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AuteurMessages
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l’homme qui n’a pas de renom
InvitéSéquence Busnel / Trapenard.
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Pour ma part, le bouquin qui m’a cadré à gauche dès l’adolescence, et donc a marqué ma trajectoire de coeur et de pensée, est « La cité de la joie » de Dominique Lapierre.
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Et vous? -
Monami
InvitéLe code pénal
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l’homme qui n’a pas de renom
InvitéTrès bon!
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Jeanne
InvitéLe rouge et le noir. Stendhal.
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Carpentier
InvitéAh, ma mére c’est la Chartreuse.
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Carpentier
InvitéElle dit jamais non à un ptit génépi aussi.
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..Graindorge
InvitéPourquoi ce livre t’a t-il marqué Jeanne?
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Jeanne
InvitéPourquoi ce livre m’a marquée.
Ce serait long à expliciter.
D’abord j’ai été surprise de l’intérêt que je prenais à le lire. J’avais dû l’ouvrir dans la perspective de « me cultiver ». (C’était une perspective que je me donnais). Or autre chose m’arrivait. Autre chose qu’une édification culturelle, autre chose qu’une cuillérée de culture-confiture. Ce qui m’arrivait, c’était la naissance d’un dialogue entre ce livre et quelques unes de mes préoccupations intérieures.
Comme:
-l’amour.
Est-ce que ça existe? Est-ce qu’on se trompe parfois? Est-ce que l’on croit aimer alors que non? Est-ce que l’on croit ne pas aimer alors que si?
-les différents étages de la société.
Est-ce que c’est cool de monter? Est-ce que en haut c’est plus vivant? Est-ce que en haut les gens deviennent fous (du fait d’un manque d’oxygène relatif à l’altitude)? Est-ce que ces questions relatives à notre place dans la société sont en fait, et finalement, dépourvues d’intérêt?-
Jeanne
InvitéPs:
Fabrice croit aimer Mathilde de la Molle alors que pas tellement.
Il croit ne pas aimer Madame de Rénal alors que quand même si.
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..Graindorge
InvitéÀ 7 ans Alice au pays des merveilles a frappé.
Les derniers en dates : Jérôme Lindon de Echenoz ( parfait si la perfection existait) et sans fayotage puisque je m’en fiche car je le dis depuis le début, depuis toujours: Une certaine inquiétude de… 2 âmes
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La bile
InvitéLes 3 Suisses.
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Un classique j’imagine.-
..Graindorge
InvitéMerci pour les larmes de rire
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françois bégaudeau
Invitéla fable du « livre qui a changé ta vie » fait partie de ces mythes littéraires qui participent de la déshérence de la littérature
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l\’homme qui n\’a pas de renom
InvitéSi la littérature n’avait pas son effet, cela ferait belle lurette que nous aurions cesser d’écrire.
Derrière l’appel d’offres que représente l’expression « le livre qui a changé ma vie », il y a tout de même l’ouvrage coup de poing dans ma gueule qui transpire à gros bouillons.
Il est constitutif d’un individu, même si, j’en conviens, il n’ira pas plus loin.
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Lalecture
InvitéEt si on remplaçait l’expression par « Le livre qui a altéré ma vie », on gagne en sens ?
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Parfaitement à l’eau
InvitéA ranger avec les « claques visuelles » au cinéma.
Sinon, le livre qui a changé ma vie c’est mon carnet de santé. -
Ourson
InvitéJ’ai lu « 72 techniques pour la grimper au rideau » de Rocco Siffreddi. Effets concrets sur ma vie : j’ai tout un harem dont l’une des membres a accepté ma demande de mariage tellement elle est devenu accro. Elle attend mon premier enfant
Donc en plus de changer ma vie ce livre à contribuer à créer une vie, il faut l’savoir hein -
Ourson
InvitéPour être un poil plus sérieux, « les livres » dans leur ensemble ont changé mon rapport à monde et donc à ma manière de consommer, de vivre, de relationner avec les gens, de créer des trucs, etc… Certains livres ont apporté des changements concrets, durables et conséquents dans ma vie
Un exemple très précis : j’ai pris mes distances avec mon père et peut-être même inconsciemment avec ma mère, depuis que j’ai lu Alice Miller (Le Corps ne ment Jamais)
Lire un roman a un effet direct : les quelques que je passe à le lire, je suis pas sur mon téléphone ou devant la télé, sans doutes que mes structures neuronales changent pour le meilleur, et mon rapport à l’art en général est transformé après coup (ça me motive notamment à dessiner plus)-
françois bégaudeau
Invitévoilà qui s’appelle ramer pur sauver une expression insauvable
et ce « depuis que » laisse reveur-
Ourson
Invité* regarde un par un les livres de sa bibliothèque pour tenter de prouver à François Bégaudeau qu’il a tort ave un nouvel exemple qui tue (l’exemple ne vient pas…) *
Ah, si, j’ai ! Je me suis mis aux Arts Martiaux et au sport après avoir lu les 42 tomes de DBZ !-
françois bégaudeau
Invitéok, je crois que la discussion est close
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Ourson
InvitéEt pour reprendre l’exemple de Alice Miller, je sais que si un jour je deviens parent : jamais je lèverai la main sur mon futur enfant, grâce à ces livres. ça peut paraître bête, mais comme j’ai été éduqué différemment, ça coulait pas forcément de source
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Lalecture
InvitéUn livre nom, une suite oui, Cent ans de solitude – Solal – Les deux étendards – A la recherche du temps perdu / les fleurs du mal
Sur 3 ans
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Dune
InvitéUne biographie un peu mièvre du Che par Pierre Kalfon, judicieusement sortie pour le trentenaire de son exécution. Je ne sais plus trop par quelles circonstances ça s’est retrouvé entre mes mains, à l’époque je ne lisais pas du tout. Flash immédiat et tristesse enfantine sur le dénouement. J’ai lu toutes les autres biographies disponibles (dans l’espoir naïf de conjurer la déroute ?), puis tous ses écrits et tous les auteurs qu’il mentionnait avant que chaque fil littéraire, historique, stratégico-politique… photographique! ne se développe en toile dans plein de directions.
Bref, Pierre Kalfon a changé ma vie – i.e. je n’ai pas fait la révolution. -
Dr Xavier
InvitéNotre Joie : depuis sa lecture, ma vie est transformée, chaque fois que je croise un écrivain je profère des énormités fachos en espérant être le sujet de son prochain livre.
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françois bégaudeau
Invitérire
Voilà au moins un exemple concret du « changé ma vie »
Parmi les autres répondeurs, on ne voit pas bien en quoi leur vie a été changée.
Preuve concrète que cette expression est une fraude
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paulb
InvitéSiddartha m’a mit la bonne claque dont j’avais besoin à l’aube de ma post-adolescence.
Sinon Bukowski, Echenoz m’ont prouvé qu’on pouvait hurler de rire en lisant et ont donc modifié mon rapport esthétique à la littérature.
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Christophe M
InvitéLes quatrièmes de couverture des livres de Gérald Bronner. Elles donnent de l’espoir : c’est la démonstration qu’on peut être d’une médiocrité insondable et être prof à la Sorbonne.
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Laure
InvitéCertainement ce livre de cuisine dans lequel j’ai appris la recette des lasagnes épinards ricotta
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I.G.Y.
InvitéLivre qui aurait très directement modifié ma vie : j’ai beau chercher, je ne sais pas. J’ai failli m’étouffer de rire alors que j’étais malade comme un chien en lisant L’Ours est un écrivain comme les autres de Kotzwinkle. J’ai un instant cru devoir appeler le 15, mais finalement non.
– Premier roman marquant : La croisée des monde de Pullman (j’avais 10 ans)
– Dernier roman marquant : Cherokee d’Echenoz (j’avais le même âge qu’aujourd’hui moins une semaine)
– Premier essai politique marquant : La société ingouvernable de G. Chamayou (2018). Un bien bel auteur.
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françois bégaudeau
InvitéJ’aime bien « marquant »
C’est juste
Ca me marque. Il m’en reste quelque chose. Des marques. Dans mon cerveau. Dans mon corps.
Ma vie continue, inchangée, mais mon corps s’est trouvé affecté.
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Charles
InvitéDans les livres qui m’ont le plus marqué, c’est-à-dire ceux que j’ai le plus relus, auxquels je pense le plus, ceux qui m’ont procuré un plaisir d’esthétique intense et qui m’ont augmenté au sens où ils m’ont enrichi, rien de très original :
– Les Chants de Maldoror de Lautréamont : première phrase renversante (« Plût au ciel que le lecteur, momentanément en hardi et devenu féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins a sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre ») que j’ai recopiée dans un carnet à 19 ans et que j’ai apprise par coeur. Grand souvenir également de sa préface qui décrit l’oeuvre comme celle parodique d’un adolescent surdoué, dans une forme mal dégrossie, de pré-écriture ou quelque chose comme ça.
– Hamlet de William S., pour la mélancolie, le romantisme deux cents ans avant son avènement outre-Rhin, sans les bas de soie de Werther, dans cette langue toujours un peu obscure, baroque mais qui se tient dans un monde qui parait archaïque, cauchemardesque. Les tirades sur le deuil du début sont ce qu’ils m’ont le plus marqué, avec le désarroi métaphysique et l’impuissance du prince.
– une phrase de Michaux, en tête d’un de ces poèmes dont j’ai oublié le nom mais qui figure dans le recueil La vie dans les plis : « Je crache sur ma vie. Je m’en désolidarise. Qui ne fait mieux que sa vie? » Cette phrase, pleine d’élan, d’emphase contenue, absurde et limpide à la fois, m’a forcément troué à 20 ans.-
Charles
Invitéses* poèmes.
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l\’homme qui n\’a pas de renom
InvitéQuelle entrée en matière chez Lautréamont, quel verbe, quel gothique.
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l’homme qui n’a pas de renom
InvitéOui, « marquant », d’accord.
Pour autant, pas d’accord sur l’idée selon laquelle la vie se poursuit, « inchangée ».
Il peut y avoir épiphanie, prise de conscience, réveil, révélation à la lecture d’un livre « marquant », lequel peut déterminer une trajectoire.
La servitude volontaire de La Boétie a mis le doigt sur ma rébellion permanente lorsque j’étais ado. Ce texte a par exemple mis les mots sur ce que je supposais. Lorsqu’un grand texte te prend par la main et te conduit à l’étage supérieur, il va sans dire qu’il se produit quelque chose.
Bien sur, l’action doit épouser cette prise de conscience, sans quoi tout s’évanouit.
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I.G.Y.
InvitéCes marques font partie des déterminismes infinis qui modifient la vie, c’est vrai. Mais je pense que ce sur quoi insiste François est qu’il est rare qu’une trace laissée par un livre soit si forte qu’elle la bouleverse complètement à elle seule, qu’elle y imprime un angle droit.
Sur la séparation action/prise de conscience, je pense savoir ce que François répondrait et je dirais sans doute à peu près la même chose. Et à mon avis, si « l’action » n’a pas suivi la « prise de conscience », c’est que la trace laissée par le livre (comme par n’importe quelle affection extérieure) n’était pas assez forte. Elle n’a provoqué qu’une action de basse intensité.
Suit aussi toute la question du refoulement des traces, mais la psychanalyse, vraiment, je n’ai jamais réussi à m’y mettre (je veux bien des conseils de lecture pour vaincre mon scepticisme).
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françois bégaudeau
Invité» Ce texte a par exemple mis les mots sur ce que je supposais. »
Voilà qui est déjà plus juste, sapant le toujours fallacieux paradigme de la rupture.
Il n’y a jamais de rupture.
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Mao
InvitéLe livre d’un homme seul.
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deleatur
InvitéChanger sa vie
Réformer
Réparer les vivants
Sortir de sa zone de confort
Faire son deuil
Résilience
*
Sémantique de l’adaptabilité et de la soumission aux normes néolibérales de l’adaptabilité. Quand on me parle de sortir de ma zone de confort, j’ai toujours l’impression qu’on me demande d’aller sauter la voisine.-
Jeanne
Invitédeleatur c’est quoi le rapport entre sortir de sa zone de confort et sauter la voisine ?
(Ça m’échappe, là).-
deleatur
InvitéLa transgression pépère qui n’a rien de transgressif, portée par des gens dont le rappel aux normes morales conservatrices est la constante morale.
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Jeanne
InvitéJe vois mieux.
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Ourson
InvitéEt si un mec en post-burnout accro aux médocs te parle de quitter son taf bureaucratique de merde dans la finance pour aller s’installer avec des amis à Carcassonne et faire de la guitare toute la journée en vivotant à gauche à droite (et donc rentrer dans sa zone de confort psychologique et biologique), ça t’inspire quoi ?
On est quand même loin de la norme néolibérale la non ? En dépit de la volonté de « changement »-
deleatur
InvitéÉlan vital, expérience de la charité et salut.
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Ourson
Invité« » »
Le changement 2 se caractérise par le fait que c’est le système lui-même qui se modifie ou qui est modifié. Pour reprendre des métaphores empruntées à Paul Watzlawick, le changement I s’apparente à l’action du thermostat qui régule la température en fonction des variables thermiques ou encore à celle de l’accélérateur de la voiture qui permet d’aller plus vite mais en conservant le même régime, alors que le changement 2 correspond à une intervention sur le levier de vitesse qui, modifiant alors le régime de la voiture, la fera passer à un niveau supérieur de puissance. Ainsi face à une côte très abrupte (changement de contexte), Si le conducteur ne faisait qu’accélérer « un peu plus », il n’effectuerait qu’un changement de niveau 1, solution qui amplifierait le problème car sa voiture (imaginons une petite cylindrée), un pet, plus a court de puissance, avancerait de plus en plus difficilement et finirait sans doute par caler Dans cet exemple, la solution consistant à changer de vitesse pour modifier le régime du moteur correspond précisément à un changement de niveau 2.L’accès au changement 2 dans un système humain nécessite que les règles qui le régissent subissent des transformations. Et cette modification des règles d’un système humain relève, comme nous le verrons dans les chapitres suivants, d’une reconstruction de la réalité, d’un changement de prémisses, voire d’hypothèses de base ou de présupposés. Ce changement 2 sur lequel l’équipe de Palo Alto s’est particulièrement mobilisée est celui qui nous intéresse ici en premier lieu.
Tout changement résulte d’un apprentissageLa mise en œuvre d’un changement 2 implique nécessairement un processus d’apprentissage, lequel portera sur un changement de prémisses, d’attitudes mentales qui produiront en retour un changement dans le système. Si « nous sommes ce que nous avons appris », nous pouvons évoluer en apprenant encore et toujours, et surtout en pratiquant ce que nous avons nouvellement appris. Tout changement résulte soit de l’acquisition de connaissances nouvelles soit d’une reconstruction de la réalité cet apprentissage peut être conscient ou inconscient, de nature cognitive, technique ou comportementale.
« » »
« Tout changement résulte soit de l’acquisition de connaissances nouvelles soit d’une reconstruction de la réalité cet apprentissage peut être conscient ou inconscient, de nature cognitive, technique ou comportementale. »
Cette reconstruction de la réalité peut être initiée par les livres (ou par l’art, les gens, la vie quoi).
C’est pas du développement personnel que je cite hein, c’est du Bateson, un des représentants de l’école de pensée Palo Alto qui mène des travaux sur la psychologie, la cybernétique et le constructivisme -
Ema
InvitéL’expression « qui a changé votre vie » est évidemment sujette à caution, ça me paraît un peu grandiloquent, mais plus modérément si je devais nommer le roman qui m’a donné le goût de la littérature, et qui m’a fait passer de lecture type polars sanglants à des choses plus intéressantes, je dirais qu’il s’agit du Guépard, étudié au lycée pour l’année du bac. L’impression qu’un roman pouvant mieux que n’importe quel cours d’histoire, illustrer, via un regard subjectif, les enjeux subtils du passage de l’ére aristocratique au règne bourgeois, m’avait laissée sur le cul, et définitivement fait passer dans le camps des bouquineurs réfractaires à l’étude scolaire de l’histoire.
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Carpentier
InvitéLe livre qui a changé ma vie de fan:
son Dans la diagonale.
Il a changé ma vie de fan le jour où son auteur, apprenant que c’était mon préféré de lui, a répondu à cela sur son forum, je crois me souvenir, que ce n’était vraiment pas son cas parce qu’il y voyait beaucoup trop de travail de repassage, s’il devait le reprendre aujourd’hui.
Une des clefs possible pour penser le iatus/quiproquo/gouffre entre l’auteur et moi peut-être.-
françois bégaudeau
Invitéen général un auteur ne tiendra pas rigueur à un lecteur d’ailer un livre que lui n’aime aps
ton hypothèse fait flop
la nature du hiatus a été ici formulé et reformulé et en treize ans tu n’en as jamais tenu compte
donc tu peux au moins avoir la décence de ne pas feindre de chercher le hiatus-
françois bégaudeau
InvitéA part ça oui j’ai souvent dit que je n’aime pas Dans la diagonale, et pas qu’à toi, et ô surprise je ne me suis faché avec aucun des lecteurs qui l’aiment
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Carpentier
InvitéBah, je plaisantais, mais l’humour a très vite pu été possible entre nous aussi.
Je persiste à ne pas comprendre en effet, et c’est indécent, dis-tu et ce que je raconte est indigent écris-tu aussi tandis que je trouve tes reproches bien indigestes.
On est bien avancé.
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deleatur
InvitéLes livres qui n’ont rien changé à ma vie :
– L’attrape-coeur
– Le Grand Meaulnes
– Le diable au corps
– Le Journal du séducteur
– César Birotteau
– La Mort à Venise
– La Symphonie pastorale
– Lettre au père
– Extension du domaine de la lutte
– Les Affinités électives
– Le Tour d’écrou
– La Confusion des sentiments
– Rue des boutiques obscures
– Le Salon de Wurtemberg
– Ethan Frome
– Tu seras écrivain, mon fils-
Carpentier
InvitéTu es son fils et tu es danseur?
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deleatur
InvitéBégaudeau est un auteur très survendu. Je me suis fait avoir.
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Titouan R
Invité« Le livre qui a changé ta vie » – séquence de La Grande Librairie qui n’a jamais cessé de m’agacer. La littérature convoquée comme propice à faire dévier une existence : le plaisir esthétique est congédié et l’art n’est plus sa propre fin. Il doit servir à autre chose – changer des vies, réparer des existences, guider une conversion….
Comme cela a été dit, prêter à un livre le pouvoir de changer de vie relève de la fable. Un livre peut infléchir une pensée, nous « marquer » comme l’a dit IGY. Le livre nous travaille, nous affecte, mais il ne change pas notre vie. Notre devenir matériel quotidien se retrouve-t-il bouleversé par un livre ? Non, sauf à en être l’auteur.ice et à bénéficier d’un succès foudroyant de librairie.
En vérité, un livre peut participer d’un changement, il accompagne une trajectoire que cent autres choses (un problème médical, des rencontres amicales, un licenciement….) auront également façonné. Prétendre qu’un livre a changé sa vie (surtout lorsqu’on est écrivain.e) est problématique pour deux raisons :
1 – on prête à la littérature une autre fonction que la sienne.
2 – un récit de soi, plutôt d’un changement de soi, qui décrète que ce changement s’origine dans un point de bascule « intellectuel » (comme un livre) procède d’une falsification, d’une socio-dicée ou psycho-dicée de bas-étage. Le genre de récit auquel, précisément, aucun.e écrivain.e digne de ce nom ne devrait prêter son concours. Mais bon… jeu de la promo TV ou adhésion sincère à ce genre de récit libéral-résilient, et on oublie vite le scrupule de ne pas se raconter d’histoire.
En fait je crois que tout.e romancier.e conséquent.e doit se méfier du fait de raconter des histoires.-
Ourson
InvitéJe ne pense pas que le but du topic soit de prouver à quel point les livres ont un super pouvoir de transformation de vie.
Ça a juste l’air d’être un appel à témoignages anecdotiques, ne vous inquiétez pas personne n’est là pour défendre la « thèse » des livres en tant qu’objets mystiques et salvateurs de l’existence.
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Si Michel te raconte qu’il est allé dans un bar, qu’à cause du verre de Ricard de trop il est monté cul-nul sur la table et a attiré le regard de Sabrina qui a fini par devenir la mère de ses enfants, ce sera pas pour te prouver que le but du Ricard est de fonder une famille.
Parcontre, objectivement, dans son cas à lui – anecdotique certes – ce verre de Ricard aura profondément transformé son existence et celle de sa femme.
Certes, il y a tout un tas d’autres déterminants en jeu dans cet exemple très réaliste de rencontre amoureuse, toujours est-il que sans ce déterminant majeur qu’est le verre de ricard de trop, Michel finit peut-être sa vie seul, ou avec Claudette, ou avec Paul.
Mais en tout cas va bien, il cherche pas à prêter un pouvoir au Ricard que le Ricard n’a pas en racontant son histoire banale.
Comme Michel, il y a tout un tas de gens qui ont effectué un changement de vie drastique qu’ils n’auraient pas effectué après la lecture d’un ou plusieurs livres (changement de pays, changement de taf, changement de femme, changement de bord politique, changement de régime alimentaire, changement de sexe…)
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Et même si tout et n’importe quoi peut provoquer un changement de vie drastique, vous me ferez pas croire qu’un livre ne fait que marquer/affecter/travailler l’esprit comme pourrait le faire une discussion avec un philosophe improvisé au PMU.
Si cette hypothèse était vraie, ça voudrait dire par exemple que le François Begaudeau qu’on connaît aujourd’hui serait exactement le même François Bégaudeau s’il n’avait lu que le dixième des livres qu’il a lu.
Bah ça m’étonnerait franchement. Dans la réalité parallèle où François Bégaudeau ne lit pas :
François Bégaudeau est un ancien bodybuilder acteur de films d’action qui écrit des livres médiocres de développement personnel dont notamment le best-seller « Transformez votre Réel (Histoire de votre Joie) ».
« Françoisbegaudeau.fr » serait un catalogue de formations de dev perso à plus de 150€ et on serait même pas en train de débattre car moi je serais trop pauvre pour adhérer à son « abonnement VIP » nécessaire pour converser avec les autres membres du site.
C’est évident.-
Francesco Bigoudi
InvitéSalut.
Je suis le François Begaudeau de la réalité parallèle dont tu parles.
Tu te trompe, mon best-seller c’est « Entre quatre Murs (et entre Durs) », un livre dans lequel jparle de mon passé de surveillant penitentiaire et de comment j’ai acquis le respect des taulards par la force de mes points.
Je joue mon propre role dans lfilm synonyme.-
Oursin
InvitéJe suis le Ourson de cette réaliter perpendiculaire et franchement c un super bouquin (mais s’est le seul que jai lus).
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Titouan R
InvitéMerci Ourson.
Je n’ai pas été clair : bien sûr qu’un livre peut marquer, mais comme je le dis il accompagne un mouvement, un pli préexistant. Un livre peut actualiser une bifurcation brumeuse de l’esprit, focaliser un pli critique ou un certain regard sur le monde et la vie. Je dis simplement que le livre est une donnée parmi d’autres.
On peut même dire que, souvent, on se « dirige » vers un livre – on pressent l’affinité qui, coup de bol, se confirme.
Et mon message initial n’avait pas pour but de tacler la personne à l’initiative de ce topic mais plutôt de clarifier, pour moi en premier lieu, l’agacement que cette fable du livre salvateur suscite. Agacement renforcé par le fait que certain.es écrivain.es sont sincèrement convaincu.es que la lecture du Petit Prince a bouleversé leur trajectoire.
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Cocolastico
InvitéIl y a deux ans un couple d’amis me traîne dans une librairie d’un bled breton paumé pour écouter une écrivaine -Louisa Yousfi- parler de son livre « rester barbare ». La configuration de la (petite) salle est bizarre et je me retrouve quasi seul face à elle. Je ne peux pas détourner le regard, je ne peux pas ne pas l’écouter. Je n’ose plus changer de place. Mon orientation politique d’alors est éloignée de la sienne (color-blind, mou.. ) et pendant une heure j’ai l’impression de me prendre une déferlante dans la tête. Je suis décontenancé, fâché, séduit, intéressé. J’en ressors les larmes aux yeux. Louisa Yousfi me mène à Houria Bouteldja qui me mène à Dany et Raz qui me mène à François qui me mène à pleins d’autres intellos combatifs et plaisants. Mes semaines sont depuis entrecoupées de moments de joie, parfois extatiques, rien qu’à les écouter.
J’ai eu envie d’écrire ce message suite à la nouvelle de la mort d’Eric Hazan, je crois que je lui dois beaucoup.-
deleatur
InvitéJe suis touché par cette mort et j’ai aussi eu envie de partager mon chagrin.
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GaelleS
InvitéUn A voix nue lui etait consacré,
qui nous fait l’aimer encore mieux https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-eric-hazan -
Claire N
Invité« je me retrouve quasi seul face à elle. Je ne peux pas détourner le regard, je ne peux pas ne pas l’écouter. Je n’ose plus changer de place «
Merci pour ce récit, sans l’avoir croisée de si près je ne doutais pas de son charisme
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tristan
InvitéEric Hazan, prototype du Juif qui se déteste lui-même (« self-hating Jew » sonne mieux). Une dérive graduelle culminant ces dix dernières années dans la haine et soi et une forme de délire ‘tiers-mondiste’ (de ‘rachat’?) avec la publication dans la maison qu’il a fondée, La Fabrique, de « Les Blancs, les Juifs et nous: vers une politique de l’amour révolutionnaire » (2016), ouvrage torcheculatoire de Houria Boutelja, décoloniale identitaire, antisémite, homophobe (entre autres), dont il a été remarqué que la « pensée décoloniale” avait de forts relents de maurassisme, avec sa haine du juif et son aversion pour tout type métissage censé déviriliser la « race ».
Nulle doute qu’elle aurait sa place au KKK comme une des 6 Furies du Grand Titan des Possessions (Dominions) de l’Empire Invisible.
Bref, si Henri Curiel a marqué l’histoire pour un engagement anticolonialiste exempt de toute forme de racisme, ce qu’il paya d’ailleurs de sa vie, il y a fort à parier qu’Eric Hazan n’y laissera lui qu’une mince trace pas toujours très nette… comme celle qu’il avait au fond de son slip.
Que Satan le besogne !-
françois bégaudeau
InvitéIl fallait que ceci fût écrit avant même que Hazan fût mis en terre.
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Tristan
InvitéJe suis un peu emmerdé, du coup, de signer ici Tristan : une majuscule peut-elle suffire à nous différencier ?
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françois bégaudeau
InvitéTristan : t’en fais pas, on distingue bien.
Mais pour être sûr tu peux certes te rebaptiser Tristan-le-pas-nazi
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Marco
InvitéQuelle connasse tu fais Tristan !!
Une crevarde. Une vraie.
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Carton de Lait
InvitéCe n’est pas encore arrivé. Je ne sais pas d’ailleurs si quelque oeuvre artistique que ce soit a déjà changé. ma vie. Enfin si, peut-être dans la musique. Mais encore là, changer, le terme est fort. Il y a tout de même des albums qui m’on donné le goût de faire de la musique ce qui a relativement changé ma vie.
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Pour revenir aux livres,peut-être au minimum nommer le livre qu ma fait découvrir la littérature et ce que ça pouvait être. L’avalée des avalés de Réjean Ducharme. Un classique chez nous qui fut nommé aux Goncourt en 1966. Je l’ai lu à 16 ans dans le contexte scolaire. Chacun dans la classe devait choisir un livre différent d’une liste prédeteminée pour en faire je sais plus quoi, une analyse quelconque j’imagine, je ne me souviens plus. La prof m’avait dit « T’es sûr? C’est particulier, je suis pas certaine que tu vas comprendre ». Alors là…. va te faire foutre j’ai pensé., très certainement que c’est lui que je vais lire et rien d’autre maintenant! Conasse… (elle ne m’aimait pas).
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Je n’aime plus tellement ce livre aujourd’hui mais bon., il m’aura marqué quand même, -
Simon F
InvitéL’Éthique de Spinoza (et tous les livres des commentateurs qui permettent de le comprendre).
Et Proust, qui m’a aidé à me remettre d’une rupture amoureuse.
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Cyril
InvitéQuel passage de Proust ?
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Simon F
InvitéDifficile à dire, l’intégralité de la Recherche s’appréhende comme une masse dont l’effet sur les lecteurs s’explique aussi par son volume (autant que par sa densité). C’est une lecture qui accompagne notre vie au long cours, c’est assez rare d’ailleurs en littérature, ça colore toute une partie de notre vie, sur plusieurs mois. Une sorte de compagnonnage, comme on en connaît rarement en art.
Mais s’il faut vraiment répondre, je dirais tous les passages dans lesquels le Narrateur se regarde tel qu’il est, avec lucidité et cruauté, et explore sa propre bassesse sans se mentir. C’est un miroir tendu au lecteur qui l’invite à cesser toute forme d’hypocrisie, c’est extrêmement précieux, en tout cas ça l’a été pour moi.
Et plus ponctuellement, la mort de la grand-mère et les chaussures lacées ; le ridicule des Verdurin ; les facéties du Baron de Charlus ; le deuil d’Albertine ; la déception du parvenu lorsqu’il parvient ; la déception de l’amoureux lorsqu’il est aimé ; la déception de l’enfant lorsqu’il obtient le baiser qu’il attendait ; le passage du temps qui frappe en pleine gueule dans le Temps retrouvé.
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Cyril
InvitéLe jour où j’ai posé la manette de jeu à 15 ans pour lire dans ma baignoire Don Juan a été déterminant dans ma vie de lecteur. J’ai découvert que la grande littérature pouvait m’occuper aussi bien voir mieux que World of Warcraft.
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Cyril
InvitéCe n’était pas une manette de jeu mais un clavier-souris. Je m’empresse de le signaler avant qu’un connaisseur me fasse la remarque.
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Simon F
InvitéC’est parce que tu ne jouais pas Undead Warlock.
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Cyril
InvitéNon, j’avais choisi l’Alliance (sûrement déterminé dans mon choix par des affects droitiers). Mais j’étais un humain voleur (déjà éclosait une tendance anarchiste) et noir (je n’étais pas raciste (à moins que l’association avec voleur…)).
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Simon F
InvitéIl faut de toute urgence un sous-forum jeux vidéos.
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Juliette B
Invité-
Claire N
InvitéMerci Juliette, je retiens « la politique de non croissanc » /et si Ourson passe par lâ je lui conseille vivement l’audition de cette interview au vu des questionnement qu’il semble avoir
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..Graindorge
InvitéMerci Juliette
Fière de dire que je n’ai jamais rien acheté chez Amazon.
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Leny
InvitéLe dernier livre de Bouteldja a particulièrement changé ma boussole politique. En plus plus c’était agréable à lire. Je pense qu’il va me marquer à vie. Après c’est un essai donc le plaisir esthétique n’est pas forcément la visée première, mais quand même. Lisez Bouteldja pour comprendre politiquement l’époque.
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Dr Xavier
Invité« Je me souviens du soir où il m’a dit ‘Vie et Destin de Grossman, Vassili Grossman, il faut le lire, ça change la vie.' »
(Lu dans Lundi, Nous souvenir d’Eric Hazan)
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