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    Messages
    • #67490 Répondre
      Florent
      Invité

      Entretien sur le phénomène de mode des transfuges de classes : https://www.youtube.com/watch?v=MyUs0PbmOoY&t=11s
      Dans les premiers instants Laelia Véron rappelle que ce concept est réservé dans la sphère médiatique aux récits ascendants. Ce qui m’amène à la réflexion suivante : la multiplication des récits de transclasse décrite par Laelia n’intervient elle pas à un moment (crise du modèle social des démocraties occidentales) où il est utile dans les discours publiques de recouvrir ou d’exorciser un autre phénomène sociologique, de masse ou en passe de le devenir, celui du déclassement ?

    • #67492 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      D’exorciser plus généralement l’immense inertie du corps social, où les prolos restent prolos, les classe moyenne restent classe moyennes, et les bourgeois bourgeois.
      La promotion du tranclasse est une machine de guerre contre la pensée sociale et structurelle.
      J’ai déjà dit, à propos de son entretien à hors série, mon accord total avec les analyses de LV.

      • #67511 Répondre
        Florent
        Invité

        « machine de guerre contre la pensée sociale et structurelle » … le phénomène de mode évoqué par LV et la journaliste correspondant donc à un moment de mobilisation générale.

    • #67498 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Écoutant le bon entretien (mais rien de forcément bien neuf suite à celui sur Hors-Série), j’ai explosé de rire à deux reprises.
      Lorsque LV rappelle que Chris (Christine and the Queens) a osé « Dans mon corps, il y a une mémoire des muscles de la classe ouvrière » (il est fils de professeur de littérature anglaise à l’université de Nantes).
      Et lors de l’extrait audio de Gérald Bronner, je cite : « je ne suis pas un transfuge de classe, je suis un nomade social. »
      J’ai envie de dire, Chris, Gérald, Édouard & Co., vous avez été embourgeoisés, c’est pas grave, ça arrive à plein de gens bien, faut juste dire le mot.
      .
      Sinon le bouquin de LV est pas mal mais pas super bien écrit (le style fait un peu trop « bonne copie de fac », pardon pour cet avis un peu brutal, je le conseille quand même).

    • #67505 Répondre
      Tristan
      Invité

      J’avais été frappé, il y a quelques années, par l’échos que le livre d’Eribon, Retour à Reims, avait eu chez pas mal de copains de fac qui y retrouvaient des morceaux de leurs propres parcours. Je me disais, à l’époque, que ce livre ignoble pouvait avoir des effets intéressants – amener des gens à inscrire leur subjectivité dans des logiques sociales, leur donner d’autres clefs que la méritocratie et la psychologie pour se comprendre.
      Or, lisant Laelia Véron ces jours-ci, je me demande si Eribon et Louis ne les ont pas autorisés à être bourgeois, tout en se ménageant une forme de solidarité lointaine avec les pauvres.
      Ceci dit, je serai très curieux de lire les résultats d’une enquête sur les lecteurs de récits de transfuges : qu’est-ce que ça fait concrètement, aux lecteurs.trices, ces récits ?

      • #67507 Répondre
        Tony
        Invité

        Ignoble c’est un peu injuste,non?Quand j’ai lu Retour à Reims je n’avais jamais mis le nez dans un livre de sociologie, j’ai arrêté mes études après le bac, soulagé que ça s’arrête pour enfin pouvoir travailler et gagner de l’argent,dont je manquais à l’époque,et la lecture de ce livre m’a fait prendre conscience que ce que je croyais avoir choisi n’était en fait que la conséquence d’un ordre social,ce que je pressentais sans pouvoir l’affirmer,illusionné par l’époque et la petite chance professionnelle que j’ai eu aussi après quelques années de galère.Bref tout ça pour dire que ce livre m’a fait du bien,je n’étais pas coupable d’avoir été un cancre, c’était dans l’ordre des choses et ça m’a permis, après bien des années où je l’ai volontairement ignoré, à m’intéresser à nouveau aux questions politiques et à la classe sociale à laquelle j’appartenais définitivement.

        • #67516 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Je n’aime pas ce livre, mais oui pourquoi « ignoble », Tristan?

        • #67661 Répondre
          Tristan
          Invité

          Je veux bien batailler sur l’adjectif, mais il y a dans ce bouquin un geste qui me glace. Annie Ernaux écrit pour combler la distance de classe qui s’est installée entre elle et ses parents, du fait de ce que des sociologues nommeraient sa socialisation secondaire et le capital, scolaire d’abord, qu’elle a acquis. C’est ainsi que je lis La Place, ou La Femme gelée. Eribon, à rebours, écrit pour bien établir cette distance de classe, la mesurer. Il le fait du haut de sa position sociale, en exhibant ses attributs de classe, en ne laissant, dans le livre, aucune place à ceux dont il parle (et qui se retrouvent une nouvelle fois « parlés »). Ignoble est le mot qui me vient alors. Ou alors il m’est venu quand, de passage à Lausanne, j’ai vu qu’on jouait sur l’ultra bourgeoise scène de Vidy une adaptation de ce bouquin, par Ostermeier avec Edouard Louis.
          Eribon dit par ailleurs, en passant, dans son livre, des choses qui m’intéressent et qu’on aimerait mieux documenter (pourquoi il a eu plus de facilité à assumer le stigmate de l’homosexuel plutôt que celui du prolo ; le rôle des sociabilités homosexuelles dans son ascension sociale) et d’autres sur lesquelles il dit à peu près n’importe quoi (le vote FN chez les pauvres blancs).
          Mais je redis ce que je disais plus haut : j’ai vu pas mal de monde tirer de ce livre beaucoup de profit, pour eux mêmes. Et je me compte parmi ceux là (je l’ai d’abord lu à 19 ans, et ça m’a bouleversé, m’a beaucoup intéressé ; puis à 29, dans un autre contexte, avec derrière moi d’autres lectures et d’autres expériences, militantes notamment, et j’ai trouvé ça ignoble). Du coup, je comprends ce que tu dis, Tony.

          • #67708 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            ok merci
            je suis d’accord
            et le débouché théatral chic ne m’étonne guère
            ce livre a d’ailleurs donné lieu à un débouché bourgeois tout à fait inégalé – si ce n’est par l’oeuvre d’Edouard Louis

      • #67539 Répondre
        bécasse
        Invité

        C’est aussi réconfortant qu’un conte de fée

    • #67508 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      Constatant l’exhaussement du concept de transfert de classe (« transfuge » dans un lexique un peu plus « cool ») dans champ médiatique (plus que critique) depuis une quinzaine d’années, il me vient la même idée que François : c’est une manière d’invisibiliser les classes sociales, leurs positions, leurs situations, leurs conflits, dans une sorte de mépris des classes prolétaires : « tu vois qu’on s’en sort (si on veut) », « tu vois que le libéralisme, c’est pas si mal, on partage ».
      En parlant de « mirale » pour désigner son propre cas, Bourdieu avait eu le mérite de replacer le phénomène à son juste niveau : celui d’un exaucement extrêmement rare et quasi magique dans le champ social, eu égard aux lois du déterminisme social (le même reproduit le même, et les mêmes causes, les mêmes effet).
      Seulement, le terme « transfuge », vous comprenez, ça fait bien, ça montre qu’on s’intéresse au mouvement, à la mobilité sociale, à ces hybridations qui de fait son surtout défendues par celles et ceux à qui il a toujours manqué une conscience de classe.

      • #67509 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        Celles et ceux qui n’ont jamais eu besoin de penser la société en termes de classes et de rapports de classes.

        • #67510 Répondre
          essaisfragiles
          Invité

          et désolé pour les fautes

          • #67519 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            tu vois surtout que la pensée libérale a raison : le déterminisme ça n’existe pas, pas vraiment, là où il y a une volonté il y a un chemin

    • #67838 Répondre
      Mao
      Invité

      J’ai toujours lu « Histoire de ta bêtise » comme un récit de transclasse. Est-ce que tu m’accordes ce point François ?

      • #67849 Répondre
        cornemuse
        Invité

        en le lisant j’ai pas eu l’impression que bégaudeau est tellement changé de classe, fils de prof devenu prof, comme beaucoup de prof de province il a été envoyer a paris, c’est le devenir-écrivain (et le succès) par la suite qui fait pensé a un changement de classe, le livre est clair la dessus, il dis fréquenter les bourgeois que professionnellement mais peut être que je me trompe

        • #67887 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Tu ne te trompes pas, Cornemuse
          Je n’ai pas transfugé. Je suis passé d’un milieu de prof à un milieu culturel. Je gagne davantage d’argent que mes parents mais mon train de vie est très inférieur au leur.
          Histoire de ta betise rendait compte des observations tirées de mes intrusions au sein de la bourgeoisie par le jeu de ma circulation professionnelle.

      • #67850 Répondre
        essaisfragiles
        Invité

        @ Mao
        Signe que le mot « transclasse » ne veut pas dire grand chose.
        François a toujours tenu à préciser que si le fait d’être devenu écrivain (avec un certain succès et une notoriété surtout due à sa Palme) lui avait permis un temps de cotôyer, sans en faire partie, la bourgeoisie culturelle, avant de s’en détacher complètement, pour autant il n’en avait jamais adopté, contracté les habitus (l’état d’esprit et les manières de vivre).
        Autrement dit, François a de la bourgeoisie les revenus sans en avoir la mentalité et la vie.
        Ce qu’il explique dans Histoire de ta bêtise : le fréquentation de certains cercles intello bourgeois, cela aurait pu nous le gâcher (je pense à la palinodie du triste Olivier Pourriol), ce n’est pas son cas.
        François est né dans la classe moyenne ; s’il était resté prof (sans publier), il serait resté dans la classe moyenne.
        Aujourd’hui, c’est un écrivain, qui a des revenus confortables, est propriétaire de son logement ; ce qui tendrait à le rattacher à la classe bourgeoise. Mais qui est loin de vivre dans la classe moyenne, qui vit plutôt comme un prolo : pas par snobisme ou art de vivre, mais par nécessité (il ne saurait pas vivre autrement). Bien sûr, il peut payer ses clopes et ses bières, n’a pas de problème de chauffage ou d’électricité, de bouffe, d’impôts ; mais à part ça, je ne vois pas en quoi il serait transclasse.
        Son seul luxe, c’est l’aristocratie en matière de goût artistique. Mais est-ce un luxe ? Est-ce une aristocratie ?
        Je suis profondément admiratif de ce parcours ; je n’aurais pas pu ne pas vouloir en profiter.

        • #67851 Répondre
          cornemuse
          Invité

          « pour autant il n’en avait jamais adopté, contracté les habitus (l’état d’esprit et les manières de vivre).
          Autrement dit, François a de la bourgeoisie les revenus sans en avoir la mentalité et la vie. »
          cette phrase me parait bien naif quand même, peut on vraiment contrôlé le changement de notre habitus ?, on va forcément a force de fréquenter un certain milieux, en partager les comportements.
          les bourgeois aux idée de gauche existe, si on a les références culturels de la bourgeois et qu’on touche un certains revenu, comment dire ne pas en faire partie ?

          • #67862 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            « cette phrase me parait bien naif quand même, peut on vraiment contrôlé le changement de notre habitus ?, on va forcément a force de fréquenter un certain milieux, en partager les comportements. »
            .
            Je laisse François répondre.
            C’est là peut-être qu’on sort d’un certain déterminisme (le même engendre le même) et que trouve place quelque chose comme la force d’âme.

            • #67892 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Bel échange, qui finit par circonscrire une vraie question.
              Je peux au moins répondre factuellement : qu’est ce qui concrètement dans ma vie emprunte aux moeurs bourgeoises?
              -les cafés et les bars de Paris Intra muros – discussions longues, etc. Pratique très parisienne, mais est ce une pratique bourgeoise? D’abord elle n’est pas si couteuse (tu peux rester au café 6 heures en consommant un café et un demi),ensuite je faisais pareil pendant mes années d’étude – et le « standing » des cafés n’a pas considérablement changé. Et la bière a à peu près le même gout.
              -le restau? Pas beaucoup. Jamais un « bon restau entre amis ».
              -les voyages? Pas
              -les loisirs ? Pas (pas au sens loisirs tarifés, genre salle de fitness ou stage de voile)
              -les vacances dans la maison d’un ami riche? pas.
              -les diners bourgeois? quelques-uns entre 2005 et 2015, et puis plus.
              -la vie culturelle? Cinéma littérature théatre expo? Oui mais je faisais pareil à 20 ans (et meme beaucoup plus qu’aujourd’hui). Oui mais les bourgeois ne font pas forcément tout ça – le font de moins en moins. Dans les salles d’art et essai ce en sont pas des bourgeois qu’on trouve.
              En fait je ne vois pas bien (et je répète que la vraie raison de ce non alignement sur les moeurs bourgeoises n’est pas une hauteur d’âme, mais la passion de la lecture et de l’écriture, activités les plus cheap et chronophages du monde)
              -la vie professionnelle? Il est évident que d »etre un auteur plutot visible et vendeur produit des situations de privilège, de pacha, de pensée magique bourgeoisie, de hors sol : on te paye le train, on te paye l’hotel (parfois il est 4 étoiles). Bientot je suis invité à Milan pour la sortie de L’amour version italienne. Pendant trois jours on va me voiturer, me choyer, m’emmener dans des bons restaurants, me réserver des égards avant et pendant et après les interviews. La question se pose là : est-ce que d’etre traité ainsi finit par instiller en toi des particules bourgeoises? Or même là c’est un. peu douteux, ne serait ce que parce que dans mon cas, trois jours semblables sont largement contrebalancés par des soirées débat bénévoles avec des militants de tel bled de province et couchage chez l’habitant.
              Je note aussi, auscultant mon corps, que je me passerais volontiers de ces trois jours à Milan. Que j’ai d’ailleurs essayé de décliner, avant de comprendre que c’eut été saper le travail de l’éditeur (qui se démène pour que mes livres soient traduits). Je ne suis pas en train de ma plaindre, je donne juste une info viscérale : mes viscères eussent préféré ne pas.
              On me croit si on veut (sur ce point comme sur tout le reste)

              • #67898 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                Je me souviens à ce sujet de quelqu’un me racontant que les campagnes de promotions des films ‘grand public’, où l’on enquille les interviews express pour la sortie d’un film dans les grands Palaces, sont particulièrement éreintantes et fort tristes dans l’ensemble. Mais qu’elles sont difficilement évitables au moment de la sortie du film, car cela fait partie du job.
                François a souvent relaté ici qu’il n’accepte certaines interviews dans les médias mainstream que pour répondre à la sollicitation de son éditeur ou de son éditrice, qui effectivement se démène pour lui trouver des « plateaux ».
                A noter : François est toujours habillé cheap, qu’il soit sur Canal ou BFM, ou à la foire du livre de Pétaouchnock — je le soupçonne d’ailleurs d’avoir un compte chez la marque C…
                Evidemment, moi mon modèle, c’est « Coup de Foudre à Notting Hill », alors je me dis que François, c’est un peu Anna Scott : beau, jeune, pété de thunes et prêt à aimer.

              • #68702 Répondre
                SHB
                Invité

                Après est-ce que la mœurs bourgeoise première ce n’est pas de se savoir capable d’acheter, de voyager, etc. sans forcément le faire pour autant. On ne vit pas pareil quand on ne part pas en vacance parce que on ne peut pas financièrement ou bien parce qu’on en a pas envie. Ça a l’air très bateau ce que je dis mais je pense toucher quelque chose de précis : la mœurs bourgeoise fondamentale c’est à mon avis d’avoir la disposition mentale de se savoir capable de faire ce que l’on veut si l’envie nous prend. Je pense que cela conditionne la pensée du quotidien.

                • #68703 Répondre
                  SHB
                  Invité

                  Il me semble d’ailleurs que tu le disais toi même dans une interview, « il y a quelque chose de l’ordre de se savoir bourgeois chez ce dernier ».

                  • #68722 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    « la mœurs bourgeoise fondamentale c’est à mon avis d’avoir la disposition mentale de se savoir capable de faire ce que l’on veut si l’envie nous prend.  »
                    Je suis d’accord. Tout mon luxe bourgeois consiste dans des potentialités.
                    Mais je constate que bien des bourgeois ne se contentent pas d’avoir la possibilité de. Ils font.
                    Ils n’ont pas seulement la possibilité de prendre l’avion : ils prennent l’avion
                    Ils n’ont pas seulement la possibilité de passer deux semaines à Londres dans un air bnb : ils le font.
                    Ils n’ont pas seulement la possibilité d’offrir des écoles de commerce chères à leur progéniture : ils le font.

                    • #68731 Répondre
                      essaisfragiles
                      Invité

                      Et ce sont toutes ces possibilités qui s’actualisent qui discréditent d’emblée à mes yeux le discours des bourgeois sur la décroissance : se passer de la voiture, faire du vélo, manger sain, sentir le vent contre son visage, et autres désirs minimalistes.

                      • #68744 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        J’ai pensé à ces réflexions de Bourdieu
                        «  les artisanats et les petits commerçants (…)manifestent dans toutes leurs préférences des dispositions régressives qui sont sans doute au principe de leur inclinaisons répressives, particulièrement visibles dans leurs réactions à tous les signes de la rupture avec l’ordre ancien « « en réaction contre toutes les inclinaisons au modernisme ou au confort qui leur apparaissent comme autant d’abandon laxiste, ils font , pour tout ce qui touche à l’art de vivre au quotidien, des choix que l’on peut dire régressifs puisqu’il s sont très proches de ceux des ouvriers, bien qu’il ne soient imposés au même degré de nécessité…
                        «  «  convaincus de devoir leur position menacée par toutes les avanies du temps à une vie «  simple » «  sérieuse «  et «  honnête «  les petits – bourgeois en déclin expriment dans tous les domaines les préférences les plus austères « 
                        Je voyais plus les désirs minimaliste de ce côté là
                        Enfin peu être en partie ?

                    • #68760 Répondre
                      SHB
                      Invité

                      La dessus totalement d’accord avec toi.

        • #67853 Répondre
          Mélanie
          Invité

          Je ne crois pas que François dirait qu’il vit « comme un prolo ». Il répète par exemple qu’il prend/peut prendre le taxi et éviter la pluie etc. Payer le taxi sans se dire la boule au ventre que ça fera un trou dans le budget du mois. Ou, ne pas prendre de taxi et marcher longuement la nuit – il ne pointera pas à 6h30 le lendemain matin – etc
          Mode étudiant, éventuellement.

          • #67854 Répondre
            cornemuse
            Invité

            il faudrait commencer par définir un bourgeois et un prolo comment peut on changer de l’un a l’autre, le salaire suffit pour changer de classe social ?

            • #67856 Répondre
              Delphine
              Invité

              Un bourgeois est d’abord bourgeois par son aisance financière. Les bourgeois ont souvent des idées de droite, mais certains peuvent avoir un discours plus modéré et être à gauche de la droite, par exemple en s’intéressant aux classes sociales inférieures à la leur, en se souciant de la juste répartition des richesses. Un prolo a moins de moyens financiers mais peut adopter un état d’esprit bourgeois (valeurs de droite, aimer l’ordre, défendre la méritocratie et valoriser l’école comme tremplin de réussite, par exemple).

              • #67859 Répondre
                essaisfragiles
                Invité

                François répondrait sans doute que quand on est bourgeois, on est bourgeois, de droite ou de gauche, peu importe. Un prolo qui adopte une pensée de droite est-il encore un prolo ? Ou déjà dans un devenir-bourgeois ? La classe, ce n’est pas le fait de posséder de l’argent qui la caractérise, mais plutôt le rapport à l’argent : est-ce un moyen pour vivre ou un moyen de s’enrichir ? François a (beaucoup) de l’argent, mais ce n’est pas un capitaliste. Derrière tout bourgeois sommeille un capitaliste. Si j’adopte le mode de pensée du capitaliste, si j’envisage l’argent comme enrichissement (même si je suis pauvre), cela fait de moi un bourgeois.

          • #67863 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            @ Mélanie
            Oui, tu as raison, mais prend-il si souvent que cela le taxi ? J’ai l’impression qu’il se fait beaucoup véhiculer par ses potes, sinon qu’il prend les transports en commun. Il peut faire des courses quand il veut, mais en fait-il si souvent que cela ?
            C’est bizarre, je ne vois pas trop François dans un taxi. Il n’a pas de corps pour ça. Mais je me trompe peut-être.
            Ni en trottinette ni en VTC.
            En skate, à la limite, vers 12 ans.
            En patin à roulette à 8.
            En landeau, à 2.

            • #67874 Répondre
              Mélanie
              Invité

              Il nous dira
              On peut prendre un autre exemple : je le vois bien dans des trains, plutôt que dans des blablacar ou des trajets en bus discount de 17h ou un SUV acheté à crédit en plus du crédit de la petite voiture de sa femme du crédit de la maison de lotissement etc
              Considérant le prix d’un billet de train ça me semblerait parlant
              Je le répète : le point n’est peut-être pas tant de prendre un taxi ou pas, mais de pouvoir le payer tranquillement, ou de pouvoir tranquillement rentrer chez soi mouillé à point d’heure sans avoir à gérer les courses la pointeuse etc

              • #67895 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Oui, j’avais publié le taxi
                En effet il m’arrive de prendre la taxi lorsque je rentre tard. Ca c’est un vrai privilège bourgeois (c’est d’ailleurs l’exemple que je prenais dans mon analyse du TEM dans D’ane à zèbre). Comme dit Mélanie : prendre le taxi sans se soucier de la dépense. Ca c’est vraiment pas rien. Mais chez moi je ne pense pas que ce soit assez fréquent pour profondément affecter mon tempérament (taxi deux fois par mois, en gros)
                Pour le reste, effectivement pas de VTC, pas de trottinette, pas de skate, pas de landau (occasion de redire qu’est aussi fondamental là dedans le fait de n’etre pas parent)

                • #67899 Répondre
                  Mélanie
                  Invité

                  Oui j’avais aussi le célibat sous le bout des doigts tout à l’heure : rentrer à point d’heure sans s’inquiéter de la pointeuse à 6h30 ni du petit à conduire chez l’orthophoniste en sortant du boulot – par exemple

                  • #67909 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Oui mais là je prenais la chose à l’inverse : de n’etre pas parent m’a aidé à ne pas m’embourgeoiser
                    La parentalité est un puissant opérateur de normalisation (matérielle, et mentale)

                    • #67915 Répondre
                      essaisfragiles
                      Invité

                      J’ai fait le même constat dans mon cas : le choix de ne pas avoir d’enfant m’a donné le luxe de pouvoir choisir un mode de vie « sans » (sans voiture, sans courses à l’hyper, sans vacances organisées, sans machine à laver, sans sorties « culturelles »).

                      • #67921 Répondre
                        cornemuse
                        Invité

                        le discours médiatique du transclasse fait passer l’accès a la bourgeoisie comme une nouvel liberté
                        un monde « sans » les contraintes des classes populaires
                        a vous lire la bourgeoisie n’a pas l’air d’un monde « sans » mais d’un monde « avec »:
                        -le restau
                        -les voyage
                        -les loisirs
                        -les vacances dans la maison d’un ami riche
                        -les diners bourgeois
                        -la vie culturelle
                        -les enfants
                        alors certe les « avec » bourgeois sont moins contraignant que ceux des classes populaires et les exemple au dessus sont assez vaste pour correspondre au deux
                        mais peut être une piste de réflexion ?

                      • #67925 Répondre
                        essaisfragiles
                        Invité

                        Le monde « sans » dont parlait François (et moi à sa suite) ne caractérise pas un mode de vie anti-bourgeois, mais c’est sans doute un facilitateur.
                        Il évite surtout d’avoir à se comparer et à comparer ses « avoirs », ses propriétés : un SUV, des vacances loin, une baraque, une pompe à chaleur, les meilleures écoles pour les enfants, etc.
                        A tout prendre, je préfère une conversation sur un film ou un livre que sur l’isolation de la maison ou les difficultés de l’aînée en maths.
                        Et je préfererai toujours prendre une bière dans un Döner que dans une brasserie à la mode (celles qui sont hyper courues chez les trentenaires et quarantenaires parmi mes collègues de travail).
                        Pour moi la liberté a été de pouvoir continuer à vivre comme lorsque j’étais étudiant ; en même temps que ce mode de vie m’a ostracisé chez celles et ceux qui en ont toujours profité pour dénoncer mon « égoïsme ».

                      • #69229 Répondre
                        Palavich
                        Invité

                        Pour moi, ce qui caractérise les différences de classe et donc les différences entre les individus, ce sont les possibilités d’accès à certaines pratiques sociales, immédiatement : qui peut accéder ou non à tel expérience, rencontres, mode de consommation, idées, etc. Les goûts et les dégoûts procèdent d’une connaissance pratique et sont secondaires. Ce sont les conditions d’accès qui déterminent les classes.

                      • #69238 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Déja dit plus bas : à s’en tenir aux « possibilités » on risque de rater tout un pan de la vie réelle, et tout un nuancier sociologique.
                        Oui j’ai la possibilité – financière- de passer des vacances dans une villa en Grèce. Mais je ne le fais pas – quand d’autres le font. J’aurais la possibilité d’acquérir un appartement où je puisse recevoir mes semblables bourgeois à diner. Mais j’habite un appartement sous équipé sous aménagé et je n’ai pas de semblables bourgeois à inviter à diner (sur quelle table, d’abord?)
                        On pourrait d’ailleurs observer la friabilité de ce critère dans les basses classes : les prolos ont la « possibilité » d’écouter tout Mozart en ligne. Et à peu près tous n’en écoutent pas une minute. On voit alors que la notion de possibilité n’est pertinente que si elle intègre, bourdieusiennement, la vie symbolique. Le tempérament social. L’habitus (occupation effective, mentale et réelle, de sa place sociale – façon d’habiter sa position sociale stricte)

                      • #69470 Répondre
                        Tristan
                        Invité

                        Oui, parce que c’est justement à partir du moment où tout le monde peut écouter tout Mozart en ligne que l’accès à Mozart est démonétisé, qu’il n’a plus de valeur symbolique. Laquelle va se loger ailleurs, dans la manière d’écouter Mozart. Dans le fait de ne pas « écouter Mozart », mais « le Kyrie dy Requiem dans la version de l’Orchestre philarmonique de Berlin dirigé par Claudio Abado ».
                        Reste que pas mal de pratiques culturelles sont inaccessibles à la plupart d’entre nous. Et l’apport, décisif, de la prise en compte de la vie symbolique, ne peut pas générer l’oubli de la vie matérielle.

                      • #69474 Répondre
                        Nox
                        Invité

                        @Tristan
                        Manant, vous allez me faire le plaisir d’écouter la version de Nikolaus Harnoncourt du Requiem, parce que les valeurs se perdent et qu’il n’y a plus de saisons.
                        Fissa.

                    • #67923 Répondre
                      Mélanie
                      Invité

                      @ François : ok je vois

                    • #67973 Répondre
                      Florent
                      Invité

                      « La parentalité est un puissant opérateur de normalisation (matérielle, et mentale) »
                      opérateur de normalisation quelque soit la classe, la parentalité n’est pas en soi un facteur d’embourgeoisement…
                      du coup on peut se demander si ayant les moyens (une certaine aisance financière) et l’opportunité (la fréquentation des cercles culturels) d’en être mais la volonté de ne pas en être, Histoire de ta bêtise ne fût pas aussi pour toi une manière de congédier cette bourgeoisie qui essayait de t’enrôler depuis tes succès littéraires et ton accession à l’élite culturelle ?
                      La réception du livre pouvant s’apparenter de sa part (La bourgeoisie, culturelle notamment) à celle d’un prétendant éconduit après une cour laborieuse

                      • #68110 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Le livre ne fut pas une « manière de congédier » ; mais plutot la preuve que le congé avait déjà été donné.

                      • #68112 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Et je dois encore signaler que cette bourgeoisie n’a pas été si hospitalière
                        Dans ces années de cohabitation, nos rapports furent en dents de scie
                        Voir par exemple ce qui fut documenté ici il y a peu : l’hostilité farouche des Inrocks à partir de 2008

                      • #68141 Répondre
                        essaisfragiles
                        Invité

                        Il me semble que la bourgeoise n’est accueillante qu’à la condition d’en adopter les habitus et les modes de pensée, c’est-à-dire de se normaliser pour s’intégrer.
                        Les Inrocks — ce n’est qu’un exemple parmi d’autres — n’aiment pas les poils à gratter qui leur rappellent où ils se situent. Je dis ça sans animosité, ayant été lecteur jusqu’en 2010 et ne reniant absolument pas le plaisir pris à les lire.

          • #67869 Répondre
            nefa
            Invité

            prendre le taxi n’est pas toujours un comportement bourgeois
            par exemple, le taxi bye-bye (à destination, tu te sauves sans payer)
            expérimenté une fois avec un autonome pur et dur
            lui, c’était son moyen de transport,
            la nuit

      • #67880 Répondre
        Mao
        Invité

        Compte tenu des commentaires qui suivent, je tiens à préciser que l’objet de ma question n’était pas de savoir si François est ou non un prolo, un bourgeois ou que sais-je encore. Et encore moins de se demander si la trottinette, le bus ou le taxi sont des modes de locomotion un peu, beaucoup ou passionnément bourgeois. Je voulais seulement dire que relativement à la forme majoritaire et dominante que revêtent les principaux récits de transfuges analysés notamment par LV, « Histoire de ta bêtise » fait exception et aurait à ce titre mérité d’être signalé comme telle par l’auteure. J’ai en effet lu HDTB comme le parfait contrepoint de cette vogue problématique de récits de transfuges de classe. Pour moi, HDTB est un grand récit de transclasse qui échappe à la forme hégémonique. Et c’est précisément parce qu’il lui échappe qu’il a eu droit à la réception qu’il a connu, lui valant toutes sortes d’accusations, on a parlé de populisme, de trahison, du fait qu’il « crachait-dans-la-soupe » etc. Ce qui en fait un grand récit de transclasse. Ou si vous préférez un grand contre-récit de transclasse. Il me semble que cela n’a injustement pas beaucoup été dit.

    • #67882 Répondre
      essaisfragiles
      Invité

      @ Mao
      D’accord. Merci pour la précision.
      .
      « Ou si vous préférez un grand contre-récit de transclasse. »
      Je pense que c’est exagéré. Ce n’est pas l’objet du livre.

      • #67896 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Ce n’est pas son objet mais oui ce peut etre son effet
        Ce qui distingue HDTB des récits canoniques de transclasse, c’est qu’il se concentre sur ce qu’eux esquivent allègrement (ou ne font qu’effleurer) : la friction acec la classe d’accueil. Le réelle friction (pas seulement le coté j’ai honte de mon anorak)
        C’est notamment une immense béance de l’oeuvre d’Ernaux, qui n’a jamais été très diserte sur sa vie conjugale de dix ou quinze ans avec un bourgeois de centre-gauche

        • #67924 Répondre
          Mélanie
          Invité

          Deux classes dans un couple – gros sujet.

        • #68354 Répondre
          jojo_le_gilet_jaun°
          Invité

          La femme gelée ?
          L’embourgeoisement, d’abord présenté sur le mode de l’enchantement, devient oppression quand on l’assigne à sa fonction reproductrice. La gestion quotidienne de l’épaisseur matérielle du foyer bourgeois comme l’éteignoir de sa vitalité de jeune femme.
          La béance se situe plutôt à l’endroit de la construction de sa position dans le champs littéraire.

          • #68355 Répondre
            jojo_le_gilet_jaun°
            Invité

            l’, c’est Annie

            • #68357 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Je n’ai pas lu ces pages, je note
              Mais ce n’est pas ce que j’attends. Ce que j’attends, c’est qu’elle explique comment elle s’est trouvée bien là-dedans. Ce qui lui demanderait l’effort de ne pas colorer une période à l’aune de sa fin. Le prisme du divorce peint en noir ces années où elle n’aura été soi-disant qu’une bovary. Or je ne le crois pas. Je crois qu’elle a été heureuse et satisfaite avec ce mari et ces enfants. Comme E. Louis nage dans le bonheur depuis qu’il évolue dans la coolitude mondialisée. Racontez nous ça, les amis.
              Aimez un peu la vérité, pour une fois.

              • #68360 Répondre
                jojo_le_gilet_jaun°
                Invité

                Certes, il y a du Bovarisme là-dedans.
                Mais, le récit des opérations quotidiennes de maintien de l’ordre que suppose la tenu d’un intérieur bourgeois est particulièrement réussi. D’autant plus que ce rapport aux intérieurs s’est généralisé.
                Je crois que plus profondément que cette catégorie de « transfuge » n’opère pas pour Louis ou Ernaux. Leur trajectoire contient plus qu’un mouvement de classe.
                Le pouvoir que leur confère leur exposition médiatique, leur position dominante dans un champs aussi sélectif que la littérature, en font autre chose que des transfuges.
                Ils ont plus que de l’avoir, ils ont du pouvoir.

              • #69090 Répondre
                Tristan
                Invité

                Je me souviens d’un beau passage (je sais plus où, mais je peux retrouver) où elle raconte la période où elle et son mari sont étudiants, qu’ils buchent dans l’effervescence et l’émulation, on se dit que c’est chouette, et à la fin du paragraphe elle signale que c’est elle qui se lève pour faire la bouffe.
                Je me dis donc qu’elle n’a pas trouvé cette période là hyper chouette, spontanément.
                Tu penses à quoi, quand tu dis qu’elle a été selon toi heureuse ?
                * * *
                (ça me fait penser à une autre phrase, de La Place, pour le coup : « Voie étroite, en écrivant, entre la réhabilitation d’un mode de vie considéré comme inférieur, et la dénonciation qui l’accompagne. Parce que ces façons de vivre étaient à nous, un bonheur même, mais aussi les barrières humiliantes de notre condition (conscience que “ce n’est pas assez bien chez nous”). Je voudrais dire à la fois le bonheur et l’aliénation. » Peut-être que tu aimerais qu’elle dise, à propos de sa vie de femme mariée bourgeoise, non seulement l’aliénation, mais le bonheur aussi ?)

    • #68361 Répondre
      Oscar Spielmann
      Invité

      Tardivement j’ai lu Annie Ernaux et je n’ai pas aimé. Mais Mémoire de fille n’était certainement pas le meilleur choix. Aberrant discours de féminin soumis.

      Transfuge… de parents commerçants, je n’ai jamais trop compris non plus !

      Son sujet est le masculin non ?

      • #68375 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Son sujet n’a longtemps pas été le masculin
        Mémoire de fille n’est pas bon, comme tout ce qu’elle écrit depuis quinze ans. La mèche était courte, et on dira pourquoi dans un livre prochain.
        Il faut lire plutot ses premiers roman autobios.

        • #68386 Répondre
          Tristan
          Invité

          D’accord avec ça. J’ai mis longtemps à comprendre de quoi La Place et La Femme gelée tenaient leur force. Et je suis pas sûr d’avoir compris.

          • #69178 Répondre
            Oscar
            Invité

            J’ai lu La place et j’ai (étrangement) trouvé sa très belle simplicité, présomptueuse… Curieuse de lire La femme gelée.

            • #69181 Répondre
              essaisfragiles
              Invité

              Puisqu’on parle d’Ernaux, une petit remarque toute personnelle.
              Moi, ce qui m’étonne, ce n’est pas qu’elle ait raté la plupart de ses livres depuis 15 ans, depuis son livre sur la jalousie, L’occupation — je pardonne à une écrivaine, à un écrivain que j’ai aimé de perdre son inspiration.
              Ce qui m’étonne, c’est bien plutôt qu’elle se soit fondue corps et âme dans cette nouvelle classe sociale à laquelle elle appartient jusqu’à en épouser les habitus depuis pas mal d’années. J’en veux pour preuve deux choses : 1) son style oral, entièrement châtié, beaucoup trop travaillé (style que je distingue de celui de ces livres, nécessairement retravaillé et ajusté à d’autres nécessités d’écriture) ; 2) l’intérieur de son « logement », pour les quelques photos ou vidéos qui ont pu circulé, beaucoup trop embourgeoisé. Ce que j’accepte sans problème chez Rancière (les peintures au mur, la décoration) — sans doute parce qu’il ne nous a jamais fait le récit du transfuge de classe (que je crois il n’est pas). Chez Ernaux, l’oral est très visible dès les premières télé des années 70 (émission « Aujourd’hui madame »), puis chez Pivot : elle parle comme une grande bourgeoise ; on sent le conditionnement de la classe, l’autocensure. Je veux bien croire que c’est un conditionnement de l’enseignement scolaire et universitaire des années 60-70, mais elle aurait pu travailler à perdre cette intonation, cet « accent » bourgeois à l’oral.

              • #69200 Répondre
                Oscar
                Invité

                Oui, je crois d’ailleurs que ma lecture est très encombrée de tout cela que j’ai vu et entendu d’A.E.
                Mais son « féminisme » vu d’aujourd’hui m’intéresse. En est-ce ? Un instantané d’années confortables.

                • #69209 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Je crois que ce parler est plutot conditionné par ses longues années dans un pensionnat de jeunes filles, où les pensionnaires étaient priées, et contraintes, de plier leur corps et leur langue aux codes bourgeois – être une fille bien éduquée, c’était se tenir comme une bourgeoise. Sans parler de la raideur catho
                  Sa mère c’est d’ailleurs typiquement ce que Barthes appelait une petite-bourgeoise : catho, morale, sévère, et même un peu lettrée.
                  Dans La place ou La honte, ce pensionnat est évoqués ans qu’à aucun moment Ernaux se penche sur la seule question qui vaille : en quoi ce pensionnat l’a MARQUÉE. Marquée à vie.

      • #68406 Répondre
        jojo_le_gilet_jaun°
        Invité

        Nouer Ernaux à Louis me dérange.
        Ce truc de transfuge n’existe chez dans l’œuvre d’Ernaux. Ernaux s’attache à transcrire les manifestations réelles de l’habitus.
        On ne perçois l’habitus que quand on change de milieu, quand l’ordre social incorporé dissone. Le mouvement social ascendant n’a aucune vertu en soi.
        Autre point, et non des moindre : la littérature.
        Dans La place, suite à la mort du père, la description des petits gestes que chacun fait pour inscrire dans l’ordre social la présence du cadavre est un délice de littérature. Il n’y a rien de semblable chez Louis.

        Plus grave (?) que les errances théoriques d’Edouard Louis autour du concept de transfuge, la peinture qu’il donne des classes populaires dans En finir avec Eddy Bellegueule.
        Les classes populaires sont l’endroit où grouillent des choses monstrueuses ( homophobie, racisme….), l’endroit où règne la bêtise au front de taureau, l’endroit où des cousins germains s’enculent pour passer leur dimanche après-midi.
        Bref, le lecteur de l’Obs en a eu pour son argent, pourtant le lecteur du Figaro l’avait prévenu : on ne peut rien attendre de ces gens-là. Sauf à accueillir ceux qui ont consentis à faire de réels efforts, comme Louis. Ceux-ci nous ragaillardissent
        Dans Ernaux, au contraire, le négligé et la liberté avec laquelle les classes populaires arrangent leur vie dans l’après-guerre fonde une noblesse dont les bourgeois sont dépourvus.

        • #68457 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Remets ta connaissance de Louis à jour
          Depuis trois livres, il dégouline de tendresse pour les classes populaires.

          • #68461 Répondre
            jojo_le_gilet_jaune°
            Invité

            Me voilà rassuré : les classes populaires en avaient bien besoin.
            Mais je n’irai pas vérifier par moi-même : lire du Louis me procure autant de plaisir que manger une endive croque au sel.
            Je me suis arrêté à Qui a tué mon père. Expliquer la monstruosité de son père comme l’effet de quelques mauvaises politiques publiques m’avait semblé un peu concon. Mais tout le monde ne peut pas donner vie à un Fiodor Pavlovitch Kamarazov.

            • #68477 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              « Dans Ernaux, au contraire, le négligé et la liberté avec laquelle les classes populaires arrangent leur vie dans l’après-guerre fonde une noblesse dont les bourgeois sont dépourvus. »
              Ca sent un peu trop la common decency pour moi ça.

              • #68481 Répondre
                jojo_le_gilet_jaune°
                Invité

                Common decency ?
                Non
                « arrangent leur vie » = il n’y pas de contenu moral là-dedans, on parle des agencements matériels qui constituaient la vie des classes populaires dans l’après-guerre. Dans une société qui s’étaient effondrée et qu’il fallait reconstruire, les gens avaient des marges de liberté de créer leur mode de vie. Toutes les dimensions de leur existence n’étaient pas encore intégrées à « la société de consommation » : il produisait une culture qui leur était propre. Ce moment est particulièrement bien renseigné par Pasolini.
                Pauvreté, débrouille, mais il y avait du jeu, des marges.
                La Femme gelée met en tension ces mondes-là. Dans l’espace domestique bourgeois, dans la vie des objets qui le constitue, seul l’ordre compte.
                Ernaux a la nostalgie de cette période.

                • #68482 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  Tu ne comprendras pas mon appréciation situ te tronques toi meme.
                  Tu tronques le mot « noblesse » qui était évidemment la base principale de mon commentaire.
                  Sans noblesse, effectivement ça sent moins l’ode à la vertu endémique des prolétaires.

                  • #68484 Répondre
                    jojo_le_gilet_jaune°
                    Invité

                    Eh oui, noblesse !
                    C’est l’enflammade, ça arrive.

    • #68478 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      Ce qui me fait songer qu’Ernaux n’a jamais véritablement parlé de l’attitude de sa famille de commerçants pendant la guerre.
      Pourquoi donc?

      • #68479 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Pour info, Louis a dit tout le bien qu’il pensait d’Ernaux qui a dit tout le bien qu’elle pensait de Louis.

        • #68483 Répondre
          jojo_le_gilet_jaune°
          Invité

          Mais bon dieu ! Je sais tout ça. Leur amitié mondaine intéressée, où chacun se sert de la notoriété de l’autre pour asseoir sa place, ne m’a pas échappé.
          Mais libre à moi de discriminer : l’œuvre d’Ernaux a quelques qualités, celle de Louis est nulle.
          Voilà

      • #68485 Répondre
        jojo_le_gilet_jaune°
        Invité

        héhé. Ça sent le procès d’intention en marché noir et en profiteur de guerre.
        Elle renseigne ça dans un livre. Il est plutôt question de leur héroïsme banal, de prise de risques pour approvisionner coûte que coûte leur communauté ouvrière, de faire preuve de largesse pour que tout le monde s’en sorte. Je ne sais plus dans quel bouquin, il est question de ça ( Une femme ?).
        Mais à ce point-là de la discussion, il faut que je précise quelque chose : je ne suis pas fin fou de la littérature d’Annie Ernaux. Je la situe dans l’ordre du sympa. Ce qui ne vaut que je passe autant de temps à la défendre sur un forum.

        • #68487 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          En toutes circonstances on peut se passer du syntagme « procès d’intention ». Qui ne sert strictement à rien.
          Nobles parents, donc. Ok.

          • #68488 Répondre
            jojo_le_gilet_jaune°
            Invité

            C’était excessif, mais c’était intentionné.
            Je me demandais juste à quoi tu pensais quand tu écris « Ernaux n’a jamais véritablement parlé de l’attitude de sa famille de commerçants pendant la guerre.
            Pourquoi donc ?  »
            Nobles. Non. Des aristocrates de la décence ordinaire tel que le seul Peuple d’alors en sécrétait.

            • #68490 Répondre
              jojo_le_gilet_jaune°
              Invité

              seul le

              • #68496 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                Pardon mais je ne te suis plus
                1 tu nies que ton observation ait quelque chose à voir avec la common decency
                2 tu parles maintenant d' »aristocrates de la décence ordinaire »
                Alors quoi? Common decency ou pas?

                • #68507 Répondre
                  jojo_le_gilet_jaune°
                  Invité

                  Emphase ironique. Raté, donc.
                  Je m’étais défendu de tout attachement à ce concept plus haut, mais vu que tu réintroduisais le terme de « noble » qui se référait à ce moment de la discussion, j’ai senti comme une forme d’insistance à cet endroit. J’ai donc pris le parti d’insister sur l’insistance…  » Peuple d’alors » serait le titre parfait d’une publication Onfro-michéenne.
                  La « common decency », est assurément concept creux.
                  Pour autant, l’étude des phénomènes d’échanges non-économiques et non-intéressés qui subsistent dans les classes populaires, même en temps de développement forcené de notre société marchande, demeure un champ de réflexion passionnant. Je vous renvoie à la très sous-côté Revue du MAUSS (mouvement anti-utilitariste en science sociale). : https://www.revuedumauss.com.fr/
                  Tout est libre d’accès

                  • #68520 Répondre
                    françois bégaudeau
                    Invité

                    Non-économiques, ca n’existe pas. L’économie n’est pas la finance, c’est précisément le système d’échanges, gratuits ou non.
                    Non-intéressés, ça n’existe pas. C’est le principe de la solidarité villageoise que de reposer sur la possibilité d’un service en retour (et ou du sentiment organique que ce qui vaut pour un vaut pour tous donc vaut pour moi)
                    Une fois ceci précisé, on trouvera des échanges semblables dans la bourgeoisie.

                    • #68521 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      (en effet je n’avais pas vu l’ironie, pourtant la majuscule à Peuple aurait du m’alerter ; désolé)

                    • #68537 Répondre
                      jojo_le_gilet_jaune°
                      Invité

                      Ok. Tout ça est approximatif. Je vais préciser ce que j’avais derrière la tête :
                      – « non-économique » : échange qui n’est pas médié par un marché.
                      – « non-intéressé » : l’intérêt ne peut pas être anticipé selon un calcul coût/bénéfice ; le contre-don ne pouvant être traduit en équivalents monétaires qui correspondraient à ce qui a été donné. Autrement dit : ce qui est rendu n’est pas commensurable à ce qui a été donné. Seule la réciprocité compte
                      Bien-sûr que ce type d’échange a lieu dans la bourgeoisie, mais ça n’invalide pas le fait que, par exemple, dans le milieu où j’évolue (semi-alterno-rural), ce type d’échange produit des relations très intéressantes entre des gens très divers et introduit du jeu dans l’ordre marchand qui nous entoure.

                      • #68538 Répondre
                        jojo_le_gilet_jaune°
                        Invité

                        par rapport l’ordre marchand qui nous entoure.

                      • #68607 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        « , mais ça n’invalide pas le fait que, par exemple, dans le milieu où j’évolue (semi-alterno-rural), ce type d’échange produit des relations très intéressantes entre des gens très divers et introduit du jeu dans l’ordre marchand qui nous entoure. »
                        Tout à fait
                        J’en ferais bien un film

                      • #68779 Répondre
                        Arnaud
                        Invité

                        Si tu ne l’as pas lu tu devrais regarder L’intérêt souverain de Lordon. Il répond au MAUSS et rejette radicalement l’idée de désintérêt.

                      • #68789 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Je connais ces thèses oui. Et je les partage.

                      • #68832 Répondre
                        Florent
                        Invité

                        Cf la maxime de la Rochefoucauld : « l’intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé »

                        L’intérêt peut être regarder comme un déterminisme Darwinien dans les relations sociales

                      • #68835 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Je ne pense pas qu’il y ait de ruse dans la solidarité communautaire. Chacun sait bien que le service rendu appelle possiblement un service en retour, fût-il incommensurable au premier.
                        Chacun sait bien que l’intéret de chacun est lié à l’intéret de tous.

                      • #68930 Répondre
                        Florent
                        Invité

                        Mes culpa, je réagissais au commentaire d’Arnaud sur le rejet par Lordon de l’idée de désintérêt pour dire qu’il y a sans doute de l’intérêt dans la plupart des relations sociales. Pas de raison en effet de penser que les intérêts en jeux soient dissimulés dans les solidarités communautaires.

                      • #68934 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Nous sommes d’accord

                      • #69379 Répondre
                        jojo_le_gilet_jaune°
                        Invité

                        Lordon n’est pas bourrin, mais hyperbourrin. Immensément talentueux mais hyperbourrin.

                        « Il répond au MAUSS et rejette radicalement l’idée de désintérêt. » = l’immense majorité des travaux du MAUSS ne porte pas sur l’acte désintéressé. Au contraire, ils explorent le paradigme du don compris comme la triple obligation donner-recevoir-rendre. Ce type d’échange n’évacue pas l’intérêt. Certains auteurs explorent la possibilité d’une mise en tension, d’une co-existence entre intérêt/désintérêt dans l’échange. Il est donc curieux que Lordon circonscrive sa critique à un aspect résiduel du travail théorique produit par le MAUSS. Peut-être, poser comme central le dualisme intérêt/désintérêt permet un dispositif narratif commode pour mettre en scène son dépassement.

                        L’affrontement des conatus et le problème de la pronation anarchique est une fiction. Disposer des premiers humains avec ces propriétés d’action, au milieu de nulle part, comme des Legos, dans un état de violence quasi-hobbesien, est une situation qui n’est admise par aucun historien ou préhistorien. Même pas par des primatologues. C’est juste une expérience de pensée. On peut tout aussi bien penser une puissance d’agir qui ne soit pas tournée d’emblée vers la conservation de soi.

                        Faisons une expérience de pensée à partir du postulat que Bataille place au fondement de sa théorie économique : « le soleil donne sans recevoir ». Notons déjà que tout ce qui va suivre est placé dans le milieu biochimique existant : la troposphère. Cet ajout apporte un surcroît de matérialité auquel tout le monde ici sera sensible.
                        Le couple énergie solaire/photosynthèse produit nécessairement à tout moment des millions de tonnes de matière organique. Gratuitement. Pour la plupart des formes vivantes, existant par commensalisme, par végétarisme ou parasitisme, la conservation de soi ne demande aucun effort. Nous vivons dans un milieu, où l’énergie est en excès.
                        Dès lors, pourquoi, postuler que la propriété fondamentale et exclusive du conatus est de persévérer dans son être.
                        On pourrait au contraire postuler qu’il existe dans chaque être une puissance d’expression, de dépense, de don, qui ne se ramène jamais à une logique pure de la persévérance. La puissance de chaque être humain déborde sa petite existence
                        Là, le désintéressement devient possible comme une dépense de puissance excédentaire qui s’ignore, qui s’ignore parce qu’excédentaire.

                        Ce sont des arguments développés par le MAUSS, dont je recommande chaudement les travaux.
                        Il faut articuler ça à des exemples.
                        Vous les avez tous en tête.
                        Bref, le geste théorique de Lordon souffre de sa volonté de totalisation. On touche ici à la misère de la théorie.
                        Je m’arrête donc là.

                      • #69381 Répondre
                        jojo_le_gilet_jaune°
                        Invité

                        BRUTAL ! Il met K.O Frédéric Lordon en moins de 2000 signes !

    • #68847 Répondre
      Carpentier
      Invité

      retombant sur la fièvre du samedi soir récemment en télé, ce passage m’a fait penser à ce sujet: (le choix du titre pour cet extrait youtube est idiot et les mots chauds bipés font sourire; il n’empêche)

      • #68848 Répondre
        Carpentier
        Invité

        C’est des snobinards au lieu d’être des loubards.

    • #69192 Répondre
      Mao
      Invité

      Vous avez vu passé ce texte magistral ?

      https://lundi.am/En-finir-le-nouvel-hygienisme-poetique

      • #69193 Répondre
        Mao
        Invité

        *passer

      • #69197 Répondre
        lison
        Invité

        Merci ! Je viens de le lire.
        J’aime beaucoup cette citation de Christian Prigent dans l’article :
        « Contenu correctement éco-poétique + messagerie militante sans difficulté rébarbative = ambiance cool. Le poète ? – un soignant (applaudissements). La poésie ? – un médicament contre les blessures réelles et symboliques que le monde (la cruauté socio-politique et la déroute de la pensée devant cette violence) inflige au monde (aux hommes privés d’avoir, de pouvoir, de sens, et de jouissance) (…)

        Sous le masque de correction politique, d’altruisme civique et de fraternité moralisatrice qu’arbore ce visage rajeuni règnent comme toujours l’égocentrisme banal des poètes et leurs penchant volontiers serviles. Ne dominent pas moins qu’avant la niaiserie idéaliste, la naïveté politique, le peu de culture, le conformisme intellectuel, une inventivité formelle pour le moins timorée, la soumission aux règles du spectacle culturel et au fonctionnement de ses institutions alimentaires. » [14]

        • #69210 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Ca balance.

        • #69218 Répondre
          Nox
          Invité

          Applicable à peu près pour tous les artistes qui s’improvisent infirmiers dans leurs discours.

        • #69595 Répondre
          jojo_le_gilet_jaune°
          Invité

          Autant cet extrait de Pringent est parfait, autant l’article est dispensable. Cette emphase, cette recherche de la formule choc/ tape à l’œil, est tout aussi douteux que le lyrisme de la poétesse-paysanne-chamane.

          • #69729 Répondre
            jojo_le_gilet_jaune°
            Invité

            -teuse

    • #69728 Répondre
      jojo_le_gilet_jaune°
      Invité

      J’ai fini par écouter l’entretien avec Laélia Veron. Très juste. Transfuge = une variation gênée et paradoxale sur LE mythe du self made man.
      Et c’est vrai que nous avons besoin de récit alternatif de cette expérience transclasse
      Au rang desquels : FB dans HDTB, avec le rejet de la classe d’accueil
      Avant lui, London. Je suis en train de lire Le Talon de fer, et cet extrait fait écho, il me semble, à HDTB :
      « Cependant, Ernest racontait comment il s’était élevé dans la société au point d’entrer en contact avec les classes supérieures et de se frotter à des hommes intronisés dans les hautes situations. Alors était venu pour lui la désillusion, et il la dépeignit en termes peu flatteurs pour cet auditoire. La nature grossière de leur argile l’avait surpris. Ici la vie ne lui apparaissait plus noble et généreuse. Il était épouvanté de l’égoïsme qu’il rencontrait. Ce qui l’avait étonné encore davantage, c’était l’absence de vitalité intellectuelle. Lui qui venait de quitter ses amis révolutionnaires, il se sentait choqué par la stupidité de la classe dominante Puis, en dépit de leurs magnifiques églises et de leurs prédicateurs grassement payés, ils avaient découvert que ses maîtres, hommes et femmes étaient des êtres grossièrement matériels. Il babillait bien sûr leur cher petit idéal et leur cher petite morale mais en dépit de ce verbiage, la totalité de leur vie était matérialiste. »
      Soit dit en passant, ce que London nomme Le talon de fer et stricto sensu ce que filme Cimino dans La porte du paradis. Il est de la nature même de l’oligarchie de nous écraser la gueule si jamais nous venions à contester un tant soit peu ses intérêts.

      • #69731 Répondre
        jojo_le_gilet_jaune°
        Invité

        Le talon de fer est document passionnant et un roman médiocre. Le didactisme tue.

        • #69734 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          Oui je retrouve ici le style tout de même souvent lourdaud de London.

          • #69738 Répondre
            essaisfragiles
            Invité

            Merci pour l’extrait, tout de même.

          • #69740 Répondre
            jojo_le_gilet_jaune°
            Invité

            C’est un conteur ; il fait des phrases pour avancer.
            Mais c’est un bon gars !

            D’ailleurs petit questionnaire culture générale sous forme de who’s who :

            Qui a été pilleur de parc à huitre, concierge, ouvrier dans une conserverie, chasseur de phoque, chauffeur de chaudière dans une centrale électrique, employé dans une blanchisserie, chercheur d’or dans le Klondike (liste non exhaustive) :

            a) François Bégaudeau
            b) Jack London
            c) Raphaël Enthoven

            Qui a passé dix ans de sa vie dans un milieu où la koenigsbier tiède passe pour une boisson délicate :

            a) François Bégaudeau
            b) Jack London
            c) Raphaël Enthoven

            Plus difficile :
            Qui voue une admiration sans bornes à Spinoza et a engendré un fils Youtubeur (ceci expliquant cela) :

            a) François Bégaudeau
            b) Jack London
            c) Raphaël Enthoven

            • #69743 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Oui François London a un style lourd mais lui c’était un vrai prolo, pas comme toi.
              C’est ça l’idée de ton truc pas drole?

              • #69744 Répondre
                françois bégaudeau
                Invité

                A moins que la réponse au 2 soit a)

              • #69750 Répondre
                jojo_le_gilet_jaune°
                Invité

                « vrai prolo, pas comme toi ».
                Vrai prolo ?
                ça n’a pas de sens. Je ne donne pas dans la prolophilie.
                La réponse au 2 est a)

                • #69753 Répondre
                  françois bégaudeau
                  Invité

                  ok

            • #69746 Répondre
              Christophe M
              Invité

              Question : qui, né dans la 2ème moitié du XXe siècle aurait pu être pilleur de parc à huîtres, concierge, ouvrier dans une conserverie, chasseur de phoque, chauffeur de chaudière dans une centrale électrique, employé dans une blanchisserie, chercheur d’or dans le Klondike ?

              • #69748 Répondre
                Tony
                Invité

                Vincent Lindon?

                • #69751 Répondre
                  Kenyle
                  Invité

                  On rigole mais faut voir les cv que peuvent avoir certains intérimaires parfois, en therme d’accumulation de taf différent.
                  Bon pour le chercheur d’or c’est plus compliqué, au pire s’il prend un détecteur à métaux et qu’il va sur la plage on valide. Pour la chasse de phoque, si c’est un chasseur du dimanche qui tire le sanglier, on validera aussi.

    • #137612 Répondre
      poissonvache
      Invité

      Salut, en faisant une recherche un certain Paul Bouffartigue, je tombe sur un article (« Dire son parcours de transclasse, À propos de trois ouvrages récents ») qui pourrait ajouter à ce topic.
      Il porte sur trois livre portant sur le propre transclasse de ses auteurs.
      A propos d’un des livres (Gérald Bronner, Les origines. Pourquoi devient-on qui l’on est ?) Paul Bouffartigue écrit:
      .
      L’auteur commence par mettre en garde contre les effets de la culture psychanalytique, qui favoriserait l’adoption de récits réduisant aux traumas de l’enfance les sources de notre personnalité, et par recommander la vigilance à l’égard des « biais d’autocomplaisance » – cette tendance à attribuer nos succès à nos qualités, nos échecs à la malveillance d’autrui. Le dolorisme s’inscrirait dans cette tendance, en tant que « conception qui exalte la douleur et confère, par voie de conséquence, une valeur morale à celui qui souffre » (p. 39). Méfions-nous donc du « sophisme de la vertu supérieure des opprimés12 » et de notre tendance à l’autovictimisation. Or, selon Gérald Bronner, cette tentation doloriste est présente, avec la honte comme « stigmate fédérateur » dans la plupart des récits de transclasses. Le summum serait atteint par l’écrivain Édouard Louis dans son premier livre13. Il narrerait une enfance « cauchemardesque », ce qui « par contraste, auréole le narrateur d’héroïsme social », alors que le voisinage comme la propre famille de l’écrivain auraient totalement rejeté son récit. Si les écrits de transclasses refusent de mettre en avant la fierté d’une réussite, a fortiori la notion de mérite, c’est qu’ils « prennent garde à ne pas triompher ». Citant La Rochefoucauld – « le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois » – l’auteur les compare à ces « prophètes sociaux qui ne peuvent sauver et être sauvés sans accepter de souffrir » (p. 48).
      .
      https://journals.openedition.org/nrt/14469#bodyftn11

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