skip to Main Content

Accueil Forums Forum général La Critique du tweet de Joël Ronez

  • Ce sujet est vide.
Vous lisez 5 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #68383 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      La Critique du Tweet de Joël

      Je me suis permis une petite réponse au tweet de Joël Ronez.
Mon ton sera moqueur et amical (si, si !), et n’appellera pas spécialement de commentaire ou de débat, et si jamais ce devait être le cas, pardon d’avance de ne pas participer, guéri que je suis depuis plusieurs années de la débatite et de la commentarite. Mais bon, si l’on me donne le besoin, le besoin d’avoir besoin, je n’exclue pas de venir préciser des précisions insuffisamment précises.
Moi qui me satisfais amplement de manier l’humour sans le théoriser, par incapacité plus que par mépris pour toute discipline analytique, je terminerai mon introduction à « la critique du tweet de Joël » par ces mots prononcés par Platini au soir de la défaite à Séville en 1/2 finales du Mundial 82. « Vous savez, je ne suis qu’un joueur de foot, pas un philosophe », déclara Michel avant d’ajouter, s’adressant à Ettori, le gardien de l’équipe de France : « au fait, Jean-Luc, juste un point sur les règles de notre sport : quand un Allemand tire un pénalty, t’as le droit de plonger pour essayer d’arrêter la balle. »

      Donc, allons droit au but en commençant par le début :
      Oui, @RedwaneTelha a raison : la Zoubida était raciste, comme certains sketchs de Michel Leeb, de Coluche, de Gad Elmaleh, des Inconnus, des commentaires de Thierry Roland et plein d’autres trucs, et ça sert à rien de dire « c’était l’époque », car ça on sait déjà, merci.

      – Alors d’abord,
      Ça sert à rien de dire « c’était l’époque » car ça on sait déjà, merci :
      Qui dit « c’était l’époque » et qui sait déjà ? On saura pas. Et je l’annonce déjà : on ne saura jamais.
Quant à réunir et stigmatiser dans la même phrase Coluche* (années 70), Leeb (années 80), Les Inconnus (fin 80, début 90), Elmaleh (années 2000) ainsi que Thierry Roland (de préhistoire télé jusque mort en 2012), ça ne permet pas de saisir une période très précise donc dès le début, avec ce « c’était l’époque » dit par Onsaurapaki, on est au mieux dans le flou, au pire dans l’amalgame.

      Je me suis longtemps questionné sur la nécessité de réviser les œuvres de l’époque avec des critères d’aujourd’hui, et la réponse est « oui, il faut le faire ».

      Ah. Donc il faut contextualiser ? Je pos(t)e la question parce que tu disais l’inverse dans la phrase précédente.

      Il ne s’agit pas d’interdire les œuvres (pour moi, la pire chose) …

      Joël n’est pas un censeur (pour lui, la pire chose) et Joël tient à le faire savoir. Et c’est bien.

      … mais de les discuter, commenter et mettre en contexte

      Ah ben je croyais que ça servait à rien de dire que c’était l’époque parce qu’on savait déjà, merci … Donc c’est bien ce que j’avais compris : il faut contextualiser, finalement.

      Si on prend le cas de la violence faite aux femmes, cette chanson de Nino Ferrer**, relevée par @vtuaillon : « Une fille qui me plaît, je me l’envoie / Que ça lui plaise ou que ça ne lui plaise pas / Et si elle veut pas, je lui fais une grosse tête. »

      Alors pour les personnes qui attendent la suite logique, à savoir l’opinion de Joël sur ce passage et bien évidemment sa contextualisation, puisqu’il a lui-même annoncé qu’il fallait discuter, commenter et mettre en contexte , eh ben non ça s’arrête là puisqu’on passera directement à Renaud après.

      En matière de considération des femmes, la plupart de la discographie de Renaud (que j’ai vénéré, enfant) poste plein de problèmes. « Adieu minette » : « Sous tes cheveux beaucoup trop blonds/Décolorés ça va de soi/T’avais une cervelle de pigeon / Mais j’aimais ça mais j’aimais ça »

      S’il a vraiment vénéré Renaud quand il était enfant, Jojo le démago est démasqué car il sait très bien qu’Adieu minette est une chanson marxiste et que la jeune femme en question est réprouvée par le narrateur non parce que jeune femme mais parce que bourgeoise de capital et de tempérament : « Adieu fillette, nous n’étions pas du même camp », « maintenant, j’ai plus envie d’causer / tu d’vrais déjà avoir compris / qu’on est pas né du même côté / d’la bourgeoisie »…
Coté considération des femmes qui poste problème (sic, beau lapsus d’utilisateur des réseaux sociaux), nous n’aurons aucun autre exemple, aucun autre titre.
Ni rien non plus évidemment pour contrebalancer, genre la célèbre et misandre Miss Maggie (la chanson, pas son héroïne)

      (je passe sur l’imitation de voix de noir par Renaud dans le live à Bobino, sur le titre « Le père Noël noir », avec des « comment, présentement » en roulant les rrrr qui est au-delà du gênant aujourd’hui, et me faisait rire à l’époque…)

      Drôle de façon de « passer sur » puisqu’on a droit ici à un petit développement pour dire que c’est au-delà du gênant – ça aurait été bien de qualifier cela, d’ailleurs : c’est quoi précisément pour toi, Joël, ce qui est au-delà du gênant ? Honteux ? Monstrueux ? Criminel ?
Et donc tu as honte aujourd’hui d’avoir ri enfant de cette imitation ? Tu renies ce rire ? Tu réprouves et déplores ? N’est-ce pas cela au fond, le vrai souci que tu as avec cette chanson ? D’en avoir ri, enfant, et de t’en vouloir, adulte ?
Je « passe sur » le fait anecdotique que la chanson, ayant été composée en 1981, ne figure pas dans le live à Bobino de 1980 – c’est juste pour dire que tu as eu la flemme de vérifier, ce qui n’est pas très rigoureux.

      A analyser aujourd’hui, l’œuvre de Renaud serait emprunte d’une forme de « machisme culturel » de l’époque qui passait très bien car il était de gauche, mais qui est très malaisant aujourd’hui. Les femmes sont souvent faibles, futiles, et objet de désir rapide dans la paille.

      Problème de ton analyse : elle ne s’appuie sur aucun autre exemple donc je ne vais même pas pouvoir contre-argumenter en te disant que Renaud, qui n’a jamais écrit d’essai, a très souvent incarné des personnages dans ses chansons, usant d’un procédé fictionnel et souvent ironique assumé. Ainsi, quand il chante en 1983 qu’il s’appelle Slimane et qu’il a 15 ans, il faut savoir que le texte n’est pas autobiographique (contrairement à Balavoine qui croyait vraiment qu’il s’appelait Henri) et que quand il demande quand c’est qui passe le marchand de cailloux ou quand il demande c’est quand qu’on va où à propos de l’école, il fait alors semblant d’être sa propre fille qui, d’ailleurs, n’apparaît jamais comme faible, futile ou objet de désir dans la paille, pas plus que sa première muse, Dominique.
      Et pas plus d’ailleurs tant que j’y pense que la pauvre femme solitaire de 55 ans décrite dans sa (meilleure) chanson Banlieue Rouge ou que la petite conne Pascale Augier morte d’une overdose.
Ouais mais la pépète des auto-tamponneuses ?! Et l’auto-stoppeuse ? Certes, elles sont pas finaudes et on peut reprocher à Renaud de ne les avoir pas rendues plus intelligentes, mais rappelons que l’une comme l’autre n’auront pas de relation sexuelle avec le narrateur qui d’ailleurs ne ressemble pas vraiment au Renaud de l’époque, les cheveux jaunes exceptés.
      Merde, j’ai contre-argumenté quand même…
      Bon, pas grave, poursuivons…

      On continue en mode pédo-artistes ? Fontenay-aux-Roses, de Maxime Le Forestier ne se cache pas des masses, dans la strophe finale « C’est la première fois / Que je suis amoureux / De tout un pensionnat ». A priori, on parle de filles avec rubans dans les cheveux, etc. C’est limite.

      Joël, je te jure que j’aurais adoré taper avec toi sur ce social-traître de Fox-terrier qui fut injustement oublié dans la Lettre ouverte de Guy Hocquenghem. Mais les filles de Fontenay-aux-Roses sont, quand la chanson paraît en 1973, des étudiantes de l’ENS de St-Cloud. Donc, a priori, t’es juste à côté de la plaque, ce qui est au-delà du gênant.

      La question que pose @RedwaneTelha n’est pas celle de dire « interdisons cette chanson », ou bien « tous les gens qui l’ont aimé sont des cons, ou des pédophiles ». Mais celle de la culture dans laquelle elle est née, et qu’elle a pu proroger, sous couvert de divertissement.

      J’ai tenté vingt fois de comprendre ces deux lignes pour y répondre. Je devine vaguement l’idée et je ne me permettrai pas de dire que tu écris mal mais en l’occurrence, ces deux phrases sont du charabia donc je ne m’emmerderai pas à les commenter. Je comprends ta hâte de pos(t)er sur X mais je me pos(t)e une question à moi-même : t’es-tu relu ?
      Tout de même, une précision : la fin de la chanson indique clairement que, tel Albert, un Léo Ferré aussi, même anarchiste-libertaire-zoophile revendiqué, ça s’empêche puisque le code pénal est sous la robe de la petite et que donc pas de passage à l’acte mais juste un fantasme contrarié (que je condamne moi-aussi, juste pour te faire plaisir et ne pas froisser ta moraline effarouchée).

      Et oui, effectivement, ON NE PEUT PLUS DIRE ce que Coluche disait à l’époque du « viol de Monique » (« le viol c’est quand on veut pas, moi je voulais », « Monique, deux qui la tiennent trois qui la nique). -> Toute mon enfance, j’ai fait cette blague sur les Monique.

      Joël, je commence à penser que toute cette tribune n’est qu’un prétexte pour que tu puisses régler ton problème d’enfant abusé par de méchants artistes pervertis par Mai 68.

      (mes excuses au passage à toutes les Monique, qui ont du subir du monde entier toutes leur vie les conséquence de cette balourdise, comme les femmes à lunettes et autres archétypes crétins véhiculés par l’humour de salle de garde de l’époque »

      Joël, je commence à sentir que j’ai raison de penser que toute cette tribune n’est qu’un prétexte pour que tu puisses régler ton problème d’enfant abusé par de méchants artistes eux-mêmes pervertis par Mai lui-même perverti par 68.

      Car oui, il y a un truc qui a changé avec l’humour : il se trouve que les gens ne tolèrent plus trop qu’il soit cruel ou discriminatoire. C’est comme ça, et c’est pas plus mal.

      C’est qui, les gens ? On inclut les racistes ? On inclut aussi celleux qui ne sont pas racistes mais qui rigolent devant certaines (mais pas toutes) blagues cruelles ou discriminatoires ? Et celleux qui s’en foutent pas complètement mais un peu quand même ?
      Tu as la finesse et la rigueur intellectuelle d’un éditorialiste de France Info qui sera embauché par BFM l’année prochaine. C’est un compliment.

      Plus de « golo golo dans la case » des Inconnus, plus de « C’est pas mes lunettes c’est mes trous de nez » de Michel Leeb. Parce-que des gens en ont eu ras le cul de se taper ces blagues pendant des décennies ensuite dans l’indifférence générale.

      D’abord, c’est pas « trous de nez » mais narines. Ce qui ne rend pas le sketch moins con, on est d’accord pour une fois.
      Et pour « les gens qu’en ont ras le cul (…) dans l’indifférence générale », je renouvelle le compliment juste au-dessus.

      (Et la mienne, je le répète, car je suis blanc, mâle, et éduqué dans la moyenne, genre social donnant assez peu de prise aux humoristes de l’époque, mais plutôt à ceux d’aujourd’hui comme Blanche Gardin qui ont retourné la cible…)

      C’est bien de répéter et de préciser les choses car je commençais à me demander si tu n’étais pas un homme de couleur noire s’appelant Monique.

      Pour terminer, je répète qu’il ne faut pas interdire aux œuvres de circuler, jamais. Il faut au contraire les connaitre pour savoir d’où on vient, et laisser le droit à ceux qui se sentent légitimes d’en faire une recension critique.

      Oui, tu l’as déjà écrit, Joël. Ayant l’esprit mal tourné, je vais finir par penser que cette virulence à affirmer que « la censure, c’est mal » est une tentative inconsciente visant à te dissimuler à toi-même et au monde-entier-des-réseaux-sociaux que peut-être tu penses l’inverse. Mais on entrerait là sur le terrain glissant de la psychologie et je le répète, je ne suis pas un joueur de foot, juste un philosophe.

      Ce qui pose problème aux auditeurs de @RedwaneTelha, c’est qu’en tant qu’auditeurs d’une radio de gauche, ils n’assument pas d’avoir ri à l’époque ou d’avoir été indifférents, et préféreraient qu’on ne parle pas de racisme.

      Je te trouve bien affirmatif, catégorique, sûr de toi et péremptoire mais, allez, je te donne le point car contrairement à toi, je ne connais pas Redwane Telha, ni ses auditeurs qui n’assument pas et qui préfèreraient.
      Heureusement que t’es là pour tout décrypter, comme dirait Rancière.

      Ben si, pour conclure, Lagaf a commis une chanson raciste, la France a dansé dans les mariages sur une chanson raciste, et la France était raciste. Nous aussi. Commençons par reconnaitre ça pour avancer.

      Ben ouais, merci à toi, Joël. Grâce à tes analyses pointues et scientifiques, la France reconnaîtra qu’elle était raciste quand elle dansait la Zoubida dans les mariages car les Français, qui ne peuvent plus désormais dire qu’ils ne savaient pas, ont pris conscience de plein de trucs et ils en ont assez et ne sont plus dupes, on ne la leur fera plus, ça non!, et tout ça fera avancer le schmilblick et reculer l’intolérance des quelques Français qui n’ont pas encore conscience qu’ils en auront bientôt vraiment ras-le-bol eux-aussi de tout ça.

      Et au fait, pour terminer, la vie d’ma mère, j’ai arrêté le foot à 11 ans et la philo à 12, et je suis juste un couillon d’intermittent du spectacle pas très courageux donc, comme je vois, Loulou, que tu commences à être allumé, si tu veux j’arrête de me foutre de ta gueule. / Tu sais, j’suis pas mieux qu’toi avec mes 50 balais / toi et moi, ensemble, on est quand même seuls.

      *Coluche : comique durant les années 70, il fut durant les six premières années de la décennie suivante Homme politique autoproclamé « ni de gauche ni de droite mais de France ». Puis il ouvrit un restaurant et oublia de mettre un casque.
      **Nino Ferrer : Musicien qui produisit quelques chefs-d’oeuvre dans les années 60, quelques daubes aussi, comme la chanson dont il est question ici, suivis de quelques grands albums maudits dans les années 70. Il termina peintre sans succès comme Van Gogh, avant de se tirer une balle avec succès comme Van Gogh dans un champ de blé.

    • #68384 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      Bon, j’ai merdé sur les italiques et le gras, j’espère qu’on pourra s’y retrouver par la différence stylistique de La Tribune de Joël et de ma réponse.
      Je me permettrai une généralisation de celles que que je reproche à Jojo : tout le monde déteste la police d’orthographe.

      • #68387 Répondre
        Charles
        Invité

        Hervé est vraiment le meilleur d’entre nous. Notre Alain Juppé.

    • #68398 Répondre
      Julien Barthe
      Invité

      Putain, mais je vais prendre un compte twitter si c’est comme ça !
      Mais on me dit que Hervé n’est pas sur Twitter, qu’on ne dit pas « prendre un compte », ni Twitter.

    • #68400 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Merci Hervé Urbani
      Belle accolade et grosses bises!

    • #68401 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      C’est quand même fou – je parle de l’ami Joel- de se foutre à ce point du réel de ce dont on est en train de parler.
      Le réel de Renaud? Rien à foutre. Le réel de la chanson de Renaud incriminée? Rien à foutre.
      Tout comme ça.

    • #68432 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Il n’est pas à exclure que partager cette tribune ne fût pas l’idée la plus brillante de l’année. Heureusement, dans leur grande mansuétude pour sauver le thread, les sitistes l’oublièrent et embrayèrent sur le rire.

Vous lisez 5 fils de discussion
Répondre à : Répondre #68432 dans La Critique du tweet de Joël Ronez
Vos informations :




Annuler
Back To Top