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  • Ce sujet contient 197 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Samuel_Belkekett, le il y a 1 mois.
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    Messages
    • #137440 Répondre
      Zorglub
      Invité

      A+++

    • #137443 Répondre
      Zorglub
      Invité

      • #137446 Répondre
        AAA
        Invité

        Sujet déjà évoqué sur Forum page 18

    • #137448 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Je remets le lien de Lagasnerie chez France culture que MA a diffusé dans l’autre fil de discussion : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/geoffroy-de-lagasnerie-qu-est-ce-qui-vaut-mieux-qu-une-democratie-6706906
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      Je trouve qu’il établit des corrélations très discutables. Par exemple : démocratie = toutes les opinions se valent. Bah non, pas nécessairement. Et c’est d’ailleurs parce que toutes les opinions ne se valent pas qu’il faut les confronter, les relativiser, les discuter, les examiner. Dire que les opinions ont le droit de s’exprimer ne signifie pas qu’elles se valent toutes. Il y a des opinions irrationnelles, des opinions confuses, des opinions vraies, des opinions droites, des opinions criminelles, des opinions fondées sur des mensonges diffusées par la propagande, des opinions éclairées par des connaissances sérieuses. Même Platon le reconnaît. A mon avis le point mort de sa réflexion, c’est bien le statut de l’opinion, sa diversité, son processus évolutif, ses conditions d’énonciation.
      Il semble aussi sous entendre que la démocratie, c’est simplement le pouvoir de l’opinion dominante, et qu’une opinion criminelle peut l’emporter et devenir « légitimé » sous prétexte qu’elle domine. C’est également très discutable : on peut être démocrate et fixer des critères de légitimité supérieures qui autorisent la résistance. Mais il manque là aussi l’argument démocratique : qu’est-ce qui fait qu’une opinion collective criminelle peut s’imposer dans le champ politique? Est-ce à cause de la démocratie (ce que suggère Lagasnerie) ou par manque de démocratie? Il impute à la démocratie ce qui peut venir d’une autre cause.
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      De là son usage très malhonnête, je trouve, de Simone Weil : il dit que chez elle, il y a une Justice transcendante supérieure, que la politique doit viser cette justice, et que les régimes politiques sont des modes de gouvernement plus ou moins bons pour atteindre cette justice. En ce sens, la démocratie n’est pas un absolu, il ne s’agit pas de discuter pour discuter, ou d’idolâtrer aveuglément le grand nombre. Cette thèse est vraie à mon sens. On trouve ça aussi chez Platon, chez Badiou, et je suis plutôt d’accord. En ce sens il y a bien une distinction entre le légal et le légitime, et un vote, par lui-même, et encore moins une élection, ne délivre aucune légitimité absolue. Mais ce qu’il oublie de dire, c’est que chez Weil, cette justice idéale est un équilibre dont l’application est souvent inconnue au départ, qu’il n’y a pas de science accomplie et de savants supérieurs qui permettent d’en délimiter les contours pour l’appliquer dans le merdier qui est le nôtre. Il faut trouver une méthode pour l’atteindre. Or Weil pense que la démocratie véritable, sous certaines conditions, est peut-être la meilleure voie pour l’atteindre, alors que Lagasnerie en tire un argument contre la démocratie.
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      C’est tout le sens de cette phrase de Weil, que Lagasnerie occulte complètement : « Le véritable esprit de 1789 consiste à penser, non pas qu’une chose est juste parce que le peuple la veut, mais qu’à certaines conditions le vouloir du peuple a plus de chances qu’aucun autre vouloir d’être conforme à la justice. » Ainsi l’argument de la légitimité et de la justice transcendante que Lagasnerie oppose à la démocratie peut tout aussi bien servir à justifier la démocratie. Le cœur du problème est plus simple : Lagasnerie n’est tout simplement pas démocrate, et c’est son droit. Qu’il se rassure : il a toute la classe dominante avec lui sur ce point, même si les objectifs diffèrent par ailleurs.

      Je vais mettre le texte de Weil en dessous, qui me paraît être un bon contrepoint au discours de Lagasnerie.

      • #137449 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques.

        « Il faut d’abord reconnaître quel est le critère du bien.
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        Ce ne peut être que la vérité, la justice, et, en second lieu, l’utilité publique.
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        La démocratie, le pouvoir du plus grand nombre, ne sont pas des biens. Ce sont des moyens en vue du bien, estimés efficaces à tort ou à raison. Si la République de Weimar, au lieu de Hitler, avait décidé par les voies les plus rigoureusement parlementaires et légales de mettre les Juifs dans des camps de concentration et de les torturer avec raffinement jusqu’à la mort, les tortures n’auraient pas eu un atome de légitimité de plus qu’elles n’ont maintenant. Or pareille chose n’est nullement inconcevable.
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        Seul ce qui est juste est légitime. Le crime et le mensonge ne le sont en aucun cas.
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        Notre idéal républicain procède entièrement de la notion de volonté générale due à Rousseau. Mais le sens de la notion a été perdu presque tout de suite, parce qu’elle est complexe et demande un degré d’attention élevé.
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        Quelques chapitres mis à part, peu de livres sont beaux, forts, lucides et clairs comme le Contrat Social. On dit que peu de livres ont eu autant d’influence, mais en fait tout s’est passé et se passe encore comme s’il n’avait jamais été lu.
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        Rousseau partait de deux évidences. L’une, que la raison discerne et choisit la justice et l’utilité innocente, et que tout crime a pour mobile la passion. L’autre, que la raison est identique chez tous les hommes, au lieu que les passions, le plus souvent, diffèrent. Par suite, si, sur un problème général, chacun réfléchit tout seul et exprime une opinion, et si ensuite les opinions sont comparées entre elles, probablement, elles coïncideront par la partie juste et raisonnable de chacune et différeront par les injustices et les erreurs.
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        C’est uniquement en vertu d’un raisonnement de ce genre qu’on admet que le consensus universel indique la vérité.
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        La vérité est une. La justice est une. Les erreurs, les injustices sont indéfiniment variables. Ainsi les hommes convergent dans le juste et le vrai, au lieu que le mensonge et le crime les font indéfiniment diverger. L’union étant une force matérielle, on peut espérer trouver là une ressource pour rendre ici-bas la vérité et la justice matériellement plus fortes que le crime et l’erreur.
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        Il y faut un mécanisme convenable. Si la démocratie constitue un tel mécanisme, elle est bonne. Autrement non.
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        Un vouloir injuste commun à toute la nation n’était aucunement supérieur aux yeux de Rousseau — et il était dans le vrai — au vouloir injuste d’un homme.
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        Rousseau pensait seulement que, le plus souvent, un vouloir commun à tout un peuple est en fait conforme à la justice, par la neutralisation mutuelle et la compensation des passions particulières. C’était là pour lui l’unique motif de préférer le vouloir du peuple à un vouloir particulier.
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        C’est ainsi qu’une certaine masse d’eau, quoique composée de particules qui se meuvent et se heurtent sans cesse, est dans un équilibre et un repos parfaits. Elle renvoie aux objets leurs images avec une vérité irréprochable. Elle indique parfaitement le plan horizontal. Elle dit sans erreur la densité des objets qu’on y plonge.
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        Si des individus passionnés, enclins par la passion au crime et au mensonge, se composent de la même manière en un peuple véridique et juste, alors il est bon que le peuple soit souverain. Une constitution démocratique est bonne si d’abord elle accomplit dans le peuple cet état d’équilibre, et si ensuite seulement elle fait en sorte que les vouloirs du peuple soient exécutés.
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        Le véritable esprit de 1789 consiste à penser, non pas qu’une chose est juste parce que le peuple la veut, mais qu’à certaines conditions le vouloir du peuple a plus de chances qu’aucun autre vouloir d’être conforme à la justice.
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        Il y a plusieurs conditions indispensables pour pouvoir appliquer la notion de volonté générale. Deux doivent particulièrement retenir l’attention.
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        L’une est qu’au moment où le peuple prend conscience d’un de ses vouloirs et l’exprime, il n’y ait aucune espèce de passion collective.
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        Il est tout à fait évident que le raisonnement de Rousseau tombe dès qu’il y a passion collective. Rousseau le savait bien. La passion collective est une impulsion de crime et de mensonge infiniment plus puissante qu’aucune passion individuelle. Les impulsions mauvaises, en ce cas, loin de se neutraliser, se portent mutuellement à la millième puissance. La pression est presque irrésistible, sinon pour les saints authentiques.
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        Une eau mise en mouvement par un courant violent, impétueux, ne reflète plus les objets, n’a plus une surface horizontale, n’indique plus les densités. Et il importe très peu qu’elle soit mue par un seul courant ou par cinq ou six courants qui se heurtent et font des remous. Elle est également troublée dans les deux cas.
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        Si une seule passion collective saisit tout un pays, le pays entier est unanime dans le crime. Si deux ou quatre ou cinq ou dix passions collectives le partagent, il est divisé en plusieurs bandes de criminels. Les passions divergentes ne se neutralisent pas, comme c’est le cas pour une poussière de passions individuelles fondues dans une masse ; le nombre est bien trop petit, la force de chacune est bien trop grande, pour qu’il puisse y avoir neutralisation. La lutte les exaspère. Elles se heurtent avec un bruit vraiment infernal, et qui rend impossible d’entendre même une seconde la voix de la justice et de la vérité, toujours presque imperceptible.
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        Quand il y a passion collective dans un pays, il y a probabilité pour que n’importe quelle volonté particulière soit plus proche de la justice et de la raison que la volonté générale, ou plutôt ce qui en constitue la caricature.
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        La seconde condition est que le peuple ait à exprimer son vouloir à l’égard des problèmes de la vie publique, et non pas à faire seulement un choix de personnes. Encore moins un choix de collectivités irresponsables. Car la volonté générale est sans aucune relation avec un tel choix.
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        S’il y a eu en 1789 une certaine expression de la volonté générale, bien qu’on eût adopté le système représentatif faute de savoir en imaginer un autre, c’est qu’il y avait eu bien autre chose que des élections. Tout ce qu’il y avait de vivant à travers tout le pays — et le pays débordait alors de vie — avait cherché à exprimer une pensée par l’organe des cahiers de revendications. Les représentants s’étaient en grande partie fait connaître au cours de cette coopération dans la pensée ; ils en gardaient la chaleur ; ils sentaient le pays attentif à leurs paroles, jaloux de surveiller si elles traduisaient exactement ses aspirations. Pendant quelque temps — peu de temps — ils furent vraiment de simples organes d’expression pour la pensée publique.
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        Pareille chose ne se produisit jamais plus.
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        Le seul énoncé de ces deux conditions montre que nous n’avons jamais rien connu qui ressemble même de loin à une démocratie. Dans ce que nous nommons de ce nom, jamais le peuple n’a l’occasion ni le moyen d’exprimer un avis sur aucun problème de la vie publique ; et tout ce qui échappe aux intérêts particuliers est livré aux passions collectives, lesquelles sont systématiquement, officiellement encouragées.
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        L’usage même des mots de démocratie et de république oblige à examiner avec une attention extrême les deux problèmes que voici :
        .
        Comment donner en fait aux hommes qui composent le peuple de France la possibilité d’exprimer parfois un jugement sur les grands problèmes de la vie publique ?
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        Comment empêcher, au moment où le peuple est interrogé, qu’il circule à travers lui aucune espèce de passion collective ?
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        Si on ne pense pas à ces deux points, il est inutile de parler de légitimité républicaine.
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        Des solutions ne sont pas faciles à concevoir. Mais il est évident, après examen attentif, que toute solution impliquerait d’abord la suppression des partis politiques ».

      • #137450 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        ps: et je voulais dire « angle mort de sa réflexion », pas le « point mort ».

      • #137472 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        Émile, j’ai une réserve sur ton dernier point concernant l’idée que Lagasnerie aurait la classe dominante de son côté. J’ai d’ailleurs vu Nicolas Framont et Vincent Berthelier lui adresser le même reproche sur les réseaux aujourd’hui.
        Mais je ne suis pas convaincu. Les dirigeants de droite, par exemple, nous rappellent constamment que la majorité des Français est sévère sur l’immigration, réclame davantage de répression, et place l’insécurité parmi ses priorités politiques.
        Par ailleurs, je n’ai jamais entendu personne revendiquer ouvertement et clairement une position anti-démocratique dans les médias.
        En réalité, tout le monde (classe dominante comme forces contestataires) parvient toujours à trouver une conception de la démocratie qui légitime son point de vue. Certains contestent le pouvoir des juges au nom de la souveraineté populaire, d’autres invoquent la Constitution ou la séparation des pouvoirs, d’autres encore justifient leurs positions uniquement par les sondages. C’est d’ailleurs ce dont il parle dans sa première vidéo Blast.
        Cet arrangement permanent avec le signifiant « démocratie » brouille le débat. Même nous, à gauche, on se félicite que le Conseil constitutionnel censure la loi Darmanin sur l’immigration, tout en déplorant qu’il ne censure pas la réforme des retraites. Aucune cohérence.
        Tout cela révèle bien le caractère fumeux du mot, et le fait que chacune de ces positions opère, quelque part, une falsification. Alors pourquoi ne pas s’en débarrasser pour de bon ?

        À titre personnel, je pense que si Lagasnerie en arrive là, c’est parce que l’argument « démocratique » est souvent le premier qui nous vient en lisant ses livres. Quand on lit Par-delà le principe de répression, la première réaction est : « cette pensée est pertinente, mais elle est à tel point minoritaire dans l’opinion qu’elle n’a absolument aucune chance de se réaliser. » Cela devient presque comique de voir un mec comme lui écrire des livres si radicaux dans un moment si conservateur. Pour moi, il est donc logique d’en arriver à cette conclusion : on fera sans la majorité.

        • #137473 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          « Tout cela révèle bien le caractère fumeux du mot, et le fait que chacune de ces positions opère, quelque part, une falsification. Alors pourquoi ne pas s’en débarrasser pour de bon ? » : pourquoi pas, sauf qu’encore une fois ça n’est pas ce que fait Lagasnerie. Tout au contraire de s’en débarrasser ou plus simplement de ne pas l’utiliser (ce qui pourrait s’entendre vu le flou qui l’entoure), il le met au centre, jusqu’en au titre de la vidéo, pour montrer qu’il est admissible de s’y opposer explicitement.

          « Démocratie » est, au contraire de « République », un des quelques mots flous auxquels il est encore un minimum possible de donner un contenu (car intrinsèquement « moins flou » que République) : quelle idée de l’attaquer frontalement à ce point? N’a-t-on pas assez d’ennuis à gauche comme ça? Ce que fait Rancière avec le mot « démocratie » me paraît beaucoup moins confus que GL, et moins susceptibles de s’attirer des animosités inutiles.

          Il me semble par ailleurs que l’un des très rares effets « positifs » de la clarification hors-norme qui a lieu depuis quelques années est que les dominants utilisent bien moins qu’avant le terme « démocratie », au profit de « république ». Attaquer frontalement « démocratie » leur offre donc sur un plateau la possibilité de se présenter à nouveau en sauveurs du terme. Ça me paraît donc être, en plus de la confusion théorique, un très mauvais calcul politique.

          • #137476 Répondre
            Tony
            Invité

            Quand on sait que la bourgeoisie est minoritaire dans la population on voit bien que le problème n’est pas la démocratie,quoi donc alors?

          • #137478 Répondre
            toni Erdmann
            Invité

            Entendons-nous bien : je ne pense pas que GdL écrive ce livre ou fasse ces vidéos dans le seul but de clarifier lexicalement le débat. Il ne cherche pas à se débarrasser du signifiant par souci de précision conceptuelle. Je pense qu’il veut défendre des positions proprement anti-démocratiques.
            Mais cela produira, dans un second temps, un effet de clarification, car il ne s’agira plus d’intervenir dans le débat public en se demandant : est-ce possible démocratiquement ? La majorité des Français le souhaite-t-elle ? Est-ce constitutionnel ? Le débat deviendra : est-ce souhaitable ? Ce qui devrait être la seule question pertinente.
            En fait, comme il le dit dans la vidéo, quand quelqu’un nous rétorquera « mais c’est anti-démocratique », on lui répondra « d’accord, mais pour l’instant tu n’as encore rien dit ».
            En ce sens, le mot « démocratie » n’a jamais sa place dans un débat d’idées consistant.

            • #137534 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              « quand quelqu’un nous rétorquera « mais c’est anti-démocratique », on lui répondra « d’accord, mais pour l’instant tu n’as encore rien dit » » : d’accord avec ça. Mais on voit aussi le serpent qui se mord la queue : si l’intention n’est pas de clarifier le débat, si l’intention était de dire que le mot « démocratie » n’est pas consistant, « défendre des positions proprement anti-démocratiques » le devient tout autant. Son livre a intérêt à être sacrément consistant pour rattraper un tel départ — puisqu’il est loin d’être idiot, on peut l’espérer. GL est toujours du genre à proposer des renversements osés mais stimulants, celui là me semble mal parti. A voir.

        • #137477 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          @Toni
          C’est vrai que l’usage du mot est encore en circulation, plus ou moins, parmi les dominants. Tu as raison sur l’essentiel je pense, et j’ai parlé un peu vite.
          _
          Mais dès que quelque chose d’important se produit, les dominants passent à autre chose. Exemple de Macron pendant la réforme des retraites : je comprends, c’est très impopulaire, les gens ne sont vraiment pas contents, ça fait plaisir à personne de travailler deux ans de plus, mais moi, je dois viser l’intérêt général, c’est mon mandat. On ne peut pas s’arrêter à l’opinion, ce n’est pas la rue qui gouverne, je suis légitime pour imposer la réforme. La politique, c’est le courage d’aller contre la majorité quand il le faut. D’un point de vue formel, c’est à peu près la même rhétorique que Lagasnerie.
          _
          Je suis totalement d’accord avec toi que ce mot est fourre-tout. Mais je pense, hélas, que tous les mots politiques, sans exception, une fois mis en circulation et repris par les médias, deviendront fourre-tout. Les médias se tapent pas mal du sens des mots. Pour eux, ce sont juste des signes qui connotent des choses et produisent une efficacité idéologique. J’ai vu récemment une vidéo de FB aux grandes gueules sur le mot populisme. La démonstration est faite que ce mot ne veut plus rien dire, voire désigne des choses totalement opposées. Les présentateurs approuvent : c’est vrai que ça ne veut plus rien dire. Que font-ils dès le lendemain? Ils utilisent le même mot pour disqualifier telle idée de gauche, telle pratique contestataire. Ils s’en tapent. Que le mot veuille dire quelque chose ou pas, ils le videront de sa substance et en feront bien ce qu’ils voudront en fonction des intérêts de leurs patrons. Leur but n’est pas de signifier quelque chose, mais d’envelopper la domination du capital d’un langage creux et dévitalisé. Le personnel politique ne fait pas autre chose, c’est pourquoi il est entouré de conseillers en communication.

          Il me semblait que le travail qui avait été fait sur ce mot commençait à infuser un peu dans la société : plus grand monde ne prend très au sérieux le mot « démocratie » au sens où il est employé par les dominants, mais pas mal de monde aimerait bien voir ce que serait une vraie démocratie au sens de Rancière, Stiegler, etc. Je crois que sur ce mot, on a gagné dans une large partie de la population. Je ne connais personne autour de moi qui pense que Macron est un démocrate. Les Gilets jaunes, par exemple, c’était un peu ça aussi. Je ne crois pas qu’on s’en sorte en désertant un mot. Je crois même qu’on finit souvent, en renonçant au mot, par renoncer à la chose, ce que semble bien faire Lagasnerie – ce qui ne me dérange pas, d’ailleurs, il fait ce qu’il veut, mais je ne suis vraiment pas convaincu par son propos.
          _
          « Pour moi, il est donc logique d’en arriver à cette conclusion : on fera sans la majorité. »
          J’ai l’impression, comme toi, qu’il en arrive à cette conclusion. Mais alors je crois qu’il se fera écraser – ou pire, il ne se passera rien.

          • #137480 Répondre
            toni Erdmann
            Invité

            Exemple de Macron pendant la réforme des retraites : je comprends, c’est très impopulaire, les gens ne sont vraiment pas contents, ça fait plaisir à personne de travailler deux ans de plus, mais moi, je dois viser l’intérêt général, c’est mon mandat.

            Il me semble que Macron, dans ce cadre là, ne sort pas entièrement du cadre démocratique dans la mesure où ça pourrait être un bon calcul pour l’électorat retraité, lequel est l’électorat le plus assidu, et donc le plus crucial. À vrai dire, Macron faisait miroiter dès sa deuxième campagne l’idée d’un rallongement du départ à la retraite. Donc c’est une position qui peut payer démocratiquement et pas simplement une posture anti-démocrate de A à Z, bien que les sondages montraient un rejet massif de la réforme.

            Je ne crois pas qu’on s’en sorte en désertant un mot. Je crois même qu’on finit souvent, en renonçant au mot, par renoncer à la chose, ce que semble bien faire Lagasnerie

            En effet, là est le réel débat ! Comme dit plus haut dans ma réponse à IGY, Lagasnerie ne veut pas clarifier le mot, il veut sûrement s’en débarrasser, ou tout du moins se débarrasser de la nécessité d’adosser toute idée politique à ce mot. Et donc là commence le vrai travail que j’espère trouver dans son livre : où et quand ne faut-il pas de démocratie ?

            • #137506 Répondre
              Emile Novis
              Invité

              @Toni
              « En effet, là est le réel débat ! Comme dit plus haut dans ma réponse à IGY, Lagasnerie ne veut pas clarifier le mot, il veut sûrement s’en débarrasser, ou tout du moins se débarrasser de la nécessité d’adosser toute idée politique à ce mot. Et donc là commence le vrai travail que j’espère trouver dans son livre : où et quand ne faut-il pas de démocratie ? »
              _
              En effet, le seul mérite que je trouve à cette vidéo, c’est de ne pas se contenter d’un bavardage sur des signes, mais de se confronter à la chose. Est-ce que la démocratie est un bon régime ou pas. En philosophie classique, on est habitué à lire des arguments contre la démocratie, donc aucun propos de Lagasnerie, pour l’instant, n’est surprenant. Ils correspondent à tous les arguments traditionnels donnés contre la démocratie. Il faudrait des conseils scientifiques qui prennent des décisions éclairés ;le grand nombre peut se tromper ; la bonne décision dépend d’un savoir possédé par certains ; l’opinion est bien souvent irrationnelle ; un pilote d’avion doit avoir des compétences techniques pour piloter et commander, alors pourquoi ne pas faire la même chose en politique? ; etc.
              _
              Le seul reproche que je lui fais, outre le fait que ses arguments ne me paraissent pas convaincants du tout, c’est de ne pas tenir compte, pour l’instant, des arguments les plus puissants en faveur de la démocratie. Ceux de Rancière, Spinoza, Weil, Stiegler, par exemple. On verra la suite de son discours aux prochains épisodes.

              • #137507 Répondre
                Emile Novis
                Invité

                ps : et je lui reproche aussi un gros problème de rigueur tout de même. Par exemple il invoque Bakounine, puis il balance ensuite l’idée d’un conseil scientifique pour encadrer les décisions et évaluer les opinions. Or Bakounine, dans ses textes principaux, adresse une critique très féroce contre l’idée d’un pouvoir des scientifiques, surtout si la science se pose comme un corps séparé qui ne pourra manquer, dans ces conditions, de dominer le corps social et de constituer une nouvelle caste de prêtres. La science raisonne sur des lois déterminant tous les phénomènes, dit Bakounine; quand elle s’occupe du lapin, elle pense la norme général du lapin, de son comportement, son anatomie, mais pas tel ou tel lapin particulier, un lapin réel et vivant, avec un vécu singulier et fugitif, des passions, une sensibilité. Le pouvoir de la science reste un pouvoir, et il reconduit les problèmes liés au pouvoir.
                _
                « Puisque la science ignore l’existence et le sort de Pierre et de Jacques, il ne faut jamais lui permettre, ni à elle ni à personne en son nom, de gouverner Pierre et Jacques. Car elle serait bien capable de les traiter à peu près comme elle traite les lapins. Ou plutôt, elle continuerait de les ignorer ; mais ses représentants patentés, hommes nullement abstraits mais au contraire très vivants, ayant des intérêts très réels, cédant à l’influence pernicieuse que le privilège exerce fatalement sur les hommes, finiront par les écorcher au nom de la science, comme les ont écorchés jusqu’ici les prêtres, les politiciens de toute couleur et les avocats, au nom de Dieu, de l’État et du droit juridique » (Bakounine, Dieu et l’Etat).
                _
                Lagasnerie invoque Bakounine, mais ne semble pas voir que ses valeurs transcendantes gardées par un conseil scientifique revient précisément à affirmait ce que combattait Bakounine, car ce dernier y voyait une nouvelle caste de prêtres dangereuse pour la liberté de tous. C’est un exemple parmi d’autres.

                • #137509 Répondre
                  Emile Novis
                  Invité

                  * revient précisément à affirmer ce que combattait…

                  • #137539 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Merci pour ce rappel sur Bakounine, Emile. D’ailleurs j’ignorais ces lignes (ou les ai totalement oubliées)
                    Juste rappeler qu’il n’y a pas de proposition de Rancière quant à la démocratie, puisque la démocratie c’est la somme de ses actes (il y a acte démocratique quand quelque chose vient perturber le statu quo institutionnel). Rancière est le plus cohérent sur la démocratie, car il a compris qu’il n’y a pas d’institution démocratique (aussi vrai qu’il n’y a pas de définition de la démocratie – philo vaine sur le sujet- mais une pratique démocratique)
                    (à ce titre je ne l’accolerais pas du tout à Stiegler)
                    Toni Erdmann :  » Cela devient presque comique de voir un mec comme lui écrire des livres si radicaux dans un moment si conservateur ». Je m’interroge sur cet état de fait. Je m’interroge sur ce qui meut Lagasnerie.
                    « Pour moi, il est donc logique d’en arriver à cette conclusion : on fera sans la majorité. » Mais c’est toujours le cas. Les agents de l’histoire sont toujours minoritaires. La classe dirigeante et la classe qu’elle représente sont toujours minoritaires. Les rois les princes les seigneurs et leurs troupes sont minoritaires. Les groupes révolutionnaires qui ont pris le pouvoir étaient minoritaires (Castro et ses hommes étaient 14). Les ingénieurs et scientifiques et marchands qui dessinent notre quotidien sont minoritaires. Minoritaires ceux qui s’activent pendant que la masse, par définition, ne s’active pas. Ainsi les minoritaires en général n’imposent pas une idée à une autre idée, majoritaire. Ils imposent une politique à une grosse majorité de gens qui n’avaient pas de conception politique particulière. Qui eux se contentaient de remonter les jours en tachant de survivre.
                    La politique c’est toujours fait par « un ou deux excités », comme disait Thierry Roland.
                    La politique est fondamentalement un exercice minoritaire – à Athènes comme ailleurs.
                    Reste à savoir au nom de quoi cette minorité agit à la place de la masse, et parfois au nom d’elle. La science, propose Geoffroy, très Stalinien en cela. Stalinien et muskien ( car la science, donc, gouverne déjà)

                    • #137544 Répondre
                      Emile Novis
                      Invité

                      @FB
                      D’accord avec l’ensemble de ce que tu dis, sauf peut-être, sur Stiegler, qui me paraît intégrer une critique asse virulente de la philosophie dans sa tentative pour penser la démocratie, toujours située dans son expérience politique.
                      J’ai un petit doute aussi sur les minorités. C’est vrai dans la quasi totalité des cas. Mais est-ce vrai pour mai 68? Pour juin 1936? C’est rarissime, mais les masses peuvent se soulever.
                      _
                      Pour ta conclusion sur le stalinisme ou le « muskisme », pleinement d’accord. Je suis d’ailleurs frappé par le fait que Lagasnerie parle de la connaissance, de la science. Or la « Science » ne parle pas, ce sont des scientifiques qui parlent, ou des gens qui se réclament de la science, et ce n’est pas la même chose. Sa manière d’en parler me paraît en effet symptomatique.

                      • #137549 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Je me demandais si tu parlais de Stiegler père ou fille, la fille s’étant beaucoup exprimé récemment sur la démocratie. Stiegler père, dans mon souvenir, avait un petit trope scientiste. Mais faudrait préciser.
                        Sur 36. Oui les lois du front populaire ont été promulguées sous pression des grèves ouvrières. Mais ces grèves elles-mêmes concernaient une minorité. Une minorité d’activistes au sein de la classe ouvrière, mais surtout d’une classe ouvrière elle-même minoritaire dans l’ensemble des classes populaires encore alors à forte dominante paysanne. Et la paysannerie était, elle, massivement conservatrice.
                        Même schéma en 1848 (c’est la France des villes qui s’insurge, minoritaire dans un pays massivement rural).
                        En 68 il y a en effet une grève générale qui concerne 10 millions de personnes au pic. Mais dix millions c’est encore quantitativement minoritaire. Comme on le vérifiera lors des élections de juin, qui réassurèrent spectaculairement le pouvoir gaulliste. La fameuse « majorité silencieuse », non active, qui en démocratie électorale fait la loi, ou plutot apporte son soutien passif à la minorité bourgeoise active qui est aux affaires.

                      • #137550 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        D’accord. Oui, mouvement de masse ne signifie pas nécessairement majoritaire. Mais c’est suffisamment puissant pour produire, par la suite, des modifications profondes.
                        _
                        Je parlais de Stiegler fille. Le père, je ne connais pas vraiment, et le peu que j’ai entendu ne m’a jamais vraiment attiré.

                      • #137557 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Il était un peu pénible, à vouloir absolument forger des concepts pour faire date. Mais ses analyses sur la capitalisme numérique restent intéressantes.

                      • #137558 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « Mais c’est suffisamment puissant pour produire, par la suite, des modifications profondes. »
                        Oui, tout à fait. Mais donc c’est rarement majoritaire au sens strict.
                        Quand est ce que la majorité opère? Eh bien dans le cours ordinaire, infrapolitique, quotidien, des choses. Les habitudes massives de consommation, par exemple.
                        Une majorité active et opérante serait celle des usagers du smartphone

                      • #137640 Répondre
                        brisemenu
                        Invité

                        @ emile novis

                        Mais c’est suffisamment puissant pour produire, par la suite, des modifications profondes.

                        Mais alors pourquoi tous les autres pays occidentaux ont connu une évolution similaire à celle de la France alors qu’aucun autre n’a traversé un évènement d’un tel ordre ? On peut formuler dans l’autre sens , ça marche aussi.

                        Preuve que Mai 68 n’a rien changé à l’évolution des choses et qu’il n’est que la manifestation d’un processus qui a pris en France une forme particulière. A la limite , la forme française permet peut-être de mieux cerner les sous-jacents de l’époque.
                        Mais bon , y croire permet d’alimenter un imaginaire …

                      • #137641 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        @brisemenu
                        Le Front populaire en France, et ses prolongements à la Libération, ont donné les congés payés et la sécu, par exemple. Tous les pays occidentaux n’ont pas pris cette voie. Par exemple aux USA, il n’y a pas de sécu au sens français. A la fin du mois, et tout au long d’une vie, ça fait des différences très concrètes pour le porte monnaie. Des différences qui peuvent s’élever à plusieurs dizaines de milliers d’euros par personne, quand ce n’est pas plus encore. Et ce n’est pas du tout le même système de financement. De même pour les congés payés : aux USA, il y a très peu de congés payés (une dizaine de jours environ). En France, on en a trois fois plus (au moins). C’est une conquête du temps libre, peut-être une des conquêtes les plus précieuses de la gauche. Ce n’est pas tombé du ciel. D’ailleurs la bourgeoisie sait bien que c’est une construction historique, fruit de luttes colossales, et elle s’efforce de détruire tout ça.
                        _
                        Cette condition, dont tu bénéficies toi-même dans ton quotidien, est loin d’être imaginaire.
                        _
                        Par conséquent ton objection ne tient pas du tout. De plus, il y a aussi des luttes syndicales aux USA et ailleurs.

                      • #137668 Répondre
                        brisemenu
                        Invité

                        C’est faux et vous le savez très bien. Tous les pays occidentaux se sont cherché des systèmes d’assurance sociale dès le 19ème siècle. Avez-vous entendu parlé de Bismark ? Savez-vous que Napoléon III a octroyé des congés payés pour les fonctionnaires ? Ca pouvait même être un des moyens du capital pour entuber encore les masses laborieuses. Par exemple comme le système des assurances sociales combattues par la CGT par le slogan « non à la retraite pour les morts ».
                        Le capital est moteur dans le processus car les assurances sociales sont pour lui un stabilisateur évitant la contestation de sa logique.
                        Le problème pour le capital c’est que ça ne résout pas pour autant ses contradiction internes et notamment la lutte entre les capitaux. Et c’est précisément cette dernière qui motive les capitaux en déclin à revenir sur les acquis sociaux.
                        Comme le fait remarquer plus haut François , il est fondamental de bien considérer la société dont on parle. Or celle-ci était massivement rurale et la question des congés payés , par exemple , concernait seulement une partie de la population. C’est le basculement vers l’urbanité et la généralisation du salariat , donc du développement du capital , qui a amené ces évolutions.
                        Le système américain est différent mais il revient au même , il y a d’une part des congés payés (trois semaines en moyenne) , et d’autres part des congés non-payés convenus avec l’employeur ou en quittant l’emploi de par la possibilité qu’offre une plus grande fluidité du marché du travail; congés non-payés mais qui se retrouvent dans la paie (pib/hab 76000$ au US vs 55.000$ en France).
                        .
                        Mais revenons à Mai 68.
                        Il y a deux Mai 68. D’une part la continuité du tango capital-travail et de l’autre l’étudiant ; le social et le sociétal. Sur le premier , pas la peine d’y revenir , il est évoqué plus haut en filigrane. Sur le second , il s’agit d’une transformation ou d’un nouveau développement du capital. C’est celui qu’a décrit Debord ou comme aurait pu écrire Houellebecq une extension du domaine du capital.
                        .
                        Je ne nie par ailleurs aucunement qu’il y a un rapport de force entre le capital et le travail. Je constate simplement que , paradoxalement , l’un peut favoriser l’autre , et ceci dans les deux sens. Les acquis sociaux sont une des modalités de repousser la crise de surproduction du capital.
                        .
                        Mon cas maintenant. Non je ne bénéficie pas des congés payés car je suis mon propre patron . Quant à la sécurité sociale , je n’ai plus qu’un accès partiel au système car suite au départ en retraite de mon médecin traitant , les autres me disent « qu’ils ne prennent plus de nouveaux patients » ; nous sommes plusieurs millions dans ce cas. Ayant par ailleurs une bonne santé , je ne vois pas trop l’intérêt que j’ai à cotiser pour les autres , je peux me démerder tout seul et j’envoie paître tout les vendeurs de mutuelles.

                      • #137670 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        Ce que vous dites est factuellement faux. Vous disiez que tous les systèmes occidentaux sont identiques. J’ai pris l’exemple de la France et des USA (pas de la Suède, de la Norvège, de l’Espagne ou de l’Allemagne d’il y a un siècle). Cet exemple montre factuellement que ce n’est pas vrai. Les congés payés aux USA sont octroyés par l’entreprise. Une moyenne entre 10 et 15 jours selon les employeurs et les situations, c’est-à-dire environ 3 fois moins qu’en France selon les cas. Le Courrier international précise que près de la moitié des travailleurs n’osent pas les prendre intégralement, pour plusieurs raisons, mais une raison revient régulièrement : la peur de passer pour un paresseux et, conséquemment, de louper une promotion, de se faire virer, d’être mal vu. Et c’est tout le problème de ce fonctionnement social : puisque le congé payé est laissé à l’arbitraire de la volonté du maître (le patron), ça produit une peur collective et des rapports de domination, ce n’est pas un droit protégé. En France, ce n’est pas le patron qui décide, mais la loi, avec cet effet non négligeable : le travailleur n’est pas le domestique de la volonté d’un maître.
                        _
                        Ce que vous dites sur la sécu est également faux dans la plupart des cas. Mais passons.
                        _
                        « Ayant par ailleurs une bonne santé , je ne vois pas trop l’intérêt que j’ai à cotiser pour les autres , je peux me démerder tout seul »
                        Soupirs…
                        Vous saurez néanmoins que ce que vous appelez bêtement les « nègres » cotisent pour vous par leur travail, comme tous les autres, et qu’ils vous payeront votre passage aux urgences le jour où, hélas, vous en aurez besoin ( ce que je ne vous souhaite pas, ou en tout cas le plus tard possible).

                      • #137686 Répondre
                        Greenwashing
                        Invité

                        « je peux me démerder tout seul et j’envoie paître tout les vendeurs de mutuelles. »
                        .
                        C’est 1300 euros la journée d’hospitalisation. Pour une appendicite il faut prévoir 5000 euros et ça ce sont les prix Français ce qui est un détail important car chez nous le marché de la santé est fortement régulée par l’état. Aux Etats Unis, où le marché de la santé est livrée en pature au capital, c’est 15 k euros qu’il faut budgeter. Et là on parle d’un très commun hein, l’appendicite c’est quelque chose d’assez basique, donc tu peux envoyer tout le monde ballader par contre si il t’arrive le moindre problème de santé un peu délicat tu vas te retrouvé endetté jusqu’au coup.
                        .
                        Il y a des tas d’américains qui vivent sans mutuelle et par conséquent ils évitent les soins autant que possibles et quand ils n’ont pas d’autres choix que de passer par la case hôpital ils se retrouvent endettés pour la vie.

                      • #137689 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « Il y a deux Mai 68. D’une part la continuité du tango capital-travail et de l’autre l’étudiant ; le social et le sociétal. Sur le premier , pas la peine d’y revenir , il est évoqué plus haut en filigrane. Sur le second , il s’agit d’une transformation ou d’un nouveau développement du capital. C’est celui qu’a décrit Debord ou comme aurait pu écrire Houellebecq une extension du domaine du capital. »
                        Voilà une bien grossière façon de décrire un mouvement aussi complexe
                        Et s’en remettre à Houellebecq, baveux de haine contre 68 et le gauchisme, et en fait totalement ignare du moment 68, c’est vraiment demander à un vampire de vous parler de lumière.
                        Juste pour info : outre que je n’ai repris la dichotomie social-sociétal qu’à titre de clarté, alors que j’ai mille fois dit que cette dichotomie était bullshit (toute revendication sociétale est sociale), il est tout à fait faux de décréter un partage les ouvriers font dans le social/les étudiants font dans le sociétal. Dans les années 60, les plus radicaux anticapitalistes, les plus centrés sur les rapports de production, c’est bien au sein des étudiants qu’on les trouve. La classe ouvrière largement controlée par le PCF est elle beaucoup plus timorée sur le capitalisme (si tango capital-travail il y a, c’est précisément dans l’entente entre les « partenaires sociaux » que la radicalité gauchiste vise précisément à casser). Il y a évidemment une logique à cela (inutile de lancer le refrain sur la radicalité facile des étudiants), mais c’est un fait.

                      • #137696 Répondre
                        Baptiste B
                        Invité

                        J’en profite pour partager une nouvelle fois cette conférence de Jacques Rancière, qui revient lui aussi sur les critiques canoniques de Mai 68 et sur leur généalogie politique :

                      • #137730 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        conférence adéquate, en effet

                • #137600 Répondre
                  Isaac
                  Invité
                  • #137653 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    Brisemenu se mêlant de mouvements sociaux, c’est moi parlant de gastronomie.
                    Deux erreurs a minima :
                    -une erreur factuelle historique : le mai 68 français n’est absolument pas unique en Europe. Il y a eu des mouvements partout en Europe, de moindre ampleur certes mais tout de meme. Surtout, il n’y a pas de mai 68 sans l’ébullition insurrectionnel américaine des années 50-60 : lutte pour les droits civiques puis surtout manifestations contre le Vietnam (question sur laquelle se politisent aussi nombre d’étudiants gauchistes français). Les droitards sont nuls en histoire (car l’histoire est leur pire ennemie)
                    -une erreur épistémo-théorique : mai 68 est la cristallisation spectaculaire (ce qu’on appelle un événement) d’un processus beaucoup plus long de progrès social et « sociétal » qui court sur tout le vingtième siècle (jusqu’aux années 80). Se demander si mai 68 a produit des changements (pour conclure que non, en plus) est donc prendre les choses à l’envers : mai 68 est une conséquence plus qu’une cause, ou en tout cas un moment parmi d’autres de ce long processus de progrès. La clinique de la Borde n’est pas créée en juillet 68. Par exemple. Les pédagogies alternatives ne sont pas conçues en aout 68.. La question féministe n’affleure pas en septembre 68. La critique de la consommation n’advient pas en octobre 68. Le soutien au FLN c’est les années 50. Les situationnistes s’activent en 1955. etc, etc. Mai 68 est une cristallisation, une intensification, et peut etre aussi une radicalisation. Mai 68 est donc avant tout une conséquence mais aussi certes une cause. Je redis que la victoire de la gauche en 81 est le débouché electoral de 68. Quoique avant tout le débouché electoral du long processus de progres et d’émancipation que je viens de succinctement décrire.

                    • #137656 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      « une erreur épistémo-théorique : mai 68 est la cristallisation spectaculaire (ce qu’on appelle un événement) d’un processus beaucoup plus long de progrès social et « sociétal » qui court sur tout le vingtième siècle (jusqu’aux années 80).« 
                      Parfois je me demande si ce type de saisie ( celle de brisemenu et d’autres) n’est pas une des façons de la pensée dogmatique
                      Celle qui refuse figée de questionner plus amont ce que les «  ancêtres «  ont posés
                      On peut l’avoir de manière «  positive «  lorsque par exemple on déclare que la nature est bonne pour la santé
                      Mais le point est qu’on arrive à ne pas questionner ce qui est donné autrement que «  c’est comme ça et pas autrement « 
                      Il faut pourtant 2 choses en plus comme tu le note
                      – présupposer l’intelligence de ceux qui nous ont précédés
                      – et s’émanciper par le questionnement de l’autorité des ancêtres : le dogme

    • #137458 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Il y a quelques semaines j’avais trouvé le livre sur l’amitié de Lagasnerie à la bibliothèque de Santa Cruz. Curieuse sans plus, je l’ai emprunté. Oupsss! Je me suis dit c’est ça Lagasnerie? Je ne le jugerai pas sur ce livre. Je ne le connais pas. À l’écoute, débit trop rapide pour moi. Mais ce livre là, bof Pas pour moi

    • #137467 Répondre
      brisemenu
      Invité

      Ce qui est certain , c’est que pour tout anarchiste conséquent la démocratie est une modalité institutionnelle d’exercice du pouvoir tout aussi illégitime que les autres ne serait-ce que parce qu’elle présuppose l’existence d’un peuple alors qu’il ne saurait connaître autre entité légitime que l’individu.

    • #138307 Répondre
      toni Erdmann
      Invité

      J’ai dévoré la dernière parution Lagasnerie qui n’a l’ambition que d’un petit manifeste et ne développe pas énormément ce qu’on l’entend dire ici et là.

      Ce que j’en retiens avant tout, c’est l’idée qu’il est injustifié de penser qu’une politique est bonne du seul fait qu’elle est soutenue par la majorité. Cela peut paraître banal, mais on interroge rarement cette évidence. Il n’existe pas de relation entre une procédure et un résultat et donc rien ne garantit qu’une décision conforme aux procédures démocratiques sera juste ou vraie.
      GdL distingue ainsi une approche formaliste de la politique (une loi est bonne si elle est conforme aux procédures) d’une approche substantialiste (une loi est bonne si son résultat est juste).
      Cela permet ainsi d’éviter l’écueil principal de la démocratie : une forme de relativisme des opinions. Il affirme, et cela me semble vrai, que la démocratie repose sur une neutralité par rapport aux idées et considère que seule la compétition électorale fournit un critère pour évaluer leur légitimité et leur justesse. Or, c’est postuler qu’il n’existerait pas de critères objectifs pour trancher, et qu’on ne peut s’en remettre qu’à des procédures.

      S’ensuit logiquement une tentative de démontrer qu’il existe des critères objectifs pour distinguer les opinions.
      Au scepticisme démocratique, il oppose alors une morale vitaliste fondée sur une réalité biologique : l’exposition différentielle à la souffrance, à la blessure, à la maladie et à la mort. Cela constitue une donnée immuable et transcendante qui doit s’imposer à la politique et fournir la base réelle de la légitimité de tout projet de gouvernement.
      Il cite une étude démontrant que les politiques progressistes augmentent l’espérance de vie et réduisent la mortalité infantile, ainsi qu’une autre (qui me laisse très perplexe) montrant que lorsqu’on entraîne une IA à partir d’affirmations vraies, elle privilégie des positions progressistes.
      Cela lui permet d’écrire, dans le paragraphe le plus provocateur du livre :

      « Ne pas partir de ces données pour envisager une autre organisation de la politique signifie que nous acceptons de laisser des individus mourir ou souffrir à cause d’un attachement formel à la démocratie, ou, autrement dit, que nous préférons que des personnes meurent plutôt que d’envisager de changer de système politique. Et dans le système actuel, l’interdit moral « tu ne tueras point » devrait se traduire par la prescription politique : tu ne voteras pas à droite. »

      Le reste du livre réfléchit aux institutions qui pourraient faire prévaloir cette vision et déjoue certaines réserves qu’on pourrait lui exposer, notamment l’idée que les scientifiques (1) peuvent se tromper et (2) ont des désaccords. Il accepte ces limites, mais les remet en perspective : nos politiques se trompent et ont des désaccords, et pourtant « on » les considère légitime.
      Il écrit quelque chose que j’apprécie particulièrement :

      Il est préférable que l’origine d’une erreur se trouve dans le champ scientifique plutôt que dans le champ politique, car les scientifiques sont aussi façonnés par une culture de la critique, du doute et de la démonstration qui les rend plus disponibles au changement et à la transformation intellectuelle que les hommes politiques, inféodés à des intérêts sociaux, aux lignes de leurs partis ou aveuglés par des fantasmes nationaux.

      Oui, les scientifiques sont pris dans des jeux d’intérêts, des champs sociaux et des affects anti-scientifiques, mais à des degrés moindres que nos représentants actuels.

      Mes réserves personnelles :
      D’abord, l’impasse que constitue la santé comme seule boussole politique. Un gouvernement obsédé par l’espérance de vie pourrait être tenté de bannir l’alcool, par exemple. Dans la logique vitaliste de Lagasnerie, ce serait un progrès. Moi, ça me chagrinerait.
      Ensuite, s’il refuse obstinément le relativisme des opinions et érige des critères objectifs en politique, faut-il alors envahir les pays qui ne pensent pas comme nous pour leur apprendre la vérité ? Si on refuse le relativisme des opinions, on refuse aussi celui des civilisations, et il me semble que cela ne mène jamais à rien de bon.

      • #138310 Répondre
        Rigolus
        Invité

        Personne n’a dit que la démocratie garantit des décisions justes ou vraies.
        Une décision démocratique est légitime parce qu’elle émane du peuple.

        • #138909 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          le legal n’est pas toujours légitime, c’est pourquoi nous ne pretons pas allégeance au légal
          le légitime n’est pas forcément juste, c’est pourquoi nous ne nous berçons pas du mot légitime, ni du mot peuple qui soi-disant confère la légitimité
          la politique avance dans les interstices entre ces mots

          • #138910 Répondre
            Kevin
            Invité

            Et le juste ne reposant en définitive que sur les préférences personnelles de celui qui juge quelque chose comme juste ou injuste, c’est donc au fond ce sur quoi vous vous basez. Remarquons que donald trump, lui aussi, ne dit pas autre chose quand il dit ne se référer qu’à sa propre moralité. Vous êtes donc en quelque sorte son fils spirituel.

      • #138312 Répondre
        Claire N
        Invité

        Ne te chagrine pas trop pour l’alcool
        Aux dernières nouvelles les addictologues
        Ne stigmatisent plus la substance, ils auraient plutôt tendance à s’orienter vers une approche psychosociale
        Un peu comme si , a l’instar d’un fruit, l’alcool pouvait se détacher de l’arbre en meilleure dispositions que celle de ne cesser de tenter de faire mûrir ce qui ne mûrit pas

        • #138345 Répondre
          bibinard
          Invité

          troua joure sanz une gout
          graizist mé sédhure çurtou kia une yqem 89 ki mfé dleuille dent macav

        • #138348 Répondre
          bibinard
          Invité

          lsurejai ipica ul rétpa inpoeu jcro uakoui

      • #138608 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Merci pour la recension.

        « Il est préférable que l’origine d’une erreur se trouve dans le champ scientifique plutôt que dans le champ politique, car les scientifiques sont aussi façonnés par une culture de la critique » : cet argument a quelque chose d’intéressant car il est légèrement inhabituel par rapport à son pendant ultra-classique, et un peu consternant, qui finirait par « sont aussi façonnés par une culture de la vérité« . Le problème reste que cette phrase établit une division science/politique qui, si elle fonctionne pour certains champs — et de façon même restreinte au sein de ces champs, en faisant abstraction de la question des objectifs de recherche etc… : mathématiques, physique, très éventuellement et à un degré moindre la biologie/biochimie, avec énormément de précautions épistémologiques —, cette division me paraît très inopérante concrètement, entre autres du fait de la question technique/technologique, du fait des disciplines à vocation scientifiques dont les catégories même sont inextricablement politisées, comme l’économie, etc…

    • #138607 Répondre
      MA
      Invité
    • #138655 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Merci Toni pour ta recension. Merci MA pour la seconde vidéo.
      Je continue de n’être pas du tout d’accord avec Lagasnerie. Par exemple : « Cela permet ainsi d’éviter l’écueil principal de la démocratie : une forme de relativisme des opinions. Il affirme, et cela me semble vrai, que la démocratie repose sur une neutralité par rapport aux idées et considère que seule la compétition électorale fournit un critère pour évaluer leur légitimité et leur justesse ».
      _
      En ce qui me concerne, je pense que c’est faux.
      _
      Le plus pénible dans sa seconde vidéo, c’est qu’il continue d’assimiler la démocratie à la compétition éléectorale et au système représentatif, qui en est précisément la négation et la falsification. Ainsi il falsifie le mot comme le font tous les médias. De la sorte il n’affronte jamais les arguments réels de la démocratie, et ils sont nombreux. Son discours en devient inintéressant à mes yeux, car c’est un contresens total sur ce que signifie « démocratie ».
      _
      Pour ce qui est des « conseils scientifiques », quand bien même il en nuancerait le rapport à la vérité, il ne répond pas du tout au problème central : un tel système constituerait la science en corps séparé possédant un pouvoir de censure considérable sur la vie humaine, et ainsi c’est toute la recherche scientifique qui perdrait son indépendance et qui se verrait traversée par des intérêts colossaux. Sans compter qu’en matière de décision pratique et politique, tout n’est pas question de savoir, d’opinion, de vrai ou de faux. Il est aussi question de désir, de préférence. Pourquoi faudrait-il préférer la vérité? Mettre la « science » au pouvoir, c’est déjà un choix axiologique qui n’a rien de scientifique.
      De plus, sa morale « vitaliste » se passe bien des scientifiques : un travailleur qui souffre au travail n’a pas besoin d’un tableau statistique savant pour lui faire comprendre qu’il souffre. Un citoyen lambda n’a pas besoin qu’on lui fasse une étude pour comprendre que la destruction de l’hôpital et du système de soin va augmenter la mortalité infantile. La question n’a rien à voir avec des opinions, mais avec des intérêts matériels : le capital veut privatiser la santé et en faire une marchandise rentable, peu importent les conséquences. C’est son essence de procéder, ainsi, c’est sa logique interne. Il se torchera avec une étude qui lui prouverait le contraire, parce qu’à ses yeux, cette affaire n’a rien à voir avec des opinions ou du savoir. Ce n’est pas son problème. Lagasnerie a une compréhension très théorique de la société, comme si tout était axé sur l’épistémologie.
      _
      « Il est préférable que l’origine d’une erreur se trouve dans le champ scientifique plutôt que dans le champ politique, car les scientifiques sont aussi façonnés par une culture de la critique, du doute et de la démonstration qui les rend plus disponibles au changement et à la transformation intellectuelle que les hommes politiques, inféodés à des intérêts sociaux, aux lignes de leurs partis ou aveuglés par des fantasmes nationaux ».
      Il faudra dire à Lagasnerie que l’armada importante de scientifiques, physiciens, biologistes, généticiens, etc. qui ont essayé de justifier le délire racial du nazisme montre assez à quel point le scientifique n’est pas nécessairement plus « disponible au changement et à la transformation intellectuelle » que l’opinion des hommes politiques ou des gens ordinaires.
      _
      Enfin, je souligne de nouveau la profonde malhonnêteté intellectuelle de Lagasnerie dans cette nouvelle vidéo : il cite un passage de Weil en occultant toute la suite de la citation. Dès lors, il utilisé cette citation coupée de son raisonnement pour justifier son rejet de la volonté générale et de la souveraineté populaire, alors que toute la suite du texte de Weil est un effort pour affirmer la volonté générale et la souveraineté populaire… Bref, il utilise un texte de Weil pour réaliser une opération inverse à ce que veut faire Weil dans son texte. Ce qu’elle cible, ce sont les partis politiques qui rendent impossible la volonté générale, pas la volonté générale…
      _
      On comprend bien la manipulation (car à ce niveau de malhonnêteté, c’est de la manipulation pure et dure) : attirer à soi des noms prestigieux pour appuyer son propos. Mais pour quelqu’un qui dit que la « droite, c’est le mensonge », on peut se demander si Lagasnerie ne serait pas de droite, ou si la gauche n’aurait pas aussi tendance à mentir quand ça l’arrange. Ce simple fait suffit à invalider la posture morale sur laquelle il cherche à justifier son raisonnement : « je suis de gauche, j’ai un rapport au vrai plus moral que les gens de droite ». Absurde.
      _

      Même chose pour l’usage de Spinoza. Une idée vraie n’est pas effective par elle-même. Selon Lagasnerie, c’est bien la preuve qu’il faut des institutions répressives pour l’imposer et lui donner une effectivité. Or dans le champ politique, Spinoza lui-même aboutit à une position totalement opposée, et il est un des rares philosophes classique à défendre la démocratie! Pourquoi? Lagasnerie ne le dira pas, il affrontera pas les arguments de Spinoza. Il se sert d’une proposition fondamentale de Spinoza pour l’amener à l’exact opposé du lieu politique vers lequel Spinoza s’est dirigé.

      • #138851 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        Emile, tu dis que la compétition électorale et le système représentatif sont précisément la négation de la démocratie.
        Il répond un peu à cela dans son livre, il dédie quelques pages à l’idée d’auto-gouvernance. Pour lui, c’est une idée morte dans l’oeuf car à quoi sert un outil de gouvernance s’il ne fait que refléter les idées spontanées de ceux qu’ils gouvernent ? Si l’État est l’expression directe du peuple, alors quelle différence entre l’État et les structures de pouvoir déjà à l’oeuvre dans les sociétés ?
        Je le cite :

        Comme les structures cognitives sont modelées par les structures sociales, il faudrait en quelque sorte que les structures sociales aient déjà changé pour qu’elles puissent susciter en retour un désir de transformation.

        Pour lui, l’État est précisément cette entité qui rentre en contradiction avec les opinions du peuple, pour créer des représentations neuves et originales. Et pour illustrer cela, il prend son sujet de prédilection : la justice. Si l’on laisse la justice au peuple, elle ne fera qu’exprimer les pulsions de vengeance et de répression. L’État intervient pour rationaliser et tempérer ces comportements.
        Ça ne me paraît pas farfelu comme idée.

        Par ailleurs je rebondis sur ton argument : sa morale « vitaliste » se passe bien des scientifiques : un travailleur qui souffre au travail n’a pas besoin d’un tableau statistique savant pour lui faire comprendre qu’il souffre. Un citoyen lambda n’a pas besoin qu’on lui fasse une étude pour comprendre que la destruction de l’hôpital et du système de soin va augmenter la mortalité infantile.
        Oui, mais à ce moment là que fais-tu de tous ceux qui s’inventent des maux et pensent vraiment en souffrir : le racisme anti-blanc, l’écologie punitiviste, l’idée que l’insécurité serait en augmentation radicale, l’idée qu’en France, on aime pas les riches. Tous ces gens sont persuadés de souffrir. Si j’exproprie un multi-propriétaire, il sera sûrement en grande souffrance. Est-ce que tu offres, du coup, du crédit politique à sa souffrance ? Ou tu préfères t’appuyer sur des chiffres et des statistiques pour leur dire qu’il existe d’autres priorités sociales ?

        Tout cela étant dit, et si tu as le temps, je serais vraiment curieux de te lire et que tu étayes tes arguments réels de la démocratie auxquels il ne répond pas.

        • #138900 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          @Toni
          Merci de nourrir la discussion avec des citations de Lagasnerie. N’ayant pas le livre, ça permet d’avoir un aperçu écrit qui va plus loin que la seule vidéo (même si celle-ci, comme le dit IGY, a l’air très écrite au final).
          _
          « Si l’État est l’expression directe du peuple, alors quelle différence entre l’État et les structures de pouvoir déjà à l’œuvre dans les sociétés ? […] Pour lui, l’État est précisément cette entité qui rentre en contradiction avec les opinions du peuple, pour créer des représentations neuves et originales ».
          _
          Ce à quoi on pourrait répondre que l’État est bien souvent l’expression des structures de pouvoir (économique) à l’œuvre dans la société. Si l’État français sacralise la propriété privée et châtie impitoyablement quiconque s’y attaque (cf. les décisions de justice rendues à l’encontre des pilleurs lors des révoltes urbaines, la destruction du code du travail en faveur du patronat, etc.), c’est parce qu’il appuie cette structure fondamentale à l’œuvre dans le social : la domination des propriétaires (propriété lucrative) sur les non-propriétaires. Je serais curieux de savoir ce que dit Lagasnerie de la thèse marxiste sur l’État : celui-ci naît de la lutte des classes, et la perspective d’un État au moins ponctuellement libéré de la classe dominante est peu probable, à moins d’être pris d’assaut par une insurrection massive des prolétaires (et non par des savants). Je me demande comment Lagasnerie peut espérer un État qui produise d’autres représentations que les représentations conformes aux désirs du capital en dehors d’une insurrection démocratique énorme. Et c’est pourquoi la démocratie, si elle doit s’imposer, devra affronter la bourgeoisie et son accaparement des leviers de pouvoir juridiques, administratifs, répressifs, politiques et économiques. Autrement dit, Lagasnerie s’oppose à la démocratie pour lui préférer un régime encadré par la science, sans voir, à mon avis, qu’un tel objectif ne peut être atteint autrement que par la lutte démocratique contre l’appareil d’État tel qu’il est, lutte démocratique contre laquelle il se bat. Car je vois mal comment une centaine de chercheurs au CNRS vont prendre le pouvoir pour expliquer à Bernard Arnault que ses opinions sont fausses et qu’elles doivent être censurées pour laisser place à des critères « progressistes ».
          _
          Pour la citation que tu donnes, et qui appuie l’idée que l’auto-gouvernement est une idée morte dans l’œuf, j’avoue ne pas comprendre pourquoi Lagasnerie restreint le politique à des problèmes d’ordre cognitif alors même qu’il se dit de gauche (à mon avis il ne l’est pas). Il y a mille choses qui peuvent faire bouger une position politique, à commencer par les affects et leurs variations, comme Lordon l’a assez dit. Tout cela se nourrit d’expériences personnelles, collectives, d’événements divers et variés qui affectent un corps social, des accidents au travail, l’expérience d’un chef tyrannique au boulot et la grève qui suit cette expérience, l’arrivée permanente de nouvelles générations et de nouvelles pratiques, les rencontres, etc. Bref, la vie ! Et la grande force de la démocratie à mes yeux, c’est qu’elle épouse au plus près la vie dans toutes ses dimensions, puisque ceux qui vivent les situations concrètes qui procèdent des décisions politiques sont aussi ceux qui sont appelés à décider des lois qu’ils devront subir. Tous ces facteurs peuvent déplacer une structure cognitive individuelle ou collective et poser de nouveaux problèmes politiques, de nouvelles manières de poser les questions, de nouvelles représentations, etc.
          _
          A vrai dire, je pense que le présupposé de Lagasnerie sur le corps social est exactement identique au présupposé des néo-libéraux par exemple : le peuple est conservateur, il n’aime pas le changement, il refuse de s’adapter, ses structures cognitives sont plus ou moins arriérées (=/= progressisme), conformes aux structures sociales mal agencées. Et les néolibéraux aboutissent exactement à la même conclusion que Lagasnerie : il faut un État pour créer de nouvelles représentations plus appropriées et fondées sur la connaissance (la connaissance économique pour les néolibéraux, mais aussi la connaissance de la vie et de son évolution), afin d’adapter cette masse spontanément conservatrice et réactionnaire dans une direction plus moderne. Il aura beau donner un contenu « vitaliste » et moral à son propos, il aboutira aux mêmes formes de gouvernement : une forme très autoritaire, parce qu’elle repose sur une compréhension réactionnaire du corps social, compréhension commune à tous les adversaires de la démocratie, et très présente dans le courant contre-révolutionnaire en France par exemple (généralement situé à l’extrême droite). Et comme les néolibéraux, il voudra mettre la main sur l’éducation, puisque c’est le lieu idéal pour produire de « nouvelles représentations ». Cela me rappelle ses propos passés sur France inter : l’enfant est un « cerveau malléable » (ce sont ses mots) qu’il est plus facile de façonner à notre guise…. D’une certaine manière il est cohérent, mais je ne crois pas une seule seconde que Lagasnerie soit dans le camp de l’émancipation. Qu’il donne un contenu moral à ses valeurs transcendantes ne le fera pas échapper à ce bon vieux dicton selon lequel qui veut faire l’ange fait la bête. On n’impose pas le Bien.
          _
          « Si l’on laisse la justice au peuple, elle ne fera qu’exprimer les pulsions de vengeance et de répression. L’État intervient pour rationaliser et tempérer ces comportements. » 
          _
          Ceci confirme ce que je viens de dire : l’imaginaire réactionnaire que Lagasnerie se fait du corps social, ce dernier étant à ses yeux un être réduit à des pulsions mauvaises et agressives, dénué de rationalité, de pensée, de compétence et de capacité, captif de l’illusion et du mensonge, du ressentiment. C’est l’imaginaire du « gros animal » chez Platon, un adversaire fameux de la démocratie : le peuple est une synthèse d’humeurs contradictoires, toujours irrité, toujours enclin à passer d’une valeur à une autre sans raison, très manipulable, un peu brutal, etc. Il est évident que le corps social peut devenir ce « gros animal », et je dirais même que la compétition électorale fabrique particulièrement bien ce « gros animal », puisqu’en nous réduisant à l’impuissance tout en nous laissant l’illusion de choisir, elle façonne un corps social essentiellement réactif et frustré, toujours irrité par le sentiment d’être trahi et dépossédé, et avide de vengeance et de répression morale contre quiconque s’écarte de sa norme du moment. Le problème est que Lagasnerie fait la même erreur que tous les penseurs réactionnaires et autoritaires : il ne voit pas que cette peinture du corps social est peut-être le produit de conditions sociales et politiques anti-démocratiques, et il naturalise ce qui n’est que le résultat d’une organisation sociale et politique qui réduit le corps social à l’impuissance. Il ne semble pas envisager l’idée d’une auto-éducation du corps social.

          Par exemple, il y a quelques mois, il y avait un projet de loi sur les aides pour les étudiants. L’idée était de dire qu’il ne faut pas verser d’aide aux enfants des classes aisées, pour privilégier les plus pauvres afin de diminuer le travail étudiant. Moi, spontanément, je me suis dit que c’était une bonne opinion, assez juste dans l’ensemble. Et puis j’ai lu, me suis informé un peu, et je suis tombé sur plusieurs témoignages, plusieurs vécus. Des enfants de classes sociales aisées disaient ne rien recevoir de leurs parents pour des raisons liés à un conflit familial ; d’autres partaient dans des filières peu prestigieuses (histoire de l’art, par exemple), et les parents, mécontents de ne pas voir leur progéniture intégrer une grande école de commerce, avaient refusé de financer des études d’histoire de l’art (pour eux, « ça ne sert à rien »). Alors on voyait des gens issus de familles très riches se retrouver un peu sur le carreau, sans compter les gosses de riches qui, pour cette raison, s’interdisent certaines filières pour ne pas subir le courroux de leurs géniteurs. Et là mon opinion a changé : je me suis dit qu’en fait, il valait mieux une allocation pour tous les étudiants, sans distinction de l’origine de classe, afin de garantir l’autonomie de tous par principe. Nul n’est responsable de sa naissance.On m’aurait poser la question au début, j’aurais dit oui ; après information, je dirais non.
          _
          On pourrait également citer les conventions citoyennes sur le climat ou l’euthanasie par exemple. Si je ne suis pas dupe de la manipulation des macronistes, on a pu au moins voir des gens comme tout le monde s’emparer de sujets très complexes sans se réduire à n’être qu’un amas de pulsions vengeresses ou irrationnelles. Leur rapport est plutôt rationnel et intéressant, et on apprend des choses. Ceci n’est rendu possible que parce que les gens en question se sont mis dans la disposition de ceux qui allaient agir, ce qui signifie qu’ils sont sortis de l’impuissance propre à la compétition électorale.

          « Oui, mais à ce moment là que fais-tu de tous ceux qui s’inventent des maux et pensent vraiment en souffrir : le racisme anti-blanc, l’écologie punitiviste, l’idée que l’insécurité serait en augmentation radicale, l’idée qu’en France, on aime pas les riches. Tous ces gens sont persuadés de souffrir. Si j’exproprie un multi-propriétaire, il sera sûrement en grande souffrance. Est-ce que tu offres, du coup, du crédit politique à sa souffrance ? Ou tu préfères t’appuyer sur des chiffres et des statistiques pour leur dire qu’il existe d’autres priorités sociales ? »

          Je crois que c’est précisément l’État et ses médias (public ou privé) qui produisent cette propagande. Pour la propriété, par exemple, la majorité numérique et matérielle du corps social a assez peu de chance de donner du crédit à cette souffrance, puisqu’elle n’a tout simplement pas l’occasion de souffrir une telle « souffrance », parce que les multi-propriétaires dont tu parles sont relativement minoritaires dans le corps social. Il y a une surreprésentation de cette propagande dans l’espace public précisément parce que ce sont les multi-propriétaires qui possèdent le moyen de diffuser leurs idées dans les masses. Le reste du corps social, soit la grande majorité matérielle et numérique du corps social, est soit sans abri, soit sous le seuil de pauvreté dans des logements insalubres, soit locataire, soit propriétaire d’un seul logement (mais encore sous le coup des crédits). Je pense qu’une telle opinion, en régime démocratique, continuerait d’exister, mais elle serait assez vite mise en minorité.
          _
          Mais il est clair qu’une société démocratique implique la transformation des structures médiatiques qui diffusent des idées fausses. C’est moins la démocratie qui est en faute que la circulation des informations et la production de l’actualité par des médias détenus à 90% par des oligarques. Lagasnerie se trompe de cible à mon sens.
          _
          Pour les arguments en faveur de la démocratie que Lagasnerie n’affronte jamais, étant donné qu’il n’en garde que la version falsifiée, il y en a beaucoup. Je ne fais pas de la démocratie une religion en ce qui me concerne, c’est plutôt un pari qui repose sur des arguments assez raisonnables. Le but du politique est bien avant tout de viser la justice à mes yeux.
          Mon message est déjà trop long, mais des pistes peuvent être évoquées :
          => Il y a le message, en haut de ce fil, avec les arguments de Weil. Tu verras que Lagasnerie fait un usage complètement mensonger de cette citation, puisqu’elle ne vise pas la démocratie mais ce qui entrave la possibilité de la démocratie (notamment les partis politiques).
          => Il y a l’argument très fort de Spinoza : c’est en intégrant le plus de perspectives vécues que les affects et les opinions se croisent, se décantent, se modifient, évoluent, se déplient et bifurquent. L’opinion n’est pas un mal en soi, elle peut tout devenir. Elle est bien souvent, hormis les cas de dogmatisme borné, une perspective incomplète et ponctuelle sur le réel, et sa force est précisément qu’elle peut évoluer. La politique n’est pas qu’une affaire technocratique de vrai et de faux, d’études et de statistiques : c’est une affaire de préférences, de multiple, de décisions, et la démocratie est le régime le plus conforme à la nature pour Spinoza puisqu’il laisse le plus de liberté en exigeant le moins d’abdication possible des individus quant à leurs désirs. C’est le grand renversement de la pensée politique moderne : non plus se conformer à un modèle fixé par des savants, des sages ou des être supérieurs, mais se demander à quelles conditions un individu peut consentir à obéir à des lois – et du point de vue du consentement, le fou ne vaut pas moins que le membre d’un conseil scientifique.
          => Contrairement à ce que pense Lagasnerie, ce n’est pas quand le pouvoir est confisqué entre quelques mains que les décisions sont plus rationnelles, mais quand il se répand parmi le plus grand nombre ; il y a plus de rationalité politique dans un mouvement social comme les gilets jaunes que dans un cabinet de chercheurs, parce qu’il y a plus de perspectives, plus de vécus intégrés aux prises de décisions, plus de vie. L’oppression se fonde toujours sur la séparation entre des gens qui décident/conçoivent et des gens qui exécutent. La démocratie s’efforce d’abolir, autant que possible, cette séparation.
          => Un axiome existentiel, qui n’a rien à voir avec le savoir, puisqu’il s’agit d’une position éthique. C’est Rousseau qui le formule le mieux : « mieux vaut être malheureux par sa propre faute qu’opprimé sous la main d’un autre ». Je préfère être malheureux par ma propre faut qu’opprimé sous le joug d’un chef bienveillant et progressiste. C’est comme ça, n’en déplaise à Lagasnerie.
          => Il y a de nombreuses vidéos de Barbara Stiegler sur you tube, notamment sur l’opinion et la vérité en politique. Elle fait un travail très fin sur l’opinion, très puissant, et elle démonte pas mal les présupposés de Lagasnerie sur le rapport entre savoir et politique.
          => Et puis une idée d’une simplicité enfantine, mais très profonde : il ne faut pas donner le pouvoir à des gens qui cherchent à l’obtenir. C’est pourquoi le tirage au sort est très démocratique : il donne le pouvoir à des gens qui ne l’ont pas demandé, et leur capacité se développera à mesure qu’ils seront dans l’obligation de décider. Un exemple qui circule : remplacer le Sénat par une assemblée de travailleurs et de citoyens tirés au sort tout les 6 mois. Ce nouveau Sénat aurait le dernier mot sur les propositions de lois faites par l’Assemblée nationale. Il aurait le pouvoir de faire revoter une loi si l’expérience montre qu’elle était mauvaise. Ainsi, les représentants seraient obligés d’intégrer le commun dans l’écriture des textes, puisqu’ils ne pourraient pas faire passer un texte sans l’accord de ce Sénat, qui ne serait pas composé de représentants, mais d’un échantillon du corps social qui se renouvelle régulièrement par tirage au sort. De cette manière, la réforme des retraites ne serait jamais passée par exemple. J’aurais beaucoup plus confiance en une telle assemblée qu’en un conseil scientifique.
          _
          Bon, je suis beaucoup trop long, j’arrête là.

          • #138932 Répondre
            brisemenu
            Invité

            Pas mal. Au fond on sent qu’on aurait besoin d’une puissance tribunitienne , comme à Rome : pas fait pour décider mais pour empêcher.
            Quand le peuple décidera-t-il de monter sur l’Aventin ?
            Question malheureusement caduque vu que le peuple n’existe plus. Le capital est parvenu à ses fins : substitution du peuple par une masse d’individus sans autres liens entre eux que la marchandise. Et , cerise sur le gâteau : avec la collaboration active de la gauche et des syndicats. Chapeau.

            • #138980 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Il se confirme que Lagasnerie fait penser. Merci pour ça, Geoff. Ce qu’il avance est évidemment intenable, évidemment impraticable, et parfois tout simplement inaudible (le truc sur IA et progrès, ou science et progrès), mais ça fait penser.
              Ce qui me confirme dans l’intuition que Geoff ment quand il dit qu’il veut penser pour produire de l’efficacité politique. Il est bien comme tous les penseurs : l’intéresse d’abord de penser. Et c’est très bien comme ça. A nous, l’écoutant, de voir ce que nous pouvons en faire.
              Le plus précieux de ce qu’il dit : les mots pivots de la politique qui se parle elle meme sont à peu près tous creux. C’est un bon départ.
              Le plus évident : le système démocratique n’est pas une instance de vérité. Ca c’est ce que reproche depuis toujours la philosophie à la démocratie, de Platon à Badiou. C’est même la pensée fondatrice de la philo: la démocratie noie la vérité dans la loi du nombre, la philosophie la cherche. La philosophie est donc par essence anti-démocratique (alors que l’art l’est fondamentalement, qui lui ne prétend pas à la vérité)
              Je n’entrerai pas dans la discussion qui n’a pas besoin de moi tant elle est riche, mais deux choses:
              -je suis frappé à quel point Geoff se cantonne à la scène politique du pouvoir ou de la conquete du pouvoir, où il a certes beau jeu de dire que le mensonge règne. Ben oui. Le pouvoir ment, l’élu ment, l’aspirant élu ment. Mais est ce la même chose du coté de la démocratie active, celle d’en bas, celle des collectifs, etc. Là ça ment peu. Ca dit parfois n’importe quoi, ça s’égare, ca rate, ça merde, mais ça ment peu.
              -je vois bien où s’ancre affectivement sa peur du peuple, sa méfiance du suffrage numérique : c’est dans son homosexualité, toujours structurante chez lui (et on le comprend). Ben oui : sur le globe, l’homophobie est majoritaire. Les croyances fausses et dégueulasses sur l’homosexualité sont majoritaires. Il a fallu des siècles en France pour dépénaliser l’homosexualité, à la faveur du passage de la gauche au pouvoir.
              Au printemps prochain seront élus des gens qui auront servi du mensonge à la pelle pendant toute la campagne, mentiront à gogo dans l’exercice de leur pouvoir, brimeront des minorités, pourchasseront des prolétaires clandestins, décomplexeront définitivement le racisme de la police, et tout cela parce que le nombre l’aura voulu. Ou une certaine acception du nombre (la moitié d’un corps de votants représentant la moitié de la population). Geoff pense aussi dans cette perspective, perspective contre laquelle sa pensée ne pourra rien.

              • #139660 Répondre
                MA
                Invité

                Autre entretien de Lagasnerie

          • #139041 Répondre
            toni Erdmann
            Invité

            Émile, ne t’excuse pas d’être trop long, ça m’intéresse.
            Tu affirmes que l’État répond aux structures capitalistes de la société. Certes, mais seulement en partie, dirait Lagasnerie (et je le suis sur ce point).
            L’État est de droite, mais l’État est aussi de gauche. La Sécurité sociale, les HLM, tout l’argent qui irrigue le tissu associatif émanent d’un État qui ne répond pas qu’à la logique propriétaire (même si celle-ci est de plus en plus prégnante). L’État est cette institution massive qui entre parfois en contradiction avec les structures sociales dominantes et permet de préserver des poches de solidarité, des espaces de commun.
            Par exemple, environ 75 % des Français pensent qu’il y a trop d’assistanat en France, et à peu près autant estiment qu’il faudrait baisser l’impôt sur les successions. Pourtant, l’État maintient ces dispositifs.

            Tu me rétorqueras sans doute que cet état de l’opinion est construit, que le peuple a été réduit à l’impuissance par la démocratie factice à l’œuvre depuis quelques années. Et, comme le dit Lordon, il faudrait attendre que la frustration atteigne un point de rupture révolutionnaire. C’est là, si je comprends bien, que se situe ton approche démocrate : personne d’autre que le peuple ne peut dire si le peuple s’épanouit. La démocratie comme thermomètre, en quelque sorte : si le peuple est mécontent, il s’exprimera, et les choses changeront.
            Très bien, mais en attendant, que fait-on ? Si les individus sont pris dans des forces agissantes qui les mènent à l’impuissance que fait-on ? On attend le moment où ce n’est plus tenable ? Ou on essaye d’agir sur le forces qui nous agissent ?
            Tu dis que Lagasnerie naturalise ce qui n’est que le résultat d’une organisation sociale et politique qui réduit le corps social à l’impuissance, qu’il ne semble pas envisager l’idée d’une auto-éducation du corps social.
            D’accord, mais comment modifier cette organisation sociale si ce n’est en réfléchissant aux organes du pouvoir qui agissent sur les individus ? Donc en réfléchissant aux institutions qu’on pourrait bâtir, d’où l’idée de conseils scientifiques, par exemple.
            À ce titre, c’est intéressant que tu cites les conventions citoyennes, car GdL prend lui-même cet exemple à son crédit. Il observe que les préférences exprimées spontanément en démocratie, sans réflexion approfondie sur une question, diffèrent de celles qu’on adopte après plusieurs mois de délibération et de familiarisation avec les connaissances disponibles. Les membres de ces conventions en ressortent souvent avec des opinions différentes de celles avec lesquelles ils sont entrés.
            Ainsi, ça serait par l’expertise qu’on deviendrait plus progressiste.
            Et cette expertise étant apportée par des scientifiques, et rendue possible par le fait de ne pas être obsédé par la réélection, il semble logique que ceux qui occuperaient le pouvoir devraient être des experts, non soumis à la réélection, mais révocables. Tout cela ne ma paraît pas farfelu.
            En attendant la démocratie que tu nous décris ci-dessus.

            • #139220 Répondre
              Emile Novis
              Invité

              @Toni
              Je suis d’accord sur l’ambivalence de l’Etat par rapport aux structures du capital. Mais il me semble que la tonalité de gauche de l’Etat français est en grande partie liée à des luttes sociales et politiques très puissantes qui sont nées en dehors de l’Etat pour s’imposer à lui après coup – ce qui me semble contredire la position de Lagasnerie selon laquelle c’est l’Etat qui injecte du changement dans un corps social par nature conservateur et incapable de modifier l’état des choses. D’ailleurs si l’Etat français a tout fait pour récupérer la sécurité sociale dans on giron, c’était aussi pour reprendre le contrôle de cette invention communiste.

              « Par exemple, environ 75 % des Français pensent qu’il y a trop d’assistanat en France, et à peu près autant estiment qu’il faudrait baisser l’impôt sur les successions. Pourtant, l’État maintient ces dispositifs. »
              Je me perds toujours un peu dans ces chiffres. J’avais vu des études d’opinions selon lesquelles 88% des français sont très attachés à la sécurité sociale. (le lien vers la fédération des acteurs de la sécurité sociale : https://www.ucanss.fr/contents/Espace-public/articles-publics/barometre-2020-les-francais-et-1.html).
              Alors que penser de ces données contradictoires?
              _
              « personne d’autre que le peuple ne peut dire si le peuple s’épanouit. La démocratie comme thermomètre, en quelque sorte : si le peuple est mécontent, il s’exprimera, et les choses changeront. »
              Pleinement d’accord avec cette affirmation. La démocratie, la vraie, a au moins une vertu : dire la vérité sur la puissance d’un corps social à un instant donné.
              _
              « D’accord, mais comment modifier cette organisation sociale si ce n’est en réfléchissant aux organes du pouvoir qui agissent sur les individus ? Donc en réfléchissant aux institutions qu’on pourrait bâtir, d’où l’idée de conseils scientifiques, par exemple. »
              Si je comprends bien, ta question revient à demander comment le changement politique est possible. A mon avis c’est impensable. Rousseau le disait déjà : pour qu’il y ait un changement politique, il faudrait que les hommes fussent avant le changement ce que seul le changement peut faire d’eux. Et pourtant de fait il y a du changement au cours de l’histoire. Cette impasse n’est sans doute que théorique. Mais je ne vois pas, encore une fois, comment un conseil scientifique progressiste pourrait advenir dans les conditions actuelles sans chambouler l’ordre établi par un mouvement très puissant. Or un mouvement puissant implique que le démos s’engage avec force dans le jeu politique.
              _
              « Les membres de ces conventions en ressortent souvent avec des opinions différentes de celles avec lesquelles ils sont entrés.
              Ainsi, ça serait par l’expertise qu’on deviendrait plus progressiste. »

              Oui, la foi démocratique, en un sens, c’est que tout le monde peut acquérir cette « expertise » si les conditions d’existence et les institutions le permettent. Mais je ne crois pas que les membres de la convention soient sortis du régime de l’opinion pour autant : ils ont simplement une opinion plus éclairée, qui procède de leur activité. Et l’expertise ne fait pas tout dans cette affaire : il y a des positionnements éthiques qui n’ont rien à voir avec la connaissance. Est-ce qu’on légalise le fait pour un corps médical d’injecter une dose létale dans un corps malade? Il y a plein de connaissances à avoir pour bien appréhender le problème, mais cette question, en tant que telle, sollicite notre sens de la justice et des principes moraux qui ne dépendent pas de notre instruction. Et il y aurait beaucoup de décisions politiques comme ça.
              C’est pourquoi je ne pense pas que la démocratie rejette la connaissance et le savoir : il en faut, et si on veut voter sur le nucléaire, il faudra bien des spécialistes du nucléaire pour éclairer la décision. Mais je ne pense pas non plus qu’elle se réduise à la connaissance : elle implique d’autres choses. Mais le principal est de ne jamais concentrer le pouvoir, que ce soit entre les mains de savants ou de propriétaires.
              _
              « Et cette expertise étant apportée par des scientifiques, et rendue possible par le fait de ne pas être obsédé par la réélection, il semble logique que ceux qui occuperaient le pouvoir devraient être des experts, non soumis à la réélection, mais révocables. Tout cela ne ma paraît pas farfelu. »
              Cette position n’est pas farfelue, elle est même asse classique à mon sens. Simplement les conventions citoyennes tendent à prouver que n’importe qui, en s’appuyant sur des éclairages scientifiques honnêtes, est à même de s’emparer d’une question extrêmement complexe et difficile. Alors pourquoi cantonner le pouvoir à des experts, c’est-à-dire à une petite élite de savants? Je crois voir pourquoi Lagasnerie prend cette voie : en raison de sa compréhension du corps social, une compréhension très droitière, à mon avis, du corps social : le « peuple » serait par nature incapable, ignorant, livré à des pulsions douteuses, conservateur, réfractaire au changement, et ayant besoin d’un agent transcendant pour créer en lui les bonnes représentations et les bons comportements. C’est une position néolibérale. Platon allait même jusqu’à dire qu’il faudra raconter des mythes aux hommes pour les persuader du bien fondé de la décision des aristocrates. Lagasnerie échappera difficilement à cela. Mais alors on entre dans une autre conception du pouvoir, qui non seulement n’est pas démocratique, mais qui ressemble à des pouvoirs très autoritaires.
              _
              Il me semble qu’un axiome de la gauche (mais on ne sera peut-être pas d’accord), c’est l’affirmation selon laquelle on ne peut jamais dire que le corps social est ceci ou cela (décent ou indécent, ignorant ou savant, bon ou méchant), mais qu’il est ce que son organisation sociale et politique fait de lui. Il peut être tout ça. On ne peut jamais dire ce qu’est le corps social, mais comment il existe.
              _
              J’ajouterais, et cet argument a été dit plus haut, que le problème de nos sociétés repose sur le fait que les moyens techniques sont parfois complexes. En laissant une grande place aux experts pour expliquer les bons moyens à adopter, on risque aussi de se faire priver de la détermination des fins. Par exemple on voudrait un SMIC à 1800 euros; et là une foule « d’experts » en économie arrive pour dire que c’est techniquement impossible. Toute la rhétorique néolibérale repose là dessus : verrouiller a priori le champ du possible en enfermant l’action politique dans des cadres techniques supposément nécessaires. Or le propre d’un évènement démocratique, c’est de créer du possible, comme le dit Deleuze à propos de Mai 68 : « Ce qui compte, c’est que ce fut un phénomène de voyance, comme si une société voyait tout d’un coup ce qu’elle contenait d’intolérable et voyait aussi la possibilité d’autre chose. C’est un phénomène collectif sous la forme : «  du possible, sinon j’étouffe… ». Le possible ne préexiste pas, il est crée par l’événement. C’est une question de vie. L’événement crée une nouvelle existence, il produit une nouvelle subjectivité (nouveaux rapports avec le corps, le temps, la sexualité, le milieu, la culture, le travail…) » (Deux régimes de fous)

              • #139223 Répondre
                Rigolus
                Invité

                @ Emile
                La Sécurité sociale est financée par les cotisations des travailleurs et des employeurs. Ce n’est pas de l’assistanat, mais un système d’assurance collective. Il n’y a donc aucune contradiction à défendre la Sécurité sociale tout en voulant réduire l’assistanat.

          • #139051 Répondre
            Rigolus
            Invité

            C’est le grand drame d’Émile Novis : brillant dans l’analyse, mais il patine toujours dans les rares moments où il se lance dans les solutions.

            La fabrication d’une loi moderne est extrêmement technique : fiscalité, droit du travail, droit européen, impact budgétaire, etc. Une assemblée renouvelée tous les six mois n’aurait ni le temps ni la continuité nécessaires pour comprendre les dossiers.

            Le risque est simple : soit elle bloque tout, soit elle suit aveuglément les experts et les lobbys.

            Les fausses bonnes idées sont toujours les pires. Exemple du mois : la loi sur la parité pour les municipales, grâce ou à cause de la gauche. Résultat : on ne trouve pas assez de femmes pour faire des listes ; 35 % des villes n’auront qu’une seule liste.

            Et l’on pourrait écrire des cahiers entiers sur les bonnes intentions qui finissent mal.

            • #139054 Répondre
              Greenwashing
              Invité

              Rigolus: « C’est le grand drame d’Émile Novis : brillant dans l’analyse, mais il patine toujours dans les rares moments où il se lance dans les solutions. »
              .
              Ouais, ça manque un peu de racisme.

              • #139055 Répondre
                Rigolus
                Invité

                de racisme et de solution

                • #139057 Répondre
                  Greenwashing
                  Invité

                  Rigolus: Du coup t’en as toi des solutions?

                  • #139059 Répondre
                    Rigolus
                    Invité

                    j’ai fait un poste avec des solutions à Pina colada sur l’autre topic.

                    • #139065 Répondre
                      Greenwashing
                      Invité

                      C’est vraiment toi qui a fait le post ou bien tu t’es contenté de copier/coller la réponse de ChatGPT?

                      • #139077 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        J’écris des posts et je demande à ChatGPT de les corriger. Souvent, je lui demande aussi un avis extérieur ou un complément d’information. Je n’ai jamais compris votre obsession pour ChatGPT, alors que tout le monde est libre de faire la même chose et devrait même le faire. C’est un peu comme la télé. Tu as des gens qui vont regarder les anges de la téléréalité, et d’autres des documentaires. Ce n’est pas la télé le problème mais son utilisation. Un crétin va utiliser l’IA comme un crétin.

                      • #139085 Répondre
                        Greenwashing
                        Invité

                        Rigolus: Soyons sérieux, tu n’oserais pas copier des passages entiers des bouquins de François en prétendant que c’est toi qui l’a fait.

    • #138852 Répondre
      riviere
      Invité

      Parlant de majorité, une émission intéressante sur l’expérience de Milgram
      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-milgram-une-experience-qui-derange

    • #140310 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Pourquoi les principes d’opinion et d’élection sont problématiques
      3ème épisode de la série.

      • #140332 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        Son usage du mot « démocratie » est tellement flou, tellement confus et flottant, que tout son discours en devient creux et sans rigueur. Encore une fois, il n’affronte jamais les arguments les plus forts de la démocratie, puisqu’il se contente de sa falsification bourgeoise pour mieux affirmer son opposition à la démocratie.

        Le point le plus comique de cette confusion étant sans doute l’éloge des convention citoyennes, modalité démocratique parmi d’autres, pour justifier son opposition à la démocratie – comme, dans les vidéos précédentes, il citait Weil pour justifier son refus de la démocratie, en faisant un contresens total sur le propos de Weil, qui s’attaquait en fait aux partis pour mieux défendre la démocratie, la souveraineté populaire et la volonté générale. Car la convention citoyenne, qui repose sur un tirage au sort, affirme l’axiome démocratique par excellence : tout le monde est plus ou moins capable de construire une opinion éclairée si et seulement si les conditions de délibération et de décision communes sont adéquates. Il n’y a pas de compétences particulières à gouverner, les sans-titres peuvent produire des énoncés et des actes rationnels, le pouvoir est une place vide qui tourne sans cesse puisque le pouvoir, en étant partout, est tout aussi bien nulle part. Le fait qu’il y ait des « experts », des gens qui connaissent la pratique de tel ou tel secteur, n’est absolument pas un critère de négation de la démocratie, sauf pour ceux qui n’ont absolument rien compris à la démocratie comme Lagasnerie. En effet il n’y a aucune contradiction à affirmer la démocratie tout en affirmant que toutes les opinions ne se valent pas. A Athènes, ils ne se précipitaient pas à l’aveuglette dans des sujets de délibération sans se renseigner un peu sur ce dont il était question. D’ailleurs le sens commun accepte totalement cela : il y a des choses à savoir pour prendre une bonne décision, et il faut comprendre de quoi on parle car les opinions spontanées ne sont pas nécessairement pertinentes ou justifiées. Le premier venu, s’il doit décider de quelque chose sur l’euthanasie et qu’il se rend compte qu’il ne comprend pas des termes techniques ira se renseigner sur ces termes pour savoir de quoi on parle.
        _
        La réduction de la démocratie à l’expression des opinions spontanées est tout de même le symptôme de son incompréhension totale de ce qu’est la démocratie, cette dernière étant précisément l’inverse de cela : l’organisation des conditions de délibération et de décision en vue de la construction d’une opinion construite, une opinion la plus droite et la plus juste possible. La décoïncidence avec soi, c’est précisément ce que fait la démocratie réelle, puisqu’elle reconnaît le caractère provisoire et partiel de l’opinion. Une décision n’est pas juste parce que la plus grande partie du démos l’a prise, mais une décision a plus de chances d’être justes et acceptées si le démos, à condition qu’il soit placé dans des conditions adéquates, est amené à la prendre. La démicratie n’est pas la force du nombre, car cela n’en est que le simulacre, mais c’est l’élucidation collective de problèmes communs – problèmes très concrets : par exemple le diesel aujourd’hui est à 2 euros.
        _
        Par exemple une élection, que Lagasnerie assimile bêtement à la démocratie, ne fait pas un démos, mais un agrégat d’individus isolés, juxtaposés et réduits à leur solitude. L’élection est le principe le plus efficace pour détruire la démocratie, raison pourquoi la bourgeoisie raffole des élections. Tous les partisans de la démocratie réelle refusent d’identifier la démocratie aux élections. Beaucoup de communards, par exemple, étaient très hostiles aux élections précisément parce qu’ils y voyaient la négation par excellence de la démocratie. Une partie importante de l’histoire de la gauche serait atterrée par la confusion d’un tel propos.
        _
        Que Lagasnerie aille droit au but : il fait partie de ce que Rancière nomme la haine de la démocratie, il en ressort tous les tubes , et il utilise la même méthode que les propagandistes du bloc bourgeois : défigurer le sens réel de la démocratie pour mieux la neutraliser ou la rejeter. Quant à son « vitalisme » consistant à diminuer la souffrance et favoriser la vie, on n’est pas loin, en fait, d’un utilitarisme teinté de scientisme. Rien à voir avec du vitalisme, la « vie » étant beaucoup plus sinueuse que cela, beaucoup plus contradictoire, ambivalente.
        _
        Tout cela ressemble à une fraude et un buzz. Je ne vois pas l’intérêt d’écouter plus longtemps un individu qui semble pratiquer une sociodicée bien connue : l’édification d’un système de pensée conçu par lui et pour lui, la conception d’une structure qui consacre sa propre position sociale bourgeoise. Je ne m’abandonnerai pas au mauvais esprit consistant à remarquer qu’il est toujours cocasse de voir un nom à particule s’acharner contre la démocratie à ce point…

        • #140358 Répondre
          Greenwashing
          Invité

          « puisqu’il se contente de sa falsification bourgeoise pour mieux affirmer son opposition à la démocratie. »
          .
          Ah ouais, un peu comme vous avec le libéralisme économique.
          .
          C’est rigolo.

          • #140366 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            Je n’utilise quasiment jamais le terme « libéralisme » isolément. Le seul mot que j’utilise est « néolibéralisme », qui n’a plus grand chose à voir avec le libéralisme économique ou politique.

        • #140370 Répondre
          Samuel_Belkekett
          Invité

          @Emile Novice
          La pensée de l’archi connard Étienne Chouard, a fait beaucoup de mal.
          Il y’a 2 pensées qui s’affrontent, celle illustrée par Rancière qui peut être defininie par :
          « tout le monde est plus ou moins capable de construire une opinion éclairée si et seulement si les conditions de délibération et de décision communes sont adéquates. Il n’y a pas de compétences particulières à gouverner, les sans-titres peuvent produire des énoncés et des actes rationnels » bla bla…
          Ou alors : « Le premier venu, s’il doit décider de quelque chose sur l’euthanasie et qu’il se rend compte qu’il ne comprend pas des termes techniques ira se renseigner sur ces termes pour savoir de quoi on parle. »
          C’est un raisonnement ça ? Une démonstration ?
          Et l’autre pensée, partagée par GDL et moi-même, pensons diamétralement opposé, à savoir qu’avant même de penser politique, il faut un peu plus que des notions de : histoire, anthropologie, économie, histoire des idées, et après éventuellement on peut commencer à penser politique, décisions etc… Ce parti pris, élitiste, ne défend pas la démocratie directe contre la démocratie représentative, mais 2 conceptions différentes de la démocratie représentative.
          Capito ?
          Ce que tu ne vois pas et que GDL voit de trop près, c’est que la révolution néo conservatrice en route est précisément POPULAIRE.
          En revanche ta critique du vitalisme de GDL est fort bien vue.
          Ainsi parlait Belkekett…

          • #140374 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            Il n’y a pas contradiction entre mes deux propositions, si tu distingues le fait que la première décrit une puissance, tandis que la seconde décrit l’actualisation de cette puissance.
            La démocratie affirme qu’il y a en chacun une puissance de comprendre et de décider, de telle sorte que n’importe qui peut, par tirage au sort par exemple, prétendre collectivement à la décision. Mais cette puissance n’est pas une donnée initiale, puisqu’elle suppose des conditions de développement, et c’est bien l’objectif de la démocratie de réaliser ces conditions. Ainsi les gens tirés au sort lors de la convention citoyenne avaient bien la puissance de juger, malgré leur ignorance relative et initiale au début du processus de l’assemblée. La convention doit être organisée de telle sorte qu’elle permet cette actualisation.
            On peut citer deux conditions négatives mais nécessaire (quoique non suffisante) de la démocratie : supprimer les partis et supprimer l’élection qui délègue à un homme (ou quelques hommes) des pouvoirs exorbitants et sans contrôle réel. Sans ces deux conditions, la démocratie est impossible et on ne peut pas actualiser la puissance dont il est question au début de mon message.

    • #140378 Répondre
      Rigolus
      Invité

      Notre ami Geoffroy de Lagasnerie prend pour exemple la Convention Citoyenne pour le Climat, qui excluait des sujets comme le nucléaire et intégrait des partisans dans le panel sans même parler de Macron qui déclarait « retenir » la majorité des propositions, alors que « retenir » ne voulait strictement rien dire.
      On pourrait se dire que Lagasnerie est juste un idiot qui n’a pas compris le fonctionnement de cette convention. Mais non c’est vraiment comme ça qu’il voit la démocratie : des militants, des associations, des experts (implicitement de son bord) qui orientent le débat, et lui, tout émerveillé, à conclure à 6mn36 que « les opinions ne se divisent pas » et que la démocratie quand elle est vraiment démocratique elle tend forcément vers ses idées.

      • #140379 Répondre
        Samuel_Belkekett
        Invité

        GDL defendant la convention citoyenne mais avec l’éclairage de la communauté scientifique donne un sketch assez comique. Avec sa façon de parler et se tortiller ça lui donne un don certain pour le stand up.
        On en redemanderait.

    • #140592 Répondre
      Rigolus
      Invité

      C’est l’année où les vieux maires blancs ont été grand remplacé.
      On va avoir comme dans les pays du tiers monde de la corruption à tous les étages. J’ai hâte de voir le bilan de gestion dans ses villes.
      La gauche préfère parler de tirage au sort et de son monde idéal.
      https://x.com/i/status/2036187020662370680

    • #142082 Répondre
      Zorglub
      Invité

      FAIRE SÉDITION : UN PROJET POUR LA GAUCHE
      Episode 4

    • #145330 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Une critique du livre de Lagasnerie par Harold Bernat sur QG. Une critique bourdieusienne.
      _
      https://qg.media/blog/haroldbernat/la-belle-ame-et-la-critique-de-la-democratie-par-harold-bernat/

      • #145334 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        En quoi bourdieusienne?
        Je trouve d’ailleurs son « Du bourdieu en somme » ambigu, voire confus, voire carrément mal monté.
        Ca veut dire quoi? Que Lagasnerie fait du Bourdieu? Mais alors la critique de HB ne serait pas bourdieusienne
        Ca doit vouloir dire plutot, si on remet sur ses pieds cette syntaxe à l’envers, que Lagasnerie ne cherche qu’à se distinguer, donc il entre sous l’accusation de distinction, et donc Bernat lui adresse bien une critique bourdieusienne
        Au vrai, cette fin me parait plutot relever du pavlovisme lexical : distinction est mécaniquement associé Bourdieu. C’est faible, comme le reste.

        Faible car ce texte à aucun moment ne discute la thèse de Lagasnerie dans sa force. On sent bien que ce souverainiste michéiste a dans le nez le libertaire Lagasnerie, et qu’il se le paye, avec une mitraille d’attaques ad hominem.
        La force de la thèse c’est quoi? Qu’il n’y a pas de peuple. Que la notion de citoyen est une fraude. A ceci n’est opposé qu’une contre affirmation : si si le peuple ça existe, si si la citoyenneté ça existe. Et la nation, et les pays, etc
        Et puisque Bernat ne cesse de descendre GDL par association – il dit comme les bourgeoisie, il dit comme France Inter, il dit comme Von der leyen-, eh bien appliquons lui ce jeu : Manuel Vals et autres républicains autoritaires disent peuple, disent souveraineté, disent « citoyens », et ne cessent de faire sonner le lexique unitaire : nos valeurs, notre pays, notre nation, etc. Les valeurs de la France, etc. Et faire peuple, et vision commune, et faire société, etc.
        Il est d’ailleurs intéressant que HB fasse totalement l’impasse sur ce qui est au coeur de ce livre, et qui est d’ailleurs hautement discutable, à savoir sa préconisation du pouvoir de la science, de l’objectivité, de la rationalité. Pourquoi ce silence? J’ai mon idée.
        Où est la vraie question, si on veut etre plus sérieux que ce texte? Qu’est ce qui est à discuter puissamment? En bien, justement ce que Bernat ne saurait envisager, et que pourtant GDL l’invite à envisage: à savoir que tous ces mots (nation, valeur, républiques, souveraineté) et les affects afférents, loin d’etre des digues contre la sauvagerie capitaliste, en sont les auxiliaires.

        • #145362 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          Je pense en effet qu’il faut entendre la dernière phrase en ce sens là : « Ca doit vouloir dire plutot, si on remet sur ses pieds cette syntaxe à l’envers, que Lagasnerie ne cherche qu’à se distinguer, donc il entre sous l’accusation de distinction, et donc Bernat lui adresse bien une critique bourdieusienne ».
          _
          L’article ne me parait pas plus faible que le propos de Lagasnerie. Pour les notions de République, citoyen, nation, majorité ou souveraineté, Bernat s’en explique en partie dans La défaite de la majorité, et on ne peut vraiment pas le confondre avec Valls. Bernat va au charbon sur l’autoroute A69 pour s’opposer au projet d’autoroute, tandis que Valls ne doit sans doute pas s’en préoccuper beaucoup. C’est un fait.
          _
          Bernat distingue bien la République bourgeoise de la République sociale et démocratique. Distinction que faisaient des communards par exemple, et que l’histoire post révolution française réactive sous des formes différentes. Peut-être que l’article n’était pas l’espace approprié pour un tel développement.
          _
          La notion hégelienne de « belle âme » ne me paraît pas être une attaque ad hominem. A vrai dire, en entendant Lagasnerie, son propos m’a beaucoup fait penser à la belle âme : la vérité comme certitude du soi du sujet qui met le monde à distance, le juge sévèrement, condamne son impureté. Cela décrit pas mal comment Lagasnerie décrit une bonne partie de la population et la droite (qui ment, cela va de soi, tandis que lui ne ment pas, ou presque pas). Ce n’est pas une attaque ad hominem à mes yeux, c’est la description d’une manière d’être au monde, d’une forme de conscience.
          _
          C’est peut-être la plus grande fragilité du texte de Bernat : si on dit que la belle âme correspond plus ou moins à l’attitude de Lagasnerie, alors la sédition de ce dernier n’a pas la même signification que la sédition bourgeoise quand il s’agit d’échapper aux lois, aux impôts ou aux juges. Chez Lagasnerie, ce serait une sédition fondée sur la fuite de l’impureté, le refus de se mélanger à une chose qui pourrait nous dégrader, tandis que la sédition bourgeoise, si elle est aussi un refus du mélange, est avant tout un doigt d’honneur à toute forme de solidarité ou de sens du commun, un repli grossier et borné sur ses intérêts. Les mêmes effets ne proviennent pas nécessairement des mêmes motivations. Mais on aboutit au même point : refus de la démocratie, et de la contradiction qui lui est inhérente.

          • #145363 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            *certitude de soi du sujet.

            • #145373 Répondre
              bibinard
              Invité

              on navet pijet

              • #145379 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                – Je ne dis pas que Bernat = Vals, je dis, assez clairement il me semblait, qu’au jeu des associations par de simples conjonctions lexicales, HB peut etre lu aussi associé à des imbéciles.
                -comme Bernat est un idéaliste, il n’a pas les antennes nietzschéennes qui permettent de voir les ressorts affectifs de cette charge de GDL contre la démocratie. Il dit « belle âme » et c’est le contraire. Il y a, à la source de cette pensée, quelque chose de très ancré, concret, trivial : c’est que la démocratie quantitative peut légitimer l’homophobie, et autre persécution des minorités – mais donc surtout l’homophobie. Ici GDL défend sa peau – tout le contraire d’une belle âme. Ce que HB peut d’autant moins voir que j’entends aussi dans son « belle âme » et dans une ou deux phrases de son textes, un zest d’homophobie – ou de moquerie de cette nature. On n’est pas très loin de élites perverties-efféminées (puisque HB adore ce genre de schèmes)

                • #145381 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Par ailleurs HB, qui galvaude, n’évoque pas cette notion d’âme noire
                  Or, dans ce livre hautement discutable et souvent hasardeux, c’est une des idées fortes : que non seulement la démocratie autoriserait des mesures anti-démocratiques (idée classique), mais qu’elle serait un procédé d’autorisation d’affects sadiques. La démocratie serait le terrain légitime que se donne la passion de vengeance.
                  Lui qui a trouvé tellement intéressante la thèse du frauduleux Dufour sur le monde sadique, aurait pu au moins considérer cette approche, autrement plus intéressante. Mais il est vrai que c’est une approche foucaldienne, que ce frénétique contempteur de la pensée 68 ne pouvait pas voir et encore moins approuver.

                • #145386 Répondre
                  Emile Novis
                  Invité

                  Je ne vois pas, quant à moi, de trace d’homophobie dans la notion de belle âme. Pour le reste du texte, je n’ai pas spécialement vu ce que tu dis, mais pourquoi pas. J’ai plutôt vu un procès en « adolescence », d’une certaine manière.
                  _
                  Si Lagasnerie construit son approche politique contre la démocratie depuis un affect de crainte (il « sauve sa peau » contre une majorité qui pourrait persécuter des minorités), alors le risque de sombrer dans une pensée réactionnaire est important, et je crois que c’est précisément ce qu’il se passe avec lui. Mes antennes spinozistes diront que l’affect de crainte est une passion triste, et que si c’est elle qui commande une pensée, alors la pensée en question sera réactive. Réactive contre ce qu’il identifie comme la cause potentielle de sa souffrance : la masse, le nombre, l’opinion populaire qui est dangereuse, irrationnelle, potentiellement sadique, intolérante, méchante par moments. Et on aboutit à une conception très réactionnaire du corps social. ON pourrait prolonger en disant qu’il se venge de cette masse qui l’a sans doute fait souffrir dans le passé, mais que cette vengeance est différée, transposée sur un autre plan, un plan plus symbolique : on destitue cette masse qui nous a fait souffrir de sa capacité à être « progressiste » (un mot devenu valise), à se gouverner, à s’émenciper, et il faut la mettre sous tutelle de la science, du pouvoir des savants. Ce n’est pas loin du ressentiment.
                  _
                  Il ne s’agit pas de juger sa crainte, qui n’est pas infondée, mais de se garder de ses effets dans la théorie – puisque Lagasnerie se définit comme un théoricien, un fabricant de théorie.
                  _
                  Un homosexuel peut être réactionnaire, ou le devenir. Il peut aussi devenir une belle âme sur le fondement de ce que tu décris, et que je trouve intéressant.
                  _
                  Des homosexuels réactionnaires, il y en a dans le champ politique : Attal, Philippot, J.P Tanguy. Et leur réaction n’est parfois pas sans lien avec leur vécu d’homosexuel dans la société. Ils ne se confondent pas avec Lagasnerie, mais ils sont peut-être animés, eux aussi, par un affect de crainte. Tanguy, par exemple, reconduit l’opération que Némesis fait à propos du féminisme et que tu décrivais dans L’explication avec Tiberj : il a subi de lourdes agressions (il a beau être au RN, on a de bonnes raisons de le croire). En raison de son homosexualité assumée, il craint que ça recommence, mais il focalise l’objet de sa crainte sur les populations issues de l’immigration et en lien avec l’Islam, qu’il identifie comme le cœur de l’homophobie et de la violence contre cette catégorie de minorité. Son désir de sauver sa peau en tant qu’homosexuel se traduit par une pulsion sécuritaire et identitaire contre ce qu’il identifie comme la cause première de sa souffrance : les arabes, qu’il faudrait dégager pour qu’il puisse vivre en sécurité. C’est une réaction.

                  • #145387 Répondre
                    Emile Novis
                    Invité

                    ps : pas vu ton deuxième message. La pulsion sadique dont parle Lagasnerie marche bien pour le gouvernement représentatif électoral, un type de régime fondé sur la dépossession du pouvoir du grand nombre par la bourgeoisie . Sur ce point il a raison. En économie : Edouard Philippe commence sa campagne en disant qu’il ne sera pas élu pour faire plaisir, mais qu’il faudra souffrir, et que la souffrance qu’il infligera sera légitime puisqu’il est élu. Les médias enchaînent avec bonheur : du sang et des larmes! Il est élu, il est légitime, il a le droit de sortir la police et de tirer sur tout ce qui bouge.
                    _
                    Cela, Bernat le souligne dans la première partie de son article, me semble-t-il.

                    • #145390 Répondre
                      Rigolus
                      Invité

                      Le problème n’est pas qu’il annonce une année 2027 difficile. Le problème, c’est qu’il fait partie de ceux qui ont fabriqué cette situation. Une dette, une balance commerciale négative, n’importe quel lycéen peut les comprendre et ses conséquences. Oui il doit dire la vérité aux Français.
                      N’oublions pas que nos politiques ne sont que le reflet de nous même. Ils sont à notre image.
                      Exemple. La politique du COVID tout sécuritaire qui était demandé par les Français et non par Macron.
                      Ou encore que la majorité des Français refusent de nouvelles prisons tout en voulant plus de sécurité.
                      Ou encore sortir du nucléaire en voulant de la croissance. et on peut multiplier les exemples à l’infini.
                      Le problèmes c’est nous et pas notre reflet.

                  • #145392 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    -je ne prétendais pas défendre l’affect en question – bien sur que l’affect de crainte n’est pas un très bon socle politique, nous l’avons assez dit
                    je répondais juste à ceci : que GDL parlerait en belle âme. Alors qu’il parle depuis son corps, et depuis quelque chose de très concret
                    -La pulsion sadique qu’exaucerait la démocratie ne concerne pas seulement ceux qui gouvernent, mais tout autant ceux qui les élisent
                    Le vote RN me semble un exemple chimiquement pur de l’affect de vengeance à l’oeuvre dans le vote et dans cette euphorie mauvaise d’etre majoritaire – d’avoir « gagné ». Et donc en l’espèce de pouvoir beugler plus fort encore que d’habitude : on est chez nous
                    C’est aussi depuis cette situation qu’écrit GDL : il voit partout des élections dégager une majorité libérale -fasciste (lui dirait : autoritaire-réactionnaire)
                    Ce que HB ne voit pas non plus
                    Décidément c’est sa critique qui me parait, strictement, hors sol

                    • #145395 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      L’affect de vengeance oui – mais aussi l’affect de propriétaire : j’ai droit sur ma propriété de vie et de mort en particulier (ce qui rejoint vous me direz l’affect libéral )
                      M’a été rendu sensible l’opposition franche en observant le voisin du jardin tirer à la carabine sur les animaux du jardin – chat et paons ( un psychanalyste y trouverait) respectivement pour leur mépris des palissades et leur chant d’amour.
                      fort du droit de propriété il n’avait que faire de la limite hors la loi qu’il franchissait passionnément, je dirais même que s’en etait l’assise –
                      Le retournement vitaliste me semble la seule piste à cette peste

                      • #145396 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Oui. Je dis dans Du mépris que ce « on esy chez nous » résume tout, qui se situe à l’exacte intersection de l’affect propriétaire et de l’affect patriote

                      • #145397 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        Et bien tout cela me fait rebondir sur un petit événement fâcheux qui vient de m’arriver ( je fais ce lien mais peut être un peu en décalage ?)
                        je pratique les échanges d’appartement depuis 20 ans ( des gens viennent chez moi pendant que je suis chez eux, tout simplement). Mes nouveaux voisins propriétaires -ultra vigilants- ( j’ai déménagé il y a 1 an) m’ont dénoncée auprès de mon proprio ( je suis locataire) de sous louer mon appart.
                        Ne faisant pas partie de la digne caste des propriétaires, je me suis dis qu’être propriétaire donne un droit de vie ou de mort sur ceux qui ne sont pas.

                      • #145401 Répondre
                        Caleque
                        Invité

                        Ne faisant pas partie de la digne caste des propriétaires, je me suis dis qu’être propriétaire donne un droit de vie ou de mort sur ceux qui ne sont pas.
                        Avec cet exemple, tu trouves pas que tu vas un peu loin?

                      • #145407 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        Caleque, mort sociale (pas physique ,quoique si je perds mon appart.me retrouvant à la rue, me suicidant… ça arrive tu sais )

                      • #145408 Répondre
                        Caleque
                        Invité

                        Courage à toi

                      • #145413 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        merci.
                        Ça me rend triste cette « banale » histoire.

                      • #145414 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        C’est pour cette raisons qu’il faut être propriétaire et au minimum voter pour des politiques qui puissent le permettre.
                        La bulgarie à une démographie faible et 86 % de propiétaire.

                      • #145402 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Oui, j’ai entendu des histoires comme ça aussi.
                        Si un locataire se plaint d’un voisin dans un immeuble de copro, le syndic va regarder si le voisin en question est locataire ou propriétaire. Et en gros recommandera au locataire de prendre sur lui, ou de passer par son proprio (qui en général s’en fout, ne vivant pas sur place)
                        Il me semble que c’est pareil en cas de gros conflit qui débouche sur une plainte. La police recommandera au locataire qui se plaint de déménager. Ou d’en référer au syndic.

                      • #145405 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Précision : dans le cas où le voisins emmerdeur est propriétaire.

                      • #145406 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Mais vraiment il peuvent pas s’empêcher de pas s’occuper de leur cul

                      • #145409 Répondre
                        stephanie
                        Invité

                        Claire N , c’est exactement ce que m’a répondu l’agence immobilière!

                      • #145415 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        Le grand sport universel de la délation

                      • #145410 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        devenir propriétaire ou la mort ça arrive aussi

                      • #145399 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        Peut-on dire que le patriotisme est une forme de propriétarisme ?
                        Quoi d’autre entre dans la conception du patriotisme en plus de l’affect de propriété ?

                      • #145426 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « Peut-on dire que le patriotisme est une forme de propriétarisme ? »
                        C’était bien mon arrière pensée
                        La patrie c’est un terrain, dont certains se sont rendus acquéreurs, assez souvent en spoliant les propriétaires précédents

                      • #145439 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Il n’est pas toujours tu m’y fais penser d’authentique propriétaire précédent
                        Et bien plus que
                        – la propriété c’est le vol – qui reconduit dos à dos 2 propriétaires je pense que la propriété c’est le viol -de celui qui spolie un vivant , un sans prix

                      • #145440 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Je ne sais si je suis claire mais il me semble que l’appropriation :violente , modifie , la nature intime de manière mortifère de ce sur quoi elle s’abat

                      • #145441 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        De toute manière je suis agacé
                        De cet affront fait par la propriété à l’anarchie principiel du vivant
                        Un arbre, une forêt une source ne veulent pas de bon maître – ils ne souffrent aucun maître

                      • #145443 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et je lance une question peut-être idiote: la democratie a t’elle une chance d’advenir si elle se limite aux humains ?

                      • #145400 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Cette formule me rend nerveuse je dois bien l’avouer – elle tient en germe son programme sur le corps des vivants, son débordement – résolument non cadrable dans ses » excès « par une quelconque régulation
                        On est chez nous me semble être exactement de la même nature que l’impérialisme qui l’accompagne

                      • #145398 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        @clair
                        « En 2012 (Cevipof) : Le vote Marine Le Pen était relativement homogène entre propriétaires et locataires. »
                        Ce n’était pas le cas en 2012….
                        C’était plus pour Sarkozy à l’époque où macron aujourd’hui, voir la tranche d’âge. Un retraité est propriétaire et un jeune non.
                        Aujourd’hui le vote RN à évolué donc mécaniquement le ratio propriétaire locataire aussi.
                        Simplement la causalité est trop faible pour affirmer que la propriété produit un vote RN.

                      • #145403 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        il me semblait pourtant enfoncer des portes ouvertes

                    • #145424 Répondre
                      Emile Novis
                      Invité

                      @FB
                      « La pulsion sadique qu’exaucerait la démocratie ne concerne pas seulement ceux qui gouvernent, mais tout autant ceux qui les élisent
                      Le vote RN me semble un exemple chimiquement pur de l’affect de vengeance à l’oeuvre dans le vote et dans cette euphorie mauvaise d’etre majoritaire – d’avoir « gagné ». Et donc en l’espèce de pouvoir beugler plus fort encore que d’habitude : on est chez nous
                      C’est aussi depuis cette situation qu’écrit GDL : il voit partout des élections dégager une majorité libérale -fasciste (lui dirait : autoritaire-réactionnaire) »

                      _
                      C’est précisément là que la pensée de Lagasnerie est la plus confuse : appeler « démocratie » un régime politique et social qui organise la passivité du corps social et sécrète, depuis l’impuissance organisée du corps social, des affects vengeurs, haineux et sadiques. Il est clair que dans ce contexte, les gouvernés et les gouvernants élus sont traversés par des affects potentiellement sadiques et violents. Pulsions qui peuvent s’abattre sur beaucoup de monde : les étrangers, les immigrés, les homosexuels, les fonctionnaires, les chômeurs, etc. Mais ce sadisme est construit socialement. L’état du corps social est le résultat de son mode d’organisation sociale.
                      _
                      Mais l’erreur consiste précisément à parler de « majorité » ici. Lordon et Cocq ont bien montré que ce régime politique était un régime conçu, d’un point de vue strictement quantitatif, pour donner le pouvoir à des minorités. Macron, en 2017, au premier tour, réunit entre 12 et 15% d’adhésion réelle du corps électoral (si on enlève l’abstention et la part de « vote utile »). Le second tour est un chantage affectif bien connu qui ne veut rien dire. Même si Bardella devait être à 30% au premier tour, il serait considérablement minoritaire : 20% d’adhésion réelle à son programme. De telle sorte que le régime électoral n’autorise pas le déchainement de pulsions vengeresses d’une majorité contre des minorités, mais l’expression d’affects agressifs d’une minorité mieux mobilisée pour conquérir le pouvoir contre une minorité moins efficace dans le jeu de la conquête et de la propagande électorale. Appeler cela « démocratie » n’a aucun sens, sauf pour les réactionnaires qui veulent liquider toute forme de démocratie possible et profitent de cette confusion pour asseoir leur autoritarisme (au nom du bien, des valeurs transcendantes et du vrai).

                      • #145427 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        tu redis ce que tu as déjà dit sur cet usage hasardeux de « démocratie »
                        je souscris mais ce n’était pas mon propos du jour
                        et que la loi du suffrage majoritaire laisse ou non le pouvoir à une minorité, et souvent à la minorité bourgeoise, est un détail en l’occurrence

    • #145425 Répondre
      Jeremy
      Invité

      Petite question comme ça en passant pensez vous qu il est légitime ou convenable d utiliser le terme d affect quand on parle politique ?

      • #145428 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        j’imagine que c’est une question-gag

        • #145434 Répondre
          runing gag
          Invité

          Le pays qui change de religion et d’origine en moins de 40 ans mais on préfère expliquer le vote RN par des affects ,des humeurs et pascal Praud.
          Ce dernier est d’ailleurs tellement influent dans le débat public que sa fille vote Mélenchon.

          • #145489 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            1 Si tu me lisais, et lisait d’autres de gauche, tu saurais qu’on explique d’abord la montée du RN par des conditions sociales, lesquelles produisent des affects (puisque tout affect est social)
            Si tu me lisais et écoutais tu saurais que je minimise toujours le poids des médias, et par exemple de Pascal Praud, dans cette affaire, et que j’ai toujours pris Pascal Praud, non comme un agent, mais comme un symptome.
            2 Ton problème est dans ta syntaxe- portée pas une certaine topographie morale. Ton problème est de faire des phrases avec « Le pays » comme sujet grammatical. Le pays, entité creuse, est l’erreur matricielle autour de quoi mousse ton égarement.
            Le réel ne connait qu’un plan : celui des individus, plus ou moins formés par des ensembles.
            Individu moi-même, je n’ai pas, en quarante ans, « changé de religion », je n’en avais pas. Ni mes parents. Ni des millions de gens habitant cette structure administrative nommée France que tu fétichises en substance..
            Quand à à l’ensemble syntaxique « le pays a changé d’origine », il laisse pantois. Il est presque poétique tant il est absurde.

        • #145444 Répondre
          Jeremy
          Invité

          Si je regarde dans le dictionnaire la définition du mot affect je tombe sur etat affectif élémentaire, on est bien avancé on serait tous traversé par des sentiments des émotions des sensations des pulsions qui seraient le produit de nos expériences et qui nous inciteraient à faire tels ou tels choix prendre certaines décisions importantes c est peut être vrai en effet mais c est aussi ce qui peut empêcher d agir ( ou commettre des actions qu on pourrait regretter ) se laisser submerger par le trop plein d affects qui nous travaille sans trouver le moyen de les canaliser et ériger ses affects comme moteur politique (mais pas uniquement) est particulièrement dangereux par ce que que moi aussi dans ce cas là je peux tout à fait commettre un acte illégal ou même car j ai été traversé par une impulsion intérieure qui ne demandé qu’à s exteriorier . Autre exemple un mec de droite écoute un énième discours de melenchon qui vante la creolisation est soudain il est pris d une soudaine envie d en découdre ses affects, son corps ses émotions ont pris le dessus en plus il consomme le meme contenu sur les réseaux sociaux il suit les memes personnages des mêmes mouvance politique qui le conforte dans ses opinions tout ça va renforcer ses affects au détriment de la partie rationnelle peut être aussi qu il a des soucis dans sa vie privée. C est pour ça qu il est dangereux de les laisser cavalcader seuls dans les prés tel un cheval sauvage ou un chien fou sans le secours d un maitre attentif et ce maitre attentif c est notre sainte raison. Il faut donc utiliser ce terme avec précaution et éviter d un faire un modèle de toutes actions politiques.

          • #145446 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            Affect, ici, est généralement utilisé par la plupart des participants au sens spinoziste, notamment depuis la remise en circulation de ce concept par Lordon. Ce mot ne correspond donc pas à la définition du dictionnaire que tu donnes.
            L’affect, chez Spinoza, est une idée d’une affection en tant que cette affection augmente ou diminue notre puissance d’agir. Dit dans un langage humain et non plus spinoziste : un évènement affecte mon corps (c’est une affection : un chien agressif vient vers moi), et on trouve dans l’esprit du même individu une perception correspondante (une idée de l’affection corporelle, une modification de ma conscience), et cette idée s’accompagne d’une augmentation ou d’une diminution de la puissance d’agir (ici je vais avoir peur, ça diminue ma puissance d’agir, et je suis paralysé par exemple). L’affect, ici, est donc la peur : un affect passif qui me diminue. Mais l’affect peut aussi m’augmenter tout en restant passif : j’entends les oiseaux chanter (affection corporelle), j’en prends conscience (idée de l’affection), c’est le printemps, et j’éprouve de la joie (affect qui accroît ma puissance d’agir). C’est un affect qui m’augmente.
            Et puis l’affect peut être actif : le peintre trouve une nouvelle forme picturale, une nouvelle manière d’agencer les couleurs et les lumières après des années d’études rationnelles et méthodiques, d’efforts et de recherche, d’entraînement, de perception de lieux et de paysages, il est joyeux, mais sa joie ne lui vient plus de l’extérieur, elle vient de lui-même, de l’exercice de sa propre puissance.
            C’est pourquoi on ne traduit pas affect par passion, car l’affect peut être passif, mais il peut aussi être actif.
            L’affect désigne donc les variations de nos intensités de puissance, le devenir de notre existence individuelle et collective, un passage d’une intensité vers une autre (plus puissante ou moins puissante).
            _
            On voit que dans cette acception du mot, il n’y a pas la séparation que tu fais entre ce que tu entends par le mot affect (les passions) et la « sainte raison ». L’activité rationnelle baigne elle-même dans des affects. Si ces affects sont actifs, la raison inventera, s’émancipera, se déploiera librement. Si la raison s’exerce depuis un sol affectif réactif, elle sombrera, disparaîtra, ou produira des systèmes morbides, réactionnaires, hostiles à la vie. Si on pense depuis la peur, alors on voudra de la sécurité partout. Tout ce qui est (un texte, un discours, une œuvre, etc.) porte en lui une intensité affective. Même l’œuvre la plus rationnelle prend sa source dans une vie affective déterminée (la crainte de se tromper, la volonté de contrôler le réel par la technique, le désir de vérité, etc.). Ton texte est aussi traversé par des affects, une intensité de puissance.
            _
            Le pari de Spinoza, c’est qu’en politique, la démocratie radicale est la solution la plus sûre pour combattre les affects tristes, réactifs, destructeurs.
            _
            Ce que je dis est un peu schématique, mais c’est l’idée.

            • #145447 Répondre
              Emile Novis
              Invité

              Exemple issu de ton texte : « C est pour ça qu il est dangereux de les laisser cavalcader seuls dans les prés tel un cheval sauvage ou un chien fou sans le secours d un maitre attentif et ce maitre attentif c est notre sainte raison. »
              Cette phrase n’est pas neutre affectivement. La « passion », comprise comme violente et dangereuse, irrationnelle et un peu folle, doit être contrôlée, maîtrisée, domestiquée par la « raison », cette dernière étant élevée au rang de « sainte ». Il faut donc un maître, un commandement, une volonté qui dresse la vie affective, dompte le désir fou, lutte contre les assauts des passions, résiste aux tentations. Bref, on a bien, là, un paysage mental traversé par des affects passifs, voire réactifs, une crispation morale classique, faite de méfiance, de mortifications, de rigidité morale, de condamnation. Spinoza dirait : de l’impuissance, l’impuissance de la morale à comprendre la vie.

              • #145455 Répondre
                Jeremy
                Invité

                Nietzsche il me semble voyait dans la style classique le summum de la grande santé. Selon nietzsche le classicisme a réussi à concilier les forces reactives qui pour s imposer ont besoin de nier comme la science par exemple qui pour avancer à besoin de rompre avec la tradition et les forces actives qui se déploient sans nier les autres comme l art. Il suffit de voir les statutes grecs de l age classique pour voir qu un affect ne prend pas le dessus sur un autre mais marche main dans la main pour Nietzsche.

                • #145597 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  souvenir de ces travaux écrits de troisième où on voit bien que l’élève ne pige absolument rien à ce qu’il a recopié

            • #145448 Répondre
              Rigolus
              Invité

              Sauf que tu n’as pas d’un côté la raison et de l’autre l’insécurité et la peur..Tu peux raisonnablement avoir peur et vouloir de la sécurité.

              • #145449 Répondre
                Emile Novis
                Invité

                Tu as fini la Critique de la raison pure?
                Sinon, mon message dit bien qu’il n’y a pas d’un côté la raison et de l’autre côté passion (la peur, la joie, la mélancolie). La peur peut fort bien se rationnaliser dans une idéologie, un système politique (parfois un système fasciste paranoïaque). Cela donne CNEWS.

                • #145450 Répondre
                  Emile Novis
                  Invité

                  Le problème étant que la raison, quand elle se déploie depuis un sol affectif réactif, manque de justesse, produit des idées inadéquates, etc.

                  • #145452 Répondre
                    Tony
                    Invité

                    Pour abonder dans le sens d’Emile je recommande cet entretien très riche sur la puissance d’agir et la pensée de Spinoza,

                    • #145466 Répondre
                      brisemenu
                      Invité

                      Entretien très intéressant par lequel on comprend finalement que seuls ceux qui sont au sommet de la société ont un libre arbitre qui leur permet leur méchanceté et empêche le progrès social qui lui est déterminé par le libre arbitre de l’avant-garde du prolétariat qu’a tout compris librement de ses déterminismes et s’en est émancipé (on se demande bien comment).
                      .
                      Vous reprendrez bien un peu de bouillie ? C’est vraiment incroyable cette incapacité à tirer les conséquences des hypothèses posées.
                      .
                      Soit on est déterministe et alors toute idée de progrès et de morale sont vaines et illusoires , soit on est pas déterministe , et alors l’homme , par ses choix , peut envisager les notions de progrès et de morale. Dans la première hypothèse , le fait que je sois raciste , ben , désolé , pas d’ma faute , ce sont mes déterminismes , pis au fond qu’est-ce qu’on en a à foutre. Dans la seconde hypothèse , je suis un gros vilain.

                  • #145454 Répondre
                    Rigolus
                    Invité

                    Mais justement ; dire qu’un vote est traversé par des affects n’explique pas grand-chose.

                    Toute politique mobilise des affects, y compris la gauche, le progressisme, l’utopie, la compassion ou l’idéal démocratique.

                    La vraie question est donc : qu’est-ce qui produit ces affects collectifs ?

                    Or là, je trouve que le raisonnement devient trop psychologisant et pas assez matériel, historique ou territorial.

                    Si des millions de personnes développent simultanément des inquiétudes sur l’identité, la sécurité, la cohésion culturelle ou le changement démographique, on ne peut pas sérieusement réduire ça à “CNEWS”, à des passions tristes ou à une paranoïa collective.

                    Une peur peut être irrationnelle. Mais elle peut aussi correspondre à des transformations réelles du monde social.

                    Et surtout : ta réflexion produit peu de concret politiquement. Si le RN n’est qu’un problème d’affects mal orientés, alors la seule réponse possible est morale : corriger les imaginaires, dénoncer les médias, rééduquer les électeurs. Tu me diras la gauche adore la morale. ( Je suis plus essai voir roman qe philo)

                    • #145456 Répondre
                      Jeremy
                      Invité

                      Et puis la peur n est pas une mauvaise chose elle a permis à l espèce humaine de survivre contre les dangers extérieurs au groupe aujourd’hui, la peur est considérée comme quelque chose d irrationnelle de triste qui diminue l individu et le groupe alors qu au contraire ça l augmente du moins dans une certaine mesure.

                      • #145461 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        La question n’est pas là
                        Il s’agit de savoir dans une situation donnée la manière dont elle t’affecte- on peut parfois mal la reconnaître prendre pour courage ce qui est peur oú en concevoir de la honte si la morale cache la racine
                        Mais quelque soit son masque social
                        Elle va enclencher des actes mais également des pensées qui ne saurait etre ni bien ni mal à ce stade mais peuvent parfois tendre à se constituer en système

                      • #145463 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        Merci Claire, je commençais à me sentir seul.
                        Merci Tony. J’ai un peu lu Jacquet, mais je ne connaissais pas cette vidéo. Je vais regarder.
                        _
                        @Jérémy
                        D’une part, si on est spinoziste, et pour le dire vite, le but de la raison est de sélectionner les bons affects, ceux qui favorisent la vie et permettent de compser les bons rapports avec le monde et autrui. La raison agira toujours sous l’impulsion d’affects, la question étant de savoir lesquels. L’affect de joie (si elle n’est pas mauvaise), de générosité, etc. favorisent la vie et l’effort de la raison pour penser le réel. Tu parles de tension permanente : mais la tension fait partie de la vie et d’une existence finie. Nous serions la Nature (Dieu ou la substance pour Spinoza), nous serions pure affirmation de puissance, car nous serions pleinement infini. Ce n’est pas la situation de l’homme, même si l’homme vit de plein pied dans l’infini.
                        Maintenant, Spinoza est plus subtile que ça encore : il pense les affects directement mauvais (les affects tristes qui affaiblissent la vie) mais indirectement utiles à la vie. Par exemple la pitié (ou la compassion) est un affect toujours directement mauvais en tant qu’il est toujours une passion triste (il affaiblit la vie), mais il peut être indirectement utile à la vie sociale puisqu’il permet aux individus de s’identifier à ses semblables. Il vaut mieux, quand j’ai une rage de dent, être en présence d’un dentiste qui est capable de compatir et de me prendre en urgence plutôt qu’être en face d’un dentiste sourd à la compassion et indifférent à ma condition (surtout s’il n’est pas capable, par la raison, de me venir en aide). L’inhumanité, pour Spinoza, c’est le comportement de celui qui est incapable de se reconnaître dans ses semblables soit par la raison, soit par la pitié. Puisque nous sommes rarement pleinement rationnels, la pitié est souvent indirectement utile à la vie sociale puisqu’elle permet de façonner des comportement plus humains. Pour autant Spinoza ne fera pas comme certains Bouddhistes en déclarant que la vertu cardinale est la pitié puisque le fond de la vie serait la souffrance. Cela, pour Spinoza, c’est un système morbide, réactif, hostile à la vie. Le bouddhisme compris en ce sens est un culte de la tristesse à rejeter.
                        _
                        Ainsi la peur, selon les situations, si elle est toujours directement mauvaise en tant qu’elle attriste la vie, peut s’avérer indirectement utile à la vie et produire des comportements plutôt raisonnables en fonction de la situation.
                        _
                        @Jeannot
                        Tu insistes en me faisant dire l’inverse de ce que je dis. Bien sûr que la gauche est aussi mobilisée par des affects. La question est de savoir lesquels, les comparer à ceux de la droite. Par ailleurs je ne réduisais pas mon propos à CNEWS, je disais simplement que CNEWS est une chaîne fondamentalement déterminée par un affect maître : la peur. Elle construit tous ses énoncés là dessus. De même que je ne dis pas que la politique n’est qu’une affaire d’affect bien ou ma orienté, puisque ces affects sont aussi déterminés par des structures sociales et matérielles. C’est ce que fait Lordon : synthétiser les analyses des affects et la pensée des structures matérielles, en pensant leurs rapports mutuels.

                      • #145472 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        Montre-moi un seul passage de ce forum qui dénonce les affects de gauche, ou qui explique le vote FI par les affects.

                        On connaît tous les deux la réponse.

                        Les choses sont perçues ainsi : les affects de gauche sont spontanément pensés comme émancipateurs, généreux, démocratiques ; les affects de droite comme réactifs, morbides ou paranoïaques.

                        Très bien. Mais alors quels sont les débouchés politiques concrets d’une analyse par les affects ?

                        Je peux attendre comme le vénérable du sommet dans Astérix et les Douze Travaux : j’aurai une belle barbe blanche avant d’avoir une réponse.

                        Car, dans la pratique, parler des affects à propos du vote RN sert souvent à éviter les sujets qui fâchent : immigration, insécurité, école, déclassement, cohésion sociale.

                        Et surtout, il y a une contradiction dans le raisonnement.

                        Soit les affects expliquent principalement le vote RN : dans ce cas on psychologise massivement le phénomène.

                        Soit ces affects sont eux-mêmes produits par des structures matérielles, : dans ce cas ce sont surtout ces transformations concrètes qu’il faut analyser.

                        Mais plus tu réintroduis les causes matérielles réelles, moins la catégorie d’affect explique quelque chose de spécifique. Elle devient surtout une manière sophistiquée de redire que les gens réagissent à leur situation vécue.

                      • #145474 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        Nos forumeurs adultes ne sont même plus capable de lire Kant par exemple.
                        C’est fou le déclassement de la France.
                        Faut faire quoi du coup de ces forumeurs, faut les virer de la France ?

                      • #145482 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Ah mais de rien – toujours partante pour une petite foulée spinoziste – dans la limite du confort de mes baskets

                      • #145486 Répondre
                        Jeremy
                        Invité

                        C est bien de parler du bouddhisme car justement le bouddhisme part du principe que la grande loi de ce monde est l impermanence des choses ici bas, de nos désirs de nos affects etc… donc il serait vain d essayer d une part de saisir un réel en perpétuel mouvement mais aussi de s identifier à nos affects et essayer de favoriser ceux qui nous procurent de la joie pour nous permettre d agir car tôt ou tard cette joie intense et évanescente laissera place à la tristesse car rien n est permanent une joie pleine et entière s amenuise tôt ou tard pour laisser place à la déception qui elle même laissera place à la joie et ainsi de suite c est un cycle sans fin.

                      • #145487 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        Là, les textes de Spinoza sont très compliqués. On ne peut concevoir cette sortie que de la manière suivante: quand je suis affecté, au hasard des rencontres, ou bien je suis affecté de tristesse, ou bien de joie – en gros. Quand je suis affecté de tristesse, ma puissance d’agir diminue, c’est-à-dire que je suis encore plus séparé de cette puissance. Quand je suis affecté de joie, elle augmente, c’est-à-dire que je suis moins séparé de cette puissance. Bien. Si vous vous considérez comme affecté de tristesse, je crois que tout est foutu, il n’y a plus d’issue pour une raison simple: rien dans la tristesse qui diminue votre puissance d’agir, rien ne peut vous induire dans la tristesse à former la notion commune d’un quelque chose qui serait commun aux corps qui vous affectent de tristesse et au vôtre. Pour une raison très simple, c’est que le corps qui vous affecte de tristesse ne vous affecte de tristesse que dans la mesure où il vous affecte sous un rapport qui ne convient pas avec le vôtre. Spinoza veut dire quelque chose de très simple, c’est que la tristesse, ça ne rend pas intelligent.

                        Autre cas. Vous êtes affecté de joie. Votre puissance d’agir est augmentée, ça ne veut pas dire que vous la possédiez encore, mais le fait que vous soyez affecté de joie signifie et indique que le corps ou l’âme qui vous affecte ainsi, vous affecte sous un rapport qui se combine avec le vôtre et qui se compose avec le vôtre, et ça va de la formule de l’amour à la formule alimentaire. Dans un affect de joie, donc, le corps qui vous affecte est indiqué comme composant son rapport avec le vôtre et non pas son rapport décomposant le vôtre. Dès lors, quelque chose vous induit pour former la notion de ce qui est commun au corps qui vous affecte et au vôtre, à l’âme qui vous affecte et à la vôtre. En ce sens, la joie rend intelligent. Là on sent que c’est un drôle de truc parce que, méthode géométrique ou pas, on lui accorde tout, il peut le démontrer. Mais il y a un appel évident à une espèce d’expérience vécue. Il y a un appel évident à une manière de percevoir, et bien plus, à une manière de vivre.

                      • #145488 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        Vous partez des passions joyeuses, augmentation de la puissance d’agir; vous vous en servez pour former des notions communes d’un premier type, notion de ce qu’il y avait de commun entre le corps qui m’affectait de joie et le mien, vous étendez au maximum vos notions communes vivantes et vous redescendez vers la tristesse, cette fois-ci avec des notions communes que vous formez pour comprendre en quoi tel corps disconvient avec le vôtre, telle âme disconvient avec la vôtre.
                        A ce moment là, vous pouvez déjà dire que vous êtes dans l’idée adéquate puisque, en effet, vous êtes passé dans la connaissance des causes. Vous pouvez déjà dire que vous êtes dans la philosophie. une seule chose compte, c’est les manières de vivre. Une seule chose compte, c’est la méditation de la vie, et la philosophie ça ne peut être qu’une méditation de la vie, et loin d’être une méditation de la mort, c’est l’opération qui consiste à faire que la mort n’affecte finalement que la proportion relativement la plus petite en moi, à savoir la vivre comme une mauvaise rencontre.

                      • #145491 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Divine patience d’Emile
                        (qui tient sans doute aussi à sa croyance, supérieure à la mienne, dans l’efficace d’un raisonnement rationnel)

                      • #145498 Répondre
                        Jeremy
                        Invité

                        Vous n êtes pas forcément dans le vrai

                      • #145510 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        @FB
                        On fait ce qu’on peut!
                        @Jérémy
                        Tu posais une question sur le sens du mot affect. Je répondais que dans ce forum, les gens ont plutôt tendance à l’entendre au sens de Spinoza-Lordon, qui n’a rien à voir avec les passions et la lutte avec la raison. L’idée centrale : la raison ne lutte pas directement contre les passions pour Spinoza. Seul un affect peut modifier un autre affect. Maintenant, tu en penses ce que tu veux.
                        @Jeannot
                        Au moins tu réponds à ton ancien pseudo.
                        Je pense que la gauche peut évidemment être animée par des affects tristes, réactifs. La discussion sur ce fil en montre des exemples. Je pense aussi que ce forum fait souvent la critique de LFI, et du dispositif électoral auquel toute la LFI est entièrement dévouée. Et le dispositif électoral n’est pas une machine à produire des affects très joyeux et actifs.
                        _
                        Pour le reste, je crois que la philosophie spinoziste, malgré son côté hyper théorique, doit rester expérimentale. Je te propose l’expérience suivante, et après j’arrêterai : prenons deux émissions modèles aujourd’hui, une de gauche, une de droite. Je propose les chroniques et les interventions de Lompret dans La dernière sur radio nova. Je propose en face l’émission de droite sur CNEWS avec De Villiers.
                        L’expérience est simple : comment ces deux émission nous affectent?
                        Sur moi c’est clair : j’aime Lompret, sa tronche d’idiot du village quand il fait ses mimiques, son détachement à l’égard de lui-même. Il y a de la joie dans sa manière d’être, de la légèreté dans ses blagues. C’est un rire qui est à l’opposé de la raillerie hargneuse de Sophia Aram.
                        Si je passe à de Villiers sur Cnews, j’ai l’impression de tomber sur une face de curé vendéen dépressif qui passe son temps à déplorer la mort, la disparition, le temps qui détruit, le manque de respect, la culpabilité des jeunes pas à la hauteur de leurs glorieux ancêtres. C’est un prêche gênant, lourd, très très lourd, même pour les deux compagnons qui écoutent religieusement le papy gâteux dans un silence ridicule.
                        _
                        A chacun de faire l’expérience, et de voir quels affects sont déclenchés en eux par cette émission de droite et cette émission de gauche. Je préfère Lompret : il est plus juste, plus vivant, plus léger. Toi, tu préfères sans doute De Villiers.

                      • #145522 Répondre
                        runing gag
                        Invité

                        J’ai fait des débats pendant plus de vingt ans.

                        Au début, tu patauges, tu perds, tu te fais enfermer. Puis, à force, tu t’améliores. Tu reconnais les coups, les profils, les pièges. Ce n’est pas du génie : c’est de la pratique.

                        Imagine une partie entre quelqu’un qui a joué 5 000 heures et quelqu’un qui a lu les règles du jeu pendant 5 000 heures (lire des livres). Dans la plupart des cas, celui qui a joué gagne.

                        Le débat fonctionne pareil. Il y a quelques règles de base : faire court, ne pas courir après tous les lièvres, obliger l’autre à clarifier sa thèse. Et il y a, grosso modo, cinq ou six profils de joueurs. Ils rejouent souvent les mêmes coups. Avec le temps, tu les vois venir. Tu sais où ils veulent t’emmener. Tu sais quand ils changent de terrain. Tu sais quand ils remplacent un argument par une posture.

                        Le profil le plus pénible, c’est l’expert. Pas forcément parce qu’il est malhonnête, mais parce qu’il peut t’écraser sans même en avoir l’air. Il maîtrise le vocabulaire, les références, les nuances, les sous-entendus. S’il refuse de se mettre à ton niveau, la partie devient épuisante.

                        Dans le cas présent, Émile Novis est expert en philosophie. Et, pour être clair, il ne cherche pas à dominer. Il aime visiblement parler de philosophie. Il est pédagogue, il explique bien, et à peu près tout le monde peut le suivre. La plupart du temps, je lis en silence, parce que je n’ai rien de sérieux à apporter sur ces débats-là.

                        Là où je réagis, en revanche, c’est quand la philosophie sert à couvrir une position politique.

                        Prenons la question des affects. Selon la gauche : les affects de gauche sont spontanément présentés comme généreux, émancipateurs, démocratiques ; les affects de droite, eux, comme réactifs, tristes, paranoïaques ou morbides.

                        Très bien. Mais concrètement, à quoi sert cette grille de lecture ?

                        Dans les faits, elle sert souvent à neutraliser les sujets qui fâchent. Quand on explique le vote RN par les affects, on évite de parler frontalement d’immigration, d’insécurité, d’abandon des classes moyennes, de déclassement ou de rupture du lien social.

                        Le problème devient alors le suivant : avant même d’avoir parlé du réel, l’électeur RN est déjà transformé en vieux grincheux raciste qu’il faudrait rééduquer. Ses raisons ne sont plus discutées ; elles sont pathologisées.

                        C’est précisément là que je dis non.

                        Regardons maintenant la partie.

                        Émile Novis explique qu’il ne faut pas comprendre “affect” au sens courant, mais au sens spinoziste. Très bien. C’est le premier déplacement : on quitte le terrain politique pour entrer dans le terrain lexical et philosophique.

                        Or mon but, face à un expert en philosophie, n’est pas de faire un concours de Spinoza. C’est de le ramener au sujet et au réel.

                        Je lui pose donc deux questions simples.

                        Première question : montre-moi un seul passage de ce forum qui dénonce les affects de gauche, ou qui explique le vote FI par les affects.

                        Là, il ne répond pas. Il répond à côté : “ce forum critique souvent LFI.”

                        Mais ce n’est pas la question. Critiquer LFI, ce n’est pas expliquer le vote FI par des affects tristes, réactifs ou morbides. La gauche critique LFI, la droite critique le RN : très bien. Mais on ne parle plus d’affects.

                        Deuxième question que j’avais posé : quels sont les débouchés politiques concrets d’une analyse du vote RN par les affects ?

                        Là encore, pas de réponse.

                        À la place, il propose une expérience : comparer De Villiers sur CNEWS et Lompret sur Radio Nova. En gros : le premier serait lugubre, grincheux, réactionnaire ; le second serait drôle, léger, vivant.

                        Mais là, on a complètement changé de terrain.

                        On ne parle plus du vote RN, de ses causes sociales, historiques, territoriales ou politiques. On compare un vieux politique conservateur avec un humoriste professionnel de gauche. Autant de philosophie pour finir sur : “Lompret est plus drôle que De Villiers.”

                        La partie est donc assez claire : à chaque fois que je demande du concret, il répond par du vocabulaire, puis par une expérience esthétique.

                        Or ma question demeure : qu’est-ce que l’analyse par les affects permet de comprendre concrètement du vote RN, et surtout qu’est-ce qu’elle permet de faire politiquement ?

                      • #145523 Répondre
                        runing gag
                        Invité

                        On résume en une image les affects selon la gauche
                        https://i.pinimg.com/originals/77/a9/28/77a928db8be0bfc6a836408e3b91569e.jpg

                      • #145526 Répondre
                        runing gag
                        Invité

                        En débat, il faut faire court. Plus tu condenses, moins tu risques de dire une bêtise, et plus ça percute.

                        Deuxième règle : ne jamais s’énerver. Celui qui s’énerve passe presque toujours pour celui qui a tort.

                        Troisième règle : éviter de se noyer dans les sources. La plupart du temps, il suffit de reprendre le raisonnement adverse et d’en montrer la faille logique. C’est du judo : tu utilises l’élan de l’autre contre lui.

                        Dans cette partie, je choisis donc de reposer les deux questions.

                        Pas pour obtenir une réponse innocente. Pour l’acculer.

                        Soit il ignore encore les questions, et l’évitement devient visible.

                        Soit il tente de construire une réponse en expliquant qu’il ne voyait pas vraiment l’intérêt d’y répondre, mais qu’il va le faire quand même.

                        Et là, on fera le judo.

                        Normalement, la partie se termine au prochain coup.

                      • #145527 Répondre
                        runing gag
                        Invité

                        Autre règle. Pour l’humour il faut toujours être juste sinon tu passes pour un sale con. L’humour ne doit jamais être un paravent pour cacher un débat perdu ou de la mauvaise foi.
                        Exemple Autant de philosophie pour finir sur : “Lompret est plus drôle que De Villiers.” C’est une petite phrase un peu moqueuse mais elle fonctionne car elle est juste.

                      • #145536 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        @runing
                        Tu vois donc la discussion comme un combat.

                        « Première question : montre-moi un seul passage de ce forum qui dénonce les affects de gauche, ou qui explique le vote FI par les affects ».
                        J’ai déjà répondu, et il est aussi pénible de ne pas être en présence d’interlocuteurs qui écoutent les réponses. Par exemple, sur cette discussion : je dis que l’affect qui commande Lagasnerie, c’est peut-être bien la crainte. Plus haut, ou dans un autre fil sur lui, je dis qu’il me paraît être animé par une peur : la peur du multiple, de la pluralité. Ces deux affects sont réactifs, et produisent une pensée réactionnaire. Pourtant il est classé à gauche.
                        Sur ce même site, tu trouveras par exemple des discussions très critiques sur Bouteldja, son conservatisme, sa haine de l’individu – et la haine est un affect. Tu trouveras aussi des critiques acerbes de certaines formes de féminisme, sur une certaine indignation mauvaise à gauche qui anime bien des collectifs.
                        _
                        Il n’y a pas des affects purs à gauche et des affects impurs à droite, en tout cas pas de mon point de vue. Seulement, si on regarde les propositions politiques et les projets politiques dans l’histoire, on peut quand même voir se dégager des tendances affectives implicites. Je pense qu’il n’est pas exagéré de dire que la droite est beaucoup mobilisée par l’affect de sécurité par exemple, au sens d’un désir de sécurisation du réel, de ses propriétés, de l’ordre social. Il suffit d’écouter Retailleau aujourd’hui : ordre, ordre, ordre. Or c’est un affect mêlé de tristesse, puisque celui qui veut sécuriser sa situation est toujours, en creux, dans la crainte de perdre ce qu’il a (sinon il ne chercherait pas à sécuriser). Il me semble qu’on y trouve aussi une forme de dévotion envers l’autorité, par exemple. Et la dévotion est un affect, un comportement.
                        Or, si on regarde les mouvements de gauche dans l’histoire, on remarque quand même qu’ils sont avant tout mobilisés par une augmentation de l’intensité de puissance des individus par le moyen de la lutte collective, ce qui s’apparente à la joie, ou la recherche de la joie. La conquête du temps libre, libéré des contraintes sociales et de l’autorité hiérarchique au travail, c’est une recherche d’émancipation des individus, par exemple. Et c’est un point structurant de la gauche. Voir les témoignages des grèves du Front populaire en 1936 par exemple, et notamment le texte de Weil sur la joie des grévistes enfin libéré du fracas des machines. On peut lire aussi Après le déluge de Rimbaud, qui fait sans doute allusion à la Commune.
                        _

                        Deuxième question que j’avais posé : quels sont les débouchés politiques concrets d’une analyse du vote RN par les affects ?
                        Sans doute aucun. Simplement mieux comprendre ce qu’il se passe. En ce qui me concerne je n’ai pas de solution.
                        Bon samedi.

                      • #145538 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        ps : j’ajoute qu’évidemment, tout mouvement de gauche peut s’enfoncer dans des lignes affectives morbides, dangereuses. Tout mouvement mobilisé par un affect émancipateur peut, face à l’adversité, se replier sur des affects autoritaires, violents, haineux, disciplinaires. Les exemples ne sont pas durs à trouver. Et je pense que pas grand monde ne dit le contraire ici, sauf vous, qui passez votre temps à nous faire le contraire.

                      • #145570 Répondre
                        Jeremy
                        Invité

                        La différence entre la droite est la gauche c est que cette dernière veut émanciper l individu des structures et des institutions jugées alienantes arbitraires et hiérarchique fort bien il est vrai que ces institutions ( famille eglise ecole entreprise etat etc…) étouffe l individu et l empeche d agir pleinement mais est ce une raison pour l en émanciper ? Car tout de même l individu ne se construit pas lui même il doit prendre ses valeurs d un cadre extérieur qui le précède et lui transmet tout ce qu il y a à savoir pour se dépatouiller dans la vie.

                      • #145599 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        Je maintiens ce que j’ai dit.

                        Le mot “affect” a été utilisé des dizaines de fois sur ce forum, presque toujours à propos de l’extrême droite ou du RN, jamais pour expliquer le vote FI comme tel.

                        Parler de Lagasnerie, de Bouteldja ou de certains féminismes n’est pas la même chose que dire : “le vote FI s’explique par des affects tristes, réactifs ou morbides.”

                        Donc sur ce point, je maintiens l’asymétrie.

                        Cela dit, la discussion est désormais clarifiée : tu admets au moins que les affects de gauche peuvent aussi être tristes, réactifs ou morbides. Très bien.

                        Mais la réponse vraiment centrale est celle-ci :

                        “Quels sont les débouchés politiques concrets d’une analyse du vote RN par les affects ?”

                        Réponse :

                        “Sans doute aucun.”

                        C’est exactement mon objection depuis le début.

                        Si cette grille ne produit aucun débouché politique concret, alors elle sert surtout à qualifier, commenter, interpréter. Elle peut être intéressante philosophiquement, mais elle ne permet pas de combattre politiquement le RN.

                        Et c’est là que je décroche.

                        Face à un phénomène électoral de masse, je préfère une analyse moins élégante mais capable de regarder les causes réelles : immigration, insécurité, déclassement, école, territoires, cohésion sociale.

                        Une grille brillante qui finit par reconnaître qu’elle ne débouche sur rien reste une grille brillante. Pas une politique.

                        J’ai comparé la discussion aux échecs ou à un sport, mais ce n’est pas le plus important. Le vrai point est ailleurs : on ne sait pas si une opinion tient tant qu’on ne l’a pas soumise au contradictoire.

                        Et ce qui me frappe depuis des années, c’est que le statut social ou professionnel change finalement assez peu la qualité du raisonnement. Médecin, prof, cadre, ouvrier, commerçant : la différence est souvent marginale sur le fond. Parfois même, les professions favorisées raisonnent moins bien, parce qu’elles ont moins l’habitude d’être frontalement contredites.

                        La raison principale, à mes yeux, c’est l’effondrement de la culture du débat. (pour pleins de raisons que je ne vais pas dévelloper)

                        Et ça se paie cash.

                        Quand un pays ne sait plus débattre, il ne sait plus corriger ses erreurs. Il peut encore produire des commentaires, des concepts, des diagnostics élégants. Mais il ne sait plus regarder le réel en face. Et c’est la ou je m’inquiète dans la gauche radicale( et pas que eux). De mon point de vu il est urgent qu’elle renou avec le débat contradictoire.

                      • #145634 Répondre
                        ..Graindorge
                        Invité

                        Après le déluge. Arthur R

                        Aussitôt que l’idée du Déluge se fut rassise,

                        Un lièvre s’arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes, et dit sa prière à l’arc-en-ciel à travers la toile de l’araignée.

                        Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, – les fleurs qui regardaient déjà.

                        Dans la grande rue sale, les étals se dressèrent, et l’on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.

                        Le sang coula, chez Barbe-Bleue, – aux abattoirs, – dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.

                        Les castors bâtirent. Les « mazagrans » fumèrent dans les estaminets.

                        Dans la grande maison de vitres encore ruisselante, les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images. Une porte claqua – et, sur la place du hameau, l’enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l’éclatante giboulée.

                        Madame *** établit un piano dans les Alpes. La messe et les premières communions se célébrèrent aux cent mille autels de la cathédrale.

                        Les caravanes partirent. Et le Splendide Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle.

                        Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym, – et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c’était le printemps.

                        – Sourds, étang, – Écume, roule sur le pont et passe par-dessus les bois ; – draps noirs et orgues, éclairs et tonnerre, – montez et roulez ; – Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges.

                        Car depuis qu’ils se sont dissipés, – oh, les pierres précieuses s’enfouissant, et les fleurs ouvertes ! – c’est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait, et que nous ignorons.

                      • #145551 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        Moi je crois que le vote RN vient de la technique théorisée par Duprat, qui consiste à faire de l’immigration le sujet polarisant.
                        D’ailleurs JM Le Pen n’y croyait pas, au début, à cette stratégie, en 74. Il pensait qu’il fallait en rester à l’anti-communisme. Mais Duprat lui a expliqué que si quelqu’un veut voter anti-communiste, la droite classique lui suffit et qu’il est sûr de gagner. « L »électeur préfère l’original à la copie ». Si tout le monde parle d’écologie, alors les Verts montent. Si tout le monde parle d’immigration alors le FN monte.
                        C’est N. Lebourg qui explique tout ça très bien. Mais bon, ça n’intéresse personne ici.

                      • #145562 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        il suffisait de ne pas parler du problème et paf ce n’est plus un problème. Mais oui voilà. Merci Duprat.
                        Incroyable en 1974 l’immigration n’était pas suffisante pour être le problème des français.
                        @ Émile il fait beau je répondrai demain.

                      • #145574 Répondre
                        Gerard Manfroy
                        Invité

                        https://www.youtube.com/watch?v=fG2Ra8SqvJs Pourquoi l’extrême droite progresse-t-elle? – Nicolas Lebourg (2013)

                      • #145621 Répondre
                        Le Public
                        Invité

                        – Runing gag : « Je fais des débats depuis plus de 20 ans. [etc, etc…, + deux posts de 30 lignes pour expliquer les règles de l’International Committee of Runing-gag Debates.
                        – Runing gag, 20 lignes plus loin : « Le profil le plus pénible, c’est l’expert »

                        (J’espère avoir fait suffisamment « court » et monolièvre, suivant les règles du maître. Bonne journée)

                      • #145733 Répondre
                        Rigolus
                        Invité

                        problème l’immigration produit les mêmes votes partout en Europe

            • #145451 Répondre
              Jeremy
              Invité

              Oui je vois mais dans ce cas l individu oscille en permanence entre ce qui l empêche d agir et le diminue et ce qui augmente sa puissance d agir il est en quelque sorte dans une situation d inconfort et de tension constante non ?

    • #145515 Répondre
      Jules de Bxl
      Invité

      Les discussions ici me font repenser à une petite phrase de Lagasnerie dans un des entretiens Blast (sur l’abolitionnisme), où il reprend à son compte le slogan ancien du FN : la sécurité, première des libertés. La seule question qui vaille : comment assurer cette sécurité (évidemment pas avec des dispositifs répressifs). C’est ce que j’aime toujours chez lui : ne pas se raconter des histoires, écrire contre (les slogans de) la gauche (une partie, en tout cas)

    • #146559 Répondre
      Gerard Manfroy
      Invité

      https://www.youtube.com/watch?v=fG2Ra8SqvJs Pourquoi l’extrême droite progresse-t-elle? – Nicolas Lebourg (2013)

      A la 36eme minute : A partir du moment où le thème « 1 million de chômeurs c’est 1 million d’immigrés en trop » est devenu à partir de 1985 le slogan de la préférence nationale, on a là une solution qui est absolument merveilleuse pour un vote interclassiste. Parce que la préférence nationale c’est quoi ? C’est le capitalisme légèrement modifié et sans perte pour aucun membre de l’électorat par définition. Par définition si vous êtes électeur, vous ne risquez pas d’être victime de la préférence nationale. Ça c’est une logique pure. Et vous conservez votre marché libre, votre marché d’économie capitaliste qui peut tout à fait donc convenir à quelqu’un d’une droite traditionnaliste, etc, modifié à la marge par la régulation ethnique. C’est un libéralisme ethnicisé. Donc tout le monde peut s’y retrouver, aussi bien le prolétaire qui considère qu’un immigré vient lui voler son travail non-qualifié ou risque de faire baisser son salaire, etc, qu’un grand bourgois attaché aux valeurs du marché.

      • #146662 Répondre
        Ema
        Invité

        Plus ca va et plus je trouve lumineux de regarder les partis politiques comme des entreprises (merci à Francois pour cet apport qui aura mis la pierre finale à mon édifice abstentionniste) : des boîtes qui se briguent les parts de marché à coup de stratégie marketing, avec chacune sa marque de fabrique, ses égéries, ses slogans.
        En poussant un peu je dirais même qu’il y a quelque chose de l’ordre du marketing chimiquement pur la dedans par comparaison au commerce marchand, qui lui au moins est de temps en temps bien obligé de nous fourguer des choses aux bénéfices ou nuisances tangibles et mesurables.

        • #146666 Répondre
          Tony
          Invité

          De toutes façons d’un point de vue factuel ou matériel ce sont des entreprises qui ont des salaires et des loyers à payer,des crédits à rembourser et des charges courantes incompressibles,et pour rentrer de l’argent elles ont besoin de faire un score aux élections pour être remboursées de leurs frais et d’un nombre d’élus pour être payées,donc oui c’est la même logique.

          • #146706 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            « de l’ordre du marketing chimiquement pur la dedans par comparaison au commerce marchand »
            Tu renchéris et tu fais bien.
            On ajoutera qu’au moins monsieur Carrefour, par delà tous ses éléments de langage qui occultent la transaction, ne ment pas sur ce qu’il est en train de faire : vendre de la camelote. Les partis, eux, cachent leur être commercial. Ce qui est le principe du marché noir.

            • #146707 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Pourquoi les Insoumis s’acharnent sur Ruffin? (qui certes s’acharne avec brio sur lui même) : parce qu’il prospecte sur le même marché qu’eux, et que les parts de l’un grignotent les parts de l’autre. Un vendeur de chaussures est beaucoup plus agressif avec un autre vendeur de chaussures qu’avec un vendeur de téléphones. Ainsi on verra peu les Insoumis se déchainer contre Edouard Philippe. Pas la meme zone de chalandise.

              • #146714 Répondre
                MA
                Invité
                • #146715 Répondre
                  MA
                  Invité

                  Ruffin, sa bd et le passager du train

                  • #146718 Répondre
                    MA
                    Invité

                    Dernière tentative

                    • #146723 Répondre
                      Ostros
                      Invité

                      Évoqué dans le fil forum page 20

                      • #146724 Répondre
                        MA
                        Invité

                        Je n’avais pas cliqué sur le lien. En effet vidéo virale.

                      • #146726 Répondre
                        Ostros
                        Invité

                        C’est terriblement triste de voir la trajectoire fonce-dans-le-mur de ce mec qui avait une aura il y a quelques années

                      • #146727 Répondre
                        MA
                        Invité

                        oui c’est sûr, une certaine déchéance, peut-être prévisible.

            • #146716 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              La stratégie marketing de la macronie a quand même fait beaucoup de dégats et de morts
              Le programme de la France Insoumise ne sera certainement pas appliqué à 100%. La facho Layen ou Loyen y veillera. Ils le savent. Tous ces braves gens ont d’ailleurs abandonné l’idée de sortir de la C.E.E.
              Clémence Guetté, comme déjà dit, avec d’autres copains-copines de Bruxelles le gravent dans le marbre avec leur FOR ZE PIPEUL. Une Fondation. Du solide donc
              Mais ils devront quand même appliquer un % du programme. C’est pour ça qu’ils auront mon vote

              • #146728 Répondre
                Gaspard
                Invité

                Comme l’a dit françois à La Louvière, voter est en partie faire le jeu du fascisme.

                • #146739 Répondre
                  MA
                  Invité

                  Merci

                • #146750 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  « voter est en partie faire le jeu du fascisme. »
                  « En partie » Ouf! Je resterai donc pas longtemps au purgatoire ou même en enfer où il paraît qu’il fait très chaud, pas d’eau courante ni froide .
                  François lui à les clefs du forum ET du paradis le veinard Cé pa zusteu!

      • #146709 Répondre
        Gerard Manfroy
        Invité

        Mais j’aime beaucoup le Par définition si vous êtes électeur, vous ne risquez pas d’être victime de la préférence nationale.
        Qui montre comment la machine électorale telle qu’elle est est faite pour nourrir le nationalisme. Moi tout seul à l’abri des regards, je glisse « j’emmerde les non-citoyens » et hop, a voté. Et le ministre de l’intérieur pourra taper plus fort.

        • #146711 Répondre
          Gerard Manfroy
          Invité

          Puisque comme il le dit aussi, le vote RN est vote lobbyiste, tout comme le vote PC avant lui. « Je ne pense pas que 25 % des électeurs français des années 60 voulait la dictature des soviets en France, par contre voter PC poussait le patronat à améliorer les conditions de travail. Et ainsi à chaque succès électoral du RN on remarque que ça pousse le gouvernement élu faire de nouvelles lois sur l’immigration. »
          C’est sûr que si tout le monde mettait sur son bulletin « je vote ceci mais sans valider cela »…

    • #146722 Répondre
      Shiva
      Invité

      Brel, Brassens & Ferré – Que Pensez-Vous de L’Anarchie ? – 6 Janvier 1969

    • #146734 Répondre
      Shiva
      Invité

      « … Tout cela ressemble à une fraude et un buzz. Je ne vois pas l’intérêt d’écouter plus longtemps un individu qui semble pratiquer une sociodicée bien connue : l’édification d’un système de pensée conçu par lui et pour lui, la conception d’une structure qui consacre sa propre position sociale bourgeoise. Je ne m’abandonnerai pas au mauvais esprit consistant à remarquer qu’il est toujours cocasse de voir un nom à particule s’acharner contre la démocratie à ce point… » (Emile Novis)
      .
      Mimile dérape sur du verglas… normal !

      Mise au point au sujet du travail de Lagasnerie dans cette émission où il est invité; à partir de la minute 24:50:
      .
      « … J’essaye de créer un autre monde, de proposer dans chaque livre une utopie concrète alternative à ce qu’on vit, en disant Il faut pas qu’on reste bloqué dans notre monde, on étouffe tous dans ce monde, on sait que ce monde ne va pas, on sait qu’il est problématique, on manque d’imaginaire, on manque d’utopie, le mot utopie a été dégradée dans la gauche depuis les années 70, on a du mal à se penser comme utopique; et moi je me pense dans une tradition comme Marcuse, comme le marxisme, une tradition utopique pour créer l’idée d’une autre société et d’autres arrangements possibles… »

      • #146737 Répondre
        Shiva
        Invité

        Lagasnerie parle de son livre  » L’âme noire de la démocratie – Manifeste pour un autre idéal politique » à partir de 1:20:00

      • #146738 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        @Samuel
        Citation de Lagasnerie que je n’ai pas vérifiée dans la vidéo mais qui est un belle synthèse de conneries.
        => « J’essaye de créer un autre monde » : Ok. Bon courage au « je » qui prononce un tel énoncé.
        => « on étouffe tous dans ce monde » : c’est factuellement faux, hélas (ou tant mieux selon d’autres). Sinon il n’y aurait pas autant de forces sociales qui s’activent nuit et jour pour imposer leurs intérêts. Et il n’y aurait pas autant de gens dans le corps social pour appuyer et soutenir, d’une manière ou d’une autre, ces intérêts de classe.
        => « on manque d’imaginaire » : phrase toute faite, qui ne veut rien dire.
        => « le mot utopie a été dégradée dans la gauche depuis les années 70, on a du mal à se penser comme utopique; et moi je me pense dans une tradition comme Marcuse, comme le marxisme, une tradition utopique pour créer l’idée d’une autre société et d’autres arrangements possibles… » : on ne peut mieux dire à quel point Lagasnerie n’est pas marxiste, et c’est lui-même qui le dit. « Marxiste » ne signifie sans doute pas « utopiste ». Le marxisme est un matérialisme, qui se dresse contre les utopistes en raison de leur manque de matérialisme, de meur manque de méthode d’analyse et de leur incompréhension du réel. Sa définition la plus concise du communisme est à trouver dans l‘Idéologie allemande, texte dans lequel il affirme que le communisme est le « mouvement réel qui abolit l’état de chose actuel ». Autrement dit, le communisme est partout là où des luttes prennent le parti du commun contre la division de l’humanité (et son aliénation) par les intérêts capitalistes. Cette définition est anti-utopique. Il ne s’agit pas d’un mouvement imaginaire, abstrait, d’une théorie fabriquée qui « ouvre des possibles » ou « crée un autre monde » (!!!). Le marxisme n’est pas un créationnisme imaginaire. Il ne s’agit pas d’un discours utopique, mais d’un mouvement réel, ici et maintenant, qui produit sa propre conscience amancipatrice, au niveau matériel, dans la pratique concrète, contre l’état de chose actuel, c’est-à-dire contre la société capitaliste. Mais cela, un fabricant de théorie ne peut pas le comprendre. Un marxiste dirait : Lagasnerie est un idéaliste, et en cela il est bourgeois.

        • #146740 Répondre
          Ostros
          Invité

          Ce que tu cites est effectivement étonnant
          Après j’ai le souvenir que certain.e.s avaient rapporté ici des extraits de son livre sur le fait de faire valoir une politique de l’amitié, qui laissait de côté tout un pan de la société, effaçait de son raisonnement le travail et celleux qui le pratiquent.
          Faudrait voir comment se traduit son utopie concrètement. Si c’est pour dire la même chose que les marxistes en moins bien voire en devoyer le sens oui c’est pas utile comme travail.

        • #146744 Répondre
          Shiva
          Invité

          Mimile tu pues du cul je trouve…

          • #146756 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Comme quoi on peut puer du cul et écrire des lignes très justes. En tout cas Emile a ici impeccablement décrit ce qu’est le marxisme.

            • #146762 Répondre
              Shiva
              Invité

              Tu pues du cul aussi.
              Merci de le lui lécher, il puera moinsse.

              • #146816 Répondre
                Samuel_Belkekett
                Invité

                Petits rappels historiques et théoriques à l’usage des jeunes générations.
                Utopie a longtemps été assimilée à idéalisme. A tort. Je ne sais exactement la différence entre le U de u-topie et le A de a-symétrie par exemple ou AN de an-arhchie. Mais le u est négatif, absence de topique (lieu). L’utopie par définition est bien plus proche de l’anarchisme que du marxisme c’est vrai. Mais quand Émile dit du marxisme :
                « Il ne s’agit pas d’un discours utopique, mais d’un mouvement réel, ici et Maintenant »
                Alors là certainement pas. D’abord le marxisme est un édifice théorique, qui utilise le matérialisme pour le descriptif, mais recoupé par un prescriptif matérialiste historique, qui lui en revanche suppose un processus étapiste qui repose sur une maturation des sociétés. Donc une vision qui a de l’ici et maintenant, qu’une analyse stratégique à long terme. La plupart des marxistes disent que la Russie en 17 n’était pas mûre pour une révolution. Or l’utopie dans le sens anarchiste et non idéaliste, si toutefois on observe une différence, se réclame vraiment de l’ici et maintenant. Dans le sens de tout de suite. Absence de théorie linéaire et récit linéaire historique. Donc pas dans le sens d’un créationisme idéologique mais d’actions directes. En quelque sorte. Quant à Lagasnerie. Que dire ! Toutes tes remarques le concernant sont justes d’après moi.
                Déjà se référer à Marcuse est dérisoire. Marcuse en son temps était vu comme le continuateur de Marx. Mais à part « L’homme unidimentionnel » et encore, tout le reste a sacrément mal vieilli. « Eros et civilisation » aujourd’hui paraît d’une ringardise à faire rire. Il souhaitait lutter contre le pessimisme freudien (Malaise dans la civilisation) mais ses arguments n’étaient pas si marxiste, pas du tout anarchiste et clairement idéaliste pour le coup. Idéaliste mais pas utopiste. Donc c’est perdre sur tous les tableaux que se référer à Marcuse. Stoppons là pour GDL.
                Tout ça pour rappeler qu’on peut discuter l’utopie, le marxisme et l’anarchie si on remet bien les choses en perspective.

                • #146859 Répondre
                  Samuel_Belkekett
                  Invité

                  Complément pour une compréhension de l’utopie. Dans son sens non dévoyé.
                  Etraits de littératures anarchiste :
                  .
                  La poésie maudite, l’art non officiel, l’écriture utopique en générale, donnant un contenu présent, immédiat, à la libération de l’homme, devraient être la parole même du communisme, sa prophétie directe. Elles ne sont que sa mauvaise conscience, précisément parce qu’en elles quelque chose de l’homme est immédiatement réalisé. C’est pourquoi la poésie n’a jamais eu partie liée au fond qu’avec les mouvements d’utopie sociale. C’est que le contenu de l’homme libéré a au fond moins d’importance que l’abolition de la séparation du présent et du futur. L’abolition de cette forme du temps, dimension de la sublimation, c’est ce que ne pardonnent pas les idéalistes de la dialectique, qui sont en même temps les réalistes de la politique. Pour eux la révolution doit se distiller dans l’histoire, elle doit venir à terme, elle doit mûrir au soleil des contradictions. Là, tout de suite elle est impensable, insupportable. Ce que la poésie et la révolte utopique ont en commun, c’est cette actualité radicale, cette dénégation des finalités, c’est cette actualisation du désir, non plus exorcisé dans une libération future, mais exigé ici, tout de suite. Elle n’a rien à voir avec l’échéancier politique de la révolution.
                  L’utopie veut la parole contre le pouvoir et contre le principe de réalité, qui n’est que le fantasme du système et de sa reproduction indéfinie. Elle ne veut que la parole, et pour s’y perdre.

                  • #146938 Répondre
                    Samuel_Belkekett
                    Invité

                    Pour une compréhension de l’utopie. Dans son sens non dévoyé.
                    Extraits de littérature anarchiste suite et fin :
                    .
                    L’utopie a été renvoyée dans l’idéalisme par un siècle et demi de pratique dialectique historique triomphante. Aujourd’hui elle commence, dans son indéfinition rigoureuse, à prendre le pas sur toutes les définitions révolutionnaires et à renvoyer à leur idéalisme bureaucratique tous les modèles de la révolution.
                    .
                    L’utopie c’est le non-lieu, la déconstruction radicale de tous les lieux du politique. Elle ne fait aucun privilège pour la politique révolutionnaire.
                    .
                    Il ne saurait y avoir de modèle de l’utopie, ni de fonction utopique, car elle nie l’inscription de toute finalité, que ce soit dans l’inconscient ou dans la lutte des classes.
                    .
                    L’utopie, ce n’est pas la dialectique du possible et de l’impossible. Elle n’est pas ce qui dépasse les contradictions dialectiquement, elle est ce qui les transgresse dans leurs termes mêmes.
                    .
                    L’utopie est l’ambivalence qui traverse tout ordre, toute institution, toute rationalité, même révolutionnaire, toute positivité ; quelle qu’elle soit, et les reverse à leur non-lieu. Elle est déconstruction de toute finalité unilatérale de l’homme ou de l’histoire.
                    .
                    L’utopie, c’est ce qui, par l’abolition de la lame et la disparition du manche, rend au couteau sa force de frappe.
                    Fin
                    Pourquoi le sens de ce mot a-t-il été dévoyé ? Sens originel trop difficile à cerner dans et par une trop longue période où les rapports de force ne se réfléchissaient qu’à la lumière de processus historiques.
                    Maintenant bien sûr, toutes ces considérations sont éclatées dans un déroulé historique libéralo-capitaliste qui les a résorbées dans la virtualité… d’internet bien sûr.

        • #146755 Répondre
          Ema
          Invité

          Autrement dit, le communisme est partout là où des luttes prennent le parti du commun contre la division de l’humanité (et son aliénation) par les intérêts capitalistes.
          Merci pour cette mise au point précieuse, j’oublie régulièrement ce rappel de Marx, pas aidée par l’usage galvaudé des terminologies qui inlassablement nous renvoient aux projections idéalistes des faits plutôt qu’aux faits eux même. La pente qui opère ce glissement dès qu’on « parle politique » est décidément bien raide. Le communisme est un fait avant tout, pas un horizon hypothétique et encore moins une rêverie utopiste en effet.
          Concernant le fil de discussion plus général sur la démocratie, je vous ai tous lus avec attention (sauf les deux trois lourdingues de service) et je dois dire que c’est assez stimulant et pointu, sans doute un peu trop pointu pour moi. Mais je crois me ranger de ton côté sur le fait qu’il est un peu facile (et sans grand intérêt) de démonter la notion de democratie si on traite le terme à la manière bourgeoise, c’est à dire creuse et idéaliste. Peut-être qu’il n’arrive à prendre le terme sous cet angle là que parce que lui même idéaliste.
          Ce qui est certain c’est que nier, ou à tout le moins refuser de reconnaître qu’un dispositif démocratique soit une des conditions nécessaires, pas suffisante, mais nécessaire, à ce qui pourrait commencer à ressembler à une politique globalement meliorative, prouve sans doute qu’on a affaire à une forme de légere coquetterie.

          • #146757 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je suis globalement d’accord avec la critique formulée par Emile, ainsi qu’avec Ema qui la relaie. Je veux juste à nouveau faire droit à ce qui me semble le point vibrant, et donc le point de justesse, de cette sortie foutraque de GDL contre « la démocratie » : le constat que le suffrage majoritaire (qui certes n’épuise en rien « la démocratie ») autorise souvent, et risque de beaucoup autoriser à l’avenir, la violence contre les minorités (sexuelles, ethniques, sociales)

            • #146761 Répondre
              Ema
              Invité

              Je comprends mais il y a un truc circulaire la dedans qui me tracasse. Un moment fasciste est précisément un moment ou les institutions et instances de gouvernance sont elles même gagnées par la fascisation, et donc non seulement ne protègent pas les marges- minorités mais peuvent même redoubler de violence à leur égard, et d’une violence autrement plus redoutable encore que la violence civile. Ce n’est certes pas le cas à tous les coups, mais les majorités populaires ne sont pas non plus àtous les coups des instances d’oppression donc bon, généralité pour généralité…
              Du coup je ne vois pas très bien pourquoi dans cette histoire jouer les institutions contre le peuple, comme si les deux entités fonctionnaient de manière compensatoires, complèmentaires, alors qu’il me semble plutot qu’historiquement l’une finit toujours par redoubler la violence de l’autre.

              • #146765 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Disons qu’il sent venir, qu’il voit venir, qu’il voit déjà, une néo-oppression des minorités démocratiquement autorisée. C’est une sorte de peur. Et la peur n’est pas toujours bonne conseillère

                • #146773 Répondre
                  Ema
                  Invité

                  Oui c’est une inquiétude très située affectivement en fait, tout comme peut l’être celle des femmes féministes qui refusent ou non pas l’idée de penser leur rapport à la justice pénale dans la lutte contre les vss.

                  • #146774 Répondre
                    Ema
                    Invité

                    *ou n’ont pas l’idée

          • #146795 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            @Ema
            (sauf les deux trois lourdingues de service)

          • #146796 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            @ Ema
            on peut s’exprimer très basiquement, très simplement. Enfin j’espère

            • #146798 Répondre
              Ema
              Invité

              Parlais pas de toi Graindorge

              • #146802 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Clarifié Ema

          • #146826 Répondre
            Emile Novis
            Invité

            @Ema
            Bien d’accord avec tout ton message.
            « La pente qui opère ce glissement dès qu’on « parle politique » est décidément bien raide. Le communisme est un fait avant tout, pas un horizon hypothétique et encore moins une rêverie utopiste en effet. »
            Oui, et l’élection présidentielle qui vient ne va pas arranger les choses.
            @FB
            « le constat que le suffrage majoritaire (qui certes n’épuise en rien « la démocratie ») autorise souvent, et risque de beaucoup autoriser à l’avenir, la violence contre les minorités (sexuelles, ethniques, sociales) »
            Oui, avec le sceau de la « légitimité » de l’élection pour sanctifier cette violence possible. Sa crainte devant ce constat est totalement justifiée, mais nous n’en tirons pas les mêmes pensées.

    • #146760 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Comme déjà dit, GDL dit beaucoup de choses dispensable mais j’ai apprécié lorsqu’il dit que si quelqu’un viendrait dire dans mon programme je tuerais les sdf de 45 ans et plus et les très pauvres de 70 ans. Personne ne pourrait accepter ce programme. C’est pourtant ce que fait le néo libéralisme car les chiffres coïncident : les sdf meurent à 47 ans et les très pauvres n’arrivent pas à 70 »
      Tout est dans l’emballage pour faire passer la pilule. Le néoliberalisme dans l’arc démocratique, un choix parmi d’autres. Ces chiffres sont, en fait, dans la réalité, beaucoup plus mortifères.
      voter le programme L’Avenir en Commun c’est dit François Bégaudeau faire en partie le jeu du
      fachisme? Soit

      • #146763 Répondre
        Shiva
        Invité

        Une chose dont je suis absolument sûr, c’est que lors d’une table ronde face à vous tous, dans un contexte de compétition verbale GDL vous moucherez tous ma.gis.tra.le.ment.
        .
        Mimile le novice t’en penses quoi ? en face à face GDL te détruit dans les grandes largeurs que tu en suffoquerais !
        .
        Ouvrez les yeux m’enfin !

        • #146766 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          En tout cas on peut etre sur qu’il produira alors des arguments un peu plus denses que les tiens

          • #146772 Répondre
            Shiva
            Invité

            Cher François il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes.
            Comme tu m’as lu, je ne m’incluais pas parmi vous.
            Je suis humble moi, mais bis repetita GDL vous moucherez tous, toi y compris!
            .
            Ouvrez les yeux m’enfin !

      • #146768 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Pris quelques notes :
        « Voter = corroborer le dispositif électoral »
        Oui. En travaillant fort par ailleurs
        « Engagement durant quelques mois et puis plus rien »
        Faux. Voter comme bien dit par FB est un truc de paresseux, ça prend 5mn pour descendre à la maternelle du quartier. Le vrai et gros boulot c’est toute l’année et toute la vie.
         » Voter pour arracher ce qui peut l’être » Oh que oui!
         » La gauche va évidemment perdre » Non. L’Avenir en Commun va évidemment gagner.
         » Se poser la question: est-ce que je perds mon énergie? » Non. Quelques clics, quelques partages.
         » nous sommes requis pour continuer à vivre donc conserver la vie » La nôtre et toutes les autres. Et la Vie bien sûr
        « C’est un travail de 🐜  »
        Heureusement encore nombreuses les 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜 🐜
        😃

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