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Accueil › Forums › Forum général › Marx va avoir raison (IA et lutte des classes)

  • Ce sujet contient 87 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par vanille-fraise, le il y a 1 mois et 1 semaine.
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  • Auteur
    Messages
    • #138289 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Ceci est un avant-goût ou aperçu de l’article pour vous inciter à le lire: vous sentez-vous concernés?
      Vos commentaires sont les bienvenus…

      « … Grande leçon matérialiste : les formes de la conscience sont données par les conditions de l’existence. Or voilà que les conditions d’existence de la bourgeoisie du Bien s’apprêtent à de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c’est que de se retrouver du jour au lendemain renvoyée non seulement à l’inactivité mais au sentiment dissolvant de l’inutilité. Elle va connaître l’expérience qui lui indifférait au plus haut point, l’expérience des « autres » de l’intérieur, charrettes à plans sociaux, à délocalisation, à downsizing et « rationalisation » — l’expérience des dispensables. Par pans entiers, la « bourgeoisie créative », qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concernée, est en train de devenir dispensable… »

      https://blog.mondediplo.net/marx-va-avoir-raison-ia-et-lutte-des-classes

    • #138292 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      On en parlait justement dans Forum page 19.

      • #138299 Répondre
        Zorglub
        Invité

        Oui mais l’onglet Forum page n+1 c’est un peu beaucoup comme les chaines d’info, quatre commentaires et on passe à autre chose.
        Après l’Iran quoi? ben merde l’essence augmente à la pompe… et après? ben demande à claude ou chatte-j’ai-pété et tu sauras…

        Docteur Xavier pourquoi tout va trop vite? Bégaudeau tu peux effacer cet onglet qui est inutile car sujet traité dans Forum n+1.

    • #138350 Répondre
      Greenwashing
      Invité

      On dirait un post d’Ourson.

      • #138353 Répondre
        Ourson
        Invité

        On est pas loin, mais j’aurais pas mis de lien ni de citation, et j’aurais au bas mot foutu 4 paragraphes de plus.
        –
        Qui plus est, j’ai encore du mal à me faire ma religion et je trouve l’article intéressant mais je pense que Lordon surestime les effets dévastateurs potentiels de l’IA sur cette « bourgeoisie créative »

    • #140156 Répondre
      tdah
      Invité

      https://www.caradisiac.com/apres-les-voitures-et-les-utilitaires-renault-va-fabriquer-des-drones-militaires-220370.htm
      –
      « Pour les salariés, c’est également un gros changement, notamment moral et éthique. Les syndicats ont été consultés et il a été décidé que les employés voulant participer à ce projet seront tous des volontaires. La CFDT a également insisté sur le respect des règles éthiques, la sécurité des conditions de travail et la mise en place de parcours de formation certifiants pour accompagner cette nouvelle activité. »

    • #140475 Répondre
      Oscar
      Invité
      • #140531 Répondre
        Ourson
        Invité

        Ça fait des années qu’on nous dit que X millions d’emplois sont menacés par l’IA. Au final le monde du travail est un enfer sur Terre et ça devient de plus en plus chaud de trouver un boulot, mais c’est pas tant à cause de l’IA si on creuse un peu.
        Dans mon secteur on commence même à voir une tendance contraire : des entreprises qui ont tenté de forcer le passage à l’IA et qui en faisant ça se sont tirées une balle dans le pied, allant jusqu’à rappeler les salariés qu’elles ont foutu à la porte.
        Plus récemment j’ai vu un rapport qui estimait le taux réel des tâches à même d’être automatisées par l’IA : ça culminait à un peu plus de 4%.
        –
        Si on regarde les choses de près, on se rend compte que l’IA offre davantage la possibilité aux travailleurs de remplacer les bourgeois, qu’aux bourgeois de remplacer les travailleurs. Je crois que c’est un peu ce que dit Lordon d’ailleurs : les métiers les plus « menacés » sont finalement ceux des plus dominants

    • #140534 Répondre
      Florent
      Invité

      Pour autant que la partie, en roue libre depuis un certain temps, puisse encore durer longtemps, la poursuite des objectifs de maximisation des gains de productivité et de rationalisation des coûts à travers la généralisation de l’IA, va entrer assez vite dans un mur “fordiste” : à force de couper les salaires et les salariés, le modèle va scier encore et toujours plus la branche des consommateurs sur laquelle il est, plus si confortablement assis. Une contradiction supplémentaire qui va rejoindre la constellation des autres qui obère d’ores et déjà l’avenir de la croissance sans fin

      • #140540 Répondre
        Ourson
        Invité

        J’ai du mal à comprendre l’importance que certains accordent à la « consommation » en politique.
        Par exemple, j’entends des trucs comme « grève de la consommation ». Qu’un économiste me corrige si je me trompe, mais « consommer » c’est « produire », les deux sont indissociables.
        Exemple : un ouvrier fait une grève de la consommation pendant une journée, mais se rend quand même au travail. À la fin de la journée il gagne 60€ de salaire.
        S’il dépense ces 60€ un jour dans sa vie, il n’aura pas fait de grève de la consommation : il aura juste décalé sa consommation.
        S’il ne dépense jamais ces 60€ de sa vie, c’est qu’il aurait tout aussi bien pu faire une grève de travail : il n’aurait pas été payé 60€ mais ça ne change rien puisqu’il n’aurait jamais dépensé ces 60€.
        –
        Le modèle capitaliste n’a pas « besoin » que les gens consomment, il a besoin que les gens produisent. Consommer c’est échanger sa force travail contre le fruit d’un capital.
        Si un système réduit le salaire d’un travailleur, c’est parce qu’il estime que ce travailleur produit « peu ». Il n’a pas besoin que le travailleur « consomme » parce que ce que produisait le travailleur peut être obtenu ailleurs, contre une plus faible rémunération.
        –
        Dans le scénario catastrophe où les robots savent tout faire et mettent tout le monde au chômage, les détenteurs du capital – ici, les robots – se contrefichent de savoir si les pauvres vont consommer ou pas, puisque les robots qu’ils détiennent peuvent déjà produire tout ce dont ils ont besoin avec une contrepartie quasi nulle.
        Note : ce scénario est encore très loin de se produire

        • #140541 Répondre
          Ourson
          Invité

          ici, le capital* c’est les robots

        • #140680 Répondre
          Ema
          Invité

          J’ai du mal a te suivre Ourson, il me semble pourtant bien que ce qui est produit doit être vendu pour dégager du bénéfice, et donc faire tourner la grande machine du marché. La contradiction entre vouloir rémunérer ses salariés le moins possible tout en espérant que ceux des autres soient encore en mesure de consommer ce qui est produit-vendu par ces salariés sélectivement sous payés fait bien partie des contradictions internes du capitalisme non?
          A moins qu’on envisage un scenario dystopique dans lequel l’oligarchie mondiale ne produirait plus pour vendre mais uniquement pour repondre à ses propres besoins, en confisquant par la force tous les outils moyens de production et en utilisant à 80 % la technologie comme force de travail. Mais là nous serions dans du post capitalisme.

          • #140714 Répondre
            Ourson
            Invité

            Justement le scénario dystopique que tu décris à la fin de ton post, c’est un peu celui que j’ai décrit à la fin du mien : c’est totalement de la SF et c’est juste une simple expérience de pensée pour dire que oui, si des élites peuvent tout fabriquer avec leurs robots alors elles n’ont plus besoin de « vendre ».
            –
            Dans la vraie vie c’est différent, mais le principe sous-jacent est le même :
            Si le patron de l’entreprise A a besoin de « vendre » des biens, c’est qu’il a besoin d’échanger ces biens contre d’autres que lui-même ne peut pas produire.
            Dans un monde où les gens sont massivement appauvris par l’automatisation, ça veut simplement dire que ces échanges ne se feront plus entre patron et salariés, mais entre patrons et patrons.
            —-
            Exemple encore plus concret :
            – Ilan Musc possède une marque de voitures de luxe, les voitures « Volta ». Il veut vendre ses voitures le plus cher possible pour se fabriquer une fusée pour Pluton.
            – Or, 99% de la population est trop pauvre pour acheter ses voitures.
            – Ilan s’en fout, parce que dans le 1% restant, ceux qui détiennent le capital nécessaire sont ceux à même de fabriquer/financer sa fusée, il n’a pas besoin des « pauvres » pour ça aussi nombreux soient-ils.
            – D’ailleurs, les pauvres sont si nombreux qu’ils sont en concurrence les uns avec les autres, et sont prêts à offrir massivement leur force de travail aux potes d’Ilan qui leur offre une faible contrepartie (pour se nourrir, avoir un semblant de toit sur la tête, etc.)

            • #140716 Répondre
              Ourson
              Invité

              Désolé si le post est très scolaire voire infantilisant, moi y’a que comme ça que j’arrive réfléchir sur ces sujets (cf. mes tous premiers posts)

          • #140720 Répondre
            Ourson
            Invité

            En fait j’ai un meilleur exemple :
            Admettons que je sois un traducteur, mis au chômage par une IA. Je me retrouve au RSA.
            Est-ce que les entreprises chez qui je consomme habituellement vont s’en mordre les doigts ? Non : je dépenserai moins d’argent à Carrefour certes, mais le patron qui m’a remplacé le dépensera pour moi. Carrefour est heureux
            —
            D’où l’intérêt de capter la production et non redistribuer ce qui est produit, j’imagine

            • #140727 Répondre
              Ourson
              Invité

              L’argent que je ne dépenserai plus dans la société en tant que traducteur au chômage, mes patrons le dépenseront à ma place mais aussi les clients de mon patron qui feront des économies, puisque mon patron vendra ce service moins cher

    • #140581 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Je voulais revenir sur le texte de ce Matt Shumer, qui est à l’origine de celui de Lordon. Le texte en question a circulé massivement dans le monde entier à tel point, je le découvre en ayant fini mon texte, qu’il possède désormais sa propre page wikipédia.

      Le texte est constellé de rhétorique quasi-messianique et il serait trop long, voire inutile, de tout relever en la matière. Je vais essayer de commenter quelques unes des ses affirmations en détail, en priorité celles sur lesquelles mes connaissances (notamment pratiques) sont de première main, histoire de ne pas risquer l’extrapolation hors-sol — ce dont l’auteur du texte ne se prive pas. Ça me fera aussi office de clarification pour moi-même.

      Il faut préciser, c’est essentiel, que l’auteur traite principalement de l’IA pour générer du code, mais qu’il glisse tendanciellement (parfois au sein d’un même paragraphe) vers des jugements sur les capacités de l’IA en général.
      .
      La rhétorique dans laquelle s’ancre le texte peut se résumer en le citant : « Le 5 février 2026, de nouveaux modèles sont arrivés, donnant l’impression que tout ce qui les avait précédés appartenait à une autre époque« . Ces modèles sont en l’occurrence GPT-5.3-Codex et Claude Opus 4.6.

      Pour appuyer ce qu’il semble décrire comme une révolution du secteur, Matt Shumer dit : « [GPT-5.3-Codex] ne se contentait pas d’exécuter mes instructions. Il prenait des décisions intelligentes. Il y avait quelque chose dans ce modèle qui ressemblait, pour la première fois, à du jugement. À du goût« . Cette phrase devrait à coup sûr faire tiquer n’importe quel développeur qui regarde régulièrement sur un plan professionnel ce que ces outils ont dans le ventre. Car plusieurs d’entre eux, en réalité, montrent déjà de telles aptitudes depuis des mois. Il faut même préciser, en reprenant les termes qu’il utilise : toute génération ne serait-ce qu’un poil complexe de code (mais c’est valable pour n’importe quelle exécution de tâche) ne peut être une simple « exécution d’instruction » (sous-entendu : données par le programmeur). Il y a nécessairement « décision intelligente » lorsqu’une IA code (en des termes moins sujets à débat : il y a une décision automatique, qui est le résultat d’un calcul du modèle, dont personne à l’heure qu’il est ne saisit entièrement la complexité et les ressorts). En effet, le seul moyen de « donner des instructions » sans qu’aucune ne relève d’un calcul automatique « intelligent », c’est d’écrire directement le programme soi-même, c’est-à-dire sans IA. L’affirmation selon laquelle les nouveaux nés du 5 février introduisent une quelconque rupture à ce niveau là n’a donc pas de sens : il y avait déjà « intelligence » au sens où il l’entend, et pas qu’un peu.

      Ce qui en revanche est tout à fait exact, c’est que j’ai pu observer une amélioration spectaculaire des capacités de ces outils dès Opus 4.5 voire un peu avant, en 2025. Il était déjà possible de générer des programmes vraiment non-triviaux et dans des langages bien documentés comme Python, en quelques minutes au lieu de jusqu’à 3-4 jours (et en mieux). Bien entendu se pose la question de la « validation » du fonctionnement dudit programme, point sur lequel le texte est totalement imprécis et j’y reviendrai.

      La chose la plus spectaculaire est sans doute d’observer la chaîne de raisonnement effectuée par le modèle, chaîne qui s’écrit « en live » sous nos yeux dans un coin, en langage naturel, le tout avant de fournir la réponse définitive (code + langage naturel). Force est de constater que 1/ le modèle se formule à lui-même bon nombre des questions pertinentes qui ne sont pas explicites dans la demande faite par le programmeur (dans le « prompt »), 2/ le modèle ne cesse de « penser contre lui-même » en ce sens qu’on le voit émettre des hypothèses, en tester la pertinence et les affiner en tenant compte du contexte. Il faut bien sûr « démystifier » : la raison de ces comportements extrêmement impressionnants n’est pas le simple résultat d’une ingurgitation débile de grande quantités de données recrachées selon une probabilité bête et méchante, mais bien sûr dû au fait que ces modèles sont structurés (intentionnellement) par leurs développeurs de façon à concentrer tout ce qui se fait de mieux en matière de bonnes pratiques de codage sans bug. Si ces modèles ont une telle capacité d’autonomie, c’est qu’ils sont un « concentré d’intelligence humaine » — les réseaux de neurones, à eux-seuls et abreuvés de sommes de données, sont cons comme des bites.
      .
      Prenons ensuite : « Vous pouvez décrire une application à l’IA et obtenir une version fonctionnelle en une heure. Je n’exagère pas. Je le fais régulièrement« . Cette affirmation repose sur deux implicites massifs.

      – Le premier est : de quelles « applications » parle-t-on? Puisqu’une « application » est en fait un « logiciel » (et donc bien sûr un « programme »), on voit que l’affirmation de Shumer est en fait incroyablement large et floue. Si l’on prend des applications « simples » (quand bien même, pour être écrites de façon claire et fiable, elles peuvent demander beaucoup de connaissance/d’expérience), son affirmation est dans bon nombre de cas exacte. Encore faut-il néanmoins être suffisamment compétent pour avoir bien « prompté » le modèle, point tout sauf négligeable (compétent non pas tant « en IA » que dans le domaine concerné par le programme, et en programmation). En revanche, pour un logiciel complexe voire très complexe, à la croisée de nombreux corps de métiers, son affirmation bien sûr totalement fausse. J’ai en revanche pu constater que les modèles récents étaient désormais en capacité ne serait-ce que de s’y « retrouver » de façon assez impressionnante dans un code source de logiciel de grande ampleur, voire même d’y effectuer des opérations très non-triviales (mais bien définies). Il ne faut pas mentir : c’est très très fort.

      – Le second implicite est encore plus gros et se cache dans « version fonctionnelle ». Qu’est-ce qu’un programme « qui fonctionne »?

      Première possibilité : il est sans bug, il ne « plante » pas. Sur ce point je pense que les capacités de l’IA sont à prendre très au sérieux, non seulement de par ce que je constate dans les faits, mais plus généralement parce que l’IA est intrinsèquement fondée sur des mécanismes d’optimisation/apprentissage par essai-erreur, mécanismes sur lesquels, pour un objectif donné et mesurable (point essentiel sur lequel il y a 10 pages à écrire), elle itère pour corriger ses résultats. Les programmes au sens strict « prouvablement-sans-bug » existent mais dans des catégories de langages de programmation extrêmement spécifiques et rares (beaucoup plus difficiles, moins expressifs, etc…), qui existent depuis bien avant les LLM. Néanmoins il me paraît certain que les IA auront une capacité à coder « avec le moins de bug possible » supérieure à un excellent développeur.

      Seconde possibilité : le programme certes ne plante pas, mais ne donne pas les résultats attendus. C’est un tout autre problème que celui des « bugs ». Or là, c’est un tout autre monde qui s’ouvre : celui de la « validation ». Le problème numéro 1 des codes générés par IA est bien plus celui des « erreurs silencieuses », c’est-à-dire de programmes qui exécutent des instructions non-souhaitées par l’utilisateur qui en faussent le comportement par rapport à ce que le programmeur avait en tête : ces « erreurs », qui sont parfois difficiles à détecter, ne viennent souvent pas (mais ça peut) d’une IA qui zappe des demandes explicites du programmeur, mais au contraire d’une IA qui « interprète » la demande du programmeur (puisque son prompt contient nécessairement de l’implicite, sans quoi le prompt serait le programme; cf. plus haut).

      Tout cela relève donc du champ la « validation » (ou du « test », même si les deux notions ne sont pas équivalentes, la première étant plus large que la deuxième). Il est souvent avancé que l’IA peut générer elle-même ses propres tests (ce qui est vrai), mais on arrive rapidement, surtout pour des programmes complexes, à un raisonnement circulaire : si l’IA écrit ses propres tests, qui garantit que ces tests…testent les bonnes choses? Si on laisse faire l’IA, la réponse est…l’IA. C’est-à-dire que les tests correspondront à sa propre perception des fonctionnalités à remplir (car dans l’immense majeure partie des programmes non-triviaux, « tout » tester n’a même pas de sens mathématiquement, en dehors même de toute question de coût calcul matériel). Perception signifiant ici : sa propre explicitation de l’implicite contenu dans la demande humaine (ou de la demande d’une autre IA qui en définitive part toujours à un moment où un autre d’une demande humaine).

      Tout cela pour dire qu’une application « fonctionnelle » prête en une heure, « sans aucune correction nécessaire » comme il le précise même, ça n’est vrai que pour des applications particulièrement simples (même si ce « simple » peut inclure des sites web pas trop hardcore, etc…)
      .
      Cela permet d’enchaîner avec une autre affirmation, qui concerne la contribution de GPT-5.3-Codex à sa propre création : « Relisez cette phrase : l’IA a contribué à sa propre création […] Chaque génération contribue à la construction de la suivante, qui est plus intelligente et qui construit la suivante plus rapidement — qui est encore plus intelligente. Les chercheurs appellent cela une explosion de l’intelligence« .

      De ce que j’intuite, il me paraît en effet tout à fait possible, pour ce qui est de la programmation, qu’une IA puisse s’auto-améliorer ainsi, avec à la clé des résultats impressionnants. Mais il y a dans la phrase de Shumer un net glissement lorsqu’il parle d’explosion de l’intelligence, de par l’ambivalence même de ce dernier terme. C’est là qu’il faut repartir sur la première distinction faite en haut : 1/ l’IA pour le codage vs 2/ l’IA en général.

      1/ Une IA qui génère du code est en quelle que sorte un génial logiciel interpréteur-traducteur :

      — d’abord un humain donne un objectif, une intention (en langage naturel)

      — ensuite le modèle déplie l’implicite (si besoin avec l’aide de l’humain en lui posant des questions, fonctionnalité qui existe déjà)

      — puis traduit cela en une suite d’instructions explicites dans un langage de programmation, ce qui constitue le programme (qui est ensuite est traduit lui aussi en « langage machine » mais par un compilateur, lequel n’est pas une « IA » mais un programme « classique » hyper compliqué).

      Tout cela montre qu’il y a dans l’IA pour le codage une bien plus grande part d’explicite/d’explicitation que dans l’IA prise dans toute sa généralité, pour des tâches quelconques. L’essentiel de la complexité en matière de codage repose sur une capacité à maîtriser des systèmes formels très bien définis que sont les langages de programmation (il arrive même que des langages de programmation soient directement des systèmes formels mathématiques), le tout pour répondre à un objectif donné et mesurable. Il s’agit donc de tâches dans lesquelles la part en réalité purement formelle et calculatoire (analytique), quelle que soit sa merveilleuse complexité, est prépondérante. On peut donc tout à fait imaginer une « explosion de l’intelligence » en la matière puisque la part non-strictement « intelligente » (calculatoire) et explicite y est conséquente .

      2/ Mais qu’en est-il de l’IA hors du code? L’IA qui se base sur des bouquins/sur internet/des textes de loi, pour répondre à des questions repose, de façon bien plus critique que ne le fait une IA de programmation, sur ses données d’entraînement et sur l’implicite qu’elles contiennent, sur leur sens (qui est non-analytique au sens logique du terme, non-calculatoire). Or que disent justement tout un tas de « chercheurs » sur ce type-là de « big data »? Tout au contraire de ce qu’écrit Shumer, beaucoup disent qu’il y a risque de « merdification » (« enshittification ») si l’IA commence à s’auto-alimenter de ses propres interprétations des données d’entraînement. En fait, le volume de ces données étant croissant, et les données étant elles-mêmes étant fort merdifiées/biaisées pour tout un tas de raisons, il n’y a même pas besoin que l’IA « contribue à sa propre création » pour se merdifier ou se biaiser — ceci étant contrôlé par divers filtrages de la part des éditeurs de ces IA, qui ont évidemment leurs « biais » (et/ou leur « orientation »), contrôles dont on sait qu’ils sont nécessaires ne serait-ce que pour que le LLM ne devienne pas néonazi au bout de 10min. Je passe aussi sur la difficulté de prendre en compte les corpus « en train de se faire », comme ceux de la recherche (qui par définition sont en partie contradictoires entre eux).
      .
      .
      Évidemment tout ceci ne traite même pas des aspects matériels au sens « énergétique », ce dont le texte se contrefout, tout autant que des dialectiques politiques qui peuvent en découler. Il y a derrière ce texte une intention évidente de viralité, ce qui se confirme facilement en regardant la page d’accueil du site du bonhomme. Je passe sur la politique implicite du texte, en fait très explicite.

      Au moins Lordon m’a offert la possibilité de décortiquer partiellement un texte de ce genre. On montre ainsi un petit échantillon de raisons pour lesquelles trop baser une analyse politique sur les dires de telles personnes peut s’avérer hasardeux — Lordon est beaucoup plus fin que ça, mais relaye malgré tout le texte. Toute la difficulté étant qu’il ne faut pas non plus sous-estimer complètement ce qui se passe.

      • #140595 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci pour cette analyse dont l’articulation délicate et fonctionnelle me plaît
        « Or que disent justement tout un tas de « chercheurs » sur ce type-là de « big data »? Tout au contraire de ce qu’écrit Shumer, beaucoup disent qu’il y a risque de « merdification » (« enshittification ») si l’IA commence à s’auto-alimenter de ses propres interprétations des données d’entraînement »
        Je retiens en particulier ce point qui me paraît important

        • #140609 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Oui, c’est important.

          Je corrige légèrement mon texte sur un point : les réseaux à eux seuls + grandes quantités de données ne sont pas tout à fait « cons comme des bites » — mon emportement polémiste n’est pas indu mais il faut vraiment préciser. Les réseaux « très basiques » le sont en effet, mais ceux qui sont à la base de l’explosion des LLM ne sont pas si « simples », ils ont déjà une architecture bien travaillée (mais qui est très générique et non immédiatement liée au problème concret à résoudre, c’est le point clé). Cette architecture est déjà nourrie d’une sorte d’a priori (sur un mode assez kantien, en moins universel/figé/absolutisé) quant à la manière dont l’humain appréhende et perçoit ce qui lui est donné (une théorie de la connaissance, en somme, plus empirique que pour les paradigmes plus « logiques » des IA précédentes). Un tel réseau est déjà capable de détecter des « structures » dans des données lorsqu’il est abreuvé de beaucoup d’exemples. Pour illustrer : la « forme » d’un stylo est un invariant (complexe), quand bien même il existe des millions de stylos différents visibles sous une infinité d’angles différents. Cette forme est détectée techniquement par des variations de contraste sur l’image, au même titre que l’œil humain le fait. La même chose est vraie pour la structuration implicite du langage, sauf qu’il s’agit d’autres sortes de « contrastes » dans d’autres types d’espaces plus abstraits. Il y a donc bien des propriétés structurelles qui émergent des données rien qu’avec cela.

          Mais ceci, à soi seul, ne suffit pas à obtenir un modèle utilisable par tout un chacun ou par un développeur pour coder. Pour le codage, il y a toute une ingénierie supplémentaire qui ajoute de nombreuses couches d’a priori afin de fiabiliser le modèle. C’est en fait aussi vrai en dehors du codage, mais la différence est que le codage en tant que tel étant un procédé très formel et neutre, procédural, aveugle au sens de l’objectif du programme, on peut réellement parler de « fiabilité » : il y a là des performances mesurables et objectives, quasi purement techniques, décidables (« ça plante » vs « ça ne plante pas », « ça donne X » vs « ça donne Y »…). Dès que l’on sort du strict codage, la notion de « fiabilité » est bien sûr beaucoup plus discutable, puisque la pertinence de l’objectif visé, le jugement que l’on a sur cette pertinence, entre en compte : exemple, Bruno Le Maire appellerait « fiable » un modèle qui lui permet de baisser les dépenses publiques, LVMH jugera « fiable » un modèle qui lui permet d’écarter la gauche du pouvoir, etc… Mais au fond, il n’y a pas de spécificité de l’IA sur ce point politique par rapport à d’autres types de techniques/technologie/théories.

      • #140614 Répondre
        Ourson
        Invité

        Merci pour le texte
        Quand tu dis qu’il y a un « risque » de merdification des données : on n’y est pas un peu déjà ? Je pense notamment à la génération d’images et de vidéos : il y a quelques mois on parlait déjà de « consanguinité » des données de ChatGPT, qui recrachait des images de plus en plus jaunes et de plus en plus « Miyazakesque » parce que l’aspect « chaleureux » et « Miyazaki » des premières images était considéré comme positif par le modèle, et que d’entraînement en entraînement ce trait « chaleureux » s’est décuplé pour devenir jaune pisse au fur et à mesure des générations

        • #140619 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Oui tout à fait, mais d’une certaine manière ça relève encore des biais habituels et des effets de moyennage sur ce genre d’applications, qui en effet sont massifs. J’entendais « merdification » dans un sens plus fort, qui est l’effondrement de la capacité des modèles à fournir des résultats jugés un minimum fiables du fait d’une submersion par de mauvaises données. D’une certaine manière la notion de « fiabilité » pour des applications créatives/artistiques est plus dure/impossible à définir.

      • #140622 Répondre
        Alexandre
        Invité

         » les réseaux de neurones, à eux-seuls et abreuvés de sommes de données, sont cons comme des bites. »
        Ahhh, enfin une phrase que j’ai comprise du premier coup!

        • #140640 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Rire (question phallique cependant nuancée dans mon post #140609)

      • #140636 Répondre
        toni Erdmann
        Invité

        À toi de me dire IGY, mais j’ai l’impression que tout ce que tu dis ne remet pas en cause les raisons premières pour laquelle Lordon utilise ce texte.
        À savoir, pour affirmer que :
        1 – Les progrès de l’IA sont très rapides
        2 – L’IA menace des emplois à foison, en particulier des emplois diplômés
        3- Même un monsieur assez calé dans son domaine se sent dépassé par l’IA

        • #140645 Répondre
          Ourson
          Invité

          J’ai pas le quart des connaissances de I.G.Y, mais je tente une réponse :
          –
          1- Les progrès ne sont plus si rapides que ça. J’ai vu deux trois gourous du secteur – dont Yann le Cun – affirmer que le paradigme actuel (LLM) ne nous amènerait pas beaucoup plus loin. Le passage de ChatGPT 3 à ChatGPT 4 par exemple c’était un bon de folie, là où le passage de 4 à 5 à globalement été une déception. En plus de ça c’est toujours pas rentable donc les investisseurs vont commencer à lever le pied.
          –
          2- Certains rapports que j’ai vus montrent que c’est pas tellement l’IA qui menace les emplois mais… Le capitalisme, pour le dire simplement. Les entreprises ont du mal à s’en servir et à remplacer plus de 5% de leurs tâches. De ce que j’ai compris, c’est plutôt le secteur financier qui « paralyse » les offres d’emploi en ce moment, mais ça pourrait repartir des plus belles, avec des entreprises qui commencent à réembaucher après une transition ratée.
          –
          3- Le fait que les gens soient dépassés, c’est justement une des raisons qui fait que l’IA a du mal à être utilisé massivement dans les entreprises (selon moi). On se retrouve avec tout un tas d’employés qui sont largués et débordés alors que c’était censé réduire la charge, l’effet Wahou commence à se tasser pour tout le monde, ce qui soutient mes réponses 1. et 2.

          • #140650 Répondre
            toni Erdmann
            Invité

            1. Tout ça est assez spéculatif. Pour l’instant la norme est que chaque nouveau modèle fait un bond par rapport au précédent. Open AI a eu quelques couacs, mais le reste des modèles explosent les benchmarks et Claude vient tout juste de sortir une nouvelle fonctionnalité qui fait déjà beaucoup parler sur les réseaux.
            2. Je comprends pas trop ton point. Le capitalisme a tout intérêt à remplacer sa main d’oeuvre rapidement.
            3. « L’effet wahou commence a se tasser pour tout le monde ».
            Permets moi d’en douter mais je vois fréquemment des gens découvrir les fonctionnalités de Claude sur Excel, Power Point ou autre et être complétement stupéfait des gains de temps potentiel. À mon taff, tout le monde se convertit assez rapidement alors que tout le monde n’est pas nécessairement à l’aise avec les nouveautés technologiques. Mais les outils sont de plus en plus intuitifs et n’ont pas beaucoup de barrières à l’entrée.

            • #140671 Répondre
              Ourson
              Invité

              Attention j’ai pas dit que ça progressait plus, mais que la « vitesse de progression » n’est plus la même qu’avant. On est passé de « très grands bonds » à de « petits bonds ».
              –
              Ce que je voulais dire c’est pas tellement que le capitalisme est « contre » l’utilisation de l’IA, mais que si autant de gens galèrent à trouver un boulot en ce moment c’est pour d’autres raisons que l’IA : peu d’investissement, peu d’innovation car perçu comme pas assez rentable, formations qui produisent du diplômé à la pelle, pratiques douteuses des RH et recrutement basé sur des critères douteux, etc. J’ai mis tout ça dans le sac du « capitalisme » mais c’était une erreur, j’aurais du être plus précis d’emblée
              –
              Ok pour l’adoption du grand public, j’avoue qu’à ce niveau-là je vois mal ce qui se passe. Mais je suis à peu près sûr que « l’effet wahou » commence à diminuer chez les investisseurs et les « décideurs » pour le coup
              –
              –
              Et pour revenir à ton premier message : même si les progrès étaient si rapides que ça et que l’IA venait effectivement à remplacer une quantité phénoménale de tâches, je ne suis pas sûr que ça mette tant en danger que ça les « métiers diplômés ».
              Ça permettra simplement de faire plus de trucs à temps de travail égal. Si par exemple l’IA permet aux développeurs du futur de coder un équivalent de Photoshop en dix fois moins de temps : ça pourrait certes foutre 9 dev de Photoshop sur 10 au chômage, mais ça pourrait surtout permettre à ces 9 dev de coder dix fois plus d’alternatives moins chères, pour dix fois plus de monde.
              –
              À l’époque où l’on communiquait par télégraphes, l’arrivée des communications radio et de l’électronique n’a pas mis tous les spécialistes du secteur au chômage : ils ont simplement exploré des besoins inatteignables jusqu’alors – comme par exemple parler à un pote à l’autre bout du pays – et ont mis au point la téléphonie, ce qui a permis de maintenir les gens au travail alors que personne ne pensait avoir besoin de téléphone en 1801.

              • #140672 Répondre
                Ourson
                Invité

                J’ai établi un seuil personnel pour me dire si ça vaut la peine ou pas de s’inquiéter :
                « Est-ce que l’IA peut permettre à n’importe qui de recoder GTA 6 en moins de deux semaines »
                –
                Tant que la réponse est l’une des suivantes :
                « Personne n’est capable de recoder GTA 6 en moins de deux semaines »
                « Seul quelqu’un avec les compétences adéquates est capable de recoder GTA 6 en moins de deux semaines »
                –
                Alors je ne m’inquiète pas pour l’avenir des travailleurs, parce que ça signifie dire qu’il y aura toujours besoin de métiers et de compétences pour rendre des services numériques à la société, et que ces services seront de plus en plus démocratisés. Quand je dis « services numériques » je parle pas du site web du coin hein, je parle de logiciels à même d’améliorer la vie des gens et du collectif.
                –
                Si un jour la réponse à cette question devient « oui », mon souci sera plutôt de savoir comment on organise la transition vers un monde où les gens en foutent le moins possible collectivement, et quels traitements de maladies incurables on fait inventer en premier aux machines

        • #140647 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          1 : c’est indiscutable. Avec un bémol : toujours faire attention aux experts des annonces en « exponentielles ». Ces analyses sont souvent très immatérialistes.
          .
          2 : je ne discute en effet pas ce point dans mon post car il était en quelle que sorte une pré-intro à cette question, sur laquelle je me garderais bien de me prononcer sûrement. Je crois que les choses ne sont pas si claires, et que cette histoire de « bloc bourgeois dispensable » va devoir être affinée. D’abord sur la question des emplois menacés à foison : bon nombre sont menacés, mais il est très probable que ça soit nettement moins que ce que disent les experts en apocalypse. Ça n’enlève rien aux tragédies vécues « localement » par chaque individu qui voit son boulot chamboulé intégralement ou supprimé, mais puisqu’on parle « global », Juan Sebastian Carbonell rappelait sur Hors-Série que des projections très médiatisées de ce genre faites ces dernières années ont déjà été totalement invalidées (leur horizon temporel de prédiction étant déjà atteint, la plantade est actée). Il rappelait aussi que des projections de ce genre avaient déjà été faites pour des changements technologiques massifs antérieurs, avec le même genre de résultats.

          La question de savoir si ce sont « en particulier » les emplois diplômés qui seront visés n’est pas si évidente. Un certain nombre de personnes disent que c’est parmi les « diplômés intermédiaires » qu’il y aura (qu’il y a parfois déjà) le plus fort impact et que c’est très variable selon les types de tâches, ce qui n’est pas si bête. Par ailleurs, comme dans tout changement technologique, ce qui se joue aussi est une sorte de « redistribution des cartes » : il y aura des « nouveaux entrants/montants » qui auront surfé sur la vague, pas juste des « sortants ».

          Tout cela change singulièrement la tête du « bloc bourgeois dispensable ». Expérience de pensée pas totalement hors-sol : supposons que globalement les gens très bien diplômés/qualifiés s’en sortiront toujours avec les nouvelles technologies (soit parce que leur métier est centré dessus, ce qui n’est par exemple pas mon cas, soit parce qu’ils sauront composer avec et que leur expérience n’est pas du tout si remplaçable que cela en pratique, y compris s’il s’agit d’utiliser ces modèles dans leur métier). Supposons aussi, ce qui semble faire plutôt consensus, que pas mal de métiers moins diplômés mais plus manuels (ou de « contact »), voire pas diplômés, soient peu directement impactés. Supposons donc que le « bloc dispensable » finisse par se retrouver dans une sorte de classe moyenne / moyenne sup’, incluant à la fois des jeunes et des vieux : on a alors tout sauf une sorte de « bloc des 99% » qui enfin renverserait le capital, mais une sociologie parfaite du fascisme. A prendre avec des pincettes mais à prendre.

          Il y a aussi un élément qui est souvent oublié dans les analyses (alors même qu’on a du recul temporel sur par exemple la vague de l’informatisation, notamment dans l’industrie), c’est que toute nouvelle technologie apporte son lot de révision profonde des processus, des procédés, des méthodes, etc… ce qui génère une quantité folle de travail. Il a fallu beaucoup de travail pour automatiser des processus, et toute nouveauté un peu substantielle demande des modifications, des ré-automatisations et ainsi de suite (disons une machine à IRM : si tu changes le type d’aimant, si tu découvres une nouvelle organisation géométrique de l’appareil qui permet de mieux visualiser les tumeurs, peu importe). Ça se poursuit sans cesse car les conditions extérieures changent, alors que les premières vagues d’automatisation on débuté il y a des dizaines d’années. L’IA s’inscrit d’ores et déjà là dedans. Si l’on suppose que l’IA va contribuer à la recherche (ce qu’elle fait déjà et fera nécessairement, puisque c’est un outil de plus), alors de nouveaux procédés vont arriver dans divers métiers, procédés qu’il faudra mettre en place, valider, modifier, et ainsi de suite. Tout ça par des personnes qui seront déjà celles, de Bac+3 à Bac+8, qui font déjà des choses de ce genre actuellement.
          .
          3/ Ça n’est pas si vrai. Même un monsieur calé dans son domaine peut être impressionné par l’IA, dépassé sur tout un tas de tâches prises isolément et qui composent son métier, mais pas dépassé « globalement » par l’IA, c’est à dire dispensable. L’IA ne se pose pas à elle-même les bons problèmes. Elle se pose à elle-même des bons sous-problèmes et sous-sous-porblèmes de problèmes posés par un humain plongé dans le réel. Or la capacité à poser de bons problèmes en situation (et d’avoir un regard critique sur les solutions proposées) restera quelque chose d’irremplaçable, car imaginer cette capacité comme remplaçable serait supposer une IA intégralement autonome, sans fonction objectif donnée de l’extérieur par l’homme à un moment donné, ce qui est assez absurde ne serait-ce qu’intuitivement (et je passe sur les évidentes questions énergétiques/matérielles) en plus d’une impossibilité mathématique radicale — et l’objection qui consiste à dire qu’une IA pourrait être dotée de capteurs pour « sentir » le réel directement sans l’homme n’en est pas une et ne fait que repousser le problème de principe. Bref, il ne faut pas perdre trop de temps non plus avec ces hypothèses qui sont absurdes en pratique (et en partie en théorie), même si elles sont intéressantes pour penser profondément le sujet.
          .
          A ce propos, Daniel Andler définit le propre de l’intelligence comme la capacité à gérer des « situations », plus que des problèmes déjà définis — et pourtant Dieu sait la somme d’intelligence, au sens où on l’entend, qu’il faut pour résoudre tout un tas de problèmes même une fois qu’ils ont été bien définis. Cette distinction m’a toujours paru intéressante, difficile et intéressante, mais je n’ai pas lu son bouquin.

          • #140648 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            *Dans « soit parce que leur métier est centré dessus », le « dessus » est en particulier à lire au sens de « sur l’IA », sur la « nouvelle technologie actuelle », en gros

            • #140653 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              « Supposons donc que le « bloc dispensable » finisse par se retrouver dans une sorte de classe moyenne / moyenne sup’, incluant à la fois des jeunes et des vieux : on a alors tout sauf une sorte de « bloc des 99% » qui enfin renverserait le capital, mais une sociologie parfaite du fascisme. A prendre avec des pincettes mais à prendre. »
              C’est sain de l’envisager

          • #140667 Répondre
            toni Erdmann
            Invité

            Sur la lenteur de l’adoption des nouvelles technologies et de l’implantation des nouvelles méthodes, j’entends l’argument, mais j’ai quelques questions :
            L’IA ne présente-t-elle pas une différence intrinsèque avec les technologies qui l’ont précédée, précisément du point de vue de son ergonomie ? Le propre du LLM est qu’on peut converser avec lui pour qu’il nous guide lui-même dans son utilisation, qu’il comprend le langage profane et peut résoudre techniquement des problèmes posés en des termes non techniques.
            –
            Sur la relégation sociale des surdiplômés, je pense en réalité l’inverse : une masse considérable de diplômés voyant leurs perspectives décliner aurait plutôt tendance, selon moi, à bénéficier à la gauche. C’est peut-être même ce qui explique la surreprésentation du vote diplômé chez LFI, chez Mamdani ou chez Bernie Sanders : des gens vivant dans des grandes métropoles, qui s’attendaient à ce qu’un bac+5 leur ouvre des portes, et qui déchantent. (Cette impression est peut-être biaisée par le milieu dans lequel j’évolue qui est peuplé de gens de ce genre.)
            Sur ce sujet, je te recommande Turchin, dont j’avais déjà parlé à propos du papier de Lordon. Sa thèse est de dire que les révolutions sont généralement menées par des contre-élites : des individus qui se destinaient aux postes de pouvoir et de prestige, mais qui, faute d’y avoir accès en raison d’une surproduction d’élites, se retournent contre l’ordre établi.
            Enfin, sur mon 3ème point, je voulais dire que le fait qu’un mec comme Matt Shumer, qui travaille au coeur de cette industrie, soit lui-même surpris des résultats, constitue une forme de dépassement. Et je crois comprendre que ceux qui travaillent avec l’IA ne sont jamais vraiment sûrs de comment elle fonctionne vraiment. Qu’il y a toujours une sorte d’inconnue au fond de l’IA.

            • #140670 Répondre
              Rigolus
              Invité

              Je m’intéresse à Turchin en ce moment. En effet, la contre-élite ne cherche pas d’abord à faire la révolution : elle cherche à prendre la place. Exemple : Nicolas Framont, qui a fait des études de sociologie sans avoir sa part du gâteau, et qui va créer un journal contestataire. Mais il semble assez improbable que cette contre-élite, une fois au pouvoir, change le système. La masse peut souffrir pendant des décennies sans révolution, car elle n’a ni le langage ni la stratégie. C’est la contre-élite qui apporte l’organisation nécessaire pour prendre le pouvoir. Mais, au final, on remplacera une élite par une autre.

            • #140692 Répondre
              netflou
              Invité

              Je serai tenté de mettre cet article de Lordon avec son dernier en date. L’I.A. comme accélérateur de crise économique : la faillites massives d’entreprises façonnant du logiciel et les faillites massives des étudiants endettés, empêchés d’entré sur le marché de l’emploie, provoqueront en cascade d’autres faillites monumentales.
              L’I.A. devient un des opérateurs de la grande crise qui viendra enfin mettre en branle l’histoire, compensant la mollesse des agents historiques peu enclins à la révolte. Comme avec « la classe bourgeoise dispensable », l’IA devient dans ces deux textes un véhicule paradoxal d’espoir militant, et cette fois, faudra pas se chier dans les doigts comme en 2008- motif récurrent chez Lordon.
              .
              Si l’on se tient plus à ras du sol, on observe, et c’est savoureux, que l’IA commence à mettre en crise les stratégies scolaires de reproduction de la petite bourgeoisie intellectuelle. Un beau-frère se saignant pour payer une scolarité dans un collège privé à une nièce se rend compte que les modules de codage intensif, pourtant produit d’appel de cet établissement haut de gamme, n’auront apporté aucune plus-value. Ce sont des années d’un master Game Art à 6 000 boules l’année qui partent en fumée. Ce sont des filles de profs, refusant d’utiliser l’IA par éthique, déclassées par des camarades de moins bonne extraction mais assistées par Notebook LM. Un vertige poind : pourront-ils faire bénéficier à leur progéniture du courant ascendant qui les a menés jusqu’ici ?

              • #140711 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                « Si l’on se tient plus à ras du sol, on observe, et c’est savoureux, que l’IA commence à mettre en crise les stratégies scolaires de reproduction de la petite bourgeoisie intellectuelle. Un beau-frère se saignant pour payer une scolarité dans un collège privé à une nièce se rend compte que les modules de codage intensif, pourtant produit d’appel de cet établissement haut de gamme, n’auront apporté aucune plus-value. Ce sont des années d’un master Game Art à 6 000 boules l’année qui partent en fumée. Ce sont des filles de profs, refusant d’utiliser l’IA par éthique, déclassées par des camarades de moins bonne extraction mais assistées par Notebook LM. Un vertige poind : pourront-ils faire bénéficier à leur progéniture du courant ascendant qui les a menés jusqu’ici ? »
                Passionnant

              • #140729 Répondre
                Rigolus
                Invité

                Je vais essayer de débroussailler le terrain ou peut être obscucir je ne sais pas on verra bien. À gauche aussi, il y a l’élite et la contre-élite. Lordon fait partie de l’élite, tout simplement parce qu’il occupe une place officielle, payée par le contribuable, et joue un peu le rôle d’un Lorenzo Lamas intellectuel pour une fraction du public cultivé. Je doute que le capital tremble face à son spinozisme, pas plus que devant sa manière de tout reconfigurer dans le langage du désir, de l’affect et des passions. De la même manière, un farfelu comme Lagasnerie peut faire figure de caution rebelle parfaitement absorbable par le système. Édouard Louis, lui, incarne une autre fonction : celle du transclasse, qui finit malgré lui par cautionner l’idée de réussite individuelle.

                Le capital absorbe aussi bien la gauche radicale, précisément parce qu’elle est incapable de proposer des solutions opératoires — on vient encore de le voir — que des auteurs comme Piketty, qui formulent, eux, une critique réelle du capital, mais dont les solutions restent finalement assez convenues et permettent au système de perdurer. C’est d’ailleurs là tout le paradoxe : le plus grand livre critique sur le capitalisme de ces cinquante dernières années est largement boudé par une partie de la gauche radicale, précisément parce qu’il propose une issue réformiste, donc praticable, mais non révolutionnaire.

                Vient ensuite la contre-élite. J’ai déjà parlé de Nicolas Framont : il incarne assez bien une fraction issue d’une bourgeoisie déclassée, qui n’a pas réussi à recycler son diplôme bullshit dans une institution officielle. Mais c’est aussi le cas, à d’autres niveaux, de salariés bac +5 chez Ubisoft, payés au lance-pierre, ou, plus largement, d’une part considérable des étudiants en fac. Tout le monde le voit : le capital n’est plus capable d’absorber toutes ses filières de sciences humaines, ni même de réduire sérieusement leur production. Cela fera monter inexorablement une contestation qui, dans le meilleur des cas, ne produira, en cas de rupture, qu’un remplacement d’appareil par un autre.

                L’IA est un accélérateur, mais elle n’est pas le déclencheur de ce processus. D’un côté, les intellectuels et les artistes sont en danger. On voit donc bien que, pour beaucoup, le progressisme et l’émancipation collective sont secondaires, voire relèvent davantage de la posture que de la conviction. En effet, comme l’écrasante majorité des intellectuels dominait par la forme le langage, le style, les codes elle ne supporte pas que l’IA puisse mettre à nu son imposture et la classer parmi les inutiles.

                Il y aura bien une perte d’autorité chez les intellectuels, mais ce ne sera pas suffisant pour faire tomber le système. C’est le même phénomène pour la justice, ou même pour la police : leur autorité se dégrade, et pourtant l’ensemble tient encore. L’autre goulot d’étranglement, c’est la jeunesse immigrée que le capital n’absorbe pas. Le problème, c’est que la contre-classe a besoin de ce prolétariat, et inversement, mais que les deux ne se rencontreront jamais politiquement pour des raisons culturelles. Ils ne pourront donc pas faire cause commune en vue d’un renversement de régime. Il n’y aura donc probablement pas de révolution. Et même si, par miracle, elle devait avoir lieu, elle se traduirait surtout par un changement de caste, et par rien d’autre. L’émancipation par Internet n’a pas eu lieu. L’homme a besoin d’autorité et qu’on lui dise quoi chercher. Sur ce forum même, des philosophes et des intellectuels sont cités davantage comme figures d’autorité que pour la force réelle de leurs réflexions. C’est d’ailleurs la bonne nouvelle pour les intellectuels : ils ne seront jamais totalement remplacés par l’IA. L’homme a besoin d’un humain pour ventriloquer la machine. Il ne peut pas admettre que l’IA soit plus intéressante, plus humaine en apparence, que l’humain lui-même. Et puis le capital comme n’importe qu’elle système en réalité a besoin d’une caution morale pour perdurer. Il lui faut une marionnette de chair et en prompt, pour continuer à se légitimer.

              • #140743 Répondre
                Ourson
                Invité

                J’aimerais tant que cette analyse soit la bonne, mais je pense sincèrement que vous surestimez une fois de plus l’impact sociétal de l’IA.
                –
                Le fils de bourge qui paie son école d’art ou de programmation 6000€ l’année, au bout du bout il a pas payé pour devenir un « bon graphiste » ou un « bon codeur ».
                Il a payé pour une espèce de label sur son CV qui fait que le recruteur le regardera lui et pas un autre. Parfois ce « label » est un vrai gage de compétence, parce que certaines écoles t’apprennent à apprendre et pas juste à exécuter, d’autres fois c’est juste un ticket pour accéder à un certain réseau. Dans les deux cas ça te rend plus ou moins imperméable à l’automatisation des tâches.
                –
                D’ailleurs on n’a pas attendu l’IA pour rendre les longues études obsolètes sur le papier : ça va faire dix ans que n’importe qui peut surpasser un jeune bac+5 dans son propre domaine, en suivant des tutos le soir chez lui pendant un an.
                Ça va faire dix ans que tout un tas de trucs sont censés permettre de se passer du travail des diplômés : des banques d’images pour remplacer les photographes, des modèles Canva pour remplacer les graphistes, des templates et outils « no-code » pour créer un site en trois clics, etc.
                Encore dix ans avant la menace venait d’Orient : les ingénieurs occidentaux étaient censés être remplacés massivement par des petites mains à Mumbai.
                Au final tout ça a touché une couille de la petite bourgeoisie diplômée sans faire bouger l’autre : les besoins se sont déplacés, et cette bourgeoisie s’est renouvelée, les RH continuent de recruter les mêmes profils, pas grand chose n’a changé.
                –
                Surtout en France où les diplômés les plus prestigieux ne mettent pas tant à profit que ça leurs connaissances : ils managent, ils font des powerpoint, ils réseautent… Mais ils n’ont pas touché à une ligne de code depuis 2012 pour la plupart.
                –
                Mais admettons. Si on regarde la tendance actuelle :
                1) La majorité des entreprises n’arrive pas à faire quoi que ce soit avec l’IA
                2) Les quelques entreprises qui utilisent effectivement l’IA ne mettent pas massivement leurs salariés à la porte : elles leur en demandent toujours plus. Les développeurs dans ce genre d’entreprise n’ont jamais été aussi débordés qu’en ce moment, hélas
                Il y a quelques mois sur ce forum, j’étais le premier à dire que grâce à l’IA on pouvait espérer ne rien foutre dans un future proche. Un type m’a contredit en prenant l’exemple d’un hôpital qui avait réussi à réduire le temps de transport moyen de ses patients : est-ce que les brancardiers se sont fait virer ou ont eu plus de temps de repos ? Non : ils avaient simplement plus de patients à transporter à temps égal. L’actualité lui donne raison

                • #140747 Répondre
                  netflou
                  Invité

                  Attention, mon post ne visait pas à analyser « l’impact sociétal de l’IA ». Pour cela, il y a les éditorialistes des Échos ou, l’équivalent en ces lieux, Rigolus pendant sa digestion. À fleur d’entourage, je restitue le tremblement des papas et des mamans de la petite bourgeoisie intellectuelle dans les stratégies scolaires à mettre en place pour maintenir leur progéniture dans un courant ascendant. Ils perçoivent une menace.

                  • #140773 Répondre
                    Rigolus
                    Invité

                    Très cher Netflou, je n’ai pas répondu directement à ton texte ; je n’ai fait qu’approfondir la réflexion sur le sujet. Mais puisque tu ne peux pas t’empêcher de la ramener, je me permets de te répondre directement.

                    J’ai déjà expliqué que convoquer des noms connus n’a aucun intérêt, sinon celui de masquer la platitude de ses propres réflexions. On n’a pas attendu Paul Valéry pour savoir que les civilisations sont mortelles. On n’a pas attendu Lordon pour savoir que l’IA pouvait agir comme un accélérateur de crise. Tu mobilises des figures d’autorité pour énoncer des banalités, puis tu donnes à ces banalités un air de profondeur.

                    Ensuite, tu expliques que tu « restitues le tremblement des papas et des mamans de la petite bourgeoisie ». Très bien. Mais tout cela est précisément tout sauf une analyse matérialiste. Décrire une angoisse, ce n’est pas analyser un mécanisme. Tu restes au niveau du symptôme, du ressenti, de la scène sociale, sans jamais remonter à la structure.

                    Pour commencer, l’IA ne touche pas directement la bourgeoisie au cœur de sa reproduction, tout simplement parce que le diplôme, dans ces milieux, ne sert pas seulement à acquérir des compétences : il sert surtout à construire un réseau, à obtenir un label, à entrer dans les bons circuits. Le meilleur exemple, c’est Sciences Po : le niveau y est souvent médiocre, et pourtant le diplôme conserve une forte valeur sur le marché, précisément parce que sa fonction première est la socialisation, la cooptation et l’intégration dans les bonnes filières.

                    La secrétaire, le comptable, le programmeur informatique ou le salarié du jeu vidéo ne sont pas la bourgeoisie et pourtant les prochaines victimes de l’IA. Et si, pour toi, la bourgeoisie commence aux enfants de professeurs, il y a un double problème : c’est faux d’un point de vue marxiste, et c’est faux aussi d’un point de vue statistique plus banal. Tu mélanges bourgeoisie, petite bourgeoisie diplômée, classes moyennes culturelles et salariés qualifiés, puis tu appelles ça du matérialisme. Ce n’en est pas.

                    Au fond, ton texte est un gloubi-boulga sociologique : un peu de Lordon, un peu d’angoisse parentale, un peu de déclassement scolaire, un peu d’IA, et aucune articulation sérieuse entre les niveaux. Tu veux donner l’impression d’une analyse de classe, mais tu restes dans l’anecdote, le frisson d’entourage et le commentaire de surface. Je pourrais être éditorialistes aux échos mais toi qu’elle journal pourrait être intéressé par ce que tu racontes ? Donne le moi.

                • #140764 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  Ourson :

                  Attention bis. Il y a au sein même de ton post des aspects contradictoires qui permettent de saisir pourquoi tu en arrives à ta conclusion (« Au final tout ça a touché une couille de la petite bourgeoisie diplômée sans faire bouger l’autre »). Ça a des conséquences importantes sur l’analyse de la situation matérielle, donc ça vaut le coup de développer.
                  .
                  « Ça va faire dix ans que n’importe qui peut surpasser un jeune bac+5 dans son propre domaine, en suivant des tutos le soir chez lui pendant un an » : c’est très faux. D’abord une bonne part des formations Bac+5 (surtout les meilleures, et surtout si l’on parle de métiers techniques qui sont ceux qui nous occupent ici) sont précisément un gage de compétence technique, soit exactement ce que tu dis juste au-dessus (et on y apprend aussi « à apprendre »). Si tel n’était pas le cas, ça s’effondrerait (les surdiplômés politiciens ou purs managers ne sont pas un contre-exemple à ce que j’essaie de dire, puisqu’on ne parle pas des mêmes métiers du tout, et souvent pas des mêmes écoles non plus, ce qui n’est pas une mince précision). Aussi, on n’accède pas aux meilleures formations de ce genre en payant mais en passant un concours, qui est tout sauf un recrutement à la gueule : la maîtrise de la langue et des codes sociaux n’a presque aucun impact dans une copie de maths ou de physique; il peut en avoir à l’oral, mais pour saccager un oral techniquement brillant avec une mauvaise maîtrise des codes sociaux, il faut vraiment y aller. Un mec brillant et moyennement bourgeois peut réussir les oraux de Polytechnique en t-shirt de Metal, j’en ai vus de mes yeux; une telle chose est impensable à l’ENA.

                  Les formations les plus prestigieuses dans les métiers techniques sont publiques et non privées : les écoles les plus chères ne sont pas du tout les meilleures. Il faut nuancer par le fait que depuis 10 ans les frais de scolarité dans les écoles publiques commencent à exploser, mais même avec cette explosion Polytechnique est à 6000€ l’année (cela dit je pense que les frais dans le privé ont augmenté eux aussi, donc ma conclusion comparative doit rester vraie). Je passe sur les inégalités par rapport aux formations universitaires.
                  .
                  Tout ça peut commencer à éclairer pourquoi, alors même que tant de choses existeraient pour supposément remplacer les « diplômés », ils restent là et restent recrutés. Ça n’est pas du tout parce qu’ils ont juste trouvé de nouveaux moyens de pomper à la caisse comme des rentiers de situation, mais tout simplement parce que beaucoup d’entre eux savent faire des choses qui ne s’apprennent ni en un an ni en deux ans en faisant des tutos. Il ne faut pas croire que les deux propositions suivantes sont équivalentes : 1/ la petite bourgeoisie et la bourgeoisie sont surreprésentées parmi les diplômés, 2/ Les diplômés, en particulier bourgeois, ne savent rien faire que « n’importe qui » pourrait faire en s’y mettant. J’ai connu des gens qui croyaient ça et qui naturellement se sont mangé des bons murs dans la face quand le terrain a parlé.

                  Je précise que tout ça n’a en aucun cas pour but de réhabiliter la soi-disant « méritocratie ». La notion de mérite peut être évacuée. La notion de savoir-faire ne le sera jamais, car elle est beaucoup trop tangible. Ensuite, savoir-faire « pour quoi » est une autre question. On est tout à fait en droit d’estimer que les savoirs-faire « concevoir une turbine d’éolienne » ou « être administrateur réseau sur un site de 5000 personnes » sont nuisibles, ou devraient être posées comme inutiles, mais ça n’est pas la question ici.
                  .
                  Ce gros biais de perception, qui tend à dire que « les diplômes, en fait, c’est 95% de la blague de bourgeois », a je dirais trois causes principales :

                  1/ Les diplômés BAC+5 et autres les plus médiatiquement visibles sont des hommes politiques et des dirigeants de boîtes, qui pour beaucoup ont des carrières qui dépendent infiniment moins des aspects techniques dont on parle ici. Ces personnes disent les merdes qu’on sait à la télé, on en déduit facilement que diplôme=blague (et comment le reprocher, puisque je serais moi-même très tenté de le dire…).

                  2/ Il y a un mythe très américain (mais qui gagne de l’ampleur ici) qui explique que le diplôme, voire même les études, ne servent à rien, que c’est un pur truc de caste, et ah que nous qu’on brise les codes et qu’on nique le game. Diplômes/études seraient un pur « tampon » sur un CV, de valeur nulle si ce n’est faciale, qui se réduit à une simple carte de membre. Ce qui est très amusant et (en apparence) paradoxal, c’est que les promoteurs de ces histoires sont bien souvent des gens qui ont largement quitté la technique, voire même n’en ont jamais fait, sont des « entrepreneurs », et gèrent des entreprises dont le business repose à 90% sur le savoir faire de travailleurs Bac+N dont on parle — directement ou indirectement — et des ouvriers. Travailleurs Bac+N qui, les cons, ont fait des études, et des études qui leur permettent de faire concrètement le boulot que ces messieurs vendront à leurs actionnaires, d’écrire les papiers de recherche qui seront ensuite gentiment repris gratos par lesdites boîtes, puisque dispos dans le domaine public, etc… On rigole bien.

                  3/ Beaucoup de diplômés, et notamment de diplômés « de prestige », croient qu’être diplômé signifie être supérieur, être intelligent, et le font savoir. Ils alimentent donc un ressentiment massif. Ce ressentiment est très mérité puisqu’il sanctionne leur connerie profonde, car le diplôme traduit seulement le fait qu’ils sont bons à certaines choses, et certainement pas omniscients, « déjà arrivés ». Bons à quoi alors?

                  Quelle certitude peut-on avoirà propos par exemple d’un polytechnicien? Pour avoir côtoyé scientifiquement des futurs élèves de cette école (ou des futurs normaliens) pendant mes études, je peux certifier sur la tête de toute ma famille qu’on n’arrive pas dans ces écoles juste parce qu’on est bien né ou qu’on « présente bien », on y arrive parce qu’on est très fort (très fort en maths, en physique, parce qu’on a souvent une excellente mémoire, une grande capacité de raisonnement et de travail, qui n’ont rien à voir avec du simple bachotage). Le fait à un moment d’être « très fort » a aussi certaines conditions sociales de possibilité, mais ça n’est pas ici la question, on parle des faits finaux. Ceci n’empêche en revanche pas ces gens d’être possiblement cons comme des bites (et pour de vrai cette fois) sur tout un tas de choses par ailleurs. Il y a plein d’exemples. Aussi, je prends polytechnique parce que c’est un peu le sommet de la catégorie dont on parle (même si c’est également une école dont beaucoup… finissent par abandonner la technique, au contraire des normaliens). Mais ce que je dis est valable pour n’importe quelle formation diplômante. Accessoirement on peut être peu diplômé, très intelligent, et bon à plein de trucs. Il y a tout autant d’exemples.

                  (Je passe aussi sur le fait, bien réel et que tu rappelles, que pas mal de diplômes sont sans aucun doute en toc, notamment dans les écoles privées. Le fait que beaucoup de diplômés ne se servent plus directement des savoirs techniques appris durant les études est vrai aussi)
                  .
                  Une analyse qui part du principe que les Bac+5 ou autres ne sont d’ores et déjà plus qu’un pur club qui se fraye une voie dans le système du fait de leur condition sociale supérieure, le tout sans presque aucun lien avec un savoir-faire matériel de production, est vouée à louper complètement les rapports de force réels à l’œuvre et leur dynamique. Pour ce qui est de savoir quelle part de cet ensemble social verra ses compétences attaquées par l’IA et les conséquences possibles, cf. les autres posts.

                  • #140783 Répondre
                    Ourson
                    Invité

                    T’es chaud t’es chaud, je reconnais avoir mélangé quatre phénomènes :
                    – Les diplômés pointus plutôt issus d’établissements publics
                    – Les diplômés qui ont payé cher un diplôme de qualité (je pense à EPITA et EPITECH par exemple)
                    – Les diplômés qui ont payé cher un diplôme qui n’apprend pas grand chose (les fameuses écoles « Pay2Win »)
                    – Les autres
                    Et selon la catégorie, ce que j’ai dit plus haut peut changer du tout au tout, c’est vrai.
                    —
                    Pour moi la première catégorie est à part, et ce que je crois constater, c’est que même les diplômés de cette catégorie ne mobilisent quasiment pas ce qu’ils ont appris pendant leurs études, une fois qu’ils sont salariés.
                    J’ai pu bosser avec tout un tas de gens qui ont fait des prépas, des thèses pointues, des nuits blanches dans leur jeunesse à essayer de réviser leurs partiels de calcul vectoriel.
                    Aujourd’hui : ils écrivent quelques lignes de code, ils tapent deux trois commandes Linux, ils manipulent des outils, etc. Loin, très loin des calculs vectoriels.
                    Ou alors ils montent en grade et leur métier consiste à organiser des réunions et remplir des tableaux excel.
                    Comme ils ont une formation plutôt théorique et généraliste, je suis quasiment sûr qu’un passionné de code autodidacte pourrait assurer une grande partie de leur boulot, la partie la plus technique du moins… Mais sans le Bac+5. C’est ce que je voulais dire par là.
                    Cela dit, il est vrai qu’ils ont des capacités plutôt hors-normes qui les rendent difficilement remplaçables… Mais il me semble tout de même que c’est pas la majorité ceux-là..
                    –
                    Je crois au contraire que la majorité des diplômés ne sont pas des foudres de guerre – je me mets dans le lot, même si j’adore me former et progresser – font pile ce qu’il faut pour valider les semestres puis apprennent globalement leur métier sur le tas, sans trop creuser le sujet. Beaucoup auraient pu se contenter d’une formation de quelques mois pour démarrer leur carrière, et à ce titre leur bac+5 c’est plus un habillage qu’autre chose.
                    Mon pote qui a fait une école de commerce payante par exemple, lui il était payé pour configurer des pubs Facebook. Avec tout le respect que j’ai pour lui – et il le sait – ça valait pas forcément le coup de s’endetter à 20 ans pour ça, un mois de tutoriel aurait suffit (j’exagère à peine).

                    • #140804 Répondre
                      I.G.Y.
                      Invité

                      —  » même les diplômés de cette catégorie ne mobilisent quasiment pas ce qu’ils ont appris pendant leurs études » : il y en a beaucoup, oui, mais on surestime à mon avis leur proportion. On sous-estime aussi le rôle inconscient de la formation, de réflexes qu’elle fait acquérir et qui précisément sont transposables à des disciplines connexes (je dis ça aussi par rapport à ce que tu dis à la fin de ton post, qui a certes sa part de réalité). Et le filtrage par le concours (qui contient bien sûr une certaine aptitude à réfléchir d’après des règles, de diverses natures, qui peuvent aussi dériver vers/s’originer dans une forme de docilité scolaire; mais on ne construit pas un pont ou un réseau d’assainissement des eaux sans obéir à des règles).

                      Il y a aussi des métiers de « management technique » où les gens n’écrivent plus de code/ne font plus de technique, ont moins les mains dans le cambouis (mais les ont eues), mais ne pourraient pas exercer un tel métier sans avoir été formé comme ils l’ont été (+leur expérience). Ça j’en ai vu et j’en vois encore. Irremplaçables ni par une IA ni par moi ni d’ailleurs par aucun Bac+5 ou 8 ou 12 moins expérimenté sur le domaine précis dont il est question. Cela dit les évolutions que tu décris vers du « management pur » si l’on veut, sont réelles et nombreuses (postes à responsabilité et plus rémunérateurs). La difficulté pour ceux qui veulent tout remplacer par l’IA est qu’il se rendront peut-être compte que la dimension informelle de ces métiers est possiblement difficile à remplacer par des machines formelles, si complexes soient-elles.
                      .
                      — Il y a en revanche un point sur lequel je suis 100% d’accord, c’est la spécificité du domaine du « code » en matière d’autodidaxie dans les domaines technico-scientifiques. Ça c’est très frappant. Tout l’écosystème et la mentalité « logiciel libre » y contribue énormément, il y a une quantité folle de contenus gratuits et très bien faits sur le web pour s’y mettre (ce qui est logique puisque le web lui-même est un truc de codeur). Il y a aussi quelque chose de plus profond là dedans, à savoir le fait que le code est au fond proche des langues vivantes (les syntaxes/sémantiques ne cessent d’évoluer, de nouveaux langages apparaissent), ils le sont en fait en pratique bien plus que les mathématiques ou la physique, alors même qu’on parle de langage mathématique. Or on sait très bien qu’il n’y a pas besoin d’être diplômé pour être un excellent praticien des langues. Il est absolument certain que l’on peut être un développeur de génie sans être diplômé d’aucune façon (et je suis sûr que les exemples existent, en nombre). La différence est par exemple très frappante avec les maths : il n’y a aucun grand mathématicien autodidacte dans l’histoire du XXè (Ramanujan ne compte pas complètement car il a été très tutoré).

                      • #140806 Répondre
                        Dr Xavier
                        Invité

                        Merci pour l’analyse du texte de Shumer, et tout l’affinage.

                      • #140849 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        Merci pour les précisions, au final je crois qu’on tombe assez d’accord :
                        L’IA n’est pas prête de remplacer massivement la bourgeoisie diplômée (et une fois de plus, je le déplore, alors que cette partie de la population me fait bouffer).

                      • #143306 Répondre
                        Samuel EpaulesLargesGlandEnorme
                        Invité

                        Grands textes, pertinence nulle.
                        Le créateur de Claude Code, explique que le tool a créé tout seul sa dernière itération: https://www.reddit.com/r/ClaudeAI/s/4xjINjSM8V

                        D’ailleurs je suis dans une asso de moldus où que c’est que les gadjos sont comme DIY et Dance bear cfnm, ils entravent nada au big bang actuel.
                        Je vous partage demain les meilleurs outils AI du moment, car il y a un tool spécifique pour ces tâches: images, logos, poubelle les graphistes, musique, 1/3 musique postée sur Spotify est de l’IA deja, video, il y a des clips IAs de fous furieux deja sur ytb, ecriture, etc.
                        L’article de Lordon est pertinent à 100%.

                        Et j’ai bcp de choses à partager pour le montrer.
                        Jai pas le temps de pondre des pavés de non-sens, mais partager les faits, oui!^^

                      • #143307 Répondre
                        Samuel EpaulesLargesGlandEnorme
                        Invité

                        Je disais, j’ai deja promis de lister les tools, dont IA pr faire site web de à a z, ou gerer la pub idem, etc, etc.

                        L’Ukraine a repris une position à la Russie avec un cobtingent full drones et robots sous IA, mais DIY aime pavoiser.

            • #140706 Répondre
              I.G.Y
              Invité

              Toni :

              — « Sur la lenteur […] » : je ne nie pas une lenteur relative (dûe à plein de choses : notamment au fait que bon nombre d’applications de nouveaux outils dans des situations non-triviales, dès lors qu’il s’agit de mettre concrètement les mains dans le cambouis, sont plus complexes que ne le laissent penser les messages publicitaires de l’IA-magique ou de l’automatisation-magique en général ; lenteur due aussi à des contraintes matérielles/énergétiques qui se répercutent également sur les aspects économiques et dont beaucoup de discours ultra-technophiles ne se préoccupent pas, aspirés dans leur idéalisme messianique; je ne te vise pas en disant cela, je précise hein).

              Mais j’insistais surtout sur le caractère de renouvèlement continu, dû au croisement entre les changements du monde extérieur et la dynamique même du capitalisme qui attise ce changement. Les technologies de programmation/scripting/automatisation sont déjà adoptées depuis longtemps dans l’industrie, et même à iso-technologie d’automatisation les processus varient et se renouvèlent, nécessitant de revoir les automatisations etc… Il n’y a d’ailleurs pas de spécificité de l’informatique sur ce point, ni du sous-ensemble « IA » dans l’informatique.

              Sur la différence intrinsèque que tu dis, oui il y a en a une, qui en effet est une sorte d’abaissement de la barrière à l’entrée / son renouvellement. Ça rejoint aussi ce que dit netflou en bas et ce que j’appelais les « nouveaux entrants » du « game ». Néanmoins j’insiste sur le fait qu’une IA n’étant bien sûr pas du tout infaillible (vf. aussi ce que je disais sur l’explicitation plus haut), imaginer qu’il suffirait de ne rien connaître aux problèmes que l’on cherche à résoudre tout en laissant l’IA le faire est totalement illusoire dès lors qu’on s’intéresse à des problèmes un minimum sérieux, sur lesquels il y a un tant soi peu d’enjeux de production et/ou de connaissances — je ne parle même pas des enjeux de sécurité/santé. Je pourrais faire une longue liste de situations où je mets en défaut les meilleures IA sans même l’avoir prémédité, et où il est tout bonnement impossible de se rendre compte qu’elle a tort si on ne sait pas précisément ce que l’on est en train de faire, si ce n’est même le résultat auquel on veut aboutir — et j’insiste lourdement : je ne parle pas là de nécessaires connaissances en IA, mais sur les problèmes traités via l’IA. De la même manière, imaginer créer des programmes vraiment sérieux avec l’IA en y connaissant rien en code est une absurdité. Pour des petites choses, c’est faisable (je peux en témoigner, ayant moi-même déjà codé des petites choses via IA en javascript alors même que je n’y connais rien, mais c’est peu de choses — de plus je connais la programmation hors javascript). Mais c’est évident que de ce point de vue l’IA abaisse la barrière à l’entrée.

              — Pour la relégation des diplômés, je ne veux pas dire que ton hypothèse est impossible, je dis surtout que le contraire est parfaitement possible. Tu m’en fournis d’ailleurs la preuve parfaite avec cette affaire de « révolution par contre-élites ». Désolé de mettre ce sujet sur la table mais je préfère parler de ce que je connais bien : prenons l’exemple du nazisme (quelle surprise). Eh bien la manière dont les historiens, pas seulement français, décrivent l’ascension du nazisme est entre autres exactement cela : la formation d’une sous-partie des « élites », diplômées (notamment en droit, beaucoup en médecine, etc…), hantées par la perspective du chômage et de leur décrochage, qui sont accompagnées par les mouvements völkisch/nazis pour devenir de véritables élites de remplacement au sens littéral du terme et pour défaire ce qu’ils considèrent comme l’ordre établi — avec des postes/gratifications bien concrètes à la clé. Le tout aidé par des politiques volontaristes qui épurent les anciennes « élites » pour en faire monter de nouvelles (la politique antijuive des débuts en étant un élément, parmi d’autres). Tout ça n’est pas spéculatif mais historique. Le moins qu’on puisse dire est que la subversion nazie n’est pas ce que l’on désire ici, or elle s’intègre parfaitement dans cette affaire de renversement par contre-élites.

              • #140712 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Bonne mise en garde bis
                De toute façon je me suis jamais réjoui de voir des classes inférieures accéder à des postes supérieurs et devenir à leur tour de parfaits gardiens du temple

                • #140754 Répondre
                  I.G.Y
                  Invité

                  Oui, la « classe d’origine » ne garantit rien.

                • #140970 Répondre
                  cinema
                  Invité

                  @begaudeau, ta réflexion n’est pas un brin idéaliste ? (vraie question)

          • #140719 Répondre
            Greenwashing
            Invité

            « A ce propos, Daniel Andler définit le propre de l’intelligence comme la capacité à gérer des « situations », plus que des problèmes déjà définis »
            .
            C’est drôlement con.

    • #140591 Répondre
      tdah
      Invité

      https://www.france24.com/fr/moyen-orient/20260323-en-rationnalisant-la-cha%C3%AEne-de-destruction-l-ia-transforme-la-guerre-moderne
      –
      « Israël, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni figurent parmi la liste croissante des nations qui intègrent des grands modèles de langage (Large Language Model, LLM) – des IA modernes pré-entraînées sur de vastes quantités de données – dans leurs systèmes de défense.

      Des informations sur la manière, le lieu et la raison de son utilisation commencent lentement à filtrer. »

    • #140638 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      J’ai posé une question à une IA sur Google
      Réponse:
      Les caractéristiques de l’IA dans le système capitaliste :
      Profit et Concentration : L’IA est largement développée et contrôlée par de grandes entreprises privées dans le but de générer des profits. Elle est utilisée pour augmenter la productivité, automatiser des tâches, et analyser des données financières.
      Extractivisme : Elle repose sur une exploitation intensive de données, d’énergie et de ressources, soulevant des questions d’éthique et de durabilité environnementale.
      Inégalités : L’IA risque d’accélérer la dévalorisation du travail humain et d’enrichir une minorité, exacerbant les inégalités sociales.
      Biais : Les modèles d’IA reflètent souvent les biais cognitifs et les faiblesses morales des humains, qui peuvent être amplifiés par la logique de marché.
      Libcom.org
      Libcom.org
      +6
      Perspectives et débats :
      Alternative ou fin du capitalisme : Certains théoriciens débattent de la possibilité que l’IA, en automatisant la majeure partie du travail humain, mène à une « utopie post-capitaliste » ou au contraire à une crise profonde du salariat.
      Usage différent possible : L’IA pourrait potentiellement promouvoir l’équité si elle était utilisée dans un cadre différent, axé sur le bien commun plutôt que sur le profit.
      Risques de contrôle : La dépendance technologique pose des questions sur la surveillance, la perte de contrôle humain et le pouvoir exercé par les détenteurs de ces technologies.

      En somme, l’IA agit principalement comme un levier puissant du capitalisme actuel, amplifiant sa capacité de production mais aussi ses contradictions sociales et écologiques.

    • #140665 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      En 1961 paraît, sous le titre Date una carabina a un ragazzo… (Donnez une carabine à un jeune homme…), la réponse de Gadda à une enquête sur le fascisme menée par une revue : « Est-ce que le fascisme est fini ? » D’après ses réponses, Gadda semble penser qu’il reste du chemin avant qu’on puisse dire oui : il faudrait d’abord éliminer « le fasciste qui est en nous ».
      ( Carlo Emilio Gadda)

      • #140734 Répondre
        LFI
        Invité

        les gauchistes qui votent pas sont des droitards

    • #140814 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Mise au point de Yann Le Cun (ex Directeur R&D IA chez Meta)

      • #140815 Répondre
        Tony
        Invité

        On aimerait bien connaître le coût écologique de tout ce bordel.

        • #140850 Répondre
          Ourson
          Invité

          Des fois je suis frustré de voir toutes les ressources utilisées par les IA actuelles pour faire ce qu’elles font, quand tu sais qu’un cerveau de chat pèse quelques grammes, consomme quasiment pas d’électricité et est capable de :
          – Reconnaître le bruit de l’emballage de la pâtée à plusieurs mètres de distance
          – Contracter avec précision des « bras bio-mécaniques » de sorte à ce que le chat déboule devant le frigo en quelques secondes
          – Engloutir la pâtée à une vitesse folle, avec tout ce que ça implique mécaniquement, la langue qui se plie dans tous les sens, l’oesophage qui aspire la matière, etc.
          – Extraire assez d’énergie de cette ration de pâtée pour alimenter des heures et des heurs de saut, de jeu, de chasse, etc.
          —
          Et nous on est là à essayer d’envoyer des datacenter dans l’espace pour au final ne pas faire le quart de ce que fait le mini cerveau du chat.
          Et j’ai creusé la question, les recherches sur des modèles d’intelligence artificielle bio-inspirés ultra frugaux sont super niches

    • #140857 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Lu dans le très gauchiste Wall Street Journal, la définition de « l’IA-washing » : plutôt que de licencier pour de triviales raisons de baisse des ventes, mieux vaut le justifier à cause de l’IA, ce qui fera paraître à la pointe du progrès. Et même si on ne sait pas trop encore comment s’en servir, faire tourner les équipes en sous-effectifs aura au moins le bénéfice de libérer leurs énergies créatrices et les forcer à trouver des moyens d’utiliser l’IA pour être plus productifs. Extraits ci-dessous – naturellement traduits par une IA (article de Callum Borchers).
      .
      Peter Bell est le fondateur de Gather.dev, un réseau professionnel destiné aux directeurs techniques, qui recourt à des agents d’IA en lieu et place d’employés pour certains postes de sa startup. Pourtant, Bell lui-même soutient que de nombreux dirigeants d’entreprise exagèrent aujourd’hui le rôle de la technologie dans les licenciements — une pratique que l’on commence à appeler l’« IA-washing ». « C’est une façon formidable de passer pour un génie quand les suppressions de postes sont quelque chose que vous pourriez être amené à faire pour d’autres raisons opérationnelles », dit-il. « C’est un excellent rideau de fumée quand vous avez simplement besoin de doper vos résultats. » Des dirigeants d’Amazon.com, Block, Atlassian et d’autres entreprises ont associé de récentes vagues de licenciements à l’IA. Mais des économistes et des spécialistes en apprentissage automatique affirment que la technologie actuelle n’est pas encore prête à remplacer les humains à grande échelle. Selon eux, les raisons les plus probables des réductions d’effectifs restent les mêmes que de tout temps : ralentissement des ventes, réorientation des priorités et recrutements excessifs par le passé.
      .
      « L’IA-washing est omniprésent en ce moment », déclare J.P. Gownder, vice-président et analyste principal chez Forrester Research. « Cela passe tellement mieux de dire : « Nous licencions des gens parce que nous maîtrisons parfaitement l’IA et que nous créons de nombreux gains d’efficacité. » Ça semble tellement plus rationnel et innovant. » Les employeurs américains ont licencié plus de 1,2 million de travailleurs en 2025, selon Challenger, Gray & Christmas, un cabinet qui conseille les entreprises dans leurs réductions d’effectifs et aide les salariés sortants à retrouver un emploi. Forrester estime que moins de 100 000 de ces pertes d’emploi sont principalement imputables aux gains de productivité ou aux économies de coûts générés par l’IA. Invoquer l’IA lors de restructurations peut donner à une entreprise l’image d’une pionnière et faire grimper sa valeur boursière. Les investisseurs apprécient l’idée d’une entreprise qui utilise la technologie pour opérer de façon plus agile.
      .
      L’idée que l’IA serait déjà en train de dévorer un grand nombre d’emplois semble crédible parce qu’elle donne le sentiment de confirmer une intuition. Rappelons que les dirigeants d’entreprise ont passé des années à nous répéter que l’IA viendrait en aide aux travailleurs humains, sans les supplanter. Aux alentours de cette même période l’an dernier, ils ont commencé à envoyer un message bien plus inquiétant. « Nous aurons besoin de moins de personnes pour exercer certains des métiers qui existent aujourd’hui », écrivait Andy Jassy, PDG d’Amazon, dans une note interne au printemps dernier. Dario Amodei, PDG d’Anthropic, a prédit que la moitié de tous les emplois débutants pourraient disparaître en l’espace d’un à cinq ans. Jim Farley, PDG de Ford Motor, est allé encore plus loin : « L’intelligence artificielle va littéralement remplacer la moitié de tous les cols blancs aux États-Unis. » Mais si nous avons été naïfs de croire les dirigeants lorsqu’ils affirmaient initialement que l’IA se contenterait de nous assister, peut-être devrions-nous aussi nous montrer sceptiques face à leur nouveau discours catastrophiste.
      .
      Les entreprises ont de nombreuses raisons de mettre leurs réductions d’effectifs sur le dos de l’IA. Cela peut constituer une forme de marketing produit pour celles qui développent et commercialisent des outils d’IA. Pour les managers qui signent les lettres de licenciement, la technologie offre une explication toute faite, prête à l’emploi : « Ce n’est pas vous, c’est l’IA. » Plus généralement, les entreprises reprennent l’avantage dans la relation employeur-employé après une période de renforcement du pouvoir des salariés. Agiter l’épouvantail de l’IA pour inquiéter les gens s’inscrit parfaitement dans cette logique.
      .
      Il peut y avoir une logique solide à supprimer des emplois avant que l’IA soit prête à combler le vide, ajoute Bell, de Gather.dev. La nécessité est mère de l’invention, comme on dit, et contraindre une équipe à fonctionner en sous-effectif pourrait inciter les collaborateurs restants à trouver des solutions de productivité plus rapidement qu’ils ne l’auraient fait autrement. Il est désormais clair que l’intelligence artificielle n’est pas qu’un simple outil d’appoint qui élimine les tâches répétitives et nous permet de nous concentrer sur l’essentiel de notre travail. Mais elle n’est pas non plus en mesure de remplacer massivement les travailleurs humains — du moins pas encore — et les annonces d’entreprises sur des avancées révolutionnaires de l’IA en matière de main-d’œuvre méritent d’être examinées d’un œil critique.

      • #140858 Répondre
        Rigolus
        Invité

        Ma copine est remplacée par l’IA. Elle ne travaille plus qu’une heure par jour. Le reste du temps, elle se tourne les pouces.
        J’ai lu de nombreux témoignages qui vont dans ce sens.
        Contrairement à ce que raconte ce journal, l’IA est déjà prête à remplacer des postes dans les entreprises.

      • #140861 Répondre
        Claire N
        Invité

        Je suis assez en accord avec le point sur le licenciement
        Concrètement, dans l’hôpital où je travaille je constate que le directeur pour raisons économiques veut remplacer les secrétaires médicales par de l’IA
        La formule est incantatoire
        Mais la suppression des postes déjà effective

        • #140892 Répondre
          I.G.Y.
          Invité

          Totalement d’accord. Il y a un effet publicitaire/incantatoire massif, qui n’est pas sans rappeler une autre possibilité/probabilité à moyen terme : un éclatement de la « bulle » — sachant que tout un tas de choses y survivront sans aucun doute, cf. mes pavés au-dessus. A long terme, la question énergétique est majeure, c’est d’ores et déjà n’importe quoi (d’ailleurs je n’utilise presque jamais l’IA hors de mon travail).

          Je ne connaissais pas ce terme « IA-washing », intéressant. Il y a aussi deux choses très pertinentes mentionnées dans l’article : la possibilité de rester en sous-effectif à demande client équivalente si ce n’est croissante ; la question des emplois débutants, glissée au passage mais très importante à mon avis. L’IA produit déjà, bien promptée par des gens qui maîtrisent pas mal etc… du code de qualité professionnelle : quid donc des stagiaires? Factuellement une IA bien pilotée par un dev confirmé permet déjà de produire en 2h le travail de 6mois d’un stagiaire de niveau moyen, et en mieux.

          • #140926 Répondre
            Ourson
            Invité

            PARTIE 1
            #####
            Il y a un dev que j’aime beaucoup lire : Michael Azerhad, qui poste plutôt sur LinkedIn (hélas). Il réfléchit à la question du travailleur débutant et développe deux pistes :
            —–
            1) Ne plus être débutant
            Il préconise aux juniors de speedrun vers leur « séniorité » que ce soit en termes de compétences ou de mentalité : lire des bouquins, se former en permanence, lancer des projets dans la vraie vie, ne jamais se contenter de suivre sans comprendre, sans initiative, etc. Ce qui peut d’ailleurs passer par le fait de se mettre à son compte, quitte à avoir un job alimentaire à côté.
            Ça fait un peu « Tu es triste ? Arrête. Tu es débutant ? Arrête. » mais dans les faits, s’autoformer n’a jamais été aussi simple qu’en ce moment, donc c’est pas déconnant.
            –
            Ça fait un peu écho à ce que je disais plus haut : un.e jeune diplômé.e débrouillard.e qui lit plein de bouquins, fait des recherches dans son coin, crée des projets, etc. Peut largement rattraper le ou la « senior » lambda qui s’est juste formé sur le tas, et bonjour l’odeur du tas. Je pense que mes collègues expérimentés n’ont jamais eu un seul projet perso en 10-20 ans de carrière.
            Bien sûr c’est pas aussi simple avec et les RH et leurs IA qui ne regardent que le nombre d’années d’expérience, mais c’est pas partout, et puis c’est quand même un sacré redflag donc pas une grand perte.
            –
            –
            2) Sortir de l’exécution pure et dure
            Aujourd’hui un.e diplômé.e est plutôt payé.e pour faire des tâches techniques, ou pour cadrer des gens qui font des tâches techniques.
            La ou le dev va écrire des lignes de code, la ou le designer va concevoir un flyer, la ou le juriste va écrire des CGV, etc.
            Alors que tu l’as bien expliqué tout à l’heure : les études sont censées t’apprendre à t’adapter pour résoudre des problèmes, pas à faire des trucs pour faire des trucs, débutant ou pas débutant.
            Dans cet esprit, quand t’as un outil qui te permet d’être 10 fois plus rapide, tu vas pas te dire « mince j’ai plus rien à fabriquer, ces outils le font à ma place » mais plutôt « je vais fabriquer des trucs avec ces outils pour résoudre 10 fois plus de problèmes », et l’innovation est ce qui va permettre d’aller chercher ces problèmes. Le monde a une infinité de problèmes.
            –
            Pour en revenir au dev : la base du développement c’est pas juste le code, c’est aussi et surtout de la recherche et de l’empathie.
            Le dev est pas juste censé écrire plein de lignes de code, il est censé comprendre précisément ce dont les gens ont besoin, et faire plaisir à ces gens de la manière la plus propre. Ça passe par des aller-retours permanents, des démos, des discussions, des changements constants, des casse-têtes, etc. Et si ça se trouve à la fin tu vas te rendre compte que la solution parfaite nécessite à peine 1h de codage, alors que t’en auras passé 100 à discuter.
            Pareil pour le design : tu prends le logo de Nike ou de Amazon – boîtes qu’on adore tous ici – t’as pas besoin d’une IA pour le refaire en 5 minutes sous Illustrator. C’est le long processus d’idéation « humaine » qui fait que ces logos remplissent à peu près leur fonction, et dans ce processus y’aura toujours de la demande pour des travailleurs même débutants. C’est presque irremplaçable par essence parce que tu travailles avec des données nouvelles qu’aucune IA ne possède.
            –
            C’est déjà un peu vérifiable aujourd’hui d’ailleurs : n’importe qui peut « pondre » 6 mois de travail de stagiaire en 2 heures, t’en as plein qui le font. Est-ce qu’ils vont loin avec ça ? Non, parce qu’une fois que t’as pondu ton app ou ton site, t’es comme un con : personne l’utilise, personne s’en sert, personne veut s’en servir. Et l’IA n’est pas capable d’aller à la rencontre des autres à ta place
            —–

          • #140938 Répondre
            Ourson
            Invité

            PARTIE 2
            #####
            Sinon, piste personnelle : des travailleurs restent sur le carreau ? Tant mieux. On laisse tomber l’idée de produire dix fois plus, et on réfléchit collectivement à comment bosser 10 fois moins longtemps.
            J’adorerais perdre mon boulot si derrière une société d’oisiveté advenait. Malheureusement je pense que cette piste sera écartée par la société telle qu’elle est, et qu’à peu près tout le monde continuera de bosser 35-50h par semaine dans les décennies à venir.
            Tant mieux pour eux, tant pis pour nous (les branleurs).
            –
            –
            Pour être un peu plus sérieux : je me suis amusé à voir ce qui se passe quand on demande à l’IA d’inventer un truc, voire une « avancée majeure ».
            Avec un prompt à la con, elle te génère une liste de projets un peu farfelus, parfois peu utiles et parfois un peu trop ambitieux., irréalisables
            Avec un prompt structuré axé « recherche », là elle génère une réponse solide : un plan carré, un portefeuille, des pistes, des hypothèses.
            Et l’IA te dira elle-même qu’elle ne peut rien inventer, parce que l’invention passe par l’expérience, la répétition, la compréhension fine des données existantes, l’acquisition de données nouvelles, etc. Au final ce sera à toi de faire les expériences qu’elle te propose de faire, dans 90% des cas les résultats n’aboutiront à rien et il faudra recommencer pour des résultats inexistants ou minimes.
            –
            On se rend compte alors malgré tout ce que l’IA permet, on se se heurte vite à des limites « physiques ». L’IA est très forte pour générer des tokens, des lettres, des pixels, etc. Mais c’est de l’information dans un monde physique.
            Pour créer et innover en informatique, il faut innover en électronique, en chimie, en physique.
            Une fois que t’as conceptualisé ou modélisé un objet, il faut les matières premières, l’essence pour les faire venir, des routes et des ponts, etc.
            Pour faire adopter une création, il faut physiquement aller à la rencontre des gens, ou payer quelqu’un ou quelque chose pour le faire à ta place.
            Même pour héberger une IA, il faut beaucoup de matos, des datacenter, des mecs pour câbler les datacenter, etc.
            –
            Tout ce blabla pour dire qu’en réalité, tout ce que fait l’IA dépend de choses solides et physiques. Tant que l’IA ne génèrera pas autre chose que des chiffres codés, le monde aura toujours besoin de tous types de travailleur pour s’occuper de cet aspect « matériel » des choses. Donc même si une génération de codeurs morfle, derrière les gens trouveront facilement du boulot dans tout un tas de domaines hors du software, dans la recherche, dans le BTP ou que sais-je.

    • #140881 Répondre
      Zorglub
      Invité

      Le Printemps des Humanités IA et travail : la gueule de l’emploi

      Précarisation, mutation, chômage… L’émergence de l’intelligence artificielle dans le monde de travail fait craindre un chômage de masse. Mais face à un discours alarmiste, des chercheurs prônent une mutation à accompagner.

      Uniformisation du contenu

      « … La division du travail fragmente nos journées en une série de petites missions, et confie à des managers ou des chefs de projet le soin d’avoir une vue d’ensemble. Or cette division n’est ni nouvelle ni directement liée à l’intelligence artificielle : elle remonte à l’introduction des nouvelles méthodes de management importées par le new public management dans les années 80 (2), mais aussi plus anciennes. A la différence qu’aujourd’hui, «la révolution numérique rend possible la division industrielle du travail intellectuel et son externalisation sous la forme de calculs algorithmiques», analyse Anne Alombert : nos capacités de juger (remplacée par les algorithmes de recommandation pour choisir un film), traduire (Google Traductions ou DeepL), ou même écrire (pour ceux qui confient la rédaction de leurs mails à ChatGPT) sont de plus en plus fréquemment externalisées à des programmes.

      Si l’on convoquait une analyse marxiste du phénomène, on pourrait considérer que les outils de production sont aujourd’hui nos capacités intellectuelles – nos facultés de juger, compter, lire, et écrire –, et que ces capacités sont à présent contrôlées par les entreprises à qui l’on délègue ces savoirs. Or, dans le cadre d’une économie mondialisée, «une PME française qui utilise les IA pour réaliser un certain nombre de tâches délègue en réalité ces facultés à des géants planétaires implantés, pour la plupart, aux Etats-Unis», remarque Anne Alombert. Au risque de produire une uniformisation du contenu – ce fameux «style ChatGPT», aux tournures repérables et plutôt insipides… »

      https://www.liberation.fr/forums/ia-et-travail-la-gueule-de-lemploi-20260318_HNUHCSGPVBDI7FESV4NZFHKAXE/

    • #140934 Répondre
      le roi de la bagnole
      Invité

      L’IA c’est une déclaration de guerre aux vrais automobilistes.

      • #141364 Répondre
        Zorglub
        Invité

        Pas encore car l’automobile vé-ri-ta-ble-ment autonome n’existe pas; celles qui existent à San Francisco sont autonomes sur un itinéraire extrêmement restreint.
        Il faudra donc attendre encore longtemps, alors qu’un jeune adulte de 18 ans apprend à conduire en deux semaines.
        Il te reste de beaux jours devant toi roi de la bagnole. tut tut!

    • #141597 Répondre
      Zorglub
      Invité

      FramamIA
      Comprendre l’IA pour la démystifier
      L’objectif de ce site est de partager des clés de compréhension sur ce qu’est l’IA aujourd’hui, des enjeux que ce domaine du numérique pose à nos sociétés et enfin des questions à se poser pour déterminer si tel outil est digne de notre confiance.
      https://framamia.org/fr/

    • #141627 Répondre
      Zorglub
      Invité

      « … l’IA s’annonce comme une technologie aux limites poreuses, dont les utilités sont découvertes après son déploiement et dont les effets secondaires apparaissent là où personne ne les avaient envisagés. « Générative » n’est pas seulement un terme de marketing : il désigne une instabilité réelle.

      Pour les socialistes, cette instabilité présente un défi spécifique. Et leurs réflexes sont bien connus : réguler les plateformes, taxer les profits, nationaliser les entreprises dominantes, brancher leurs modèles dans un système de planification centralisée. Mais si le socialisme veut être autre chose qu’un capitalisme avec une interface embellie – c’est-à-dire s’il est réellement un projet collectif de reconstruction de la vie matérielle, et pas seulement une redistribution de ses fruits -, il doit répondre à une question plus complexe : peut-il offrir une meilleure façon de vivre que le capitalisme avec cette technologie ? Peut-il proposer un mode de vie distinct, qui vaille la peine d’être désiré, plutôt qu’une simple répartition plus équitable de ce que le capital a déjà créé ?… »

      Le socialisme après l’IA

    • #149757 Répondre
      oreillette
      Invité
    • #151097 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Un article intéressant de Rimbert dans le diplo sur les luttes contre l’IA, qui a l’avantage d’éviter soigneusement les ornières de tant d’articles sur le sujet (à savoir : raconter n’importe quoi sur la technologie elle-même). Cette campagne « Humans First » de l’extrême droite américaine, dont je n’avais pas eu vent : anticipation des confusions à venir. Comme le résume très bien Rimbert : « L’humain d’abord, mais lequel ? »
      .
      Mes yeux glissaient récemment sur les étales d’une librairie, soudain retenus par des couvertures La Fabrique. « Peine Kapital », sorti en avril, est une conversation avec ChatGPT de Marie José Mondzain, que je ne connais pas. Vu la qualité de la maison : hautes attentes. Je feuillette : difficile d’abord (si ce n’est impossible) de savoir le modèle précis utilisé pour la conversation, information pourtant capitale. Et surtout, j’ouvre une page au hasard : chapitre « Une mémoire de poisson rouge », qui s’amuse de la stupidité du modèle, qui n’aurait aucune mémoire des conversations précédentes — phrase radicalement éliminatoire, qui permet par la bande d’en déduire les conditions de l’expérience, et donc de la totalité du dispositif du livre. J’ai immédiatement reposé le bouquin pour emporter le Rancière d’à côté.

      Je ne me sers quasiment jamais de l’IA hors cadre professionnel, mais je fais un petit coup de sonde de « veille » tous les deux ou trois mois sur les modèles publics/gratuits, pour voir. J’ai remarqué que par rapport à il y a quelques mois ou un an, je ne saurais pas trop dire, OpenAI a par exemple considérablement dégradé la qualité de son modèle public/gratuit (je l’ai testé sur mon métier et c’était flagrant : inutilisable. En revanche, bien plus chargée en emojis flamme et petites étoiles, dont bien sûr les modèles qui marchent sont dépourvus).

      • #151099 Répondre
        Rigolus
        Invité

        « Je ne me sers quasiment jamais de l’IA hors cadre professionnel. »
        l’IA c’est mal mais tu l’utilises quand-même.
        je n’ai pas compris le raisonnement.

      • #151100 Répondre
        Eleonore
        Invité

        Oui essai d’une connerie sans nom, comme 95% de ce qui est publié pour critiquer l’IA, où les critiques légitimes sur les entreprises qui les promeuvent se noient sur des critiques sur les supposées limites des modèles sans jamais s’intéresser au fonctionnement et à l’évolution des technologie. Bref un désintérêt total de leur sujet d’étude qu’ils ont juste envie de critiquer. ça ne vaut pas mieux que l’essai d’enthoven, c’est fou que la fabrique laisse passer ça.

        Sur l’article de Rimbert j’ajouterais qu’i n’y a pas que l’extrême droite, mais différents groupes sociaux qui ont plus ou moins rien en commun.

        Et chat gpt je ne sais pas pour la version gratuite mais celle à 23 euros par mois fait parfaitement le boulot pour 95% des tâches de mon bullshit job.

    • #151113 Répondre
      Florent
      Invité

      Il n’est pas exclu, qu’au delà de Marx, l’IA donne raison aux prophètes de l’apocalypse…pendant que nos parlementaires recevaient Luc Julia, un expert auto proclame et depuis debunke, des experts du secteur s’inquiètent des risques sociaux, systématiques et existentiels que fait peser l’IA sur nos sociétés : on peut citer entre autres Yoshua Bengio ou Geoffrey Hinton, ce que fait l’association PauseAI (voir pauseai.fR ou l’entretien de Maxime Fournes chez Olivier Berruyer) ou les vidéo de vulgarisation du YouTuber « Le futurologue ». Il semble que les progrès rapides de l’IA s’accompagnent d’une difficulté croissante à mettre ces petites créatures sous contrôle et de s’assurer notamment de leur alignement avec les objectifs qui leur sont assignés. La complexité des sociétés bâties sur le progrès technique, exponentielle ces dernières décennies, et les menaces existentielles qui en ont résultés (guerre nucléaire et dévastation de la biosphère) témoignent déjà de la difficulté de notre espèce de domestiquer le « progrès » qu’elle développe ; il se pourrait que l’IA soit la dernière goutte notamment en rendant possible un monde qui n’aurait plus à se soucier du vivant via une instance qui pourrait directement « se nourrir » des atomes

      • #151132 Répondre
        Florent
        Invité

        Systémiques et non systématiques

    • #151122 Répondre
      Eleonore
      Invité

      Je crains que dans ce domaine, comme pour le climat, les plus alarmiste soient le plus réalistes. N’en déplaise au thuriféraire du courage de la nuance.

      • #151123 Répondre
        Eleonore
        Invité

        Et ça vaut aussi pour l’art, la littérature en particulier. Nous sommes la dernière géneration qui aura pu, à la simple lecture d’un texte ou à l’écoute d’un morceau, attester de la nature humaine de son auteur.e. Ce n’est pas rien, quand même

    • #155007 Répondre
      jojo
      Invité
    • #158295 Répondre
      vanille-fraise
      Invité

      https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/haut-rhin/mulhouse/malgre-l-opposition-un-rapport-favorable-emis-pour-la-construction-du-data-center-de-microsoft-seuls-les-pouvoirs-economiques-vont-etre-entendus-3406295.html
      _
      << …qualité de l’air, rejets dans les cours d’eau voisins, émissions de gaz à effet de serre, modification locale du climat. Y étaient pointées notamment l’augmentation de 4°C dans les environs immédiats du site et les consommations d’eau et d’électricité. Cette dernière est estimée au maximum à 1 500 gigawattheures par an, soit l’équivalent de la consommation moyenne de 375 000 foyers français. >>

      • #158343 Répondre
        vanille-fraise
        Invité

        https://reporterre.net/Les-travaux-du-plus-grand-data-center-d-Europe-ont-commence-en-Ile-de-France
        _
        << …le chantier de cet immense data center, qui va artificialiser 90 hectares de terres agricoles. Il devrait consommer, à lui seul, autant d’électricité que celle produite par un réacteur nucléaire.

        Les opposants dénoncent également l’utilisation d’un système réfrigérant pour refroidir l’infrastructure qui leur fait craindre un risque de fuite d’hydrofluorocarbures. Ceux-ci ont un énorme pouvoir réchauffant lorsqu’ils s’échappent dans l’atmosphère et contiennent des PFAS.>>

        • #162414 Répondre
          vanille-fraise
          Invité

          << Avec cinq structures à La Courneuve, et bientôt une sixième gigantesque à Dugny, Digital Realty fait face à un besoin majeur : recruter. L’entreprise annonce un partenariat avec l’Ecole de la deuxième chance du 93, et, par la même occasion, soigne son acceptabilité sociale. >> (La tribune)

    • #158297 Répondre
      Urdanivia
      Invité

    • #158306 Répondre
      Urdanivia
      Invité

    • #158310 Répondre
      Urdanivia
      Invité

    • #158399 Répondre
      Godot le bègue
      Invité

      Vite l’effondrement !! Et la chute de ce système inique.

    • #162419 Répondre
      Urdanivia
      Invité

      Résultats de travail sur données US sur les effets de l’IA sur l’emploi:

      https://siepr.stanford.edu/publications/policy-brief/what-really-happening-jobs-separating-ai-hype-reality

    • #162421 Répondre
      vanille-fraise
      Invité

      << Avec cinq structures à La Courneuve, et bientôt une sixième gigantesque à Dugny, Digital Realty fait face à un besoin majeur : recruter. L’entreprise annonce un partenariat avec l’Ecole de la deuxième chance du 93, et, par la même occasion, soigne son acceptabilité sociale. >> (La tribune)

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