skip to Main Content

Accueil Forums Forum général Philosophie & Gilles Deleuze.

Étiqueté : 

  • Ce sujet contient 32 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par deleatur, le il y a 2 années et 5 mois.
Vous lisez 6 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #22214 Répondre
      Jérémie
      Invité

      Bonjour François,

      Cela fait un bon moment que je suis plus ou moins régulièrement en contact avec votre pensée à travers les différents contenus accessibles publiquement : podcasts, interventions pour des collectifs/médias/émissions publiés sur YouTube/Twitch, mais aussi, bien sûr, à travers de vos ouvrages dont j’ai essentiellement lu « Histoire de ta bêtise » et « Boniments », etc.

      Assez paradoxalement, je ne suis pas un grand lecteur de vos œuvres – j’ai encore toute une vie pour pallier à cette anomalie – mais je t’ai beaucoup écouté en parler. Étant bien un produit de mon époque, c’est essentiellement donc à travers de « L’Internet Mondial » (lol) que j’ai eu accès aux fragments de votre pensée distillés ici et là sur celui-ci (j’ai 26 ans). Quelque chose de très joyeux, d’affirmatif, et d’amplifiant m’a toujours attiré chez toi, c’est que « ça pense »… « ça pense » très bien même, mais ce n’est pas le sujet. Ce qui m’intrigue beaucoup plus, c’est que « ça pense » dans des réseaux de concepts qui me sont très familiers, et cela me renvoie à ton rapport à la philosophie qui est abordé souvent par mégarde, par accident presque de discussion, au détour d’une question, d’une référence. Étant très intéressé par ce mode de connaissance, je n’ai pas vu ni entendu tant de contenu si longue durée que ça où tu avais l’occasion d’en parler. J’ai néanmoins en tête une exception, un passage chez Dany et Raz où vous aviez assez longuement parlé, entre autres, de Nietzsche (très beau moment d’ailleurs). Évident vu l’intitulé de l’émission : « Squat philo ». Mais je n’ai certainement pas tout vu, je suis à cet égard preneur de toute autre référence à consulter.

      J’en arrive – et reviens – au cœur de ce que je voudrais te demander, outre le fait de pouvoir t’entendre ou te lire sur ton rapport aux philosophes. Ma (mes) question(s) démarre(nt) d’une curiosité sans doute sans grand intérêt, et dont la réponse pourrait être très brève. Mais elle(s) me démange(nt) depuis si longtemps.

      Étant plongé dans la pensée de Deleuze depuis 3-4 ans, à la suite d’une rencontre avec celle-ci à un cours de Philosophie contemporaine (sur Nietzsche, Bergson et Gilles, donc), j’ai l’intime intuition que tu entretiens un rapport assez privilégié à sa philosophie. « Privilégié », non tellement que tu lui donnerais plus d’importance que d’autres de tes rencontres philosophiques, mais parce qu’elle semble avoir défini avec une certaine intensité ton propre plan d’immanence, ton champ/réseau conceptuel, bref l’image même de ta pensée. Peut-être que je me trompe totalement, je ne sais pas, mais si cette intuition détient une part de justesse, je me demande quels rapports entretiens-tu avec sa philosophie ? Quel est le contexte de cette rencontre (si elle a eu lieu, mais du fait d’avoir entendu assez fréquemment son nom dans tes dires, je présume qu’elle a eu lieu) ? Mais surtout, que t’a-t-il permis de voir (au sens de Foucault) avec plus de netteté ? De quel(s) problème t’a-t-il sorti (philosophiques, politiques, ou autres… bien sûr je ne parle pas de choses personnelles) ?

      Voilà, je ne sais pas si tu auras le temps pour cet échange, même juste peut-être pour me rediriger vers du contenu existant de ta part, il doit peut-être être fatiguant de se répéter.

      Beaucoup de belles choses à toi,

      Jérémie.

      P.S : Allez, avoue, « Histoire de ta bêtise » c’est un clin d’œil à Gilles lorsqu’il dit que « la philosophie c’est un acte de résistance à la bêtise » (ahahah). Non? Merde, je pensais.

    • #22243 Répondre
      deleatur
      Invité

      Bonjour,

      Spinoza (via Lordon), Nietzsche et Deleuze sont probablement les trois philosophes vers lesquels François revient le plus souvent lors de ses interventions publiques, avec le plus de bonheur et de joie.

      Un auteur auquel il renvoie quelque fois (à une ou deux reprises dans mon souvenir dans les vidéos accessibles), mais qui suinte dans ses propos (je n’ai pas lu Deux singes, mais j’irais voir là si je devais vérifier dans ses livres), notamment pour dire qu’il n’est pas philosophe, qu’il ne fait pas de la philosophie, qu’il n’a pas de philosophie, qu’il refuse l’idéalisme des philosophes, c’est le Marx des premières pages de « L’idéalisme allemand » (qu’il cite presque à chaque fois dans le texte).

      Si l’on voulait trouver une figure matricielle de la pensée de François, à côté sans doute de Deleuze, qu’il paraît pratiquer depuis très longtemps, ce serait sans vers ce Marx-là qu’il faudrait chercher et sur lequel, je crois, il serait le plus intéressant de l’interroger, de le cuisiner, tant cette référence est là, présente, palpitante, dans ses interventions.

      En tout cas, lorsque je l’entends parler, à chaque fois qu’il dit « je ne suis pas philosophe, le matérialisme n’est pas une philosophie », j’ai toujours envie de lui rétorquer : « Et Marx, mon bonhomme ? ».

      Merci, Jérémie, de m’avoir donné l’occasion de formuler cette remarque, que je mourais d’envie de faire depuis plusieurs années. Bégaudeau est philosophe, et depuis les textes de ses chansons, Marx et Deleuze sont présents, s’entendent. Mais il faudrait pas réduire tout cela à une littératie, à une pratique de la discursivité, François est ailleurs.

    • #22245 Répondre
      deleatur
      Invité

      Pour compléter ce que je viens de dire : François le dit assez souvent lui-même, par exemple dans les cinq premières minutes de l’entretien vidéo publié par Sismique sur YT. En fait, ce sont des stratégies chez lui : quand on lui reproche d’être un discoureur, il répond que non ; quand on lui demande comment il analyse les rapports sociaux, il reconnaît toujours volontiers la grille de lecture marxiste qu’il utilise parce qu’elle lui fait de l’usage.

    • #22300 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      J’ai souvent dit que j’ai une pratique touristique de la philosophie. J’en ai lu très peu, je n’en lis pratiquement plus. Il m’arrive d’écouter des philosophes, mais quand ils sont de plain pied dans la philosophie, je décroche (l’expérience m’est arrivée récemment avec une conférence de Maniglier). J’aime beaucoup écouter Badiou mais dès que c’est philosophico-philosophant ça ne m’évoque plus rien (si ce de purs déplacement internes d’enjeux de la discipline que je peux vaguement comprendre avec mon gros nez)
      Ce n’est pas mon mode de pensée, pas mon mode de discours.
      Les rares philosophes que j’ai beaucoup plus, je les ai lus comme des écrivains. Nietzsche et Deleuze notamment. Ils ouvrent ma pensée, ils déplient du réel. C’est la seule chose qui m’intéresse. Une chose qui n »était pas vue m’apparait et le réel s’en trouve plus vaste. Cette expérience je la vis dans les romans, dans le cinéma, dans la musique, dans la peinture, dans la vie. Presque jamais dans la philosophie.
      Je ne suis pas philosophe.
      Et Marx? Et Marx non plus. En tout cas, le Marx que j’aime est le moins philosophe, est l’antiphilosophe, est celui qui subordonne la pensée à l’histoire, c’est à dire à la vie.

    • #22304 Répondre
      deleatur
      Invité

      Merci pour cette réponse, François.
      J’ai failli utiliser cette expression d’antiphilosophie, ce matin, mais elle est surtout lacanienne. Il y aurait l’antiphilosophie comme il y aurait l’antipsychatrie, et on sait bien que c’est encore de la philosophie et de la psychatrie (Guattari).
      C’est pour cela que j’ai préféré envisager ton extériorité à la philosophie, une pensée du dehors, mais innervée par (de) la philosophie.
      Je ne veux surtout pas parler de « biais », ni même de lunettes ou de grille de lecture ; mais il me plaît, te lisant, t’écoutant, d’entendre des présupposés qui ont des accents marxiens (le refus de la spéculation), et aussi souvent spinozistes, nietzschéens, chrétiens.
      Au fond, ta philosophie, ce serait peut-être celle des « aphorismes de vie / anecdotes de la pensée », chère à Deleuze ; pour le reste, te présenter comme écrivain « par tous les bouts » est bien suffisant.

      • #22318 Répondre
        Habile Entier
        Invité

        Deleuze et Guattari étaient deux gros cons.
        .
        Amen.

        • #22322 Répondre
          deleatur
          Invité

          Oui, on chantait ça quand j’étais à la fac : « Bataille et Blanchot sont deux rigolos. »
          Mais on les lisait dans le texte, on ne se contentait pas de se bourrer la gueule.
          On jouait aussi à faire l’avion avec nos b…

          • #22367 Répondre
            Habile Entier
            Invité

            Des schizophrènes foutus de tenir des discours qui se tiennent à peu près ça court les rues depuis qu’on a mis le doigt sur les neuroleptiques et par conséquent on aurait pu imaginer que la schizo analyse visait à faire une place au discours du fou sur sa condition de fou sauf qu’en fait la schizo analyse ce sont des professionnels de la santé mentale qui se donner l’air radical face à leurs camarades de classe en occupant nos places.

        • #22323 Répondre
          Graindorge
          Invité

          Tu as des arguments pour dire ça? Ou c’est juste pour rire

          • #22326 Répondre
            deleatur
            Invité

            Non. Faut juste se déhancher et dodeliner en gardant la cadence.

            • #22394 Répondre
              Graindorge
              Invité

              « IMBÉCILE! » Georges Bernanos

            • #22408 Répondre
              Graindorge
              Invité

              Deleatur et C°: ma question ne t’était pas adressé et ton intervention « faut juste se déhancher etc » était dénuée d’intelligence et l’humour misogyne. C’est dommage, ça te gâche. L’anonymat rend lâche? Fort avec une « faible »? Buenas noches

              • #22410 Répondre
                Graindorge
                Invité

                Quant au tutoiement: cela m’a échappé

                • #22411 Répondre
                  deleatur
                  Invité

                  « De si vilains mots dans une si jolie bouche », Eustache, LMELP

                  • #22448 Répondre
                    Graindorge
                    Invité

                    Flûte! Faut que je repotasse mon bouquin d’Anatomie: j’étais pourtant sûre et certaine que le cerveau se trouvait dans la tête, au-dessus du cou

      • #22375 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Ca me va comme ça
        J’ai assurément des accents marxiens, nietzschéens, etc, mais sans doute aussi des accents faulkneriens, raciniens, zidaniens, wampassiens, etc.
        On est fait de tout ça. On n’invente rien. On mixe.

        • #22377 Répondre
          Nox
          Invité

          Le zidanisme aura fait beaucoup de mal à mon identité. J’espère que tu condamnes les violences verbales perpétrées à tous les Zinédines de la Terre suite au fameux « coup de boule » en 2006 ayant engendré moult amalgames dont je fus victime à la cour de récré. C’est un enjeu de civilisation, à ce stade.

          • #22383 Répondre
            deleatur
            Invité

            À lire peut-être : « La Mélancolie de Zidane », de Jean-Philippe Toussaint.

            • #22416 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Ou « la meilleure façon de finir » de François Bégaudeau

              • #22475 Répondre
                Nox
                Invité

                Le texte est introuvable en ligne, il semblerait.
                Tu en as une copie quelque part ?

          • #22417 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je condamne toutes les violences, madame De Malherbe. A genoux devant vous.

        • #22393 Répondre
          deleatur
          Invité

          François, mes remarques concernaient surtout tes essais et tes interventions dans le champ de la critique radicale.
          Tes romans, c’est encore autre chose, j’aurais dit Flaubert (jusqu’au dictionnaire), Rancière (du partage du sensible), Rimbaud, Echenoz (à 200%).
          Le cinéma : moins Daney (c’est un peu couru aujourd’hui) que l’ontologie du réel de Bazin (et l’ensemble de la pensée Cahiers, Godard et le Bonitzer du réalisme au cinéma), ontologie qui pourrait d’ailleurs être le lien entre ces trois champs (même si tu n’apparais pas tout à fait le même quand on creuse séparément les trois) ; en gros, moins que le refus du montage (idée que Bazin n’a jamais défendue) que la nécessité de l’enregistrement du réel.
          Ne vois aucune volonté réductrice dans mon propos (ou de name dropping), c’est un éloge : il me paraît extrêmement difficile d’être pertinent et intéressant dans les trois champs à la fois, et au-delà de la schize que peut entraîner plusieurs paroles, formes d’écrit, discours ou expressions aussi différentes, il me plaît d’en trouver parfois l’unité dans ce qu’on pourra appeler plus tard une oeuvre.

          • #22397 Répondre
            deleatur
            Invité

            Et le discours indirect libre chez Rancière, qui fait qu’on ne sait plus très vite qui parle dans ses livres théoriques, lui ou un ouvrier, lui ou Jacotot (dans les entretiens, il parle en son nom, il est plus analytique).

            • #22418 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              Je ne le prenais pas pour réducteur
              J’essaie de dire au plus juste la façon dont la philo irrigue mon verbe. Et je crois bien que c’est comme ça : des bribes, mais comme il y a des bribes de tout.
              Sauf pour certains philosophes ou anti-, qui sont pour moi des gros morceaux et que tu as nommés.
              J’essaie d’autant plus d’être juste sur la question qu’on me prête parfois une « culture » ou un savoir livresque que je n’ai pas. J’ai lu très peu de théories en 35 ans. J’ai juste, peut-être, une capacité de percevoir les gestes théoriques fondamentaux avec peu d’informations. Le flair toujours.

              • #22424 Répondre
                deleatur
                Invité

                Merci pour ces éclaircissements. Même pour le cinéma, finalement, il me semble t’avoir entendu dire un jour (peut-être à Microciné ou dans la Gêne) que ton rédacteur en chef de l’époque (Burdeau) lisait tout le temps les anciens Cahiers, contrairement à toi, et qu’il avait une volonté de prolongement théorique que tu n’avais pas. Je le dis parce que c’est une démarche ancienne de tous les rédacteurs : faire de la critique qui soit aussi de la théorie du cinéma, ne jamais dissocier les deux démarches (à part la période « terrorisante », selon le mot de Metz, du début et milieu des années 70).

                Tu as la même réserve (non ou anti-théoricienne) avec le monde universitaire, puisque tu as déclaré au moment de Ma cruauté que tu l’avais peu fréquenté, que tu n’avais jamais cherché à t’y faire une place.

                Je sais bien que tu ne te situes pas dans l’opposition qui consisterait à démarquer un geste théorique d’un geste pratique (critique, artististique, d’écrivain). Dans tes écrits « critiques » (et dans ta parole actuelle sur le cinéma), ton souci d’inscrire dans le réel (exemple, fait, conditions matérielles, choses vues et entendues) ce que tu dis n’est jamais dissociable d’une ressaisie conceptuelle à même le récit (p. ex. la dernière partie de La politesse).

                Quand je parlais de la philosophie, je ne l’entendais pas évidement comme pratique et discours universitaire, mais comme un geste de pensée dans lequel écriture, critique, récit et concepts se rejoignent toujours.

                • #22484 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  Disons que la théorie me lasse vite quand elle n’est pas située (je me me lasse à la suivre, je me lasse même à la produire)
                  J’aime la critique parce que c’est de la pense in situ : dans et par la chair des oeuvres. Chaque oeuvre rejoue à sa manière singulière la question de l’art.
                  Je crois que ça se vérifie assez bien dans mes textes les plus théoriques. Il me faut M pour écrire Notre joie. Il me faut le tu pour écrire sur la bourgeoisie. Il me faut Jean pour parler des NFT dans Boniments, etc.
                  Coté roman c’est évidemment encore plus criant.

                  • #22493 Répondre
                    deleatur
                    Invité

                    Oui, tu l’as dit de Notre joie et répété depuis : l’élément déclencheur est toujours une situation très concrète, sans quoi tes idées tournent à vide, manque de consistance, de chair, un point d’incarnation. Plutôt Jésus que le Christ.
                    Je pense que ça pourrait aussi expliquer, entre autre choses, ton amour de Rimbaud et ton aversion pour Baudelaire : Rimbaud décrit ce qu’il voit (les assis de Charleville, sa fugue, la Meuse, les mains des ouvriers), alors que Baudelaire était un grand frileux qui a rêvé le monde en restant dans un chambre. Mais sur ce terrain de la poésie, j’ai cru comprendre que tu n’aimais pas non plus le style de Baudelaire (auquel François Bon m’a pour ma part rendu de plus en plus sensible avec l’âge).

                    • #22504 Répondre
                      Habile Entier
                      Invité

                      Bah alors ma poule, tu ne veux pas répondre?

                    • #22520 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Aversion est trop fort
                      J’ai du mal avec la métrique appliquée des Fleurs du Mal, avec ses adjectifs réflexe, et avec sa symbolique générale, qu’augure ce titre tout de même très faible.
                      Mais j’aime beaucoup le Baudelaire des poèmes en prose. Le Baudelaire critique d’art aussi.

    • #22403 Répondre
      Jérémie
      Invité

      Merci beaucoup pour vos interventions ! vous avez tout dit 🙂

      Et oui, pareillement, la philo qui pense sur elle-même m’intéresse très peu. Je fait justement une fixette sur Deleuze depuis quelques années car je trouve qu’il fait voir beaucoup de choses « du réel » et de la vie, au même titre que bien d’autres. Mais ce rapport au vivant (leur vitalisme) est, de fait, déterritorialisable du champ de la philosophie (littérature, cinéma, …), des mouvements de la pensée que semblaient d’ailleurs très fort encourager Deleuze et Guattari. En fin de compte, sûrement ai-je également une lecture non-philosophique de la philo.

      Bref, merci pour votre temps à tous.tes 🙂

      • #22578 Répondre
        deleatur
        Invité

        J’ai pensé longtemps que Gilles Deleuze invitait à sortir de la philosophie, alors qu’il ne fait qu’y ramener ; non pas en ramenant tout à la philosophie mais en maintenant au plus haut l’exigence conceptuelle de la philosophie. Le mathématicien mathématise, le plasticien plastique, le cinéaste filme ; mais c’est toujours au philosophe qu’il revient de dégager et de tirer au clair les concepts impliqués dans ces pratiques (et que ces pratiques aident à penser) : le philosophe donne des concepts pour mieux voir et mieux sentir ce que les autres font, disent, montrent.
        Mais les concepts philosophiques ne sont pas importés, la philosophie n’occupe aucune position d’extériorité ou de supériorité, de domination par rapport aux autres champs du savoir (contrairement à l’histoire braudélienne ou à la sociologie bourdieusienne qui se sont voulu en leur temps la reine des sciences) : Deleuze a toujours insisté pour dire que ce que fait le philosophe (tirer des concepts), c’est une façon d’entrer en résonnance avec les autres pratiques (discours, savoirs), de varier avec elles, contrepoint ou danse à deux en quelque sorte. La philosophie n’est pas une synthèse des savoirs, mais se trouve en position de disjonction inclusive avec eux (je te tiens, tu me tiens…).
        Les deux tomes de Cinéma, son livre sur Bacon (à suivre une édition récente de ses cours du début des années 80 sur la peinture) illustrent cela à merveille : l’image-mouvement, l’image-temps étaient là, dans le cinéma, dès les premiers films, il suffisait de le dire, c’est-à-dire de le faire voir.

    • #22471 Répondre
      Cyril
      Invité

      Bégaudeau n’est pas très kantien.
      « Les connaissances métaphysiques sont celles que nous tenons, à cause de leur importance, pour largement supérieures et dont nous considérons que la visée finale est beaucoup plus sublime que ce que l’entendement peut apprendre dans le champ des phénomènes. »

      • #22486 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        C’est le moins qu’on puisse dire
        D’ailleurs Kant m’est toujours tombé des mains.

Vous lisez 6 fils de discussion
Répondre à : Répondre #22377 dans Philosophie & Gilles Deleuze.
Vos informations :




Annuler
Back To Top