Accueil › Forums › Forum général › La méchanceté et le déterminisme
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Isk
InvitéSur le plan philosophique, s’il y a bien un truc qui distingue la droite de la gauche en ce moment, peut être pas dans le débat partisan mais dans les discussions qu’on peut avoir en pleine société civile, c’est l’opposition « libre-arbitre »/déterminisme, surtout concernant la thune
La team « libre-arbitre » tient un discours façon « ouais si t es pauvre c est de ta faute, t’as pas le bon mindset, tu peux toujours t’en sortir par la force de ta volonté » et la team déterministe est en mode « nous sommes déterminés par des structures sociales qu’il faut améliorer pour produire de meilleurs effets sur les hommes, inutile de s’agiter vers une autre direction »
Ça pose un certain nombre de problèmes mais celui qui m’intéresse est celui de la méchanceté envers autrui quand on observe chez lui de la médiocrité
Si on part du principe que les individus ne sont pas responsables de leur bêtise, de leurs compétences, de la cohérence entre leur parole et leurs actes, de leur désir de paraître ce qu’ils ne sont pas etc. comment peut on encore être, pour ainsi dire, méchant, juge, correcteur et châtieur envers autrui? Comment une gauche déterministe justifierait elle sa méchanceté envers ce qu’elle considère être mediocre? -
Yohan Milo
Invitépetit préambule méthodologique: Comme toute question, comme tout problème, il est a posé en le mettant en relation avec le stade de développement du capital qui le détermine. Le beau, le moche, le gentil, le méchant sont des catégories aliénatoires puisqu’elles n’ont de sens que dans le contexte sociale et économique actuel, nous sommes d’accord pour dire que le gentil d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui et le méchant d’hier non plus. Maintenant il faut comprendre ce qu’est l’être générique, l’être émancipé de ses aliénations. Dans une communauté sioux on ne se dit pas qu’untel est gentil et untel est méchant, les gens sont, et c’est tout, ils produisent leur rapport au monde à la terre et à l’autre dans une communion organique du vivre la vraie vie. Il n’y a pas de médiation.
Aujourd’hui l’homme est médié, la valeur d’échange l’a totalement machinisé et chosifié , créant ainsi tout les délires schizophréniques que nous connaissons aujourd’hui, la névrose, l’angoisse etc. L’homme est aujourd’hui divisé et n’a même plus conscience de ce qu’il est par essence, il n’a plus conscience de ce qu’est son être générique, et cela nous concerne tous ! Il n’y a donc pas lieu d’être méchant, mais plutôt essayer d’être pédagogue et partager ce qu’on pense comprendre du déterminisme. Le déterminisme ce n’est pas un état de fait qui dit « j’ai toutes les excuses du monde pour être ainsi car je suis déterminé pour agir ainsi » c’est faux si l’on prend conscience de ses aliénations alors il y a saut qualitatif possible, nos déterminations sont sans cesses en mouvement, le déterminisme est quelque chose de baroque et n’est pas statique, la moindre de nos lectures, de nos relations, de nos discussions peuvent avoir un impact maintenant comme demain comme dans 10ans. Le médiocre, objectivement c’est celui qui stagne, donc qui stoppe son mouvement qualitatif, on peut dire objectivement que cette stagnation est déterminé par les rapports sociaux et économiques aliénatoires du présent mais si l’individu cultive en lui un désir et une envie de vivre, de s’émanciper, de s’élever dans sa vie alors le saut qualitatif hors de la médiocrité sera possible. Toute action peut devenir déterminante c’est donc à nous tous, dans notre pratique quotidienne de changer ces rapports sociaux et ainsi vaincre la médiocrité. Sur la question de la responsaibilité, nos actions sont certes enracinées dans une dialectique contradictoire qui les fait émerger et sont aussi enracinées dans un contexte économique et sociale qui les détermine mais cela ne déresponsabilise en rien le médiocre d’être un médiocre, ça donne juste des billes de compréhension de son état, maintenant à nous tous de faire comprendre au médiocre qu’il est médiocre afin de provoquer un saut qualitatif, maintenant rendu possible.
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Nico
InvitéAu vu des commentaires suivants que j’ai pu lire ton préambule n’a servi à strictement rien. Après d’une certaine manière, il était plus que ça parce que tu avais résolu la naïveté de cette question et le considérer sonnait la fin de la recrée, certes très courte…
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Yohan Milo
InvitéAhahah je me disais la même chose ! C’est pour ça que je ne rebondis sur aucun des commentaires qui suivent. Au moins j’essaye!
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Isaac
InvitéTu dis vrai
La méchanceté est donc une attitude à exclure, n’en déplaise aux nietzschéens de gauche
Bonne nuit
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Jeanne
Invité@ Yohan
Tu crois que quand on fait comprendre au médiocre qu’il est médiocre, le gars – disons que c’est un gars – ici et brusquement confronté à son inanité – de médiocre – développe, en réponse à cette situation, une motivation pour provoquer à l’intérieur de lui-même un saut qualitatif ?
C’est une vraie question, Yohan, j’essaie de saisir ton propos.
(C’est d’autant plus difficile pour moi que je n’ai jamais raisonné en terme de médiocrité, je ne sais pas qui est médiocre et qui ne l’est pas, ça doit être un sens qui me manque).-
Yohan Milo
InvitéSalut Jeanne,
Tout d’abord encore une fois je proposais une méthode, qui ne vient pas de moi, comme pour tous les sujets je pars de présupposés, et je tente d’adopter une logique matérialiste déterministe.
Je ne prétend donc pas connaitre tous les déterminants de chacun, je pense que nous sommes tous médiocres par certains aspect, tous aliénés d’une manière X ou Y, être confronté à sa médiocrité peut être effectivement un premier pas vers le saut qualitatif mais comme je le disais certains vont stagner un peu, d’autres beaucoup, et encore d’autre à jamais. On ne peut pas prédire comment le médiocre va réagir à la confrontation de ses contradictions internes enfin révélées. Ce qu’on peut par contre dire c’est que chaque étape vers une possible sortie de la médiocrité est utile même si aucune ne montre d’avancé pratique dans le présent. C’est pourquoi il faut toujours tenter d’avoir conscience de sa médiocrité, de ses aliénations pour enfin enclencher une dynamique anti aliénation et pro émancipation.-
Jeanne
InvitéOk.
Je tiquais simplement sur l’idée que la honte de soi – Bouh, je suis médiocre – puisse être un moteur de l’émancipation. Sont plus efficaces à mon avis, comme moteurs de l’émancipation: des liens constructeurs et un désir.
Ce n’est pas grave d’être médiocre, tout le monde l’est, comme tu le dis, même les Sioux si ça se trouve. Ce n’est pas grave d’être médiocre et par ailleurs (le point un n’ayant pas de rapport avec le point deux) c’est joyeux de travailler à s’extraire, par la force – et l’énigme – de notre désir, de nos aliénations (s’extraire de nos aliénations)..
(Tu poses un signe égal entre médiocrité et aliénation).
Il y a d’un côté le surmoi, qui nous fait honte, et de l’autre le désir, qui nous appelle, doucement, qui nous laisse le choix de le suivre ou pas.
Le suemoi versus le désir. C’est intéressant- j’allais dire émancipateur – de bien faire la différence entre ces deux choses-là.-
Yohan Milo
InvitéJeanne, je me permets de préciser un petit point, pour ce qui est des sioux, ils vivaient en communauté localiste comme au paléolithique, ils ne connaissaient ni l’argent ni l’état. Leur rapport social et leur production de l’homme a l’homme quotidienne ne pouvaient pas créer de conscience médiocre, je sais que c’est dur à concevoir mais juste un exemple, beaucoup de mots que nous utilisons n’ont aucune équivalence en sioux, le sioux ne se compare pas à l’autre, le sioux dit je suis rapide il ne dit pas « je suis plus rapide que toi » ce rapport concurrentiel pathologique n’existait pas chez eux. Toutes les aliénations et la médiocrité comptemporaine n’a donc pas lieu d’exister chez un sioux puisqu’il vivait en une période et en un lieu qui n’avait pas de rapport social médié. Toute la médiocrité comptemporaine, toutes les angoisses, nos délires, nos maux, sont déterminés par le capital. C’est pour ça que toute la psychanalyse de freud est à mettre à la poubelle, bien qu’il soit important de le lire, la je me ferai écho de Deleuze dans son « anti Œdipe » qui explique bien que le désir est déterminé par notre pratique social et nos rapport sociaux, en gros tous nos désirs personnels sont à mettre en rapport avec l’histoire même des rapports sociaux.
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Jeanne
InvitéYohan,
Je suis très intéressée par cette histoire de « Je suis rapide ».
Je me permets juste de tempérer, pour que nous ne tombions pas dans le mythe du bon sauvage.-
Yohan Milo
InvitéTu en déduis que je pense des sioux qu’ils étaient des bons sauvages, alors que non. On parle ici de rapport sociaux non médiés il est donc bon de rappeler la différence de puissance entre l’être sioux et l’être contemporain mais j’aurai tout aussi bien pu dire le Germain des forêts profondes. Si tu veux creuser je te conseilles le livre « les origines de la famille et de l’état » de Engels. Il est pas très long en plus.
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Jeanne
InvitéCe que tu appelles « rapport social médié », j’ai du mal à penser que des humains- fussent-ils Germains des forêts- y échappent.
Mais puisque je ne parle que depuis mon intuition et non depuis une connaissance étayée du sujet (laquelle me fait défaut), il est bon que maintenant je me taise.
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Cyril
InvitéÊtre déterministes de nous prive pas d’affects. Par 3xemple, je considère que Jean Monnaie n’est pas responsable de sa médiocrité mais il m’irrite quand même. Je peux expliquer rationnellement l’apparition d’un bouton mais il me gratte quand même.
Deuxio, c’est curieux d’associer méchanceté à la gauche, je l’aurais plutôt associée à la droite. Tu dois probablement être de droite pour voir les choses sous cet angle.-
Jeanne
InvitéJe dirais que la méchanceté, si elle existe, est une disposition psychologique. Compatible avec divers positionnements idéologiques.
Il faut quand même distinguer la disposition psychologique du positionnement idéologique, non?
Un bon été à tous.-
Jeanne
InvitéPS: Bien entendu, l’on peut remplacer « positionnement idéologique » par « tempérament politique « . Ça marche aussi.
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Cyril
InvitéMais est-ce que certains positionnements politiques ne favorisent pas certaines disposition psychologique ou inversement ?
En matière de connardité (-ise,-esse) je ne vois pas l’équivalent à gauche d’un Jean Messiha.-
Carpentier
Invité+ 1
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Jeanne
Invité« Mais est-ce que certains positionnements politiques ne favorisent pas certaines disposition psychologique ou inversement ? ».
Voilà une science qui me paraît bien aléatoire, et en tout cas qui m’échappe tout à fait.
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Isaac
Invité@Cyril
J’associe pas du tout la méchanceté à la gauche
C’est juste que puisqu’à droite ils ont tendance à croire au libre-arbitre, ça fait sens qu’au moment de juger ceux qu’il estiment être médiocre ils soient juges et méchants, car la médiocrité découle du choix de la personne qui la porte dans leur manière de voir les choses
Par contre, à gauche, où on a tendance à être déterministes, on peut se comporter de la même façon alors qu’on ne croit pas au libre-arbitre-
Cyril
InvitéNe pas croire au libre-arbitre, être déterministe, est une position philosophique qui n’annule pas notre vie affective.
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Isaac
InvitéÇa peut modifier nos affects, par exemple on peut passer de la haine et du dégoût à de la compassion concernant la médiocrité, dès qu’on sait que la personne subit elle-même sa médiocrité par des causes qui s’exercent sur elles et qui lui sont extérieures
Sinon, on dit: « même si le libre-arbitre n’existe pas, il faut faire comme s’il existait pour vivre en société »
Je ne pense pas que ce qui soit faux soit nécessaire ou utile-
Cyril
InvitéOui ça peut. Mais ça ne suffit généralement pas. Être déterministe ne fait pas de nous automatiquement des sages.
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Cyril
InvitéD’ailleurs être déterministe et trouver quelqu’un nuisible peut certes nous emmener du côté de l’empathie mais aussi plus froidement à vouloir le supprimer.
Ce que je veux dire c’est qu’être déterministe n’amène pas forcément à des positions généreuses.-
Jeanne
InvitéUn point pour Cyril.
(Isaac, je le dis avec le sourire).
Ce n’est pas dans une vision de l’homme (de l’humain), que se fonde l’empathie quand il y a empathie.
Je ne sais pas où elle se fonde.
En elle-même.-
lamartine
InvitéL’empathie ne rend pas un individu plus déterministe. On rencontre chez certains, que l’empathie devient une modalité, un fonctionnement qui légitime une opération.
Poster son corps sur cette structuration, permet de s »absoudre de causalité.-
Cyril
InvitéRien compris perso.
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Delphine
Invitélamartine : « chez certains, l’empathie devient une modalité, un fonctionnement qui légitime une opération. » Je crois que l’empathie est un mode de fonctionnement inné, au même titre que la gentillesse, la générosité, le dévouement, le sens du service ou la tolérance. Certains événements ou certaines circonstances peuvent infléchir ces dispositions, en durcissant les personnalités bienveillantes mais, fondamentalement, le caractère de base reste. Une personne ayant le sens du service ne rechignera pas à aider quiconque, si elle le peut. Politiquement, on pourrait dire que ces qualités sociales s’apparentent plutôt à la gauche, la droite, et surtout l’extrême-droite, n’étant pas connues pour leur extrême tolérance. Mais il est difficile de généraliser.
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Cyril
InvitéDonc les femmes qui comme on sait on plus le « sens du service » que les hommes, c’est inné (nature féminine) ou c’est l’acquisition d’une culture féminine structurée par la domination masculine ?
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Delphine
InvitéJe ne savais pas que les femmes avaient plus le sens du service que les hommes. Je pense que le sens du service est inné mais n’est pas particulièrement rattaché à la nature féminine, dans le sens où il fait partie d’une culture ou d’une habitude familiale. Comme certaines personnes qui ont le cœur sur la main, hommes ou femmes. Dans certaines familles, le sens du service se transmet. Les enfants suivent naturellement l’exemple de leurs parents. Je ne crois pas que la domination masculine ait quelque chose à voir là-dedans. Les femmes n’acquierent pas le sens du service à force d’être obligées de servir les hommes.
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Cyril
InvitéLes femmes sont massivement plus présentes que les hommes dans les métiers du soin, de l’accompagnement, de l’éducation…
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Delphine
InvitéOui, ce sont des métiers qui nécessitent cette qualité. Mais le sens du service se retrouve naturellement chez certaines personnes dans d’autres métiers, même si ce n’est pas une qualité requise. Je parlais du sens de service en général dans la vie (au travail, envers ses proches, ses amis, ses voisins, un ou une inconnue qui a besoin d’une aide que l’on peut lui apporter).
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lamartine
Invité*Chez certains, l’empathie devient une excuse de la causalité. Etre empathique ne veut pas dire être bon.
C’est peut-être plus clair ainsi.
J’ai l’impression que tu définis l »empathie à l’amabilité. Pour autant, il est juste que l’empathie est un comportement inné, qui n’est pas forcément garant de longévité. .
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Isk
InvitéC’est qu’il y a plusieurs façons d’être déterministes
À mon sens, si on grossit le trait il y en a deux sortes:
-un déterminisme essentialiste qui croit que les individus sont faits d’un caractère immuable, d’une bonne ou d’une mauvaise nature, plus ou moins ascendante ou décadente – et on peut alors parler d’un prédéterminisme, qui ne conçoit pas les individus comme étant disposés à être ce qu’ils sont mais comme y étant prédisposés
-un déterminisme constructiviste, qui ne voit dans les gens que ce qu’ils sont disposés à être et non pas prédisposés, qui voit dans le « caractère » de chacun ce qu’il y a d’accidentel et en même temps de réversible et qui appelle donc plus d’empathie
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