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Strom
InvitéÇa m’intéresse pas de savoir si le jeu vidéo est un art ou pas.
En revanche je vois beaucoup de gens dire que la spécificité artistique du jeu vidéo serait l’interactivité. Par exemple dans cette vidéo : https://youtu.be/qGWPvwRtB0s?si=XHPevk1J1DSoASHYOk. Mais après avoir dit ça, j’ai l’impression que ça ne débouche à rien. Est-ce que le jeu vidéo devient art lorsqu’il y a de l’interactivité ? Dans quelle mesure peut-on rendre l’interactivité, dans son essence même, dans sa pratique même, artistique ? En quoi l’interactivité peut-elle produire de l’art ? Le simple fait d’interagir c’est de l’art ? Est-ce qu’un jeu qui s’en tient uniquement à cette donnée peut être considéré comme de l’art ? Il y a aussi cette idée que parce que dans le jeu vidéo le joueur est acteur, capable d’explorer librement, d’interagir à volonté donc, ça ouvrirait des possibilités artistiques (je ne crois pas).
Pour moi l’interactivité c’est trop faible, limité ou limitant pour qu’on puisse dire que c’est artistique
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Strom
InvitéLes jeux indépendants ont des prétentions artistiques, mais on est toujours dans le cryptique, le contemplatif, dans un arrière-monde, juste pour faire éprouver des sensations et des émotions (joie, tristesse, solitude, vulnérabilité, jouissance, etc.).
Comme si l’art c’était juste ressentir des choses parce que les créateurs ont décidé de te les faire ressentir
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françois bégaudeau
InvitéA tout prendre je serais plutot sur l’hypothèse inverse : dès lors qu’il y a interactivité, on sort de l’art. Je dis bien : à tout prendre.
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Seldoon
InvitéDeux remarques comme deux morceaux de pistes. D’abord, dans mon expérience limitée de joueur, la seule fois où j’ai vu quelque chose en jeu vidéo qui m’a semblé s’approcher de l’art a eu quelque chose à faire avec une interactivité consciente d’elle-même. Je ne sais pas si c’était effectivement de l’art, mais il s’est passé quelque chose d’aussi rare que fort dans ce médium et ce fut via l’interactivité.
Ensuite, il y a quelques années, j’ai réalisé un court métrage interactif pour voir ce que ça faisait. On l’a vraiment fait comme une expérience, il est non diffusable, sans décors. Le plus frappant fut de voir à quel point ce que produisait l’interactivité en tout premier lieu, de très loin et sans que ce soit recherché, c’était de l’immersion.-
nefa
Invité« une interactivité consciente d’elle-même »: Une gestuelle ? Gestuelle esthétique ?
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Seldoon
InvitéTu me poses une colle.
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nefa
Invitésalut Seldoon
ça m’intéresse vraiment
c’est quoi: « une interactivité consciente d’elle même » ?-
Seldoon
InvitéPardon je réponds tard, mais je ne voyais pas d’autre façon de m’exprimer que de raconter l’experience et donc en bonne partie le jeu en question. Il s’agissait de la toute fin du premier Last of Us, et de pas mal de moments du second, qui construisait beaucoup à partir de cette scène. Pour ceux qui l’ignorent, dans le premier jeu, on joue Joel qui a du à contrecoeur accompagner Ellie, une jeune ado à travers les Etats-Unis ravagés par les zombies. Cette fille représente l’espoir de l’humanité : dans son corps se trouve une possibilité de cure contre l’épidémie. Durant tout le jeu, la relation entre Joel et Ellie d’abord difficile s’améliore, jusqu’à ce qu’elle devienne une fille de substitution pour Jojo, qui a perdu sa fille biologique au début de l’apocalypse. A la fin, ils arrivent au laboratoire tenu par les rebelles, qui vont pouvoir utiliser le corps d’Ellie pour faire une cure ou un vaccin. Malheureusement, cela signifie tuer Ellie (elle n’en sait rien). Joel s’en rend compte et on le joue pris d’une pulsion aussi protectrice que destructrice, trucidant des soldats rebelles dans une séquence de combat classique jusqu’à arriver à la salle d’opération. Là se joue alors une scène très marquante, dans laquelle pour sauver Ellie on tue le chirurgien, puis, soit on massacre soit on épargne ses assistants (tous des civils désarmés et terrorisés). Dans le même geste, on sauve notre fille et on condamne l’humanité. La situation serait forte mais tr-s classique pour une fiction normale. Ici c’est bien le fait de jouer cette scène (après des heures à « jouer » la construction de la relation avec Ellie) qui l’a profondement inscrite en moi. Et là les concepteurs savaient très bien ce qu’ils faisaient en ne faisant pas de cette scène une cinématique mais bien une scène de jeu, tout comme le joueur sait très bien ce qu’il est en train de faire ou de ne pas faire. D’avoir à accomplir l’action moralement indemerdable. Avec une part de non choix (on doit sauver Ellie et tuer le chirurgien, mais on appuie quand meme sur le bouton) et une part de choix (épargne-t-on les autres, alors que l’immersion du jeu nous fait ressentir un bout de la rage paternelle en nous-même ?). Je ne sais pas si c’est de l’art, mais c’était en tout cas un moment qui, pour moi, a dépassé le jeu. En tout cas, j’étais devant un jeu vidéo qui pense, qui se pense en tant que jeu vidéo. Pensant l’interaction il pensait sa forme. Je note au passage que j’ai déjà été ému dans d’autres jeux vidéo, ce n’est pas du tout de ça qu’il s’agit ici.
Le seccond Last of Us est construit à partir de cette scène, on s’y retrouve dans une double histoire de vengance, à jouer alternativement celle qui venge le chirurgien en tuant Joel et Ellie qui venge Joel. Ca n’aura pas du tout la même intensité ni intelligence en série (puisque la saison 2 de la série arrive), c’est l’interactivité qui vient activer toute la force de la situation.-
Ostros
InvitéEst-ce qu’on peut dire que la grande majorité des JV charrie les mêmes affects que ceux de la sf ? (Fin du monde ou grande menace ou grand méchant, élu, destins, guns, massacrer des gens, performer, etc)
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Ostros
InvitéEst-ce qu’on peut dire aussi que les jeux vidéos délivre une forme et un fond propres à l’idéologie capitaliste ? Scénario, montage et effets spéciaux pensés pour produire des effets (donc pas la possibilité de lire le jeu video pour soi-même d’une façon autonome, donc tous les joeurs vivent les mêmes émotions au même moment (uniformisation qui absente l’art)), camps qui se battent, sont en concurrence sur un objectif ou perosnnage seul qui a une quête et vit une aventure hors du commun, etc.
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Ostros
InvitéEst-ce qu’on peut dire que les JV, empêchent l’expression de la singularité des individus (obligés de suivre les mêmes trames narratives comme un clients dans le circuit Ikéa ou l’adolescent dans le train fantôme) en donnant à voir et à jouer un univers homogène, clos, totalitaire ?
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Ostros
InvitéLes mêmes trames affectives*
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Ostros
InvitéAussi
Là où un roman par exemple lorsqu’il n’est pas formaté peut m’émouvoir à des moments différents que ceux de ma voisine qui l’aura lu aussi. Cela parce que le roman m’aura donné à lire un fragment de réel si bien détaillé que des éléments de ce pan de ce fragments travaillent en moi de façon tout à fait singulière, remuent mes affects singuliers qui ne concernent que moi. C’est une relation intime, un objet qui me nourrit et qui fait émerger de mon être des pensées inédites. -
JÔrage
InvitéOstros: « obligés de suivre les mêmes trames narratives comme un clients dans le circuit Ikéa ou l’adolescent dans le train fantôme »
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Parce que c’est différent quand tu lis un bouquin ou que tu regardes un film? -
Ostros
InvitéOui, je viens de répondre juste au-dessus.
Il y a des réalisateurs ou des écrivains qui tiennent le lecteur de A à Z, et les autres. -
Ostros
InvitéOu le spectateur*
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nefa
Invitébeau le geste
merci Seldoon
il me permet de mieux saisir-
nefa
Invitéà la relecture quelque chose sonnait mal
là ça passe:
beau le geste
merci Seldoon
ET il me permet de mieux saisir
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Strom
InvitéPeut-être que dans interactivité on peut comprendre ceci: interagir avec les formes esthétiques du jeu, les manipuler, voire créer des formes à partir des mécaniques vidéoludiques, de la matérialité même que propose le jeu vidéo ? Après reste à savoir si c’est de l’art en faisant ça, puis se pose toujours la question de savoir si être « acteur » -dans une moindre mesure- dans un jeu vidéo ça débouche sur quelque chose d’artistique. Car ce n’est pas à cette place que se positionne généralement le public, dans les autres arts. Après l’interactivité a aussi cette capacité de faire éprouver des sensations au joueur, est-ce qu’on se rapprocherait pas de l’art dans ce cas-là ? Interactivité comme moyen de faire ressentir sensiblement des choses (de la vie réelle ?).
Mais ce que dit François n’est pas bête du tout, par exemple les films interactifs ? J’espère qu’on est tous d’accord pour dire que c’est une horreur ces trucs -
nefa
InvitéRegard sur l’approche en immersion. J’avais trouvé que c’était un bon bout pour attraper le truc.
Approche primaire. Où tu bouffes ton environnement, les objets qui t’entourent. Où tu consommes. Où tu absorbes.
Et quand il s’agit d’humain, faut bien le reconnaître, avec ce petit coté cannibale.
Et tant que l’environnement te fait pas chier, tout va bien. Et tant que tu as des patates à la maison, aussi, tout va bien.
Et quand l’environnement te fait chier, sur le moment, t’essayes d’y remédier, t’es actif, tu ne t’adaptes pas, t’as pas le temps.
En fait tu fusionnes
Tu n’a pas levé de mur entre toi et l’autre.
L’autre dans ce cas c’est avant qu’il ne devienne cette espèce intouchable. Quand l’altérité est encore fonctionnelle.
Tu ne le fais pas pour le plaisir mais parce que c’est ça qui te rend vivant. Parce que tu ne sais pas (ou autre) faire autrement. Parce que t’as pas intégré parfaitement ce qu’ont voulu t’apprendre maman et papa, genre : « toi c’est toi, l’autre c’est l’autre et surtout entérine bien la séparation (qui peut aussi être surplomb ou aplomb) ». Non, toi, définitivement, avec l’autre, tu fusionnes.
Et tu ne fais pas UN avec l’autre.
Et tu fais MILLIER avec l’autre (tu vois, Gallimard, je répond à la question que tu te posais en début d’année, ça me tendais un chouïa de t’avoir su agacé).
Et que des gourous, des entrepreneurs avides de cognitivisme tirent partie de la propension qu’on certaines personnes à s’exhausser par la fusion en leur proposant respectivement de faire UN avec le groupe, UN avec l’entreprise et bien tu regardes ça disons avec…
Et avec cette approche, l’art arrivera dans un second temps. Regard à posteriori. Regard sur une gestuelle. Puisque parait-il, tout est susceptible d’être beau.
Et il arrivera que des gens, spectateurs distants, ne fonctionnant pas ainsi, en rient. Leur corps qui leur signifie : « putain, je ne suis pas comme ça. » Et qui le leur pointe dans la joie.
Et il y aura le rire à distance et le rire en face, le rire mano à mano, le rire en bande, le rire solitaire. Le rire est un excellent marqueur.
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Saes
InvitéAussi le fait qu’au bout du compte, peu importe la «portée» esthétique que pourrait avoir un jeu vidéo (si tant est que le jeu vidéo peut l’être), le sentiment final reste le même.
Et donc quel est ce sentiment si spécifique au jeu vidéo, surtout quand on vient d’en terminer un ?
C’est le sentiment d’accomplissement, de satisfaction, de fierté de soi. Le succès, la réussite d’avoir enfin atteint le maximum de la progression : c’est ça un jeu vidéo, on avance et on progresse jusqu’à une fin (victorieuse ou non).
Si je voulais aller loin je dirais même qu’on est sous le régime du mérite.
Tout ça pour dire quoi ? Que la finalité reste la même, on reste dans un rapport profondément ludique, en tout cas pour moi les affects que je viens d’énumérer n’ont absolument rien à voir avec l’art.-
Kenyle
InvitéSur l’art je passe mon tour, je suis pas un connaisseur et je suis incapable de le définir.
Pour le reste de ce que tu dis cela existe. Mais je crois que ça dépend surtout du jeu vidéo en question et de ton emploie de ce jeu vidéo.
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Vicieux
InvitéLes hommes jouent depuis toujours (et ne d’ailleurs sont pas la seule espèce à le faire).
J’ai lu une fois un enseignant adepte de la pédagogie Freinet qualifié le jeu d’ersatz du travail. Je trouve l’idée féconde.Partons du postulat que le travail consiste à agir sur le monde par la résolution d’une tâche quelconque, plus ou moins problématique, plus ou moins nécessaire. L’Homme, dès l’enfance, agit, travaille. Mais si les occasions de travailler manquent, si la motivation ou la compétence manque, si seule l’action est recherchée et non ses conséquences sur le monde, alors l’Homme joue. C’est à dire fait semblant.
Selon cette hypothèse, on joue à défaut de travailler. Les enfants, adolescents, adultes passent-ils d’autant plus de temps à jouer que les occasions pour eux de travailler à leur convenance manquent ? Cela expliquerait-il le succès du jeu vidéo dans notre société où le travail digne de ce nom nous est souvent refusé ?
Cela dit, même en adhérant à cette idée, je me dis que jouer à certains jeux peut, peut être, procurer une expérience esthétique. Très concrètement, les écrivains utilisent un clavier pour écrire, les cinéastes des caméras pour filmer, les peintres des pinceaux pour peindre. Tous peuvent aborder le même sujet en essayant d’adopter un point de vue propre à eux-mêmes et à leur art. Que font les développeurs de jeu vidéo ? Tout en étant totalement profane en matière de codage, je dirais qu’ils utilisent le langage informatique pour simuler. Et, en effet, là où le jeu vidéo me semble agir comme un liquide de contraste, c’est peut être en matière d’interaction. Simuler une ville par exemple, c’est simuler toutes les interactions qui s’y déroulent, interactions qui constituent d’ailleurs, peut être, son essence, sa raison d’être. Par ailleurs, les partisans de la physique quantique, je crois, font l’hypothèse que tout objet ne peut se comprendre et s’analyser que par les interactions qu’il entretient, il peut être vu vert par nos yeux mais bleu par les yeux d’une abeille.
Mais alors quelle place donner à l’action du joueur ? Et mille autres questions. -
Vicieux
Invité*et ne sont
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potence
Invitéva falloir en finir avec cette envie systématique de certains joueurs de vouloir justifier les milliers d’heures passés à jouer en cherchant à l’affirmer comme une forme d’art. c’est toujours le lieu de pleins de confusion et de discours un peu éculé autour de la spécificité des médias et d’une définition pourrie de l’art. je parle en tant que quelqu’un qui aime principalement le jeu vidéo et beaucoup moins les autres « arts »
pour moi déjà faut distinguer le jeu vidéo qui se veut « artistique » du reste de la troupe, j’inclus dans cette catégorie autant les grosses productions qui se veulent cinématographiques (The Last of Us par ex.) que les jeux indépendants qui ont une prétention artistique et qu’on reconnaît au fait qu’ils sont souvent cités dans ce genre de vidéo (Journey, Stanley Parable, Okami, Flower, ect ect). Pour moi ces jeux ont en commun d’avoir une *esthétique* artistique + qu’une essence artistique, c’est à dire qu’on les reconnaît au fait qu’ils essaient de ressembler et utilisent les mêmes artifices visuelles, sonores et de mise en scène que des trucs qui sont reconnus comme artistiques pour essayer de s’en donner l’air également. Je trouve cette démarche risible, même si y a des jeux dans le tas qui sont vraiment intéressants. Mais pour moi on peut pas interroger la nature artistique du jeu vidéo en prenant ces exemples là.
bizarrement, quand on parle d’art et de jeu vidéo, on parle jamais de Doom, Quake, Half-life ou soyons fou, Fortnite, alors que pourtant ce sont des jeux bien plus artistiques dans la mesure où ils ont fait découvert des vocations, inventés des nouveaux codes, des nouvelles façons de créer. Ils ont également eu la particularité pour certians d’entre eux de fournir les outils techniques (éditeur de niveau, accès au code source, ect) pour permettre la création de d’autres jeu et de modifications de l’existant, qu’on connaît sous le nom de « modding ».
Pour moi, si on veut chercher une nature artistique dans l’interactivité, c’est + de ce côté là qu’il faut regarder. Ce que le jeu vidéo à d’exceptionnel, c’est qu’il donne au joueur les outils pour façonner sa propre expérience. Il peut choisir de jouer au jeu comme le jeu voudrait qu’il le fasse, comme il peut également choisir d’en avoir rien à faire et chercher son propre but (la pratique du speedrunning, finir les jeux le plus vite possible, est une belle subversion inventée par les joueurs eux même, qui fédére des communautés et crée lui aussi des vocations). C’est encore mieux quand le joueur peut carrément s’approprier les outils de création, comme dans le cas du modding, parce que là le joueur devient réellement auteur, artiste à part entière, à son tour. Pour moi le jeu vidéo n’est pas une forme d’art, c’est un outil pour en créer, d’autant plus que cet art crée par le joueur ne sera souvent pas motivé par rien d’autre que l’envie de faire des trucs qui le font marrer ou vibrer, l’envie de s’exprimer, ce qui pour moi est l’essence du phénomène artistique.
En somme, plus un jeu fournit les outils pour le subvertir, plus il est « artistique » de mon point de vue. Parce que c’est là que se trouve le véritable jeu.
Pour extrapoler, on pourrait dire que la tendance des jeux récents à fournir des expériences toujours plus lisses, linéaires et conformistes, piles dans les attentes des joueurs, et qui fournissent de moins en moins d’outils d’expression (les éditeurs de niveaux ont globalement disparus) est pour moi un signe intéressant de la décadence du jeu vidéo en tant que forme d’art. Je pense que le jeu vidéo dans les années 90s et 2000s était beaucoup plus riche et intéressant qu’il l’est aujourd’hui, ce qui va plutôt à l’inverse de ce que la plupart des gens assument quand il est question de ce débat.
J’ai écris un article à ce sujet sur mon site pour ceux que ça peut intéresser https://controlistes.fr/textes/le-jeu-video-nest-pas-un-art/
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Uvo
InvitéFaut déjà définir si une œuvre d’art doit être une expérience contemplative ou une expérience participative.
Ensuite, si les joueurs aiment tellement l’art, pourquoi ne pas se tourner vers les autres arts tout simplement, pourquoi vouloir en passer à tout prix par le jeu vidéo pour apprécier l’art ?
Et ça me semble compliqué que le jeu vidéo puisse être véritablement de l’art, car l’interactivité c’est induire la possibilité au joueur de déformer l’objet quand bien même il y aurait des intentions artistiques derrière. Par exemple dans la majorité des jeux vidéo il est possible de changer les réglages, de changer des choses dans les paramétrages comme le son, la luminosité, la qualité d’image, le nombre de frames rate, le mode de difficulté facile, moyen, difficile. Rien que ça c’est contrevenir à l’art. Au cours d’un jeu il est possible que le joueur gagner de l’xp, des bonus, des compétences, des récompenses, des équipements, changeant complètement l’expérience. Où est la vision de l’auteur dans tout ça ?
C’est problématique.-
françois bégaudeau
InvitéL’art a ceci de spécifique qu’il offre un dispositif d’attention (chose chaque année plus précieuse). Cette attention est permise précisément parce que devant l’art je suis dispensé d’agir, de réagir, de m’impliquer. Chose très rare dans mon quotidien.
L’implication requise par le jeu video n’annule pas forcément le fait que le jeu video soit un art, mais annule la précieuse spécificité de l’art.Et je m’associe résolument à la question de Uvo : « Ensuite, si les joueurs aiment tellement l’art, pourquoi ne pas se tourner vers les autres arts tout simplement, pourquoi vouloir en passer à tout prix par le jeu vidéo pour apprécier l’art ? »…. ou n’en passer que par le jeu video pour apprécier l’art. D’ailleurs c’est une question qu’on devrait poser à tout grand amateur de jeu video qui tient cette actvité pour un art : quels autres arts fréquente-t-il?
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Saes
InvitéC’est le paradoxe du jeu vidéo qui se veut être art.
Je prends pour exemple les joueurs qui avancent la notion de « narration environnementale », en bref, l’art de raconter une histoire via des éléments comme les décors, le visuel, le son, et les PNJ : l’ambiance, en somme.
Souvent, cela met le joueur en position de décrypteur (parce que cela se veut opaque ou lyrique). Le joueur doit ainsi reconstituer une histoire sur le jeu à partir des bribes qu’il a trouvées lui-même, une sorte de puzzle.
Deux choses :
1) Je ne vois pas en quoi c’est si spécifique au jeu vidéo.
2) J’ai l’impression que ce procédé nous reconduit finalement à, comme dit plus haut, une expérience « contemplative ». Ce qui me rend, d’un coup, l’interactivité comme tout à fait vaine et sans intérêt.
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Si dans cette conception d’art-jeu, l’idée consiste à faire circuler l’avatar pour voir, écouter ou décrypter des détails que l’environnement offre pour donner une dimension cryptique-artistique, alors c’est, au mieux : très faible, au pire : inutile. Dans les deux cas, c’est perdant.
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I.G.Y
Invité« Pour moi le jeu vidéo n’est pas une forme d’art, c’est un outil pour en créer, d’autant plus que cet art crée par le joueur [… et jusqu’à la fin de la phrase] »
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Cet extrait ne manque pas de justesse, mais se mord irrémédiablement la queue. L’art serait du côté du joueur mais pas des créateurs du jeu, ni le jeu lui-même une « forme » d’œuvre d’art particulière? Un peu étrange. On y retrouve la dualité de l’art qui a émergé dans les posts précédents : l’art comme (1) dispositif d’attention (dispense d’action), et l’art « au contraire » (je dirais moi « par ailleurs ») (2) comme action « créatrice » (en dépit des problèmes sans fin de la notion). Dans certaines choses que je lis ici, j’ai le sentiment que des notions se mélangent un peu, voire surtout se contredisent. On voudrait par exemple à l’opposé, conserver une vision de l’auteur (pôle 2) tout en posant comme problématique la modulation créatrice du spectateur-participant/joueur (pôle 2 aussi, pourtant) .
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Et revendiquer « automatiquement » une pratique-attitude artistique en jouant des milliers d’heures aux jeux-vidéos n’est pas davantage stupide, au fond, que de revendiquer la même chose en écoutant des milliers d’heures de musique. On voit très vite que le débat qui revient par la fenêtre, c’est comme toujours celui des modalités de la dite pratique : de quelle manière, à quelle fin, voire en suscitant quelle réflexion, quelle jonction avec les autres formes artistiques, « quels » jeux, au même titre que « quelles » musiques, pourquoi celles là et pas d’autres, et ainsi à l’infini.-
françois bégaudeau
InvitéIl reste que la musique, à tort ou à raison, est considérée comme un art
Le running, lui, n’est pas considéré comme un art. Et les adeptes du running ne revendiquent pas qu’il le soit. Au contraire, donc, de nombreux adeptes de jeux videos, qui, à rebours d’adeptes d’autres jeux (le poker, la chasse aux Pokemon), ont l’air très soucieux d’être accolés à l’art. Je redemande donc : pourquoi?
J’aime assez l’hypothèse de la mauvaise conscience -puisque j’y passe tant d’heures il faut que je sauve ces heures en les anoblissant.
Mais il y en a d’autres.-
JÔrage
InvitéFrançois: « Et les adeptes du running ne revendiquent pas qu’il le soit. »
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Tu crois que les types qui jouent à pédaler devant leur télévision ont la prétention de dire que leur jeu vidéo mérite le titre d’oeuvre d’art? Parce que ça peut se comparer à du « running » pour le coup^. Je mets des guillemets parce que course à pied ça marche plutôt bien. -
Tristan
InvitéJe propose une version socio-nominaliste, hyper relativiste, de cette affaire. L’art apparait à partir du moment où un champ de pratiques se constitue comme sacré (=séparé) d’autres activités (profanes parce que référencées à une utilité, une finalité autre qu’elles-mêmes). L’art apparait à partir du moment où un champ de pratiques s’autonomise comme « art ». Les masques africains deviennent de l’art à partir du moment où des regardeurs autorisés (=des artistes bourgeois d’avant garde) le regardent comme art.
Pourquoi, dès lors, pas de revendication d’art dans le tuning ? Parce que l’art apparait dans la bourgeoisie, il y a des bourgeois qui jouent aux jeux vidéos, mais très peu qui tunent. De la même manière qu’un chasseur de perdrix de la Somme (comme ceux de l’enquête de Charles Stépanoff) n’a pas les mots pour valoriser, sur le terrain de la poésie, dans le champ éditorial d’Actes sud, son rapport sensible au vivant, de la même manière les spécialistes du tuning n’ont pas les codes pour valoriser leur pratique sur le terrain de l’art. Et, par ailleurs, je pense qu’ils s’en foutent.-
françois bégaudeau
InvitéJe parlais du running et pas du tuning mais peu importe.
Par ailleurs ne nous trompons pas de sujet. Je le formule à nouveau : je ne dis pas que tous les adeptes de jeux video revendiquent l’art, je dis que certains le font (alors qu’aucun adepte du runnning, activité assez bourgeoise, surtout nommée telle – voir Un enlèvement et Boniments- ne le fait), et j’en veux pour preuve le fait que le débat revienne souvent ici meme dans ce forum.
La question pourrait être alors : qu’est ce qui, dans la réalité même du jeu video et de sa pratique, est amalgamable à ce qu’on appelle usuellement l’art?
Je crois qu’on mettrait alors au jour la conception de l’art qui opère là. Celle qui passerait par une sorte de performance graphique.
Il faudrait alors se demander si l’art a à voir avec la performance graphique – et par extension avec la performance techno-graphique.-
I.G.Y
Invité« Celle qui passerait par une sorte de performance graphique ». Certainement. Je dirais même que ça va plus loin, une vision de l’art comme création de mondes. Une vision de l’art très éloignée de l’art documentaire par exemple. C’en est presque le pôle opposé.
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françois bégaudeau
InvitéJe dirais pour ma part une vision de l’art très éloignée de l’art – dont le coeur de métier n’est pas du tout de créer des mondes. Pas du tout.
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I.G.Y
InvitéJ’avais bien en tête que c’était ta position. Pour ma part je ne vois toujours rien qui disqualifie la création de mondes en tant qu’art (sachant que je prends pas nécessairement « art » comme « art que je valorise moi »). Même si on compare à la position Daney sur le cinéma par exemple, le cinéma comme art réaliste, je peux tout à fait concevoir un art comme création de mondes mais qui en définitive (« en dernière analyse » dirait l’autre) nous parlent du « réel ». Bien des créations de mondes n’ont pas cette optique, c’est certain. Mais même celles-là je ne vois pas de quel droit je leur retirerai « potentiellement », « a priori », la qualité d’œuvre d’art.
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Saes
InvitéTrop abstrait. Il faut donner des exemples pour soutenir et mettre au clair tes idées. On ne peut pas penser sur du vide.
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I.G.Y
InvitéJe te remercie pour ton apport précieux. On est de toute manière dans une discussion abstraite, je te ferais remarquer, ou plutôt une discussion de positions théoriques. Ou alors « le cœur de métier n’est pas du tout de créer des mondes » consiste à penser sur du vide aussi. Auquel cas la discussion toute entière est nulle et non avenue. Or elle ne l’est pas.
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Et peut-être débarques tu ici (j’espère) car ces questions ont été abordées mille fois et je n’ai donc pas besoin d’écrire 500 lignes à chaque post pour redire du déjà dit concret qui sert de base à mes propos. Exemple parmi d’autres : les débats cent fois évoqués ici d’un penchant « idéaliste » et décroché de la matérialité du vécu dans certaines productions SF ou Fantasy (littérature, cinéma, voire bien sûr jeu vidéo, dont il n’a échappé à personne que la science fiction était une des bases essentielles), pour ne prendre que ce qui a trait à de la « création de monde ». Voilà la « création de monde détachée de tout rapport au réel », parmi tant d’autres possibles.
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Je note par ailleurs le vide factuel de ton message, y compris en matière d’exemple. On ne peut pas penser du du vide hein -
Saes
InvitéJe demandais ça justement pour mieux comprendre quand tu dis « je peux tout à fait concevoir un art comme création de mondes mais qui en définitive (« en dernière analyse » dirait l’autre) nous parlent du « réel » ». Je ne suis même pas fondamentalement en désaccord avec toi, mais des exemples font toujours du bien. Une simple histoire de précision.
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I.G.Y
Invité« profanes parce que référencées à une utilité, une finalité autre qu’elles-mêmes » : on touche un point essentiel. Si bien détaillé dans plusieurs textes d’Agamben (notamment dans « Création et Anarchie »). Le transfert progressif de la centralité de l’oeuvre (comme production, poiesis, à la finalité hors d’elle-même) à la centralité du créateur. Et par la même, l’émergence de la notion d’artiste, qui n’avait pas cours dans l’antiquité grecque par exemple.
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I.G.Y
InvitéLe running est beaucoup plus directement lié à la performance quantitative. En première approche c’est « évident » que le jeu vidéo est davantage un art que le running. Mais la « pratique » du jeu vidéo peut selon ses modalités tout à fait se rapprocher de la pratique du running, c’est vrai (d’ailleurs, la pratique du speedrun en jeu vidéo est tout à fait sympathique voire impressionnante, mais s’éloigne fortement de l’art. Sauf qu’on pourrait rétorquer : et dans d’autres pratiques sportives, genre football? Nolan Roux n’est pas un artiste, mais quid de Ronaldinho? On pourra dire qu’on fait dire n’importe quoi au terme « artiste », mais c’est tout de même une question, je crois. Toujours de pôle artiste comme « créateur »).
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Concernant l’hypothèse de la mauvaise conscience, elle est sans doute fréquemment valide, je veux bien le croire.-
françois bégaudeau
Invité« c’est « évident » que le jeu vidéo est davantage un art que le running »
C’est bien cette évidence que je questionne. Quel genre de préjugés sur l’art cette évidence charrie-t-elle?-
Ostros
InvitéJe pense qu’il s’agit pour eux de considérer que tout ce qui concerne la « création d’un univers » est de l’art. C’est pourquoi le running n’entrerait pas dedans.
Les concepteur de JV créent des mondes, des personnages, des couleurs, designent des forêts. Ils se situent entre le dessin, la sculpture (ici purement numérique), la dramaturgie (écriture du scénario) et le film d’animation (graphisme des séquences animées en 3D, et jeux en lui-même) et même l’architecture (3D,). Sauf que leurs mesures sont des valeurs purement numériques. C’est le computeur qui crée à partir des calculs entrés par des ingénieurs dans ses circuits.
Peut-on parler de style propre à un créateur ou à une bande de créateurs ? Mes petites connaissances répondent que non. En plus, comme dans les films de sf on retrouve toujours les mêmes formes de créatures. Rien d’original dans ces créations car l’original c’est pas vendeur. Or la conception du produit à un coût et il doit rapporter pour rembourser + apporter une bonne marge. Ainsi les productions vivent.
Il s’agit de commandes de purs produits à destination de consommateurs.-
I.G.Y
InvitéÀ ceci près que dans le jeu vidéo comme dans d’autres endroits, ce ne sont pas les ingénieurs calcul qui ont la haute main sur ce à quoi va ressembler le monde en question, c’est plutôt ce qu’ils appellent justement… la direction artistique (la fameuse DA. Et le Level-design aussi). Les ingénieurs peuvent faire remonter des contraintes (« bon là les gars vous voulez ça mais c’est impossible, trop dur etc… »), mais la DA est à la source, les acheteurs n’auront rien à faire d’un jeu aux graphismes sublimement optimisés et qui représentent des trucs moches. Et c’est la DA qui engrange le plus de valorisation symbolique (souvent monétaire aussi), du moins le grand chef-createur. J’avais parlé à quelqu’un qui bossait dans les effets spéciaux aussi, il m’avait confirmé. Et la DA, souvent, c’est des gens qui ne connaissent à peu près rien aux calculs en question (ça n’est pas dépreciatif de le dire, c’est juste une répartition des rôles)
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D’ailleurs pour faire l’analogie avec un truc que je connais de plus que près, c’est parfois étonnamment similaire … même pour les voitures. Par exemple du point de vue de l’aérodynamique ou de l’acoustique due au design, c’est le designer qui a bien davantage la main. Et les designers auto sont parfois des stars (cf. Pininfarina ou autres), ce que ne sont jamais les ingénieurs. Après, il n’y a certainement pas égalité entre art et design, mais personne ne niera le lien, je pense.
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Autre hypothèse par rapport aux graphismes et à la pure technique dans le jeu : je suis prêt à mettre mes deux mains à couper qu’un jeu techniquement extraordinaire, optimisé au poil, et qui représente parfaitement… la banale réalité documentaire du quotidien, rencontrerait un succès presque nul-
I.G.Y
InvitéQuoique, concernant la dernière hypothèse, pas entièrement sûr, pour deux raisons :
-ça n’a jamais été fait, c’est totalement inédit (mais quel studio prendrait le risque ?)
-il y a des jeux qui, je crois savoir, ont tenté quelque chose de l’ordre de la « deuxième réalité », genre Second Life, et qui ont eu un petit succès. Mais il est quand même un peu loin de mon « hypothèse radicale »
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Ostros
InvitéPetite précision : ce n’est pas le DA qui est à la source c’est le cahier des charges de la boîte qui produit. Lui donne un axe de travail « artistique » mais doit respecter les contraintes commerciales de bases données en amont.
Oui c’est vrai c’est pas pareil l’ingé et le DA, j’avais pas les bons termes en tête. Mais bon au final même les travaux du DA sont d’emblée numériques, dessiner ton moodboard sur une tablette c’est pas pareil que d’éprouver le grain d’une feuille de dessin. Et au final dans le cas du DA c’est bien l’ordinateur qui fabrique. Et les productions sont mimétiques les unes aux autres.
Je pense comme toi qu’un jeu réaliste dont le scénario serait le quotidien se vendrait mal. Les joueurs viennent chercher une déconnexion d’avec leur quotidien justement.
Pour le moment aucun jeu vidéo ne m’a augmentée. Ne m’a apporté qqch de fécond dans ma vie, ne m’a permis d’approcher le réel d’une façon inédite, donné à penser, ou provoqué un trouble, mise face à un mystère ou une situation qui aurait travaillé longtemps en moi après avoir éteint l’écran.-
Kenyle
Invité« Petite précision : ce n’est pas le DA qui est à la source c’est le cahier des charges de la boîte qui produit. Lui donne un axe de travail « artistique » mais doit respecter les contraintes commerciales de bases données en amont. »
Tu décris là un système de production disons triple AAA, même si des jeux de moindre budget rentre dans ce cadre. Mais je pense qu’il est possible que des jeux sortent de ce cadre.
« Pour le moment aucun jeu vidéo ne m’a augmentée. Ne m’a apporté qqch de fécond dans ma vie, ne m’a permis d’approcher le réel d’une façon inédite, donné à penser, ou provoqué un trouble, mise face à un mystère ou une situation qui aurait travaillé longtemps en moi après avoir éteint l’écran. »
As tu joué à The beginner’s guide ? Moi j’ai trouvé ce jeu étonnant. (Il se termine en moins de 2h) et est une piste intéressante sur ce que le jeu vidéo pourrait être.-
Ostros
InvitéJ’ai l’impression de perdre du temps de vie quand je joue à un jeu vidéo donc je n’irai pas voir celui-là, à part si ce que tu m’en dis fait écho avec ce que j’ai noté plus haut et que tu as retranscrit. Est-ce que tu peux développer cette piste dont tu parles ?
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Kenyle
Invité« J’ai l’impression de perdre du temps de vie quand je joue à un jeu vidéo donc je n’irai pas voir celui-là »
Je comprends. Il m’est souvent arrivé d’avoir cette impression face à un jeu. Mais les JV sont divers et les manières de l’appréhender aussi. Par exemple mon meilleur ami habite à 800 km de chez moi. De temps en temps on se met en vocal le soir et on se rejoint sur un JV basé sur la coopération, on parle de nos vies et on s’amuse en même temps. Ceci n’a rien à voir avec l’art.
Je joue aux jeux vidéos depuis que je suis enfant. J’ai eu un gros intérêt pour le média de 13 à 22 ans. Aujourd’hui j’ai 26 ans et je n’éprouve plus vraiment les mêmes sensations face à un JV. Je joue donc moins, mais ce n’est pas un contrôle de ma part, c’est plus un affaiblissement du désir de jouer à un JV.
« à part si ce que tu m’en dis fait écho avec ce que j’ai noté plus haut et que tu as retranscrit »
Nous n’avons pas la même subjectivité, peut être considéreras tu mes gouts comme médiocre. Donc je ne sais pas si je peux te le recommander mais les gens qui s’intéressent à la question du jeu video devrait s’intéresser à ce jeu selon moi.
Je peux cependant te le décrire et ça va peut être répondre à ta question.
Dans The beginner’s guide un narrateur nous guide. Il va nous parler de sa relation avec un ami à lui. Cet ami est un jeune développeur indépendant qui développe des jeux, ou plutôt des petits niveaux tout seul dans son coin et qu’il envoie à son ami. Chaque niveau est un peu un niveau concept avec une petite idée derrière.
Cet ami a subitement arrêté de développer et de lui envoyer ses jeux.
Le narrateur va essayer d’interpréter les jeux/niveaux que son ami lui a envoyé pour explorer la psyché de l’auteur et nous allons explorer les niveaux.
Un exemple de niveau : Vu à la première personne. Seul la touche marche arrière fonctionne, on avance en marche arrière. Très vite on se cogne à un mur, on se retourne et sur le mur il est écrit « le passé était derrière elle ». Et on continue en marche arrière.
Je n’en dit pas plus.
Peut être trouveras tu ça faible et c’est possible. Moi je trouve cela étonnant et intéressant.
Pour rester sur le sujet : Est ce que ça en fait de l’art ? Je n’en sais rien et à vrais dire cette question ne m’intéresse pas. Je n’ai pas besoin de ça pour ressentir des sensations devant un jeu.
Je ne suis pas un initié à la question de l’art, je ne sais pas ce que c’est, je vois de quoi on parle, littérature, musique, peinture ext et je lis, j’écoute de la musique, je regarde des films. Mais je ne sais pas pourquoi ceci est considéré comme étant de l’art et pas cela. J’ai l’impression que personne ne parle de la même chose.
Ce jeu n’a rien à voir avec un jeu de studio, c’est un mec chez lui qui a développé ça. Pas de vision du studio, pas de monté en niveau, pas de chalenge, pas d’arbre de compétence et les divers mécaniques habituelles qui servent à tenir le joueur dans une boucle de gameplay.
Je sais qu’à l’époque ce jeu m’a chamboulé, mais j’étais jeune. Il faudrait que je le refasse.
Concernent la question « pourquoi plein de joueurs veulent absolument que je JV soit de l’art »
Je pense qu’un joueur de jeu vidéo peut ressentir quelque chose de fort et d’intense devant un jeu et qu’il s’interroge sur ce qui a pu se produire. Je trouve cette interrogation saine. Apres pour affirmer que le JV est un art il faut déjà savoir ce qu’est l’art. -
Kenyle
InvitéDans The beginner’s guide il est dit :
« Parlons un peu du développement des jeux vidéos.
Chaque jeu tourne grâce à ce qu’on appelle un moteur graphique, qui détermine ce que le jeu peut ou ne peut pas faire.
Donc, entre autres termes, le moteur est un ensemble d’outils destinés au développement d’un jeu.
Pour créer la plupart de ses jeux, Coda utilise le moteur Source.
Comme tout les moteurs, Source est capable de faire certaines choses très bien et d’autres beaucoup moins bien. Une des choses qu’il fait très bien, c’est les couloirs droits avec des formes de boites.
C’est pourquoi de nombreux jeux créés par Coda ont pour décor de grandes salles plates et vides, parce qu’il utilise les points forts du moteur. Les outils à disposition d’un artiste déterminent le type de créations qu’il finira par générer.
Si vous observez l’architecture présente dans les jeux de Coda, vous remarquerez qu’elle découle d’un moteur très performant pour créer des couloirs droits avec des formes de boites »
……..
Si un cinéaste prend une caméra et s’interroge sur ce qu’il peut faire avec cette caméra. Qu’est ce qu’il peut capter, comment et de quelle manière, qu’est ce qu’il peut et veut retranscrire. Comme un peintre, comme un musicien, comme un photographe ext
Un développeur peut faire la même démarche avec les outils de son média. -
I.G.Y
Invité« Tu décris là un système de production disons triple AAA » : il faut effectivement prendre en compte la foultitude de jeux indés, très prisés des amateurs (je n’en suis pas, je ne joue plus depuis longtemps (peut être un tort), mais j’ai vu pas mal de fois des gens y jouer devant moi). On pourrait faire le parallèle avec le cinéma ou la musique (si on accepte de décerner une once d’art à certains jeux) : il y a des énormes machines commerciales qui n’ont rien d’oeuvres d’art ou presque, il arrive parfois aussi que ça soit le cas, et pour les plus petites productions la probabilité est un peu plus élevée. François était d’ailleurs pas mal revenu là dessus pour le Rock, comment il peut y avoir alignement des planètes entre création artistique véritable et intérêts commerciaux (et intérêt du public, enfin poule et oeuf, ça dépend des cas).
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Et pour ce qui est du dessin numérique vs papier, le souci de partir par là, c’est qu’on ne serait pas loin de dire qu’un auteur de BD qui travaille sur tablette graphique ne peut pas créer une oeuvre d’art (or je suis à peu près certain que de véritables artistes en BD travaillent de cette manière aujourd’hui).
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Après, d’une certaine façon, ne pas être soulevé ou augmenté par le JV, ça ne se conteste pas. Moi même je ne suis pas sûr que ça me soit déjà arrivé. J’ai eu une approche purement récréative du JV, méconnaissance totale de l’univers immense du jeu indé. Aucune intelligence dans ma pratique de l’époque, pur amusement, seul et entre amis. Donc d’une certaine manière je ne défends même pas ma paroisse ^^ -
Ostros
InvitéIntéressant tout ça et merci Kenyle d’avoir tenté une explication, je pense comme toi que beaucoup associent émotions ressenties et arts.
Me vient une dernière illumination en cette froide soirée : et si l’art c’était une production qui me dépasse ? Qui déborde de moi. Et mon rapport à l’objet, ce que je peux en lire et sa part d’inaccessible, serait ce qui le caractérise objet d’art. Un livre de littérature me dépasse. Je ne saisis jamais tout de lui. Je le relis à différentes époques et en découvre d’autres éléments qui ne m’étaient pas apparus à la première lecture. Idem pour une peinture, pour une musique. A mesure que j’acquiers de nouvelles expériences, que mon goût évolue aussi, une autre compréhension du monde et de l’oeuvre m’apparaît. Et l’oeuvre pourtant reste insaisissable dans son entièreté. Elle me dépasse encore.
Là où une création qui n’est pas plus étendue que moi, que mes lignes d’affects cardinales, qui est même calibrée sur mes affects (le jeu vidéo mais aussi un certain type de livres ou de films totalitaires) sera un simple produit. Je le relirai dans 10 ans ou re jouerai à tel jeu et je vivrais exactement la même chose ou bien je m’ennuirai cette fois comme un film fétiche d’enfance dont on voit tous les défauts une fois adulte. -
I.G.Y
InvitéIl y a sans aucun doute quelque chose dans l’œuvre d’art qui « excède ». Quoi et comment, on voit bien que c’est dur à dire. Mais oui, ça me paraît certain
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Ostros
InvitéI.G.Y j’avais commencé à lister pour tenter de répondre mais j’ai effacé parce que oui c’est pas des choses évidentes et tant mieux. Après justement l’intérêt va résider dans le cas par cas, c’est ce que répète souvent François d’ailleurs, interroger une oeuvre, tenter de l’élucider plutôt que de se perdre dans l’abstraction des grandes théories.
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I.G.Y
Invité@Ostros c’est juste. L’idéal de de point de vue restant de parler de l’œuvre concrète sans parler de l’art en elle. Si l’on reste sur un plan plus affectif au sens plein du terme, « X ou Y me fait cela », « j’aime X ou Y », on peut (presque) se passer de théorie. Dès lors que vient « X ou Y est une œuvre d’art », même avec X ou Y concret, c’est fini, la théorie revient immanquablement (à dire vrai elle ne « revient » pas : c’est intrinsèquement théorique; une théorie certes un peu plus située, mais de la théorie).
Tout ce thread en est une nouvelle et superbe illustration!
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JÔrage
InvitéOstros : C’est beau comme du Aurélien Barrau ce que tu racontes.
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Strom
InvitéJe pense aussi qu’il y a une part de mauvaise conscience, mais je pense également qu’il y a une part de sincérité. Des joueurs ressentent de telles émotions durant ou à la fin d’un jeu qu’ils en viennent automatiquement à le qualifier d’artistique en sa capacité d’avoir réussi à provoquer des émotions plus ou moins fortes chez le joueur, le faisant parfois méditer sur lui-même ou sur sa propre expérience.
1er raccourci : une expérience particulière proposée par le jeu vidéo -> émotions -> art.
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Mais de la même manière que dans les posts précédents, l’enjeu, ou l’un des enjeux fondamentaux du jeu vidéo au rang d’art, c’est la position qu’il soumet au joueur pour en apprécier le contenu. L’interactivité permet quoi au fond ? D’agir ou de réagir, mais surtout de faire des choix. Certains jeux aujourd’hui font passer la narration par le gameplay -l’interactivité- et ça passe donc par faire des choix au travers de ce dernier pour créer sa propre histoire. Il y a aussi cela dans certains jeux vidéo : le joueur est capable de se créer soi-même sa propre histoire, c’est en cela que le sentiment de liberté peut se produire : une liberté spatiale et une liberté sur l’histoire.
2e raccourci : parce que je suis libre de créer ma propre histoire au sein d’un univers imaginé, c’est tout autant, voire plus, « puissant » que les autres arts. Comme si la liberté d’agir, ou plutôt la « subjectivité incarnée » dans une œuvre audiovisuelle, aboutissait forcément à l’art.-
Seldoon
InvitéCe que tu dis convient bien aux jeux sandbox, dont le maître étalon est Minecraft… et où il est absolument transparent qu’on parle en fait de l’évolution des legos. Dans ce cas là, la question de l’art est balayée : peut importe les quantités astronomiques de créativité que déploient les joueurs de legos, il ne viendrait à personne l’idée de dire qu’il s’agit d’art.
Dans l’exemple que je donne juste au-dessus, il ne s’agit pas exactement de pseudo liberté du joueur, ni de fabrication de sa propre histoire dans un système de règles donné.-
Strom
InvitéJe ne pensais pas à Minecraft, mais plutôt à des jeux tels qu’Undertale ou même Dark Souls, où, pour le premier, selon les choix effectués durant le gameplay (comme tuer ou négocier, par exemple), l’histoire va changer. Dans le cas de Dark Souls, le joueur a la possibilité de se raconter sa propre histoire, qui n’est pas forcément l’histoire « officielle », en raison de l’ambiguïté narrative qui est souvent floue et symbolique dans le jeu.
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Seldoon
InvitéOui je sais que tu ne le sais pas aux sandbox mais ça m’a semblé coller quand même. Dans le style symbolique et chacun s’y raconte son propre truc, il y a les jeux indé Inside, puis Limbo.
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Seldoon
InvitéPensais*
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Strom
InvitéLe jeu sandbox est un genre bien trop libre pour être considéré comme de l’art : le joueur a carte blanche.
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Ce qui m’intéresse, c’est lorsque les jeux immergent le joueur dans un monde -avec ses règles- qui évolue en fonction de ses actions et de ses choix, ou même simplement par sa présence. C’est une interactivité à double sens : le joueur répond aux exigences du jeu –donc au monde dans lequel il est impliqué- mais le jeu s’adapte également aux actions du joueur. Dans ce cas, le joueur a tout intérêt à bien réfléchir aux conséquences de ses choix moraux et politiques. Pour moi, c’est cela l’interactivité : une réciprocité entre le jeu et le joueur.
Mais est-ce de l’art ?-
Lux
InvitéAu lieu de chercher à savoir si le jeu vidéo peut être de l’art ou doit être de l’art, une autre question s’invite selon moi : L’art a-t-il besoin du jeu vidéo pour se manifester ?
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françois bégaudeau
Invitédrole de question non?
on peut au moins constater qu’au long des siècles qui ont précédé l’invention des jeux video, il est arrivé que de l’art advienne
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Toxin
InvitéPour moi les jeux où le joueur devient un pseudo créateur c’est le RPG.
Est-ce que le RPG -jeu de rôle- c’est de l’art ?
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thierry
InvitéJe partage assez peu les avis d’ici.
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On pourrait dire que l’art regroupe les œuvres humaines destinées à toucher les sens et les émotions. Pas seulement car l’art « sincère » me semble souvent avant tout produit pour son créateur.
Je pense que les impulsions qui poussent quelqu’un à peindre une toile, écrire une chanson ou tourner un court métrage peuvent tout à fait être les mêmes qui le pousse à produire un jeu vidéo si c’est le médium qu’il a a disposition et qu’en plus ses capacités le lui permettent.
Jouer à un jeu vidéo n’est pas plus de l’art que visiter un musée. Par contre la création d’un jeu me semble tout à fait pouvoir procéder d’une impulsion créatrice artistique.
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Il y a quelques années, sort un jeu auquel j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer. Un petit jeu indépendant peu prétentieux. The messenger ça s’appelle. La direction artistique, l’intelligence des dialogues, l’humour et les compositions musicales m’ont procuré des sensations similaires à ce que je peux aimer dans l’art au sens large tout médium confondu. Je fais deux-trois recherches sur le studio qui l’a produit et je ne suis pas étonné de lire que le créateur s’avère être un mec de mon age, qui vient du punk-rock, avec qui je semble partager beaucoup de sensibilité.
Dans le cas de ce jeu en question, il est indéniable pour moi qu’il s’agit d’une oeuvre artistique. Tout autant d’ailleurs que Fortnite ou Fifa ne l’est pas.-
JÔrage
InvitéWow, du bon sens, c’est incroyable, on croyait qu’il avait disparu.
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françois bégaudeau
Invité« La direction artistique, l’intelligence des dialogues, l’humour et les compositions musicales m’ont procuré des sensation »
On croirait qu’on parle d’un film. Bien.
Mais pourquoi donc, si ces sensations étaient si jouissives, y avoir ajouté celle de jouer, d’être actif dans le jeu?-
thierry
InvitéC’est une réflexion pertinente. J’ai dû penser un peu contre moi pour y répondre.
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Je dois admettre que l’impulsion première qui me pousse à attraper une manette ne se situe dans le besoin ou la recherche « d’art ». Ce qui me pousse à jouer n’est pas la même chose que ce qui me pousse à aller voir une expo. Il s’agirait plutôt en premier lieu d’un besoin de « résolution de problème » qu’on peut retrouver dans le plaisir des math. Ça amènerait à des questions psychologiques que je n’ai pas envie de développer dans ce présent post.
Quoi qu’il en soit, il s’avère qu’en assouvissant ce besoin, je peux être surpris et enthousiasmé par l’art injecté dans le jeu en question. Si c’est ce qu’il se passe, dès cet instant, l’expérience prend alors une tout autre dimension que celle recherché initialement.
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On pourrait aussi penser à Tinguely lorsqu’on évoque l’art « interactif » et peut-être en tirer un parallèle avec le JV. Ses tableaux/installations interactifs qui prennent vie ou changent de forme en appuyant sur ce gros interrupteur rouge me semblent pas si éloigné que le plaisir de la surprise ressentie lorsque le développeur d’un jeu nous pousse à faire telle action.
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La réfléxion ci-dessus me permet de comprendre certains de mes affects concernant le jeu vidéo. J’ai pas le temps tout de suite mais je continue ce message cet aprem.-
Claire N
Invité« l’impulsion première qui me pousse à attraper une manette ne se situe dans le besoin ou la recherche « d’art ». Ce qui me pousse à jouer n’est pas la même chose que ce qui me pousse à aller voir une expo »
Là tu pointes également le centre : le jeu ; quand tu parles d’impulsion c’est aussi très intéressant , il est amusant de noter que certaines pathologies peuvent générer ce qu’on appelle un trouble du control des impulsions : dedans on a 3 mamelles instinctuelles le sexe – la bouffe – le jeu
Jeu dans sa plus simple expression en l’espèce puisqu’il s’agit des jeux de « pari «
Si l’on doit intégrer la dimension du jeu pourquoi pas formuler la question du rapport ou pas entre le jeu et l’art ? Du pari et de l’art ? Est ce que l’instinct de parier est aliéné dans certaines formes de jeu ?-
Claire N
InvitéEn d’autres termes: est ce que le jeu vidéo me rendrait « plus grande « joueuse ?
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thierry
InvitéAvec une semaine de retard, je reprend.
la réflexion qui m’est venu qui me paraît aussi nulle aujourd’hui qu’elle me paraissait pas dénué d’intérêt au moment de l’avoir vient de cette phrase : « …lorsque le développeur d’un jeu nous pousse à faire telle action. »
Ce qui suit sort un peu du sujet et intéressera peut-être uniquement les amateurs de JV. Depuis une quinzaine d’années et l’arrivée des openworld où les jeux ressemblent de plus en plus à une simulation de vie en plus chiant, je m’ennuie péniblement en jouant. Certainement parce que là où j’aurais pu voir une forme d’art, je vois un développement technique. Développement ayant pour but de restreindre le moins possible le joueur à qui on laisse le choix de toutes ses actions et conséquences. Le fait que ce soit cette recherche de liberté pour le joueur qui guide le développement, exclue une grande partie de la créativité de ce qu’aurait peut-être à dire le développeur… Enfin tout ça ne semble pas si intéressant que ça finalement.
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Bref, ce qui est de l’art ou n’en est pas, Duchamps à quand même plus ou moins tenter de démontrer, avec réussite à mon avis, vu la prospérité que la fontaine a eu, qu’a partir du moment où la pièce, l’objet ou que sais-je est présenté comme de l’art, il s’agit bien d’art. On pense aussi au malin Piero Manzoni et ses merda d’artista qui à mon sens mettront à l’amende tout geste d’art contemporain du genre après lui.
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françois bégaudeau
Invité« va falloir en finir avec cette envie systématique de certains joueurs de vouloir justifier les milliers d’heures passés à jouer en cherchant à l’affirmer comme une forme d’art. »
Cela me parait très sain comme remarque
Les fans de running n’en font pas autant. Pourquoi?-
Tristan
InvitéVa falloir en finir avec cette envie systématique de certains joueurs de vouloir justifier les milliers d’heures passés à jouer (avec les mots) en cherchant à l’affirmer comme une forme d’art.
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nefa
InvitéT’inquiète, chef, tant qu’ils joueront (avec les mots), ils ne viendront pas te concurrencer sur le terrain de l’art.
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nefa
InvitéVa falloir en finir avec cette envie systématique de certains garçons de vouloir justifier les milliers d’heures passées à se maquiller de devant une glace en cherchant à s’affirmer comme une fille.
Ironique.
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JÔrage
InvitéFrançois: Du coup t’as pas compris le principe de l’art.
C’est embarassant putain.-
PE
InvitéDu coup tu nous l’expliques, le principe de l’art ? Ca a l’air vachement bien
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JÔrage
InvitéPE: Le principe de l’art c’est d’être créé par un artiste.
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PE
InvitéEt un artiste c’est quelqu’un qui crée de l’art c’est ça ? On avance, on avance
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JÔrage
InvitéPE: Disons que ça peut se défendre comme idée mais revenir au point de départ de cette façon ça produit une boucle vide de sens qui n’a pas tellement de rapport avec l’acte de penser.
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PE
InvitéEt bien entendu tu as l’honnêteté d’en conclure que les efforts de définition déployés par ceux que tu insultes ont légèrement plus d’intérêt que tes tautologies. Et te repentant de ton aplomb fielleux tu décides de partir te ressourcer à la campagne avec Jean Monnaie
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JÔrage
InvitéPE: Et du coup la cuisine et l’architecture ce sont des vrais arts ou pas?
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JÔrage
InvitéEt l’art de la table, est ce que c’est vraiment de l’art l’art de la table?
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Hakad
InvitéMoi perso j’ai jamais compris ce que ça voulait dire « Art » ou « esthétique » à la base même si c’est des mots que j’utilise donc bon haha. Ce que j’ai à dire c’est que je trouve que dans le jeu-vidéo on a une majorité d’oeuvre « à plaisir », c’est-à-dire qui ne procurent que ça quoi. Des jeux qui sont cools à jouer, plaisant, mais ça s’arrête là. Des jeux qui me donnent envie de mettre un podcast à côté pour m’en servir comme support de concentration. On pourrait comparer ça à des blockbusters ou des films dits « tout public » (et qui le plus souvent engrangent le plus de recette). Mais là où proportionnellement, dans le cinéma, on trouve quand même facilement un grand nombre d’oeuvres intéressantes qui essayent de procurer bien plus qu’un plaisir de visionnage, dans le jeu-vidéo, il faut se donner pour en trouver.
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Carton de Lait
InvitéDans ma conception du JV, il n’est pas un art et probablement qu’il ne dois idéalement pas aspirer à l’être. Je dis ça en tant que joueur invétéré depuis l’age de 5 ans , ce qui dans mon cas veut dire que le JV est mon hobby principal depuis 41 ans. Il est à noter par contre que justement mon opinion du JV est peut-être imputable au fait que je le connais depuis son époque époque primitive ce qui implique que j’ai grandit avec des propositions de jeu complètement différentes de ce qu’il était déjà devenu même 15 ans plus tard (par exemple, la narration n’était somme toute pas du tout ou sinon très peu présente à cette époque).
L’attrait principal du JV est évidemment 100% dans son coté interactif. De mettre le joueur dans la peau du protagoniste peut effectivement favoriser l’empathie du joueur ce qui permet plus facilement de faire ressentir des émotions à celui-ci (ce qui n’en fait pas pour autant un art). Après, ça.,c’est si le jeu est assez bien pensé pour ça. Plusieurs semblent croire que pour arriver à cela, on a besoin d’un jeu bien scénarisé mais en fait ce n’est pas nécessaire même ultimement pas souhaitable. Les mécaniques de jeu à elles seules peuvent amplement suffir à faire ressentir des émotions au joueur et d’ailleurs devraient.
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Personellement je tend à détester tout jeu dont l’intérêt premier est la narration. Pour moi on ne fera jamais mieux que les livres, le cinéma ou encore les séries pour raconter une histoire`(je ne dis pas que les livres ou films doivent simplement ou même absoluement raconter une histoire…pour les séries par contre, ça semble être presque une obligation). le JV permettant justement d’avòir le rôle de protagoniste, d’être entièrement interactif donc (à moins que le protagoniste soit entièrement passif mais bon, je n’ai pas souvenir d’un jeu où c’est 100% le cas sinon ce ne serait pas un jeu), je pense que tout jeu dont les mécaniques et la boucle de jeu ne sont pas majoritairement pensés pour offrir au joueur tout les outils nécessaires pour lui premetre (dans les limites du possible) d’écrire sa propre histoire comme étant un jeu qui fait fausse route . On me dira que c’est extrêmement limitant de voir le JV comme ça mais c’est là où j’en suis rendu depuis déjà bien longtemps. Si un jeu ne me donne pas ça, ca ne m’intéresse pas. En fait on pourrait dire que le jeu DOIT privilègier l’interaction avant tout sinon il perd sa raison d’être.Évidemment, il existe certains genres comme les jeux de sports ou les jeux comme COD où là il ne pourra jamais être question d’écrire sa propre histoire mais on est ici purement dans le JV compétitif, qui est tout autre chose et qui n’est pas pour autant sans valeur, mais qui est essentiement plus proche du sport. D’ailleurs les gens qui affirment que le JV est un art bizarrement ne mentionnent jamais ce genre de jeu…. ce qui veut donc dire qu’à tout le mieux CERTAINS jeux seraient de l’art mais pas tous. Pour moi il ne peut y avoir de demi-mesure, soit tout les JV sont de l’art ou soit il ne le sont pas. Twilight ou Fifty Shades, pour prendre les exemples tarte à la crème, ce sont des romans de merde certes (oui j’ai lu quelques bouts du premier à une époque où une copine les avaient ramassés sur le trottoir par pure curiosité morbide donc je me permet un avis), mais jamais je n’affirmerais que ce n’est pas de l’art. C’est simplement de l’art (plus que) médiocre.
Pour qu’on voit ce que je veux dire, en ce qui me concerne les jeux les plus importants des quinzes dernières années c’est des propositions comme Minecraft (de loin le jeu le plus influent des derniers vingt ans), Rimworld (bon ou Dwarf Fortress si on veut mais moi j’ai besoin d’un minimum de graphismes), ou encore Crusader kings, des jeux qui ont pour unique but de donner les rênes au joueur pour qu’il fasse en somme « ce qu’il veut », bien édivemment dans les limites de ce que le jeu peut offrir ce qui veut dire en gros dans les limites de son genre.
Un jeu comme Last of US, proposition purement narrative (oui il y a du gameplay mais il est convenu et sur des rails) ET linéaire est à mon avis une abérration monumentale dans le jeu vidéo (ce genre de jeux sont au JV ce que Marvel est au cinéma) et je crois que c’est une progression tout à fait logique que Neil Druckmann en soit venu à faire une série télé de son jeu. Espérons qu’il restera là, où de toute manière il a visiblement toujours voulu être. Maintenant, si David Cage pouvait le suivre…. Parce que lui, en tant que développeur dont tout les projets sont une négation du JV, un renoncement même, on peut difficilement placer la barre plus haute. C’est du cinéma CGI interactif, pas un jeu. En fait, je dirais plutôt, c’est des Livres Dont Vous Êtes le Héro avec des graphismes (sans aucun mépris pour les LDVELH qui furent majeur dans mon enfance..ah mais tiens là ça me pose iune question… les LDVELH sont des livres.,..mais aussi interactif comme le JV. Sont-il quand même de l’art?)
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Tof
InvitéUne autre vidéo intéressante pour éclairer le sujet: https://youtu.be/Z1dqRgG0JUA
Elle vaut tout autant pour son commentaire que pour son catalogue de propositions vidéo ludiques. Une partie évoque la soustraction plus ou moins grande de l’interactivité.-
Tof
InvitéSous l’angle de l’art (sa consommation, faute d’un meilleur mot) comme se laisser affecter par une production artistique, le moyen « interactivité » est parfois très efficace. Je pense au jeu « Papers, please » dans lequel on tient le rôle d’un garde frontière d’un pays totalitaire. On découvre assez vite qu’il est possible d’enfreindre les règles arbitraires du gouvernement, de laisser entrer la contrebande ou sortir le dissident. Avec une prise de risque sur sa propre personne (et sa famille) si l’on est démasqué. La mécanique interactive est limitée à une simple décision: tamponne-t-on ou non le visa (éventuellement accompagné de quelques billets), mais cette simplicité et la répétition sur le temps long du JV a une force affective assez unique, là où d’autres formes resteraient évocatives.
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Tof
InvitéJe note que la discussion est orientée sur le « consommateur » et peu sur le « producteur ». Je me rappelle avoir entendu François dire que les joueurs de JV devraient s’intéresser aux conditions de production des JV (intérêt par le biais duquel ils pourraient être amenés à se politiser d’avantage). Où l’analogie avec le running me semble limitée: le running est une activité sans producteur. Le jeu vidéo (surtout dit « indépendant ») partage avec les autres activités artistiques le fait qu’une personne a voulu « faire ressentir quelque chose » à d’autres.
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Claire N
InvitéBonjour, je suis assez nulle en jeu vidéo
Une connaissance m’a parlé d’un jeu « mafia 3 »
Qui participait à redonner de la matière historique
En plongeant le joueur au cœur de la ségrégation raciste
Avez vous d’autres exemples de jeu vidéo « ancré dans l’histoire réelle « ? -
Claire N
InvitéMa question sous jacente étant de l’utiliser comme un outil documentaire vous semble elle pertinente ?
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Mao
InvitéNon, mauvaise piste. Le jeu vidéo ne peut tout au plus que « documenter » l’histoire du jeu vidéo, l’industrie du jeu vidéo et l’imaginaire à l’œuvre dans le jeu vidéo.
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PeggySlam
InvitéComme Mao. Ne surtout pas prendre au sérieux less jeu vidéo même quand ça se veut documentaire. Ça a été vu avec le jeu vidéo Assassin Creed qui n’arrête pas de venter le surréalisme avec des époques qui ont réellement existé. Des spécialistes historiens ont plusieurs fois démontrer que ça n’a jamais existé. Et il n’y a pas vraiment d’imaginaire puisque ça s’inspire des époques réelles. God Of War que j’adore (je suis en train de me refaire le 3) par exemple s’inspire de la religion et des passages de la bible. Peut être les plus imaginaires (s’il existe) dans le jeu vidéo était Nintendo. Je parle au passé car j’ai fini par m’en lassé même si je joue encore à Mario kart et Tetris 😁
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Claire N
InvitéOui – j’entends bien l’usage qui en est fait
Ma question était plutôt de savoir si la forme « jeux vidéo « pouvait être utilisé à gauche
Les affects y sont largement mobilisés en l’état certes et notamment comme tu le note en véhiculant un imaginaire loin des faits historiques
Le jeux Mafia 3 semble d’ailleurs avoir été largement boudé par la communauté « jeux vidéo com » terreau de l’extrême droite semble-t-il
Le jeu utilise un cheval de Troie ( pour reprendre l’expression de Bolchegeek interviewé dans Socialter: le début qui semble mener à la politisation du héros noir américain est un affect classique de vengeance utilisée dans les quêtes : il cherche à se venger d’un meurtre
Au fil du jeu il semblerait qu’il découvre comment se structure le racisme dans la société américaine, cette compréhension semble t’il l’amène à lutter contre les structures responsables du décès
J’avais trouvé intéressant que les lois, réglementation diffusées par les radio et place dans les dialogues des personnages soient a priori historiques
Encore une fois je n’ai pas joué à ce jeux et raconte juste ce qu’une connaissance m’en a expliqué-
PeggySlam
InvitéTrès intéressant tout ça. Je n’ai pas encore fait les derniers jeux. The Last Of US 2 aussi a été très critiqué pour les mêmes raisons que tu décris. Pour ma part ce que je vois surtout et c’est comme au cinéma dans les blockbusters, quand c’est vu dans l’autre sens ça dérange. J’ai été à NY pour une scène slam de poésie et un poète noir l’a très bien dénoncé dans son poème que le film Black Panther dérange beaucoup car c’est un film vu par les noirs. J’avais trouvé son texte très fort parce que dénoncé que par contre quand il s’agissait de voir un noir se faire descendre par un flic ou vu comme un méchant dans un films ça on aime bien. J’étais tellement d’accord avec lui et il fallait oser sortir un texte comme cela. En France j’ai demandé à mes amis africains francophones qu’est ce qu’ils aimaient dans Black Panther et ils me disaient « à travers ce film ils ont su utiliser nos culture anciennes en le mettant dans une oeuvre moderne. Un vrai hommage pour nous ». J’ai trouvé ça fort. Pour Mafia 3 je ne saurais te répondre je ne l’ai pas fais. Et il ne m’attire pas. En revanche je compte bien faire The Last Of US 2 et te dirai si ça t’intéresse
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Claire N
InvitéOui , je veux bien que tu me fasses un retour
Et si tu as encore le poème de ton ami sous la main ça me dit bien de le lire-
PeggySlam
InvitéAlors c’était pas un pote mais un poète slameur que j’ai vu de loin. Et ça marche je te ferai un retour pour le JV
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Carton de Lait
InvitéJ’aimais beaucoup la série mafia mais j’ai pas fait longtemps dans le 3.
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Raison première étant probablement simplement overdose du GTA-like, vu et revu et ce jeu n’apportait rien de novueau au genre. Puis un gameplay mal balancé, Trop difficile d’y aller en bourrin , trop facile d’y aller en mode stealth. Bref… J’suis pas allé assez loin dans l’histoire pour vraiment commenter sur le sujet mais bon comme j’ai dit plus haut, je considère le coté narration, disons histoire, d’un jeu comme étant l’élément le moins important (c’est souvent même un gros handicap) pusique je ne vois pas le JV comme un médium narratif. Ou plutôt, je crois qu’il ne devrait pas l’être (une opinion que plusieurs semblent trouver débile mais bon…)
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Dommage parce que j’adorais le setting. New Orleans, la louisiane, très peu vu en JV et offre tellement de richesse au niveau culturel, et puis j’adore toujours dans le JV quand on nous ramène dans le passé (ici fin des années 60, Mafia II avait hyper bien recrée les 50s, comme le premier l’avaoit fait avec les années 30)
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Ourson
InvitéC’est quoi l’art, s’il vous plaît ? Question totalement premier degré
Plus jeune je pensais que c’était faire des trucs stylés
Ensuite je pensais que c’était faire des trucs qui donnent des émotions
Et là je sais pas, j’ai un doute-
Charles
InvitéOurson, je ne sais pas s’il est très utile de chercher une définition a priori de l’art, comme s’il s’agissait d’un concept de sciences sociales. On peut toujours bricoler quelque chose comme par exemple relève de l’art toute production humaine dégagée de toute visée utilitaire qui cherche à produire une émotion esthétique. C’est large, sans doute incomplet (est-ce que Shoah de Lanzmann peut être compris dans cette définition? pas sûr) mais est-ce que cela a beaucoup d’intérêt? Ce qui compte c’est de partir des oeuvres et depuis elles creuser ce qui parait être le plus intéressant dans l’art pour marquer sa singularité et donc son prix.
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diegomaradona
InvitéSi l' »art », tout comme « dieu », ne peuvent être défini de manière rigoureuse et satisfaisante c’est parce que ces mots ne renvoient à rien de réel, et ne font que témoigner de croyances infondées de ceux qui les utilisent. Ce sont des croyances inconsistantes qui ne peuvent mener qu’à la confusion de ceux qui y recourent. Il serait donc beaucoup plus sain d’un point de vue intellectuel de s’en passer. Parlons de ce qui existe (un livre, un film,…) mais évitons de parler d' »art » qui, fondamentalement, ne veut rien dire.
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Charles
InvitéOn a bien compris que tu étais totalement imperméable à ces questions donc on va faire comme avant : ceux que ça intéresse continuent d’en discuter pendant que tu restes sur le bas-côté.
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diegomaradona
InvitéLibre à toi de perdurer dans ces illusions
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françois bégaudeau
InvitéDiego a des alertes google sur certaine mots, en priorité Dieu et art.
Dès que les mots sont écrits dans cet espace, il intervient et copie-colle un post qu’il a déjà 100 fois reporté dans cet espace depuis des années qu’il y traine – qu’il traine dans un forum où il est très souvent, par affinités, question de Dieu et d’art.
Pendant ce temps, des gens pensent. Cherchent.
Cherchons
Piste pour Ourson : l’art est un dispositif. Je dirais presque une situation. Ce dispositif nous met dans une certaine disposition – appelons ça la disposition esthétique-
diegomaradona
InvitéCe qui est pratique avec les croyances sans fondements c’est qu’on peut toujours inventer de belles histoires pour les faire tenir debout. Manifestement tu appelles ce procédé « chercher » quand il s’agit d’avancer des fables relatives à l’art et à dieu. N’importe qui peut avancer n’importe quoi : l’art est ceci, l’art est cela, dieu est ceci dieu est cela… et personne n’a raison ou n’a tort puisqu’on est dans le pur imaginaire, dans la pure fiction et qu’il suffit toujours d’inventer une nouvelle fiction pour justifier l’injustifiable. On peut ainsi s’amuser indéfiniment à « chercher » des choses qui n’existent pas, au moins cela fait passer le temps…
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Ostros
InvitéL’humour est-ce une forme d’art ?
Je pense à RAZ et à cette scène de Terminal Sud où Ramzy se fend la gueule avec un mec dans une ville désolée. Au rire, plus généralement. Partout dans les films de RAZ, la pure manifestation de la joie, sursaut de vitalité dans le drame. Est-ce qu’il sera question du rire et de l’humour dans Comme une mule ?-
diegomaradona
Invité« L’humour est-ce une forme d’art ? »
Tout peut être de l’art ou ne pas en être. Il suffit de le décréter ou non. L’humour, la pâtisserie, le jardinage, la défécation, le trampoline… tout et n’importe quoi, ce n’est qu’une question de croyance.-
Ostros
InvitéJe demandais aux gens que ça intéresse, ceux dont parlait Charles un peu plus haut. Et spécifiquement à François pour ce qui concerne un éventuel travail autour du rire et de l’humour dans son essai à paraître. A moins que tu l’aies co-écrit je vois pas bien ce que ton intervention peut m’apporter.
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diegomaradona
InvitéJe répondais juste à ta question. Manifestement ce n’est pas la réponse à ta question qui t’importe mais plutôt que François te parle de son essai.
Pourquoi ne pas lui demander directement plutôt que de passer par de grossières méthodes de flagornerie ? -
Ostros
InvitéJe demandais aux gens que ça intéresse, ceux dont parlait Charles un peu plus haut. Et spécifiquement à François pour ce qui concerne un éventuel travail autour du rire et de l’humour dans son essai à paraître. A moins que tu l’aies co-écrit je vois pas bien ce que ton intervention peut m’apporter.
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diegomaradona
InvitéArt ou déchet ? au choix…
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Charles
InvitéDiego découvre la guerre du goût. Fais-toi plaisir et fais-nous plaisir, lâche l’affaire, ce n’est pas pour toi.
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diegomaradona
InvitéIl ne s’agit ici aucunement de guerre de goût. Pour cela il faudra d’abord un accord sur le fait que l’objet en question puisque relever de ce genre de jugement (de goût), pour qu’ensuite puisse apparaitre une éventuelle guerre de goûts, entre par exemple bon et mauvais goût. Cet accord de base n’existe pas ici, ce qu’illustre parfaitement la situation de la vidéo. La question porte non pas sur une guerre de gout, mais sur ce qui est de l’art ou non, et comme je l’ai dit tout et n’importe quoi peut ou pas être art, nous en avons ici une belle illustration.
La réalité est cruelle pour toi car elle correspond à ce que j’ai décrit. Plutôt que de l’admettre et d’accepter la réalité, tu préfères te réfugier dans tes illusions en cherchant vainement à délimiter un territoire imaginaire et fantasmé que je serais sensément incapable de pénétrer.
J’espère pour toi que tu auras un jour la force d’affronter la réalité en face plutôt que de te réfugier dans de fausses certitudes, courage Charles… -
Charles
InvitéLa discussion sur ce qui relève de l’art ou non recoupe celle du goût puisque le mauvais goût est toujours déjugé en tant qu’art faible ou non art (cf les débats anciens sur les livres de genre type Stephen King qui ne seraient pas de la littérature). Ce sont donc les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre.
Et c’est à moi de te souhaiter bon courage car c’est toi qui es incapable de comprendre tes congénères, vivre seul dans sa tour d’ivoire conceptuelle ne doit pas être facile tous les jours. -
diegomaradona
InvitéQuoi qu’il en soit tu ne fais quand même que valider ma position. L’art n’existe pas puisqu’on peut attribuer cette étiquette, à laquelle on peut faire dire ce qu’on veut, et de manière arbitraire du tout au rien selon les préférences.
Et curieuse façon de penser que la tienne qui consiste à ne voir qu’une incapacité de compréhension de l’autre quand on manifeste simplement un désaccord argumenté sur ce qui est dit. En gros si je ne dis pas amen à tout ce que quelqu’un me dit c’est que je suis incapable de le comprendre. Dans le genre pensée sectaire on fait difficilement mieux. -
Charles
InvitéCe n’est pas qu’un désaccord argumenté, tu prends pour des demeurés ceux qui discutent de la notion d’art, ceux qui croient en Dieu ou qui s’intéressent à la religion etc.
Et non je ne valide pas ta position car je ne me place pas du tout sur le même plan.
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Ourson
InvitéJusqu’ici, j’ai toujours eu du mal justement à différencier « Art » et « esthétique » , et j’ai totalement oublié les quelques cours de philo de lycée que j’ai pu avoir sur le sujet
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Delphine
InvitéSuite au message de Ourson concernant la différence entre art et esthétique, je me disais que, pour certaines personnes, il pouvait être plus intéressant de considérer l’art comme une matière à penser amenant les individus à réfléchir et penser par eux-mêmes, plutôt que d’y voir de l’esthétique, du Beau, aspect pouvant paraître plus superficiel.
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JÔrage
Invitédiegomaradona: Dire que Dieu n’existe pas ça ne me dérange pas plus que ça mais prétendre que Dieu ne renverrait à rien de réel je trouve ça un peu foufou quand même hein.
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diegomaradona
InvitéSi tu admets que dieu n’existe pas, comment quelque chose qui n’existe pas peut en même temps être réel ? Cela n’a aucun sens
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JÔrage
Invitédiegomaradona: Bien sûr que ça à du sens, c’est juste que t’es un peu con et que tu as du mal à comprendre que le fait d’exister, dans ce contexte, implique d’avoir une conscience et que Dieu est inconscient.
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diegomaradona
Invité@Jorage:
Donc selon toi si exister c’est avoir une conscience, les tables, les ballons de foot ou n’importe quel objet dépourvu de cerveau, (puisque pour être conscient il faut, au minimum, un cerveau) , n’existent pas.
Tu prétend ainsi que l’ordinateur sur lequel tu va répondre à ce message n’existe pas, que ta main qui tape sur le clavier n’existe pas (puisque ta main n’a pas de conscience!) et ainsi de suite… ! Je ne sais s’il faut rire ou pleurer de ton niveau de bêtise.-
JÔrage
Invitédiegomaradona: C’est pas selon moi, c’est selon Lacan. Enfin il me semble. Et l’idée c’est que l’existence implique un sujet, une conscience, un truc qui vit et qui mène un combat perdu d’avance contre la mort. Derrière cette histoire d’existence il y a une tension entre le rien qui nous fonde, et qui fonde l’univers, et notre humanité et c’est une image que je trouve jolie, c’est une façon de voir les choses que je trouve intéressante. T’as le droit de ne pas être d’accord, t’as le droit de ne pas souscrire à l’originalité de ce point de vue, c’est pas un soucis, par contre tu peux aussi comprendre que le véritable enjeu de mon message était de souligner que Dieu est inconscient. Que c’est une structure animée qu’on peut apparenter à l’ordre des choses qui ordonne l’univers et que la science s’emploie à déchiffrer. Tu peux renoncer à la mégalomanie de ce genre humain qui s’imagine avoir tué Dieu là où en réalité il s’est contenté de vider le concept de sa pensée magique et de lui donner une image plus raisonnable.
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E que s’appelerio penser.-
diegomaradona
InvitéTu peux te raconter de belles histoires et définir dieu comme tu veux, ça ne me dérange pas. Je souligne juste que cette façon de faire, comme avec l’art, ne même qu’à la confusion puisque chacun y va de sa définition( dieu est ceci ou dieu est cela) sans fondement et sans preuves de ce qu’il raconte. Cela ne s’appelle pas penser, mais affabuler.
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JÔrage
Invitédiegomaradona: T’es gentil mais je me suis pris pour Dieu moi.
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diegomaradona
InvitéTout et n’importe quoi peut être de l’art. Il suffit d’avoir un consensus social arbitraire suffisant pour considérer certaines productions ou activités humaine comme relevant de l' »art ». Il en va du même de ce qui est « beau ». En réalité, ni l’art ni le beau n’existent.
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Ourson
InvitéJe ne te crois pas !!
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diegomaradona
Invitétu as tort
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Charles
InvitéTu viens pourtant de démontrer l’inverse Diego.
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diegomaradona
InvitéC’est-à-dire ?
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Charles
Invitél suffit d’avoir un consensus social arbitraire suffisant pour considérer certaines productions ou activités humaine comme relevant de l’ »art ».
L’art existe, peut-être pas d’un point de vue conceptuel car il ne relève pas du domaine scientifique, mais en tant que fait social.-
diegomaradona
InvitéCe n’est pas l' »art » qui existe en tant que fait social, mais le processus classificatoire de certaines productions ou activités sous l’étiquette « art ».
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JÔrage
Invitédiegomaradonoa: Tu fais quoi de l’importance du message? Parce que sans message il n’y a pas vraiment d’oeuvre d’art.
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Charles
InvitéLe processus classificatoire et les oeuvres répertoriées comme telles.
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diegomaradona
Invité« Le processus classificatoire et les oeuvres répertoriées comme telles. »
si par oeuvre tu entends comme moi « productions ou activités humaines », alors tu dis exactement ce que je dis.-
françois bégaudeau
InvitéDiego aura donc converti son inaptitude à l’art en décret fielleux que l’art n’existe pas.
Schéma connu
Ressentiment chimiquement pur. -
JÔrage
InvitéFrançois: Ca doit être sympa d’être toi. Je veux dire que si le FN l’emporte aujourd’hui tu vas continuer de tirer profit de notre appauvrissement et, cerise sur le gâteau, tu pourras continuer d’essayer de me faire croire que je suis de droite pour te faire oublier que t’es un puit de prétention sans fond donc c’est tout bénef comme opération et il y a un peu de quoi regretter de ne pas être un bourgeois de ton genre 🙁
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diegomaradona
InvitéLe réflexe que tu possèdes à qualifier de fielleux, nuisible, toxique et j’en passe, tout discours ou analyse qui remet en question tes croyances illusoires est fascinant.
Schéma connu et reconnu en situation de dissonance cognitive pure. -
JÔrage
Invitédiegomaradona: schéma que tu pratiques un peu en plus de ça donc c’est pas au vieux singe qu’il va apprendre à faire la grimace.
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françois bégaudeau
InvitéJe ne qualifie de fielleux que ton discours, systématiquement fielleux. Comme chacun pourra le vérifier en parcourant l’ensemble de ton oeuvre sur ce forum.
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françois bégaudeau
InvitéTu as converti ton inaptitude à l’art en décret fielleux que l’art n’existe pas. Ressentiment chimiquement pur.
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françois bégaudeau
InvitéS’il t’arrivait ici de parler positivement d’une oeuvre, d’un film, d’un livre, d’un mouvement politique, d’un acteur, d’une comique, eh bien je serais d’accord ou non mais je ne parlerais pas de fiel.
Il ne tient qu’à toi -
diegomaradona
InvitéToujours cette même obsession hystérique à voir du ressentiment ou du fiel dès qu’on contredit tes croyances. Au contraire, c’est après analyse méthodique et rigoureuse des différents arguments et positions proposées que j’en viens à la conclusion que l’art n’existe pas. Et donc, il s’ensuit logiquement qu’aucune aptitude ou inaptitude à l’art ne saurait non plus exister. Tu n’as dans la réalité pas plus d’aptitude à l’art que je n’ai d’inaptitude à l’art, puisque rien de tout cela n’existe. Ce ne sont que tes croyances.
On en déduit donc que ce « ressentiment chimiquement pur » dont tu parles est en fait le tien, et qui se manifeste apparemment dès que tes croyances infondées sont pointée du doigt. Comportement somme toute classique face à ce genre de dissonance cognitive.
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JÔrage
InvitéMon beau message s’est évanoui dans la nature 🙁
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Guéguette
InvitéA la base je parlerais d’un bon artisanat, qui a déjà prouvé maintes fois une géniale ingéniosité. Le plaisir est souvent similaire à un gamin devant une expérience scientifique un peu qui lui permet de faire de la patouille ou tester des effets physiques et cinétiques.
Et il se trouve qu’au milieu de ça il y a des ovnis qui pour moi font de l’art, justement parce qu’il détourne nos attentes d’interactivité pour nous emmener ailleurs, ou parfois même il nous remettent en question directement quand à la perception du monde environnant, ou de nos réflexes pavlovien en terme de déplacement/mouvement, ou de désir de jeu.
On peut citer effectivement des Inside, des Myst, des Undertale, des Shadow of the Colossus, des Grey, des Silent Hill, des Monkey Island…Des émotions singulières qui ne pouvaient infuser que grâce à la particularité de ce média.
Et même dans une plus petit mesure dans de jeux plus classiques, comme FF7, qui te fait bander d’incarner un bad boy sûr de lui et égoïste, plus puissant que la normale, et qui après des dizaines d’heures passées à le rendre encore plus fort, finit à l’HP quand il découvre qu’il n’est qu’un clone mythomane, résidu d’un être bien plus puissant que lui. Forcément vu l’investissement dans l’aventure, il est dur de recréer ce genre d’impact via un autre média (Je répète que les exemples précédents sont autrement plus proche d’une forme d’art cela dit).
Je ne mets absolument pas Last of Us dans cette catégorie car on a plus quelque chose qui singe le cinéma et qui est là pour chambouler des post ado (type qui adore Marvel et Nolan et that’s it) mais guère plus.-
Guéguette
Invitéune expérience scientifique qui lui permet de faire de la patouille
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eke
InvitéJe pense que dans le cas de ta question, la première question à poser serait: Quel intérêt à le JV à être considéré comme un art ?
Le critère ludique dans la critique serait aussi pertinent que de n’analyser que les scènes d’action au cinéma, on n’en dit pas grand chose. -
Ourson
InvitéDésolé je reprends le morceau de conversation ici parce que ça commence à se nouer là-haut
François dit que l’art est un dispositif
En se basant là-dessus, peut-on dire que le jeu vidéo n’est pas un art car c’est un « disposable » et non un « dispositif » ?
Dernière question : à partir de quand ce dispositif devient « esthétique » ? Quand on cherche la définition de « esthétique », on trouve « qui s’apparente au beau » mais on sait qu’il existe de sacrées œuvres moches-
Tony
InvitéSelon moi le beau en esthétique c’est une vérité qui nous est révélée par le dispositif,seul ce dispositif nous permet de la découvrir, certains disent que l’art, comme la science peut l’être,est un mode de connaissance du réel et du monde qui nous entoure,dans le cas du cinéma,par exemple, à ses débuts les moyens du cinéma étaient aussi utilisés par des scientifiques.
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françois bégaudeau
Invitél’esthétique n’a rien à voir avec le beau
mais tout à voir avec le sensible (comme l’étymologie l’indique)
la disposition esthétique permise par l’oeuvre est une disposition sensible-
françois bégaudeau
InvitéMais je le redis: la meilleure façon de faire avancer la réflexion sur l’art est de le faire dans la situation particulière créée par une oeuvre
On ne définit jamais aussi bien génériquement l’art que dans la réflexion sur une oeuvre en particulier.
L’art ne peut etre qu’un universel particulier.-
Ourson
InvitéDu coup, pour articuler la réflexion sur l’art autour du jeu vidéo, je me suis permis d’aller déterrer un de tes anciens posts pour apporter du grain à moudre :
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Dans « essaie d’etre du cinéma », qu’appelle-t-on « du cinéma »? Nul ne le précise. Mais on voit bien de quoi il s’agit. « Du cinéma » ce serait un certain faste visuel. Ce serait un déploiement d’effets plastiques, d’angles de vue, de mouvements de l’image qui simulent les épatants mouvements d’appareil qu’on trouve au cinéma.
Mais est ce cela « du cinéma »? Est ce cel que nous cherchons au cinéma.? Certains oui sans doute mais pas moi. Je cherche dans le cinéma ce qu’il m’offre de spécifique, d’unique : un dispositif pour regarder. Dans le jeu video on ne regarde pas, on joue. C’est très bien, ça anime beaucoup de gens sur Terre, mais ça n’a rien à voir avec ce que le cinéma offre de spécifique.
Ce qui est appelé « du cinéma » se trouverait plus spécifiquement dans la pub ou dans le clip.
Je suggère donc de cesser d’appeler « du cinéma » ce qui a peu à voir avec le cinéma en. tant que tel.
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Ourson
InvitéCette discussi vient de débloquer des souvenirs anciens, dont un d’une réponse qui avait été formulée pour une question similaire que j’avais posée.
Franck :
Un quatrième élément : après l’art démocratique, l’art aristocratique, l’art anarchique : l’art chrétien (pour prolonger sur la question des effets de l’art sur le corps). Rien n’est plus éloigné de l’art que la morale, et cependant rien ne rend plus moral que l’art… Non pas morale au sens dévitalisé et creux de grille de notation des autres, mais morale au sens fort et profond de la morale du Christ, car l’art met rigoureusement son pratiquant dans des dispositions chrétiennes (que le pratiquant produise de l’art ou qu’il en reçoive). Jésus dit François « ne juge pas » (ou rarement). Or l’art a précisément cet effet de hisser au point de vue de la contemplation, par où l’on ne cherche plus qu’à voir et à comprendre, et d’où l’on ne cherche plus à dominer ni à punir. « La plénitude de l’amour du prochain, c’est simplement d’être capable de lui demander : quel est ton tourment ? » (Simone Weil). En pratiquant de l’art en général, en lisant ou en écrivant en particulier, on se pose une question plus vaste et presque synonyme : quelle est ta vie ? L’art, cette chose du monde la plus sombre, la plus impudique, la plus cruelle (car connaître c’est pénétrer : l’oeil de l’esprit est un scalpel) est aussi celle qui rend son pratiquant vertueux comme un chrétien, bon comme un ange : se taire, écouter, ne pas juger. L’art guérit de l’humanité. Le beau est le talon d’Achille du moi (de ce moi envahissant si rigoureusement peint par les moralistes : La Rochefoucauld, Pascal, le jansénisme). Autre point non inessentiel : l’art est un miracle qui nous donne suffisamment de vitalité pour n’avoir pas besoin de juger. « Ce que nous faisons n’est jamais compris, mais toujours simplement loué et blâmé » (aphorisme 264 du Gai savoir de Nietzsche). L’art est l’exception qui confirme la règle. Avec l’art, le corps a suffisamment de force pour comprendre le réel sans le déformer par désir ou par crainte, car alors le pratiquant devient un autre, à mille lieues au-dessus du petit être qui s’agite, souffre, mord, est avide de vengeance et de reconnaissance, etc. L’art rend surhumain. Si la lucidité de l’esprit est ordinairement associée à l’humeur sombre (Schopenhauer se flatte d’être misanthrope – haine des autres – et pessimiste – haine des choses – corrélant ainsi élévation de l’intelligence et chute de l’amour), l’art comme en parle François conduit à bénir les autres et les choses, c’est-à-dire somme toute la vie. « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » dit César. « Je suis venu, j’ai compris, j’ai aimé » dit l’artiste ou le récepteur (s’il a reçu dans les bonnes conditions affectives ; et le grand style de l’écrivain a cette force de contraindre, ou du moins de mettre en œuvre une forme qui a la possibilité de secouer les scléroses du récepteur et de le hisser à un point d’anamorphose d’où contempler du réel vierge de déformation, rigoureusement mis en miroir. Sous ce rapport, rien ne serait plus beau qu’un bourgeois se surprenant à comprendre et aimer Jeanne et Jacques, et à découvrir la méchanceté et la stupidité de ses considérations habituelles. Naturellement cela n’arrivera pas tous les jours, François le dit et le sait : ces miracles sont rares, l’homme est ce qu’il est, réfractaire aux métamorphoses, mais ces miracles sont occasionnellement possibles, et voilà l’essentiel. Le Christ lui-même avec tout son arsenal ne métamorphosait pas tous les jours). L’art donc nous apprend à aimer les autres (ou du moins à désirer les comprendre, ce qui est déjà une prémisse de l’amour sinon de l’amour), il nous apprend également à aimer les choses (les événements) : cela fut dit bien des fois et de bien des manières : l’art rend les choses intéressantes, et plus intéressantes que douloureuses. L’art est un justificateur de l’existence, l’avocat le plus éloquent de la vie. L’enfer ne l’est plus si on peut l’écrire : en tous les cas, pour parler de ce que l’on sait – car l’on n’a pas vécu « le pire » – il y a mille situations insupportables que l’on a digérées ou dont on s’est délecté grâce au point de vue transfigurateur de l’art ou du regard artistique sur les choses). L’art rend donc chrétien (au sens toujours des affects, non de la croyance métaphysique en Dieu). L’art est par extension le grand entremetteur : l’entremetteur de notre moi avec les autres, de la vérité et de la vie (au lieu du pessimisme de la lucidité), et de notre esprit avec le réel (mariage dont l’enfant est la compréhension car, et ce serait un cinquième élément possible : l’art est la voie royale de l’intelligence, en tant qu’elle est la voie de la connaissance du devenir et du singulier – c’est-à-dire du réel comme il est sans empaillage par concepts (par mauvais concepts). L’art a toutes les vertus des sciences (sociologie, psychologie, histoire, etc.) sans leurs défauts, car elle ne quitte jamais le singulier et s’autorise la profondeur par la superposition des points de vue : un grand roman est un soleil aux rayons multiples : sociologie, psychologie, etc. sans se borner à aucune et employant en outre des images. L’art est une orgie de la connaissance : où toutes les facultés humaines, toutes les grandes trouvailles trouvent une unité. La maîtresse des sciences n’est pas une science. L’art fait mieux et autrement, tout en se nourrissant d’elles, car l’art joint à sa virtuosité intuitive et rapide la grande modestie et sainte lenteur de ceux qui s’informent avec une pile de documents : même si cela ne prend pas tout son temps à l’artiste équilibré, à la différence du savant qui ne sait pas voir l’essentiel et qui, obèse de savoirs inutiles, non mis au service du réel dans son ensemble, en sait long sur des choses courtes et plates. L’artiste, scientifique « du dimanche » comme dirait François, fait mieux que les scientifiques de la semaine. Ironie du génie au bon endroit, qui sait que le vrai but de la science est atteint le plus profondément par l’art.
Anecdote enfin sur l’art qui guérit de l’humanité. Pascal si méfiant vis-à-vis des artistes et de l’art comme impudiques et détournant de Dieu, eût peut-être dû considérer l’art comme relevant de l’ordre de la charité. Il n’y a pas que la grâce qui détruit le moi « haïssable ». Il y a l’art. Une salle de concert est parfois une messe (une salle de cinéma aussi, parfois). Le silence, l’harmonie, le lien de tous à tous et à l’oeuvre est une sainte communion. Pour les maudits ou les trop lucides qui ne veulent (et ne peuvent) pas tricher avec le réel, qui ne pourront jamais croire en Dieu sans l’avoir sous le nez et sentir son odeur, l’art est une porte alternative vers la religion, en tous les cas vers les états qu’elle procure (la religiosité) : amour, joie, paix, rédemption, réconciliation, communion, etc. ces mots dits par les saints et les mystiques, si imposants, si éloignés, si célestes, deviennent tout simples et accessibles pour peu (ce qui est déjà beaucoup) qu’on se mette en condition de pratiquer de l’art. Les livres, les films, les musiques sont des églises invisibles. Dieu est mort, mais l’art vit encore… et prend le relais du religieux pour tous les incroyants dont l’incroyance tenace n’est pas tiédeur, mais ardeur de la vérité.10 décembre 2023 à 7 h 46 min#26239RÉPONDRE
François Bégaudeau
Merci.
C’est d’une justesse vertigineuse.10 décembre 2023 à 10 h 42 min#26246RÉPONDRE
Graindorge
Merci Franck
Ce texte m’a fait tres plaisir et me donne aussi envie de te connaître un tout petit peu sans être indiscret. Tu peins?, tu fais de la musique? ou autre ou , juste comme ça10 décembre 2023 à 18 h 21 min#26296RÉPONDRE
Franck
Bien le bonsoir Graindorge, pour répondre à ta question : je suis un jeune professeur de philosophie (25 ans le mois dernier) ayant la religion de la beauté et de la vérité, ami de tous les arts et de toutes les belles pensées, mais pratiquant seulement l’écriture. Ma devise principale est : le génie et l’amour, qui sont les deux soleils autour desquels je m’efforce de faire graviter mon existence, bénissant ainsi tout ce qui m’élève et tout ce qui m’exalte : tout ce qui en un mot me met de l’infini dans la tête ou dans le coeur.10 décembre 2023 à 21 h 09 min#26312RÉPONDRE
Graindorge
Comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, avant toute chose: Très Joyeux Anniversaire cher Franck! Que ces 2 soleils te fassent compagnie jusqu’à tes 120 ans!
« mais pratiquant seulement l’écriture » Le mot » seulement » est de trop10 décembre 2023 à 10 h 55 min#26248RÉPONDRE
deleatur
Joyeux de voir que le thread que j’ai lancé inspire des propos d’une si profonde et inaltérable beauté.
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« L’art guérit de l’humanité. » : je ne sais pas si l’art guérit, mais il est une question posée à notre finitude, qu’il ne règle sans doute pas, mais qu’il ouvre à d’autres dimensions de l’existence, plus essentielles, vitales, affectives, spirituelles. L’art est donation d’un autre lien au monde. -
nefa
Invité@Ourson
« disposable »
Le jv serait par conséquent à prendre comme une situation.
Situation au sein de laquelle tu t’ébroues.
Et cet ébrouement auquel il t’arrives parfois de conférer une certaine esthétique, dès lors, deviendra de l’art, comme une chorégraphie.
Donc, peut-être, le jeu vidéo : matière à art. -
Ourson
InvitéThierry
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On pourrait dire que l’art est le produit d’une activité humaine qui n’a pas de fonction pratique définie. Encore que l’art peut souvent permettre d’étancher notre soif de beau, servir à nous émouvoir ou encore faire passer une idée.J’ai le sentiment que le mot art fait peur à beaucoup de monde et qu’il ne mérite pas le statut élitiste qu’on lui prête. Mon papa qui photographie des oiseaux ou le gamin qui dessine sur la table de la terrasse du café ne sont pas moins artiste à ce moment là que Jeff Koons. J’aurais même envie de dire certainement plus. Bref l’art, le mot, mérite à mon sens qu’on le descende de son piédestal.
Ayant traîné pas mal en écoles d’art et travaillant dans ce domaine, je me suis bien bousillé la tronche avec le type de questions que tu te poses. Ce que je peux en dire c’est que c’est un milieu très bourgeois, qu’il y a des codes, des mots comme vernissage ou galerie qu’un fils de prolo ne connaît pas, que tout ça constitue à rendre difficilement accessible ce monde à beaucoup.
Concernant les arts plastiques ou visuels, principalement contemporains, j’ai du me créer une petite théorie perso pour ne pas devenir fou. Ça vaut ce que ça vaut mais ça m’a aidé à trier le bon grain de l’ivraie. Tout est de l’art à partir du moment où c’est présenté de cette manière comme l’a institué Duchamp. On est pas trop avancé mais ça permet de remettre ce mot à sa place. Alors qu’est ce que j’aime ou n’aime pas? Qu’est-ce qui me donne le sentiment qu’on se fout de ma gueule, que quelque chose cloche? Pourquoi telle œuvre me donne envie de la regarder sans fin?
Pour moi, l’art pertinent doit :
– Soit témoigner d’un savoir-faire ou d’une maîtrise particulière (technique).
– Soit dire quelque chose mieux que ce qu’un texte l’aurait fait.
– Soit me faire rire
– Soit être beau. ( Ne me lancez pas sur le débat de la beauté subjective, j’ai précisé qu’il s’agissait de règles qui s’appliquaient à moi ou à soi si ça peut aidé quelqu’un. J’entends par là, harmonieux, équilibré, et que la majorité s’accorde à considérer comme tel. )Bref une œuvre laide, qui dit quelque chose moins bien que ce qu’un texte l’aurait fait et qui ne témoigne d’aucun savoir-faire particulier me fera passer mon chemin rapidement pour éviter de perdre trop de temps. Cf. La banane de Maurizio Cattelan. Même si bcp de ses pièces remplissent souvent le critère N° 3
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toni Erdmann
InvitéJ’exhume un vieux topic jeux vidéo pour m’adresser aux connaisseurs qui passeraient encore par ici.
Je me rends compte que j’ai pas mal de lacunes côté jeux solo, et j’aimerais découvrir les titres qui font vraiment référence dans le domaine — les jeux salués pour leur originalité, leur narration ou leur gameplay novateur.
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Je cherche des pépites sorties ces 6-7 dernières années, disponibles sur PS5, et qui sont considérées comme incontournables. Open world, plateforme, jeu narratif, peu importe le genre, du moment que c’est marquant, original et considéré comme un classique.
Pour l’instant, je n’ai fait que Outer Wilds et les deux derniers Zelda en solo marquants — et j’aimerais bien savoir par où continuer tout en gardant le même niveau de qualité.
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Et en bonus : vous auriez un ou deux noms de critiques ou créateurs de contenu (YouTube, presse, etc.) fiables et reconnus, pour m’aider à affiner mes choix ? Des voix de référence dans le domaine du jeu vidéo ?
Merci d’avance à ceux qui prendront le temps de répondre.-
Malice
InvitéPas du tout experte en jeux vidéo mais j’ai bien aimé joué à » the cave »
https://www.jeuxactu.com/the-cave-toutes-les-videos-de-gameplay-84850.htm-
Malice
InvitéJ’ai aussi été accro au jeu » Awsomenauts assemble » mais ce n’est pas un jeu solo
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kenny
Invitéon se demande bien où vous trouvez le temps, avec tous ces livres à lire
sans parler du génocide en palestine-
Malice
Invitéça fait quelques années que je ne joue plus du tout
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Carton de Lait
InvitéÇa fait quelques années que je ne gère plus du tout le génocide en palestine.
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Malice
Invitéj’espère que c’est pour te dégager le temps nécessaire à lire toute la pléiade et non pour jouer à Tetris attack
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toni Erdmann
InvitéMerci Malice
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BIOGRAPHIE
InvitéCyberpunk 2077, doom eternal, un démon soul puis Clair Obscur.
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Kenyle – job dateur professional
Invité« Pour l’instant, je n’ai fait que Outer Wilds et les deux derniers Zelda en solo marquants »
C’est quoi qui t’a plus exactement dans ces jeux ?-
Kenyle – job dateur professional
InvitéSi explorer l’open world de Zelda t’a plu : tente Elden Ring
Si les sanctuaires et donjons de Zelda t’ont plu : tente un puzzle game, The witness, The talos principle 1 et 2, Baba is you, Patrick’s parabox.
Si l’enquête d’Outer wilds t’a plu : tente Return of the obra dinn. Je sais que les gens recommandent aussi Chants of Sennaar et The Forgotten City mais je n’ai pas fait ces deux derniers donc je sais pas ce que ça vaut.
Si tu cherches un triple a solo narratif : tente Red dead redemption 2 et The last of us 1 et 2.-
toni Erdmann
InvitéMerci Kenyle je prends note
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Adrienne
Invitési tu cherches des créateurs de contenus plutot intéressant, game next door parle assez bien des grandes tendances du jeu solo, et je recommande « un bot pourrait faire ça » qui pour le coup propose des vrais pas de côtés vis à vis du medium.
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K. comme mon Code
InvitéL’interactivité ne rime pas toujours
avec immersion. C’est une forme différente de scénographie, exploitée à son meilleur, à mon avis, du côté de Kentucky Route Zero : on interagit, oui, mais sous le contrôle d’un cadrage précis. -
propater
InvitéJe trouve la chaine d’Adam Millard intéressante pour justement trouver des pépites: https://www.youtube.com/@ArchitectofGames
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Il donne aussi à voir ce que pourrait constituer un travail critique sur les jeux vidéos, principalement centré sur l’expérience ludique, ce qui me parait être le bon bout par lequel saisir le médium.
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