Accueil › Forums › Forum général › Métastases émancipatrices, remigration joyeuse, et autres pensées aléatoire
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Ourson
InvitéSalut,
Plutôt que de créer un topic à chaque fois que je veux confronter l’une de mes pensées bizarroïdes au forum qui est le plus adapté pour cela, je me suis dit que j’allais centraliser ici, et que ça pourrait être un lieu pour nous tous de publier nos pensées, humeurs et avis bizarres.
Je commence avec mon premier « texte » auquel je me suis essayé (c’est vachement difficile d’écrire un beau texte autour d’une pensée cohérente, faut encore que je m’entraîne, merci les IA de m’aider à corriger les fautes et les lourdeurs), je posterai les suivants plus tard ou au fur et à mesure
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Ourson
InvitéMÉTASTASES ÉMANCIPATRICES
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Un organisme est un système complexe visant à maintenir son propre ordre. Pour préserver sa stabilité, des règles de fonctionnement strictes s’appliquent à chacun de ses composants. Chaque cellule a un rôle, une durée de vie et une place. Des mécanismes de surveillance vérifient en permanence la conformité de chacune. Toute cellule non conforme est en principe identifiée et recyclée.
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Cet ordre n’est pas sans coût. Pour fonctionner, l’organisme s’impose souvent des contraintes fortes : il s’expose à des environnements difficiles, génère des toxines locales, ou demande un travail intense à ses cellules. Ces agressions constantes laissent des marques. Une cellule peut être endommagée et, pour survivre, s’adapter en modifiant son fonctionnement. Sa différence n’est alors plus un hasard, mais la conséquence d’une tension subie. Sa logique interne a changé.
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Ce nouvel état de fait est un défi pour l’équilibre global. L’environnement qui a causé ce changement favorise aussi son expansion. Une cellule différente, si elle était isolée dans un milieu sain, resterait probablement inactive. Mais sous une contrainte permanente, le besoin de stabilité pousse à l’organisation.
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Cette cellule ne « convertit » pas ses voisines. Elle devient un point de ralliement pour d’autres cellules qui, soumises aux mêmes contraintes, ont développé des particularités similaires. Un noyau solidaire se forme, moins par idéologie que par nécessité commune.
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Ce groupe, pour se maintenir, doit assurer sa propre régulation et son approvisionnement. Il apprend à détourner et à utiliser pour lui-même une partie des ressources qui circulent dans l’organisme. En réorientant ces flux, cette petite communauté développe sa propre autonomie de fonctionnement. Elle n’est pas en dehors du système principal, mais elle est nourrie par lui tout en suivant ses propres règles.
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L’étape suivante est la diffusion de ce modèle. Quelques cellules se détachent pour tenter de recréer ailleurs ce processus. Le trajet est périlleux et la plupart n’y parviennent pas. Mais certaines réussissent à s’implanter dans d’autres régions de l’organisme. Là, elles appliquent les mêmes principes : se regrouper entre unités semblables et développer une autonomie locale en utilisant les ressources disponibles.
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Peu à peu, des îlots d’autonomie apparaissent un peu partout. Leur stratégie n’est pas la confrontation, mais la sécession fonctionnelle. Ils se contentent de fonctionner différemment.
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L’organisme central ne s’effondre pas brutalement. Il perd progressivement sa cohérence. Ses commandes sont de moins en moins suivies, ses territoires devenant des mosaïques de zones autonomes. Le système se délite, se vide de sa logique initiale, et finit par laisser la place à un nouvel écosystème, plus hétérogène, né de ses propres dysfonctionnements.-
Diego la main de dieu
InvitéC’est plutôt un synopsis que de la prose il me semble ?
On dirait une critique du « multiculturalisme » par un Jean-Marie SVT pour l’histoire en elle-même!Dans tous les cas, tu devrais écrire l’introduction de cette histoire du coup, pour qu’on voit ton style, déjà, selon moi.
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Sam le casse yeuk
InvitéJe suis le gpalu + bas, dsl, un phone, 2 pcs, c relou. -_-‘
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Orchidoclaste Du Lumpen.
InvitéGpalu
Je rigole je vais lire talleur
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kenny
Invitéc’est vraiment pas ouf
tu devrais peut-être commencer par garder les aspérités de ton jet original
parce que là ça a autant de relief qu’une notice de micro-onde traduite du chinois
– regarde l’article posté sur intégrale, tu y reconnaîtras ton texte
no comment sur la métaphore biologique pour ne pas trop en rajouter
tu ne peux que mieux faire donc je t’encourage à proposer d’autres textes -
Seb H
Invitéj’vais troller je vais dire on dirait du houellebecq
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brisemenu
InvitéOui , ça me fait penser à la description de la décomposition de « son » corps lorsqu’il est assassiné , avec le développement des mouches (la carte et le territoire , Houellebecq met en scène son propre assassinat pour ceux qui n’auraient pas la ref ). Ca prouve que le texte d’ourson n’est pas si mal. Il aurait pu avoir sa place dans Soumission.
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Ourson
InvitéC’est peut-être pas si hasardeux, Houellebecq est l’un des auteurs que j’ai le plus lu (pas dur car j’ai pas encore lu beaucoup de littérature)
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Hater
InvitéMétaphore lourdingue comme souvent les métaphores + va ouvrir un bouquin de physiologie
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gland d’arbre
InvitéOn conteste nos particules
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Ourson
InvitéDésolé pour mon (tant attendu) retour tardif, mon cerveau était en vacances.
L’OBSOLETISATION DU CAPITAL ou la ZAD ECONOMIQUE
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Récemment, je me suis amusé à faire joujou avec les statistiques de la répartition économique mondiale.
Je n’apprendrai rien à personne en disant qu’une minorité d’êtres humains s’approprient la majorité des richesses. Globalement, on est sur les chiffres suivants :
– 1% de la population mondiale possède environ 44% du patrimoine et capte près de 20% de la totalité des revenus
– 10% de la population mondiale possède environ 83% du patrimoine et capte près de 55% de la totalité des revenus
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Pareil, je suis pas sûr d’apprendre grand chose à qui que ce soit, mais c’est après que ça devient intéressant.
D’après mes calculs, dans un monde où les 10% les plus riches gagnent juste assez pour vivre « correctement », donc logement confortable, abondance alimentaire, possibilité de voyager, etc… Eh bien dans ce monde-là, les revenus moyens des 90% les plus pauvres de la planète doubleraient.
On serait sur une somme de l’ordre de 400€ en plus dans la popoche de tout le monde, chaque mois.
En France, ça peut payer un loyer en province. À Madagascar, ça multiplie par plus de 10 le revenu moyen.
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Face à un tel état de fait, l’on pourrait croire que n’importe qui se dirait un truc du style « oh mon dieu mais c’est super grave, il faut absolument faire quelque chose c’est la priorité absolue ! ».
Dans la réalité, les gens globalement s’en foutent, trouvent qu’il y a des soucis bien plus important à régler comme les trans dans les écoles, voire trouvent que c’est totalement légitime.
Mais heureusement, il existe une poignée d’irréductibles gauchistes pour s’attaquer frontalement à la question de la répartition des richesses.
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Face à ce problème de taille, la revendication la plus populaire prend la forme des slogans suivants : « Tax the Rich », voire « Eat the Rich » (ça signifie « taxer Eric en anglais).
Mécaniquement, taxer davantage les riches permettrait de mieux répartir les richesses mondiales.
Le problème de cette revendication, c’est que c’est une revendication. Une demande faite à des Etats qui se sont construits sur des millénaires d’exploitation, inhéremment capitalistes, souvent inhéremment colonialistes.
Que ce soit par la manifestation, par le militantisme ou par la voie électorale, faibles sont les chances que l’Etat change du tout au tout pour rétablir un ordre juste des choses. Au mieux, on aura un petit député LFI par ci, un petit maire écolo par là, quelques euros d’aides en plus ici et là, et taxe ou pas taxe : le système restera le même, la production sera toujours sous le contrôle des grands propriétaires, et le capitalisme subsistera. Il sera juste un peu plus vert, un peu plus « cool ».
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Les communistes ont bien compris qu’il n’y a pas de négociation possible avec les capitalistes, et qu’il faut les virer du système de production à coups de pieds au cul, exproprier les patrons des usines, se ré-approprier les moyens de production, etc.
Le problème, c’est que les communistes, ils sont pas très à la mode, à tort. Dans toute la France, on doit être 13, 16 à tout péter, alors bon courage pour initier un mouvement international de ré-appropriation du capital dans un rapport de force si pété. Bon courage pour exproprier le moindre patron de la moindre petite usine, quand l’opinion publique verra ça comme du terrorisme. Bon courage pour faire face aux dizaines de milliers de forces armées qui sont très certainement préparées pour ce type de scénarios, avec des flashball, des grenades à dispersion, des hélicos avec caméra de reconnaissance faciale, des tanks à eau, des tanks tout court, des fusils d’assaut et tout un tas de prisons surpeuplées à remplir.
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L’idée n’est évidemment pas d’être pessimiste, je suis le premier à partir manifester quand j’en ai l’occasion et j’ai affiché un journal de Lutte Ouvrière dans ma chambre. Même en vain, ça a du bon de luter. Je ne serais certainement pas là à écrire dans ce forum de gauchiasses si d’autres gauchiasses n’avaient pas lutté massivement en vain pour me convaincre de devenir gauchiasse à mon tour.
Cela dit, j’ai le sentiment qu’il y a davantage de choses qu’on pourrait faire en tant que peuple de gauche, pour tenter de nous émanciper. J’ai commencé à y faire allusion dans mon texte précédént – un peu foireux certes – sur les métastases, ou ce que les soviets auraient appelé le « Dual Power » : un pouvoir populaire et embryonnaire qui vise à créer une société révolutionnaire dans la société dominante, avec l’espoir que par effet de boule de neige, cette société parallèle devienne émancipatrice pour de plus en plus de citoyens.
Rien de nouveau à priori : le milieu associatif, les Zad, voire même les manifestations, constituent des bouts de ces sociétés secrètes et souterraines.
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Parmi ces « dualités de pouvoir », je trouve toutefois qu’il y a un modèle qui est bien trop sous-côté par la gauche moderne. Un modèle enterré sous deux siècles de poussière, qui pourrait potentiellement nous permettre de nous débarasser des possédants, non pas en les affrontants, mais en les obsolétisant eux et leur capital.
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Le mutuellisme (ou mutualisme, je sais plus trop)
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Une simple recherche Google Trends me fait constater que le terme « mutualisme » est au moins 100 fois moins recherché que le terme « communisme ». Pourtant, le mutualisme économique est une voie directe vers le communisme réalisé et démocratique. En plus d’avoir été théorisé, le mutualisme a aussi été testée et éprouvée, notamment au sein de la Commune de Paris.
Pourtant, les seules traces que j’ai pu trouver de « déjà-là » mutualiste en France, ce sont les amap et quelques coopératives ici et là sans grande portée médiatique ou économique.
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Le mutualisme est simplement un alternative au capitalisme, à plus ou moins petite échelle, pour combiner les forces des membres d’une société au bénéfice de tous. Dans un contexte économique, ça peut par exemple être l’association de travailleurs et consommateurs qui cotisent ensemble pour mettre en place une usine et vendre le fruits de leur travail sans financer de rentes.
Là où selon moi c’est extrêmement puissant, c’est lorsque ce sont les consommateurs qui se mutualisent.
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Prenons l’exemple d’un magasin de cookies.
Dans un monde capitaliste, le magasin de cookies est fondé par un ou plusieurs propriétaires qui ont pris « le risque » d’avancer les frais sans garantie de succès. Grâce à se risque, lorsque le magasin vend un cookie 5€, 2€ partent potentiellement à ses possédants qui sont en position de prendre une rente grâce à ce risque.
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Admettons que 500 clients réguliers aillent tous les jours dans ce magasin de cookies. Toujours dans ce monde capitaliste, les consommateurs de cookie pourraient « s’associer » en mutualité : plutôt que de payer les rentes de bourgeois en achetant leurs cookies, ils s’associent et décident de faire fabriquer ces cookies.
Ensemble, ils fixent une somme annuelle à payer, et avec cette somme :
– Ils achètent les équipement
– Ils achètent les ingrédients
– Ils paient eux-mêmes les salariés, avec éventuellement un salarié gestionnaire (titulaire d’un « mandat »)
Etant donné qu’ils sont à la fois consommateurs et « financeurs », ils peuvent plannifier la production de leurs cookies de sorte à ce que ce soit le plus quali possible. Comme il n’y a pas eu de « risque » à proprement parler, il n’y a pas de rente non plus, ni de frais marketing, ni de frais de vente. Cela se traduit en des cookie avec un prix de revient beaucoup moins cher, et surtout : des salariés mieux payés, sans intermédiaires.
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Pour résumer simplement : le capital du magasin de cookie a été non pas exproprié mais « obsolétisé », au profit de la zad économique constituée par les mangeurs de cookie qui planifient eux-même un pan de la production de leurs biens de consommation.
(J’ai fait une simulation que je posterai demain) -
Ourson
InvitéJe trouve l’explication de mon post précédent un peu trop farfelue.
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J’ai voulu être très sérieux dans mes calculs avant d’enchaîner sur un exemple, et en faisant des simulations et des recherches, j’ai eu un éclair de folie :
Les entreprises du tertiaire portent en elles le germe d’une révolution silencieuse ANARCO-COMMUNISTE.
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Le scénario qui va suivre est inspiré d’expériences personnelles.
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Une cinquantaine de personnes travaillent dans un bâtiment d’une grande entreprise industrielle française.
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Parmi ces 50 personnes, 20 boivent régulièrement du café.
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Jusqu’à présent, ces 50 personnes devaient soit prendre leur café au distributeur à raison de 50 centimes la tasse au goût immonde, soit le prendre à la cafétéria à raison de 1€ la tasse.
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Ils décident d’investir dans une machine à café semi-professionnelle à grains coûtant 1000€, donc ils cotisent chacun 50€.
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Après un rapide calcul comptable, ils définissent qu’il faudra débourser pour chaque tasse 25 centimes : ça comprend le prix des grains et les frais d’entretien de la machine.
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Chaque cotisant définit le nombre de tasses de café qu’il voudra boire chaque mois, et paiera mensuellement la somme nécessaire.
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S’il y a des buveurs de café de passage, ou très occasionnels, Ils pourront ne pas cotiser et si les collègues sont un peu radins, donner 40 centimes par tasse qu’ils se servent.
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Si de nouveaux collègues veulent utiliser régulièrement la machine, ils pourront toujours cotiser 50€ puis commander mensuellement des cafés comme les autres : la cotisation sera mise de côté dans une cagnotte pour d’éventuels rachats.
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La cagnotte est gérée collectivement, et en fin de compte, si on part du principe que les collègues boivent en moyenne deux cafés par jour : ils auront amorti leur achat au bout de 6 mois tout en ayant du bien meilleur café que celui du distributeur.
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Très vite, le propriétaire devra foutre son distributeur ailleurs pour continuer à toucher des rentes dessus.
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Ces collègues auront beau œuvrer 9h par jour à la carbonisation et à la militarisation du monde, ils auront sans le savoir créé une micro société communiste.
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Il y avait des outils de production – le distributeur et la cafeteria – qui généraient des rentes pour leurs propriétaires, mais les collègues se sont organisés pour contrôler leur propre outil de production : la machine à café.
Ils ont littéralement remplacé et obsolétisé un micro pan de l’économie capitaliste, sans le savoir, et c’est je trouve ce qui est puissant : c’est un mécanisme naturel même chez les plus grands droitards libéraux comme on en retrouve dans ce type d’entreprises.
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Je l’ai déjà dit dans le post précédent : je n’ai rien inventé, les anarco-communistes pensaient déjà à tout ça au 18ème siècle. Il y avait cela-dit une différence de taille : pas d’internet, pas de téléphone, pas de carte bleue, pour organiser eux-mêmes la production les gens devaient se regrouper en petits villages, faire des votes à mains levée dans des salles de villages, mettre et comptabiliser des vieux francs dans de grosses caisses en bois.
En 2025, tout ça est organisable sur un smartphone, avec un peu de gestion et une cagnotte Litchee.
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S’il est possible pour 20 collègues de s’organiser pour acheter une machine à café, il doit être possible pour 200, 2000, 20 000, 200 000 consommateurs de s’organiser pour s’acheter une usine par exemple, y payer les salariés justement, et profiter des produits au prix de revient avec une production alignée à leurs besoins. Si on se permet de rêver un peu, et qu’on imagine un monde ou ce système est démocratisé, on pourra se dire dans se monde qu’on aura grand-remplacé le capitalisme.
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Dans la suite et fin de cette démonstration, j’essaierai de penser la possibilité de mutualiser la production au cinéma, ou comment faire financer un film par ses futurs spectateurs. -
Bulle de foutre
InvitéMon âme a quitté mon corps bien avant que de finir votre article.
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Ourson
InvitéUne autre manière d’illustrer comment le bien commun pourrait « grignoter » le capitalisme.
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Histoire vraie : je vendais des Carambar quand j’étais en 3ème. J’ai plus les chiffres exacts en tête, mais grossomerdo j’allais acheter tous les jours un paquet de 50 carambars à 2€, je revendais chaque carambar 15 centimes, et j’engrangeais 5,50€ de bénéfice par jour.
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À un moment, j’en ai eu marre de sacrifier toutes mes récrés et j’ai demandé à un 6ème de s’en occuper pour moi.
J’achetais les carambar, il les revendait et gardait 5 centimes sur chaque vente. Je gagnais 10 centimes par Carambar en ne foutant quasiment rien d’autre que d’aller à Carrefour Market le soir.
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On voit à quel point j’ai été un odieux capitaliste, et à quel point ma possession de capital Carambar me permettait d’extirper de la richesse produite par ce propre 6ème. Si les élèves du collège avaient voulu, ils auraient pu renverser ma dictature capitaliste du carambar :
Les élèves se parlent entre eux, constatent qu’ils sont nombreux à m’acheter des carambars, et décident qu’ils iront les acheter eux-mêmes en se répartissant la tâche.
Ils font un pot commun, vont acheter à tour de rôle les paquets de la semaine, et paient le petit 6ème 7 centimes par carambar pour assurer la distribution.
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Sachant que le prix de revient du carambar sorti du paquet est à 4 centimes, les élèves auront leur carambar à 12 centimes au lieu de 15 centimes.
Le petit 6ème connaîtra une augmentation de salaire de 40%
Les élèves bénéficieront d’une réduction de prix de 20%
Les élèves maîtriseront la provenance et la qualité des carambars qu’ils consomment
Je perds mon affaire et je dis aurevoir à mon rêve de financer une PlayStation3 -
Ourson
Invité[ANNEXE DE MON PRECEDENT POST]
« Oui mais le paquet de Carambar est toujours distribué de manière capitaliste »
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On peut pousser le délire aussi loin qu’il y a de monde pour s’organiser
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Maintenant que les élèves contrôlent le flux de Carambar de manière non-capitaliste, à terme, il se disent qu’ils se font peut-être douiller par Carrefour Market, qui prend forcément une marge.
Ils décident de contacter les dix autres collèges de la ville, et par facilité scénaristique, on va imaginer que tous ces collèges ont succombé à la mode du Carambar communalisé.
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Lors de l’AG des collégiens mangeurs de carambars de la ville, les élèves qu’ils ne sont pas obligés de passer par Carrefour Market pour se fournir. Ils se rendent rapidement compte que si achetés en grand nombre chez un grossiste, chaque paquets pourraient revenir à 1€.
Ils s’exécutent, et s’organisent pour aller chercher les paquets chez le grossiste plutôt qu’à Carrefour Market.
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Au final, dans le collège initial : le coût de revient initial du carambar passe à 2 centimes. Cela permet d’augmenter le salaire du livreur et de la passer à 8 centimes.
Ainsi, le coût du carambar sera au final passé de 15 centimes à 11 centimes soit une baisse de prix de 27%.
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« Oui mais les carambars sont toujours fabriqués de manière capitaliste »
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Et c’est ainsi que les collégiens mangeurs de carambar de toute la ville, se rendirent compte qu’ils pourraient assurer eux-même la fabrication…-
diegomaradona
Invitéexemple économique délirant : aucune prise en compte des couts de communication, des couts de transports, des couts de production, des autorisation légales, …
en résumé un exemple on ne peut plus déconnecté de la réalité, c’est à cela qu’on reconnait le gauchiste-
Ourson
InvitéC’est ultra simplifié pour mettre en exergue l’idée sous-jacente
Si ça t’intéresse, j’ai fait des simulations plus poussées et réalistes avec des exemples de production précis, mais si je poste ça tel quel je perds tout le monde et puis c’est chiant.
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« aucune prise en compte des couts de communication, des couts de transports, des couts de production, des autorisation légales »
Pars du principe que tous ces éléments sont pris en charge par les consommateurs
Là où dans le capitalisme : c’est pris en charge par le ou les possédants-
Greenwashing
Invité« Les élèves se parlent entre eux, constatent qu’ils sont nombreux à m’acheter des carambars, et décident qu’ils iront les acheter eux-mêmes en se répartissant la tâche. »
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Ils t’achètent le carambar parce que tu fais le boulot à leur place donc je ne vois pas pourquoi ils auraient magiquement envie de déployer autant d’efforts pour réaliser quelques centimes d’économies sur un carambar.-
Ourson
InvitéNon, on l’a vu celui qui faisait le boulot c’était le petit 6ème et j’étais payé sans fournir ce boulot, c’est pour ça que je l’ai conservé dans l’exemple : c’est lui qui continue de faire le boulot.
Ils n’auraient pas plus d’efforts à fournir, même le fait d’aller acheter le paquet en magasin peut être confié au petit 6ème.
Le seul effort qu’ils auraient à fournir, c’est mettre l’argent dans le pot commun-
Greenwashing
InvitéOurson: Bah non, il faut se faire chier à s’organiser, il faut se réunir, il faut se mettre d’accord, il faut prendre le temps de faire les choses quoi et autant à l’écrit yakafaukon autant IRL ça demande de faire quelques efforts, bien plus que de laisser le petit de 6 ème faire le boulot.
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diegomaradona
Invitéet il serait encore plus rentable de menacer le petit 6eme de lui péter les jambes s’il refuse de faire son boulot et de filer les carambars gratuitement.
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Greenwashing
Invitédiegomaradona: T’as du mal avec le principe de l’expérience de pensée non?
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Décroissant Mental
Invitéaha, ça me rappelle une iTW de Gerard Manset dans les années 80. Il se foutait d’Higelin. Je ne connais relativement « bien », ni l’un, ni l’autre, mais il expliquait qu’il préférait mille fois la peinture, à la musique, où c’est energivore de s’accorder avec d’autres humains : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/diagonales-special-gerard-manset-1ere-diffusion-24-09-1985-3187676
Je sais pas. Résultat en 2024 je crois, sur la même radio, il était effroyable de vide intersidéral entre les 2 oreilles. Ce qu’il masquait bien à l’époque. Manset. Et pourtant! « Il voyage en Solitaire« ! mhhhhhhhhhhhhh gros bijoux pour tes oreilles, jeune payday!
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bibinard
Invitéa ouai il aitai spaicial mé jainial kanmame
jé du mal a vouar rereseman kjé sui pa o volan duneune porche
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Ourso,
InvitéDans 90% des cas, les gens qui deviennent riche deviennent riches parce que leurs parents sont riches.
(Bourdieu 101 je démarre fort en enfonçant les portes les plus ouvertes de tous les temps, mais restez avec moi.)Cette richesse se transmet généralement par un « pass » : une clé métaphorique qui donne accès à des activités grassement rémunérées.
Parfois, ce pass prend la forme d’un héritage, d’investissements réussis, de pistons, de relations, d’aura sociale, etc.
D’autres fois, ce pass prend la forme de diplômes prestigieux.Aux yeux de tous, ceux qui possèdent ces diplômes « méritent » leur statut et sont les seuls à pouvoir exercer les métiers qu’ils exercent… Mais c’est une erreur.
Déjà, il y a tout un tas de ces diplômes qui sont accessibles aux derniers des cancres moyennant 10 000€ l’année ou plus.
D’autre part, même ceux qui ont obtenu leur diplôme « légitimement » l’ont obtenu grâce à leur situation d’enfants de riche, car être issu d’une famille riche est quasiment indispensable pour réussir via l’école.
Cela prouve bien qu’aussi dur à obtenir soit-il, le diplôme n’est qu’un badge d’appartenance au club « Les Bourgeois », avec quelques étapes en plus.Et c’est ainsi qu’on se retrouve dans un monde où les bien-nés sont directeurs, responsable de com, analystes financiers, architectes logiciels, startuppers…
Là où les moins bien-nés sont auxiliaires de vie, caissières, maçons, serveuses, membres de France Travail…
Et lorsque les mal-nés ont la « chance » d’être diplômés, ils stagnent dans les bas-fonds d’une funeste ESN ou autres boîtes du tertiaire bullshit, alors même que le cancre fils à papa de leur promo a « décroché » un poste de directeur régional…Est-ce que les bien-nés sont autrement plus qualifiés pour faire ce qu’ils font que les mal-nés? Non, car on l’a vu : les diplômes sont juste une forme élaborée de piston, et ne sont d’ailleurs rien sans piston.
Mais c’est pire encore : 95% des activités que font les riches, sont apprises et maîtrisées sur le tas, certainement pas à l’école. N’importe qui de malin et motivé peut faire le travail de la majorité des riches, avec une formation spécialisée et à expérience égale.Les pauvres ne sont pas pauvres car moins compétents. Ils sont pauvres car ils n’ont pas le pass, et se retrouvent écartés des métiers juteux par pur défavorisitsme social.
Mais que se passe-t-il lorsque les pauvres ont un accès priviliégié à ces métiers juteux ? Lorsqu’ils ne sont pas écartés du gâteau et qu’ils peuvent prendre leur part ?
Pour les pauvres, ces métiers juteux qui leurs sont si accessible constituent… Le crime.
Les criminels sont la preuve parfaite de la décorrélation compétence / haut niveau académique.La drogue représente un marché à plusieurs centaines de milliards d’euros. Dans un monde purement libéral, ce serait une aubaine pour les riches, mais trop illicite pour prendre le risque dans notre monde actuel. Les plus désespérés d’entre nous, eux, n’ont pas peur de cet « illicisme », et n’ont jamais tardé pour s’attaquer au copieux gâteau du narcotraffic.
Résultats ? Sans avoir passé 19 ans dans une école, les cadres du trafic ont réussi les exploits suivants :
– La mise au point et l’industrialisation de produits chimiques rares à très haute valeur ajoutée
– L’émergence et la gestion de pans entiers de l’agriculture dans certains pays, parfois plus lucrative pour les agriculteurs eux-mêmes
– La commercialisation et la popularisation à l’échelle mondiale de produit au départ inconnus, sans pub, sans marketing, sans branding (ça commence à peine à émerger)
– Un système logistique globalisé qui assure le transit de tonnes de produit à travers le monde
– Un système de financements internes parfaitement fonctionnel sans ordinateurs ni traders
– L’élaboration de montages bancaires complexe pour nettoyer l’argent
– La maîtrise et la mise au point de normes technologiques pour rester intraçables
– Des structures quasi-militaires qui arrivent à tenir tête à certains pouvoirs locaux
– Des modèles inventifs et résilients de magasins de proximité
– Des milliards de clients fidélisés partout dans le monde
– Des modèles de livraison à domicile rapides, efficaces et discretsLe tout, avec les pouvoirs publics, les militaires, les policiers, et tout le tintouin, sur le dos, en permanence.
En dehors des dealers, t’as des types qui parviennent à déjouer des équipes de flics entraînés pour braquer des banques et repartir avec des millions, des hackers autodidactes capables de forcer des systèmes de sécurité conçus par des diplômés très bien payés pour le faire, des faussaires à même de vendre des gribouillis pour plusieurs milliers d’euros à des experts formés au beaux-arts, etc. Etc. Etc. Les exemples n’en finissent pas.
Derrière, on viendra nous expliquer que Léopold, alumni H.E.C., est plus compétent que tout le monde avec son diplôme, plus légitime que quiconque à obtenir des millions de prêts et financements pour son dernier projet de Startup en date (un clone de Tinder mais pour les dresseurs de chiens. Un an avant, sa précédente boîte a coulé car « il était trop en avance, le marché n’était pas encore prêt ».)
On viendra nous expliquer que quand Léopold HEC aura planté toutes ses startups, et qu’il rebondira avec un poste de « Conseiller Growth Hacking » dans la startup tendance du moment, il sera parfaitement légitime et souhaitable qu’il touche 10K€ par mois pour faire des Powerpoint que jamais personne ne lira.
Le salut des pauvres doit passer par la reconnaissance de leur propre puissance, et par la reconnaissance de la médiocrité des classes bourgeoises qui – à défaut d’avoir passé des centaines d’heures à l’école, ou à défaut d’avoir le bras long comme Piccolo – sont bien souvent mauvaises dans ce qu’elles font.
Non seulement elles sont mauvaises, mais en plus elles sont surpayées pour produire la merde qu’elles produisent.
Le crime c’est pas bien, mais bien des criminels auront eu le mérite de reconnaître et de faire parler cette puissance en eux, tout en exposant la nullité abyssale des « champions » du système académico-capitaliste
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Ema
InvitéAngle intéressant. On pourrait y voir une pointe de béatitude entreprenariale mais je vois bien que ton point c’est surtout la démonstration que les codes de la bourgeoisie sont moins efficaces que ceux du prolétariat pour produire de la plus value, et donc qu’ironiquement la bourgeoisie ne serait même pas la plus capable pour dominer sur son propre terrain (les affaires). Ce que je me dis surtout à la lumière de cet démonstration détaillée c’est que le narco traffic met à nu le caractère éminemment predateur de l’entreprise, débarrassé par l’illiegalité de ses oripeaux légitimistes (diplômes, codes culturels, communication, marketing etc).
Et donc on en revient toujours au même inlassable constat : réduire le capitalisme à ses habillages bourgeois et ses sophistications c’est passer à côté de sa nature intrinsèque et risquer de remettre une pièce dans la machine en croyant la subvertir de l’interieur.-
Ourson
InvitéJe suis tout à fait d’accord avec toi concernant le narcotrafic : c’est un système capitaliste tenu par des bourgeoisies, pour ne pas dire des ultra-bourgeois puisqu’en haut de la chaîne on parle de milliardaires à la tête d’armées privées (ce qui fait que c’est pas totalement libéral non plus, il y a des « lois » et des régulations, un peu plus sanglantes que les nôtres certes)
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Ici, j’ai davantage essayé de m’attaquer aux codes de la bourgeoisie « académique » qu’à la bourgeoisie tout court, car tout le monde s’accorde à peu près à dire que c’est pas normal d’engranger de l’argent sans rien faire.
Mais dans le cas des avocats, des médecins, des traders, etc… Les gens ont plutôt tendance à associer leur niveau de richesse à leurs compétences, au fait qu’ils étaient été studieux, travailleurs, et que seuls eux sont capable de produire ce qu’ils produisent (et donc d’en tirer les richesses).
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La bourgeoisie criminelle – qui est bien une bourgeoisie – ne prouve pas que les prolétaires sont plus forts que les bourgeois, mais qu’ils peuvent faire preuve du même « » » génie « » » productif, même sans avoir fait de grandes écoles, si l’opportunité se présente.
Par exemple, je suis à peu près convaincu que certains prolos non-diplômés, avec quelques mois de formation, pourraient faire de meilleurs plaidoyers que d’autres avocats sur-diplômés (surtout à notre époque où il n’est vraiment plus nécessaire d’apprendre des bibliothèques par coeur pour mobiliser l’information).
Sauf qu’entre un prolo qui aurait du talent pour ça, et la profession, il y des années d’études qui exigent tout un tas de dispositions que les pauvres n’ont pas. En ça, le système académico-capitaliste est très nul pour mettre à profit le talent naturel des uns et des autres.
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Comme on 2025, on pourrait appeler ça du « talent gatekeeping ».
C’est comme si on demandait aux footballeurs de faire 10 ans de staps et de médecine du sport pour rejoindre un club prestigieux, ça n’aurait aucun sens, on serait passé à côté des plus grands. Eh bien c’est pourtant ce qui se passe dans la majorité des disciplines.
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Je partage sinon le même constat que toi-
Jacky Les Décroissants Chauds
Invitédes hackers autodidactes capables de forcer des systèmes de sécurité conçus par des diplômés très bien payés pour le faire,
Oui, très bon exemple dans la mesure où là ça prend de la myéline sur les axones, de la passion, et du gros taf, en effet (contrairement à tout business, où autre chose est en jeu, beaucoup plus la psychologie, car c’est le relationnel qui est le dernier juge de paix dans ces activités), et les grosses boites ne s’y trompent pas, qui adorent récupérer les hackers repentis dans leur cheptel.
La grosse blague des capitaines d’industrie a fait long feu. Un excellent bouquin à ce sujet est « le mythe de l’entrepreneur » de Anthony Galluzo.

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Jacky Les Décroissants Chauds
InvitéNB: j’inclue la voyoucratie dans le « tout business ». 😉
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Ema
InvitéComme on 2025, on pourrait appeler ça du « talent gatekeeping ».
Oui, ok. C’est sans doute très vrai que l’accès aux métiers réquisitionnés par les bourgeois soient conditionné par l’obtention de diplômes et concours relève effectivement d’une forme de gatekeeping, au sens où si tout le monde pouvait le faire alors l’édifice méritocratique s’effondrerait.
C’est vrai par ailleurs que le discours double – gagner de l’argent à rien faire est indigne, sauf si on est bardé de diplômes ou propriétaire usufruitier – n’a pas beaucoup d’autre vocation que de stigmatiser les bénéficiaires d’aides sociales, nul besoin d’aller chercher beaucoup plus loin.
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v.
InvitéQuelle meilleure illustration de cela que Stringer Bell dans The Wire ?
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Ourson
InvitéExactement, et pour le coup des Stringer Bells y’en a dans tous les quartiers
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bibinard
Invitékrot de kk y fo kjachai tune caillule mono poure ma plate ine
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Ourson
InvitéCoups, rage
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bibinard
Invitésa coucoutt la popo dé faifaisse
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bibinard
Invitévivman le re tour dla k7
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bibinard
Invitéden deuzoutroua seuméne jeu repran une vi naurmal chui contan
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bibinard
Invitélouain dissi donq mé jeu vézéçéyé aven
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bibinard
Invitéplu kune zaizaine deujou rerapassiantai é cé l egrent soule a jeman
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Ourson
InvitéLES IA SAUVERONT LE MONDE … en nous déscotchant de nos écrans (titre non ironique)
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Le texte ci-dessous n’a PAS été rédigé par une IA, ni corrigé par une IA
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Je pense être le seul gauchiste de la planète à être EXTRÊMEMENT enthousiaste à l’idée d’un monde sous IA.
Ce petit dépotoir cérébral me semble être l’endroit idéal pour exposer mes réflexions à l’ÉLITE intellectuelle d’internet, la vraie. (Aucune ironie non plus)
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Vous qui me lisez avez peut-être peur que l’IA vous pique votre boulot, voire que l’IA rende l’être humain complètement obsolète (coucou Sadin). Votre terreur est légitime, et s’appuie sur une expression mathématique simple : « si un seul quidam sous IA peut faire le boulot de 100 quidams, alors 99% des quidams deviennent chômeurs et inutiles. »
L’expression et plausible mais incomplète, car il lui manque deux ‘OU’ pour être parfaitement juste.
Version corrigée :
« Si un seul quidam avec une IA peut faire le boulot de 100 quidams alors…
1- 99% des quidams deviennent chômeurs et inutiles OU
2- 100% des quidams feront le même boulot qu’avant en travaillant 99% moins longtemps OU
3- 100% des quidam feront le même boulot qu’avant, 100 fois plus/mieux »
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Le Scénaro n°1 est plutôt terrifiant, cela va sans dire. À titre personnel l’image de millions de personnes faisant la queue devant France Travail m’est difficilement supportable… Mais au vu de la tournure que prennent les choses (multiplicité des modèles, solutions locales, LLM open-source…) faibles sont les chances qu’un hyper-monopole technoféodal domine le genre humain. Et puis, si 1% des humains s’accaparent les richesses produites par l’IA, les 99% restants feront ce que l’humain a toujours fait : produire et subsister… sans IA. Retour à la case départ.
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Cela nous laisse avec deux issues plausibles…
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Scénario n°2 : plus personne ne branle rien. Pas besoin d’expliquer en tant que gauchiste – et donc branleur – pourquoi l’idée d’un tel futur m’excite terriblement. En plus de garantir un droit à la paresse pour tous, une telle société serait au moins partiellement débarassée du concept d’argent, avec tout ce que ça implique en termes de réalités de classe : plus (plu) de pauvreté, pour le dire simplement.
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Scénario n°3 : à temps de travail égal, la société produit 100 fois mieux, 100 fois plus vite, 100 fois plus. Et là, je demanderai aux décroissants d’attendre un peu avant de paniquer : je suis avec vous, et je sais bien que les humains n’ont pas besoin de produire 100 fois plus de tout et de rien.
MAIS : essayez d’imaginer concrètement ce que serait un monde dans lequel l’efficacité de chaque activité humaine serait multiplié par 100. Un monde dans lequel les recherches en tous genres iraient 100 fois plus vite, un monde dans lequel les tâches administratives seraient traitées 100 fois plus rapidement, un monde dans lequel tout ce qu’on consomme aujourd’hui serait – théoriquement – 100 fois moins coûteux OU 100 fois plus qualitatif à coût égal.
Là aussi, ça me paraît plutôt pas mal pour les pauvres gauchistes que nous sommes, désireux d’empuissanter les gens
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Vous penserez certainement en lisant ces quelques paragraphes que je suis utopiste, que la vie c’est pas un bonbon, qu’il y a des réalités qui font que ce sera pas aussi simple. Et vous auriez raison, il me semblait toutefois intéressant de démystifier cette « panique » autour du concept même d’IA remplaceuse : il n’y a pas grand chose à craindre et tout à envier d’un monde qui fait trimer les machines à notre place (un esclavage de masse éthique qui profite à tous, que demander de plus ?). Dans ce monde, l’humain serait augmenté, multiplié, mais pas remplacé… Il faut cependant admettre que nous ne connaîtrons pas ce monde de notre vivant, car il y a encore tout un tas d’activités humaines à l’abri des IA (et c’est une bonne nouvelle, j’y viens).
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L’humanité a toujours eu des équivalents de la « menace IA » au fil de l’histoire.
Les champs ont remplacé les chasseurs cueilleurs, les imprimeries ont remplacé les scribes, les moteurs à vapeur ont remplacé les bateliers et maréchaux ferrants, les appareils photos ont remplacé les peintres…
Et puis, parmi tous les grands remplacés, on retrouve les éternels absents de l’ia-phobie : les praticiens des métiers dits « manuels ».
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Ce n’est pas pour rien si les dames de ménage, carreleurs, agriculteurs et consorts sont bien moins concernés et apeurés par ces changements que les développeurs, graphistes, juristes et compagnie… Ils ont déjà eu droit à leur Grand Remplacement eux. Grand remplacement technologique qui s’est fait au cours des siècles derniers. Ça y’est, c’est fait, ils ont déjà essuyé les plâtres du « génie » humain.
Il faudra plusieurs siècles pour les remplacer à nouveau, car on est pas prêt d’inventer des robots qui savent retaper des gites, faire la poussière, changer toute la plomberie d’un vieil appartement. Tout ce qui pouvait être automatisé dans ces professions l’a été, là où c’est relativement nouveau pour nous autres employés de bureau.
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Avant la Révolution Industrielle, la conception et la réalisation ne faisaient qu’un. L’architecte était le maçon, l’ingénieur était le constructeur, tous les métiers du « secondaire » formaient un seul et même bloc : l’artisanat, qui demandait généralement une vie entière d’études et d’apprentissage, avec le prestige qui allait avec.
Après la Révolution Industrielle, le taylorisme, le fordisme et tout le tintouin : l’esprit a été séparé de la matière. On a pu « gatekeep » les métiers dits « intellectuels » pour une minorité bien née de la population, et émietter le reste de sorte à exploiter les ouvriers avec peu de formation, à bas coût, sans prestige, pour un maximum de rentabilité.
Rien ne dit que c’est la manière optimale de produire à l’échelle de la société, mais désormais, les métiers les mieux valorisés sont verrouillés derrière des années d’études, des frais exorbitants, des systèmes de pistonnage.
Pour le dire plus simplement : la distribution des métiers est organisée de sorte à ce que la bourgeoisie se reproduise, avec une forme de légitimité.
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Jusqu’ici, nous autres employés « »intellectuels » » en avions un peu rien à foutre du sort des « »manuels » » : on a même intériorisé une forme de dédain à leur endroit, car tout est fait pour qu’on se sente « supérieur » à eux, à commencer par l’appellation de nos longues études (vous l’avez ?). On était satisfaits d’avoir esquivé leur destin, regardant un peu de haut cette masse informe de gilets oranges et bleus de travail, dont les souffrances nous laissent plutôt indifférents. Au final nous on est content de pouvoir acheter des meubles pas trop cher grâce au remplacement des ébénistes par les usines Ikea, pour le reste si certaines de ces usines ferment ou si des ouvriers envisagent le s-word à chaque réveil, on s’en fout un peu.
Eh bien aujourd’hui, nous nous apprêtons peut-être à « subir » ce que ces braves gens ont déjà subi. Et spammer des GIF « NO AI » sur Instagram n’y changera rien…
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Les métiers de bureaux tels qu’on les connaît n’auront plus tellement de sens dans les années à venir, peut-être même que c’est tout le système de diplômes qui risque de devenir inutile : la société aura beau s’y accrocher, il deviendra de plus en plus simple de produire sans trop de connaissances des trucs qui nécessitaient jusque là d’avoir ingurgité 5 années de cours magistraux, TD et TP + 15 années d’expérience professionnelle.
On aura de moins en moins besoin de coder des applis, de rédiger des conditions générales de vente, de remplir des powerpoint… Mais on aura toujours autant de chiottes à déboucher, de murs à repeindre, de couches de grand-mères à changer, de meubles à déménager.
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Le réflexe de panique consisterait alors à se dire « mais c’est horrible, on va tous avoir des jobs précaires, qu’adviendra-t-il de nous, pauvres créatures mortelles ?! »
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J’aime à penser que ce serait plutôt un juste équilibrage des choses et – une fois n’est pas coutume – ça m’excite terriblement… (l’IA m’excite déjà autant alors qu’on n’a même pas abordé la question des copines virtuelles…).
Au fond, ce ré-équilibrage m’enthousiasme sûrement parce qu’en tant que « transfuge », j’ai toujours eu ce petit pincement au cœur à l’idée d’être mieux loti que ma maman en restant derrière un ordi, alors qu’elle est un puit de connaissance et de compétences sur l’aménagement des lieux de vie, connaissant par cœur les recettes d’enduits, de plâtre et de ciments, capable de transformer un squat abandonné en petit bout de paradis…
Mais elle n’aura eu droit dans sa vie qu’à des salaires de 1500 net, une hernie discale et 900€ d’AAH.
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À un stade avancé de société sous IA, les successeurs de ma maman auront un destin plus joyeux qu’elle : tous ces métiers « manuels » reprendront un peu de leur superbe, les CPE – si tant est qu’elles et ils existent encore – arrêteront de considérer ces jobs comme des besognes à refiler aux cancres et aux pauvres. En tant que dernières professions réellement utiles au reste de l’humanité, elles seront finalement reconnues, avec ce que ça implique en termes de salaires.
Si ça se réalise : l’immense majorité des métiers seront à peu près autant accessibles les uns les autres, donc tous plus ou moins payés pareil. La pénibilité deviendra le critère le plus pertinent pour fixer les salaires, et les IA permettront de se former plus efficacement aux rares métiers exigeants qui nécessiteront une formation théorique plus longue. Dans ce monde, les bourgeois ne pourront plus se cacher derrière la réussite académique pour légitimer leurs fonctions.
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J’ai même envie d’aller encore plus loin : à terme, il se pourrait que les IA décollent les êtres humains de leurs écrans. Dans une société où tout ce qui est affichable sur un écran peut être généré en deux phrases, les gens se détourneront des productions virtuelles pour se ré-ancrer dans le matériel : ils peindront davantage (avec de la peinture et des pinceaux j’entends), ils s’intéresseront davantage au théâtre, ils se remettront à sculpter, ils favoriseront les rencontres réelles aux réseaux sociaux qui seront alors infestés de bots indiscernables, francoisbegaudeau.fr sera remplacé par un mur sur lequel on collera des feuilles manuscrites…
Toutes ces mutations aboutiront à une civilisation post-numérique qui s’accompagnera de nouveaux courants artisanaux, artistiques, philosophiques autour du concept de déconnexion… Nos cerveaux seront décolonisés d’internet et des écrans, les objets de notre quotidien seront à nouveau faits-mains, avec des formes singulières et biscornues, puisque tout ce qui sera de l’ordre du lisse, de l’optimal et de l’industriel sera pris en charge par les machines, totalement accessible mais dévalorisé.
On pourra alors parler de « néo-analogisme ».
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Avec un peu* de chance, les scénarios 2 et 3 seront partiellement réalisés : tout un tas de services jusqu’ici rares et coûteux pourront être démocratisés, la charge de travail restante à l’humanité sera telle que notre quantité de temps libre explosera, les recherches avanceront à une vitesse phénoménale et les scientifiques sous IA parviendront ENFIN à élaborer un remède contre la calvitie.
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Quoi, j’ai le droit de rêver non ?
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* : Ce « peu de chance » nécessaire, c’est la gauche qui peut le provoquer.
Je ne suis évidemment pas sans savoir que les IA posent tout un tas de risques et qu’avec ces trucs-là, la dystopie n’est jamais très loin. Je suis aussi au fait des problèmes que ça pose en termes d’environnement, de souveraineté des données, de surveillance, de propriété intellectuelle, de droits humains et j’en passe. Ça fait quand même beaucoup de hics parfaitement légitimes.
Mais il ne faut pas oublier qu’on est encore qu’aux balbutiements du phénomène, ça peut évoluer dans tous les sens.
Juger politiquement les IA aujourd’hui revient à juger politiquement l’informatique en 1968, lorsqu’il fallait plusieurs étages pour installer un ordinateur qui fait pas le centième de ce que fait un smartphone aujourd’hui, qu’on était encore à mille lieues de Snapchat et de la possibilité de reluquer Violet Myers en réalité virtuelle.
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Je vais me répéter : la gauche a son rôle à jouer pour faire évoluer tout ça dans le bon sens.
Soutenir des initiatives open source, décentralisées, transparentes, moins polluantes, former le prolétariat à ces outils, réfléchir à comment s’appuyer sur les IA pour produire de manière mutualisée anarchique et remplacer le patronat à petite échelle
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Le train est en marche de toute façon, et il va très vite : scander « non à l’IA » ne suffira pas à le stopper, il serait plus judicieux de détourner les rails à notre avantage. (Désolé, j’avais dit que j’arrêtais avec les métaphores)
On est face à un outil qui peut favoriser un univers dans lequel le travail serait massivement réduit, la production et le savoir démocratisés, le coût de la vie plus accessible. C’est pas rien en termes d’horizon pour un gauchiste-
Ourson
InvitéNoter que c’est pas totalement de la science-fiction ou de la rêvasserie ce que j’écris là, on peut déjà voir en 2025 des choses intéressantes : un pote à moi vient à peine de finir sa reconversion en développement web, et songe déjà à se reconvertir dans l’artisanat ou dans le bâtiment.
Sur les réseaux sociaux : je crois déceler une tendance et un intérêt pour tout ce qui est un peu absurde et artisanal justement, au détriment de ce qui est « sur-produit »
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Ourson
InvitéOh mon dieu personne lira ce pavé, désolé pour ça
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Ça fait quand même beaucoup de mots pour expliquer que les IA peuvent théoriquement décupler notre temps libre, notre qualité de vie, revaloriser les métiers manuels et les pratiques « hors-lignes », si la gauche s’y met-
bibinard
Invitépa beuzoin dune ia pouravouar du tan de lib, dé louazir, unne kalité devi, il sufi davouar dé sous
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Ourson
InvitéDernière réflexion qui devrait nuancer mon post précédent, après j’arrête avec les IA… Pour le moment. Ici, les termes LLM et IA sont interchangeables, les LLM étant le type d’IA dont il est question. Mais toutes les IA ne sont pas des LLM.
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Thèse : « Les IA ne peuvent faire que ce dont nous n’avons plus besoin »
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En ce moment il y a plein de supports publicitaires sous Père Noël générés par IA.
« C’est horrible, tous ces graphistes qui auraient pu être payés pour faire ces images de papa noël ont été REMPLACÉS. Ça gâche la magie de Noël !! »
Puis on se pose, on cogite un peu et on réalise que pour que les machines puissent générer un seul papa noël, il leur faut avoir ingurgité des millions d’images de papa noël. Images produites par des humains (même si ça tend à changer, et c’est pas une bonne nouvelle pour les IA [*])
Résultat : les algorithmes régurgitent un père noël qui a été peint, photographié, dessiné, sculpté, filmé… Maintes et maintes et maintes fois, sans y apporter grand chose de plus.
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Ces générations de papa noël permettent de faire l’économie d’un graphiste (c’est mal)…
… Mais dans les faits, il aurait été encore plus économe de ré-utiliser une des nombreuses images de papanoïel existantes, quitte à la détourer un peu puis y rajouter un logo. Le résultat serait sûrement plus beau d’ailleurs. Pour des raisons évidentes de copyright c’est compliqué, mais dans un monde moins radin : les graphistes auraient beaucoup moins de taf, avec ou sans IA, ça ne changerait pas grand chose.
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C’est déjà différent pour nous autres, les ingénieurs, car tout ce qu’on produit est inédit et indispensable à la société et… Non je déconne.
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Prenons le cas de Michel, développeur chez Kasstett : logiciel de comptabilité. Il y a des centaines de logiciels de compta qui font la même chose en mieux, parfois OpenSource et bon marché. Mais Kasstett a une super équipe marketing : ils refourguent des licences à prix d’or à tout un tas de boîtes malgré une offre médiocre.
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Le métier de Michel consiste à :
– Bosser sur Kasstett Ultimate Pro v7.0 qui va bientôt sortir, successeuse de Ultimate Pro v6.34
– Coder à la va-vite plein de fonctionnalités « gadget » que personne n’utilisera, mais qui justifieront le prix exorbitant de la v7.0 qui doit sortir à temps
– Corriger les bugs une fois que la v7.0 sera sortie, car il aura codé à la va-vite. Mais ça arrange Kastett qui pourra justifier des coûts annuels de maintenance déloyaux, prenant les clients en otage.
– Taper des lignes de codes qui ont déjà été tapées 10 000 fois, pour résoudre des problèmes qui ont déjà été résolus 100 000 fois auparavant.
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Ceci n’est pas un exemple « extrême ». C’est la réalité du monde logiciel, comparable à celle des affiches de papas noël : une économie de travail et des besoins artificiellement gonflés par le capitalisme et le silotage de la connaissance.
C’est cette réalité qui donne autant de pouvoir aux LLM qui pourraient effectivement remplacer Michel. Mais peu importe, car dans un monde mieux foutu : la société se mettrait d’accord sur les logiciels de comptabilité dont elle a besoin, ces logiciels seraient conçus de sorte à durer sans armada de michels pour les »’maintenir »’, la nouveauté ne serait plus une obsession, le code serait partagé par et pour tous. Dans ce monde-là : les développeurs auraient beaucoup moins de taf, même sans IA.
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Dans ce monde mieux foutu, les humains ne consacreraient leur temps qu’à des activités dont l’humanité a VRAIMENT besoin, par exemple : passer plus de temps avec nos mamans, consacrer plus de temps à ses pairs, repeindre la façade d’un immeuble, etc… Tout autant de tâches pas réplicables et absolument nécessaires. Les LLM pourraient provoquer la venue de ce monde. Alors, Michel ne pourra plus bosser que sur des sujets logiciels absolument novateurs, autour de vrais besoins inexplorés, pas réplicables par les LLM, car presque par définition les LLM ne peuvent pas innover.
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Si la bulle de l’intelligence artificielle n’explose pas d’ici-là, les IA telles qu’elles existent pourraient conduire l’humanité à ne travailler que lorsque c’est absolument nécessaire, et pas juste pour faire des thunes.
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Si une LLM peut faire ce qu’on fait, c’est que ce qu’on fait a déjà été fait.-
Ourson
Invité[*] : j’ai dit que les LLM devaient être entrainées sur des productions humaines, mais ça a tendance à changer. On commence à entraîner les IA avec des trucs produits par IA. Problème : il y a une « consanguinité numérique » induite par ce phénomène.
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On sait que dans les familles royales consanguines, on retrouve au bout de quelques générations des traits physiques exagérés, car des gènes sont amplifiés et répétés d’une naissance à l’autre : nez disproportionnés, mentons monstrueux, grosses lèvres, etc.
Il se passe la même chose avec les IA entraînées sur elles-mêmes. Par exemple, à force de générer des images au tond chaud et de les percevoir comme « bonnes », ChatGPT a « appris » que les tons chauds étaient souhaitables.
D’une session d’entraînement à l’autre, ce ton chaud s’est amplifié et aujourd’hui, tout un tas d’images générées par ChatGPT sont jaunes pisse
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Ourson
InvitéPOURQUOI DIEU NOUS LAISSE-T-IL AUTANT SOUFFRIR ? S’IL EXISTE, CE DOIT ÊTRE UN GENRE DE DIABLE (TW: évocation de douleur extrême)
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C’est l’argument favori des athéistes hardcore.
Dans la mesure où je vois plutôt Dieu comme l’existence elle-même, une chaîne de causes et de conséquences froide, je ne blâmerais pas Dieu même si l’Univers était un Enfer géant. Je verrais juste ça comme l’ordre divin des choses, et tant pis pour les humains.
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Mais il se trouve qu’on n’est pas en enfer : on est capable de ressentir de la joie, du plaisir, et on est quand même content d’être en vie pour la plupart. Alors la question de la souffrance m’obsède : comment c’est possible de pouvoir souffrir autant ? Pourquoi ? Quelle est la raison à cela ? Les athés auraient-ils raison ?
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Une vidéo a marqué internet, je tairai son nom pour éviter d’envoyer les plus curieux au casse-pipe.
Je fais moi-même en sorte d’éviter son visionnage, puisque même sans l’avoir vue : son existence a débloqué une de mes plus grandes peurs, qui s’est muée en mexicanophobie light.
Parcontre, j’ai regardé plus que de raison des vidéos d’animaux qui en bouffent d’autres… Ça me paraissait assez soft pour étancher ma curiosité, sans m’envoyer en HP. J’ai vu des dragons de comodo « avorter » des biches peu avant le terme, des hyènes « creuser » un passage dans l’arrière-train de leurs proies encore vivantes, des zèbres noyer la progéniture de leurs concurrents, des bébés macaques agrippés au cadavre éventré de leur mère, le cadavre d’un cerf qui a coincé ses bois dans un arbre témoignant d’une fin mêlant faim et insectes mangeurs de chaire…
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Je repense à ces vidéos – que j’ai vues ou pas – une bonne vingtaine de fois par jour. Puis aux atrocités de guerre, aux accidents mortels, aux maladies graves… À chaque fois je me demande comment c’est possible d’avoir été mis au monde dans un endroit pareil. Ça me terrifie non seulement pour moi, mais aussi et surtout pour les autres qui ont vécu et vivent ces douleurs extrêmes. Je n’arrive même pas à concevoir ce qu’on « ressent » dans ces moments-là, ça me paraît de l’ordre de la fantaisie, mais ça ne l’est pas.
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La réflexion suivante m’apporte un peu de réconfort :
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Prenons le cas d’un homme qui se fait écorcher le visage par des membres de cartel. On pourrait se demander quel genre de Dieu laisse de telles choses de produire.
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Analysons maintenant la chaîne logique des événements qui ont conduit cet homme à se faire enlever le visage : pourquoi cet homme souffre autant à ce moment précis ? Et pourquoi d’autres sont assez fous pour lui infliger ça ?
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Pour des raisons qui nous échappent, la matière « morte » s’est organisée en vie il y a plusieurs centaines de millions d’années. Très rapidement, il a fallu que les molécules organisées en êtres vivants conservent leur structure dans un monde chaotique.
Pour conserver cette structure, il faut détecter lorsqu’un danger cherche à la détruire, et être fortement incité à agir pour écarter le danger.
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Au fur et à mesure du temps, les structures proto-vivantes qui ont su « ressentir » le danger immédiat, le fuir, ou l’annihiler, sont celles qui ont pu se renouveler et transmettre leurs gènes. Celles qui n’avaient aucun mécanisme pour percevoir une agression extérieure, se sont éteintes à tout jamais.
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Dans la mesure où ces structures se reproduisaient, mais avaient besoin de ressources pour se reproduire : mathématiquement, elles ont fini par être en surnombre, puis à entrer en compétition pour ces ressources, voire sont devenues des ressources elles mêmes.
À ce stade, les seuls « individus » qui survivaient étaient ceux capable de ressentir les agressions, mais aussi de les infliger
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Cette dynamique a permis de favoriser le développement du vivant : les structures ont évolué, sont devenues mieux organisées, plus grosses, plus rapides, plus féroces… Jusqu’à aboutir à la vie telle qu’on la connaît.
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Ce qui fait que l’homme torturé souffre, est aussi ce qui fait qu’il a pu ressentir de la joie tout au long de sa vie et toutes sortes d’émotions complexes, parce que cette capacité à souffrir est ce qui lui a permis à lui et à ses ancêtres de se reproduire jusqu’à obtenir toutes ces facultés de vie.
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Quant aux hommes qui lui retirent la peau avec un couteau rouillé, c’est bien parce qu’ils ont un gros cerveau à la fois humain et animal, fabriqué aussi pour l’agression et la prédation, que par un concours de circonstances biologico-sociales bizarres ils se sont retrouvés à arracher le faciès d’autrui. Quoi qu’on en dise, ces circonstances biologico-sociales ont aussi et surtout été le fruit de tout un tas de processus qui nous rendent la vie « sympathique », au moins un peu. On peut par exemple imaginer que des facultés naturelles d’aggression nous ont permis de chasser, d’évoluer dans des environnements nouveaux, et que les sociétés humaines ont eu besoin à un certain stade de mécanismes de dominance pour persister dans un monde chaotique.
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Ce retrait de visage est tragique, douloureux, mais Dieu n’est certainement pas à blâmer ici.
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Ou alors, il faut blâmer Dieu d’avoir créé la Vie, parce que fatalement la Vie implique une fin, des luttes, du chaos, des imprévus… Allant jusqu’à des cas aussi extrêmes que ce qu’on voit dans la vidéo dont je tairai le nom.
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Les délices de la Vie sont avant tout des esquives de la souffrance. Pas de souffrance, pas de délice. Pas de mort, pas de vie. Dieu ne pouvait pas nous donner l’un sans l’autre, et comme pour tous les autres êtres vivants : il est de notre devoir de réduire notre souffrance, pas du sien-
Ourson
InvitéCeci n’est pas une éloge de la souffrance… Ou alors, une éloge à la souffrance en tant que mécanisme qui permet avant tout d’éviter la souffrance, et donc d’augmenter la vie.
Je reste éminemment convaincu que la société humaine devrait avoir pour principale objectif de repousser la souffrance pour tous les individus, autant que faire se peut, mais que c’est bien la possibilité de souffrir qui nous y motiverait.
J’ai jamais trop compris le terme « dialectique », mais n’est-ce pas ici un exemple prégnant ?
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Ourson
Invité« Vouloir faire rentrer un rond dans un carré »
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J’ai l’impression que cette expression anodine illustre parfaitement la condition humaine, depuis qu’elle est « civilisée ».
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À défaut de faire rentrer un rond dans un carré, on cherche à faire rentrer des individus à chaire biscornue, courbée, molle, arrondie, inégale, chaude… Dans un ensemble de lignes de droites, de cubes, de parallepipèdes, froides, de cylindres parfaits.
C’est même pas une métaphore, c’est littéralement le cas.
Même ce post est concerné, puisqu’il sera contraint dans un rectangle gris, lui-même contraint dans une série de lignes anthracites.
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Je note que l’espèce humaine est la seule dont l’existence repose autant sur les lignes droites, de l’échelle nanoscopique (circuits électroniques) à l’échelle megascopique (Burj Khalifa)
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Je note que plus une société est fascisée, plus elle rafole de ces lignes droites
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C’est tout pour moi aujourd’hui
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P.S : je rappelle que j’ai créé ce fil pour les pensées aléatoires de tour le monde, n’hésitez point -
Ourson
InvitéLE CAPITAL BLANC
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Situation 1 – Un streamer noir raconte une expérience avec son petit cousin
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« J’étais avec mon petit cousin, et un jour je lui ai montré ma collection de jeux vidéos. Il a vu que j’avais GTA, il a vu que j’avais Fifa, mais quand je lui ai montré League of Legends ou Elden Ring : il m’a dit que c’était des jeux de blanc. Je lui ai expliqué que ça voulait rien dire ‘des jeux de blanc’ ou des ‘jeux de noir’, faut pas s’enfermer comme ça ! »
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Situation 2 – Je regarde Scènes de Ménage avec mon meilleur ami (métisse) et ma mère (métisse aussi).
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À l’écran, un sketch avec le couple mixte du programme, Cédric et Marion.
Mon meilleur ami dit : « Je l’aime pas lui, il est trop… Francisé, trop blanc ! »
Ma mère rétorque : « Bah pourquoi tu dis ça ? »
Mon meilleur ami répond : « Je sais pas, son accent, ses expressions mignonnes, sa manière de parler… »
Ma mère : « Mais n’importe quoi ! Tu sais, être noir ça veut pas dire être agressif et infidèle hein ?! »
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En vieillissant, je me rends compte que mon meilleur ami et le petit cousin du streamer n’étaient pas totalement dans l’erreur. Il y a plus ou moins des trucs de blanc, des trucs qui « font » blanc.
Ce serait absurde d’essentialiser les Noirs ou les Blancs… Mais il existe malgré tout des petits habitus, des petits marqueurs sociologiques qui frôlent avec le cliché et qui sont associés à une couleur ou à une autre.
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On pourrait reléguer ces petits marqueurs au rang de stéréotypes inoffensifs, les balayer d’un revers de main et se dire qu’on s’en fout, chacun et comme il est.
Mais ce serait mettre sous le tapis un phénomène que j’identifie comme étant le « Capital Blanc », et qui peut avoir un impact radical sur la vie des français racisés.
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On aura beau être autant universaliste qu’on veut, on percevra toujours inconsciemment certains trucs comme étant « des trucs de blancs » et vice versa. C’est parfois inconscient, peut-être moins inconscient chez les non-blancs d’ailleurs. Et ces « trucs de blancs » constituent une forme de capital.
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Pendant très longtemps j’ai pensé que le racisme était « soft » en France car je m’appuyais sur ma propre expérience : fils d’immigré, mais principalement élevé par ma mère métisse, elle-même élevée par sa mère d’origine alsacienne, entouré de proches souvent colorés mais parfaitement français qui font des trucs de blanc, pareil au collège, pareil au lycée.
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Je suis donc plutôt du genre à faire des « trucs de blanc » sans même le savoir. C’est idiot dit comme ça, mais l’impact est concret : je me fais contrôler par la police mais relativement rarement, j’arrive à peu près à trouver du travail, j’arrive à peu près à me faire des amis blancs, je me fais rarement insulter de sale noir. Parcontre : trouver un logement a toujours été compliqué, puisque les bâilleurs ne voient pas mon « capital blanc » dans les mails.
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Tu prends un gars qui a la même tête que moi et le même caractère que moi, mais tu lui enlèves tout son capital blanc : lui va subir le racisme de plein fouet et ce dans tous les aspects de sa vie.
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Enlever son capital blanc, ce serait par exemple l’avoir fait grandi en cité, lui donner un accent – même très léger – de banlieusard (que d’autres appelleraient « accent racaille »), un style vestimentaire qui trahirait ses origines de cité même avec tous les efforts du monde, etc.
Et si tu prends un gars qui a la même tête que moi mais qui cette fois-ci débarque directement du bled, avec un fort accent kinois et aucune maîtrise des « trucs de blancs » basiques, là ça va être très compliqué. On peut carrément parler de dette de capital blanc. Ses camarades du lycée ne l’inviteront probablement pas en soirée, les entreprises l’ignoreront après le premier entretien d’embauche, les policiers seront constamment sur ses côtes, etc.
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Noter que même un blanc peut avoir un capital blanc faible. En enfilant un ensemble de survêtement et des TN par exemple.
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Ce qui est intéressant toutefois, c’est que je remarque chez les immigrés et enfants d’immigrés avec une certaine quantité de capital blanc, l’envie de développer leur capital non-blanc, et parfois même une certaine honte vis-à-vis de leur propre capital blanc.
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Je l’ai remarqué sur moi-même : dès l’adolescence, j’étais complexé par mon trop gros capital blanc et mon trop faible capital noir. Très maladroitement, j’ai essayé de développer ce capital noir : en essayant de m’habiller comme un afro-américain, en écoutant de plus en plus de rap, en écoutant des vieux CD de rumba congolaises et en essayant de le faire savoir à tout le monde au collège…
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Y’a pas si longtemps, j’étais étudiant dans un IUT rempli de blancs du sud-ouest qui faisaient des trucs de blancs par excellence. Parmi ces trucs de blancs : se bourrer la gueule au Ricard et chanter des chansons paillardes en allant d’un bar à l’autre. Je m’étais prêté au jeu et je trouvais ça plutôt amusant, alors je suivais le mouvement de temps en temps.
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Un jour, je sortai en boite avec mes nouveaux copains amateurs de chansons paillardes. Le videur était noir. Je le connaissais, c’était un bon ami de mon père, un congolais. Il m’a sorti « qu’est-ce que tu fais là toi ? » avec un léger rictus. J’ai eu honte, honte de ce capital blanc que j’affichais face à ce tonton rempli de capital noir.
Je n’avais aucune preuve de capital noir à lui montrer pour lui dire « hey, regarde, on est ensemble, t’inquiètes ! ».
J’ai lavé mes pêchés en rentrant chez moi le soir-même : j’ai mangé du chikwangue en écoutant Koffi Olomide et en dansant le ndombolo.-
Rémi
InvitéElden ring est un jeu vidéo developpé par un studio Japonais. League of legend est un jeu vidéo developé par un studio américain qui a autant de joueur en Asie.
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Ourson
InvitéOula mais tu réfléchis trop loin là, y’a vraiment zéro logique derrière le concept de « truc de blanc » et « truc d’arabes ». Ce sont des perceptions erronées et complètement hors-sol. Moi je dis juste qu’elles existent, et qu’elles ont un impact déterminant sur la vie des gens.
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Exemple : le mot « chouya » de mémoire est un mot arabe.
Mais répondre à quelqu’un qui se propose de te servir à boire « Juste un CHOUYA steuplait, merci », c’est typiquement un truc de blanc.
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Je sais pas si je suis clair ? Je sais que c’est une take chaotique et foireuse, mais je pense vraiment avoir mis le doigt sur quelque chose…-
Rémi
Invité« Oula mais tu réfléchis trop loin là, y’a vraiment zéro logique derrière le concept de « truc de blanc » et « truc d’arabes ». Ce sont des perceptions erronées et complètement hors-sol. Moi je dis juste qu’elles existent, et qu’elles ont un impact déterminant sur la vie des gens. »
Oui il est tout a fait possible que des gens pensent comme ça et que ça ait un impacte.
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« Exemple : le mot « chouya » de mémoire est un mot arabe.
Mais répondre à quelqu’un qui se propose de te servir à boire « Juste un CHOUYA steuplait, merci », c’est typiquement un truc de blanc. »
C’est la première fois que j’entend quelqu’un me dire que cette expression est un truc de blanc. Pourquoi dis tu que l’expression » Juste un CHOUYA » est un truc de blanc ?
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« Je sais pas si je suis clair ? Je sais que c’est une take chaotique et foireuse, mais je pense vraiment avoir mis le doigt sur quelque chose… »
En gros tu veux dire que pour intégrer un groupe de personne il vaut mieu avoir des moeurs similaires à ces personnes ?-
Ourson
Invité« En quoi dire juste un chouya c’est un truc de blanc ».
Tu me poses un peu une colle, c’est le problème avec ce genre d’affirmation c’est que c’est assez dur de mettre le doigt dessus. Disons que personnellement, quand j’imagine quelqu’un dire « juste un chouya steuplait », j’imagine pas un immigrant soudanais. J’imagine une dame de 47 ans qui s’appelle Chantal, qui a des mèches blondes, qui travaille à la région et qui a un « ado » au lycée. D’ailleurs, dire « mon ado » —> truc de blanc.
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Autres exemples d’expression de blanc :
« Ouai il fait frisquet là, le fond de l’air est frais »
« Aller on fait comme ça, la bise ! »
« Oh t’inquiètes pas c’est juste une petite broutille »
« Comment ça va Poulet ? »
« Ouai je dois te laisser ma belle, faut que je file chez le notaire »
« On se fait une bouffe ? »
« J’en ai ras la casquette »
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Parfois, il y a des spécificités de blanc mais plutôt à l’échelle régionale :
« Elle est gavé cher la conso ici »
« À m’en donner va falloir te les sortir con »
« Ben écoute ça va, on vient d’acheter aux Batignolles »
etc.
Aaah la sociologie c’est un métier hein…
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Ce que je veux dire, en gros, c’est que tout ce qui est écrit au-dessus relève de la bêtise et du cliché. MAIS, dans la mesure où vit dans une société à dominance blanche avec tout un tas de biais racistes, tout ces clichés sont inconsciemment intégrés comme vérités. Et embrasser ces clichés peut permettre à un immigré de contrebalancer partiellement le poids de son handicap social.
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Si tu observes bien, il y a tout un tas de blancs avec des amis racisés et vice-versa.
Si tu observes mieux, tu te rendras compte que ces amis racisés ont rarement des accents étrangers, qu’ils souvent nés en France, parfois métissés. Quand ils sont pas nés en France ils ont fait leur scolarité dans des écoles françaises de leur pays d’origine.
Même constat dans le monde du travail
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Ourson
InvitéQuelques compléments du message précédent :
Je remarque aussi – plus rarement – chez les blancs une volonté de dissimuler leur propre capital blanc, surtout lorsqu’ils sont en présence de non-blancs. Plein de fois on a vu des blancs modifier leur accent en présence de noir ou d’arabe, allant jusqu’à presque jusqu’à singer un accent dit « de cité » par exemple.
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Autre phénomène intéressant : il y a parfois des marqueurs appartenant à un capital non-blanc qui avec le temps deviennent « blanc-compatible », sans totalement devenir du capital blanc… on pourrait appeler ça du « capital gris ».
C’est le cas lorsque ces élément culturels qui étaient associés à de la non-blanchité, deviennent communément acceptés, adoptés, appréciés voire hégémoniques chez les blancs. L’exemple le plus parlant de ça, c’est le rap : c’est devenu tout à fait commun et bien qu’étant initialement un « truc de noir », c’est désormais du capital gris : pas tout à fait un truc de blanc, mais un truc que les blancs apprécient ou voient comme banal.
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En termes d’expression, plus ça va et plus le mot « wesh » s’apparente à du capital gris. À une époque dire « wesh » te cataloguait directement comme banlieusard, à un point que c’était utilisable de manière interchangeable : un wesh (ou « wesh wesh ») était un mec de cité / un banlieusard / une racaille / un lacoste-TN (la TN étant désormais de l’ordre du capital gris, elle aussi).
Aujourd’hui, les jeunes de moins de 30 ans utilisent quasiment tous l’expression, du fin fond de la Courneuve aux larges hauteurs du seizième.
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Bref vous avez l’idée -
Ourson
InvitéREMIGRATION JOYEUSE
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La remigration est officiellement un concept d’extrême droite, et c’est assez simple de comprendre en quoi. Toutefois, j’ai l’intime conviction que l’extrême droite ne VEUT pas réellement de cette remigration : si demain les immigrés et descendants d’immigrés se téléportent tous dans leur pays d’origine : les droitards s’en mordront les doigts.
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Ils n’auront plus de boucs émissaires sur qui se défouler, plus de croquemitaine sur qui mettre tous les problèmes de la France, plus d’explications faciles à leurs problèmes du quotidien.
Mais pire encore : leur situation matérielle empirera sérieusement. Plus d’immigrés bon marché pour nettoyer les espaces publics, bosser sur les chantiers, changer les couches des grands-mères, faire la plonge en cuisine, livrer les repas, etc. (Dans des conditions inhumaines voire quasiment illégales, ça va sans dire).
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Mathématiquement, tout un pan de l’économie « essentielle » basée sur l’exploitation de l’immigration s’effondrerait, avec des entreprises qui devraient réduire leurs marges, embaucher moins, augmenter les prix, payer moins de cotisations sociales voire carrément mettre la clé sous la porte.
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Du coup, si la remigration est en réalité un cauchemar pour la droite : est-ce que ça pourrait être un rêve de la gauche, et des immigrés eux-mêmes ?
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Bien souvent, la gauche adopte une position anti-remigration… Donc pro-immigration.
Dans l’imaginaire collectif moyen de gauche, l’immigration est plutôt humaniste, souvent salvatrice, la réalité de l’immigré qui travaille dure est même parfois présentée comme argument anti remigration (chez les gauchistes les moins conséquents, certes).
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Cette position pro-immigration implique selon moi une certaine vision intérieure du monde : la France comme terre d’accueil salvatrice, et l’Afrique comme terre désolée, meurtrie par la guerre et la misère.
Ce n’est pas une vision totalement erronée. Ce serait indécent de dire que tous les pays se valent et qu’un réfugié rwandais de guerre civile aurait tout à gagner à rester chez lui à se faire massacrer, plutôt que de tenter sa chance en France.
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Je pense toutefois qu’on devrait redescendre sur Terre, nous, gauchos de France. La France n’est pas la terre d’accueil qu’elle pense être, et je le dis en tant que fils d’immigré : chaque parcours d’immigration, c’est la honte pour le pays.
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La France est un pays froid et pluvieux qui s’est bâti sur 15 siècles de guerre puis d’esclavage et de colonisation. Sixième puissance du monde, remplie de milliardaires, mais pas foutue de garantir un toit à ses propres habitants toutes ethnies confondues. C’est un pays où même travailler plus de 35 heures dans des jobs plus aliénés les uns que les autres ne permet pas de remplir correctement l’assiette. Un pays où la liberté de presse et d’expression sont au sol, avec une classe politique éteinte et un soi-disant système social mais pas foutu de soigner/éduquer/protéger correctement les français.
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Accepter chaleureusement un immigré dans tout ce bourbier, ce n’est pas un Flex (comme disent les jeunes). Surtout quand on sait que si l’immigré est poussé à venir en France, c’est bel et bien parce que son pays natal est rongé par des décennies de colonisation.
Parce qu’on le rappelle : l’Afrique avant la colonisation se portait très bien sans les occidentaux. Sans parler d’utopie, l’Afrique avait ses sociétés à elle, sociétés qui avaient chacune leurs spécificités, chacune leurs problèmes, et chacune leurs propre manières de régler les problèmes et d’évoluer.
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Je sais que je vais enfoncer des portes ouvertes et tant mieux : prôner l’acceptation des immigrés pour qu’ils se fassent ensuite broyer par la France de Macron, ça n’a rien de gauche. Ce devrait au mieux être une solution temporaire, ponctuelle, d’urgence, qui s’inscrit dans une vraie stratégie d’émancipation. Et c’est là que le concept de « Remigration Joyeuse » fait son entrée.
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Je pense sincèrement que la gauche occidentale, la diaspora et les immigrés devraient se réapproprier le concept de Remigration, plutôt que de le laisser à des gens qui seraient incapables de l’assumer.
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Par exemple en réfléchissant à comment libérer l’Afrique de son joug colonial, à comment faire en sorte que les africains n’aient plus à fuir leur continent dans le futur, à comment rendre désirable un retour au pays pour les membres de la diaspora qui se font cracher dessus à longueur de temps par les médias, etc. Plutôt que de réfléchir à faire du pays colonisateur un pays d’accueil pour les colonisés.
Réparer là-bas plutôt que ici.
D’ici-là, chaque immigration devrait être vue comme un échec par la gauche
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À voir ce que ça impliquerait un mouvement « remigrationniste » qui ne tombe pas dans la colonisation inversée. -
Ourson
InvitéMERITOCRATIE VS INCITOCRATIE
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Je sais que j’apprendrai rien à personne en disant que chaque individu hérite de différentes opportunités, différentes capacités, et que celui qui hérite de beaucoup ne « mérite » pas d’avoir beaucoup : il est juste plus veinard que les autres, et sa chance n’est pas de son propre fait.
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Prenons un village imaginaire, totalement isolé dans la forêt. Ce village a une particularité : tous ses habitants sont cul-de-jatte… Tous sauf un, qui a tous ses membres. Appelons-le Bipedouard.
C’est donc le seul à être à même d’aller chasser du gibier, du bois, de fabriquer des abris, etc.
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Le droitix méritocrate voit ça et dit « Bipedouard MERITE d’avoir une grosse contrepartie en échange d’une partie de son gibier et de ses abris, c’est le seul à pouvoir le faire, sa compétence est rare.
Les autres n’ont qu’à se sortir les doigts/moignons du cul, ils n’ont qu’à attraper des rats avec la bouche, creuser un nid sous-terrain avec, ou développer un exosquelette pour s’en sortir ».
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Le gauchix non-méritocrate répond au droitix « ben non, Bipedouard ne mérite pas tout ça : il n’a pas choisi d’avoir des jambes, et les autres n’ont pas choisi d’être culs-de-jatte. À ce titre, les autres ont aussi le droit à du gibier et à un abri. » Et il aurait évidemment raison.
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Mais Bipedouard interrompt le gauchix : « Je t’arrête tout de suite pourriture trotskiste. Le droitix a raison, moi aussi j’ai des galères dans la vie et j’en fais pas tout un plat. Si j’ai rien en contrepartie de mes talents, j’arrête de chasser pour tout le monde. »
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Et c’est ainsi que tout le village se retrouva sans abri et sous le seuil IMC de la maigreur.
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La question est donc la suivante : le gauchix sait que Bipedouard ne MERITE pas d’avoir beaucoup plus de gibier que les autres, ni un abri beaucoup plus gros que les autres, ni une contrepartie beaucoup plus grosse que les autres.
Mais que peut faire le gauchix pour INCITER Bipebouard à nourrir son village sans grande contrepartie ? C’est le mieux placé pour le faire, ce serait con qu’il s’abstienne ?
Je sais que la question a certainement été étudiée de fond en comble dans tout un tas de bouquins, mais j’ai pas lu ces bouquins et je saurais même pas lesquels lire. C’est bien pour ça que je vous pose la question.-
brisemenu
InvitéEn fait , ce que votre histoire ne dit pas , c’est que Gauchix , un cul de jatte lui aussi , est le chef du village . Eh oui , on est en démocratie , les culs de jatte sont une écrasante majorité , une majorité constitutionnelle même. Gauchix et Droitix , sont les bourgeois de l’histoire. Aussi décident-t-ils face aux revendications exorbitantes de Bipedouard et malgré leur désaccord que le village fera venir des immigrés valides , des noirs , parce qu’ils ne sont pas des sales fachos comme Bipedouard. Pensant bien que , vu que les nègres sont des demeurés , ils arriveront à leur faire faire ce qu’ils veulent par la force de leur verbe , rusés qu’ils sont.
La fin de l’histoire c’est que Bipedouard se résout à quitter le village pour le village voisin parce que les noirs lui font bien comprendre qu’il n’est pas le seul valide et qu’il est le seul blanc valide . Les nouveaux venus décident d’arrêter de nourrir tous ces branleurs qui ne font rien pour s’en sortir et qui du reste ne sont pas des leurs , et qu’ils ont en outre appris de la bouche de Bipedouard que Gauchix et Droitix les prenaient pour des cons. Ca y est , le village cul-de-jatte a été grand remplacé . Les culs-de-jatte ont disparu , on ne parlera jamais plus de cul-de-jatte , comme s’ils n’avaient jamais existé.
La morale de cette histoire est que seuls les valides font l’Histoire.-
Ourson
InvitéExcellente analyse bravo, j’aurais pas dit mieux…
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Ourson
InvitéPartons du principe qu’à chaque élection présidentielle, LFI a 30% de chances de gagner et une fois au pouvoir 50% de chances de rendre le pays vivable pour tous.
Soit p la probabilité que ces deux événements se produisent en même temps :
p = 30% x 50% = 15%L’événement » LFI remporte les élections et rend la France vivable à la fin du quinquennat » a donc 15% de chances de se produire à chaque élection.
La Loi Géométrique nous permet de calculer le nombre d’élections qu’on peut espérer vivre avant qu’un tel événement se produise :
E = 1/p <=> E = 1/(15/100) <=> E ≃ 7En moyenne, il faudra donc attendre 7 élections avant que la France Insoumise ne soit élue ET rende le pays vivable, soit 35 ans.
D’après mes propres estimations sur les gauchistes de France :
– 20% des gauchos œuvrent activement pour l’émancipation collective (militantisme, manifs, syndicalisme, écriture, etc.)
– 80% des gauchos n’oeuvrent pour l’émancipation collective qu’au travers des élections avec l’espoir d’une présidence LFI imminenteAutrement dit : 80% des gauchos n’oeuvrent pas activement pour l’émancipation parce qu’ils misent tout sur une stratégie qui ne donnera probablement rien avant 2060.
Cela représente environ 8 à 10 millions de français qui resteront hors de toute lutte active pendant 35 ans, parce que LFI et le système électoral existent.
Pour donner un ordre d’idée, si ces 8 à 10 millions de français travaillaient bénévolement une heure par semaine pendant 35 ans, cela créerait 116 milliards 560 millions d’euros de richesse émancipatrice (calculée sur la base du SMIC)On peut aisément imaginer l’impact qu’auraient 8 à 10 millions de français en plus dans les rangs des syndicalistes, des zadistes, des activistes, des boycottistes, des écrivistes, des manifestistes, des autonomistes, des kystes, des amétystes, etc. Et ce pendant si longtemps.
Si cela venait à se produire, rendre le pays vivable pour tous se ferait probablement en moins de 35 ans. À titre d’exemple : il a suffi de 5000 militants actifs au Black Panther pour nourrir gratuitement 20 000 enfants par semaine dans toute l’Amérique, ouvrir des écoles gratuites, des cliniques gratuites, etc. Et ce en pleine Amérique post-ségregationniste.À ce titre, on peut clairement dire que le brio de la France Insoumise réduit en cendres les opportunités d’émancipation réelles en France, surtout maintenant qu’ils donnent toujours l’impression d’être à deux doigts de tout gagner.
Je sais que j’enfonce des portes béantes ici, mais l’idée de mettre des chiffres sur ce constat déjà connu m’amusait
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Ourson
InvitéDésolé je me suis trompé de sujet, pas assez aléatoire et bien trop rigoureusement scientifique pour être posté ici, n’hésitez pas à supprimer ce message
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