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Oscar, le il y a 1 jour et 8 heures.
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Seldoon
InvitéLa photographie, coincée qu’elle est par nature entre le cinéma et la peinture, n’a pas toujours très bonne presse ici mais je ne me souviens pas qu’elle ait été discutée sérieusement, et encore moins positivement. Je propose qu’on s’y mette. Pour éviter les généralités, j’ouvre le bal avec un photographe que j’aime beaucoup, Alex Webb. Il fait de la street photography (peut-être aujourd’hui le « genre » photographique dominant) avec comme objectif de documenter la richesse du monde et est très connu pour ses compositions riches et complexes. Sa façon de superposer un grand nombre de sujets au sein même d’une seule photo pourrait être comparée à ce qu’on fait en littérature, cinéma ou théâtre lorsqu’on effectue ce que j’appelerais une compression dramaturgique : rassembler plusieurs personnages en un, raccourcir un temps mort entre deux évènements, etc. On sait bien que ce n’est pas la réalité mais ça permet de faire entrer quelque chose en entier dans le temps limités d’un roman, d’un film, d’une pièce. Lui le fait avec les outils d’une image figée, en découpant son cadre en plusieurs mini seynettes, avec une profondeur de champ étendue (on trouve des flous de mouvements dans ses photos de nuit mais presque jamais de flou d’arrière-plan) et une représentation de la perspective souvent perturbée. Ca fourmille, on ne sait plus où regarder, chaque photo est passionnante.
Quelques exemples de ses photos ainsi qu’une efficace description formelle (baptisée « décryptage » mais ne le dites pas à Jacques) se trouvent ici :
https://lephotographeminimaliste.fr/alex-webb-decryptage-style-influences/Qu’en pensez-vous, qu’est-ce que ça vous fait, quel spectateur cela fait-il de vous ?
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Parfaitement à l’eau
InvitéIl est intéressant ce photographe, je ne connaissais pas. Merci de la découverte.
La photographie est un peu le parent pauvre du coté de l’art visuel je dirais, à raison je trouve. L’image du réel sans mouvement du réel ça passe difficilement, il y a quelque chose qui ne va pas.
Si je devais en sauver un, ce serait Lee Jeffries pour ses portraits de sans abris assez incroyables, on a du mal à croire qu’il s’agisse d’êtres humains parfois. Presque l’impression de voir un dessin en noir et blanc.-
Seldoon
InvitéLee Jeffries c’est toujours très beau, un peu redondant néanmoins. Il y a une telle uniformité que j’ai du mal à me dire qu’il capture vraiment les gens en question, ils ne peuvent pas avoir tous le même regard.
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Seldoon
Invité(Je dis ça je connais mal, peut être qu’on ne voit que les 10 même photos en permanence mais qu’il en a fait beaucoup d’autres)
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Seldoon
Invité« L’image du réel sans mouvement du réel ça passe difficilement, il y a quelque chose qui ne va pas. »
Tu ne seras pas le seul à dire ça ici, mais en toute bonne volonté je ne comprends pas l’idée. L’instant du réel qu’a capturé la photo a existé, réellement. On ne l’aurait pas vu sans la photo, mais il était là.-
Parfaitement à l’eau
InvitéOui oui je comprends que la photo capture du réel, ce qui se passe réellement c’est uniquement du mouvement. La où certains tableaux sont plus réel que la photo je trouve c’est quand ils essayent de représenter ce mouvement (les futuristes italiens par exemple, meme si bon ça a pas inspiré le fascisme. Il y a surement de meilleurs exemples ^^).
A l’opposé, la peinture ne cherchent pas a représenter le réel de façon directe mais plutôt à mettre en scène du réel pour mieux représenter une idée. Je pense a Edward Hopper la qui a très bien illustré la solitude je trouve.-
Parfaitement à l’eau
InvitéA mon sens, la photo n’arrive a faire ni l’un ni l’autre. Artistiquement il n’y pas besoin de la photo (ça serait à nuancer hein).
C’est par contre très utile pour le journalisme, la science, l’éducation,… -
Seldoon
InvitéIl y a pas mal de façons en photos de représenter le mouvement, que ce soit par un procédé purement technique (longue exposition, qui produit du flou de mouvement) ou par la mise en scène, comme pour un tableau. Et même par principe, dans les cas les plus spectaculaires : l’absence de mouvement d’une photo quand il est attendu (quelqu’un qui saute, par exemple, on connait bien ces photos) n’absente pas le mouvement de l’esprit du spectateur. Ça parait figé mais on sait bien que non.
« Je pense a Edward Hopper la qui a très bien illustré la solitude je trouve. »
S’il s’agit de représentation, on a tous en tête des dizaines de photos qui illustrent/représentent des choses, comme cette photo de jeune vietnamienne qui court brûlée au napalm représentant les conséquences de la politique américaine sur les populations civiles locales. Les portraits de Marylyn par Warhol représentent Marilyn. Le baiser de « V-J Day in Times Square » d’Eisenstaedt représente la joie de la victoire. Etc. C’est peut-être parce que je choisis les exemples les plus connus que je me demande si la photo n’a pas une facilité à aller vers le symbole plutôt que la justesse. Vers l’image plus que le plan.
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Ostros
InvitéDans le cas d’Alex Webb qui compose une fausse photo à partir de collages, est-ce qu’on ne parlerait pas plutôt de plasticien ?
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Seldoon
InvitéC’est un montage, Webb ? Je me demandais. C’est moins interessant.
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Fanny
InvitéNon, je l’ai cru également mais ce n’est pas du collage.
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Parfaitement a l’eau
InvitéAh j’avais pas compris que c’était fabriqué.
Dans ce cas c’est plus de la photo effectivement.
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Ostros
InvitéSinon jaime beaucoup le travail de Sebastiao Salgado. C’est le seul pour lequel je m’étais déplacée il y a quelques années pour aller voir son expo et un documentaire sur son travail.
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deleatur
Invité“L’image du réel sans mouvement du réel ça passe difficilement, il y a quelque chose qui ne va pas.”
Si on commence de manière aussi abstraite et spéculative, on n’arrivera à rien. Il n’y a pas à opposer l’image statique, figée de la photographie et l’image en mouvement du cinéma ; ou plutôt, ça ne ménera à rien d’intéressant.
S’il y a bien quelque chose que nous a appris la peinture et la photographie, c’est que le mouvement (et le montage) se fait dans le regard et la tête du spectateur.Deleuze proposait une idée plus intéressante, rapportée au temps : l’instant privilégié de la photo (pause) et l’instant quelconque du cinéma (un instant parmi d’autres).
Il serait sans doute judicieux de commencer par se demander ce que capte du réel la photographie, ce que la photographie capte en propre du réel, de la manière spécifique qui n’appartient qu’à elle (comme ce que capte du réel le roman, l’essai, le poème, la pièce de théâtre, la danse, etc.) : peut-être pas la pause mémorable, le temps figé, le plan fixe ou le punctum qui fait saillie dans la photo, mais autre chose justement.
J’attends de vous lire, je n’ai pas de réponse prête.
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Ostros
Invitédeleatur tu omets de ton commentaire la subjectivité du photographe, la valeur de la photo pour les connaisseurs qui se trouve dans la composition (l’exemple de seldoon est bien là-dedans : un photographe qui va jusqu’à collet des gens qui n’étaient pas là pour composer une image qui sied à sa vision), le fait qu’un air peut donner à voir autre chose que ce que le sujet photographié exprimait, etc.
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Ostros
InvitéDe plus dans un roman, un essai, une pièce de théâtre il y a justement cette notion de la durée qui permet de vivre les mots. La photo elle doit tout dire sur une seule feuille. C’est une image. On peut difficilement la sortir de cette case. Elle te saisira, t’informera sur les tenues que portaient les gens de telles époques, de tels pays, mais sans leurs voix, sans leur chair, c’est compliqué de lui accorder autant de force qu’un livre ou qu’un film.
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Ostros
InvitéDe plus dans un roman, un essai, une pièce de théâtre il y a justement cette notion de la durée qui permet de vivre les mots : les mots qui expriment des sons, des attitudes, qui ont été saisis, croqués ou minutieusement détaillés.
Et dans la danse aussi, on a les corps, les sons, les mouvements, la vie. -
deleatur
InvitéOui, mais la photographie, c’est une image qui dure, qui nous vient du passé et qui contient ce passé. Justement les photo du 19e s., qui nous disent simplement que les gens portaient sur eux trois vestes et six pulls parce qu’à l’époque le chauffage central n’existait pas. C’est cela que j’appelle de la durée : l’image conservée du passé qui s’adresse à nous.
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Seldoon
InvitéJe me souviens d’une exposition sur Jack London, parmi des photos en tenue de ville, il y avait des photos de lui et ses copains en maillot de bain sur la plage. C’était étonnant de voir comment ces gens paraissaient loin de nous, tout raides dans leurs costumes d’époque, et au contraire nos exacts semblables une fois débarassés de ces acoutrements, affalés sur la plage comme on l’est dans cette situation.
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deleatur
InvitéOui, c’est la même humanité, mais des corps différents, qui bougeaient peut-être différemment, engoncés dans leurs vêtements d’époque. Comment s’asseyaient-ils alors ? Comment mangeait-il à table ? Comment marchaient-ils dans la rue ?
J’aime ces photos de rue de la fin du 19e siècle et du début du 20e : les gens ne savaient pas toujours qu’ils étaient photographiés, car même si l’appareil photo était volumineux sur son trépied, ils ne sont justement pas dans la pause ; la photographie nous livre alors un passé d’une densité phénoménale, comme une page de Balzac ou un tableau de Brughel.
Là, la photo est un cadre qui possède un hors-champ, là le cadre n’est pas une limite de l’image.
Le mouvement d’une photo est centripète ou centrifuge.-
Seldoon
InvitéIl y a une puissance toute specifique de la photo qui m’attire dans son cadre. Une photo c’est toujours un mystère à percer pour le spectateur, qui doit deviner son contexte, ce qui a précédé, ce qui suivra, qui sont les gens représentés, où se trouve la scène. Un travail entre la devinette et l’imagination.
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deleatur
InvitéJ’aime bien l’idée d’une image qui renvoie à d’autres images, l’image qui reste ou qu’on retient (comme disait Duras des films), celles que l’on fait dans sa tête.
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En fait, je me rends compte que mon rapport à l’art, depuis longtemps, est conditionné par un livre de Georges Didi-Huberman, que j’ai lu très jeune : « Ce que nous voyons, ce qui nous regarde ».
C’est vrai d’une sculpture, d’une peinture, d’une photo, d’un film, et même d’un roman. -
Carpentier
InvitéDans ce topic je me précipite, maintenant que j’ai vu le Claude Baechtold.
Dans son Riverboom s’entrelacent des rushs des photos noires et blanc des clichés couleurs.
Si, comme je le comprends, l’art du cliché photo vous séduit, et si vous n’avez pas encore vu River Boom, ça pourrait vous toucher énormément.
Une sorte de montage façon pop-art dans sa forme, un docu-fiction protéiforme potache comme jamais.
Et des visages, des visages. des visages, vraiment ravie il m’a.
En plus de documenter l’Afghanistan, si j’osais je dirais – avec tendresse.
Oui, une intelligente tendresse.
Je m’en remets doucement.-
Carpentier
Invitédans ce docu-fiction, la photo documente le cartographe qui documente le pays filmé qui documente ses habitant.es et les protagonistes du film qui documentent le voyage de 3 potes en territoires afghans il y a 22 ans.
Parmi les différents documents, la photo témoigne d’un point de vue, d’un regard comme vous le dîtes bien, à partir duquel s’ouvrent tous les possibles:
rechercher un véhicule neuf à partir de la photo de son épave carbonisée,.partir d’un cliché de deux enfants pour parler des siens nés bien aprés, partir d’une photo joyeuse de ses deux parents morts dans un accident pour dire comment on survit depuis en apnée, dire les couleurs, les sourires de ceux et celles qui vivent sur un territoire en guerre depuis longtemps,-
Carpentier
InvitéDu coup je parcours plus avant ce thread et note, non sans surprise, comment le Maître des clefs d’ici avance avec vous, en vous lisant, en compulsant ce que vous partagez jusqu’à – vrai qu’être obtus n’est pas trop sa spécialité – jusqu’à poser qu’il dit/a dit surtout des généralités sur la photographie, jusqu’ici, avançant qu’en la pratiquant peu, la regardant assez peu comme art aussi, il y est plutôt novice dans l’analyse.
En revanche, à mi-page, il affirme toujours son agacement devant le figé d’un visage photographié.
Ôter la force aux visages reste pour FB une tare, un manque, un bug en art.
Dans les séquences accélérées des visages du River Boom, la force pourrait se dire dans leurs yeux et leurs traits, pour les jeunes, leurs rides, pour les plus vieux mais elle réside aussi surtout, en vrai, dans la posture de ces gens qui sourient dans le désert, dans la poussière, devant des pierres, dans des environnements peu amènes, debout, accroupis, seuls ou à plusieurs.
Ma photo préférée? un âne apprêté, avec les cordelettes, pompons/grigris rouges – les mêmes que dans les taxis, au rétro – un âne qui court, sautille dans un rendu flou qui le dit joyeusement foufou.
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deleatur
InvitéOui, Ostros, bien sûr, les décisions du photographe, son regard, sa subjectivité, mais aussi ce qu’il ne décide pas ou ne contrôle pas.
On dit souvent que la photographie repose sur le regard du photographe, sur sa volonté de saisir quelque chose ou de mettre en scène quelque chose, quitte à modifier des éléments de la composition finale. Et on l’oppose alors au cinéma comme art de l’enregistrement (avec le fantasme de poser sa caméra quelque part, de laisser tourner indéfiniment en attendant qu’un train arrive ou qu’un oiseau passe dans le ciel).
Outre l’aspect technique qui est important, je me demande si tout est contrôlé dans la photographie, ou s’il est vrai que quand un photographe dit qu’il a « saisi sur le vif » une scène il y a toujours un peu de manipulation quand même.
Encore une fois, je ne suis pas spécialiste, ni vraiment amateur. J’ai souvent l’occasion de voir des photographies, mais je crois que mon regard (et mes attentes sans doute) de spectateur sont conditionnées par le cinéma.
C’est pour cela que j’appelais à une réflexion sur la spécificité de la photographie (que ne posséderait pas du tout le cinéma), tout en sachant qu’il y a souvent des aller-retours, des connexions entre les deux (je pense à Depardon, mais c’est tellement évident que ça compte pas).-
Ostros
InvitéJe suis d’accord le cinéma ce n’est pas que poser sa caméra, il y a aussi une subjectivité à l’oeuvre.
Après, pour synthétiser mes précédents poste qui se sont mêlés au tien, on discutera donc des éléments propres à la photo : le cadre, la composition et la direction du regard, la focale et le travail du contraste et de la profondeur de champ.
Donc ce que j’apprécie chez Sebastiao Salgado c’est le travail des contrastes qui vont tirer le détail de la matière qu’il photographie (patte de reptile, peau de vieux, jet de pétrole). Visuellement je trouve ça très beau, très esthétique.-
Seldoon
InvitéL’exemple Salgado montre notamment qu’en retirant la couleur, il y a des choses qu’on voit mieux. Chez Salgado : la matière, la texture. Parfois l’uniformité (de la nature, des corps de mineurs agglutinés…). Qu’est ce que l’immobilité fait mieux voir ?
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Ostros
InvitéJ’allais parler de l’uniformité mais dans le sens où c’est le point de vue du photographe. Et qu’il travaille à restituer ce qu’il voit comme la concordance entre une vieille peau de tortue et une vieille peau de vielle dame par exemple. C’est pour ça que ce que j’aime en plus de ses photos c’est de l’entendre parler de son travail. Déjà raconter les histoires autour de ses expéditions, c’est très instructif et aussi pouvoir entrer dans sa tête, comprendre ce qu’il est allé chercher dans telle photo.
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deleatur
InvitéÇa donne envie d’aller y voir de près. Merci.
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Seldoon
InvitéPour la spécificité on va être obligés de revenir à l’immobilité. C’est du cinéma fixe.
Il y a d’autres specificités qui ont rapport avec son mode de circulation et son économie qui impactent énormement la production photographique (par rapport à la production cinématographique, par exemple), mais à ce stade on s’égarerait.-
deleatur
InvitéDisons qu’on pourrait se donner pour base une approche esthétique de la photo, qui porte sur son mode de production et de réception, sans pour le moment faire entre en ligne de compte son économie spécifique.
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Par exemple, est-ce qu’il y a une différence entre la photographie argentique et la photographie numérique ?
Est-ce qu’il y a une différence entre les photos de famille qu’on prenait il y a 25 ou 30 ans (et qu’on attendait quinze de faire développer) et les photos de famille aujourd’hui ?
Est-ce que l’esthétique à changé ?
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Je récuse le fait de partir de l’immobilité, en tout cas comme point de départ. Ou appeler la photo du cinéma fixe. De même que le cinéma n’est pas de photo en mouvement, c’est du temps.
Pourquoi continuer à prendre des photos à une époque où tout le monde peut faire des films ?
S’agit-il vraiment de fixer dans l’éternité, d’immobiliser un moment du temps pour le conserver ? Ou de témoigner ?-
Seldoon
InvitéDans l’ordre :
Je n’ai jamais cru à une différence sérieuse entre argentique et numérique, en photo comme en vidéo. C’est une différence technologique qui a un impact sur le mode de production et donc le résultat (Exemple. En photo : moins de raffales en argentique, l’instant de déclenchement est plus rare, plus réflechi ; en numérique on accumule de la matière et on corrige pour la photo suivante). Mais le reste pour moi c’est du fétichisme (dans les deux camps, c’est important de le souligner). Je trouve ça très bien qu’un artiste fétichise son outil de travail, qu’un violoniste se sente mieux avec un stradivarius qu’avec un violon moderne et techniquement supérieur. Mais c’est sa cuisine perso, ça n’a rien à voir avec l’art.
L’esthetique des photos que tout le monde prend a changé parce que tout le monde a un appareil photo dans la poche, et les modes de diffusion ont changé (instagram vs séance diapo). Il y a aussi une éducation des jeunes générations à la mise en scène de soi qui a tout changé (comparer les photos Facebook d’il y a 15 ans avec les photos Instagram actuelles).
Je n’aurais pas du écrire cinéma fixe, je ne le disais pas de façon péjorative. J’adore la photo. En faire, en regarder.
Moi je prends des photos pour immortaliser, comme on dit.
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deleatur
InvitéD’accord, le mode de production change, on cherche moins la pause avec le numérique, car on sait que la photo (ou la photo suivante) sera bonne après manipulation.
Je ne parlais pas du fétichisme de l’objet technique mais plus de la photo produite : c’est quoi une photo ?
Il faudrait mettre (temporairement) de côté les selfies, c’est tellement moins de la photo que de l’ego trip.-
Seldoon
InvitéLa releve de la garde de Rembrandt (et tant d’autres) c’est de l’égo trip aussi, les types sont en costume d’apparat (qu’ils ne possèdent pas vraiment) et sont placés dans le tableau en fonction de ce qu’ils paient. Le fait d’engager un artiste pour composer ton selfie plutôt que de le faire tout seul ne change pas grand chose sur le fond.
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deleatur
InvitéAutant le dire de tout portrait qui est aussi un autoportrait (du sujet peignant comme de l’objet peint).
Mais que regarde la personne d’un selfie et que regarde la peinture de portrait ?-
Seldoon
InvitéJe ne voulais pas vraiment comparer l’art de Rembrandt au selfie du jour, je voulais juste dire que « ego trip » ne suffit pas à discrediter. Citizen Kane est un sacré ego trip de la part d’Orson.
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deleatur
InvitéOui, mais ta comparaison donne à penser.
Je ne discréditais pas l’ego trip du selfie, je proposais de ne pas ramener les photos actuelles aux seuls selfies (tu ne le faisais pas non plus).
Mais la question du regard est intéressante : que regarde la personne qui se selfise, que regarde le portrait en peinture ? -
Seldoon
InvitéDans le selfie il y a la volonté de capturer à quoi je ressemble à tel moment à tel endroit. Souvent, pas toujours, une version idéalisée ou vendeuse.
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deleatur
InvitéOui, c’est juste aussi. Gardons les selfies, pas de raison de les exclure de la conversation.
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Parfaitement a l’eau
InvitéC’est pris sur le vif mais je crois que tous les photographes retouchent ensuite pour « corriger » des choses (éclairages, couleurs, netteté).
C’est difficile de répondre à ce capte la photographie. Ce que je constate (grossièrement encore), si la photo capte du réel (manif, evenement naturel, catastrophe) ce n’est pas dans un but artistique. Également lorsque certains photographes cherchent à aller dans l’art, j’ai l’impression qu’ils se confrontent à des limites lié à la photographie (image figée, ne pas apporter delements autre que ce qu’il y a sur l’image, etc..) et pour moi ne sont pas suffisant pour le détourner de la peinture ou du cinema.-
deleatur
InvitéJe sais qu’il existe une photo d’art, je reconnais souvent les prouesses techniques et artistiques mais je ne sais pas si c’est ce qui m’intéresse. En tout cas pas de distinguer la photo d’art et de reportage, l’un dans un but artistique et pas l’autre. Selon moi, les deux sont le même art, mais je ne saurais pas dire comment.
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Parfaitement a l’eau
InvitéLe pont commun serait le desir de capturer quelque chose de beau peut être ?
Mais est ce que ça suffit à faire de l’art, la ca me dépasse totalement.
La photo de l’écureuil qui sente une fleur c’est joli et sûrement une belle prouesse, mais je ne l’afficherais pas chez moi pour la regarder tous les jours.-
deleatur
InvitéLa photo à l’origine a sans doute eu besoin de se mesurer à la beauté incarnée par les beaux-arts. C’était une beauté idéale, idéalisée, rêvée, même à la manière d’un Baudelaire qui voulait chercher cette beauté dans la boue.
Mais aujourd’hui ? Est-ce encore un critère pour faire une photo, je veux dire un critère qui ne soit pas uniquement subjectif — une photo d’écureuil, c’est beau pour moi, etc. Cf. l’esthétique du kitsch.-
Seldoon
InvitéIl me semble que la photo comme le cinéma ont d’abord été créés en tant qu’outils documentaires. Documenter le monde. La photo aura au moins permis à la peinture d’arreter sa course au photoréalisme.
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Seldoon
Invité(Pardon je réponds dans tous les sens et sans direction précise, je n’ai pas encore d’idée claire sur la question et me permets de tous vous exploiter pour reflechir à voix haute)
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deleatur
InvitéMoi non plus, mais l’impression de déblayer beaucoup, c’est passionnant.
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Il est clair que la photo est une invention technique, qui s’est pensée d’emblée comme un moyen de reproduction technique.
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Sa dimension artistique a-t-elle pensée en même temps ou quelques années après ? Pourquoi les photographes ont-ils éprouvé le besoin de se comparer à l’art du portrait ?
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Seldoon
InvitéC’est comme la différence entre le cinéma de fiction et le documentaire. Quand on creuse on se rend vite compte qu’il n’est pas très fécond de les séparer.
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Seldoon
Invité« le fait qu’un air peut donner à voir autre chose que ce que le sujet photographié exprimait »
J’y pensais toute à l’heure mais en quoi serait-ce différent d’un peintre qui fait poser un modèle pour lui faire « penser », représenter quelque chose qui n’avait rien à voir avec la personne et le moment de pose ? Comme par exemple American Gothic, tableau qui a très vite représenté une certaine amérique rurale (les critiques s’écharpaient pour savoir si le tableau défendait ou critiquait ladite amrique rurale), mais dans lequel on sait maintenant que les modèles étaient la soeur et le dentiste de l’artiste, parfaitement citadins tous les deux.-
Ostros
InvitéPeut-être le temps passé sur la toile qui fait passer tant d’autres choses de sa vitalité à lui sur le tableau et , par les lignes, les couleurs, qui le rendent si particulier.
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Seldoon
InvitéPlus de lui et moins de ce qu’il a devant lui ?
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Ostros
InvitéC’est vraiment l’artisanat, le fait de faire avec ses mains, ses gestes répétitifs, minutieux, pendant une heure, deux heures, qui compte selon moi dans la peinture, dans le but de faire sortir, trait par trait, patiemment, le réel vu par la lumière et les couleurs.
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Ostros
InvitéL’expérience du spectateur face à une photo n’est pas la même que face à une peinture.
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Anna H
InvitéPardon de prendre le train en route, mais je ne vois pas les choses de la même manière. Tu n’as peut-être la même sensibilité face à une photo que face un tableau. Pour ma part, j’aime beaucoup la photo depuis très longtemps (la peinture aussi) et je considère que le côté artisanal est très présent dans la photographie : déjà dans la prise de vue (il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton et les photographes tâtonnent, bricolent parfois leurs appareils, mettent au point des méthodes), mais par ailleurs le travail ne s’arrête pas là : il y a le tirage pour l’argentique, avec parfois des techniques très singulières dans la chambre noire (par exemple la solarisation pour Man Ray) ou dans le travail de retouche, ça vaut pour les photos numériques aussi.
La distinction photo d’art / documentaire est bien périlleuse il me semble (qu’est-ce que tu fais des photos de Diane Arbus ou de Martin Parr (2 photographes qui n’ont rien à voir) ?
Au delà, le critère de durée ne me semble pas très intéressant en matière d’art (ça prend du temps au peintre, c’est bien alors ?).
En fait, je crois que je suis toujours mal à l’aise lorsqu’on se met à classer les différents arts. La musique, c’est mieux que la peinture ? En ce qui me concerne, je ne suis pas très sensible à la danse, et d’ailleurs comme par hasard, je n’y connais rien. Mais je ne me vois pas la classer en dessous de la musique ou de la photo.
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Seldoon
InvitéL’experience du peintre est très belle. Celle du photographe aussi, qui épie intensement le réel, l’anticipe (le chat va sauter, la dame sur le trottoir d’en face va sortir de l’ombre…) pour tenter de capturer l’instant, comme on dit.
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Claire N
InvitéOui , c’est vrai que c’est peut etre un art du temps
L’écueil étant à mon sens de créer de la nostalgie
Si il y a art de la photographie pour moi c’est sur ce plan .
Garder le surgissement peut être ?-
Anna H
InvitéPardon Claire N, mais je ne comprends pas.
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Claire N
InvitéEt bien je suis partie du fait que
– je ne prends quasiment jamais de photos des gens que j’aime
– je sais que je déteste ressentir « la nostalgie anticipatoire « que peut provoquer cette capture
– j’imagine donc que pour sortir la photo de cette malédictions il faut « couper « le temps différemment et desamarrer la photo du souvenir,
– sur l’image du guetteur suggéré dans la discussion je me suis dit que le clic correspondait à un moment ou c’est la photo qui jaillissait dans l’objectif -
Claire N
InvitéUn peu comme les photos de l’espace ; le temps y arrive d’un seul bloc
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Anna H
InvitéPar ailleurs, je sais qu’il existe de la photographie abstraite, mais je ne connais pas plus.
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Ostros
InvitéAnna H, ma réponse à seldoon portait justement sur le fait de dissocier photographie et peinture que sa question mettait sur le même plan de comparaison.
Pour la peinture tu retiens le mot durée alors que je parle de geste. De geste répété. De geste répété dans le temps. Et que c’est ce geste du peintre qui crée la toile.-
Anna H
InvitéPas sûre de comprendre ? Tu veux dire qu’un peintre répète son geste lorsqu’il fait un tableau et que c’est ça qui te touche (contrario d’un photographe) ? Et un dessin fait d’un seul trait, d’un seul geste, ça te touche moins ?
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Ostros
InvitéOui dans mon rapport à la peinture il y a ce fait de me rendre compte que ce que je vois, la restitution d’une personne, d’une fleur, d’un lieu et surtout d’une lumière est le fruit de touches de couleurs appliquées par la main de quelqu’un.
Pour le dessin (pourquoi cette comparaison avec la peinture alors que tu ne souhaites pas comparer les arts ?) j’apprécie le minimalisme, oui, le croquis. Il y a aussi là un geste à l’oeuvre. Mais mon goût va dépendre du style du dessinateur. -
Anna H
Invité« Pour le dessin (pourquoi cette comparaison avec la peinture alors que tu ne souhaites pas comparer les arts ?) « . Je n’ai pas dit cela ! Je réagissais plutôt par rapport à une hiérarchisation. Et surtout au fait qu’il n’y avait pas d’artisanat dans la photo.
Et « geste répété dans le temps » ou ce que tu as dit « C’est vraiment l’artisanat, le fait de faire avec ses mains, ses gestes répétitifs, minutieux, pendant une heure, deux heures, qui compte selon moi dans la peinture ».
J’ai tiqué sur le côté répétitif / temps. Que je trouvais restrictif. -
Ostros
InvitéD’accord. Au fait j’ai développé ça car seldoon avait mis photo et peinture sur le même plan au sujet de l’intention du photographe qui est souvent de saisir une expression (or elle ne dit rien de la personne et est souvent le fruit de la subjectivité du photographe), c’était une façon de dire que pour moi peinture et photo n’étaient pas comparables – le travail effectué pour restituer n’est pas le même / ce que je vais y rechercher non plus, etc. J’ai écrit plus haut suite à mes échanges avec deleatur qu’il valait mieux laisser tomber les comparaisons avec les autres arts et parler justement de photo à partir de ce que sont les caractéristiques propres à la photo.
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Carpentier
InvitéLio Bolin artiste caméléon
l’artiste peint dans sa photo, vu il y a quelques années, une expo en plein air le long de ma rivière allier, joueur et témoin pooitique singulier-
Carpentier
Invité*la rivière
En 2005, son atelier a été détruit par le gouvernement chinois.
…. J’étais tellement en colère que j’ai décidé de créer une œuvre pour protester contre ce saccage. Je me suis mis à disparaître dans des décors qui ont une résonance pour la société et le genre humain [un kiosque à journaux, un supermarché, la Grande Muraille de Chine…]. Une fois que j’ai choisi le lieu, mon corps et mon visage sont peints dans les mêmes couleurs que le décor selon un quadrillage précis. Cette disparition de ma personne suscite à la fois un amusement et un malaise. C’est une manière de dénoncer les problèmes sociaux et les difficultés que nous rencontrons en Chine. / ….
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deleatur
InvitéUne question un peu bête sur ce fil de conversation : avez-vous l’impression que François écrit ses romans comme un photographe ?
Souvent eu cette impression en lisant ses romans : saisir, capter, témoigner, restituer, et dans le même mouvement composer, recomposer, réagencer, manipuler le réel qu’il décrit ou dont il cherche à témoigner ; du coup moins le ciné que la photo, ou en tout cas l’image mentale, mais instantanée.
Impression très vive mais lointaine dès Entre les murs. Même chose dans L’amour, mais là les années 70 imposaient plus le chromo, le polaroïd, l’esthétique de Nous deux. -
François Bégaudeau
Maître des clésJe ne sais pas répondre à cette question sur cinéma ou photo dans mon travail. Ce qui te fait songer à la photo c’est peut etre la brièveté de mes touches. Par exemple il est rare que je décrive un lieu « en entier », ni un visage en entier, ni une tenue, ni rien. Je vais le plus souvent relever un détail. Je vais ramener un mouvement à un trait. Dans cette simplification entre quelques chose de la photo, mais aussi, d’abord, de la peinture (de la grande peinture épurée qui commence vraiment avec Manet, mais qui a tant de prémisses avant (Rembrandt, Poussin, par exemple).
Je n’ai pas grand chose non plus à dire sur cette conversation, qui est ce que ce site a produit de plus beau depuis longtemps.
Bien aimé découvrir Alex Webb. Je trouve ça surcomposé, mais ça me procure un certain plaisir du cadre – mon plaisir de la photo tient en général à cela : moins le contenu que le cadre (autant qu’on puisse les séparer)
Sur l’instant : oui Seldoon l’instant arrêté par la photographie a existé, a eu lieu. A eu lieu objectivement. Mais cette objectivité est vide car cet instant n’a pas été vécu. N’a été vécu par personne. Dans le réel tel que vécu, qui n’est que mouvement (et où inversement tout instant est une illusion qui devrait etre subdivisé jusqu’à l’infiniment petit), l’instant figé ça n’existe pas.
La photo capte moins un réel qu’elle produit un réel. Elle produit la fiction de cet instant. Il faudrait voir alors l’effet de cette fiction.
Mais voir aussi ce qui, dans cet instant, est beaucoup plus de l’ordre de l’invariant, ce qui rejoint ce que disait Deleatur. La photo me satisfait sur l’invariant. Des lieux, par exemple. Des espaces relativement figés. Elle est moins crispante quand elle s’attaque au relativement figé.-
François Bégaudeau
Maître des clésSur l’expérience :
Ca apparait dans un entretien avec Cartier-Bresson, qui dit presque explicitement que le résultat (la photo) l’intéresse beaucoup moins que ce que lui fait vivre le fait de traquer le bon instant
J’ai fait un peu de photo, ado, avec un ami. Nos séances nous exaltaient, mais le résultat nous indifférait presque. Et pas seulement parce que c’était médiocre – d’ailleurs ça ne l’était pas tant que ça, et nos compositions très tarabiscotées n’étaient pas sans rapport avec celles de Webb.-
Seldoon
InvitéJe fais des photos à mes heures perdues, souvent en voyage, parfois pour des occasions particulières. J’aime beaucoup me mettre « en mode photographe », c’est particulièrement intense. Qu’est ce qu’on voit bien et qu’est ce qu’on disparait, dans ces moment là. Je trouve ça aussi beaucoup plus joyeux que de faire un plan : ça finit toujours par échouer, un plan. Déjà ça rate souvent en cours de route mais même quand le coeur est réussi, ça finit par rater à la fin. Il y avait un très beau passage dans Mank : on voyait une équipe filmer une cavalcade, ça s’excitait, et puis ça s’effilochait une fois la caméra passée, les chevaux ralentissaient mollement, il n’y avait pas de fin, et ça gache en partie ce qui s’était passé avant. Pas de cette déception systematique en photo. Il y a souvent une construction de photo en photo, on tente, avec le lampadaire dans le cadre ou sans, avec ou sans la poubelle au premier plan. Parfois on rate le bon moment, la voiture rouge ou le rayon de soleil sont passés, mais rien de systématique. A l’inverse, j’aime beaucoup diriger un comédien ou un intervenant pour une interview, je deteste diriger une photo posée (d’ailleurs les rares fois où je m’y suis fait coincer j’ai toujours preferé laissé tourner et aller ensuite chercher une capture d’écran plutôt que de faire une vraie photo).
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deleatur
InvitéJe n’ai jamais « fais » de plan (ni d’ailleurs beaucoup de photo). Pourquoi un plan, c’est moins joyeux qu’une photo ? Le plan, on est d’accord, c’est bien l’image filmée entre deux cut, pas le contenu ? Il y a plus de joie à arrêter le mouvement (dans l’image) qu’à le laisser se défaire de lui-même (dans le réel) ? Ce sont les fins d’un mouvement qui sont déceptives (les fins d’un mouvement social notamment), mais pas les plans que nous en faisons.
Je te taquine un peu…-
Seldoon
InvitéJe parle vraiment de l’experience de filmer un plan. C’est passionant, ça peut être génial, mais il y a les deux éléments dont je parle : pendant le plan on est tendu car ça peut foirer en route (et en général ça le fait). C’est donc laborieux plus que joyeux pendant le plan. Ensuite, même quand le plan est réussi, il finit par rater. C’est difficile à expliquer, je renvoie à Mank qui fait vivre ça. C’est dans la scène où Mank rencontre C. F. Hearst et Marion Davis. Je parle de mon experience personnelle, je ne généralise pas.
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deleatur
InvitéEh bien, c’est une expérience à laquelle je n’avais jamais songé. Cette tension que tu décris, je crois comprendre de quoi tu parles : faire un plan, c’est prendre le risque d’une manifestation, d’une épiphanie, ou au contraire d’une fermeture, d’une disparition.
Je crois que c’est Bergman qui disait que son deuxième chef-op, Sven Nykvist, lui avait appris à filmer un visage comme une épiphanie, et le réel comme un visage.
Je me demande si Bergman a jamais raté aucun plan. En tout cas, ceux qu’il gardait dans ses films.-
Seldoon
InvitéIl y a presque toujours plusieurs prises en fiction. Il y a tellement de choses qui peuvent rater dans ce que tu filmes, alors quand tu ajoutes en plus les erreurs qui peuvent arriver au cadre, à la mise au point, en machinerie si ta caméra bouge, l’ingé son qui laisse trainer son micro trop bas, la batterie qui meurt, le mouvement social qui s’éteint…
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deleatur
InvitéOui, mais cette précarité est-elle propre au cinéma ? Même si la démultiplication des intermédiaires, tu as raison, rend l’ensemble plus branlant. Un plan, c’est 3 ou 4 personnes.
Mais chercher une phrase ou chercher un plan ou un cadre, n’est-ce pas la même chose ?
Par exemple, pour François, qui a dit quelque fois qu’il ne connaît pas grand chose à la technique, mais qu’il pense toujours le cadre de ses plans, ce serait intéressant qu’il nous dise, au-delà des moyens, si c’est très différent au fond de chercher une phrase ou de chercher un cadre.-
Seldoon
InvitéChercher le cadre du plan c’est similaire à chercher le cadre de la photo, c’est après que ça change. pendant que tu filmes les 10 ou 60 secondes ou 10 minutes du plan que c’est une grande tension.
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deleatur
InvitéD’ailleurs, j’en profite, François : le plan fixe (dans mon souvenir) des moniales en train de manger dans Autonomes, sur lequel tu as dis des choses très belles (entre plan moyen et plan rapproché, je ne sais pas le vocabulaire, pour ne pas les déranger, et sans montage pour saisir l’acte simple de manger), est-ce que tu dirais que, là, à cet instant, il y a une épiphanie, même malgré toi, ou à un autre moment du film — les vaches ?.
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Seldoon
Invité« Sur l’instant : oui Seldoon l’instant arrêté par la photographie a existé, a eu lieu. A eu lieu objectivement. Mais cette objectivité est vide car cet instant n’a pas été vécu. N’a été vécu par personne. »
J’aime bien, mais j’aime moins le fait de retenir contre la photographie le fait que contrairement à nous, elle l’a capté, cet instant.
« Elle produit la fiction de cet instant. Il faudrait voir alors l’effet de cette fiction. »
Oui c’est là qu’il faut creuser.-
Fanny
InvitéVous dites, si je comprends bien, que, figeant son sujet, le photographe ne peut capter l’instant vécu, en mouvement. Mais est-ce ce vécu que nous aimons voir en photographie ? Cherchons-nous vraiment ce réel là ? En bonne inculte je pense à quelques célébrissimes clichés de Doisneau : ce que le photographe nous donne à voir, est-ce que ce n’est pas plutôt son propre regard, en l’occurrence plutôt rieur ? Il nous place, en complices, derrière son épaule, pour nous dire « Vois-tu ce que je vois ? Vois-tu comme je vois ? »
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https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/c5j89X-
Fanny
InvitéMaintenant que je prends le temps de lire la page sur Alex Webb, je trouve ce paragraphe, « le choc Henri Cartier-Bresson », qui dit mieux ce que j’essayais de dire : « Je n’avais jamais rien vu de pareil. Alors que je m’émerveillais devant les cercles formés par les verres dépareillées des lunettes et par celui de la demi-cible sur la porte, j’aperçus derrière cette silhouette légèrement tordue et ambiguë. Je me souviens avoir pensé : Comment quelqu’un peut-il voir de cette façon ? Comment quelqu’un peut-il trouver un moment aussi énigmatique dans le monde et le rapporter sous forme de photo ? J’ai commencé à ressentir quelque chose à propos de la perception, du moment, de l’espace et des possibilités uniques de la photographie. Je n’ai jamais oublié cette image. »
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deleatur
InvitéMerci pour cette réponse, François. Ton écriture comme un art de la touche et du trait, comme on a pu parler de la libération du trait dans la bédé. Tu parles d’épure, on aurait pu dire aussi esquisse (Constantin Guys), une esquisse qui donne à voir avec attention mais ne fige pas ou qui ne se fixe pas très longtemps sur son objet. Tu parles aussi de délicatesse, de politesse ailleurs, et c’est peut-être le même geste de peindre (ou d’être délicat avec les choses).
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C’est parfois aussi la sursignifiance de la photo qui me fatigue, la composition excessive, parfois jusqu’à l’indigestion. J’ai une attention particulière pour le cadre, c’est la première chose que je vois, mais là encore je crois que cela me vient plus du cinéma que de la photo : plus la forme, une attention à la forme qu’au contenu, et donc plus au cadre qu’à la lumière ou au contenu. Peut-être que j’ai surtout appris ça chez Antonioni (avec ses lignes de bâtiment et ses cadres de portes).
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Je ne sais pas si la photo produit la fiction d’un instant, mais je comprends très bien ce que tu veux dire — ou alors ce n’est jamais ce qui m’intéresse dans la photo : la fiction comme fabrique de l’image, la fiction comme image fictive, la fiction comme fiction d’un instant qui a existé mais n’a pas été vécu par quelqu’un. D’emblée, on dirait qu’il y a plus de vie dans la peinture (« la vie, la vie » dans le Portrait ovale de Poe) ; mais c’est la vie dans la photo qui me plaît, et même si c’est la vie des pierres, du ciel, des arbres et des bâtiments ; pour les personnages, c’est de la vie volée, et de l’incarnation quand même. J’ai bu me dire que la photo fige, il y a quand même un corps, là, à cet instant. Je n’arrive pas bien à le dire.-
François Bégaudeau
Maître des clésOui c’est compliqué
« Il y a quand même un corps là à cet instant » Oui. Nous le sentons. Et en même temps nous sentons. que ce corps est comme mutilé. Amputé de son principe de vie. Mais là quand même. Mais mutilé. etc
Où pour moi ça ne passera jamais, je crois, ce sont les visages. Les visages photographiés n’ont pour moi aucune vérité – sauf leur vérité plastique, évidemment, machin a effectivement un nez de cette forme. Mais que dit un gros nez? Il y a là la forme mais pas la force. Or moi c’est la force qui m’intéresse. Je veux dire : le principe de vie à l’oeuvre. Ce qui meut.
Les gens qui aiment les portraits aiment la forme sans la force. La pure plastique.
Ils aiment aussi leurs extrapolations sur ces formes sans force. Je ne déteste rien tant, dans les les livres, que les récits qui s’impulsent ou se structurent par la glose de photos de gens. Tellement facile. Tellement roue libre.
Et tellement répandu. Madame Ernaux en tête.-
Seldoon
InvitéTu trouves par exemple Gun 1 de William Klein uniquement plastique et dévitalisée ?
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deleatur
Invité« Et en même temps nous sentons. que ce corps est comme mutilé. Amputé de son principe de vie. Mais là quand même. Mais mutilé. etc »
Là, je ne te suis plus. J’ai l’impression qu’il y a une pétition de principe dans ton raisonnement : tu te donnes la fixité de la photo pour justifier la mutilation, et la mutilation pour justifier qu’une image ne peut aller au-delà de la fixité. Mais peu importe, je comprends bien ce que tu veux dire.
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Pareil pour ce que tu dis du portrait. Mais il est vrai que c’est le regard du portrait qui m’intéresse, pas l’idiosyncrasie du visage (un nez recourbé, un menton fin, des sourcils épais, etc). (Là encore, mon propos est sans doute surdéterminé : un visage, c’est un regard, avant d’être un visage ; appliqué paradoxalement à l’animal, ça a donné des pages intéressantes chez Derrida.) La force de vie, qu’est-ce qui nous la donne dans le portrait ? C’est bien le portrait dans sa totalité (non pas telle description d’Albertine, mais le fait qu’elle soit décrite, non pas telle particularité du couvre-chef de Bovary mais sa description infinie et délirante elle-même). Pourquoi serait-ce différent avec la photo ? Pourquoi le portrait passerait moins bien en photo qu’en peinture ? Questions abyssales.
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Sur Annie Ernaux, tu as peut-être le documentaire de son fils en tête (commenté par elle), ou son livre « L’usage de la photo ». Maintenant que tu m’y fais repenser, c’est vrai qu’il y a beaucoup de descriptions de photos dans ses livres : « J’ai sous les yeux une photo de cette époque… et patati et patata. »-
Seldoon
InvitéJ’ai adoré Tristesse de la Terre de Vuillard et il y glisse quelques photos d’époque. J’aime bien, par contre, effectivement, les passages où il les décrit et explique ce qu’il y voit ne sont pas les réussites du livre.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe ne connais pas Gun 1
Oui Ernaux fait beaucoup ça, et tant d’autres romanciers et romancières.
C’est une forme-topos.-
François Bégaudeau
Maître des clésLe docu commentait surtout des extraits de films super 8. On y voyait des choses, mais très peu. Et le commentaire d’Ernaux occultait l’essentiel.
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Graindorge
Invitépartagé il y a un mois et une semaine. Si ça peut vous servir.
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deleatur
InvitéMerci pour ces références, Graindorge. Je ne connais vraiment pas grand chose à la photo d’art, je trouve toujours passionnant d’écouter parler ceux qui en font et qui la défendent, mais cela ne me procure aucun plaisir esthétique (ou si peu).
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Graindorge
InvitéMoi non plus deleatur je n’y connais rien.
Dans beaucoup de pueblos, circule la croyance ou superstition que le photographe dans certaines conditions est un » ladron de alma » un voleur d’âme
Il y a d’un côté le rituel de prendre une photo. De famille. Et de l’autre les photographes professionnels ou amateurs qui prennent des photos sans demander la permission aux personnes prises ni offrir une rétribution si petite soit elle à ces enfants et adultes de pays pauvres. Ça ça me gêne. D’ailleurs on voit des visages pas très contents dans certaines photos de Alex Webb: cet ado qui regarde l’objectif en protégeant l’épaule d’un copain ou d’un parent plus jeune ou ce gars au chapeau au regard sévère.
Et d’autres. Moi je n’apprécie pas la photo pour moi-même mais il y a des photos qui m’atteignent. Qui déclenchent mon imagination ( imaginaire?) Je regarde et je me fais le film rien qu’avec une image. Des photos qui déclenchent mon rire. D’autres pleurer.
Je regrette que le sujet Photographie n’est provoqué aucun intérêt lorsque Graindorge a lancé le sujet il y a un mois et une semaine. À partir de ce que j’avais trouvé qui était probablement médiocre des gens de la gauche désirable de ce forum hautement plus qualifiés auraient pu apporter les richesses apportées ici grâce à Seldoon. Un sujet devrait être indépendant de qui l’a partagé. L’essentiel c’est qu’il soit revenu et tout le monde profite des richesses. Longue vie à l’art sous toutes ses formes-
Seldoon
InvitéDans le style agressif (sans « passif », dans son cas) il y a Bruce Gilden :
Chaque photo est prise dans une invasion brutale de l’espace des sujets qu’on aura aucun mal à qualifier d’agression. Le produit fini en porte la trace, et je suis obligé de noter que, si le procédé est difficile à défendre, le résultat est fort.
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Gaëtan
InvitéQue peut une photographie ?
Questionne qui m’obsède aussi depuis pas mal d’années.
Et j’aime bien ce texte de Tristan Garcia pour poser quelques balises.-
Seldoon
InvitéMerci, c’est dense et c’est exactement ce dont on parle, je reviens quand j’en parviens au bout.
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Fanny
InvitéC’est intéressant ce questionnement très matériel sur ce qu’est la photographie. Comme il est dit, le questionnement autour de la présence, de la trace matérielle, est en quelque sorte dépassé à l’ère numérique.
Par contre, je ne trouve pas que parler d’information, d’absence et d’événements devenus objets suffise à nous épargner toute déception vis-à-vis de la photographie. Là, je trouve qu’il y a un forçage dans le raisonnement (voir extrait ci-dessous).
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« Voilà exactement ce de quoi la photographie n’a pas cessé d’être le pourvoyeur, depuis le XIXe siècle : une information qui arrache la lumière à la présence, qui l’enregistre, qui arrête des événements et les transforme en objet, qui absente du réel sa matérialité et qui incidemment présente des scènes, peuplées de corps, de visages, de paysages, qui ne sont pas matériellement là. Quiconque accorde à tout ce qui est photographique une confiance fondée sur cette certitude raisonnée ne risque pas d’être déçu ou trompé par les photographies et leur usage scientifique, artistique, journalistique ou même intime. »
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deleatur
InvitéMerci, Gaëtan. Des balises essentielles.
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Ludovic Bourgeois
InvitéCa fait de la lecture.
Je pense que la clé c’est :
De bien arpenter le trottoir, à la recherche de la bonne prise de vue, du bon passage, de la bonne passe.
Histoire de vendre ses atours aux mac mac magazines
Dur-dur le capitalisme, dur-dur d’être un bibi-
François Bégaudeau
Maître des clésOn voit ce que le droitard donne dès lors qu’il s’agit de penser.
Pas encore lu le texte de Garcia. Plus tard dans la journée. Merci Gaetan.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe prends juste l’exemple de Gun 1, de William Klein, que Seldoon mentionnait hier.
Ce qui me met à l’aise, là, c’est que c’est de toute une évidence une pose, une pantomime. Le gamin joue au méchant pour l’objectif. Le réel est alors le suivant : gamin jouant au méchant (par extrapolation on dira : et il est tellement sain que le modèle retourne l’arme vers celui qui shoote, rééquilibrage, démocratie, etc).
Sauf qu’il y a un doute. Il est possible que ce gamin-ado ait vraiment braqué ce photographe qui le gonflait. Ca la photo ne le dit pas, ne l’inscrit pas en elle. Qu’une photo ne soit pas porteuse en soi de cette information si essentielle pour saisir cet instant, est accablant pour elle. Exemple de l’immense LACUNE de la photo.
Reste l’expressivité pure, dont on peut s’amuser ou s’effrayer. Mais je ne sais rien de cet individu, et la photo ne m’en apprend rien (même pas les traits, ici trop déformés)-
deleatur
InvitéJ’essaie une critique de la critique, mais il est possible que je sois à côté de la plaque.
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J’ai l’impression qu’il y a toujours un biais… je ne sais comment dire, alors j’ose « bressionnien » ou documentariste… dans cette manière de voir la photo — biais que je partage, je m’empresse de le dire tout de suite : suspecter la pose, le jeu d’acteur jouant la comédie et qui est photographié en train de faire semblant ; une manière de théâtraliser le réel.
Oui, évidemment, c’est probablement le cas dans Gun 1. Et on a tout de suite envie de faire le montage entre la photo et son commentaire, ou entre deux photos, parce qu’une photo ne serait pas signifiante en soi et ne vaudrait que de manière différentielle et relationnelle, ne tirerait son pouvoir (action / réaction) que de sa relation avec d’autres images.
Et c’est parce que je partage cette manière d’appréhender la photographie que j’avais été vraiment déconcerté de l’entendre exposée à nue au début du Microciné sur Kubrick.
C’est pourquoi je demandais hier s’il est possible de penser une spécificité de la photo qui n’en fasse pas un art aussi impur – tiraillé entre la peinture (qu’au mieux elle singe) et le cinéma (auquel ses pauvres moyens ne permettent pas d’aboutir).-
François Bégaudeau
Maître des clésJe me le demande aussi
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Graindorge
InvitéMais pourquoi comparer la photo avec la peinture ou le cinéma?
La photo c’est la photo. Les grands.es photographes pas forcément reconnus attrape aussi quelque chose du temps et l’immortalise. L’arrache du temps. Devant une photo comme je l’ai dit, mon cerveau peut créer un film. Je peux plonger dans cette grande rue déserte mexicaine, m’y promener, imaginer ce qu’il y a derrière un mur etc. La photo donne à voir mais c’est le spectateur qui devient créateur. Cette rue avec le temps il s’en souviendra comme si il l’avait vraiment connu. Et…magie, il peut la revoir 20 ans après, y retourner se promener. Sourire: Tu es toujours là, rue déserte, vieille connaissance! Et on la parcourt d’un pas tranquille, les mains dans les poches, un sombrero sur la tête, en sifflotant un vieil air mexicain-
deleatur
InvitéIl ne faut pas comparer justement.
Mais il y a une histoire des arts, et la photographie est historiquement coincée entre la peinture et le cinéma.
Pour le dire vite…
D’un côté, la peinture, à laquelle la photographie va permettre de se débarrasser de l’injonction esthétique qui prévalait depuis la Renaissance de représenter fidèlement la réalité — la peinture va pouvoir alors se tourner vers le symbolisme et l’abstraction.
De l’autre, le cinéma, dont les inventeurs en France, les frères Lumières, étaient des ingénieurs de Lyon qui avaient fait leur fortune en fabriquant et commercialisant des plaques photographiques. Il n’est donc pas absurde de dire que le cinéma est né de la photographie, même si d’un autre point de vue, le cinéma sera d’emblée comparé à d’autres arts (le théâtre en raison de la fixité des premiers cadres et des premières prises de vue, les arts populaires en raison de la projection du cinéma parmi les attractions des foires, la peinture en raison de la composition des images cinématographiques, etc.). C’est ce qui a fait dire que le cinéma était un « art impur ».
D’où l’idée, justement, de sortir de ces comparaisons pour chercher à caractériser en propre la photographie.
Comme procédé technique, la photographie a permis la représentation de la réalité bien mieux que la peinture, mais comme art, comme pratique artistique, qu’est-ce qui spécifie la photographie comme photographie ?
La photographie peut-elle être pensée pour elle-même, sans la ramener d’un côté à la peinture (la photo d’art) et d’un autre côté au cinéma (le cinéma documentaire) ?-
Graindorge
InvitéWikipedia: « Photographie » signifie ainsi littéralement « peindre avec la lumière
Dès son invention, l’usage de la photographie est intimement lié à l’évolution de sa technique. Elle est devenue le premier art réellement populaire.
Avant la photographie, c’est la peinture qui avait pour rôle la représentation de la réalité. Mais l’arrivée de la photographie bouleverse le monde de la peinture. Elle perd son rôle de représentation de la réalité et doit alors se réinventer, se diversifier ou bien disparaître. Le conflit du dessin et de la couleur qui remonte à la Renaissance italienne reprend vigueur et s’affirme à nouveau pour rappeler ce qui distingue la peinture des autres arts :
• le dessin : Delacroix cherchera à effectuer la synthèse de la couleur et du dessin en dessinant littéralement dans la couleur. Il mènera notamment à l’impressionnisme, inspirera Van Gogh, Gauguin, Matisse… ;
• la couleur : Ingres poursuivra la tradition issue du modèle antique en n’hésitant pas à affirmer la présence de la ligne, en la déformant, la stylisant…
La peinture deviendra par la suite de plus en plus autonome et questionnera davantage les spécificités de son médium. Les liens entre peinture et photographie seront toujours très étroits, l’une empruntant à l’autre: les genres picturaux en photographie et les qualités visuelles de la photo en peinture, tel l’hyperréalisme qui instituera la photo elle-même comme le sujet de la peinture… »
La première fois que j’ai vu les peintures d’une connaissance qui peignait avec la technique hyperréaliste, je suis resté bouche ouverte: c’était des portraits, des motos, des objets du quotidien. Techniquement rien à dire. L’illusion était parfaite mais je me disais bêtement Pourquoi il s’embête à passer des heures à représenter fidèlement la réalité alors que. une photo et hop… mais c’est la peinture qui disait, qui tenait à dire à la photographie « I’m the best! » car c’est le génie humain indépendamment d’appareils: juste l’oeil de l’être humain, une toile et de la peinture! And THAT is ART. Je continue de penser que c’est laborieux mais le résultat est bluffant, incroyable. On dirait vraiment des photographies.
La peinture, comme tu le dis bien Deleatur, libérée par la photographie pour témoigner de l’histoire va voler vers d’autres horizons: abstraction, symbolisme.
Et dans le cinéma, nous avons, nous reconnaissons de la photographie en mouvement. Ce qui est d’ailleurs son origine. J’étais émerveillée avec ces petits appareils ou il y a plusieurs dessins et avec une manivelle, ça bougeait et prenait vie et devenait un petit dessin animée.
Peut-être qu’il ne faudrait pas trop se prendre la tête et juste constater avec délectation que peinture, photographie, cinéma forment une famille soudée et que les artistes sont là pour créer de la magie avec ces outils qui ne cessent pas d’évoluer.
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Carpentier
Invitésalut,
tout comme j’ai vu hier qu’Ambre Chalumeau
fait maintenant partie des intervenant.es en conf mk2 – non j’ai pas ri, n’importe quoi mais non, j’te dis – j’ai vu que pour le centenaire du … / premier film expérimental de Man Ray, ses travaux reviennent sur grand écran, toujours rythmés par la musique du groupe Sqürl*: Retour à la raison sera présenté par Jim Jarmusch* dans la semaine qui vient, là / ….
Man Ray, pas une ref. bourgeoise pour la photo ça, pluto?-
Oscar
InvitéSalut ! Qu’entends-tu par une référence bourgeoise pour la photo ?
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Oscar
InvitéTu cherches la réponse dans ton CUM ?
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Carpentier
InvitéMon post suivant pourrait te faire réponse,
quant à mon CUM, déjà bien assez triste de me préparer à une future exploration de type spéléo, pour raisons médicales.
Cependant, si ce n’est pas qu’une brusquerie/blague, tu regarderais pas pluto dans le tien?-
Oscar
InvitéTu nous raconteras ! Et si Man Ray c’était Doisneau tout va bien alors.
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Carpentier
Invitéet d’aucun.es s’empresseraient de dire, en choeur, que la nature de ce que je raconterais alors ne changerait pas de d’habitude ^^
on te voit venir, o,
cependant je décline: l’ami Dustan l’ayant magnifiquement fait il y a quelque temps déjà,
après lui, on ne peut faire à ce propos que de la paraphrase plus que médiocre.
Bon dimanche,
PS: Man Ray, ça vaut qu’on s’y arrête? -
Oscar
InvitéDoisneau lui même n’a jamais beaucoup aimé « sa » photo, qui lui a d’ailleurs valu un procès… Man Ray, oui ! Ses débuts dadaïstes puis son travail et son amitié avec les surréalistes. Une photo en lien avec les mots et la poésie. Un rapport aux femmes – des muses – à l’amitié et à la sexualité (la guerre approche à nouveau).
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Carpentier
Invitébsr. je fais le lien à l’instant avec le biopic sur Lee Miller, muse de M.Ray donc?
As-tu vu ce film? -
Oscar
InvitéPas vu. Elle a travaillé avec Man Ray très jeune – mannequin puis photographe – et d’après la bande annonce j’ai l’impression que le film couvre la partie de sa vie où elle fut photographe de guerre, elle était avec Roland Penrose à ce moment là. Tu penses que c’est à voir ?
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Carpentier
Invitéj’irai sans doute, oui
curieuse de ces changements de trajectoires parfois
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..Graindorge
Invité« quant à mon CUM, déjà bien assez triste de me préparer à une future exploration de type spéléo, pour raisons médicales. »
Bon courage Carpentierina: après tu auras plein de bons moments-
Carpentier
Invité🤣 que veux-tu dire exactement?
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..Graindorge
InvitéCarpentina:
les docteurs, les dentistes, etc c’est pas joyeux.
Moi jeudi matin le dentiste va me charcuter: anesthésie et tout le tintouin, alors je me dis qu’après j’irai me baigner, et puis je m’installerai devant un bon film. Et j’en rajouterai pour me faire bichonner, masser etc: plein de bons moments -
Carpentier
Invitéah, dans le sens premier donc? (ok, j’espère aussi)
j’étais dans le plus grivois: me voilà calmée ; )
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Carpentier
Invitévoilà que mon cerveau embrumé pensait plus à Doisneau – moins à Man Ray – dont les photos-types, comme le baiser devant l’hôtel de ville, oui, notamment – pourraient maintenant trôner sur les boîtes de chocolat, en lieu et place d’un Millet ou d’une scène de chasse où le cerf a encore fière allure.
L’art bourgeois n’atteint-il pas son apothéose quand plus personne n’y trouve à redire et, qu’inlassablement, devenant culte, banal, on ne sait même plus d’où un cliché provient? voir, on site tel tableau ou telle oeuvre par automatisme?-
Carpentier
Invité* cite
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Graindorge
Invité« J’ai 17 ans, je suis maigre et mal fringué, j’apprends un métier sans avenir, le décor qui m’entoure est absurde. Quand je montre ces photos à mon entourage, ils sont tous d’accord, c’est de la pellicule gâchée. M’en fous, je continuerai quand même. Un jour peut-être il y en aura un pour trouver dans mes images comme un ricanement révolté. » Robert Doisneau
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François Bégaudeau
Maître des clésun de ces narratifs complaisants dont les artistes ont le secret
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Graindorge
Invité» Un de ces narratifs complaisants dont les artistes ont lle secret » rires. Mais j’aime bien « ricanement révolté »
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Gérard Larcher
Invitéun thread avec 100 posts mais pas une seule photo, c’est assez impressionnant quand même…
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Seldoon
InvitéC’est surtout faux.
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Anna H
InvitéA. Kiarostami, initialement peintre avant de devenir cinéaste et poète, était également photographe. Dans son œuvre photographique on il y a beaucoup de routes, d’arbres, de paysages figés mais aussi dans le mouvement, dans le vebt, la pluie, clichés parfois pris de l’intérieur de sa voiture. Dans Roads, 2006, il utilise de nombreuses photos :
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Hervé Urbani
InvitéTout dans ce film est fascinant et poétique (et la douce voix de Kiarostami ne gâche rien), mais mention spéciale à la séquence ensorcelante avec le chien.
J’ai aussi déniché deux propos forts de Kiarostami sur son rapport à la photographie, lors d’un entretien à la TIFF cinematheque de Toronto :
« I’ve often noticed that we are not able to look at what we have in front of us, unless it’s inside a frame »
« Photography is the mother of cinema »
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Anna H
InvitéQuelques photos de Kiarostami : https://www.wikiart.org/fr/abbas-kiarostami/all-works
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Graindorge
InvitéBeaux cadeaux Anna!
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François Bégaudeau
Maître des clésde l’inanimé comme on aime en photo
la photo pour le non-humain, le cinéma pour l’humain?
c’est une proposition-
Fanny
InvitéQue l’objet de la photographie soit inanimé ne me préserve pas du doute. Par exemple, dans les photos d’Alex Webb sur la page partagée par Seldoon, celle de la boîte d’escarpins me dérange. Ça paraît tellement improbable que le photographe l’ait trouvée là, par hasard, comme ça. Elle devrait se trouver dans un marché, au milieu d’autres boîtes, là où il y a foule de marchands et de passants. Si Alex Webb l’a réellement trouvée comme ça, abandonnée au milieu de nulle part, la photo me va. Mais s’il l’a
déposée, par fait exprès, cette mise en scène ne me plaît pas. Je ne peux que croire le photographe sur parole s’il me dit qu’il a pris cette photo « sur le vif ». C’est invérifiable.Et n’est-ce pas avec un doute similaire, François Bégaudeau, que vous jouez dans Autonomes ? Je suppose que c’était volontaire, mais je n’en suis pas tout à fait certaine : le doute dont on est pris à voir l’ermite déteint sur les autres témoignages (du moins tant qu’on n’a pas rencontré le sanglier). Ce magnétiseur les bras tendus, longtemps, face à la rivière, puis face à la vache : n’en fait-il pas un peu trop, pour les beaux yeux de l’équipe qui le filme ? Ne joue-t-il pas un peu la comédie ?
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deleatur
InvitéMoi, c’est le contrechamp dans le poulailler que je n’avais pas encaissé et pardonné, et pour les mêmes raisons que Fanny — tout à coup, c’est l’ensemble du film qui s’en trouvait discrédité.
Avant de comprendre que « l’homme des bois » était fake et que la forme esthétique choisie pour le filmer était à peu près digne — et c’est un hommage que de le souligner — du pipeautage des docu-fiction-télé-réalités de M6.
Les magnétiseurs sont là aussi pour justifier à un moment le miracle de la résurrection de l’homme des bois.
Et il ne faut pas oublier que le réalisateur, crédité dans le générique du film du titre de « réal halluciné », avant d’être l’incarnation de François, est d’abord un personnage de fiction dans la fiction du film, peut-être perdu dans son rêve ou son fantasme d’un « deus ex machina », rêve à côté du film, fiction à côté de la plaque, personnage de carton (au vue des questions dérisoires posées par le réal), mais tout de même dans le documentaire, avec le lien joué par le magnétiseur qui ressuscite l’homme des bois. Bref, on ne sait plus si c’est de l’art ou du cochon (voire du très cochon) !
Parmi les vidéos mises en ligne au moment de la promotion (longue) de « Autonomes », je n’ai entendu qu’une seule personne reparler de la scène du contrechamp dans le poulailler, mais François a répondu que cette scène, clin d’oeil aux cinéphiles, et d’abord destinée à rappeler que l’on est dans un film, lui avait été beaucoup de fois reprochée.-
deleatur
InvitéJe fais peut-être une erreur en disant que c’est le magnétiseur qui ressuscite l’homme des bois (lorsqu’on les voit tous les deux, l’homme des bois est déjà redevenu vivant). C’est peut-être un choix arbitraire du réalisateur. Mais le trouble et le doute sont là.
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Juliette B
InvitéDe toute façon, un magnétiseur joue toujours la comédie, pour moi ça fait partie de son art (du spectacle). Dès lors, me disant ça après des interrogations initiales, stériles ai-je constaté, sur sa sincérité, je me suis surprise à ma seconde vision du film à regarder le ballet de ses mains avec un grand plaisir. Ce plaisir m’a pris de côté. Ca serait un peu ça le cinéma. Ce déplacement.
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François Bégaudeau
Maître des clésIl est bien vrai que le pari du film, sur ces scènes, était de congédier la question d’y croire ou non. On documente des gens qui y croient. On les regarde croire. On observe comment ils croient. Les gestes de leur croyance.
Ca vaut pour les guérisseurs, pour les soeurs, pour les praticiens de la hutte, mais aussi par contagion pour les paysans en voie d’autonomie.
Ce qui nous renvoie au beau texte de Franck sur le thread art démocratie anarchie.-
Fanny
InvitéMerci. C’est intéressant et assez déroutant de constater que ce que je croyais être le regard un peu goguenard du réalisateur dans ces scènes-là n’est autre que le mien.
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deleatur
InvitéSans doute est-ce un souci ethnographique que d’observer les personnes qui croient, les gestes des croyants, les gestes de la foi. Et sans doute est-ce y croire déjà un peu soi-même, participer à la croyance.
Sans doute y a-t-il de la croyance chez le cinéaste qui observe la réalité qu’il est en train de filmer, la croyance que la caméra en verra plus que lui, que l’invisible pourra apparaître, que l’incarnation aura lieu. C’est la croyance même du cinéma.
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François Bégaudeau
Maître des clésClin d’oeil non aux cinéphiles mais aux spectateurs attentifs. Aux spectateurs qui se mettent à la place du cinéaste.
Que la fiction, dans Autonomes, jette le doute sur le reste m’a d’abord étonné quand je l’ai entendu les premières fois. Et puis après tout ça m’a plu. On devrait toujours avoir une part de doute sur les images.
Ce doute empêche-t-il d’en jouir? C’est la question.
Mais en admettant qu’il s’avère que les soeurs du monastère étaient des actrices, que ferai-je, quand je l’apprendrai a postériori, de l’émotion qu’elle m’ont procurée? Je la mettrai au mieux sur le compte de l’art, qui ne cesse de nous procurer des émotions vrais avec du faux Qui ne cesse de rebattre les cartes du vrai et du feux. Ce qu’Autonomes faisait aussi.-
Anna H
InvitéBien d’accord avec toi. Mais alors je ne comprends pas en quoi ce qui peut représenter une puissance ici constitue une lacune pour la photo de William Klein, Gun 1 ?
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Fanny
InvitéOui, je ne comprends pas non plus. J’aimerais saisir où est la différence.
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François Bégaudeau
Maître des clésCe n’est pas l’ambiguité entre réel et composition qui me gene dans Gun 1.
Ce que je note c’est que je n’ai aucun élément pour en juger. Et je prends ça comme symptome de l’immense lacune de réel de la photo.
Dans le cas d’autonomes, la fiction ressemble fort à de la non-fiction. La preuve beaucoup s’y sont mépris. Mais :
-il y a en fait énormément d’éléments qui laissent au spectateur la possibilité de deviner. Pas seulement le plan, fait pour, sur le poulailler.
-il y a surtout, de l’autre coté, beaucoup d’éléments qui permettent au spectateur d’accréditer les plans purement documentaires.
Pourquoi? Parce que de part et d’autres les plans contiennent beaucoup. Il sont l’animé pour eux.-
François Bégaudeau
Maître des clésils ont l’animé pour eux
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François Bégaudeau
Maître des clésPeut-etre que la photo me laisse perplexe parce qu’elle donne peu à voir.
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François Bégaudeau
Maître des clésAutant d’éléments qui ne prétendet pas annules vos remarques, car vous mettez assurément le doigt, non sur une contradiction de mon propos, mais sur son insuffisance.
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deleatur
InvitéEt pan, bien vu !
C’est pour cela que je disais qu’une certaine approche et pensée de la photographie reste tributaire du présupposé de l’enregistrement (comme photo-graphie) qui ne devrait pas être terni ou dégradé par des éléments de mise en scène ou de manipulation.
On pourrait peut-être répondre que le cinéma est né de ce double rapport, de cet entremêlement du documentaire (les frères Lumières) et de la fiction (Mélies), ou de l’enregistrement et de l’image (ou de la mise en image), ou du réel et du récit — « Le repas de bébé » des Lumières, fiction ou réalité ? Les deux mon capitaine ! Alors que la photographie tire son essence uniquement de la captation d’une réalité ou d’une présence, par l’enregistrement de la lumière, et que la mise en scène ne peut y apparaître que comme superfétatoire.
C’est ce même présupposé (exemplairement illustrée par Barthes, dans La Chambre claire) qui fait que, pour ma part, j’ai toujours eu du mal avec le numérique (comme manipulation des images).-
Dune
InvitéIl me semble que les réserves faites à la photographie souffrent peut-être un peu d’un manque de pratique. Non pas qu’il faille forcément pratiquer un art pour le critiquer. Mais la pratique pourrait aider à « calmer » ou refroidir les attentes théoriques qui lui sont faites et leur inévitable déception : la photographie ne dit pas le réel, ou mal, elle le tord, ou le réduit, etc. Le sentiment de « trahison » face à cet attendu naïf est bien sûr encouragé par l’utilisation la plus médiatisée de la photographie qui prétend informer, restituer le réel ou admet le manipuler depuis son invention (presse et publicité). Ainsi François critique sa faiblesse principale : la fixité de la frame qui invisibilise au risque de trahir le contexte animé de sa capture. Une photographie dramatique pourrait n’être que la ponction d’1/500e de seconde d’un « réel » animé totalement contradictoire. Qu’un reflet tragique puisse surgir d’un réel joyeux, ce serait par définition une trahison. Sentiment juste, si l’on prend les êtres et les décors capturés pour le sujet de la photographie. Mais ce n’est pas seulement ça la photo. Ou alors c’en est une vision bien pauvre.
Cette réduction au véridique est entretenue par des photographes bankables qui s’appuient sur la supposée réalité de leur clichés pour être éclaboussés de l’héroïsme ou de l’humanisme qu’induirait leur présence sur les lieux spectaculaires de la capture. Capa ou Salgado malgré les indéniables qualités plastiques de leurs travaux sont des clichés du genre. Les nombreuses retouches (principalement des effacements) de Steve McCurry le condamnent, spécifiquement parce qu’il faisait du réel capturé un gage de la qualité de son travail. Et pas pour rien : son principal gagne-pain ce n’était pas les expos ou les livres, mais le « réel » rémunéré de grand « reporter » pour la presse magazine.
Je pense néanmoins qu’il est important de voir au-delà de ces clichés sur la photographie (…) pour l’appréhender avec un minimum de justesse, notamment quand on évoque le travail de Webb et des nombreux autres n’ayant aucune prétention journalistique. Quand on sort du champ journalistique ou documentaire, la réalité des interactions entre les sujets photographiés et le photographe, le rapport au réel du photographe, ce n’est pas le principal sujet. Il y a une personne qui écrit via la lumière avec sa sensibilité propre. Elle ne restitue pas, elle ne décrit pas. Elle choisit, vise, déclenche, édite et propose le résultat de ce qu’elle a créé. Ce qu’on ressent, apprécie ou déteste dans une photo c’est d’abord un regard. Et oui, il y a de la mise en scène. Quasiment toujours même sans poser une boite d’escarpins dans un lieu incongru ou avoir des sets hollywoodiens à la Crewdson. Etre là, plutot qu’ailleurs. Etre serré plutot que grand angle. Etre ouvert plutot que fermé, surex ou sousex, en contre-plongée plutôt qu’autrement. Tout est trahison du « réel ».
Dans « la geste » du photographe ne se joue pas seulement un rapport mirroir au réel. La photo peut ainsi n’être qu’un pretexte, un outil pour appréhender « son » monde. Je crois que ça a été évoqué par Seldoon (?) plus haut : prendre des photos c’est aussi changer son rapport au monde. On pourrait ne pas déclencher une seule fois et pourtant jouir de l’acuité induite par cette démarche particulière qui est celle du photographe en quête de la « bonne » image et ce que ça provoque dans son rapport au monde. Pour illustrer cet aspect qui me semble central, il y a Garry Winogrand. Bien que mort en 1984, il y a eu jusque très récemment des inédits de ses travaux dans de nouvelles expositions. Entre les commandes qui le faisaient vivre, Winogrand a shooté frénétiquement jusqu’à la fin de ses jours. La photo en tant que telle n’était même plus le sujet : des cartons entiers de pellicules jamais développées s’entassaient chez lui. Parmi les quelques images de lui au travail, un petit reportage allemand me semble assez précieux pour l’observer dans sa pratique et percer un peu ce qu’est aussi la photographie.
Malgré les automatismes perceptibles de son métier, notamment ses tics de « discretion » quand il croise un regard, on voit qu’il ne se soucie quasiment plus de la composition (plein de photos tardives peuvent être considérées comme techniquement « ratées », notamment avec un horizon négligé ou des sujets « casquettes »). Mais selon moi, on voit à l’oeuvre dans ces extraits ce qu’est principalement la photographie pour de nombreux artistes. Son objet ne se limite pas à la naïve prétention de capturer le réel, mais est aussi auto-centré. Le résultat matériel de cette démarche, les photos, informent autant sinon plus sur l’opérateur que sur les sujets photographiés. Je crois qu’il ne faut pas voir une photo comme une prétendue fenêtre sur le monde mais comme une fenêtre sur un regard, la restitution d’un rapport particulier d’un artiste au monde. Ni plus ni moins que n’importe quelle autre création artistique finalement. Winogrand conclut vers la fin sur son rapport à la photographie : « […] je sors complètement de moi. C’est la chose la plus proche de ma non-existence (rires). Ce qui est la meilleure chose… Pour moi, en tout cas, c’est attrayant. »
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deleatur
InvitéMerci Dune, pour cet éclairage (sans mauvais jeu de mots) précieux. Bêtement, il ne m’était pas apparu que François pouvait envisager la photo depuis sa pratique de cinéaste.
Mais dans ce que tu dis, n’y a-t-il pas le risque d’une pratique un peu narcissique de la photographie ? (Je suis désolé de le dire de manière aussi peu raffinée et aussi tranchée.)
Narcissisme dont le cinéma protégerait le cinéaste presque malgré lui : quel cinéaste plus artiste au sens où tu l’entends que Bergman et pourtant quel autre artiste que lui (et ses deux chefs opérateurs, Gunner Fischer dans les années 50 et Sven Nysvist ensuite) pour saisir la vitalité de Monica dans une scène de bain ou l’épiphanie d’une âme sur le visage d’Ingrid Thulin (Le silence) ou de Liv Ulhman, par exemple dans un film qui à mon avis est l’un de ses meilleurs, Une passion (où l’on retrouve un personnage de photographe un peu fou qui archive l’ensemble de ce qu’il vit) ? -
deleatur
InvitéMouvement centrifuge du cinéma, quand le mouvement de la photographie serait centripète.
Je crois qu’on ne sort pas de l’opposition.
Mais je suis bien désolé de le dire de façon aussi grossière et catégorique. -
Anna H
InvitéDune, tu aurais le lien vers le reportage sur G. Winogrand ?
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Dune
InvitéAnna, le documentaire complet contient des entretiens avec plusieurs photographes. Le réalisateur en a publié qlq sections sur son youtube dont la partie Winogrand postée précédemment :
https://youtube.com/@EnglerMichael?si=k7y4QKXCdAuJ6Np6
Pour le risque narcissique Deleatur, sans doute un peu… seulement si mon post tranché consistant à présenter la photographie comme autre chose qu’une simple tentative trahie de capture du réel recouvrait tous les aspects de cette discipline. Ce n’est bien sûr pas le cas. Ramener le regard du photographe au 1er plan est un contre-argument pour contrebalancer une discussion qui me semblait univoque. J’ai peut être un peu trop chargé la barque de la mise à distance du sujet par l’évocation de Winogrand ne développant même plus ses photos… J’irai voir les Bergman, mais je ne crois pas que la démarche que tu décris soit contradictoire. Il y a un jeu mouvant entre le réel et l’inspiration du photographe, entre la capture et la création, la sublimation et la réinvention.
L’aspect le plus discutable de ce type de photographies, et qui le distingue de toutes les autres disciplines (y compris de la littérature qui peut couvrir la trahison du réel via des pseudos), tournerait autour de questions extra-artistiques : sur l’éthique ou la morale dans l’utilisation de sujets non-volontaires pour un projet artistique pouvant in-fine brouiller, tordre ou trahir leur « vérité » propre… c’est un débat juridique.
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Anna H
InvitéMerci
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François Bégaudeau
Maître des clésc’est bien le magnétiseur qui ressuscite l’homme des bois
le magnétiseur secondé il est vrai par le montage
le magnétiseur + le raccord -
Baptiste S
InvitéBonjour,
Je suis nouveau, je trouve cet échange passionnant. Je trouve qu’a peut-être été oblitéré une dimension importante de l’expérience de la photographie: le montage permis par la série. Pour cela, je vais m’appuyer sur un travail connu par un photographe qui l’est tout autant: Fish Story de Alan Sekula. Il est clair, comme le dit François, que si on regarde une seule de des photos de Sekula, on y voit pas grand chose. Prises en elle même, ces photos sont lacunaires, n’ informent pas le réel de la vie des portes conteneurs. Je crois que les photographes composent maintenant depuis longtemps avec cette idée: une image ne doit pas informer le réel, sinon c’est le photojournalisme qui se prétend objectif et impartial, collé à la légende. Même si je crois bien saisir que pour toi François le problème n’est pas qu’une image soit lacunaire, mais plutôt qu’elle le soit trop? Le primat du corps, du visage et du portrait est également souvent remis en question dans la photographie documentaire contemporaine: en tout cas certains photographes ne le considèrent plus comme son lieu fort, même si je considère que la saisie des gestes suspendues, des gestes expressifs notamment (les techniques du corps), restent quelque chose de précieux. Ce serait l’objet d’une autre discussion. Je renverserai l’argument: ce qui est intéressant justement c’est que la photographie impose ses lacunes à une représentation du réel: les images photographiques ont la capacité de problématiser frontalement notre rapport au réel. Ce que des photographes comme par exemple Phillipe Bazin, Roessler, Pataud ou Sekula revendiquent, c’est une éthique du temps long, mais surtout une proposition de montage des images pour défier le primat de l’image unique et véridique. On revient à ce que disait deleatur quand il mentionnait Didi-Huberman : les images se conjuguent au pluriel, comme dirait JLG. Il faut mettre en relation les images selon une logique sérielle, pas forcément narrative, adossée souvent à d’autres objets dans les expos et les livres (textes, films, théorie). Je trouve que l’écueil de commenter une seule image, c’est de toujours finir par se poser la question de ce dont elle a été capable, et finir par vouloir fixer son contenu (une image c’est ça, il s’est passé ça), alors qu’une tradition de la photographie documentaire a toujours combattu l’idée d’une image en couverture qui couvrirait l’information, et donc le réel. Par exemple, Depardon a très vite a voulu réécrire les légendes des photos qu’il publiait, en mettant en relation l’itinéraire et les gestes dans ses photographies, l’ambiguïté retrouvée des images ouvrait à un espace heuristique qui permettait de comprendre les relations entre un itinéraire imposé(tu dois aller là pour prendre des photos de ça) et le développement d’une subjectivité (qu’est-ce que je fais ici?), à travers le corpus remonté de ses photos éparpillées. Dans le cas de William Klein, on est dans le boom du livre de photographie, presque des photographies destinés à la lecture. Il y a donc un problème d’approche: il faut certes parler de cette photographie pour ses qualités autonomes, et vous décrivez très bien tout ça, mais il me semble que vous n’allez pas jusqu’au bout. Il faut parler d’une photographie pour renseigner quelque chose de la série globale, comme avec un extrait de roman. Je trouve que c’est encore plus évident pour Sekula dans Fish Story : un homme et un appareil, c’est léger, ça ne prend pas de place, ça se faufile et c’est précieux. Je pense aux fameuses photographies des SonderKommando commentés par Didi Huberman ou Farocki: on y voit rien, le réel renseigné est quasiment nul, mais le geste de photographier, la volonté de le faire sont tout autant de traces précieuses que ce cadre raté, ce flou déchiré, cette absence de tout ce qu’il faudrait pour informer de manière exhaustive. Le réel d’une image à l’autre est fluctuant et inégal. Tout revient alors à cette question que je trouve passionnante: comment prendre position dans un espace avec le moins de poids possible, comment mettre en relation la multiplication de ces tentatives, et enfin, comment garder la trace de cette tentative. Avec Fish Story, on a notre lot de réel, l’idée de Sekula, c’est de montrer comment le porte-conteneur est une des inventions les plus importantes du capitalisme. Il y a la lourdeur des conteneurs en prise avec l’espace maritime qui insiste sur plusieurs photographies comme un motif. L’exposition/le livre se compose de deux volets distincts. Le premier, de nature documentaire, se concentre sur la description sérielle de l’espace maritime contemporain, soulignant comment il a été marginalisé au cours des dernières décennies. Le travail topographique évite le pittoresque, Sekula préfère capturer des moments en marge de situations, des photographies des temps faibles plutôt qu’un moment central. Les ouvriers sont pris dans des situations quelconques. Je ne suis pas sûr que le cinéma aurait pu se permettre ce degré de saisie d’une abstraction dans les cadres, nécessaires à la restitution de la position fragile mais souple qu’on occupe face à cet espace. Le deuxième volet adopte une approche plus fictionnelle, l’idée est d’explorer la mer en tant qu’objet de représentation, dans la peinture, dans la littérature aussi. Sekula enquête sur la disparition de la mer de nos imaginaires collectifs. J’aime bien la brutalité dialectique de cette approche. Il me semble que la multiplication des prises de position(photographiques et théoriques) permettent alors de lever d’autres contextes autour d’images du capitalisme.
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Baptiste S
InvitéJ’ai oublié la conclusion: Sekula montre donc que la disparition de la mer dans nos imaginaires est lié au statut du porte-conteneur capitaliste, puisqu’il faut au mieux dissimuler les conditions de production et d’obtention de nos marchandises, la mer est amenée à disparaître dans les images contemporaine. En même temps, il comble cette lacune par la série de photographies, et les lacunes de la photographie par une dimension théorique. Les meilleurs photographes sont peut-être ceux pour qui la photographie au singulier est rédhibitoire?
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François Bégaudeau
Maître des clésMerci à Dune et Baptiste, je réagirai quand davantage de temps.
Vous m’éclairez. Vous nous éclairez, j’ose espérer.
Le postulat de Dune étant parfaitement juste : « Il me semble que les réserves faites à la photographie souffrent peut-être un peu d’un manque de pratique.. »
Pratique de photographe, dit Dune, mais aussi pratique de spectateur de photographie, que je suis quatre fois par an.
Comme souvent quand on pratique peu un art, on tient sur lui quelques discours génériques, sans doute pas erronés – je maintiens certaines choses- mais très insuffisants parce que génériques.
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Ema
InvitéJe trouve certaines photographies prises sur le vif, à l’insu de leurs sujets, très drôles et touchantes. On peut y voir en simultané plusieurs actions en cours qu’on aurait eu le loisir d’observer toute s en mouvement. Machin parlant à machine qui visiblement s’en fout et regarde ailleurs, truc qui picole dans son coin à l’abri des regards, bidule qui vient de se renverser du vin sur le pull tout neuf et qui s’essuie nerveusement, des gamins hilares ou en crise de larme… Mais on trouvera plus souvent ce genre de clichés dans les album photo de famille que dans des galleries d’exposition, ce qui tenderait selon moi à faire de la photographie une forme d’art accidentel plus qu’intentionelle… Lorsqu’il s’agit d’un cliché à vocation artistique, la suspicion de la mise en scène est toujours là et me gâche aussi un peu le plaisir à l’observer comme un condensé de vie..
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tristan
Invité« Lorsqu’il s’agit d’un cliché à vocation artistique, la suspicion de la mise en scène est toujours là et me gâche aussi un peu le plaisir à l’observer comme un condensé de vie.. »
Pareil ! Même les joueurs du PSG photographiés(en noir et blanc pour mieux nous signifier que la créolisation est en marche vers un avenir radieux) ont l’air intelligent. C’est dire si ta suspicion est fondée.
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tristan
InvitéPhotographiés par les studios Harcourt au profit de la « Fondation PSG »(on ne rit pas)
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François Bégaudeau
Maître des clésOù l’on voit concrètement à l’oeuvre une fixette raciste. Tout un système affectif sous magistère de l’affect raciste
De quoi que vous parliez à Tristan, le lien sera fait avec les arabes et les noirs
Cela pourrait être un jeu éducatif : sur les thèmes suivants, fais un lien avec les arabes en un coup : les brocolis, le cuivre du Chili, le cachalot, Florent Pagny.On aimerait bien savoir le rosebud de cet affect
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Carpentier
Invitéet des clichés pris en Afghanistan?
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Graindorge
InvitéAllez Tristan tristounet, ma grand-mère maternelle, paix à sa belle âme, me disait toujours: « amour de ma vie, si tu as peur du noir, allume la petite lumière »
Regarde donc avec nous toutes ces merveilles partagées dans ce fil
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Seldoon
InvitéMerci à Dune et Baptiste, c’ets effectivement très éclairant. J’avais oublié l’existence même de Fish Story mais attention, ça dépasse la photo puisqu’il s’agit d’une série de documents, dont une grande partie est composée de textes de fiction ou non. En série de photographies je crois que j’avais déjà parlé sur l’ancien site d’une exposition qui avait fait un détournement génial. Je n’ai plus les références, ni le nom de l’exposition ni celui des artistes. L’expo était commissionnée par l’UE, avec comme sujet incroyablement bidon « L’Europe, unie dans sa diversité ». Un collectif de photographes s’en était emparé en allant dans un des grands hubs de métro parisien (probablement les Halles, le but étant d’y trouver de la mixité sociale) puis en y arretant des passants pour les photographier en pied, un peu platement, sur le fond le plus neutre possible trouvé sur place. Ensuite, le gros du travail avait consisté à classer les photos pour regrouper les profils :
– les cadres dynamiques chemise de couleur pantalon de costume, sacoche à ordi en bandouillère (trottinette optionnelle, c’était à l’époque du renouveau des trottinettes sans moteur)
– les petits vieux avec gilet de pêcheur
….
Lesdits profils étaient ensuite affichés ensemble, et toute notion d’individualité ou d’élégance vestimentaire disparaissait sous les uniformes mis à jour par ces regroupements. Le premier effet sur le spectateur était le rire, jusqu’à ce qu’immanquablement il se trouve épinglé dans son propre groupe.-
Claire N
Invité« épingle « comme les albums d’entomologistes
Peut être effectivement qu’il y a de cela dans les séries de portraits, sortir les « vivants « de leur terrain pour les « classer «
En train de voir « désordre « par ailleurs et curieuse , car il y est question de photos, de portraits, de gens qui doivent sortir du cadre
Curieuse aussi de votre avis sur cette question dans le film
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Seldoon
InvitéPhotographie de (et non par) Mark Rothko :
https://images.app.goo.gl/mN6zvmSzAsgYcoCt8
Rothko y a écrit de sa main « I don’t look like this ». Je découvre aujourd’hui que ce peintre abstrait a fait du figuratif pendant 25 ans avec grand talent. Il n’étais cependant jamais satisfait de la façon dont les humains apparaissaient dans sa peinture, dans la peinture. Il disait ces représentations mensongères, ce qui finit par le détourner complètement du figuratif, lui qui centra toute sa vie son travail sur ce qu’il appelait « l’élément humain ». Cette histoire et cette quête m’ont évoqué certaines discussions tenues ici.-
Zyrma
Invitétu peux voir cette évolution (avant de te plonger vraiment dans ses oeuvres les plus abouties) à l’expo remarquable et exceptionnelle jusqu’au 2 avril à la fondation Louis Vuitton (oui bon)
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Seldoon
InvitéJ’en sors justement, c’est là que j’ai croisé la photo
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..Graindorge
Invité-
..Graindorge
InvitéJe ne connaissais pas cette photographe
Je l’ai découverte par hasard. Un livre de Isabel Coixet
« Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midis » Des petits histoires de 2,3 pages chacune. Sur des livres qu’elle aime, des films. Isabel Coixet » la vie secrète des mots » un de ses films que j’ai aimé.
Je dis bof pour certaines histoires, je prends des notes aussi. Et puis ça. Isabel raconte l’histoire extraordinaire de cette femme dite ordinaire, une nounou pendant 40 ans à Chicago . Isabel intitule cette histoire » la solitude de Vivian Meier »
Sur internet: ses photos jamais vues par personne de son vivant ( Vivien Meier: her discovered work)
C’ est un certain John Maloof qui a acheté par hasard un coffre plein de négatifs et qui se rendant compte de la qualité de cette artiste, a ensuite consacré sa vie à faire connaître son génie. Pour certains , plus grand que Diane Arbus, Weegee. Son talent est du niveau d’un Richard Avedon ou Irving Penn. Moi je ne la comparerais à personne. Unique.
Une femme simple que certains des enfants dont elle s’est occupé ont aidé économiquement vers la fin de sa vie. Ils n’ont jamais vu ses photos. Nous oui. Quelle chance folle!-
stephanie
Invitéhttps://www.on-tenk.com/fr/documentaires/7e-seance/a-la-recherche-de-vivian-maier
découverte par ce doc passé sur Arte , qui reprend son histoire.-
..Graindorge
InvitéMerci Stéphanie! Je vais tâcher de retrouver ce documentaire
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..Graindorge
Invité -
Carpentier
Invitécourir voir River Boom si pas vu:
ça y rit et pense aussi la photo
avec tant de malice-
..Graindorge
InvitéCourir sur l’Atlantique Carpentina? Heu.. je crois que quelqu’un a marché dessus mais… j’attendrai gentiment pour ma part un miracle plus accessible comme le ciné club Price qui l’aurait en vos…
Je note River Boom. Veinarde!-
Carpentier
Invitéil y a parmi les 3 potes reporters/photographe/vidéaste certain Paolo be-positive à croquer en +
et le réal, certain Claude qui, dans sa bio parle d’être proprio d’un disque de Rondo Veneziano
le 3e c’est Serge-
..Graindorge
InvitéGrazie mile cara Carpentina! Tout écouté. Beaucoup aimé à la 7′ et des poussières puis 17’50 et le merveilleux: dès 26’45 jusqu’à la fin
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..Graindorge
InvitéMon remerciement ne s’est pas affiché je crois
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..Graindorge
InvitéJusqu’au 16 mars!!! Ouèèè! J’y serai
De sublimes clichés de la mystérieuse photographe Vivian Maier sont à voir à Nice https://www.nicematin.com/detente/de-sublimes-cliches-de-la-mysterieuse-photographe-vivian-maier-sont-a-voir-a-nice-953186
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graindorge
Invitésavoureux moment avec ce jeune-homme, ce grand photographe: Jean-Claude Gautrand » tout le monde voit, peu regardent »
[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ClrjnKXe-D8?si=eqSfoFW7Ls8Bq1t-&w=560&h=315%5D
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Sam le ceufi de la Marie 2 Tiercé
InvitéBonjour,
Merci du partage de l’article sur Alex Webb, j’adore ce genre, de sémiologie, qui permet d’accéder un peu mieux, à un art/artiste.Sinon, je ne comprends pas bien le reproche fait plus bas, à la photo, qu’elle ne capterait pas le réel.
C’est une œuvre d’art, donc, par définition, l’expression du réel depuis le prisme de l’artiste.
Une vision du réel, comme un livre, un film, une chanson si on veut.
Le réel n’est jamais là, dans aucun art, par définition, qui est un mensonge qui dit la vérité, comme bien dit dans CUM decFB! ☝🏽👏🏽😉 -
..Graindorge
Invité -
S@M
InvitéMerci !
Incroyable on dirait un manga, tellement la silhouette du mec au fond à droite est puissante, énigmatique, en mode le retour de Matin-Guerre de manga :

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S@M
InvitéPénible de pas pouvoir mettre deux URLs ou images dans un seul post:

Gaza, j’arrive même plus à y penser, c’est dramatique, JPP d’être aussi impuissant, d’ailleurs j’avais vu un film sur l’organisaton d’un mariage à Gaza aux 400 coups à Angers, dans les années 2010 je crois… Ce génocide et la volonte du GVT israélien de faire la guerre à tous ses voisins dorénavant est assez exemplaire de notre impuissance généralisée, dans ce qu’on appelle nos démocraties. On vote à gauche, le psdt met un gvt de droite voire pire.Je conseille la lecture de l’excellent Francis Dupuis-Déris : « nous n’irons plus aux urnes », pour comprendre à quel point on vit dans des aristocraties électives et non, dans des démocraties. D’ailleurs le terme n’était pas utilisé à la base, il a popé dans les années 1850, le pouvoir voyant que le peuple était content qu’on lui dise qu’il avait du pouvoir. (sic)
Pour ceux qui n’aiment pas lire, Dupuis-Déris a fait 2 Thinkerview jcrois et d’autres trucs, dont un hors-série, chez Judith Bernard. -
Oscar
Invité» Voulant m’obliger à commenter les photos d’un reportage sur les « urgences », je déchire au fur et à mesure les notes que je prends.
Quoi, rien dire de la mort, du suicide, de la blessure, de l’accident ? Non, rien dire de ces photos où je vois des blouses blanches, des brancards, des corps étendus à terre, des bris de verre, etc. Ah, s’il y avait seulement un regard, le regard d’un sujet, si quelqu’un, dans la photo, me regardait ! Car la Photographie a ce pouvoir – qu’elle perd de plus en plus, la pose frontale étant ordinairement jugée archaïque – de me regarder droit dans les yeux (voilà au reste une nouvelle différence : dans le film, personne ne me regarde jamais : c’est interdit – par la Fiction). »
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La chambre claire – Roland Barthes -
Carpentier
InvitéRemettant le nez dans son Antimanuel de Littérature, un de mes prefs de lui comme on sait, avec son Dans la diagonale,
je retombe sur cette photo (p.184, en ouverture de la partie 4) dont l’effet produit quand je la découvris ne s’est pas estompé:
– Boy sleeping, jeune homme endormi, Budapest, André Kertész, 1912
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RohmerBresson
InvitéJ’ai parcouru ce fil, ma foi plutôt intéressant, même si en effet certains messages accusent un manque de connaissance quant à la pratique et l’histoire artistique et aussi théorique de la photo. Pour celles et ceux que ça intéresse, je conseille vivement la lecture du Style documentaire, d’Olivier Lugon, édité chez Macula. Il s’agit de sa thèse il me semble. C’est un texte qui expose très clairement les principaux débats qui agitèrent le monde de la photographie et le monde de l’art dans les années 20 et 30, aux USA et en Europe, notamment autour de figures majeurs comme Walker Evans et August Sander. On y trouve déployée l’idée que là où la photographie est la plus « artistique », là où elle déploie sa plus grande force, c’est précisément quand elle documente, qu’elle donne à voir, qu’elle expose le réel sans autre prétention. Une idée paradoxale et passionnante à mon sens, qui éclaire tout un pan de la photographie moderne et contemporaine. Bonne lecture.
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..Graindorge
InvitéRohmerBresson
Merci. Je note ce livre: il est peut-être dans une bibliothèque à Nice.
Tu n’as pas stp une photo ou 2 pour l’ici et maintenant? -
Carpentier
Invité…. même si en effet certains messages accusent un manque de connaissance quant à la pratique et l’histoire artistique et aussi théorique de la photo / …
ça tombe bien, personne ici ne candidate pour bosser dans un éventuel studio que tu dirigerais ou pour valider un diplome grâce a tes lumièresà part ça, ça va?
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Oscar
Invité
Vivian Maier-
Oscar
InvitéCherchant autre chose je me rends compte que ce serait plutôt Winogrand cette photo
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Ostros
InvitéLe centre Pompidou va fermer pour travaux (désamiantage, entre autres…) dès le mois de septembre, pendant 5 ans.
Je n’étais pas préparée.
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..Graindorge
InvitéTrouvé ce livre à la bibliothèque universitaire. En espagnol donc j’imagine qu’il existe aussi en français
Un grand bonheur!-
Oscar
InvitéJ’aimerais beaucoup lire la biographie de Pamela Bannos à distance apparement du mythe V. Maier créé par le collectionneur découvreur. Mais pas de photos à l’intérieur, puisqu’elle n’a pas eu accès à la collection… et pour cause.
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graindorge
InvitéSebastiao Salgado, photographe brésilien

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graindorge
Invitéune suffisait mais bon, allez la dernière et dodo
Sebastiao Salgado
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graindorge
InvitéSebastiao Salgado

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graindorge
InvitéPhotos de Abbas Kiarostami. Personnellement, je les ai regardées en arrêtant la musique
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bibinard
Invitékan jaitai peti jai daimontai le leka de mon tonton
ilété pas contant -
graindorge
Invité.
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Seldoon
InvitéLes photographies de la Maison Blanche publiée par Vanity Fair sont très discutées en ce moment sur les réseaux, avec raison. Superbe leçon de cadrage : les postures prises par les sujets sont des grands classiques du portrait politique, le cadre est systématiquement trop large ou trop serré. On voit ainsi les pieds sous la table au lieu de fermer l’image par le joli reflet texturé sur le bois verni, ou les pores de la peau. Evidemment, rien de ce qui est habituellement photoshopé ne l’est : ni les marques d’injection, ni les prises électriques.
Jetez-y un oeil, cette série fera date dans l’histoire du portrait de personnalité politique – et ne pourra probablement plus jamais avoir lieu.
https://www.vanityfair.fr/article/un-an-au-coeur-de-la-maison-blanche-partie-1-
Seldoon
Invité
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laphoto
Invitéhttps://www.academiedesbeauxarts.fr/arno-rafael-minkkinen-laureat-du-prix-de-photographie-de-lacademie-des-beaux-arts-william-klein
Un photographe remarquable par son travail et sa discrétion. -
Oscar
Invité
Tours Mercuriales, Porte de Bagnolet, Bagnolet (Seine-Saint-Denis), 1984 – © Robert Doisneau
Mission photographique de la DATAR, Série
« Banlieue d’aujourd’hui, dans les banlieues et villes nouvelles de la région parisienne »-
Seldoon
InvitéA propos des Mercuriales, il existe un photographe qui en a fait son sujet.
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Oscar
Invité
Walker Evans –
License Photo Studio, New York,
1934
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“You don’t want your work to spring from art ; you want it to commence from life, and that’s in the street now. I’m no longer comfortable in a museum. I don’t want to go to them, don’t want to be ‘taught’ anything, don’t want to see ‘accomplished’ art. I’m interested in what’s called vernacular.” -
..Graindorge
Invité
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