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Accueil Forums Forum général La définition de « bourgeois » n’est pas très claire

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    Messages
    • #47687 Répondre
      Ourson
      Invité

      En lisant des interviews, des entretiens, des discussions à droite à gauche, je me rends compte que la définition de « bourgeois » n’est pas constante d’un intervenant à l’autre.

      Je n’ai pas encore lu le Kapital, mais il me semble que la définition Marxiste pure et dure c’est : « propriétaire d’un moyen de production »
      Selon cette définition, le petit kebabier est un bourgeois là où la superstar du football serait presque un prolo car il n’aurait que ses jambes comme moyen de production.

      Certains voient la bourgeoisie comme une espèce de communauté qui partage une certaine culture, un certain habitus « bourgeois ». Ainsi, même l’ingénieur commercial d’une boîte de renom parisienne touchant 10 000€ par mois rentrerait dans la bourgeoisie, dans la mesure où il baigne depuis tout jeune dans ce bain bourgeois : réseau, écoles, famille, etc… Sans pour autant disposer d’une propriété lucrative

      Et d’autres, dont je pense faire partie, voient simplement le bourgeois comme celui qui gagne plus que 80% de la population et ce peu importe de si c’est un inculte, un footballeur, un dealer de shit, un artisan.

      Où se situe la vérité ?

      J’ai personnellement l’intuition que le bourgeois est celui qui bénéficie d’un rapport de force favorable sur le marché, indépendamment de ses activités ou du milieu dans lequel il évolue. Mais du coup cette définition invalide l’idée que les bourgeois constituent la classe « dirigeante »

    • #47689 Répondre
      Emile Novis
      Invité

      Il me semble tout de même que la définition matérialiste et objective de la bourgeoisie reste la plus pertinente : est bourgeois celui qui détient les moyens de production. Le bourgeois est fondamentalement quelqu’un qui avance une valeur (de l’argent qui devient alors un investissement économique, du capital) en vue de valoriser cette valeur de départ par un processus de transformation complexe (matières premières, moyens de production, force de travail des autres, etc) qui donnera alors une marchandise à vendre. Ce processus matériel et économique a besoin d’un système législatif qui rende possible cette marchandisation du réel et le processus de transformation d’où procède cette marchandisation : cela configure des intérêts politiques et sociaux bien précis. Et une telle forme de vie implique, comme toute forme de vie, un ethos bien particulier.
      Dans ce cadre, le petit propriétaire de kebab ou autre boutiquier n’ont pas échappé à Marx et au marxisme : on appelle cela la « petite bourgeoisie », car objectivement, ils partagent bien quelque chose de la condition matérielle du bourgeois, mais le qualificatif « petite » indique qu’ils ne peuvent pas totalement être identifiés au cœur du réacteur de la classe dominante (déjà parce que, bien souvent, ils travaillent eux-mêmes la matière qu’ils vendent, ce qui n’est pas le cas d’un oligarque). Un intérêt politique commun émerge entre la bourgeoisie et la petite bourgeoisie : un amour inconditionnel de l’ordre public, par exemple, et la tendance spontanée à se tourner vers des positions politiques sécuritaires et autoritaires. Il y a une raison très concrète à cela : qu’il soit petit ou non, le bourgeois a un intérêt économique vital à voir la rue propre, sereine et facile de circulation, car c’est la condition de possibilité pour que des consommateurs rentrent dans sa boutique et pour que les marchandises, qui constituent le cœur de l’ontologie des objet dans un régime capitaliste, circulent paisiblement.
      Le manager qui gagne 5000 euros par mois mais qui trime comme un fou et peut perdre son travail du jour au lendemain pour aller se vendre chez un autre employeur afin de payer ses dettes, quant à lui, me semble être matériellement un prolétaire malgré tout. C’est un prolétaire engraissé, dressé, aliéné avec son plein et entier consentement, mais un prolétaire tout de même.
      Ce qui rend la chose difficile, c’est la conscience subjective : la subjectivité du manager en question est à l’évidence totalement bourgeoise malgré sa position objectivement plutôt prolétarienne. Tout l’art politique de la bourgeoisie consiste d’ailleurs à soigner cette frange d’individus totalement aliénés de l’intérieur pour s’assurer une base sociale suffisante capable de collaborer à ses intérêts : c’est pourquoi ces métiers ne sont jamais vraiment critiqués dans les médias dominants, de même que la petite bourgeoisie capitaliste est bien souvent très bien traitée (le petit commerçant est toujours défendu contre les travailleurs qui manifestent, par exemple, mais aussi pour sen tempérament consistant à « ne pas compter ses heures », à « prendre des risques », son « indépendance »). C’est souvent un signe.

      • #47710 Répondre
        Ourson
        Invité

        C’est très clair merci. À noter que, malheureusement, beaucoup de prolos « pur et dur » sont également acquis à la cause bourgeoise

        • #47759 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          Oui, et c’est pourquoi il faut distinguer, à mon sens, la définition matérielle de la bourgeoisie de la subjectivité des individus dans leur rapport à cette classe. Subjectivement, le prolétaire peut très bien comprendre le monde à la manière d’un bourgeois, ce qui ne fait pas de lui un bourgeois au sens objectif.
          Le problème est que la bourgeoisie, entre autres possession, s’approprie quasiment tous les moyens de diffusion de l’information et de circulation des idées, ce qui lui donne un pouvoir de masse sur les esprits, qu’elle peut façonner à sa guise durant des années.

    • #47693 Répondre
      SHB
      Invité

      la superstar du football serait presque un prolo car il n’aurait que ses jambes comme moyen de production
      .
      Tu es sur de connaitre le football? Par exemple, Mbappe est une marque en soi, il possède et controle son image qu’il revend pour avoir de l’argent bien au-dela du sport. Ton exemple ne marche pas

      • #47709 Répondre
        Ourson
        Invité

        Effectivement, surtout que je suis à peu près sûr qu’ils placent tous leurs billes à droite à gauche. On pourrait se poser la question pour un gagnant du loto par exemple

    • #47695 Répondre
      Oscar Spielmann
      Invité

      Pour moi le bourgeois ce serait : Celui qui est dégagé des contingences matérielles (grâce à sa famille bourgeoise) et ne sera jamais aliéné par l’obligation de travailler pour gagner sa vie.

      • #47708 Répondre
        Ourson
        Invité

        Mais du coup, ça exclue un paquet de monde non ? Je veux pas me faire l’avocat du diable, mais je crois que rares sont les bourgeois qui peuvent s’enrichir sans travailler ? Voire vivre sans travailler
        J’ai pas réussi à trouver les stats sur les rentiers malheureusement

      • #47723 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @Oscar
        et il travaille quand même parfois par peur de manquer et/ou pour gagner toujours plus.
        Il. Elle a je crois la peur chevillé.e au portemonnaie

      • #47725 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        @ourson
        Il y a aussi Boniments avec ses 42 entrées. Recommandé par les meilleurs experts
        Il a obtenu le prix Gauche Radicale 2023

    • #47696 Répondre
      Arnaud
      Invité

      Ce dont vous discutez est abordé dans Histoire de ta bêtise. Pour le débat théorique, il y a une abondante littérature marxiste sur le sujet. Bon courage car il faut entrer dans le dur : idéologie, classes fondamentales, fractions de classe, jeu à trois… Regarde du côté des marxistes hétérodoxes, Jacques Bidet par exemple.
      https://www.cairn.info/revue-mouvements-2003-2-page-79.htm
      Côté vulgarisation, Framont a tenté une tripartition en s’emmêlant un peu les pinceaux à mon avis. En gros il distingue :
      – bourgeoisie : définie par un seul critère, la propriété des moyens de production.
      – petite bourgeoisie : y appartiennent ceux qui sont soit 1) propriétaires des moyens de production soit 2) titulaires d’une fonction prestigieuse.
      * Mais il dit par ailleurs le pouvoir de cette classe s’obtient grâce à un capital, ce qui semble exclure les titulaires de fonctions prestigieuses tels les avocats, médecins, ingénieurs, managers, etc. qui ne tirent pas nécessairement leur pouvoir d’un capital. D’autre part, l’appartenance des premiers à la bourgeoisie vient, non pas de leur place dans le processus de production, mais de la plus petite quantité de capital possédé, ce qui me semble contradictoire avec le fait de définir les classes en relation avec le processus de production capitaliste.)
      – sous-bourgeoisie : définie par le rôle qu’elle joue dans la production de l’idéologie dominante. Elle n’appartient pas à la bourgeoisie ne tirant pas son pouvoir nécessairement de la possession des moyens de production et, accessoirement, ne possédant pas de conscience de classe.
      * J’ai du mal à voir comment distinguer l’avocat et le médecin des GG d’un côté (petite-bourgeoisie) et l’intellectuel médiatique et le journaliste de 20mn de l’autre (sous-bourgeoisie). Aucun ne tire son pouvoir de son capital et tous jouent un rôle dans la production idéologique. L’importance du capital scolaire me semble plutôt rapprocher l’intellectuel médiatique du médecin que de l’actrice de cinéma.

      • #47714 Répondre
        PeggySlam
        Invité

        J’ai aussi cité le livre dans l’autre topic mais tout le monde s’en fou ^^

        • #47722 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Rire. Mais non Peggyslam

          • #47986 Répondre
            PeggySlam
            Invité

            Rire partager ^^

            • #48047 Répondre
              graindorge
              Invité

              Grosses bises PeggySlam

    • #47698 Répondre
      Ema
      Invité

      Je profite de ce nouveau fil pour faire une petite suggestion, qui j’espère ne sera pas mal prise: il faudrait peut être arrêter de créer autant de nouveaux fils de discussion simplement pour poser une question/ lancer un débat qui durera trois jours au maximum et retombera dans les limbes une fois le sujet épuisé. Le principe du thread me semble plus intéressant en tant que thématique large et imperissable (comme « cinéma », « musique », « luttes » etc) dont on sait qu’elle pourra être alimentée indefiniment ? Je suggère cela car la multiplication des threads pose je trouve quelques problèmes pratiques et de confort à l’utilisation du forum, et surtout éparpille des discussions qui pourraient être avantageusement regroupées sur le forum principal, par exemple celle sur les bobo et ce sujet là sur les bourgeois, dont la corrélation me paraît évidente. Le forum principal me semble être l’endroit de prédilection pour avoir des débats de société assez généraux et pouvant intéresser tout le monde. Soyons cohérents avec nos convictions, arrêtons le flux les amis, et ne créons plus que des fils durables !

      • #47705 Répondre
        Carton de Lait
        Invité

        Perso je trouve plus foutraque un thread dans lequel on doit scroller pendant 56 heures avant de trouver le dernier post ajouté . Évidemment il y a un sens à avoir un thread cinéma, musique, etc, des thèmes du genre. Mais d’avoir un thread dans lequel toute sortes de discussions de sujet variés peuvent survenir me semble moins confortabe que pleins de petits threads. Tout les forums sur lesquels j’ai trainé fonctionnaient comme ça, quelques megathreads sur des thèmes précis, et puis sinon plein de plus petit threads qui sont voués à mourir après quelques heures, jours ou semaines.
        .
        Après bon… le vrai problème c’est le format même de ce forum qui est d’une autre époque. La pagination rendrait la lecture des gros threads cent plus aisée. Mais je crois que c’est parce que le présent format permet à n’importe qui de poster sans devoir s’enregistrer que c’est comme ça donc faut faire avec.
        .
        En tout cas perso je clique trois fois plus souvent des petits threads comme celui-ci que les grands threads par flemme de scroller.
        .
        Enfin bref, il semble que tout ça soit une question d’opinion.

        • #47724 Répondre
          Ema
          Invité

          Carton de lait en principe tu n’as pas à scroller pour trouver le dernier poste ajouté, tu peux y accéder directement depuis l’aperçu du sujet en cliquant sur le nom qui apparaît en bas à droite avec l’heure

      • #47707 Répondre
        Ourson
        Invité

        Je poste régulièrement sur le thread des discussions générales, mais plus quand ce sont des sujets plus « légers » ou qui attendent 5 réponses max. J’avais pas non plus l’impression qu’un thread entier soit créé toutes les deux minutes. À titre de comparaison la page d’accueil du « blabla 18 25 » change de gueule toutes les dix minutes
        Et surtout j’ai peur de polluer la page des discussions générales qui est déjà difficile à naviguer pour les utilisateurs de smartphone (je suis obligé de rechercher la date du jour pour m’y retrouver)
        Là c’est un sujet central du marxisme (le plus central ?) qui – il me semble – n’a pas été adressé sur le forum, alors je me permets ! N’hésitez pas à me dire si vous préférez que je fasse autrement
        D’ailleurs le thread a déjà été rentabilisé merci à tous pour vos réponses, c’est beaucoup plus clair même si on voit bien que c’est pas si évident que ça de définir ce concept

    • #47721 Répondre
      Ema
      Invité

      OK j’entends vos objections. Maintenant le forum principal dernièrement m’a semblé justement un peu délaissé au profits de fils plus spécifiques, peut être qu’une impression. Je suis sur smartphone aussi et je reconnais que le scroll a l’infini pour retrouver une discussion est pesant, mais moi ce qui m’embêtait surtout c’était de ne plus savoir ou la discussion avait lieu. C’est sur que la conception du forum y est certainement pour beaucoup, même si je ne suis pas experte. Merci pour vos retours en tous cas.

    • #47726 Répondre
      Oscar Spielmann
      Invité

      Le format du forum est assez déroutant quand on débarque mais on finit par comprendre ! Et vu la diversité des thèmes et des échanges, le fait de scinder les sujets rend le truc un peu moins labyrinthique je trouve… Et PeggySlam, je t’écoute attentivement ! 🤗

    • #47728 Répondre
      Isaac
      Invité

      Peut-être faut-il distinguer production, distribution et communication pour élargir le champ d’application du terme bourgeois
      Ensuite, au delà du fait d’être propriétaire, considérer comme bourgeois ceux qui ont un rapport privilégié avec les moyens de production, de distribution ou de communication sans en être propriétaire
      Enfin, distinguer plusieurs degrés pour ne pas considérer le taxi ou le plombier auto-entrepreneur, qui sont en effet propriétaires de leur outil de travail, comme étant des bourgeois, en voyant justement en quoi ils sont prolétarisés, en quoi ils sont dépendants de structures industrielles
      Un truc comme ça quoi

      • #47729 Répondre
        Isaac
        Invité

        Je précise par rapport aux taxis, plombiers, kébabiers ou même des dropshippers
        Le truc, c’est pas qu’ils dépendent de structures industrielles car c’est le cas de tout le monde et même des bourgeois
        C’est qu’ils travaillent en fait pour des industries, ils sont professionnellement subordonnés à des industries et ce rapport de subordination est caché par la douille de l’auto-entrepreneur
        La propriété de leurs petit outils et moyens est une sorte d’illusion

        • #47813 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          ….ce que Marx appelle fausse conscience : celui qui se vit comme propriétaire ou « indépendant » est en fait un prolétaire – qui s’ignore.
          S’ignorant, il peut développer une idéologie bourgeoise. C’est ainsi que des prolétaires objectifs peuvent dégoiser des idéologèmes bourgeois. Par exemple le petit exploitant agricole, ou le petit commerçant.

    • #47751 Répondre
      Tony
      Invité

      En fait Framont distingue 4 catégories:
      Les bourgeois possèdent le capital
      La sous bourgeoisie est utile aux bourgeois comme une courroie de transmission afin de faire remonter les profits et,au passage,en récupérer quelques miettes.
      La petite bourgeoisie est ce qu’on pourrait aussi appeler des bourgeois pauvres.
      Et enfin les classes laborieuses qui ne possèdent rien et vendent leur force de travail.

      Ceux qui composent la sous bourgeoisie,et je cite Framont,:
      Occupent des positions sociales dirigeantes ou non subordonnées de supervision,de conception et d’organisation du travail des autres.
      Doivent ces positions à des diplômes acquis et largement liés à leur milieu social d’origine bien qu’ils les présentent le plus souvent comme la sanction d’un talent,d’une intelligence ou d’un mérite individuel.
      Ont une influence décisive sur l’ambiance idéologique d’une entreprise ou de la société.
      Obtiennent une part des gains obtenus par l’exploitation capitaliste sous forme de prime,d’actions,d’avantages en nature.Ils espèrent donc souvent bénéficier de l’intensification de la remontée de profit/de réduction des dépenses publiques.

      Voilà normalement tout est plus clair.

    • #47810 Répondre
      Tof
      Invité

      Si je vous lis bien bourgeois est moyennement efficace pour qualifier des personnes, et bien plus pertinent pour qualifier des attitudes et des manières. Je donne aux Restos mais n’est jamais participé à une distribution. Je crois que c’est un peu bourgeois de ma part. Il m’a fallu du temps pour réaliser dans quelle position de « personne servie » me mettait la livraison de repas. Qu’aucun pourboire de la main à la main ne viendra modifier. Regarder ce qu’il y a de bourgeois en moi me permet de voir tous mes petits élitismes et préjugés à la con, toutes ces situations où je profite d’une position de dominant. Malgré tout je dois me plier au marché du travail pour vivre.

      • #47812 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Bourgeois est, rigoureusement, une position dans le corps social. Une position dans les rapports sociaux, les rapports dits économiques.
        En découlent parfois, souvent, des opinions, attitudes, postures. La position dans les rapports devient une position au sens d’opinion – que Marx appelle idéologie. C’est ce mix position-position qui définit le bourgeois.

    • #47819 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Pierre Rabhi dans son livre « vers la sobriété heureuse »
      a écrit, de mémoire « beaucoup d’opprimés sont
      des oppresseurs qui n’ont pas réussi »

      • #47821 Répondre
        Emile Novis
        Invité

        Phrase qui ne m’étonne pas venant de Pierre Rabhi, dont un des maîtres fut Gustave Thibon, figure adorée de l’extrême droite française du XXème siècle.
        Il me semble qu’un tel propos vise implicitement la disqualification et la délégitimation des luttes collectives contre les oppresseurs : « au fond, ces gens qui luttent n’ont pas de légitimité, puisqu’ils visent la même chose que ceux qu’ils combattent, et que par conséquent, ils sont en contradiction avec eux-mêmes. Retirons-nous dans notre petit pré-carré individuel pour faire pousser nos tomates (quand on peut avoir un jardin…), et laissons ces « agitateurs » à leurs agitations de gamins capricieux, ratés et envieux ». Voilà ce que signifie, selon moi, cette phrase proclamée par Luchini et venant, paraît-il, de Louis-Ferdinand Céline. Réduire la lutte pour la justice sociale à une basse jalousie politique pour mieux confirmer l’ordre établi qui, de fait, se trouve exempter de toute critique sérieuse par ce moyen.
        Avec une telle vision des opprimés, nous n’aurions pas eu la Sécu et les congés payés, et Jésus n’aurait pas proclamé ses béatitudes dans lesquelles il promet un rassasiement pour la soif de justice légitime des opprimés.
        On aurait aimé, d’ailleurs, que la doublette Rabhi-Thibon, qui font grand cas des évangiles qui font autorité pour eux, lisent ces passages pour se rendre compte que cette phrase est fausse pour l’essentiel, même si, évidemment, certains opprimés n’aspirent pas à autre chose que ce que les oppresseurs leur présentent comme étant la forme de vie idéale – peut-on leur en vouloir, d’ailleurs, d’avoir été empoisonné par la propagande des oppresseurs? Mais il faut croire que la question sociale, qui hante le texte qu’ils prétendent aimer en bien des endroits du récit, leur échappent à chaque fois. Mystère…

        • #47823 Répondre
          Emile Novis
          Invité

          dsl pour les fautes, je ne me suis pas relu.

          • #47843 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Merci beaucoup Émile
            la bourgeoisie est née du peuple renversant la féodalité et l’aristocratie. Cette tendance à vouloir profiter de l’autre ou des autres existe chez certains individus de toutes les couches sociales et Rabhi en fait une espèce de généralité  » les opprimés veulent la même chose que les riches oppresseurs. Et lui nous vend son éloge de la pauvreté et la sobriété heureuse. On est en plein dans un boniment car y’a du vrai, c’est pas faux mais c’est pas vrai.
            Paix à son âme mais je n’ai jamais eu d’atomes crochus. Je l’ai rencontré et je l’avais trouvé condescendant. Et très orgueilleux sous cette apparence simple, de brave patriarche lisant les Évangiles et prêchant la bonne parole en prenant le thé chez une copine aristo

            • #47844 Répondre
              ..Graindorge
              Invité

              Bonne nuit cher Émile. Allons faire de beaux rêves
              P.s: trouvé La gravité et la grâce. Hélas en espagnol mais c’est mieux que rien

            • #48086 Répondre
              Emile Novis
              Invité

              @Graindorge
              Ton témoignage sur cette personne ne m’étonne pas du tout, hélas. Je ne l’ai jamais senti, ce Pierre Rabhi.

              • #48089 Répondre
                Isaac
                Invité

                Ils ont vraiment fait du mal ces déçus de la « modernité » qui ont carabistouillé une pensée « alternative » pour ne surtout pas remettre en question le capitalisme
                Ça me rappelle du Sylvain Tesson tout ça…
                Moi qui à la base rêvait de quitter la ville pour m’installer à la campagne, j’ai très bien vu vers quoi ces considérations mènent ça doucement, le retour à la terre et le mépris de la ville et de sa décadence…
                La solution n’est pas là

                Il y aurait peut-être un sujet à ouvrir à propos des « anarchistes » de droite qui sont en fait des libéraux un peu originaux

                • #48095 Répondre
                  thierry
                  Invité

                  Il me semble que Rabhi n’a rien d’un libéral. C’est bien un anar (de droite sûrement).
                  À part s’être exprimé défavorablement sur le mariage homosexuel et avoir osé lâcher qu’il pensait mieux de tendre vers une complémentarité plutôt qu’une égalité dans les rapports homme-femme, il était un écologiste conséquent et un anti-capitaliste de fait.
                  Après peut-être que c’était un con, ça j’en sais rien.

                  • #48100 Répondre
                    Emile Novis
                    Invité

                    Ecologiste, peut-être, mais anticapitaliste, j’en doute. Qu’a-t-il vraiment dit sur la question à part exhorter moralement les hommes à la vie sobre? Je ne l’ai jamais entendu parler d’une solution collective qui passe par une offensive sérieuse contre le capital, par exemple. Un tel propos de sa part a peut-être existé, et je précise que je ne suis pas du tout un lecteur/spectateur assidu de Rabhi, mais j’aimerais qu’on me montre un texte ou une intervention de lui qui aille clairement dans ce sens.
                    Pourtant, c’est bien le passage obligé pour affronter le problème écologique, même si ce n’est pas la seule chose à prendre en considération.
                    Par ailleurs, l’appel à la sobriété ne marche pas par une exhortation, selon moi, et elle reste sourde à ces millions de personnes qui, du fait de leur situation matérielle, sont déjà sobres dans leur quotidien. Je ne parle même pas des millions de personnes qui ne seraient pas « sobres » au sens de Rabhi, puisqu’ils sont captifs d’un dispositif de travail qui contraint leur existence à dépendre de leur voiture ou autres objets pas très « écologiques ».
                    J’ai l’impression que la question éthique de la sobriété reste aveugle au problème politique, qui est structurel et contre lequel la volonté éthique des individus ne peut rien.

                    • #48115 Répondre
                      françois bégaudeau
                      Invité

                      Il faudrait retrouver un excellent article-dossier du Diplo sur Rabhi et son socle vichyssois – à la fois biographique et philosophique

                      • #48126 Répondre
                        Zyrma
                        Invité

                        Le système Pierre Rabhi

                        Jean-Baptiste Malet

                        La panne des grandes espérances politiques remet au goût du jour une vieille idée : pour changer le monde, il suffirait de se changer soi-même et de renouer avec la nature des liens détruits par la modernité. Portée par des personnalités charismatiques, comme le paysan ardéchois Pierre Rabhi, cette « insurrection des consciences » qui appelle chacun à « faire sa part » connaît un succès grandissant.

                        Dans le grand auditorium du palais des congrès de Montpellier, un homme se tient tapi en bordure de la scène tandis qu’un millier de spectateurs fixent l’écran. Portées par une bande-son inquiétante, les images se succèdent : embouteillages, épandages phytosanitaires, plage souillée, usine fumante, supermarché grouillant, ours blanc à l’agonie. « Allons-nous enfin ouvrir nos consciences ? », interroge un carton. Le film terminé, la modératrice annonce l’intervenant que tout le monde attend : « Vous le connaissez tous… C’est un vrai paysan. »

                        Les projecteurs révèlent les attributs du personnage : une barbichette, une chemise à carreaux, un pantalon de velours côtelé, des bretelles. « Je ne suis pas venu pour faire une conférence au sens classique du terme, explique Pierre Rabhi, vedette de la journée « Une espérance pour la santé de l’homme et de la Terre », organisée ce 17 juin 2018. Mais pour partager avec vous, à travers une vie qui est singulière et qui est la mienne, une expérience. »

                        Des librairies aux salons bio, il est difficile d’échapper au doux regard de ce messager de la nature, auteur d’une trentaine d’ouvrages dont les ventes cumulées s’élèvent à 1,16 million d’exemplaires (1). Chaussé de sandales en toute saison, Rabhi offre l’image de l’ascète inspiré. « La source du problème est en nous. Si nous ne changeons pas notre être, la société ne peut pas changer », affirme le conférencier.

                        Passé la soixantième minute, il narre le fabliau du colibri qui a fait son succès : lors d’un incendie de forêt, alors que les animaux terrifiés contemplent le désastre, impuissants, le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour conjurer les flammes. « Colibri, tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu éteindras le feu ! », lui dit le tatou. « Je le sais, mais je fais ma part », répond le volatile. Rabhi invite chacun à imiter le colibri et à « faire sa part ».

                        La salle se lève et salue le propos par une longue ovation. « Cela doit faire dix fois que je viens écouter Pierre Rabhi; il dit toujours la même chose, mais je ne m’en lasse pas », confie une spectatrice. « Heureusement qu’il est là !, ajoute sa voisine sans détacher les yeux de la scène. Avec Pierre, on n’est jamais déçu. » L’enthousiasme se répercute dans le hall adjacent, où, derrière leurs étals, des camelots vendent des machines « de redynamisation et restructuration de l’eau par vortex », des gélules « de protection et de réparation de l’ADN » (cures de trois à six mois) ou le dernier modèle d’une « machine médicale à ondes scalaires » commercialisée 8 000 euros.

                        À Paris aussi, Rabhi ne laisse pas indifférent. Le premier ministre Édouard Philippe le cite lorsqu’il présente son « plan antigaspillage » (23 avril 2018). « Cet homme est arrivé comme une véritable lumière dans ma vie », affirme son ancienne éditrice, désormais ministre de la culture, Mme Françoise Nyssen (2). « Pierre a permis à ma conscience de s’épanouir et de se préciser. Il l’a instruite et il l’a nourrie. Quelque part, il a été son révélateur », ajoute M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire (3).

                        En se répétant presque mot pour mot d’une apparition à une autre, Rabhi cisèle depuis plus d’un demi-siècle le récit autobiographique qui tient lieu à la fois de produit de consommation de masse et de manifeste articulé autour d’un choix personnel effectué en 1960, celui d’un « retour à la terre » dans le respect des valeurs de simplicité, d’humilité, de sincérité et de vertu. Ses ouvrages centrés sur sa personne, ses centaines de discours et d’entretiens qui, tous, racontent sa vie ont abouti à ce résultat singulier : cet homme qui parle continuellement de lui-même incarne aux yeux de ses admirateurs et des journalistes la modestie et le sens des limites. Rues, parcs, centres sociaux, hameaux portent le nom de ce saint laïque, promu en 2017 chevalier de la Légion d’honneur. Dans les médias, l’auteur de Vers la sobriété heureuse (Actes Sud, 2010) jouit d’une popularité telle que France Inter peut transformer sa matinale en édition spéciale en direct de son domicile (13 mars 2014) et France 2 consacrer trente-cinq minutes, à l’heure du déjeuner, le 7 octobre 2017, à louanger ce « paysan, penseur, écrivain, philosophe et poète » qui « propose une révolution ».

                        Tradition, authenticité et spiritualité

                        L’icône Rabhi tire sa popularité d’une figure mythique : celle du grand-père paysan, vieux sage enraciné dans sa communauté villageoise brisée par le capitalisme, mais dont le savoir ancestral s’avère irremplaçable quand se lève la tempête. Dans un contexte de catastrophes environnementales et d’incitations permanentes à la consommation, ses appels en faveur d’une économie frugale et ses critiques de l’agriculture productiviste font écho au sentiment collectif d’une modernité hors de contrôle. En réaction, l’inspirateur des « colibris » prône une « insurrection des consciences », une régénération spirituelle, l’harmonie avec la nature et le cosmos, un contre-modèle local d’agriculture biologique non mécanisée. Ces idées ruissellent dans les médias, charmés par ce « bon client », mais aussi à travers les activités du mouvement Colibris, fondé en 2006 par Rabhi et dirigé jusqu’en 2013 par le romancier et réalisateur Cyril Dion. Directeur de collection chez Actes Sud, fondateur en 2012 du magazine Kaizen, partenaire des Colibris, Dion a réalisé en 2015 avec l’actrice Mélanie Laurent le film Demain, qui met en scène le credo du mouvement et qui a attiré plus d’un million de spectateurs en salles.

                        Le succès du personnage et de son discours reflète et révèle une tendance de fond des sociétés occidentales : désabusée par un capitalisme destructeur et sans âme, mais tout autant rétive à la modernité politique et au rationalisme qui structura le mouvement ouvrier au siècle passé, une partie de la population place ses espoirs dans une troisième voie faite de tradition, d’authenticité, de quête spirituelle et de rapport vrai à la nature.

                        « Ma propre insurrection, qui date d’une quarantaine d’années, est politique, mais n’a jamais emprunté les chemins de la politique au sens conventionnel du terme, explique Rabhi sur un tract de sa campagne présidentielle de 2002. Mon premier objectif a été de mettre en conformité ma propre existence (impliquant ma famille) avec les valeurs écologistes et humanistes » – il n’obtint que 184 parrainages d’élu sur les 500 requis. Le visage caressé d’une lumière or, le candidat présenté comme un « expert international pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification » se tient parmi les blés. De l’Afrique du Nord aux Cévennes, en passant par le Burkina Faso, la trajectoire de Rabhi illustre les succès autant que les vicissitudes d’une écologie apolitique.

                        Né le 29 mai 1938 à Kenadsa (région de Saoura), en Algérie, Rabah Rabhi perd sa mère vers l’âge de 4 ans et se retrouve dans une famille d’adoption, un couple de colons formé d’une institutrice et d’un ingénieur qui lui donne une éducation occidentale, bourgeoise, catholique. L’adolescent d’Oran adore « écouter La Flûte enchantée, Othello ou bien un soliste de renom » à l’opéra (4); il aime la littérature française et les costumes impeccablement coupés qui lui donnent l’allure d’une « gravure de mode ». Fervent catholique, il adopte à 17 ans son nom de baptême, Pierre. « Je me sentais coupable non pas de renier la foi de mes ancêtres [l’islam], mais de ne point aller propager parmi eux celle du fils de Dieu. » Pendant la guerre d’Algérie, raconte-t-il, « me voici brandissant mon petit drapeau par la fenêtre de la voiture qui processionne dans la ville en donnant de l’avertisseur : « Al-gé-rie-fran-çai-se » ».

                        Il gagne Paris à la fin des années 1950 et travaille chez un constructeur de machines agricoles à Puteaux (Hauts-de-Seine) en tant que magasinier, précise-t-il lors de l’entretien qu’il nous accorde, et non en tant qu’ouvrier à la chaîne, comme on peut le lire dans Pierre Rabhi, l’enfant du désert (Plume de carotte, 2017), un ouvrage de littérature jeunesse vendu à plus de 21 000 exemplaires. C’est dans cette entreprise que le jeune homme rencontre en 1960 sa future épouse. La même année, il expédie une lettre qui changera sa vie. « Monsieur, écrit-il au docteur Pierre Richard, nous avons eu votre adresse par le père Dalmais, qui nous a appris que vous vous préoccupiez de la protection de la nature, que vous avez activement participé à la création du parc de la Vanoise, et que vous essayez d’obtenir la création de celui des Cévennes. Nous sommes sensibles à toutes ces questions et voudrions prendre une part active en retournant à cette nature que vous défendez. »

                        Étudiant en médecine avant-guerre, Richard devient, en 1940, instructeur d’un chantier de la jeunesse près des mines de Villemagne (Gard), sur le mont Aigoual (5). Cette expérience hygiéniste, nationaliste et paramilitaire l’influence durablement. En décembre 1945, il soutient une thèse de médecine qui assume un « parti pris évident » : « La santé de l’homme est atteinte, et celle du paysan en particulier, et, par-delà, celle du pays, de la nation, écrit Richard – santé intégrale du corps, de l’esprit, des biens matériels, de l’âme (6). » Quatorze ans plus tard, en 1959, le docteur Richard joue son propre rôle de médecin de campagne dans un film de propagande ruraliste intitulé Nuit blanche, où il fustige l’urbanisation, l’État centralisateur, les boîtes de conserve et la politique de recrutement des entreprises publiques qui arrache les paysans à leurs « racines ».

                        Sur une photographie du mariage célébré en avril 1961, le docteur Richard offre son bras à la mariée, Michèle Rabhi, tandis que Pierre Rabhi donne le sien à l’épouse du médecin de campagne. « Pierre et Anne-Marie Richard sont les parents que le magicien nous a destinés », écrit Rabhi dans son autobiographie (7). « À mon arrivée en Ardèche, c’est lui qui m’a pris sous son aile. C’était mon initiateur », complète-t-il.

                        « L’homme providentiel »

                        Peu après, l’apprenti paysan rencontre l’écrivain ardéchois Gustave Thibon. Acclamé par Charles Maurras dans L’Action française en juin 1942 comme « le plus brillant, le plus neuf, le plus inattendu, le plus désiré et le plus cordialement salué de nos jeunes soleils », Thibon fut l’une des sources intellectuelles de l’idéologie ruraliste de Vichy. « Ce n’est pas mon père qui était pétainiste, c’est Pétain qui était thibonien », affirmera sa fille (8). Bien que ses thuriféraires n’omettent jamais de rappeler que Thibon hébergea la philosophe Simone Weil en 1941, ce monarchiste, catholique intransigeant, antigaulliste viscéral et, plus tard, défenseur de l’Algérie française fit régulièrement cause commune avec l’extrême droite.

                        Entre le jeune néorural et le penseur conservateur se noue une relation qui durera jusqu’aux années 1990. « On voyait chez lui une grande polarisation terrestre et cosmique, relate le premier. (…) J’étais alors très heureux de rencontrer un tel philosophe chrétien et j’ai adhéré à ce qu’il disait (9). » Dans le paysage éditorial français, Thibon a précédé Rabhi en tant que figure tutélaire du paysan-écrivain « enraciné » poursuivant une quête spirituelle au contact de la nature (10). Dans le hameau de Saint-Marcel-d’Ardèche où vécut Thibon, Mme Françoise Chauvin, qui fut sa secrétaire, se souvient : « Pierre Rabhi doit beaucoup à Gustave Thibon. Quand il venait ici, son attitude était celle d’un disciple visitant son maître. »

                        « J’ai fait 68 en 1958 ! », s’amuse, soixante ans plus tard, l’élève devenu maître, lorsqu’il évoque son « retour à la terre ». Le paysage intellectuel des années 1960 et 1970 ne l’enchantait guère. Quand on lui cite l’oeuvre du philosophe André Gorz, auteur des textes fondateurs Écologie et politique (1975) et Écologie et liberté (1977), il s’agace : « J’ai toujours détesté les philosophes existentialistes, nous dit-il. Dans les années 1960, il y en avait énormément, des gens qui ne pensaient qu’à partir des mécanismes sociaux, en évacuant le « pourquoi nous sommes sur Terre ». Mais moi, je sentais que la réalité n’était pas faite que de matière tangible et qu’il y avait autre chose. » L’homme ne s’en cache pas : « J’ai un contentieux très fort avec la modernité. »

                        Sa vision du monde tranche avec la néoruralité libertaire de l’après-Mai. « Je considère comme dangereuse pour l’avenir de l’humanité la validation de la famille « homosexuelle », alors que par définition cette relation est inféconde », explique-t-il dans le livre d’entretiens Pierre Rabhi, semeur d’espoirs (Actes Sud, 2013). Sur les rapports entre les hommes et les femmes, son opinion est celle-ci : « Il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse (11). »

                        En plus de ses fréquentations vichysso-ardéchoises, Rabhi compte parmi ses influences intellectuelles Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de la Société anthroposophique universelle (12). « Un jour, le docteur Richard est venu chez moi, triomphant, et il m’a mis entre les mains le livre Fécondité de la terre, de l’Allemand Ehrenfried Pfeiffer, un disciple de Steiner, raconte-t-il. J’ai adhéré aux idées de Steiner, ainsi qu’aux principes de l’anthroposophie, et notamment à la biodynamie. Lorsqu’il a fallu faire de l’agriculture, Rudolf Steiner proposait des choses très intéressantes. J’ai donc commandé des préparats biodynamiques en Suisse et commencé mes expérimentations agricoles. »

                        À son arrivée en Ardèche, après une année de formation dans une maison familiale rurale, Rabhi fait des travaux de maçonnerie, travaille comme ouvrier agricole, écrit de la poésie, ébauche des romans, s’adonne à la sculpture. Sa découverte de l’agriculture biodynamique le stimule au point qu’il anime, à partir des années 1970, causeries et formations à ce sujet. Il se forge alors une conviction qui ne le quittera plus : la spiritualité et la prise en compte du divin sont indissociables d’un modèle agricole viable, lequel se place dès lors au centre de ses préoccupations. Une nouvelle fois, un courrier et la rencontre avec un personnage haut en couleur vont infléchir le cours de son histoire.

                        Fondateur de la compagnie de vols charters Point Mulhouse, bien connue des baroudeurs des années 1970 et 1980, l’entrepreneur Maurice Freund inaugure en décembre 1983 un campement touristique à Gorom-Gorom, dans l’extrême nord du Burkina Faso. Grâce à cette « réplique du village traditionnel avec ses murs d’enceinte qui entourent les cours (13) », Freund compte faire de cette localité un lieu de « tourisme solidaire ». Las ! Quelques semaines plus tard, il découvre que le restaurant « traditionnel » sert du foie gras et du champagne car « des coopérants, mais aussi des ambassadeurs, viennent se détendre dans ce havre de paix ».

                        Au même moment arrive une lettre de Rabhi l’invitant à visiter sa demeure en Ardèche. Devant l’insistance de celui qu’il prend d’abord pour un quémandeur, Freund se rend à la ferme. « Avant même d’échanger une parole, en plongeant mon regard dans le sien, je comprends que Pierre Rabhi est l’homme providentiel », écrit Freund. « S’inspirant des travaux de l’anthroposophe Rudolf Steiner, Pierre Rabhi a mis au point une méthode d’engrais organiques (…) qu’il a adaptée aux conditions du Sahel. Il ramasse les branches, plumes d’oiseaux, excréments de chameau, tiges de mil… Il récupère ces détritus, en fait du compost, le met en terre », s’émerveille-t-il. Il place aussitôt Rabhi à la tête de Gorom-Gorom II, une annexe du campement hôtelier où l’autodidacte initie des paysans du Sahel au calendrier lunaire de la biodynamie.

                        Le 6 mai 1986, la chaîne publique Antenne 2 diffuse le premier reportage télévisé consacré à Rabhi (14). « Il y a un vice fondamental, explique le Français à Gorom-Gorom, sur fond de musique psychédélique. On s’est toujours préoccupé d’une planification matérielle, mais on ne s’est jamais préoccupé fondamentalement de la promotion humaine. C’est la conscience, c’est la conscience qui réalise. » Images de paysans au travail, gros plans sur les costumes traditionnels, paysages sublimes : le reportage fait dans le lyrisme. « Je crois que le Nord et le Sud n’ont pas fini de se disputer ma personne », conclut Rabhi. Aucune précision technique sur les méthodes agronomiques n’est en revanche donnée.

                        Quelques mois plus tard, fin 1986, l’association Point Mulhouse, fondée par Freund, demande à l’agronome René Dumont, bon connaisseur des questions agricoles de la région du Sahel (15), d’expertiser le centre dirigé par Rabhi. Le candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 est épouvanté par ce qu’il découvre. S’il approuve la pratique du compost, il dénonce un manque de connaissances scientifiques et condamne l’approche d’ensemble : « Pierre Rabhi a présenté le compost comme une sorte de « potion magique » et jeté l’anathème sur les engrais chimiques, et même sur les fumiers et purins. Il enseignait encore que les vibrations des astres et les phases de la Lune jouaient un rôle essentiel en agriculture et propageait les thèses antiscientifiques de Steiner, tout en condamnant [Louis] Pasteur. »

                        Pour Dumont, ces postulats ésotériques comportent une forme de mépris pour les paysans. « Comme, de surcroît, il avait adopté une attitude discutable à l’égard des Africains, nous avons été amenés à dire ce que nous en pensions, tant à la direction du Point Mulhouse qu’aux autorités du Burkina Faso » (16). Deux conceptions s’opposent ici, car Dumont ne dissocie pas combat internationaliste, écologie politique et application de la science agronomique. Rabhi s’en amuse aujourd’hui : « René Dumont est allé dire au président Thomas Sankara que j’étais un sorcier. » Dumont conseillera même d’interrompre au plus vite ces formations. En pure perte, car Rabhi bénéficie de l’appui de Freund, lui-même proche du président burkinabé. Mais l’assassinat de Sankara, le 15 octobre 1987, prive Freund de ses appuis politiques. Rabhi et lui quittent précipitamment le Burkina Faso.

                        Cet épisode éclaire une facette importante d’un personnage parfois présenté comme un « expert international » des questions agricoles, préfacier du Manuel des jardins agroécologiques (Actes Sud, 2012), mais qui n’a jamais publié d’ouvrage d’agronomie ni d’article scientifique. Et pour cause. « Avec l’affirmation de la raison, nous sommes parvenus au règne de la rationalité des prétendues Lumières, qui ont instauré un nouvel obscurantisme, un obscurantisme moderne, accuse-t-il, assis dans la véranda de sa demeure de Lablachère, en Ardèche. Les Lumières, c’est l’évacuation de tout le passé, considéré comme obscurantiste. L’insurrection des consciences à laquelle j’invite, c’est contre ce paradigme global. »

                        Rabhi ne se contente pas d’exalter la beauté de la nature comme le ferait un artiste dans son oeuvre. Il mobilise la nature, le travail de la terre et l’évocation de la paysannerie comme les instruments d’une revanche contre la modernité. Cette bataille illustre bien le malentendu sur lequel prospèrent certains courants idéologiques qui dénoncent les « excès de la finance », la « marchandisation du vivant », l’opulence des puissants ou les ravages des technosciences, mais qui ne prônent comme solution qu’un retrait du monde, une ascèse intime, et se gardent de mettre en cause les structures de pouvoir.

                        « Que nous soyons riche ou pauvre, affirme Rabhi, nous sommes totalement dépendants de la nature. La référence à la nature régule la vie. Elle est gardienne des cadences justes (17). » Dans Le Recours à la terre (Terre du ciel, 1995), il fait d’ailleurs l’éloge de la pauvreté, « le contraire de la misère »; il la présente dans les années 1990, lors de ses formations, comme une « valeur de bien-être ». Quelques années plus tard, ce parti pris se muera sémantiquement en une exaltation de la « sobriété heureuse (18) », expression bien faite pour cacher un projet où même la protection sociale semble un luxe répréhensible : « Beaucoup de gens bénéficient du secourisme social, nous explique Rabhi. Mais, pour pouvoir secourir de plus en plus de gens, il faut produire des richesses. Va-t-on pouvoir l’assumer longtemps ? » Pareille conception des rapports sociaux explique peut-être le fonctionnement des organisations inspirées ou fondées par le sobre barbichu, ainsi que son indulgence envers les entreprises multinationales et leurs patrons.

                        Fondée en 1994 sous l’appellation Les Amis de Pierre Rabhi, l’association Terre et humanisme, dont un tiers du budget provient de dons tirés des produits financiers Agir du Crédit coopératif (plus de 450 000 euros par an), poursuit l’oeuvre entamée par Rabhi au Burkina Faso en animant des formations au Mali, au Sénégal, au Togo, ainsi qu’en France, sur une parcelle d’un hectare cultivée en biodynamie, le Mas de Beaulieu, à Lablachère. Entre 2004 et 2016 s’y sont succédé 2 350 bénévoles, les « volonterres », qui travaillent plusieurs semaines en échange de repas et d’un hébergement sous la tente.

                        Aux Amanins (La Roche-sur-Grane, Drôme), l’infrastructure d’agrotourisme née en 2003 de la rencontre entre Rabhi et l’entrepreneur Michel Valentin (disparu en 2012), lequel a consacré au projet 4,5 millions d’euros de sa fortune, s’étend sur cinquante-cinq hectares. Elle accueille des séminaires d’entreprise, des vacanciers, mais aussi des personnes désireuses de se former au maraîchage. La production de légumes repose sur deux salariés à temps partiel (vingt-huit heures hebdomadaires chacun) qu’épaule un escadron de volontaires du service civique ou de travailleurs bénévoles, les wwoofers (mot composé à partir de l’acronyme de World-Wide Opportunities on Organic Farms, « accueil dans des fermes biologiques du monde entier ») : « En échange du gîte et du couvert, les wwoofers travaillent ici cinq heures par jour, explique la direction des Amanins. Nous ne payons pas de cotisations sociales, et c’est légal. »

                        Son exercice de méditation terminé, l’un des quatre travailleurs bénévoles présents lors de notre visite gratifie son repas bio d’une parole de louange et confie : « En fait, on travaille plus que cinq heures par jour, mais le logement est très confortable. Être ici, ça ramène à l’essentiel. » Malgré la taille du site et la main-d’oeuvre abondante, les Amanins déclarent ne pas atteindre l’autosuffisance alimentaire et achètent 20 % de leurs légumes. « J’ai vu des gens partir en claquant la porte, en se plaignant d’être exploités, témoigne Mme Ariane Lespect, qui a travaillé bénévolement au Mas de Beaulieu, géré par Terre et humanisme, ainsi qu’aux Amanins. Mais je crois qu’ils n’ont pas compris le message de Pierre Rabhi. Sortir du système, retrouver un échange humain, c’est accepter de travailler pour autre chose qu’un salaire, et de donner. »

                        Le prophète-paysan ne tire aucun profit monétaire de ces engagements bénévoles. Mais ces apprentis jardiniers sans grande expérience ni connaissances agronomiques qui bêchent le sol des « fermes Potemkine » donnent du « contre-modèle » Rabhi une image télégénique d’exploitation biologique économiquement viable – alors que ces fermes réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires en facturant des formations.

                        Le mouvement Colibris ne supervise aucune exploitation agricole. Toutefois, son actuel directeur, M. Mathieu Labonne, coordonne GreenFriends, le réseau européen des projets environnementaux de l’organisation Embracing the World (ETW), fondée par la gourou Mata Amritanandamayi, plus connue sous le nom d’Amma (19). Sa tâche consiste à développer des « écosites modèles » dans les ashrams français d’Amma : la Ferme du Plessis (Pontgouin, Eure-et-Loir) et Lou Paradou (Tourves, Var). Dans ses comptes annuels de 2017, l’association ETW France, sise à la Ferme du Plessis (six hectares), déclare avoir bénéficié de l’équivalent de 843 710 euros de travail bénévole (20), toutes activités confondues. Et l’association MAM, qui gère Lou Paradou (trois hectares), de 16 346 heures (21) de seva, « l’une des pratiques spirituelles qu’Amma nous conseille particulièrement, le travail désintéressé en conscience, appelé aussi méditation en action, explique le site Internet de l’ashram. Cuisine, travail au jardin, ménage, travaux, couture… les tâches sont variées ». Les réseaux Amma et Colibris se croisent régulièrement, que ce soit lors des venues annuelles de la gourou en France, dans les fermes d’ETW, ou dans la presse des Colibris – Amma a fait la « une » du magazine Kaizen en mars 2015.

                        L’enthousiasme des patrons colibris

                        À partir de 2009, année marquée par la participation de Rabhi à l’université d’été du Mouvement des entreprises de France (Medef), le fondateur des Colibris rencontre des dirigeants de grandes entreprises, comme Veolia, HSBC, General Electric, Clarins, Yves Rocher ou Weleda, afin de les « sensibiliser ». Les rapports d’activité de l’association Colibris évoquent à cette époque la création d’un « laboratoire des entrepreneurs Colibris » chargé « de mobiliser et de relier les entrepreneurs en recherche de sens et de cohérence ». « On peut réunir un PDG, un associatif, une mère de famille, un agriculteur, un élu, un artiste, et ils s’organisent pour trouver des solutions qu’ils n’auraient jamais imaginées seuls », lit-on.

                        Désireux de stimuler cette imagination, Rabhi a également reçu chez lui, ces dernières années, le milliardaire Jacques-Antoine Granjon, le directeur général du groupe Danone Emmanuel Faber, ainsi que M. Jean-Pierre Petit, plus haut dirigeant français de McDonald’s et membre de l’équipe de direction de la multinationale. « J’admire Pierre Rabhi (…), je vais à toutes ses conférences », clame M. Christopher Guérin, directeur général du fabricant de câbles Nexans Europe (26 000 salariés), qui se flatte dans le même souffle d’avoir « multiplié par trois la rentabilité opérationnelle des usines européennes en deux ans » (Le Figaro, 4 juin 2018). Rabhi a également déjeuné avec M. Emmanuel Macron durant sa campagne pour l’élection présidentielle. « Macron, le pauvre, il fait ce qu’il peut, mais ce n’est pas simple, nous déclare-t-il. Il est de bonne volonté, mais la complexité du système fait qu’il n’a pas les mains libres. »

                        À force de persévérance, les consciences s’éveillent. Le 8 mai 2018, à Milan, dans le cadre du salon de l’agroalimentaire Seeds & Chips, M. Stéphane Coum, directeur des opérations de Carrefour Italie, disserte devant un parterre de journalistes et d’industriels. Trois mois à peine après que M. Alexandre Bompard, président-directeur général de Carrefour, a annoncé 2 milliards d’euros d’économie, la fermeture de 273 magasins et la suppression de 2 400 emplois, le dirigeant de la succursale italienne fait défiler une présentation. Soudain, une citation appelant à l’avènement d’un « humanisme planétaire » apparaît à l’écran, accompagnée d’un visage au sourire rassurant. « Il y a six ans, j’ai commencé à lire Pierre Rabhi, déclare ce patron colibri. Pour que nous parvenions au changement, il faut que chacun « fasse sa part ». Nombreux sont aujourd’hui ceux qui veulent changer le monde, et c’est aussi la volonté de Carrefour. » Réconcilier grande distribution et sollicitude environnementale, grandes fortunes et spiritualité ascétique : la sobriété heureuse est décidément une notion élastique.

                        Note(s) :
                        (1) Résultats GfK, juin 2018.

                        (2) Entretien avec Mme Nyssen, « Pierre Rabhi, la terre au coeur », Kaizen, hors-série spécial anniversaire, Paris, mars 2018.

                        (3) Entretien avec M. Hulot, « Pierre Rabhi, la terre au coeur », op. cit.

                        (4) Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes ou la Reconquête du songe, Albin Michel, Paris, 1995 (1re éd. : 1983). Les trois citations suivantes en sont tirées.

                        (5) Karine-Larissa Basset, « Richard Pierre (1918-1968) », Histoire de la protection de la nature et de l’environnement, octobre 2010.

                        (6) Pierre-Claude-Roger Richard, « Considérations sur le rôle social du médecin de campagne », thèse de doctorat en médecine soutenue le 13 décembre 1945.

                        (7) Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes…, op. cit.

                        (8) Correspondance de l’auteur avec Philippe Barthelet, coordinateur de Gustave Thibon, L’Âge d’homme, coll. « Les dossiers H », Lausanne, 2012.

                        (9) Entretien avec Pierre Rabhi, Ultreïa !, n° 1, Éditions Hozhoni, La Chapelle-sous-Aubenas, automne 2014.

                        (10) Lire Evelyne Pieiller, « Le terroir ne ment pas », Le Monde diplomatique, juin 2018.

                        (11) « Pierre Rabhi : « Le féminin est au coeur du changement » », Kaizen, 28 mai 2018.

                        (12) Lire « L’anthroposophie, discrète multinationale de l’ésotérisme », Le Monde diplomatique, juillet 2018.

                        (13) Maurice Freund, Charters interdits. Quinze ans d’aventures pour la liberté du ciel, Bueb & Reumaux, Strasbourg, 1987.

                        (14) « Aujourd’hui la vie », émission spéciale Afrique, Antenne 2, 6 mai 1986.

                        (15) Lire René Dumont, « L’agriculture voltaïque dans le piège de la dépendance », Le Monde diplomatique, mars 1978.

                        (16) René Dumont, Un monde intolérable. Le libéralisme en question, Seuil, coll. « L’histoire immédiate », Paris, 1988.

                        (17) Pierre Rabhi et Juliette Duquesne, Les Excès de la finance ou l’Art de la prédation légalisée, Presses du Châtelet, coll. « Carnets d’alerte », Paris, 2017.

                        (18) Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, Arles, 2010, dont plus de 400 000 exemplaires ont été vendus tous formats confondus.

                        (19) Lire Jean-Baptiste Malet, « Amma, l’empire du câlin », Le Monde diplomatique, novembre 2016.

                        (20) « Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos le 31 décembre 2017 » (PDF), Embracing the World – PKF Audit Conseil, Journal officiel, 22 juin 2018.

                        (21) « Rapport du commissaire aux comptes sur les comptes annuels. Exercice clos le 31 décembre 2017 » (PDF), MAM – PKF Audit Conseil, 16 mai 2018.

                        Voir le courrier des lecteurs dans notre édition de septembre 2018.

                        Voir aussi le droit de réponse de Pierre Rabhi ainsi que les précisions de Jean-Baptiste Malet, dans notre édition de novembre 2018.

                      • #48127 Répondre
                        Zyrma
                        Invité

                        « Le système Pierre Rabhi » : suite et fin

                        Retour sur « Le système Pierre Rabhi »

                        Jean-Baptiste Malet

                        L’enquête de Jean-Baptiste Malet « Le système Pierre Rabhi », publiée en août 2018, a suscité un grand nombre de réactions. L’auteur – qui vient d’être distingué par le prix Albert Londres pour une précédente enquête sur l’industrie de la tomate – revient sur les critiques formulées par M. Rabhi et ses soutiens.

                        « Ce monsieur est venu chez moi. Il aurait pu me poser des questions. Pas du tout. Il n’a posé aucune question. Il est reparti et il a fait du puzzle. Il a rassemblé quelques données par-ci par-là, et toujours à charge, à charge, à charge. » Invité durant une heure sur France Culture, le 23 septembre, Pierre Rabhi plante le décor : plutôt que de contredire factuellement les éléments exposés dans Le Monde diplomatique, il analyse la personnalité du « pauvre garçon » qui aurait écorné son image. « Psychanalytiquement, je pourrais dire qu’il était en quête de sa propre valorisation, et que s’attaquer à une personne qui est reconnue, peut-être, c’était plus commode d’arriver à ses fins. » Ce sera sa ligne de défense, qu’il reprendra dans des entretiens accordés à la presse locale (L’Indépendant le 27 septembre; L’Alsace le 30 septembre) ainsi qu’à Canal Plus (7 octobre). En même temps qu’elle dévoile au public la finesse hors du commun de M. Rabhi en matière de psychanalyse, cette polémique donne l’occasion de revenir sur les conditions de réalisation de cette enquête et de rectifier les inexactitudes ventilées dans la presse ou les réseaux sociaux.

                        M. Rabhi prend des libertés avec la vérité lorsqu’il affirme que je ne lui ai pas posé de questions ou que je suis entré chez lui « comme un loup dans une bergerie ». Je suis entré en relation en février 2018 avec son assistante Caroline Bourret. J’ai également contacté Maurice Freund, administrateur du Fonds de dotation Pierre Rabhi, ami intime de M. Rabhi. Le rendez-vous a eu lieu un mois et demi plus tard, le 31 mars 2018, dans la ferme ardéchoise de l’intéressé, où je me suis rendu en compagnie de Maurice Freund. Je ne me suis pas fait passer pour un ami de Freund, que je n’ai rencontré qu’une seule fois dans ma vie. Lors de cet entretien, MM. Freund et Rabhi étaient parfaitement informés que j’étais journaliste et que j’écrivais un article pour Le Monde diplomatique . Je suis entré chez M. Rabhi avec mon carnet de notes à la main et j’ai écrit durant toute la durée de l’entretien, soit près de trois heures. L’entretien, qui s’est très bien déroulé et au cours duquel j’ai posé de nombreuses questions, a été enregistré. À ma demande, M. Rabhi a accepté de me laisser découvrir la bibliothèque de sa véranda, puis il m’a offert le hors-série du magazine Kaizen qui lui a été consacré, son autobiographie Du Sahara aux Cévennes, ainsi qu’un exemplaire de son tract à l’élection présidentielle 2002. À la fin de l’entretien, il m’a confié : « Vous savez, des fois, j’en ai vraiment par-dessus la tête de Pierre Rabhi. »

                        J’ai découvert durant mon enquête que beaucoup de faits, de détails, ou d’exploits prêtés à Pierre Rabhi sont exagérés. Une part de la responsabilité en revient à l’intéressé lui-même, qui, depuis sa jeunesse, n’a cessé de se raconter pour élaborer son propre mythe, celui de « l’enfant du désert né dans une oasis ». J’ai retrouvé son tout premier texte, signé en 1964, à 26 ans, et – déjà ! – titré : « Autobiographie ». Dans ce texte, Rabhi célèbre sa « folie de la croix » d’alors, qu’il qualifie « d’extrême vivifiant ». J’ai également visionné et écouté à l’Inathèque la totalité des passages télévisés et radiophoniques disponibles depuis ses débuts médiatiques, dans les années 1980. Il en ressort que l’humilité n’est pas la première qualité du personnage. Son ami Cyril Dion a d’ailleurs reconnu dans l’entretien qu’il m’a accordé que « Rabhi est un faux modeste » .

                        Face au récit romantique tissé par M. Rabhi et répété par ses amis, j’ai rétabli un certain nombre de faits, que nul jusqu’ici n’a démenti : son « retour à la terre » est celui d’un jeune catholique intransigeant éduqué dans un milieu bourgeois en Algérie française, qui ne supporte ni la violence du monde industriel des années 1960 ni les discours des syndicalistes de l’époque en faveur de la lutte des classes. Il rejoint à cette époque, en Ardèche, des catholiques conservateurs plus âgés que lui et profondément influencés par le ruralisme de Vichy. Parmi eux, le Dr Pierre Richard et son ami Henri Soulerin, tous deux passés par les Chantiers de la jeunesse – l’organisation paramilitaire mise en place par le régime collaborationniste de Vichy pour promouvoir la « révolution nationale ». C’est dans la revue du second, L’Armagna de la veillée, que Pierre Rabhi publie son tout premier texte, en 1964.

                        Dans la réponse qu’il a adressée à la rédaction du Monde diplomatique, M. Rabhi écrit : « Je trouve choquant qu’on ravale le Dr Pierre Richard au rang de « vichysso-ardéchois » au simple prétexte que dans son jeune âge il ait encadré un chantier de la jeunesse et qu’il défendait des idées de « retour à la terre ». Ce qualificatif est indigne en ce qu’il gomme le fait qu’il a été résistant. » Cette dernière affirmation est contredite par la fille du Dr Richard, Sylvie Richard. Jointe par nos soins, elle est formelle : son père n’était pas résistant. Le médecin de campagne n’a appartenu à aucun réseau de la Résistance. Sous l’occupation, selon des témoignages familiaux, il aurait soigné des malades et blessés, indistinctement, « dans les deux camps ». Il n’existe aucune trace de ces actes dans les principaux fonds d’archives de la Résistance, car ils n’ont pas fait l’objet d’une procédure de reconnaissance officielle au lendemain de la guerre. Selon la famille, c’est parce que « le Dr Richard ne recherchait pas les honneurs ». De ce fait, ils sont aujourd’hui invérifiables. Actuellement, la famille Richard refuse catégoriquement d’ouvrir les archives personnelles du Dr Richard aux chercheurs, à commencer par sa correspondance ou ses carnets des Chantiers de la jeunesse. Motif avancé : le Dr Richard, que sa famille qualifie « d’apôtre », était un mystique chrétien et ses écrits seraient « trop intimes » pour être consultés par des chercheurs. Seule une historienne amie de la famille a été autorisée à accéder à ces archives : Karine-Larissa Basset, à qui l’on doit une note biographique du Dr Richard et la publication de plusieurs photographies du même homme aux Chantiers de la jeunesse.

                        Contrairement à ce qu’affirment régulièrement des journalistes sur la base des déclarations de Pierre Rabhi, ce dernier n’a pas fait de l’agriculture son activité principale à son arrivée en Ardèche. Il était alors sculpteur, comme il l’évoque lui-même dans son autobiographie Du Sahara aux Cévennes. Des revues ardéchoises de l’époque que j’ai pu consulter confirment que Pierre Rabhi adopte alors le titre de « sculpteur », et non celui de paysan ou d’éleveur. La famille Richard possède plusieurs sculptures de Pierre Rabhi et confirme ce point d’histoire.

                        Suite à la parution de l’article, M. Rabhi a affirmé avoir peu connu l’intellectuel maurrassien Gustave Thibon et ne pas s’en être inspiré. Il est contredit sur ce point par la secrétaire de Gustave Thibon, qui m’a affirmé qu’il visitait Thibon comme un disciple visite son maître. « Dès 1962, je suis allé en pèlerinage à Saint-Marcel-d’Ardèche, en tremblant presque », a raconté M. Rabhi à propos de sa première rencontre avec Thibon. Leur relation a duré dans le temps, contrairement à ce qu’il affirme. « Visite de Rabhi », écrit Thibon dans son livre L’Illusion féconde (1995). « Il me donne cette définition du chef dans une tribu sauvage : celui qui va le premier à la mort. » En Ardèche, des années 1960 à 1990, chez l’un ou chez l’autre, Rabhi et Thibon se rencontrent à de nombreuses reprises et correspondent. Selon des témoignages recueillis parmi la famille Thibon, Pierre Rabhi aurait même demandé une préface à Gustave Thibon pour l’un de ses livres, ce que Thibon aurait refusé. Quant à l’aide apportée à Simone Weil durant l’occupation, Thibon a affirmé à la télévision en 1989 dans un entretien avec Jacques Chancel : « Je l’ai hébergée [Simone Weil] bien que le caractère juif ne soit pas tout à fait dans mes cordes. » Chancel releva alors le caractère antisémite du propos.

                        Notons qu’au début des années 1960, alors que Rabhi fréquente Thibon, ce dernier fait l’éloge de Charles Maurras dans L’Action française et milite pour l’Algérie française, deux décennies après que Thibon a été lui-même acclamé par Maurras sous l’occupation. Thibon a également donné une conférence aux Chantiers de la jeunesse intitulée « L’Autorité et le Chef », conférence qui a été republiée depuis, et dont la teneur intellectuelle est conforme à l’esprit de Vichy. Après guerre, il participe aux activités de la Cité catholique de Jean Ousset, une formation d’extrême droite catholique. Dans les années 1990, alors que Rabhi visite toujours Thibon, ce dernier demeure fidèle à ses idées : il est proche de Bernard Antony, ex-député européen du Front national, du temps où ce dernier est le chef de file des catholiques traditionalistes du parti nationaliste.

                        Contrairement à la caricature qui a pu être faite de mon article, je n’ai pas écrit que Pierre Rabhi avait adopté toutes les idées de ses compagnons ardéchois. Je me suis contenté d’esquisser la généalogie intellectuelle de son ruralisme conservateur, selon lequel, aujourd’hui encore, comme il me l’a affirmé lors de l’entretien qu’il m’a accordé, l’héritage des Lumières serait « un obscurantisme moderne ».

                        Deux confrères, Marie-Monique Robin et Fabrice Nicolino, ont signé sur leurs sites Internet respectifs des billets en défense de leur ami. Ni l’une ni l’autre ne conteste les faits rapportés dans l’article, mais leur interprétation. Libre à Robin de défendre « l’efficacité de la « bouse de corne » » dans l’agriculture biodynamique inventée par Rudolf Steiner – une pseudo-science agricole -, et à Nicolino d’écrire – sans qu’on saisisse bien le rapport avec mon article : « J’affirme qu’il existe en France un stalinisme culturel diffus. » Il me semble toutefois que beaucoup de journalistes professionnels manquent à leur devoir en laissant M. Rabhi formuler certaines allégations qu’ils ne prennent pas le temps de vérifier. Il en va ainsi de son qualificatif de « poète » – Pierre Rabhi n’a jamais publié d’ouvrage de poésie -, ou de ce titre dont il s’est affublé, dans son tract pour l’élection présidentielle de 2002, d’ « expert » des questions agricoles. M. Rabhi a bien reçu un prix du ministère de l’agriculture pour son récit L’Offrande au crépuscule, mais ce dernier s’avère être un texte littéraire et non un ouvrage scientifique. Rabhi invoque notamment les quelques schémas publiés à la fin de ce livre afin d’affirmer qu’il aurait « publié sa méthode », en semant une confusion entre savoir agricole et littérature – une confusion caractéristique du paysan ardéchois. J’invite les lecteurs à consulter les dessins rudimentaires insérés en fin de cet ouvrage, afin que chacun puisse prendre la mesure des lumières de M. Rabhi en matière d’agronomie.

                        Durant l’entretien, j’ai posé à MM. Rabhi et Freund des questions d’ordre financier, mais leurs réponses ont été évasives. J’ai ensuite adressé à M. Bernard Chevilliat, proche de M. Rabhi, une demande de précision comportant notamment ce passage : « Pierre Rabhi prône des valeurs de sobriété et de désintéressement à l’égard des biens matériels. Dans le cadre de mon enquête, je souhaite évoquer le patrimoine et les rémunérations de Pierre Rabhi. C’est pourquoi je vous écris, pour que vous puissiez répondre en toute transparence à mes questions, conformément à vos valeurs. » M. Chevilliat m’a alors livré de premiers éléments d’ordre financier, en reprochant à mes questions strictement factuelles une « tonalité inquisitoriale et cavalière ». Relance après relance, il m’a fourni des éléments financiers, le plus souvent « dilués », en lissant par exemple les rémunérations en droits d’auteur de Pierre Rabhi, ce qui pouvait avoir pour effet d’atténuer l’impression que les dernières années avaient été particulièrement fastes.

                        Contrairement à ce qui a été dit ou écrit, je n’ai jamais reproché à M. Rabhi ses rémunérations; je n’ai pas non plus évoqué ces points financiers dans l’article du Monde diplomatique, mais dans l’émission « Secrets d’info » présentée par Jacques Monin sur France Inter, où j’ai été invité à présenter mon enquête. Dans cette émission, je me suis contenté de livrer des faits dont certains étaient jusqu’ici inconnus du grand public et de souligner que Pierre Rabhi prêche des valeurs de désintéressement à l’égard de la chose matérielle, alors même qu’il ne reverse pas ses revenus aux associations qui promeuvent ses idées, et qu’il ne rémunère pas sur ses fonds son assistante personnelle. En réplique, Bernard Chevilliat a publié une tribune sur le site Internet de La Croix afin de m’accuser de « lancer à la volée des insinuations et des chiffres sortis de leur contexte » (27 septembre 2018).

                        Bernard Chevilliat s’est indigné du fait que j’évoque les revenus de Rabhi (en citant des informations vérifiées) et que je souligne le fait qu’il ne reverse pas ses revenus à ses oeuvres. On me reproche de ne pas respecter le « contexte » de ces données financières. Pour autant, la seule question qui se pose est : ces chiffres sont-ils exacts ? Ils le sont. M. Rabhi gagne bien sa vie – ce dont on ne peut que se réjouir -, mais il prêche simultanément la sobriété à des précaires, des retraités modestes, des salariés, des étudiants et des chômeurs, ainsi qu’à près de quatre mille « colibris » qui versent mensuellement 5 à 10 euros par mois alors que M. Rabhi, lui, ne reverse pas ses revenus aux associations. Avant que mon enquête soit publiée, il n’hésitait pas à jouer devant les caméras de France 2 l’ascète inspiré, en affirmant dormir à même le sol, sur des nattes. J’ai, il me semble, pointé une incohérence.

                        Affirmer que René Dumont « ne jurait que par les engrais chimiques dont il disait qu’ils étaient la clé du progrès agricole » revient à réécrire l’histoire. Le Dumont de 1986, qui condamne l’approche de M. Rabhi, n’est plus le Dumont scientiste des années 1950. Il lutte alors activement contre le capitalisme, le productivisme, le gaspillage, l’industrialisation du monde, et en faveur du tiers-monde. Neuf ans auparavant, Le Monde diplomatique faisait la recension de son ouvrage Seule une écologie socialiste… (Robert Laffont, 1977) : « L’écologie socialiste est bien davantage que l’idyllique souci des arbres, des rivières et des petits oiseaux : il s’agit de « réinventer toute notre civilisation ». Quoi de plus véritablement révolutionnaire que cette redistribution et cette économie – au sens fort – des ressources universelles ? », y lisait-on (juillet 1977). Dumont jugeait nécessaire de réduire la place de l’industrie chimique dans l’agriculture, mais savait qu’aucune transition agricole n’aboutirait sans une critique structurelle du capitalisme. Dumont ne dissociait pas la question sociale de la question écologiste.

                        « En France, explique-t-il dans son ouvrage Un monde intolérable. Le libéralisme en question (Seuil, 1988), des marchés biologiques permettent d’écouler fruits et légumes, miel, oeufs et volailles ainsi produits, à des prix un peu plus élevés. Car, dans l’ensemble, ces fermes biologiques ont du mal à obtenir des coûts de production comparables à ceux de l’agriculture « moderne », que nous préférons appeler gaspilleuse. Les consommateurs riches des pays développés acceptent cette surprime sans protester, estimant, à juste titre, que le produit est de qualité supérieure. Nous avons vu autour d’Apt en Vaucluse, comme dans la vallée d’Aspe en Pyrénées, des paysans « biologiques » vivant chichement, en milieu naturel très pauvre, marginal. Certes, ils survivaient, mais en se privant. (…) Certains puristes de l’agriculture biologique s’insurgent sans nuances contre les engrais chimiques, etc., de la « révolution verte », sans comprendre qu’elle permet de nourrir en Asie des dizaines de millions d’habitants en plus ! La meilleure solution est celle des Chinois, qui utilisent toujours, associées aux engrais – dont la consommation chez eux augmente rapidement – toutes les fumures organiques possibles. »

                        Dumont, né en 1904, a combattu inlassablement la faim dans le monde qui a fait des dizaines de millions de morts au XIXe et au XXe siècle – en Irlande à partir de 1845, en Chine à partir de 1928, au Bengale à partir de 1943, au Biafra à partir de 1967, en Éthiopie à partir de 1984, pour ne citer que quelques-unes des famines les plus meurtrières. Pourfendeur de l’agriculture « gaspilleuse », Dumont, en 1986, ne considère pas que les engrais sont « la clé du progrès agricole ». C’est tout le contraire : il les critique et souhaite leur dépassement, mais pas au prix de l’exploitation des travailleurs ni à celui de la faim.

                        Quand Dumont rencontre Rabhi, en 1986 au Burkina Faso, l’agronome a toujours en mémoire les épisodes de famines en Haute-Volta. S’il considère nécessaire la critique des engrais, il n’est pas dogmatique. Sa priorité demeure la souveraineté alimentaire du tiers-monde, et notamment celle du Burkina Faso. Lorsque Dumont découvre les « enseignements agricoles » de Pierre Rabhi à Gorom-Gorom, non seulement l’agronome réalise que le paysan français enseigne des pratiques ésotériques, comme le calendrier lunaire de la biodynamie Steiner, à des paysans burkinabés, mais il découvre aussi qu’il n’a aucune compétence agronomique. « Malgré sa bonne volonté, [Pierre Rabhi] manquait de connaissances économiques et agronomiques, notamment sur l’utilisation optimale des composts, écrit-il dans Un monde intolérable. Selon lui, leur coût de production était nul; il sous-estimait le travail nécessaire, et même les problèmes de transport, essentiels en la matière. Comme, de surcroît, il avait adopté une attitude discutable à l’égard des Africains, nous avons été amenés à dire ce que nous en pensions, tant à la direction du Point Mulhouse qu’aux autorités du Burkina Faso. L’écologie est une discipline scientifique : n’allons pas la discréditer, lui enlever sa valeur, sa rigueur, en conseillant des techniques qui n’auraient pas été mises au point dans les conditions locales. Toutes les expériences faites en milieu tempéré ne valent à peu près rien sous climat tropical. »

                        « Le personnage était très autoritaire », explique M. Rabhi à propos de René Dumont, qui fut candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974 et soutint les combats féministes et anti-autoritaires durant sa campagne. Nombre de ses anciens élèves se souviennent d’un enseignant qui, à la différence de ses collègues, était le contraire d’un « professeur à l’ancienne », figé et autoritaire. Sa pédagogie s’attachait justement à permettre une remise en cause de son propre enseignement par les étudiants, à la condition que ce soit de manière argumentée, sur des bases rationnelles et scientifiques.

                        Pour conclure, cette enquête sur le « système Pierre Rabhi » ne constitue pas une attaque personnelle, mais une critique adressée à une forme d’écologie non politique, spiritualiste et individualiste, qui appelle une prise de conscience des personnes mais se garde de mettre cause le système économique. Au coeur de l’industrie culturelle, M. Rabhi a su mobiliser l’imaginaire du paradis perdu et en faire un produit de consommation de masse.

                        Charles Maurras
                        Théoricien d’un nationalisme extrême, Charles Maurras aura marqué son temps certes par des idées à la lisière, mais aussi par une intelligence certaine de l’écriture et de la polémique …

                    • #48121 Répondre
                      Ema
                      Invité

                      Je te rejoins entièrement sur la nature inefficace voir contre productive d’un appel à la sobriété en tant que demarche anti capitaliste, qu’elle n’est pas ou se fourvoie si elle croit l’être. On oppose pas des choix individuels à une structure économique dont on est partie prenante, çà ne marche pas comme çà. Mais en tant que précepte de developpement personnel (excuse moi du terme mais je n’en vois pas d’autre), la quête de sobriété me semble sauvable. Comme une manière d’opposer une certaine résistance, de défendre son corps et son âme contre les assaults du mercantilisme, une manière de respirer. De toute façon, je pense que nombreux ici sont ceux suivant déjà plus ou moins cette hygiène mentale, ce qui n’est pas completement un hasard sur un forum d’anticapitalistes.

                      • #48133 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        Pleinement d’accord avec toi Ema. Il est clair que l’impossibilité d’envisager l’exhortation morale à la sobriété comme une solution politique n’invalide en rien l’effort éthique d’un individu pour faire le tri dans ses désirs et tâcher de bien vivre. L’arnaque, ce serait en effet de penser que cet effort éthique individuel parfaitement légitime en tant que tel pourrait devenir une solution politique conséquente face au capitalisme.
                        Merci Zyma pour l’article du diplo.
                        On voit en effet, dans ces lignes, une certaine nostalgie du cosmos perdu après la révolution scientifique moderne, typique des mouvements politiques contre-révolutionnaires – revenir à un ordre naturel hiérarchisé capable de fonder l’ordre politique et social me paraît être la matrice fondamentale de l’idéologie vichyste, qui ne nuit en rien au capital, et on comprend bien pourquoi.
                        De toute façon, la grande affection de Rabhi pour Thibon m’invitait déjà à la plus grande prudence. En lisant ces lignes, je vois qu’il a repris bien des choses de Thibon…
                        Je ne parle même pas de l’aspect un peu sectaire de certaines scènes décrites dans l’article, conséquence logique de sa critique aveugle de la raison – non pas une critique lucide, mais plutôt un rejet assez irrationnel.
                        Et pour revenir au post initial de Graindorge : la phrase de Rabhi sur les opprimés semble bien signifier ce que nous en disions : il faut voir, dans l’article du diplo, le mépris du bonhomme pour la Sécu…

                      • #49466 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        J’entends souvent dans le milieu dire que des changements individuels type « sobriété heureuse » seraient inefficaces face au capital.
                        Le discours du « consommer moins et mieux » est vu comme un discours un peu libéral gentil
                        Mais concrètement : si tout le monde, à échelle individuelle, consomme moins, travaille moins, prend moins l’avion, etc… En quoi ça n’aiderait pas à combattre le capitalisme ?
                        Les bourgeois engrangeraient moins de revenus, les gens auraient plus de temps pour participer à des assos, il existerait plus de modes d’échange et de production non-capitalistes et les gens seraient moins dépendants du salariat capitaliste donc auraient un meilleur rapport de force sur le marché ?

                      • #49471 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        On ne peut pas demander à ceux qui ne mangent pas à leur faim, soit la majorité des classes laborieuses,de manger moins ou de travailler moins,quand aux autres pourquoi voudrais-tu qu’ils renoncent à leurs profits,ils ne veulent déjà pas le diminuer?

                      • #49474 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Il y a des dépenses incompressibles (logement, électricité, médical, transport. ..) qui à elles seules rendent désormais le fait de travailler moins de 35 heures compliqué.

                      • #49475 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Du moins pour un salaire dans une médiane basse.

                      • #49478 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        Tony et Ema : je parle bien de consommer moins et non pas de manger moins.
                        Je sais bien qu’il y a un paquet de personnes qui ne peuvent même pas s’octroyer le luxe de moins consommer puisqu’ils ne peuvent même pas consommer une fois les assiettes plus ou moins remplies et le loyer plus ou moins payé
                        Mais quid des autres ?
                        Puis c’est valable pour à peu près n’importe quelle action anti-capitaliste : tout le monde ne peut pas les mener. Tout le monde ne peut pas donner du temps à des assos, tout le monde ne peut pas faire grève, tout le monde ne peut pas être militant, etc…
                        @Tony : celui qui réduit sa consommation et donc potentiellement son temps de travail, réduit ses « profits » au sens strict du terme, mais augmente son temps libre, augmente le nombre d’appels avec ses grands parents, augmente le nombre de bières prises avec ses potes, augmente sa santé physique et mentale, etc.. il consomme « moins », mais vit potentiellement « plus »

                      • #49479 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        En fait mon point c’est qu’il ne peut pas y avoir de changements structurels sans changements individuels, et que pour par exemple Amazon cesse d’exister, il faudra bien que les gens arrêtent d’utiliser Amazon à un moment où un autre

                      • #49484 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        @ourson ok et donc demain tu vas aller voir ton patron pour lui dire que tu vas travailler moins? Qu’est-ce que tu crois qu’il va te dire?

                      • #49506 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        On est d’accord, d’où l’intérêt selon moi que de bons gros gauchistes créent leurs scopes et offrent des alternatives au salariat capitaliste. Mais quand c’est le cas, il faut bien que des gens se lancent à échelle individuelle pour rejoindre leurs rangs
                        Et puis personne a dit que c’était simple non plus, une fois de plus ton exemple du patron est valable pour toutes les initiatives anticapitalistes.
                        Le patron va pas être content si tu fais grève, il va pas être content s’il apprend que tu t’es fait embarquer en pleine manif, je dirais même que voter LFI peut te coûter ta réputation dans certaines boîtes (même si le vote, hein… Voilà)

                      • #49599 Répondre
                        JÔrage
                        Invité

                        Tony: « ok et donc demain tu vas aller voir ton patron pour lui dire que tu vas travailler moins? Qu’est-ce que tu crois qu’il va te dire? »
                        .
                        Si t’y vas seul il va te rire au nez par contre si tu viens avec les conseillers syndicaux et que tes collègues sont partant il va avoir un coup de chaud. Et pour Amazon c’est pareil, si demain on arrêtait de voter Macron avec nos cartes bleues les choses seraient forcément différentes. C’est pas facile, ça signifie accepter de payer plus cher et de consommer moins, mais tant que t’es pas capable d’un tel geste par les temps qui courent c’est que t’es pas vraiment de gauche.

                      • #49601 Répondre
                        Tony
                        Invité

                        Ce que je consomme est déjà dérisoire,certes j’ai quelques économies, je ne sais pas ce que ma banque en fait et m’en séparer n’est pas vraiment envisageable, c’est la seule sécurité que j’ai si jamais l’avenir devait s’assombrir,de plus j’ai une fille adolescente qui va devoir faire des études et une compagne qui n’a pas beaucoup de revenus et, à part ma voiture,je ne suis propriétaire de rien, désolé de ne pas pouvoir être de gauche, j’ai pas les moyens!!!

                      • #49608 Répondre
                        JÔrage
                        Invité

                        Tony: u_u

                      • #49562 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Tous les profits que les capitalistes ne feront plus sur les achats superflus, ils les répercuteront sur les dépenses incompressibles, d’une manière ou d’une autre. N’y aurait il pas un risque que les’investisseurs délaissent les secteurs rendus moins rentables pour réinjecter leurs capitaux dans des valeurs sûres, comme cela se produit en cas de crise, ce qui aurait pour effet de faire gonfler (encore plus) les tarifs de ces biens de production de première nécessité, pour assurer la rétribution des dividendes ? Je ne pense pas qu’il y ait d’option « pacifiste » de type boycott qui affaiblissent le capitalisme, sans en destituer les principaux bénéficiaires. Je pense que si les luttes sociales se sont toujours jouées sur le terrain de la production et non celui de la consommation ce n’ est pas pour rien.

                      • #49707 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        Ema je suis d’accord avec toi, mais comment jouer sur le terrain de la production s’il n’y a pas de « consommateurs » alliés aux producteurs révolutionnaires ?

                      • #49708 Répondre
                        Ourson
                        Invité

                        Quant aux options non-pacifistes : si on parle d’insurrection, de révoltes ou autre, c’est encore plus difficile.
                        Moi le premier, jeune adulte dans la force de l’âge et pas totalement rebuté par la violence en tant que fan de sports de combat, ça me refroidit l’idée que je puisse me faire sauter la cheville par une grenade assourdisantey
                        Je me mets à la place des plus âgés, des plus fragiles physiquement, etc… Une révolution « non-pacifique » les excluerait automatiquement

                      • #49730 Répondre
                        Ema
                        Invité

                        Ah oui mais là on part déjà d’un postulat selon lequel des travailleurs/producteurs auraient mis en place des mode de productions alternatifs et anticapitalistes. On est plus seulement dans le « consommer moins ». Dans ce cas je te rejoins.

                  • #48128 Répondre
                    Isaac
                    Invité

                    Écologiste ou réactionnaire conséquent?
                    Je considère comme des libéraux même les punks qui préconisent le fait de quitter le système pour le détruire, ce qui est dans la continuité du « colibri » libéral de Rabhi
                    Le libéralisme permet en effet d’expérimenter une diversité de modes de vie sans remettre en question les formes empruntées par les structures de travail (dans laquelle la plupart des gens sont piégés) et les dispositifs législatifs qui les sous-tendent
                    Je pense pas qu’on soit anti-capitaliste si on ne tient pas à la transformation de ces structures et qu’on s’isole juste de la polis quand on en a les moyens
                    Je me méfie un peu de l’écologisme qui peut aussi être une douille pour plus d’appauvrissement

    • #47922 Répondre
      Isaac
      Invité

      Si la définition de « bourgeois » est un peu confuse, ça en va de même avec celle du « prolétaire »
      Que pensez vous de la définition de la prolétarisation par le défunt Bernard Stiegler et ses acolytes d’Ars Industrialis: https://arsindustrialis.org/prol%C3%A9tarisation

      Au XXIème siècle, tous prolétaires (ou plutôt prolétarisés), même les bourgeois?

    • #49374 Répondre
      Simon F
      Invité

      Il faut sans doute lire Marx, mais il faut aussi l’actualiser, c’est un auteur situé dans le temps et dans l’espace, dont la pensée a servi de socle à une tradition qui s’enrichit et se met sans cesse à jour.
      De mémoire, les analyses sociales de Lordon – époque « économiste » et pas encore purement philosophe – m’avaient aidé à y voir plus clair sur ces sujets.

      Les étiquettes et la nomenclature ne doivent pas figer la pensée et l’analyse de classe. Je crois que la question « qu’est-ce qu’un bourgeois ? » ankylose l’esprit, parce qu’elle pose une catégorie aux contours flous avant de se demander ce qu’on pourrait mettre dedans ou non ; on fait bouger les contours, on bouscule avec des contre-exemples, on part de l’idée avant de voir le réel et on se rend fatalement compte que ça ne colle jamais, parce que la réalité est infinie alors que notre esprit est limité dans ses catégorisations.
      La démarche intellectuelle devrait être inversée. Il faudrait d’abord analyser les rapports de classe, de domination, de propriété et de travail, pour dans un second temps seulement pouvoir espérer catégoriser les individus et poser des mots sur ce qu’on constate. En s’appuyant sur la tradition matérialiste et marxiste, certes, mais sans se laisser impressionner par ses grandes catégories historiques qui peuvent aussi, hélas, nous empêcher de penser parce que leurs limites et leurs définitions ne correspondent plus aux réalités de 2024. Le propriétaire d’usine, aujourd’hui, c’est aussi le retraité qui a une assurance-vie et dont la banque place une partie de l’argent en actions…
      Donc lire les sociologues, les philosophes, les économistes, comprendre finement la société et les rapports de domination, avant de chercher à savoir qui peut être dit bourgeois et qui ne peut pas l’être.

      Mais dans l’ensemble garder un fil conducteur : au-delà des fausses consciences et des sensibilités de chacun, il y a ceux qui ont objectivement intérêt à la perpétuation de l’ordre social, et ceux qui auraient objectivement intérêt à le mettre cul par-dessus tête.

      (Moi par exemple j’ai intérêt à ce qu’il se perpétue, c’est un critère objectif qui me fait penser que je suis un bourgeois)

      • #49380 Répondre
        SHB
        Invité

        Je comprends ton avis mais il ne faut pas occulter la stratégie de ceux qui veulent absolument absenter le signifiant bourgeois précisément parce qu’ils ne souhaitent pas que l’on « […] analyse les rapports de classe, de domination, de propriété et de travail […] ».

        • #49403 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          « absenter le signifiant bourgeois »
          comme c’est bien dit

      • #49485 Répondre
        SHB
        Invité

        Si tu veux une bonne représentation de ce qu’on peut appeler le « bloc bourgeois » je t’invite a observer Macron qui déroule le tapis rouge au RN en dissolvant l’assemblée nationale avec l’alliance entre le PS et les verts contre la FI. Tout le bloc bourgeois contre les Insoumis et Macron, en bon bourgeois, qui préfères Hitler (lepen) au front populaire (LFI).

        • #49487 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          Du très très très très gros sur la patate
          L’appétit est coupé. Je vais me coucher

        • #49494 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          « qui préfères Hitler (lepen) au front populaire (LFI). »
          Comme c’est bien dit.

          • #49529 Répondre
            Ludovic
            Invité

            Oula la fantasmagorie dans vos têtes
            *Front petit bourge de centre ville et lumpen immigrés*
            Vous allez commander un Uber ce soir ?

            • #49535 Répondre
              françois bégaudeau
              Invité

              Quant à moi je ne commande rien en Uber, je note juste que SHB alterne ici entre deux activités : m’insulter et me citer

              • #49543 Répondre
                Ludovic
                Invité

                Oui
                Je ne suis pas non plu pro rn en tant que parti, encore moins zob
                Je sais bien que leurs cadres sont dans les mains de la bourgeoisie maintenant
                Qui utilisera
                Mais ma sociologie est celle de ces électeurs. Donc mon affect, du rn j’parle
                __
                Et dans l’électorat des jeunes, t’a moitié-moitié lfi-rn, et tous les autres partis font des miettes.
                Il faudra trouver une solution d’avenir. C’est la question fondamentale d’avenir

      • #49509 Répondre
        Simon F
        Invité

        Je repasse pour citer Histoire de ta bêtise, que je suis en train de lire et qui dit exactement quoique mieux que moi ce que j’évoque à la fin de mon commentaire :

        « Celui que tout ébranlement des classes populaires inquiète et crispe en tant qu’il menace sa place peut sans écart de langage être nommé bourgeois. »

        J’ajoute – et ce n’est pas contradictoire – que ceux que cette possibilité n’inquiète ni ne crispe, mais dont la place serait objectivement menacée, comme c’est mon cas, peuvent aussi à mon sens être nommés bourgeois. L’appartenance objective à une classe n’emporte pas systématiquement conscience de classe – malheureusement ou heureusement.

        • #49519 Répondre
          françois bégaudeau
          Invité

          où il faudrait convoquer à nouveau la différence entre classe-pour-soi, et classe-en-soi
          même si dans le cas de la bourgeoisie il me semble qu’il y a très souvent cumul des deux
          le bourgeois a une conscience de classe très aiguë
          c’est meme son coeur de métier que d’en avoir une : mes intérêts, et les préserver

        • #49547 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          @ Simon F
          Mais est -ce que cette possibilité d’ébranlement
          ne t’inquiète ni ne te crispe que parceque tu sais
          qu’elle a une chance infime d’advenir? Bref que tu n’as pas grand chose à craindre?

        • #49548 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          @ Simon F
          Mais est -ce que cette possibilité d’ébranlement
          ne t’inquiète ni ne te crispe que parceque tu sais
          qu’elle a une chance infime d’advenir? Bref que tu n’as pas grand chose à craindre?

          • #49600 Répondre
            Simon F
            Invité

            Je n’ai pas développé parce que ma situation personnelle n’est pas le sujet, ce n’était qu’un exemple, mais cette possibilité, je l’appelle de mes voeux (et de mes votes). Si demain on bâtit une société communiste, même si j’y perds mon patrimoine et la plus grande partie de mes revenus, je serai, je crois, plus épanoui qu’aujourd’hui.

            Alors bien sûr tant que ça n’arrive pas, j’ai beau jeu de l’affirmer, mais je pense être sincère. On verra bien après les législatives anticipées quand Ruffin sera premier ministre (rires enregistrés).

            Bref le point essentiel là-dedans, ce sur quoi je voulais insister, ce n’est pas de savoir pourquoi ça ne m’inquiète pas, mais de constater que même en adoptant l’état d’esprit qui est le mien, je suis objectivement un bourgeois, parce que j’ai à perdre. C’est ce critère objectif de situation sociale de celui-qui-a-à-perdre qui me paraît utile pour définir le bourgeois, au-delà des discours et des positionnements idéologiques ou politiques.

            Même si pour la plupart des bourgeois, les deux se confondent, et la superstructure idéologique vise en dernière analyse à conforter l’infrastructure sociale et économique (cf toutes les réformes d’ « ouverture et adaptation à la mondialisation » qui consistent depuis 40 ans, sous couvert de liberté, d’ouverture d’esprit, de paix ou de réalisme, à prendre du pognon au travail pour le donner au capital, d’une façon ou d’une autre).

            • #49729 Répondre
              graindorge
              Invité

              @Simon F
              avant tout, désolée pour ma question sortie en doublon, je l’ai pas fait exprès en mode insistance mais ce sont des couacs électroniques qui arrivent: j’ai dû cliquer 2 fois  » envoyer » ou autre

              « Si demain on bâtit une société communiste, même si j’y perds mon patrimoine et la plus grande partie de mes revenus, je serai, je crois, plus épanoui qu’aujourd’hui. » Ça fait chaud au coeur.
              Et les « rires enregistrés » m’ont bien fait rire
              La société communiste ce n’est ni pour demain ni pour après-demain.
              A l’instant où j’écris, dans le monde entier c’est l’hécatombe. Beaucoup de gens sont entrain de perdre ou ont perdu : moyen de subsistance, maison, santé, etc…

    • #50432 Répondre
      jojo_le_gilet_jaun°
      Invité

      Sans définir pour autant définir « le Bourgeois », Flaubert a entrepris de caractériser toutes les dimensions du phénomènes.
      Je ne sais pas dans quelle mesure Flaubert a influencé Bégaudeau sur ce point.

      Voici un petit florilège de fragments piochés dans la correspondance et dans toutes les scènes de diners de l’Éducation Sentimentale, qui sont des dispositifs où les bourgeois s’expriment sans filtres, à l’instar des plateaux télé pendant les gilets jaunes :

      Méritocratie comme fondement idéologique :

      « _C’est un droit écrit dans la nature ! Les enfants tiennent à leur joujou ; tous les peuples sont de mon avis, tous les animaux ; le lion même s’il pouvait parler, se déclarerait propriétaire. Ainsi moi messieurs j’ai commencé avec 15000 francs de capital. Pendant 30 ans, savez-vous que je me suis levé régulièrement à 04h00 du matin j’ai eu un mal des 500 diables à faire ma fortune et on viendra me soutenir que je n’en suis pas le maître et que mon argent ce n’est pas mon argent enfin que la propriété c’est le vol !
      _Mais Proudhon…
      _Laissez-moi tranquille avec votre Proudhon ! S’il était là, je crois que je l’étranglerai !
      Et il l’aurait étranglé. »

      « Cependant objecta Martineau la misère existe avouons-le ! mais le remède ne dépend ni de la Science ni du Pouvoir. C’est une question purement individuelle. Quand les basses classes voudront se débarrasser de leur vice, elles s’affranchiront de leurs besoins point que le peuple soit plus moral, et il sera mon pauvre. »

      Conservation & désir d’ordre :

      « La plupart des hommes qui étaient là avaient servi au moins, quatre gouvernements ils auraient vendu la France ou le genre humain pour garantir la fortune, s’épargner un malaise ,un embarras, ou même par simple bassesse adoration extinctive de la force. »

      Sous les feuilles vertes d’un ananas au milieu de la nappe une dorade s’allongeait, le museau tendu vers un quartier de chevreuil est touchant de sa queue un buisson d’écrevisse. Des figues, des cerises énormes, des poires et des raisins montaient en pyramide dans des corbeilles de vieux saxes ; une touffe de fleur, par intervalle, se mêler au claires argenteries ; les stores de soie blanche abaissés devant les fenêtres, emplissaient l’appartement d’une lumière douce ; ils étaient rafraîchis par deux fontaines où il y avait des morceaux de glace et de grands domestiques en culotte courte servaient. Tout cela semblait meilleur après l’émotion des jours passés. » (journées révolutionnaires de 1​848)​

      Bêtise des intelligents où comment borner soigneusement les horizons de la pensée :

      « Les gens légers, bornés, les esprits présomptueux et enthousiastes veulent en toute chose une conclusion ; ils cherchent le but de la vie et la dimension de l’infini. Ils prennent dans leur pauvre petite main une poignée de sable et ils disent à l’Océan : « Je vais compter les grains de tes rivages. » Mais comme les grains leur coulent entre les doigts et que le calcul est long, ils trépignent et ils pleurent. Savez-vous ce qu’il faut faire sur la grève ? Il faut s’agenouiller ou se promener. Promenez-vous. »

      « Mais les gens de goût, les gens à enjolivements, à purifications, à illusions, ceux qui font des manuels d’anatomie pour les dames, de la science à la portée de tous, du sentiment coquet et de l’art aimable, changent, grattent, enlèvent, & ils se prétendent classiques, les malheureux ! (…)Autrefois on croyait que la canne à sucre seule donnait le sucre. On en tire à peu près de tout maintenant ; il en est de même de la poésie. Extrayons-la de n’importe quoi, car elle gît en tout et partout : pas un atome de matière qui ne contienne la pensée. »

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