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  • Ce sujet contient 90 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par , le il y a 1 année et 1 mois.
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    Messages
    • #1792 Répondre
      Ostros
      Invité

      Je tente une approche critique de ce film. Excusez-moi pour les fautes. J’ai bossé longtemps dessus, je ne les vois plus. Il se peut aussi qu’il reste des répétitions.
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      J’ai vu La Montagne, un film fantastique réalisé par Thomas Salvador, passionné de montagne et d’escalade qui tient le premier rôle, aux cadres nets, propres, aux doux mouvements de caméra. On est dès les premières minutes à la montagne comme enrobés dans du coton doux. Confort ouaté du style. Puis dans ce même cocon hors du temps, coupé du train-train des travailleurs nous est offert la beauté des paysages de montagne en 1.85. Le format panoramique le plus courant et le plus répandu dans l’industrie cinématographique américaine, puis en Europe à partir des années 2000 nous informe le CNC. Un format adapté à ce lieu majestueux. Filmer l’altitude, les pics dominants le ciel clair. Les magnifiques levers et couchers de soleil. Mais ce que j’ai apprécié plutôt ce sont les premiers plans avant la première expédition en montagne et aussi les quelques scènes de Léa et son enfant qui se prennent la pluie en barque sur le lac suivi par l’appel à Pierre et les gendarmes envoyés sur place, leur rythme, leurs ellipses. Ainsi que la matière des créatures qui semblent être de la roche en fusion et changent d’état selon qu’on les éclaire à la lampe frontale (redeviennent roche) qu’on les libère de leur cachette (deviennent cendre) ou qu’elles soient au contact de la peau de Pierre (belle lumière ocre scintillante). De jolies choses faites à partir d’un petit budget compte tenu de la distribution du film : 1 salle dans le multiplex des halles et des salles d’art et d’essai.
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      A part ces éléments je me suis ennuyée. J’ai même ressenti de la tristesse. Je vais tenter de décrypter mon sentiment.
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      Pour commencer un résumé de l’histoire :
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      La montagne. Tout quitter pour enfin vivre. Pierre ingénieur en robotique dit qu’il va bien mais lors d’un rendez-vous avec des clients potentiels acheteurs d’un bras robotisé qu’il présente dans les Alpes, il a très envie de prendre du bon temps dans la montagne lui qui escalade en salle. Après une première randonnée dans un paysage de carte postale Pierre veut y retourner si bien qu’il quitte le wagon du train qui doit le ramener à Paris et se déclare malade auprès de ses collègues pour passer encore quelques jours ici. Il progresse dans ses activités alpines, acquiert immédiatement le matériel nécessaire à tous les types d’ascensions et de marche sur glacier. Ne plus travailler et bivouaquer le fait se sentir vraiment bien. Quelque chose de mystérieux l’attire plus loin que le simple bivouac tranquille. Cette attraction va le conduire loin des sentiers dans un amas de pierres éboulées. Pas dérangé par les conditions climatiques qui sont bonnes ou ses besoins naturels, l’aventure est tranquille. Seul il se fait à manger des soupes lyophilisées et ça lui suffit avec le café du matin. Et Léa, la femme cheffe de restaurant qui l’aime bien, à qui il a prêtée sa carte bleue et donné son code sans même la connaître – confiance entre pairs – lui fait des courses. Donc la nuit, hors des sentiers, il se rend compte qu’il existe des êtres lumineux qui glissent sous la roche. Que sont-ils et que font-ils ? Il les suit et découvre que ce sont des roches vivantes comme en fusion qui se meuvent mais si on les éclaire avec une lampe frontale elles se solidifient en roche. Et si on les met à jour elles se muent en cendre. Donc il ne faut ni les toucher ni les éclairer. Il retourne se coucher dans sa tente. Curieuse une créature vient lui rendre visite. Puis il les suit de nouveau et cette fois fait un peu de spéléologie pour pouvoir atteindre leur nid, mais pas trop. Il y est bien accueilli par toutes les créatures du sous-sol rocailleux. Comme elles le recouvrent son bras devient lumineux, très joli et il voit que les créatures s’en vont en entrant dans la roche glacée. Il y met sa main elle passe. Il y met tout le corps et se retrouve dans un monde encore plus isolé que seul en bivouac, encore plus isolé que seul hors du sentier à rando, dans le cœur même de la montagne seul à nager dans l’eau infinie comme dans ses premiers jours de vie utérine. On le distingue à peine il n’est plus matière il est de la lumière, des mouvements superposés le temps et l’espace sont abolis. Pendant ce temps Léa s’inquiète, les gendarmes partent à sa recherche. Trouvent la tente pas l’alpiniste. Léa se rend à son tour sur le lieu de l’éboulement et l’appelle. Sa voix qui appelle Pierre traverse la roche et parvient au cœur de l’eau glacée aux oreilles de Pierre qui en sort tel un nouveau-né. Nu dans la crevasse il a froid. Mais ses affaires sont toutes là il s’habille puis il tombe dans les pommes en tentant de sortir de la crevasse. Alors les créatures amies s’unissent pour le porter et le faire glisser le long de la roche jusqu’au niveau où se trouve Léa. Là elle est prête à abandonner la recherche mais quelque chose la retient, son instinct. Elle cherche encore et trouve le corps endormi de Pierre. Elle le réveille et le guide jusqu’au restaurant-maison et enfin ils s’embrassent. Elle découvre son avant-bras magique lumineux et ça ne la gêne pas. Ils se caressent nus ils sont beaux. Le lendemain on comprend qu’ils ont conclu Pierre repart Léa reste prête à travailler. Pierre retourne à la montagne où il part régulièrement faire des rando, même en été. Fin.
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      Dans le traitement entre vie parisienne, vie à la montagne et découverte des créatures, je remarque que le traitement de l’image est le même. Ce qui m’empêche de voir cette histoire comme ce qu’elle prétend montrer à savoir la rupture d’un ingénieur parisien d’avec son quotidien de travailleur au service de la technologie qui va aimer plus que de raison la montagne. Et à mesure qu’il l’aime elle lui révèle ses secrets. Il finit par accéder au cœur de la roche et à ainsi à être totalement accepté par la montagne qui l’aide après cette union matricielle à retrouver son aimée, femme de la montagne dont le fils écoute des chants d’oiseaux pour tenter de les comprendre. Si Pierre est un élu parce que son amour de la montagne l’a amené à dépasser les limites physiques pour y entrer, je n’ai pas ressenti que ce passage vers le cœur de la montagne était physiquement ardu. Durant ses randonnées et son isolement, le corps de Pierre est insensible à l’effort. Et au froid. A peine voit-on qu’il a du mal lorsqu’il s’enfonce dans la crevasse lors de sa dernière rencontre avec les créatures. Je dis à peine car l’instant pénible dure quelques secondes. Alors qu’il dit ne pratiquer l’escalade qu’en salle à Paris et qu’il n’est visiblement jamais venu ici qu’il n’a jamais bivouaqué (ce n’est pas précisé) il montre qu’il est un excellent alpiniste, jamais mis à mal. Et a l’air de bien connaître les lieux. Jamais poussé dans l’effort. Il se blesse ça le paralyse et nécessite une opération de sauvetage. A l’hôpital on constate qu’il a une petite coupure propre avec quelques points. Et une hypothermie qui ne le contraindra pas physiquement, ne le fera pas se sentir mal lorsqu’il s’enfuira, c’est le médecin qui le contraint à rester au lit.
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      On pourrait noter ce fait comme faisant partie des éléments qui installent l’étrangeté du film mais on remarque que la matière, durant tout le film, passe à côté de Pierre. Comme lorsqu’il suit un guide et qu’un jet de pierre passe à côté de lui. Il y a deux scènes de pluie en montagne (lorsqu’il est dans sa tente et qu’il retient les pans lorsque le vent souffle fort et lorsqu’il est sur le lieu des créatures). Qui semblent là pour dire quand même voyez tout n’est pas si simple. Ce sont des plans très courts en comparaison des longs plans de contemplation. Hormis ces deux éléments nous sommes en permanence dans l’aisance et le confort et c’est cette linéarité et homogénéité prouvent que ce choix n’est pas un effet du fantastique mais bien le style du film. Pierre passe à travers tout sans encombres. Ses traversées de la montagne et même son accès au cœur glacé sont fluides et tranquilles. En dehors de la matière des créatures qui est bien ressentie au son et à l’image, le film absente le réel de Pierre en tant que matière. Le corps de Pierre n’est pas impacté. Tout est facile. Facilement atteignable. Cela aurait pu être un parti pris. Où le fantastique viendrait ramener de la matière donc du contact physique avec les choses et ainsi marquer ladite rupture annoncée dès le départ d’un ingénieur parisien d’avec sa vie urbaine et son métier délétère pour le vivant. Pourtant les créatures lui glissent dessus, rende son bras lumineux. Cela lui permet de glisser au cœur de la montagne, d’y être porté sans autre but que celui d’y baigner. Cette légèreté du corps dans l’espace et sa fluidité perdure après l’expérience de Pierre dans le cœur de la montagne. La rupture n’a pas eu lieu.
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      Le travail sonore présente lui aussi cet absentement : un faible budget dans un film permet de signifier beaucoup par le son de ce qui ne peut être montré par l’image. Donc les efforts physiques de Pierre auraient pu passer uniquement par son souffle mis à mal. Lorsqu’on entend le souffle de Pierre, celui-ci est toujours régulier. Les espaces publics dans lesquels il évolue sont comme insonorisés renforçant la sensation de l’isolement physique de Pierre. Pour ce qui est des extérieurs à la montagne, cela reproduit le son cotonneux de ces espaces où le son est absorbé par la neige. Les nappes musicales sont omniprésentes et l’ambiance absentée participent à rendre cette impression d’étrangeté qui annonce le fantastique. Cependant ce traitement de l’étouffement des sons d’ambiance est le même que dans les intérieurs (café, restaurant, magasin d’équipements) qui sont également très peu fréquentés. On peut donc dire qu’il s’agit bien d’un choix esthétique travaillé sur l’ensemble du film. Ce travail sonore marque un isolement du personnage d’avec son environnement. A l’inverse le son des créatures lorsqu’elles se meuvent est très travaillé. On entend leur légèreté, leur incandescence et leur agilité. Le travail au son indique l’effet des créatures sur le corps de Pierre, qui est un effet érotique : son souffle s’accélèrent à mesure que son corps est recouvert de ses roches de lumière chaude. Au sortir de cette expérience, le traitement sonore ne change pas. Pierre n’entend pas la nature verdoyante comme il entendait si bien les créatures rocheuses. On note également que nous n’entendons pas de silence de la montagne, ni le bruit du vent car la musique qui indique le mystère du lieu couvre de longs moments de film ou cette ambiance-là n’a pas été captée.
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      Au scénario, il est intéressant de relever qu’un élément important marque l’époque, et un autre d’égale importance l’absente. On situe l’action de nos jours grâce au bras articulé par la robotique présenté aux potentiels clients. Quand l’infirmière explique à Pierre que la glace en fondant libère les roches qui font un éboulement et la montagne s’effondre, elle n’a pas le réflexe de rapporter cela au réchauffement climatique, ni Pierre. On pense instantanément à l’état du climat à ce moment-là et il surprend de ne pas l’entendre, alors qu’il est question d’un ingénieur . Que le tram est celle d’un citadin en rupture avec son quotidien morne, qui renoue avec la nature et la vie dans les Alpes. Et alors que c’est un sujet qui est sur toutes les lèvres, dans la conscience commune.
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      Certains obstacles sont de fausses contraintes qui ne modifient pas la trajectoire du héros : poster sa carte postale / refus du couple / il rencontre Léa qui accepte de le faire. Il a besoin de victuailles / Léa refuse de lui en fournir de sa garnison / elle lui laissera des restes et lui commandera ce dont il a besoin. Comme pour les quelques plans de désagrément liés à la pluie, il s’agit davantage de touches qui ne portent pas à conséquences.
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      Le fait que le film ne présente pas une rupture dans la vie de Pierre avec son quotidien est dû aussi à quelques éléments du scénario. La scène du repas de famille porte un des éléments faussé du film. Son frère, sa mère et sans doute un cousin viennent dans les Alpes pour raisonner Pierre qui va perdre son emploi d’ingénieur. Le frère est dans une colère folle, il tente de le raisonner en lui disant qu’il est complètement fou de rester là. Or Pierre perd son emploi mais pas ses moyens. Il a des économies. Et une famille aisée. Dont la mère est heureuse pour lui qu’il s’épanouisse à la montagne et dont on imagine qu’en cas de réel galère elle ne le laissera pas tomber. Mais surtout il est présenté que Pierre et Léa sont intéressés l’un par l’autre. Léa ayant une très bonne condition financière. Cheffe d’un restaurant où visiblement elle vit on la devine propriétaire du lieu (en revanche elle dit ne pas s’occuper des comptes). La rupture de Pierre avec son milieu n’a pas eu lieu. Donc il ne peut pas physiquement reprendre contact avec la matière, la roche et l’eau là depuis les origines.
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      De plus des relations sont caricaturales. La scène du repas de famille est drôle malgré elle. On repense à ce que développe François dans Boniments, les bourgeois qui se racontent des histoires, qui se croient outsider, qui pensent se mettre en danger alors que pas du tout compte tenu du contexte, de leurs ressources et de leurs réseaux. Mais aussi sont caricaturales la scène du lacet avec Léa et les regards gênés avec Pierre. Quand Léa la cheffe reprend à l’ordre ses commis étrangers. On peut trouver également les dialogues creux.
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      Le film prend le parti de la contemplation et de la poésie. Présente l’idée poétique que le cœur de la roche serait de l’eau glacée, un espace infini. Une très belle idée de retour à l’origine du monde et à notre origine d’être vivant. Un corps qui y entre qui perd sa matérialité. Comme nous venons de le voir ce corps a déjà perdu son rapport à la matière. Avant de réfléchir aux conséquences de cette perte de rapport à la matière sur les éléments de fantastique, intéressons-nous au choix de la contemplation du film.
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      Il ne s’agit pas d’une observation des paysages de montagne. On remarque que le film choisi de trier ce qu’il contemple. Il a choisi de filmer les plus beaux moments. Il s’agit des moments où les rayons du soleil baignent les cimes d’une lumière indescriptible. De vues dégagées sur la plaine et ses toitures de chalets si petites. De se sentir proche du paradis en marchant au même niveau et parfois au-dessus des nuages. D’être englouti par une fine brume magnifique. Des paysages à couper le souffle que le réalisateur veut nous faire partager en passionné. Le film choisi donc de ne pas s’étendre lorsque nous avons les deux scènes de pluie, ni rechercher d’autres axes pour voir le paysage ainsi baigné de grisaille. On remarque que l’élément original qui apparaît dès les premiers moment à la montagne est une biche égarée. Le plus élégant des animaux sauvages. Sans doute ce choix de la biche vulnérable est aussi une métaphore de l’état émotionnel de Pierre en plus de son caractère incongru, une touche d’étrangeté annonçant que le fantastique est déjà là parmi nous. Quoi qu’il en soit on ne peut s’empêcher de constater qu’ajouter à l’aisance et au confort des corps, les décors et ses éléments fictionnels ne sont que jolis. Cela pose une question de scénario à savoir : est-ce que si le jour de la présentation du robot la montagne n’était pas aussi belle que sous ce temps ensoleillé et que la pluie et la neige avaient duré des mois, Pierre aurait eu ce désir insatiable de l’arpenter ?
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      On remarque que même les créatures fantastiques font partie de cette esthétique du joli et de l’accessible : elles sont très belles, leur matière intelligente intrique, elles illuminent le corps, sont amicales et donne un accès au cœur secret de la montagne.
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      Peut-on parler ici d’esthétique bourgeoise ?
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      De plus, on ne peut s’empêcher de se dire que dans ces randonnées en montagne, atteindre les cimes, le plaisir est d’être seul et au sommet au-dessus des nuages. Que c’est cette sensation-là que Pierre (qui est joué par le réalisateur lui-même alpiniste) vient rechercher. Il y a la question de l’exploit qui passe dans le film notamment lors de la rencontre avec le couple qui est descendu en rappel et est passé par une corniche fine et raide ou par le programme délivré par le guide – atteindre tel mont là bas. Il y a un petit goût de challenge.
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      Ces choix esthétiques sont donc la cause de mon ennui. Qu’en est-il du sentiment de tristesse ressenti ? C’est ici que je développe le point du fantastique.
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      Les éléments vus plus hauts ont eu pour effets le sentiment que je n’ai rien vécu en regardant ce film. Ni ascension, li lyrisme, ni caractère, il m’a glissé dessus comme les créatures sur le corps de Pierre.
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      Définissons le fantastique selon les termes de François afin de ne pas s’égarer.
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      Fantastique : l’injection, sujette à caution, du surnaturel dans le réel.
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      Partant de cette définition, analysons :
      Ce film commence par des éléments originaux : la biche dans le village, l’attirance irrépressible de Pierre pour la montagne sans qu’il puisse l’expliquer rationnellement. Puis le travail sonore qui isole Pierre, les corps des personnages secondaires qui se tiennent dans une sorte de raideur artificielle, et le soutien très présent de la musique participe à créer une ambiance d’étrangeté.
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      Le fantastique dans le film ce sont les créatures dont Pierre aperçoit d’abord la lumière glisser sous la roche. Puis il les voit physiquement. Ainsi que la zone d’où elles viennent qui est le cœur de la montagne où il pourra accéder. Et le bras lumineux qui le reste à l’issue de cette rencontre.
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      Pour analyser le fantastique du film on peut se demander : qu’est-ce que la découverte de créatures de la montagne, qu’est-ce que le fantastique, apporte à Pierre  d’un point de vue scénaristique ?
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      On remarque alors que Pierre voit dès le départ la beauté de la montagne (sa magie) et c’est pour cela qu’il veut y grimper. Il a déjà fait son choix de ne plus travailler et de ne plus rentrer à Paris lorsqu’il découvre les créatures. Il a déjà une touche avérée avec Léa. Donc ces créatures fantastiques ne lui apportent rien dans sa narration.
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      On peut alors se demander : qu’est-ce que le fantastique apporte au film indépendamment du scénario ?
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      On peut penser que c’est du fantastique gratuit, pour la beauté de cette matière transformée issue de la matière rocheuse. De la poésie qui peut s’éveiller en philosophie, en sacré. En tant que spectateur on attend que la survenue du fantastique amène quelque chose. Nous voulons rencontrer cet autre. Nous voulons que l’existence de cette réalité que nous ignorions nous touche. Nous attendons un apport même poétique du fantastique. Le fantastique dans ce film n’apporte pas de rupture, ni de poésie. Pourquoi ?
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      On s’attendait à ce que, baignés dans cette facilité des images, l’apport fantastique ou juste le fait d’y accéder amène de la difficulté du moins de la matérialité. Les créatures sont très travaillées d’un point de vue de la matière et de leur rendu sonore, très présentes. Mais comme nous l’avons vu sur le travail de l’image et du son, le traitement des créatures fantastiques est traité sur le même plan stylistiquement que le reste du film. Le même rythme, la même ambiance. Elles n’altèrent pas le style. Et c’est cet écart trop ténu entre la matérialité amputée, du quotidien de Pierre présentée comme le réel et le fantastique sans effets qui crée un fantastique superficiel, tiède, qui ne parvient pas à nous toucher. Pierre ne peut pas être touché autrement que superficiellement par un fantastique lui-même superficiel.
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      On peut aller plus loin : si on part de la définition du fantastique, il s’agit d’un fait de logique : Pierre de par son point de vue à la matérialité amputée n’est donc pas dans le réel. S’il n’est pas dans le réel alors il ne peut pas se produire le fantastique dans son existence. Voilà pourquoi ces séquences nous apparaissent tièdes. Dit autrement : le fantastique est intéressant lorsqu’il s’agit d’un élément du réel donc matériel qui s’étend jusqu’à passer le seuil de la vraisemblance. Ici comme la matérialité est atrophiée, le fantastique ne peut advenir.
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      Pour preuve ces créatures et leur don, comme tout élément du film, n’atteint pas Pierre. Pierre a atteint le degré de la métaphysique. Seulement d’un point de vue narratif, à l’issue de sa rencontre et de sa transformation, Pierre retourne dans la plaine, à sa condition de vie non transformée. L’accès à l’autre dimension n’aura eu aucun impact sur lui. Il ne quitte pas tout pour la vie dans la montagne. Il quitte la montagne pour retrouver Léa, une femme de sa classe. L’été il descend vers les prairies douces et verdoyantes. Et du fantastique que nous avons vu autant que lui subsiste son bras lumineux. L’accès à l’immatérialité n’a laissé aucune trace dans Pierre qui en revient. Dans le film le fantastique est donc bien traité pour ces effets visuels et pas pour ce qu’il pourrait apporter au personnage de Pierre.
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      Que le film mette en scène Pierre qui est insensible à la matière donc qui ne peut pas être atteint par le fantastique est un axe intéressant. Car pris par ce biais on peut dire que la forme du film se retourne contre lui. Il critique malgré les intentions louables du réalisateur le statut privilégié de Pierre. Le film serait alors un film sur un homme dont le prénom Pierre sonne comme étant symbolique. Un homme de pierre qui est incapable d’être mu par la beauté secrète du monde quand bien même celle-ci lui est offerte.
      /
      On peut voir également les choses sous un autre angle : Pierre est l’élu de la montagne. Même s’il n’est plus ingénieur, il est toujours dominant par sa classe, son compte épargne, sa famille, ses relations, ses conditions de vie. Il possède maintenant le don d’entrer dans la montagne. Il acquiert un privilège supplémentaire. Celui de pouvoir, quand il le voudra, en atteignant le cœur de la montagne – inaccessible aux autres, profanes – perdre radicalement sa matérialité qui n’est dans son quotidien qu’à moitié perdue grâce à ses bonnes conditions financières. Donc aller plus loin dans la rupture d’avec le réel (l’ « enfin vivre » du sous titre). Cela pouvant refléter le désir inconscient bourgeois d’absenter totalement la matière, les contraintes du réel qui l’empêchent d’accéder facilement, sans heurts, à ses désirs, et dont le corps en est un élément d’importance. Ironiquement (compte tenu de son emploi d’ingénieur en robotique lâché par Pierre au profit de la montagne) c’est tout l’enjeu de la recherche dans le …transhumanisme.

    • #1793 Répondre
      Frezat
      Invité

      Le titre paraît mal choisi déjà.
      Très peu de montagnards pratique l alpinisme.
      Ton résumé suinte la bourgeoisie qui idéalise la.mo’tagne .
      Ça me fait penser à Gaspard Proust.
      Signé un montagnard lambda
      PS j ai pas vu le film.
      Évidemment

      • #1825 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci Ostros pour toutes ces pistes de réflexion
        Et pour ta mise au point très claire sur le fantastique

        • #1839 Répondre
          Ostros
          Invité

          Je t’en prie. J’espère qu’elle est juste.

    • #1816 Répondre
      Ostros
      Invité

      Je ne suis pas suffisamment montagnarde pour savoir si très peu de montagnards pratiquent l’alpinisme. Ce que je sais c’est que les stations de ski sont le lieu de vacances de la bourgeoisie française (skier ça coûte un bras). Dans le film on voit bien en effet que la population qui fréquente ce lieu est aisée.

      J’ai eu vent que les magistrats de la cour d’appel de Paris demandent depuis 3, 4 ans aux assemblées générales de modifier le calendrier des audiences. Retirer une semaine de vacances judiciaires en juillet (donc les faire commencer une semaine plus tard) pour la placer en février. Le travail étant très lourd ils demandent à faire une pause entre décembre et avril. Et cette pause ils la passeraient à la montagne, en famille. Au détriment des greffiers qui eux préfèrent faire décembre-avril le nez dans le guidon (le travail de préparation des audiences étant aussi bien chargé) et partir 4 semaines en juillet pour les juillettistes pour être égaux avec les aoûtiens en terme de durée de congés qui peuvent être posés à la suite. Les magistrats auraient obtenu gain de cause à la dernière assemblée générale.

      • #1818 Répondre
        Ostros
        Invité

        Les greffiers n’ayant pas les moyens de partir en vacances à la montagne ils n’ont pas d’intérêt à prendre des congés en février, ai-je oublié de préciser*

        • #1820 Répondre
          Ostros
          Invité

          On note que la station de ski (café, remontées mécaniques, zones de randonnées) est un lieu de passage où circulent des touristes et des guides.

        • #1840 Répondre
          Ostros
          Invité

          Mise à jour dans l’affaire des magistrats qui voulaient imposer les vacances de février, après bras de fer avec les greffiers et greffières finalement ce ne serait pas passé.

    • #1849 Répondre
      SoR
      Invité

      Quel boulot, merci Ostros. Ce que tu évoques me fait penser à un livre où j’ai eu exactement la même sensation en le lisant, que toi en regardant Montagne, donc ça me rassure. Je ne sais pas si tu as eu entre les mains « Thoreau et moi » une BD de Cédric Taling l’auteur présentait ça comme une réelle volonté de retour à la nature (par contre je viens de m’apercevoir qu’il ne parle jamais de sobriété je crois or il me semble que Thoreau en parlait). Son personnage est un homme qui vit dans les milieux branchés, huppés de Paris (c’est l’auteur lui-même d’ailleurs) et il se fait embarquer par le fantôme de Thoreau qui lui susurre à l’oreille d’aller se ressourcer avec de bons légumes à la campagne et l’air pur. Sa famille n’est pas d’accord « ah non la campagne c’est nul il y a pas ça et ça, y a rien à faire là bas etc  » comme on s’y attend dans tous ces scénarios) et puis finalement le héros (le père) les convainc et tout se passe bien car il arrive à faire un potager (on ne le voit jamais en train de bêcher par contre ou sur 2-3 dessins) mais surtout il arrive à amener à la campagne tout le confort ultra sophistiqué et design de la ville : il arrive à construire une terrasse très classe, véranda et vue dans les chambres sur le ciel, je crois même piscine etc. tout sauf la campagne pour elle-même, se suffisant à elle-même. En fait je me suis demandée ce qu’il avait compris du message de Thoreau à moins que Thoreau que j’associais à une réelle volonté de sobriété et de retourner à la simplicité et à la nature était en réalité le premier à proposer cette idée de tourisme vert des riches qui s’ennuient en ville (mais je ne crois pas même si certains le démystifient). Ce qui m’a marquée aussi c’est quand le héros parle à son copain au début qui s’ennuie comme lui en ville car il n’arrête pas de s’acheter des trucs ultra chers (il montre un stylo à 5000 euros) mais a déjà tout (le pauvre! Il est limite en dépression dans la BD car sa vie est fade). Le dialogue entre les 2 ne portait pas sur l’indécence des raisons de sa dépression et de sa vie et sur l’idée de refus de participer à l’entreprise de son père millionnaire qui lui offre tout cet argent de poche qui part en fumée. Le dialogue portait seulement sur : est ce qu’on ne s’ennuie pas au fond quand on a déjà vécu ainsi pendant 25 ans, est-ce qu’on ne pourrait pas trouver une autre aventure encore plus palpitante car on a tout épuisé ici? Qu’est ce qui reste à faire pour nous? Je trouvais l’ambiance de la BD très tournée autour des états d’âme de la bourgeoisie oisive ou alors ça vient de moi mais pas une fois il n’a été question de l’aspect social, du dégoût de participer à ça et d’une réaction contre le capitalisme et l’industrie qui aurait pu être à l’origine de la décision du héros de retourner à la nature. Bon le film ne montre pas exactement la même chose mais ça m’a fait repenser à tout ça.
      Au fait quelqu’un justement aurait-il lu Thoreau ? Je l’ai mais pas encore ouvert justement, je voulais approfondir car je me demandais si son esprit et sa démarche étaient véritablement sœurs des autonomes ou s’il s’agit plus d’un homme qui resta bourgeois mais a eu besoin de se ressourcer à un moment de sa vie, s’il y a eu légende autour de lui. Il était l’ami d’Emerson et faisait partie avec lui des transcendantalistes qui si j’ai bien compris appelaient à une société d’autonomes, je n’en sais pas trop plus et j’aimerais savoir si quelqu’un l’a lu car je pense qu’il vaut bien mieux que ce que la BD faisait ressortir de tout ça. Je suis peut être dure mais c’est que je m’attendais à un message plus fort.

      • #1978 Répondre
        Ostros
        Invité

        Pas lu Thoreau.

      • #1984 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je t’en prie, je ne sais pas si tu as eu le temps de voir le film depuis vendredi ?

        • #1990 Répondre
          SoR
          Invité

          Je ne sais pas si la question m’est adressée Ostros mais en tous cas moi je ne l’ai toujours pas vu, je sens que je vais écouter la gêne sans avoir vu le film comme d’habitude car je n’arrive pas à suivre la cadence!

          • #2133 Répondre
            Ostros
            Invité

            Sor oui c’était bien à toi. J’ai réalisé après que mon premier message n’avait pas été posté ce qui a créé ce décalage étrange.

    • #1856 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Pas encore vu le film. Je te lirai après, Ostros.

      • #1881 Répondre
        Carpentier
        Invité

        Mise à part la présence de l’auteur de ce singulier poème qu’est La montagne prend la parole dans ton Antimanuel, je ne sais rien de ton possible attrait pour la montagne, François.
        Je sors du dernier Salvador et te souhaite quoiqu’il en soit beaucoup de joie lors de son visionnage.

    • #1877 Répondre
      Frezat
      Invité

      Je vis à côté d une station Valmorel et dans une vallée la tarentaise qui regroupe l’essentiel des stations huppées : Courchevel, Tignes , Val tho, Méribel etc etc.
      Je confirme que la grande majorité de la clientèle sont des bourges.
      L.alpinisme a été introduit par les anglais dans les Alpes.
      Cela demande du matos et des guides.
      Je suis amoureux de la montagne mais j’ai bcp de mal avec cette discipline qui n est selon moi qu un truc pour pour monter et montrer son égo.
      Par contre le bivouac et la rando sont à la portée de quasi tout le monde.
      C est pour cela que je faisais le parallèle avec Proust le comique droitardé.
      Les mecs ont besoin de se sentir supérieur à la plèbe et d aller plus haut .
      Mais je regarderai ce film avec attention.
      Les films qui parlent le mieux de la montagne sont plutôt les trucs sur les bergers.
      Le reste c est de l Instagram pour bourge.
      Ce que semble être ce film selon ta description

    • #1879 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Je sors du La montagne toute chose: j’aime beaucoup cette obsession de Salvador pour l’homme et les éléments, déjà avec son Vincent n’a pas d’écaille qui faisait comme corps avec le monde aquatique, possédait certaines propriétés du monde aquatique, lui était familier, lui appartenait en partie tandis qu’avec La Montagne, il dit l’homme qui devient/est familier du minéral, lui-même résultat de matériaux autrefois en fusion et parfois au contact de l’eau solidifiée, la glace, quoi (ah, j’avais prevenue que j’en sortais toute chose 😅)

      Salvador réalise ici un très singulier docufiction, on suit l’apprentissage de la haute montagne par un homme qui suit, soudainement, un intense désir d’appréhender cet environnement jusqu’à se sentir lui appartenir (et le genre fantastique le prend au mot.)

      J’aime bien le fait que la réaction des autres, de ses proches, se régle en une séquence, rapide, à la fois douce et drôle, puisque ça n’est pas le sujet de Salvador, son perso principal étant indépendant financièrement et pas encombré d’enfants en bas âge ou d’une moitié qui pourrait attendre des comptes; marrant d’ailleurs ce plan serré sur la tasse à café retournée seule, à côté de l’évier une fois rincée (première scène dans l’appart à Paris le matin du déplacement pro.)
      Les plans sur les massifs, les séquences de marche, d’équipements, d’expérimentation du matériel et des gestes sont intéressantes à regarder et j’aime beaucoup la séquence avec le guide rencardé au bivouac, peu habitué à faire une course à partie de là (le touriste lambda démarre au passage de la barrière signalant clairement le passage en territoire de haute montagne, peu après l’arrivée du téléphérique.)
      Et quelle douceur dans le propos, à saisir ou non selon son envie de spectatrice, sur la fonte des glaciers et ses conséquences.
      C’est fort de choisir des films comme ça, pour le ciné en salles et la salle, pleine, respirait au rythme de Pierre, assez stupéfaite lorsque le générique de fin a commencé son déroulé.
      Vivement La gêne o. dédiée.

    • #1899 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Bonjour,
      Lu tes lignes tranquillement ce matin.
      Un peu comme lorsqu’on se trouve au pied d’une falaise, te lire m’a pas mal filé d’appréhension, surtout que j’ai spontanément posté quelques lignes en bas de cette page, qu’après coup j’étais super contente de voir comme publiées dans un trou de souris 😚

      Il n’empêche que je vais la tenter cette paroi rocheuse.
      Tout d’abord, j’aimerais que tu me précises si tu t’actives dans certains métiers du cinéma, comme ils disent à l’onisep.
      Le montage? La post-prod? L’étalonnage? Terme qui me fait toujours rire et dont il faudra que je creuse le réel à l’occase.

      J’aime bien que tu t’arrêtes longuement sur le sentiment de tristesse qui fut le tien durant ton visionnage.
      Si c’est le même que celui que je ressens à l’instant en entamant le dernier fragment d’À Arles, Arles 80, je me dis que peut-être tu aimes parfois jouer avec ta tristesse.

      Le film de Salvador m’a plutôt surprise, amusée et comme remplie.
      Je marche toujours à fond avec les plans enneigés ceci-dit, c’est comme ça depuis mes 9 ans 1/2, depuis ma première colo à la neige, comme on disait.
      Après, je ne comprends pas bien tes lignes sur l’omission ou la faiblesse des dires de Salvador quant au réchauffement climatique par exemple; plusieurs de ses plans montrent la mesure des différents niveaux du glacier, années après années, avec les pancartes qui marquent les différents dénivelés du Montenvers.
      Parfait dans un film de 2023 pour un réal qui compte sur l’intelligence sensible de ses spectateurs je trouve, non?
      Sur la grande préservation du perso Pierre quant à la matière, sa dureté, je te rejoins en revanche en partie, surtout dans les séquences où, à mains nues, il creuse la neige (son premier matin, au réveil de sa première nuit en bivouac d’altitude, pour enterrer un peu mieux ses piquets de tente et se faire des contreforts façon congères tout autour de son abri.)
      Ne pas se préserver de l’onglet comme ça dès le matin, me fait faire une moue d’experte mais c’est tout.
      Sinon, je suis d’accord avec toi sur l’aspect rupture qui n’a pas lieu, si toutefois on postule que le sujet de Salvador est celui-là.
      Et du coup, je me demande bien pourquoi j’ai ressenti autant de joie pleine à voir le perso Pierre pouvoir enfin redescendre de son plein grè, en fin de film (et pas suite à un malaise de faiblesse hypothermique) comme riche de l’esprit de la montagne (et c’est parti pour le lyrisme) et maintenant serein quant à la possibilité de remonter quand il le souhaite en haute montagne.
      Je me permettrai d’y revenir peut-être mais j’avoue être contente d’avoir osé cliquer sur le réponse de ton premier post, à toi, l’opératrice de ce fil de discussion, pour lequel je te remercie d’ailleurs.

      • #1983 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je t’en prie. Tu es donc une habituée de la montagne ?
        Pour te répondre je ne travaille pas dans le cinéma. Il m’arrrive de réaliser un petit film de temps en temps.
        Je me suis demandé ce qu’était cet onglet dont tu parlais et j’ai fini par trouver : l’onglée. conséquence douloureuse mais bénigne du froid sur les extrémités des doigts. Du coup oui je suis d’accord avec toi, ça manque. Même si on comprend bien que son désir le rend plus résistant, ça passe pour de l’insensibilité. Et quand je parle de manquement dans le rapport au réel c’est bien dans le rapport entre le corps de Pierre et la matière. Puis dans le choix des plans contemplatifs.
        Moi aussi j’ai bien aimé ces scènes avec le guide. J’aime beaucoup son apsect et son caractère, qui donnent un peu de quelque chose à ce film très lisse.
        En tant que précaire regardant Pierre ingénieur je narrive pas à voir le fait qu’il subvient à ses besoins du fait de son niveau de vie que comme un élément informatif du scénario. Ce que je veux dire c’est que l’histoire fonctionne parce que Pierre à les moyens d’aller en altitude. Et partant de là je suis quand même perplexe par ce désir qui le mû. Sa position sociale est trop chevillée à la possibilité de cette histoire d’advenir. Je me mets à imaginer le même film avec un personnage plus lambda. Admettons il se retrouve dans cette station. Il veut grimper. Il n’a pas les moyens. On peut tout à fait, sur le mode de Salvador, faire un plan où il prend du matériel et le vole d’une manière très simple et incongrue. La scène aurait duré 1 minute même pas. Et puis la rencontre avec Louise aurait été moins rencontre de pairs. Je ne souhaite pas forcément que ce soit un précaire, ce qui m’aurait plu c’est que l’accès à la montagne ne soit pas un accès de privilégié. Donc il y a un tas de métier entre les 2. Ce choix est un choix de scénario qui va au delà de l’information. C’est un métier qui fait symbole en quelques sorte. Donc il y a un message à ce sujet. On remarque que Pierre présente un bras robotisé et que c’est son bras qui est touché par la magie. Ça fait très « il faut que les images de répondent ». Ça recherche le sens dans ces échos et pour moi c’est too much. Mais surtout, pour en revenir au statut de Pierre ça m’a tout de suite fait voir son périple comme un privilège et l’accès au coeur de la montagne aussi comme quelque chose de purement dû à sa classe.

        • #1985 Répondre
          Ostros
          Invité

          Se répondent* (aujourd’hui mon clavier est en grève)

        • #2008 Répondre
          Carpentier
          Invité

          L’onglée, oui 😅 merci, j’ai une tablette à qui il arrive de faire bien ce qu’elle veut.
          Sinon, en plus des onglets de pages ouvertes sur l’écran, l’onglet c’est aussi un bon morceau du bœuf.
          Sais-tu que je n’ai pas du tout fait de lien entre le bras articulé de la démo pro de Pierre et le choix des lueurs, dans le scénar, de transmettre leur petit quelque chose à son bras.
          Je m’en voudrais presque.
          Sinon, avec un peu de recul, je me dis en revanche que c’est plutôt moi qui suis passée à côté de la scène du ’ je peux rire avec vous moi aussi? ’ avec les 2 commis du restau: ils rient comme des mômes devant ce drôle de mec, client avant même qu’un service ne démarre vraiment et ça les fait marrer qu’un client semble draguer la Cheffe je pense, ils pouffent, se moquent un peu bêtement, et Louise est plus gênée qu’agacée.
          Quoiqu’il en soit, et à ma grande surprise, je dois m’avouer par ailleurs être toujours sous l’effet des petites créatures de la montagne, ces dégoulinades de magma pailleté me font délirer alors qu’en salle, en les découvrant, j’ai un instant presque paniqué.
          Encouragée à les trouver trop enfantines, presque médiocres par les hochements de tête de mon voisin qui, la tête dans les mains, disait ’ n’importe quoi’ en les découvrant, je dois reconnaître qu’elles m’obsédent un peu aujourd’hui. C’est bizarre quand même.
          Je crois que je trouve ça gonflé, tellement imarfaits les effets spéciaux/trucages de Salvador, que j’en suis séduite.

          • #2010 Répondre
            Carpentier
            Invité

            *imparfaits *

    • #1916 Répondre
      Billy
      Invité

      J’aurais aussi des réserves sur La Montagne, mais là Ostros je crois que tu tords le film pour qu’il entre dans ton analyse.
      Tu reproches à Thomas Salvador de ne pas avoir fait évoluer son personnage, de ne pas avoir de « trajectoire du héros », pas de « rupture » dans l’histoire de cet ingénieur… Moi je dis merci Thomas de nous sortir pendant 2h de l’arc narratif.
      Et j’aurais d’ailleurs aimé en sortir totalement, qu’il n’ajoute pas la rom-com. Comme Pierre installe son bivouac à 500m du téléphérique, Thomas installe son cinéma à 500m du cinéma français narratif. Un peu à côté, mais pas assez loin.

      Tu dis : « Si Pierre est un élu parce que son amour de la montagne l’a amené à dépasser les limites physiques pour y entrer, je n’ai pas ressenti que ce passage vers le cœur de la montagne était physiquement ardu. » Je n’ai pas vu Pierre dépasser ses limites physiques. On ne sait pas pourquoi il est l’élu. Ou l’hypothèse du film ce serait : parce qu’il sait regarder. Les lumières de la montagne sortent parce que Pierre attend, qu’il regarde.

      Pierre est plus un esthète qu’un sportif. Ce qu’il fait pendant tout le film, c’est regarder les montagnes. Pierre est bourgeois mais pas le film : le film détourne les codes narratifs de l’appel du sommet archi-dangereux pour faire un film contemplatif. Lent, doux, cotonneux, avec les pas qui s’enfoncent dans la neige. Calme comme la scène d’explication du guide de montagne à Pierre pour les questions de matériel. A sa voix, on se dit que le guide est un vrai guide, pas un acteur. C’est pas le film d’aventure où le héros se surpasse pour marquer l’histoire de l’alpinisme. A la fin de la séquence, Pierre et le guide sont assis au sommet, et regarde les montagnes. Film d’esthète.

      Le film a beaucoup de plans fixes larges, et des panos pour suivre Pierre qui marche. Le travelling naturel de la cabine du téléphérique qui entre dans la brume. Le plan fixe de la petite tente perdue dans la montagne, la toile de tente battue par le vent, Pierre alongé dans la tente avec sa frontale. Beaucoup de temps réel, de lumière réelle, de plans séquences. (il n’y a qu’un seul plan de drone pendant l’ascension de la falaise, et il est nul et injustifié. Quand Pierre escalade vraiment la roche, j’aurais aimé être plus avec lui.)

      Pierre est souvent seul, taiseux, placide, c’est un personnage muet. Physiquement, on pourrait penser à Buster Keaton. Mais Pierre avec sa montagne n’est pas Buster avec son train. Il n’y a pas de burlesque ici (alors que j’aimais le burlesque tranquille des précédents films de Thomas Salvador). La définition du burlesque ce serait un perso qui joue de son environnement, qui l’expérimente avec adresse et maladresse, qui en jouit.
      En esthète, Thomas filme et Pierre regarde les brumes flottantes, les soleils sur les montagnes enneigées, les variations de lumières… Thomas-Pierre ne fait pas de burlesque, ne veut pas filmer à taille humaine. Il veut la montagne sublime, énorme, qu’il ne peut pas pratiquer, qui lui échappe. Ça le pousse au plan large. Il veut filmer la montagne sublime, et n’accepte pas le burlesque.

      J’ai aussi senti une absence de rugosité du film due à cette recherche du sublime (pour le personnage et le cinéaste), qui va avec une recherche de l’isolement, du silence, une épure. Sortir du film narratif pour Thomas, de la société pour Pierre. Faire le vide. Dans cette montagne désertique, Pierre se retrouve seul vivant. L’histoire du film c’est quand même la montagne qu’il gravit, sur laquelle il reste, montagne qu’il pénètre, et puis il redescend. J’aime bien ce glissement doux de Pierre vers la montagne. Un film sans épreuve. C’est sa beauté et sa limite. Le film manque de rugosité.

      La pierre dans laquelle il pénètre nu, se fond, le fait trembler, le laisse presque mort, puis l’envie irrépressible d’y retourner, qui lui fait fuir l’hôpital. Ça lui apporte du plaisir, comme un shoot, comme un orgasme. La lumière de son bras devient un jeu sexuel avec Louise Bourgoin. Il y a un érotisme de ces lumières qui circulent, passent de corps en corps. Un érotisme esthétique.

      Je me suis dit qu’un film uniquement à la recherche du sublime m’ennuyait un peu. Trop grand pour moi. Le sublime au détriment de tout le reste : les animaux, les autres humains, le moche, l’humour, la vie..

      Pierre était bourgeois, le film ne le nie pas. Le repas de famille ne sert qu’à ça, qu’à montrer la famille bourgeoise qui s’inquiète de ses pertes. A informer le spectateur que Pierre vit de l’argent qu’il possède déjà. Il arrête de bosser, il est appelé par la montagne, comme un prêtre, comme un élu. C’est mystique. Et c’est pas un nouveau « projet » de vie. Il part dans un désert de glace où il vit sur ses réserves. Il vit à perte.
      Les éboulements liés au réchauffement climatiques et le mélange fantastique

      Je trouve que ces quelques scènes dialoguées avec des acteurs sonnent faux (surtout le repas avec la famille. Même les dialogues avec Louise sont un peu plats.) La trame romantique me semble comme rajoutée pour « faire film ». Pour ramener Pierre au monde des humains, et Thomas au monde du cinéma français.

      Le thème de la montagne appelle le grand film et c’est un petit film simple (trop simple ?) à la marge. Pierre n’arrivera pas au sommet pour s’envoler avec un hélico, il va au centre de la terre avec des lumières qui me font beaucoup penser à aux bestioles de Miyazaki dans Totoro (les noiraudes).

      Je suis étonnée d’ailleurs que le film ne finisse pas dans la fusion. Qu’il y ait encore Louise et qu’il redescende dans le monde d’en bas. Mais j’aime bien que la magie existe sans être une fin en soi. Mais j’aime bien qu’un film me surprenne, qu’on voie pas la fin du film arriver.

    • #1922 Répondre
      Carpentier
      Invité

      En attendant que Le menu cogite un peu – rire devant une telle intensité dans le cynisme et l’horreur ça perturbe – je reprends un peu ma réflexion sur le Salvador :
      La scène où Pierre descend in extrémis du train qui remonte à Paris, celui dans lequel il monte 3 ou 4 jours après s’être fait porter pâle (sobrement drôle le jeu de Salvador dans le bobard téléphonique du je suis malade d’ailleurs) elle me plaît beaucoup.
      Combien de fois me suis-je retrouvée à une seconde de le faire, en particulier inondée par un fort sentiment amoureux ?
      Mais si faire l’école buissonnière est un acte très jouissif, quand il n’est pas lesté d’une phobie invalidante, on reste souvent tributaire de circonstances exceptionnelles, parfois malheureuses même, pour l’acter.
      Dans le Salvador, l’appel de la montagne vers le perso de Pierre est très incarné dans cette scène.
      Pierre y est littéralement mû hors du train, son désir de rester à Argentière ou à Chamonix, dans ce coin-là quoi, est presque plus fort que lui, pas raisonné, vécu.
      Très calmement, il y reviendra d’ailleurs avec sa mère, lors de la petite mise au point réassurance auprès de ses proches au restau d’altitude, lui dira qu’il ne sait pas exactement lui-même pourquoi il fait cela, et elle acquiescera d’un ‘ du moment que tu es heureux ‘, à la façon dont, paraît-il, un parent reçoit positivement le coming out d’un enfant.
      Et Bourgoin du coup ? outre le plaisir que me procure toujours sa présence à l’écran, j’avoue ne pas bien saisir l’intérêt de garder la scène dont tu parles aussi, celle de ‘ on peut savoir pourquoi vous rigolez ‘ entre la Cheffe qu’elle est et ses 2 commis.
      Mal jouée de surcroit je trouve, elle introduit le rituel des cafés que prendra ensuite régulièrement Pierre au restau, soit.
      J’aime en revanche que l’appel de la montagne s’intensifie d’une rencontre amoureuse car oui, un désir découverte/passion pour la montagne, tel que le dit Salvador, s’apparente en tout point, je trouve, au désir amoureux, à l’émoi qui peut faire qu’on ne s’appartient plus parfois.

      Ps : Pour ceux qui aiment les trucs très explicites, un film de Lombel, qui a l’air bien balourd, nous arrive très prochainement et c’est sur le réchauffement climatique et la fonte des glaciers, ouf.

      • #1923 Répondre
        Carpentier
        Invité

        *remplacer Lombel par Cazes* 🤔*

    • #1975 Répondre
      Ostros
      Invité

      Salut Billy, ça fait plaisir de te lire de nouveau.
      Tu as raison de pointer mes imprécisions et mauvaises directions d’analyse. En plus j’ai toujours du mal à approcher correctement des films qui proposent une forme très esthétique (comme tu as pu le voir avec Hi Han et le documentaire que tu avais bien aimé sur les jeunes de cité). Et je ne demande qu’à apprendre à savoir. Te lisant j’apprécie que tu détailles ce que tu as vu et comment ça a joué sur ton intérêt (ça détaille aussi ce que j’ai voulu dire par ennui) et aussi au sujet de l’évolution de Pierre. Je ne suis pas attachée particulièrement à une arche de personnage. Au fait ce que j’évoque c’est plus le fait qu’il ne soit pas touché par ses expériences. Ça se situe plutôt au niveau physique. Au rapport du corps avec la matière dans un premier temps. Puis avec le fantastique. Je pense qu’il s’agissait d’une attente d’être moi spectatrice touchée d’une quelconque manière par ce fantastique. Que je me dise il s’est passé quelque chose. Et que ce quelque chose soit palpable même si très ténu, pas par le narratif mais par la forme. Pas forcément un truc expérimental mais juste un moment aurait suffit, dans un cut par exemple, à me faire me dire Pierre a effectivement eu accès à « quelque chose ». Je crois que ce film me déplaît par ce qu’il présente des scènes.
      J’ai encore réfléchi au film ces derniers jours et je vois que le film travaille à l’intérieur des genres qu’il colle les uns à la suite des autres sans les cumuler. Qu’il travaille par le corps de Pierre, imperméable aux affects de ses proches, à absorber le rythme et l’intensité des autres corps, du rythme d’une scène. On passe de la comédie romantique, au grotesque d’un repas de famille cliché, au documentaire où Pierre qui n’a plus besoin de parler dans la montagne est plus à l’aise et peut contempler à loisir ces beaux paysages, au fantastique où son corps glisse à l’intérieur de la matière. C’est pourquoi (pour répondre à Carpentier) je pense que la comédie romantique doit rester. Car c’est le travail du film de désamorcer la comédie romantique. Et ça passe d’abord par deux corps face à face dont l’un, celui de Pierre, ne joue pas son rôle car c’est un mur (du point dd vue de la parole) et qu’il a plus urgent à faire, l’autre celui de Léa ne semble pas le jouer non plus elle prend ce qu’il a à donner et donne ce qu’elle peut selon les impératifs liés à son travail. Pourtant en faisant jouer cette comédie romantique en biais et à faible intensité dramatique ça n’empêche pas ces deux là de s’aimer. Le film travaille les genres qui le compose sur une ligne minimaliste, réduite à une ligne faible qui n’empêche pas les personnages de Pierre et de Léa à aller vers leurs désirs respectifs, tenus par un instinct, par quelque chose qui vit au-delà des lignes narratives et qui les tire à lui.
      Pensant à ce travail de collage des genres les uns à la suite des autres et à la faculté du cours de Pierre à absorber l’intensité dramatique et les mots des autres qui rendent alors les scènes originales, oui je peux être intéressée par cela. Mais comme il n’y a pas que cela et en même temps qu’il n’y a que cela, c’est trop. Il n’y a que cela car ce corps là est tout le temps sur le même mode donc ça ne va pas m’intéresser. Il n’y a pas que cela car si dans les interactions avec les autres (avant qu’il retrouve Léa à la fin) les dynamiques relationnelles arrêtées par le corps de Pierre qui est détaché de ces choses-là (de cette forme là des relations qu’il vit) peut donner un intérêt au film, c’est cumulé avec des mauvais jeux d’acteurs dans les situations, comme l’a dit je crois Carpentier, ce qui fait grimacer. Avec en plus le style de filmage de même « couleur », ainsi que ce choix de ce que le film contemple : que du beau. Ca donne au tout un aspect film propre. Corps propre, style propre. Trop hygiénique pour moi. En tout cas c’est pour tout ça que le film me laisse morne.

      • #1993 Répondre
        Billy
        Invité

        Tu parles du corps de Pierre, imperméable aux affects de ses proches. Ta sensation est peut-être due au jeu hyper sobre de Thomas Salvador. Plus que sobre en fait. Il a un jeu atypique, opaque, presque muet, non-expressif. (un jeu impressif ? oui j’invente des mots).

        C’est quoi pour toi « les films qui proposent une forme très esthétiques » ? C’est les films pas naturalistes ?
        HiHan n’est pas mon Skolimowski préféré non plus (c’est Essential killing). Tu parles de quel docu sur les jeunes de cité ?

        Dans le genre film de montagne côté matérialiste, tu connais Les ascensions d’Herzog ? C’est génial. Il y a plus de chair, et c’est des docus. Je pense que ça te plairait.

    • #1976 Répondre
      Ostros
      Invité

      François, en fouillant Allociné j’ai vu que tu avais écrit une critique très élogieuse de Vincent n’a pas d’écailles dans Transfuge. Il n’y en a qu’un bout sur le site de Transfuge, c’est frustrant. Est-ce que tu pourrais nous la copier-coller ici, stp ?
      Et aussi je me demande, toi qui connaîs bien son travail : est-ce que tu considères qu’avec ce film Salvador suit la promesse qui était faite par ses précédents films ? (Je n’ai pas vu le premier ni ses courts métrages). Quelle évolution prend son travail ?

    • #1977 Répondre
      Ostros
      Invité

      Frezat, oui va le voir et dis-nous ce que tu en as pensé.

      • #2014 Répondre
        Frezat
        Invité

        J ai visionné la bande annonce et lu les critiques sur AlloCiné, ça me donne pas envie du tout.
        J irais pas payer de ma maigre paie pour cela
        Soit je le choppe en illégal soit j attendrais pour le visionner.
        Par contre ça me fait de plus en plus penser à Gaspard Proust.

        • #2132 Répondre
          Ostros
          Invité

          J’arrive à voir ce qu’il a voulu faire et pourtant je reste en dehors.

      • #88958 Répondre
        Frezat
        Invité

        Vu.
        Ennui.
        Total.

    • #1980 Répondre
      Ostros
      Invité

      Mince j’ai oublié de virer ça avant de publier : « le film me déplaît car il présente des scènes ». Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire. Je parlais du contemplatif des scènes à la montagne et du fait que c’est une succession de plans beaux et calmes. Jamais perturbés. Mais comme c’est déjà dit c’était inutile de le laisser.

      A la faculté du corps* de Pierre.

      • #1994 Répondre
        Billy
        Invité

        J’avais compris que la phrase se baladait toute seule. Je me serais peut-être méfié si ton post suivant avait été : « la musique me déplaît car elle présente des sons. »

    • #2004 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      effectivement j’avais écrit sur Vincent
      Je mettrai le texte ici une fois la Gene O sur La montagne prête.

      Je vous ai lues sur le film.
      Je pense avec Billy qu’on ne peut pas faire au film un procès en bourgeoisie. Il n’est pas là-dedans. Il n’y a que l’argumentaire marketing pour survendre « l’homme en rupture », qui est très à la mode. J’aime beaucoup que le film ne joue pas la rupture.
      Je développerai dans le podcast.

    • #2026 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Le podcast de la gêne sera en ligne samedi, j’imagine: enregistrée un jour de manif et publiée un jour de manif, bien.

      J’ai essayé de relire, faire un peu la synthèse de tous nos dires à propos du La montagne.
      François dit bien qu’il parlera du ’ faire rupture ’ qui sera peut-être dans son Boniments II du coup.
      Comme pour moi non plus, c’est vraiment pas le sujet de Salvador mais plutôt l’appel de la montagne (4 posts pour simplifier enfin mon intervention, j’aurais dû ne poster que ce matin en fait) je me régale d’avance de l’entendre sur ce truc.
      L’appel de la montagne comme on entend l’appel de la forêt, ouaip.
      Peu entendu ça à propos de son homme des bois d’Autonomes par exemple. Sans doute parce que c’était avant covid et que moins de gens avaient acté encore une installation hors la ville, un travailler ailleurs, en changeant d’activité pro ou en l’exerçant juste à distance, via le teletravail entre autres.
      On ne pouvait encore pas trop parler de tendance du coup, et l’avoir par automatisme en tête, en parlant d’un film où un urbain s’entiche de la nature.

      Pour conclure -ah quand même -juste envie de revenir sur ’ des paysages de carte postale ’ qui traîne dans un des posts, mais pas retrouvé pour le citer mieux, mille excuses, mais c’est surtout que sur les cartes postales, on voit des paysages tels qu’ils sont au moment où on les photographie.
      Et que ce bleu du ciel, qui n’a cette teinte bleu dur que les jours de grand beau, ce bleu en contraste avec les pentes et sommets enneigés, on ne l’a vraiment qu’en montagne.
      Ça me tourneboule d’ailleurs quand furtivement, en plein été, j’ai l’impression de le voir dans le ciel parisien.
      Dans le pays du Mont-blanc, il arrive aussi très régulièrement que ça bouche plusieurs jours. Ça part de la vallée de l’Arve, vers Sallanches, en gros jusqu’à Cha, comme ça dit là-bas.
      Et on le voit souvent dans le film, avec les même sommets qui semblent faire de l’œil à Pierre, se cacher, se découvrir, jouer et l’appeler, donc.
      Comme c’est le cas dans un des plans durant la conf pro, lorsque Pierre regarde par la fenêtre, il me semble bien.

      Comme je sais que le duo de la gêne o. ne fera pas de mauvais procès à ce film, je l’écouterai avec attention dérouler chacun de leurs arguments et sors sereine de ce fil de duscussion, certaine de pouvoir y revenir si l’appel du Salvador me reprend.
      Hâte.

    • #2028 Répondre
      Isd
      Invité

      En allant voir le mollasson « Knock at the cabin » hier soir à UGC les Halles, j’ai croisé dans la queue le longitudinal Thomas Salvador, sac de voyage sur le dos et longboard. Prenant mon courage à deux mains, je suis allé le féliciter pour son travail. On a pu discuter un peu, apparemment le film fonctionne bien, il n’a perdu aucune salle en deuxième semaine. Salvador émettait l’hypothèse que le marketing du film y a beaucoup contribué : le sujet (la montagne, les grands espaces), l’affiche qui ressemble à un roman de Sylvain Tesson, et cette horrible tagline – « tout quitter pour enfin vivre » – qui a été le choix des exploitants. Je lui ai dit que la prochaine émission de la Gène serait sur son film, il devrait écouter l’épisode.

      • #2034 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Puisqu’on parle de Tesson, j’en profite pour manifester tout l’ennui – voir l’agacement – que m’a suscité La Panthère des Neiges. Que le Tesson est bavard dans ce film c’est abominable ! Et complètement contraire à l’ambiance de montagne, quiconque randonne dans ces paysages s’en rend compte, on parle moins, on parle peu. En revanche j’admets n’avoir jamais lu un seul de ces bouquins, c’est lisible ?

        • #2037 Répondre
          Dr Xavier
          Invité

          [PS – Bavard par opposition à La Montagne, que c’était bien d’entendre si peu de dialogue…]

        • #2317 Répondre
          Rad
          Invité

          C’est lisible oui. Et c’est bien même. Son recueil de nouvelles : S’abandonner à vivre est très bien. Les chemins noirs que je n’ai pas encore lu encore est excellent apparemment.

    • #2032 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Oui le film fonctionne pas mal, et je me disais en effet que son marketing mensonger y était pour beaucoup
      Les vieux sont contents de faire un tour dans une zone vierge de signes contemporains – ils vont en effet voir ce film comme ils se jettent sur les livres de Tesson. Les politisés se disent que ça va sérieusement dégommer la bourgeoisie par un appel à la sécession. Les écolos se disent que c’est du Thoreau Ca fait trois familles très consommatrices de cinéma.

      • #2033 Répondre
        SoR
        Invité

        François, si tu dis ça cela signifie que tu ne ranges pas Thoreau parmi tout ce tourisme bourgeois écolo, qu’il est mieux que la façon dont il est instrumentalisé ou compris (not dans la petite BD dont je parlais) ? C’est une question très sincère car comme je disais je ne l’ai pas encore lu, j’aimerais depuis longtemps et j’espère ne pas être déçue.

        • #2050 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Oui son livre nodal est très intéressant, et bien écrit.
          Et sa vie aussi

          • #2063 Répondre
            SoR
            Invité

            Merci beaucoup, je me disais aussi quelqu’un qui avait eu des prises de positions politiques aussi extrêmes et isolées not sur l’esclavage par rapport à la classe bourgeoise de son temps qui au mieux suivait le mou Lincoln, ne pouvait pas au sujet de son rapport à la nature être aussi superficiel que le livre qui reprend son nom, je vais m’y plonger vraiment.

            • #2087 Répondre
              The Idiot
              Invité

              Tu ne seras pas déçue par Thoreau. Il y a dans Walden de très belles pages sur la nature. J’aime beaucoup le moment avec l’écureuil, quand Thoreau fait partie intégrante de la nature.
              J’aime aussi les pages où il relate dans les moindres détails, avec des calculs précis, son expérience de l’agriculture et ses tentatives pour réduire sa consommation, entre autres alimentaire. Il va très loin dans la sobriété.
              J’ai une grande tendresse pour ce livre.

              • #2103 Répondre
                SoR
                Invité

                Merci The Idiot, tout ce que tu dis m’incite beaucoup aussi, je vois qu’il était vraiment dans la contemplation et l’observation et qu’il y a une vraie sobriété, donc une très belle personne à connaître, sincère et humble, je regrette, depuis le temps que je le projette, de n’avoir pas encore lu Walden. Je crois que ce qui m’a freinée c’est que même avant cette BD qui déforme l’idée j’en entendais (parfois) du mal, de lui et de son ami Emerson, apparemment le dernier aurait été très dédaigneux face aux Amérindiens et apparemment T se serait fait apporter tous ses repas etc mais il y a toujours des gens pour salir, caricaturer ou pointer une phrase sortie du contexte et tout cela ne collait pas avec le reste de ses engagements. Comme toujours si on ne va pas soi même aux sources les plus sûres et aux textes directement des auteurs pour avoir leurs pensées on ne peut pas avoir un avis juste et ça me rassure car le peu d’extraits de sa vie que je connaissais et de son plaidoyer pour John Brown que j’avais lu m’attirait déjà vers lui. On m’aura retardée mais pas arrêtée, je finis les dernières pages de mon livre et commence Walden dès ce soir, merci! 😉
                Au fait, pure curiosité : The Idiot : c’est en hommage à L’idiot de Dostoïevski??

                • #2109 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  A Iggy Dostoievski, je dirais
                  Son frère.

                  • #2115 Répondre
                    SoR
                    Invité

                    Ahhh! Merci ! Je n’ai aucune culture musicale donc je n’aurais jamais deviné cette référence, merci, oui c’est tout à fait en phase aussi avec The Idiot qui poste souvent du punk ou rock très décalé

                    • #2118 Répondre
                      The Idiot
                      Invité

                      Oui c’est un album d’Iggy de la grande année 77 et qui est aussi un clin d’œil d’Iggy à Dostoïevski. Réunion de deux génies. J’ai choisi un pseudo modeste.

                      • #2127 Répondre
                        SoR
                        Invité

                        Ça marche, oui c’est pas mal ! 😂😉

      • #2036 Répondre
        Juliette B
        Invité

        Ce qui est bien c’est que le silence leur répond. Le silence du film c’est ce qu’il y a de plus beau pour moi et les voilà forcés à l’écouter.

    • #2114 Répondre
      SoR
      Invité

      Est-ce que « La Montagne » au final ne serait pas l’illustration parfaite de ce beau poème ? (d’après ce que je lis et comprends des commentaires, pas encore vu malheureusement mais de plus en plus tentée grâce à vous) https://youtu.be/3F0ey_JQx0M
      La gêne est-elle au fait toujours en cours de préparation ou c’est moi qui ne la trouve pas? Merci !

      • #2146 Répondre
        The Idiot
        Invité

        Merci d’avoir posté cette beauté. Je n’ai pas encore vu La montagne (demain), je ne sais pas si ce poème illustre le film mais il suffit déjà bien tout seul.

        • #2172 Répondre
          SoR
          Invité

          Oui c’est vrai, contente que ça t’ait plu ! Je suis tombée dessus un peu par hasard mais ça m’a ramenée direct à cette idée de l’homme qui se perd et se fond dans un paysage sublime qui l’attire et l’appelle, où il sent trouver dans la contemplation, une réponse sur le sens de la vie elle-même. (je me méprends peut être complètement mais les com et les extraits donnent cette impression. Bon visionnage en tous cas, moi j’y verrai plus clair samedi aussi)

    • #2123 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      en ligne samedi

      • #2128 Répondre
        SoR
        Invité

        Très bien, plus que 2 jours, j’attends patiemment

      • #2275 Répondre
        lison
        Invité

        Très beau film et très bonne Gêne.
        J’ai énormément aimé ce film, aimé son épure, son absence de drames ou de dramatisation ( il y avait matière avec le boulot, la famille, l’accident, l’histoire d’amour débutante), et le tranquille entêtement de son personnage ( j’y vais, j’y retourne, je vais plus loin). On pourrait dire de lui tout simplement il est monté et il est redescendu.
        Le fantastique est traité avec sobriété et ce que cet homme fait ( se glisser entre des parois rocheuses) paraît parfois plus fantastique que ce qui lui arrive ( l’apparition de ces drôles d’amas mouvants et lumineux, et son entrée dans la roche ).
        Quelle joie un film avec si peu de dialogues, pas de rebondissements, un film qui nous permet d’être à la montagne, dans la montagne, et de l’éprouver avec celui qui la gravit ( sentir le vent, la glissade, la chaleur du café, ou trouver une place pour s’assoir, planter sa plante). Et quel acteur ce réalisateur !
        J’ai apprécié aussi que l’écologie ne soit pas un discours , mais une forme d’évidence ( quelle beauté, quelle majesté ces montagnes) qu’on a là quelque chose de précieux , d’admirable. Et le panneau signalétique qui indique l’emplacement du glacier en 2003, l’éboulement puis la conversation avec l’infirmière suffisent à nous faire comprendre le problème.

    • #2138 Répondre
      Ostros
      Invité

      Billy, je te réponds ici.
      /
      Tu parles du corps de Pierre, imperméable aux affects de ses proches. Ta sensation est peut-être due au jeu hyper sobre de Thomas Salvador. Plus que sobre en fait. Il a un jeu atypique, opaque, presque muet, non-expressif. (un jeu impressif ? oui j’invente des mots).
      -> Le jeu impressif dans les interactions avec des tiers ne me dérange pas. Je suis en général assez cliente. Ce serait le fait que cette absorption du rythme de la scène dans ses interactions avec les autres est cumulée avec le fait que durant 2h on regarde un corps qui ne réagit pas même en dehors des interactions humaines / dans ces interactions avec la montagne. Thomas Salvador explique dans une entrevue que l’altitude provoque des maux de tête dû à un manque d’oxygène et que certains dans son équipe ont pleuré face à cette difficulté physique. Pierre dans la montagne est comme un poisson dans l’eau. Il ne souffre pas de maux de tête. Il ne sue même pas un peu lorsqu’il fait ses randonnées. Sans doute est-ce que le film reproduit en montagne les caractéristiques de Vincent de son précédent film. Ce qu’il y a c’est que Pierre est physiquement détaché de tout de la première à la dernière seconde. Donc ce n’est pas l’élément montagne qui provoque cela chez lui. Et je n’ai pas d’intérêt pour un corps qui n’est éprouvé par rien durant 2h. Replacé dans le contexte « ingénieur, montagne, moyens » ce corps m’apparaît comme un corps hygiénique, sain, fade.
      /
      C’est quoi pour toi « les films qui proposent une forme très esthétiques » ? C’est les films pas naturalistes ?
      -> Non ce serait les films où le travail sur l’esthétique prime sur le reste. Où je ressens que le fond n’est pas important, car juste traité comme un prétexte à créer des formes. Pour les deux que je t’ai cités : de cendres et de braises (la 2e partie uniquement car j’ai adoré la première avec l’usine) et hi han, je ressens cela. Le fond n’est qu’un support artistique pour l’expression d’un travail de surface. Face à ces films je me sens pas concernée car je ressens immédiatement que je regarde un trip personnel. Et je ressens immédiatement une position supérieure des réal du fait de ce travail plastique.
      Je préfère parler de films matérialistes que naturaliste (la critique place des films hors sol dans cette catégorie. Naturaliste ça mélange des films avec des approches antagonistes). J’aime ces films car ils travaillent à partir du réel. Sans en omettre des pans, sans sublimer ou recouvrir par des effets visuels purement plastiques ou sonores qui dominent. Ils travaillent depuis le sol, leur point de départ. Et l’esthétique est pensée depuis le réel. L’orgueuil du réal n’est pas le sujet. J’ai essayé de te répondre avec de grands traits, évidemment les films cités ne se ressemblent pas et il y a beaucoup à dire sur le travail de chacun. Mais il y a quand même ce geste initial, cette intention de départ de se montrer avant / par dessus le réel.
      Après j’ai pas envie de mourir bête donc je suis prête à apprendre comment, par quels axes, aborder ces films. Comment les regarder et être en mesure de saisir ce qu’ils ont fait. Pour pouvoir dépasser mon sentiment premier qui est soit la saturation de mes sens et un rejet soit l’ennui. Pouvoir en parler mieux.
      /
      Dans le genre film de montagne côté matérialiste, tu connais Les ascensions d’Herzog ? C’est génial. Il y a plus de chair, et c’est des docus. Je pense que ça te plairait.
      Connais pas, merci ! Je recherche toujours des amis matérialistes.

      • #2141 Répondre
        Ostros
        Invité

        Je salue tout de même le travail de Salvador qui a tourné en équipe ultra réduite, qui plus est en altitude et en pleine pandémie (bien que sur ce dernier point je pense que le fait que les lieux de tournages étaient vides les a arrangé).

        • #2278 Répondre
          lison
          Invité

          La gêne occasionnée sur La Montagne

    • #2283 Répondre
      The Idiot
      Invité

      Merci Lison, je vais écouter la gêne cette nuit pendant mon insomnie rituelle.
      J’ai plutôt aimé La montagne, pourtant ce n’était pas évident que je puisse apprécier des paysages enneigés et froids.
      J’ai bien aimé :
      – la douceur, le calme de Pierre, son regard tranquille, parfois juste un peu interrogatif.
      – la lenteur du film
      – l’animal (une biche ?) dans la ville. Ça m’a fait penser à l’étourneau d’En guerre. Comme quand on est enfant et que l’animal est une invitation à le suivre pour vivre des expériences magiques.
      – l’expérience mystique, poétique.
      Je n’ai pas aimé :
      – le frère colérique et infantilisant
      – l’histoire d’amour
      Ça stoppait un peu à chaque fois l’état hypnotique dans lequel me mettait l’expérience de Pierre.
      Merci pour cette proposition de film que je n’aurais jamais vu sinon.

      • #2285 Répondre
        lison
        Invité

        Sur l’histoire d’amour j’ai eu un doute aussi, ou plutôt me suis dit mais pourquoi faudrait il absolument une histoire d’amour ?
        Et finalement je la trouve bien, et je pense même que ça ajoute quelque chose d’ordinaire à l’histoire de Pierre, il lui arrive ce qui arrive à tous, : être séduit, attiré, tombé amoureux.
        Je ne dis pas que l’amour est banal, je dis que le fait qu’il puisse vivre une histoire d’amour va dans le sens de l’histoire d’un homme ordinaire ( avec un boulot, une famille, un amour possible). S’ il n’y en avait pas eu et que toute son histoire soit son histoire de gravir la montagne et d’y entrer , alors elle n’aurait été qu’extraordinaire, ou fantastique.
        Mais là où Salvador est fort, c’est que ce n’est pas si simple, que cette histoire d’amour là contient de l’extraordinaire, Léa qui part à la recherche de Pierre, l’appelle ( lui dans la roche, qui l’entend) et se sent comme guidé vers l’endroit où il est tombé, Léa qui ne s’inquiète pas de ce bras phosphorescent, Léa qui dit juste « à bientôt » quand ils se quittent le matin.
        Et peut être que ce que Pierre a vécu , d’extrême ( même s’il le vit très calmement) lui donne une énergie, une vitalité nouvelle et la possibilité d’aimer , de désirer quelqu’un. C’est peut être un peu gnangnan, ce que je dis, peut être à côté de la plaque ( ou du glacier) mais il y a quand même quelque chose qui se joue entre ce lieu qui l’attire et cette femme qui vit aussi ici, et l’attire. Une espèce d’agencement favorable à l’amour.

        • #2286 Répondre
          The Idiot
          Invité

          Oui, tu as peut-être raison. Leur rencontre est peut-être aussi un peu extraordinaire, un peu mystique. Avec cette manière de se regarder beaucoup, longtemps, sans parler. D’ailleurs ils se parlent très peu tout le long du film. J’ai aimé aussi qu’elle accepte naturellement son bras lumineux. Sans questions.
          La fin est belle, quand il descend dans les herbes hautes (ouf on sort de la glace) et qu’on aperçoit sa main illuminée. Il retourne parmi les hommes. C’est très symbolique. C’est quoi cette lumière ? Quels sont les êtres qui la lui ont transmise ? Est-ce qu’il peut et va la transmettre aux autres à son tour ( en commençant par son frère tiens) ? Qu’est-ce que cette lumière transmet ? Et pourquoi lui ?

          • #2287 Répondre
            lison
            Invité

            Moi je crois qu’il a eu droit à la lumière parce qu’il a bien regardé, qu’il a été attentif, disponible, concentré, et qu’il est allé voir plus loin .
            Mais en même temps elle est bizarre cette lumière, et il est curieux ce don qu’il a reçu, quoi en faire ? Et peut on en faire quelque chose ? C’est peut être juste un stigmate de son passage dans la roche.
            En riant je me suis dit, ça sera pratique la nuit quand il n’y aura plus d’éclairage public.

            • #2289 Répondre
              The Idiot
              Invité

              Rire.
              S’il ne retrouve pas son travail, il pourra devenir fournisseur d’énergie. On en a besoin.
              .
              Oui, disponible, prêt à recevoir. Il écoute, observe beaucoup son environnement, il est totalement éveillé. Quand son frère par exemple, enfermé dans sa certitude de ce que doit être la vie de Pierre, s’excite tout seul et parle sans arrêt.
              Peut-être qu’il n’y a pas d’utilité au don de lumière. J’en doute quand même. Je vais écouter François et son acolyte.

              • #2472 Répondre
                lison
                Invité

                Il y a une autre ellipse à laquelle j’ai repensé, c’est le numéro de portable de Pierre.
                On ne voit pas quand ces deux là échangent leur numéro ( et on imagine pas bien cette scène dans le film , ou alors très simple « tu peux me donner ton numéro de téléphone pour que je puisse t’envoyer une autre liste de courses » / « oui ») et pourtant c’est parce que Léa appelle Pierre, et probablement parce qu’il ne répond pas et qu’elle ne le voit plus traîner devant son restaurant qu’elle va partir à sa recherche.
                C’est un détail mais ça m’est revenu comme ça aujourd’hui.

        • #2478 Répondre
          Juliette B
          Invité

          Très d’accord avec ça Lison. En sortant du cinéma je me suis dit, c’est un film sur l’amour, l’amour merveilleux qui vient à un homme, et je pensais autant à son mouvement vers la montagne qu’à celui vers Léa. C’est le même geste.
          Tu parles plus bas des téléphones et à ce propos autre chose m’a frappée : quand il vient la trouver la seconde fois pour tenter de lui acheter quelques vivres de ses réserves du restaurant, elle refuse calmement, puis lui tend son propre téléphone pour qu’il ajoute à sa liste de courses à elle ce dont il a besoin. Ce geste simple et pas si fréquent – tendre son portable à l’autre, encore quasi inconnu – m’a étonnée et émue en même temps que la gaucherie surprise puis réjouie de Pierre face à ce don.

          • #2479 Répondre
            Juliette B
            Invité

            Mon « très d’accord » portait sur ton post au dessus parlant d’un « agencement favorable à l’amour ».

            • #2482 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              je crois que ce geste de tendre son téléphone est une variation – littérale- sur : je te donne mon teléphone
              c’est un geste qui dit : je veux
              (comme Marilou dans Chez Max coiffeur pour hommes)

              • #2503 Répondre
                Juliette B
                Invité

                Oui. A ceci près qu’à Léa, Pierre ne vient pas juste avant de dire « Petite, je te sors ce soir ok », mais « Vous voudriez pas me revendre un de vos sacs de riz? »

    • #2288 Répondre
      SoR
      Invité

      Superbe gêne, merci beaucoup! J’ai beaucoup aimé le passage sur le réel et son rapport, son lien au fantastique et aussi le passage sur la lumière, ça m’aura plus donné envie que la bande annonce (bien qu’on pressent que le film donne à voir par certains plans le côté sublime et mystérieux de la nature)

    • #2290 Répondre
      The Idiot
      Invité

      En effet, gêne très intéressante, merci à vous deux pour la précision de l’analyse. Mes questions ont trouvé des réponses. Lison en avait parlé. Le bras lumineux ne sert à rien.
      Pour chaque film, j’ouvre grand les yeux et pour chaque film, je loupe énormément de choses. Ici l’aspect écologique m’est complètement passé au-dessus de la tête. Et je n’ai pas entendu de musique.
      Quelqu’un pourrait me dire de quel film parle François en disant qu’il est l’un des plus beaux du monde ? Je n’ai pas retenu le titre.

      • #2295 Répondre
        Anna H
        Invité

        Il Buco de M. Frammartino

        • #2296 Répondre
          The Idiot
          Invité

          Merci beaucoup Anna H.

    • #2325 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Salutations, j’échange ici ou là avec certaines personnes qui ont détesté le film. Après approfondissement, il semble qu’une bonne part de cette inimitié provienne du jeu de TS qui est relativement inexpressif : selon moi, cette sobriété (soulignée plusieurs fois ici même) et à mettre au crédit du film, je lui sais gré de laisser libre cours à mes interprétations. Mais pour d’autres cela serait un repoussoir : « manque de charisme », « non-acteur » (j’ai l’intuition que ce reproche émane surtout d’autres hommes, mais je n’ai rien pour l’affirmer, et sans doute n’est-ce pas important).

      Comme le dit si bien la Gêne, « le film a la modestie de ne rien affirmer, mais on peut se raconter que… », c’est ce qui en fait un film précieux.

      Pensée dérivante, d’association en association je passe en revue mon tout petit catalogue d’acteurs et d’actrices, et mon cerveau tombe sur Mélanie Laurent (entre autres Inglorious Basterds) et Ryan Gosling (toute sa filmo…). Première réaction épidermique, leur jeu en général ne me plaît pas beaucoup. Deuxième réaction viscérale, leur jeu ne me plaît pas car je le trouve « poseur », « inexpressif », « à lancer des regards qui se veulent profonds et inspirés. »

      Mais alors, d’où viendrait que je louerais l’un pour la « sobriété » de son jeu, et disqualifierais les deux autres pour leur caractère « poseur » ? Est-ce dû à leur jeu, ou aux réalisateurs qui dirigent et filment d’une manière qui ne me sied pas ? Pas très bien outillé pour penser le jeu d’acteur, je cogite, et serais heureux de lire vos perspectives.

    • #2329 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      J’ai été témoin de l’échange sur facebook, et je crois que ton interlocuteur, qui ne parle que par injures ou métaphores pataudes, ne mérite pas qu’on s’y arrête
      En revanche oui le jeu d’acteur il faut s’y arrêter. On ne s’y arrete pas assez souvent, alors que la question est centrale. Je crois que j’ai un peu donné dans ce domaine (récemment encore le texte sur « jouer l’ivresse », publié ici par j’ai oublié qui.) Une chose sûre: le jeu d’acteur porte un rapport au monde, on pourrait dire une éthique. Peut etre simplement un ethos. C’est pourquoi c’est une affaire sérieuse.

      • #2343 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Merci, effectivement c’est l’article sur Tousnami : Faut-il être ivre pour jouer l’ivresse ?

        Et également l’entretien sur le jeu d’acteur à Simplicius, passionnant ! http://www.youtube.com/watch?v=krSLElQIWvk

        J’ai surtout retenu les éléments d’analyse sur les acteurs qui veulent signaler par leur jeu qu’ils jouent ; mais ça bute toujours sur le jeu de Mélanie Laurent et Ryan Gosling qui eux semblent signaler qu’ils jouent qu’ils ne jouent pas. Compliqué et imprécis tout ça, faudrait que j’y réfléchisse plus longuement.

        • #2350 Répondre
          Plume C
          Invité

          Pour compléter le questionnement , Hélène Valmary a écrit et fait quelques conférences sur la question du jeu de l’acteur (notamment amateur au cinéma et théâtre .)
          Je glisse ici Dr Xavier le lien d’un texte qui pourrait t’intéresser :
          https://www.lefildesimages.fr/

        • #2353 Répondre
          Plume C
          Invité

          Voici le lien du texte d’Hélène Valmary

          L’acteur de cinéma, objet et outil d’analyse

          • #2407 Répondre
            Dr Xavier
            Invité

            Merci Plume C, c’est pointu ! Je vais lire et relire avec avidité.

    • #2348 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      je peux résoudre l’apparent paradoxe : il y a un sous-jeu ostentatoire (comme il y a des silences très bavards)
      ce sous-jeu démonstratif est même devenu la norme dans un certain actorat américain
      ce n’est donc pas le sous-jeu qu’on opposera au jeu démonstratif, mais le réflexe simple de jouer les situations. ou plutot d’être dedans, comme les acteurs de Pacifiction
      en somme on leur demande juste d’etre là ; ce qui ne veut pas dire ne rien faire

    • #2352 Répondre
      Plume C
      Invité

      Je refais une tentative du partage (le lien renvoyant sur le site général) :
      Le texte concerné sur le site est « L’acteur de cinéma, objet et outil d’analyse »

    • #4004 Répondre
      Carpentier
      Invité

      et benh moi j’y suis, euh 🤘

      • #4186 Répondre
        Carpentier
        Invité

        et voilà qu’elle est finie la semaine bourgeoise au ski: je n’en repars pas avec un bras translucide à priori mais mon pied récemment opéré a tenu le coup.
        Allez, on rentre à Paris.

    • #55635 Répondre
      deleatur
      Invité

      upinou!

    • #88959 Répondre
      Carpentier
      Invité

      Archéologie de la fosse commune 😂🤪
      Quelques os à ronger 😅😁
      Sacré Frezat !👋

      • #88960 Répondre
        Frezat
        Invité

        J allais pas payer pour m infliger cela.
        La perte de temps suffit.
        😁
        On m avait demandé d en reparler après visionnage.
        La ba m avait déjà fait tiqué

    • #89886 Répondre
      Kenyle
      Invité

      v

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