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- Ce sujet contient 20 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
nefa, le il y a 2 années et 9 mois.
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nefa
InvitéJ’ai cinq ou six ans. Je suis à la mer, dans l’eau, près du bord, là où j’ai pied. Il y a plein de monde autours de moi. Et il y a cette femme, une grand-mère. Il y a aussi sa petite zassoutte avec sa bouée en forme de canard qui la soutient au niveau des aisselles, qui l’empêche de couler, qui lui permet de frapper, du plat des mains, l’eau et de rire aux éclats.
La femme me montre du doigt. Elle dit : « regarde, lui, il n’a pas de bouée ».
Mon corps voit, entend ; non seulement il prend conscience qu’il est en train d’alimenter la femme, mais en plus, il traduit sa remarque comme une invitation à continuer
Je cervelle, j’intestine, j’os, je tendonne la femme et sa zassoute ; par dessus, j’intérieur une incantation, je l’impromptue genre à prendre comme un cadeau, je dis à l’unisson : « vas-y, laisse-toi aller, continue de jouer ton rôle, constate : ça fonctionne ».
Puis je me moi. Je me conscience un récit à deux brins, celui d’une nage assimilée, automatique, couplée à la notion d’aurorité.
J’histoire un geste spécifique, inaugural.
Je joie un compte-rendu superposé, thème : l’à plat.
Je musique ce que c’est, avec deux notes tenues, qu’être 1) gardé à flot en publique pour la première fois de sa vie en tremblant des pieds et des mains et qu’être 2) en train de s’en faire la réflexion.
Entre nous trois, de fait : quelque chose d’installé, un moment cohérent, intense ; dedans : moi qui joue en foutant de l’eau partout et la femme qui approuve et m’encourage de la voix et la zassoutte – alors que je ne me souviendrai pas toujours d’elle à ce moment précis. Le temps d’un spasme : trois ou quatre minutes, pas plus.
Le lendemain, je marche sur la plage, une aire de jeu, je m’approche, je reconnais la zassoutte de la veille, virevoltante, ses copains, ses copines, un trampoline ; ils rigolent fort, ils battent des mains, ils battent des pieds, ils battent de la tête et il ne semble pas possible, à cet endroit, qu’on puisse s’exprimer autrement. Je décide de les rejoindre.
Bien sûr je me place et au moment propice, élastique au repos, je m’élance, premier contact entre ma peau et la toile tissée de fibres hyper réactives, puis je me vautre ; pas moyen de tenir debout. Et si je ne suis pas sûr d’emmerder tout le monde à chuter, à rouler dans tous les sens, par contre, allongé en boule, immobile, collé au latex, ça ne fait pas de doute.
Alors, la zassoutte, d’autant qu’elle s’avère avoir un ou deux ans de plus que moi, de concert avec ses potes – mais je ne vois qu’elle, je n’entends qu’elle –, me hurle en tendant serrés ses bras vers le sol : « vas-t-en , ici c’est pas pour les petits ». -
Fanny
Invité« premier contact entre ma peau et la toile tissée de fibres hyper réactives » : micro-hypnose, je la sens sous mes pieds.
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nefa
Invité@Fanny
Avec « micro hypnose », tu tapes direct au cœur de ce qui me fait réfléchir, écrire : ces spasmes, ces bouffées matérialisantes, ces décrochages, ces plongée inopinées dans le concret du corps qui viennent briser l’harmonie (triste ou joyeuse) de ce qui se passait avant (une simple lecture en l’occurrence).
Je suis un soutier, Fanny, genre, le mec dont la visibilité à propos son existence « normale » ne va pas au-delà de quinze jours et ça pour gagner pas grand-chose ( quarante ans que je bosse et je crois que mon foyer fiscale n’a du dépasser le seuil de pauvreté que quelques mois). Ça veut dire et ça c’est pas très grave : pas partir en vacance, pas de bagnole perso, pas de resto, pas de ciné, pas de livre, pas de sorties entre potes à boire des coups et que je ne suis pas propriétaire. Ce qui l’est c’est que mon travail m’oblige à conduire beaucoup dans Paris et de porter des charges, c’est qu’il est pénible et fatigant style à bien se ronger la tête et le squelette (contrairement à ce qu’affirme notre aimé sénateur socialiste avec son histoire d’exosquelette). À 58 ans, physiquement, je suis rincé.
Alors, il y a ces spasmes (et pas forcement à l’occasion d’une lecture), une quinzaine de fois par semaine, de l’ordre de celui que tu viens d’évoquer, qui fonctionnent comme un baume. Ce sont eux qui me maintiennent à flot, qui font que je peux me dire à moi-même, au moment où je les vis : « je me sens propre ».
Cette formule : « je me sens propre », je la pique à une meuf, une cam-girl, qui sur un de ses tik tok l’avait employée (non-paradoxalement) pour exprimer ce qu’elle ressentait quand elle baisait en public et qui, je ne sais pas pourquoi, le ton sur lequel elle l’avait dit, peut-être, m’avait fait penser au moment où je l’ai entendu et à par rapport à mes spasmes : « c’est ça, c’est exactement ça ».-
Tony
InvitéSalut Nefa merci pour ton texte et j’espère qu’il y en aura d’autres,ça m’a un peu fait penser au livre de Claire Baglin ‘En salle’ je ne sais pas si tu l’as lu?
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nefa
InvitéEffectivement le format défilé de moments qu’elle a choisit convient bien pour qui écrit et en même temps exerce une activité de soutier. La visibilité qui va pas loin dans le temps, qui fabrique des séquences courtes, oblige presque à produire de cette façon.
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François Bégaudeau
Maître des clésSauf que Baglin écrit tout plat tout terne tout rien, n’écrit pas, et Nefa loin s’en faut. Nefa écrit.
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Claire N
Invité« Je musique ce que c’est, avec deux notes tenues, qu’être 1) gardé à flot en publique pour la première fois de sa vie en tremblant des pieds et des mains et qu’être 2) en train de s’en faire la réflexion » merci Nefa , j’aime bien cette pulsation
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nefa
Invité@Claire N
Cool que tu ais y été sensible.
À part ça, t’as posté à 6h17.-
Claire N
InvitéOui ! J’adore guetter le lever du jour le temps est pas encore réveillé
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Fanny
InvitéTa longue réponse me fait plaisir nefa. J’aime bien les confidences. Je dois avouer que je ne comprends pas grand chose à ton sentiment de propreté (pourquoi « propreté » ?). Pour ma part ce serait juste « se sentir en vie ».
Autre aveu que je dois te faire : les inventions syntaxiques tendent à me perdre en chemin. « Je cervelle, j’intestine, j’os, je tendonne » : jusqu’ici je crois saisir l’intense concentration du petit gars. Mais tu ajoutes « la femme », et là ça devient bien compliqué pour moi de suivre.-
Fanny
InvitéPensée qui m’a réveillée dans la nuit : la cam-girl elle n’aurait pas dit « I feel clean » par hasard ? Je comprendrais mieux que « je me sens propre ».
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nefa
InvitéElle n’a pas dit : « I feel clean » mais bien : « Je me sens propre ».
Elle donnait son « propre » au sens de léger. Alors quand tu imagines clean, ça se tient, clean au sens de pas chargé (dope, récits, affects qui vont avec).
Et quand elle s’exprimait, la façon qu’elle avait de le faire, d’abord on sentait qu’elle revivait le truc et en plus on remarquait que la notion de charge était absente. Elle n’était pas soulagée. Elle était juste légère ou propre ou clean.
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François Bégaudeau
Maître des clésC’est la grand mère qui s’occupe de la petite.
En revanche zassoutte je ne connais pas. Néologisme ou idiome régional?-
Fanny
InvitéJe voulais dire que « je tendonne la femme » me perturbe.
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nefa
InvitéC’est un néologisme.
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François Bégaudeau
Maître des clésaurais-tu lu un peu de Queneau, Nefa?
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amour
Invité* François Bégaudeau Jean Monnaie parle et amour applaudit, telle bimbo aux bras de son milliardaire. Oh mon Jeannot tu es si spirituel. Et Jeannot qui pourtant la paye pour ça la croit et s’en revigore.
* 25 novembre 2023 à 18 h 32 min #24474 RÉPONDRE amour Bimbo = escort L’escort devient pute si elle suce à la fin. Tu suces après avoir escorté Jean ?
amour
C’est Samia qui l’a balancé il n’a rien dit là-dessus. Parce que c’est une femme qui a de l’éthique. Comme son papa. -
nefa
InvitéLe peu que j’ai lu c’est Zazie dans le métro, pas au-delà de la quatrième page.
Pourquoi si court ?
La lecture telle qu’on la pratique sur un texte littéraire ne me sauve pas. Elle ne me nourrit pas. Elle est pour moi un phantasme.
Lisant, je saute les mots, un mot (venu d’on ne sait où) remplace celui qui est imprimé sur la page, inversion des syllabes, des négations alors qu’il n’y en a pas, pas de négation alors qu’il y en a, je lis le début de la phrase, je lis la fin de la phrase, mais j’ai sauté le milieu et si je m’en rends compte, obligé de recommencer, mieux, je passe à travers des lignes entières, tout ça rendant ma lecture improbable, fatigante, presque scellée par cette incapacité à me lover dans le style – puisque mon corps l’altère.
Et c’est pas la mort.
Et puis je vais sur CNRTL, Babelio et Kobo.com.
Et parfois, j’ai le sentiment d’être sensible à la fulgurance de certaines phrases (ou paragraphes). Maintenant, est-ce que c’est parce qu’elles sont fulgurantes ? C’est aussi peut-être parce que celles-là je les ai lues tranquille.-
Claire N
InvitéMerci Nefa
« Lisant, je saute les mots, un mot (venu d’on ne sait où) remplace celui qui est imprimé sur la page, inversion des syllabes, des négations alors qu’il n’y en a pas, »
Me viens l’image du cheval qui fait le cabri
Et encore une fois la pulsation -
Fanny
InvitéEt les livres audio, tu en penses quoi ?
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nefa
InvitéMerci Fanny
J’ai été voir sur la bibliothèque de Paris.
Bibliostream erreur 404
En rayon 3500 livres audio (CD) quand même.
Balzac, Flaubert, Proust, Beckett, Melville, Houellebeck, Despentes, Queneau…
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