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- Ce sujet contient 33 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
françois bégaudeau, le il y a 2 années et 1 mois.
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Anis
InvitéBonjour à tous,
J’aimerais écrire des critiques sur des films, mais je ne sais pas par où commencer. Pour celles et ceux qui produise des critiques, je serais curieux de découvrir votre fonctionnement, vos méthodes pour écrire et critiquer un film.
Et si jamais vous aviez des cinéastes produisant des critiques à me conseiller, des journaux, sites etc… J’en serai ravi !
Merci à tous, bon dimanche !
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Edouard Delors
InvitéPersonnellement je pense qu’il faut procéder comme un commentaire au bac de français. Tu prends un feuille blanche et tu notes toutes tes impressions : les faits stylistiques que tu remarques (la présence de plan fixes ou de travelling, les plans de nuit ou de jours etc etc) , les éléments scénaristiques (cinéma purement narratif ou anarratif), les performances des acteurs… Tu dois reconstituer le film sur ta feuille blanches avec toutes tes observations, factuelles ou analytiques. A partir de ce matériau tu dégages des idées-forces, tu peux même faire un plan si tu veux mais je pense pas que ce soit nécessaire, et tu relies tes impressions à cela, tu vas même très certainement te souvenir d’autres impressions en rapport avec ces idées-forces. Je pense qu’il faut noter ses impressions directement en sortant de la salle et commencer le travail analytique quelques jours après, une fois que le film a infusé. C’est avec cette méthode à mon avis que l’on peut dire quelque chose d’original sur le film, et ne pas se contenter, comme tous les abrutis de Youtubeurs, de dire si l’on a aimé le film ou non, et que la réalisation est bien, la photographie est laide, et les acteurs sont bofs. Il faut problématiser le film, trouver un angle inédit et novateur dessus. En tout cas c’est ce que je pense.
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Anis
InvitéMerci beaucoup pour cette réponse Édouard !
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François Bégaudeau
Maître des clés« abrutis de youtubeurs » est un peu insultant non Edouard?
En tout cas je préconiserai une méthode plus simple. Se poser deux questions simples:
Que fait le film? – est ce intéressant?
Qu’est ce que me fait le film? – et pourquoi me fait il ce qu’il me fait.-
François Bégaudeau
Maître des clésJe recommanderais aussi d’écouter et lire des critiques
Ca doit exister.-
Anis
InvitéMerci pour cette réponse François. Avez vous des sites où auteurs de critiques à me conseiller ? J’ai récemment découvert « La gêne occasionnée » sur Soundcloud, mais c’était pas ouf.
Blague à part, la revue « les cahiers du cinéma » est-elle la meilleure source de critique de cinéma de qualité ?
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Edouard Delors
InvitéC’est insultant oui mais il y a une catégorie de l’humanité qu’on a le droit d’insulter ce sont les youtubeurs ciné, particulièrement Durendal. C’est autorisé par le Code civil.
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Parfaitement à l’eau
InvitéC’est vrai qu’il est difficile de trouver des bons youtubeurs cinéma (et en plus d’après les avis sur Napoléon ils sont tous de droite). Il y a une vraie place a prendre. Microciné est top mais c’est plus une plateforme pour donner de la visibilité à des auteurs, réalisateurs.
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Parfaitement à l’eau
InvitéIl y a la chaine Cinéma et politique qui est plutôt qualitative, elle traite d’un genre ou d’un mouvement généralement. Elle remet en contexte historique, détaille les impacts et analyse les influences. Il n’y a donc pas un épisode tous les 4 matins.
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deleatur
InvitéAnis, il serait aussi intéressant d’écouter le premier Microciné de François sur Youtube, il parle de la critique de cinéma, et dit comment on en vient à vouloir écrire sur les films qu’on a aimés (indiquant au passage qu’il y a une politesse de la critique qui consiste à ne pas écrire sur un film qu’on a entièrement détesté).
Jean Douchet a écrit, dans L’art d’aimer, que la critique de film commence quand on cherche à remonter des effets produits sur nous par un film à la cause qui l’a produit, occasionné. Je trouve que c’est pas mal comme approche, à condition de ne pas tomber pas dans la critique scolaire comme on faisait en français (là une métaphore, là un oxymore, sans être capable de dire si ça nous fait quelque chose, si ça nous touche) : la forme doit toujours être au service du fond et ne pas être une simple technique.
Jean Douchet ou André S. Labarthe, je confonds peut-être.-
François Bégaudeau
Maître des clés« la critique de film commence quand on cherche à remonter des effets produits sur nous par un film à la cause qui l’a produit, occasionné. »
Oui c’est un peu par là que je rodais-
deleatur
InvitéVoir aussi ce texte que tu connais : » Il faut parler venant du film, et non en allant au film. »
Seule règle de la méthode qui vaille.
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JLG, « Avenir(s) du cinéma, entretien avec Jean-Luc Godard », Cahiers du ci-néma n° hors-série, Aux frontières du cinéma, avril 2000, repris dans Théories du cinéma, VII. Petite anthologie des Cahiers du cinéma, 2001
« Le cinéma est le dernier art de la tradition picturale. On parle beaucoup d’images, mais il n’y pas plus que du texte. Sur les ordinateurs, il y plus de texte que d’image . Ce sont le texte publicitaire et le commentaire qui dominent. Je ne sais pas ce que critique la critique de cinéma. Elle examine des idées à elle qu’elle développe à l’occasion d’un film. Il faut parler des choses, sinon on ne peut pas distinguer Guerre et paix de King Vidor et Guerre et paix de Tolstoï. Un premier langage simple s’impose : c’est à droite, c’est à gauche, c’est chaud, c’est froid. Il faut parler venant du film, et non en allant au film. Si on reprenait tous les entretiens faits aux Cahiers depuis cinquante ans, on verrait qu’au départ le je était beaucoup moins employé. Les cinéastes disaient surtout il, lui, ceci, etc. Aujourd’hui ils parlent d’eux, pas du film. Ils disent : « J’ai voulu faire ça. » On aimerait qu’ils parlent de ce qui a été fait. »-
Anis
InvitéMerci pour ces précieux conseils Deleatur ! Je prend note de toutes les références indiquées, c’est exactement ce que j’attendais !
Je découvre petit à petit l’univers de la critique cinématographique, c’est pour cela que je suis à la recherche d’indication.
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deleatur
InvitéAlors je vais ajouter encore un petit quelque chose : ne dissocie pas la lecture des ces critiques du geste d’écrire des critiques, lis et écris des critiques en même temps.
Ou encore : n’attends pas d’avoir tout lu pour te sentir capable et autorisé à écrire à ton tour ; écris simplement parce que tu aimes ça. Et tout s’enchaînera.-
Anis
InvitéMerci Deleatur, je vais faire ça !
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amour
InvitéLes commentaires qui comment par personnellement, SONT des commentaires illisibles et creux.
On dirait du Pagnol mais sans Pagnol.-
François Bégaudeau
Maître des clésAnis : ne te soucie pas des insultes d’Amour, c’est un rituel de bienvenue.
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Edouard Delors
InvitéC’est vrai que tes commentaires sont d’une IMMENSE qualité amour, vraiment. Ce sont des bijoux de réflexion.
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Monami
InvitéJ’en profite pour rajouter une question subsidiaire : y a-t-il des recueils de critiques que vous recommandez ici ? Genre de Daney, Truffaut ou neuhoff ?
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deleatur
InvitéNeuhoff écrit des livres ? Depuis quand ? Il le sait ?
L’art d’aimer, de Douchet.
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Monami
InvitéJe note merci.
Oui il écrit des romans il me semble, mais c’était juste pour la blague -
deleatur
InvitéLes livres édités dans Le Petite bibliothèque des Cahiers du cinéma sont des anthologies des critiques des Cahiers des années 50-90 (jusqu’au tout début des années 2000) et sont tous très bons.
Collection réalisée au milieu des années 2000, et très bien pour découvrir les Cahiers du cinéma.
Je conseille particulièrement :
– La Politique des auteurs (2 tomes)
– Critique et cinéphlie
– Le Goût de l’Amérique
– Vive le cinéma français
– La Nouvelle vague
– La DVDthèque de Jean Douchet
+ Les classiques : Le Goût de la beauté de Rohmer, L’art d’aimer de Douchet, Le Plaisir des yeux de Truffaut.
À noter, pour les plus mordus, la réédition de toutes les critiques de Rohmer, sous la titre Le Sel du présent, chez Capricci.
Plein de livres très bons chez Capricci, dirigé par Thierry Lounas (un pote à François).-
deleatur
InvitéJe pensais qu’il y aurait d’autres suggestions de livres…
D’autres critiques plus récentes, parmi ce qui se publie en livre.
À part les quelques références données, je ne sais pas si on publie encore des recueils ou anthologies de critiques de films.
Beaucoup d’essais (chez Capricci ou Yellow Now), mais des critiques ? J’ai un peu l’impression que la critique sur Internet a pris le relai (à côté des revues historiques, Les Cahiers et Positif), ça donne peut-être moins l’occasion de publier des livres de critiques (Positif d’ailleurs l’a très peu fait).
Ma cinéphilie s’est faite en lisant des critiques des anciens films, mais je me demandais si les anthologies se lisent encore.
Par exemple, parmi les sitistes.-
Tony
InvitéQuand je vois un film qui m’a intéressé je cherche à lire quelques critiques mais bon lire un recueil critique sans avoir vu récemment le film en question ne m’intéresse pas du tout,je signale cependant un site pas mal sur les films anciens,dvdclassik.com,les analyses sont assez intéressantes.
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deleatur
InvitéOui, Tony, je comprends bien cette pratique, très commune au fond.
Pour pasticher Daney, qui le disait à propos de la « revue », je dirais qu’une critique permet de revoir un film, à condition de l’avoir déjà vu. Ou pas. Ou pas puisqu’une bonne critique va alors parler d’autre chose que les images et les plans dont nous aurons gardé le souvenir : une bonne critique de film parle aussi du cinéma, donne des nouvelles du cinéma et du monde au moment où elle est écrite.
D’où l’idée peut-être d’un va-et-vient continu entre les films que nous voyons, et des critiques que nous lisons à leur sujet, et d’autres critiques que celles du film que nous avons vu et qui vont nous apprendre à aiguiser notre regard pour les prochains films que nous verrons.
C’est toujours affaire de voir (et d’écouter), donc en quelque sorte d’attention et de contemplation ; les textes de critiques donnent ça aussi. Enfin, moi, j’y crois.-
Tony
InvitéOui c’est bien ça,le plaisir de lire la critique prolonge celui d’avoir vu le film et permet aussi de le revoir autrement,de le questionner et d’en élucider ce qui nous a plu
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deleatur
InvitéFrançois dit aussi des trucs très bien ici.
Sur la critique de films comme double geste : à la fois analyser et évaluer.
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Parfaitement à l’eau
InvitéEn 2017 Critikat cherchait des critiques bénévoles pour remplir leur base de données. Je lisais souvent leurs critiques à l’époque, bien qu’étant totalement amateur dans l’exercice j’avais tenté. J’vais proposé Rusty James, ma méthode à été très scolaire, j’ai lu plein de critiques sur le film et ai fait une sorte de mix « avec mes mots ». J’étais parti un peu dans un délire sur l’aspect mythologique du film, un rédacteur m’avait accompagné et conseillé de l’enlever (c’est dommage c’est ce que j’avais préféré).
Mais voila, tu peux essayer de voir si des sites cherche des rédacteurs ça te motivera a écrire, et une fois lancé et motivé on arrive à quelque chose.-
Anis
InvitéC’est vrai qu’exercer est le meilleur moyen de progresser. Mais bon, je pense ne pas être encore prêt pour publier des textes. En tout cas, merci du conseil !
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Ourson
Invité« Analyser ce que le film fait sur nous » c’est un peu risqué non ?
Il y a de facteurs émotionnels en nous qui ne dépendent pas du film. Je prends un exemple simple :
L’autre jour je rentrais d’une grosse soirée en Pologne après un voyage très compliqué, j’étais épuisé. L’auberge où je dormais diffusait Tarzan le dessin animé que j’ai du regarder une cinquantaine de fois quand j’étais gosse (j’adorais me prendre pour un gorille à cause de ce film… Pauvre maman)
Je vous jure que si j’avais eu un peu moins de self-control, j’aurais pu pleurer à grosses gouttes ce matin-là.
Cette émotion c’était pas tellement Tarzan, c’était juste le cocktail explosif entre l’ivresse, la fatigue et la nostalgie…
Et je sais que des fois c’est le cas inverse qui se produit : un film peut ne rien me faire juste parce que mon corps n’est pas disposé à ce qu’on lui fasse quoique ce soit. Le même phénomène a pu m’arriver avec des filles aussi tien -
François Bégaudeau
Maître des clésDans ce cas toute notation de sensibilité est frappée de nullité, ou de relativité vaine.
Tu ne pourras plus dire que tu as trouvé un paysage beau, car on pourra te soupçonner de l’avoir trouvé beau parce que tu venais de recevoir la bonne nouvelle d’une promotion au boulot.
TU ne pourras plus dire que tu t’es senti angoissé dans les villes américaines car on mettra ça sur le compte de ta tendance chronique à l’angoisse
Puis il sera décidé que chacun se taise -
Pout
InvitéVoici quelques extraits de Critique et vérité de Roland Barthes, dans lesquels j’ai l’impression d’avoir capté une éthique de la critique tant littéraire que cinéma. François, j’ai l’impression que tu souscris majoritairement à ces principes.
« Tant que la critique a eu pour fonction traditionnelle de juger, elle ne pouvait être que conformiste, c’est-à-dire conforme aux intérêts des juges. Cependant, la véritable “critique” des institutions et des langages ne consiste pas à les “juger”, mais à les distinguer, à les séparer, à les dédoubler. (travail de distinction et de séparation qui a été fait dans Notre Joie et ailleurs) Pour être subversive, la critique n’a pas besoin de juger, il lui suffit de parler du langage, au lieu de s’en servir. »
« Il n’y a plus ni poètes ni romanciers : il n’y a plus qu’une écriture.
“La poésie, les romans, les nouvelles sont de singulières antiquités qui ne trompent plus personne, ou presque. Des poèmes, des récits, pour quoi faire ? Il ne reste plus que l’écriture. J.M.G.Le Clézio » –> Pensées pour Emmanuel Carrère, Neige Sino…et le Goncourt« Le rapport de la critique à l’œuvre est celui d’un sens à une forme. Le critique ne peut prétendre “traduire” l’œuvre, notamment en plus clair, car il n’y a rien de plus clair que l’œuvre. Ce qu’il peut, c’est “engendrer” un certain sens en le dérivant d’une forme qui est l’œuvre.
Le critique dédouble les sens, il fait flotter au-dessus du premier langage de l’œuvre un second langage, c’est-à-dire une cohérence de signes. »« Structuralement, le sens ne naît point par répétition mais par différence, en sorte qu’un terme rare, dès lors qu’il est saisi dans un système d’exclusions et de relations, signifie tout autant qu’un terme fréquent. »
« La mesure du discours critique, c’est sa justesse.
Pour être vrai, il faut que le critique soit juste et qu’il essaye de reproduire dans son propre langage, selon “quelque mise en scène spirituelle exacte”, les conditions symboliques de l’œuvre, faute de quoi, précisément, il ne peut la respecter. » –> est-ce que la critique « médiatisée » peut se sortir de cette trappe de traiter l’actualité, une grande partie de l’actualité, avec respect pour les œuvres comme pour elle-même ? Pour avoir écouté quelques épisodes du Masque, j’en déduis que non.« En critique, la parole juste n’est possible que si la responsabilité de “l’interprète” envers l’œuvre s’identifie à la responsabilité du critique envers sa propre parole. »
« Passer de la lecture à la critique, c’est changer de désir, c’est désirer non plus l’œuvre, mais son propre langage. » –> je trouvais ça juste.
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françois bégaudeau
InvitéJe souscris surtout aux dernières
Surtout à celles ci : « « Le rapport de la critique à l’œuvre est celui d’un sens à une forme. Le critique ne peut prétendre “traduire” l’œuvre, notamment en plus clair, car il n’y a rien de plus clair que l’œuvre. Ce qu’il peut, c’est “engendrer” un certain sens en le dérivant d’une forme qui est l’œuvre. »
« Le critique dédouble les sens, il fait flotter au-dessus du premier langage de l’œuvre un second langage, c’est-à-dire une cohérence de signes. »
Les premières citations sur l »écriture » signalent le premier Barthes, le rude marxo-structuraliste à qui la forme roman paraissait bourgeoise. Autant de coups de balai dont ce bon bourgeois bordelais reviendra quelques années plus tard, affirmant à nouveau son gout pour les classiques. Mais oui cette notion « d’écriture » m’est restée. Qui désigne une sorte de processus a-subjectif, qui désigne la machine textuelle qui s’active quand ça écrit.
Semblablement, je crois que le Barthes des années 70, qui fit revenir dans sa pensée et en lui la centralité du « sujet » n’aurait pas souscrit à cette idée que la critique ne juge pas. Lui qui s’est resubjectivé aurait volontiers admis que toute critique est subjective. Il faut juste tacher d’objectiver ses intuitions subjectives. C’est la quadrature de la critique, qui en fait un des exercices intellectuels les plus difficiles, pour peu qu’on se propose d’en être digne (d’où : « « En critique, la parole juste n’est possible que si la responsabilité de “l’interprète” envers l’œuvre s’identifie à la responsabilité du critique envers sa propre parole. »)
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David Watts
InvitéJe plussoie pour dvdclassik, petite mine d’or.
Je relance d’un Guillaume Gas sur le site courte focale (critiques récentes sur Une Histoire Vraie ou Zone Of Interest) ; il écrit majoritairement sur des films qu’il aime par contre.
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