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Accueil Forums Forum général Michel Franco

  • Ce sujet contient 89 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Gauthier, le il y a 1 mois et 3 semaines.
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  • Auteur
    Messages
    • #913 Répondre
      Robert Pirès
      Invité

      François, je me demandais ce que tu avais pensé de Nuevo orden de Michel Franco? Il me semble pas t’avoir vu en parler dans l’ancien forum.
      A ce propos, pourrais-tu partager ta critique de Chronic stp?

    • #914 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      J’ai beaucoup aimé Nuevo orden, même si ce n’est pas mon Franco préféré. Mais Franco s’y révèle très bon dans un registre plus frontalement politique qui n’était pas le sien jusque là.

      Le texte sur Chronic :

      Froid comme la bonté

      Nul n’est tenu de considérer Michel Franco comme un cinéaste important, et Despues de Lucia comme un des meilleurs films du siècle en cours. Ce qui ne saurait faire débat, sauf mauvaise foi et on sait que la critique en est exempte, c’est son talent à dessiner une situation en laissant l’impression qu’elle se pose là, sans son intercession. Les détracteurs déjà nombreux de Franco -pas donné à tout le monde- pensent que c’est une feinte. Oubliant qu’au cinéma feindre et faire sont une seule chose, qu’en comme il n’y a pas de feinte, ils en tirent la conclusion morale que le cinéaste mexicain est un manipulateur tendance sadique option fasciste, comme son patronyme l’indique. Ici au moins sera dit qu’ils voient à l’envers. Qu’il leur manque au moins un oeil. Ou un coeur.
      C’est donc scène par scène, c’est-à-dire plan par plan puisque presque toutes les scènes sont pensées en un plan, que nous croyons comprendre que Dave (Tim Roth) est infirmier à domicile, et que Sarah dont il soutient le corps décharné par la maladie est une patiente. Croyons comprendre seulement, parce qu’aucune de ces informations n’est livrée sans l’escorte d’un doute. Au comptoir où il cuve sa peine après l’enterrement, Dave confie à un couple qu’il vient de perdre sa femme Sarah atteinte du sida, réactivant une hypothèse qu’une discussion avec une proche de la défunte avait semblé dissiper. Rétif à la marche linéaire vers la clarté qu’accompagnent les trompettes de tant de scénarios, Franco trouble la lumière qu’il diffuse, en sorte que l’ambivalence toujours demeure. Au quart d’heure de Chronic, Dave est et n’est pas le veuf de Sarah. Etait à la fois son infirmier et son époux. Comme un pas en avant est aussitôt rétracté, nous ne sommes guère avancés.
      Si tuer l’art l’enchante, le spectateur épris d’univocité peut alors, reporter le trouble général du récit sur le personnage. Peut décider que c’est Dave qui est trouble. Un type pas clair. Un doux dingue qui s’attache à ses patients au point de se prendre pour un proche. Un mytho inquiétant, un schizo capable du pire, promettant une belle boucherie de thriller. Et maintenant que la famille du paralysé post-AVC dont il s’occupe l’accuse de harcèlement sexuel, nous nous remémorons le pré-générique qui le voyait filer une jeune femme en voiture, puis cliquer sur des photos d’elle. Les fils se recoupent, l’étau du sens se resserre, profilant une indigne perversité ou une poignante blessure. Dans tous les cas, tant de dévouement cache quelque chose, et nous découvrirons bientôt le secret qui lui fait tenir la main de ce John pourtant acariâtre en regardant la télé avec lui, ou prendre une garde de nuit sans être payé.
      De fait nous découvrons un sacré truc. Celle que Dave épiait est sa fille, perdue de vue depuis la séparation d’avec sa femme dont s’entrevoit la possible cause. Nous tenons notre rosebud pathologique. L’eau trouble s’éclaircit en eau de roche : aidant autrui à mourir, Dave éponge le douloureux remords d’avoir abrégé les souffrances de son fils atteint d’une maladie incurable. Les repères sont rétablis : l’inquiétante bizarrerie de Dave ne désarçonne plus puisqu’elle est justifiée. Le personnage réintègre le rang de l’espèce humaine, et le cinéaste celui, très fourni, des fabricants de fictions de deuil.
      Hélas pour les trop humains, le film ne s’arrête pas là. Nous n’en sommes qu’à sa moitié. La révélation n’est pas un climax ; d’ailleurs elle ne fait des manières de révélation, l’information supposée décisive se glissant, comme tout le reste, dans le fil des plans, sans musique ni grimace dramatisante. Surtout, elle ne modifie en rien le cours du film et de l’existence de Dave. Il y a juste que désormais l’infirmier visite son ex-femme, discute avec leur fille de ses études de médecine (effleurant sans bruit la transmission d’un tropisme soignant), les deux scènes ainsi produites ne dissemblant en rien, à quelques sanglots près quand s’évoque l’enfant mort, de celles qui se jouent avec Martha, sexagénaire en phase terminale de cancer. Dave offre une égale qualité de présence à ses proches et à ses malades.
      Le spectateur doit donc trouver d’autres os à ronger. Emprunter pour une fois d’autres voies que celle de l’approfondissement d’une plaie. Et c’est bien ce que veut Franco : non pas manipuler son spectateur avec sa caméra sardonique, mais, par un jeu de confusions admirablement orchestrées, de savantes fausses pistes, déprogrammer sa perception pour la faire changer de nature. On te mène en bateau, mais c’est pour te mener ailleurs. C’est pour te déplacer. Le montage entre le fil « espionnage » et le fil « harcèlement » t’a fait croire un temps que Dave était un tordu? Tu sais maintenant qu’il ne s’agit pas de ça. Tu vas réviser ton jugement ; ravaler tout jugement. Tu vas regarder autrement.
      Tu vas regarder en surface. Tu vas voir ce que tu vois. Renoncer à la profondeur et commencer par prendre les gestes et les dires de Dave pour ce qu’ils sont : des gestes, des dires. Quand il essuie le vomi de Martha, il essuie le vomi de Martha. Quand il prétend qu’il est le mari de Sarah, c’est vrai. Le frère de John? Vrai aussi. Son ami? Idem. Un architecte comme lui? Bien sûr. Cet homme est le père et l’épouse et l’amant et l’ami et la pute et le prêtre de tous ses patients car ils sont tous ses frères. Dave n’est pas un homme compatissant, il est la compassion incarnée. Ton incrédulité laïque t’a habitué à subodorer un calcul derrière la bonté. Il faut quitter cette maladive suspicion, cela prend du temps, tu a mis du temps, presque une heure, mais maintenant tu sais, tu vois. Tu vois qu’Il est revenu parmi nous, tel qu’on Le connut jadis : sa miséricorde si vaste qu’embarrassante, insupportable, scandaleuse.
      Ce Christ là n’est pas exactement un Sauveur. Ceux qui sont voués à mourir mourront, et sans garantie d’éternité. Il est douteux que Dave se sauve lui-même : si son refus d’accéder à la demande de Martha qu’il mette fin à son calvaire amorce un récit rédempteur, cette esquive rachetant l’euthanasie de son fils comme l’alcoolique rachète les verres antérieurs en refusant un whisky, Dave finit par accepter. Il pique Martha comme il piqua son fils -et quel geste plus inextricablement bon et glaçant qu’un geste pareil. L’histoire se répète, l’histoire ne s’amende pas, la tristesse dure.
      On aura pourtant encore tort de taxer de complaisante noirceur le cinéma de Franco, certes arrimé au plus accablant de notre condition. Le soin palliatif ne guérit de rien, mais sa fin en soi est en soi une grâce. Une grâce immanente, si l’on veut, dont le choix inspiré d’avoir commencé par une malade que parler épuise met à nu la sobre tautologie en réduisant l’assistance à une somme de gestes : je te porte, je te nourris, je te lave. Et quand je passe mes bras sous les tiens, ça ressemble à une étreinte. C’en est une.
      Cette grâce suffisante, si l’on ose dire, se passe de mots. Elle ne se commente pas : elle est ce qu’elle est. Emouvante, la précaution de Martha de signaler à Dave qu’« on n’est pas obligés de se parler » est superflue. Avec tous, Dave parle peu. Et décline l’invitation à évoquer la défunte avec sa nièce : à ce sort il n’y a rien à ajouter, et rien à dire sur les liens noués entre eux. Il a fait ce qu’il a fait.
      La scène intervient au début du film, au moment où tu n’as pas encore mué. Pas encore jeté ta lampe de spéléologue. Dans ce refus de parler, tu vois un symptôme, un empêchement névrotique. Tu serais au bord de diagnostic un déficit de communication. Au mieux tu trouves l’attitude un peu froide, et pour le coup tu n’as pas tort. Dave ne brille pas par sa chaleur. Ses gestes pour injecter le produit létal à Martha seront redoutablement techniques, ses mains sans états d’âme. La bonté n’est pas sentimentale. La vraie bonté se moque du théâtre de la bonté. On a vu des films trop humains où un soignant était gagné par une affinité élective pour un patient qui, d’abord sauvage et odieux, révélait un coeur d’agneau. Et que vaut donc cette compassion progressive, dramatisée, sous condition? Celle de Dave est inconditionnelle : immédiate, définitive, sans histoire. Elle ne connait de dramaturgie que le temps. Ce film épouse le relief plat d’une chronique, et non les pentes du scénario, quoi qu’ait induit l’aléatoire distribution des prix cannois. Dès lors, il ne peut prendre fin que par une décision ostensiblement arbitraire, comme tu as pu le voir ou comme tu le verras bientôt si les huées de la critique ne t’ont pas dissuadé de jeter un oeil à ce beau film.
      Une courte vue laisserait croire que si la fille de John pleure après la crise d’angoisse de son père, alors que les yeux de Dave sont restés secs, c’est parce qu’elle est plus émue, car plus proche. C’est le contraire. Elle pleure parce que sa compassion est partielle ; humaine. On ne saurait lui en tenir grief : elle n’a pas le temps. Elle a sa vie. Elle a une vie. Le cut suivant, raccordant la chambre dépouillée du malade et le salon bruissant d’invités autour d’une table de déjeuner, fait éprouver qu’elle pas plus que les autres membres de la famille n’ont le temps de réellement compatir. Ils ont leur vie. C’est ce défaut structurel, irrémédiable, pardonnable, que pallie l’infirmier palliatif, pour autant qu’il n’ait pas de vie.
      Le point ultime de la compassion n’est pas la larme, mais la comprésence. Souvent Dave ne fait rien, il est juste là, aux cotés du patient, inutile, comme dans la scène où Martha s’entretient avec son médecin qui ne semble pas le voir. Un ange gardien n’est vu que de ceux qu’il garde. Et pas un cillement à l’annonce de la dégradation fatale du cancer. Ce serait trop ; renversant les valeurs, on dira que faire davantage qu’être présent serait trop ; que montrer de la commisération serait déplacé, immoral.
      L’image a priori anodine de Dave courant sur un tapis de salle de gym à une cadence strictement identique à celle de sa voisine suggère que l’horizon ultime de ce sec compagnonnage est le mimétisme. Dave n’adapte pas son emploi du temps à celui du malade ; son temps est celui du malade. Compatir c’est faire corps avec, comme il apparait d’évidence avec Sarah : la hissant, il se hisse, au même rythme, doublant son propre poids. Comme il apparait aussi lorsque Dave se prétend le concepteur d’une maison que John a conçue pendant sa carrière d’architecte. Ou lorsqu’il est assis dans le même sens que son jeune patient en fauteuil, au milieu d’un parc. Ou lorsque, sur le canapé, sa tête s’incline à l’unisson de celle de Marion, pendant qu’elle dit aller très bien à son interlocuteur de téléphone — et là encore aucune réaction, ni d’approbation ni de désapprobation, à ce mensonge.
      La poétique de Franco tient tout entière dans ce voeu de présence, comme il en est de chasteté. Avançant par plans-séquences dont par définition la durée coïncide avec celle de la scène, sa facture muette vise à se tenir auprès des personnages, et des moments terribles qu’ils traversent – inceste dans Daniel y Ana, harcèlement dans Despues, ici détresse humiliante des mourants. Accompagner ça, sans arrière-pensée, sans orgueil, comme un Wang Bing accompagnait ses aliénés d’A la folie : courant derrière l’un s’il court, marchant s’il marche, cadrant cinq minutes tel fou assis sur son lit, même s’il ne fait rien, surtout s’il ne fait rien.
      Pareil rapprochement fera hurler ceux des fans de Bing que Franco débecte. Ils se récrieront que ça n’a rien à voir. En s’armant de sagesse on viendra à comprendre ces égarés, et ce qui les fait distinguer radicalement deux cinéma si proches. C’est le plan fixe. Cumulée à l’évidente influence hanekienne du travail de Franco, le plan fixe, impassible comme un bourreau, le fait basculer dans le camp des salauds de voyeur à la Seidl. Tout mexicain qu’il est, le voici autrichien. On s’imagine que ça l’affecte peu. Il sait trop bien la filiation entre la sécheresse d’Haneke et celle de Bresson qu’il admire. Il sait qu’un film fameux du premier ne s’appelle pas Amour par antiphrase. D’ailleurs qui oserait imaginer qu’un cinéaste de cette trempe distille des titres au deuxième degré? Qui ne voit, qui persiste à ne pas voir que la tenace froideur du cinéma de Franco procède d’une tendresse supérieure, accomplie.

    • #30343 Répondre
      Monami
      Invité

      Je n’ai lu qu’en diagonale parce que je compte voir le film mais j’ai cru voir le nom de Seidl.
      Du coup que pense t on de ce cinéaste ici ? Je le trouve pas assez reconnu, encore moins que Franco

    • #35295 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Michel Franco et Tim Roth.
      une espèce de mini master class. Ça papote cinéma. Sous-titre en espagnol ou en anglais
      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=BE9ynn7Lilk?si=v9C6uFaJdAdyU8mI&w=560&h=315%5D

    • #35297 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Memory. entretien avec Michel Franco et les acteurs.
      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=mDz3CDj3HIw?si=tESOizh4MSqtAzZi&w=560&h=315%5D

      • #35299 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Entretien mené par Joe Neumaier

    • #38467 Répondre
      François
      Invité

      Quelqu’un aurait-il un lien pour regarder A los ojos, son film documentaire co-réalisé avec sa sœur Victoria Franco ? Je n’arrive pas à mettre la main dessus.

      • #38475 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        je m’associe
        tous les François réclament ce film

        • #38476 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Fillon m’appelle fébrilement tous les jours à ce sujet.

          • #38489 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            rire
            même si je suis sûr que c’est vrai
            c’est Dassise qui lui a fait découvrir

            • #38495 Répondre
              Papo2ooo
              Invité

              oui, par l’intermédiaire de Franco. (l’autre Franco)

      • #38480 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Sur canal: Damiens te filera volontiers le code canal + de Berleand, qui l’a récup à Civil, qui l’a

        • #38483 Répondre
          François
          Invité

          Cela serait une joie. Toutefois, suis-je peut-être aveugle, je ne le trouve pas dans le catalogue. Ou alors ce Civil l’a-t-il dans son espace personnel ?

        • #38484 Répondre
          graindorge
          Invité

          je veux bien pouvoir le voir!
          Si quelqu’un.e peut me l’envoyer, ça me ferait plaisir.
          Mon adresse: donaram85@gmail.com

          • #38486 Répondre
            graindorge
            Invité

            je vais aussi chercher dans le coin. Demander à Tea, à notre poussièreuse Casa de la Cultura car je ne sais ni décharger, ni pirater, nada

      • #40419 Répondre
        François
        Invité

        Quelqu’un aurait-il un compte premium Nitroflare ? Il semblerait que j’ai trouvé un lien pour obtenir le film sur un site fiable. Seulement la personne qui a déposé le fichier en ligne a désactivé les téléchargements gratuits.

    • #38595 Répondre
      graindorge
      Invité

      Trouvé cet entretien sur ce film/documentaire. Il est en espagnol mais j’ai pensé qu’ici des professionels ou amateurs pourraient trouver le moyen technique
      de lire
      la traduction en anglais ou en français

      • #46545 Répondre
        Maud
        Invité

        Merci beaucoup Graindorge, de la part de l’homme que j’aime qui a tant d’admiration et d’amour pour Franco, et de la mienne.
        Si quelqu’un le souhaite, je peux faire la traduction par écrit et lui transmettre.

        • #46689 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Chère Maud: j’espère que personne ne va te
          demander de faire ce boulot de traduction écrite. On comprend qu’ils sont entrain de dire des choses intelligentes sur un film intelligent.
          Mais si au minimum 3 sitistes demandent la
          traduction écrite alors on fait 50/50.

          • #46705 Répondre
            Maud
            Invité

            Merci beaucoup pour ton offre Graindorge, on fera comme on pourra donc; mon corps n’étant pas en mouvement pour le moment, je peux consacrer du temps à traduire, ce sera de l’énergie très bien employée; en revanche mes réserves d’énergie étant limitées ainsi que mes gestes, effectivement on ne sera pas trop de deux
            Merci encore pour ce partage Graindorge, vraiment

            • #46711 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Mais de rien Maud. Par contre si tu veux bien, Juan Moneda ne peut participer que s’il nous cite et résume 6 films d’origine Afrique Asie et Amérique dite Latine. 2 de chaque.
              Aux 3 sitistes on leur donne jusqu’à lundi minuit heure française pour se manifester. Tu es d’accord?

              • #46714 Répondre
                François
                Invité

                Graindorge, Maud, lire et comprendre cet entretien serait une joie. Un grand merci à vous si vous vous emparez de la traduction.

                • #46717 Répondre
                  ..Graindorge
                  Invité

                  François: je n’oublie pas ta grande générosité: tu ne partages pas avec le dos de la cuillère: Master classe + plein de courts métrages alors je n’attendrai pas que 3 sitistes se manifestent. Et je soulage avec sa permission notre Maud. Je traduis à 100%. C’est pas la mer à boire. Tant qu’à faire je traduirai aussi l’interview de Franco et de sa soeur Victoria qui est dessous.

                  • #46721 Répondre
                    Maud
                    Invité

                    Je propose qu’on se partage le travail Graindorge 50/50 comme tu le suggérais si gentiment. Je suis hospitalisée, j’ai du temps et de la drogue plein le sang, profitez-en les amis!

                  • #46726 Répondre
                    Maud
                    Invité

                    Graindorge, on met à dispo les traductions ici? On les envoie par mail?
                    Dis-moi de quoi tu souhaites t’occuper, je ferai le reste, ça te va?

                    • #46735 Répondre
                      Graindorge
                      Invité

                      d’accord Maud, ça marche!
                      J’ai commencé, je continue donc si tu veux bien jusqu’aux 20:00 lorsque la journaliste dit  » vous pourrez la voir sur Youtube » tu commencerais là, avec le producteur Moíse Zonana jusqu’à la fin
                      L’autre vidéo ne dure que 1:42, si tu veux bien m’offrir de la traduire, c’est rapide.
                      Je suis dans Word, et après je fais copier/coller ici même
                      Mieux vaut regarder la vidéo sur Youtube pour ne pas bloquer l’entrée.
                      Je te donne mon a.e si tu as des choses à me dire et j’y verrais la tienne
                      mon a.e: donaram85@gmail.com
                      La première qui finit attend l’autre -je suis lente -pour envoyer la traduction. Le mieux serait que tu m’envoies ta traduction ou je t’envoie la mienne comme ça il y en a qu’une à copier/coller. On en parle par mail d’accord?

                • #46722 Répondre
                  Maud
                  Invité

                  Merci à toi pour ces vidéos François; ce sera avec grand plaisir, on va se partager le chantier avec Graindorge

    • #38596 Répondre
      graindorge
      Invité

      Et ça aussi

    • #38606 Répondre
      François
      Invité

      Et moi je me permets de partager trois de ses courts-métrages. C’est toujours émouvant de voir les premiers gestes d’un grand cinéaste.

      Cuando sea grande, 2001 :

    • #38608 Répondre
      François
      Invité

      Así nos gusta vivir, 2002 :

    • #38610 Répondre
      François
      Invité

      Entre dos, 2003 :

      • #38641 Répondre
        graindorge
        Invité

        Super! Merci François pour le partage

        • #38645 Répondre
          François
          Invité

          D’ailleurs, dans la masterclass qui suit, Michel précise que ce court est à l’origine du film A los ojos :

          • #38664 Répondre
            Graindorge
            Invité

            une grande joie! Merci

    • #38615 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      trois fois merci

    • #38653 Répondre
      Mélanie
      Invité

      Merci, je prends aussi

    • #39777 Répondre
      Charles
      Invité

      O joie, Allociné annonce une sortie de Memory au 29 mai prochain.

      • #39796 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        j’avais lu fin d’année
        Très bonne nouvelle oui

    • #39808 Répondre
      Seldoon
      Invité

      J’ai finalement vu Sundown, aimerais vous relire tous à son sujet mais ne trouve plus trace de la discussion. Quelqu’un sait où la trouver ?

      • #39810 Répondre
        Zyrma
        Invité

        Ancien site non ?

        • #40254 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Je crois bien, mais il a disparu. Je crois que c’était à l’époque du forum provisoire.

          • #40301 Répondre
            Billy
            Invité

            Sinon on tente un truc fou : on en parle à nouveau. T’as aimé ?
            Grand souvenir de ce film. J’aime comment Michel Franco mène son scénario. On se retrouve à reconstituer le puzzle (on se dit d’abord que Neil est le père de famille, puis non. On se demande s’il tombe amoureux de la fille, et si elle est vraiment amoureuse de lui..) Les cadres fixes me restent encore en tete.

            • #40304 Répondre
              Billy
              Invité

              Puis j’avais retrouvé l’art de Franco à concevoir des persos opaques, j’avais retrouvé la même passivité incompréhensible et intrigante chez l’ado de « Despues de Lucia » et chez Neil le grand bourgeois de « Sundown ». L’ado subit parce qu’elle a pas le choix, et peut-être par culpabilité de l’accident de sa mère, la Lucia du titre (irruption des images de l’accident).
              Neil reste à Acapulco peut-être pour se faire des vacances, peut-être pour fuir son héritage dans l’agro-alimentaire (irruption des images de cochons), peut-être parce qu’il est malade.
              L’indifférence de Neil est spectaculaire : même attente sous le soleil à la plage et sous le soleil de la cour de la prison. Neil, profitant du soleil, conserve cette tranquille opacité du poisson hors de l’eau. En début de film, il y a ce bref plan fixe de poissons au soleil, tout juste péchés, dont les mouvements lents de bouche miment une respiration calme. Sundown est un film solaire et froid comme du Franco. La torpeur de Neil est à la fois celle du vacancier qui bronze et celle de l’agonie.
              Je m’étais interrogée sur les causes de sa torpeur (il fait rien sauf rester à Acapulco. Même quand l’exceptionnel arrive en jet ski, il n’en prend pas acte. Il continue : même plage même bière) : c’est sa dépression, ou son cancer, ou sa culpabilité bourgeoise. Aucune hypothèse n’exclut l’autre. Peut-être que toutes ces hypothèses n’en sont qu’une. Son indifférence aux vivants est celle d’un grand bourgeois dévitalisé de l’agro-alimentaire, et celle d’un malade en phase terminal. Le film lie organiquement les deux.

            • #40306 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Je n’ai pas ton audace, mais je possède le sens de la nuance qui te fait si cruellement défaut : je suis dans un entre deux. J’ai beaucoup aimé sa facture, je n’en doutais pas, c’est pour ça que je le voyais. Son sens du cadre, les informations qui arrivent au compte-goutte et dont le résultat est qu’aucune des « grandes » scènes qu’on attend ne se déroule comme on croit qu’elle vont se dérouler. Plus globalement, un bon paquet des théories que je me fabriquais en route ont été désamorcées. On gagne sur les trois tableaux : surprise, pendant un moment la situation devient illisible, et soudain le spectateur remet les choses dans l’ordre. C’est très marquant avec Gainsbourg qui s’avère être la sœur et non la femme.
              Par contre j’ai un problème avec deux événements qui semblent arbitraires et structurent le film :
              – Mort de la mère (ou du père ? J’ai oublié), alors même que Tom Roth est déjà mourant. C’est donc une double maladie mortelle qui lance le Sundown, drôle de choix. Un côté arbitraire au carré, et surtout on est à mille lieux de l’économie narrative dont use le reste du film.
              – Meurtre de Charlotte, comme par hasard, quand il ne fallait pas. On reconstitue un puzzle possible qui fait que ce n’est pas le hasard : Roth était repéré depuis un moment par les tueurs, ils savaient qu’ils avaient un coup à jouer. Soit. Je l’ai quand même vécu comme un coup de force scénaristique, et comme une scène qui a ses ratés, ses maladresses que le film évite le reste du temps. Comme si Franco n’en avait pas grand chose à faire mais qu’il en avait besoin pour relancer le film. Comme si l’argument de base permettait de tenir un moyen métrage mais pas un long. Heureusement les conséquences de cette mort finissent par se dénouer seules, en eau de boudin, et c’est très bien.

              • #40309 Répondre
                Billy
                Invité

                Non non, Michel Franco est complètement nul en économie narrative.
                Dans son histoire, il se passe 50 000 trucs en 1h20 :
                Vacances farniente dans un milieu blanc bourgeois aseptisé, famille père-mère-enfant
                Mort de la grand-mère
                Lui qui veut rester, qui manigance le truc du passeport
                il est le frère en fait
                Il découvre Acapulco, une ville incarnée avec la pauvreté, la corruption
                L’hotel où il débarque qui est peut-être une arnaque du taxi
                Rencontre avec la fille (C’est du tourisme sexuel ? Ah bah non il semble amoureux. Elle profite de son argent ? ah bah non, on dirait pas, elle semble amoureuse aussi.)
                Puis vol de valise, mafia qui débarque sur la plage, plans-cochons, hallucinations au soleil, retour de la sœur pour négocier, poursuite en voiture, prison, cancer

                Tu demandes à Michel Franco de te raconter des petites vacances de Neil, il te fait ça. J’ai pas vécu les morts de la grand-mère et de la soeur comme des coups de force narratifs au milieu d’une non-histoire. J’ai vu une histoire chargée, qui a pour début la décès de la mère âgée de Tim Roth, et tout le reste est une conséquence de la fortune de Tim (ses vacances sans fin sur la plage, son manque d’envie, sa maladie?, la mafia qui le repère, ce qui entrainera l’accident de bagnoles de Charlotte). Mais en terme de mise en scène, je suis d’accord : cet accident c’est la scène la moins réussie du film.

                Et plein de scènes restent en tête : l’apparition de Charlotte sur la plage (je me demande si c’est une hallucination), l’attaque mafia en jet-ski qui commençait sur un plan-docu sur la plage, la prison où mes attentes sont déjouées (c’est pas l’ambiance hostile des films-de-prison, c’est le même soleil dans la cour, le même ennui)

                • #40323 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Tu finis sur les attentes déjouées et je suis bien d’accord, c’est vrai tout le temps, y compris sur les deux coups de force et je leur reconnais au moins ça. Mais il y a un truc quand même, tous les grands retournements du film jouent sur une mort (avérée ou annoncée). Et il y a quand même beaucoup de morts en quoi, deux mois ? Quelle famille d’ultra riche vit ça ?
                  Pour le reste tu décris des tas de scènes mais il ne s’y passe pas grand chose (en dehors de ces coups de force). À l’image de la histoire d’amour : le spectateur passe du temps à se poser des questions et à se raconter 3 films différents, mais dans le film il y a peu de faits. C’est comme ça qu’il est fabriqué la majorité du temps et c’est brillant. Je veux bien entendre que tu ne vives pas le taux de mortalité incroyable de cette famille comme un coup de force mais ces événements là ne sont pas racontés sous le même régime narratif que le reste. Ils ne sont pas racontés comme le coup de théâtre « en fait c’est son frère et pas son mari », qui arrive lui par petites touches et te fait alors reconsidérer toutes les scènes d’avant. Dans ce cadre là, « et soudain la mafia la tue », malgré les nombreuses annonces de mafia, ça détonne.

                  • #40356 Répondre
                    Billy
                    Invité

                    Michel Franco fonctionne pas aux coups de theatre. Tout est déjà là chez Michel. Déjà en germe. C’est pas des coups de théâtre car densité narrative et continuité dont je parlais. Ce déjà-là, ça peut être appelé le refoulé : plans-Cochons, et mecs plus pauvres (taxi, hôteliere, mafia) qui veulent l’arnaquer, le voler, quand Neil nie sa situation, quand il ne veut pas retourner dans sa classe en gardant sa rente.
                    Neil veut rester au soleil, et ne pas savoir d’où vient son argent. Mais la violence, la vérité de sa classe réapparaît partout. Il ne veut pas en entendre parler, coupe son tel, mais il est condamné à hériter.

                    Il n’y a pas de coup de théâtre « en fait c’est son frère et pas son mari ». C’est le spectateur qui reconstitue le puzzle doucement, c’était déjà dans les plans, dans la familiarité sans désir entre Charlotte et Tim. Il y a lente compréhension de l’histoire (et aussi questionnement sur ce que c’est la famille, sur pourquoi j’ai projeté qu’il soit le père).

                    « Et il y a quand même beaucoup de morts en quoi, deux mois ? Quelle famille d’ultra riche vit ça ? » La famille vit une mort de vieillesse et l’accident de voiture.
                    Je crois que ton niveau adhésion à une histoire dit ton niveau d’adhésion au film, sans être un argument esthétique.
                    Dans Romeo et Juliette, il y a beaucoup de morts quand même ?
                    Et comment Ripley peut-elle s’en sortir face à l’alien ?
                    Et t’as vu tout ce qui arrive à Jack dans Titanic ? Il arrive dans le bateau par hasard, il tombe amoureux, on l’accuse de vol de bijoux. Puis le fait qu’il n’y ait pas assez de canots de sauvetage, comme par hasard.

                    Je crois à l’histoire de Neil parce que la violence qu’il subit vient de sa situation sociale exceptionnelle refoulée, et pour mon interêt à voir son insensibilité mise à l’épreuve.

                    • #40383 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Comme je l’explique c’est l’inverse exact, j’adhère au film et cette suite de morts s’efforce de m’en sortir. Elle y parvient parfois. À part ça tu vas dans mon sens :
                      La comparaison qui te vient entre les événements de Titanic ou d’Alien à ceux de Sundown est juste : l’hécatombe arbitraire semble sortir tout droit d’un scénario bien plus hollywoodien que celui de Franco.
                      Ta description détaillée des non coups de théâtre démontre bien que le film est passionnant dans son tissu normal, dans la façon dont il se sort des coups de force hollywoodiens en n’en faisant pas ce que tu attends, en refusant de jouer le jeu hollywoodien après l’avoir installé. Mais il l’installe. Hollywoodiennement. Ou maladroitement.
                      C’est le contraste avec la finesse du reste qui cause sa perte, en tout cas qui lui cause ma perte en tant que spectateur captivé.
                      Bien sûr j’exagère mon propos pour le rendre clair. Et tout serait mieux passé sans la mort de la sœur, qui a mis en valeur pour moi le côté hécatombe (alors que la découverte progressive de la maladie l’aurait fait passer comme une lettre à la poste, le rapprochement avec la mort du début ne m’aurait pas tant choqué).

                      • #40404 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Franco pratique assez souvent le trop plein scénaristique. Ce pourrait être mis à son discrédit, mais aussi à son crédit : sortie par l’excès du scénario standard.
                        Dans Despues de Lucia, A perd sa mère + subit du harcèlement de haut niveau.
                        Dans Ordo Nueven c’est une hécatombe
                        Dans les filles d’avril : grossesse d’une ado + kidnapping de l’enfant par la mère + la mère couche avec son « gendre ».
                        Dans Memories on verra qu’il y a encore deux gros dossiers pour le prix d’un
                        Je crois que chez lui le scénario est vraiment un producteur de complexité : en accumulant les crises, il accumule les noeuds, les fait jouer les uns avec les autres et ca donne un truc unique.

                      • #40406 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Tu as déjà vu Memories? C’est comment ?

                      • #40409 Répondre
                        françois bégaudeau
                        Invité

                        Secret d’Etat
                        Si ton info est bonne on fera la GO dessus fin mai.

                      • #40414 Répondre
                        François
                        Invité

                        Je confirme l’info
                        (Tous les François réclament cette GO)

                      • #40422 Répondre
                        Dick Rivers
                        Invité

                        J’ai vu Memory, et le conseille vivement.
                        MF nous offre un petit chef d’oeuvre, bien riche en « didactique » de la vie.

    • #40423 Répondre
      François
      Invité

      Je réitère ici ma demande, qui finalement se noie un peu plus haut dans le fil. Quelqu’un aurait-il un compte premium Nitroflare ? Il semblerait que j’ai trouvé un lien pour obtenir le film A los ojos sur un site fiable. Seulement la personne qui a déposé le fichier en ligne a désactivé les téléchargements gratuits.

    • #46926 Répondre
      François
      Invité

      Au fait, si un jour vous tombez sur les courts-métrages :
      Huérfanos (1998), Ruido y olvido (1999), Azul y sombras (2000), El soldado (2001), Moisés (2007),
      je suis preneur.

    • #46987 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Documentaire tourné il y a 13 ans sur les enfants qui vivent dans la rue au Mexique

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=BOwmsIlyG7M?si=veHUTL2dRg0aLNs-&w=560&h=315%5D

    • #47071 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Voici les traductions de Maud et de Graindorge.
      Graindorge :
      Avant de traduire l’interview nº 1, j’ai écouté d’autres vidéos pour mieux comprendre comment A los ojos a été fait.
      Victoria Franco a passé plus d’un an avec les enfants livrés à eux-mêmes dans la rue conseillée par la Fondation Casa Alianza. D’abord sans caméra afin de gagner leur confiance puis avec.
      L’actrice Monica del Carmen l’a accompagnée pendant plusieurs mois.
      Victoria et son frère Michel ont suivi les directives de la Fondation de ne pas leur faire de cadeaux ni les payer car cela leur ferait plus de mal que de bien. Le film fut juste un effort supplémentaire dans le travail de la fondation pour réadapter ces enfants.
      Victoria habitait à 13 kilomètres à peine de la rue où survivaient les gamins et elle dit que ce n’était pas agréable de retrouver sa maison avec toutes les commodités et tout le confort après une journée à vivre selon ses mots « comme dans un autre pays »
      Michel Franco a repris l’idée du court-métrage Entre dos pour avec sa sœur faire ce film de fiction-documentaire A los ojos
      À propos de Benjamin :
      « Avec Benjamin, peu à peu nous avons établi une amitié. La condition pour continuer à travailler avec Benjamin était qu’il laisse la rue, cesse de prendre des substances.. Il vivait dans l’appartement loué pour le film. Il fallait le contenir car il avait toujours la tentation de partir. Ce fut difficile pour lui mais pour nous aussi car perdre Benjamin c’était perdre le film. C’était un engagement commun. »
      « je crois que le cinéma peut avoir une fonction sociale bien que cela ne doit jamais être son principal objectif. J’ai fait A los ojos, avant tout parce que la partie cinématographique m’intéressait. »
      « Je ne crois pas qu’on peut arranger le monde avec un film mais on peut mettre des sujets sur la table Avec Despuès de Lucía, on a beaucoup parlé du bullying et je crois qu’avec A los ojos on peut donner à voir des enfants et des adolescents qui vivent dans la rue et le grans problème du manque de dons d’organes. Il est clair pour moi que le cinéma m’aide à comprendre qui je suis et pourquoi les choses sont comme elles sont et c’est beaucoup »

      Vidéo 1 Au Festival de cinéma de Morelia
      La journaliste :
      Bienvenus, nous sommes dans le beau Conservatoire des Roses au cœur de Morelia où on célèbre la 11ème édition du Festival de Cinéma de Morelia
      Avec nous, l’équipe au complet : Michel Franco scénariste, Victoria Franco, codirectrice, l’enfant Omar Moreno, l’actrice Monica del Carmen, Moíse Zonana, qui est le producteur, Sofía Almazán, directrice de l’importante fondation Casa Alianza, nous allons voir ce que fait cette incroyable fondation et avec nous aussi le très éminent médecin-ophtalmologue, Jacobo Najman, médecin réputé à Mexico et en Amérique Latine, acteur et conseillé de toute la partie médicale.
      Elle demande à Michel Franco pourquoi avoir choisi un vrai médecin ophtalmologue.
      Franco trouve que les acteurs qui jouent les médecins ne sont pas très convaincants, il dit que c’est très difficile d’improviser avec eux et qu’ils donnent des informations qui vaillent la peine et pas uniquement remplir le dialogue alors que Jacobo donne les explications techniques
      La journaliste dit que le film ressemble à un documentaire. Franco confirme qu’ils ont pris beaucoup de la réalité. « la majorité de ce qu’a filmé ma sœur est réel »
      Victoria Franco: « on ne pouvait pas simuler cette réalité si accablante des enfants de la rue. C’était impossible de faire appel à des acteurs pour refléter la misère de cette situation et nous avons choisi cette forme documentaire. Nous nous sommes mis en contact avec la Fondation Casa Alianza pour nous aider et soutenir ce projet, nous ouvrir des portes et nous donner des informations »
      La journaliste demande ensuite à l’actrice Monica del Carmen de raconter un peu l’histoire de ce film.
      Monica del Carmen :
      « Il contient beaucoup de thèmes mais essentiellement c’est l’histoire d’une éducatrice de rue qui s’occupe de gamins en situation d’abandon social ou à la rue Elle a un enfant de 11 ans qui souffre d’une maladie visuel, un keratocône qui peut lui faire perdre la vue et elle va se retrouver devant un dilemme terrible. Elle a une relation spécifique avec un des personnages principal du film, Benjamin dont elle est très proche. ( Benjamin est aussi un copain de son fils dans le film et aussi dans la vie comme le dira le jeune acteur Omar dans l’interview.) C’est une personne qui s’investit beaucoup dans son travail d’éducatrice de rue et là, comme maman, elle va devoir prendre une décision difficile pour une mère et c’est un choix difficilement accepté par la société, c’est un choix terrible »
      La journaliste commente que le film donne vraiment à réfléchir. Certaines situations extrêmes peuvent mener des personnes très bonnes, très serviables à prendre des décisions terribles afin de protéger ceux qu’elles aiment le plus
      Le titre parle aussi ajoute la journaliste de notre manière de voir les problèmes et un film comme A los ojos fait qu’on on ne peut pas fermer les yeux. Franco ajoute que ce n’est pas facile pour une mère, qui se met en 4, qui se démène pour les autres dans son travail, de se retrouver avec ce terrible dilemme moral
      Le producteur Moíse Zonana dit que c’est un problème dans tout le pays et grâce à un film comme A los ojos, on ne peut pas faire la politique de l’autruche, faire comme si cette réalité n’existait pas. Michel et Victoria Franco nous mettent le problème devant les yeux. Et on ne peut pas faire comme si
      Franco ajoute que les personnes qui vivent dans la rue deviennent invisibles. Les gens préfèrent presque feindre que ces personnes n’existent pas parce que c’est plus facile d’oú le titre A los ojos : montrer cette réalité que personne ne veut voir
      La journaliste dit que, en tenant compte de tous les autres films, ce festival pourrait s’appeler Dans la rue car ceux qui nous étaient invisibles, le cinéma et d’autres facteurs beaucoup plus durs font qu’ils occupent une place centrale et ceux qui deviennent marginaux sont ceux comme nous qui avant ne voulions pas voir la réalité.
      La journaliste interroge le médecin : « Et toi Jacobo, ton personnage me parait très intéressant tu dis que tu vois une réalité comme médecin et le problème du manque de dons. »
      Jacobo :
      Pour moi cela a été difficile d’interpréter cela aussi car comme médecin, notre premier serment est PRIMUM NON NOCERE, avant tout ne pas faire de mal à une personne et dans le film il fallait faire le contraire. Pour moi, cela devient très important de créer une prise de conscience dans le don d’organes parce que bien que nous n’avons pas connaissance qu’ à Mexico, il y ait eu des cas où l’on a retiré la cornée a un être humain vivant pour la donner à un patient , il est vrai que la liste d’attente est énorme et que les aspects médicaux dans le film sont réels ainsi que la chirurgie. Ma participation et celle d’autres médecins sert à promouvoir les dons d’organes et puis il y a la la passion que j’ai toujours eu pour le cinéma et le respect et la gratitude que j’ai pour le casting et les directeurs »
      Puis la journaliste interroge Omar, le fils de Monica dans le film « tu as pu prendre conscience du don que tu as qui est la vue ?
      « Oui. On m’a mis des lentilles spéciales pour voir comme on voit avec ce problème de vue Cela m’a fait réfléchir. Savoir qu’il y a des personnes qui voient comme ça dans le métro, dans les camions… C’est difficile. Et Benjamin est mon ami dans la vie et pas seulement dans le film
      Moises Zonana ajoute que Benjamin était en réhabilitation pour ses problèmes de drogue , ce qui rend ces scènes très réelles. Il était encore en réhabilitation et lorsqu’ on lui a enlevé les soins, il a rechuté après le film. ( Là, c’est moi Graindorge qui aurait une question car je ne comprends pas quels soins lui ont été enlevés et pourquoi)
      Sofía de la Fondation Casa Alianza Question : Comment la Fondation aide ces jeunes ?
      « Quand Michel et Victoria nous ont proposé ce projet, c’était très intéressant mais cela nous a fait très peur aussi. C’est une fiction mais elle a beaucoup de réalité,
      La fondation travaille à rétablir les droits de ces enfants qui vivent ces situations d’abandon. Et le système les laisse tomber
      La Fondation remercie l’équipe du film pour se risquer à parler de ce sujet.
      Chacun devrait se poser la question Comment cela m’affecte-t-il ? Il s’agit de comprendre le phénomène social. Comment cela touche mon présent et mon futur. Quel projet vais-je laisser à mon pays si je ne fais rien car bien sûr, je peux donner le vieux fauteuil qui ne me sert plus mais … Réfléchir sur le concept de charité de l’Église et que fait l le gouvernement, quelles sont ses politiques sociales, sa responsabilité, quel projet pour le pays, comment je règle le problème de l’abandon, prendre le problème à la racine etc… bien sûr si vous donnez, merveilleux ! »
      Victoria dit que dans la rue il y a tellement de gamins qui vivent ces situations , de cas de drogue, de prostitution, de très jeunes filles qui accouchent et meurent dans la rue, cela lui coûte de constater cette acceptation de la société. Personne ne s’implique. Cela la rend impuissante. Dans la rue, les gamins inhalent des colles très dangereuses et très bon marché. Le gouvernement discute sur la légalisation de la marijuana et ne fait rien contre ces drogues qui les fait aussi supporter le froid et la faim
      Michel Franco ajoute que tout ce que dit Vicky est vrai et ajoute que souvent ce sont des enfants qui quittent le foyer familial où c’était encore pire que la rue à cause de violences et ils choisissent la rue car ils fuient une situation familial qui les faisaient souffrir : violences sexuelles ou autre
      Benjamin à 6 ans est parti de sa maison car il était battu. On dit que les enfants de la rue sont les plus intelligents, les plus brillants car ils se sont battus pour survivre. On doit voir ces enfants non comme un désagrément mais comme ayant un grand potentiel
      La journaliste donne la parole à des spectateurs en leur expliquant le fonctionnement pour poser leurs questions mais il y a des couacs techniques. Le 1er, Crístofer dit qu’il vient à peine d’attraper la vidéo et le second Espinoza ne répond pas. Ce qui provoque des rires et la journaliste invite à envoyer les questions par Chat.
      La suite avec Maud
      Time code 20.13
      Moisés Zozana:
      Il est très important que des journalistes comme toi parlent de ce film créé par Michel et Victoria ici au Mexique, afin que les gens qui vont au cinéma sachent qu’il existe, puisse le voir et découvrir ce qu’il se passe dans notre pays.

      La journaliste:
      Ce film possède tant de dimensions différentes, les gens vont se divertir, même si le cinéma n’a pas à être obligatoirement divertissant, je ne dirais pas non plus que ce sera un apprentissage, c’est un film fort, qui, en marge du sujet dont il traite et qui nous con-cerne tous, a un argument puissant, le scénario nous présentant un dilemme moral vrai-ment insoluble, qui nous donne à penser.

      Michel Franco:
      Nous pensons que nous pouvons faire des films grand public qui offriront d’autres choses, nous avons réussi ça avec le film « Después de Lucía » vu par près près d’un mil-lion de spectateurs qui ne l’ont pas mis dans la catégorie film d’auteur, qui l’ont apprécié, et nous parions qu’il en sera de même avec « A los ojos »

      Moisés Zozana:
      Je le dis parce que Michel n’ose pas le dire, en Europe les gens de cinéma le respecte, et beaucoup parlent de lui comme de l’un des meilleurs réalisateur de notre pays et atten-dent beaucoup de son travail à venir, et c’est justement pour cela, parce qu’il pose un regard différent sur la complexité de la société mexicaine que nous connaissons tous. Michel a une narration unique qui lui est propre; il génère une énergie qui nous dit « venez au cinéma, venez jouir d’un bon film », le cinéma c’est un art commercial duquel tu pour-ras tirer quelque chose à garder en toi pour toujours.

      La journaliste:
      On peut dire que c’est du néo-réalisme?

      Michel Franco:
      Oui. Il y a deux films qui nous ont beaucoup influencés, l’un d’eux est « Los Olividados » (Les oubliés 1950) qui reste très actuel, la manière dont Buñuel filme le réel de la rue; et puis finalement tout le néo-réalisme italien,puis un réalisateur portugais Pedro Costa et son film « No cuarto da Vanda » (« Dans la chambre de Vanda »)

      Moisés Zozana;
      Je voulais profiter du temps qui nous est offert pour dire que dans notre petite maison de production indépendante nous avons un petit bijou que Michel a écrit, qui sera réalisé aux États-Unis, qui parle de l’euthanasie, un sujet difficile.

      La journaliste:
      Michel, tu t’intéresses au thème de la moralité, et il y a quelque chose de très présent au Mexique: comment peut-on être bon dans un contexte social si agressif?

      Michel Franco:
      Je crois que pour faire un bon film il ne faut pas voir les choses en noir ou en blanc, mais regarder le gris, ne pas penser en terme de bien ou mal, ne pas juger les personnages et c’est ce que nous essayons de faire.
      Je n’essaie pas de faire des films sur tel ou tel sujet, je parle de ce qui m’intéresse, mais je ne peux pas ne pas voir ce qui se passe actuellement, qui nous alerte et nous affecte, je trouve d’ailleurs bizarre que l’on ne parle pas de certains sujets

      La journaliste;
      Lesquels?

      Michel Franco:
      Par exemple la combinaison du problème du don d’organe associé à celui des gens qui vivent dans la rue, cela me paraît vraiment intéressant, et en même temps faire un fiction qui te tienne en haleine sur ce sujet… en fait comme réalisateur il faut être ambitieux et chercher à tout faire en même temps, se rendre compte que le public est intelligent et lui présenter des films qui soient une espèce de défi auquel il participera.

      La journaliste:
      Monica, tu joues ici un rôle très différent de ton dernier rôle dans un film d’ailleurs con-troversé, qu’est-ce qui t’a plu dans ce scénario et comment t’es-tu sentie dans ce rôle?

      Mónica:
      Faire du cinéma avec Michael Rowe et avec Michel et Victoria a représenté un même défi pour moi, bien qu’ici il n’y avait pas de scénario écrit, seulement la structure de quelques scènes qui tenaient sur trois pages et que nous avons développé tout au long du processus de travail, il y a également eu de l’improvisation, avec Omar aussi. Le fait d’être la seule actrice professionnelle impliquait être un peu comme une chef d’orchestre de l’intérieur et porter la scène jusqu’à atteindre les objectifs que Michel et Victoria me proposaient.
      Le projet de la rue, l’éducatrice de rue, les jeunes pensaient que je l’étais, je parlais comme une éducatrice, j’avais une méthodologie comme celle de « Casa alianza », c’était très intéressant de rencontrer ce personnage au moment du tournage, de pouvoir vrai-ment faire ça: je suis hypersensible, je m’émeus et pleure facilement, et là je devais être forte pour porter les dialogues qui viennent d’histoires vraies, fortes, douloureuses, les jeunes font face à l’abandon, à la tristesse, à la dépression, aux maladies sexuellement transmissibles, à la prostitution, (Michel Franco intervient: certains de ceux que Mónica et nous avons connus ne sont déjà plus en vie)
      Il y a des enfants qui sont dans ce films et qui vivent des situations qui les mènent à la mort, il fallait donc que je sois vraiment ancrée dans mon personnage sinon je n’aurais pas pu.

      La journaliste à Sofía Almazán:
      Quels sont les indices du succès et qu’est-ce qui fait qu’un jeune va réussir à s’en sortir?

      Sofía Almazán:
      En 25 ans d’existence à Casa Alianza nous savons pu sortir totalement de la rue 30% des jeunes dont nous nous occupons, il y a également un certain pourcentage de jeunes qui vont et viennent entre nous et la rue, nous devons donc réaliser certaines de leurs at-tentes, chaque individu est différent, il n’y a pas de recette unique, alors nous nous pro-fessionalisation pour connaître la problématique de fond, et ainsi mettre en place des actions qui seront pour ces jeunes une réelle réponse. Je souhaiterais ajouter que tout ce projet était très sensible et risqué, nous étions avec des professionnels comme Michel, Victoria, l’équipe du film et nous devions tous aller dans la rue, en respectant les droits des personnes. Casa Alianza a permis d’ouvrir la porte de la rue à la production du film, avec cet accord entre nous tous de respecter les règles pour pouvoir travailler dans la rue, comme le fait que Mónica ait appris la méthodologie, pour comprendre que nous travaillions avec de vraies personnes, à qui nous avons expliqué quel était le projet, et tout le monde l’a accepté. Donc, personne n’a été utilisé, les droits de chacun ont été respectés, et c’était très important pour nous.
      Il y a eu un moment de tension au milieu du processus parce qu’il fallait que tout se réa-lise, les objectifs de la production et les nôtres, ce fut donc un projet complexe mais dont le résultat final est très satisfaisant je crois.

      Michel Franco:
      Ce film est un quasi miracle, parce qu’il y avait de nombreux défis à surpasser, parce que beaucoup de choses pouvaient mal se passer, c’est quasiment un miracle que nous soyons ici maintenant assis tous ensemble pour parler d’un film qui est tel que nous voulions qu’il soit.

      courte vidéo nº 2 avec Victoria et Michel Franco.
      Victoria explique que ce fut un long travail pour gagner leur confiance. Finalement la caméra n’était plus un problème. Elle répète sur le sujet de la drogue le cynisme de réfléchir sur la légalisation de la marijuana et laisser les enfants se procurer ses dangereux produits inhalants . Michel Franco dit que comme dans ses films antérieurs, les personnages ne sont ni bons ni mauvais et ils doivent faire face à des défis. La partie la plus sombre se trouve chez les spectateurs qui d’une certaine façon peuvent finir par penser qu’il y a des vies de gamins qui valent plus que d’autres
      Avec le travail de créer un film, nous essayons de rendre accessible au grand public ces thématiques. Par exemple Despuès de Lucía n’a pas été catalogué comme une œuvre d’art et a été vu par près d’ un million de spectateurs
      Victoria parle de son prochain projet prêt à être tourné avec la collaboration de ARCA, fondatrice créative, qui intègre 10 directeurs et dit « je suis sûre qu’il aura un bon résultat collectif »

      Bonus offert par Maud : la traduction de Así nos gusta vivir partagé par François.

      Así nos gusta vivir
      C’est ainsi que nous aimons vivre
      (Cineminute contre la corruption)

      La femme au volant:
      Le plein s’il vous plaît

      Le pompiste:
      Mélangé à l’eau ou pur?

      La femme:
      Mélangé, c’est bien.

      —————–
      Les deux hommes.

      H1: Salut mon grand qu’est-ce que je te vends? J’ai des gentes ça t’intéresse ?

      H2: oui!

      H3: on en a des neuves nous

      H2: je préfère acheter ce qui a été volé, comme ça il est plus probable qu’on me volera encore.

      ——————
      La file d’attente.

      La jeune femme: j’adore devoir donner de l’argent à ceux qui m’apportent de l’eau.

      ——————
      Le taxi.

      Le client: Taxi!

      Le conducteur: j’ai le compteur dans l’eau, ça va te coûter le double de d’habitude

      Le client: j’adore qu’on me vole!

      ————–‐–
      Le bar.

      La serveuse: qu’est-ce que je vous sers?

      Le client: une bouteille de tequila frelatée s’il vous plaît

      –‐-‐————
      Les spectateurs.

      Dans la salle de ciné:
      H1: Quelle connerie!

      H2: on s’en va

      Dans la rue:
      H2: tu crois que le Mexique va changer grâce à un court-métrage?

      H1: Non, le Mexique ne changera pas, la corruption est nécessaire. Celui qui ne fait pas d’argent sale ne gagne rien.

      (ils voient le flic recevoir de l’argent des filles dabs la voiture)

      Le flic: allez-y les filles

      H2: comment ça tu les laisses s’en aller? Comment tu peux les laisser s’en aller officier?

      Le flic: moi, j’ai rien vu.

      • #47073 Répondre
        François
        Invité

        Un grand merci à vous ! Ça donne une meilleure idée du projet.
        Au fait, des nouvelles de @P et de l’envoi du film ?

        • #47075 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          @François: je n’ai rien encore rien reçu de P

    • #50673 Répondre
      ..Graindorge
      Invité
      • #50676 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Promis, je ferai la traduction ces jours-ci de cet entretien de Franco sur Memory mais comme j’avais peur que ça disparaisse, je le copie/colle de suite

      • #53696 Répondre
        graindorge
        Invité

        https://www.vozpopuli.com/altavoz/cultura/michel-franco-memory.html

        Traduction de l’entretien

        Le cinéaste mexicain Michel Franco tourne par ordre chronologique, prend son temps pour observer les acteurs et décider ensuite comment et où placer la caméra et les critiques bonnes ou mauvaises lui permettent de savoir si l’objectif a été atteint : électriser le spectateur.
        Avec son dernier film, Memory, il réussit à tisser une histoire d’amour passionnée et tendre, trop atypique mais plus réelle et authentique que n’importe quel autre film poursuivant le même objectif
        Dans son nouveau long métrage, présenté à la dernière édition du Festival de Venise, il dirige Jessica Chastain et Peter Saarsgaard, deux personnes imparfaites qui vivent une histoire d’amour impossible. Silvia est travailleuse sociale et maman d’une adolescente qui se rend régulièrement aux réunions des A.A. Un jour, après une fête d’anciens compagnons de lycée, un homme la suit jusque chez elle et cette rencontre les oblige à se confronter à leurs traumatismes respectifs.
        Michel Franco est venu à Madrid et dans Vozpópuli nous avons eu l’occasion de parler de son film, de l’amour et des risques de son cinéma.
        Question: Dans ta filmographie, est-ce que c’est quelque chose de nouveau et d’insolite une histoire d’amour impossible?
        Franco : Ce n’est pas ce que je m’étais d’abord proposé, mais au moment d’écrire je laisse le scénario se découvrir, je ne poursuis pas des idées ou des histoires.
        Lorsque j’ai compris que là, il y avait une histoire d’amour et qu’elle finit par être centrale, j’ai touché du doigt le défi.
        Les bonnes histoires d’amour ne sont pas celles qui obéissent au genre, se payent la tête du spectateur de façon artificielle et utilisent les astuces, les ficelles conventionnelles. Celles dont on se souvient ont un goût plus réel et obtenir cette alchimie à l’écran est très difficile, comme y arriver sans artifices.
        Pour ce qui est de sa différence d’avec mes autres films, si je fais un film par an et que j’invite les spectateurs à revenir, il vaut mieux que ce soit des expériences différentes

        Q : D’où naît cette histoire de deux personnes avec un traumatisme qui se rencontrent ?
        F : Ça débute avec une séquence sans dialogue où un homme commence à se rapprocher plus que de raison d’une femme lors d’une réunion scolaire, un lieu où il y a toujours un passé commun au cours des années formatives où tant de choses ont pu avoir lieu. Son mutisme la gêne au point de la faire partir. Il la suit dans le métro, dans la rue et finit par rester dehors toute la nuit.
        Le spectateur se pose beaucoup de questions : qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’il lui a fait ?
        Les mêmes que je me suis posées en écrivant et auxquelles je répondais au moment de l’écriture.
        Ma première surprise est reliée au fait qu’en terminant le séquencier, je compris que tout parlait de la mémoire, ce que je ne recherchais pas.
        La deuxième surprise a été de devoir décider s’il était coupable de ce dont elle l’accuse, et c’est là que commence l’histoire d’amour.
        Voilà les films qu’il faut faire, pas ceux qui ne te coûtent aucun effort.

        C’est là le piège où les metteurs en scène très expérimentés peuvent tomber : dans des recettes inventées par eux et qui les limitent tellement qu’il devient absurde de faire un film
        Q : Ce film se raconte comme une histoire de suspens où l’information est dosée afin de trouver presque le ton d’un thriller à certains moments. C’était votre intention ?
        F: ce qui m’amuse c’est de voir la quantité de strates qu’un film ou un livre contient car si au lieu de partir à la découverte de quelque chose de plus intéressant et profond, c’est toujours la même chose comme ce qui se passe à Hollywood où dans les premières 10 minutes on t’indique la direction de tout et on te dit qui est gentil, qui est méchant et tout est blanc et noir, alors pourquoi s’assoir pendant deux heures pour regarder un film ?
        Les bons livres sont ainsi, tu ne sais pas ce que tu vas trouver à la page suivante et c’est ce qui te tient en haleine. C’est, bien sûr, plus difficile à faire
        Q: Pourquoi ces personnes cassées, qui trainent des traumatismes t’intéressent-elles?
        F: Je m’inclus dans la catégorie des personnes cassées. Les gens qui peuvent ouvertement montrer qu’ils sont vulnérables et qui font face à des choses difficiles comme des traumatismes m’intéressent beaucoup plus, avec tout ce que l’on doit affronter involontairement dans la vie. Par contre, je déteste les gens qui veulent montrer à l’écran leur perfection, dans les réseaux sociaux, ou qui prêchent l’exemple et disent comment il faut vivre. Cela est faux et ces gens s’effondrent de la pire façon qui soit. Alors que j’admire les êtres comme Sylvia, elle choisit de vivre avec sobriété et parle de ses problèmes, contrairement au souhait du beau-frère
        Nous vivons dans un monde parfait et lui croit protéger ses enfants et il fait juste l’opposé. Les gens brisés, vulnérables me plaisent beaucoup plus
        Q : Alors il n’existe pas non plus de familles parfaites?
        F : Le meilleur et le pire vient de la famille. La société est construite dans la famille, c’est là où tout commence et tout finit avec de la chance, si nous ne sommes pas seuls.
        En général, les plus gros conflits viennent de là. C’est pour ça que les films de Bergman parlent de parents, de frères et sœurs, de couples.
        Q : Et en amour, on recherche aussi des relations parfaites de nos jours?
        F : Les livres qui racontent des histoires simplistes et médiocres et les films surtout, ainsi que la façon des influencers avec cette tendance à montrer aux gens ce qu’est la vie idéale, ce que doit être une histoire d’amour, malheureusement, les jeunes gens le voient comme un idéal et tout ce qu’on leur montre est faux, ne sera jamais atteint et ne signifie rien. C’est du vide que personne ne devrait même pas rechercher. Jamais.
        Dans mon film, il y a une histoire d’amour authentique mais loin d’être parfaite et c’est pour cela même qu’on y trouve de la beauté et y compris de l’esthétique
        car c’est comme dans la vie. C’est toujours quelque chose d’unique qui ne devrait surtout pas essayer d’être parfait.
        Q : Tu te considères comme un cinéaste audacieux et par là même courageux ?
        F : Depuis que j’ai réalisé mes premiers films, on me demande si je n’ai pas peur d’aborder des sujets aussi forts, comme Lucia, ou d’être si extrême à pousser le film jusqu’au bout de ses conséquences, d’être aussi frontal avec le public et ma réponse est que je crains plutôt de faire un film sans substance. ¿On remplit comment ces deux heures de façon intéressante pour le public ? Tout ce que je veux c’est créer des points et des contre-points et provoquer fortement. Le cinéma que j’ai connu en grandissant et qui m’a fait devenir un cinéaste c’est le cinéma de Buñuel avec Los olvidados, très controversée à sa sortie ou Les ailes du désir.
        Le cinéma qui ne te donne jamais de réponses mais qui crée des questions.
        J’ai toujours trouvé ennuyeux le cinéma hollywoodien condescendant qui t’explique tout et veut t’éduquer et balancer le message. Ça, ça me parait absurde.
        Q : Nuevo orden est peut-être le film qui a généré le plus d’opinions viscérales
        F : La polémique, la controverse et le très grand intérêt que ce film a provoqué dans beaucoup de pays et bien sûr au Mexique, démontre combien il était nécessaire.
        Au final, lorsque les gens se plaignent, ils se fâchent et plus encore ; ne parlent pas du film mais de la réalité que nous vivons,
        Ce film parle de la disparité sociale et de cette brèche très injuste et que personne ne fait en sorte que cela change. En parler est provocateur, cela me fait très plaisir et me paraît très flatteur.

        • #67731 Répondre
          Carpentier
          Invité

          @Graindorge
          voici
          (un topic ciné irait très bien aussi)

          • #67733 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Vouaaalàà!!! Grand merci ! Pourtant je t’assure que j’avais écrit françoisbegaudeau.fr suivi de Michel Franco et rien!
            Oui tu as raison, un topic ciné aussi mais… Franco… c’est… Franco, avec un grand A et un grand C ( du grand Art, du grand Cinéma)

            • #67735 Répondre
              Carpentier
              Invité

              en gros, si tu prends à rebours les pages du forum (à partir de 68, je crois) c’est normal jusqu’à la page 45, par là (si désir de fouilles, en mode archéologie avec son petit pinceau, quoi) tu scrolles, remontes le courant à la saumonette et tu finis par tomber sur ton sujet du moment (en mode artisanal, bourrin).
              Sinon, en partant de la page la plus récemment utilisée, il y en a une bonne quinzaine où sa déleature à mort.
              Est-ce cela qu’on appelle ‘ décompenser’ ?
              Une décompensation virtuelle en quelque sorte?
              Dingue comme François Bégaudeau attire aussi les passions, des deux natures (on connaît le truc des tristes/joyeuses, oui, c’est bon, le public et cie).
              Ça doit être, entre autres, à ça qu’on reconnaît les gens, comment bien dire?
              – intéressants?
              Sans doute.

            • #67739 Répondre
              Carpentier
              Invité

              @Graindorge 👋
              on serait plutôt (pour tenter tes recherches) sur un
              .. françois Bégaudeau.fr/forums/topic/michel-franco ..
              tu vois, genre
              C’est qui faut lui filer des indices un peu précis ausi à la machine 😉
              Observe un peu mieux les liens en les copiant, prends le temps, si tu peux/veux
              Moi, je veux tellement pas retourner au taf, sérieeeuux
              Même F.Cousin, chu pas loin de l’envisager contre un.e école/taf buissonnier.e, t’imagine?

    • #114054 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      En attendant 2026 et Dreams, je reprends ce fil dédié à Michel Franco

    • #114055 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      En Espagne, Dreams sera dans les salles à partir du 26 décembre 2025

    • #132798 Répondre
      graindorge
      Invité

      en attendant Dreams

      • #132803 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Il dit qu’il a déjà tourné un autre film après Dreams. Quel homme.

        • #132808 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          je crois aussi qu’entre autres choses sa méthode de tournage permet des tournages rapides

          • #132809 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            vu Dreams qui est, comment dire, aussi bon que le reste
            pour l’instant Michel n’a réussi à rater aucun film

            • #132810 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              n’a pas réussi à rater un film, plutot

              • #132816 Répondre
                stephanie
                Invité

                Essayer encore. Rater encore. Rater mieux

              • #132823 Répondre
                ..Graindorge
                Invité

                Cet homme là n’a ni argent ni temps ni talent à perdre

    • #132799 Répondre
      graindorge
      Invité

      faisons de beaux rêves Bonne nuit!

    • #135899 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      L’article est dans le fil Intégrale et je le place ici aussi

      https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/01/31/michel-franco-realisateur-de-dreams-aux-etats-unis-la-realite-a-depasse-le-film-et-personne-ne-proteste-assez_6664897_3246.html

      ********

      Le cinéaste mexicain Michel Franco s’est beaucoup intéressé aux racines et aux conséquences de la violence qui secoue son pays. Avec son nouveau film, Dreams, récit d’une passion toxique entre Jennifer McCarthy (Jessica Chastain), une riche mécène des arts américaine, et Fernando (Isaac Hernandez), un jeune danseur mexicain, il explore par l’intime la relation perverse qui unit le Mexique aux Etats-Unis. Un lien qui s’est encore dégradé avec le second mandat de Donald Trump à la Maison Blanche.

      ********

      Comment l’idée du film est-elle venue ?
      Depuis que je suis enfant, je suis troublé par la façon dont les Mexicains sont traités aux Etats-Unis. Une partie de la main-d’œuvre est composée d’immigrants et plusieurs millions de ces travailleurs sont des Mexicains. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour eux. Le film montre comment ils sont traités comme des personnes de second ordre. Je suis aussi préoccupé par la façon dont les Etats-Unis contrôlent la politique mexicaine. Au moment d’écrire Dreams, j’étais obsédé par le fait que Donald Trump puisse être réélu à la tête du pays. Puis j’adore les films sur les relations toxiques, comme Tous les autres s’appellent Ali [1974], de Rainer Werner Fassbinder.

      ******

      Pourquoi avoir fait de Fernando un artiste ?
      Dans la première version du scénario, il devait être l’employé d’une entreprise que Jennifer possède au Mexique. Mais j’ai trouvé que le résultat était ennuyeux sur le papier. J’ai pensé qu’il serait plus cinématographique d’en faire un danseur. J’aime aussi le fait que parce qu’elle est une mécène des arts, Jennifer pense qu’elle est une meilleure personne. Elle pense que l’argent lui donne des droits sur son amant. Elle veut acheter non seulement des biens, mais aussi des gens et leur conscience. C’est aussi ce que font les Etats-Unis avec le Mexique. Et, à cause de la corruption, il est impossible de lutter.

      *******

      Pourquoi, dans vos films, représenter la violence de manière aussi frontale ?
      J’évite de la montrer autant que possible, mais je pense qu’elle fait partie de notre réalité. Nous ne savons pas de quoi nous sommes capables tant que nous ne sommes pas poussés à bout. Le rejet constant que subit Fernando dans le film est très violent. Je pense que les gens devraient réagir davantage à certains comportements comme la xénophobie. Elle est tellement normalisée et acceptée que, quand elle débouche sur une réaction violente, les gens ne comprennent pas pourquoi celle-ci s’est produite.

      *******

      Etait-il important de montrer que le Mexique participe lui-même de cette violence que subissent les migrants ?
      Je suis content que vous évoquiez cette scène, parce qu’elle est basée sur des événements qui se sont produits il y a trois ans à Ciudad Juarez. Des immigrants, principalement des Vénézuéliens, s’étaient rebellés dans un centre de rétention où le feu a pris. Les gardiens ont verrouillé les accès et les ont laissés brûler vifs sans que personne n’ait à en payer les conséquences. Je ne peux pas faire un film en disant simplement que les Américains sont les méchants et les Mexicains les victimes. Cela n’a pas seulement à voir avec une question de nationalité, mais avec cette façon primitive que l’homme a de marcher sur l’autre et de l’exclure. Les immigrants au Mexique sont très mal traités, et les médias en parlent peu. Des dizaines de personnes sont mortes ce jour-là et personne ne s’en soucie vraiment.

      *******

      Comment réagissez-vous à ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis ?
      Malheureusement, je ne suis pas surpris. Les Etats-Unis devraient être reconnaissants envers les Mexicains, mais ils sont présentés comme un problème. Quand les gens lisaient mon scénario, ils me disaient que les Américains ne détenaient pas de personnes comme Fernando, que j’exagérais. J’ai suivi mon instinct et maintenant la réalité a dépassé le film. C’est arrivé très vite. Et personne ne proteste assez. De toute façon, le gouvernement américain continuera à faire ce qu’il veut. Ça a toujours été comme ça. Il y a toujours eu de la xénophobie et des expulsions, mais ce n’était pas célébré comme aujourd’hui. La situation aux Etats-Unis me rappelle l’Europe des années 1930 et 1940, avec la montée du fascisme.

      **********

      A quels rêves le titre du film renvoie-t-il ?
      Les deux personnages, qui ont chacun leurs propres aspirations, vivent en dehors de la réalité. Et, bien sûr, cela nous rappelle le rêve américain. On peut se demander s’il existe toujours ou s’il n’est pas devenu trop naïf d’y croire encore. Maintenant, c’est plutôt un cauchemar. Il y a également eu un programme intitulé « The Dreamers » qui a été annulé, destiné à aider les enfants d’immigrés nés aux Etats-Unis. Là encore, cet idéal a perdu de son éclat.

      *********

      Pourquoi, contrairement à beaucoup de vos compatriotes, comme Guillermo del Toro ou Alfonso Cuaron, n’avez-vous jamais cherché à faire carrière à Hollywood ?
      Tant que je peux garder le contrôle total de ce que je fais, sans trop avoir à me justifier, cela ne me dérange pas de travailler à Hollywood ou ailleurs. Mais je pense qu’il serait naïf de penser que je pourrais aller voir un grand studio et qu’il me donnerait beaucoup d’argent et de liberté pour faire les films que je fais. Je travaille beaucoup à détourner les conventions d’Hollywood. Les films que j’ai tournés aux Etats-Unis ont été financés principalement avec de l’argent mexicain. C’est très bien ainsi. Aller là-bas me permet surtout de travailler avec de grands acteurs, comme Jessica Chastain, qui me facilitent la vie. Elle est intelligente et comprend très vite le langage du film. Elle prend un million de notes sur le scénario, pose des petits papiers autocollants partout. C’est elle qui a apporté la garde-robe et les bijoux du personnage. Une fois qu’on s’est mis d’accord sur un script, elle le défendra jusqu’au bout.

    • #135908 Répondre
      MA
      Invité

      Merci, complète l’interview postée par Seldoon.

      • #135917 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        Elle est où celle de Seldoon?

        • #135921 Répondre
          MA
          Invité

          En fait c’est K qui l’a postee a 22h45 le 2 fev dans cinema.

    • #135938 Répondre
      Younès
      Invité

      Personnellement, j’ai vu tous les films de Franco et seul « Nouvel Ordre » m’a résisté. Je l’ai trouvé trop évident dans sa manière d’aborder la lutte des classes. Franco excelle quand ce « thème » est traité insidieusement et irrigue toute la narration de ses films (j’ai revu, avant « Dreams », « Sundown » et ça me paraît être la perfection dans ce que j’essaie d’exprimer). Mais bon, il faudrait peut-être que je lui laisse une chance à ce film.
      « Daniel et Ana » m’avait bouleversé, on voit déjà ici l’importance du « 2 ». Toujours deux drames qui arrivent dans le film, et dans celui-ci en particulier ça prend une force absolument démentielle. (Pour l’anecdote, j’ai payé 50 euros le DVD de ce film chez JM…).
      « Dreams » est extraordinaire. J’ai déjà envie de le revoir. Franco sait maîtriser ses fins (celle de « Sundown », notamment le dernier plan, est magnifique). Le travail sur l’agencement des corps de Jennyfer et de Fernando est extrêmement bien réussi ; comment Jennyfer, malgré l’amour (que je suppose réel) qu’elle entretient pour Fernando, essaie tout de même de réaffirmer sa posture de domination en préférant le corps de ce dernier révélant une prétendue saleté, dureté qu’elle croit inhérent aux immigrés mexicains. Tout ça rend la scène de viol opéré par Fernando assez fascinante, une sorte de vengeance par l’affirmation au plus haut point des préjugés dont il était subrepticement victime. Sans parler de la scène de fin glaciale.
      J’ai écrit en vrac, mais c’est là.

    • #136320 Répondre
      Gauthier
      Invité

      J’ai l’impression d’avoir vu la parabole de la fille prodigue. Saisie très juste de la grande bourgeoisie contemporaine, elle est tellement riche qu’elle n’a pas d’argent (liquide)

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Répondre à : Répondre #132803 dans Michel Franco
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