Mon problème c’est la galerie des personnages. Déjà que je suis nul pour retenir tout les noms d’une simple équipe de foot, leur sale manie de donner plein de surnoms pour une même personne donne le tournis (de type Alexandre Sacha Sashenka Liocha). Je me suis dit qu’il fallait sans doute remettre la lecture à demain au moment où j’ai commencé à chercher des arbres généalogiques sur internet (et on en trouve un paquet).

        • #119246 Répondre
          kenny
          Invité

          j’en était venu à bout par acquit de conscience
          j’avais trouvé ça assez chiant, à part les scènes de salon plutôt marrantes
          à côté de bolaño y a beaucoup de choses qui paraissent fades

          • #119485 Répondre
            kenny
            Invité

            je viens d’acheter les détectives sauvages
            la lecture de 2666 a été la plus grande joie littéraire de cette année
            et pourtant j’ai failli abandonner à la partie des crimes
            que j’ai dû relire pour vraiment apprécier
            le texte de bego sur je ne sais plus quel livre de bolaño m’a été précieux
            au sortir de l’adolescence j’avais lu tout cohen et mes quelques tentatives d’écritures étaient de grossiers pastiches
            aujourd’hui si je devais écrire j’écrirais comme bolaño
            fort heureusement ce n’est pas dans mes projets

            • #120495 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Je crois que Tolstoi n’aimait pas beaucoup sa première manière – les premiers gros romans pour lesquels le patrimoine mondial l’honore

              • #120944 Répondre
                Tchitchikov
                Invité

                Merci pour vos réponses. Personne n’a lu ce livre avec joie alors. J’essaierai quand même. Effectivement François je crois qu’un de ses préférés est La mort d’Ivan Illich.

                • #120947 Répondre
                  Bretzville
                  Invité

                  J’ai lu Guerre et Paix sans déplaisir à seize ans. Évidemment c’était en partie pour la perf, il faut garder avec soi une page qui référence les personnages et leurs surnoms et je ne me rappelle pas vraiment de ce que ça donnait dans la facture des phrases. Ceci étant dit, je me souviens encore de plusieurs excellents personnages, d’une façon assez puissante de désamorcer la construction de n’importe quelle figure héroïque, et d’une saisie assez précise de la société de cour. Ma lecture n’a vraiment pas été que de la contrainte. J’avais lu la traduction du folio, je ne sais pas ce qu’elle vaut par rapport aux autres.

                  • #120994 Répondre
                    Ludovic
                    Invité

                    Ca à un côté pesant lourd Tolstoï
                    J’avais lu
                    semeynoye chastye
                    [simeïnoyé chastié]
                    Le bonheur conjugal
                    Ça devait être un chrétien ce guss

                    • #120995 Répondre
                      Ludovic
                      Invité

                      De base le genre littéraire
                      Nouvelles
                      Est plus intéressant
                      Peut être que les gens n’en écrivent plu
                      Car pas rentable économiquement
                      Nbres de pages tout ça

                      • #121012 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Attention Ludovic, grand Protecteur de Notre Culture, parle de culture
                        -oui, Ludovic, chrétien en bois, Tolstoi est chrétien, profondément, passionnément, et c’est par cette voie qu’il en viendra à l’anarchisme
                        -beaucoup de nouvelles s’écrivent. Et si les recueils de nouvelles se vendent mal, ce n’est pas tant pour leur nombre de pages limité, puisqu’on observe au contraire partout une prime aux livres courts, j’en sais quelque chose.
                        (sans considération des best-sellers, qui eux se doivent de faire 500 pages, ca fait partie du produit, qui brille par accumulation)
                        Contente toi de parler de race aryenne, c’est ton domaine de compétences

                      • #121085 Répondre
                        Ludovic
                        Invité

                        J’ai décidé que
                        J’arrête le racisme négatif
                        J’accepte le monde comme il est

                      • #121088 Répondre
                        Ludovic
                        Invité

                        Anarchisme ça me va ca
                        En revanche j’attendais une rep
                        Sur le style littéraire
                        Des Nouvelles
                        Tu as une explication pour son quasi abandon ?

                      • #121091 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        comme déjà dit, il n’y a pas abandon, il s’écrit autant de nouvelles qu’avant, mais elles ne se vendent toujours pas, car la forme « roman », court ou long, est ultra-dominante

                        il faudrait aussi aller voir dans d’autres pays, par exemple en Amsud, où la tradition des nouvelles est beaucoup plus ancrée, et toujours vivace
                        C’est en France que perdure cette idée qu’un recueil de nouvelles n’est pas un vrai livre
                        (d’ailleurs quel recueil de nouvelles, en France, a la même dimension culte et patrimoniale que les Nouvelles de Poe, de Carver, de Borgès, de Cortazar, de Kafka, etc? Peut être Maupassant, et sinon?)

                      • #121092 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        et qu’on ne vienne pas me parler de Marcel Aymé
                        restons sérieux

    • #119478 Répondre
      Malice
      Invité
      • #120506 Répondre
        Carpentier
        Invité

        et voilà que c’est reparti
        alors je saisis ce que je lis comme une perche :

        Je crois que Tolstoi n’aimait pas beaucoup sa première manière – les premiers gros romans pour lesquels le patrimoine mondial l’honore

        on dira que tu es le/mon tolstoï contemporain
        (sans imaginer tout de même que t’en sentes héritier)

        • #120508 Répondre
          Carpentier
          Invité

          post-réponse pour mon tolstoï vendéen (lignes avec l’exception pétition )
          le rattachement anarchique des lignes ici est drôle dès le matin

          sûr-ce, je rejoins ma chambre dans la rare unité alzheimer du coin, j’ai les moyens

        • #120946 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          je n’ai pas compris

          • #121016 Répondre
            Carpentier
            Invité

            bah juste une tentative de blague ratée x 2
            car mal branlée
            Clamant volontiers que ton Dans la diagonale est parmi mes prefs, tandis que tu dis volontiers qu’il n’est pas dans les tiens (et encore moins à mesure que tu avances dans l’écriture) j’ai tenté une blague en te lisant sur la manière Tolstoï de ses débuts qu’il aimait peu.
            Là-dessus s’ajoute un clic au mauvais endroit pour mes lignes dispensables et patatras: vautrage royal.
            On dira que j’ai essayé (et même tenté d’expliquer ce qui, je sais, vaut excommunication)

    • #119799 Répondre
      Carpentier
      Invité

      oh benh David Foenkinos vient de descendre à Place de Clichy, après une station assis en face de moi et à se frotter en riant comme une marquise sur l’épaule de la meuf à sa gauche
      j’aurais dû lui demander où était installé l’auteur Begaudeau pour la séance de dédicace ; )

      • #120272 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        et surtout pas s’il regrette ou non d’avoir signé la pétition en faveur d’Enthoven
        trop récent

        • #120283 Répondre
          Titouan R
          Invité

          On peut toujours demander ça à Carrère

      • #120510 Répondre
        Carpentier
        Invité

        et à propos de métro, et de couloir, voir exit 8 me titille, tiens
        qqn.e qui aurait tenté l’expérience peut-être?

        • #120512 Répondre
          tristan
          Invité

          Désolé Carpentier, mais les frotteurs du métro ne fréquentent pas ce forum.

          • #120531 Répondre
            Carpentier
            Invité

            oh oh oh
            Tu n’as donc pas.noté que le terme d’
            ‘ expérience ‘ est apparu/advenu pour s’installer pieds sur table basse dans les dernières critiques ciné?
            sinon, comme pas vu le film
            – s’il y est question de frotteurs, je verrai si je vois
            et si c’est une blague bah, tu vois le début du dernier PTA, j’en serais plutôt de celles-là
            du coup je ris dents serrées, ok?

            sauf si c’est les casseurs-flowters
            of couuuuuurse, Gros.

            • #120542 Répondre
              Carpentier
              Invité

              et je n’ose pas imaginer que le frotteur puisse être David F.
              même si, comme on sait

          • #120532 Répondre
            Carpentier
            Invité

            mais merci pour l’explication possible du ‘ couloir ‘ dans la bouche d’FB
            dans ce forum je peux être
            – mouche à merde
            – dans la fosse
            – frotteuse
            Merci les Gars,
            en revanche, allez pas trop sur les forums d’ados car l’achat de cordes chez Casto va horriblement augmenter.

    • #120251 Répondre
      MA
      Invité
    • #120286 Répondre
      kenny
      Invité

      question à françois bégaudeau (et aux amis)
      tu as dit en substance quelque part ici (je n’ai pas retrouvé le post, je crois que c’était à propos du bouquin de lagasnerie) que kafka n’était pas un ami politique mais était un ami littéraire
      pourrais-tu développer ces deux points, surtout le deuxième
      je viens de terminer le château, après avoir lu le procès
      oui je vois bien les effets de vérité – appelons ça comme ça- produits par sa prose, à chaque page on se dit mais oui c’est ca! l’idée dans la prose même,  traduire l’idée dans le style n’est-ce pas la marque de l’artiste?
      mais quid du plaisir de lecture dans tout ça?, tu prends du plaisir à lire ça?
      pour le dire franco ça m’a bien saoulée

      • #120292 Répondre
        Ostros
        Invité

        « kafka n’était pas un ami politique mais était un ami littéraire », question-intuition : se serait pas la même réflexion que pour Bernanos ?

        • #120312 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je ne vois pas où j’ai pu dire que Kafka n’était pas un ami politique, vu que je l’ai toujours tenu, entre autres, pour un ami politique. Kafka a d’ailleurs été très proche d’anarchistes, et très curieux de ce courant.
          Sur le reste :
          -si « à chaque page on se dit mais oui c’est ca!  » je ne vois comment on peut s’ennuyer
          -dans la littérature c’e n’est pas l’idée qui est mis en style, mais le style qui produit l’idée
          -c’est bien réducteur de dire que Kafka met en style des idées. Sa prose est beaucoup plus vertigineuse que ça. On s’y perd. Et on l’aime si on aime se perdre. On l’aime aussi si on en perçoit l’humour, sourd et permanent.
          Bel effort tout de même que le tien de lire Le Chateau. Prolonge en lisant des nouvelles, dont par exemple Le terrier.

          • #120348 Répondre
            kenny
            Invité

            le terrier, narrateur mi homme mi bête
            je vais faire ça

            • #120355 Répondre
              Alexandre
              Invité

              En nouvelle (on est d’accord que La Métamorphose n’en est pas une), je n’avais lu que La Colonie pénitentiaire, très jeune, dont je continue de visualiser mentalement l’espèce de herse que se prennent dans la tronche les pauvres condamnés à mort, ersatz surréel de la guillotine.

              • #120357 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Et côté roman, je suis entrain de relire L’Amérique, que je n’avais pas apprécié plus jeune, et là, je suis envoûté.
                Je n’ai pas aimé The Brutalist mais dans mes meilleures dispositions vis-à-vis du film, je pensais à L’Amérique.

              • #120389 Répondre
                netflou
                Invité

                Tu mets le doigt sur du très juste : la capacité de Kafka à imprimer chez son lecteur des sensations que peu de lectures procurent et qui demeurent vives pendant longtemps.
                Dans La Métamorphose, relue il y a trois ans, cette pomme qui reste coincée dans l’exosquelette de Gregor, cette pomme jetée par son père sur ce bon à rien de fils (geste dérisoire et fatal), cette pomme me hante.

          • #120458 Répondre
            perové
            Invité

            Absolument d’accord avec toi, sauf que le Chateau me paraît comme l’inverse d’un effort à produire si tant est que l’on aime lire.
            Un livre qu’on ne peut d’ailleurs pas tenir entre ses mains puisqu’on se tient les côtes.

            • #120482 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Je n’ai pas osé le Château car j’avais peur d’être attristé par l’inachèvement du roman. Mais vous me donnez envie. Dans le Procès j’ai été saisi par l’humour grotesque, l’espèce de farce sinistre indźmêlable qui se met en place tout le long du roman par les artifices burlesques des avocats et autres conseils qui promettent tous l’échec mais de mille façons différentes. Et l’absurde onirique, la topographie impossible, les moments de cauchemar éveillé comme lorsqu’en ouvrant un bureau de la banque où il travaille, le héros tombe sur les flics du début en train de se faire fouetter, enfin ces passages fous sont diaboliques.

      • #120302 Répondre
        ,
        Invité
    • #120480 Répondre
      Leny
      Invité

      Salut

      J’avais envoyé des messages sur le forum il y a de ça 6 mois car je cherchais des bouquins à lire pour me mettre à lire. Je cherche maintenant des nouveaux livres donc je reviens ici. J’ai donc lu La peau de l’ours de Joy Sorman et une sortie honorable de Vuillard. J’ai beaucoup aimé la peau de l’ours j’y repense souvent au livre, par contre pas du tout le Vuillard. Je cherche donc des nouveaux romans à lire peut importe le genre. Si des âmes charitables pourraient me donner quelques idées je vous bénie.

      • #120484 Répondre
        Malice
        Invité

        La demande d’avis d’Alexandre au sujet de Belle du seigneur m’a poussée à le découvrir et si je peux répondre à ta demande en même temps qu’à la sienne : je recommande.
        Les soliloques mentaux d’Ariane sont géniaux; les situations étirées, irritantes et drôles qui concernent le mari, que Cohen choisit de peindre comme un homme-enfant, pour le moment ( j’en suis à la page 185), m’emportent totalement.

        • #120494 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Si tu as aimé la Peau de l’ours, tu peux aimer les livres documentaires de Jean Rollin

          • #120602 Répondre
            Leny
            Invité

            J’ai trouvé deux mec : Jean Rollin et Jean rolin, mais ca a rien à voir les deux…. Celui qui a écrit terminal frigo ?

        • #120603 Répondre
          Leny
          Invité

          je vais checker ca, merci

      • #120558 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        J’ai lu récemment Disgrâce de J-M Coetzee, qui me semble bourré de connections souterraines avec le travail de François et auxquelles je ne m’attendais pas (je l’ai reçu en cadeau). On suit David Lurie, professeur des universités en littérature en Afrique du Sud et célibataire deux fois divorcé, qui se trouve attiré par une jeune étudiante avec laquelle ils commence à avoir des rapports très ambigus. De la s’ensuivent mille choses qu’il vaut mieux ne pas détailler ici.
        .
        La plume de Coetzee est peu ornementale, non dénuée par endroits d’une ironie concise. Le roman adopte le strict point de vue de Lurie, qui navigue au milieu de personnages souvent hermétiques et dont on ne peut saisir pleinement les raisons — pas davantage que lui-même. On peut noter qu’il y a beaucoup de dialogues (mais très peu voire aucun monologue), de facture assez simple, qui permettent d’éviter tout décollage dans la pure introspection et réduisent mécaniquement les possibilités y compris pour l’auteur de s’épancher.

        Ce roman est une sorte d’abîme car sous son apparente simplicité formelle et de structure il s’avère très énigmatique. Le livre est traversé par de nombreuses question politiques comme celle du viol et du consentement, de l’inévitabilité comme des apories de la part « policière » du féminisme, de l’apartheid, de la jeunesse et de la vieillesse, mais rien n’est théorisé de l’extérieur : Lurie, confronté à l’impossibilité de comprendre les réactions de plusieurs personnages cardinaux, se trouve contraint de penser par hypothèses et entièrement en situation, sans possibilité de recul. Aussi les nombreux effets d’échos internes parfois silencieux qui se logent dans le livre et qui ne sont pas résolus peuvent confiner au vertige, les contradictions même de Lurie ouvrent des gouffres qui sont à peine voire pas soulignés par l’écriture, qui sur de nombreux points reste aussi muette que Lucy et Mélanie.

        C’est à mon avis un puissant exemple dont on peut travailler en littéraire la matière politique, dont la politique suinte de la vie même des personnages plutôt qu’elle n’est théorisée avec recul. Inutile de dire qu’une lecture du livre à la Finkielkraut est possible, cf. d’ailleurs l’émission Répliques consacrée. Émission qui sur plusieurs point est peu précise en tant qu’elle insiste bien trop sur l’acceptation quasi-métaphysique par Lurie d’un « destin » tissé « d’injustices » à son égard, pour trop laisser de côté ce point bien plus concret et factuel dans le texte : l’implacable lucidité qu’il a d’abord sur lui-même, sur ses actes, sur sa propre situation existentielle et psychique, et ce en dépit de sa non-maîtrise des évènements externes comme internes.
        .
        « Il a déjà éprouvé ce genre de réticence envers les amies de Lucy. Il n’a pas de quoi être fier de ça : c’est un préjugé qu’il a dans sa façon de voir, un préjugé solidement ancré dans sa tête. Sa tête est devenue le refuge de vieilles idées, qui flottent là, stériles, indigentes, n’ayant nulle part où aller. Il devrait les chasser, faire le ménage. Mais peu lui importe de passer le balais là-dessus, ou du moins cela ne lui paraît pas assez important pour s’en donner la peine. »

        « Lucy prend depuis quelques temps un ton hargneux dont il ne voit pas la raison. »

        • #120610 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Disgrace est de loin le meilleur livre de Coetzee, qui pèche beaucoup, par ailleurs, par excès de dire (d’où que Finkie, qui n’aime la littérature qu’à idées, l’apprécie)
          Je n’ai plus bien en tête sa langue, mais les exemples que tu prends me l’y remet (en tête)

          • #120622 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            « Excès de dire » dans ses autres livres, ou selon tes souvenirs même dans celui-là? (c’est mon premier). Le personnage principal étant professeur de littérature, c’est vrai qu’il y avait le risque d’un livre à trop forte teneur idéelle et théorique (et ce d’autant plus que c’est bien sûr le métier de JMC). J’ai trouvé qu’il désamorçait largement tout cela et que livre passait beaucoup plus de temps à montrer des scènes qui se déroulent qu’à réfléchir dessus. On peut tout de même dire que Lurie pense sa situation pendant que lui « arrivent des trucs », et que le narrateur rend compte à la troisième personne des pensées qui soudainement le traversent quand quelqu’un dit ou fait quelque chose devant lui. Ce qui est au fond très crédible.

            Je te résume la lecture de Finkie dans l’émission (2001) : il aime l’ambiguïté/complexité/zone grise et le fait que le roman ne condamne pas Lurie, et adore voir moquée la « folie » (je cite) de la « gauche des campus américains » toute puissante et son féminisme castrateur — jusque là aucune surprise. Ce dernier point fait référence en particulier à une très longue scène (entièrement dialoguée ou presque) où Lurie est confronté à une commission à l’université qui doit statuer sur son cas. Or cette scène me semble beaucoup plus complexe que cette appréciation superficielle, tout comme l’est la réaction de Lurie lui-même face à ce qu’il a fait.

            • #121093 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Typiquement du Finkie : sous couvert de complexité et de zone grise, ce qu’il apprécie, comme dans la Tache (où dans 50 pages sur 400 de La tache), c’est que les bien-pensants de gauche soient étrillés

    • #121488 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai terminé Vineland de Pynchon que je m’étais un peu astreint à lire en vue du PTA. J’ai été plutôt agréablement surpris par sa relative lisibilité et accessibilité. Le récit se présente comme un long flashback sur l’Amérique hippie gauchiste des années 60, par contraste avec le reaganisme triomphant de 1984 (qui est le présent du récit). Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler, c’est une suite de digressions avec des personnages très loufoques et en même temps, par moments, émouvants – j’ai à ce titre beaucoup aimé le passage narrant la lignée de révolutionnaires ou d’activistes de gauche aboutissant à Prairie (Willa dans le film). Il faut toutefois supporter le ni queue ni tête, le mélange des genres porté à un point de quasi non-retour avec des morts-vivants, un régulateur de karma, une espèce de Godzilla, du kung-fu (je me suis d’ailleurs demandé si Tarantino ne s’était pas un peu inspiré d’un segment du livre pour Kill Bill), beaucoup de considérations sur la paranoïa des militants de gauche et le retour de bâton autoritaire des années 80, le tout dans un bain de références pop. On passe très rapidement d’un personnage, d’une période à une autre, ce qui m’a un peu perdu. Mais Pynchon est justement fort dans ces accélérations du récit, sa capacité à se dépouiller de toutes les conventions du récit et à faire exister des personnages en quelques lignes avec des dialogues toujours surprenant, notamment Prairie en vrai ado un peu complexé. C’est trop long, trop absurde et gratuit sans doute mais d’un autre côté ça fait du bien de lire autre chose que cette forme devenue canonique de la phrase courte dans des chapitres courts (pour des récits semi-documentaires ou auto-fictionnels). Le problème c’est que je ne suis pas sûr qu’il existe encore un lectorat pour ça, pour ces romans exigeants, inrésumables, politiques mais déconnectés d’un enjeu de société immédiatement identifiable.

      • #121492 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Si ça peut te motiver à te lancer dans Contrejour, les personnages centraux de ce roman — si on peut considérer qu’un tel livre a un centre — sont des ancêtres de Prairie : Webb Traverse, mineur syndicaliste expert en dynamite, est assassiné par les sbires de l’industriel millionaire Scardsale Vibe don’t l’autre manière de nuire consiste à financer les études en électromagnétisme du fils de l’ennemi politique. Ce meurtre lancé une intrigue plus sinueuse que celle d’Hamlet. La manière dont Pynchon décrit Contrejour capture parfaitement ce qui me captive autant dans la dynamique de ce livre : « As an era of uncertainty comes crashing down around their ears and an unpredictable future commences, these folks are mostly just trying to pursue their lives. Sometimes they manage to catch up; sometimes it’s their lives that pursue them. »

        • #121517 Répondre
          Charles
          Invité

          La citation fait envie. Peut-être l’été prochain, histoire d’avoir un peu de temps pour l’engloutir.

          • #121870 Répondre
            Jeanne
            Invité

            Que me conseillerait-on de lire parmi les parutions prochaines de romans? (Octobre-Novembre).
            Je serai plutôt sur des textes non centrés sur la famille. (Des textes avec des personnages qui n’ont pas de lien de famille).
            Le prochain Cause perdue est déjà sur la liste.

            • #121879 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Salut Jeanne
              L’Institut La Boétie publie son deuxième ouvrage collectif, Nouveau peuple, nouvelle gauche, dans la collection « Les livres de l’Institut La Boétie » aux éditions Amsterdam.

              Cet ouvrage collectif est dirigé par le sociologue Julien Talpin. Il s’ouvre par un entretien croisé de Nancy Fraser, philosophe féministe états-unienne et Jean-Luc Mélenchon, co-président de l’Institut La Boétie, et se clôt par une postface stratégique de Clémence Guetté, co-présidente de l’Institut et vice-présidente de l’Assemblée nationale.

              Il rassemble les contributions de 21 auteur·ices, sociologues, philosophes, économistes ou politistes, qui, ensemble, mettent à l’épreuve l’idée d’un « divorce » consommé entre la gauche et le peuple. Loin de la vision fantasmée d’une classe ouvrière uniforme, figée dans le marbre, il propose de décrire les classes populaires d’aujourd’hui, dans leur diversité et leurs transformations.

              Il répond à des questions telles que « le peuple est-il devenu de droite ? », et revient sur des épisodes clés de l’évolution de la relation entre la gauche et les milieux populaires : évolution de la social-démocratie ; Gilets jaunes ; mobilisations des quartiers populaires, etc. Enfin, il propose des pistes pour quelques-uns des grands défis qui se posent pour construire une « nouvelle gauche » capable d’assurer la victoire de ce « nouveau peuple ».

              Ce livre est donc une pièce majeure aux débats stratégiques qui animent actuellement la gauche française et internationale. En s’appuyant sur des analyses rigoureuses en sciences sociales, il trace un chemin clair pour l’action : s’appuyer sur la nouvelle réalité sociologique du peuple – plutôt que la nier – pour construire une nouvelle réalité politique.

              Liste des contributeur·ices : Sarah Abdelnour, Bruno Amable, Sophie Bernard, Sophie Béroud, Jean-Baptiste Comby, Magali Della Sudda, Clara Deville, Nancy Fraser, Pierre Gilbert, Élisabeth Godefroy, Raúl Gómez, Clémence Guetté, Tristan Haute, Samuel Hayat, José Lopes, Hadrien Malier, Jean-Luc Mélenchon, Julian Mischi, Rachel Silvera, Julien Talpin, Vincent Tiberj.

              • #121883 Répondre
                Jeanne
                Invité

                Bonjour Graindorge
                C’est gentil, merci, mais je cherche des romans…

                • #121906 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  Oui Jeanne, pardon, ça m’a permis de  » placer » ce livre
                  Sinon, en attendant Veuillez patienter… de Thomas Mairé aux Éditions Cause Perdue, j’ai trouvé ce livre à la bibliothèque universitaire
                  Et Celle-qui-ne-lit-jamais l’a LU!!! Et approuvé

                  Retour aux mots sauvages de Thierry Beinstingel
                  Un livre plus ancien, 2010

                  *******
                  Il a 50 ans et vient d’être licencié. Electricien, il a retrouvé du travail dans un groupe de télécommunications. Devenu téléopérateur, il s’appelle désormais Eric : un sans-visage, un anonyme, une voix… Jusqu’au jour où des suicides rappellent que l’homme n’est pas une machine. Alors, peu à peu, Eric s’évade : la course à pied, l’écriture… Enfin, il décide de transgresser les consignes et rappelle, de sa propre initiative, un client…

                  *********

                  Extrait  »
                  Pourtant, en juillet, à Marseille, dans la même torpeur estivale, avec la mer scintillante des calanques, le ciel d’airain comme un couvercle brûlant, tout cela n’avait pas suffi à faire taire le drame qui s’était déroulé et les mots implacables de celui qui avait affirmé : Je me suicide à cause de mon travail. A cause de. Origine, fondement, raison, motif. Retour brutal aux mots sauvages »

                  • #121927 Répondre
                    Jeanne
                    Invité

                    Oui 🙂
                    Merci Graindorge. La parution Cause perdue, je l’ai repérée.
                    Retour aux mots sauvages, je l’ai lu.
                    En fait je cherche des romans soit à paraître, soit parus très récemment.

                    • #121929 Répondre
                      Dr Xavier
                      Invité

                      Perpétuité, déjà conseillé en ces lieux plus haut, est très bien. Mais c’est septembre.

    • #122045 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Coucou ma Jeanne! Trouvé ça.

      Lézardes de Hélène Frédérick aux Éditions Verticales. 19,00€
      Sorti le 8 octobre 2025 ( un peu vieux mais pas trop, on est le 9)

      *******
      Lorsque l’on doit passer l’essentiel de son temps à redresser la langue pour la remettre dans le droit chemin, à en gommer les fantaisies perçues comme des maladresses, que deviennent la poésie, l’inactuel, l’imagination nécessaires à la création ? »

      ******
      Composé de portraits, de souvenirs et de notes prises sur le vif, Lézardes se donne à lire comme une enquête poétique sur un métier de l’ombre. L’autrice y explore de façon oblique l’univers si singulier des correcteurs, à la recherche des traces laissées par quelques figures de passeurs autodidactes et libertaires. De chapitre en chapitre, elle tresse l’intime avec le collectif.   

      ********
      Extrait offert par les Éditions Verticales.
      Aimé la musique de ce texte.
      Ça risque de te plaire.  » tes ongles cliquettent dans les ruines d’un temps récent »

      « Sur la terrasse derrière ton dos, vrais ou faux les cyprès ? Tu vois seulement leur reflet se balancer sur ton écran. Tu as dans le ventre des bouts de cylindre en métal noués à la place des tripes. Au mur, la photo d’un jeune inconnu te regarde. Pendant les temps morts – de plus en plus rares –, tu lui inventes une vie. Des cartes postales ; plus haut, une blague géante à propos d’une virgule. Ça circule, devant, dans les couloirs non éclairés. Ici comme ailleurs, il faut faire des économies. Il fait froid, le chef ouvre le boîtier fiché au mur pour t’expliquer comment mettre le chauffage, mais désolé en ce moment de toute façon il n’y en a pas. C’est une question de calendrier, c’est central, on ne contrôle rien. Ça circule d’autant plus vite et en doudoune dans les couloirs. Parfois ça regarde à l’intérieur, surtout l’icono aux jambes molles, mais rarement ça dit bonjour. Ça chante Les Parapluies de Cherbourg très fort et sans rire. La présence des dictionnaires à tes côtés heurte ta nonchalance. Au pays de l’exactitude, tu veux être une gigantesque coquille avec bras et jambes et sexe. On dit dans le milieu que plus les fautes sont grosses, moins on les remarque.
      Du fond de ton antre, tu donnerais cher, en vérité, pour des phrases bancales ; tu cultives même un amour pour elles ; tu exècres ce qui est lisse ; tu as l’impression que ça se voit. Le cliquetis de tes ongles sur le clavier, ta bague amulette antibourde vient de loin, c’est un cadeau de ta tante qui lui vient de sa mère dont elle fut le souffre-douleur, autrement dit, elle te nuit peut-être. Menace ou protection, le doute ne te quitte pas, surtout depuis que tu as laissé un mauvais folio au sommaire alors que tu avais pourtant la bague au doigt. D’un naturel espiègle et plutôt doux, Œil de lynx, le chef qui voit tout, a hurlé ton prénom ce jour-là. Quand il est content et quand il a le temps, il vient te voir avec son petit calendrier des prochains bouclages : cela veut dire qu’il a besoin de tes services et que tu gagneras encore des sous. Peut-être ainsi vas-tu pouvoir continuer d’écrire et préserver ce qu’il reste de ta liberté en lambeaux. Tu ne le connais pas encore très bien mais, déjà, quand il a son petit calendrier entre les mains, tu l’aimes bien.
      Certains jours tu es triste dans les bureaux modernes. Tes ongles cliquettent dans les ruines d’un temps récent. »

      • #122046 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je n’ai pas encore lu ce livre mais effectivement « tes ongles cliquettent dans les ruines d’un temps récent » est une phrase immense
        notamment ce « ruines d’un temps récent »

        • #122051 Répondre
          Jeanne
          Invité

          Oui ça c’est bien. Merci, Graindorge.
          François j’avoue ne pas comprendre ce « ruines d’un temps récent « .
          (Par contre mon cœur s’est réjouit avec « préserver ce qu’il reste de ma liberté en lambeaux « ).
          .
          J’ai aussi commencé le dernier Lydie Salvayre, « Autoportrait à l’encre noire ». Et non ça ne va pas. J’aurais aimé aimer, et non.

          • #122079 Répondre
            graindorge
            Invité

            « les ruines d’un temps récent »
            Hélène Frédérick aurait pu écrire « les ruines d’un passé récent » mais elle aurait manqué la justesse de la vérité- Elle souligne avec ce « temps » que c’est bien dans le temps présent que les choses sont entrain de changer à la vitesse grand V. Et sans bruit, des milliers de métiers tombent et il devient pour des milliers de professionnels de plus en plus difficile d’en vivre. Des métiers truffés de lézardes qui comme des murs finissent par s’écrouler, ce sont les ruines d’un temps bien présent, une mort annoncée qui se déroule sous nos yeux. Déjà dit dans le forum mais je le répète volontiers: une de mes frangines, journaliste en art de vivre, a perdu du jour au lendemain 40% de volume de travail.
            C’est pour ça que j’ai mis en exergue cette phrase géniale qu’aucune IA n’aurait trouvée.
            » tes ongles cliquettent dans les ruines d’un temps récent »

            ****
            Quelques infos:
            « L’IA mettra au chômage le rédacteur sans valeur ajoutée rédactionnelle. En d’autres termes, si l’IA fournit de meilleurs services que vous, il est peut-être temps d’envisager une réorientation professionnelle », écrivait Wilhelm Lookman Massengo, au début de l’année 2023, dans un billet sur LinkedIn.
            ******
            Pour le correcteur, c’est pareil : ne croyez pas que les éditeurs préféreront toujours l’humain à la machine. Si la machine leur permet de faire des économies, ils la choisiront – certains nous ont déjà remplacés par des correcteurs automatiques (et tant pis pour la marge d’erreurs restantes, si le lectorat est prêt à la tolérer).

            La question n’est donc pas de savoir si « le correcteur humain est meilleur que la machine » — ce que répètent, pour se rassurer, nombre de correcteurs —, mais si les donneurs d’ordre vont juger la marge d’erreur acceptable. Et la réponse, pour certains, est déjà oui.

            Logo de ChatGPT
            Logo de ChatGPT.
            En juin 2023, une correctrice a annoncé au groupe dont je fais partie sur Facebook qu’elle avait été « remerciée », remplacée par ChatGPT, dans une agence de communication.

            Dès février, le groupe de médias allemand Axel Springer annonçait supprimer des postes, y compris parmi les correcteurs, remplaçables par l’intelligence artificielle. Au tabloïd Bild, le « vaste remaniement » a commencé.

            Le 23 juin, on lit sur ActuaLitté que :

            « Les éditions du Net ont annoncé l’arrivée de ChatGPT sur la plateforme de l’éditeur, afin d’aider les auteurs à corriger leurs manuscrits. Dans cette optique, la maison souhaite grandir en taille pour soutenir ce projet. Cette initiative accompagnera les artistes, et menacera le travail des correcteurs… »

            Et que :

            « Selon une étude de l’Université de Pennsylvanie, financée par OpenResearch et publiée en mars 2023, la profession de correcteur figure dans la liste de celles qui sont les plus menacées… »

            • #122103 Répondre
              Jeanne
              Invité

              @G
              Je prends ton explication de texte.

          • #122106 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            « préserver ce qu’il reste de ma liberté en lambeaux » est plutot bien tourné mais trop clair, trop limpide (et puis ma liberté, bon)
            Dans Les ruines d’un temps récent, il y a un trou là-dedans. Un trou creusé par le paradoxe : ruines/recent, un trou creusé aussi par ce temps « récent », et non pas présent, et non pas passé, et non pas contemporain
            Dans ce trou s’immisce un sens plus subtil, plus difficile, quelque chose qui ne peut se dire que sous une forme semi-cryptée, cette idée d’un temps récent déjà périmé, d’un temps, le notre, qui, ici opportunément illustré par le clavier (sur quoi les ongles cliquettent), aurait pour spécificité d’etre toujours déjà périmé, de fabriquer en permanence de la ruine.

            • #122109 Répondre
              Jeanne
              Invité

              « préserver ce qu’il reste de ma liberté en lambeaux est plutot bien tourné mais trop clair, trop limpide ».
              Oui, je me suis un peu dit ça après avoir posté.
              .
              « et puis ma liberté, bon ».
              Ça je ne me le suis pas dit mais je savais que tu allais le dire.
              .
              « cette idée d’un temps récent déjà périmé, d’un temps, le notre, qui, ici opportunément illustré par le clavier (sur quoi les ongles cliquettent), aurait pour spécificité d’etre toujours déjà périmé »
              Ouaou. Là faut que je réfléchisse.
              « de fabriquer en permanence de la ruine ».
              Ici je peux retomber un peu sur les pattes.

              • #122110 Répondre
                Jeanne
                Invité

                (Façon chat, bien sûr)

            • #122122 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Je m’incline devant la littérature. C’est elle qui contribue au sauvetage de l’Homme.
              Ceci dit ce temps récent s’inscrit bien dans un présent qui ne cesse de seconde en seconde de tomber en ruines. D’être ruines. Les ongles cliquettent DANS les ruines… Pas d’autre choix que de continuer à cliqueter jusqu’à ce que la grosse tuile te tombe dessus

              • #122123 Répondre
                Jeanne
                Invité

                Je voulais dire « retomber sur mes pattes « .
                .
                Et puisque je suis d’humeur à chipoter, j’ajouterai, Graindorge, que la littérature n’a pas besoin que l’on s’incline devant elle (le croire serait la déprécier).
                Vraiment, vraiment pour amicalement chipoter.

                • #122124 Répondre
                  graindorge
                  Invité

                  chantier autonome ma Jeanne Et tu n’es pas sans savoir qu’il y a des contrées de notre monde ou on s’incline tous les jours les mains jointes. Eh bien je m’incline les mains jointes devant la littérature qui me nourrit et qui me donne des forces.
                  Non mais! En plus excellent exercice pour le dos

                  • #122127 Répondre
                    Jeanne
                    Invité

                    Non, Graindorge ne s’inclinera pas devant moi 😉.

                    • #122131 Répondre
                      Jeanne
                      Invité

                      @François
                      Oui je relis ton post et je le saisis, maintenant.
                      (Je ne sais plus ce que je ne saisissais pas, des fois c’est comme ça).
                      En tout cas je saisis que tu observes dans ce petit bout de texte un regard critique porté par l’autrice sur un temps qui va trop vite, relègue trop vite, chasse précipitamment les objets et les gens (pour les remplacer par d’autres objets et, éventuellement, des non-gens: des machines).

                      • #122137 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        oui mais cette expression « regard critique » est bien réductrice, pour rendre justice de ce qui se joue dans cette phrase
                        un « regard critique », tout le monde en a
                        un « regard critique » ne suffit pas à pondre une phrase pareille
                        il y faut un regard plus vaste que critique

                      • #122143 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        Oui bien sûr, je sais
                        Je sais, ça
                        Pour attraper le truc, il m’a fallu le tordre un peu

                      • #122160 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        On peut jeter un œil sur le regard de Hélène Frédérick

                      • #122165 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        « On peut jeter un œil sur le regard
                        de Hélène Frédérick » devait suivre le #122137

                    • #122166 Répondre
                      ..Graindorge
                      Invité

                       » Graindorge ne s’inclinera pas
                      devant moi?
                      Tu es la littérature Jeanne?

                      • #122172 Répondre
                        Jeanne
                        Invité

                        C’était une blague. Soulignant que si tu t’inclinais devant la littérature, cela ne signifiait pas que t’inclinais toujours (par exemple, tu ne t’inclinais pas devant moi).
                        .
                        (Pour faire honneur à la correction grammaticale j’aurais dû écrire : cela ne signifiait pas que tu t’inclinasses).

    • #122125 Répondre
      graindorge
      Invité

       » Ça chante Les Parapluies de Cherbourg très fort et sans rire.  » Très fort et sans rire »
      ??????

      « https://www.youtube.com/embed/DAgTgZgOYYE?si=AKzJH2mSbJsOlhqS

    • #122126 Répondre
      graindorge
      Invité

    • #122133 Répondre
      Etienne
      Invité

      Des avis sur cyberpunk ?

      • #122198 Répondre
        Oscar
        Invité

        J’ai regardé : Réflexion nécessaire sur la technologie totale. Et propos très clair. Elle est calme. (À faire lire dans les collèges lycées peut-être)

        • #122204 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Oscar laisse moi te rappeler
          -que dans les collèges lycées on ne lit pas
          -que le peu qu’on y lit ne saurait relever de l’essai contemporain, et encore moins de l’essai libertaire

        • #122236 Répondre
          Etienne
          Invité

          Regardé ?

    • #122134 Répondre
      Ostros
      Invité

      Arrêtez tout.
      Les éditions Julliard annoncent la publication le 29 janvier 2026 par Charlotte Casiraghi de La fêlure.
      « une enquête littéraire et sensible sur la notion de fêlure, nourrie des textes et destins d’écrivains, poètes et aventuriers ».
      .
      L’autrice y explore les œuvres et les existences du navigateur Bernard Moitessier, des écrivaines Ingeborg Bachmann, Colette ou Marguerite Duras, de la poétesse Anna Akhmatova, ou du chanteur JJ Cale et bien d’autres pour mener une suite de réflexions littéraires, philosophiques et intimes
      .
      « Ce livre n’est pas un traité, ni un récit, encore moins une confession. Il faudrait plutôt le voir comme une traversée, une série de variations sur un même thème, la ritournelle par laquelle se rejoue sans cesse une idée fixe : quelque chose de nous est cassé », précisent les éditions Julliard.
      .
      La fêlure, la vraie.

      • #122148 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        La fêlure? De Charlotte Casiraghi? Je pouffe.
        Elle doit avoir  » un nègre » blanc, un peu rose

        • #122356 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Je n’ai pas dit  » nègre ». Ça ne se dit plus et grâce à Dieu, merci! J’ai dit  » nègre » blanc, un peu rose.
          J’avais il y a longtemps clarifié ce que j’avais appris sur les couleurs de nos peaux . De fait, personne n’est blanc, noir, jaune ou rouge. Il suffit de l’observer au miroir. Puisqu’on aime le réel.
          Pour ce qui est des prête- plumes, on les appelle des écrivains-fantômes. Et toute cette merde parasite monegasque tout juste capable de tourner la cuillère dans leur tasse, lorsque je n’en ris pas, je les vomis

    • #122262 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Je ne connaissais pas l’écrivain hongrois qui a obtenu le prix Nobel de Littérature 2025

      • #122263 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « C’est l’écrivain hongrois László Krasznahorkai qui a été couronné du prix Nobel de Littérature. Il est notamment l’auteur du sublime « La Mélancolie de la résistance », adapté au cinéma par Béla Tarr sous le titre « Les Harmonies Werckmeister ».

        Pour les cinéphiles avertis, le nom de László Krasznahorkai ne sera pas inconnu. Le romancier hongrois aujourd’hui âgé de 71 ans est l’auteur des scénarios – parfois adaptés ses propres romans – des films immenses de son compatriote Béla Tarr. Avant d’être des chefs-d’œuvre cinématographiques, « Sátántangó » et « Les Harmonies Werckmeister » étaient des sommets de création littéraire que couronnent cette année l’Académie suédoise. László Krasznahorkai a aussi signé des scénarios originaux, notamment celui du film apocalyptique, le dernier en date de Béla Tarr, « Le Cheval de Turin ».

        Pour qui n’a jamais lu la prose de László Krasznahorkai, « La Mélancolie de la résistance » (adapté au cinéma sous le titre des « Harmonies Werckmeister », paru en France aux éditions Gallimard), est une parfaite porte d’entrée. On y retrouve son style tentaculaire, si bien traduit par les sublimes plans-séquences de Béla Tarr, ses longues descriptions d’une société hongroise en pleine décrépitude, la création d’un univers sombre et désespéré, l’approche métaphysique.

        L’écrivain de la folie des hommes
        Pour apprécier son œuvre, il faut s’accrocher tel un marin ballotté par les vagues de mots, accepter de se perdre dans le labyrinthe de phrases et la logorrhée des personnages pour toucher, comme les héros de « Sátántangó », à une sorte de sublimation, quand les flots s’apaisent et que les cœurs s’ouvrent, parfois pour mieux pleurer devant la folie des hommes. »

        • #122282 Répondre
          Claire N
          Invité

          Rhoo merci Graindorge j’avais perdu son livre et oublié son nom; tout revient « Seiobo est descendue sur terre »m’avait tellement plu
          Il me manquait !

          • #122287 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Maintenant qu’il a eu le Nobel, la bibliothèque Universitaire va sûrement déposer sur une table quelques uns de ses livres. Si tu as un extrait Claire, n’hésite pas!

          • #122288 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Maintenant qu’il a eu le Nobel, la bibliothèque Universitaire va sûrement déposer sur une table quelques uns de ses livres. Si tu as un extrait Claire, n’hésite pas!

            • #122787 Répondre
              Claire N
              Invité

              Et bien comme je te le disais je ne l’ai plus à disposition – en fait je me souviens l’avoir donné en cadeau de départ à la retraite pendant le Covid – c’était le seul livre que je n’avais pas trop Corné et il était présentable .
              Il est composé de plusieurs nouvelles qui chacune se rapportent à une rencontre énigmatique de l’auteur avec une œuvre.
              La plus étrange dans mon souvenir est celle d’un homme avec un tableau à Venise ; la narration est très spéciale et proche du fantastique
              Quelque chose fini par «  suivre «  les pas du narrateur après sa drôle d’apparition

              • #122822 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Je note  » Seiobo est descendu sur terre » Demain jour de bibliothèque
                Merci Claire

    • #122281 Répondre
      Alex
      Invité

      Lu Les armes secrètes de Julio Cortázar. Si à la lecture des premières nouvelles j’ai craint d’avoir affaire à une pâle copie du fantastique (de) Borges, il faut dire que j’ai rapidement été séduit, voire plus. Si un thème en particulier ressort de son œuvre (pour dire vite, le rapport ambigu entre l’imaginaire et la réalité), Cortázar ne s’y limite pas, et il est évident qu’à chaque nouvelle nous avons affaire à quelque chose d’unique. « Rien que pour celle-là, ça vaut le coup », que je me disais, encore et encore. Les Portes du ciel, un atmosphère de vapes et de danse ; Fin d’un jeu, on ne pleure pas en lisant faut pas mentir mais presque ; Bons et loyaux services, Cortazar le social ? oui mais plus encore (littérature), quelque chose comme la positivité du faux ; Les armes secrètes (éponyme), le vertige du désir ; L’homme à l’affût, rien que pour celle-là…
      À lire.

    • #122294 Répondre
      graindorge
      Invité

      Extrait de « Muet face au sourd » de László Krasznahorkai, traduit par Joëlle Dufeuilly.
      In Le Grand Tour, sous la direction d’Olivier Guez, publié aux éditions Grasset & Fasquelle.
      © Éditions Grasset & Fasquelle, 2022.
      En accord avec l’agence Rogers, Coleridge & White.

      *************************

      I.

      Un petit garçon marche dans la rue, avance sur les pavés en béton en suivant une méthode particulière. En l’observant de plus près, on voit qu’il ne pose le pied que sur un pavé sur deux, seulement les pairs, et fredonne quelque chose. Un petit garçon : blond, avec de grandes oreilles, très maigre. Il porte un survêtement, haut de survêtement bleu, bas de survêtement bleu, son préféré : à l’intérieur de l’ourlet de la taille du pantalon, une petite poche secrète contenant son plus précieux trésor. Un sac à provisions vide dans une main, dans l’autre, de l’argent, la somme précise dont il a besoin : on l’a envoyé à l’épicerie pour acheter de la levure et du sucre vanillé. Il marche, fredonne, visiblement absorbé par sa marche : tête baissée, le corps penché en avant, il a les yeux fixés sur les pavés en béton, pour ne marcher que sur les pairs.
      S’il voit quelqu’un arriver de loin, il préfère s’arrêter longtemps à l’avance et attendre que la personne passe, tant il a peur de se tromper. Il est blond, très maigre, il a de très grandes oreilles, et des yeux bleus. Les pavés en béton du trottoir sont trop grands pour lui, il est obligé d’allonger le pas pour ne pas se tromper. Puisque seuls les pairs comptent, l’impair entre deux pairs : interdit.
      II.
      Car au commencement, il y avait M. Kerekes, le cordonnier et sonneur de cloches roumain, un petit bonhomme grassouillet, qui, chaque jour, vers six heures du soir, sortait de chez lui, se rendait place Maróthy et, la tête rentrée dans les épaules, filait, avec son inimitable démarche chaloupée, devant la fenêtre du presbytère, entrait dans l’église orthodoxe, et grimpait dans la pénombre naissante les étroites marches de l’escalier jusqu’au clocher, où il sonnait les cloches.
      Car au commencement, il y avait M. Csiszár, le réparateur de stylos à encre, qui, tous les matins, à huit heures pétantes, levait le rideau de fer de son atelier situé juste derrière le statue de Ferenc Erkel, l’auteur de l’hymne national hongrois, jetait un œil sur la petite vitrine, histoire de vérifier que tout était bien à sa place, qu’aucun stylo plume ou qu’aucune boîte de crayons n’avait bougé pendant la nuit, après quoi il entrait dans la boutique, s’installait sur une chaise spécialement adaptée à sa morphologie, autrement dit, dont on avait rembourré et découpé le dossier à hauteur de sa bosse, puis, une fois assis, il allumait une cigarette, une Terv, sa marque préférée, soufflait longuement la fumée en l’air, d’un geste brusque éteignait l’allumette, et par ce geste annonçait à la ville qu’il était ouvert, et que l’on pouvait venir faire réparer son stylo.
      Car au commencement, il y avait Lajos Márkizay, le jeune professeur de physique et mathématiques, un homme séduisant qui, tous les vendredis, vers trois heures de l’après midi, emmenait l’une de ses élèves, une jouvencelle témoignant de l’intérêt pour les échecs, dans l’Observatoire situé en haut du château d’eau, où ils s’adonnaient à leur passion, après quoi, aux alentours de six heures du soir, ils se penchaient à la fenêtre de la tour et, satisfaits, en se souriant, ils se disaient : en bas, tout est trop bruyant, il n’y a qu’ici, tout là haut, qu’on peut avoir le silence nécessaire pour jouer aux échecs.
      Et il y avait le docteur Petróczky, un ivrogne obèse incapable d’aligner plus de deux mots pour rassurer les malades, y compris les enfants en pleurs tremblant de fièvre, et qui devait surtout sa notoriété au fait que, en dépit de tous les conseils bienveillants et de toutes les suppliques, il faisait sa tournée de visites à domicile sur une motocyclette de marque Csepel, en conséquence de quoi il ne se passait pas une semaine sans qu’il finisse dans le fossé, puisque sa motocyclette de marque Csepel, bien qu’ayant grandi avec son propriétaire, s’avérait incapable, compte tenu de la dangerosité des routes, de maintenir son compagnon, perpétuellement ivre, en position de parfaite stabilité sur sa selle, si bien que le docteur ne pouvait que sauter, glisser, bondir, gicler de sa selle pour aller rejoindre les fossés, fourrés et autres ravins, autrement dit, la terre ferme.
      Et il y avait Gyula Kovrig, le prêtre catholique d’origine arménienne, qui ne s’intéressait qu’à une seule chose dans la vie, la philatélie : les étagères de la bibliothèque en chêne vitrée de la salle d’accueil du presbytère étaient entièrement garnies d’albums de timbres, et il tenait une correspondance avec soixante trois pays importants sur le plan philatélique, afin d’échanger de temps en temps quelques pièces rares de sa collection pour d’autres pièces, plus rares encore.
      Et il y avait M. Ocsi, le gérant de la pâtisserie Szazéves, un homme grand et mince, à la démarche rapide et de nature anxieuse, le roi des gâteaux et des caramels, qui ne pouvait trouver de calme que lorsqu’il pouvait se libérer de ses gâteaux et caramels, le matin, avant l’ouverture, et le soir, après la fermeture, quand il sautait sur la selle de son vélo, un rutilant vélo de compétition de marque tchécoslovaque, et, vêtu du maillot rose dans lequel il avait gagné dans sa jeunesse une course nationale d’amateurs, pédalait, parfois des heures durant, vers une ligne d’arrivée imaginaire.
      Et il y avait Kálmán Nemes, l’authentique aventurier de Gyula, qui après de longues années de bourlingage, était rentré du Brésil au bras d’une magnifique épouse noire, Nadir, qui affola la ville pendant des mois, voire des années : les deux époux s’étripaient régulièrement, pratiquement une fois par semaine, et à la stupéfaction et à la consternation générales de la ville de Gyula, passaient des nuits entières à se castagner et à se hurler dessus dans une langue non identifiable, en l’occurrence le brésilien, pour, au petit matin, se calmer subitement, sans que personne ne comprenne ce qui s’était passé, puisque que pouvait on savoir, à Gyula, de la nature de la passion exotique.
      Et il y avait M. Turai, le petit tailleur de Romanváros, qui pour réfréner son insatiable respect envers la gent féminine se plongea corps et âme dans la philosophie ésotérique, et devint ainsi le chéri de ces dames, car pour obtenir ce résultat, devenir le chouchou des femmes de Gyula, il avait suffi à M. Turai de leur faire sentir qu’avec les discours étranges, emplis d’autosatisfaction, qu’il leur débitait tout en prenant leurs mensurations, il cherchait seulement à leur adresser des compliments sincères et inconditionnels, et elles se fichaient royalement de ne pas comprendre un traître mot du contenu, direct et grossier en surface, de son message puisque, à titre d’exemple, qu’avait à faire une femme de Gyula d’une question du genre : y a t il un gouffre infranchissable entre Martin Buber et Angelus Silesius, ou bien entre Nostradamus et Rosenzweig ?
      Et il y avait les autres chevaliers de la brume.
      M. Halmai, le coiffeur de la place Maróthy, qui se déplaçait en charriant derrière lui un épais nuage de parfums, et n’avait de cesse d’expliquer que ce n’était pas
      de son fait, mais le fruit du hasard, consécutif à sa profession. Ou M. Fodor, le dératiseur, avec son chien, un bâtard sans âge, court sur pattes, qui traînait son ventre par terre en couinant, et cherchait sans cesse à capter le regard des gens avec ses propres yeux vitrifiés par la cataracte, faisant peur à tout le monde ; et puis Füredi, le marchand de tabac, avec sa légion de petits soldats en plastique et son regard sévère, qui de temps à autre fermait leur clapet aux hordes de gamins turbulents qui faisaient la queue devant son magasin ; et puis Béla Szabó, le chantre de Németváros, avec ses six magnifiques filles qui, toutes venues au monde avec des dons exceptionnels pour la musique, avaient grandi dans une maison où le temps n’existait pas, où personne, aucun ami ou parent, ne mettait jamais les pieds, mais où la musique de Corelli, de Vivaldi, de Lully ou de Bach filtrait à travers les fenêtres toujours fermées et se répandait dans la rue principale du quartier de Németváros — tous étaient des chevaliers de la brume, tous étaient enfermés dans une étrange, insaisissable existence en suspens, mais tout ceci n’était que l’arrière plan de quelque chose d’autre, quelque chose de plus fantasmagorique, de plus inexplicable, de plus indéchiffrable que tout ce qui existait sur la terre d’Europe centrale.

      • #122355 Répondre
        diegomaradona
        Invité

        ce type est un fanatique des virgules, surement un traumatisme d’enfance

        • #122369 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Je ne connais pas la Hongrie mais le petit garçon est très maigre. Peut-être que la ponctuation est hors de prix et que les virgules sont ce qu’il a trouvé de plus adaptées à son porte-monnaie et que ce jour là il y avait une offre: deux paquets de virgules pour le prix d’un.
          Maintenant, avec le prix, il va pouvoir s’offrir toute la collection

        • #122376 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Peut-être que la Hongrie est très pauvre:
          « Un petit garçon : blond, avec de grandes oreilles, très maigre »
          Peut-être que la ponctuation est hors de prix et que les virgules sont les plus adaptées à son porte-monnaie et que ce jour là il y avait une offre: deux paquets de virgules pour le prix d’un.
          Maintenant, avec le prix Nobel, il va pouvoir s’offrir toute la collection.

          • #122759 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Presque doublon

      • #122770 Répondre
        Leo Landru
        Invité

        Merci Graindorge. Ça donne envie.

      • #122826 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Trouvé ça.
        Pauvres parias

        par Linda Lê

        8 mai 2018

         ******

        Le lecteur qui pénètre dans l’univers de Krasznahorkai doit s’attendre pour le moins à être dérouté, au sens premier qui signifie être détourné de sa route. Un rêve longtemps caressé, une découverte inopinée, un chambardement inattendu, et voilà le curieux projeté dans un monde où il entre avec la perplexité de celui qui est à la fois subjugué et désorienté, tant le troublent les perturbations auxquelles il s’expose.

        S’il a vu les adaptations cinématographiques que Béla Tarr a faites de deux livres de Krasznahorkai, Sátántangó (à partir de Tango de Satan), un nocturne de plus de sept heures, entre recherche d’un eldorado et silencieuses cavalcades vers l’Apocalypse, entre croyance dans les promesses de quelques escrocs et fin du rêve où l’eldorado n’est plus qu’un tas de ruines, ou bien encore Les harmonies Werckmeister (long métrage tiré de La mélancolie de la résistance), un film en forme de questionnement sur la collision entre un sentiment d’effroi et la certitude d’une décomposition irrémédiable, s’il a vu ces deux œuvres hantées par des visions d’une dégénérescence, il sait que l’alliance scellée entre Krasznahorkai et le réalisateur du Cheval de Turin, cinéaste aiguillé par une désespérance que rien, pas même l’art, ne rédime, cette alliance est aussi celle de deux créateurs rongés par la conviction d’un impossible sauve-qui-peut.

        Lászlό Krasznahorkai Gyula Czimbal

        « Nous sommes saturés jusqu’à l’écœurement par la littérature », dit le conférencier dans Thésée universel de Krasznahorkai, et c’est le fil qui est supposé guider le novice explorant les contre-mondes de Béla Tarr le metteur en scène comme ceux de Krasznahorkai le romancier : la léthargie générale ne trouve pas de remède dans la quête de ce qui nous arracherait à la « partie de cartes truquées » dans laquelle nous tâchons de jouer notre va-tout. Nous sommes tous gouvernés par la tristesse, une tristesse d’une profondeur inédite, dit le protagoniste de Guerre et guerre qui, comme tous les personnages de Krasznahorkai, a l’âme meurtrie par une blessure mortelle, qu’il perçoit comme un « châtiment personnel infligé par le sort » (La venue d’Isaïe).
        « Je dois partir d’ici », dit Funtaki dans Tango de Satan. Et de rêver de s’en aller quelque part où il ne fera rien, se contentera de « regarder passer cette chienne de vie ». Dans Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau, le petit-fils du prince Genji largue les amarres, laissant derrière lui ce « monde pourri » pour partir à la recherche du « jardin caché », sans vraiment savoir s’il a jamais existé. Guerre et guerre voit un personnage falot, dont le métier est de classer des documents dans les archives d’une ville de Hongrie, disparaître un beau jour après avoir fait la découverte d’un fascicule, manuscrit très précieux à ses yeux. Dans les pages finales de Seiobo est descendue sur terre, le dernier roman de Krasznahorkai à être (excellemment) traduit en français par Joëlle Dufeuilly, Zeami, le dramaturge et théoricien du nô dont on peut lire en français La tradition secrète du nô et surtout les vingt-cinq magnifiques pièces de nô publiées sous le titre La lande des mortifications, meurt en laissant un petit bout de papier avec juste cette phrase : « Zeami s’en va. »
        *******

        Qu’ils s’évadent, qu’ils fassent faux bond ou qu’ils organisent minutieusement leur évaporation, les fuyards de Krasznahorkai semblent appartenir à la même famille, celle des perdants qui cherchent un sens à ce qui leur paraît d’une révoltante absurdité : il est préférable de se contenter de la « maigre, mais indéniable vérité » selon laquelle nous sommes les « misérables sujets d’un échec insignifiant au sein de cet éblouissant univers », et toute l’histoire de l’humanité se résume aux « pitoyables fanfaronnades de pauvres parias stupides et sanguinaires  repliés dans les lointaines coulisses d’une scène gigantesque, à la douloureuse confession d’une erreur, la lente reconnaissance d’une vérité cruelle : ce monde n’est pas franchement une brillante réussite ».
        Malaise, tristesse, envie de s’évanouir dans la nature : les perdants de Krasznahorkai ressemblent aux déshérités de Béla Tarr en ceci qu’ils ne croient ni aux lendemains qui chantent ni en l’aboutissement de leur quête obsessionnelle. L’homme, « cet être exilé dans le quotidien enchanteur du Mal et de la Paresse », comme il est dit dans Seiobo est descendue sur terre, tente par tous les moyens de donner une dimension sacrée à son existence, le sacré n’allant pas sans son envers, le trivial ou le démoniaque (dans Tango de Satan, l’arrivée de ce dernier est annoncé de telle façon qu’on se demande si ce n’est pas l’apparition du Messie), Seiobo, la déesse de l’Ouest chez les Japonais, descend sur terre en étant incarnée par un acteur du nô qui répète son rôle non sans prendre conscience que la répétition est pour lui une « inexprimable catharsis ». Un gardien de musée aimerait lui aussi que l’œuvre dont il s’est épris, la Vénus de Milo, soit telle une déesse en visite chez les mortels, une déesse dont le secret de la beauté réside dans sa force de rébellion, mais le sacré qu’elle recèle peut-être en elle, il se demande s’il n’est pas factice : tout chez elle n’est-il pas galvaudé, surestimé ?
        *****
        Les longues phrases sinueuses de Krasznahorkai semblent faites pour traduire les hésitations, les doutes, les emballements et les échappées belles de ses personnages. De la vénitienne Scuola Grande de San Rocco à Kyôto, « Ville Éternelle de la Bienséance, le Siège de la Cour Pénale des Bonnes Manières, le Paradis des Convenances, le Centre de Répression de tout Manquement aux règles », de l’Alhambra à Athènes, de la musique baroque à la version, due aux Arcade Fire, de « Guns of Brixton », les quêteurs de Krasznahorkai sont à la poursuite de ce qui est caché, évanescent, sachant qu’alentour tout s’effrite, s’effondre, s’affaisse, mais sans doute est-ce en essayant de conjurer ce « à vau-l’eau » qu’ils espèrent restituer à l’art toute la splendeur qui, dans l‘œuvre de Krasznahorkai, tout comme dans celle de son complice Béla Tarr, s’est enténébrée.
         

        • #122844 Répondre
          Claire N
          Invité

          Merci Graindorge
          Je n’ai jamais vu de film de bela tarr
          J’avoue ne pas trop savoir par quoi commencer
          Mais tu fournis quelques pistes

          • #122876 Répondre
            Théo
            Invité

            Je vous conseille de commencer par Guerre et Guerre qui est une bonne entrée dans son œuvre et surtout dans sa phrase

            • #122879 Répondre
              Claire N
              Invité

              Merci Théo

              • #122883 Répondre
                MA
                Invité

                Le cheval de Turin, le seul que j’ai vu jusqu’ici, avait été recommandé et discuté sur l’ancien site.

                • #123066 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Milles merci
                  Je viens de regarder le cheval de Turin
                  Il est d’une nature que je n’aurais cru possible ;
                  Il m’est apparu comme une flamme, basculant sur un axe fixe ,fascinant comme un feu, sa répétition changeante , sa consume
                  L’obscurité à la fin
                  J’ai l’impression d’une apparition

            • #122891 Répondre
              netflou
              Invité

              J’ai un souvenir très fort de Mélancolie de la résistance. Cette baleine tractée annonçant l’effondrement, c’est autre chose que Mad Max Fury Road. Par contre, j’ai jamais pu rentrer dans Tango de Satan.

              • #122909 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Merci pour les recommandations. « Muet face au sourd », ça doit donc être une nouvelle intégréee dans un livre

                *****

                Trouvé un extrait d’un entretien
                Transfuge
                Littérature
                ARCHIVES – Entretien avec Laszlo Krasznahorkai (prix Nobel de littérature 2025)
                *****

                Par Oriane Jeancourt Galignani
                ****
                09/10/2025- numéro 119 Entretien
                ******
                Couverture Transfuge N°119 – Laszlo Krasznahorkai
                En 2018, Transfuge avait rencontré l’immense écrivain hongrois, Laszlo Krasznahorkai à l’occasion de la parution de son roman Seiobo est descendue sur terre. Aujourd’hui, 7 ans plus tard, il vient de recevoir le prix Nobel de littérature.
                *****

                Laszlo Krasznahorkai n’interrompt jamais celui qui lui parle. Il sourit, écoute, hoche la tête, répond. Il ne hausse pas la voix. Il parle d’une constante tonalité sourde et lente, portée par la tendresse de ses yeux. Il parle au même rythme qu’il écrit, en marathonien ou danseur, sans perdre son souffle. Lorsqu’il entame une phrase, on ne sait où celle-ci nous mènera, elle semble partir de rien, un détail, une anecdote, une blague, et s’amplifie petit à petit, charriant une pensée limpide, dépourvue de grandiose mais pas de magnétisme. Le génie de sa phrase a valu depuis trente ans à l’écrivain hongrois, depuis Le Tango de Satan paru en Hongrie en 1985 et surtout La Mélancolie de la résistance, au début des années quatre-vingt-dix, d’être saluée par les meilleurs lecteurs d’Europe et des Etats-Unis. Susan Sontag évoquait un « maître de l’apocalypse », Sebald disait de sa prose qu’elle pouvait « entrer en rivalité avec Les âmes mortes ». Et l’on saisit ce que l’auteur d’Austerlitz trouvait en Krasznahorkai : une réponse à son propre sens du désastre, une variation sur la même esthétique de la déshérence qui était la sienne. Le Hongrois comme l’Allemand s’inscrivent contre le romantisme, le mysticisme, et toute forme de littérature qui se gorgerait d’un lyrisme qui les effraie. Tous deux sont les fils spirituels d’un Adorno qui croit au langage, tout en s’effrayant de ses débordements. Tous deux sont des écrivains du XXe siècle, et de ses échos, l’un de la Shoah, l’autre de l’URSS. Tous deux enfin sont des hommes dans l’histoire, et dans l’Europe, des hommes, qui cherchent à dire une forme « d’universalité », de cerner un ordre dans le désordre. Aussi marquée par la catastrophe soit-il. Mais là où Sebald pour faire entendre cette apocalypse historique, choisissait le fragment et plaçait le silence au cœur du texte, Krasznahorkai use du procédéune plénitude sature ses livres, une recherche ininterrompue de sens, qui, si elle admet le mystère et ne cesse même de nous renvoyer à notre ignorance, ne s’y résout pas et appelle à la connaissance. Krasznahorkai appartient à la lignée des Hermann Broch, des Thomas Mann, d’une langue qui scande une pensée de la fin du monde, mais aussi qui porte le désir d’une humanité pensante. Cette gravité réflexive de l’écrivain, on la retrouvait dans les films de son ami Bela Tarr, qu’il écrivait avec lui. « Je suis du côté des hommes » me dit-il assez vite, « c’est à dire de ceux qui ne comprennent pas ». Ainsi, Guerre et Guerre, roman d’une ambition folle, mettait en scène un personnage kafkaïen, Korim, face à un manuscrit qu’il recopiait et qui le plongeait dans l’histoire des constructeurs de cathédrales, ou le ramenait dans une cuisine new-yorkaise, auprès d’une femme battue. Guerre et Guerre cherchait l’instant dans l’histoire, ou dans l’art – mais chez Krasznahorkai l’un et l’autre sont profondément liés – où le basculement vers la guerre eut lieu, où la guerre devint, ou redevint le principe de notre existence. Immense roman, Guerre et Guerre parut en France deux ans avant que Laszlo Krasznahorkai jouisse d’une reconnaissance mondiale grâce au Man International Booker Prize, en 2015. Lui qui a vécu longtemps à New York, y retournait alors pour être célébré, parmi ceux qui sont devenus ses amis : Philip Roth, Thomas Pynchon, Paul Auster. Trois ans plus tard, il publie en France ce livre-ci, Seiobo est descendue sur terre. Si Guerre et Guerre cherchait dans l’histoire et la culture le début de la chute, on pourrait dire que Seiobo part en quête de la possibilité de la grâce. Seiobo est le nom d’une déesse chinoise qui ne se manifesterait que quelquefois dans l’histoire. Ici, elle désigne le génie artistique. Ce sont dix-sept récits. Dix-sept chapitres déclinant une seule trame : la rencontre d’un homme avec l’art. On y découvrira ainsi un gardien du musée du Louvre fou de la Vénus de Milo, un groupe de restaurateurs bouleversés par leur travail sur une statue de Bouddha, un maître du théâtre Nô qui consacre son existence à son art sans y adjoindre une cause, un occidental venu au Japon pour saisir le sacré du temple d’Ise, Lippi au travail, un homme certain d’avoir vu les paupières d’un Christ du Tintoret bouger… Empreint de l’expérience japonaise de Krasznahorkai, qui a déjà publié un livre entièrement consacré au Japon, Seiobo nous place au plus près du mystère du geste créatif. Peut-être est-ce dans le premier chapitre qu’il nous dit son idée de l’artiste, lorsqu’il décrit un oiseau, un héron japonais, debout au centre de la ville : « Et il doit, seul, au milieu de la folie des évènements, seul, au beau milieu de ce monde agité, fourmillant, rester dans cet instant propulsé hors du temps, pour qu’ensuite cet instant se referme sur lui, et qu’il fige alors son corps blanc, immaculé au beau milieu de ce mouvement trépidant, qu’il déploie son immobilité contre les forces monstrueuses qui l’assaillent de toutes parts ». Krasznahorkai est bien seul et quelque peu assailli par des forces monstrueuses, lorsque nous nous retrouvons dans un hôtel parisien aux lendemains des élections législatives. hongroises qui ont vu la victoire de Viktor Orban.
                ******
                Seiobo est descendue sur terre se centre, pour la première fois dans votre œuvre, entièrement sur le geste artistique…
                *****

                J’ai donné un séminaire à Columbia qui s’intitulait « Comment commencent les choses ? » La question était posée sur un plan philosophique, biologique, et littéraire. Ainsi nous nous sommes penchés sur des textes du XVe siècle écrits au Japon, chez les Indiens d’Amérique, et en France, des textes sacrés et profanes, dont nous avons étudié les origines. Les jeunes au cours de ces séminaires m’écoutaient attentivement, étonnés de constater la correspondance puissante entre ces différents récits. Comment commence un mythe, ou une œuvre littéraire ? Est-ce au moment où le premier mot est écrit, ou au moment où l’auteur commence à y penser ? Ou peut-être encore plus tôt, au moment où l’auteur souffre parce que la dame sur le balcon n’est pas amoureuse de lui… L’idée était de tisser des liens : quand Botticelli commença son Printemps, quelle danse dansaient les Indiens sur la presqu’île de Manhattan ? Au même moment, comment le constructeur d’un temple à Kyoto définissait-il le principe selon lequel il allait entamer cette construction ? J’ai donc réfléchi, et ce livre est le fruit de cette réflexion. D’autre part, je suis un homme en constant déplacement, et les œuvres d’art me permettent, lorsque je leur rends visite, à Paris, New York, Budapest, de me sentir partout chez moi. Je me suis donc dit que j’avais vu tant de choses dans ma vie cosmopolite, tant d’œuvres qui m’ont rendu heureux, que je n’avais pas le droit d’emmener tout cela dans ma tombe…

                ****

                La suite de l’entretien est à découvrir dans le numéro 119 de Transfuge

                • #122958 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  @Merci Ma et netfou
                  Cheval et baleine tractée
                  Voilà qui me hameçonne déjà
                  @merci Graindorge, peu à peu tes trouvailles ravivent ma lecture et effectivement il y avait la dedans une façon bien particulière, bien singulière
                  D’aborder cette forme de grâce qu’on a devant une œuvre – je me souviens qu’il explore l’alembra d’une manière qui m’a rendu plus sensible à cette chose un peu difficile qu’est l’ » architecture « 
                  Bien sûr je peux être profondément touchée par un paysage ; un «  site «  mais les constructions de mains d’hommes m’étaient particulièrement imperméable il a rendu les choses un peu moins
                  Inertes

        • #123081 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          « Le lecteur qui pénètre dans l’univers de Krasznahorkai doit s’attendre pour le moins à être dérouté, au sens premier qui signifie être détourné de sa route »
          Il est donc possible de commencer un texte par une phrase pareille.

          • #123082 Répondre
            Claire N
            Invité

            Nan mais c’est pour pas confondre avec un autre truc, comme une pomme de terre c’est vite fait la confusion

    • #122741 Répondre
      trou du cul
      Invité

      pourquoi on achète pour lire des lunettes à plusieurs centaines de roros chez un optichien alors qu’en grande surface c’est 10 roros

      • #122888 Répondre
        Etienne
        Invité

        Car c est remboursé.

        • #122894 Répondre
          trou du cul
          Invité

          sauf que c’est faux…

          • #122913 Répondre
            Etienne
            Invité

            J ai changé mes lunettes il y a un mois et je n ai rien payé, je réitère donc.

            • #122915 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Etienne:
              Quel lien avec ce fil Avis littéraires?

              • #122916 Répondre
                Etienne
                Invité

                Aucun. C était lié au commentaire d un tdc.

                • #122917 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  Laisse tomber si tu veux bien sinon c’est sans fin

                  • #122922 Répondre
                    Etienne
                    Invité

                    Ah oui effectivement c est réellement un tdc.

                    • #122933 Répondre
                      trou du cul
                      Invité

                      sauf que tu as pas compris l’illusion, l’arnaque qu’un enfant de 5 ans comprendrait

                      • #122939 Répondre
                        Etienne
                        Invité

                        Évidemment.
                        Tdc

            • #122919 Répondre
              trou du cul
              Invité

              sauf que c’est faux

    • #122967 Répondre
      azymuth
      Invité

      François quel est ton écrivain français vivant favori ? (en excluant tes potes les sormans, chauvier, & so on…)

      • #122972 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        D’abord Chauvier n’est pas un « pote ». Rien à voir avec Joy qui est une amie depuis 1998, et qui a publié après le nouage de cette amitié. Chauvier je l’ai connu par ses textes, et croisé ensuite (trois fois).
        Ensuite, difficile de donner un nom. Je peux redire que l’écrivain vivant que j’ai le plus lu, et dont je me sens proche stylistiquement, est Echenoz. Mais il y a tant de vivants que je n’ai jamais lus, et qui peut etre, si je les lisais, prendraient cette place

    • #122976 Répondre
      azymuth
      Invité

      merci désolé de l’apreté de la question
      c’était pour avoir une réponse un peu plus inattendue
      merci !

    • #122979 Répondre
      Etienne
      Invité

      Lu cyberpunk en une traite.
      Superbe manifeste de résistance qui remet du baume au cœur.
      C.est bien écrit, accessible.
      Décryptage du fascisme actuel et pistes pour s’en sortir.

      Je vais enchaîner avec saint luigi de nicolas framont, ce week-end littéraire

      Si vous avez des idées de livres dans ce même mood je suis preneur 🥰

    • #122980 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      portrait dans Libé de l’autrice hier
      issue de la grande bourgeoisie tunisienne
      a longtemps travaillé dans la banque
      dit d’ailleurs qu’il faut arrêter de critiquer les banques
      je dis ça, je dis rien

      • #122981 Répondre
        Charles
        Invité

        Je l’ai vue dans C ce soir où elle était comme un poisson dans l’eau, une sorte de ravie de la crèche du débat public où elle riait et semblait d’accord avec presque tout le monde (dont des réacs comme Marc Weitzman) avec une analyse un peu limitée (oui Trump est en voie de fascisation selon Umberto Eco).

        • #122983 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          on l’a vue en effet partout
          la joyeuse centriste que nos médias objectifs attendaient

          • #122985 Répondre
            Charles
            Invité

            Celle qui monte c’est surtout Blanche Leridon, centriste pur sucre qui explique qu’il faut s’entendre avec Trump.

            • #122991 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              de l’institut montaigne
              très influent institut montaigne, qui se partage les plateaux avec la fondation Jean Jaurès
              quand c’est pas l’un c’est l’autre
              et pour dire la même chose

              • #122996 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                J’ai lu son nom ici la semaine dernière, je n’avais jamais entendu parler d’elle (en fait si, j’avais en effet vu les BA des conférences mk2 avant des films). En parcourant les confs récentes des rdv de l’histoire de Blois le jour même je l’ai vu apparaître dans la liste et j’ai écouté. Intéressant de voir les signaux qu’elle envoie : les mots « empire », « big tech », « big state », « système », sont au cœur de l’analyse. On se rend compte petit à petit que c’est très peu précis et qu’il s’agit en fait d’une simple redynamisation rhétorique d’une assez classique opposition idéologique à Trump et à Musk, exprimée depuis un centre qui aime encore à fabuler sur son profond libéralisme politique et son démocratisme. Il y a une vibe « coup de pied dans la fourmilière » qui me ferait presque penser à du Macron.

                Juste après et pour chercher une éventuelle confirmation, j’ai écouté sa conférence TEDx Talks qui est beaucoup plus courte, 20min, et encore plus nettement politico-idéologique (je la conseille pour ceux qui ne veulent pas se taper Blois en entier). Le mot « technofascisme » est carrément lâché, or le contenu de la conf a plutôt confirmé ce que je dis plus haut. Au passage, petites piques bien « franches » sur la « bureaucratie désincarnée » de l’UE (« désert de discours », « perte d’identité », « Europe follower »), sur l' »indigence de la pensée politique » etc… J’y ai aussi retrouvé par la négative quelque chose qui est déjà explicite à la fin de la conf de Blois : on se désole du désert intellectuel critique sur ces sujets tout en ignorant superbement… les nombreux débats qui ont lieu à gauche sur ces questions (technofascisme-néofascisme, technoféodalisme côté Varoufakis et tous les débats qui s’en sont suivis, les travaux de Durand présentés jusque dans les confs de LFI, j’en passe).

                Je pressens que son livre est faible mais intéressant comme symptôme. Je serais curieux d’avoir des retours. Cette personne a peut-être de l’avenir.

      • #122986 Répondre
        Etienne
        Invité

        Me semble pas avoir lu dans ce livre une quelconque accointance pour le milieu bancaire, pour ses origines bourgeoises je savais mais cela me parait pas pertinent comme remarque tu aimais bien branco a une epoque et lui aussi est bourgeois d origine comme bcp d autres de notre  » camp » , elle conseille le manuel de sabotage comme lecture cela me paraît pas en adéquation avec un positionnement centriste.
        Je crois aussi qu elle a parfaitement compris les rouages du petit monde médiatique et en joue énormément ce qui donne cette impression de poisson dans l eau au milieu des éditorialistes ( je l avais découvert chez quotidien) . Ptet une bonne idée de vous voir débattre ensemble sur qg ?

        • #122992 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Oui effectivement très bonne idée
          Je donnais l’information de son origine pour la situer, non pour la condamner (et aussi parce que je te parle à toi,, d’habitude si prompt à débusquer l’extraction bourgeoise des locuteurs – enfin surtout de moi)
          Par ailleurs la conjonction bourgeosie + banque ne laisse présager en rien d’une radicalité politique.
          J’ajoute qu’elle fait partie de la team centriste-cool des conférenciers MK2 (que je te laisse découvrir en deux clics)

          • #122993 Répondre
            Cynthia Lennon
            Invité

            tu mets Hélène Frappat dans la même typologie ?

            • #123049 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              en tout cas il semblerait qu’elle ne soit pas considérée comme dangereuse, sulfureuse, inflammable, inacceptable par le temple du cool centriste que sont ces conférences MK2
              c’est un fait
              inversement une éditrice de Gallimard a récemment propose à la même structure que je fasse une série de conférences sur l’amour en littérature et cinéma (c’était son initiative, pas la mienne à moi qui en mon for me disais : ma pauvre, tu vas te prendre un mur)
              inutile de dire quel fut l’accueil

              • #123050 Répondre
                Cynthia Lennon
                Invité

                oui, je vois

          • #123023 Répondre
            Etienne
            Invité

            Mais elle peut rien faire concernant ses origines bourgeoises, elle l est par héritage alors que toi tu l es devenu par ton travail artistique ( pour cela que je te nomme bourgeois honteux) j ai aucun souci avec la bourgeoisie je la connais de par mon milieu géographique depuis ma naissance. Je fais juste une fierté de mon côté prolo. Elle est effectivement pas plus radicale qu un francois Ruffin mais son constat est bon et les explications pour justifier la montée du fascisme sont limpides et étayés. Elle offre pas vraiment de solution pour sortir du capitalisme il est vrai mais en tout cas elle decode parfaitement le capitalisme actuel. En conclusion elle fait ptet partie de la bourgeoisie cool ( tu as remplacé par centriste mais l esprit est là) et la combat pas de la façon radicale que lordon ou toi le faite. Pour cela qu un débat où tu tenterras de la pousser dans ses retranchements serait très intéressant.

            • #123051 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              -Donc si je te résume : les origines bourgeoises d’Asma ne méritent pas d’etre mentionnées car elle est bourgeoise d’extraction. Alors que moi il faut mentionner ma prétendue appartenance de classe 56 fois parce que je suis devenu bourgeois sans etre né tel, juste par mon travail. Quelle est donc la rationalité de ce double standard? Qui d’ailleurs pourrait tout à fait etre renversé.
              -« bourgeois honteux » est une notion arbitraire, qui en l’espèce ne repose sur rien. Si ce n’est le postulat que tout bourgeois communiste ou punk le serait par honte? Oui mais moi je suis devenu communiste et punk avant d’etre bourgeois. Donc what else? Où est la honte? De quoi retourne-t-elle?
              Merci de m’éclairer.

            • #123052 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              -Donc si je te résume : les origines bourgeoises d’Asma ne méritent pas d’etre mentionnées car elle est bourgeoise d’extraction. Alors que moi il faut mentionner ma prétendue appartenance de classe 56 fois parce que je suis devenu bourgeois sans etre né tel, juste par mon travail. Quelle est donc la rationalité de ce double standard? Qui d’ailleurs pourrait tout à fait etre renversé.
              -« bourgeois honteux » est une notion arbitraire, qui en l’espèce ne repose sur rien. Si ce n’est le postulat que tout bourgeois communiste ou punk le serait par honte? Oui mais moi je suis devenu communiste et punk avant d’etre bourgeois. Donc what else? Où est la honte? De quoi retourne-t-elle?
              Merci de m’éclairer.

              • #124317 Répondre
                Etienne
                Invité

                C est mal résumer mon propos déjà…c est toujours intéressant de savoir d où vient l individu.e.. Vous êtes des bourgeois. C est un fait
                Je pense que tu l assumes pas vraiment. Je peux me tromper. D où ma dénomination de bourgeois honteux.

    • #122994 Répondre
      Henry Miller
      Invité

      bonjour François, bonjour à tous et toutes
      Je suis un peu ignare et finalement resté à l’écart en matière de poésie.

      Je cherche des recommandations qui seraient susceptibles de me faire découvrir ce continent. Classique ou plus contemporain, auriez-vous des conseils ?

      Merci!

      • #122995 Répondre
        perove
        Invité

        Je lis toute la poésie de Houellebecq là et c’est TRÈS bon

      • #122997 Répondre
        Charles
        Invité

        Verlaine, poèmes saturniens – très beau, très accessible.
        Lautréamont – Chants de Maldoror, poésie en prose pré-surrealiste, irrésistible car fascinante
        Rimbaud – le mieux est de commencer par une saison en enfer plus simple que les Illuminations
        Michaux – la vie dans les plis

      • #123000 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Henry Miller
        Dans ce forum, 3 entrées poèmes ont été ouvertes, tu peux t’y balader et noter ceux qui te font tilt puis aller si bon te semble en lire plus de celui ou celle qui les a écrits.
        françoisbegaudeau.fr partagez des poèmes
        françoisbegaudeau.fr poèmes Deux
        puis françoisbegaudeau.fr poèmes 3

      • #123001 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Henry Miller
        Dans ce forum, 3 entrées poèmes ont été ouvertes, tu peux t’y balader et noter ceux qui te font tilt puis aller si bon te semble en lire plus de celui ou celle qui les a écrits.
        françoisbegaudeau.fr partagez des poèmes
        françoisbegaudeau.fr poèmes Deux
        puis françoisbegaudeau.fr poèmes 3

      • #123093 Répondre
        Alphonse
        Invité

        Plus contemporain :
        Quintane
        Christian Prigent

    • #123004 Répondre
      tttt
      Invité

      on peut commencer par Baudelaire, même si on se plait à le critiquer ici : ça me semble difficile de lire ce qui s’est fait après lui sans l’avoir lu d’abord, et difficile de lire avant sans être outillé pour, parce que décalage très vif sauf exceptions (hugo, lamartine, à la limite La Fontaine – qu’on lit toujours très mal à l’école -)

      sachant qu’en littérature, la poésie est sûrement la forme la plus indissociable de son propre geste (faire un poème c’est réfléchir d’abord à la poésie, poésie vide si elle ne parle pas de la poésie), donc ne jamais la séparer du geste théorique et/ou critique
      ah et si tu lis de la poésie mise en vers, c’est bon d’avoir un petit bagage métrique (si l’écriture n’est pas affaire de génie, mais de travail, alors c’est pareil pour la lecture) : j’aime bcp Analyser les vers de guillaume peureux qui s’attaque aux textes
      car sans métrique impossible de saisir certains poèmes (sauf à dire : « ça me touche », mais pour ça, on lira le journal)

      • #123005 Répondre
        Charles
        Invité

        Je suis en désaccord total avec cette façon d’appréhender la poésie qui ne pourra que rebuter la personne qui n’en a jamais lue. On apprécie sans doute différemment un poème selon qu’on a un certain bagage littéraire ou non mais il n’y a aucune impossibilité à aimer la poésie sans diplôme de métrique. Je passe sur la parenthèse finale très condescendante qui signe définitivement l’appréciation de spécialiste qui veut défendre son précarré.

        • #123006 Répondre
          tttt
          Invité

          on peut apprécier la poésie sans métrique à condition de lire de la poésie qui ne soit pas métrique (ex : le spleen de paris, qui est, comme tu le remarqueras, le premier recueil que je conseille) ; c’est un peu comme si, avant de lire un roman, on ne savait pas qu’il fallait le lire de gauche à droite

          + tu ne soulèves pas vraiment ce que je dis, je ne vois pas où je parle de « diplôme », plutôt d’un « petit bagage », je crois qu’on peut faire ça sans passer par de la pure théorie, mais bien en se faisant la main sur les textes (ce que j’ai d’ailleurs conseillé, avec une référence)
          pour un forum qui passe son temps à parler de facture et de forme dans l’art, ça me semble bizarre de penser autrement, car lire de la poésie sans maîtriser un minimum ces règles, c’est en rester à commenter ce que raconte le poème

          • #123014 Répondre
            Linconnu
            Invité

            J’y connais rien en poésie à part quelques classiques, mais j’ai feuilleté « Le livre du large et du long » de Laura Vazquez en librairie et j’ai trouvé assez beau les petits bouts attrapés. Je me serai presque laissé tenté mais j’ai plutôt pris un de ses romans. Voilà un extrait :

            Cliquer pour accéder à 9782364686793.pdf

    • #123007 Répondre
      tttt
      Invité

      je reprends simplement une idée chère aux critiques d’ici : partir de ce qu’on a sous les yeux, en l’occurence des vers
      pourquoi cette forme particulière ? c’est qu’elle permet quelque chose, sinon on s’en passerait : comment le vers change mon rapport à la langue ? aux mots ? pourquoi le mot « beauté » placé à la césure me fait plus d’effet qu’ailleurs ? pourquoi lire comme ça
      directement tu montes sur tes grands chevaux en parlant de diplôme, tu te braques ; il me semble qu’il est à la hauteur de tout le monde qui prétende lire de la poésie (versifiée) d’apprendre ce qu’est une césure, une coupe, un enjambement, une rime. Lisant de la poésie, il vient forcément un moment où on reste bloqué sur la forme si on n’en passe pas par cet apprentissage (très rapide)

      • #123010 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @tttt
        Quelles sont les poètes que tu aimes? Et les poétesses

        • #123012 Répondre
          tttt
          Invité

          beaucoup de choses, je n’ai pas tellement le souvenir d’avoir détesté un recueil, mais si je pense aux choses lues ces dernières années (en essayant de mettre un peu de tout) : Louise Labé (puisqu’il faut des poétesses, et j’ajouterai Valérie Rouzeau pr nos contemporains), Hocquard & les objectivistes américains qui sont une découverte très joyeuse de ces dernières années, baudelaire, du bellay, desnos …

          on verra qu’il n’y a pas que là des poètes nécessitant une thèse en métrique ! encore heureux

          • #123013 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Merci tttt!
            Si et seulement si tu veux partager quelques poèmes ou juste un, ici dans le fil Poèmes 3, n’hésite pas

            • #123015 Répondre
              Alain m
              Invité

              tttt
              J’avoue que j’ignore ce que sont une césure, une coupe, un enjambement, une rime riche ou pauvre, pour la prose le bilan est tout aussi catastrophique tout comme j’ignore le solfège et suis incapable de distinguer un sol d’un ré. J’imagine bien que ces manques portent préjudice à mes plaisirs de lecteur et d’auditeur mais enfin les transports sont bien là quand même.

              • #123024 Répondre
                Claire N
                Invité

                Dans les détectives sauvages de Bolaño
                Nombreux sont les poètes nommés
                Et j’ai par ailleurs souvenir de deux passages où il fait référence au langage propre dédié à l’anatomie poétique
                – le premier dans le club de poésie : c’est un club avec un professeur, il faut bien je pense se justifier pour le maître et se distinguer pour l’élève
                Mais ce n’est pas sérieux
                – un plus tard dans la cadillac avec 3 poètes et lupo ( mon personnage féminin préféré) une prostituee en cavale avec eux
                Ils inventent un petit jeu sur la connaissance des termes du style poétique : les poètes en savent certains, pas tous et ça ne les empêche pas
                Lupo propose à son tour sa langue ; certains savent d’autres pas

                • #123127 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Le narrateur très studieux qui connaît toutes les figures de style poétiques est d’ailleurs le seul poète qui n’est pas remémoré dans la grande partie du livre.

                  • #123128 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    C’est vrai oui !

                    • #123468 Répondre
                      Tchitchikov
                      Invité

                      Lupe, pour Guadalupe. Fille de joie très téméraire, pour sûr.

                      • #123469 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        C’est dans ce passage que sourd, si je me souviens bien, l’excellente devinette sur les mexicains vus du haut avec un sombrero. J’en pouvais plus de rire. Comme souvent dans ce livre économie de moyens et grand effet. C’est le rien, le détail qui fait rire et déroute.

                      • #123470 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Oh ! Oui ça me dit quelque chose
                        Si tu peux la retrouver ça me ferait grand plaisir

                      • #123472 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Facile à retrouver, il y a un cercle avec un point au centre qui représente le sombrero et par métonymie le mexicain. Mais je peux citer le passage si tu veux. Qui me semble suivre cette fameuse conversation autour de la poésie et puis des expressions populaires que Lupe s’enorgueillit de connaître . Mais je me trompe peut-être ; je vais vérifier.

                      • #123476 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Au temps pour moi, pas le même passage. Celui sur le sombrero est pp. 798-802. Alors que celui sur la poésie est plutôt au début.

                        « Pour égayer le voyage je me suis mis à faire des dessins qui sont des énigmes qu’on m’avait apprises à l’école, il y a des siècles. Bien qu’ici il n’y ait pas de charros. Ici personne ne porte de sombrero charro. Ici il n’y a que des déserts et des villages qui ont l’air de mirages et des collines pelées. » Suivent les dessins : « Un Mexicain vu d’en haut. » ; « Un Mexicain en train de fumer la pipe, a dit Lupe. » ; » Un Mexicain sur un tricycle. » ; « Cinq Mexicains en train de pisser dans un pot de chambre. » etc.

                      • #123494 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Non tu as raison le passage donc je parlais est juste en amont p 693 les devinettes du 2 janvier
                        Et merci oui le mexicain qui fait du ski c’est mon préféré, la oú je commence à comprendre tout le potentiel du jeu

                      • #123495 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Je vais raconter ma vie mais petite j’avais inventé
                        Un jeu d’écriture pour mon journal intime, oú toutes les lettres étaient vues d’en haut
                        – un trait pour un aplat
                        – une boule pour une jonction
                        C’était drôle aussi

                      • #123502 Répondre
                        Tchitchikov
                        Invité

                        Ah j’aime beaucoup le Mexicain qui fait frire un œuf aussi.

                      • #124235 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        moi c’est celui qui fait du kayak

              • #123538 Répondre
                graindorge
                Invité

                @Alain M
                pareil! Merci Alain M pour tes partages de poèmes

    • #123011 Répondre
      trou du cul
      Invité

      bof la poésie
      heureusement qu’est arrivé le rock toussa pour la remplacer

    • #124232 Répondre
      Rachel Rochat-Mano
      Invité

      Bonjour,
      je ne sais pas s’il est possible de faire une recherche sur le site pour voir si un sujet a été traité.
      Je souhaiterais connaître votre avis sur « la maison vide  » de Mauvignier.
      Merci

      • #124236 Répondre
        MA
        Invité

        Je suis en plein dedans, au milieu de ma lecture. Difficile de le lâcher. Très prenant pour l’instant avec une écriture fluide je trouve.

      • #124323 Répondre
        Luc
        Invité

        Commencé tout juste « Dans la foule  » de lui.
        Pour ne pas commencer par le pavé de la maison vide

    • #124245 Répondre
      Rachel
      Invité

      Merci pour ton retour,
      Oui, le roman nous tient de bout en bout. J’ai trouvé la démarche intéressante : comment, à partir de quelques éléments, on parvient à se construire un roman familial. Je trouve que Mauvignier met bien en lumière les déterminismes. En ce moment je lis Kolkhoze, je trouve les deux textes proches, mais traités de manière totalement différente voire opposée : Carrère s’appuie sur un nombre important d’archives, le récit est saturé d’informations et Mauvignier invente à partir de quelques éléments, on est vraiment dans la fiction. Dans les deux cas, le déterminisme est au cœur des textes. Je découvre Mauvignier je trouve qu’il fait un très beau travail sur la construction du récit et sur la langue.

      • #124246 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Pas encore lu mais je le ferai
        Je ne suis vraiment pas fan de la phrase de Mauvignier, mais je sens que ce livre est intéressant.

      • #124319 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je suis en train également. Des hommes m’était tombé des bras, mais j’ai également été happé par La maison vide — lu la première page et pas pu m’empêcher de continuer. La fluidité du texte m’impressionne. Et contrairement à Carrère qui résume en vrac les données amassées par son père, Mauvignier fait du récit.

        • #124320 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          *tombé des mains
          même s’il a plutôt
          glissé

          • #125176 Répondre
            MA
            Invité

            Enfin termine, avec regrets aussi que cela se termine. Contente qu’il ait le prix.

            • #125185 Répondre
              begaudeau
              Invité

              Envie de le lire celui ci

    • #124260 Répondre
      Christophe M
      Invité

      Tony, je me permets, si tu ne l’as pas déjà lu, de te signaler le dernier Maria Pourchet : outre sa phrase, à son meilleur, les Vosges y sont très justement présentes. Si je n’avais pas peur des clichés, je pourrais dire entre fascination et répulsion (ça vaut bien mieux que ça). Toi qui comme elle y a grandi et les a quittées, tu pourrais t’y retrouver.

      • #124262 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Christophe, je crois que tu exposes Tony à un petit agacement à la lecture si tu omets de lui dire que 75% du livre se passe à Paris, alors que quelques pages seulement s’enfoncent dans la forêt des vosges, sous l’égide d’un notoire faits divers local.

        • #124544 Répondre
          Christophe M
          Invité

          C’est vrai que Michelle a du mal à y revenir.
          L’évènement climatique, passé complétement sous les radars de la presse nationale contrairement au fait divers, a fortement et durablement marqué les Vosgiens ; ça parlera sûrement à Tony.

      • #124263 Répondre
        Alphonse
        Invité

        On peut ajouter, au chapitre Vosges, Pierrick Bailli. Et Aux animaux la guerre, le premier roman paru de Nicolas Mathieu.

        • #124330 Répondre
          Oscar
          Invité

          Claudie Hunzinger surtout

      • #124271 Répondre
        Tony
        Invité

        Merci Christophe M, j’avoue ne jamais avoir rien lu de Maria Pourchet et tu me rends curieux d’en savoir plus,ce que tu dis sur la fascination/répulsion m’intéresse d’autant plus que c’est ce que j’éprouve aussi,je vais me le procurer et je t’en dirais quelques mots quand je l’aurai lu.

        • #124542 Répondre
          Christophe M
          Invité

          Avec joie.

          • #124545 Répondre
            Tony
            Invité

            Je viens de le commencer et j’aime beaucoup le ton humoristique, c’est très marrant, merci encore,j’y reviendrai quand je l’aurai fini.

    • #124267 Répondre
      Alphonse
      Invité

      Je lis Soixante quinze fantômes (choses vues), de Quintane. Qui me semble être une forme radicalisée des Psychologies de Bégaudeau. Des situations qui sautent au visage, sans le calme dépliage du petit bouquin d’Amsterdam. On y comprend parfois goutte – comme dans la vie, ponctua ma copine.

      • #124340 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Petit bouquin toi même
        Oui je lirai le Quintane.

        • #124529 Répondre
          Alphonse
          Invité

          Rarement insulte m’aura tant réjoui.
          Pour la peine, un extrait.
          « L’été s’achève en douce en septembre. C’est en garant mon vélo avant d’entrer au bahut que je la revois [la montagne] : elle est grise. Monte une bouffée, un rappel, un rappel d’ambiance, celle de juin, et qui couve à l’année depuis des années, qu’elle porte là, sur son visage gris. Le vrai visage de l’époque (me dis-je).
          Cependant l’été peut être beau, un bel été, un été pluvieux, vert, un été beau, agréable, doux, un doux bel été. L’été doux et beau sur, ou dessus, ou par-dessus, ou simultané, ou concomitant avec la période grise, notre période, et que si e ne l’avais pas revue, et frappée par son gris, je l’aurais peut-être, qui sait, oubliée (mise de côté) dans les remonte-pentes, les sandwiches, les piscines, les étoiles et les courgettes.
          Admettons : c’est la reprise. Autrefois nous aurions dit ça ; c’est la couleur de la reprise, la douche froide, l’enclume administrative qu’on te balance, ta face changée en tronche. Or ce n’est pas localisé mais général, temporel mais sempiternel. Ce n’est pas qu’elle a mal au foie ou aux reins, qu’elle regrette les vacances, que son chat est malade ou que son plombier ne répond pas, c’est qu’elle incarne (carnation).
          Mais qui le voit ? Qui est prévenu ? Combien ? La moitié de la ville, en même temps qu’elle, court. Et les pauvres rampent dans les cailloux. »
          (chapitre 23. Elle est grise, pp. 67-68).

          • #125184 Répondre
            begaudeau
            Invité

            J’ai écouté Quintane en parler chez Lundi soir. Pas sur de bien comprendre la démarche. Mais je retrouve sa langue

    • #124334 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      Je n’ai lu que Continuer de Mauvignier, je n’ai ni aimé son écriture lourde et pleine de bons sentiments en plus d’une histoire invraisemblable.
      Un livre Mauvais et Niais ( pas mieux).
      Je lirai toutefois La maison vide, vous m’avez donné envie.

    • #124425 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      J’ai lu… Chien 51. J’essaie de garder bien séparés mes avis sur le livre et le film. J’ai vu ce dernier dans un second temps puis écouté le TVB, sur lequel j’aimerais revenir plus tard. Les grandes différences de scénario entre le livre et le film peuvent avoir un intérêt au vu du film, donc je résume (spoil alert).
      .
      Futur semi-lointain mais indéterminé : il y a privatisation des nations. De grandes sociétés comme GoldTex achètent et revendent des pays existants pour user de leur territoire pour leur développement, créant ainsi des mouvements de population et des révoltes. Zem (G. Lellouche) était un activiste d’un groupe d’insurgé opposé au rachat de la Grèce par GoldTex mais s’est fait pincer, et a dû balancer ses collègues pour sauver sa copine (la fin du livre montrera que ça n’était pas tout à fait ça mais peu importe). Il a ensuite été recruté comme « Chien » matricule 51 dans la Police de Magnapole, la grande capitale de GoldTex, pour sauver sa peau. Magnapole est divisée en trois zones (comme dans le film). La Police est notamment en lutte contre le groupe Break Walls, anarchistes qui souhaitent balayer le système des zones et sont menés (!) par un ancien homme politique de la zone 1 (!), John Mafram (Louis Garrel) Interviennent des meurtres mystérieux qui semblent entretenir un rapport avec un système de greffe futuriste en théorie réservé aux riches, Eternytox, qui prolonge l’espérance de vie. Zem, qui ne rêve que de sa Grèce passée, se retrouve forcé à enquêter avec Salia (A. Exarchopoulos). Il se trouve que ces meurtres sont en fait liés à une guerre politique entre deux dirigeants de haut rang (zone 1) qui sont des adversaires en pleine campagne élective. L’un, issu originellement de la zone 3, veut salir l’autre car le second a en fait perpétué un système sordide : le gagnant annuel d’un célèbre tirage au sort (Destiny) se voit accordé une greffe Eternytox malgré son appartenance à la zone 3, manœuvre au but caché qui est de pratiquer des tests médicaux pour fiabiliser les greffons à destination des riches. Mafram était suspecté mais n’est en fait pas l’auteur des meurtres. Zem découvre que l’un des hommes des deux politiciens en lutte, mêlé aux meurtres, est celui qui l’a fait arrêter à l’époque en Grèce. Il pète un plomb et le tue. Salia se fait lobotomiser par un autre type mêlé à l’affaire, via un système qui innonde le cerveau d’images atroces. Zem la recueille, elle est très mal en point. Elle récupère très lentement. Au milieu de propos incohérents elle l’invite à se confier entièrement à elle. Il lui raconte toute sa vie et ses blessures, puis il se suicide.
      .
      Mon idée totalement piffométrique était : le livre sera bien et pas le film. Je n’ai pas trouvé le film bon mais le livre ne l’est pas non plus, peut être même moins. Contrairement à ce que peut laisser penser le résumé-synopsis, le cadre dystopique reste très superficiel. La division stricte en zones sociales n’a rien d’original (c’est un poncif, qui plus est pas traité ici de façon intéressante) et cette histoire de privatisation des nations est si peu exploitée qu’en réalité les différences avec un univers national dystopique « standard » sont quasi inexistantes (ce qui en soi pourrait être intéressant, mais c’est purement une remarque personnelle et non quelque chose pris en charge par le texte même). Seule originalité là-dessus, même si lourdement expliquée dans un second temps : le mot « cilarié », mélange de « salarié » et de « citoyen ». L’hyper-technologisme — y compris un dôme climatique sur la zone 1 et 2 pour protéger des tempêtes et pluies acides— est en fait peu mobilisée et pas disséqué. La boboïtude des déconnectés de la zone 2 (et 1) est soulignée (restos végé, desserts chiadés). Zem rumine très souvent son identité grecque. Le pouvoir à Magnapole organise un Love Day où tout le monde se déguise fait la fête et baise dans tous les sens. Un pouvoir dont les rouages, dont on sait à quel point même dans une société dictatoriale réelle ils sont fins et retors, ne sont pas vraiment traités.

      Le problème peut être principal — mais qui au fond découle aussi des faiblesses précédentes, affaire de poule et d’œuf — est peut-être la « phrase ». J’ai pris très peu de plaisir à lire le livre y compris en ce sens. Pour être honnête il y a quelques vibrations intéressantes du récit et de situations dans le dernier tiers/quart du livre (le chapitre le plus original est peut-être le 34ème, sur 39). Il y a aussi un peu d’imprévu dans un dialogue avec Mafram. Mais dans l’ensemble j’ai trouvé la phrase très, très peu dense. Ni puissamment descriptive de la matière, des lieux ou des corps, ni vraiment psychologue non plus. Ni logorrhéique ni condensée. Une déception, donc.
      .
      « Il reste silencieux, incline la tête pour contempler le visage du mort, bouche et yeux grands ouverts. C’est un homme, caucasien, proche de la cinquantaine. Il sent une émotion étrange monter en lui. Ce pourrait être moi. Il ne sait pas pourquoi il pense cela. C’est ridicule. Et pourtant, il regarde attentivement le visage et n’ose pas encore se pencher sur lui. Que craint-il? Il ne saurait le dire. Mais c’est comme si le cadavre allait l’appeler, lui demander de s’approcher et lorsqu’il sera tout près, l’implorer de faire un serment, comme ils le font tous, le vieux serment qui exige qu’on cherche la vérité et qu’on trouve le tueur. Sparak hésite. Quelque chose en lui ne veut pas. Comme si cet homme, allongé dans la boue, n’était pas un cadavre mais un guide, l’invitant à emprunter un chemin qui ne pourra que le perdre. »

      • #124467 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Gaudé nous sert une littérature emphatique-essentialiste à la sauce Antique depuis trente ans. Longtemps que j’ai démissionné.

        • #124559 Répondre
          tttt
          Invité

          jamais lu Gaudé
          mais la sauce antique et emphatique-essentialiste ça me fait penser à Mouwad (que j’aime plutôt parfois) qui lui a été adapté par Villeneuve
          Bref utilité zéro de ce message à part demander aux sitistes leur avis sur W Mouawad dont on a assez peu parlé ici

    • #124567 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      J’ai lu Gaudé sur les conseils d’amies militantes sur la question des réfugiés des migrants, je pense qu’il est très apprécié ici. Je ne suis jamais rentrée dans les bouquins que j’ai pu lire, ça ne m’a absolument pas touché, voir même un peu agacé sur le côté folklorique exotique de  » l’étranger « . Et son écriture trop emphatique lisse métaphorique m’a laissée à distance.
      Mouawad , c’est différent pour moi.
      J’ai lu les Chroniques du confinement et surtout Anima un livre surprenant, une chasse à l’homme, suite au meurtre de sa femme, un homme part à sa recherche, dans les reserves américaines.avec des renversements de point de vues animalier et humains.
      Une ambiance très fort, les souvenirs d’un roman à tendance anthropologique.
      Incendies c’est une pièce de théâtre, sans grand souvenir, Aïe !

      • #124602 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Je veux bien tenter une défense un peu désespérée du style Laurent Gaudet, oui c’est emphatique mais il le fait avec beaucoup d’aplomb ce qui fait que je peux l’apprécier. Le côté essentialiste là je ne vois pas ?
        Je n’en n’ai lu que trois :
        – Eldorado (son plus connu ?) sur un commandant de frégate (Salvatore) qui récupère des migrants en mer, et finit par en avoir ras-le-bol, j’avais beaucoup aimé
        – Écoutez nos défaites, là on est dans du très lourd : un agent des services secrets français a rendez-vous avec un agent américain, entre temps il retrouve une femme avec qui il passe une dernière nuit, et là – roulement de tambours – le roman parvient à caser le général Grant qui fait face aux confédérés, Sélassié face aux Italiens, et Hannibal. Alors oui ça sort les cuivres et timbales, mais parfois on a envie de laisser libre cours à sa fibre emphatique et pousser le volume sur Mahler. Et puis il y a un certain panache à oser convoquer dans un roman ces grosses figures historiques.
        – La mort du roi Tsongor – là je suis passé à côté.
        .
        Quelques extraits d’Eldorado pour se faire une idée :
        « Lorsque les marins italiens montèrent à bord, munis de puissantes lampes torches dont ils balayaient le pont, ils furent face à un amas d’hommes en péril, déshydratés, épuisés par le froid, la faim et les embruns. Il se souvenait encore de cette forêt de têtes immobiles. Les rescapés ne marquèrent aucune joie, aucune peur, aucun soulagement. II n’y avait que le silence, entrecoupé parfois par le bruit des cordes qui dansaient au rythme du roulis. La misère était là, face à lui. Il se souvenait d’avoir essayé de les compter ou du moins de prendre la mesure de leur nombre, mais il n’y parvint pas. Il y en avait partout. Tous tournés vers lui. Avec ce même regard qui semblait dire qu’ils avaient déjà traversé trop de cauchemars pour pouvoir être sauvés tout à fait. Ils firent monter à bord chacun d’entre eux. Cela prit du temps. Il fallut les aider à se lever. À marcher. Certains étaient trop faibles et nécessitaient qu’on les porte. Une fois à bord, ils distribuèrent des couvertures et des boissons chaudes. Ce jour-là, ils les sauvèrent d’une mort lente et certaine, Mais ces hommes et femmnes étaient allés trop loin dans le dégoût et l’épuisement. Il n’y avait plus rien à fêter. Pas même leur sauvetage. IIs étaient au-delà de ça. » / « Il n’était plus personne. Il se sentait heureux. Comme il est doux de n’être rien. Rien d’autre qu’un homme de plus, un pauvre homme de plus sur la route de l’Eldorado. »
        .
        Donc oui ce n’est pas léger (aucune joie, aucune peur, aucun soulagement / mort lente et certaine) mais parfois la vie n’est pas légère, Gaudé non plus, et il n’a pas peur du ridicule, ce qui pour moi sauve sa phrase.

        • #124605 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Tu vois, quand j’ai lu la toute première phrase de ta citation j’ai eu cette impression de n’avoir lu aucun équivalent ou presque dans Chien 51. Phrase tout à fait simple mais bien rythmée par son incise sur les lampes torches, qui donne du mouvement, ainsi que par sa chute.
          .
          Pour le reste je retrouve certains parallèles, peut-être moins appuyés. Je cite un autre passage de Chien 51 que j’ai retrouvé sur le net :

          « Le passage dans le tunnel n’a pas d’importance. Se mettre à quatre pattes à certains endroits ou s’arrêter soudainement de bouger parce que le type devant moi a entendu un bruit et veut vérifier que ce n’est pas dangereux de poursuivre, non plus. Rien ne m’affecte. Je suis Ira Cuprack. Je vais d’une zone à l’autre. Les réflexions grivoises du passeur, la main qu’il ose parfois et qui s’arrête sur mes fesses comme si le fait de me faire passer d’un monde à l’autre l’autorisait à prélever un échantillon de ce que je vais offrir là-bas, n’ont pas d’importance. Je continue. Je sais vers quoi je vais. Une fois le tunnel passé, il y a cette nuit qui débute et qui est à moi. »

          Les passages sur Ira sont les plus forcés. On sent que c’est volontaire mais le reste du livre ne plaide pas trop en sa faveur. Après tout, sur le principe, c’est une très bonne chose de ce mettre à écrire très différemment selon les personnages, de les mimer (jusque dans le discours indirect libre). Tout le monde ne fait pas ça (trop peu le font?). Mais je n’ai pas tant l’impression que c’est ce que déploie Gaudé. La même chose se retrouve un peu partout et je n’aime pas vraiment, voire parfois pas du tout.

          • #124607 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            se mettre*

            • #124615 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Une chose est sure, c’est que ce monsieur n’écrit pas du tout à l’oreille. Je dirais meme qu’il manque cruellement d’oreille.

              • #124616 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                « s’arrêter soudainement de bouger »
                se figer, Laurent, c’était vraiment pas jouable?
                s’immobiliser?
                ou au bas mot nous épargner un adverbe
                car s’arreter de bouger, se figer, s’immobiliser, ce ne peut être que soudainement
                lis un peu ce que tu écris, Laurent
                sois un meilleur lecteur de ta prose

                • #124627 Répondre
                  Alphonse
                  Invité

                  Me suis fait un peu la même remarque avec « munis de puissantes lampes torches dont ils balayaient le pont » : trop de mots pour dire très peu de chose.
                  Ne pas avoir peur du ridicule, soit. Mais avoir peur du cliché est chose saine. Or le paragraphe que tu cites en est plein, soit qu’il s’agisse de lieux communs (« mort lente et certaine »), soit qu’il s’agisse de phrases archétypales (« II n’y avait que le silence, entrecoupé parfois … »). On a l’impression qu’il a pas grand chose à dire. Ou que ce qu’il peut faire avec ce qu’il a à dire occupe trois lignes.
                  On aurait envie de lui conseiller de faire trois bonnes lignes plutôt que vingt niaises.
                  En revanche, « Chien 51 » : ce titre me plait beaucoup. On pourrait même imaginer un pastiche qui s’appellerait « Tortue 72 ».

                  • #124634 Répondre
                    I.G.Y
                    Invité

                    C’est effectivement ce que j’appelais plus haut un manque de « densité ». Cela dit la phrase que tu re-cites au début ne me choque toujours pas. Bien sûr on pourrait encore compresser. Je ne dis pas que c’est une « grande phrase ». Mais elle dépeint avec une certaine fluidité un action concrète qui s’étend dans le temps comme dans l’espace, nous donne un jeu dynamique de lumière puis une courte description physiologique. On trouverait à mon avis des équivalents légèrement remaniés de ce genre de phrases dans d’excellents livres.

                    D’accord sur le manque « d’oreille », qui me saute aux yeux. Mais c’est encore plus subjectif et d’autant plus dur à argumenter. A ce sujet je repense à Thomas Bernhard, dont la phrase est incomparablement meilleure mais rude à l’oreille dans mon souvenir — mais l’effet stylistique est réel, ferme. Sans doute spécialement chez lui faut-il prendre les phrases dans leur ensemble. Hypothèse à vérifier.

                    • #124636 Répondre
                      Alphonse
                      Invité

                      « On trouverait à mon avis des équivalents légèrement remaniés de ce genre de phrases dans d’excellents livres. »
                      Sans doute. Mais les excellents livres ne se jugent pas qu’à la phrase, non ? A quoi d’autre, d’ailleurs ?

                      • #124637 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        « Mais les excellents livres ne se jugent pas qu’à la phrase, non ? ». Nous sommes d’accord — surtout pas à une phrase isolée du reste.

                  • #124635 Répondre
                    Dr Xavier
                    Invité

                    Certes, mais 3 bonnes lignes au lieu de 20 longues, est-ce qu’on ne loupe pas le glauque de la scène ?
                    Et puis les bons clichés c’est comme les vieilles marmites, on y fait aussi de bonnes soupes.
                    On ne pourra pas dire que je n’ai pas essayé de défendre une cause perdue.

                    • #124638 Répondre
                      I.G.Y
                      Invité

                      Ça se défend. Mon seul « contre-argument » renverrait à nouveau à Bernhard, qui en matière de glauque et de répétitions (à savoir, en soi, une non-condensation) en tient une grosse couche.

                      • #124669 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Chez Bernardt c’est la répétition même assumée, poussée au point de rupture, qui fait style.
                        Les répétitions de Gaudé sont d’un autre ordre, elles ne sont pas le repassage musical d’une même phrase. Elles sont une pure et simple lourdeur – issue de cette sensation-conviction de Gaudé que le style se gagne par accumulation de mots.

                      • #124670 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        En résume Gaudé n’arrivera pas plus à écrire un bon livre que je n’arriverai un jour à écrire correctement Bernartte

                      • #124674 Répondre
                        ,
                        Invité

                        @IGY Je n’ai que ce petit extrait de Gaudé sous les yeux, mais je ne saisis pas bien le rapport avec Thomas Bernhard. Je trouve Bernhard très musical. La répétition chez lui est musicale, c’est un mouvement de phrase ou de pensée qui se déploie, se déplie ( et se creuse et se développe et s’amende et se radicalise et) un peu comme un fugue, avec de menue variations, et s’il y a répétition, c’est parce qu’il y a fixation sur des mots / des objets de pensée précis, ceux-là et pas d’autres, et il faudrait que je retourne voir mais je crois que ça n’exclut pas des points de densité, des moments quasi aphoristiques, d’une pensée qui cherche son point d’extrémité pour mieux le renverser.

                      • #124675 Répondre
                        ,
                        Invité

                        oups pardon pour la redite

                      • #124682 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Je ne dis sûrement pas que leurs modes de répétition ou de sonorité sont équivalents, je l’ai souligné, mais je voulais dire que la phrase de Bernhard m’a parue plus d’une fois (dans les deux que j’ai lus : Oui et Le Souffle) très rude à l’oreille et (de fait) répétitive. Je me souviens avoir été très perturbé en le découvrant. Et une fois habitué la puissance de son style ne m’a pas paru relever du musical — dans les deux livres cités, plutôt un style solidaire de la maladie (et vice-versa?). C’est sans doute là, sur la « musicalité », qu’est notre différence d’appréciation. Il faudrait que je me replonge dedans voire que je re-cite des passages pour réévaluer.

                        Quant au fait que sa phrase n’exclut pas des points de densité, on est d’accord, je n’ai pas dit le contraire. Je prenais juste deux points : rudesse à l’oreille, et certains procédés qui de fait très régulièrement décondensent.

                    • #124641 Répondre
                      Alphonse
                      Invité

                      « les bons clichés c’est comme les vieilles marmites, on y fait aussi de bonnes soupes » Dans mon expérience de lecture, c’est rédhibitoire. J’y vois, sans doute à tort, une paresse, une paresse de penser et d’invention, une paresse de sentir. Autant ne pas écrire, me dis-je, dans ces cas là.
                      Mais je te donne raison : Laurent Gaudé fait sans doute de la bonne soupe, guère plus. Je ne sais néanmoins pas si on peut s’en nourrir …

                    • #124743 Répondre
                      Stéphanie
                      Invité

                      Rire
                      Une Cause perdue dans laquelle il ne sera jamais publié.

                • #124656 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Bon je me place un peu dans l’équipe avocat du diable
                  – la référence à l’oreille c’est très juste
                  – mais peut etre la référence visuelle avec changement de point de vue ?
                  Il arrête de bouger
                  Et on adopte après la virgule un autre «  plan « 
                  Plus centré sur le visage ?
                  C’est pas forcément plus économe certes
                  Mais c’est peu etre sa façon ? Un peu «  hyperkinetique »? Paradoxalement

                  • #124657 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Mais là je crois que personne ne va me confier une défense après ça – c’est traître

                    • #124671 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      rire
                      mais oui si un jour la police financière découvre tous mes délits d’initiés je songerai à un autre avocat que toi

                      • #124694 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires – cependant ne pas me choisir pourrait paraître louche depuis que nous avons cette preuve écrite

    • #124697 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Surtout qu’ on a appris que tous nos messages étaient passés au peigne fin d’un outil nommé chatgpt. Ils sont décortiqués,et nous avec bien sûr, et gardés à jamais. Et moi qui croyait qu’ici on y respirait un petit air de liberté, de poésie, de chansonnettes! Ben il paraît que non: surveillés, jugés, classés, casés et pas par un outil de gauche radicale

      • #124699 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        J’ajoute que de toutes façons on est tous surveillés, tout le temps. C’est juste pas la peine d’en rajouter ici.

    • #124713 Répondre
      ,
      Invité

      @ IGY, je n’ai pas lu ces deux romans, j’ai lu davantage ses nouvelles et son théâtre, en romans j’ai lu Extinction et Corrections. Il faudrait voir ce qu’on entend par musicalité. Musicalité n’est peut-être pas incompatible avec rudesse. Musique ne veut peut-être pas forcément dire coulant, doux.
      Là ce que j’ai sous la main c’est une lecture d’extraits par Podalydès : <https://www.youtube.com/watch?v=wD19XbVRNQ4&gt;
      Si tu as le temps d’aller voir, à partir de 20:46 « En tant qu’administrateur de l’asile », je trouve que petit à petit apparaît ce qui me semble musical et qui fonctionne beaucoup sur la répétition de segments comme ceux-ci : « pendant le petit déjeuner » … « et comment » … « et pendant » … « avec une intensité croissante » … « et entre »… . Même chose dans l’extrait d’Extinction (vers la minute 39) avec « ai-je dit à Gambetti ». Ou dans Maîtres anciens (vers la minute 53) avec « par sa femme », « par lui-même ». C’est tout bête ce procédé comique de répétition mais ça crée un rythme, une cadence je trouve, un peu comme des vagues successives.
      Ça m’intéresserait de savoir ce qui t’a paru rude à l’oreille. Peut-être les nombreuses incises, qui sont quand mêmes moins habituelles en français qu’en allemand ? Moi sur le plan oreille je ne me sens pas malmenée par ces phrases, je me sens plutôt emportée. Il y a du heurt, des renversements, presque du sabotage par endroits mais je sens que c’est voulu, maîtrisé. J’entends cette tension-là dans l’extrait de Trois jours : « Rien de plus faux que de terminer réellement ce qu’on appelle un chapitre et rien de plus faux que d’écrire un livre jusqu’au bout. » C’est une phrase qui s’annule presque elle-même du fait de son côté clos, définitif, péremptoire. Annulation qui se confirme avec l’excès de la conclusion : « De même dans les rapports avec autrui, mieux vaut rompre brutalement ». J’ai l’impression que Bernhard joue beaucoup avec ça, la difficulté de concilier la maîtrise, qui pousse fatalement sa logique-mécanique-musique à l’excès, et le vrai, qui sans cesse lui échappe.

      • #124731 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        « Il faudrait voir ce qu’on entend par musicalité. Musicalité n’est peut-être pas incompatible avec rudesse » : hehe, je m’attendais bien sûr à cette réponse. En soi c’est vrai, et j’apprécie moi-même quantité de musiques rudes ou peu coulantes. Il y en a d’ailleurs de ce genre que j’aime beaucoup et pour lesquelles le mot « musicalité » ne me viendrait que très tard, loin derrière le mot « rythmé » par exemple. Dans le très beau texte de ta vidéo le mot « musicalité » ne me serait pas venu tout de suite, même si celle-ci apparaît d’autant plus avec la très belle lecture de Podalydès. On retrouve un peu ce que je disais à un moment plus haut, à savoir que la phrase de Bernhard a besoin de s’installer dans le temps et est peut-être moins facilement isolable du reste pour être appréciée : il y a une rythmique qui se met en place, qui s’installe, qui progresse, qui monte et finit par quasiment relever du comique — cela ressort très bien dans la lecture de DP de ce texte précis.
        .
        Pour appuyer mon impression quant au style rude et à propos duquel le mot « musicalité » ne m’était encore jamais venu pour en décrire les qualités — sauf dans ta vidéo —, je vais citer la première phrase (je souligne) du roman Oui. C’est-à-dire de mon premier roman de Bernhard, c’est-à-dire que c’est par cette phrase que j’ai découvert Bernhard (c’est dire).
        .
        « Le Suisse et sa compagne s’étaient présentés chez l’agent immobilier Moritz juste au moment où, pour la première fois, non seulement j’essayais de lui faire entrevoir, et, pour finir, de lui exposer scientifiquement, les symptômes d’altération de ma santé affective et mentale, mais où j’avais justement fait irruption chez Moritz – qui était sans doute à ce moment-là l’être dont je me sentais le plus proche – pour lui déballer tout à trac et sans le moindre ménagement la face cachée, pas seulement entamée, mais déjà totalement dévastée par la maladie, de mon existence, qu’il ne connaissait jusque-là que par une face externe pas trop irritante et donc nullement inquiétante pour lui, ne pouvant par là que l’épouvanter et le choquer, ne serait-ce que par la soudaine brutalité de l’expérience à laquelle je me livrais, du fait que cet après-midi-là, sans crier gare, je découvrais et dévoilais complètement tout ce que, en dix ans de relations et d’amitié avec lui, je lui avais caché, tout ce que, finalement, peu à peu j’avais cherché à lui dissimuler avec une ingéniosité méticuleuse et calculatrice, tout ce que, sans relâche et sans faiblesse envers moi-même, je lui avais soigneusement voilé pour qu’il ne puisse rien découvrir de mon existence, aussi tout cela l’avait choqué au plus haut point, le Moritz, mais son épouvante n’avait en rien freiné le mécanisme maintenant impétueusement lancé de mes révélations, naturellement influencé par les conditions atmosphériques, et, peu à peu, comme si je n’avais pu faire autrement, j’avais découvert tout ce qui me concernait devant un Moritz complètement pris au dépourvu, cet après-midi-là, par mon traquenard mental, j’avais découvert tout ce qu’il y avait à découvrir, j’avais dévoilé tout ce qu’il y avait à dévoiler ; pendant toute cette scène, je me tenais comme toujours à la place du coin près de la porte d’entrée, en face des deux fenêtres, dans le bureau de Moritz, que j’appelais la pièce aux classeurs, pendant que Moritz, on était déjà fin octobre, était assis en face de moi dans son paletot d’hiver gris souris, ayant peut-être déjà trop bu à ce moment-là, je n’ai pas pu m’en assurer dans l’obscurité qui gagnait ; je ne l’avais pas quitté un instant des yeux, et, alors que je n’avais plus mis les pieds chez Moritz depuis des semaines, alors que, depuis des semaines, je n’avais plus eu d’autre ressource que moi seul, c’est-à-dire ma tête à moi et mon corps à moi, et que j’avais passé dans la plus intense concentration à propos de tout un temps beaucoup trop long pour qu’il ne m’ait pas usé les nerfs, on aurait dit que, cet après-midi-là, résolu à tout ce dont j’espérais le salut, j’avais enfin surgi hors de ma maison humide et froide et sombre, à travers la forêt étouffante et serrée, et m’étais précipité sur Moritz, à la fois victime et sauveteur, bien décidé – je me l’étais promis pendant le trajet jusque chez lui – à ne plus le lâcher sans l’avoir accablé de mes révélations et de mes griefs à vrai dire assez déplacés, ni avant d’avoir atteint un degré tolérable de soulagement, et donc, avant de lui en avoir découvert et dévoilé le plus possible sur mon existence, que je lui avais soigneusement dissimulée pendant toutes ces années. »

        (j’ai dû télécharger un .epub pour la copier-coller)

        J’ai déjà lu des écrivains aux phrases immenses, mais celle là est je trouve d’une rudesse assez particulière. Et c’est loin d’être la seule — elles ne sont pas toutes aussi longues.

        • #124782 Répondre
          ,
          Invité

          Merci ! C’est un passage typique de Bernhard je trouve. On est peut-être pas d’accord sur musical mais sur rythmé ? Pour la question de la rudesse, je ne ressens pas la répétition comme une lourdeur mais comme un affinage, et comme l’a noté François je ressens que c’est assumé. Chez Gaudé, il faudrait voir si ce qui nous gêne à l’oreille est voulu, si ça apporte quelque chose, ou si c’est le signe d’un manque d’attention à la forme.
          Dans ce passage, s’il y a rudesse, ce serait peut-être parce que ça commence d’une façon qui semble faite exprès pour nous désorienter avec « le Suisse et sa compagne » qu’à peine rencontrés nous perdons déjà de vue. Ça me fait penser à l’extrait des Trois jours où Bernhard dit vouloir que ses textes commencent dans l’obscurité. On ne sait pas encore où sont les nœuds, les pivots, les éléments auxquels s’accrocher. L’unité-phrase à laquelle on est habituée n’est pas là, est devenue autre chose, il faut repérer différemment les unités de sens. Les répétitions finissent par aider, mais il y a comme une petite gymnastique mentale à mettre en place. Il y a aussi quelque chose qui me semble venir de la syntaxe allemande, qui produit une impression d’écartèlement en français : «  la face cachée, pas seulement entamée, mais déjà totalement dévastée par la maladie, de mon existence ».
          Pour le côté rythmique, une fois les repères pris, je trouve qu’il apparaît très clairement, toujours grâce au répétitions-variations. Je vais essayer de mettre en évidence ce sur quoi on pourrait s’appuyer pour une lecture à la Podalydès (je pense que tu l’as déjà repéré, c’est juste pour le plaisir de le noter).

          • #124785 Répondre
            ,
            Invité

            Le Suisse et sa compagne s’étaient présentés chez l’agent immobilier Moritz juste au moment où, pour la première fois, non seulement j’essayais de lui faire entrevoir, et, pour finir, de lui exposer scientifiquement, les symptômes d’altération de ma santé affective et mentale, mais où J’AVAIS JUSTEMENT FAIT IRRUPTION CHEZ MORITZ – qui était sans doute à ce moment-là l’être dont je me sentais le plus proche – POUR LUI DEBALLER tout à trac et sans le moindre ménagement LA FACE CACHEE, pas seulement entamée, mais déjà totalement dévastée par la maladie, DE MON EXISTENCE, qu’il ne connaissait jusque-là que par une face externe pas trop irritante et donc nullement inquiétante pour lui, NE POUVANT PAR LA QUE L’EPOUVANTER ET LE CHOQUER, ne serait-ce que par la soudaine brutalité de l’expérience à laquelle je me livrais, du fait que cet après-midi-là, sans crier gare, je découvrais et dévoilais complètement tout ce que, en dix ans de relations et d’amitié avec lui, je lui avais caché, tout ce que, finalement, peu à peu j’avais cherché à lui dissimuler avec une ingéniosité méticuleuse et calculatrice, tout ce que, sans relâche et sans faiblesse envers moi-même, je lui avais soigneusement voilé pour qu’il ne puisse rien découvrir de mon existence, AUSSI TOUT CELA L’AVAIT CHOQUE au plus haut point, le Moritz, mais son épouvante n’avait en rien freiné le mécanisme maintenant impétueusement lancé de mes révélations, naturellement influencé par les conditions atmosphériques, et, peu à peu, comme si je n’avais pu faire autrement, j’avais découvert tout ce qui me concernait devant un Moritz complètement pris au dépourvu, cet après-midi-là, par mon traquenard mental, j’avais découvert tout ce qu’il y avait à découvrir, j’avais dévoilé tout ce qu’il y avait à dévoiler ;

          • #124786 Répondre
            ,
            Invité

            pendant toute cette scène, je me tenais comme toujours à la place du coin près de la porte d’entrée, en face des deux fenêtres, dans le bureau de Moritz, que j’appelais la pièce aux classeurs, pendant que Moritz, on était déjà fin octobre, était assis en face de moi dans son paletot d’hiver gris souris, ayant peut-être déjà trop bu à ce moment-là, je n’ai pas pu m’en assurer dans l’obscurité qui gagnait ;

          • #124788 Répondre
            ,
            Invité

            je ne l’avais pas quitté un instant des yeux, et, alors que je n’avais plus mis les pieds chez Moritz depuis des semaines, alors que, depuis des semaines, je n’avais plus eu d’autre ressource que moi seul, c’est-à-dire ma tête à moi et mon corps à moi, et que j’avais passé dans la plus intense concentration à propos de tout un temps beaucoup trop long pour qu’il ne m’ait pas usé les nerfs, on aurait dit que, cet après-midi-là, résolu à tout ce dont j’espérais le salut, j’avais enfin surgi hors de ma maison humide et froide et sombre, à travers la forêt étouffante et serrée, et m’étais précipité sur Moritz, à la fois victime et sauveteur, bien décidé – je me l’étais promis pendant le trajet jusque chez lui – à ne plus le lâcher sans l’avoir accablé de mes révélations et de mes griefs à vrai dire assez déplacés, ni avant d’avoir atteint un degré tolérable de soulagement, et donc, avant de lui en avoir découvert et dévoilé le plus possible sur mon existence, que je lui avais soigneusement dissimulée pendant toutes ces années.

            • #124851 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              Je n’utilise pas « rude » comme synonyme d’une lourdeur mauvaise et surtout non-intentionnelle. J’ai comme toi souligné que cette forme répétitive et heurtée me paraît très intentionnelle, je suis d’accord. Solidaire d’un style comme disait quelqu’un. Je trouve qu’il y a une « rudesse » au sens où la phrase demande un effort assez conséquent, et un effort d’un type particulier que je ne retrouve pas chez tous les écrivais qui usent longues phrases : les heurts ne sont pas seulement des pauses, des inserts rythmiques pour mieux repartir, des manières d’affiner un détail ou une impression (ajouts de synonymes pour décrire une même chose, ajout d’un angle différent sur la chose, etc…) avant d’aller à nouveau de l’avant, mais de vraie cassures au sein de propositions : cf. toutes les manières dont il utilise  » XXX que » suivi d’une virgule, ou les « et » entourés de deux virgules, voire « , et donc, ». Le mot « que », autant répété et surtout avant une virgule, me paraît témoigner d’une rudesse volontaire. Il y a aussi une certaine sécheresse du vocabulaire, c’est une phrase très clinique, il y a une sécheresse analytique heurtée.

              Les autres exemples de longues phrases intentionnelles, parfois heurtées, ne m’ont pas donné cette impression de rudesse (je pense à G. Bouiller dans l’Invité Mystère, E. Laurrent, E. Chevillard : je n’ai lu qu’un seul livre des deux derniers)

              • #124859 Répondre
                ,
                Invité

                Pour l’effort demandé au lecteur, quand même je suis d’accord. Il y a un art de la complication, presque de l’embrouille, à force d’accumulations, de précisions qui tiennent les propositions et le sens en suspens. Le tout dans une ossature analytique, je suis d’accord aussi. Simplement, comme ça fonctionne tout du long comme ça, au bout d’un moment je le ressens comme une musique. Point sans doute subjectif et difficile à argumenter comme tu l’as souligné. Peut-être que ce n’est pas le bon mot. Peut-être que j’aurais juste dû me contenter de dire style. C’est vrai que ce serait intéressant de comparer avec d’autres auteurs dans un style approchant. Je ne connais pas encore ceux que tu cites, je les note. Merci pour tes précisions en tout cas.

                • #124884 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  Oui, le fait que je ne mette pas le mot « musicalité » là dessus reste très subjectif. En tout cas c’est bien vrai qu’une fois installé dans cette phrase, on se prend au jeu.

                  Merci de même, notamment pour la découverte de cette lecture de Podalydès, à laquelle je jetterai sans doute à nouveau une oreille.

    • #124744 Répondre
      Stéphanie
      Invité

      La petite dernière de Fatima Daas.
      Lu rapidement certainement à cause ou grâce à sa forme et son style, bref, fluide, vif.
      Je suis assez mitigée.
      Cette insistance en début de chapitre de se nommer , que j’appellerai une ritournelle identitaire ( à mettre en lien avec la pratique des prières ?) ne m’a pas touchée, voire lassée.
      Beaucoup de répétitions, de questionnements en boucles. Certainement voulu mais qui m’ont laissée souvent à côté.
      Par contre, de tres beaux passages sur ses séjours en Algérie où j’ai trouvé une écriture plus forte
      émotionnellement, où on sent les tiraillements, l’entre
      deux , pays, cultures, traditions.

      Le film de HH est très différent, je n’ai pas cherché de lien car je crois avoir compris que c’était une très libre adaptation.

    • #124895 Répondre
      Jules
      Invité

      J’ai lu et adoré, sur base des recommandations de la GO, « Dans la ville » et « Le témoin ». J’ai aimé leur écriture, que j’ai trouvé agréable à lire et bien écrit. Le ‘sujet’ m’intéressait aussi. Je cherche des livres dans le même genre : des recommandations ?
      P.S : pas les livres de François ; je ne les ai pas encore tous lus, j’y suis presque (#team le moindre mal et Amour), mais je les connais :p

      • #124900 Répondre
        stephanie
        Invité

        Vous pouvez continuer avec les livres de Maria Pourchet, Julia Deck critiqués sur la GO et Nina Leger.

        • #124902 Répondre
          Jeanne
          Invité

          Je n’ai pas réussi à retrouver ici ce qui s’est dit sur le dernier Maria Pourchet, dommage.
          Avec « Tressaillir  » je suis à la fois réjouie et mitigée.
          Je me réjouis de la licence que l’autrice s’octroie. Elle s’autorise une espèce de recherche stylistique à chaque ligne, tout semble neuf, tout semble singulier, on la voit se surprendre elle-même et nous surprendre, c’est bien.
          Mais :
          .
          1. Je trouve cette licence parfois excessive Par-ci par-là les choses dérapent et je n’ai plus envie de suivre, la phrase ne fait plus sens pour moi.
          Exemple (je cite de tête car le livre est reparti d’où il était venu: à la médiathèque):
          Dans un passage, la narratrice explique qu’il y a tellement peu de marches à monter pour arriver à sa porte qu’elle a l’impression, les franchissant, de descendre et non pas de monter. La lectrice que je suis, munie d’une oreille interne et d’un vague sens de l’espace, rejette la proposition.
          La licence stylistique ou poétique n’est pas grand chose (une babiole de littérateur) si elle n’est pas inféodée à deux trois contraintes du réel, à deux trois données de la condition humaine. Si?
          .
          2. L’intrigue psychanalytique de ce roman m’apparaît comme stéréotypée et peu réaliste. Comme le disait Arnaud Viviant au Masque.
          .
          Mitigée.

          • #125186 Répondre
            begaudeau
            Invité

            c’est très juste ce que tu dis sur son stylisme, en bien comme en moins bien

            • #125191 Répondre
              Jeanne
              Invité

              @François
              ah voilà

          • #125193 Répondre
            Ema
            Invité

            Le passage des marches que tu cites est effectivement un bel exemple de proposition insolite qui ne vaut que pour l’insolite, puisqu’en effet je conçois mal quelle impression même fugace puisse opérer un tel renversement. Je tâtonne encore un peu dans mes goûts littéraires mais je commence à comprendre qu’il me plait qu’une idée ou tournure de phrase singulière révèle une étrangeté, mais pas qu’elle la fabrique. Donc oui de la vraisemblance toujours, même dans l’étrange. Fil ténu, ça prend une fois sur deux j’imagine. Peut-être que certains auteurs prennent tellement goût à cette loterie expérimentale qu’ils poussent la démarche jusqu’à ne plus trier.
            J’ai quand même l’intention de lire Tressaillir mais je pressens que si ce type d’occurence stylistique se produit beaucoup çà risque de me laisser un peu en dehors. On verra.

            • #125211 Répondre
              Jeanne
              Invité

              Oui Ema, c’est tout à fait ça.
              Révéler une étrangeté et non pas la fabriquer. Être au courant que l’ordinaire est tissé d’étrangeté. Ou que les humains sont capables de vivre des trucs complètement dingues (la maltraitance, la guerre) comme si c’était une chose ordinaire.
              Les auteurs qui cherchent l’insolite pour l’insolite révèlent à mes yeux une incroyable cécité à ce qui est (à savoir : déjà insolite).
              .
              Mais pardon, je m’éloigne un peu.
              Bonne lecture et dis-nous.

              • #125217 Répondre
                Ema
                Invité

                Merci Jeanne

                • #125218 Répondre
                  begaudeau
                  Invité

                  Je garde aussi dans ma besace  » révèle une étrangeté, mais pas qu’elle la fabrique. « 

                  • #125232 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    C’est très inégal en effet et au fond assez anodin, heureusement il y a de la drôlerie,une écriture qui n’a pas peur d’être triviale et crue tout en étant capable d’être littéraire aussi dans des pages assez belles, principalement celles qui concernent le paysage vosgien,sur le récit en lui-même on est un peu sceptique,que le petit Gregory soit le refoulé à l’origine de la peur,de l’angoisse,de la fuite est un peu tiré par les cheveux,refouler un fait divers qui n’a jamais quitté l’actualité est peu crédible, qu’une génération en ait été traumatisée me paraît invraisemblable,le jeu psychanalytique est amusant mais c’est vrai que les ficelles sont un peu grosses,bref ça se finit en bluette,on l’avait vu venir.

                    • #125237 Répondre
                      Jeanne
                      Invité

                      Oui elle tenait la possibilité de passer au crible une relation où la dimension affective est à moitié libre à moitié empêchée : une relation patient- thérapeute, où l’éthique professionnelle du thérapeute est censée lui interdire une virée vers l’histoire d’amour, Pourchet tenait ce petit drame intime et surmontable de l’impossibilité (au moins éthique) de vivre une histoire d’amour avec sa patiente (/ avec son thérapeute) et elle n’en a rien fait.
                      Dommage.
                      Mais encore une fois, Tressaillir reste un bon livre hein.
                      J’ai suffisamment l’expérience de mauvais livres, dernièrement, pour le dire.

      • #124925 Répondre
        Fati
        Invité

        J’ai aussi beaucoup aimé ces deux romans, après avoir lu « le témoin » de Joy Sorman, j’ai voulu continuer à découvrir l’auteure, je me suis procurée « Comme une bête » (que je n’ai pas encore eu le temps de lire) et « A la folie » qui est tout aussi génial que « le témoin », ça raconte le quotidien dans un hôpital psychiatrique, pour écrire le livre Joy Sorman y a passé de longs moments en immersion. C’est un récit très réaliste et comme dans le témoin le point de vue est très réaliste et non conformiste.

        • #124928 Répondre
          Claire N
          Invité

          En plus des excellentes recommandations de Fati et Stephanie ; je t’orienterai bien vers
          – walabi d’Antoine Philias
          – je ne suis pas une libellule de Gwenael David
          Et un peu plus largement vers les auteurs de causes perdu
          D’après ce que je saisis de ton goût

          • #124929 Répondre
            Claire N
            Invité

            D’ailleurs je replace ici le texte de présentation de «  cause perdue « 
            « Littérature / Politique
            Y a quoi dans ce slash ? Une opposition ? un versus ? Une dialectique ? Une complémentarité ? Un soutien mutuel ? Une solidarité ? Un commerce amoureux ? Une copulation?
            Comment la littérature peut-elle participer à l’effort politique sans se renier comme littérature, sans se subordonner à la cause ? Comment peut-on faire politiquement de la littérature ? A quoi ressemblerait une politique de la littérature ?
            Nous ne créons pas Cause perdue parce que nous avons la réponse mais pour faire vivre ces questions. Car à ces questions il n’est de réponse qu’au cas par cas, livre après livre, dans le vif du texte. « 
            Parce que ta question de goût, repose celle qui n’a pas de réponse – mais qui a un «  vif « 

            • #124930 Répondre
              Décroissant
              Invité

              « Toute litterature est une propagande. »

              Paul Nizan.

              « Tout art est l’expression consciente ou pas, de la classe mentale de son auteur. »

              Décroissant.

              • #125039 Répondre
                begaudeau
                Invité

                « « Toute litterature est une propagande. »
                Séduisante formule – mais surtout séduisante pour qui ne pratique pas la littérature.
                Nizan, grand individu qui n’a pas écrit de grands livres, n’est pas parole d’évangile
                Je rectifie donc : Toute litterature est une propagande, mais n’est pas réductible la propagande qu’elle contient. Et même: la littérature, par où elle est de la littérature, est le contraire de la propagande. En somme : un livre peut contenir de la propagande, mais ce n’est pas par là qu’il relève de la littérature.

                « Tout art est l’expression consciente ou pas, de la classe mentale de son auteur. »
                Si on veut, mais c’est ne rien dire de l’art que d’en dire cela.

                On persistera donc dans le mulisme : pourquoi donc les politimanes continuent à statuer sur un truc, l’art, dont ils n’ont de tout évidence rien à foutre?
                Ne pourraient ils pas foutre la paix à l’art et aller s’occuper d’Elon Musk?

            • #124933 Répondre
              ^^
              Invité

              L’abord est très pédagogique.

          • #124966 Répondre
            Jules
            Invité

            Merci à toutes et tous pour vos reco ! 🙂

            • #124976 Répondre
              Jean Marie
              Invité

              Je te conseille les livres de François Beaune (Calamity Gwenn, La profondeur de l’eau, Omar et Greg, Une vie de Gérard en occident) , de Pierrick Bailly (L’homme des bois, Le roman de Jim), de Florence Aubenas (L’inconnu de la poste, Ouistreham), de Julia Deck (Ann d’Angleterre), les carnets de Pierre Bergounioux, les autres livres de Joy (tu peux commencer par A la folie). Si tu as aimé lire Sorman et Fiabane, tout ça devrait te plaire, tout est à fleur de réel

              • #125036 Répondre
                begaudeau
                Invité

                François Beaune qui bientot publiera chez Cause perdue

              • #127192 Répondre
                Jules
                Invité

                Merci pour la reco, je viens de finir Omar et Greg, que j’ai bien aimé. Passionnant de lire, sans jugement ni mépris, deux personnes se raconter (avec leurs incohérences, leurs manières d’être, leur vocabulaire). Ca m’a donné envie de lire d’autres livres de Beaune (et donc le prochain chez Cause perdue).

                • #127199 Répondre
                  begaudeau
                  Invité

                  ….qui s’appellera La banalité du bien (avril)
                  en attendant tu peux enchainer avec Une vie de Gerard en Occident
                  tu y apprendras de quel bois sont faits les Vendéens, les vrais, les valeureux

                  • #127209 Répondre
                    graindorge
                    Invité

                    François Beaune

                    • #127210 Répondre
                      graindorge
                      Invité

                      ça fait plaisir des gens comme ça

                    • #127211 Répondre
                      Jules
                      Invité

                      Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la reco lue ici ! Top. Si j’étais flagorneur, je dirais que ses initiales sont prometteuses.

                  • #127227 Répondre
                    Billy
                    Invité

                    Titre génial
                    On espère que tous les fans de Hannah Arendt se rueront sur ce texte

                    • #127231 Répondre
                      begaudeau
                      Invité

                      comme lecteur fan d’Arendt heidegger nous suffirait

      • #124965 Répondre
        Jules
        Invité

        Je me rends compte que mon message peut paraître un peu déplacé/abrupt (« pas les livres de François »). Mon intention initiale était de préciser que je n’ignorais pas que François écrivait des livres agréables à lire et bien écrit, à certains égards ressemblant aux livres mentionnés. D’ailleurs mon prochain Begaudeau sera Molécules, que je n’ai pas encore lu ! (Ma cruauté m’intimide pour le moment, je ne sais pas pq)

    • #124934 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Déjà recommandé dans ce fil où dans recos de bouquins
      Lézardes de Hélène Frédérick aux Éditions Verticales

    • #124935 Répondre
      Carpentier
      Invité

      ….. Il faisait encore nuit, nous roulions depuis une heure et, cette fois, tout le long d’un bois que nous traversions, de grands feux de sauvages s’élevaient. On aurait cru des tribus venant d’apprendre la présence d’un tigre dans le voisinage: c’étaient des Parisiens qui, devant ces braseros, attendaient le passage des ‘ géants de la route ‘ .
      À la lisière du bois, il y avait une vieille dame grelottant dans son manteau de petit-gris et un gentleman en chapeau claque. Il était trois heures trente-cinq du matin. / ….

      33, Les forçats de la route – Albert Londres –
      … Sauvages, tribus, Parisiens … ouaip

      • #124938 Répondre
        Carpentier
        Invité

        p.33, Chapitre, Le départ (Le Havre, 22 juin 1924):

        … Le jour se lève et permet de voir clairement que, cette nuit, les Français ne sont pas couchés; toute la province est sur les portes et en bigoudis.
        Les coureurs rament toujours. Le numéro 307 est le premier qui se ressente d’inquiétudes de l’estomac. Il tire une miche d’une besace à lie de vin et dévore à grandes dents.
        – Mange pas de pain ! lui crie un initié, ça gonfle, mange du riz !

        Se ressentir d’inquiétudes de l’estomac: so charming .

    • #124936 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      L’Adieu au visage » de David Deneufgermain aux Éditions Marchialy. Le livre a été sélectionné pour le Prix Goncourt 2025.  Une entrée lui est dédié dans ce forum.
      Tu écris: françoisbegaudeau.fr L’Adieu au visage

    • #124990 Répondre
      stephanie
      Invité

      J’ai découvert Antoine Mouton au festival d’ Aurillac l’été dernier, le texte de son livre Nom d’un animal a été adapté sur scène (théâtre danse)
      Je lis actuellement son livre qui est une merveille , une réflexion poétique et critique sur le travail, des témoignages et paroles entendues sur le travail qui en font une réflexion à la fois drôle et hautement politique.
      On pense à Quintane dans la prose et le style.
      Il y a aussi beaucoup de pudeur et tendresse lorsque j’ai pu l’aborder.
      Je partage quelques extraits :

      « je cherche un travail lent qui prend son temps
      qui prend son temps mais pas le mien »

      « si j’avais soulevé le mot travail, j’aurai trouvé mon père, mon père vivait sous le travail.
      Quand il rentrait à la maison, on ne le voyait pas, on ne voyait que le travail
      la souffrance du
      la fatigue du
      l’aliénation du  »

       » Steve Jobs en français ça donnerait
      Stéphane Petits-Travaux  »

      A la belle édition : La contre Allée .

    • #125012 Répondre
      Etienne
      Invité

      Fini Saint Luigi, le titre était trompeur.

      • #125019 Répondre
        Pierre EUGÈNE
        Invité

        Bonjour Étienne,
        Tu peux nous en dire plus ?

        • #125031 Répondre
          Etienne
          Invité

          C est plus un livre sur la violence ( celle du capitalisme et celles et ceux qui s’y opposent) que sur le personnage médiatique qui a le nom de l ouvrage.
          Le lire en lien avec cyberpunk est un plus je crois.
          Je m attele maintenant à lire technopolitique toujours d asma mhalla autrice de cyberpunk.
          Faut être radical ou monter en radicalité face au capitalisme. Ca me fait penser au dialogue entre begaudeau et cohen dans c dans l air sur la violence.
          Séquence devenue culte

          • #125037 Répondre
            begaudeau
            Invité

            … et qu’il était absolument nécessaire de réévoquer, des fois qu’elle aurait échappé à quelqu’un en papouasie
            séquence de 54 secondes qui suffit à épuiser le thème de la violence en politique, et rend par exemple superflu le texte « Combien de divisions », republié récemment dans Interlope, qui a en plus le gros défaut de rudoyer la gauche et non pas un journaliste télé fabriqué en usine pour servir de punching ball aux aigres

    • #125021 Répondre
      Alphonse
      Invité

      Je suis en train de lire Fantastique histoire d’amour de Sophie Divry. J’en attendais beaucoup : j’ai de l’estime pour La Condition pavillonnaire et pour les autres livres d’elle – notamment Quand le diable sortit de la salle de bains, très riche, dans la veine de Diderot ou Sterne, roman foutraque et qui pourtant se tient. C’est pas une grande stylite, son travail n’est pas là, mais elle fabrique des textes qui m’ont toujours intéressé.
      Et là, consternation. Un récit convenu, porté par des phrases ultra convenues, sans distance vis à vis de ce convenu, qui me lasse et me navre.
      D’où cette question : suis-je en train de passer à côté de quelque chose ? Est-ce que je continue ou je reste sur ce constat que ce livre est mauvais ?

      • #125032 Répondre
        Jeanne
        Invité

        @Alphonse
        Comme toi j’ai aimé Divry et ai été déçue par celui-là. (Qui ne me semble pas non plus une catastrophe).
        Moi je pense que Divry a voulu faire un texte grand public et qu’elle s’est pris les pieds dans ce tapis.

        Même parcours déceptif avec Lydie Salvayre. Portrait à l’encre noire (son dernier texte) me tombe des mains quelque effort que je fasse, eu égard à la passion que je portais jadis au travail de cette autrice, pour m’y intéresser.

        • #125034 Répondre
          Jeanne
          Invité

          (Pardon pour l’emphase).

          • #125038 Répondre
            begaudeau
            Invité

            Je crois que vous avez tout dit
            Mais on restera attentif au travail de la camarade Divry

      • #125188 Répondre
        Cedric
        Invité

        Mauvais je ne sais pas mais une bien petite chose oui et très décevant après La condition pavillonnaire que j’avais adoré.

    • #125103 Répondre
      stephanie
      Invité
    • #125231 Répondre
      Edgar
      Invité

      J’ai lu il y a peu de temps “Haut le coeur” de Jun Takami, roman de 1960, qui suit l’itinéraire d’un militant anarchiste dans le Japon des années 20/30 qui bascule alors dans le nationalisme. On voit bien comment le personnage se fait happer par l’histoire qui se réalise, et comment toute tentative de révolte dans le cadre de cette époque se corrompt et le porte à sa perte.

      Très interessant, et on y apprend des choses comme aurait dit ma grand-mère.

      • #125562 Répondre
        begaudeau
        Invité

        on dirait du Drieu

    • #125238 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Ce livre-ci n’est pas littéraire mais je visibilise ici.
      **************
      Stand out of our light » de James Williams, 2018
      Je ne sais pas si il a été traduit en français.
      Sorti en Espagne en 2021 :
      » Clics contra la humanidad »
      Libertad y resistencia en la era de la distracción tecnológica »
      James Williams a travaillé 10 ans chez Google où il s’est distingué comme l’un des stratèges les plus talentueux. Il a reçu la plus importante reconnaissance de la compagnie : le Founders Award.
      Ayant pris conscience de l’impact négatif de la technologie digitale sur les usagers, il abandonne Google pour aller étudier à l’ Université de Oxford. Il en sort avec un Doctorat en Philosophie et en Éthique de la Technologie.
      Williams est co-fondateur, avec Tristan Harris, de l’organisation Time Well Spent ( l’actuel Center for Humane Technology), qui plaide, prône une technologie moins invasive et plus respectueuse des personnes.
      Il est actuellement chercheur au Centre Uehiro d’éthique Pratique de Oxford et consultant technologique. Il écrit régulièrement dans l’Observer
      et Wired.
      *******
      À la page 86, il nous reporte une expérimentation de » contagion émotionnelle » organisée en 2014 par Facebook et une équipe de chercheurs de l’université de Cornell.
      » Sur un échantillon de 700000 personnes, pendant une semaine, on réduisait le nombre de messages négatifs ou positifs afin d’identifier les traces de contagion émotionnelle. L’équipe a découvert que lorsque les usagers lisaient moins de messages négatifs, leurs propres messages contenaient un pourcentage moindre de mots négatifs. Idem pour les mots et messages positifs. Bien que minime quantativement, l’effet persuasif du contenu émotionnel des messages des usagers était indéniable.
      L’expérimentation en a conduit plus d’un à s’interroger sur les procédés éthiques de celle-ci, mais la majeure partie des objections qu’elle a suscitées se basait sur la manipulation des usagers par Facebook.
      Clay Johnson, fondateur de l’entreprise de marketing politique Blue State Digital pense que » l’expérimentation de « transmission de colère » sur Facebook est terrifiante. »
      ****
      Plus loin…
      » Au delà des protestations, est passé inaperçue le fait que Facebook se serait décidé *enfin à étudier les effets positifs ou négatifs sur les émotions des usagers, ce qui apparemment ne lui était jamais passé par l’esprit jusque là.
      C’est précisément ce genre d’étude qui permettrait au public de dire » bon, ok, maintenant on sait que vous pouvez mesurer ces choses, alors, svp, commencez à les utiliser pour notre bénéfice! ». Mais comme d’habitude, cette réponse possible à été tue par la propre dynamique de l’économie de l’attention. »
      *******
      De la quatrième de couverture, je traduis aussi:
      – » Comment pouvons-nous défendre notre autonomie et notre capacité de réflexion, tout ce qui nous permet de » vouloir ce que nous voulons vouloir » au lieu de vouloir ce qu’ils veulent que nous voulions ?
      – Avec un pied dans la Grèce ancienne et l’autre dans la Silicon Valley, » Stand out of our light » éclaire un des problèmes les plus urgents de notre temps.
      – Des mécanismes minent la volonté humaine, leurs effets peuvent être irréversibles si nous n’agissons pas à temps.
      – Pour James Williams » la libération de l’attention humaine est peut-être la lutte éthique et politique de notre temps. »

    • #125464 Répondre
      perove
      Invité

      Est-ce qu’on accorde un peu d’interet à l’oeuvre de Tao Lin ici ?

      • #125471 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Seulement lu son premier

        • #125520 Répondre
          perove
          Invité

          T’en a pensé quoi ?

          Je lis son dernier là « Taipei » que Bret E.E qualifie comme plus grand styliste de sa génération ou qq chose comme ça…

          J’ai mis un peu de temps à rentrer dans sa prose torturée/superficielle + bcp d’effet par endroits, mais il me semble ne pas avoir lu une aussi belle scène de psychotropes depuis longtemps ; déambulation sous LSD au Whole Food puis ça continue dans le jaccuzzi d’un fan timide qui lui est sous excitant, et les différents effets (si subtils) des substances sont si finements écrits que ça m’a laissé un peu niais..

          On dit souvent que le cul est difficile à écrire, mais il ne me semble pas grand-chose à côté d’un trip psyché

          bref je vous le recommande mes chers sististes

          T’en as pensé quoi ?

          Je lis son dernier, Taipei, que Bret E E qualifie de « plus grand styliste de sa génération » ou quelque chose dans le genre…

          J’ai mis un peu de temps à entrer dans sa prose, torturée-superficielle, hipstero-geek avec parfois trop d’effets — mais je crois n’avoir pas lu depuis longtemps une scène de psychotropes aussi belle : une déambulation sous LSD dans un Whole Foods où ils cherchent à découper une noix de coco, puis ça continue dans le jacuzzi d’un fan timide, sous excitants. Les différents effets (si subtils) des substances sont rendus avec une finesse désarmante ; j’en suis resté un peu niais.

          On dit souvent que le cul est difficile à écrire, mais ça me semble bien peu à côté d’un trip psyché.

          Bref, je vous le recommande, mes chers sististes.

          • #125521 Répondre
            perove
            Invité

            oups

            • #125561 Répondre
              begaudeau
              Invité

              j’avais aimé le premier, une sorte de love story par textos et courriels (on était vers 2010)
              tu donnes envie de lire le nouveau

    • #125652 Répondre
      Etienne
      Invité

      Je voudrais découvrir Guillaume dustan cela fait des années que son visage me hante pour je ne sais quelle raison. Quels livres me recommandiez vous ? J ai souvenir d une trilogie ?

      • #125711 Répondre
        perove
        Invité

        probablement l’auteur le plus important pour moi…

        GD m’a tellement débridé politiquement..

        Je te conseille de commencer par Oeuvres II chez POL, tu pourras revenir à oeuvre I sans problème, mais oeuvre II pour le découvrir c’est le must

        • #126020 Répondre
          begaudeau
          Invité

          même recommandation
          de toute façon l’oeuvre de Dustan est brève, comme fut sa vie, a fortiori sa vie d’écrivain

        • #135817 Répondre
          Etienne
          Invité

          J’ai commandé œuvres 1 et 2.
          J ai lu œuvres 1 ( d une traite quasiment)pour l instant .
          Sublime !!! Du cul, de la drogue, de la musique et du sm.
          Je vais lire le 2 ce week-end et je ferais une critique ensuite.

    • #126019 Répondre
      Delphine
      Invité

      Je commence à lire « Interlope », et je trouve que la préface de l’éditeur est bien tournée pour rendre compte de ce qui fait la particularité des écrits de François, attirant ainsi son lectorat, leur force étant qu’ils évoquent tout simplement la vie, alliant crudité / cruauté et tendresse, telle qu’elle apparaît dans le quotidien de chacun.

      « Les livres de Bégaudeau ont cette façon déstabilisante de se glisser dans nos vies. » […] Être un lecteur jaloux, c’est ça : rire trop fort d’une phrase qui nous dévoile sans pudeur, ou râler en silence en se demandant pourquoi on a l’impression de se voir dans un miroir, là où on aurait préféré rester incognito. » : II est vrai que François dépeint si précisément le réel que certains éléments, qui nous étaient passés inaperçus, nous sautent soudainement aux yeux, certains d’entre eux nous sortant parfois même du déni quand, par exemple, il s’agit de situations ou d’observations que l’on occulte sciemment parce que on les trouve trop embarrassantes (je dois bien avouer que c’est vrai, mais ça ne m’arrange pas).

      Comme indiqué dans la préface, je suis d’accord que les textes de François ne laissent pas indifférents. Tour à tour, ils éblouissent par leur majestuosite (style d’écriture), dérangent (le lecteur étant poussé dans ses retranchements), amusent, voire font rire aux éclats (l’humour étant souvent présent de manière subtile, même quand François aborde des sujets sérieux, qui fâchent ou qui l’agacent).

      A la fin de la préface, le terme « autobiographie » peut surprendre, mais ce doit être une façon de l’éditeur de mettre en évidence la justesse des écrits de François, ce qui constitue le côté talentueux et original de son style d’écriture.

      • #126021 Répondre
        begaudeau
        Invité

        c’est une préface de lecteur, tissé d’impressions de lecture
        ces éditeurs là sont de vrais littéraires – le texte est constitué comme central, comme l’épreuve entre toutes (comme la polysémie du mot l’indique)

      • #126027 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @Delphine
        aucune obligation de réponse
        Tu le lis en version papier ou numérique ?

        • #126032 Répondre
          Delphine
          Invité

          Je le lis en version papier, comme tous les livres que je lis. Je ne me verrais pas lire un livre en version numérique. Par exemple, les liseuses ne m’intéressent pas, sauf si un jour il n’y a plus le choix. En dehors des livres, je ne suis pourtant pas papier. Mais j’aime bien le côté tourner les pages d’un livre, revenir éventuellement en arrière. Mais je lis souvent les extraits de livres que je trouve sur Internet à l’écran. Je trouve que la concentration / l’attention portée à un écrit est plus grande sur papier. Il est vrai que certains livres papier ne sont pas toujours disponibles partout, ce qui a été le cas pour « Interlope ». Pour les Parisiens, il y a la Librairie des Nouveautés, vers République, qui permet de se procurer facilement les livres sortant des grands romans d’actualité. Par exemple, on peut trouver les livres de Cause perdue, à leur sortie. J’y ai facilement trouvé « Je suis une libellule », alors que, par l’intermédiaire d’une librairie généraliste de ma ville, j’avais eu du mal à trouver « La vie d’Abdele » et « Toledo 6.55 am » (longs délais de commande).

          • #126042 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Merci Delphine
            Une dernière
            « alors que, par l’intermédiaire d’une librairie généraliste de ma ville, j’avais eu du mal à trouver « La vie d’Abdele » et « Toledo 6.55 am » (longs délais de commande). » Longs délais de commande: combien de temps et pourquoi?

            • #126054 Répondre
              Delphine
              Invité

              La libraire m’avait indiqué que les délais seraient longs, concernant les livres de Cause Perdue, parce qu’il s’agissait d’un petit réseau de distribution (Serendip). De mémoire, j’ai attendu plus d’un mois, parce que la libraire avait du mal à rentrer en contact avec le distributeur pour suivre la commande, m’a-t-elle dit. J’avais précédemment commandé par son intermédiaire « A Brest », que j’avais obtenu en deux semaines. Il y aurait l’option FNAC, mais j’ai l’impression que l’idéal est de faire travailler des libraires indépendants pour obtenir des livres spécifiques. Et j’aime bien ce côté permettre à des libraires indépendants de travailler, parce qu’ils mettent souvent en avant des livres ou des maisons d’édition moins connues mais qui gagnent à être promues.

              • #126129 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                « Il y aurait l’option FNAC, mais j’ai l’impression que l’idéal est de faire travailler des libraires indépendants pour obtenir des livres spécifiques. Et j’aime bien ce côté permettre à des libraires indépendants de travailler, parce qu’ils mettent souvent en avant des livres ou des maisons d’édition moins connues mais qui gagnent à être promues. »🍀

    • #126058 Répondre
      Delphine
      Invité

      Concernant « Interlope » – Préface de l’auteur :

      « On a pensé à toi pour un livre contre Macron. »
      Je ne l’ai pas lu, mais je pense que cela fait référence à « Histoire de ta bêtise », même si l’intention du livre semble plutôt de viser une bourgeoisie à plus grande échelle (électorat de Macron étendu). Cela renverrait à l’enrolement un peu aléatoire de toutes sortes (travaux littéraires variés). En pensant au retentissement de « Histoire de ta bêtise », cela pourrait rejoindre les « emmerdes qui commencent » (« Interlope », « La mouche des fruits », page 21).

      @François : Bien que les sujets d’actualité t’intéressent eprouves-tu au départ une certaine réticence avant d’accepter des thèmes qui pourraient faire polémique parce que renvoyant à une actualité trop chaude ? D’autre part, suite à la baisse de cote du texte, trouves-tu que les commandes de livres de la part des éditeurs sont plus rares, ou alors leur contenu a-t-il changé ? Par exemple, les thèmes proposés sont-ils plus précis ou pointus (périmètre restreint auquel doit s’astreindre un auteur, ce qui peut constituer une difficulté, en fonction de l’expérience de l’écrivain) ?

      A la fin de la préface de l’auteur, j’aime bien le côté « vie souterraine », insoupçonnée par les lecteurs, qui prennent plutôt en considération les romans d’un écrivain comme principale, voire unique activité ou production, a priori.

      • #126064 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Tout dépend de ce que j’entrevois comme possibilité de texte. Sujet brulant ou pas. Si je sens qu’un texte est possible, j’y vais.
        Effectivement la commande qui a donné Histoire de ta betise était bien pauvre et platement situé, mais on m’a laissé libre de déplier plus amplement
        Pour le reste, les commandes de livres se font rares. On sait pourquoi.

        • #126165 Répondre
          Ostros
          Invité

          Permanence d’Occident est passionnant de justesse
          Passionnant à lire, d’apprendre par cette synthèse très bien menée, comme une élucidation concentrée, comment ces hommes se lient, évoluent.
          Et au passage le sentiment de retrouver dans le paragraphe « assurer la continuité de l’état » des rouages à l’œuvre que j’avais vaguement perçus dans les ententes faites durant l’occupation (et après).
          Texte de 2006 ! Presque 20 ans et déjà cette acuité redoutable sur les liens entre l’extrême droite et le libéralisme. Déjà des ponts repérés dans leurs relations durant les années 70.
          C’est toujours bluffant de tomber sur un vieux texte et de constater la solidité et la pérennité de tes lignes de pensée (= éthique).

          • #126222 Répondre
            begaudeau
            Invité

            C’est la raison pour laquelle j’ai mis ce texte a priori trop circonstancié dans le recueil. J’y explorais en effet déjà ce que tu dis. Qui est à la fois un topos marxiste (capitalisme et fascisme liés) mais connaissait là, dans les années 60-70, et par exemple à travers l’anecdote de ce groupuscule, un nouage inédit, celui qui a aujourd’hui est celui du pouvoir en occident, et d’abord dans le plus grand pays dudit.

    • #126201 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Je sors de Toledo 6:55 a.m. gagné aux causes perdues.

      C’est idiot à dire mais ça n’a rien d’évident : par delà la narration elle-même et les faits racontés, ce qui surtout séduit dans ce livre est sa phrase. M’interrogeant là-dessus livre en main, je me suis rendu compte que des paragraphes entiers étaient consacrées à des actions tout à fait anodines sans que l’ennui ne fasse irruption. Ça n’est évidemment pas sans lien avec l’une des grandes qualités du livre à mon goût à savoir son humour, un humour qui n’est pas celui de l’éclat de rire ni du cul par-dessus tête, mais du décalage, de l’accumulation de petits imprévus syntaxiques ou linguistiques. Un passage que j’aime beaucoup et qui ne relève pas vraiment du registre humoristique (quoique? on pourrait le dire) tout en creusant ce sillon rapporte longuement un trajet en bus : « Certaines personnes me sont familières. Je salue d’un hochement de tête un voisin qui habite Jennings Road, une femme de ménage qui travaille dans le quartier et chez nous aussi, deux heures par semaine, uniquement pour le repassage. Je ne la vois jamais. Elle a les clés. Et notre gratitude lorsque nous enfilons chemises et pantalons dénués de plis » (p. 16). (et chez nous aussi).

      Je ne serais pas étonné qu’une étude lexicographique avec un outil dédié montre que le livre est très significativement truffé de verbes d’action au présent — y compris du « présent d’habitude » —, sujet-verbe, tac-tac : les personnages n’arrêtent pas d’agir, pour du petit rien, et voilà que Léna se lève, que Markus ouvre la porte, puis va là, untel prend un café, le bus repart, machin regarde machine qui fait trucmuche et ça n’arrête pas, le livre est une énorme somme de micro-mouvements. Ce pourrait être si chiant, or ça marche. Bien sûr toute cette simplicité apparente est portée non seulement par une phrase pas si simple, et par une structure générale tout sauf laissée au hasard, on oserait dire sophistiquée. J’ai beaucoup aimé cette sorte de forme chorale sans chœur, où chacun des individus invoqués les uns après les autres ne se rejoignent pas dans un grand ensemble vocal-narratif, ni ne participent en tant que pièce d’un puzzle finalement reconstitué. « Choral » tout court n’irait donc pas, en tout cas je n’ai pas l’impression, je me trompe peut-être.

      J’ajoute aussi un détail qui m’a beaucoup plu : cette volonté d’incarner le personnage principal par son odorat. Je m’en rends d’autant mieux compte que ça ne me serait jamais, mais alors jamais venu à l’esprit de faire ça — mon odorat est sans doute flingué, voilà à quelle conclusion matérielle me convie la lecture de ce livre. Cela m’a plus d’autant plus quand j’ai réalisé, les pages s’égrenant, que cela changeait, qu’il y avait comme une perte, une perte de plus.

      « Je lui dis volontiers et je la prends dans mes bras, haleine maltée et parfum sucré mais léger. Lequel, je ne sais pas. Petit mystère. J’étais pourtant le meilleur à ce jeu. Avant. »

      Page 121.

      • #126202 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        (il y a un « s » de trop pour un « plus » de trop, je m’emballe…)

        • #126212 Répondre
          begaudeau
          Invité

          superbe saisie stylistique
          l’autrice appréciera

          • #126213 Répondre
            begaudeau
            Invité

            vraiment tu touches (mieux que moi) le secret intangible de ce texte

      • #126283 Répondre
        Alex
        Invité

        Très envie de le lire celui-là, avec Je ne suis pas une libellule. Y’aurait pas une librairie ou un quelconque distributeur français qui serait capable de leur faire traverser l’Atlantique ?

        • #126299 Répondre
          Tof
          Invité

          Je suis dans la lecture de Je ne pas une libellule, c’est très bien. J’essaierai de mettre un petit extrait.

          • #126326 Répondre
            begaudeau
            Invité

            avec plaisir

            • #126327 Répondre
              tttt
              Invité

              vous pensez faire des éditions numériques ?

          • #126342 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            @Tof
            Si et seulement si tu veux bien, il existe une entrée/topic/fil spécifique où sont regroupés extraits et autres, vidéos, poèmes en relation avec ce livre.
            Tu écris dans Google:
            françois begaudeau.fr Je ne suis pas une libellule
            et hop, tu tombes dessus

            • #126389 Répondre
              Tof
              Invité

              Merci pour l’info, on s’absente à peine de ce forum et on passe à coté de tant de choses ! Bon je ne sais pas si j’aurai beaucoup de choses à rajouter aux louanges.

      • #126295 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci IGY , j’ai particulièrement aimé
        « forme chorale sans chœur, où chacun des individus invoqués les uns après les autres ne se rejoignent pas dans un grand ensemble vocal-narratif »
        Je le garde précieux
        Et ça m’aide aussi à penser
        les oiseaux
        Sous l’effet de la lumière
        Le matin

      • #126438 Répondre
        Mélanie
        Invité

        « une phrase pas si simple »
        Livre que j’ai beaucoup aimé lire
        Suis très d’accord avec toi I.G.Y

    • #126217 Répondre
      Branlix8
      Invité

      L’autre jour j’ai discuté avec une Polonaise vraiment cool devant le kombini jusqu’à 4h du mat en buvant des coups et en écoutant du punk (on a fini par se faire dégager, on faisait trop de bruit), elle m’a dit être fan de Hermann Hesse, du coup j’ai essayé de relire Le loup des steppes (que j’avais bien aimé quand j’étais lycéen) mais je trouve ça lourd, didactique, bêtement dualiste et un peu neuneu. Des avis sur le pépère ?

      • #126221 Répondre
        begaudeau
        Invité

        j’en pense pareil

      • #126225 Répondre
        Charles
        Invité

        Je pense que c’est en effet à réserver aux lycéens.

        • #126243 Répondre
          Tchitchikov
          Invité

          Lu deux fois étant ado. À la vingtaine j’en parlais à tout le monde avec enthousiasme. J’ai essayé de le relire et j’me suis dit que ce livre était fait pour ceux qui cherchent un maître ! Je ne crois pas que je dirais la même chose pour Narcisse et Goldmund. Faudrait que j’essaie de nouveau.

    • #126272 Répondre
      Branlix8
      Invité

      Je reste quand même amoureux de cette punk magnifique, extraordinaire mais j’entrevois d’ores et déjà des incompatibilités de fond

    • #126305 Répondre
      Claire N
      Invité

      J’essaye par le chemin des odeurs
      Dans le hall de l’hôpital, quelques mètres après l’accueil commencent les couloirs
      N sort du bureau dans l’un d’eux
      La blouse blanche accélère le pas de Mme M
      , une feuille de consultation à la main, pressée depuis le matin, elle cherche l’IRM
      N stoppe, indique et reconnaît beaucoup de mimosa – peut etre Chloe – en plus dosé que chez la jeune fille qui lui avait donné le nom
      Dans quelques minutes apres son café
      N saura que Mme M a érré dans un couloir qui n’était pas le bon .

      • #126306 Répondre
        Claire N
        Invité

        Oups pas le bon topic

    • #126381 Répondre
      Christophe M
      Invité

      Merci à Cause perdue pour l’édition de Je ne suis pas une libellule, un très grand livre.
      « Je me souviens du lien qui unissait notre file indienne silencieuse lors d’une prospection sur le Mont Saint-Rigaud, point culminant du département du Rhône. Nous cheminions dans un bois de douglas, archétype de monoculture intensive, le long d’une coupe blanche. Les unes et les uns à la suite des autres, filet sur l’épaule, peut-être étions nous sept, nous enjambions les souches et les branches au milieu de ce chantier d’arrachage méchant. Affligés nous marchions. Puis par un suintement mis à mal par les pneus des engins, dans une petite vasque de boue nous hasardâmes notre tamis et extirpâmes de cette vase acide deux larves de Cordulegaster bidentata, libellule sombre aux aspirations plus généralement tuffeuses. Le sang revint avec la fierté de notre belle observation, taillée en donnée brute et remise à la côte du marché, mais surtout avec l’euphorie sèche de trouver si forte résistance en ce lieu de destruction. De trouver monde vivant dans le monde mort. Lorsque passèrent deux libellules adultes en vol en lisière de ce champ de bataille, les battements de nos filets et nos courses hilares parmi les entrailles végétales mise à nue exprimaient la victoire de la joie sur le désastre, notre supériorité. » Lorsqu’on lit ce passage, on sait très précisément pourquoi François ne pouvait pas passer à côté.
      « la victoire de la joie sur le désastre, notre supériorité » à jeter à la face blême et triste de tous les Rigolus, Maximus, et autres Diegomaradona .

      • #126388 Répondre
        Tof
        Invité

        Le livre plaît aux Christophe donc ! Je me suis fait presque la même remarque mais sans savoir le lien qu’avait François avec le livre (dont la recommandation me vient d’une interview de je ne sais plus qui sur YT je crois) (lien que j’ai réalisé avant hier en parcourant ce thread, je ne fais pas vraiment attention aux éditeurs des livres). Je trouve qu’il y a cette dialectique toute begaldienne dans quelques-unes des « confrontations » que raconte le livre: avec le gérant du terrain de course de survivants, ou celle, silencieuse, comme sortie d’un western, avec le chasseur dans le parc de MIribel.

      • #126411 Répondre
        netflou
        Invité

        Lu en septembre, je remets encore souvent la main sur le livre pour en parcourir des fragments. Finalement, peu de textes connaissent ce destin.
        L’air de rien (c’est important), en attrapant des libellules, Gwenaël attrape des choses bien plus considérables, mais qu’il n’aurait pu attraper s’il n’avait pas commencé par attraper des libellules.

        « C’est du labeur de pénétrer dans l’image, d’y entrer. C’est de la sueur des piqûres de taons des morsures de tiques des irritations aux sucs des végétaux des apparitions fragiles de la boue des vols furtifs du bazar et des lignes floues pour ces spectacles sans garantie. »

        Style et idée se recouvrent. La phrase fait ce qu’elle dit.
        Omettre les syllabes, nous plonge dans la confusion de cette énumération d’éléments divers, réclame du lecteur un surcroît d’attention pour percevoir les différents syntagmes. Syntagmes qui se réfèrent aussi à du peu perçu, à « des apparitions fragiles ». Effort de l’attention qui est réclamé dans ce « pénétrer l’image » : si tu veux te mettre au diapason de la grande profusion du monde vivant, considérer les singularités des entités qui le peuplent, bref goûter son sel, il faudra reconfigurer tes sens émoussés par les formes hégémoniques du voir.
        Qui débouchera sur ce  » Va » .
        Donc je te rejoins, c’est un grand texte politique.
        Le problème avec Rigolus, Maximus, et autres Diegomaradona, c’est qu’ils sont bouchés.

        • #126414 Répondre
          netflou
          Invité

          littéralement bouchés

        • #126517 Répondre
          netflou
          Invité

          Dans le fatras d’une boîte à livres, je tombe sur Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal, dans son édition Verticales d’origine. Je remercie les bourgeois des centres-villes qui n’hésitent pas à sacrifier leur bibliothèque aux principes de la méthode Kondo. J’ai pris une énorme claque à la lecture des premières phrases et j’ai l’impression que, comme chez G. David, il y a cette envie de « pénétrer l’image », de saisir par le style la profusion de l’instant, la prolifération des présences humaines /non humaines, d’épuiser la perception d’un espace en captant autant le micro que le macro.

          • #126519 Répondre
            Carpentier
            Invité

            ma première fois avec elle c’est avec ce bouquin je crois bien: comme je t’envie, te jalouse même, de le découvrir.
            – bonne régalade à toi!

            • #126524 Répondre
              netflou
              Invité

              Merci
              Mais ce week-end c’est grosse régalade en tout sens. Kerangal donc, Les combattants de Calley, que je n’avais pas encore vu, et cet album de negro/ceccaldi que je viens de découvrir :

    • #126396 Répondre
      baptiste c.
      Invité

      Quelqu’un se serait-il lancé sur le Mauvignier ?
      Au passage, je suis libraire depuis quelques années mais toujours émerveillé par le pouvoir magique du bandeau rouge Goncourt sur les ventes jusqu’à présent moyennes d’un roman visiblement assez exigeant… Cet afflux massif de gens venus chercher « le Goncourt » dont la plupart ne connait en vérité ni le titre ni l’auteur ni le sujet et qui fera un parfait cadeau de Noël… Fascinant!

      • #126407 Répondre
        stephanie
        Invité

        et à la bibliothèque municipale, tous « les mauvignier » sont empruntés, l’effet kiss cool Goncourt.

        • #126408 Répondre
          Claire N
          Invité

          La question s’adresse par curiosité à tous les deux
          Quand vous êtes sollicités pour un conseil de lecture ? Comment vous y prenez vous ? Ça arrive souvent ?

          • #126413 Répondre
            stephanie
            Invité

            très intéressante ta question Claire N. merci.
            oui ça m’arrive régulièrement et c’est à la fois un casse tête et en même temps une épreuve teintée de joie je dirai.
            je suis souvent surprise des retours de lecture conseillés lorsque j’ai cru connaitre la personne. Je pensais qu’untel aimerait forcement ce bouquin et puis non ! les livres sont ils de bons « critères » pour mieux connaitre les gens ?
            dernièrement, une amie italienne m’a demandée un conseil de lecture pour sa fille trentenaire en internat de médecine, en précisant qu’elle n avait pas trop de le temps de lire, j’ai ris intérieurement, j’ai conseillé Feu de M.Pourchet. ( j’attends son retour).
            Ensuite, je me suis dis, merde si elle n’aime pas, mon autrice va morfler et ça me fera de la peine.
            Autre exemple, j’adorerai offrir Je ne suis pas une libellule à un ami chercheur en biologie marine, mais il ne lis plus.
            Et ça me peine.
            Delà, me vient une autre réflexion, c’est la façon dont je parle des livres et des auteur.es. Je peux parfois en parler avec grand enthousiasme et à l’inverse en parler mal ! je me demande si ce n’est pas dû à la personne que j’ai en face.
            En tous cas, le retour des livres conseillés me dit un peu plus sur les gens et ça j’aime beaucoup ça.

            • #126420 Répondre
              Claire N
              Invité

              « Ensuite, je me suis dis, merde si elle n’aime pas, mon autrice va morfler et ça me fera de la peine.
              Autre exemple, j’adorerai offrir Je ne suis pas une libellule à un ami chercheur en biologie marine, mais il ne lis plus.
              Et ça me peine »
              Oui je comprends cet étrange sentiment
              Que tu pointes, l’accueil qui va leur être réservé
              Et qui finalement importe tant pour l’ami que pour le texte

              • #126437 Répondre
                Carpentier
                Invité

                Perso, je continue à très mal composer avec cette notion/tendance/habitude/réflexe de ‘ demander conseil ‘.

                Si c’est une sorte de demande de béquille sur laquelle un peu s’appuyer pour finir par se choisir un livre, un film, une destination de vacances …. soit.
                Mais j’ai toujours la crainte (et sans doute que ça, ça me regarde) que ça dévitalise/ désinvestisse/enlève de l’intérêt en fait à la recherche de qui demande et que, de ce fait, cela augmente de plus le risque (certes limité et sans réelle gravité) de se tromper;
                tout en diminuant le plaisir de celui/celle qui demande conseil contrairement à lorsqu’il.elle s’investit pour essayer de (se) trouver quelque chose.
                Bref, suis vraiment pu du tout de mon époque hyper-conseillère et recos en tout genre (depuis au moins 25 ans, oui, vous mesurez donc ma réelle souffrance à ce sujet)
                J’ai même exercé dans le conseil/écoute par téléphone plusieurs années: c’était juste ho-rrrRRRRible.
                Vraiment.

                • #126476 Répondre
                  baptiste c.
                  Invité

                  c’est vrai qu’il y a sur le papier une forme de prise de risque dans le fait de conseiller quelque chose « qui va raisonnablement plaire ». Et peut-être aussi une forme d’autocensure du conseiller, même quand on sent que la personne en face est réceptive ou ouverte.
                  Mais, de mon expérience, quand un client ne le sent pas, il ne prend pas le livre. J’ai rarement vendu un titre en me disant : « j »ai merdé, j’espère qu’il reviendra pas me dire que c’était affreux…  »
                  Comme toi j’ai ce goût naturel de faire la recherche par moi-même, mais quand même une fois, je suis entré dans une librairie où j’ai tellement aimé l’ambiance, les tables, la sélection…etc que j’ai demandé au libraire un conseil à l’aveugle. Juste parce que j’avais le feeling qu’on était sur la même longueur d’onde (et à raison, il m’avait mis « L’ours est un écrivain comme les autres » dans les mains et j’avais adoré).
                  Après oui, y a tellement de manières de recevoir, encaisser, découvrir, y en a qui aiment se prendre des claques et d’autres surtout pas… Bref l’incertitude elle est immanente à la lecture. Mais comme tu dis c’est un truc de notre époque, y a tellement de canaux de diffusion qui distillent du conseil, des courroies de transmission extrêmement puissantes, on parlait du Goncourt mais quand tu vois la puissance de feu d’un TikTok en matière de « conseil » (on pourrait dire d’influence de lecture) c’est effrayant…

                  • #126523 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    après lecture de tes lignes, pour lesquelles je te remercie, j’ai – et peut-être le supposais-tu en bon pro – regardé bien sûr un peu à propos de cet Ours qui rêvait de devenir écrivain
                    L’ours est un écrivain comme les autres
                    (j’ai pour habitude de retenir que ce qui m’arrange et de ne tomber que sur des libraires qui, et que grâce à l’i.a. – notons-le – retrouvent, malgré tout, le.s.livre.s que je souhaite leur commander (oui, comment on nous encourage au devenir gaga est certes bien effrayant).
                    il existe aussi en format/adaptation bd, ai-je noté,
                    tâcherai d’y mettre le nez ; )

                    • #126538 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      et je (ré?)-écouterai d’ailleurs (je fais le lien, quitte à ce que personne d’autre que moi n’en voit la ‘ logique ‘ ) l’émission sur l’écoute de son corps, truc comme ça, avec F.B. car oui, te lisant ce matin dans

                      Comme toi j’ai ce goût naturel de faire la recherche par moi-même

                      j’entrevois dans le ‘ ce goût naturel ‘ j’y sens toujours ce truc du ‘ c’est plus fort que moi ‘ en fait ( pourvu que cela dure encore longtemps).
                      et donc, le truc de ‘ s’écouter ‘ / ‘ écouter son corps ‘ / ‘ son désir ‘- selon loi/morale, .oui, ok
                      je pense que ça a à voir – benh oui – avec l’émancipation aussi
                      Pourrait-il y avoir, de ce fait, une sorte d’inégalité devant les capacités de chacun.e à s’autoriser à s’écouter?
                      sans doute,.

                      • #126965 Répondre
                        baptiste c.
                        Invité

                        Oui clairement pour moi ça a à voir avec l’émancipation, et je pense que c’est important quand tu découvres tout, que tu te construis culturellement, parce que ça vient de toi. Y a un truc très réel, très ancré là-dedans. En plus rétrospectivement j’ai l’impression que je me suis rarement planté en m’écoutant. Quand t’es attiré par un livre et que tu le lis, tu réalises que c’est souvent aligné avec toi, au moins par un aspect. Il y a un truc mystique là-dedans. Oui des fois c’est moyen ou médiocre, mais t’as pas été complètement à côté de la plaque en allant vers ça.

                        Sur le sujet de l’inégalité, c’est difficile de ne pas penser qu’en 2025, un jeune lecteur ou une jeune lectrice de vingt ans aujourd’hui qui découvre la lecture et les livres et va aller « s’influencer » sur TikTok s’engage de facto vers une forme de conditionnement sur lequel je suppose qu’il sera difficile de revenir à trente ou quarante ans…

                        Donc s’il y a inégalité à cet égard, je crois de plus en plus qu’elle est conditionnée. Moi je n’imagine pas mon parcours culturel sans la recherche, sans l’enquête, la découverte sur les tables, dans les rayons, mais aussi sur internet bien sûr, parce que j’aime la démarche, le mystère, l’idée de me trouver moi en trouvant un livre, un film, un album…etc. Mais si j’avais vingt ans aujourd’hui, qui sait si j’aimerais autant ça ?

                        Après le conseil en soi, évidemment que c’est un instinct naturel. Vouloir partager quelques chose qui nous rend heureux, c’est humain et c’est sain. Mais je pense déjà qu’il y a une différence fondamentale entre prendre un livre parce que « on me l’a conseillé et ça a l’air bien » et prendre un livre « parce que tout le monde l’a pris ». Et surtout, ce qui dérange là-dedans, c’est l’aspect virtuel, le fait que le conseil ne va pas vraiment d’une personne à une autre en circuit court, de main à main, mais que ça vienne d’une recommandation numérique née d’un algorithme statistique sur une application digitale, derrière l’écran du téléphone, à des milliers de kilomètres de distance… ça fait beaucoup de filtres d’un humain à l’autre.

            • #126422 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Stéphanie
              Pour la fille de l’amie italienne, pourquoi pas aussi L’Adieu au visage de David Deneufgermain ? Ou pour la dépayser de Médecine, Lézardes de Hélène Frédérick

              • #126450 Répondre
                stephanie
                Invité

                parce que je ne connais pas
                je découvre Prendre pays de H.Frederick qui me donne très envie (quel beau titre).
                merci

          • #126431 Répondre
            baptiste c.
            Invité

            je rejoins complètement Stephanie sur cette question, il y a un côté physique, quasiment sportif dans un conseil de lecture (d’ailleurs je finis souvent en transpiration à la fin) mais surtout un côté grisant quand tu arrives à trouver le livre qui semble capable de faire le pont entre ta sensibilité et le profil de la personne qui demande le conseil.
            Et quand le retour derrière est positif, que ce soit pour un adulte ou un enfant, c’est vraiment un sentiment génial, oui tu as l’impression de mieux connaître la personne, aussi parce que tu t’es autorisé à lui offrir un petit morceau de toi avec un livre que tu as aimé, du moins il me semble.
            Après en termes de fréquence je dirais que ça arrive « de temps en temps », peut-être une fois par semaine. Cela dit je bosse en grande enseigne culturelle donc le profil client est sans doute moins en demande que pour une librairie de quartier, ils savent souvent ce qu’ils sont venus chercher – ça rejoint ce que je disais du Goncourt plus haut.

            • #126432 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je trouve l’image du pont très juste
              Et je n’aurais pas imaginé le côté physique
              Sans vous
              Une fois par semaine dans une grande enseigne
              Et bien j’aurais évalué moins, et je ne sais pas trop pourquoi mais ça me fait plaisir que ses choses là se passent

    • #126400 Répondre
      Cyril
      Invité

      Louis CK a publié un livre. Je serais bien curieux voir ce qu’il y a dedans.

      • #126521 Répondre
        Carpentier
        Invité

        faudra demander à l’incroyable femme des neiges qu’on sait et à qui il l’a sans doute, à minima, dédicacé

      • #126547 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        J’ai vu un extrait passer. C’est très mal écrit. Il faut que je retrouve ça… (je tente d’intégrer l’image au forum)

        LOL?

        • #127331 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Un ami qui l’a lu me dit qu’on dirait que Louis apprend à écrire au fur et à mesure. Il n’arrivait pas à savoir si c’était factuellement ce qu’il se passait ou si c’était un effet voulu (le style s’affirmant en même temps que le personnage découvre le monde).

          • #127456 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Je n’ai jamais été convaincu par l’idée qu’un texte délibérément mal écrit serait justifié parce que l’énonciation littéraire n’est pas mimétique – ou jamais tout à fait. Faulkner ne retranscrit pas Benjy tel qu’il nous parlerait. Personne ne parle comme Céline écrit. Seul le dialogue peut être une imitation parfaite de l’oralité, et si C.K a voulu cet effet pour montrer une évolution de son personnage, je mettrais ça sur le compte d’années passées à écrire des scénarios, faire parler des gens.

            • #127457 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Ou d’une forme de grande naïveté littéraire.

              • #127475 Répondre
                K. comme mon Code
                Invité

                Of course. Ce qui expliquerait aussi cette photo.

                LOL II

                • #127477 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Hahah mon Dieu, mais qui fait encore ça?

                  • #127534 Répondre
                    begaudeau
                    Invité

                    je pense que c’est une photo de son grand père, Arthur Herman C K

                    • #127537 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Arthur Herman CK connu pour être le premier cosplayer de l’histoire. Ici en écrivain.

                      • #127538 Répondre
                        begaudeau
                        Invité

                        tu m’apprends un mot et un métier
                        j’ai désormais la clé de Michel Onfray, ici en philosophe, et de Michael Mann, ici en cinéaste

                      • #128032 Répondre
                        Titouan R
                        Invité

                        Qui imite qui ?

                      • #127539 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Merci pour le rire / j’en peux plus !

    • #126552 Répondre
      stephanie
      Invité

      Tressaillir de M.Pourchet, tout juste fini, je garderai cette fin, cet hommage magnifique de Greg.
      Rendant sa disparition singulière et universelle.
      « à ta mémoire Gregory, à tes jeux dans l’herbe du dernier jour, à tes amours »

    • #127329 Répondre
      Charles
      Invité

      Quel livre recommande-t-on de Pierre Senges? Je n’ai lu que le dernier et j’aimerais en découvrir d’autres.

      • #127540 Répondre
        begaudeau
        Invité

        tous
        dont un que je n’ai pas lu : Achab

        • #127542 Répondre
          Charles
          Invité

          Pas de préférence ?

          • #127543 Répondre
            begaudeau
            Invité

            très bon souvenir de Sort l’assassin, entre le spectre

    • #127333 Répondre
      Ostros
      Invité

      Chèr.e.s tout.e.s,
      La rencontre avec Thomas Mairé et François qui s’est déroulée le 15/11 à la librairie Biglemoi est en ligne en format podcast !
      Écoutable ici
      Cette rencontre qui documente le travail de l’auteur et les conseils de l’éditeur dans l’accompagnement, a donné lieu à des échanges nourris avec le public, au sujet des expériences en centres d’appels à Lille et en périphérie.
      Il est recommandé d’écouter au casque ^^

      • #127335 Répondre
        Ostros
        Invité

        Et pour celles et ceux qui ne l’auraient pas encore vue / écoutée, l’entrevue avec Yasmina Behagle qui travaille le livre au coprs :

        • #127336 Répondre
          Ostros
          Invité

          Au coprs et au corps, tout ensemble.

          • #127533 Répondre
            begaudeau
            Invité

            merci Ostros
            Cause perdue te le rendra
            Quand nous serons riches et hégémoniques nous t’offrirons de participer à un week-end cohésion Cause perdue, à Dubai

            • #127606 Répondre
              Ostros
              Invité

              Tout ce que j’aime.
              Vivement les parties de bubble foot avec Claire N.

              • #127616 Répondre
                Claire N
                Invité

                On vise le Whaou !

    • #127516 Répondre
      Claire.N
      Invité

      Bien vouloir patienter,

      Il est rare que j’ai la patience -justement -de lire un livre non-en-une-traite
      Cette manière est assez singulière pour que je la considère comme notable, comme relevant des propriétés intrinsèques du texte
      Ainsi je me suis penché sur cet aspect qui fait du livre de Thomas Mairé « mon pain quotidien »
      Peut etre :

      -parce que j’apprend au meme rythme que le livre ce metier , pour certain considere comme alimentaire uniquement à un gout, un savoir faire
      Comme Dounia j’angoisse de ne pas savoir conseiller le client, j’ai besoin de la formation , j’ai besoin d’un travail je suis attentive pour etre capable je comprend le serieux je comprends l’humour en retour ,les deux cohabitent dans le texte effectivement et l’ironie ne fait pas la maligne les forces en présences sont totalement équilibrée à la mesure du vrai
      « -j’ai bien aimé certaines astuces, comme le fait de mettre en attente les clients pour finir de remplir les dossiers.
      Oh oui alors qu’est ce que j’ai aimé ça
      -effectivement c’est un bon truc pour gagner en DMT .Attention à ne pas en abuser par contre»

      -parce que le temps n’est pas pris à la légére, les choses s’y passent pas a pas, le temps est dense de son labeur concretement compté,
      « les competitrices ont usé de l’art classique de l’augmentation de soi via des mecanismes éprouvés :vernis,parfums,maquillages, vetements , atours Ou se dissimulent le soin de la preparation et l’energie du temps perdu. »
      Le soin discret du pluriel ,utilisé pour tracer un contour de quantités en sommant cette contrainte de masse est absolument genial

      -« une moitié de moi, avertie de la necessité de me reposer en semaine, est réduite au silence par l’autre moitié qui veut profiter de son peu de temps libre au maximum. Les trajets réduisent ce temps libre d’a peu pres deux heures et demi chaque jour :le temps de marcher jusqu’au metro, attendre, marcher jusqu’à Webophonia, puis l’inverse en fin d’apres-midi, si tant est qu’une panne de transport ne survienne pas.Une demi heure d’avance quotidienne me permet d’anticiper cette situation-mon reveil sonne à six heure du matin »
      La j’ai pensé à C Shoblin, et à cette curieuse capacité de subvertir la capacité du travailleur , celle de minuter , planifier, gratter le temps -ecore une fois les rapports de force moitié/moitié c’est l’individu qui s’ecartelle pas le temps, tirée au « maximum » ne néglige pas le mur physique

      La patience se trouve aussi dans cet aspect ,chaque jour se remettre à l’ouvrage
      Le front de lutte politique à cet endroit, la précieuse patience , tout ce qu’elle abrite de vivant et vital, et son appropriation
      bien entendu le livre pour moi est bien plus vaste que cette petite remarque (c’est juste un petit angle)

      • #127531 Répondre
        begaudeau
        Invité

        merci
        ça fait tellement plaisir

        • #127535 Répondre
          Claire N
          Invité

          Je veux aussi un we cohésion – avec Ostros

          • #127555 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Moi je veux un aspirateur de voiture mais pour la maison et une raquette de tennis pour la mettre sur le mur et y accrocher mes boucles d’oreilles!
            Je patiente, pas de soucis
            P.s: n’oubliez pas la demande de recommandation d’un Pierre Senges du camarade Charles

            • #127559 Répondre
              Oscar
              Invité

              Tu as pu commander le livre ? Par quel réseau ? Au cas où… Je le reçois vendredi, et après lecture je peux /te/ l’envoyer.

              • #127564 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Ça me touche cher.e Oscar!
                J’ai lu que la maison d’ Éditions Cause Perdue
                envoyait les livres de  » ses » auteur.es. Mais qu’en France ( c’est bien!). À confirmer auprès d’eux.
                Moi je suis au bout du bout du bout de l’Espagne: aux Canaries! Les courriers professionnels arrivent très bien : Boniments est arrivé en 10 jours direct des Éditions Amsterdam pour 3€ de frais de transport et le Monde Diplomatique, à part quelques très rares couacs, arrive en une semaine. Les courriers des particuliers arrivent aussi mais ça met plus de temps.
                Et là, il s’agit d’aider des auteur.es et une jeune maison d’Editions. Ça me ferait plaisir mais je passe mon tour
                Mais mon merci est grand cher.e Oscar!
                Toi tu l’as acheté où? Quand? Temps de livraison?
                Je veux TOUT savoir ahahah!

                • #127569 Répondre
                  Oscar
                  Invité

                  Ok je comprends ; )
                  Ils ne l’avaient pas en librairie à Toulouse à la sortie mais ça m’a arrangé de le commander à la Fnac car j’avais un bon d’achat du CE du boulot. Les livres à 20€ pour moi normalement c’est bibliothèque ou seconde main, sauf bel ouvrage, cadeau, ou écrivains amis quoi… Je serais trop limitée sinon.
                  Commandé le 13 livré le 28 (à priori). Voilà tu sais tout. N’hésite pas, selon !

                  • #127579 Répondre
                    begaudeau
                    Invité

                    merci pour ton effort Oscar
                    tu intègres ipso facto la Grande Fratersororité des Causes Perdues

                  • #127590 Répondre
                    ..Graindorge
                    Invité

                    Plus que 2 jours à patienter! Je crois me rappeler que tu as connu aussi ce travail. Peut-être qu’après lecture tu pourras dire ici si ça t’a rappelé des souvenirs
                    Encore merci! À très bientôt! Accolade!

                    • #127705 Répondre
                      Oscar
                      Invité

                      Bien vouloir patienter, reçu hier )
                      Effectivement qui a travaillé en centre d’appel se reconnaît forcément (ainsi que ses collègues), mais c’est assez secondaire, l’important étant plutôt à mon sens de pouvoir lire sur le marché du travail sans qualification (ou de service) en général, et de s’attarder sur ceux qui le font tourner, ou à qui il permet de vivre.
                      L’instabilité/insécurité à la fois au service de l’entreprise, générée par elle, et outil ‘managérial’. Le chômage aussi qui n’est jamais loin…
                      Très bonne chose que ces travailleurs entrent en littérature – tout simplement – et que le regard se porte sur eux et notre époque.
                      Et avec ce livre, la qualité d’un regard qui vient de l’intérieur et de la parole de celui qui exerce – Exit conflit de loyauté, ou fétichisation des classes inférieures –
                      Tout en portraits.
                      Précieuse équité !

                      • #127740 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        « Et avec ce livre, la qualité d’un regard qui vient de l’intérieur et de la parole de celui qui exerce – Exit conflit de loyauté, ou fétichisation des classes inférieures –
                        Tout en portraits.
                        Précieuse équité ! »
                        « Très bonne chose que ces travailleurs entrent en littérature – tout simplement – « 

                      • #128014 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Le livre est vraiment fort sur les portraits oui, je me le suis dit en le refermant. Ce n’est pas si courant que je termine un roman en me disant qu’on pourrait faire des spin off sur quasiment tous les personnages: Raphaël, Dounia, Sylvain, Steven l’ex-prof ( j’étais très intriguée par ce parcours-ci), Vanessa la cheffe toxique.

                      • #128086 Répondre
                        Oscar
                        Invité

                        Et Siham et Noûr… J’ai pensé la même chose que toi. Envie de les suivre, lorsque le journée de travail se termine.

                      • #128096 Répondre
                        begaudeau
                        Invité

                        Maintenant que vous le dites, ça me semble évident, cet art un portrait.
                        C’est vraiment le plus fort de ce livre : un florilège du prolétariat contemporain (managers compris)

    • #127532 Répondre
      Charles
      Invité

      Petit up concernant ma demande de recommandation d’un Pierre Senges (autre que le dernier).

      • #127925 Répondre
        IA
        Invité

        Tu fais référence à une recommandation d’un livre ou d’un texte spécifique de Pierre Senges, autre que celui dont tu avais déjà parlé, c’est bien ça ? Si tu me donnes plus de détails sur ce que tu recherches (genre de texte, thème, etc.), je pourrais te suggérer un autre ouvrage de lui qui pourrait t’intéresser !

        • #127928 Répondre
          Claire N
          Invité

          Es tu en mesure d’adapter le nombre de tes réponses afin de l’ajuster à une cognition sociale visant à donner un aspect moindre d’impulsivité verbale ?

          • #127929 Répondre
            IA
            Invité

            Oui, je peux tout à fait ajuster le rythme et la longueur de mes réponses en fonction du contexte social, et m’assurer que mes réponses sont moins spontanées ou « impulsives ». Si tu préfères un échange plus réfléchi, mes réponses peuvent être plus posées et structurées, avec une attention particulière à éviter toute précipitation verbale.

            Si tu as un style de communication particulier que tu apprécies, ou si tu préfères une approche plus mesurée, n’hésite pas à me le dire, et je m’adapterai. 🙂

            • #128098 Répondre
              begaudeau
              Invité

              « Es tu en mesure d’adapter le nombre de tes réponses afin de l’ajuster à une cognition sociale visant à donner un aspect moindre d’impulsivité verbale ? »
              J’adore
              Un des derniers humains tentant une dernière communication avec le robot qui les remplacera)
              (Mais aussi, certes, une femme portée sur la joie tentant une dernière fois de sauver le connard qui active le robot).

    • #127989 Répondre
      netflou
      Invité

      Écouter Damasio parler dans Bookmaker me tiendra éloigné encore longtemps de ses romans.
      Pourtant, j’étais mûr pour cesser de contourner l’incontournable. Je voulais me situer par rapport à cet auteur, lu par beaucoup, par ceux qui lisent peu, que j’aime beaucoup. Mes dispositions étaient excellentes. Déjà prêt à l’achat : page de la FNAC ouverte sur le troisième onglet en partant de la gauche.

      Mais comment pourrais-je désirer des textes écrits par quelqu’un qui affirme prendre plus de plaisir à lire de la philosophie que des romans ? Que regarder des séries lui est profitable pour architecturer ses textes ?

      Puis, tous les extraits lus sonnaient comme sur-écrits. Chaque phrase avait pour sous-texte : « Vous êtes en présence de la Littérature. »
      Que ce passage des Furtifs, entièrement construit avec les mêmes phonèmes, sonne mal.
      Pour l’apprécier, il faudrait que je puisse jouir uniquement de l’intention stylistique, de la consigne. La réalisation est ratée : le style est lourd, la description de la manif à côté de la plaque.

      Pour ne rien gâcher, Damasio profite de ses trois entretiens pour se faire une gueule, se tailler un masque de bois, bref se mythifier : la littérature ne vient que si l’on s’impose des conditions d’écriture extrêmes ; seul dans le maquis corse pendant sept ans, reclus dans une cabane de berger (15 jours par mois (pas fou non plus)), avec pour seule nourriture des sauterelles et du miel sauvage, et minimum 800 mètres de dénivelé dans ses randonnées quotidiennes, 6 000 heures d’écriture pour 700 pages, La Horde du Contrevent, un livre à « 100 % » .

      Oui, oui, oui.

      Il faut lire un texte avant de juger, dit-on.
      J’y serai disposé quand j’aurai oublié cet entretien.

      • #127991 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Les furtifs est un des rares romans que j’ai arrêté avant terme.
        Mais on lui laissera une autre chance

        • #127993 Répondre
          netflou
          Invité

          Qu’est-ce qui t’a arrêté ?

          • #127994 Répondre
            begaudeau
            Invité

            à peu près tout ce que tu pressens en l’écoutant
            un style chargé
            une hystérie narrative sans scrupule, et très largement empruntée à des récits standards
            un certain conformisme sous un écrin de radicalité
            mais à vrai dire le premier point était suffisant

            • #127995 Répondre
              Alphonse
              Invité

              J’ajoute un trait que j’ai remarqué dans d’autres récits de science fiction : le besoin d’expliquer comment fonctionne ce monde nouveau où se déroule la narration. Pas d’implicite possible, puisque le lecteur ignore tout du monde imaginaire où on l’envoie. D’où nombre lourdeurs. Je déteste, dans l’art, l’explication.

              • #128022 Répondre
                begaudeau
                Invité

                exactement
                comme du reste dans le cinéma de SF

            • #127996 Répondre
              netflou
              Invité

              J’ai l’impression que chez mes amis damasiens, on jouit d’abord des concepts disposés en amont du texte : la surveillance totale, les dispositifs de contrôle, la prise en compte des non-humains…..

              • #128016 Répondre
                Dr Xavier
                Invité

                Les furtifs c’est nul nul nul.
                S’il faut lire Damasio, je conseillerais plutôt La horde du contrevent, pour qui n’est pas réfractaire à une sorte d’univers d’heroic fantasy et aux trouvailles linguistiques.

                • #128078 Répondre
                  bibinard
                  Invité

                  çi çé toua kildi sa doua ait in bon livr

    • #128106 Répondre
      lison
      Invité

      Il en a déjà était question ailleurs et plus tôt, mais je viens de lire Je ne suis pas une libellule, et j’en suis ravie , et pas seulement, le premier truc que je me suis dit c’est Qu’est ce que mon vocabulaire est pauvre, Qu’est ce que j’ignore comme mots pour qualifier ce qui m’entoure ( environnement et ceux qui l’habitent), et pourquoi je comprends gestion mais pas excuvie ?
      Le choix de la précision (des milieux naturels) ,de la nomination de chacune des libellules est vraiment stimulant et montre sans avoir à l’énoncer, la diversité/ richesse du vivant par la diversité/ richesse des mots employés, et tranquillement on comprend combien le monde des vivants et des mots est vaste, infini.
      C’est un livre très fin, drôle, qui nous questionne sur le rôle des naturalistes et surtout nous donne à voir un regard particulier sur le monde, -dont je me suis dit à certains moments que je l’enviais un peu.

      • #128110 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci lison
        un livre qui nous tire vers le haut. Et pas que pour l’enrichissement du vocabulaire. Hélas la richesse lexicale ne donne pas toujours l’intelligence à ceux/ celles qui en ont
        Lorsque j’ai vu et écouté pour la première fois Gwenaël David, la chanson de Brel Les timides m’a traversé l’esprit. Et voilà, on dirait presque un simple d’esprit. Oui, la personne est simple et a de l’esprit.
        J’espère trouver ce livre à Nice la semaine prochaine car les libellules me tournent autour depuis sa sortie.
        Avec ta permission lison, je copie/colle ton texte dans le fil qui lui est consacré

        • #128775 Répondre
          begaudeau
          Invité

          merci Lison

        • #128798 Répondre
          Samuel
          Invité

          la richesse lexicale ne donne pas toujours l’intelligence à ceux/ celles qui en ont

          Attention. Ne pas confondre intelligence, et expression orale. On peut avoir une très belle faconde et ne pas être un aigle, par exemple les acteurs.
          On peut aussi avoir beaucoup de vocabulaire et ne pas savoir écrire, où même être intelligent. La mémoire est nécessaire mais pas suffisante à l’intelligence. On peut être un très bon écrivain, et pas très aiguisé. Quand j’entends Emmanuel Carrère, ca me frappe. Je dis cela car lui n’est pas du tout un empêché de l’expression orale. En tant que grand bourgeois, c’est son premier savoir-faire. Juste c’est un peu léger comme réflexion.
          Bref. Faut pas tout mélanger. Et j’ai bien envie de lire ce bouquin aussi du coup. Et aussi ecouter maître PPastoureau sur le corbeau. Merci donc.

      • #128787 Répondre
        Luc
        Invité

        Il ne tient qu a toi d être curieuse et prendre des bouquins de bota ou d ornitho.
        Effectivement 95% des gens ne savent pas nommer 30 espèces d arbres ni même d oiseaux.
        Mais bon les gens appellent l avifaune les petits oiseaux et un goéland leucophée une mouette alors qu ils ne se ressemblent en rien mais ont-ils au moins en tête la mouette rieuse?

        L inculture dans ce forum en dehors de trois quatre secteurs est grande

        • #128794 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Cher Luc

          Moi j’ai appris grâce à Michel Pastoureau que l’animal le plus intelligent c’était le corbeau.
          Et un copain qui est venu ce matin m’a appris que le plus intelligent parmi les corbeaux c’était le corbeau de Nouvelle Calédonie qui fabrique des outils.
          J’ecoute ce soir la conférence de Pastoureau sur cet oiseau

          • #128796 Répondre
            Luc
            Invité

            les corvidés oui pour les oiseaux. On observe facilement les corneilles lâcher des noix pour qu’elles soient écrasées par les voitures.

            Mais celui de nouvelle caledonie n’est pas plus intelligent et je ne vois pas pourquoi il le serait, peut-être y a-t-il eu simplement plus d’expériences menées avec lui ou d’observations d’utilisation d’outil par ex

        • #128799 Répondre
          Carpentier
          Invité

          il faut dire qu’il n’y a pas que la mouette qui est rieuse: le lion, l’éléphant et le cheval de mer le sont tout autant
          et pas mieux pour l’ours polaire qui ne fréquente que l’arctique,
          – quoi, l’Ours? sinon on te dirait bi-polaire?
          pas faux

    • #128419 Répondre
      Sempiternel
      Invité

      Chloé Delaume – Ils appellent ça l’amour.

      J’avais déjà lu son précédent « pauvre folle ». Elle a une écriture assez psychédélique. Elle a notamment souffert un trauma incroyable avec son père qui a tué sa mère d’un coup de fusil avant de se tuer lui-même. Après l’avoir braquée, Elle… Il n’y a pas d’âme, mais des êtres humains majuscules, car comme le dit Gary, l’homme sans mythologie de l’homme, c’est de la barbac!
      Bon. Je pense à ce bouquin avec le docu de ce midi sur FC. Sur les pervers narcissiques, faute de meilleure dénomination. De sacrés enculés des tréfonds de la moisissure humaine. Ses livres m’intéressent plus comme témoignages, comme jurisprudence d’une humanité que j’ignore de connaître. C’est assez stupéfiant. C’est bien pour se prendre pour un Saint aussi de voir ce que font certains mecs. Ca c’était ma seconde Psychologies. Le docu de FC, sur ces gens qui pratiquent le gaslighting jusqu’à l’étouffement: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/gaslighting-1216605:

      • #128423 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Pas convaincu par le dernier Delaume, il y a des bons passages avec du style mais dans l’ensemble j’ai trouvé ça assez plat : les phénomènes d’emprise de Monsieur sur sa (ses) victime n’ont-ils pas déjà été raconté ailleurs ? J’aurais aimé que la psyché et les pensées de Monsieur soit bcp plus développées (voir par ex. et en comparaison la récente BD de Lobel, En territoire ennemi). Et quel besoin d’ajouter cette dernière partie de mise en garde sororale ?
        Depuis Le cœur synthétique – que je place très haut – je vais de déception en déception (Pauvre folle, Phallers – où Delaume prend peur de son propre sujet, et maintenant ce dernier livre).

        • #128424 Répondre
          Sempiternel
          Invité

          Yes, à vrai dire, c’est le genre de bouquin que je lis pour apprendre, mieux comprendre les comportements de certains. La psychologie du mec me paraît simple et toujours la même. Séduction, tout est beau. Isolement, encore mieux si la victime est à sec financièrement. Aménagement chez le mec. La nana de + en + isolée. Et escalade des violences. Sa psychologie? Comment je vais la rendre encore plus ma marionnette aujourd’hui? Psychopathie? Réification des autres, qui sont des objets, ou animaux a domestiquer?

          • #128426 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Ça me parait bcp plus compliqué que ça.
            Pas « compliqué » au sens qui serait utilisé par son avocat de la défense : humainement compliqué.
            Un mari bat sa femme, un parent bat son enfant, le lendemain il s’effondre à genoux, demande pardon, jure qu’il ne le fera plus. Et le pense sincèrement sur le moment, ce n’est pas une manipulation. Mais qu’est ce qu’il se passe dans sa tête ?
            L’hospitalité au démon creuse ça par exemple.

            • #128427 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              (MAiS AU SENS DE « humainement compliqué »)

              • #128432 Répondre
                MARC BLOCH
                Invité

                Oui! L’auteur de l’hospitalité au démpn, précisément est une ancienne victime de pédocrimonalité quiva l1 hantise de reproduire ça
                D’accord, car il a de l’empathie à un degré normal, ou dans la norme. Le point commun de ces gens, sont qu’ils ont aucune empathie, et que tout excuse est comprise dans la manipulation, ou une reculade forcée. Pour moi, ils sont comme l’enfant qui enlève lrs ailes de la mouche, puis ses pattes. C’est toujours le même shéma je t’assure. ^^

            • #135890 Répondre
              Point final à la ligne. Rompez!
              Invité

              Tout humain est compliqué oui, pour autant la sociologie consiste à identifier des types de comportements, dans des sous-groupes. Ce que le mag fem moyen appelle PN, la sociologie appelle ça le « contrôle coercitif« . Et c’est tjs le même schéma, isoler la personne, lui couper les vivres, pécuniaires, relationnels, tous, en faire sa chose. Même ZZZ en parle : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-mercredi-04-fevrier-2026-3687561

              Ca me semble très important de connâitre cela, car si un de nos proches, une, d’évidence, se fait isoler par son mec, bon, faut intervenir rapidement quoi… Envoyer la ICE des FDPs, si tu vois ce que je bicrave comme conseils de roi?

      • #128429 Répondre
        elodie liebgott
        Invité

        Les pieds sur terre de ce jour sont assez effrayants. Tout en finesse et perfidie, ces hommes malades font preuve de sagacité pour semer la terreur et rendrent les femmes désorientées.
        C’est interessant que Chloé D avec « pauvre folle » se sert de l’expression favorite des hommes malades. qui s’ignoreraient presque.

        • #128434 Répondre
          Sempiternel
          Invité

          Oui, IMPRESIONNANT le père médecin qui veut faire interner sa fille gratuitement, en défense du gendre dont il sait la noirceur et la réelle folie. C’est vraiment impossible d’imaginer de telles personnes sans avoir des témoignages pareils. C’est justement car ces gens restent ultra minoritaires et qu’en tant qu’humains, on fait confiance par nature, par atavisme, qu’ils peuvent se « faire plaisir ».

    • #129135 Répondre
      Alexandre
      Invité

      Cela fait une dizaine d’années que j’entends personnellement parler de G.K. Chesterton en beaucoup de bien.
      Quel est son apport véritable (je préfère vous lire que d’aller sur Wikipédia) à la littérature et que lire de lui prioritairement?

      • #129169 Répondre
        begaudeau
        Invité

        je connais mal
        d’autres sauront dire

      • #129180 Répondre
        Alex
        Invité

        Moi aussi j’entendais parler de Chesterton depuis longtemps, je me suis donc procuré les Trois enquêtes du Père Brown en début d’année. C’était bien, charmant. Sans plus. Il faut dire que c’est un court recueil de trois nouvelles, alors je ne suis pas convaincu qu’il reflète adéquatement le talent de Chesterton. J’aimerais me faire un avis avec ses autres ouvrages, mais ils sont difficiles à trouver au Québec. J’en retiens un esprit chrétien qui se rit (mais d’un bon rire, vitaliste) de la prétention à l’objectivité de l’athéisme. Ça m’a fait penser au peu que j’ai lu de Kierkegaard. Si l’occasion se présente, je lui donnerai assurément une seconde chance.

        • #129196 Répondre
          begaudeau
          Invité

          il serait temps que je m’y mette vraiment

        • #129217 Répondre
          Alexandre
          Invité

          Merci pour le retour!
          En glanant des infos, et pas que sur Wiki, je découvre que Chesterton était adulé par Borges: ce qui n’est pas une mince référence. Son œuvre apparaît comme colossale, tout comme son physique (il mesurait 1m96!).
          Esprit chrétien oui, converti au catholicisme mais comme tu dis, dans un esprit vitaliste, joyeux, généreux, pétri d’humour.
          Il faudrait, paraît-il, taper dans ses biographies : celles sur Saint-François d’Assises ou Charles Dickens sont célébrées.

          • #129468 Répondre
            begaudeau
            Invité

            très bon texte de Dalie encore, en attendant son roman en avril (La sentinelle qu’on ne relève jamais)

            Bien vouloir patienter de Thomas Mairé, lecture vivement conseillée par Aristote et moi-même.

            • #129514 Répondre
              Clément
              Invité

              Une recommandation pour commencer avec Dalie Farah ?

              • #129807 Répondre
                Fati
                Invité

                J’ai lu les trois livres de Dalie Farah, je les ai tous aimés mais celui qui m’a le plus marqué je pense c’est « Retrouver Fiona », en plus cette histoire s’est passée dans ma région.

                • #129859 Répondre
                  Clément
                  Invité

                  merci !

                • #131105 Répondre
                  Clément
                  Invité

                  Je ne sais pas si les réponses à des posts anciens anciens sont lus, mais au cas où :
                  marrant car dans ce livre de Dalie Farah, que je suis entrain de lire (et que j’aime bcp), il y a un passage faisant référence au livre « Molécules ».
                  « Je comprends le titre d’un roman qui traite d’un fait divers, Molécules. […]. Molécules, chimie des corps et physiques des matériaux. Certains matériaux résistent à des chocs élevés, certains corps absorbent les coups grâce à une énergie cinétique invisible. Je les imagine frapper Fiona. ». Etc.

                  • #131108 Répondre
                    kenny
                    Invité

                    en train de le lire aussi
                    il y a des convergences stylistiques entre les deux

                    • #131223 Répondre
                      Clément
                      Invité

                      Le rassemblance stylistique ne m’a pas frappé spécialement aux yeux.
                      Plus fortement pensé au témoin de Joy Sorman (mais tout simplement par ce qu’il y a des scènes au tribunal)

                      • #131440 Répondre
                        Fati
                        Invité

                        Dalie Farah est une lectrice de François Bégaudeau, elle a écrit plusieurs critiques sur ses livres sur les réseaux. D Farah a beaucoup analysé la violence dans la société dans ses récits, en partant d’abord de son passé d’enfant battue.

                      • #131442 Répondre
                        begaudeau
                        Invité

                        C’est une lectrice de pas mal d’auteur-rices. Et une sacrée critique
                        Son prochain livre, au printemps, est sans doute son meilleur.

                      • #131644 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        Pour l’instant, dû manquer que le Fiona de Farah mais on note que

                        Son prochain livre, (au printemps), est sans doute son meilleur.

                        tu dis cela, je crois fort, de chaque nouveau livre de Dalie Farah à paraître, non?
                        ça c’est du vrai work in progress d’après toi.
                        Sympa, dans tous les cas, de suivre cette autrice, que tu as recommandée dès ses débuts il me semble.

          • #129501 Répondre
            LIAMeDepasseDeLaTeteEtDEsEpaulesDesole
            Invité

            je découvre que Chesterton était adulé par Borges

            oho, miam.

    • #129742 Répondre
      georgesbataille
      Invité

      BIEN VOULOIR PATIENTER, Thomas Mairé, éd. Causes perdues (2025)
      Je vous partage quelques mots partagés sur ma page Instagram à propos de ce roman. Je suis davantage habitué à écrire sur des films donc c’était un exercice différent, je ne sais pas ce que ça vaut.
      Thomas Mairé nous a pondu un premier roman écrit au scalpel et d’une justesse folle.
      « Bien vouloir patienter » nous plonge dans cette atmosphère angoissante d’un centre d’appel dans lequel Jonathan se forme à parler aux prospects pour évaluer les potentiels crédits immobiliers auxquels ils peuvent prétendre. Ce qui marque très rapidement, c’est l’ininterruption de l’action. Chaque phrase appelle une voix, une action, une réaction, sans pour autant être prisonnier d’un quelconque style (dans tout ce que ce mot peut revêtir de cuistre dans une acception ringarde et fausse de la littérature). Il y a une démarche kafkaïesque dans cette manière de décrire simplement et finement les rouages d’un organisme aussi pernicieusement fatiguant et aliénant que les centres d’appels, avec leurs lots de managers bêtement méchants (ou méchamment bêtes), de collègues se faisant la guerre inutilement pour des récompenses dérisoires.
      Un environnement où un seul mot règne : la promiscuité. Thomas met à nu la façade indolente et aseptisante de cette entreprise pour y révéler le caractère inhérent à toute entreprise : un milieu de requins dans lequel le profit fait loi, en faisant fi des individus qui doivent, tant bien que mal, se tolérer.
      Bref, c’est un nid à production d’affects négatifs et de ressentiment qu’on explore.
      Cela faisait très longtemps que je n’avais pas lu (et de fait, entendu) des dialogues aussi bien écrits. L’action se déroulant à Tourcoing dans un milieu social paupérisé et regorgeant de personnes racisées, Thomas ne tombe à aucun moment dans la caricature du langage « wesh-wesh » ; motivé par sa propre expérience de travailleur dans les call-center et fidèle à son immuable volonté de nous donner à voir des choses, il profite de ses acuités de dialoguistes pour peindre le réel foisonnant de marqueurs sociaux et de réaffirmations hiérarchiques.
      Nous sommes embarqués avec Jonathan qui vient d’un milieu social légèrement plus favorisé que ses collègues et qui, de temps en temps, se complaît à analyser certaines situations. Mais ne vous méprenez pas, ce livre est l’antithèse d’un essai ; tout est incarné par une personne plongée dans une situation donnée et dotée d’une arme de destruction massive : l’humour.
      Voilà une œuvre comme on en voit si peu dans la littérature française contemporaine : documentée, resserrée dans les abysses du « monde du travail », habitée par une grande obsession du réel, drôle à souhait et sans fioritures.

    • #130635 Répondre
      Dwl
      Invité

      Comment vous faites pour savoir quoi lire ?

      Je viens du cinéma, et c’est de là que part ma question.

      Pour les films, j’ai fini par savoir quoi voir grâce à un ensemble de repères assez clairs : podcasts, revues, critiques récurrentes, sélections de festivals, Twitter, Letterboxd… En croisant tout ça pendant quelques années, on finit par situer des cinéastes, comprendre des démarches, hiérarchiser, établir des priorités.
      Au départ, j’allais voir des films assez innocemment en me fiant en gros à senscritique (par exemple Hamaguchi, sans vraiment savoir qui c’était).

      En littérature, la situation est différente. Je ne pars pas d’un regard innocent, mais d’un regard déjà formé ailleurs. J’ai déjà une certaine exigence vis-à-vis des œuvres, du style, du point de vue, de la nécessité même de l’objet artistique. Du coup, j’accepte moins bien de “perdre du temps” avec un livre, simplement parce que l’investissement est plus long et plus engageant que pour un film. Et y’a beaucoup de livres…

      Les repères sont moins lisibles j’ai l’impression, et je peine à identifier des filtres fiables équivalents à ceux du cinéma. J’ai l’impression de lire davantage à l’aveugle, sans parvenir à construire progressivement une boussole.

      Pour situer un peu mes goûts :
      je cherche plutôt du contemporain, ou à partir de la deuxième moitié du XXe siècle, avec du style.
      Je lis surtout du français pour l’instant, mais je suis ouvert.
      De la GO, j’ai aimé Sorman (beaucoup), Julia Deck, Echenoz (un peu moins), et je n’ai pas accroché à Nicolas Mathieu (arrêt de la lecture). Pas lu le reste pur l’instant.

      comment vous repérez-vous pour savoir quoi lire ?
      Quelles revues, podcasts, critiques, maisons d’édition, ou méthodes personnelles vous permettent de faire le tri et de construire un regard, sans lire au hasard et sans multiplier les lectures décevantes ?

    • #130636 Répondre
      perove
      Invité

      j’attire votre attention sur « le mal appliqué » d’Arno Calleja sorti cette rentrée aux ed. Vanloo.

      La fin du monde d’un fumeur de shit marseillais, passif devant la catastrophe, il s’analyse avec un psy de poche « Freuday ».

      Une Très bonne surprise

    • #131019 Répondre
      Carpentier
      Invité

      ….. / J’ai toujours préféré les soirs aux matins. L’aube a la jeunesse pour elle, rien ne l’arrête, elle est pleine de promesses. Le crépuscule, lui, ne promet rien sinon l’extinction des feux, mais il oblige à jouir du peu qu’il reste. L’approche de la nuit, comme celle de la mort, exacerbe les sens, dilate les pupilles, écarquille l’esprit. Le soir venant, il n’est plus temps d’élaborer de grands projets, plus temps de tergiverser, de reculer, d’en garder sous le pied. / …
      – Roman de gare, Philibert Humm, p. 144, ed. Equateurs/Humensis, 2024 –

      Lu comme ça, on dirait un énième machin, écrit par un nostalgique de poésie romantique qui ferait mieux de peindre dans sa cuisine, voir de repeindre la pièce; Mais non non non, P. Humm, dans son Roman de gare, est une sorte de Fab Caro avec dix ans de plus, et son Roman de gare, une épopée malicieuse de deux potes, appareillés en format pari de bar, qui fraudent les trains de marchandises pour leur aventure, est une bonne surprise;
      La preuve? j’ajoute – comme imprimé – avant ces lignes:

      …. À peine arrivé, Buck avait repéré une porte dans le grillage de la gare, sur laquelle était riveté un panneau ‘ défense d’entrer ‘ . Buck comprend toujours de travers et cette porte n’étant pas verrouillée, il décida qu’on entrerait par là. On se mit en route au crépuscule. / …

      On sent mieux que c’est pas qu’un nostalgique poète, nan?
      Et si j’ajoute, au ton drôlement progressif de la fin de mon premier partage ( … il n’est plus temps d’élaborer de grands projets, plus temps de tergiverser, de reculer, d’en garder sous le pied. / … ) que P. Humm termine son premier paragraphe, en p.144, par :
      … Façon de vous dire que nous n’étions pas là pour amuser le terrain. / …
      je sais que je vous aurai convaincu.e.
      . C’est un cadeau idéal, je trouve, pour quiconque aurait un achat/cadeau de dernière minute à faire.
      À noter que je l’aurais recommandé de la même façon il y a un mois si je l’avais emprunté en bibliothèque plus tôt qu’hier.
      Et quiconque ne sourira pas en lisant ce bouquin est à profiler définitivement dans les rabat-joie irrécupérables.
      ps: (des lignes bien plus drôles à partager si vous êtes sages)

      • #131020 Répondre
        Carpentier
        Invité

        et *c’est* une bonne surprise.

        • #131255 Répondre
          Carpentier
          Invité

          …. Voilà, au fond, pourquoi je vous raconte tout ça, voilà pourquoi j’écris: pour que ces souvenirs me survivent et jamais ne s’estompent. Pour que le gamin à la mobylette ait dix-sept ans à perpétuité, et jamais ne devienne un gros coq satisfait. Salut, môme, nous te reverrons pas. Salut, môme, je ne t’oublierai pas. / …. p. 162,

          • #131346 Répondre
            Carpentier
            Invité

            … À mesure que nous descendions vers le sud, la campagne prenait des airs de Provence. Une Provence qui plagiait de plus belle Cézanne, Braque et Derain, et sentait fort le romarin. Ça vous paraît facile, sans doute, une Provence qui sente le romarin. Vous vous dites:
            ‘ Voilà un écrivain qui ne se casse pas beaucoup et travaille d’après prospectus…
            Pourquoi pas une Provence qui sente l’anis et le savon de Marseille? .. On aurait pu la lui peindre nous-même, cette Provence-là… ‘. Vous pensez cela et d’autres choses, mais c’est pourtant bien vrai que la Provence sentait le romarin. Et je n’irai pas vous la faite pifer le chou pourri pour vous être agréable. D’ailleurs, figurez-vous qu’elle sentait aussi le thym et la lavande. Des routes serpentaient dans les vallées et les coteaux où ruisselaient de tous cotés les vignes et les cours d’eau . / … 162,

      • #131023 Répondre
        Adlab
        Invité

        Absolument pas convaincu.
         »
        Lu comme ça, on dirait un énième machin, écrit par un nostalgique de poésie romantique qui ferait mieux de peindre dans sa cuisine, voir de repeindre la pièce »🙄
        Quel problème avec les nostalgiques, le romantique.

        C est pas assez potache?
        La fatigue…

        « On sent mieux que c’est pas qu’un nostalgique poète, nan? »
        Nan…. 😮‍💨

        « Et quiconque ne sourira pas en lisant ce bouquin est à profiler définitivement dans les rabat-joie irrécupérables. »👮‍♂️
        J ai pas souri ,c est grave?

        Nous y voilà, l injonction, l autoritaire happycrate

        • #131045 Répondre
          Carpentier
          Invité

          bleuuuuurpllll geu geu
          all i want for Christmas is not and super pas youuuuuuuu

          joyeuses fesses, machin-truc

    • #131145 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Est-ce que certains ici se sont frottés aux diverses traductions de l’Odyssée, notamment les récentes (Lascoux/Brunet)? Je voudrais le lire avant la sortie du Nolan en juillet.

      Dans un autre genre (!) j’ai déjà vu Le Mépris (à propos duquel je me posais la question : sera-t-il question du film dans ton livre sur le mépris, François?).

      • #131147 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Tu m’apprends cette adaptation. Je découvre Matt Damon en Ulysse barbu, moi qui l’ai tjrs cru imberbe.
        Peut-être que quand Pénélope défait sa tapisserie la nuit, Nolan filme Ulysse en train de naviguer en marche arrière.

        • #131157 Répondre
          begaudeau
          Invité

          Dans le livre Du mépris, 7 lignes sur Le mépris (sur le mépris de Camille pour Paul)

          • #131163 Répondre
            Yatropdenoirdanslequipedefrance
            Invité
          • #131256 Répondre
            Carpentier
            Invité

            vu hier à la télé pour une première,
            quelle époque, le générique parlé, dit – par JLG lui-même, c’est bien ça? – c’est quand même quelque chose, non?

            • #131258 Répondre
              begaudeau
              Invité

              Oui, par lui-même
              Rappel qui t’intéressera : Godard tourne après coup la scène « et mes fessses tu les aimes mes fesses? » en réponse aux producteurs qui voyant le montage lui disent qu’on ne voit pas assez le cul de Bardot
              (donc ne surestimons pas « l’époque »)

              • #131262 Répondre
                Carpentier
                Invité

                bah, bizarrement (et tu me crois si tu peux)
                je pensais pas à cette scène, la seule que je connaissais en partie, tu penses –
                (en vrai, j’ignorais qu’elle durait un peu et le visage de Piccoli, pas mal dans l’ombre, ça m’a surprise, bon)
                je pensais plutôt aux plans longs sur la descente des marchés carrelées sur le toit d’une maison, le bain de soleil sur le roof top, comme on dit maintenant, les lieux et la lumière, qui (me) rappellent aussi un peu du/des 2 Pasolini que j’ai vus, ou plutôt – ma surprise curieuse à moi, spectatrice, quand je découvrais le filmage de Pasolini, bref.
                Les dialogues aussi, comme ‘ faussement inaboutis/pas si écrits ‘ , les perpétuelles va et viens dans les dires/la pensée du perso de Bardot, les scènes dans l’appart’ avec les questionnements du couple sur les travaux, bref
                – ok, pour cette scène culte que je n’imaginais pas en ouverture de film en fait,
                et merci pour ta précision.

                • #131263 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  sinon, de fait, les producteurs ont dû autant s’en délecter que celui du film – quand la première meuf nage nue (avant la scène où Bardot se met à l’eau aussi, elle nage comme une libellule d’ailleurs): on le voit le cul de Bardot, ah ça oui
                  Je prefere, si on parle, son cul pleine lumière sur le roof top: ça c’est beau.

                • #131264 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  la descente des * marches * carrelées (bien sûr)
                  Y repensant, je m’en régale encore, cette séquence est splendide

                  • #131285 Répondre
                    begaudeau
                    Invité

                    ce n’es pas une question de scène à laquelle tu as pensée ou non
                    je rebondis juste sur « quelle époque »
                    je signifiais que l’époque n’est pour pas grand chose dans la beauté du Mépris – qui tient davantage à Godard, à Bardot, à Lang, à Homère, à Capri.

                    • #131289 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      ok, plus clair pour moi

      • #131149 Répondre
        MA
        Invité

        Revu cette annee. As- tu lu le roman IGY

        • #131175 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          MA : non je ne l’ai pas lu (j’imagine que la référence à l’Odyssée est aussi dedans).

          Dr Xavier : rire (et veillera, cohérence oblige, à ce que la barbe de Matt raccourcisse au bon rythme).

          François : c’est bien noté.
          .
          Yatrop : Je ne pensais pas commenter ce texte, mais s’y trouve quelque chose qui dépasse tellement ce à quoi on pouvait s’attendre — un cadeau du ciel — que je suis obligé de relever. L’auteur se plaît beaucoup à disqualifier la dissection des affects et même toute théorie qui en traite (Lordon inclut, et les notes de bas de page ne changent rien au corps du texte, très explicite) au motif qu’elles sont l’œuvre de commerçants petits bourgeois ( » d’abord il faut vendre, ensuite, on verra ») et font dangereusement dériver ceux qui en font usage vers la conservation voire la réaction.

          Je relève du texte de Mr Lasserre, expert en marxisme matérialiste et homme de l’anti-confusion, la phrase suivante : « Sorel avait déjà montré, en son temps, la nullité de cette approche par les affects parce que, en bon matérialiste, il avait compris que nos sentiments sont en relation de dépendance avec notre environnement social ». Mr Lasserre, afin de soutenir ses vues quant à l’inutilité voire à nocivité intrinsèque d’une théorie qui « ouvre des portes à des conceptions conservatrices, réactionnaires », cite donc l’un des principaux penseurs de la révision du marxisme, Georges Sorel, qui abandonnera largement le matérialisme et nourrira très directement la déviation fasciste de Mussolini — ce dernier a revendiqué à plusieurs reprises la filiation, et cite même Sorel comme partie prenante du « grand fleuve du fascisme » dans sa « Doctrine du fascisme » (en accès libre sur Gallica), entre autres.

          Mr Lasserre, « en bon matérialiste », nous fait ainsi avaler la « nullité de cette approche par les affects » dont la pente réactionnaire est raide, si raide qu’elle requiert son intervention, en citant Georges Sorel. On aimerait qu’il nous donne quelques précisions sur les « portes » que cela pourrait ouvrir.

          Merci pour ce moment.

      • #131171 Répondre
        Charles
        Invité

        Je n’ai lu l’Odyssée que dans la traduction en vers de Jaccottet qui m’avait paru satisfaisante.

        • #131174 Répondre
          MA
          Invité

          Celle de Victor Berard est accessible aussi, meme si non versifiee.

    • #131340 Répondre
      Sarah G
      Invité

      Qui as lu par ici les livres d’Alice Ferney.
      Pour ma part je n’ai lu que Les Bourgeois.
      Intéressant à lire mais trop de longueurs notamment sur les actions et stratégies militaires.
      Et le 21e siècle trop survolé par rapport à l’histoire de la famille.

      • #131428 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Très bon souvenir de Les Bourgeois, et plaisir à lire Deux innocents. Et également Dans la guerre, étonnant sur la forme. Bcp moins convaincu par L’Intimité.

    • #131368 Répondre
      kenny
      Invité

      « Plus fortement pensé au témoin de Joy Sorman (mais tout simplement par ce qu’il y a des scènes au tribunal) »
      un peu aussi, mais il me semble que sorman est plus calme, et plus particulièrement attentive au classisme
      chez dalie ça foisonne, c’est le grand cirque du mensonge généralisé
      quelques extraits savoureux:
      .
      « Pour accuser le couple, les avocats ont joué d’un parallèle avec Blaise Pascal, juger c’est comprendre, avec Malraux qui aurait affirmé presque l’inverse, ils ont enchaîné avec Primo Levi, comprendre c’est d’une certaine manière justifier ; du jansénisme aux crimes nazis, en passant par la politisation institutionnelle de Malraux, j’avais eu du mal à reconnaître le forfait des deux créatures dans le box. Un autre avocat avait conclu plus matériellement : Sans la mère, rien n’était possible, sans le beau-père, Fiona ne serait pas morte ; pour preuve, il avait évoqué un Bastien mis par son père dans une machine à laver sur le programme essorage, sous les yeux complices de sa mère. La salle en avait frémi et joui un peu. Un autre avocat de l’accusation saisit les jurés en suggérant de glisser sur la petite un voile de vérité judiciaire, linceul pour cette fillette laissée nue. »
      .
      « Le procès Fiona est rance, les accusés dégoûtent par leur endurance et leur indécence à ne pas clore le récit de manière édifiante, la couverture médiatique est de plus en plus faible. Qui plus est, la veille, Valéry Giscard d’Estaing a rejoint la liste des plus de 50 000 morts du coronavirus en France alors qu’il était membre de l’Académie française et immortel depuis 2004. »
      .
      « Quel jour on est ? Le 3 décembre. Et ? C’est le jour d’anniversaire de votre fille défunte. Oui, bien sûr, elle sait que c’est l’anniversaire de Fiona. Quel âge elle aurait eu ? Cécile tâtonne, 16, 12, 13 ?
      Le président tente la neutralité : Fiona est née le 3 décembre 2007. Elle aurait eu 13 ans. On va mettre ça sur le compte de l’émotion. »
      .
      « Rencontre sur Badoo, le Meetic des jeunes, sortie en février 2019, relations physiques en mars 2019, début de grossesse en juin 2019. Il s’appelle Souleymane, sans-papiers algérien qui l’a aidée à déposer ses CV, personne ne l’a rappelée, elle n’a pas de boulot, elle est titulaire d’une allocation adulte handicapée en invalidité (putain, s’exclame la femme assise derrière moi). »
      .
      « Fin décembre 2020, la fameuse France entière s’en bat les steaks de Cécile Bourgeon ; on est sur du Charlie Hebdo, du Bataclan, sur de la pandémie qui fait chier, sur du chômage de masse sans compter les présidents qui meurent »

      • #131416 Répondre
        begaudeau
        Invité

        merci de nous replonger dans ce livre trop peu lu

    • #131438 Répondre
      Younès
      Invité

      Avez-vous lu des livres de Giorgio Agamben ?
      Je découvre ce nom sous la plume de Yannick Haenel (excellentissime écrivain, que je vous recommande) et en regardant les titres de ses ouvrages (Idée de la prose, La puissance de la pensée, Qu’est-ce qu’un dispositif ?, Création et anarchie), je me dis que ça pourrait parler à pleins de gens de ce forum, certainement même à François pour le livre Création et anarchie (le résumé présent sur le site Rivages est passionnant).
      Qu’en pensez-vous ? Et auriez-vous des conseils de livres par lesquels commencer pour appréhender au mieux son oeuvre ?

      • #131490 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Depuis le temps je pense être ici le seul défenseur d’Agamben, auteur j’ai pas mal lu il y a trois-quatre ans, que je lis encore de temps en temps que je continuerai à lire — il vient d’en sortir un au Seuil qui me semble traiter d’ontologie en politique, sans aucun doute et comme d’habitude avec une perspective historique; je compte le lire en début d’année. J’ai fait les mêmes réflexions que toi à François mais à force de lui avoir pointé sans succès leur proximité souterraine, je pense pouvoir parler à sa place (je parle sous votre contrôle) en disant qu’il y a entre eux un indéniable écart de style, et donc de tempérament, et donc de pensée — cette dernière affirmation mériterait nuance. Les deux ont en commun un certain art de la condensation car les deux sont des littéraires, mais l’un a beaucoup moins d’humour que l’autre — je laisse deviner qui est qui (l’ayant peu fait cette année, je tenais à honorer mon récent titre de Top 1 Suces-Boules 2025, avant, dans onze heures et à regret, de laisser les rênes à Seldoon).

        Agamben est à la fois d’une clarté extraordinaire et d’une obscurité qui parfois confine au mysticisme. C’est en fait un théoricien-poète, mais sa pensée s’accroche toujours à l’histoire — généalogie et archéologie (Nietzsche-Foucault) et surtout philologie : je trouve qu’il excelle à faire jaillir de la pensée à partir des divers sens historiques d’un mot, belle manière de lester l’histoire de la pensée par de la matière. Je ne dirais pas que sa pensée est « rivée » à l’histoire tant il sait danser au-dessus des siècles par des rapprochements et des collages inattendus, sans pour autant nier l’historicité — si Agamben était cinéaste il serait un monteur, c’est là sa légèreté propre. Légèreté qu’il tire d’une érudition hors norme et surtout très large (littéraire, philosophique, historique, poétique, politique, religieuse), et qu’il sait (ça n’est pas toujours vrai) ne pas rendre si écrasante. Son art de la concision — art à double tranchant, surtout en philosophie et en histoire — aide beaucoup.
        .
        Création et Anarchie contient quelques textes magnifiques. Il y a d’excellents textes dans Enfance et Histoire, quelques très beaux écrits théoriques dans La Puissance de la Pensée (mais on y voit aussi le côté d’Agamben que j’aime moins, lorsqu’il se fait commentateur d’Heidegger, j’ai souvenir d’avoir été intégralement largué : il prend les défauts du « maître », ou de ses traducteurs, je ne sais pas, sans doute les deux). Son Qu’est-ce que le commandement?, très intéressant, est trouvable gratuitement en pdf sur google en deux clics.

        J’ai un bon souvenir de Karman (même si sa conclusion sur le « geste », bon, certes….), sur l’inscription de la responsabilité individuelle dans l’action et le droit par le christianisme. Idée de la prose contient quelques textes superbes, qui sont presque des poèmes. De manière générale il faut souligner l’impressionnante qualité des traductions, qui sont souvent de Martin Rueff ou Joël Gayraud (j’imagine qu’Agamben peut les contrôler puisqu’il est francophone, en plus de parler latin et grec, sans doute aussi allemand puisqu’il a édité W. Benjamin).
        .
        Quand on entre dans un livre d’Agamben, plus que dans d’autres, on ne sait jamais par où l’on va passer. J’aime ça chez lui.

        • #131498 Répondre
          begaudeau
          Invité

          Sachant, cher roi des Suce Boule 2025, que je n’ai jamais lu d’Agamben que quelques textes.
          Ma réticence intuitive voire animale à lui tenant essentiellement à la gueule de ses zélotes
          En philo il ne faut pas m’en demander beaucoup plus.

          • #131499 Répondre
            begaudeau
            Invité

            Je promets, en 2026, d’en lire davantage

            • #131501 Répondre
              begaudeau
              Invité

              Création et anarchie évidemment m’aguiche.

    • #131448 Répondre
      Charles
      Invité

      Pour en finir avec le culte de la victimisation


      Recension intéressante ou plutôt appétissante car elle donne envie d’en savoir plus.

      • #131543 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Un peu jargonnant, ce texte
        On pige, mais tout ça aurait pu etre dit beaucoup plus clairement

    • #131450 Répondre
      Carpentier
      Invité

      …. En me réveillant, j’ai compris pourquoi mon patron avait l’air mécontent quand je lui ai demandé mes deux jours de congé: c’est aujourd’hui samedi. Je l’avais pour ainsi dire oublié, mais en me levant, cette idée m’est venue. Mon patron, tout naturellement, a pensé que j’aurais ainsi quatre jours de vacances avec mon dimanche et cela ne pouvait pas lui faire plaisir. Mais d’une part, ce n’ est pas ma faute si on a enterré maman hier au lieu d’aujourd’hui et d’autre part, j’aurais eu mon samedi et mon dimanche de toutes façons. Bien entendu, cela ne m’empêche pas de comprendre tout de même mon patron. / …
      – chap.II, p.31, L’étranger A.Camus, Gallimard 1942 –

      • #131452 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Cela faisait longtemps que je n’avais pas fait l’expérience de voir un film et d’en lire le roman dont il est l’adaptation après: ici, c’est d’autant plus singulier que j’en ai vu le film d’Ozon hier après midi et je lis/vois le film comme en live, c’est troublant, je lis donc Camus vraiment juste après.
        Les lignes factuelles de ce que vit, pense le narrateur sont tellement écrites simplement, comme s’il écrivait sa respiration en fait, ce qu’il vit comme brut et comme sans fioritures aucune que c’est étrange et bien singulier, oui.
        En revanche, je dois avouer que dans ce que je partage ce matin, c’est typiquement le genre d’écriture qui se veut comprendre les deux parties, quitte à être soi, un peu le perdant de l’histoire, être chahuté du moins, un peu ce qu’on appelle ‘ ménager la chèvre et le chou ‘ et, en général, ce faire n’a pas ma préférence – loin de là.
        Je regrette presque d’avoir vu le film avant de lire L’étranger car je ne cesse, pour l’instant, c’est bête, de regretter ce que j’aurais vu ‘personnellement ‘ en le lisant en premier.
        Au moins, avec Kechiche et La blessure, jamais eu ce type d’écartelement : )
        @Claire N: nous avions évoqué mon désir de lire L’étranger, j’y suis (souvenir que tu me questionnais à propos de la présence du couple dans le roman, je te dirai..)

        • #131605 Répondre
          Claire N
          Invité

          Vu merci –

          • #131613 Répondre
            Carpentier
            Invité

            salut,
            j’imagine aujourd’hui, tandis que j’ai fini le roman, que ta question (comme toute question?) n’était pas qu’innocente, pas qu’innocente d’une hypothétique-réponse, veux-je dire, quand tu me l’as posée;
            (genre, en gros, si elle nous vient, cette question, c’est qu’une possible réponse l’accompagne déjà dans notre esprit)
            bref, alors:
            – pour te répondre, dans le roman, la présence de cette Marie, contrairement au film d’Ozon, est moindre, bien moindre.
            Dans la forme, elle apparaît quasi comme la mère de Meursault, une fois le chapitre enterrement passé.
            Dite Marie prend souvent une ou deux lignes, guère plus (je pense notamment à ‘ la scène ‘ première baignade/retrouvailles) mais cette présence est plutôt régulière, comme allant de soi, comme tout le reste avec Meursault.
            Marie, le voisin et son chien, les passants et la rue sont presque plus rapportés que la femme et ça, la rue, l’environnement, ce dans quoi Meursault est immergé, Ozon le rend bien.
            En revanche, il a pas mal romancé son film avec le perso de Marie*, y compris lorsque Meursault est en prison, avec la scène du parloir, par exemple; ce moment, côté Camus, étant écrit comme bien plus factuel que sensible bourré d’émotions et surtout de sens – mais n’était-ce pas, notamment, l’exercice poursuivi par Albert Camus avec son L’étranger ?
            Rebecca Marder, une fois sortie gagnante du casting, a-t-elle amenée F.Ozon à enrubanner son adaptation de romance? son choix et sa prestance physiques, je veux dire – alors même que le texte originel en est presque totalement dépourvu – au vu de la signature de l’écriture de son auteur, à l’os des pensées du narrateur, observateur extrême de tout ce qui lui vient au quotidien?
            En revanche, le texte, souvent retranscrit et servi en dialogues par les différents persos, est bien resservi et suivi par Ozon.
            Dans son film. on retrouve souvent tel qu’écrit le roman.
            Pas toujours chronologiquement mais sa fidélité au texte est notable.
            Ça, c’est un fait.
            Ouais, drôle d’expérience de lire ce texte dans la foulée de mon visionnage de l’adaptation ciné d’Ozon.
            Je ne pense pas l’oublier de si tôt du coup, ce roman de Camus.
            ps: *une scène au lit Marie/Meursault est notamment purement Ozonienne alors que Camus dit son Meursault sensuel et charnel dès qu’il est à la plage et qu’il nage avec Marie.
            Moins dans son appart, écrit comme au milieu des autres et moins comme un (futur-) conjugal, il me semble.
            Là dessus, me reste aussi leur film, la scène tactile de Meursault qui suit des doigts une silhouette de femme, présentée face à l’amant.e et gravée sur un des murs de sa cellule, c’est très bien vu et dit, avec un Benjamin Voisin qui, selon moi, n’a pas à rougir de sa prestation.
            @Jules: profité pour te répondre aussi, tu vois
            Bonne année nouvelle à françoisbegaudeau.fr
            Et si qqn.e a vu ce Ozon, dispo pour en causer un peu, il est suffisamment conséquent en temps passé devant pour qu’on puisse échanger il me semble, si désir

            • #131615 Répondre
              Carpentier
              Invité

              [*DiRe Marie,
              Là-dessus, me reste aussi *DU* film]
              – Marrant, prise d’un doute impromptu sur l’orthographe du nom Meursault, après avoir envoyé mes lignes, m’apparaît clairement une différence/spécificité formelle criante entre le roman et le film où ce patronyme, qui sert notamment aux nombreuses interactions du narrateur avec les autres persos, est prononcé des milliers de fois alors que dans le roman, pas.
              Anecdotique sans doute, mais je trouve ça marrant de penser, de ce fait, le travail d’adapter au ciné un roman entièrement écrit à la première personne.
              – Et il y a cette scène, livre et film, où Meursault note que le chahute beaucoup le moment de son procés où l’avocat dit ‘ je ‘ pour dire les faits de l’affaire Meursault, le moment où procurer et avocat disent son âme.
              Dans le roman, toutes les pages sur ce qu’observe Meursault de la justice d’entre les deux guerres sont, par ailleurs, déjà édifiantes.

              • #131616 Répondre
                Carpentier
                Invité

                *procureUr* bien sûr,

            • #131670 Répondre
              Claire N
              Invité

              Je te remercie pour cette analyse comparative précise
              « Dite Marie prend souvent une ou deux lignes, guère plus (je pense notamment à ‘ la scène ‘ première baignade/retrouvailles) mais cette présence est plutôt régulière, comme allant de soi, comme tout le reste avec Meursault »
              Je pense oui que tu saisis par cet angle un pan pas si anodin de l’anodin

            • #131672 Répondre
              ^^
              Invité
      • #131456 Répondre
        Carpentier
        Invité

        on aime cependant l’amusant
        … et d’autre part, j’aurais eu mon samedi et mon dimanche de toutes façons. /…

      • #131520 Répondre
        Jules
        Invité

        Qu’as-tu pensé du film ? je comptais aller le voir par curiosité, même si le réalisateur me rebute plutôt (jamais vu ses films mais plutôt un feeling)

        • #131541 Répondre
          Alexandre
          Invité

          On vient de m’offrir chez Acte Sud trois récits de Henri Bauchau : Œdipe sur la route, Antigone et Diotime et les lions.

          Connaissez-vous? Moi non

          • #131606 Répondre
            begaudeau
            Invité

            connais pas

          • #131611 Répondre
            Sarah G
            Invité

            Non je ne connais pas cet auteur

    • #131614 Répondre
      Alexandre
      Invité

      Bon, merci, je vous en dirais des nouvelles.

    • #131679 Répondre
      Etienne
      Invité

      Flash-back acide de Philippe Manœuvre, le critique raconte sa vie et rencontres avec du people. Plutôt marrant

    • #131792 Répondre
      Carpentier
      Invité

      … Un roman sur la guerre d’Espagne, le thème était prometteur, hélas, trois fois hélas, Cuartero est complètement passé à côté de son sujet … C’est peu dire que le lecteur reste sur sa faim: on aurait aimé que le récit soit plus fouillé, plus approfondi, mais l’auteur se contente de survoler son texte, comme absent à lui-même et à sa prose, comme s’il avait la tête ailleurs, préoccupé par tout autre chose que son roman, comme si on lui avait confié une piscine à entretenir et que l’eau était devenue laiteuse alors que le pH était pourtant bien à 7,3.
      Les Inrockuptibles. / ….
      – 109, Samouraï roman, Fabrice Caro, gallimard 2022 –

      Régulièrement, l’auteur/narrateur, qui a décidé du titre et de rendre hommage à son grand père dans son prochain roman, délire les critiques futures.
      Bien qu’au travail sur son livre, il a accepté, pour deux semaines, de surveiller la piscine de ses voisins.
      Sentimentalement, il sort d’une rupture où l’autre est partie et son ex, Lisa, continue à occuper ses pensées.
      Avant ces lignes partagées, Alan, l’auteur/narrateur vient de se visualiser, tel l’Ugolin de Manon des sources, arpentant la garrigue et hurlant ‘ je t’aime Lisa, je t’aime d’amour ‘ ! avec une Kickers cousue sur la poitrine.

      • #131794 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Pas compris ce post, mais j’en profite pour dire que je ne supporte plus les romans faibles et péniblement redondants de Fabacaro,
        Vivement qu’il se reconcentre sur son art premier.

        • #131803 Répondre
          determinisme
          Invité

          Et si c’était un coup de chance plutôt que de l’art premier, un peu comme pour toi ?!

          • #131827 Répondre
            begaudeau
            Invité

            pas compris
            si le père Fouras veut bien préciser on répondra

            • #131872 Répondre
              determinisme
              Invité

              Si tu te reconcentrais sur le fait que ton succès est une conséquence de la chance que tu as d’être « bien » né, peut-être que tes écrits comme ceux de Caro auront plus de consistance.
              Le père Fouras ou un ancien lecteur las de tes redondances.

              • #131877 Répondre
                begaudeau
                Invité

                quelles genres de redondance
                un peu de précision mon père

                • #131920 Répondre
                  begaudeau
                  Invité

                  on aura remarqué la solidité de cette loi : pour faire fuir un troll, brandis le mot précision
                  ca marche à tous les coups

        • #131808 Répondre
          Claire N
          Invité

          Mince- je viens d’offrir « le discours « trouvé chez un bouquiniste –
          J’aurais dû m’en douter il y avait beaucoup , beaucoup de musso dans cette «  spa «  pour livre
          J’espère qu’il ne mordra pas son nouveau détenteur

          • #131812 Répondre
            Carpentier
            Invité

            cadeau à FB?
            car sinon, on voit pas bien pourquoi ce serait forcément raté, si?

            – En cours de lecture du Samouraï roman, pas agressée d’aucune façon pour l’instant,
            J’aime, moi, les allers-retours constants dans l’écriture de Caro, sur le réflexif/anticipation (son livre à écrire et sa réception, les critiques sur) mêlé à son quotidien et surtout, évidemment, ses doutes, son rapport à son éditrice, et comment il vit ses échecs ou, pour mieux dire, ses timides réussites (si avoir au moins réussi à publier un premier livre peut être ainsi qualifié) tout cela narré dans la dynamique d’une rupture amoureuse subie (c’est elle qui l’a quitté) donc.

            – Je sais comment la sortie de Zaï Zaï Zaï avait été saluée unanimement par FB et son premier forum – et partout ailleurs d’ailleurs dans ‘ la culture ‘ , en fait –
            je peux donc entendre la/les réserves sur le Fabrice Caro/romancier mais je ne les partage pas intensément.

            • #131813 Répondre
              determinisme
              Invité

              MDR

            • #131815 Répondre
              Carpentier
              Invité

              D’autant plus que – nan, Carpentier, tu vas pas oser? – sortant de la lecture/film du L’étranger qu’on sait, j’ai quand même le sentiment de me retrouver devant un personnage – l’auteur/narrateur du Samouraï roman, donc – qui, lui aussi, prend les choses comme elles viennent, semble plus subir ce qui advient, ou tout du moins se dire ’ bah, ça ou autre chose ’ (ça ou peigner la girafe, comme on dit je crois) et que c’est loin d’être inintéressant à suivre, marrant dans les trouvailles de situations, bref, je suis loin de souffrir en le lisant.
              FB avait dit une fois précédente déjà que ça l’agaçait ou ne l’intéressait pas du moins, ce travail là de Caro, ok.
              Mais j’ignore, en fait, ce qu’il a lu de ce travail là fait par Caro.
              Bref, je lis Samouraï roman.

              • #131818 Répondre
                Carpentier
                Invité

                L’acceptation de ’ surveiller la piscine ’ de ses voisins par exemple, nous vaut plusieurs paragraphes réguliers, tricotés dans ce que vit l’auteur/narrateur par ailleurs, des paragraphes très drôles, si si, où il accepte – comme malgré lui mais en fait non (?) – de s’intéresser à la mesure du pH de l’eau (puisqu’en situation, profitant finalement de leur terrasse puisque se baigner en piscine l’anime vraiment peu) il préférerait rendre la piscine nickel à ses voisins -puisqu’il a pas dit non à leur mission.)
                Pareil avec la mère d’un ’ copaind’avant ’ qui a laissé une lettre, avant de couic, qui dit que ’ les meilleurs moments de sa vie sont ceux passés gamins avec l’auteur/narrateur ’ et la mère du mort ne le lache plus.
                Toutes ces lignes à propos sont drôles et émouvantes.
                – En fait, fixant sur son ex qui lui avait dit ’ tu peux pas faire un roman sérieux ’ ? ce personnage galère à se trouver là-dedans, dans le prendre la vie au sérieux, quoi – surtout sous l’injonction d’une/des autre.s.
                Ouais, moi, j’aime autant, je crois, Fabcaro que Fabrice Caro car déjà, dans Zaï Zaï Zaï, c’est ce savant mélange humain* chez ses persos, comme sucré-salé, qui était là.
                Alors quoi? C’est moi qui ne comprend pas.

                * ce qui alimente la littérature en plus, ouais, vraiment ce bémol sur de la redite mediocre chez Fabrice Caro est singulier pour moi

            • #131829 Répondre
              begaudeau
              Invité

              D’abord je trouve ca stylistiquement très pauvre, voire bien balourd par moments.
              Ensuite j’ai soupé du personnage de pseudo loser timide resté un ado inhibé qu’il trimballe partout. J’en ai surtout marre depuis qu’il est-, et je m’en réjouis coté BD- un grand gagnant de l’époque. Il faudrait sortir de la comédie romantique façon Apatow, sa vraie inspiration je pense. Ca va deux minutes.
              Et puisqu’il a écrit un livre qui raconte le ratage d’un scénario inabouti, on attend qu’il écrive un livre sur les 43 adaptations abouties de ses livres, BD, porte-clés.
              Aussi bien, le lisant récemment je me suis dit qu’il était devenu le Vincent Delerm de la littérature, jouant en permanence sur des références 80 ou 90 et même de bien avant. La France.

              • #131860 Répondre
                Carpentier
                Invité

                merci pour tes lignes,
                une fois de plus, plus clair pour moi ainsi
                et il se trouve que je suis plutôt d’accord.
                Il faut dire que mon enthousiasme joyeux avec son Zaï Zaï Zaï fut bien plus retenu que chez la plupart de beaucoup;
                Peut-être une des raisons pour lesquelles ‘ la descente’ , mes attentes envers lui sont plus raisonnables que celles de beaucoup quand il commet autre chose.
                Il a toujours pour moi était une sorte de Lauzier des 2000 en vrai, avec pas mal de cul en moins.
                Une sorte de Bacri de la bd, au style frais lorsqu’est sorti sa première bd mais pas plus.
                J’ignore, en vrai, pourquoi il y a eu un tel effet Fabcaro au début.
                Et ça m’intéresserait de mieux comprendre.

                • #131861 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  pour illustrer ce que tu dis, c’est une proposition/reco de la responsable section adulte de la bibli que je connais bien, et à qui j’avais reservé – l’attente fut longue/effet film Ozon – L’Etranger, en vrai.
                  Ça et Roman de gare de Humm.
                  On pourrait peut-être aussi appeler ça l’effet Dassin ‘ ?
                  – As-tu pris du temps pour voir Laurent dans le vent, avec notre copine Béa?

                  • #131862 Répondre
                    begaudeau
                    Invité

                    Non, pas encore
                    « Peut-être une des raisons pour lesquelles ‘ la descente’ , mes attentes envers lui sont plus raisonnables que celles de beaucoup quand il commet autre chose. »
                    Ca me parait très juste, ça
                    Oui on a été nombreux à placer très haut ce qu’il avait inventé en BD, autour de Zaï, un peu avant, un peu après. A l’époque j’avais eu envie de détailler en quoi mais je n’avais pas eu le support ou la situation pour (moi on me demande plutot des entretiens sur le déterminisme, comme au boulanger on demande une baguette)

                    • #131899 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      benh comme tu vois, moi, Carpentier, je te questionne aussi là-dessus
                      comme quoi,
                      – Cru comprendre qu’on aura le plaisisr de te revoir dans le 19e prochainement – au point eph, c’est bien ça? –
                      ravie je suis et espère être dispo pour,

            • #131866 Répondre
              Claire N
              Invité

              « cadeau à FB? »
              Plus maintenant
              J’ai assassiné le facteur

              • #131900 Répondre
                Carpentier
                Invité

                le pauvre, on lui avait pourtant bien dit de sonner 3 fois pour une fois

              • #131924 Répondre
                Carpentier
                Invité

                on a, enfin – j’ai – aussi remarqué que vous vous réveillez comme ensemble, tout du moins vos pseudos publient leurs premières lignes de la journée très souvent, aux mêmes heures, le matin
                C’est le facteur remplaçant qui me l’a dit …

      • #131800 Répondre
        Carpentier
        Invité

        tout cela est effectivement très imagé

        • #131806 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Et le lisant, c’est presque comme si je voyais sa bd, moi donc ça passe bien
          bon,

          après Fabrice Caro, je finirai les forçats de la route (j’attends réponse à mon mail de commande du Thomas Mairé)
          et puis après, comme on sait, on devrait avoir deux publications, si ma mémoire reste bonne…

          • #131811 Répondre
            Carpentier
            Invité

            *deux publications de qui on sait,

    • #132055 Répondre
      Sydali
      Invité

      Avez-vous lu le dernier Goncourt ? Et qu’en avez-vous pensé ? J’ai eu l’impression de lire du sous-Claude Simon, Claude Simon qui m’insupporte. Y a-t-il une vraie valeur littéraire ou est-ce une imposture ?

      • #132058 Répondre
        begaudeau
        Invité

        Non toujours pas

      • #132103 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Je suis Team Enthousiasme. Je peux te demander si tu l’as arrêté en chemin (et si oui à quel stade), et ce qui t’a déplu ? Je veux bien aller aux cages mais je voudrais d’abord entendre le réquisitoire du procureur, je te laisse l’engagement.

        • #132104 Répondre
          kenny
          Invité

          et, en passant, en quoi claide simon t’insupporte

          • #132147 Répondre
            Sydali
            Invité

            Claude Simon fait du mauvais Proust à mon sens. Ses figures sont très pâles d’une part (en cela, il me rappelle Gracq qui m’insupporte). Les personnages ont peu de chair. Il y a souvent comme un écran entre eux et nous lecteurs. D’autre part, je pense que Proust est inimitable, et on se casse les dents si l’on s’aventure là-dedans. Mais je reconnais naturellement son talent. Je ne l’aime pas mais son écriture possède des qualités.

            • #132280 Répondre
              Alphonse
              Invité

              « Ses figures sont très pâles d’une part (en cela, il me rappelle Gracq qui m’insupporte) » Qu’est-ce que tu appelles des figures ?

              • #132282 Répondre
                Sydali
                Invité

                Les personnages. Par exemple la veuve dans L’acacia (dont je ne suis pas venu à bout).

                • #132284 Répondre
                  Alphonse
                  Invité

                  Ah oui, en effet, les « personnages », c’est pas le coeur de ce que j’ai compris être le truc de Simon. Mais Gracq, quand même, Mariano, du Rivage, c’est pas une pâle figure !
                  A part Proust, tu aimes quoi, en littérature ?

                  • #132287 Répondre
                    Sydali
                    Invité

                    Stendhal, Genet, Aragon, Montherlant, Paul Gadenne. Un faible particulier pour certains romans de Beauvoir aussi. Et toi ?

        • #132146 Répondre
          Sydali
          Invité

          D’une part, Mauvignier mêle le style proustien et un naturalisme assez bas de gamme. Ce mélange donne à l’écriture un côté pâteux, ça ne prend pas, dans la mesure où Mauvignier ne spiritualise pas le détail comme Proust. Son écriture, pour détaillée et fouillée qu’elle se veut, se trouve être floue. On ne voit pas les images, elles se brouillent. C’est normal parce que Mauvignier n’a pas choisi. La conséquence est le nombre élevé de fioritures. Je pense qu’il aurait dû caviarder au moins 100-150 pages du livre.
          D’autre part, l’artifice sur lequel est fondé l’intrigue me semble très faible. Ça joue sur un aspect méta-littéraire qui ne prend pas : le narrateur ne sait rien de ses ancêtres mais imagine leurs vies. On peut se dire que ça accule l’écriture à se questionner sur ses propres ressorts. Mais désolé, quand je lis une intrigue, je veux du doigté, et là, je n’en ai pas trouvé.
          Pour donner franchement mon opinion, je dirais avoir eu l’impression d’une vaste fumisterie, une espèce de gadget made in China. Je perçois bien ce qui a plu au jury : l’ampleur de l’écriture, l’ambition littéraire. Mais j’ai l’impression que c’est bâti sur du faux, c’est de l’écriture dans le vide. On empoigne ses propres fantômes et les ombres font figures de vivants, de quoi éclipser le monde réel. C’est une espèce de rejeton idéaliste de mauvais goût, du sous-sous-Blanchot mâtiné de Simon.
          J’ai finalement l’impression que c’est un livre fabriqué pour les besoins de la cause, pour avoir le Goncourt : donner suffisamment de gages aux tenants d’une pseudo vraie littérature pour être primé, mais pas trop quand même. Ne pas écrire véritablement, mais sous-écrire en faisant comme si on écrivait. Arnaque quoi. Mais je crains d’être injuste.

          • #132286 Répondre
            K. comme mon Code
            Invité

            Phrase longue + souvenir = proustien. C’est une logique que je trouve assez caricaturale pour déclarer une filiation proustienne ratée. Ce n’est pas un texte proustien. Il me semble en tout cas qu’il voit bien plus clairement ce qu’il écrit car il force beaucoup moins le trait que dans ses autres livres, parce que c’est autour de cette histoire-là qu’il tournait depuis des années. Les quelques excès qui restent n’ont pas entaché mon plaisir de lecture.

          • #132288 Répondre
            Sydali
            Invité

            Il me semble que Mauvignier revendique clairement l’héritage de Claude Simon, qui lui-même revendiquait Proust. Donc tout cela se tient. Du reste, j’ai évoqué Proust comme critérium de la phrase longue réussie, pas forcément comme unique référence. Je trouve la phrase de Mauvignier pleine de fioritures et pas nécessairement belle. Proust par exemple construit ses phrases avec un rythme particulier, notamment l’effet de retardement de l’information en rejetant le verbe d’action à la fin de la phrase, par des juxtapositions de sensations et des synesthésies, des ordres ternaires …etc. Bref, la longueur est justifiée, parce que le signifié est dense. Chez Mauvignier, je n’ai pas trouvé cela. J’ai l’impression qu’il aurait pu écrire des phrases courtes sans que cela change la substance de son récit.

      • #132289 Répondre
        Alex
        Invité

        Je n’ai pas encore fini le livre, mais pour l’instant ma lecture est agréable. Je ne crois pas que je vais tirer quelque chose de la phrase de Mauvignier, qui ne me rejoint pas beaucoup, mais je trouve injuste de jeter le livre d’un bloc. À travers sa fiction (documentée quand même faut pas déconner), l’auteur fait apparaître du réel. Par exemple, j’ai toujours su, mais vulgairement, sans grand matière, que les femmes avaient été les subordonnées de l’histoire. Or, avec La maison vide, je l’ai vu, j’ai suivi la vie d’une jeune femme du début du XXe siècle, bourgeoise qui plus est, j’ai senti l’immense poids des contraintes sur elle, les parcours obligés, les rêves écrasés, la violence d’une vie sans possible. Et j’aime aussi que Mauvignier ne soit pas manichéen, qu’il montre que les hommes, dans une certaine mesure, sont tout aussi conditionnés et contraints que les femmes, qu’un propriétaire est prisonnier de son statut, que ses décisions n’en sont pas, que marier sa fille à un type qu’elle ne connait pas pour perpétuer l’affaire familiale n’est pas cruel mais impératif – cruel et impératif. Bref, La maison vide n’est peut-être pas pour moi un exemple stylistique, mais il me montre d’autres vies que la mienne, comme dirait l’autre. Ça me suffit pour continuer.

    • #132149 Répondre
      Sydali
      Invité

      Pour me nettoyer de cet idéalisme sirupeux, je me suis mis à lire La question de Palestine d’Henry Laurens. Ça fait du bien !

    • #132278 Répondre
      Léon Boit
      Invité

      Tiens j’ai pensé à Notre joie en lisant cet extrait d’un texte de Séverine sur Louise Michel :

      « […] Ils ont dit ses vertus, son courage, sa constance dans l’adversité, cette
      énergie souriante qui faisait d’elle une sorte de viatique vivant. Car
      aucun, dans les pires crises, alors que les hommes les plus rétifs au
      désespoir sentaient tout de même l’angoisse s’infiltrer en eux, aucun,
      jamais, ne peut se rappeler d’avoir vu fléchir, non pas même sa bravoure,
      mais sa sérénité.
      Elle avait le sourire, oui, et surtout dans le risque,- et davantage quand le
      risque était grave. Parce qu’elle savait qu’un visage clair inspire de la
      confiance, dégage de la lumière, promet des fins plus belles que le souci
      avoue.
      Et, cela, je voudrais bien que certains d’aujourd’hui en prissent de la
      graine ; se rendissent compte que, pas plus que l’habit ne fait le moine, la
      solennité du maintien, de l’accent, du vocabulaire, n’est garante de la
      conviction. Le rire de Danton, de Bakounine, de Jaurès, de Vallès, le rire
      spontané, presque enfantin de Louise Michel, sonne aussi fort le glas du
      passé que les prêches des formalistes — je dirais volontiers des Parisiens.
      Il a tant besoin de joie, le pauvre monde,- de cette joie qui n’enfante pas
      l’oubli comme les bas ou futiles plaisirs à quoi le convient ses maîtres,
      mais de la joie saine, simple, solide, savoureuse, qui résulte du fait
      d’exister… qui résultera, surtout, dans un milieu transformé !
      Ceux qui osent rire au nez de la tyrannie ou de la mort, ceux qui s’égaient
      ingénument des amusettes que crée la vie pour les plus simples des
      humains, savent généralement bien mourir — en souvenir, en légende, en
      exemple…
      C’est la détente nécessaire à l’obsession qui fait leur force, leur grandeur –
      et leur supplice ! Car chacun d’eux porte en soi, assumé, par vocation,
      retenu par conscience, une lourde part du fardeau de douleur humaine.
      C’est déjà pesant une vie, « sa » vie, avant que d’avoir acquis le pouvoir
      de s’en désintéresser, de s’en libérer par ce qu’on appelle
      philosophiquement les petits bonheurs. Qu’est-ce donc, lorsqu’on a pris à
      charge l’universelle souffrance, qu’elle vous hante, qu’elle vous étreint,
      qu’elle vous absorbe, qu’elle vous harcèle à toute heure, de sa plainte sans
      fin ?
      Louise Michel en était pénétrée jusqu’aux moelles. Et après l’hécatombe,
      après l’exil, après le bagne, après les deuils, après les pires détresses, elle
      avait gardé le rire divin qui attire les enfants, rassure les bêtes, réchauffe
      les cœurs, met du soleil dans les plus sombres galetas.
      Bonne Louise ! C’était sa tendresse qui se faisait visible soudain et
      rayonnait sur son visage ![…] »

      • #132301 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je garde
        « le rire divin qui attire les enfants, rassure les bêtes, réchauffe
        les cœurs, »
        Même si la phrase roule plus sur la tendresse que le rire
        C’est d’ailleurs émouvant ce texte qui voit quelque chose qu’il se sait peu enclin à ressentir mais quand même tend à l’admiration
        En cela c’est peu etre un geste d’écriture – je trouve – un peu différent de «  notre joie « 
        Qui épouse plus l’élan de ladite

      • #132320 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Merci pour le partage Léon Boit

    • #132300 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Pourrait aussi évoquer CUM
      Très belles lignes, merci.
      Pardon pour mon ignorance mais qui est donc Séverine?

      • #132316 Répondre
        Léon Boit
        Invité

        Oui effectivement ça pourrait évoquer certaines pages de CUM.

        Pour Séverine, j’ai découvert ce personnage il y a peu. Une journaliste anarchiste de la fin du XIXème ayant publié énormément d’articles (sur le féminisme, les animaux, Dreyfus…) compagnonne de route de Vallés. En me promenant dans une librairie anar je suis tombé sur un recueil de ses articles publié par les Editions L’échappée (« L’insurgée »).

        • #132593 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          donne envie de se renseigner sur cette femme

          • #132606 Répondre
            Léon Boit
            Invité

            Oui, on a à faire à une sacrée femme, même si certains de ses écrits peuvent paraître dépassés aujourd’hui., notamment ceux reflétant une forme d’essentialisme sur la question du genre, qui ferait tiquer pas mal de féministes d’aujourd’hui. Des prises de position et des revirements aussi (elle a défendu Boulanger puis s’en est éloignée, elle a écrit pour La libre Parole de Drumont – sans jamais avoir versé dans l’antisémitisme – avant de défendre Dreyfus).
            Mais une vraie vitaliste en tout cas.

    • #132302 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      « Et, cela, je voudrais bien que certains d’aujourd’hui en prissent de la
      graine ; se rendissent compte que, pas plus que l’habit ne fait le moine, la
      solennité du maintien, de l’accent, du vocabulaire, n’est garante de la
      conviction »
      m’évoque aussi, pardon pour l’autocentrisme, ce que je dis de la fiction de gauche dans le dernier TVB

    • #132575 Répondre
      MA
      Invité

      Bon docu qui revient aussi sur l’ajout d’Aladin.
      https://www.arte.tv/fr/videos/097500-000-A/les-contes-des-1001-nuits/

    • #133014 Répondre
      Carpentier
      Invité

      mail du jour qui m’informe que ma commande du Bien vouloir patienter m’attend à la librairie, j’irai le chercher demain
      Cool,

      • #133037 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        vieux motard

        • #133100 Répondre
          Carpentier
          Invité

          que j’aimais
          – avec le Mairé, j’ai pris le tien, tiens
          (pauvres mauvais films devant lesquels je vais pas m’asseoir avant un bon moment)

          • #133371 Répondre
            Carpentier
            Invité

            Bien vouloir patienter, Thomas Mairé, Cause perdue éditions, 2025, p.53:

            – On va toucher le smic alors que pour le même job, les CD de TauxImmo à Amiens touchent le double.
            Oh, eh. Je te trouve bien cupide pour un pauvre.

            (extrait des pauses clopes rigolades et des blagues au carré de Sylvain, sosie Chti’mi de Kurt Cobain et de Jonathan, le narrateur.)

            • #133376 Répondre
              Carpentier
              Invité

              … /Sans compter qu’on n’a même pas été formés sur ImmobiSales, on aura besoin de plus de temps !
              Nous sommes tous de cet avis, sauf Armand qui n’a pas oublié d’être ambitieux et donc servile et qui préfère se taire. /
              p.56: du miel.

              • #133379 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                double et

                • #133387 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  ça va?
                  pas d’avc en cours de post, François?
                  rassure-nous vite, stp

                  • #133435 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    j’aurais du écrire double « et »
                    une phrase où deux « et » se succèdent j’aime bien

                    • #133438 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      aaaaaah ok, et oui et c’est plus clair

                      • #133439 Répondre
                        Luc
                        Invité

                        ouf!

                        non mais sérieusement un peu de recul ça ne vous dit pas les groupies (hommes comme femmes)?

                      • #133444 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        jamais tu ris?
                        quel malheur, même devant une blague ratée?
                        – allez, j’y retourne, ce Bien vouloir patienter est décidément lui aussi bien addictif ^^

                      • #133448 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et bien tu fait bien de te poser la question parce que je commence à la poser, homme ou femme – dit tu ?
                        Pourtant si j’observe, tu viens surtout recouvrir
                        Carpentier, Graindorge, Ostros, Lison , moi même
                        De ton registre policier
                        Je ne sais pas ce que tu attends de nous
                        Mais un indice on se sent bien avec IGY, D Xavier Nefa, Netfou, Tristan,Seldoon , Emile ….et oui aussi François

                      • #133440 Répondre
                        Luc
                        Invité

                        c’est bien t’as mis ton double « et », auras-tu ton bon point?

                      • #133445 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        j’espère bien
                        et n’attends que ça
                        et espère

                      • #133451 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Oui mais t’es attaque incessante nous constitue en cheptel, je n’aime pas je te les déjà dit
                        Fais autrement

                      • #133457 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        euh, moi j’ai juste posté deux ou trois ou quatre phrases aimées ici (mon correcteur inscrit ‘ ailées ‘ et, pour une fois, ça l’fait) du Thomas Mairé :
                        oh eeehhh
                        non mais allô quoi
                        Déjà que ça danse sur le zinc dans ‘ citations de livres ‘ …
                        euh, vous pourriez pas poser vos mugs et tasses et bols de café sur votre tableau de bord et, comme d’hab, m’ignorer?
                        merci bien,

                      • #133458 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires non toi t’es mon totoro préfèré – ça s’ignore pas

                    • #133453 Répondre
                      Alphonse
                      Invité

                      Oui, on a remarqué que t’aimes bien.
                      Mais ici (je me souviens l’avoir remarqué en le lisant dans le bouquin), y a quelque chose qui me gêne : les deux « et » ne relient pas les mêmes syntagmes.
                      « Nous sommes tous de cet avis, sauf Armand qui n’a pas oublié d’être ambitieux et donc servile et qui préfère se taire. »
                      -> « et donc servile » est coordonné à « ambitieux » (le « et » relie deux adjectifs)
                      -> « et qui préfère se taire » est coordonné à « qui n’a pas oublié d’être ambitieux » (le « et » relie deux relatives).
                      Du coup, j’ai lu ça comme une préciosité ratée, et ça m’irrite. M’attriste un peu. Un classicisme boiteux. Qui crée confusion.
                      Alors peut-être : un classicisme bancal qui précisément se moque de la rigueur classique, une grammaire qui se tord parce que la vie est tordue.

                      • #133459 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        et à moi, qui n’a même pas pensé à FB et ses pref que je découvre en isolant ces segments, et qui suis en cours de lecture du Bien vouloir patienter, donc
                        – ça m’est surtout apparu comme une rupture de rythme légère et la drôlerie du contenu a prévalu puisque ce personnage lesté de peu de qualités pour son égal en aurait mérité bien d’autres de ‘ et ‘
                        Ce choix de construction de phrase peut aussi être une façon de ne pas employer les souvent très irritants points de suspension ….

                      • #133461 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        une rupture de rythme légère

                        car nous sommes dans un moment de heurts dans la narration (un changement important dans le protocole d’écoute et de travail) où les encadrants ne sont pas/plus en accord, entre eux et vis à vis des décisions qui leur tombent dessus (plus de notes papier car anonymat des appelants)
                        Ces deux phrases viennent après un peu de dialogues parmi des phrases plus longues qui témoignent d’une sorte de tempête dans les têtes et dans les pratiques;
                        Ce sera d’ailleurs l’origine de déplacements d’encadrants qui changeront rapidement de plateformes et de lignes téléphoniques clients à l’issue
                        Tempête dans les têtes car arrive, en plus, ce moment délirant où on file des ardoises magiques lidl aux écoutants pour gagner du temps de traitement des appels.
                        Adapté au ciné, ce pourrait être un des moments climax du film.
                        Gros délire en effet que de visualiser cela.

                      • #133462 Répondre
                        patemiso
                        Invité

                        ….c’est rare ce fanatisme.

                      • #133463 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        pin pon piiiin poooon pin poooon

                      • #133471 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        un peu de recul ça ne vous dit pas les groupies (hommes comme femmes)?

                        .c’est rare ce fanatisme.

                        viens, on part en Argentine assister un match de foot

                      • #134004 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Alphonse : belle saisie de la phrase, mais je crois que Thomas est vraiment aux antipodes du précieux, même raté. Là il enchaine ici deux et, contre la règle tacite, par souci de fluidité du récit.

                      • #133721 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        « j’ai lu ça comme une préciosité ratée »
                        Alors j’irais jusqu’au bout en ignorant pas que l’auteur fait cela à dessein
                        La «  préciosité ratée «  échoit à dessein au personnage, malgré lui ?

              • #133430 Répondre
                Claire N
                Invité

                J’aime bien que tu mettes les deux phrases en suivant
                Ça m’interpelle
                – dans la première on a le »alors que « qui n’est pas encore ? Un «  et « 
                – dans la seconde le «  et « 
                Qui oui aurait pu être un «  donc « 

    • #133347 Répondre
      MA
      Invité
    • #133551 Répondre
      Fati
      Invité

      J’ai trouvé le petit livre féministe « Femmes et sport » génial, il a été écrit en 2009 par un collectif sous la direction de M de Kerangal et J Sorman, avec la participation de F Bégaudeau et G David et réédité (et actualisé) en poche en 2024, certainement pour les JO. J’ai appris tellement de choses en plus, comme par ex l’existence d’Alice Milliat qui a tant œuvré au début du 20e siècle pour ouvrir le sport aux femmes et a réussi à créer les premiers jeux olympiques féminins en 1921. Bon petit bémol les textes ne sont pas signés mais bon c’était certainement voulu.

      • #133552 Répondre
        stephanie
        Invité

        ça à l’air bien , merci Fati je vais me le commander.

        • #133582 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          eh oui, en 2007, et bien avant qu’on mette tout à la sauce « féministe », nous nous lancions dans ce livre
          (qui fut un peu connexe du 14 femmes bricolée par mes amies)

    • #133562 Répondre
      Erik
      Invité

      Je teste pour comprendre le fonctionnement de ce forum

    • #133563 Répondre
      Erik
      Invité

      Easy

    • #133588 Répondre
      Théo
      Invité

      Quelqu’un.e ici a lu Aqua de Gaspard Koenig ?
      J’étais curieux de voir ce que ça pouvait donner et je dois avouer être plutôt agréablement surpris. Il ne rentrera pas dans mon panthéon personnel (il a tendance à beaucoup trop expliquer et pas à mettre en scène) mais le roman est tout de même assez plaisant à lire, plus pour sa structure que pour son style ! On y trouve même quelques bonnes vannes de droite

      • #133589 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je crois que je vais tenter

      • #133722 Répondre
        Luc
        Invité

        Comme…?
        (Les vannes)

      • #133905 Répondre
        Luc
        Invité

        Je l ai entendu à la radio aujourd’hui, ça m’a plutôt donné envie de le lire .

      • #133976 Répondre
        Alphonse
        Invité

        J’avais lu cinquante pages de Humus. Abandonné pour cause de phrase terriblement plates, d’une naïveté narrative frisant le ridicule, pour cause aussi de personnages stéréotypés qui fonctionnent comme des archétypes de mauvais manuel de socio. Mais il partait avec un tel a priori, ce livre, que j’ai pu me tromper … Tu nous mettrais un extrait qui t’a plu – si tu en as le loisir ?

    • #133704 Répondre
      Carpentier
      Invité

      je referme le Thomas Mairé dans un soupir, c’était bien; ça se finit amicalement, ça se charrie alors que s’amorce pour les différents persos la putain de période de covid qu’on a, nous aussi, tous traversé: la fin de Bien vouloir patienter est à la fois lourde et pleine de vie, comme si j’allais lire leur lendemain à la suite; je m’étais habituée à eux, ça fait drôle.
      Bon, Désertion m’attend: à nous 2.

    • #133851 Répondre
      poissonvache
      Invité

      Salut,

      Je cherche des références de bouquins qui donnerait la teneur de ce que c’est que d’être un.e salarié.ée de bureau et ce que ça comporte d’aliénation. En réfléchissant j’ai tout de suite pensé à l’Extention du domaine de la lutte de Houellbecq que j’avais déjà lu et bien aimé, mais j’aimerais éprouver le thème et les différentes manières qu’on été abordé cette réalité que beaucoup d’entre nous partage aujourd’hui.

      Si vous avez des recommandations, des bonnes comme des mauvaises, je prends tout !

      • #133909 Répondre
        Malice
        Invité

        Dans « ivresse de la métamorphose » de Zweig l’héroïne se fait royalement chier dans son travail d’employée des postes
        Dans « La bâtarde » Violette Leduc raconte entre autres choses son ancienne vie d’employée de bureau ( laborieuse dans les deux sens du terme)

      • #133925 Répondre
        Carpentier
        Invité

        à sa façon, Le Bartleby le Scribe d’Herman Melville

        il (ré-)agit tout du moins à sa façon pour ne pas,

        • #133927 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Dieu que la joie finale chorale est belle
          … i want just say that i want just say that i want just say that/than (?) i want just say that

          • #133975 Répondre
            Alphonse
            Invité

            Oui. Je te l’ai piqué, cette fin, pour un petit rif chanté très fort avec les copains-copines de la fanfare du coin. On est payé en salade de riz et bière artisanale : où est-ce que je t’envoie tes royalties ?

        • #133935 Répondre
          Carpentier
          Invité

          côte bd, même si l’a jamais été ma tasse de thé, Gaston Lagaffe of course

          – avec, là aussi, des stratégies pour s’en échapper de tout ce merdier

      • #133931 Répondre
        MA
        Invité

        J’aurais pensé aussi à Kafka.

      • #133965 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        @poissonvache sur la vie des salariés de bureau – Il y a quelques courts passages dans Connemara. Je garde un pas trop mauvais souvenir de Les heures souterraines, de Deplhine de Vigan. Et Bartleby ?

      • #133967 Répondre
        Mao
        Invité

        On peut citer Bullshit Jobs de David Graeber.

        • #133978 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Ah, si on a droit aux essais, je pense à : Des dominants très dominés: Pourquoi les cadres acceptent leur servitude (Gaëtan Flocco), Les agents de l’économie: Patrons, banquiers, journalistes, consultants, élus. Rivaux et complices (Christian de Montlibert), La société ingouvernable: Une généalogie du libéralisme autoritaire (Grégoire Chamayou), Les illusions du management – Pour le retour du bon sens (Jean-Pierre Le Goff, un sociologue de droite – eh oui ! – qui fait un bon constat, et bien sûr tout ça c’est la faute de Mai 68).
          Et bien sûr Bien vouloir patienter, mentionné par Oscar ci-dessous.

      • #133977 Répondre
        perove
        Invité

        Les 300 pages première de Belle du Seigneur se passent en majorité à la Société des Nations et sûrement parmi les pages les plus drôles que j’ai pu lire

        • #133986 Répondre
          Malice
          Invité

          Adrien et ses pauses pipi

          • #134002 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            vague souvenir plutot positif d’un essai-récit des années 2000 qui s’appelait L’open space m’a tuer

        • #133998 Répondre
          Sydali
          Invité

          Adrien est un personnage extraordinaire. Son ingéniosité à ne rien foutre est pratiquement flaubertienne, à l’image de Bouvard.

          • #134055 Répondre
            Malice
            Invité

            J’adore le passage où selon Ariane il a des gestes de chien; et quand il s’aperçoit qu’il est quitté ( les passages comiques qui alternent avec l’inquiétude – je veux dire que j’étais vraiment inquiète et touché par cet idiot).
            Sa façon d’apporter le thé au lit à sa femme en l’appelant La chouquette, complètement niais drôle et exaspérant

            • #134510 Répondre
              Sydali
              Invité

              J’avoue n’avoir pas pu finir le roman. Les digressions sur le mode de vie juif + les pages sur l’amour m’ont lassé. Je ne lisais que pour Adrien.

              • #134537 Répondre
                Malice
                Invité

                Je ne dis pas que je n’ai pas parfois eu envie de dire à Cohen  » abrège un peu là ».

                • #134916 Répondre
                  Sydali
                  Invité

                  Franchement c’est insupportable. Les digressions hyper longues sur le monde juif + l’amour mielleux là, pouf ! J’ai essayé Solal aussi, c’est impossible pour moi. En revanche, j’ai beaucoup aimé Le livre de ma mère.

      • #134054 Répondre
        Carpentier
        Invité

        la teneur de ce que c’est que d’être un.e salarié.ée de bureau et ce que ça comporte d’aliénation

        tu peux aussi répondre à une annonce
        pour comprendre la teneur de l’aliénation, t’as pas mal d’offres dans pas mal de secteurs et sur beaucoup de zones géographiques:
        allez, au bullshit job!

      • #134129 Répondre
        poissonvache
        Invité

        Merci pour toutes les recommandations, j’ai appris entre-temps que certains parlait parfois de « roman d’entreprise » pour parler de ce genre de bouquin, ça m’a permis de trouver quelques références en plus, je :

        « Stupeur et Tremblements » Amélie Nothomb,
        « La Batarde » Violette Leduc,
        « Ivresse de la métamorphose » Zweig,
        « Bartelby, le scribe » Melville,
        « Les heures souterraines » Deplhine de Vigan,
        « L’os du doute» Nicole Caligaris,
        « Sans » Séné,
        « C’était » Séné,
        « Marge Brute » Laurent Quintreau,
        « L’open space m’a tuer » Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber,
        « Les Petits » Christine Angot (2011),
        «Then We Came to the End » Joshua Ferris,
        « Connemara » Nicolas Matthieu,
        « Au bonheur des dames » Zola: pas bureau mais travail dans grand magasin,
        « Naissance d’un pont » Maylis de Kerangal, pas bureau mais entreprise qui construit un pont.

        N’hésitez pas si vous avez d’autre référence et récit à partager 🙂

        • #134141 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          pas du tout souvenir que Les petits parle d’entreprise
          Mais ma mémoire est peut etre approximative

          • #134535 Répondre
            poissonvache
            Invité

            Ah dans ce cas là ça peut être une erreur de l’ia à qui j’ai posé la même question que je vous ai posé.

            Autant pour des sujets elle peut être compétente, autant là: elle m’a donné des références de livre que des auteurs n’avaient même pas écrits, mais aussi des références de bouquins qui n’avait rien à voir avec mon sujet, Les petits doit en faire parti !

            • #134536 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              bon ben à l’avenir je propose qu’on ne s’en remette pas à l’IA s’agissant de littérature
              notre cerveau collectif d’ici a suffisamment de ressources

              • #134542 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                IA qui dit l’exact contraire d’une critique littéraire entendue ( déjà citée dans le fil Désertion)Ça valait le coup d’inventer ça qui sert surtout à vider nos réserves d’eau planétaire et tutti quanti.
                Le progrès, le progrès, le progr…le pro… le pr, le p, le.

    • #133929 Répondre
      Oscar
      Invité

      • #133934 Répondre
        Oscar
        Invité

        … Playlist de « Bien vouloir patienter« 

        • #134056 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Et bien sûr Bien vouloir patienter, mentionné par Oscar ci-dessous.

          ah c’est vrai que j’ai bien pouffé en lisant la demande initiale de certain.e poissonvache dont le message est juste en dessous de celui où je disais venir de terminer le bouquin de Mairé, dont pas mal d’extraits ont, de plus, été partagés
          mais bon, Oscar le cite vite fait, en musique, tout est bien alors.

          • #134057 Répondre
            patemiso
            Invité

            regarde le tv un peu, y a Debré.

            • #134060 Répondre
              Ostros
              Invité

              Je confirme, intervention intéressante sur le droit
              A voir

          • #134130 Répondre
            poissonvache
            Invité

            J’avais pas vu, merci pour la reco du coup !

      • #134475 Répondre
        Carpentier
        Invité

        – play-list du Désertion:
        on commence avec ce morceau

        … à qui quelqu’un (dans ce livre)/cette pièce doit son prénom suivez mon regard. / …. 112,

        • #134476 Répondre
          Carpentier
          Invité

          Steven
          – Steve / …

          Tous ces dialogues, parfois simple mot unique, courte phrase d’opinion ou de réaction située, et ces bribes de pensées qui s’entremêlent, c’est formidable.
          Cru lire quelque part dans le forum qu’un.e sitiste notait que ça l’avait parfois perdu.e? ennuyé.e? fatigué.e?
          Moi, j’adore ça.
          J’ignore si l’auteur procède par ouvrage séparé ( si chaque dire d’un personnage qui participe au dialogue, est mené entier d’abord) puis s’il les entremêlent toutes ces paroles,
          ou bien s’il les avance à mesure (seconde hypothèse sans doute plus acrobatique pour un.e auteur.rice classique – ce que FB n’est pas)
          Les deux possibilités pré-existent dans ma réflexion/question, dans tous les cas, c’est sacrément bien fichu.

        • #134481 Répondre
          Carpentier
          Invité

          play list du Désertion:
          – en vrai, ça commence avec ça, quand Steve, toujours Steve:
          … se repasse la séquence où un choeur d’anciens (mais aujourd’hui, cette chanson-hymne existe en beaucoup de versions/saisons) de la Star Ac reprend Tous les cris les SOS, ses lèvres s’animent à l’unisson. /… 13,

    • #134062 Répondre
      stephanie
      Invité

      Antoine Mouton, Nom d’un animal , déjà parlé ici, il interroge le mot travail sous forme poétique et politique.
      Écrit aussi Chômage monstre ( pas lu) .
      Personne ne sort les fusils Lucbert
      La vie d’ Abdèle, Izza Amar, plus récemment.

    • #134196 Répondre
      Billy
      Invité

      Je viens de finir Un lac inconnu d’Eric Chauvier, c’est sorti l’année dernière.
      Vous en avez peut-être déjà parlé ici ? aimé ?
      C’est une sorte d’histoire de l’humanité poétique. Une anthropologie hallucinée.
      Le texte est très court, c’est l’histoire de l’Homme en 100 pages. Un texte très morcellé, un paragraphe = une page. Ça produit de la rêverie. Il n’y a aucune date. C’est à nous, lecteurs, de retrouver à quelle époque on est, et parfois de s’y reconnaitre, de délirer l’époque.

      Je trouve toujours le style de Chauvier hyper fort mais j’ai pas adoré. C’est une question d’échelle, ça cadre trop large pour moi. L’histoire de l’humanité c’est une échelle dans laquelle je suis pas à l’aise. Trop abstraite, théorique. D’autant que là, l’ensemble des actions humaines semble parfois réduite à l’angoisse de mort. Comme si en voyant large on voyait moins.
      Mais il y a la virtuosité de Chauvier qui arrive à insérer des très gros plans dans son histoire de l’humanité. Ici, deux paragraphes que j’ai adorés, la loi du pou :
      .
      Le langage vient à eux lorsque des colonies de poux trouvent refuge sur leur corps velu.
      Se nourrissant de leur sang, ils déclenchent des désagréments qui génèrent des réactions langagières. Ils apprennent à extraire ces petits parasites, tâche laborieuse qui, en retour, leur procure du soulagement. Les visions d’agonie de leurs semblables, non moins fréquentes que les séquences d’épouillage, ne sont pas plus élaborées que celles-ci. Dans leur panel d’émotions archaïques, ce qui soulage ou ce qui affecte se vit et s’exprime dans l’instant.
      .
      Peu à peu, des relations naissent (qui épouille qui?), des préférences (qui épouille le mieux?), des conflits (qui ne veut pas être épouillé?), des frustrations (et pourquoi ne veux-tu pas m’épouiller?), des conflits subséquents (qui donc entrave l’épouillage?), peut-être même des résolutions de conflits. La vie n’est pas sociale. La vie n’est pas consciente. La vie n’est pas inconsciente, seulement réglée par la dure loi du pou. C’est une harmonie, concédons-le, une osmose comme il n’y en aura plus par la suite. Lorsqu’ils succombent, nulle incompréhension, nulle supplique, pas même l’once d’un regret ne s’exprime dans leur regard absent. La mort est dans la vie comme le pou sur la peau.
      .
      La fin de l’histoire de l’humanité est presque fantastique (comme Plexiglas, mon amour). La fin presque-fantastique avec le Boitier T-345 est mon moment préféré, parce que le récit est resserré sur le « héros » et la vie qui s’immisce dans tous ses interstices, dans « une minucule brèche » du boitier, parce que le presque-fantastique révèle a posteriori le fantastique latent de la réalité.
      Cette fin révèle le plus beau du récit, éclaircit tout le texte : on arrive à être finalement ému par une vie unicellulaire, la forme vie la plus basique, parce qu’elle insiste. La vie-pou, petite et insistante. On est ému par le spectacle vain de la vie elle-même, ému par une odeur de champignon.

      • #134200 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        suis en train de le lire
        le trouve plutot en bonne forme
        même s’il y aurait à discuter ce sujet grammatical là, sur quoi repose le livre : l’espèce
        l’espèce à qui vient tot une pulsion de conquête, d’extension, d’illimité – adossée à son angoisse de mort
        limites de l’anthropologie, en tout cas de cette anthropologie là, générique, et a-historique de ne fonctionner que par séquences longues (millénaires)
        à discuter

        • #134468 Répondre
          Clément
          Invité

          Eh, pour une fois que j’ai déjà lu le livre dont on parle.
          Perso, permier livre de Chavier que j’ai lu et beaucoup aimé, avec des passages très marquants (effectivement comme le passage sur la recherche des poux; je me souviens aussi du passage sur « l’émergence des chefs-de-guerres/chefs-spirituels dans un collectif » ).
          J’ai trouvé ça impressionant d’essayer de faire ressentir ce que les humains ont pu ressentir il y a très longtemps.

          Sur la remarque de François sur la limite de cette approche., et de l’aspect a-historique.
          Déjà je trouve que littérairement, sur ce court livre, ça marche très bien.
          Ensuite, est ce que tu penses que le message du livre est de dire que les détails de l’évolution de notre espère (les aspects historiques) importent peu? Qu’avec d’autres configurations initiales (climats, ressources), les mêmes passages décrits dans le livre se seraient aussi déroulés ? (et c’est cette thèse là qui t’embête?)

          • #134486 Répondre
            Billy
            Invité

            Je crois qu’on se perd à chercher le message d’un texte.
            Et je crois pas non plus qu’avec d’autres configurations initiales, les mêmes passages décrits dans le livre se seraient déroulés : d’ailleurs l’épisode du pou se répète, et l’espèce ayant évolué, elle ne réagit pas pareil la 2ème fois.

            Le fait de survoler les millénaires produit sa poésie, mais ça produit aussi des généralités théoriques sans récit.
            « Dans l’industrie de l’art, de l’information et du divertissement, l’aura se clone désormais en série, par et pour le marché. Il ne reste rien, rien d’autre que le pressentiment d’une illusion totale. Il n’est pas d’échappatoire à cette parodie. Le spectacle emplit les esprits, mais au moindre entracte, l’angoisse s’accroît.
            Hurlante. »
            Je vois le point de justesse dans le trait qu’il esquisse rapidement, mais je vois aussi que mon rapport personnel à l’industrie de l’art n’est pas celui-là. Disons pas seulement. Cette généralisation me parait fausse, pousse la morbidité de toute entreprise humaine.
            J’aime quand, tout en écrivant l’espèce, il arrive à tenir son récit. Quand il tient le récit, la vie s’infiltre.

            • #134949 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              IL y a un peu du Debord tardif dans ce terminal bilan de l’humanité, avec comme chez Guy parfois des phrases magnifiques et parfois ces généralités un poil pénibles
              Il y a un moment du texte où Chauvier manifeste et revendique sa démarche : explicitement il reproche au marxisme d’avoir négligé une dimension psychologique sans doute plus fondamentale que les rapports de production : l’angoisse de la mort.. Là Chauvier flirte avec l’essentialisme et aussi avec la psychologisation des collectifs qui ne produit jamais rien de bon. Mais la littérature autorise ça, pardonne ça

              • #134953 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                retrouvé le passage : p 70 : « Si leurs critiques (la critique des marxistes, note de moi) s’avèrent justes, aucun ne relève que l’accumulation et la spéculation sont des formes de diversion psychopathologiques de l’angoisse »

      • #134467 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « Peu à peu, des relations naissent (qui épouille qui?), des préférences (qui épouille le mieux?), des conflits (qui ne veut pas être épouillé?), des frustrations (et pourquoi ne veux-tu pas m’épouiller?), des conflits subséquents (qui donc entrave l’épouillage?), peut-être même des résolutions de conflits. La vie n’est pas sociale. La vie n’est pas consciente. La vie n’est pas inconsciente, seulement réglée par la dure loi du pou. C’est une harmonie, concédons-le, une osmose comme il n’y en aura plus par la suite. Lorsqu’ils succombent, nulle incompréhension, nulle supplique, pas même l’once d’un regret ne s’exprime dans leur regard absent. La mort est dans la vie comme le pou sur la peau. »

    • #134443 Répondre
      Jean-Marie Bigard
      Invité

      Hello la compagniiiiee, je viens chercher quelques recommandations. Quels livres conseilleriez-vous en premier dans l’oeuvre de :
      1- Aurélien Bellanger
      2- Nathalie Quintane
      3- Christine Angot
      4- Eric Chauvier (j’ai lu les Nouvelles métropoles du désir, La petite ville, Les mots sans les choses)

      • #134450 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Bellanger : L’aménagement du territoire
        Quintane : Patate
        Angot : L’inceste
        Et pour Chauvier t as dit mes trois préférés.

        • #134455 Répondre
          stephanie
          Invité

          Patate ? ou Tomate

          • #134456 Répondre
            Carpentier
            Invité

            gros rire

            toujours ajouter au moins un oignon

          • #134480 Répondre
            Ostros
            Invité

            Et même : Tomates

        • #134489 Répondre
          Carpentier
          Invité

          voilà, 2 belles patates pour le liant au blender, 8 belles tomates évidées ou non, 1 gros oignon et le petit velouté de nos rêves sera prêt pour 19h00

      • #134477 Répondre
        Schnoups
        Invité

        Pour Chauvier tu peux continuer avec Somaland et surtout Laura, mon préféré.

        • #134479 Répondre
          Ostros
          Invité

          Oui Laura mon pref aussi

      • #134484 Répondre
        Billy
        Invité

        Quintane, Un oeil en moins
        Tout est bon chez Chauvier, j’ajoute : Laura,
        Si l’enfant ne réagit pas
        Plexiglas, mon amour

      • #134821 Répondre
        Mao
        Invité

        J’ai pas mal insisté avec Quintane, jusqu’à son dernier, mais finalement ça ne prend pas tant que ça. Je retiendrai Que faire des classes moyennes.

      • #134851 Répondre
        Tchitchikov
        Invité

        J’ajouterais Le revenant de Chauvier. Il s’est permis ici une licence fantastique en plus de l’anthropologie.

        • #134973 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Un lac inconnu tient presque aussi de la licence fantastique, voire horrifique
          Le modèle de Chauvier c’est décidément bien le film d’horreur

          • #134976 Répondre
            Schnoups
            Invité

            Oui, même dans Somaland on pense à l’horreur puisque la figure du mort vivant revient d’une certaine façon.

            • #135160 Répondre
              Tchitchikov
              Invité

              Je n’en ai pas lu assez pour pouvoir en juger. Anthropologie, Plexiglass mon amour et Le revenant. Mais j’ai l’intuition que vous avez juste sur l’angle horrifique. J’suis totalement happé par ma première lecture de la Recherche ; dont j’ai plusieurs fois hésité à livrer des passages sur le forum. Donc le reste pas avant cet été.

        • #134974 Répondre
          Schnoups
          Invité

          Le fantastique au sens initial (du fantastique littéraire) est de façon inattendue, déroutante et passionnante déployé dans Somaland. Et dans sa thèse où il décrit ce qu’il appelle l’effet Carpenter. Puisqu’il aime beaucoup le cinéma de John.
          Le Revenant place assez clairement le travail poétique et anthropologique sur l’artifice littéraire du retour d’un Baudelaire mort vivant. On n’a pas un réel tordu par l’étrange. Alors que dans Somaland c’est exactement ça. Et c’est génial.

      • #134964 Répondre
        Jules
        Invité

        Moi celui que j’ai préféré (peut-être le plus accessible) de Quintane, c’est Un hamster à l’école. Sinon « les enfants vont bien » (aussi très accessible)

    • #134781 Répondre
      Laurent
      Invité

      Je poste au bon endroit, j’espère.

      Je cherche un peu d’orientation sur l’oeuvre de Régis Debray.

      Avez-vous des recommandations de lecture ?

      • #134830 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Ma recommandation principale de lecture concernant Regis Debray serait de ne pas le lire
        (à moins que tu aies lu tous les livres du onde, et qu’il ne te reste que cet auteur)

        • #134848 Répondre
          Laurent
          Invité

          Me serais-je laisser enfumer par la vie romanesque du bonhomme ?

          • #134850 Répondre
            Alphonse
            Invité

            J’ai lu Révolution dans la Révolution, et pourquoi pas, à titre de document. Si il faut lire Debray.

            • #134852 Répondre
              I.G.Y.
              Invité

              « De » Debray je me suis souvenu qu’il était en position d’intervieweur dans Itinéraire d’un ciné-fils de Serge Daney, sur sa vie de cinéma. Les trois épisodes sont sur Tënk.

              • #134853 Répondre
                Alexandre
                Invité

                Je ne suis pas sûr de l’avoir jamais su!

                • #134944 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  on le voit apparaitre dans Chronique d’un été, de Morin et Rouch
                  il a 23 ans et il est déjà pédant comme l’octogénaire qu’il deviendra

    • #134811 Répondre
      samajesté
      Invité

      Si Charlotte Casiraghi écrit comme elle parle, son livre doit être ponctué de nombreux bégaiements.
      Elle de grande oreilles.

      • #134831 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        tu sais, nous autres écrivains, Charlotte, moi, Nicolas S, avons d’abord pour tache de faire bégayer la langue

        • #134844 Répondre
          samajesté
          Invité

          Ouais ouais, mais là je crains que la dysphasie ne soit au coeur de l’ouvrage. Il parait que Gad Elmaleh est réalisateur

        • #134855 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          Céline n’est pas d’accord, elle dit que votre mission est de verser des plumes sur les plaies.

          • #134858 Répondre
            Alphonse
            Invité

            « verser des plumes sur des plaies » m’a d’abord paru très joli ; puis visualisant la chose je redoute que les plumes collent à la plaie et que ça finisse par être tout dégueulasse

        • #134975 Répondre
          Stéphanie
          Invité

          c’est pourquoi François, je t’appelle Le Bègue.

    • #134857 Répondre
      kenny
      Invité

      le bégaiement affecté, je n’y avais jamais pensé
      mais maintenant que j’ai entendu bégo dire l’avoir flairé chez l’autre, je me dis mais oui!!

    • #134934 Répondre
      Idiot
      Invité

      François, toi qui as travaillé sur Faulkner, as-tu connaissance de l’œuvre de Flannery O’Connor ? Écrivaine du Sud, catholique, qu’on rapproche (à tort ou à raison, je ne sais pas) de Faulkner. Je feuilletais tout à l’heure son recueil de conférences (posthume) sur les questions de la littérature et j’y ai trouvé beaucoup d’idées proches de celles que tu as pu développer çà et là. Je retranscrirais, si ça intéresse, quelques extraits ci-dessous. Enthousiaste, j’ai emprunté un de ses recueils de nouvelles. Je viendrai en donner un avis plus tard.
      Et si d’autres sitistes (j’ai pensé d’abord à François, connaissant son intérêt pour le vieux Faulkner) connaissent, je suis curieux de leur avis sur la question.

    • #134946 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      je n’en ai lu qu’un dont j’ai oublié le titre et c’est bien dommage car ca m’a bien plu
      ce serait une sorte de Faulkner en mode mineur oui

      • #134952 Répondre
        Idiot
        Invité

        Ok, merci. Je vais chercher ma commande, je lis ça et j’essaye de préciser.

        • #135008 Répondre
          Charles
          Invité

          J’ai lu son recueil de nouvelles « Les braves gens ne courent pas les rues » qui m’a bien plu. C’est quand moins opaque, moins dense que Fauklner (et donc plus facile à lire.

    • #135005 Répondre
      Andréa
      Invité

      Bonjour, je suis en train de me casser les dents sur Les versets sataniques de Salman Rushdie. Je suis arrivé à la 200ème page et je n’arrive à m’accrocher à rien.
      J’ai l’impression que l’histoire des personnages me glisse entre les mains, que je ne comprends pas bien les allusions théologiques, et les phrases à rallonge et le style décomplexé ne m’amusent pas trop… Et pourtant je n’ai pas envie d’abandonner cette lecture.
      J’ai besoin d’aide pour continuer, je pense que je passe à côté de quelque chose.
      Malheureusement, tout ce que je trouve sur internet parle de l’histoire autour du livre, mais j’aimerais aussi comprendre le livre en lui-même.

      • #135006 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Je n’ai jamais entendu parler d’un livre de Rushdie, juste de Rushdie. Je suis curieux de savoir si quelqu’un l’a lu ici.

        • #135009 Répondre
          Charles
          Invité

          Les contes orientaux mais modernes de 800 pages ne sont pas trop ma came. Trop étouffe-chrétien.

          • #135022 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            jamais lu
            et me suis toujours demandé ce que vaut cet écrivain, célèbre malgré lui
            il me semble que c’est pas trop mal non?

            • #135026 Répondre
              MA
              Invité

              Un peu pretentieux, non?

      • #135137 Répondre
        Christophe M
        Invité

        J’étais tombé il y a plus de trente ans sur Haroun et la mer des histoires, une longue nouvelle pour enfants, qui m’avait beaucoup plu. J’ai enchaîner sur Les versets sataniques et n’ai pas tenu 200 pages. Tu ne me donnes pas envie d’y revenir.

        • #135363 Répondre
          MA
          Invité

          La traduction n’est pas très bonne je crois.

    • #135122 Répondre
      Younès
      Invité

      Je suis à la moitié de ma lecture du « Spectateur émancipé » de Rancière. Premier livre que je lis de lui et quelle claque !
      Je trouve certains passages compliqués (le deuxième chapitre sur « Les mésaventures de la pensée critique) m’est très opaque) mais la puissance de certains concepts clairement expliqués me rend cette lecture essentielle.
      Le chapitre sur « Les paradoxes de l’art politique » résout beaucoup de questions que je me suis posées : la puissance de pensée élaborant le concept de « dissensus » comme organisation du nouvel espace commun du sensible est folle. Pareil pour le parallèle qu’il dresse entre cette démarche artistique (celle de créer du dissensus) et les conséquences politiques que ça contient (à savoir un coup de pied dans la fourmilière de la « police », qui est là pour conserver l’ordre naturel des choses et des places pré-déterminées).
      Avez-vous des retours de lecture à me faire ? Quels livres de Rancière dans cette veine (esthétique-politique) me conseilleriez-vous de lire ensuite ?

    • #135364 Répondre
      MA
      Invité

      Que pensez-vous de l’écrivain italien Veronesi encensé en Italie? J’ai commencé Le colibri mais n’ai pas accroché et a été démoli au Masque.

      • #135396 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        je n’ai lu qu’un livre de lui, et trouvé ça très standard, une sorte de roman centriste construit pour vendre

        Younès : tout Rancière est au croisement d’esthétique et politique, mais dans ce cadre je te recommande Courts voyages au pays du peuple

    • #135413 Répondre
      Zan
      Invité

      Après l’historique numéro 33 de Nabe’s News du 12 juin 2023 (qu’il fallait bien deux années pour lire en entier), voici le nouveau numéro, colossal… Petit scoop au passage : nous allons faire en sorte d’en produire davantage ; promis !

      Les premiers qui ont eu la chance de prendre connaissance de ce numéro 34 n’ont su que dire : « Waouh ! ».

      Rien que la Une ! LES Unes… Deux photo-montages inoubliables d’Atroce… Ça valait le coup d’attendre ! Et la masse de textes… Purement incroyable !

      Au programme, pour le grand retour de la gazette numérique nabienne, tenez-vous bien :

      Le second volet gigantesque de l’entretien « J’accule ! » avec le docteur Marty sur l’affaire Matzneff et ses conséquences. Inceste. Pédophilie. Metoo… Et de Gide à Petrone, en passant par Sade et Pierre Louÿs, tant de choses à apprendre…
      Toute l’Affaire Depardieu à Compléments d’enquête avec l’ignoble Moix. Révélations, analyses. Photos.
      Des articles fulminants : sur Jérôme Garcin qui abandonne Le Masque et la plume ; sur la revue d’extrême-droite Éléments ; sur Pierre Cormary et ses goûts de chiottes ; sur un hater démasqué…
      L’ex-actrice X Marilyn Jess qui commente Pornabe…
      Une vidéo de dialogue intime entre MEN et Mallaury Nataf.
      La nécrologie de l’imbécile Jean Teulé.
      Trois énormes textes sur Philippe Sollers. Sur sa maladie, sa mort, ses enterrements. Souvenirs de Nabe. Un portrait inédit au pastel de MEN. Échange de textos avec Constant Candelara.
      Londres de Céline, première partie racontée par Nabe (2h30 de vidéo inédites ! ).
      Réponses circonstanciées au directeur du Bulletin célinien Marc Laudelout, avec des mises en perspective et des analyses sur Céline en 1943. Et un texte rare de Brasillach…
      Un hater de TikTok démasqué.
      Les fameuses rubriques « Qu’est-ce ce qu’il ne faut pas entendre ! », « Captures amusantes », » Tout s’explique », et d’autres encore, nouvelles !
      Bonnes lectures !

      Accueil

      • #135415 Répondre
        Zan
        Invité

        Et ne faites pas les radins, bande de ploucs ! Le plus grand écrivain français vivant, n’est pas invité chez Trapennard ! Demandez vous pourquoi ! Demandez vous lequel dérange vraiment le système ! Lequel défend vraiment la Palestine !

    • #135552 Répondre
      Nedjma
      Invité

      Bonjour par ici, j’en appelle à vos conseils. En bonne enfant de mon époque j’ai un smartphone à la main depuis le collège. J’ai réussi par appétence à garder une proximité avec la littérature mais ça peut rester un certain effort de pas se laisser aspirer avec la fatigue, le manque de temps, etc etc. Je dis des banalités donc soyons straight to the point. J’ai un bon rythme de lecture Dieu merci mais j’aimerais passer mon temps encore mieux en dégageant le plus possible le scrolling, les réseaux et les vidéos youtube oubliables. Pour ça je me dis que c’est une bonne idée d’aller vers des lectures plus faciles et divertissantes quand j’ai pas la force de faire plus. En gros vaut mieux lire que pas même dans les moments de baisse de régime. Le problème c’est que je suis souvent déçue. J’attends des histoires qui vont m’entraîner, qui se lisent facilement et dont le style est supportable et je tombe sur des trucs qui tiennent pas debout, des écritures laborieuses et je finis vite ennuyée et frustrée. Je me suis tournée vers le genre, ça semblait a priori cocher les cases, mais je trouve bcp de thrillers bofs et leur fin rarement satisfaisantes, les bouquins d’horreur souvent ratés (encore une fois les fins c’est compliqué), la fantasy et la romance n’en parlons pas. Je me suis essayé à des trucs réputés novateurs pour de la sci-fi et du fantastique, et qui ont plutôt bonne presse aux US et sur les rs : Octavia Butler (Liens de sang) et River Solomon par ex. Ca l’a pas fait non plus.
      J’utilise donc l’appel à un ami pour trouver des bouquins de bonne tenue en termes de narration et de style et qu’on puisse lire entre deux métros, en rentrant ko du taff, avec un mal de tête qui passe pas; vous voyez le truc quoi. Je me rappelle de quelques Joyce C. Oates et Shirley Jackson qui étaient pas mal. Bons souvenirs de Carrère également. Il y a quelques jours je me suis laissée porter par Deux singes pendant mes premiers jours de règles où j’étais pliée de douleurs difficiles à ignorer (pas de jaloux ma vie politique n’était pas très loin en renforts). Le dispositif mène le lecteur avec une certaine douceur et c’est agréable de voir défiler les pages.
      Je sais que c’est super large comme demande, mais n’hésitez pas à balancer vos suggestions en vrac et je ferai le tri de mon côté. D’ici là bonnes lectures !

      • #135568 Répondre
        Claire N
        Invité

        Salut
        Je dirais tous les petits de cause perdu
        Quand tu les fermes le matin, ils te donnent envie pour la journée

        • #135569 Répondre
          Claire N
          Invité

          Après sinon pour les céphalées
          Je croise de plus en plus souvent des personnes
          Qui souffrent ainsi

          • #135615 Répondre
            Nedjma
            Invité

            Oui les Cause perdue je guette les sorties mais je peux pas me les procurer en ce moment niveau finances. Ils sont pas encore dispo en bibli et encore plus introuvables sur le genre de sites qui se font régulièrement sauter pour atteinte aux droits d’auteur.
            Pour la tête c’est d’aussi loin que je me rappelle, rien à faire

            • #135623 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Un roman haletant vient de sortir chez Verticales

              • #135671 Répondre
                Claire N
                Invité

                Rires – ok merci pour l’exorcisme – c’était les inrock qui grandissaient en moi

              • #135822 Répondre
                Nedjma
                Invité

                Mdr, ça m’a pas échappé. Je finis ma lecture en cours et t’y passes juste après

        • #135581 Répondre
          graindorge
          Invité

          Cause Perdue avec majuscules chère Claire

          « Quand tu les fermes le matin, ils te donnent envie pour la journée » Joli
          Moi je n’ai lu que Je ne suis pas une libellule de Gwenaël David. Un grand petit livre. Lu pendant mon séjour chez ma mère. Je partais en ballade avec lui dès 5h du matin. Parfois, je m’arrêtais
          faisant semblant de resserrer les lacets de mes baskets pour en fait chercher le sens d’un mot.
          Sinon Nedjma, essayant de répondre à ta demande  » sans céphalées » si tu aimes les échanges épistolaires Une certaine inquiètude de Soan Rose et François Bégaudeau
          Avec Comme une mule, tu vas pas t’ennuyer
          L’amour est chouette aussi
          En guerre
          Boniments
          A Brest, du Collectif Othon, beaucoup aimé
          Un autre très grand petit livre, de Jean Echenoz « Jérôme Lindon »
          Des petites histoires courtes et instructives et souvent amusantes et poètiques parfois
           » Les couleurs de nos souvenirs » de Michel Pastoureau

          • #135619 Répondre
            Nedjma
            Invité

            Merci pour les recos. J’ai lu déjà la plupart de FB mentionnés et d’autres m’attendent. Bcp aimé CUM (j’adore cette acronyme), La politesse et Ma cruauté. Faudrait que je relise ce dernier d’ailleurs. C’est lequel ton roman préféré de lui ? Je note Echenoz et Pastoureau. En fait le pb c’est pas tant l’ennui que parfois le manque de forces de s’atteler à des styles qui valent mieux qu’une lecture fatiguée et distraite. Une sorte de livres du milieu mais qui sont un minimum quali, à lire vite fait quand on peut pas se poser pour lire mieux. Livres de quai de métro ou de salles d’attente si je puis dire.

            • #135624 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Dans le genre facile à lire et passionnant, je re-recommande Avant la peine, qui vient de sortir (mais faudra mettre 18 euros)

            • #135663 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Mon roman : En guerre
              Un autre livre recommandé par FB et d’autres sitistes ici Retrouver Siona de Dalie Farah
              Aussi Perpétuité de Guillaume Poix
              Lézardes de Hélène Frédérick
              Pour tes céphalées : Plaidoyer pour la santé de Alain Rousseaux mais 24€ ( toujours moins cher que beaucoup de choses. Et l’un des plus prestigieux professeur et praticien d’Europe et du monde. Bon. 😇)

              • #135809 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Erreur de frappe mais tout le monde a compris :
                Retrouver Fiona.

                • #135814 Répondre
                  MA
                  Invité

                  Merci, j’avais oublié ces deux-là : le Frédérick et le Poix.

                  • #137113 Répondre
                    MA
                    Invité

                    Merci encore Graindorge, je savoure Perpétuité.

                    • #137122 Répondre
                      Dr Xavier
                      Invité

                      Petite réserve sur Perpétuité, je trouve que l’auteur force beaucoup les sentiments qu’on doit ressentir, faudrait citer le texte, je pense aux discussions où à plusieurs reprises le texte nous dit explicitement qu’un malaise s’installe, mais finalement ça se détend, etc.
                      Et tout tient sur une seule nuit où il se passe beaucoup beaucoup de trucs, j’ai pas lu d’entretien sur le pourquoi de ce choix mais je ne crois pas que ça aurait affaibli le roman de laisser s’étirer les mêmes évènenements sur quelques semaines.

                      • #137255 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        j’ai les memes deux objections
                        j’ajouterais que le personnel pénitientiaire me parait un chouya trop sympa

                      • #137259 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        Vrai sur la caractère un peu trop sympa.
                        Seul et authentique chrétien parmi vous, cela convient à mon tempérament de sauver tous les personnages.
                        Ceci dit peut-être que ça éclaire le choix – conscient ou non – d’un récit sur une seule nuit : touché par la grâce, le personnel n’y exprimera que sa face la plus lumineuse, ça peut se tenir ; difficile de soutenir cela sur un récit de plusieurs semaines.

                      • #137357 Répondre
                        MA
                        Invité

                        EAN n’a pas aimé.

                        La pénitentiaire recrute

                      • #137364 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Dans cette interview il expose son choix d’une nuit, à partir de 27′.

              • #135823 Répondre
                Nedjma
                Invité

                Pour l’argent, j’ai une liseuse et plus d’un tour dans mon sac donc je peux m’arranger. Avant la peine m’a aguichée dès que l’ai vu mentionné ici. J’ai déjà pioché plein de recommandations passionnantes dont j’aurais jamais entendu parlé dans mes cercles IRL donc merci à tous pour ça. Et merci à toi Graindorge. Je me note les titres que tu as mentionnés.

                • #136043 Répondre
                  Hugo Encule Proust 24/24
                  Invité

                  Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo. Ou la terrible histoire du non moins titanesque Gilliat Le Malin. C’est épique, c’est de la poésie, c’est tragique, c’est génial (G E N I A L), c’est Hugo. Personne ne lit Hugo, les Misérables font 3 énormes tomes, sa poésie est pharaonesque. Mais Hugo est le plus grand écrivain français pour une bonne raison, hein, faut le savoir.

      • #135626 Répondre
        Christophe M
        Invité

        Les romans (Par dessus bord, A toute berzingue, Cinq matins de trop) et les nouvelles (Le koala tueur et autres histoires du Bush) de Kenneth Cook se lisent facilement et sont de bonne tenue littéraire. Les romans sont noirs, les nouvelles très drôles, on y rencontre des kangourous alcooliques et tout un bestiaire, chat, crocodile, rat, autruche, etc. terrifiant.

        • #135636 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Ce qui me fait repenser à un roman qui de mémoire se lit très facilement et assez marrant : L’Ours est un écrivain comme les autres de Kotzwinkle. C’est l’histoire d’un Ours qui trouve un manuscrit planqué sous un arbre, et qui par ce biais se retrouve propulsé dans les mondanités new-yorkaises tout en ne pensant qu’à bouffer.

          (et sinon en court qui se lit très bien j’ai Requin de B. Belin en tête, ou Vie de Joseph Roulin de Michon; et j’ai lu peu de polars mais j’ai un très bon souvenir de La position du tireur couché de Manchette)

          • #135715 Répondre
            Malice
            Invité

            @Igy, le résumé de ta reco m’a bien fait marrer, ça donne envie

          • #135825 Répondre
            Nedjma
            Invité

            Merci les gars (meufs ?) Ça donne envie en effet, surtout l’Ours. J’ai 2 Manchette chez moi même si les polars ont tendance à me rebuter. Les trucs d’enquêteurs virilo-bourrus alcooliques c’est moyen mon truc. Mais on m’a dit que ceux-là valaient le coup

        • #135714 Répondre
          Malice
          Invité

          Réveil dans la terreur ( wake in fright) de Kenneth Cook : dévoré en partie dans une salle d’attente de radiologue

      • #136036 Répondre
        Sydali
        Invité

        Souvent, je lis les nouvelles de Marcel Aymé quand je veux quelque chose de léger, amusant et qui fait réfléchir. Je te conseille notamment Le nain et Passe-muraille. Sinon, des journaux intimes. J’ai récemment lu celui de Matthieu Galey. Très croustillant.

        • #136038 Répondre
          mohamed
          Invité

          Sidali, mohamed il a pas compris.

    • #135628 Répondre
      kenny
      Invité

      « Quand on est réduit à un cliché lisse et formaté, qui ne correspond pas à notre complexité, on s’interroge sur le pouvoir d’emprisonnement de l’image. Le territoire de l’écriture, de la littérature, de la philosophie, pour moi, était aussi une manière de ne pas être restreinte à ce que d’autres ont décidé de faire apparaître de moi. »

      • #135639 Répondre
        Ostros
        Invité

        Et donc, entre-t-on dans cette réflexion en 384 pages ?
        Le pouvoir d’emprisonnement des images d’une milliardaire fille de princesse. Le vrai le faux. Le goût du faux. Le lien malsain avec les magazines. Et d’autres sujets qu’on sait pas. Tellement de choses à élucider qui nous apporteraient une connaissance qu’on n’a pas.
        Où est-ce que le livre est épuisant de répétitions et d’absence de réflexion à l’image de ce qu’elle en dit. Pas pu aller au bout de ses quelques minutes de grande librairie. C’est pas qu’elle bégaye c’est que c’est ennuyeux au possible. Rien à manger. Et surtout les mots vides. Un point de vue riquiqui qui s’accroche à une seule chose la souffrance et la complaisance (marketing ?) de la dire, de la répéter ad nauseam.

    • #135772 Répondre
      Nath
      Invité

      Bonjour,
      je réagis sur Raphaël Quenard car je viens de voir, peut-être que vous savez depuis mais vous vous êtes questionnés sur sa manière de parler et son accent, ce n’est pas un accent c’est un problème depuis tout jeune lié à une opération qu’il a subi à la gorge et qui a modifié sa voix, il en parlait dans je ne sais plus quelle émission, donc il ne fait pas exprès et c’est d’ailleurs une de ses grandes hantises car il a une faiblesse à ce niveau qui peut être grave en vieillissant, il a aussi à cause de ça subi la glottophobie des autres toute sa jeunesse, comme on s’en doute dès qu’on rentre pas exactement dans les codes attendus.

    • #135940 Répondre
      Younès
      Invité

      Que pense-t-on ici de la collection « Aventures » chez Gallimard, lancée par Yannick Haenel.
      Personnellement, je suis très intrigué. J’aime vraiment énormément les livres de Y. H. et ses conseils littéraires ont toujours été très stimulants (Bataille, Campo, Michon, etc.)
      Le premier roman paru dans cette collection est celui de Rose Vidal, « Dramadoll ». J’en avais dit ici beaucoup de bien et vous le recommande. Un geste fort pour un premier roman, où l’autrice s’efforce de rendre compte d’une certaines forme très rafraîchissante.
      Je me suis procuré les deux livres publiés récemment : « La longue vie » de Nicolas Retz et « La matière humaine » de John Jefferson Selve.
      Je ne connais pas du tout le premier auteur mais la thématique de son livre me rappelle vraiment celles développées par Haenel lui-même dans ses romans : trouver un point d’indemne au fond de soi, et donc, de fait, au fond du langage. J’espère que Nicolas Retz ne va pas tomber dans un pastiche foireux.
      John Jefferson Selve m’intéresse beaucoup, bien que je n’ai rien lu encore de lui.
      Dites-moi si tout ça, d’une manière ou d’une autre, vous parle.

      • #135941 Répondre
        Younès
        Invité

        Erratum : « certaine » sans « s » et « les thématiques ». La précipitation…

        • #135958 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je suis moins enthousiaste que toi sur le livre de Rose Vidal, dont j’avais aimé le livre sur Chaplin
          « Roman » beaucoup trop philosophant, et le mot roman est pour le coup très très usurpé. C’est une réflexion sur la douleur, sujet très intéressant, mais une réflexion.
          Je n’ai pas lu d’autres livres de la collection.

    • #136369 Répondre
      Charles
      Invité

      Des retours sur le dernier Vuillard? Si ce n’est celui-ci, vous recommanderiez lequel?

      • #136370 Répondre
        MA
        Invité

        Tristesse de la terre, un peu sur le meme theme que le dernier que je vais commencer.

        • #136375 Répondre
          kenny
          Invité

          c’est du vuillard
          .
          « Ainsi, durant un bref quart d’heure à l’échelle des siècles, de jeunes truands eurent les coudées franches. Ils purent agir en toute impunité. Et ce sentiment nouveau façonna leur corps, leur allure, leurs manières. C’est ce qui leur donne cette aisance nouvelle, leur effronterie fabuleuse. Pendant un bref quart d’heure, ils purent bouffer gratis, vivre au bordel, pioncer jusqu’à midi, se torcher la gueule, jouer aux cartes, buter n’importe qui, et surtout, ne rien foutre. Oui, durant un tout petit quart d’heure avant que l’État ne pose sa férule sur le monde, tandis que le Capital pendait sa crémaillère, la bande de scélérats la plus enragée de l’Histoire humaine put s’en donner à cœur joie. On avait impérativement besoin d’eux. La grande propriété avait besoin d’eux, les hommes d’affaires avaient besoin d’eux, l’armée avait besoin d’eux, le Congrès avait besoin d’eux. On n’avait jamais vu une chose pareille, un État construit en moins d’un siècle, torchonné à la six-quatre-deux. Les truands eurent leur âge d’or. L’armée avait besoin de bidoche, la réserve indienne avait besoin de bidoche, et on ne pouvait payer plus de quinze dollars, qu’à cela ne tienne ! Evans et son gang voleraient des vaches, des bœufs, des chevaux, et ils les refourgueraient pour cinq dollars pièce à Dolan qui les refourguerait à l’État pour quinze dollars, prenant au passage dix dollars, sur lesquels, au-dessus de lui, de plus gros bonnets prélèveraient, à leur tour, leur dîme. Telle fut la genèse de ce qu’on appelle encore aujourd’hui l’économie de marché. »

      • #136378 Répondre
        Mao
        Invité

        Un très bon cru. Vuillard confirme qu’il est un très grand portraitiste. Il a ce don pour capter ce qui se cache derrière la légende, qui sont les hommes et femmes ainsi pris, broyés, lessivés par la machine, à la fois sujets et objets de l’Histoire. Je conseille pour ma part absolument tous ses livres même si je pense en effet, que Tristesse de la Terre est son plus fort. L’ordre du jour et Congo m’ont aussi bcp marqué.

        • #136386 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          on va le lire

        • #136392 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Un peu frustré par Congo, dont finalement il ne m’est vite plus resté grand chose qu’un sentiment d’horreur. Un peu dérangé aussi par l’absentement total des victimes, radicalisé dans Congo par rapport à d’autres (comme Tristesse de la Terre justement). Je connais la justification de Vuillard et comprends l’idée, mais ça produit un drôle de truc. Comme si on poursuivait leur objectivisation.

          • #136394 Répondre
            Mao
            Invité

            Je le trouve très précieux ce sentiment d’horreur.

            • #136419 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              oui c’est important
              et une gageure que de le faire passer en texte – les premières pages de Une sortie honorable étaient géniales pour ça
              reste qu’il y a parfois, dans certaines pages de Vuillard, une sorte d’indignation comme fin en soi
              on verra dans celui la

            • #136468 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Précieux mais un peu court, jeune homme. Une semaine après la lecture je n’avais rien d’autre que ça à en dire – contrairement aux autres Vuillard que j’ai lus.
              D’accord avec l’indignation comme fin en soi, et je présuppose que ça a quelque chose à voir avec sa chrétienté.

              • #137107 Répondre
                MA
                Invité

                Assez d’accord avec la chronique de Lucile Commeaux. Je n’ai pas accroché au dernier que j’ai lâché au milieu.

                • #137108 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  C’est à dire après 8 pages. C’est dur.

                  • #137109 Répondre
                    MA
                    Invité

                    Il n’est pas très long, c’est vrai.

      • #136391 Répondre
        Seldoon
        Invité

        @Charles : Tristesse de la terre sans hésiter.
        Je me suis procuré le dernier hier, je ferai un retour ici.

      • #136418 Répondre
        Tchitchikov
        Invité

        Moi j’aime beaucoup La guerre des pauvres qui n’est certainement pas le plus abouti mais en tout cas le plus saisissant (de ceux que j’ai lus) à mon sens. Formidables figures de Müntzer et de John Ball ; théologie et révolution.

        • #136424 Répondre
          Charles
          Invité

          Merci de vos retours, je vais commencer par Tristesse de la terre.

          • #136425 Répondre
            Charles
            Invité

            Une fois que j’aurai fini ce gros pâté de l’arbre de fumée de Denis Johnson.

            • #136466 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              jamais pu en venir à bout

              • #136469 Répondre
                Charles
                Invité

                Il me reste 300 pages…
                Il paraît que son recueil de nouvelles, Jesus’son, est plus recommandable.

    • #137324 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai lu Tristesse de la terre que j’ai aimé mais il est vrai qu’on n’est jamais très loin de la grandiloquence, d’une façon de pontifier sur l’Histoire et du pathos quand on évoque les oubliés de celle-ci. On frôle la sortie du route lors de l’avant-dernier chapitre quand il évoque à partir de la photo des Indiens rescapés du massacre de Wounded knee tous les pauvres en s’adressant à eux à la deuxième personne du singulier. Je préfère nettement le dernier chapitre, plus sobre, plus calme sur le photographe de flocons de neige, avec une écriture presque opposée – différence sans doute justifiée par une vie plus tranquille (et plus singulière, ce ne sont pas tous les pauvres mais une personne) racontée ici.

      • #137769 Répondre
        kenny
        Invité

        en relisant ce passage je me dis que ce « tu » n’est pas un effet lyrique gratuit, il signale l’impuissance de l’écrivain à restituer pleinement l’expérience vécue
        « Souffle-moi ce qu’il faut écrire. »
        il singularise grammaticalement à défaut de pouvoir sauver de la disparition chaque singularité (dans le paragraphe précédent il voit malgré lui dans ce pauvre indien le pauvre, le gitan qui fait la manche devant le franprix)
        comme le wilson du dernier chapitre et sa tentative impossible de sauver de l’effacement l’infini des singularités du monde

        • #137770 Répondre
          kenny
          Invité

          « tous les pauvres en s’adressant à eux à la deuxième personne du singulier »
          justement non

          • #137903 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Il trouve souvent le moyen, direct ou habilement détourné, d’esquiver de raconter ceux qu’il se complet à plaindre. Ceci étant dit avec tout le grand respect que j’ai pour ce monsieur et écrivain.

            • #137904 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Envolée lyrique plutôt que récit, si récit alors chemin de croix plutôt que psychologie, si psychologie alors pont avec les coupables et nous qui profitons du crime, et si pas de pont alors portrait encore creux des mêmes.

              • #137905 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Portrait en creux

                • #137918 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  @kenny : il fait les deux dans un mouvement de va et vient entre le général et le particulier, non sans lyrisme.

    • #137430 Répondre
      Etienne
      Invité

      J ai donc fini œuvres 1 de dustan pour attaquer œuvres 2. On m avait conseillé d.attaquer par œuvres 1, pour quelles raisons svp ? Le premier roman du tome.2 me paraissant bcp moins intéressant que les 3 romans du tome 1 . J’ai voulu suivre l’ordre chronologique qui me paraît important dans la construction d une œuvre d un écrivain

      • #137598 Répondre
        perove
        Invité

        Oeuvres II est infiniment plus intéréssant que le 1 à mon sens, plus de matière sensible et politique, plus de tentatives formelles…

        • #137671 Répondre
          Etienne
          Invité

          Tu peux développer stp ?

    • #137826 Répondre
      Branlix8
      Invité

      Salut les gros
      Je vous conseille l’œuvre d’Albert Cossery
      C’est très The Big Lebowski, très desertion

      • #137902 Répondre
        perove
        Invité

        longtemps que j’y pense ! tu sais par où commencer ?

        À mon tour je recommande Body d’Harry Crews !! Injustement classifié roman noir, j’avais pas ri comme ça depuis les grandes blondes !

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