Accueil › Forums › Forum général › La plus grande, la plus violente, la plus conséquente des oppressions…
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Ourson
InvitéMême à gauche, on entend très rarement de la violence inouïe que subissent les enfants à travers le monde, et je ne parle pas que des violences sexuelles dont ils sont – il me semble – les premières victimes (et les filles en tête)
Dites à votre entourage que vous avez puni et giflé votre femme, voire votre grand-mère, parce que le dîner n’a pas été servi à temps : si tout va bien vous perdrez tous vos amis et votre boulot. Attention, je ne dis pas que les femmes ne sont pas massivement exposées à un risque de violence conjugale, je dis juste qu’on a au moins plus ou moins le mérite de condamner moralement les violences conjugales (judiciairement c’est déjà autre chose, y’a encore du chemin à parcourir)
Dites à votre entourage que vous avez puni et giflé votre gosse parce que la maîtresse vous a dit qu’il avait collé un chewing-gum sous la table : vous aurez déjà plus de chances d’avoir des rire complaisants en guise de réaction. « Parfois une bonne baffe ça fait pas d’mal ! Il recommencera pas au moins » (nb: il recommencera 200 fois quand les grands auront le dos tourné)
Pourtant, on sait que ces violences banalisées, même isolées, sont très mal vécues par ces petits êtres littéralement sans défense, et suffisent à provoquer des lésions psychologiques voire physiologiques irréversibles. Malgré ça, la plupart des adultes vous diront qu’un gosse qu’on recadre pas finira pas devenir un enfant roi capricieux alla Super Nanny, puis un paumé qui filera un mauvais coton. « Et puis au pire quoi ? Moi j’en ai reçu des belles et j’en suis pas mort ! J’peux te dire que si papa m’avait mis tous ces aller-retours, je serais sûrement un psychopathe cannibale aujourd’hui ! »
Mais le réel est ce qu’il est et ceux (psychologues, psychiatres, biologistes, sociologues, gens dotés de bon sens…) qui ont étudié la question de près sont unanimes : ce sont les adultes (parents, grand-parents, oncles, profs, dames de cantine) qui humilient et abusent de leur statut d’adulte à longueur de journée pour se décharger de leur mal-être. Et ces humiliations n’ont QUE des conséquences négatives, que ce soit sur la santé de l’enfant, ou sur la société dans son ensemble
Je vous partage un texte de Olivier Lafay qui en plus d’avoir mis au point une chouette méthode de muscu, a pas mal étudié la question des violences infantiles, leur impact dans l’idéologie méritocratique « No Pain No Gain » qui règne dans le sport de haut niveau, menant ainsi à la blessure et au dopage généralisé :
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“Plus un apprentissage a été difficile, malaisé, douloureux ou même humiliant, moins l’individu est prêt à remettre en cause la valeur de ce qui lui a été enseigné. Cela signifierait en effet qu’il a investi et souffert pour rien.”
Citation de Gregory Bateson, anthropologue, psychologue, épistémologue américain (1904-1980) Et, étant à l’origine de la pensée écosystémique et bienveillante, référence centrale de la Méthode Lafay.
Bien entendu, c’est nécessairement dans une société qui valorise la souffrance (menant paraît-il au mérite et à la valeur individuelle) que les apprentissages auront été longs et difficiles
C’est dans une société qui enseigne à l’aide de la souffrance, que cela est possible.
Le pouvoir éduque à la souffrance et via la souffrance. Les adultes, relais du pouvoir dans la famille, éduquent leurs enfants de façon brutale “pour leur bien”, se soumettant ainsi aux valeurs des dominants. L’enfant ainsi éduqué valorise à son tour la souffrance en grandissant. Il valide ainsi le pouvoir en place. Et le pouvoir continue de communiquer sur la valeur souffrance (sacrifices, etc.).
La boucle est bouclée.
Tout le monde considère que vivre dans la souffrance va de soi. Ce n’est guère remis en question, même si ce culte de la souffrance n’avantage que ceux qui sont tout en haut de la hiérarchie sociale, et qui s’évitent, eux, de par leur position, bien des souffrances.Bateson explique aussi que c’est dans les sociétés historiques, qui datent de quelques milliers d’années, après la naissance de l’agriculture, que le pouvoir, pour s’assurer la dominance et la maintenir, a poussé les gens à sortir de l’Optima pour aller dans le Maxima. C’est le début de la véritable exploitation de l’Homme par l’Homme…
[…]Olivier Maurel explique, lui, que dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, on ne frappe pas les enfants. Ces sociétés dites primitives considèrent qu’un enfant ne peut pas comprendre et qu’il est donc inutile de le frapper ou de le punir.
Ces “primitifs” avaient intégré les recherches les plus actuelles en neurosciences…>>> Il y a donc un lien étroit, historique, de cause à effet, entre la violence sociale, les échelles de dominance et la violence faite aux enfants, sans chercher à les comprendre.
Wilhelm Reich explique dans “La révolution sexuelle” que les parents sont la courroie de transmission qui établit auprès des enfants les volontés du pouvoir.Dans une société de douceur, la citation de Bateson n’aurait pu exister. La violence sociale serait faible ou inexistante. Les enfants ne seraient donc pas mis sous pression, et ne reproduiraient donc pas le schéma social et la violence parentale. Et les hiérarchies seraient forcément très différentes de celles qu’on connaît (où très peu de gens s’accaparent tout, vivent dans l’opulence, et enseignent au peuple qu’il est bon de souffrir pour exister).
En fait, chaque baffe à un gosse est, sans qu’on le sache clairement, un acte de soumission aux ordres venus des dominants…=====
P.S : je ne suis personne mais s’il vous plaît, arrêtez d’opprimer vos gosses -
Ourson
InvitéPatrick Sébastien qui justifie en direct à les râclées qu’il a reçues plus jeune (j’ai collé le lien avec le timecode)
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Ourson
Invité -
Ourson
Invité -
Ourson
Invitéce sont les adultes (parents, grand-parents, oncles, profs, dames de cantine) qui humilient et abusent de leur statut d’adulte à longueur de journée pour se décharger de leur mal-être qui sont les enfants rois capricieux *
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Delphine
InvitéJe trouve que ce débat autour de la banalisation des violences ordinaires (c’est-à-dire hors cas de véritable maltraitance), notamment concernant les enfants au sein du cercle familial est difficile à trancher. Bizarrement, jusque dans les années 2000, presque personne n’a trouvé quelque chose à redire à des pratiques considérées comme éducatives et, tout à coup, la moindre remontrance ou la moindre main levée sur un enfant se termine presque devant un tribunal. Cela se rapproche du « comment faisait-on avant ? ». D’un autre côté, je rejoins un peu Ourson dans certains cas (abus d’autorité de la part de certains adultes, peut-être lié à un sentiment de mal-être, frustration ou autre). Je crois que cette question est difficile à trancher justement parce qu’elle relève du cercle familial, donc de la sphère privée, avec des habitudes et « traditions » dans chaque famille.
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Ourson
InvitéLe truc, c’est que le débat est tranché : factuellement, les violences banalisées sont associés à des traumatismes qu’on peut retracer sur une IRM. On sait comment fonctionne la mémoire traumatique, on sait les conséquences précises de ces violences, et tous ceux qui en ont été victimes (quasiment tout le monde) s’en rendraient compte avec un minimum d’introspection
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Delphine
InvitéJe suis sceptique sur le côté médicalisé que je trouve un peu poussé à l’extrême, mais pourquoi pas ? Après tout, chaque corps (partie physique et psychologique) réagit différemment, en fonction de sa sensibilité.
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JeanMonnaie
InvitéJustifier les punitions au nom de traditions, c’est très à droite et même plus de droite que moi.
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Ourson
InvitéOn réagit tous de la même manière à plein de trucs quand même
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..Graindorge
InvitéD’abord merci Ourson d’avoir choisi un sujet pour alimenter le forum en août.
Personnellement, j’ai reçu quelques rares fessées et même encore plus exceptionnel une allumette juste éteinte sur le bout de la langue si j’avais dit un gros mot et pas traumatisée pour autant-
Mélanie
InvitéCe qui ne brûle pas complément la langue rend la langue plus forte ?
Ou bien il est arrivé que tu sois née solide.
Je pense que ça m’aurait traumatisée, l’allumette. Rendue mutique, peut-être.-
..Graindorge
InvitéMa mère la mettait juste une fraction de seconde: t’as pas le temps de sentir, juste Aïe!
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Mélanie
InvitéC’est adorable
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..Graindorge
InvitéLa perfection n’existe pas. La maman du chaton J’ai, lorsqu’elle lui donne un coup de patte pour le calmer, c’est pas sûr que le chaton soit traumatisé.
Et j’ai souligné que c’était très rare la fessée et plus rare l’alumette. J’ai eu une maman qui était là quand je rentrais de l’école. Qui cuisinait tous les jours, soignait nos bobos etc.. Et très maternelle même si ça ne disait pas I love you. Moi j’ai choisi de ne pas avoir de gamins ( j’en ai gardé pas mal) mais j’ai vu la vie de 2 de mes frangines + copines: la course, les plats vite faits, le micro-ondes… La garderie dès 9 ou 10 mois. Le bébé se retrouve avec une dizaine d’enfants, moins si c’est une nounou mais de 9h à 17h. ou autre horaire selon. Puis, bain, repas peut- être raconter une histoire C’est violent aussi je trouve cette séparation dès les 1ers mois. C’est comme ça. Et j’ai vu des mamans pas maternelles du tout
Il n’y a pas longtemps, invitée par une amie pour voir le bébé de son fils et de sa compagne: la bonne trentaine et crevés. Ils travaillent tous les 2, à Barcelone. Le gamin a une « pêche » d’enfer. Tu crois qu’il va s’endormir et bing! les mirettes bien écarquillées! Et il crie. Il se calme un peu devant l’écran du portable avec dessins animées ou nanas ( berceuses) italiennes, du portable. Je lui ai chanté une bricole. Bof! Le papa kaputt alors ils l’ont emmenés une seconde fois à la plage pour qu’il rebarbotte et joue avec eux dans le sable. Avec l’espoir qu’il se fatigue bien pour qu’ils puissent dormir. Et on parle là des vacances! Ils ne voient pas l’heure de la garderie en septembre! Et ma copine, bien contente d’habiter loin d’eux. C’est comme ça-
Papo2ooo
InvitéJe serais d’accord pour dire que les maltraitances faites aux enfants ne tombent pas du ciel, mais cela ne signifie pas que des violences sont sans effet. C’est extrêmement violent les coups pour tous les enfants. Certains ont le malheur de devoir s’y habituer. Les allumettes je n’en dirai pas plus sur ce que ça m’évoque, je préfère pas.
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Et s’agissant du téléphone pour un bébé, c’est catastrophique. Je ne juge pas; mais il faut dire que ça peut avoir des conséquences très graves pour la santé.-
Papo2ooo
InvitéBernard Stiegler a fait des ateliers avec des cliniques pour essayer d’accompagner des parents, dont les bébés ont été exposés au écran tout petit.
Faudrait retrouver les vidéos, mais il est on ne peut plus clair sur le sujet. -
..Graindorge
InvitéPour les écrans ENTIÈREMENT d’accord avec toi Papo2000. Et le bébé est comme hypnotisé
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Carpentier
Invitébjr,
ceci, qui pourrait intéresser qqn dans ce sujet:
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Mélanie
InvitéGraindorge, je trouve assez différents un coup de patte et une allumette sur la langue contre les gros mots.
Tant mieux si tu te portes bien, et je veux bien croire que ta mère ait été pleine de bons soins par ailleurs. L’allumette reste je trouve un truc très violent. As-tu encore dit des gros mots ensuite ?-
Malice
InvitéC’est toujours savoureux, les justifications données aux actes de torture, non seulement il faut prendre le coup mais subir le bullshit qui l’accompagne…quant à croire ( ou se raconter qu’on croit) que dire un gros mot est plus dégueulasse que brûler la langue de sa fille, chapeau.
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..Graindorge
InvitéMalice, ma Licette
« acte de torture »! Ouh! Mais pas du tout! Le bout de l’allumette éteinte refroidit très vite et je ne sentais presque rien mais je dis plus rien. On ne convainc pas des convaincus.C’est intéressant de noter les diverses et compréhensibles réactions. Et dans toute mon enfance, j’ai dû recevoir 3 ou 4 fessées, sur les vêtements et ça m’a pas fait mal ni « »traumatisée » désolée, je ne rentre pas dans la case des « torturées » par contre les humiliations de Madame Rapuck ( vrai nom) au cours préparatoire, ça c’est terrible pour un enfant
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..Graindorge
InvitéJ’ai commencé à dire des gros mots très tard vers la vingtaine mais pas beaucoup. Et je préfère Punaise à p… l’école ça a été beaucoup plus violent, surtout au cours préparatoire et je n’avais qu’une hâte: retourner au nid. Et ma mission d’enfant: préserver ma mère des » méchancetés » faites. L’allumette éteinte en comparaison c’était rien
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Mélanie
InvitéMoi je n’ai pas été tapée ou quoi, mais je peux raconter par exemple que ma mère m’interdisait de me raser mes jambes, donc je m’épilais et j’ai mis beaucoup d’années à arrêter, un jour je sais plus comment ça s’est fait mais j’ai dit plus jamais je m’épilerai ça fait trop mal alors que je peux me raser
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..Graindorge
InvitéMoi non plus je n’ai pas été « tapée ». Je ne mets pas 3 ou 4 fessées indolores dans le mot « tapée ».
J’ai connu des enfants « tapés » et c’est bien autre chose -
Malice
InvitéGraindorge, tu me préciserais ce que tu entends par « préserver ta mère des méchancetés » que visiblement tu subissais, pas elle?
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Mélanie
InvitéJe me joins à la question
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..Graindorge
InvitéMalice et Melanie:
je veux bien répondre mais ça s’arrêtera là pour moi
je ne racontais pas à ma mère les humiliations, les méchancetés/ cruautés subies au cours préparatoire. « Ça s’est bien passé à l’école? »
« Oui, oui, on a fait ci, on a fait ça » point barre -
Malice
Invitéj’avais bien compris que tu ne racontais pas à ta mère tes souffrances scolaires mais pourquoi le formuler par : » je la préservais »?
Tu pensais que ça l’aurait fait souffrir plus que toi? Tu avais peur qu’elle s’en prenne à tes profs qui s’en seraient pris à toi en représailles? -
Carpentier
InvitéSalut Graindorge,
Dans quel merdier t’es-tu mise avec ton histoire d’allumettes?
M’est revenue le vieux dicton de laver la bouche avec du savon en te lisant.
Cette histoire de gros mots à ne pas dire est terrible en vrai.
S’écrouler/s’offusquer devant un e enfant qui dit un gros mot me fait souvent sourire quand celui qui s’offusque semble surtout réclamer mille bonjour-merci-au revoir- s’il te plaît et autres ‘ mots magiques ‘ sans pour autant imaginer partager autre chose d’intéressant avec l’enfant.
Si le SB sortant de 4 ans d’armée (dont j’ai parlé ce matin dans un autre sujet) pourrait parler des heures de wokisme/homosexualité et peines à supporter les remarques, moi c’est plutôt de postures des personnels chargés d’accompagner les enfants durant leurs vacances en collectivité que je pourrais parler durant des heures.
Mais ça aussi, ça ferait chier tout le monde. -
..Graindorge
InvitéSalut chère Carpentina
Mèèè non! C’était extrêmement rare. J’ai pas compté mais 2 ou 3 fois grand maximum et fais l’expérience sur ta main: allume une allumette, éteins la, attends une demi seconde et ploup sur ta main et tu retire immédiatement, tu sentiras presque rien, le soufre refroidit très vite. Sur le bout de la langue, le goût n’est pas bon c’est vrai.
Peut-être que des parents mettent plus de cœur à l’ouvrage et mettent l’allumette vraiment à peine éteinte et que ça fait plus mal. Moi c’était un quart de fraction de seconde
Le savon beurk!
Un bouddhiste tibétain a dit que si tu es tenté de dire du mal de quelqu’un.e, tu mets un peu d’excréments dans ta bouche… cela s’adresse aux adultes. Pour eux dénigrer est aussi dégueulasse que … j’ai déjà dit du mal mais je ne suis pas bouddhiste. Oufff!!
Mais je devrais pas raconter ça.
Et aussi je n’ai jamais vu ma mère « s’offusquer », « s’écrouler » Carpentina. Jamais haussé le temps. Elle me prévenait avec ses yeux et si j’insistais hop. Mais j’archi répète que 1) exceptionnel et 2) à peine senti
Archive.
Raconte donc un peu ces accompagnateurs d’enfants. Ceux que ça fait ch… ne lisent pas et voilà -
Carpentier
InvitéGraindorge. je suis partie de tes lignes pour aller ailleurs, je ne parlais déjà plus de ton témoignage, une fois l’autre exemple du savon donné.
Ça y est, ici, le soleil commence à descendre, il fait tranquillement frais, j’ai ôté baskets et chaussettes, mes vacances commencent. -
..Graindorge
InvitéBonnes vacances Carpentier
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Mélanie
InvitéC’est quoi le merdier Carpentier, c’est qu’on réponde à Graindorge qui nous raconte quelque chose ?
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Ourson
InvitéGraindorge : il y a évidemment des degrés de la violence et parfois nos mamans n’ont pas le choix… J’imagine, mais il ne faut pas pour autant nier que même la moindre fessée peut être un évènement traumatique
Les conséquences sont subtiles et pas forcément évidentes : ça peut se manifester dans sa relation aux autres, au travail, etc -
Jeanne
InvitéUn jour, quand j’étais petite, mon père m’a donné une gifle. Ma mère alors, scandalisée, a exigé de mon père qu’il m’envoie une lettre d’excuse.
J’ai été bien plus traumatisée par cette lettre, qui pour moi sonnait comme une triste démission de mon père face à la puissance maternelle, que par la petite gifle.
Ma mère n’a jamais levé la main sur moi, mais elle n’a cessé d’exercer (ou d’essayer d’exercer), sur moi comme sur d’autres, son emprise.
La violence, c’est une question compliquée.
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(Merci Graindorge pour cette petite histoire d’allumette). -
Mélanie
Invitéen effet
merci aussi pour cette histoire
une question : est-ce que l’hypothèse selon laquelle la réaction de ta mère a peut-être permis que ce soit la première et dernière gifle tiendrait la route ? -
Jeanne
Invité@ Mélanie
Je ne sais pas. Peut-être. Dans tous les cas, mon père n’était pas du genre violent. Il était du genre absent. Ou: à moitié là. Le jour de la gifle j’avais été, plus que heurtée, surprise :
Tiens, mon père me donne un truc.
(Une gifle, en l’occurrence).
Qu’il me donne quelque chose, mis à part la pension adressée à Maman, ça arrivait rarement. -
JeanMonnaie
InvitéTon père est comme des millions de personnes à qui on a interdit d’être des pères et des hommes. Même la virilité est devenue suspecte. Il est étonnant qu’après cette histoire, tu te retrouves aux côtés de la gauche radicale, donc les bourreaux de ton père. C’est cela qui m’étonne dans cette histoire.
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..Graindorge
InvitéMerci à toi Jeanne.
Oui la violence c’est compliqué
Je n’ai jamais reçu de gifles mais je comprend de quelle violence tu parles. La violence de l’insuffisance de bonté. La violence du pouvoir, la violence de l’ignorance. La violence ce n’est pas celle de Jésus qui renversent les tables des marchands en hurlant -
Jeanne
Invité@ Graindorge
Je suis d’accord.
Jésus fait et dit des trucs qui pourraient s’apparenter à de la violence et qui – pensons-nous – n’en sont pas.
On pourrait essayer de définir les mots.
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-La violence, ce serait l’exercice d’un pouvoir sur l’autre. A l’intérieur de la violence telle qu’ici définie, il y aurait la violence physique et la violence psychique.
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-La non violence, elle, pourrait prendre la forme de la douceur mais pas seulement. Elle pourrait s’incarner dans un usage protecteur de la force et de la contrainte.
Je t’interdis, si nécessaire en parlant fort, de mettre tes doigts dans la prise.
Je t’interdis d’emmerder le monde en laissant traîner tes chaussettes sales.
(Ce faisant je protège :
– Le monde, de tes chaussettes sales.
– Toi, des représailles que pourrait un jour t’appliquer le monde si tu y laisses traîner tes chaussettes sales, car le monde n’est pas nécessairement ni toujours autant porté sur la douceur – bizarrement – que moi, ta mère qui t’aime). -
Carpentier
Invitétout ça, c’est la faute à Thomas Joly, sûr.
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Carpentier
Invitéah merde, je ne t’avais pas encore identifié adepte des compétences psycho-sociales, petit d’homme.
Si vieillir fait perdre aussi l’intuition, je me renseigne de ce pas sur le suicide assisté (quoiqu’avec Mélanie ici, ça devrait aller vite ) -
Claire N
InvitéNon vieillir ne fait pas perdre l’intuition
Par contre effectivement ça diminue le pouvoir attractif des « poum- poum « shoort
Rien qui vaille la peine de fomenter un projet suicidaire; d’autant qu’on est pas sur porn ub, personne ne demande de photos -
Carpentier
InvitéOn connaît bien le rapport du Maître des clefs d’ici à la photo en plus, oui oui, jamais eu l’intention de, où comprends-tu ça?
– les filles rigolent moins facilement que les gars, qu’y puis-je?
ou, plutôt, juste ‘ entre bonnes copines ‘ pffff.
Il n’empêche que selon les dires d’une parente d’élèves recroisé dans mon quartier, on rappelle que ‘ gentil n’est pas un métier’ .
Elle est architecte et durant une sympathique et longue conversation de trottoir, elle a formulé cette phrase qui m’a bien plu et fait sourire.
On ne dira pas qu’être gentil au boulot est la cerise sur le gâteau mais un peu marre que gentil soit la compétence parfois première des personnes nouvellement embauchées un peu partout, non? -
Carpentier
Invitéje postais à la suite du .. Les conséquences sont subtiles et pas forcément évidentes : ça peut se manifester dans sa relation aux autres, au travail, etc / …
rien d’autre,
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Mélanie
Invité« En fait, chaque baffe à un gosse est, sans qu’on le sache clairement, un acte de soumission aux ordres venus des dominants… »
Phrase pas inintéressante
Exemple sans baffe : on met la pression à nos enfants le matin pour qu’ils soient à l’heure à l’école, propres et habillés
Etc
Je tâche de faire de mon mieux avec mes enfants, mais étant comme tout le monde prise dans les contraintes de base : travail école etc, je suis coincée, limitée
Améliorons les choses pour tout le monde et dans tout le monde il y a les enfants-
Mélanie
InvitéParce que si j’étais, par exemple, dame de cantine, je pense que je serais bien souvent exaspérée
Je le serais par exemple déjà moins si le temps de travail passait à 16h hebdo
Et encore moins si on supprimait l’école-
Ostros
InvitéLes enfants c’est la minorité oubliée.
Pour l’émancipation des enfants il faudrait déjà la destruction de la structure-famille telle qu’elle existe.
Puis de la structure-école.
C’est un sujet auquel je pense souvent, la soumission / dépendance totale des enfants envers les adultes.
Mais ne nous y méprenons pas, dans ce système qu’est la famille tous ces membres sont pris au piège.
Et d’abord par le système-travail qui dicte son tempo et oblige les corps à une organisation qui ne permet pas la colère, la paresse ou le pas envie de l’enfant qu’on habille fissa pour aller le déposer chez la nounou pour être à l’heure au bureau.
Les parents, les mères ne sont pas coupables.
Il est difficile d’être à la fois la personne qui aime, panse et nourrit et celle qui doit obéir aux injonctions sociales.
Déjà pour certain.e.s il est difficile d’aimer son enfant.
J’ai envie de revoir ce documentaire sur l’éducation libre de ces gosses de tout âge qui s’autogèrent. C’était une fenêtre ouverte qui me plaisait bien.-
Mélanie
InvitéLes enfants sont obligés d’aller à l’école, les adultes obligés d’aller au travail. Pour moi on est dans le même bateau sur ce plan.
J’aime aussi les bouts de relations parent-enfant qu’on voit par exemple entre Hanna et son père dans Le mal n’existe pas, avec, entre autres choses, un goût de je t’emmerde pas tu m’emmerdes pas. Par exemple aussi dans Memory entre Sylvia et sa fille qui à 13 ans est jugée capable par sa mère de l’accompagner aux AA, puis d’entendre l l’histoire d’inceste. Etc.-
JeanMonnaie
Invité» la destruction de la structure-famille telle qu’elle existe »
Le marxiste veut tout détruire, même les seules sphères où le capital ne pourra jamais entrer, comme la religion.-
Ostros
Invité« même les seules sphères où le capital ne pourra jamais entrer, comme la religion »
Top 3-
JeanMonnaie
InvitéC’est bien, tu as écrit top 3, je suis content. Démontrer en quoi j’ai tort sera pour une autre vie. C’est certain que ta maman t’a mis au monde pour gagner de l’argent et que quand tu veux faire l’amour à ta femme, elle te fait payer.
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..Graindorge
InvitéMoi je trouve que la famille est de fait bien détruite avec cette obligation de travailler et de vouloir un.e enfant que le système va te piquer dès ses premiers mois pour le « former » et en faire ce que bon lui semble.
Les parents qui peuvent se permettre de se bagarrer
pour faire l’école à la maison ( à leur manière ) c’est un infime pourcentage de la population.
Des amis m’avaient dit qu’en plus de cette envie d’enfant ( je la comprends) il y avait aussi la pérennité de l’espèce… On est combien dans la famille? 8 milliards? Ça va, je ne me sens pas coupable de pas en avoir. Et on a cherché à me culpabiliser: Égoïste, pas maternelle: Faux.
Le couple dont je parlais rentre à 2 moins de 4000€ par mois. 1000€ de loyer +, +, + Faudra payer la garderie et ils sont fatigués
On permet pas aux gens de vivre et on appelle ça la vie!
À un moment c’est pas tu veux ou tu veux pas c’est tu peux ou tu peux pas . Matériellement.-
JeanMonnaie
InvitéNe pas faire d’enfants et attendre que les enfants des autres ou les adultes des pays du Sud viennent te torcher le cul quand tu sera vieux est égoïste. Comparer le Japon, qui ne fait pas d’enfants, avec l’Ouganda et ses 7 enfants par femme, en pensant que les peuples sont interchangeables car on serait 8 M, est une vision du monde globaliste complètement dépressive. Entièrement en raccord avec le fait de ne pas vouloir d’enfant. La boucle est bouclée.
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Ourson
InvitéForce à toi Mélanie, je respecterai quoi qu’il arrive toutes les daronnes qui serrent les dents pour faire au mieux pour leurs enfants (c’est à dire à peu près toutes les mamans)
Désolé si le post est cullabilisateur, mais je pense que c’est quand même bien qu’on mette le pied dans ce plat très pimenté-
Mélanie
InvitéOui ; je voulais dire que je crois les deux vont de paire : améliorer les choses pour les enfants, et améliorer les choses pour les plus grands
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Malice
InvitéOurson, c’est pas toi qui avais évoqué Alice Miller il y a quelques temps? J’avais cru comprendre que pour toi ( comme pour moi) la lecture de ses livres avait été un encouragement pour toi ( je parle d’encouragement pour ne pas dire que cela a « changé ma vie » car ma vie était déjà sur les bons rails pour recevoir ses idées)?
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Malice
Invitépardon pour les deux » pour toi »
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Ourson
InvitéExactement ! J’ai lu « Le corps ne ment jamais » et j’ai bien l’intention de lire « C’est pour ton bien » mais je procrastine un peu, peut-être par peur
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Malice
InvitéMoi c’est avec » le drame de l’enfant doué » que j’ai commencé – je précise que l’essai ne traite pas de surdoués ou d’hpi mais de l’aptitude tragique de l’enfant à s’adapter à son parent, qu’il soit maltraitant de façon consciente ou non, et quelle que soit sa façon de maltraiter.
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Carton de Lait
InvitéJe suis d’accord sur tout et j’ajouterai que j’aimerais bien qu’on nous débarasse du vouvoiement que l’enfant devrais supposément à l’adulte parce qu’il n’est qu’un minable et mesquin rappel que l’enfant est un sous-humain qui n’a pas encore totalement droit au respect puisque lui on le tutoie. Le vouvoiement devrait mourir. Je l’utilise par habitude avec des personnes agées mais bon, on pourrait très bien faire sans. Ou sinon on enlève le tu et on utilise que le vous mais bref, les anglais sont bien eux .
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Ourson
InvitéÀ partir de maintenant je dirai à tous les gosses de me tutoyee
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Carpentier
InvitéOui, en effet, ça peut aussi commencer par ça.
Mais tu verras comment ‘ tous les publics ‘ n’y arrivent pas tous facilement.
Ma méthode? je vouvoie, moi aussi, l’enfant qui bloque à me tutoyer.
La plupart – à part les Mélanie, Sophie, Charlotte et cie – éclate de rire et le ‘ vous ‘ d’éducation au respect mon cul est pulvérisé à jamais.-
Delphine
InvitéJe ne suis pas certaine que le vouvoiement et le tutoiement change forcément les relations entre les personnes, bien que le vouvoiement crée d’emblée une distance. Les enfants sont souvent tenus de vouvoyer les adultes qu’ils ne connaissent pas ou qui représentent une forme d’autorité pour eux, mais c’est une marque de respect qui leur est inculquée au même titre que la politesse. Les petits enfants tutoient souvent spontanément les adultes, et presque personne ne les reprend. Cela fait partie de leur rapport au monde, tel qu’ils le perçoivent à cet âge-là (les hiérarchies sont moins marquées dans leur esprit). A l’âge adulte, certaines personnes tutoient facilement, parce qu’elles se sentent à l’aise pour le faire, d’autres difficilement. Dans le milieu professionnel, je ne tutoie pas facilement et pas spontanément lorsque je rencontre ou travaille avec une autre personne, quel que soit son statut (supérieur ou stagiaire, par exemple). Mais, si l’on me tutoie spontanément ou que l’on me propose le tutoiement, je n’y vois aucun problème. Dans les relations de travail, je ne trouve pas que tutoyer ou vouvoyer change la qualité du relationnel. D’autres personnes considèrent qu’elles peuvent tutoyer d’emblée une personne qui aurait l’âge d’être son enfant. Pour moi, l’histoire du tutoiement ou du vouvoiement n’est pas une question prioritaire. Je trouve qu’il s’agit souvent d’un ressenti, de quelque chose que l’on fait plus ou moins naturellement.
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Carpentier
InvitéIl est juste dit que ça peut faire partie des petites choses faciles à mettre en place pour commencer à changer les choses dans les rapports aux apprentissages, par exemple.
Pas dans la rue avec la première gourdasse venue.
Ce qui m’importe c’est la réciprocité.
Quelqu’un me vouvoie, je le vouvoie, pareil pour le tu.
Quelqu’un me prend pour une conne, j’en fais de même.
Protocole guère trés complexe, ma foi.
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JeanMonnaie
InvitéJ’avais expliqué que le tutoiement avait été imposé après la révolution, mais que cela n’avait pas fonctionné. « Le 8 novembre 1793, l’usage du vouvoiement devient purement et simplement interdit dans l’administration : le décret sur le tutoiement obligatoire est publié. » Cela n’a pas duré, sans surprise. Au même titre que l’écriture inclusive ne pourra jamais fonctionner. Ce qui me désespère chez vous, c’est que la majorité de vos propositions ont existé. Le Cambodge a interdit la monnaie, les révolutionnaires ont interdit le vouvoiement, les communistes ont fait une alliance avec les Indonésiens, l’école sans contrainte existe à Auroville. Dans tous ces cas, cela a été un fiasco, mais vous continuez à ressortir les mêmes bêtises comme si le réel n’avait aucune importance. C’est fou de ne pas se respecter à ce point.
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JeanMonnaie
InvitéCe topic représente on ne peut mieux votre façon de raisonner. Vous ne raisonnez qu’en termes d’absolu et de radicalité. Il faut interdire toute punition psychologique et physique. Aucune remise en question ou contexte, aucune étude pour comprendre les raisons, même sociales. À gauche, la violence s’explique par la pauvreté, sauf quand il s’agit des enfants et des femmes. Si la gauche commence à expliquer la violence des femmes par la pauvreté, alors elle tue le féminisme. Encore une de vos nombreuses contradictions. De la même manière, aucune comparaison avec la culture de la violence entre différents groupes pour ne pas être accusé de racisme. Chacun vient avec sa petite histoire qui aboutira, comme toujours, à la non-pensée.
La seule justification historique est le fameux communisme primitif des chasseurs-cueilleurs où les enfants ne subissaient pas de violence, dont on comprend parfaitement l’aboutissement de cette pensée : El famoso vrai communiste futur. Simplement justifier des actions futures par le passé est une pensée de droite. Exactement comme pour le féminisme où la justification n’est plus social mais biologique. J’ai l’impression, et même la confirmation, que vous piochez ce qui vous arrange.
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..Graindorge
InvitéJean Monnaie
puisque tu pars, fais nous plutôt un discours d’adieu-
JeanMonnaie
InvitéJe suis désolé de rappeler des évidences.
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..Graindorge
InvitéUn discours d’adieu di tu veux bien JM
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Fanny
InvitéDire que ça ne fait pas de bien aux gosses de les frapper ni de leur crier dessus c’est assez triste tellement ça devrait être évident. Mais comme le mentionne Delphine jusqu’à récemment ça n’avait rien d’évident. La pratique de la fessée était considérée comme acceptable (voire indispensable), peut-être parce que ritualisée et prétendument contenue et réfléchie, à la différence de la grosse baffe qui part d’un coup. Il me semble que cette vision est plutôt celle de la génération des grands-parents, et que de plus en plus de jeunes parents ont compris que le dressage par la peur n’a rien de bon. C’est déjà ça mais ça ne veut pas dire qu’on ne se retrouve pas à pratiquer le dressage sous d’autres formes (chantages, susucres), ou à mal faire d’autres façons (indifférence de parents rivés à leurs écrans). Comme le notent Ostros et Mélanie, il y a des moments où on n’a malheureusement ni le temps ni le luxe de patience et de sérénité pour suivre le rythme de l’enfant. Il faudrait pouvoir se mettre à sa hauteur, se désapprendre pour apprendre de lui et lui permettre d’apprendre par lui-même, à sa façon, sans forçage, sans contraintes. C’est le cap qu’on voudrait suivre mais très vite il faut reprendre le boulot et confier le bout-de-chou à d’autres qui n’ont souvent pas beaucoup plus de temps, de patience et de sérénité que nous. On fait comme on peut. Et on s’accroche parfois à cette triste boussole : au moins ne pas crier, ne pas frapper.
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…si vous avez des docus ou des témoignages sur la famille/la parentalité pensée autrement ça m’intéresse-
Mélanie
InvitéTriste boussole oui
Des fois je fais un jeu avec mes enfants : je m’imite en train de les engueuler, ça les fait rire
Quelque part j’ai l’impression de leur dire alors : c’est ça une mère, et je sais que je vous fais ça
Je leur dis qu’on est coincées dans le même bateau
Des fois je leur demande : vous feriez comment là vous si c’était vous la maman ? Des fois elles ont de bonnes suggestions.Des témoignages sur la famille autrement : c’est pas exactement ça, mais ça me rappelle l’expression « on fait beaucoup de troc de gosses » dite dans Autonomes par la bergère-fileuse. Le fait que les enfants puissent s’ils le veulent se balader dans d’autres familles ou chez des copains me semble pas mal.
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Delphine
Invité« La pratique de la fessée était considérée comme acceptable (voire indispensable), peut-être parce que ritualisée et prétendument contenue et réfléchie, à la différence de la grosse baffe qui part d’un coup. » De tout temps, il y a eu des personnes pour et des personnes contre la fessée. Mon grand-père paternel, qui a élevé ses enfants dans les années 1950-1960, n’admettait pas que l’on puisse frapper un enfant. La fessée, prise au sens d’une petite tape donnée à main nue sous le coup de l’énervement presque sans réfléchir, et visant plus à piquer l’enfant au vif qu’à lui faire mal, moins violente qu’une gifle, surtout sur un petit enfant, est différente de la punition « ritualisée et réfléchie », qui fait penser à une époque lointaine (peut-être est-ce encore le cas dans certaines familles) où l’on attendait que le père de famille soit rentré (figure de l’autorité familiale) pour qu’il recadre sa progéniture en bonne et due forme. En fait, chacun a son opinion de principe sur la question. Je n’ai pas d’enfant, mais, au vu de ce que je constate ici ou là, je pense que, dans la société actuelle, nombre de parents avisent au fur et à mesure pour élever leurs enfants de manière moderne et éviter que cela ressemble à du « dressage », avec les « moyens du bord ».
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..Graindorge
InvitéLe mot « dressage » employé par Fanny est très violent mais c’est une réalité. La nécessité qui oblige à remettre son enfant à une « garderie » dès ses premiers mois avec une personne pour une dizaine de bébés, toute une journée jusqu’à 17h. Relais pris par maternelle. Puis l’école. Il reste les w.ends
Les vacances. Et les parents de classe moyenne/ supérieure qui bombarde les gamins d’activités extra-scolaires. Je répète à l’envi ces mots de Edgar, 10 ou 11ans en cours de français: » que vas-tu faire ce week-end Edgar? » « VIVRRRE!! » Clouée il m’a.
Souvenir d’une frangine qui travaille beaucoup et récemment divorcée. Sa fille, 9 ans, faisait un peu trop le clown à table et elle a crié.
Puis elle est partie pour pleurer. La gamine s’était mise à pleurer aussi. J’ai rejoint ma sœur dans la chambre. Oui elle pleurait. Elle rêvait d’autre chose. Je lui ai juste fait des bises en lui disant bien que la fatigue accumulée et le reste font que ça peut craquer. Nos parents ont grandi dans un village où les enfants étaient élevés par une famille très élargie: les parents, les grands-parents, les tantes, les oncles, les cousins, les cousines et même les voisins proches. Tout le monde veillait les enfants et s’entraidait. Dans les villes c’est autre chose. Faire avec.
« Courage sœurette! » Ma nièce s’en est remise dans les bras de sa grand-mère, les câlins de ses 3 tantes puis de sa maman.
Oui. Mes sœurs ne donnent ni fessées ni gifles et même crier les embêtent mais voilà, les gens font
ce qu’ ils peuvent comme dit Fanny dans un monde très violent avec les corps.
Pour ma part, je clos ma participation à ce sujet avec ces mots bien que je ne donne pas dans la philo. Le mot « joie » m’a fait tilt
Gilles Deleuze
» le pouvoir exige des corps tristes. Le pouvoir a besoin de la tristesse parcequ’il peut la dominer.
La joie, par conséquent, est résistance, parcequ’elle n’abandonne pas.
La joie en tant que puissance de vie, nous emmène dans des endroits où la tristesse ne nous mènerait jamais. »-
Carpentier
InvitéVous lisant, je pense au martinet qui menaçait encore un peu lorsque j’étais gamine.
J’entendais beaucoup parler de ce truc jusqu’à ce que chez notre voisine, qui me gardait parfois après l’école, j’en vois un, accroché au mur, qu’elle décrochait parfois pour en menacer son caniche quand il aboyait trop, et pour rien, d’après elle.
C’était donc ça, un martinet.
Je n’en ai jamais goûté le piquant, ou les brûlures, que j’imagine aisément, pas plus que du ceinturon et/ou autres.
Mais partout autour des enfants, ça parlait ouvertement de ces châtiments corporels.
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Malice
Invité« Ce qui nous rend malades, c’est l’impénétrable, les contraintes sociales que nous avons intériorisées à travers les yeux des parents et dont aucune lecture ou acquisition de connaissances ne peut nous débarrasser, et aussi nos souvenirs inconscients. En d’autres termes : beaucoup de ceux qui cherchent de l’aide sont des gens très intelligents, qui lisent, dans la presse et des livres, une foule d’informations sur la course aux armements, le saccage de la planète, les fourberies de la diplomatie, l’arrogance et les manipulations des puissants, l’adaptation des faibles, l’impuissance des individus, et se forment leurs opinions sur ces sujets. Mais ce qu’ils ne voient pas, parce -qu’ils sont incapables de le voir, c’est le comportement absurde, aberrant, de leurs parents à l’époque de leur prime enfance.
L’étouffement de la liberté et la contrainte à l’adaptation ne commencent pas au bureau, à l’usine ou au parti politique, mais dès les premières semaines de la vie. Ce joug sera plus tard refoulé et c’est pourquoi il restera, de par sa nature, inaccessible à toute argumentation. Car la nature de l’adaptation ou de la sujétion ne change pas quand seul son objet est remplacé par un autre.
Un engagement politique peut se nourrir de la colère inconsciente de l’enfant dont on a abusé, de l’enfant prisonnier, exploité, étouffé, dressé. Cette colère peut trouver un certain exutoire dans, par exemple, la lutte contre des adversaires politiques, tout en préservant l’idéalisation de sa propre et concrète personne de référence dans la petite enfance. La vieille inféodation peut alors être déplacée sur des figures de chef ou des groupes.
Si la désillusion et le deuil qui lui fait suite peuvent être vécus, cela ne conduit pas généralement au relâchement de l’engagement social ou politique, mais simplement à une libération : au lieu d’agir sous l’empire de la compulsion de répétition, on pourra agir de manière claire, consciente et en fonction d’un objectif, sans se nuire à soi-même. »
Alice Miller, « le drame de l’enfant doué » -
graindorge
Invité« Un engagement politique peut se nourrir de la colère inconsciente de l’enfant dont on a abusé, de l’enfant prisonnier, exploité, étouffé, dressé. Cette colère peut trouver un certain exutoire dans, par exemple, la lutte contre des adversaires politiques, tout en préservant l’idéalisation de sa propre et concrète personne de référence dans la petite enfance. La vieille inféodation peut alors être déplacée sur des figures de chef ou des groupes.
Si la désillusion et le deuil qui lui fait suite peuvent être vécus, cela ne conduit pas généralement au relâchement de l’engagement social ou politique, mais simplement à une libération : au lieu d’agir sous l’empire de la compulsion de répétition, on pourra agir de manière claire, consciente et en fonction d’un objectif, sans se nuire à soi-même. »Je ne doute pas que cette psychologue a aidé des personnes et continuent par le biais de ses livres.
Je ne suis pas d’accord lorsqu’ elle dit que la colère de l’enfant peut se canaliser inconsciemment à l’âge adulte dans des engagements militants. D’abord il y a un infime % du peuple qui s’engage dans le militantisme, pour faire court « pour un monde meilleur », un monde moins dur etc…
Peut-être que ceux.celles qui s’engagent pour devenir des fachos et pour cogner ont été eux-mêmes cogné.es. Mais les personnes qui s’engagent pour réduire, abolir les injustices infinies, donnent de leur temps, donc de leur vie pour en finir avec un système oppresseur qui broie et assassine n’ont pas une colère qui viendrait de l’enfance et qu’il canaliserait en colère contre un système, contre un monde aux injustices innombrables. Ils n’ont même pas de colère mais une grande soif de justice. Je ne connais pas l’enfance de Simone Weil mais elle donnait une bonne partie de son salaire aux ouvriers entr’autres actions. Elle est d’ailleurs morte d’épuisement. Son corps n’était pas aussi puissant que sa soif de justice Beaucoup ont donné leur vie.
Et que dire de ce grand militant qu’a été Jésus de Nazareth qui a aussi donné sa vie.. Je ne sais pas si Marie lui donnait des fessées ou utiisait un martinet mais je sais qu’il avait une immense soif de justice et que le monde manquait terriblement d’amour vrai. Et encore de nos jours.
Il a fait sa part.
Dans le long courrier suivant, partage du livre de Martin Miller -
graindorge
InvitéCe livre de Martin Miller, l’un des enfants de Alice Miller n’enlève rien à l’importance de l’oeuvre utile de sa mère. il le dit lui-même.
Elle a aidé des personnes, enfants et adultes et continue de le faire avec ses livres
« L’homme n’est que contradiction.s » C’est comme ça. C’est notre humanité. Ce long document est partagé en plusieurs bouts sinon ça passe pasDans son livre Le Vrai « Drame de l’enfant doué », Martin Miller nous apporte des éléments biographiques intéressants concernant l’enfance de sa mère, Alice Miller, l’atmosphère familiale dans laquelle elle a grandi, le contexte historique. Martin Miller s’est bien documenté sur ses ancêtres et sur les atrocités commises par les nazis en Pologne. Il nous décrit son désarroi d’enfant dont les parents, eux-mêmes en souffrance, ne surent pas lui apporter la sécurité affective, la compréhension, la chaleur humaine dont tout enfant a besoin pour se développer.
«Pourtant, la psychanalyste semble n’avoir jamais réussi à appliquer ses nombreux conseils à ses propres enfants : son fils Martin est placé en nourrice à la naissance, puis transporté de maison d’enfant en foyer ; le schéma se répète avec sa soeur, trisomique, rapidement placée dans un institut ; son mari, violent, ne sort de sa vie qu’après 27 années d’un mariage malheureux. De tout cela, elle a conscience et s’en excuse dans ses courriers à son fils ».
Un livre touchant, bouleversant et percutant sur la relation à sa mère. Il dira d’elle qu’elle était distance, l’affublait de brimades et d’intimidations : elle lui aurait fait subir tout ce qu’elle dénonçait dans ses livres. Le témoignage du fils d’Alice Miller éclaire les zones d’ombre de la biographie de l’illustre psychothérapeute.
Martin Miller a longtemps hésité avant d’écrire sur sa mère, Alice Miller (1923-2010), théoricienne de la «pédagogie noire», auteur d’une douzaine d’ouvrages de renommée planétaire.
Il souligne « qu(…) en écrivant ce livre, je commettais une transgression, je brisais un tabou, je passais une ligne qu’il m’avait été toujours interdit de franchir»(p.21). Révéler que sa relation avec sa mère était violente :« (…) s’ensuivirent des décennies de violents affrontements, de brutales agressions émotionnelles, (…). Elle s’est mise un beau jour à me traiter en ennemi» (p.23).
Alice Miller n’avait jamais parlé de sa relation avec ses enfants. Ce livre sur la vie qu’ils ont entretenu est un élan de courage puisqu’il met à jour des comportements qui n’aurait peut-être pas plus à Alice Miller, elle qui fut louangée et encensée mondialement pour son travail et d’autant moins que son fils y reproduit une lettre d’elle (p. 8-14), écrite en novembre 1987. On y découvre une mère d’un peu plus de soixante ans très désorientée, exposant avec humilité la genèse de ses erreurs passées. Elle s’en veut , entre autre, de ne pas avoir protégé son enfant contre la violence paternelle.
«Je n’ai assurément pas satisfait à tes besoins de sécurité et de protection, écrit-elle. Je n’ai pas su te donner tout ce dont tu avais besoin et j’ai moi-même souffert de cette incapacité. Je peux voir aujourd’hui qu’en tant qu’enfant non aimée j’étais incapable de te donner assez d’amour. (…). De sorte que j’accepterai le reproche de t’avoir abandonné sans rien faire à ces maltraitances (…) des coups de ton père, car le reproche est justifié et fondé».
Devenu psychothérapeute lui aussi, le fils suivait de loin, sur Internet, les publications de sa mère sur la nécessité de « lever les refoulements de l’enfance». Alice Miller s’appliqua pourtant jusque tard à minimiser ses propres séquelles de petite juive née en Pologne en 1923, prise dans l’horreur la deuxième guerre mondiale et du ghetto de Piotrkow.
Elle a « (…) tout au long de sa vie tenu sous clé son histoire et fait de sa vie privée un secret bien gardé », écrit-il (p.17). «Elle a particulièrement gardé pour elle les années de guerre (…). « C’est ainsi que je devins émotionnellement une partie du vécu de L’holocauste de ma mère, naturellement à mon insu. (…). Je devins le témoins, voire une partie du traumatisme de guerre, sans savoir ce qui s’était passé en fait. (…) Je vécus pour ainsi dire en aveugle la persécution de ma mère par les nazis et les conséquences de cette persécution (p.18-19).»
Sans cesse, même adulte, « j’ai été confronté à la peur que ma mère avait que l’on pût apprendre quelque chose de sa vie privée. Jusqu’à sa mort elle a veillé maniaquement à ce que rien de personnel ne soit révélé au public (p.19)».
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graindorge
InvitéDeux
À ce portrait tout en finesse de la paradoxale Alice Miller s’ajoute cependant un hommage sincère de la part de son fils. «La valeur des écrits de ma mère et la portée de sa théorie, cela est très important pour moi, ne sont pas remis en question par son comportement envers moi».Mais « elle dû malheureusement dissocier cet espace de son existence réelle.(…) il n’avait rien en commun avec la vie réelle d’Alice Miller, avec la façon dont elle traitait son fils. Ce n’était pas bien d’être le fils d’Alice Miller, écrit-il. Au contraire. Et pourtant, ma mère était une grande chercheuse sur l’enfance (p.24)».
Le livre de Martin Miller (2013) explore « la tragédie » vécue par la jeune Alice Miller pendant la guerre 1939-1945 – elle est une figure aujourd’hui reconnue pour son engagement en faveur des enfants – autant que les blessures intimes de son auteur.
Le fils aîné de celle qui fustigea le déni de la psychanalyse à l’endroit de la violence parentale se donne en effet pour projet de révéler les défaillances de sa propre mère envers lui, tout en mettant au jour l’impact des traumatismes de la guerre sur leur douloureuse relation. Non dénué de colère et d’amertume, mais avec le recul d’un travail thérapeutique manifeste, cet ouvrage offre une perspective émouvante sur la transmission intergénérationnelle de la souffrance dont Alice Miller a si justement décrit les mécanismes.
« Un mur de silence »
La tragédie personnelle de Martin Miller est de ne pas avoir pu établir de rapport émotionnel avec ses parents, ce qu’il explique aujourd’hui par le « secret » dont ces derniers entourèrent leur histoire – particulièrement celle des années de guerre. Il dénonce « l’inversion de la relation parents-enfants », fréquente chez les survivants de l’holocauste, dans laquelle les adultes recourent au soutien émotionnel de leurs enfants, et contribuent ainsi à « la transmission du traumatisme refoulé de la persécution [p.18] ».
À la mort de sa mère, survenue en avril 2010, Martin entreprend de reconstituer son chemin de vie, renouant notamment avec les cousines d’Alice Miller établies aux États-Unis. Si la valeur des travaux de l’infatigable avocate de l’enfance ne sera pas remise en cause à ses yeux, l’auteur en déduira que la dissociation psychique fut probablement, pour elle aussi, la seule manière de tenir son passé à distance (idem,2014).
Alice Miller est née Alicija Englard, au sein d’une famille juive orthodoxe établie à Piotrków-Trybunalski (Pologne), le 12 janvier 1923. Mais jusqu’à son mariage avec Andrzej Miller, un étudiant catholique rencontré après la guerre à l’université de Łódź, elle se fit appeler Rostovska.
Comme le découvrit tardivement Martin, elle adopta ce patronyme en 1940, après s’être échappée du ghetto de Piotrków pour séjourner clandestinement dans la partie « aryenne » de Varsovie, alors occupée par les nazis. « Je devais toujours me dire que je ne pouvais plus être juive mais polonaise, lui confiera-t-elle. Pour survivre, je devais changer mon nom et prendre une identité polonaise [p.50].»
Alice réussit à sauver certains membres de sa famille en leur procurant de faux passeports, mais conservera toute sa vie la terreur d’être trahie et déportée. Ayant érigé « un mur de silence » autour de ce vécu traumatisant, elle vivra la curiosité naturelle de son fils comme une nouvelle forme de harcèlement.
L’auteur montre en effet que les remontées émotionnelles de sa mère – séquelles inévitables des traumatismes dont elle ne s’est probablement pas libérée – ont sans cesse fait obstacle à l’épanouissement de leur relation, au point d’enfermer le jeune Martin dans un rôle de persécuteur. À leur manière, c’est aussi ce qu’ont dû ressentir certains proches d’Alice Miller qui, comme le psychanalyste Jeffrey Masson, ne comprirent pas pourquoi ils se retrouvèrent soudainement « sur la longue liste des gens qui l’avaient abusée [4] ». Au reste et comme l’écrit Miller elle-même, n’est-ce pas le sort que les adultes réservent habituellement à l’enfant, lorsque sa spontanéité met en cause leur structure de pensée ? Le témoignage du fils confirme alors douloureusement la pertinence des théories maternelles.
Un carcan religieux
Les pages que l’ouvrage consacre à la prime enfance d’Alicija sont tout aussi édifiantes : le lecteur y trouve les traces d’une violence familiale occultée, matrice précoce des comportements qu’elle répétera avec son fils longtemps plus tard. Martin a pu recueillir ces informations par ses parentes américainesé. L’auteur se dit troublé que sa mère l’ait détourné de ses racines juives, mais peine à comprendre pourquoi elle l’a fait et se refuse à mettre en cause le carcan religieux contre lequel elle s’est rebellée dès son plus jeune âge.
On découvre pourtant qu’Abraham Dov Englard, le grand-père d’Alicija, était un rabbin hassidique et que son second fils Meylech – lui aussi « très religieux » –n’osa pas désobéir lorsque celui-ci lui imposa une épouse « froide et impassible[6] ». Première née de ce mariage dépourvu d’affection, Alicija allait incarner la révolte que ses parents n’osaient pas exprimer face aux règles qui leur étaient imposées. Sachant que son grand-père administrait un centre d’études talmudiques à Piotrków[7], il lui fallut sans doute beaucoup de détermination pour obtenir d’être inscrite à l’école publique polonaise – contrairement à sa sœur cadette qui fut contrainte de fréquenter une école juive.
C’est auprès de sa tante Ala, la sœur cadette de Meylech, et de son mari Bunio qu’Alicija devait trouver les « témoins secourables » dont elle montrera l’importance dans son œuvre ultérieure. Le jeune couple avait une conception plus libérale du judaïsme et s’était assimilé à la société polonaise – un monde moins corseté qui semblait fasciner la fillette.
Lorsqu’elle se disputait avec ses parents, Alicija venait se réfugier auprès d’Ala où elle se ressourçait. Livrée aux punitions de sa mère et affligée par l’impuissance de son père, elle répondait par le retrait aux réprimandes qui lui étaient faites, de sorte qu’on l’a jugée comme arrogante et méfiante envers autrui.
Pour Martin Miller cependant, ce vécu a établi en elle « un jugement subjectif » injustement hostile au judaïsme[p.45-8]. Même si l’auteur reconnaît dans ces empreintes le fondement d’un futur positionnement thérapeutique, il lui est difficile d’admettre que la réactivité de sa mère à l’autoritarisme de son environnement familial ne lui était pas singulière, mais relevait d’une force vitale propre à l’enfant. Et c’est en cela que son œuvre touche à l’universel.
Les rejouements maternels
La seconde partie du livre nous montre de quelles manières le passé non résolu d’Alice Rostovska va refaire surface dès son envol vers la Suisse où elle émigre en 1946, avec son futur mari, pour y suivre des études de philosophie. Fuyant un pays dévasté par la guerre, la rescapée est stupéfaite par l’opulence qui l’entoure et ne pourra jamais se dégager d’un sentiment d’étrangeté.
Son mariage avec Andrzej Miller se révèle destructeur, les jeunes époux n’ayant d’autre perspective que de remettre en scène des souffrances indicibles. « La maison des Miller était en permanence le siège de disputes ou d’une tension pesante », écrit leur fils Martin[p.72-9].
De son côté, Alice Miller reconnaîtra avoir projeté sur son mari jaloux la sensation«(…) d’être constamment surveillée qui l’avait dominée pendant la guerre et notamment à Varsovie, lorsqu’un maître-chanteur la menaça de dénoncer son identité juive à l’occupant allemand » [p.78-10]. On pourrait ajouter que cette relation malheureuse la renvoyait au drame vécu par ses propres parents, qui consentirent à fonder un foyer sans amour pour ne pas mettre en cause leurs traditions.
C’est dans le cercle du Séminaire psychanalytique de Zürich que la jeune thérapeute va trouver une nouvelle famille – comme jadis auprès d’Ala et de Bunio – avant que son esprit indépendant ne l’oppose frontalement aux disciples de l’orthodoxie freudienne, qui finirent par la rejeter.
« Quel étrange et douloureux sentiment de déjà-vu pour ma mère ! »,
commente Martin Miller en suggérant un parallèle avec le corset de son enfance [p.96-11]. «La psychanalyse n’était plus le havre de la liberté de pensée mais le bastion d’un état d’esprit idéologique, sectaire et religieusement révérend[p.96],ne « lui permettant[pas] d’épanouir son vrai self – une expression découverte en lisant Winnicott –, mais une nouvelle forteresse idéologique et sectaire de laquelle elle entreprit de s’échapper ».D’autres précurseurs comme John Bowlby [p.97], a constaté la primauté […]de la relation mère-enfant et a constaté qu’un développement d’un soi sain dépend primairement de l’expérience d’attachement intacte de l’enfant envers sa mère.[p.98]. Ce qui venait en contradiction avec le développement de l’instinct sexuel décrit par Freud »[p.98]. « Bowlby affirmait clairement que les influences de l’entourage ont une plus grande importance sur le développement psychique de l’être humain que la résolution de conflits psychosexuels intrapsychiques (…) » défendu par Freud [p.98].
Des parents indignes
Mais ces prises de conscience interviennent tardivement dans la vie d’Alice Miller, tout au moins pour Martin qui a déjà près de trente ans quand celle-ci écrit Le Drame de l’enfant doué (1983). Elles ne l’ont pas empêchée de reproduire sur ses jeunes enfants les schémas de comportement qui l’ont fait tant souffrir dans son enfance, en particulier ceux d’une mère « froide et impassible » à laquelle elle ne voulait surtout pas ressembler [p.38-12].
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graindorge
InvitéDe ce point de vue, la lecture des pages que Bowlby consacre à l’attachement maternel fera office de douloureux révélateur, nous dit Martin[p.120], qui rapporte en détail les multiples abandons auxquels il fut soumis. Il écrit « mes parents (…) étaient tous les deux si occupés à oublier la guerre et à reprendre pied que les besoins d’un enfant étaient simplement secondaires[p.120].
Martin Miller fut un «enfant abandonné» émotivement par sa mère et son père. Né en 1950, l’enfant fut placé quinze jours en nourrice,«(…) puis passa les six premiers mois de sa vie chez Ala, Bunio et leur fille Irenka». « Mes parents restèrent pour moi des étrangers », confie Martin[p. 124-13.a]. À la naissance de sa sœur trisomique six ans plus tard, il souffrait d’énurésie et séjourna deux ans dans un home d’enfants[14], dans la presqu’île d’Au, sans pratiquement aucun contact avec sa famille.« J’ai oublié totalement que j’avais une soeur » écrit-il [p.124].
Dans les années suivantes,« les employés de maison ou nos nurses lui servirent de substituts parentaux »[p.125]– un personnel dont sa mère changeait souvent, «(…) car ma mère ne supportait pas que les nurses soient affectivement plus proches de son fils»[p.125].
Il n’est pas difficile de constater combien ont pu être dévastateur les comportements violents de ses deux parents. Bowlby (1980) a montré que des » perturbations précoces des liens mère-enfant peuvent être considérées comme des précurseurs clés des troubles mentaux [ Fonagy,p.28]. D’ailleurs il ne fut pas seulement blessé par sa mère mais également par son père comme en fait foi ce passage : « Mon père était aussi cruel et violent que charmant et engageant. (…) Il pouvait se montrer charmant, me préparer mon repas préféré et me frapper ensuite sans que je m’y attende [p.125]. Le développement psycho-affectif du petit Martin en fut grandement affecté. Il dira que «ma scolarisation (…) fut un vrai désastre» [p.124].
Au désespoir occasionné par ces négligences s’ajoutait la souffrance d’être livré à la violence du père, un homme imprévisible que sa mère laissait faire. Outre les coups et les humiliations, Andrzej Miller a soumis son fils à des contrôles intimes en l’obligeant à se laver le matin avec lui – sans susciter la réprobation maternelle. « Avais-tu peur de devoir me protéger de mon père quand il organisait ce supplice imposé ? Que pensais-tu alors qu’il se moquait de moi à table tous les midis et qu’il me coupait la parole ? », demandera Martin à sa mère dans une lettre virulente datant de 1994[p.131; 14]. Il va revivre une mise en scène de cette trahison dans le cadre d’un suivi thérapeutique non désiré qu’Alice Miller supervisera à l’insu de son fils et qui se terminera . L’intensité du sentiment de persécution qui le submerge alors mettra un terme définitif à leur relation.
« L’importance de son œuvre reste intacte »
En fin de compte, Martin Miller reconnaît que « l’importance de [l’œuvre d’Alice Miller] reste intacte[20] » – mais seulement ses trois premiers livres. Les suivants, ainsi que ses conseils thérapeutiques par Internet, relevant selon lui de la « spéculation ». Cette réserve se comprend si l’on garde à l’esprit que ces premières années d’écriture furent aussi parmi les plus heureuses de la vie de Martin. Ce dernier avait presque atteint la trentaine et fut le témoin d’une transformation radicale : « Ma mère me parlait de ses pensées et je la découvris sous un tout autre jour : passionnée, ouverte, abordable, détendue[21]. » Libérée d’un mariage malheureux, elle s’affirmait face à l’orthodoxie de la psychanalyse et intégrait son fils dans ce projet – ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant[22]. Une proximité qui raviverait bientôt chez lui le manque terrible d’une mère disponible et aimante
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Malice
InvitéJe connaissais le témoignage de Martin Miller, qui n’invalide pas du tout pour moi les idées fortes du travail d’Alice Miller ( et je ne parle pas de la force qu’elles m’ont donné, merci à elle). Je trouve au contraire admirable qu’elle ait été capable d’être lucide sur son propre cas.
Est-ce que tu souhaites répondre à ma question : » pourquoi ne parlais-tu pas à ta mère des mauvais traitements subis à l’école? »-
graindorge
Invité« Je connaissais le témoignage de Martin Miller, qui n’invalide pas du tout pour moi les idées fortes du travail d’Alice Miller ( et je ne parle pas de la force qu’elles m’ont donné, merci à elle). Je trouve au contraire admirable qu’elle ait été capable d’être lucide sur son propre cas. »
Malice: comme tu as pu lire, Martin Miller le dit lui-même: son livre n’enlève strictement rien à l’importance et l’utilité du travail de sa mère.-
Malice
InvitéJe ne vais pas insister alors
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graindorge
InvitéQuatre
Dans une lettre à son fils datée du 22 novembre 1987, Alice Miller décrit une mère cruelle qui a détruit la vie de ses deux enfants sans la moindre mauvaise conscience. « Pourtant, je portais en moi cette vérité, je la pressentais, et toute ma vie j’ai cherché des moyens qui m’auraient aidée à lever le refoulement. » Citée par Martin Miller, ibid., pp. 9-10.Martin Miller se considère avant tout comme une victime de sa mère et ne peut sans doute pas éprouver cette compassion envers elle : « J’ai longtemps été consterné et même en colère […] de voir à quel point sa propre vie contredisait sa vision des choses. Mais je n’étais pas son thérapeute ; je suis son fils. » Ibid., p. 114.
[16] Il écrit par exemple, page 21 : « Aujourd’hui, je suis persuadé que l’incapacité d’Alice Miller à être pour moi une mère aimante est due au traumatisme solidement refermé des années de persécution de 1939 à 1945. »
[17] Martin se défend de manifester certaines des caractéristiques de ce père détesté, page 146 : Quand [ma mère] m’a reproché de lui ressembler de plus en plus, j’entends aujourd’hui qu’elle identifiait de nouveau mon père à ce maître-chanteur de l’époque de la persécution. Dans ses attaques, elle m’identifiait donc à ce nazi persécuteur -
Ema
InvitéPas grand chose a rajouter sur les châtiments physiques infligés aux enfants, comme vous je les regrette mais comprend qu’ils interviennent en grande partie dans des contextes de vies sous tension et de journées chronométrées.
Mais plus généralement je trouve que Freud n’avait pas complètement tord sur la parentalite comme source inevitable de névroses, violences physiques ou non. Avoir des parents c’est violent, du moins c’est très puissamment alienant. C’est avoir dans sa vie des véritables petit dieux à qui l’on sait devoir l’existence, nos traits, nos références et nos « valeurs», et dont on appréhende toujours un peu le jugement même en l’absence de violence et même une fois le cordon coupé. Avoir des parents c’est accepter qu’il y ait une composante exogène à notre identité singulière dont on ne peut pas vraiment se dépêtrer. Et quand on se voit progressivement devenir, par la force du mimétisme ou des gènes, son père ou sa mère ou un peu les deux, et ce bien malgré soi, on constate alors l’ampleur des dégâts et c’est assez vertigineux.
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