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- Ce sujet contient 38 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Alphonse, le il y a 1 année et 2 mois.
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lumen cor
InvitéLe terme « populiste/populisme » est aujourd’hui massivement employé par les journalistes, les politologues médiatiques, ainsi que par les figures politiques libérales, pour désigner aussi bien l’extrême droite que l’extrême gauche. Son usage est devenu si fréquent qu’il en devient presque insupportable, notamment avec l’ascension de Trump et les récentes dérives symboliques liées à Musk. Pourtant, ce mot est utilisé depuis plus d’une décennie comme un concept fétiche dans la pensée politique libérale, et chez nous, plus spécifiquement macroniste. Il manque de clarté, souvent flou et confus, au point qu’il semble avoir un caractère falsificateur, l’utilisation du mot révèle plus la position bourgeoise de celui qui l’utilise que n’éclaircie le sujet commenté, car oui, populisme=peuple, ce qui gène c’est que la politique viennent du peuple. Ce qui m’interpelle, cependant, c’est qu’il est également employé par des intellectuels sérieux, en qui j’ai confiance dans leurs pensées. Cela me conduit à penser qu’il existe plusieurs manières d’utiliser ce terme, certaines appropriées, d’autres mauvaise. Il ne s’agit donc pas seulement d’un mot creux, mais d’un terme qui, bien utilisé, possède un véritable sens, peut être pertinent dans son utilisation. Je propose donc que nous tentions, dans ce fil de discussion, de le définir de manière plus précise.
Et de potentiellement essayer aussi d’en faire la généalogie historique. -
lumen cor
InvitéJe rajoute que, dans le langage courant, les gens utilisent le terme « populisme » pour désigner les mêmes comportements que lorsqu’ils parlent de démagogie.
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Seldoon
InvitéMais c’est pas un peu fini ce terme ? Son apogée pour moi sont les années qui s’ouvrent avec la première campagne de Trump et, disons, la première année du Covid. Ce qui inclue donc le moment gilets jaunes. Depuis son emploi baisse, il n’est plus employé que pour rassembler quelques leaders politiques pour aller vite. Ce n’est même plus une insulte.
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K. comme mon Code
InvitéOui. Ça a été quasiment entièrement remplacé par « islamogauchiste ».
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Seldoon
InvitéLe populisme devient les populismes devient l’islamogauchisme. La mue est accomplie.
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lumen cor
InvitéFinie ? Non, absolument pas. Qu’importe la chaîne que tu regardes, si l’émission est politique — BFM TV, LCI, C à vous — tu es sûr de tomber sur un invité qui va le prononcer. Ils l’utilisent à toutes les sauces. Tout le monde est qualifié de populiste aujourd’hui. Même BLAST l’utilise souvent. »
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lumen cor
InvitéEt non, je ne suis pas d’accord, le terme n’a pas été remplacé par « islamogauchiste », car les principales personnes décrites comme populistes sont d’extrême droite.
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Seldoon
InvitéJ’exagère un peu en disant que c’est fini mais je trouve que c’est utilisé beaucoup plus calmement que cela ne le fut. Il y a un côté adjectif descriptif, peut être pas neutre, mais très emoussé. Dans les années que je souligne c’était infiniment plus intense, c’était aussi violent de dire populiste que de dire fasciste.
Par contre attention, LFI etait qualifié de populiste au moment où le centre s’est mis à dire « les populismes », au pluriel.-
lumen cor
InvitéOui, LFI est qualifié de populiste, mais il faut noter que, majoritairement, ce sont les mouvements d’extrême droite qui sont qualifiés ainsi. D’ailleurs, en ce moment, LFI est qualifié de tous les pires maux. La question centrale de ce thread n’est pas cela, mais plutôt l’utilisation juste du terme « populiste ».
Je m’explique : peut-on utiliser ce terme de façon intellectuellement correcte, car il est beaucoup plus vieux que son utilisation récente ? Autrefois, il avait un sens différent. C’est pourquoi je propose de le définir et de voir si on peut en faire une utilisation correcte, car certains à gauche, comme Blast, Mediapart, et d’autres, ne se privent pas de l’utiliser, en bien ou en mal.
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Sylvain
InvitéD’accord avec ça :
« Par contre attention, LFI etait qualifié de populiste au moment où le centre s’est mis à dire « les populismes », au pluriel ».
Depuis leur appel à un cessez-le-feu à Gaza, ce « populisme » s’est transformé en « récupérer le vote des banlieues » dans la bouche de ceux qui maniaient le terme « populisme » à toutes sauces.
Et donc, par association : « islamogauchisme » comme le dit K pour Code.
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K. comme mon Code
InvitéOn dit aussi que les électeurs de gauche, vraie gauche, sont séduits par des populistes — d’où les populismes — ; l’extrême-droite étant désormais légitimée en Occident (il suffit de regarder ce qui se passe du côté des États-Unis), il n’y a plus aucune raison de parler de populisme d’extrême-droite : l’islamogauchisme est donc un terme dont la cible est plus facile à identifier.
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lumen cor
InvitéEt pourtant, macron parle d’international réactionnaire , et Trump est qualifié de populiste, il faut nuancer le discours critique.
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Sylvain
InvitéIl y a 5 ans, ça a donné lieu au « titre » d’une interview France Inter :
(à partir de 1’45)
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lumen cor
InvitéJe suis d’accord avec ces propos. Mais ma question est autre, je reporte le passage: « Ce qui m’interpelle, cependant, c’est qu’il est également employé par des intellectuels sérieux, en qui j’ai confiance dans leurs pensées. Cela me conduit à penser qu’il existe plusieurs manières d’utiliser ce terme, certaines appropriées, d’autres mauvaise. Il ne s’agit donc pas seulement d’un mot creux, mais d’un terme qui, bien utilisé, possède un véritable sens, peut être pertinent dans son utilisation. Je propose donc que nous tentions, dans ce fil de discussion, de le définir de manière plus précise. »
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Seldoon
InvitéC’est quand même un mot particulièrement difficile à définir. Moi quand j’essaie je tombe sur la définition exacte de démagogie.
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lumen cor
InvitéD’où l’idée de consacrer un thread entier à une tâche aussi ardue : définir le terme et examiner s’il est possible de l’utiliser de manière rigoureuse dans une réflexion, voire, pourquoi pas, sous un point de vue de gauche. Car certains l’utilisent déjà de cette manière/ou en le faisant passer pour utiliser de cette manière.
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Sylvain
Invité@ lumen cor :
Ecoutes, je ne sais pas, mais me viennent deux choses déjà :
1) de quels « intellectuels sérieux » parles-tu ? Cites des noms et certains ici y verront plus clair pour te répondre
2) je suis sur qu’on peut retrouver un historique relativement précis de l’utilisation de ce mot à différentes périodes. Il faut faire des recherches si ce sujet te passionne.-
Sylvain
Invité@lumen :
Plus haut tu ajoute :
« car il (le mot) est beaucoup plus vieux que son utilisation récente ? Autrefois, il avait un sens différent ».
Tu sembles donc déjà le savoir.
Pourquoi pas alors nous poser la question ? Tu en sais visiblement plus que nous.
J’ai l’impression que c’est plutôt à toi de nous éclairer.-
Sylvain
InvitéToujours toi :
« examiner s’il est possible (ce mot) de l’utiliser de manière rigoureuse dans une réflexion, voire, pourquoi pas, sous un point de vue de gauche ».
Rapidement, j’ai trouvé ça. Il est vrai que cela date mais je ne pense pas que Mélenchon soit revenu en arrière sur ces déclarations rapportées par Danielle Simonet à l’époque – qui n’est plus à la FI depuis, autre histoire)
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Sylvain
InvitéPS : en ré-écoutant cet extrait pas brillant de Danielle Simonet, pourtant mon camp politique, je suis plus que jamais de l’avis de François (même si je ne sais plus exactement où il a dit ça) : n’utilisons pas ce terme. En tous cas pas aujourd’hui, quand il est clairement le champ lexical des adversaires. Ne reprenons pas leurs mots.
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lumen cor
InvitéJustement, un exemple parmis d’autre:
Tu clique sur n’importe quel vidéo de BLAST qui traite de l’extrême droite, tu a 70% de chance d’entendre les mots « leader populiste », ou populiste tout court.-
Sylvain
InvitéPeut-être bien.
Ce n’est alors pas ce que je préfère chez Blast.
« La gauche » ferait bien mieux de se passer de ce terme, à mon avis.
Et même le refuser.
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lumen cor
InvitéNon, je n’en sais pas grand-chose, mais il est facile de trouver, après deux ou trois recherches, l’origine du mot, 1912, et de constater que son sens n’était pas exactement le même (selon Wikipédia). Par contre, pour creuser plus en profondeur, c’est plus ardu.
Le tout est très confus.
Concernant les intellectuels, je vais faire une liste.-
Sylvain
InvitéSur l’historique, franchement je ne sais pas.
Sur la liste « d’intellectuels sérieux » qui l’utilisent, je veux bien, oui. -
I.G.Y.
InvitéJ’ai entendu Michel Feher dans une de ses interventions parler en des termes qui m’avaient paru assez complets du « populisme ». Je n’ai pas encore lu son livre récent « Producteurs et Parasites » mais il est déjà sur ma table de chevet, et je pense qu’il revient là dessus dedans.
Et pour les origines du terme, oui 1912 semble-t-il en Français mais pas mal de mouvements notamment en Russie se désignaient déjà comme ça avant.
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Charles
InvitéPour moi c’est une appréhension de la politique sous l’angle d’une opposition entre le peuple et les élites. en se rangeant derrière le premier. Ce qui suppose qu’on sache ce qu’on met derrière le peuple et les élites – les gouvernants et les gouvernés? ceux qui ont un pouvoir et ceux sur qui s’exerce le pouvoir? La version de gauche saisirait le peuple du point de vue de la classe tandis que la version de droite du point de vue la race. Est-ce que ça nous avance beaucoup? Pas sûr.
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Sylvain
InvitéA priori d’accord avec ça aussi
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lumen cor
InvitéJe précise que sur ce sujet, je recherche :
Des définitions du mot,
Des réflexions sur l’utilisation du mot au fil du temps, ainsi que son histoire,
Une manière rigoureuse et correcte de l’utiliser.-
lumen cor
Invité« Ce qui m’interpelle, cependant, c’est qu’il est également employé par des intellectuels sérieux, en qui j’ai confiance dans leurs pensées. »
C’est le centre de ma question, si le terme est fallacieux, pourquoi donc des personnes rigoureuse l’utilisent ? Et aussi pourquoi des gens, dit de gauche, l’utilisent ?-
François Bégaudeau
Maître des clésTu dis que des intellectuels sérieux l’utilisent sérieusement. Charge à toi, alors, d’écouter ces intellectuels, et puisqu’ils sont sérieux, de voir ce qu’ils y mettent. Pour ma part je n’en vois pas beaucoup de sérieux qui le font, en tout cas pas beaucoup à gauche. Mais tu vas me détromper
Mais disons une chose simple : populisme est construit sur peuple. Il porte donc en lui la substantialisation des classes populaires induite par le mot peuple.
Le populisme a alors pour opération cardinale de commuer une catégorie sociale (la classe) en catégorie identitaire (le peuple).
C’est une saisie droitière du fait populaire.-
Carpentier
InvitéC’est une saisie droitière du fait populaire
:
… Le populisme a alors pour opération cardinale de commuer une catégorie sociale (la classe) en catégorie identitaire / …je n’aurais pas mieux dit
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Alphonse
Invité« pourquoi des gens, dit de gauche, l’utilisent ? »
On ne peut dire plus clairement énoncer en quoi consiste le populisme qu’ainsi : « commuer une catégorie sociale (la classe) en catégorie identitaire (le peuple) ».
Dès lors, l’utiliser, quand on se dit de gauche, ne peut se faire que par stratégie électorale. En se référant, ou bien à l’imaginaire des populismes latino américains de l’après-guerre, ou bien aux théorisations de Chantal Mouffe (et de son collègue, qui avaient beaucoup inspiré LFI sur sa stratégie de 2017 notamment je crois). Parce qu’on peut espérer se fonder sur une catégorie identitaire pour accéder au pouvoir et mener une politique favorable à une catégorie sociale => ce qu’on nomme « populisme de gauche ».
Mais c’est évidemment un projet pas sérieux. D’abord parce que c’est une contradiction dans les termes (cf. définition bégaldienne). Ensuite parce que ça donne jamais des projets réellement émancipateurs.
Tout ça fait échos à des questions qu’on a, par chez moi, avec des gens de gauche radicale qui fondent les plus grands espoirs sur le levier régionaliste : le territoire comme base d’inter-reconnaissance, à même de fédérer, d’être le point d’appui d’un soulèvement. La revendication autonomiste comme projet politique et pas seulement culturel.
Autant ça peut jouer dans des situations de crise (exemplairement : on vient de nous apprendre qu’une ligne de fret internationale va déferler dans la vallée, le territoire est en danger), mais toujours avec des malentendus (entre ceux qui défendent leur commerce et moi qui veut abattre le capitalisme déguisé en train de marchandise) qui sont, même à court terme, des obstacles à toute action commune (c’est à peine si on parvient à négocier de temporaires pactes de non agression). Et puis ça masque combien, même dans des petits ensembles humains, les logiques macro sociales de domination (par le capital économique, par le capital culturel, par l’accumulation de foncier, etc.) jouent à plein (mille exemples viennent à l’esprit).
Pardon pour cette digression qui m’a permis de clarifier calmement de récentes et couteuses heures de dispute.-
François Bégaudeau
Maître des clésPrécieux
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..Graindorge
Invité@Alphonse
. « Ensuite parce que ça donne jamais des projets réellement émancipateurs. »
Lesquels stp?-
Alphonse
InvitéJe comprends pas ta question, Graindorge. Je peux pas donner d’exemples de projets (émancipateurs, nés de mouvements populistes) dont je dis précisément qu’ils ne furent jamais. Si tu veux un exemple de projets émancipateurs, en soi, je dirais, parmi mille exemple (plouf plouf ce sera toi …) : l’autogestion.
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..Graindorge
Invité@Alphonse
. « Ensuite parce que ça donne jamais des projets réellement émancipateurs. »
Lesquels stp? Ou juste un seul projet émancipateur stp-
..Graindorge
Invité@Allphonse
Merci pour la non réponse. Contente que tu ailles bien
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Ludovic
InvitéDe la démago de politico.
Prolétarien me plaît + -
BIOGRAPHIE
InvitéC’était pas très intéressant.
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AuteurMessages
