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Carpentier, le il y a 1 année.
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Carpentier
InvitéQuelqu’un qui partagerait cet article en entier?
https://www.liberation.fr/culture/livres/sur-le-trace-de-la69-entre-toulouse-et-castres-le-calme-avant-le-bitume-par-marouane-bakhti-20230420_LL5YV3G3LZHM5BY7ESBYUEFK6E/ -
Céline
InvitéA lâoccasion du Festival du livre de Paris, les journalistes de LibĂ©ration cĂšdent la place Ă des auteurs et autrices pour Ă©crire sur lâactualitĂ©. Pour cette 16e Ă©dition du LibĂ© des Ă©crivains depuis 1987, ils sont 50, avec Giuliano da Empoli, auteur du Mage du Kremlin (Gallimard), en tant que rĂ©dacteur en chef. Retrouvez tous les articles de cette Ă©dition dans notre dossier spĂ©cial.
Au loin, sur le bas-cĂŽtĂ© de la route, un blaireau semble dormir, paisible et roulĂ© en boule. Câest seulement en arrivant Ă sa hauteur quâon aperçoit sa fourrure marbrĂ©e de sang rouge. Il a le crĂąne explosĂ©. Les deux mains sur le volant, en chemin pour Vendine en Haute-Garonne, je pense Ă tous les morts de la route. Les hĂ©rissons, les chouettes et les sangliers qui percutent les carrosseries avant de finir la face contre le bitume. Enfant, jâaurais pensĂ© aux milliers dâinsectes aplatis sur le pare-brise. DĂ©sormais, il nây en a plus. Câest lâeffondrement de la biodiversitĂ© dont tout le monde parle.
Sur la gauche, dĂ©file une sĂ©rie de petits arbres tout en bourgeons. Ils devraient survivre encore un peu aux coupes nĂ©cessaires Ă la construction de la nouvelle autoroute A69 reliant Toulouse et Castres. Atosca, la firme choisie par lâEtat pour porter le projet, lâaffirme : si la rĂ©glementation interdit la coupe de bosquets Ă partir du 31 mars, celle dâarbres isolĂ©s reste autorisĂ©e. Câest difficile Ă suivre, ces expertises et contre-expertises qui dĂ©terminent la validitĂ© des existences non humaines. En suivant la N126, jâessaie de comprendre. Ecocide pour certains, infrastructure nĂ©cessaire pour dâautres. Dâici quelques jours, des milliers de personnes opposĂ©es au projet sont attendues sur le tracĂ© de cette future voie Ă grande vitesse. Pour lâinstant, rien Ă signaler, le calme avant le bitume.
«Adieu mon bel ami»
A dĂ©couvert dans les champs dâavoine, un hĂ©ron garde-bĆufs avance sur ses longues pattes de dinosaure. Je roule, lâair est bon. Le printemps a un peu dâavance, câest le bouleversement climatique dont tout le monde parle. Aux abords de Vendine, on trouve une tout autre espĂšce. Tentes en plastique turquoise aux pieds des arbres, baudriers et lits suspendus dans les branches, de drĂŽles dâ«écureuils» ont fait leur nid.
Quelques militants Ă©cologistes ne veulent plus quitter les deux rangĂ©es de platanes quâils ont rĂ©ussi Ă sauver de la coupe rase, alors ils campent. Sur une souche, on peut lire : «ADIEU MON BEL AMI». Une femme pointe lâun des arbres encore debout. Le long dâun tronc, Ă©crit en orange fluo : «MĂSANGE». Avec une flĂšche, lâinscription dĂ©signe le trou oĂč un couple de passereaux a dĂ©jĂ commencĂ© Ă amonceler mousse et brindilles pour sâĂ©tablir. Ils partagent le coin avec une colonie de chiroptĂšres. «Cette catastrophe annoncĂ©e a fait de moi une veilleuse. Je nâavais aucune idĂ©e de toutes les bestioles avec lesquelles je partageais ma vie avant ça.» Un chien somnole Ă nos pieds. Je rĂȘve au dĂ©passement du spĂ©cisme.
Câest sans compter les voix qui hantent les vallons occitans autour de nous. Celles de lâOffice français de la biodiversitĂ©, du groupe Pierre Fabre, soutien invĂ©tĂ©rĂ© du projet, des prĂ©fectures du Tarn et de la Haute-Garonne et mĂȘme celle, enrouĂ©e dâavoir trop invectivĂ©, du ministre de lâIntĂ©rieur. Depuis quâil sâest Ă©pris de cette histoire, le feuilleton sâenvenime.
Soudain, un clapotis
Pourtant, les quelques habitants du champ restent calmes. Avec dĂ©termination, ils rĂ©pĂštent : «Câest notre bien commun quâil faut sauver.» Alors je leur demande : câest quoi Ă la fin que ce bien commun ? Quâavons-nous collectivement Ă perdre Ă laisser Atosca tracer ses six voies de bitume au travers des champs ? LâhumanitĂ© est-elle vraiment Ă 400 hectares de verdure prĂšs ? Sourires en coin et regards entendus. On mâindique une adresse. LĂ -bas, je pourrai aisĂ©ment me faire une idĂ©e du trĂ©sor. «Il y a mĂȘme des Lepidurus. Des crustacĂ©s prĂ©historiques» me confient-ils, lâair de gamins qui auraient trouvĂ© une portĂ©e de chatons.
N126 Ă nouveau. AprĂšs Vendine, je passe par Puylaurens. Vingt minutes de route. Le temps pour la planĂšte de voir disparaĂźtre une espĂšce animale ou vĂ©gĂ©tale. La commune fut le berceau de la Marianne rĂ©publicaine. Ăa prĂȘte Ă sourire, en pleine crise de rĂ©gime.
Un busard cendrĂ© flotte sous les gros cumulus. «A droite, Ă gauche, longer la riviĂšre.» Jây suis. Un arbre immergĂ© sâavance au-dessus de lâeau qui frissonne et je mây assois. Les aigrettes et les pies sont folles de colĂšre. Elles font un bruit infernal pour me faire partir, en vain. Jâattends des heures. Dans les branches des peupliers, les palombes ont commencĂ© Ă nicher. La nuit tombe tout en douceur, quelques nuĂ©es dâinsectes sâactivent au-dessus des graminĂ©es.
Soudain, un clapotis. Câest une loutre dâEurope qui passe. Spectrale, elle trotte sur la rive. Brune sur la vase brune. La seconde dâaprĂšs, elle a glissĂ© dans lâeau. Elle emporte avec elle son odeur forte de miel et de thon en boĂźte.
Je reste paralysé quelques minutes mais elle ne reviendra pas. Rarissime.
En marchant vers la voiture, je vois la fin du coucher de soleil et quelques bĂ©cassines des marais qui plongent leurs becs incurvĂ©s dans les Ă©tendues inondĂ©es. Lâautoroute devrait passer tout prĂšs dâici. Sur la nationale plongĂ©e dans le noir, jâemporte avec moi une vision prĂ©cieuse de notre bien commun. Raccorder Castres et Toulouse avec lâA69 ferait gagner entre vingt et trente minutes de trajet aux usagers. Il mâaura fallu la journĂ©e. Je suis loin dâavoir perdu mon temps.
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Carpentier
Invitésalut CĂ©line,
reçois mes remerciements et plein dâencouragements vers Toulouse de la part des tritons de notre dame des landes đ€đ€đŠđŠđŠđđżđŠ©đđŠ«đŠŠ-
Céline
InvitéAvec plaisir !
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Carpentier
Invitébonjour ici,
si qqn.e est (encore) abonné.e
https://www.nouvelobs.com/societe/20240901.OBS93037/syndrome-des-ovaires-polykystiques-ce-n-est-pas-normal-qu-on-ait-une-errance-medicale-aujourd-hui.html
merci d’avance,
[cet article intéressera aussi les échanges en cours avec Claire N., je pense]-
Carpentier
InvitéEt un second paru chez libĂ©, if u please:
Frédéric Grimaud : «On fragilise les enseignants, donc ils ont plus tendance à accepter des formes de subordination»
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/frederic-grimaud-on-fragilise-les-enseignants-donc-ils-ont-plus-tendance-a-accepter-des-formes-de-subordination-20240901_5RCZOFUDRRHZRBG4GVQ2C5SH7U/(Sur-ce, je vous laisse en paix – les premier.es beaux/belles gosses dâathlĂštes iron man sont en passe dâarriver)
Ă + dans lâbus, comme dit Flo.
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Carpentier
Invitéutopie or not utopie?
aimerais bien lire la derniĂšre chronique de Preciado, merci.
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/je-suis-desesperement-a-la-recherche-dune-utopie-par-paul-b-preciado-20240913_U5BUNMICIFEQTGL2UMMLKRZPKM/-
Carpentier
Invitépas retombĂ©e sur lâintegral 2 en thread , dĂ©so
– voici le texte que j’aimerais lire entier, merci
«La Belle et la BĂȘte» de Jul refusĂ©e par lâĂ©ducation nationale : «Il y a une scĂšne oĂč le pĂšre paraĂźt ivre. Est-ce quâon censure un ouvrage pour ça ?»
https://www.liberation.fr/societe/la-belle-et-la-bete-de-jul-refusee-par-leducation-nationale-il-y-a-une-scene-ou-le-pere-parait-ivre-est-ce-quon-censure-un-ouvrage-pour-ca-20250321_IKS47Z7FORF4FDJSAB25VABC4E/-
Carpentier
InvitéAprĂšs la polĂ©mique, «la Belle et la BĂȘte» version Jul sortira mi-juin
Quelques lignes accessibles en intégral:
https://www.liberation.fr/culture/livres/apres-la-polemique-la-belle-et-la-bete-version-jul-sortira-mi-juin-20250324_MJ7O74RS2JAQBAR3CRQK7TY3U4/
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Graindorge
InvitéCode de la voirie routiĂšre
ReplierPartie législative (Articles L111-1 à L173-3)
ReplierTITRE II : Voirie nationale. (Articles L121-1 Ă L123-8)
ReplierChapitre II : Autoroutes. (Articles L122-1 Ă L122-33)
Section 1 : Dispositions générales. (Articles L122-1 à L122-5)article L122-4
Version en vigueur depuis le 23 février 2022
ModifiĂ© par LOI n°2022-217 du 21 fĂ©vrier 2022 – art. 193
« , sous condition stricte de leur nĂ©cessitĂ© ou de leur utilitĂ©, impliquant l’amĂ©lioration du service autoroutier sur le pĂ©rimĂštre concĂ©dĂ©, une meilleure articulation avec les rĂ©seaux situĂ©s au droit de la concession afin de sĂ©curiser et fluidifier les flux de trafic depuis et vers les rĂ©seaux adjacents Ă la concession et une connexion renforcĂ©e avec les ouvrages permettant de desservir les territoires, ainsi que de leur caractĂšre accessoire par rapport au rĂ©seau concĂ©dĂ©. Ces ouvrages ou ces amĂ©nagements peuvent porter sur des sections Ă gabarit routier ayant pour effet de fluidifier l’accĂšs au rĂ©seau autoroutier. Leur financement ne peut ĂȘtre couvert que par une augmentation des tarifs de pĂ©ages, raisonnable et strictement limitĂ©e Ă ce qui est nĂ©cessaire. Le cas Ă©chĂ©ant, l’Etat, les collectivitĂ©s territoriales concernĂ©es et les personnes publiques ou privĂ©es intĂ©ressĂ©es peuvent, Ă titre exceptionnel, apporter des concours. »
Y’a bien des avocats dans la bande qui pourraient trouver la/les failles pour ne pas permettre ce projet. Moi je suis ignorante mais je lis  » SOUS CONDITION STRICTE DE LEUR NĂCESSITĂ OU DE LEUR UTILITĂ. 90% des gens disent que c’est NI nĂ©cessaire NI utile… ALORS, QUOI? Ils sont pĂ©nibles ces bandits! Et au gars d’Atosca, lui dire que le dormeur du val 2023 est un blaireau, ne lui fera pas lever le nez de son carrĂ© d’agneau aux herbes de provence et ses p’tits lĂ©gumes. Il faut des avocats et autres gens de lois. Merci CĂ©line et Carpentier -
François Bégaudeau
Maßtre des clésmerci aussi
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Graindorge
InvitéNota bene: « Yâa bien des avocats dans la bande » je parlais bien sĂ»r de la bande de toutes les personnes qui sont sur place et ailleurs pour agir contre cette autoroute.
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Carpentier
Invitéđ jâaimerais bien lire cet article en intĂ©gral car sâil chatouille quelque peu cette saloperie française quâest la pĂ©dagogie infinie, je crois que je vais aimer ça: je sais, itâs not cool to be unkind, Carpentier.
https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/04/23/la-fresque-du-climat-invisibilise-les-racines-politiques-et-ideologiques-du-rechauffement_6170675_3232.html-
Céline
InvitéDĂBATS
« La Fresque du climat invisibilise les racines politiques et idéologiques du réchauffement »
CHRONIQUEStéphane Foucart
Comme des centaines de milliers de Français, les journalistes du « Monde » ont suivi lâatelier de formation aux enjeux du dĂ©rĂšglement. En se focalisant sur ses aspects techniques, lâexercice minimise sa dimension politique, estime StĂ©phane Foucart dans sa chronique.
Comme des centaines de milliers de Français, les journalistes du Monde ont commencĂ© Ă suivre, ces derniĂšres semaines, la formation sur le changement climatique créée par CĂ©dric Ringenbach en 2015, la Fresque du climat. Câest un atelier ludique et pĂ©dagogique dâenviron trois heures, au cours duquel le formateur (le « fresqueur ») guide les participants (les « fresquĂ©s ») dans un jeu de cartes dont lâobjectif est de comprendre les causes et les consĂ©quences du dĂ©rĂšglement climatique. Chaque carte incarne un Ă©lĂ©ment du phĂ©nomĂšne et doit ĂȘtre placĂ©e aprĂšs les cartes reprĂ©sentant ce qui le cause, et avant celles figurant ses consĂ©quences.
SchĂ©matiquement, la carte « combustion de ressources fossiles » est placĂ©e aprĂšs la carte « activitĂ©s humaines », mais avant la carte « émissions de gaz Ă effet de serre ». Câest logique : les activitĂ©s humaines sont Ă lâorigine de la combustion du gaz, du pĂ©trole et du charbon, cette combustion Ă©tant elle-mĂȘme une cause des Ă©missions de carbone. En une quarantaine de cartes se compose ainsi un panorama du problĂšme climatique â une fresque, donc â qui se comprend facilement et sâembrasse dâun coup dâĆil.
Du bilan radiatif de la Terre Ă lâacidification des ocĂ©ans, des impacts du carbone atmosphĂ©rique sur la vie marine et les Ă©cosystĂšmes terrestres Ă ceux sur lâagriculture, la Fresque du climat donne Ă peu prĂšs tout Ă comprendre de la question. Et, Ă la fin de lâatelier, le « fresqueur » prĂ©sente aux participants des affichettes indiquant Ă chacun lâempreinte carbone moyenne de ses activitĂ©s les plus fondamentales (transport, chauffage, alimentationâŠ) et met ainsi chacun face Ă ses responsabilitĂ©s.
Une approche « neutre et objective »
Alors quâun sondage (Ipsos/EDF) publiĂ© fin 2022 sur le sujet suggĂšre que 37 % des Français demeurent climatosceptiques, nul ne saurait contester lâutilitĂ© de la Fresque. Dâautant que celle-ci fonde sa crĂ©dibilitĂ© sur une approche « neutre et objective », appuyĂ©e sur le consensus scientifique le plus solide : une fois sorti de formation, on ne peut quâĂȘtre convaincu, et de la taille, et des causes humaines du problĂšme, comme du risque existentiel quâil y aurait pour les sociĂ©tĂ©s humaines Ă ne pas sâen prĂ©occuper.
La Fresque a cependant les dĂ©fauts de ses qualitĂ©s. Pour pouvoir se targuer de neutralitĂ© et dâobjectivitĂ©, elle nâaborde le rĂ©chauffement que sous son aspect technique. Elle en fait un problĂšme physico-chimique, une question de sciences naturelles. Elle invisibilise de ce fait ses racines politiques et idĂ©ologiques et prend ainsi le risque de diffuser, en creux, deux idĂ©es dangereuses.
La premiĂšre est celle du caractĂšre performatif du savoir : produire et diffuser de la connaissance sur un problĂšme reviendrait Ă le rĂ©soudre. Cette idĂ©e, trĂšs rĂ©pandue dans le monde savant, a notamment prĂ©sidĂ© Ă la crĂ©ation du Groupe dâexperts intergouvernemental sur lâĂ©volution du climat (GIEC), en 1988. Or, on le voit, le cĂ©lĂšbre panel scientifique a permis de consolider, de synthĂ©tiser et de diffuser la connaissance sur le rĂ©chauffement auprĂšs des dĂ©cideurs, mais cette connaissance accumulĂ©e ne sâest pas traduite par une diminution des Ă©missions de gaz Ă effet de serre.
Quant Ă la seconde, elle fait accroire que, le rĂ©chauffement nâayant pas de racines idĂ©ologiques bien identifiĂ©es, sa rĂ©solution ne tient quâĂ une sĂ©rie de mesures techniques solubles dans tout projet politique. Il y aurait des solutions de droite, de gauche, des solutions libertariennes ou nĂ©olibĂ©rales, nĂ©ofascistes ou sociales-dĂ©mocrates.
Dérive oligarchique du néolibéralisme
Vouloir explorer les causes profondes du changement climatique, câest au contraire accepter dâaller bien au-delĂ des sciences naturelles. Câest accepter de se frotter Ă des questions politiques, par exemple sâinterroger sur les modalitĂ©s de la crĂ©ation monĂ©taire et du financement des Ă©conomies, sur la sacralisation du marchĂ© et de la croissance, sur la fĂ©tichisation de lâinnovation technique, sur le mĂ©pris de la condition animale, sur le rapport Ă lâoisivetĂ©, sur la dĂ©rive oligarchique du nĂ©olibĂ©ralisme, sur les effets environnementaux de la diffĂ©renciation socialeâŠ
Les exemples rĂ©cents de dĂ©politisation de lâenjeu climatique ne manquent pas. Le 11 avril, Ă lâAssemblĂ©e nationale, le ministre de la transition Ă©cologique, Christophe BĂ©chu, dĂ©clarait : « Le dĂ©rĂšglement [climatique] est une rĂ©alitĂ© qui nâest pas politique, mais qui est naturelle. Cessez dâen faire des objets de polĂ©mique ! » Deux jours plus tard, le journaliste et animateur Hugo ClĂ©ment, devenu une figure du mouvement environnementaliste en France, dĂ©battait avec Jordan Bardella (RN) Ă lâinvitation du magazine dâultradroite Valeurs actuelles. Il sâest immĂ©diatement attirĂ© une tempĂȘte de critiques, lui objectant quâil risquait de servir de caution verte Ă un parti dâextrĂȘme droite dont le systĂšme de valeurs le rend ontologiquement incapable de rĂ©pondre Ă la crise environnementale.
A lâinverse, lâĂ©mergence du mouvement Scientifiques en rĂ©bellion montre quâune part de la communautĂ© savante ne se satisfait plus du rĂŽle pĂ©dagogique auquel elle sâĂ©tait assignĂ©e. Le temps nâest plus seulement Ă expliquer la science du rĂ©chauffement â comme le fait la Fresque du climat â, mais Ă la prise de position, voire Ă lâaction politique.
MĂȘme la climatologue ValĂ©rie Masson-Delmotte, coprĂ©sidente du groupe 1 du GIEC, qui a toujours eu le souci dâĂȘtre apolitique, factuelle, prudente et mesurĂ©e dans son expression publique, est intervenue, le 12 avril, Ă la soirĂ©e de soutien aux SoulĂšvements de la Terre â mouvement dont le ministre de lâintĂ©rieur, GĂ©rald Darmanin, cherche la dissolution. Le temps est certainement venu, pour les concepteurs de la Fresque du climat, de rĂ©flĂ©chir Ă un second volet de leur cĂ©lĂšbre atelier.
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Céline
InvitéIl y a aussi lâarticle de Reporterre : Fresque du climat : le jeu qui plaĂźt au CAC 40.
Mais je nâarrive pas Ă mettre le lien. Il est facile Ă trouver.-
Carpentier
Invitéđ đ
+ je file en mode đ§ chez reporterre juste aprĂšs -
Carpentier
InvitéLe voici:
https://reporterre.net/Fresque-du-climat-le-jeu-qui-plait-au-Cac40
Merci pour me l’avoir signalĂ©, les 2 articles illustrent parfaitement la devise irritante et faussement unifiante qu’a de plus en plus en bouche ma mĂšre, elle vieillit c’est un fait: benh, il y a du pour et du contre.
Ma fille a eu l’occasion de l’utiliser (la fresque pas sa grand mĂšre), appareillĂ©e Ă une session de prĂȘts de micro-capteurs pour mesurer la qualitĂ© de l’air; c’Ă©tait lors d’un atelier pro qu’elle animait dans une commune.
Elle m’en avait parlĂ© comme d’un support adĂ©quat et plutĂŽt efficace pour capter l’intĂ©rĂȘt de personnes de tout Ăąge.
Maintenant j’en sais plus, et je me laisserai volontiers fresquer si je croise ce jeu.-
Céline
InvitéSe laisser fresquer par des fresqueurs auto entrepreneurs.
Et individuellement on se demandera comment politiser tout çaâŠ
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Jojojo
InvitéFormation obligatoire Ă la fresque du climat faite dans mon entreprise.
MĂȘme constat : trĂšs dĂ©taillĂ© et préçis sur les consĂ©quences, j’ai appris plein de choses; puis vient le moment de « maintenant qu’est qu’on fait quoi ? » (comme dirait Sophie) Et lĂ c’est la dĂ©bandade, on nous demande de rĂ©flĂ©chir exclusivement Ă l’Ă©chelle individuelle.-
Carpentier
InvitéUne formation obligatoire? eh eh
Nous c’Ă©tait en compĂ©tences psychosociales.
Tu crois qu’ils nous ouvrent un casier si on refuse d’aller Ă ces trucs et qu’on se perche en haut de l’obĂ©lisque?
Tu travailles dans quel secteur?-
Jojojo
InvitéEncore plus pernicieux, dans ma boĂźte câest en premier lieu des employĂ©s qui ont poussĂ©s pour « jouer » Ă la fresque sur base du volontariat entre 12 et 14. Puis comme ça marchait bien, et comme ça peut faire joli sur les rapports RSE et surtout de puisque que ça ne remet rien en cause sur notre modĂšle de dĂ©veloppement, a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© dâen faire une formation obligatoire.
Cybersécurité et toi ?
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Carpentier
InvitéEn centre pĂ©nitentiaire.
Enfin, presque, dans l’Ăducation.
Ouais, blague cynique, ça va, elle passe?
Je me demande du coup si le personnel des prisons suit des formations CSP comme disent leurs préconisateurs.
Dans nos deux cas, il s’agit de formation obligatoire trĂšs transversale et j’ai la faiblesse de les relier toutes deux Ă une sorte de paternalisme au travail, de rĂ©-Ă©ducation des salariĂ©.es, faute qu’on en ait bĂ©nĂ©ficiĂ© en formation initiale.
Enfin, dans l’esprit des commerciaux en formation.
Quelle manne ce secteur aussi.
Les contenus de nos deux formations en exemple ont leurs petits aujourd’hui dans les programmes scolaires, chaque ‘ problĂšme de sociĂ©tĂ© ‘ vient alourdir les obligations et quantitĂ©s de savoirs Ă transmettre aux fameux apprenants, y compris dans le domaine pĂ©riscolaire, l’animation tout ça.
Mais je suis peut-ĂȘtre confuse.
Dans mon domaine pro, on manque plus simplement de candidats, d’Ă©nergie et de dĂ©sir pour les mĂ©tiers de l’Ă©ducation au sens large.
Du coup, maintenant que te voilĂ inform, tu manges moins de fraises aux fĂȘtes de fin d’annĂ©e et tu Ă©teins tes lumiĂšres en parodiant le c’est pas Versailles ici?-
Carpentier
InvitéCPS pardon, pour compĂ©tences psychosociales donc.
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Graindorge
InvitéBon. C’est super. Y’a plein de gens hautement plus intelligents et douĂ©s que moi dans ce Forum pour s’occuper de ce sujet d’autoroute donc je m’en retire. Ce matin j’avais quand mĂȘme laissĂ© un message audio Ă la radio San Borondon pour leur expliquer et leur demander si ils avaient des documents sur les contrats espagnols d’otorgation d’autoroutes pour comparer avec les documents français que vous devez avoir. Si rĂ©ponse.s , je transmettrai et ça sera ma derniĂšre participation sur ce sujet. Et basta.
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Carpentier
InvitéJe lirai cela avec plaisir ma petite Grainedamour đ€
Pour lâinstant, est attendu surtout -pour quand il sera dĂ©grisĂ© – un texte de Julien Barthes, dans le topic â luttes â.
Pour lâarticle sur les textes proposĂ©s en Ă©criture Ă des auteur.es plutĂŽt quâaux journalistes de libĂ©, je trouve que ça fait mini rĂ©sidence en quelque sorte, un peu – en gros – comme le collectif Othon auquel appartient François et qui, jusquâĂ aujourdâhui, Ă commis un Ă Valenciennes et un Ă Arles.
Et je serai curieuse de lire dâautres Ă©crivain.es. pour voir qui et comment il ou elle produit un texte plus Ă©conomique et/ou juridique peut- ĂȘtre, oui.
On verra si les lignes de Julien Barthes contiennent un peu de ses donnĂ©es ou si elles sâorientent sur un seul thĂšme.
CâĂ©tait Ă©galement lâoccasion dâouvrir un topic dĂ©diĂ© aux demandes dâarticle en entier, quand on est abonnĂ© et quâon veut bien/sait partager et/ou copier/coller.
Quant Ă chasser de lâintelligence Ă Ă©valuer, bah, je vois pas vraiment pourquoi cette blague.
Jâaime bien otorgation, pas fait dâespagnol en formation initiale mais toujours aimĂ© en entendre avec les yeux ou les oreilles.
Tu nous parleras de quoi ici aprĂšs alors?-
Carpentier
Invité* et voilĂ que ma tablette sâengouffre dans le petit bout de pouvoir quâelle peut prendre et aligne mon premier a sur les 2 autres avec un accent đ
* a commis un Ă V et un Ă A, non mais. -
Graindorge
InvitéCe « grainedamour » n’est pas sincĂšre mais c’est mignon.
Faut juste enlever « ma » et  » petite »-
Carpentier
InvitéJ’aime sincĂšrement beaucoup l’orge de printemps dont on fait la biĂšre.
Et on dira que c’est en souvenir de l’amoureusement saluant les notes du Prince, Grainedamour đ€
Quant Ă la sincĂ©ritĂ©, elle est dans beaucoup de ce que je fais, y compris quand j’embrouille, en revanche elle peut ĂȘtre de courte durĂ©e au profit d’un nouveau sentiment selon la situation, ce qu’on me dit, ce qu’on fait.
Puisqu’on est ici, je me dis par exemple sincĂšrement tout de suite que c’est peut-ĂȘtre pas une si bonne idĂ©e ce topic.
Peut-ĂȘtre que demander un article dans le topic en lien avec ce dont il parle Ă priori est prĂ©fĂ©rable ?
Sauf qu’on ne peut anticiper sur son contenu et qu’on ne peut ouvrir autant de topic qu’il n’y a d’article qu’on voudrait lire.
Bref, me voilĂ sincĂšrement perdu dans un questionnement stĂ©rile maintenant qu’il est ouvert.
Ton post avec hautement plus intelligents m’a sincĂšrement dĂ©viĂ© du mood avec lequel je venais lire ce que tu voulais bien apporter ici.
Bon, fermeture de ce ban en ce qui me concerne.
đ»-
Graindorge
InvitéProsit!
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Carpentier
InvitéTronquĂ©, ceci m’intĂ©resse dĂ©jĂ beaucoup, j’aimerais vĂ©rifier si ce qui est cachĂ© est au niveau đ:
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/biodiversite-les-naturalistes-entrent-en-lutte-20230423_CN5INTFDQJEBNB6MMNRGU2LDYQ/ -
Carpentier
Invitébis –
Elle est gourmande, Carpentier, va falloir faire une cagnotte Leetchi pour un abo, putain
https://www.liberation.fr/environnement/climat/plutot-que-travailler-plus-il-faut-travailler-autrement-a-laune-du-dereglement-climatique-20230425_I62C2MW7VNGYJNX5LUP4U5FUGM/
đ Crois bien qu’ils vont nous faire tous bosser de nuit, ces cons đ-
Maud
InvitéJe suis dĂ©solĂ©e Carpentier j’ai annoncĂ© en grande pompe avoir gagnĂ© un abonnement d’un mois la semaine derniĂšre mais c’est un abonnement Ă la version papier en numĂ©rique (?!), comme via PrĂ©au… Bref le truc impartageable si ce n’est par photo.
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Sarah G
InvitéTu ne peux pas partager via le site? car normalement quand on est abonnĂ© numĂ©rique, on peut lire le journal papier en version numĂ©rique mais on a accĂšs aussi au site internet.
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Carpentier
Invitépas grave, merci đ pas vital non plus, je vais chercher sur d’autres espaces d’infos
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Maud
InvitéSĂ»re et certaine. Autant dire que leur version illisible, je l’ai parcourue deux fois et basta.
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Céline
InvitéInterview
«PlutĂŽt que travailler plus, il faut travailler autrement Ă lâaune du dĂ©rĂšglement climatique»Le Conseil Ă©conomique, social et environnemental recommande, dans un avis consultĂ© en exclusivitĂ© par «LibĂ©ration», dâadapter lâorganisation des entreprises aux canicules pour protĂ©ger la santĂ© physique et psychique des travailleurs, aujourdâhui un «angle mort». Il prĂŽne notamment un arrĂȘt des chantiers en cas de forte chaleur dĂšs cet Ă©tĂ©.
ProblĂšmes dâattention, malaises, coups de chaleur mortels, exposition Ă davantage de pollution⊠Travailler sous des chaleurs caniculaires multiplie les risques pour les salariĂ©s. Les secteurs du bĂątiment, des travaux publics, de lâagriculture, des transports, des secours et de la sĂ©curitĂ© civile sont en premiĂšre ligne. Mais lâensemble des travailleurs est concernĂ©, avec parfois des consĂ©quences peu connues, avertit le Conseil Ă©conomique, social et environnemental (Cese), ce mardi 25 avril, dans un avis (1) qui votĂ© Ă lâunanimitĂ© dans lâaprĂšs-midi. Jean-François Naton, rapporteur du texte et reprĂ©sentant CGT, et Sophie ThiĂ©ry, prĂ©sidente de la commission travail-emploi et reprĂ©sentante CFDT, invitent les entreprises et le secteur public Ă se saisir du problĂšme et Ă adapter lâorganisation du travail pour y faire face.
Lier santé au travail et changement climatique, est-ce encore un impensé en France ?
Jean-François Naton : Le Cese a voulu anticiper sur ce sujet avant quâil ne devienne majeur. Nos travaux vont participer Ă la prise conscience de lâinĂ©luctabilitĂ© du dĂ©rĂšglement climatique et donc de la nĂ©cessitĂ© absolue de rĂ©interroger le travail, les situations de travail, et dâinventer des maniĂšres de travailler autrement.
Sophie ThiĂ©ry : LâactualitĂ© de 2022, marquĂ©e par plusieurs canicules, a montrĂ© que les conditions de travail sont directement touchĂ©es par le changement climatique. Cela concerne tous les travailleurs. Il y a des mĂ©tiers plus affectĂ©s, ceux qui se pratiquent Ă lâextĂ©rieur, mais le problĂšme se pose aussi dans les bureaux, les hĂŽpitaux, les entrepĂŽts⊠La plupart des risques, prĂ©existants, sont accentuĂ©s, vont gagner de lâampleur avec le changement climatique. Nous avons fait le choix de prendre les canicules comme fil rouge. On entend beaucoup parler de transition Ă©cologique, mais cela reste gĂ©nĂ©ral, nous voulions Ă©tudier un cas pratique. Au dĂ©but de notre rapport, nous publions dâailleurs un tableau simplifiĂ© des risques identifiĂ©s par lâAnses. Câest un outil pour inciter les acteurs Ă prendre ce sujet-lĂ en main. Nous sommes dans une volontĂ© de passage Ă lâaction, concrĂšte et rapide.
A quel point le changement climatique complique-t-il les choses pour les travailleurs ?
S.T. : La tempĂ©rature excessive peut entraĂźner des malaises, des coups de chaleur parfois mortels, mais aussi favoriser la prolifĂ©ration dâinsectes vecteurs de maladie. Pour les travailleurs du secteur forestier, câest dĂ©jĂ un vrai problĂšme avec les tiques : les Ă©quipements protĂšgent des insectes ou de la chaleur, mais pas des deux. Par ailleurs, les nuits chaudes Ă rĂ©pĂ©tition, pendant les canicules, ne permettent pas de bien dormir, cela crĂ©e des tensions fortes au sein des Ă©quipes et dans les liens avec le public, patients ou clients. Il y a une augmentation du risque de conflictualitĂ©. Nous avons menĂ© une Ă©tude en fĂ©vrier et avons Ă©tĂ© effarĂ©s de la quantitĂ© de retours sur la maniĂšre dont le travail est affectĂ©. Les jardiniers, par exemple, travaillent sous une chaleur incroyable avec des produits dont la volatilitĂ© est plus importante en cas de forte chaleur. Certains enseignants donnent des cours dans des classes sans rideaux aux fenĂȘtres pour les protĂ©ger du soleil. Beaucoup de gens se retrouvent dans des situations assez extrĂȘmes et il nây a pas de dispositifs pensĂ©s pour gĂ©rer ce genre de problĂšmes dans les administrations ou les entreprises.
J.-F. N. Nos travaux ont rĂ©vĂ©lĂ© que, pour la plupart des produits chimiques (solvants, peinturesâŠ), la rĂ©action aux chaleurs extrĂȘmes nâavait pas Ă©tĂ© analysĂ©e. Nous prĂ©conisons donc de mettre des moyens supplĂ©mentaires dans la recherche car on nâa pas, ou trĂšs peu, de connaissance sur les modifications molĂ©culaires et les effets cocktails auxquels les travailleurs sont exposĂ©s lorsquâils utilisent des produits sous 45 °C voire plus. Autre chose importante : la chaleur rĂ©vĂšle aussi lâindividu. Une chaleur Ă 35 °C peut ĂȘtre supportable pour certains mais intenable pour dâautres. Il faut sâadapter Ă chacun. LâĂąge joue aussi, on est moins rĂ©sistant Ă 64 ans quâĂ 24 ans. Câest pourquoi nous ne prĂ©conisons pas de seuil limite de tempĂ©rature Ă partir duquel il faudrait arrĂȘter de travailler. Cela dĂ©pend de la personne, ce qui impose du dialogue social, des nĂ©gociations dans chaque branche, entreprise, et de prendre en compte des situations particuliĂšres de travail. Une lĂ©gislation globale nâest peut-ĂȘtre pas la meilleure solution. Par ailleurs, les travailleurs ont beaucoup fait remonter leurs difficultĂ©s Ă rĂ©cupĂ©rer aprĂšs un Ă©pisode de chaleur. Il va falloir repenser lâorganisation du travail. Cela aurait pu ĂȘtre le dĂ©bat dâune vraie rĂ©forme des retraites : plutĂŽt que travailler plus, il faut travailler autrement Ă lâaune du dĂ©rĂšglement climatique.
Est-ce quâon observe dĂ©jĂ plus de mortalitĂ© au travail Ă cause du changement climatique en France ?
J.-F. N. En 2020, pendant la canicule, il y a eu sept dĂ©cĂšs attribuĂ©s Ă la chaleur, mais il nây a pas eu de remontĂ©es dâinformations exhaustives des malaises, morts au travail. Selon tous les experts que nous avons auditionnĂ©s, câest beaucoup plus. Il faut une meilleure comptabilitĂ©, dĂšs cet Ă©tĂ©, des effets sur la santĂ© en termes de surmortalitĂ©.
ST : Il y a beaucoup de malaises et de risques pour la santĂ© mentale en temps de canicule, mais ces situations ne sont pas assez dĂ©clarĂ©es. Il y a un vrai enjeu dâidentification, de classification des origines des pathologies. Aujourdâhui le sujet environnemental est un peu un angle mort. Par ailleurs, on parle de chaleur mais de maniĂšre gĂ©nĂ©rale les Ă©vĂ©nements extrĂȘmes provoquent des risques supplĂ©mentaires, dans lâagriculture, lâindustrie, le BTPâŠ
Votre rapport donne quelles pistes pour sâadapter (amĂ©nagement du temps de travail, recours au tĂ©lĂ©travail, rĂ©volution du bĂątiâŠ) et avertit sur lâusage de la climatisationâŠ
J.-F. N. Câest le grand dĂ©fi que nous devons relever : lâadaptation ne doit pas rajouter de la crise Ă la crise. Il faut que les solutions mises en Ćuvre attĂ©nuent le dĂ©rĂšglement climatique. Or la climatisation, trĂšs consommatrice dâĂ©nergie, rajoute des Ă©missions de gaz Ă effet de serre. Est-ce quâelle doit ĂȘtre la solution Ă tout ? Cela demande de la recherche, des lieux de rencontre entre la science, les partenaires sociaux, les dirigeants, pour transformer les situations de travail. Sinon, on aura tout faux.
Le manque de sommeil, Ă cause de la chaleur ou dâhoraires de nuit pour adapter le travail Ă lâextĂ©rieur, peut aussi peser sur les travailleurs, il faudra accepter dâĂȘtre moins productifs ?
J.-F. N. Du moins, le dĂ©bat sur le ralentissement du travail monte. Mais cela ne signifie pas forcĂ©ment que la productivitĂ© sera moins bonne. Il y a la question de reprendre le temps de bien faire son travail, câest un dĂ©fi dâorganisation.
Vous recommandez dâintĂ©grer le risque canicule dans les intempĂ©ries pour le BTP, ce nâest pas dĂ©jĂ le cas ?
J.-F. N. Non, pas pour le moment. En hiver, en cas de neige, gel, grand vent, les travaux peuvent ĂȘtre arrĂȘtĂ©s. Nous prĂ©conisons que cela soit mis en place pour les canicules dĂšs cet Ă©tĂ©. Câest une forme radicale de dire : «LĂ , ça nâest plus possible, on met en danger la santĂ© des travailleurs». LĂ aussi, les tempĂ©ratures limites devront ĂȘtre dĂ©finies au cas par cas.
On peut améliorer la stratégie de prévention ?
ST : Oui. Aujourdâhui, il existe plusieurs principes de prĂ©vention, dont lâidentification de tous les risques et le fait de veiller au respect des consignes par les travailleurs⊠Mais dans cette politique, les travailleurs ne sont pas consultĂ©s sur la façon dont ils vivent leur travail. Nous proposons donc un nouveau principe «dâĂ©coute des salariĂ©s» pour mieux maĂźtriser les risques. Il faut quâon les entende dire si les conditions de travail sont bonnes, si le rythme est trop rapide ou pas assez, quelle est lâinfluence de lâenvironnement etc. Il faut aussi des formations, que les partenaires sociaux se saisissent de ces sujets-lĂ dans les entreprises, et une vraie ambition des dirigeants, des chefs de service, autant dans le secteur public que privĂ©.
Vous parlez aussi des risques pour la santĂ© mentale : lâĂ©coanxiĂ©tĂ© sâinvite au travail ?
ST : Oui. A notre grande surprise, dans les Ă©tudes, un tiers des travailleurs disent Ă©prouver de lâĂ©coanxiĂ©tĂ©. Ils sont bouleversĂ©s par le dĂ©rĂšglement climatique mais ont lâimpression quâils ne peuvent pas agir contre. Le travail peut renforcer ce sentiment Ă cause du dĂ©calage entre les promesses de lâemployeur et les actions rĂ©elles, il faut plus de cohĂ©rence. Les entreprises peuvent permettre aux travailleurs dâagir pour lâenvironnement, cela peut aider Ă rĂ©duire lâĂ©coanxiĂ©tĂ©, avec des formations telles que les fresques pour le climat, des programmes dâintĂ©rĂȘt public et une application des valeurs environnementales jusque dans le cĆur de leur activitĂ©. Depuis la loi climat, les entreprises doivent informer le CSE sur leur impact environnemental. Mais cette obligation pourrait ĂȘtre Ă©tendue : elles pourraient le consulter sur les consĂ©quences environnementales des orientations stratĂ©giques.
J.-F. N. Lâentreprise et le secteur public sont des lieux de socialisation. Si le travail est la cause de ce que nous subissons, il doit aussi ĂȘtre la solution.
(1) «Travail et santé-environnement : quels défis à relever face aux dérÚglements climatiques ?»
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Carpentier
Invitéđ
jâai dâabord pensĂ© tâaccuser rĂ©ception avec un gif (mais non pas une gifle, non) mais je nâai pas trouvĂ© comment insĂ©rer ce contenu-image animĂ©e dans le champ rĂ©servĂ© au post.On retrouve entre autres, dans cet article, lâoutil fresque sur le climat, quâon va manger par tous les bouts comme lâexplique bien jojojo.
En vrai, la lĂ©gislation dans le code du travail est Ă jour sur le plan des situations de fortes chaleurs et canicules mais, comme toujours, elle doit ensuite ĂȘtre affinĂ©e dans ses applications, mĂ©tier par mĂ©tier, et cela ne peut se faire que si les concernĂ©s racontent, demandent, expliquent et lachent pas lâaffaire.
LĂ encore, les frĂšres et sĆurs qui vivent sur des territoires oĂč ils cuisent peuvent nous inspirer dans la pratique et en Ă©change, on filtre avec des articles dâapplications des lois: changement dâhoraires de travail, rĂ©partition plus sĂ©quencĂ©es du temps de travail en le partageant plus, rythmes de forme et dĂ©sirs individuels Ă Ă©couter ( quand certains prĂ©ferent bosser de nuit, par exemple).
Puis-je tout de mĂȘme formuler un vĂ©to pour que lâutilisation des outils btp noisy soit, si possible, privilĂ©giĂ©e en journĂ©e? đ
Au moins jusquâĂ ce que Ju Ba et ses copains fassent jurisprudence et quâon arrĂȘte de trouer et couler du bitume bien au delĂ dâune surface de 53 kms.
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Carpentier
Invité-
Dr Xavier
InvitéJ’ai essayĂ© plusieurs fois de poster le lien mais ça ne passe pas, tu trouveras la tribune sur le site de La Fabrique directement.
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Carpentier
InvitéMerci.
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Dr Xavier
InvitéVraiment bizarre ce lien refusĂ©…
Faut taper lafabrique POINT fr SLASH tribune_auteurs-
Carpentier
InvitéEt bien, figure-toi que jâai pas rĂ©ussi Ă choper quoi que ce soit Ă ce propos et oĂč que ce soit pour lâinstant.
LĂ , un peu tranquille, je vais rĂ©-essayer car, bizarrement, ça mâintĂ©resse bien.
Seul, le couronnement du petit de Madame reine ne peut expliquer/justifier/situer cela.-
Carpentier
Invité
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Carpentier
Invité-
Dr Xavier
InvitéChez les militants Ă©cologistes, la tentation du sabotage
Face Ă lâessoufflement des pĂ©titions ou des marches pour le climat, des dĂ©fenseurs de lâenvironnement font le choix de dĂ©truire ou de dĂ©grader des biens matĂ©riels au nom de lâurgence climatique.La menace, lancĂ©e il y a maintenant plus dâun mois, nâa toujours pas Ă©tĂ© mise Ă exĂ©cution. Le 28 mars, trois jours aprĂšs les affrontements violents, lors du rassemblement antibassine de Sainte-Soline (Deux-SĂšvres), le ministre de lâintĂ©rieur, GĂ©rald Darmanin, avait annoncĂ© sa volontĂ© de dissoudre Les SoulĂšvements de la Terre, mouvement Ă©cologiste co-organisateur de la manifestation, invoquant des « violences contre les forces de lâordre », mais aussi des « destructions de biens » ou encore des « appels Ă lâinsurrection ».
La dĂ©cision devait ĂȘtre prise par dĂ©cret, en conseil des ministres, Ă la mi-avril. Mercredi 3 mai, celle-ci nâavait pourtant toujours pas Ă©tĂ© annoncĂ©e. Un dĂ©lai nĂ©cessaire, explique-t-on au ministĂšre de lâintĂ©rieur, pour avoir un « dossier incontestable » et ne pas risquer lâinvalidation de cette dissolution par le Conseil dâEtat. Au-delĂ des enjeux politiques et juridiques soulevĂ©s par cette procĂ©dure, lâannonce de la Place Beauvau a donnĂ© un coup de projecteur tant au mouvement â qui voit depuis se multiplier les crĂ©ations de collectifs â, quâaux techniques de sabotage quâil revendique.
Si les militants nâont pas pu accĂ©der Ă la mĂ©gabassine de Sainte-Soline, le 25 mars, ils avaient dĂ©jĂ dĂ©truit des pompes et tuyaux de rĂ©servoirs dâeau, lors de prĂ©cĂ©dentes mobilisations. Ailleurs en France, dâautres militants Ă©cologistes multiplient ces actions directes depuis des mois, quâil sâagisse de pneus de SUV dĂ©gonflĂ©s, de trous de golf bouchĂ©s au bĂ©ton, de cimenteries dĂ©gradĂ©es. Si elle continue Ă faire dĂ©bat, la destruction ou la dĂ©gradation de biens matĂ©riels au nom de lâurgence environnementale est dĂ©sormais pratiquĂ©e par de nombreux militants, alors que les marches pour le climat et les pĂ©titions sâessoufflent.
A mesure que la crise climatique sâaggrave, et face Ă ce quâils considĂšrent comme une « inaction », voire une « action climaticide » du pouvoir, beaucoup ciblent directement ceux quâils estiment responsables du dĂ©sastre Ă©cologique : les industries polluantes et les citoyens les plus riches. « Il est lĂ©gitime de tenter de mettre hors service un systĂšme qui nous met en danger, revendique LĂ©a (qui prĂ©fĂšre taire son nom de famille), documentaliste parisienne et membre dâExtinction Rebellion. On se rĂ©approprie le droit de se dĂ©fendre, car lâEtat ne le fait pas ou, pire, encourage ce systĂšme. »
Une « prévention de la mort »
« Les superyachts, jets privĂ©s, SUV, centrales au charbon ou gazoducs tuent des gens », en Ă©mettant de grandes quantitĂ©s de gaz Ă effet de serre, responsables du rĂ©chauffement climatique, argumente Andreas Malm, professeur associĂ© Ă lâuniversitĂ© de Lund (SuĂšde), qui Ă©tait prĂ©sent Ă Sainte-Soline. « Câest donc une forme de rĂ©duction des dommages et de prĂ©vention de la mort que de les dĂ©truire », dit lâauteur de Comment saboter un pipeline (La Fabrique Ed., 2020), un ouvrage de rĂ©fĂ©rence chez les militants.Le recours aux dĂ©gradations matĂ©rielles a pourtant longtemps divisĂ© le mouvement. En 2018, au lancement des grĂšves pour le climat, beaucoup de militants y Ă©taient rĂ©ticents, par crainte de sâaliĂ©ner une partie de lâopinion publique. Lâenjeu principal Ă©tait alors de recruter le plus de participants possible. La tolĂ©rance envers cette forme de violence sâest ensuite accrue, « alors que le mouvement sâest recentrĂ© sur son pĂŽle plus radical et face Ă lâincapacitĂ© des marches Ă produire des changements politiques importants », explique Maxime Gaborit, doctorant Ă Sciences Po, spĂ©cialiste des mouvements sociaux.
Des divergences demeurent sur lâusage du sabotage et surtout sur sa dĂ©finition et son pĂ©rimĂštre. « Câest une pratique Ă©volutive et fluctuante selon les Ă©poques, les acteurs. Elle est prise dans des conflits pour la dĂ©finir », explique François Jarrige, historien et maĂźtre de confĂ©rences Ă lâuniversitĂ© de Bourgogne.
Cette pratique â dont lâĂ©tymologie renvoie aux sabots qui mettaient les machines hors service â sâinscrit dans une longue histoire, qui dĂ©bute au XVIIIe siĂšcle. « Les travailleurs sâen prenaient aux outils de production, mĂ©tiers Ă tisser ou machines, pour appuyer leurs revendications sociales face aux patrons », relate lâhistorien. Le mot « sabotage » fait ensuite rĂ©fĂ©rence aux actes des rĂ©sistants pour sâopposer aux nazis pendant la seconde guerre mondiale, avant de connaĂźtre un nouvel essor, dans les annĂ©es 1970, lors des luttes antinuclĂ©aires, puis dans les annĂ©es 2000 avec les « faucheurs volontaires » dâOGM.
DĂ©sormais, cette action est dĂ©finie dans le code pĂ©nal par « le fait de dĂ©truire, dĂ©tĂ©riorer ou dĂ©tourner tout document, matĂ©riel, Ă©quipement (âŠ) de nature Ă porter atteinte aux intĂ©rĂȘts fondamentaux de la nation » et est sanctionnĂ©e jusquâĂ quinze ans de prison et 225 000 euros dâamende.
Mais la jurisprudence pourrait Ă©voluer, selon plusieurs juristes. « Au dĂ©but des dĂ©crochages du portrait dâEmmanuel Macron dans les mairies, les juges estimaient que ces âvolsâ constituaient une infraction grave, rappelle Alexandre Faro, avocat de Greenpeace. Cela a Ă©voluĂ©, certains tribunaux reconnaissant ensuite lâĂ©tat de nĂ©cessitĂ© ou invoquant la libertĂ© dâexpression. »
En se basant sur la dĂ©finition du code pĂ©nal, les militants de XR considĂšrent quâasperger de peinture la Fondation Louis Vuitton, comme ils lâont fait le 1er mai, ne constitue pas un sabotage. Les dĂ©gradations matĂ©rielles, Ă condition dâĂȘtre « lĂ©gĂšres et nĂ©cessaires », prennent davantage de place dans le rĂ©pertoire dâactions, reconnaĂźt LĂ©a, citant par exemple les distributeurs de billets « mis hors dâusage » en fĂ©vrier.
« Fauchage » et « démontage »
Nombre de militants prĂ©fĂšrent dĂ©sormais le terme « dĂ©sarmement », utilisĂ© par Les SoulĂšvements de la Terre. « Il y a un renversement de la responsabilité : avec le âdĂ©sarmementâ, ce ne sont plus les auteurs de sabotage qui sont hors la loi, mais lâEtat, les industriels ou les tenants de lâagriculture intensive quâil faut empĂȘcher de dĂ©truire le vivant », analyse Manuel Cervera-Marzal, chercheur Ă lâuniversitĂ© de LiĂšge (Belgique).VĂ©ronique Marchesseau, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne, coorganisatrice de la manifestation Ă Sainte-Soline, nâemploie pas non plus le mot « sabotage », qui « nâappartient pas au vocabulaire paysan ». « Quand nous fauchons des champs dâOGM, on parle de âfauchageâ, et quand nous dĂ©montons des McDo, des salles de traite ou des pompes parce que leur fonctionnement met en pĂ©ril lâexistence de lâagriculture paysanne, nous disons simplement âdĂ©montageâ », prĂ©cise-t-elle.
« A Greenpeace, on a dĂ©jĂ rĂ©alisĂ© de tels gestes, comme en 2010-2011, quand on avait dĂ©montĂ© des rails pour empĂȘcher des trains de matiĂšres radioactives de circuler, explique Jean-François Julliard, le directeur gĂ©nĂ©ral de Greenpeace France. On est en train dâessayer de redĂ©finir cette notion de mise hors dâusage, de dĂ©montage, car les actions de destruction sont devenues plus acceptables pour une grande partie des gens. » Cette question traverse toutes les associations, et a fait lâobjet dâune rĂ©union en avril avec Greenpeace, Les Amis de la Terre, Alternatiba, Attac ou encore Oxfam.
En revanche, pour les organisations qui, comme France Nature Environnement (FNE), refusent dâemployer tout mode dâaction illĂ©gal, la question ne se pose pas. « Nous nâencourageons pas Ă participer Ă ces initiatives de mise hors dâusage, car nous sommes pacifistes et lĂ©galistes. Mais on peut comprendre que des manifestants sâen prennent Ă des installations qui, pour beaucoup, ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©es illĂ©gales par la justice, analyse Arnaud Schwartz, prĂ©sident de la FNE. Du sabotage, il y en a toujours eu, il y en aura toujours, et mĂȘme de plus en plus. Et que le gouvernement ne respecte pas ses lois ne peut quâexacerber les conflits. »
Pour toutes les organisations, la non-violence Ă lâĂ©gard des personnes reste la ligne de conduite partagĂ©e. Mais, sur le terrain, cette rĂšgle est difficile Ă respecter quand les forces de lâordre sâinterposent entre la « cible » et les manifestants, et quâune partie dâentre eux a prĂ©parĂ© lâaffrontement. « Quand on appelle Ă dĂ©monter une bassine, ce nâest pas dĂ©monter la police. On essaie dâĂ©viter les affrontements avec elle, mais on ne veut pas se dĂ©solidariser de ceux qui ripostent Ă la police », assure LĂ©na Lazare, lâune des porte-parole des SoulĂšvements de la Terre. Dâautres considĂšrent quâil faut savoir renoncer Ă un objectif sâil risque dâentraĂźner des violences aux personnes, comme M. Julliard, pour qui « la ligne rouge reste lâaffrontement ».
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Carpentier
InvitéĂa m’a bien posĂ© les choses de lire ces lignes, vraiment contente.
Retourner la langue de l’ennemi, garder la main sur ce qu’on fait en le contre-nommant, c’est une des clefs, en effet: le faire et le dire, leur redire.
+ veiller Ă se garder de l’Ă©nergie pour faire car l’ennemi n’est pas la prioritĂ©.
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Dr Xavier
InvitéENQUĂTE La manifestation de Sainte-Soline marque le tournant activiste de la pensĂ©e du vivant et de lâanthropologie de la nature. Soutenu par des intellectuels de renom comme Philippe Descola et Baptiste Morizot, le mouvement des SoulĂšvements de la Terre, menacĂ© de dissolution, fait entrer lâĂ©cologie dans un nouvel Ăąge politique.
Une guerre des mondes. Câest lâimpression ressentie par ceux qui ont observĂ©, Ă Sainte-Soline, le 25 mars, dans les Deux-SĂšvres, lâun des plus importants conflits de lâĂ©cologie. Sans doute a-t-on assistĂ© à « la premiĂšre lutte en Europe contre un projet dâadaptation au changement climatique », analyse le thĂ©oricien et activiste suĂ©dois Andreas Malm. En effet, il ne sâagissait pas de sâopposer Ă la construction dâun aĂ©roport ou de contester la rĂ©ouverture dâune mine de charbon, mais dâexprimer un diffĂ©rend sur la maniĂšre de sâadapter au rĂ©chauffement. Car les guerres du climat ne se dĂ©roulent plus uniquement sur les champs de bataille de lointaines nations assĂ©chĂ©es ou dans les mers des archipels submergĂ©s, elles fracturent dĂ©sormais le cĆur mĂȘme de nos sociĂ©tĂ©s.
Deux univers sâopposent. Dâun cĂŽtĂ©, le monde de lâagriculture intensive qui creuse des bassines gĂ©antes afin de capter lâeau nĂ©cessaire Ă la production de cĂ©rĂ©ales destinĂ©es Ă lâindustrie agroalimentaire. De lâautre, des partisans dâune agriculture paysanne, quâelle soit dâĂ©levage ou maraĂźchĂšre. Dâun cĂŽtĂ©, le productivisme et les grandes cultures. De lâautre, la sobriĂ©tĂ© et lâagroĂ©cologie. Non pas lâopposition entre les bons et les mĂ©chants. Ni mĂȘme celle entre les Anciens et les Modernes. Mais un conflit entre deux rapports au monde.
Dâun cĂŽtĂ©, « un modĂšle portĂ© par un petit groupe de producteurs qui refusent dâenvisager les consĂ©quences de lâagriculture industrielle, notamment le coĂ»t Ă©cologique encouru par le pompage indiscriminĂ© dans les nappes phrĂ©atiques », rĂ©sume Philippe Descola, anthropologue, professeur Ă©mĂ©rite au CollĂšge de France et soutien actif des SoulĂšvements de la Terre. De lâautre, « un modĂšle plus respectueux des cycles du vivant et conscient de ce que le rĂ©chauffement climatique impose de changer les façons culturales et la nature des produits cultivĂ©s pour diminuer leur impact sur les milieux de vie ».
Articuler la théorie et la pratique
La nouvelle pensĂ©e du vivant, portĂ©e par le philosophe Baptiste Morizot, et lâanthropologie de la nature, forgĂ©e par Philippe Descola, tout comme la pensĂ©e terrestre Ă laquelle contribue lâhistorien Christophe Bonneuil sur le site de la revue Terrestres quâil a cofondĂ©e â et que lâon peut lire Ă©galement dans le magazine Socialter ou sur le mĂ©dia en ligne Reporterre â, se sont logiquement retrouvĂ©es en phase avec les SoulĂšvements de la Terre. Un ensemble qui rĂ©unit des collectifs territoriaux, des associations de dĂ©fense de lâenvironnement, des paysans, des groupes de naturalistes amateurs, des syndicalistes, des mouvements dâĂ©ducation populaire, des chercheurs.En un mot, constate Philippe Descola, un mouvement qui fĂ©dĂšre « des citoyens de tous Ăąges et de toutes conditions qui sont rĂ©voltĂ©s par la dĂ©vastation de nos milieux de vie, lâaccaparement des terres et des ressources, notamment en eau, et par les obstacles de toutes sortes apportĂ©s par les autoritĂ©s et les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques des grandes firmes Ă un usage non destructeur des terres ».
Depuis leur essor, les humanitĂ©s environnementales ne cessent dâarticuler la thĂ©orie et la pratique. Le dĂ©passement de lâopposition entre nature et culture, la mise au jour de nos interdĂ©pendances avec les « non-humains » se sont dĂ©ployĂ©s en consonance avec la crĂ©ation dâoasis Ă©copolitiques, des habitats partagĂ©s aux contre-sociĂ©tĂ©s â dont les zones Ă dĂ©fendre (ZAD) constituent la part Ă©mergĂ©e â sans oublier le regain pour les pratiques naturalistes, lâagroforesterie et la permaculture.
La matrice : les nouvelles cosmologies, la sensibilitĂ© au vivant et la pensĂ©e terrestre. La mĂ©thode : lâenquĂȘte destinĂ©e Ă faire lâhistoire des pollutions (algues vertes ou amiante, par exemple), des arraisonnements (comme le remembrement), des dĂ©possessions (les enclosures), des enfouissements (dĂ©chets nuclĂ©aires) et des accaparements (les mĂ©gabassines) ou des choix Ă©nergĂ©tiques (le fossile contre lâhydraulique, le nuclĂ©aire plutĂŽt que lâĂ©olien, etc.). Une approche destinĂ©e Ă Ă©tablir les possibilitĂ©s de contestation, mais aussi Ă saisir les conditions dâune bifurcation pour changer de modĂšle de sociĂ©tĂ©. La tactique : le retournement sĂ©mantique, qui consiste Ă parler de « dĂ©sarmement » pour montrer que les actions sont portĂ©es contre des infrastructures qui constituent des « armes » Ă lâĂ©gard des milieux de vie. La stratĂ©gie : lâinstallation, lâoccupation et la reprise de terres. Lâhorizon : une Terre habitable, une vie accordĂ©e, loin des rapports marchands, en concordance avec le vivant.
Une « territorialisation de la contestation »
« Trouver un lieu vivant Ă aimer personnellement et Ă dĂ©fendre collectivement » : la maxime que Baptiste Morizot formule dans son nouveau livre, LâInexplorĂ© (Wild Project, 432 pages, 26 euros), dessine sans doute lâun des chemins de cette Ă©cologie sensible et radicale qui mobilise autant les affects que les concepts. « Il sâagit de partir du terrain, des enjeux locaux, de la terre dont on vit, pour y dĂ©fendre ce qui permet Ă la vie de sâĂ©panouir, comme le partage de lâeau, les terres agricoles, contre des grands projets inutiles et imposĂ©s, dĂ©clare-t-il. Cette territorialisation de la contestation est dĂ©cisive car elle nous libĂšre des impuissances vĂ©cues Ă manifester pour des abstractions, comme le rĂ©chauffement global, et quâelle permet de se nouer avec des choses qui sont dĂ©jĂ lĂ , qui sont bien de ce monde, dont on a enfin compris quâelles Ă©taient prĂ©cieuses : un bout de forĂȘt, une ferme, une terre irradiant de vie, des mĂ©tiers, des usages. Ce nâest plus dâabord une idĂ©e quâon dĂ©fend, câest un petit pan de monde dont on a rĂ©appris Ă voir la beautĂ© et lâimportance, alors mĂȘme quâon hĂ©rite dâune culture politique hors sol. »
Câest pourquoi les SoulĂšvements de la Terre dĂ©cident stratĂ©giquement dâ« entrer dans la question Ă©cologique par la question de la terre : celle de sa marchandisation, de son accaparement et de sa bĂ©tonnisation galopante », prĂ©cise le philosophe Antoine Chopot, membre du comitĂ© de rĂ©daction de Terrestres. Qui possĂšde la terre aujourdâhui ? Comment reprendre les terres au vu du grand nombre de dĂ©parts Ă la retraite des agriculteurs (la moitiĂ© dans les dix prochaines annĂ©es) ? Comment sâinstaller en agriculture paysanne sans ĂȘtre issu du milieu agricole ? Comment changer les rĂšgles du partage des terres ? Quel modĂšle agricole faut-il financer ? En rĂ©sumĂ©, dit-il, il sâagit de « proposer un ancrage terrestre au âmouvement pour le climatâ encore un peu trop Ă©tranger aux enjeux du foncier, de la paysannerie, du partage de lâeau ou mĂȘme de la foresterie ».
De nombreux intellectuels ont rejoint cette mouvance, Ă lâimage des Ă©crivains Corinne Morel Darleux et Alain Damasio. La prĂ©sence de la climatologue ValĂ©rie Masson-Delmotte Ă la soirĂ©e de soutien aux SoulĂšvements de la Terre, organisĂ©e le 12 avril, Ă Paris, face Ă la menace de leur dissolution, est particuliĂšrement significative. En raison de la « gravité » provoquĂ©e par le fait que « la transition Ă©cologique nâest pas amorcĂ©e en France », comme lâĂ©crit lâAutoritĂ© environnementale, rappelle-t-elle. En raison de « lâaggravation des consĂ©quences du changement climatique » et dâune « escalade de risques qui vont frapper de plein fouet les Ă©cosystĂšmes et les personnes les plus vulnĂ©rables ».
Ainsi « la menace la plus grave » ne serait peut-ĂȘtre pas celle que lâon croit. Elle ne rĂ©siderait pas dans « cette contestation qui dĂ©range face Ă lâinertie » mais dans « lâinadĂ©quation des rĂ©ponses institutionnelles et politiques », sâinterroge ValĂ©rie Masson-Delmotte, qui est intervenue lors du sĂ©minaire gouvernemental sur les consĂ©quences du rĂ©chauffement climatique, le 31 aoĂ»t 2022, et dont le « soutien » aux SoulĂšvements de la Terre « porte uniquement sur les formes non violentes de contestation et sur la libertĂ© dâexpression », prĂ©cise-t-elle. En un mot, le problĂšme, ce nâest pas la contestation, mais lâinaction. Car ce nâest pas lâĂ©cologie qui est radicale, mais la rĂ©alitĂ©.
« Force de transformation de lâEtat »
Le soutien de Philippe Descola, hĂ©ritier de lâanthropologie structurale portĂ©e par Claude LĂ©vi-Strauss au CollĂšge de France, est le signe dâun engagement politique de la recherche face Ă lâurgence Ă©cologique. Aussi Ă lâaise Ă lâuniversitĂ© de Berkeley (Californie) quâĂ Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), le professeur avait dĂ©jĂ esquissĂ© une Ethnographie des mondes Ă venir (Seuil, 2022), avec le dessinateur Alessandro Pignocchi. « Lâune des hypothĂšses que nous dĂ©fendons, dĂ©clare le bĂ©dĂ©iste, est que lâoccupation de terre sous toutes ces formes, lĂ©gale ou illĂ©gale, doit devenir un outil fondamental des luttes sociales et Ă©cologiques â une distinction qui se dissout dans la lutte territoriale. En construisant des formes dâautonomie matĂ©rielle et politique, on aspire non seulement Ă bĂątir des institutions alternatives, mais aussi Ă devenir une force de transformation de lâEtat. »Comme le rĂ©sume lâun des membres des SoulĂšvements de la Terre, « ça fait quelque chose dâavoir LĂ©vi-Strauss dans la ZAD ! » En effet, indique le philosophe Antoine Chopot, « les SoulĂšvements de la Terre sont tout dâabord issus des luttes et des imaginaires zadistes : on occupe collectivement un territoire contre un projet destructeur, et câest tout un milieu de vie humain et non humain solidaire qui sây installe et sây dĂ©ploie de maniĂšre autonome. Il y a donc Ă la base une sorte dâĂ©thique collective du territoire : on ne dĂ©fend bien que ce que lâon habite bien ».
Philippe Descola le confirme, le mouvement des SoulĂšvements de la Terre sâest constituĂ© Ă lâinitiative dâhabitants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, mise en place dans les annĂ©es 2010, qui est elle-mĂȘme « une expĂ©rience sociale dâune portĂ©e exceptionnelle ». Ainsi, poursuit-il, « la ZAD, ce nâest pas le dĂ©sordre et la confusion, comme des membres du gouvernement lâont rĂ©pĂ©tĂ© ces derniers jours, câest au contraire un laboratoire inĂ©dit de dĂ©mocratie participative et de respect mutuel qui prĂ©figure des formes de coactivitĂ© civique plus Ă©galitaires et plus joyeuses que celles prĂŽnĂ©es par lâidĂ©ologie nĂ©olibĂ©rale du management des citoyens ». Mais les SoulĂšvements de la Terre « vont bien plus loin » que les ZAD, relĂšve Antoine Chopot. En se focalisant sur des points de tension Ă©cologiques au-delĂ de leur territoire, « ils rĂ©pondent en cela aux critiques qui voyaient dans les ZAD le risque dâun repli sur le local au dĂ©triment des questions institutionnelles ou portant sur une grande Ă©chelle ».
VĂ©ritable altersociĂ©tĂ©, la ZAD a, en outre, montrĂ© son efficacitĂ© politique, mĂȘme si certaines dâentre elles ont Ă©tĂ© dĂ©mantelĂ©es : ces derniĂšres annĂ©es, les victoires sociales nâont pas eu lieu contre les lois censĂ©es rĂ©former le travail ou les retraites, mais contre des projets dâamĂ©nagement du territoire, comme celui de lâaĂ©roport de Notre-Dame-des-Landes, abandonnĂ© en 2018. Dâautres mobilisations Ă©copolitiques ont stoppĂ© la construction du site gĂ©ant de loisirs et de commerces dâEuropacity (Val-dâOise) ou des projets extractivistes, comme Montagne dâor, exploitation miniĂšre dâune concession aurifĂšre de lâouest de la Guyane, ou une scierie gĂ©ante Ă Lannemezan (Hautes-PyrĂ©nĂ©es). En rĂ©sumĂ©, lâoccupation semble plus efficiente que la manifestation.
Propager un autre monde
Ainsi la hantise du pouvoir Ă lâĂ©gard de la ZAD â dont le nom mĂȘme est devenu un repoussoir â nâest pas seulement celle dâune « ultragauche » hypertrophiĂ©e depuis « lâaffaire de Tarnac » (oĂč des militants anticapitalistes avaient Ă©tĂ© accusĂ©s dâavoir sabotĂ© la catĂ©naire dâune ligne TGV en 2008), mais bien celle de la multiplication des occupations. La crainte rĂ©side Ă©galement dans le fait que ces lieux alternatifs ne puissent propager un autre monde, inciter des populations Ă emprunter dâautres voies.
Car mĂȘme les « camps climat » qui se forment Ă lâoccasion dâune mobilisation ne sont pas que des campements sommaires, mais aussi des maniĂšres dâexpĂ©rimenter des vies plus solidaires, avec des cantines Ă prix libres, des mĂ©decins volontaires (« mĂ©dics ») et des formes de sĂ©curitĂ© sociale alimentaire. « On est pour, avant dâĂȘtre contre, et on est contre quelque chose par amour pour un monde vivant rĂ©el quâon dĂ©fend, prolonge Baptiste Morizot, et câest pourquoi cette approche sâengage aussi Ă proposer des alternatives pour traiter les milieux de vie et les humains qui les habitent avec des Ă©gards plus ajustĂ©s. »
Tournant activiste de la philosophie terrestre, de lâanthropologie de la nature et des pensĂ©es du vivant, les SoulĂšvements de la Terre sont un « alliage fĂ©cond et inĂ©dit » entre « un anticapitalisme concret, vĂ©cu, collectif, offensif » et « une Ă©cologie sensible Ă nos interdĂ©pendances multiples avec les vivants, explique Antoine Chopot. ThĂ©oriquement, câest une sorte dâhybride entre lâappel Ă lâaction directe dâun Andreas Malm et lâappel Ă la composition des mondes humains et non humains dâun Philippe Descola ».
Auteur de Comment saboter un pipeline (La Fabrique, 2020), Andreas Malm ne masque pas sa visĂ©e subversive : « Nous devons faire de la crise du rĂ©chauffement climatique lâoccasion dâune rĂ©volution », affirme ce thĂ©oricien dâun « lĂ©ninisme Ă©cologique », partisan du blocage et du sabotage des infrastructures du « capitalisme fossile ». A lâimage de Total, « lâune des sociĂ©tĂ©s les plus agressives du monde, en particulier dans le sud de lâAfrique », quâil suggĂšre de « nationaliser ».
DĂ©gonflage des pneus de SUV, intrusion dans le luxueux terminal de jets privĂ©s de lâaĂ©roport dâAmsterdam-Schiphol ou dans une cimenterie du groupe Lafarge, en France⊠lâactiviste loue toutes ces actions directes, dont certaines font sortir lâĂ©cologisme du pacifisme. Avec une prĂ©cision de taille : « Le mouvement climat ne doit pas cibler les gens, notamment en essayant de sâen prendre physiquement aux individus qui sont derriĂšre les entreprises de combustibles fossiles. Toute la discussion autour du sabotage dans le mouvement porte exclusivement sur le ciblage de biens, de choses, dâobjets inanimĂ©s. » Toutefois, reconnaĂźt-il, « en engageant une confrontation avec la police », mais seulement dans certaines circonstances, indique-t-il, « vous engagez un rapport de force, et le sujet est mis Ă lâagenda politique ». Une certitude demeure : « La tournure que prend la crise climatique est telle quâil ne reste plus que des options extrĂȘmes. »
Une rĂ©alitĂ© radicale elle-mĂȘme
Sans doute est-ce « un peu caricatural » de rĂ©sumer la matrice conceptuelle des SoulĂšvements de la Terre Ă cet alliage entre Malm et Descola, tempĂšre Antoine Chopot, « car il y a aussi, et câest moins connu, une revendication dâun hĂ©ritage des luttes paysannes historiques, avec notamment le syndicat des Paysans travailleurs menĂ© par Bernard Lambert, les luttes contre le remembrement du bocage, celles contre les âcumulardsâ ou le Mouvement des sans-terre ».Mais beaucoup de membres et sympathisants du mouvement sont plus pragmatiques quâidĂ©ologues. Ce sont des faiseurs et non des raisonneurs : « Le dĂ©bat entre le lĂ©ninisme vert et le communalisme Ă©cologique est intĂ©ressant, mais ce nâest pas notre affaire, relĂšve lâun des membres des SoulĂšvements de la Terre, qui a choisi de se faire appeler âBasileâ afin âdâĂ©viter la personnificationâ. Sans compter quâil y a parfois beaucoup de postures et de distinction en la matiĂšre. Nous nous opposons aux projets qui accentuent la catastrophe en cours et câest une bonne raison de se rassembler. » Les critiques sur les choix tactiques pourtant se font jour. Certains sâinterrogent sur la nĂ©cessitĂ© dâune opposition aussi frontale quâĂ Sainte-Soline, mettant davantage en avant le soin, lâautonomie, le contournement et la crĂ©ativitĂ©, comme le relaie un article de la revue Terrestres. « Il est indispensable de dĂ©noncer les inqualifiables violences policiĂšres que la doctrine française du maintien de lâordre a malheureusement rendu familiĂšres, dĂ©clare Philippe Descola. Mais il faut aussi prendre acte de la volontĂ© de la puissance publique de ne reculer devant aucun moyen pour interdire les manifestations de mĂ©contentement et imaginer dâautres modes dâaction, peut-ĂȘtre plus symboliques, qui ne mettrait pas en pĂ©ril la vie des citoyens qui protestent. »
Mais ce qui frappe, câest aussi le soutien de lâarriĂšre aux premiĂšres lignes, lâassentiment des sympathisants qui dĂ©passe largement le cercle des militants. Car si les Claude LĂ©vi-Strauss dâaujourdâhui conversent avec les zadistes et soutiennent la Terre qui se soulĂšve, câest parce que la rĂ©alitĂ© a pris la forme de la radicalitĂ©. Elle oblige, comme y invite lâĂ©tymologie dâorigine latine et la pensĂ©e critique, à « saisir les choses Ă la racine ». Ainsi enracinĂ©, lâactivisme Ă©cologique se propage, du mouvement Ende GelĂ€nde en Allemagne aux SoulĂšvements de la Terre en France. Câest pourquoi nous assistons peut-ĂȘtre Ă la naissance dâune internationale terrestre dont les actions radicales sont autant de manifestes.
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Carpentier
InvitéAh benh lĂ ia Ă manger au p’tit dej đ
Merci.-
Sarah G
InvitéOui, merci Dr Xavier.
TrÚs intéressant
Pour info, Samedi 13 mai, Greenfaith et Extinction Rebellion Spi organise un forum gratuit sur la désobéissance civile.-
Sarah G
InvitéOrganisĂ© Ă Paris
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Carpentier
InvitéBonjour Dr Xavier đ
Je t’annonce que tu seras soulagĂ© du partage des articles entiers du Monde des 7/8 et 9 mai 2023 qui pourraient m’intĂ©resser car je viens de me payer le numĂ©ro double d’aujourd’hui đ avec un double expresso et une voisine qui m’encourage Ă aller jusqu’au grand vide grenier du parc du soleil:
‘ paraĂźt qu’ils ont mis les parasols et tout, c’est pas loin, s’il pleut pas trop faut y aller si vous aimez ça, ils annoncent 200 exposants.’
Comment cette dame qui ressemble Ă Mary Poppins quelque peu fripĂ©e et empĂątĂ©e a-t-elle compris que: oui, j’aime ça.
Toute chapeautĂ©e-bottĂ©e caoutchouc et armĂ©e d’un parapluie qu’elle est, elle a, c’est vrai, une vraie longueur d’avance cĂŽtĂ© orga cette bourbonnaise; d’ailleurs elle me sourit tandis que ça crĂ©pite dru sur l’asphalte devant le cafĂ© des arts.
Et moi, certes peu coiffĂ©e et encapuchĂ©e en cirĂ© Guy Cotten, j’ai dĂ©jĂ ma salopette en jean et mes adidas pas neufs trempĂ©s.
Moi qui, ainsi, transpire justement la richesse, que ne me conseille-t-elle pas plutĂŽt le musĂ©e de l’opĂ©ra par exemple ?
Ce doit ĂȘtre ma demande Ă peine gĂȘnĂ©e de me rendre la monnaie en piĂšce d’un ou deux euros, de prĂ©fĂ©rence et si cela ne vous fera pas dĂ©faut, qui a dĂ» l’orienter.
De toutes façons, mĂȘme si j’ai perdu min accent chti il paraĂźt, sachez que chez nous, Madame, on ne fait pas de vide grenier, chez nous, c’est des braderies qu’on fait sous la pluie.-
Sarah G
InvitéEt en Pays de Loire, c’est Braderies, et vide-grenier.
Brocantes quand organisé par des antiquaires ou Brocanteurs
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Sarah G
InvitéChez les Picards,c’est les Rederies
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Carpentier
InvitéđȘđŠđ»đâžïžhttps://www.liberation.fr/checknews/que-sait-on-de-la-fermeture-dun-bar-feministe-et-queer-apres-un-controle-antifraude-a-paris-20230526_KLAC5VTX25FNXFZN4REOTYQLYY/
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Céline
InvitéBrassards orange, gilets pare-balles et blouses blanches⊠Il est environ 20 heures, mercredi 24 mai, lorsquâune vingtaine de fonctionnaires entrent au Bonjour Madame, pour contrĂŽler ce bar queer et fĂ©ministe de lâEst parisien. Moins dâune heure plus tard, les gĂ©rantes de lâĂ©tablissement sont contraintes de demander aux clients encore prĂ©sents de partir. «Une honte. Une compagnie de 25 flics en gilet pare-balles, blouse blanche qui fouillent le Bonjour Madame pour trouver âlaâ petite bĂȘte. Au final câest quinze jours de fermeture administrative pour un nom manquant sur un papier. Ăa sâappelle de lâintimidation», sâindigne dans la foulĂ©e Morgann, une cliente du bar qui a filmĂ© la scĂšne.
Plus tard dans la soirĂ©e, le compte Twitter de lâactiviste fĂ©ministe Minute Simone rapporte un rĂ©cit similaire. PrĂ©sente au moment des faits, lâautrice du tweet Ă©crit : «Je suis trĂšs en colĂšre parce que je nây connais pas grand-chose mais un contrĂŽle hygiĂšne ou Urssaf ça mâĂ©tonnerait bien quâon ait besoin de tout un tas de types en gilet pare-balles qui se mettent en ligne les bras croisĂ©s et lâair renfrognĂ© pour intimider les clients.» La vidĂ©o de lâintervention, largement relayĂ©e par la communautĂ© queer et fĂ©ministe sur Twitter, est aussi reprise par des Ă©lus, comme RaphaĂ«lle RĂ©my-Leleu, conseillĂšre de Paris EE-LV, qui a rĂ©agi jeudi jugeant les images du contrĂŽle «choquantes».
«Une licence IV au nom de lâancien gĂ©rant»
Que sâest-il passĂ© ? «La police est entrĂ©e directement sans sâannoncer ce qui a jetĂ© un certain froid. Une quinzaine dâagents dâun coup puis une dizaine au compte-gouttes, beaucoup de brassards âdouaneâ. Ils ont bloquĂ© les toilettes puis le bar, en effectuant des tests en blouses blanches derriĂšre celui-ci. Lâambiance Ă©tait trĂšs Ă©trange, le bar â qui Ă©tait plein â est devenu silencieux. On mâa dit de ne pas filmer lâintervention de police en cours. A part ça nous nâavons eu aucune information sur ce quâil se passait jusquâĂ ce que la police parte et que la personne derriĂšre le bar annonce la fermeture du lieu et que nous avions trente minutes pour partir», raconte Morgann.
Contrairement Ă ce quâon a pu lire sur les rĂ©seaux sociaux, «ce nâest pas une fermeture administrative», prĂ©cise Karen, lâune des trois gĂ©rantes du lieu : «On a la licence IV [dĂ©bit de boissons], mais elle est encore au nom de lâancien gĂ©rant. Câest un dĂ©tail administratif auquel on nâavait pas pensĂ©, on ne savait pas du tout quâil fallait faire cette modification.» HĂ©lĂšne, autre gĂ©rante, poursuit : «Vu quâon Ă©tait en infraction, ils nous ont mis la pression pour quâon ferme hier soir, on a fait un petit discours et on a demandĂ© aux gens de partir.»
«Notre travail militant tombe Ă lâeau»
ContactĂ©e, la prĂ©fecture explique quâil sâagissait dâune opĂ©ration du comitĂ© opĂ©rationnel dĂ©partemental anti-fraude, «rĂ©unissant le service des douanes, la direction des transports et de la protection du public de la prĂ©fecture de police, et IâUrssaf». «Au regard des diverses infractions relevĂ©es dans cet Ă©tablissement [dĂ©faut de licence IV, consommation dâalcool sur la voie publique malgrĂ© un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral lâinterdisant, ndlr], celui-ci a fait lâobjet dâune fermeture immĂ©diate. La vente dâalcool sans autorisation constitue un dĂ©lit qui entraĂźne, de facto, lâarrĂȘt immĂ©diat dâactivitĂ© jusquâĂ rĂ©gularisation.»
Selon les gĂ©rantes, qui sâĂ©tonnent de nâavoir reçu aucun document officiel explicitant lâintervention Ă lâissue du contrĂŽle, lâĂ©tablissement pourrait rouvrir, Ă condition de «ne pas servir de boissons alcoolisĂ©es» : «Mais on a dĂ©cidĂ© de fermer parce que câest dĂ©ficitaire pour nous dâouvrir si on ne peut pas servir dâalcool, on perd une grosse partie de la carte comme on ne fait pas de restauration. On ne peut pas tourner en vendant trois jus de pomme par jour», explique HĂ©lĂšne, avant dâĂ©voquer la potentielle mise en place dâune cagnotte pour soutenir le bar.
Au-delĂ de lâaspect financier, les consĂ©quences du contrĂŽle leur semblent «disproportionnĂ©es». «CâĂ©tait une opĂ©ration théùtre. Il y avait la volontĂ© de faire peur et de trouver quelque chose», commente Esther, troisiĂšme gĂ©rante. DĂšs le lendemain, les trois gĂ©rantes se sont attelĂ©es Ă la mise Ă jour de leur licence, mais «la prĂ©fecture nous a dit quâil y avait un dĂ©lai dâĂ©tude de notre dossier dâau moins deux semaines», indique Karen, regrettant le timing des Ă©vĂ©nements. En plus de lâaspect financier, la fermeture met aussi Ă mal la programmation militante et culturelle du lieu, alors que de nombreux Ă©vĂ©nements sont prĂ©vus Ă lâapproche du mois des fiertĂ©s : «Tout est annulĂ©, notre travail militant tombe Ă lâeau», soupire HĂ©lĂšne.
«Continuum de représailles»
Pour lâadjoint Ă la maire de Paris chargĂ© de la vie nocturne, FrĂ©dĂ©ric Hocquard, câest la nĂ©cessitĂ© de faire fermer le bar en plein service qui interroge : «Ăa ne me choque pas quâil y ait plusieurs contrĂŽles en mĂȘme temps, mais il nây avait pas de dangerositĂ© grave Ă ce moment, il y a quand mĂȘme une licence IV Ă cet endroit». Et de poursuivre : «Elles [ont fait] leur demande de mutation, jâespĂšre que ça va se rĂ©soudre rapidement. Ce serait quand mĂȘme dommage que, pour des raisons administratives, on ferme sur une longue durĂ©e lâun des rares bars lesbiens de Paris.» Ce dernier souligne ainsi lâimportance de «la diversitĂ© dans la vie nocturne et des offres de bars pour la communautĂ© LGBT+ Ă Paris», en particulier Ă lâapproche de la marche des fiertĂ©s prĂ©vue le 24 juin. Et affirme quâil sera demandĂ© Ă la prĂ©fecture de «rĂ©gler ces questions administratives le plus rapidement possible».
Pour Karen, ce contrĂŽle «rentre dans un continuum de reprĂ©sailles» de la part des forces de lâordre. Les gĂ©rantes relatent trois visites policiĂšres en moins dâune semaine : «Mercredi [17 mai], on Ă©tait en train de fermer le bar, les gens prenaient leurs manteaux, appelaient leur Uber. Les policiers sont arrivĂ©s Ă 2h10, ils sont rentrĂ©s comme des cow-boys en disant âCâest un peu trop la fĂȘte ici ça tizeâ, alors quâil y avait Ă peine quatre personnes qui ramassaient leurs affaires. Ils ont dit quâil fallait quâon ferme, que câĂ©tait un avertissement mais quâils allaient revenir. CâĂ©tait juste des gens qui ramassaient leurs affaires et attendaient leur Uber, on prĂ©fĂ©rait quâils attendent Ă lâintĂ©rieur plutĂŽt que dehors», raconte HĂ©lĂšne.
Deux jours plus tard, le vendredi 19 mai, les agents «repassent pour contrĂŽler la terrasse». «On a eu une contravention de 135 ⏠parce que la terrasse dĂ©passait un peu. Venir deux fois en trois jours, câest ça qui nous fait dire que câest ciblĂ©, il nây a pas que nous qui avons une terrasse qui dĂ©passe de 15 cm», estime-t-elle. Enfin, le samedi 20 mai, la gĂ©rante explique quâune voiture de police est passĂ©e quatre fois devant le bar : «Ils roulaient trĂšs doucement en regardant mais ils ne sont pas descendus.»
A noter que deux mois plus tĂŽt, le 28 mars, deux personnes avaient Ă©tĂ© interpellĂ©es devant le bar pour «outrages et violences sur personnes dĂ©positaires de lâautoritĂ© publique», aprĂšs une manifestation contre la rĂ©forme des retraites. «Il nây avait rien avant les interpellations, observe Karen. On nâa pas de preuves mais on ne peut pas sâempĂȘcher de faire le lien.» InterrogĂ©e sur une Ă©ventuelle mise sous surveillance du bar en lien avec cet Ă©pisode, la prĂ©fecture nâa pas rĂ©pondu.
Dans le passĂ©, des tensions entre bars et forces de lâordre ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© observĂ©es Ă Paris, selon FrĂ©dĂ©ric Hocquard : «Il y a sept ou huit ans, un contrĂŽle au Rosa Bonheur [bar du XIXe arrondissement] avait fini dans un Ă©tat de tension et, ensuite, il y avait eu un acharnement avec des contrĂŽles de police tous les soirs. Ils contrĂŽlaient tous les clients qui sortaient pour souffler dans le ballon.» Autre exemple : «Il y a quelques annĂ©es, il y a eu de fortes tensions entre le commissariat du XXe et le Saint-Sauveur [un bar antifasciste parisien]. On avait dĂ» rĂ©unir les parties prenantes pour trouver des solutions, explique lâadjoint Ă la maire. JâespĂšre quâon nâen est pas lĂ .»
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Carpentier
InvitéThanks Sister â
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Sarah G
InvitéMerci beaucoup CĂ©line âđ
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Carpentier
Invité-
Céline
Invité«Ding, ding, ding.» Il est 8h40 quand on monte dans la cabine du mĂ©tro de CĂ©dric (1), Ă la station Nation. Câest un jeudi de mai et câest encore lâheure de pointe. Une petite foule se presse sur le quai de la ligne 6, qui relie lâest de Paris Ă lâouest en passant par la rive gauche. AprĂšs «une vingtaine dâannĂ©es Ă conduire des mĂ©tros», CĂ©dric est un peu ici comme Ă la maison. Sourires, poignĂ©e de mains⊠Ses collĂšgues saluĂ©s, le quinquagĂ©naire nous invite Ă bord de la rame qui stationne depuis quelques minutes et nous dĂ©signe le petit strapontin qui accueillera nos fesses pour la prochaine heure et quart : le temps quâil faut Ă son mĂ©tro, un vieux modĂšle MP73, pour boucler un aller-retour entre les deux terminus de la ligne.
Pour CĂ©dric, câest le quatriĂšme trajet dâune journĂ©e qui en comptera huit ce jour-lĂ . Etoile-Nation ; Nation-Etoile. Ces allers-retours, il les fait quotidiennement depuis cinq ans. Une routine qui le fait rire jaune : «On est comme les hamsters dans leur roue.» Ce matin, il a pris son poste Ă 6h30 et finira sa journĂ©e vers 13 heures. Des journĂ©es de 6h30 de travail en quasi continu et pas plus, question de sĂ©curitĂ©. «Câest ce quâil faut pour ne pas perdre en vigilance» et ne pas faire dâerreurs.
Le sujet est particuliÚrement sensible ces jours-ci. Le 22 avril, une passagÚre est morte à la station Bel-Air, happée par une rame de la ligne 6 alors que sa veste était restée coincée dans les portes. Le drame a entraßné la mise en examen pour «homicide involontaire» du conducteur en question et déclenché un débrayage de ses homologues pour protester contre le traitement judiciaire de leur collÚgue. Cinq jours aprÚs cet accident, ce sont deux autres personnes descendues sur les voies qui ont trouvé la mort à la station Gaßté, sur la ligne 13. Ces événements «choquants» ont convaincu Cédric de nous accueillir à bord, pour «montrer, en situation, la dégradation des conditions de travail» subie par ses camarades.
A lâavant du quai, deux horloges numĂ©riques rouges â aprĂšs la sĂ©curitĂ©, la rĂ©gularitĂ© est le deuxiĂšme mot dâordre pour les conducteurs. La premiĂšre indique lâheure, la deuxiĂšme prĂ©cise Ă la seconde prĂšs le moment oĂč le train doit sâĂ©branler pour respecter les intervalles prĂ©vus entre les rames. Au moment fatidique, une alerte retentit dans la station. CĂ©dric doit alors contrĂŽler les miroirs ou les Ă©ventuelles camĂ©ras qui lui permettent de surveiller «la ligne de portes». Personne ne les entrave. Il peut «lancer le vibreur» â câest ainsi que les initiĂ©s nomment ce signal de quelques secondes qui indique aux usagers que les portes vont se fermer et que la descente et la montĂ©e sont dĂ©sormais interdites â et partir pour au moins trente-cinq minutes de voyage.
Le premier des griefs de CĂ©dric vis-Ă -vis de son travail est le mĂȘme que celui que citent spontanĂ©ment tous ses collĂšgues : le manque dâeffectifs. En pleine pandĂ©mie de Covid-19, la RĂ©gie autonome des transports parisiens a rĂ©duit les frĂ©quences et le personnel. Mais une fois le gros de la crise sanitaire passĂ©, la RATP a Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©e par le retour massif des voyageurs et nâavait plus la capacitĂ© de revenir la frĂ©quence antĂ©rieure malgrĂ© les demandes de la rĂ©gion Ile-de-France et de son autoritĂ© rĂ©gisseuse des transports, Ile-de-France MobilitĂ©s (IDFM), dirigĂ©e par ValĂ©rie PĂ©cresse.
400 recrutements annoncés
Sur la ligne 6, il suffit dâouvrir les yeux pour en voir les consĂ©quences pour les usagers comme pour les conducteurs. Vers 9 heures, quand le train de CĂ©dric entre en station Ă Denfert-Rochereau, les quais sont noirs de monde et la rame bondĂ©e. «LâĂ©change voyageur», le moment critique oĂč les gens montent et descendent du train, est trĂšs compliquĂ© Ă gĂ©rer mĂȘme avec vingt ans de conduite derriĂšre soi. Ici, pas de miroir, car la station est en courbe. CĂ©dric doit en thĂ©orie se fier aux quatre Ă©crans situĂ©s en bout de quai, Ă sa droite, pour dĂ©cider quand repartir. ProblĂšme : «il y a trop de monde», impossible de sâassurer avec les petites tĂ©lĂ©s quâune personne, un sac Ă dos ou un vĂȘtement ne va pas rester coincĂ© avec la fermeture des portes. «Dans ce cas, jâai lâobligation de faire ce quâon appelle un service Ă la porte», dit CĂ©dric. Tout en maintenant le signal sonore, le conducteur doit se pencher hors de sa cabine pour regarder directement le quai. A la fermeture des portes, il double cette prĂ©caution avec une autre procĂ©dure de sĂ©curitĂ© : le «10-50», qui consiste Ă faire partir la rame Ă 10 km/h sur 50 mĂštres pour Ă©carter au maximum tout risque dâaccident.
Faute dâeffectifs et faute dâavoir retrouvĂ© une rĂ©gularitĂ© optimale, ces «situations dĂ©gradĂ©es», comme les appelle la direction de la RATP, sont de plus en plus courantes. Consciente de la situation, la RĂ©gie a annoncĂ© vouloir recruter «400 conducteurs supplĂ©mentaires» cette annĂ©e et affirme avoir rempli «plus dâun tiers de son objectif» Ă ce jour. Mais les dĂ©lais de recrutement et de formation (il faut quatre mois Ă un candidat pour ĂȘtre formĂ© Ă la conduite et lâaccĂšs Ă la formation prend un Ă six mois) ainsi que des travaux sur plusieurs lignes (4, 6 et 11) retardent le retour complet Ă la normale prĂ©vu pour le printemps.
Pas sĂ»r, quoi quâil en soit, que cela suffise Ă conjurer le blues des conducteurs. Tous dĂ©crivent en effet un «dĂ©classement» de leur mĂ©tier, autrefois valorisĂ©, convoitĂ©. Quand on travaillait Ă la RATP, on recommandait la boĂźte Ă ses amis, on faisait venir des membres de sa famille. Plus maintenant. «Je ne vends pas le mĂ©tier Ă mon fiston, les contraintes ont pris le dessus sur les avantages», confirme Christophe Cabos, 56 ans, conducteur sur la 11 et dĂ©lĂ©guĂ© CGT. Du haut de ses vingt-huit ans «à la RĂ©gie», dont vingt-et-un passĂ©s Ă la conduite du mĂ©tro, il dresse un inventaire peu enviable des dĂ©sagrĂ©ments liĂ©s Ă sa fonction : «Passer sa vie sous terre, prendre sa voiture pour venir, travailler quatre week-ends sur six, Ă NoĂ«l, le jour de lâan, faire des horaires tardifs jusquâĂ 2h30, ou matinaux Ă partir de 5h30âŠÂ» InterrogĂ©e Ă ce sujet, la RATP se borne Ă mettre en avant les «2054 CV reçus Ă fin avril 2023, soit une augmentation de 30 % par rapport Ă la mĂȘme pĂ©riode en 2022». Christophe Cabos affirme, lui, observer pour la premiĂšre fois des dĂ©missions parmi ses collĂšgues.
Egalement encartĂ© Ă la CGT, Olivier Vandenabeele, 50 ans, dont vingt-et-un passĂ©s Ă conduire des rames, se souvient de ses dĂ©buts oĂč tout semblait plus doux. «Entre collĂšgues, on rigolait en disant quâon Ă©tait plutĂŽt bien payĂ©s pour faire ce job. On a beaucoup tournĂ© nos conditions de travail Ă la rigolade et ça nous a fait beaucoup de mal. In fine, ça a beaucoup terni notre image et on sâen mord les doigts aujourdâhui.» Car les salaires nâont pas suivi et nâont plus lâattractivitĂ© des dĂ©buts. «Il y a quelques annĂ©es, on Ă©tait encore Ă 2,6 fois le smic, aujourdâhui câest beaucoup moins, environ 1,4 fois le smic», note Christophe Cabos. Un ordre de grandeur confirmĂ© par la RATP, qui parle dâun revenu de 31 500 euros brut par an pour un jeune embauchĂ© sans expĂ©rience, primes incluses, soit 1,5 fois le salaire minimum lĂ©gal.
Ce pouvoir dâachat grignotĂ© par lâinflation affecte directement un aspect majeur de la vie des conducteurs : leur logement. Ils ont de moins en moins les moyens dâhabiter Ă Paris et doivent pour la plupart venir en voiture pour honorer leurs horaires dĂ©calĂ©s, quand les transports en commun ne roulent plus ou pas encore. «MĂȘme en petite banlieue, lâimmobilier devient inaccessible, constate Christophe Cabos, qui vit avec sa famille Ă une trentaine de kilomĂštres Ă lâest de la capitale. Les collĂšgues viennent de plus en plus loin. Je connais un conducteur qui vient de Tours (Indre-et-Loire), et jâen ai mĂȘme connu un qui venait tous les jours depuis Arras (Pas-de-Calais), avant sa retraite.» Signe que le problĂšme est pris au sĂ©rieux, lâancien Premier ministre et nouveau prĂ©sident de la RATP, Jean Castex, a affirmĂ© fin janvier vouloir mener une «politique beaucoup plus offensive en matiĂšre de logement». Car pour le moment, RATP Habitat revendique la gestion de 8 822 logements en Ile-de-France. Un chiffre bien maigrelet, quand on sait que lâentreprise compte environ 46 000 salariĂ©s en France.
Perte de sens
Une autre grande question doit dĂ©jĂ tarauder les DRH de lâentreprise de transports. Parviendront-ils toujours Ă attirer des candidats lorsque le rĂ©gime spĂ©cial de retraite de lâentreprise sera supprimĂ©, Ă partir du 1er septembre 2023, comme le prĂ©voit la derniĂšre rĂ©forme en date ? JusquâĂ aujourdâhui, en contrepartie de la pĂ©nibilitĂ© de leur mĂ©tier, les salariĂ©s recrutĂ©s avant leurs 35 ans bĂ©nĂ©ficiaient de lâavantageux statut maison, qui prĂ©voit notamment une trĂšs bonne couverture santĂ© (les jours de congĂ© oĂč le salariĂ© est malade peuvent par exemple ĂȘtre rĂ©cupĂ©rĂ©s) et un dĂ©part Ă la retraite dĂšs 52 ans pour le personnel transportant du public. Avec la nouvelle rĂ©forme, les conducteurs en poste verront leur Ăąge lĂ©gal de dĂ©part reculer Ă 54 ans (dans les faits ils partent dĂ©jĂ pour la plupart Ă au moins 56 ans), mais câest surtout pour les nouveaux entrants que la suppression du rĂ©gime spĂ©cial va ĂȘtre difficile Ă avaler. Car aprĂšs le 1er septembre 2023, les nĂ©oconducteurs devront dĂ©sormais attendre leurs 64 ans, comme tout le monde. Soit dix ans de plus au travail. Difficile Ă concevoir et encore plus Ă vendre lors dâun entretien dâembauche.
Plus largement, ce qui mine lâensemble des conducteurs interrogĂ©s, câest la perte progressive du sens de leur travail et la logique de rentabilitĂ© propre au privĂ© qui fait tache dâhuile dans «une entreprise qui a des valeurs et tout pour plaire Ă la base», comme le dit FrĂ©dĂ©ric Demouveaux, 42 ans. Pour Arnaud Mocquelet, Ă©lu CGT, vingt-trois ans de conduite, la RATP est passĂ©e «dâune culture de service public Ă une culture du chiffre, avec lâintroduction des primes Ă lâacte et Ă la prĂ©sence». Son collĂšgue FrĂ©dĂ©ric Demouveaux, neuf ans de boĂźte, appuie le constat qui infuse jusque dans le langage utilisĂ© au travail par les cadres : «La RATP ne parle plus de dĂ©partements au sein de lâentreprise mais de âbusiness unitsâ. Une business unit, tout le monde peut le comprendre, câest simplement un truc conçu pour faire de lâargent. Câest de la gestion de portefeuille, pas du service public. Et ce que je vois, câest que plus ils parlent de pognon, moins ça fonctionne.» En 2021 le groupe RATP a annoncĂ© un rĂ©sultat net de 207 millions dâeuros. En 2022, il a perdu 26 millions.
Cette logique du profit, exacerbĂ©e par lâouverture Ă la concurrence progressive du rĂ©seau francilien, ne semble en tout cas pas prĂšs de sâarrĂȘter. Dans un rapport publiĂ© en janvier 2021, la Cour des comptes cible au moins deux acquis sociaux supplĂ©mentaires des agents de la RATP. En premier lieu, elle rĂ©clame lâabandon des cartes de transport gratuites dont bĂ©nĂ©ficient les retraitĂ©s de lâentreprise. Et dans un second temps, constatant une «durĂ©e de service moyenne de 6h19», elle recommande Ă la RĂ©gie de «revoir lâorganisation du travail des conducteurs de mĂ©tro et de RER afin dâaugmenter la durĂ©e de conduite effective». Pour FrĂ©dĂ©ric Demouveaux, le constat est tristement clair : «Hormis pour le salaire, qui ressemble de plus en plus au salaire de la peur, il nây a plus aucun intĂ©rĂȘt Ă devenir conducteur de mĂ©tro.»
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Carpentier
InvitéClair et prĂ©cis, merci, et on ne peut qu’ĂȘtre tristement solidaire.
Je jure/crache que, dĂ©s demain, je ne m’agacerai plus du moindre ralentissement ou arrĂȘt de mon mĂ©tro.
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Carpentier
Invitéđ justement, Ă propos de Bellanger đ
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/quand-le-periph-tombera-en-ruine-par-aurelien-bellanger-20230525_WMXFV22SSVGCXAD7MGEXG4P6MY/
Merci đ -
Carpentier
Invitéđhttps://www.nouvelobs.com/social/20220727.OBS61404/on-est-devenu-des-presse-boutons-pourquoi-les-agents-de-l-assurance-maladie-craquent.html
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Dr Xavier
Invité« On est devenu des presse-boutons » : pourquoi les agents de l’assurance-maladie craquent
Nouvelobs.com
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EngorgĂ©e depuis le dĂ©but du Covid, l’assurance-maladie accuse des retards dans le paiement des indemnitĂ©s journaliĂšres. Les assurĂ©s s’impatientent, et les salariĂ©s, qui dĂ©noncent le manque d’effectifs, estiment ne plus pouvoir assurer leur mission de service public. Ils nous ont racontĂ© leur quotidien.
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Interrogez un agent de l’assurance-maladie sur son travail, il finira presque immanquablement par vous rappeler combien on Ă©tait « fier » – mais ça, c’Ă©tait « avant » – de « rentrer » Ă la SĂ©cu. « Aujourd’hui, nos services sont exsangues et le travail consiste essentiellement Ă demander aux gens de patienter », rĂ©sume Benjamin Sablier, tĂ©lĂ©conseiller Ă la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) des Bouches-du-RhĂŽne et dĂ©lĂ©guĂ© CGT, premiĂšre organisation syndicale de cette branche de la SĂ©curitĂ© sociale. Il est tenu de prendre entre 60 et 70 appels d’assurĂ©s sociaux chaque jour, et c’est de plus en plus difficile :
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« Nous sommes face Ă des gens en dĂ©tresse Ă qui on ne peut plus apporter de solutions. Ils ont des droits mais nos dĂ©lais de traitement sont tels qu’on les jette dans la prĂ©caritĂ©. Le Covid nous a mis la tĂȘte sous l’eau, et toute la chaĂźne est en train de craquer. »
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L’assurance-maladie n’a jamais Ă©tĂ© aussi sollicitĂ©e que depuis la crise sanitaire. Le nombre d’arrĂȘts de travail a explosĂ© : les agents en reçoivent en ce moment 160 000 par jour ouvrĂ© – 50 % Ă 100 % de plus qu’en temps normal -, qu’ils doivent traiter afin de verser aux assurĂ©s des indemnitĂ©s journaliĂšres calculĂ©es en fonction de leur salaire. Mais dans certaines caisses, l’engorgement est tel que les assurĂ©s doivent patienter plusieurs mois sans aucun revenu avant de recevoir ces indemnitĂ©s. Et ce sont souvent les plus prĂ©caires qui doivent attendre le plus longtemps : les dossiers de salariĂ©s en intĂ©rim ou qui ont plusieurs employeurs, plus complexes Ă traiter, sont les plus longs à « liquider », selon la formule consacrĂ©e. Des indemnitĂ©s qui n’arrivent pas, des rĂ©clamations perdues ou restĂ©es sans rĂ©ponse, une ligne tĂ©lĂ©phonique saturĂ©e qui raccroche automatiquement aprĂšs quinze minutes d’attente, des centres d’accueil qui ne reçoivent que sur rendez-vous… Difficile parfois de garder son calme lorsqu’on cherche Ă faire valoir ses droits.
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De l’autre cĂŽtĂ© du guichet, l’ambiance n’est pas meilleure. Les agents se disent sous pression et inquiets pour l’avenir d’un service public qui a atteint, selon beaucoup d’entre eux, un point de rupture. Les grĂšves se sont d’ailleurs multipliĂ©es ces derniers mois dans les CPAM du RhĂŽne, de la Seine-Saint-Denis, des Bouches-du-RhĂŽne, du FinistĂšre, de l’IsĂšre, de la Seine-Maritime ou encore du Maine-et-Loire. Sous les drapeaux des organisations syndicales, on a rĂ©clamĂ© des augmentations de salaire (salariĂ©s de droit privĂ©, les agents ne bĂ©nĂ©ficient pas de l’augmentation qu’auront les fonctionnaires), mais aussi des moyens pour travailler correctement.
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« Un accélérateur de particules »
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« DĂšs que l’Ă©pidĂ©mie reprend, les retards s’empilent de nouveau et c’est exponentiel », rĂ©sume Marcin BĂ©rĂ©cochĂ©a, qui pilote la branche maladie de la CFDT Protection sociale, travail et emploi, lui-mĂȘme juriste Ă la CPAM. « Le Covid a agi comme accĂ©lĂ©rateur de particules d’une situation dĂ©jĂ tendue », selon Julien Mounou, Ă©lu CSE et secrĂ©taire adjoint du syndicat SUD pour la CPAM de Paris, oĂč il est entrĂ© en 2013. Au moment oĂč il nous parle, plus de 12 000 rĂ©clamations attendent d’ĂȘtre traitĂ©es par cette caisse, rien que pour les seules indemnitĂ©s journaliĂšres (tous sujets confondus, le compteur grimpe Ă plus de 30 000). « Avant le Covid, on en avait plutĂŽt 5 000 Ă 8 000, mĂȘme si ce n’Ă©tait pas non plus normal », dit-il.
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En bout de chaĂźne, des assurĂ©s sociaux parfois isolĂ©s et qui se retrouvent sans ressources. Dans l’IsĂšre, une agente d’accueil a rĂ©cemment reçu un assurĂ© qui a souscrit un crĂ©dit Ă la consommation pour subsister en attendant de percevoir ses indemnitĂ©s journaliĂšres. « La situation est telle que le service social des CPAM dirige les assurĂ©s en difficultĂ© vers des associations comme le Secours populaire pour demander des bons alimentaires », nous dit Nora Nidam, de la CPAM de Paris, dĂ©lĂ©guĂ©e syndicale Force ouvriĂšre. Une situation qui met les agents dans des situations intenables :
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« On n’en peut plus de maltraiter les assurĂ©s. »
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InterrogĂ©e sur le retard dans le versement des indemnitĂ©s journaliĂšres, la direction de la Caisse nationale de l’assurance-maladie (Cnam), qui chapeaute les CPAM, assure que le dĂ©lai moyen de traitement est actuellement de 31,2 jours, proche du « dĂ©lai standard » de 30 jours. Mais sur le terrain, il n’est pas rare que les dĂ©lais atteignent trois, quatre, ou six mois. Selon la Cnam, 10 % des caisses « requiĂšrent toujours une assistance renforcĂ©e ». Ce sont celles qui se trouvent dans des bassins d’emploi plus complexes (intĂ©rim, multi-employeurs…) comme l’Ile-de-France ou les mĂ©tropoles.
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Des insultes et menaces quotidiennes
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Les agents chargĂ©s de l’accueil ou postĂ©s Ă la plateforme tĂ©lĂ©phonique doivent faire face chaque jour Ă des assurĂ©s souvent dĂ©sespĂ©rĂ©s, parfois Ă©nervĂ©s. Face aux insultes et aux menaces, un tĂ©lĂ©conseiller de la CPAM Paris nous explique avoir pris le parti de « laisser couler, rester courtois », une mĂ©thode toutefois plus difficile Ă appliquer lorsqu’on est en tĂ©lĂ©travail, sans les collĂšgues autour pour dĂ©compresser.
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En agence, « les incivilitĂ©s sont quotidiennes, les gens sont excĂ©dĂ©s », rapporte Karen Mantovani, dĂ©lĂ©guĂ©e CGT Ă la CPAM de l’IsĂšre et agent d’accueil. DerniĂšre montĂ©e de tension en date : un assurĂ© impatient qui rentre dans son box alors qu’elle Ă©tait en rendez-vous, l’insulte puis sort en claquant la porte. Un autre agent, en Gironde, s’Ă©tonne presque de la courtoisie de certains assurĂ©s en difficultĂ©. Mais, en interne, beaucoup craignent « l’Ă©tincelle ». Le drame. En 2019, un assurĂ© avait tentĂ© de s’immoler dans les locaux de la CPAM de l’Eure, Ă Evreux.
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A tous les postes – traitement des dossiers, accueil physique ou tĂ©lĂ©phonique -, les agents et les organisations syndicales dĂ©noncent une situation de « sous-effectif chronique », mise en lumiĂšre par la crise du Covid. Une agente d’accueil du Sud de la France, qui reçoit quelque 100 usagers par jour, juge sa charge de travail « abominable ». Dans de nombreuses caisses, le rythme des heures supplĂ©mentaires proposĂ©es augmente : en Ille-et-Vilaine, ce sera tous les samedis matin de juillet, aoĂ»t et septembre. Des heures supplĂ©mentaires qui permettent un complĂ©ment de salaire parfois bienvenu, mais qui exposent au risque de s’Ă©puiser encore davantage Ă travailler six jours sur sept. « Je vais en faire quelques-unes mais pas tous les samedis. Ăa fait deux ans qu’on nous demande de faire plus, plus vite. Comme tous mes collĂšgues, je me sens Ă©puisĂ©e », dit Marilyne Garel qui travaille au paiement des indemnitĂ©s journaliĂšres Ă la CPAM d’Ille-et-Vilaine, oĂč elle est Ă©galement dĂ©lĂ©guĂ©e syndicale CFDT.
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Pour Ă©pauler les agents dans la liquidation des arrĂȘts de travail, 240 postes en contrats courts ont Ă©tĂ© créés et intĂ©grĂ©s Ă une « task force » pour venir en aide aux caisses en difficultĂ©. Celle-ci « restera en place tant que la situation sera tendue », et a Ă©tĂ© prolongĂ©e pour le deuxiĂšme semestre 2022, selon la direction gĂ©nĂ©rale de la Cnam. Elle ajoute que des redĂ©ploiements en interne ont aussi permis d’augmenter de « prĂšs de 40 % » le nombre d’agents consacrĂ©s Ă la gestion des arrĂȘts de travail entre 2019 et 2022. Sur cette pĂ©riode de crise, le taux d’agents en contrats temporaires chargĂ©s des indemnitĂ©s journaliĂšres est passĂ© Ă 15 %, contre 4 % en pĂ©riode normale.
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« On appuie sur des boutons toute la journée »
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Et aprĂšs le Covid ? Les organisations syndicales demandent des recrutements sur le long terme, et dĂ©noncent le recours aux CDD et Ă l’intĂ©rim. Elles estiment notamment que les formations proposĂ©es Ă ces agents en contrats courts ne sont pas suffisantes pour gĂ©rer des dossiers parfois complexes et qui nĂ©cessitent de bien connaĂźtre la lĂ©gislation et ses derniĂšres Ă©volutions. « Il faut un moins un an pour ĂȘtre autonome sur les dossiers d’indemnitĂ©s journaliĂšres les plus simples. Sinon, on fait des erreurs et ce sont les assurĂ©s qui trinquent », juge Karen Mantovani, de l’IsĂšre. Mais la Cnam se concentre sur la gestion de crise. Thomas FatĂŽme, son directeur gĂ©nĂ©ral :
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« Pour nous, le sujet n’est pas de savoir si nous avons, dans la durĂ©e, suffisamment d’Ă©quipes pĂ©rennes pour traiter les arrĂȘts de travail, car la rĂ©ponse est oui. »
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Compte tenu de la situation exceptionnelle de ces derniĂšres annĂ©es, et de l’absorption par l’assurance-maladie des rĂ©gimes spĂ©ciaux ayant apportĂ© plus de 7 millions d’assurĂ©s sociaux, la suppression de 3 650 emplois, prĂ©vue dans la Convention d’Objectifs et de Gestion (COG) conclue avec l’Etat pour 2018-2022, n’a pas eu lieu. Mais les agents s’inquiĂštent de futures rĂ©ductions d’effectifs dans la COG qui doit ĂȘtre nĂ©gociĂ©e en fin d’annĂ©e. Toutes branches confondues, c’est bien le chemin que prennent les effectifs de la SĂ©curitĂ© sociale : en 2010, les caisses comptaient 156 000 salariĂ©s. Onze ans plus tard, ils Ă©taient 10 000 de moins.
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Sur le terrain, les agents et leurs reprĂ©sentants syndicaux s’inquiĂštent aussi des effets de la dĂ©matĂ©rialisation des services, qui modifie leur travail et leur rapport aux assurĂ©s. « Les gens en difficultĂ© se dĂ©placent, ils sont reçus par un jeune en Service civique qui leur demande d’utiliser une borne ou de prendre rendez-vous en ligne ou par tĂ©lĂ©phone », s’agace Julien Mounou, de la CPAM Paris :
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« Tout semble fait pour que les gens ne viennent pas sur place, alors que la Sécurité sociale leur appartient. »
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Dans son rapport annuel 2021, la dĂ©fenseure des Droits Claire HĂ©don dĂ©plorait la « dĂ©matĂ©rialisation Ă marche forcĂ©e » des services publics. Une dĂ©matĂ©rialisation qui peut constituer un obstacle pour les publics les plus prĂ©caires, alors que ce sont prĂ©cisĂ©ment pour eux que l’accĂšs aux droits sociaux « revĂȘt un caractĂšre vital ».
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InterrogĂ©e Ă ce sujet, la direction gĂ©nĂ©rale de la Cnam dĂ©ment vouloir passer au tout numĂ©rique : « Nous sommes trĂšs attentifs Ă cette question. Si le numĂ©rique est plĂ©biscitĂ© par une grande partie de nos assurĂ©s, il est important pour nous de maintenir nos accueils physiques et tĂ©lĂ©phoniques. » Quoi qu’il en soit, l’augmentation du recours au numĂ©rique dans le quotidien des agents a un impact sur leur travail et la façon dont ils perçoivent leur utilitĂ©. « Je ne me lĂšve pas en me disant que j’ai envie de passer une journĂ©e facile, mais que j’ai envie de rendre service », nous dit Victor (le prĂ©nom a Ă©tĂ© modifiĂ©), agent d’accueil en Gironde. « On appuie sur des boutons toute la journĂ©e », estime de son cĂŽtĂ© Murielle Pereyron, de la CPAM du RhĂŽne, par ailleurs responsable fĂ©dĂ©rale de la CGT Organismes sociaux en Auvergne-RhĂŽne-Alpes.
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« On ne réfléchit plus au traitement des dossiers, on ne les suit plus de A à Z. On est devenus des presse-boutons. »
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« Le travail a été saucissonné »
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Une impression accentuĂ©e par un autre changement important d’organisation entamĂ© dans les annĂ©es 2000 : la fin de la polyvalence des agents. Historiquement, chaque agent gĂ©rait son portefeuille d’assurĂ©s sociaux, pouvait faire tantĂŽt de l’accueil, tantĂŽt de la « liquidation », tantĂŽt du paiement… Une polyvalence « source de prestige », notait la sociologue CĂ©line Gabarro dans un article sur « l’Ă©volution du travail Ă l’assurance-maladie ». Car suivre un dossier de bout en bout, c’est maĂźtriser tout un processus mais aussi pouvoir jouer un rĂŽle dans sa rĂ©solution. Tout est dĂ©sormais organisĂ© par silo : dans le cas d’un accident du travail, la dĂ©claration de l’employeur sera reçue par un agent, le certificat par un autre, et c’est un troisiĂšme qui validera le tout.
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RĂ©sultat, de nombreux agents dĂ©noncent une « perte de sens » dans leurs missions, voire un « conflit de valeur », ce dĂ©calage dĂ©sagrĂ©able entre ce que devrait ĂȘtre le travail au service des assurĂ©s s’il Ă©tait bien fait, et ce qu’il est rĂ©ellement en raison des moyens ou des objectifs et consignes qu’on nous donne. « Pour dĂ©bloquer certaines situations, il faut passer au-delĂ des consignes. On a un petit rĂ©seau entre services, on se passe des coups de fil entre nous pour aller au bout du dossier », raconte Karen Mantovani. « Le mĂ©tier a Ă©tĂ© saucissonnĂ© », regrette Murielle Pereyron. EntrĂ©e Ă la CPAM il y a quarante ans, elle se souvient de la fiertĂ© que ressentaient les agents à « travailler pour la SĂ©cu, rendre service ». Elle assure que ce sentiment s’est dĂ©sormais perdu :
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« Lorsque de nouveaux agents arrivent en centre d’appels, on leur prĂ©sente Ă peine l’institution. Certains me disent qu’ils pourraient travailler chez Monoprix, que ce serait pareil. Au tĂ©lĂ©phone, on doit parler le moins possible, se limiter Ă trois minutes. A l’accueil, on doit recevoir le moins longtemps possible, et pas plus de quinze minutes. Avec mes collĂšgues proches de la retraite, on se dit qu’on est contents de partir. On fait du mauvais travail depuis des annĂ©es. »
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« Ce qui me dĂ©sole, ce n’est pas tant la dĂ©gradation de mes conditions de travail que la dĂ©gradation du service que je peux donner aux assurĂ©s sociaux », rĂ©sume de son cĂŽtĂ© Victor, en Gironde. Un de ses collĂšgues, au sujet du travail sur les plateformes tĂ©lĂ©phoniques : « Quand j’ai commencĂ© ma carriĂšre, la consigne Ă©tait de ne pas avoir de rĂ©itĂ©ration. Cela voulait dire que la personne Ă©tait bien renseignĂ©e. Aujourd’hui, on est sur du quantitatif. Il faut prendre le plus d’appels possible. Et tant pis si les gens rappellent. »
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Le directeur gĂ©nĂ©ral de la Cnam assure « prendre trĂšs au sĂ©rieux les questions de fatigue, de stress ou de souffrance au travail » dans une situation oĂč la « charge de travail est exceptionnelle » : « Il ne s’agit pas de dire que tout est rose, mais nous n’observons pas de rupture en ce qui concerne le nombre de dĂ©parts ou l’absentĂ©isme Ă l’assurance-maladie », dit Thomas FatĂŽme – 496 dĂ©missions en 2021 contre 470 dĂ©missions en 2019 sur quelque 65 000 agents, mĂȘme si les syndicats assurent que les chiffres ont augmentĂ© ces derniers mois dans les caisses oĂč la situation est la plus tendue. A la CPAM de Seine-Saint-Denis, une rĂ©cente « aprĂšs-midi pizza » organisĂ©e pour les agents des indemnitĂ©s journaliĂšres n’a pas convaincu. « Je ne suis pas contre les moments de convivialitĂ©, mais on demande surtout de pouvoir bien travailler et d’ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ© », nous dit BenoĂźt Hourmand, Ă©lu Force ouvriĂšre de cette CPAM.
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EpuisĂ©s par ces derniers mois, les agents rĂ©clament davantage de reconnaissance, ce qui passe notamment par la rĂ©munĂ©ration, surtout dans un contexte de forte inflation. Des nĂ©gociations sur les salaires vont s’engager dans les prochaines semaines, Ă la suite de l’augmentation du traitement des fonctionnaires, et les organisations syndicales prĂ©voient d’ores et dĂ©jĂ de se mobiliser Ă la rentrĂ©e. Alice (le prĂ©nom a Ă©tĂ© modifiĂ©), agent d’accueil dans les Bouches-du-RhĂŽne, gagne 1 300 euros net par mois, un salaire qui comprend une prime de 90 euros. Elle nous dit : « On a d’autant plus d’empathie pour les assurĂ©s qu’on est dans la mĂȘme situation qu’eux. »
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Carpentier
InvitéVoilĂ comment ça marche en France, oui.
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Xavier le documentaliste
InvitéQuand le pĂ©riph tombera en ruine , par AurĂ©lien Bellanger
25 May 2023
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Train fantĂŽme ou anneau sacrĂ©, le boulevard pĂ©riphĂ©rique exprime comme rien dâautre ce que les villes modernes ont Ă nous dire. Sa disparition, serpent de mer de lâexpĂ©rience parisienne, nâeffacera jamais sa monumentale splendeur.
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Au commencement le pĂ©riph est de lâordre du sceau â quelque chose comme le gĂ©nĂ©rique dâun film de magie, avec lâor de toutes les autoroutes de France venu sâĂ©couler lĂ dans un moule en forme dâanneau profondĂ©ment enterrĂ© dans le sol au sud et Ă lâouest mais tenu de lâautre cĂŽtĂ©, par les grandes griffes des Ă©changeurs de la Chapelle et de Bagnolet, dans un Ă©lĂ©gant dĂ©sĂ©quilibre.
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La chose avait tout, pour le banlieusard que jâĂ©tais, dâun objet sacrĂ©. On rentrait rarement dans Paris sans effectuer auparavant un bout de procession entre les anges dĂ©goulinants de la Porte de Gentilly et le porte-Ă -faux un peu dĂ©moniaque du Parc des princes â tandis que sous les tunnels, les lampes Ă sodium nous Ă©clairaient comme des cierges dans une Ă©glise. Et jâai souvent pensĂ©, devant les Ă©changeurs aĂ©riens du Nord et de lâEst, que le XXe siĂšcle avait rĂ©itĂ©rĂ©, sans mĂȘme y penser, le grand geste gothique dâune architecture rĂ©duite aux Ă©lancements gĂ©omĂ©triques de ses formes ramenĂ©es Ă leur seule fonction â descendre le poids des voĂ»tes ou alimenter le pĂ©riph en automobiles. Comme si le sacrĂ© Ă©tait lĂ , dans cette puretĂ© programmatique : le pĂ©riph, dĂ©jĂ , mâapparaissait comme le seul monument capable dâexprimer ce que les villes modernes avaient Ă nous dire. Quâelles Ă©taient des entitĂ©s closes, autonomes et au bord du sacrĂ©. Le sacrĂ© tel quâil mâĂ©tait par exemple apparu dans lâimage de lâarchange du Mont-Saint-Michel rapportĂ© Ă sa basilique par un hĂ©licoptĂšre : ni plus ni moins que cette prouesse technique. Le petit village, sur son rocher, qui pouvait seul rivaliser, en densitĂ©, avec Paris, finissait sur cette Ă©nigme dâun objet qui ne pouvait venir que du ciel. Le pĂ©riph Ă©tait tombĂ©, de la mĂȘme maniĂšre, entre la banlieue informe et la ville-musĂ©e â tombĂ©, plutĂŽt que construit â ou, mieux que tombĂ©, inscrit, le pĂ©riph est un sort ou une conjuration.
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Il longe, dâailleurs, comme si câĂ©tait son ombre, faite dâune magie plus ancienne, une ruine presque aussi longue que lui, et quâon a Ă ce point oubliĂ©e quâon a mĂȘme nĂ©gligĂ© de la dĂ©molir : la voie ferroviaire dite de petite ceinture, qui aura Ă©tĂ©, en son temps, la plus grande infrastructure de la mĂ©tropole, un anneau de 32 kilomĂštres. Si on a fini, aprĂšs un siĂšcle de sommeil, par en concĂ©der des portions Ă la balade, des balades qui obligent Ă marcher, sur ses traverses de bois, Ă un rythme un peu faux, la petite ceinture aura Ă©tĂ© pendant tout ce temps oubliĂ©e, sauf des amateurs dâarchitecture monumentale Ă qui il arrive de descendre, vers Montsouris, dans lâune de ses parties encore interdites, oĂč un long tunnel permet dâaccĂ©der Ă ses voĂ»tes cyclopĂ©ennes recouvertes de vĂ©gĂ©tations â on a lâimpression, soudain, dâĂȘtre au-devant des ruines dâun temple au milieu de la jungle.
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Est-ce quâon descendra un jour, avec la mĂȘme excitation, sur des portions oubliĂ©es du pĂ©riph, est-ce quâon montera en haut de ses anciens Ă©changeurs comme sur les crĂȘtes Ă©maciĂ©es dâune montagne disparue ?
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On se contentait de la féerie du passage
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Il est, en tout cas, remarquable que ces monuments dâefficacitĂ© que sont les grandes infrastructures de transport puissent aussi rapidement, aussi rĂȘveusement, se transformer en ruines.
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Et dans une large part, pour les Parisiens, et plus encore, parmi eux, pour ceux qui se sont laissĂ©s prendre au jeu de lâoie sociologique Ă un coup de la montĂ©e Ă Paris, le pĂ©riph est frappĂ© dâobsolescence irrĂ©versible, Ă peine lâa-t-on franchi une derniĂšre fois. Depuis vingt ans que jâhabite lĂ , je ne lâai ainsi quasiment jamais pris.
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A peine si je me souviens ici ou lĂ de lâimportance quâil avait eue pour moi, et de sa monumentalitĂ© passĂ©e, enfantine et quasiment foraine, telle quâelle se dĂ©voilait Ă moi aprĂšs un virage surĂ©levĂ© Ă gauche, comme celui dâun circuit, avant la longue ligne droite qui donnait lâimpression quâon flottait, aprĂšs la Villette, sur la mer de carton des toits dâAubervilliers, avec au loin le phare de lâenseigne rotative de la tour Pleyel, qui ne paraissait pas tourner beaucoup plus vite que nous.
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Mais le train fantĂŽme nous entraĂźnait bientĂŽt dans des zones plus dangereuses â on plongeait lĂ , arrivĂ©s au bois de Boulogne, sous la forĂȘt dâimages publicitaires et de lianes en nĂ©ons que nous venions de traverser, on arrivait dans le monde mis Ă nu des racines et de la logistique, dans le chantier permanent qui assurait la subsistance de la ville, la rampe inclinĂ©e qui lâalimentait en habitants nouveaux. Lâimportance de ce qui passait au centre excusait la brutalitĂ© du rituel.
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Je nâai jamais achevĂ©, Ă cette Ă©poque, le tour complet : cela nâa jamais Ă©tĂ© lâusage normal de lâobjet, comme si la fĂ©erie ne pouvait jamais ĂȘtre totalement dĂ©ployĂ©e. On se contentait, Ă la place, de la fĂ©erie plus mĂ©diocre du passage â au risque, Ă trop se prĂ©cipiter dans la salle, de rater quelque chose, en coulisses, de plus important que le spectacle : la vie parisienne repose largement sur cette Ă©tourderie.
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LâĂ©tourderie de lâoubli du pĂ©riph ou de sa pĂ©trification trop rapide en ruine.
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La politique-fiction de sa disparition possible, presque aussi vieille que lui, est en rĂ©alitĂ© Ă©lĂ©mentaire, Ă lâintĂ©rieur de lâanneau. Les forĂȘts enchantĂ©es nâont pas de lisiĂšre, les villes-musĂ©es pas dâautoroutes urbaines.
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La disparition du pĂ©riph est un motif entĂȘtant de lâexpĂ©rience parisienne â mais il nâaura jamais autant disparu quâaujourdâhui, du temps de sa grondante splendeur.
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Carpentier
InvitéPresque déçue de ces lignes Ă propos du periph, dĂźtes donc, je l’avais fantasmĂ©e plus gĂ©omĂ©trique que fantasmagorique la politique fiction de Bellanger Ă propos; en revanche, j’aime beaucoup sa mĂ©taphore avec les portes/entrĂ©es dans Paris en cases d’un jeu de l’oie sociologique.
Son hommage discret Ă la petite ceinture aussi, que de nombreuses assos rĂ©veillent rĂ©guliĂšrement en y faisant rouler de vieilles locos dont on agrĂ©mente l’ancienne vie d’usages et tĂ©moignages de l’autre Paris, aprĂšs avoir proposĂ© de boire un pot ou fait un peu de taĂŻ chi dans un des nombreux lieux qui occupent aujourd’hui les espaces en arcade qui relient les piliers de fondation.
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Xavier le documentaliste pour vous servir
InvitéPatrick Boucheron « J’observe un climat anti -intellectuels qui m’inquiĂšte » ; L’historien, dont l’Ă©mission sur France Inter ne sera pas reconduite l’annĂ©e prochaine, s’Ă©meut du manque de considĂ©ration pour la parole universitaire dans le dĂ©bat public, alors qu’elle devient de plus en plus nĂ©cessaire.
Libération
Clémence Mary
AprĂšs l’Ă©tĂ©, ce n’est pas Ă la Maison de la radio que l’historien Patrick Boucheron fera sa rentrĂ©e. Producteur depuis deux saisons d’Histoire de chaque dimanche, le professeur au CollĂšge de France, spĂ©cialiste de l’Italie mĂ©diĂ©vale, s’est vu notifier par la direction de France Inter -par lettre et une brĂšve entrevue- la fin de son Ă©mission. Cette nouvelle intervient alors que d’autres animateurs doivent quitter la chaĂźne en fin de saison, comme Jean Lebrun, autre producteur d’Ă©missions d’histoire, ou Laure Adler, productrice de l’Heure bleue. Signes de l’Ă©moi suscitĂ©, des messages d’incomprĂ©hension et de soutien adressĂ©s par de nombreux auditeurs Ă la mĂ©diatrice de Radio France, ou encore un tweet de l’historienne Ludivine Bantigny, intervenante rĂ©guliĂšre de l’Ă©mission, «s’Ă©tonnant» de l’annonce a Ă©tĂ© lu 1,3 million de fois.
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Pour l’auteur de Conjurer la peur et cosignataire de l’Histoire mondiale de la France (Seuil, 2013 et 2017) cette dĂ©cision, justifiĂ©e pour des raisons budgĂ©taires, envoie un mauvais signal Ă l’ensemble des historiens -et au-delĂ , Ă la communautĂ© universitaire. Car montrer que l’histoire n’est pas une vĂ©ritĂ© univoque et mettre les discours Ă l’Ă©preuve des faits sont des missions de service public plus que jamais nĂ©cessaires, estime-t-il, dans une ambiance sociale et politique propice aux falsifications du passĂ© et du rĂ©el.
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Comment avez-vous reçu l’annonce de la fin de votre Ă©mission ? J’ai Ă©tĂ© surpris par l’absence de justifications Ă©ditoriales. L’Ă©mission avait Ă©tĂ© installĂ©e en septembre 2021 sur des critĂšres politiques, comme une rĂ©ponse Ă la dĂ©gradation du dĂ©bat public, Ă l’approche d’une Ă©lection oĂč l’histoire risquait d’ĂȘtre instrumentalisĂ©e. Ses raisons sont-elles moins impĂ©rieuses aujourd’hui ? Et les «raisons budgĂ©taires» invoquĂ©es ne sont pas sĂ©rieuses : difficile de produire une Ă©mission moins chĂšre, puisqu’elle consistait Ă inviter gratuitement des universitaires. Quant au ton et Ă la teneur de l’entretien qu’AdĂšle Van Reeth a livrĂ© au Monde, ils ne nous aident pas Ă ne pas y voir un signe politique. Lorsqu’elle affirme que «France Inter n’est ni de droite ni de gauche !», qui cherche-t-elle Ă convaincre ? AdĂšle Van Reeth s’est justifiĂ©e en affirmant que l’histoire n’a pas disparu de l’antenne, car d’autres Ă©missions lui sont consacrĂ©es⊠Il y a une diffĂ©rence de nature entre l’ap- proche d’un journaliste et celle d’un historien. Les podcasts de Philippe Collin sont trĂšs bien faits, quant Ă StĂ©phanie Duncan ou Ă Fabrice Drouelle [tous trois citĂ©s dans l’interview d’AdĂšle Van Reeth au Monde, ndlr], ils seront sans doute Ă©tonnĂ©s d’apprendre qu’ils font des Ă©missions d’histoire. Pendant longtemps on a opposĂ© l’art du rĂ©cit Ă la pensĂ©e critique. Le premier tient au talent narratif et oratoire de journalistes, de conteurs ou d’Ă©crivains qui entraĂźnent avec eux le public, quitte Ă ce que d’autres, moins vifs mais plus scrupuleux, les corrigent par un travail de fact-checking.
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Pourquoi cantonner les historiens Ă ce rĂŽle si peu flatteur ? L’histoire n’est pas une vĂ©ritĂ© absolue, et sa fabrique doit ĂȘtre racontĂ©e par ceux qui la produisent. Ce n’est pas rĂ©vo- lutionnaire mais c’est de plus en plus nĂ©cessaire : ce qu’il y a de mensonger dans cette illusion lyrique d’une histoire qui coule de source, c’est qu’elle exalte toujours des continuitĂ©s et des identitĂ©s. C’est ainsi que la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes veut nous raconter Ă Gergovie «nos ancĂȘtres les Gaulois» dans un mĂ©ga-musĂ©e dont l’argumentaire, purement idĂ©ologique, mĂ©prise tranquillement toutes les avancĂ©es de la recherche historique.
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Quelle vision de l’histoire avez-vous tentĂ© de porter sur l’antenne ? D’abord, une vision collective, en organisant des dĂ©bats engagĂ©s mais argumentĂ©s tout en racontant simplement l’histoire. Les historiens sont armĂ©s et suffisamment ouverts pour s’adresser directement au public. L’histoire n’appartient pas aux historiens. Je n’ai jamais voulu en dĂ©fendre le prĂ© carrĂ© mais au contraire l’ouvrir Ă tout ce qui la dĂ©borde, et notamment la diversitĂ© des usages sociaux de l’histoire. C’est pourquoi nous invitions aussi des dessinateurs de BD, des cinĂ©astes, des metteurs en scĂšne, tous ceux qui rendent le passĂ© vivant et vibrant.
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Nous traitions de sujets parfois pointus – la mondialisation par le prisme de l’histoire des Mongols, ou populaires – la sĂ©rie Kaamelott, avec Alexandre Astier. On peut montrer l’histoire en train de se faire sans tomber dans l’entre-soi d’une historiographie jugĂ©e ennuyeuse. L’histoire est toujours une enquĂȘte, et c’est ce qui la rend captivante -les gens s’intĂ©ressent plus aux Ă©gyptologues qu’aux pharaons ! A quelle distance de l’actualitĂ© un historien doit-il se situer ? Quand j’accepte de participer Ă des Ă©missions d’actualitĂ©, j’essaie de ne pas commenter les Ă©vĂ©nements comme un Ă©ditorialiste mais en restant fidĂšle Ă la dĂ©finition foucaldienne de l’intellectuel spĂ©cifique : quelqu’un qui parle Ă partir de son travail, sans s’enivrer de son propre pouvoir de dire. Quand je parle du rapport entre Macron et Machiavel, je ne fais pas de la radio une tribune pour y clamer mes opinions.
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Dans une Ă©mission, les opportunitĂ©s pour Ă©voquer l’actualitĂ© au prisme du passĂ© sont multiples: commĂ©morations, controverses⊠Parfois, la concordance des temps est Ă©vidente – comme au dĂ©but de la guerre en Ukraine- parfois moins. Quand nous parlons de DĂ©mosthĂšne, Ă l’occasion de la publication de ses discours, nous posons des questions trĂšs actuelles: qu’est-ce que la parole poli- tique, l’Ă©loquence parlementaire ? Le parler vrai peut-il faire rempart contre un pouvoir autoritaire ? Votre conception de l’histoire est finalement assez politiqueâŠ
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Je crois en la capacitĂ© qu’a l’histoire d’ĂȘtre une ressource d’intelligibilitĂ© pour aujourd’hui. La maniĂšre de la transmettre, avec une certaine distance, vaut prise de position, pour rĂ©sister Ă l’arrogance du prĂ©sent. Un exemple: entre 2021 et 2022, le nom d’Eric Zemmour a bourdonnĂ© comme un bruit de fond dans le paysage mĂ©diatique.
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Nous n’en n’avons pas parlĂ© pendant trois mois.
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AprĂšs l’annonce de sa candidature, nous avons invitĂ© l’historien Laurent Joly pour parler du rĂŽle de Vichy dans la Shoah. La mise au point Ă©tait nĂ©cessaire car il y a des faits qu’il est de notre devoir de libĂ©rer du rĂšgne de l’opinion. Et pas seulement les faits : toutes les interprĂ©tations ne se valent pas. Si quelqu’un affirme que PĂ©tain a sauvĂ© les Juifs français en livrant les Juifs Ă©trangers, il n’est pas question d’en dĂ©battre comme d’une hypothĂšse mais de combattre un mensonge. En deux ans, le nom de Zemmour n’a Ă©tĂ© prononcĂ© qu’une seule fois dans l’Ă©mission pour parler de ce qu’il dĂ©signe : la falsification de l’histoire. Ce thĂšme est revenu Ă maintes reprises, lorsque nous Ă©voquions la Turquie contemporaine avec Orhan Pamuk, l’affaire CĂ©line, mais aussi la guerre oubliĂ©e en Syrie. En quoi les historiens peuvent-ils Ă©clairer notre prĂ©sent ? L’histoire est une pratique de diagnostic du prĂ©sent, une maniĂšre de faire surgir de nouveaux objets de curiositĂ© en variant l’angle du regard. S’intĂ©resser au passĂ© permet de comprendre en quoi aujourd’hui diffĂšre d’hier, de se demander si ce qu’on nous prĂ©sente comme Ă©vĂ©nement dĂ©cisif est si saillant, ou si d’autres mutations plus sourdes ou inattendues ne vont pas plus bouleverser notre quotidien. RĂ©flĂ©chir Ă ce qui fait Ă©vĂ©nement Ă©tait d’ailleurs le propos de l’ouvrage Quand l’histoire fait dates (Seuil, 2022). Chacun sent confusĂ©ment que flotte aujourd’hui, dans l’air, quelque chose d’un peu inquiĂ©tant. Et quand le temps se gĂąte, ce n’est jamais une bonne idĂ©e de refermer les espaces d’intelligence collective.
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J’observe aujourd’hui un climat anti-intellectuels qui m’inquiĂšte. Il faudrait commencer Ă s’entendre sur ce qu’est un intellectuel, et sa lĂ©gitimitĂ© Ă s’exprimer dans l’espace public : l’autoritĂ© acadĂ©mique y participe, de mĂȘme que la capacitĂ© Ă s’adresser au public de maniĂšre prĂ©cise, probe et gĂ©nĂ©reuse. Ce n’est certainement pas le fait de conseiller les gouvernants ni d’exciter la ferveur -ou la dĂ©testation- des rĂ©seaux sociaux qui vaut accrĂ©ditation : l’invitation Ă dĂ©jeuner Ă l’ElysĂ©e ne fait pas le sociologue.
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Votre analyse s’Ă©largit-elle au-delĂ du cas des historiens ? Voyez le traitement mĂ©diatique de la rĂ©forme des retraites. Combien d’heures des Ă©ditorialistes, des intellectuels ou pseudo-philosophes en ont-ils dissertĂ© ? Et un jour Ă la matinale de France Inter, un Ă©conomiste inconnu du grand public, Michael Zemmour, enseignant-chercheur Ă l’universitĂ© de Paris-I, a rĂ©vĂ©lĂ© par son «parler vrai» les approximations – pour parler poliment – de la communication gouvernementale. Paisiblement, un spĂ©cialiste fort de son travail et non d’une autoritĂ© symbolique qu’il s’imagine dĂ©tenir, met des discours Ă l’Ă©preuve des faits. J’y vois une victoire de l’esprit public, signe de l’importance de considĂ©rer la parole des chercheurs.
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Quel rĂŽle la radio a-t-elle jouĂ© dans votre formation intellectuelle ? Adolescent, j’Ă©coutais surtout la radio de nuit. Ce n’Ă©tait pas des Ă©missions d’histoire mais un espace de parole vivante, de libre expression, qui ouvrait une fenĂȘtre sur l’Ă©poque. On aura beau produire et rĂ©aliser des programmes raffinĂ©s sur le plan narratif, la radio est d’abord pour moi le calme feutrĂ© d’un studio, une parole, une hĂ©sitation, un silence. Mes souvenirs ne sont pas liĂ©s Ă un savoir mais relĂšvent de cette Ă©motion. C’est pourquoi j’observe avec un peu de tristesse la «plateformisation» – intitulĂ© de la politique gĂ©nĂ©rale de Radio France- du service public.
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L’antenne ne peut pas devenir le marchĂ© d’occasion des podcasts. Ou alors, soyons cohĂ©rents et prenons le parti d’Amazon contre les librairies indĂ©pendantes, de Twitter contre les journaux, de son Ă©cran contre les salles de théùtre et de cinĂ©ma, et faisons advenir un monde oĂč l’on ne peut trouver que ce qu’on cherche, et aimer que ce qu’on sait dĂ©jĂ devoir aimer. Je prĂ©fĂšre un monde oĂč l’on se laisse surprendre par une programmation, attirer par quelque chose qui se dit, une Ă©motion qui nous agrippe.
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Sarah G
InvitéMerci Xavier le documentaliste, merci pour le partage.
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Carpentier
InvitéBon complĂ©ment de rĂ©flexions Ă ce qu’on a dĂ©jĂ pu lire et entendre au sujet de l’Ă©quipe de Charline notamment, elle aussi remerciĂ©e.
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François Bégaudeau
Maßtre des cléssemi-remerciée
c’est plus sournois-
Carpentier
InvitéSournois, de quotidien Ă hebdo, oui.
Je me demande d’ailleurs si cette Ă©mission va bien exister.
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Carpentier
Invité-
Céline
InvitéCâest une vallĂ©e Ă lâĂ©conomie fertile, oĂč poussent semi-conducteurs et autres puces Ă©lectroniques. Mais pour cela il faut de lâeau, beaucoup dâeau. Or, dans le GrĂ©sivaudan aussi, il y en a moins quâavant le temps du dĂ©rĂšglement climatique, ce qui angoisse la population. En revanche, les milliards pleuvent. Lundi, le ministre de lâEconomie, Bruno Le Maire, a accordĂ© 2,9 milliards dâeuros de financement public Ă la nouvelle usine de STMicroelectronics (ST) Ă Crolles (IsĂšre), un projet colossal Ă 7,5 milliards.
Le site industriel, dont les capacitĂ©s de production doivent doubler, ne cesse de sâagrandir, sous les yeux interrogateurs des dĂ©fenseurs de lâenvironnement. Deux nouvelles extensions des immenses salles blanches viennent dâĂȘtre mises en service par le fabricant de puces Ă©lectroniques, associĂ© Ă lâĂ©mirati GobalFoundries (GF). Une autre sort de terre. La cadence, infernale, symbolise lâurgence stratĂ©gique Ă approvisionner en composants lâindustrie europĂ©enne de lâautomobile, de la tĂ©lĂ©phonie ou de lâespace.
Mais alors que le chantier est dĂ©jĂ bien avancĂ©, lâautorisation environnementale reste Ă lâinstruction. La prĂ©fecture de lâIsĂšre annonce une enquĂȘte publique «dans les prochains mois». Elle devra notamment examiner lâĂ©tat des stocks dâor bleu dans un dĂ©partement durement frappĂ© par la sĂ©cheresse Ă lâĂ©tĂ© 2022.
«Le manque de clairvoyance de nos décideurs politiques»
Le groupe ST est un trĂšs gros consommateur dâeau potable, Ă lâinstar de son voisin et partenaire Soitec, qui fabrique des plaques de silicium, lui aussi en plein essor. Lâan dernier, le premier en a englouti 4,5 millions de m3 â un chiffre en hausse de 60 % par rapport Ă 2015. Et Soitec, un million de mÂł, selon les chiffres de la communautĂ© de communes du GrĂ©sivaudan (CCLG). Dans cette vallĂ©e, la moitiĂ© de lâeau consommĂ©e en 2022 a servi Ă alimenter le secteur industriel, et en particulier les deux usines. Une proportion qui pourrait encore augmenter avec lâextension du site de ST.
Cette voracitĂ© a attirĂ© lâattention de la CGT, la premiĂšre Ă lancer lâalerte dĂšs aoĂ»t 2022, arguant que, « sans investissements importants pour rĂ©duire la quantitĂ© dâeau prĂ©levĂ©e », lâextension de Crolles risque de ne plus ĂȘtre supportable pour le territoire. Le syndicat demande que lâĂ©tude dâimpact prĂ©vue pour tout projet de ce type soit analysĂ©e par des experts indĂ©pendants : «Le manque de clairvoyance de nos dĂ©cideurs politiques sur la filiĂšre ne pourrait justifier une mauvaise dĂ©cision, prise Ă la hĂąte, avec des consĂ©quences dramatiques et irrĂ©versibles pour lâĂ©cosystĂšme.»
La rarĂ©faction des ressources en eau a-t-elle Ă©tĂ© anticipĂ©e ? En fĂ©vrier, la Mission rĂ©gionale dâautoritĂ© environnementale Auvergne-RhĂŽne-Alpes (MRAe), saisie dans le cadre de lâautorisation de lâextension, sâest refusĂ© Ă rendre un avis sur le dossier, en raison des «nombreuses lacunes» rendant «difficile [sa] comprĂ©hension et les impacts sur lâenvironnement». Au sujet de lâeau, lâorganisme indĂ©pendant sâest montrĂ© cinglant. Lâindustriel nâindique ni «lâĂ©tat quantitatif de la ressource en eau» ni «les conditions de sa pĂ©rennitĂ© au regard des Ă©volutions climatiques prĂ©visibles».
«La guerre de lâeau a commencé»
Pour porter la controverse en place publique, un collectif, STop Micro, a vu le jour Ă lâautomne 2022. DĂ©but avril, il a organisĂ© une manifestation devant lâusine qui a rassemblĂ© plus de 900 personnes. «De lâeau, pas des puces», disait une banderole. La porte-parole du mouvement, Ida, prĂ©cise : «Nous souhaitons rendre visible lâaccaparement des ressources par les industriels de lâĂ©lectronique et faire Ă©merger un mouvement dâopposition.» Si rien ne bouge, le collectif nâexclut pas de se lancer dans une bataille judiciaire. «La guerre de lâeau a commencĂ©, assĂšne Ida. Nous ne la voulons pas, nous la vivons !»
Certes ses administrĂ©s ont eu bien du mal, lâĂ©tĂ© dernier, Ă comprendre pourquoi il leur a fallu mettre les freins sur les robinets, tandis que les industriels pouvaient laisser les leurs grands ouverts. Mais lâidĂ©e quâun conflit autour de lâor bleu puisse survenir lui semble prĂ©maturĂ©e. Si Henri Baile, le prĂ©sident de la communautĂ© de communes, concĂšde ĂȘtre «prĂ©occupĂ© par lâĂ©quilibre territorial» et par la nĂ©cessitĂ© dâun «partage Ă©quitable», il se veut rassurant : «Nous sommes engagĂ©s dans lâexamen de la quantitĂ© et de la qualitĂ© des ressources non exploitĂ©es de notre territoire. Elles ne sont pas encore connues, pas plus que les besoins futurs des industriels qui travaillent sĂ©rieusement Ă faire des Ă©conomies.»
Mais dâautres Ă©lus appellent Ă prendre acte dâun changement dâĂ©poque. François Bernigaud, en charge de lâeau dans la mĂȘme collectivitĂ©, avertit : «Jusquâici, notre production dâeau augmentait au rythme des besoins. DĂ©sormais, nous ne pourrons plus suivre intĂ©gralement les hausses de consommation.» Le GrĂ©sivaudan avait toujours pu compter sur une rĂ©serve prĂ©cieuse : les nappes de la mĂ©tropole grenobloise voisine, alimentĂ©es par les riviĂšres du massif des Ecrins, fournissant une eau trĂšs pure, idĂ©ale pour la fabrication des puces. Cet Ă©tĂ©, grĂące Ă des travaux de doublement de la conduite existante, les livraisons grenobloises vont atteindre 10 millions de mÂł, contre 6,4 auparavant. Ce volume reprĂ©sente «lâĂ©quivalent de la consommation de Grenoble, ses 140 000 habitants et activitĂ©s», relĂšve Anne-Sophie Olmos. La vice-prĂ©sidente de Grenoble Alpes MĂ©tropole en charge du cycle de lâeau martĂšle que la limite est atteinte. «Nous approchons du maximum de pompage dans nos nappes. Nous ignorons leur Ă©volution future et nous devons augmenter notre soutien Ă dâautres collectivitĂ©s touchĂ©es par les sĂ©cheresses.»
«Travail de prospective nécessaire»
Face Ă ces alertes, ST a lancĂ© un programme «ambitieux» de gestion de lâeau, rĂ©duisant de 40 % les volumes utilisĂ©s pour produire une palette de puces. Lâentreprise promeut aussi le recyclage des eaux usĂ©es. Elle a par ailleurs obtenu lâautorisation de puiser directement dans la nappe du GrĂ©sivaudan, jusquâĂ 2,6 millions de mÂł par an, grĂące Ă deux forages. Mais, aujourdâhui, lâeau utilisĂ©e pour produire les composants reste Ă 100 % celle de Grenoble : ni lâeau recyclĂ©e ni lâeau pompĂ©e ne sont suffisamment pures.
Comment rĂ©soudre la difficile Ă©quation de la sobriĂ©tĂ© industrielle ? Henri Baile songe Ă crĂ©er un observatoire local de lâeau rĂ©unissant tous les acteurs locaux pour «anticiper les besoins futurs et les ressources mobilisables». Anne-Sophie Olmos, lâĂ©lue grenobloise, rĂ©clame de son cĂŽtĂ© la prise en compte du contexte de dĂ©rĂšglement climatique : «LâEtat a dit oui Ă ST sans faire le travail de prospective nĂ©cessaire. Il nous faut une vue complĂšte, intĂ©grant les besoins de lâagriculture, ceux des populations, des milieux naturels.» Pour Ă©viter une guerre de lâeau, il faut irriguer le dĂ©bat dĂ©mocratique afin de briser, selon les mots de la CGT, un «huis clos opaque», entre lâEtat et les grands industriels.
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Carpentier
InvitéCette fois encore, merci CĂ©line.
Il se pourrait que je concrĂ©tise bientĂŽt mon intĂ©rĂȘt pour le territoire coeur de cet article.
La difficultĂ© particuliĂšre ici pourrait ĂȘtre que, concernant le secteur de production de cette usine hydroboulimique, le coq y tient trop, c’est pas tout le monde qui pond des puces Ă©lectroniques en France.
Et tant pis pour Crolles et sa dent, la majo Ă ses pieds est quand mĂȘme bien des sans dents.-
Céline
InvitéCâest dans mon coin. On est bien cernĂ© entre les sĂ©cheresses et les retenues dâeau. Et puis quand on sâennuie il y a Lyon Turin aussiâŠ
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Carpentier
Invitéđ€đ€
Les verts aux cotĂ©s dâEric Piolle https://lundi.am/10-Ce-que-nous-voulons-c-est-l-autonomie.. Tant que les Ă©cologistes nâauront pas une position claire rĂ©clamant moins de numĂ©rique, la prĂ©tendue « relocalisation » ne sera quâun argument pour les industriels de lâĂ©lectronique pour multiplier leurs nuisances et leurs profits, et poursuivre la fuite en avant technologique. Ăvidemment, EELV ne peut le formuler aussi explicitement au risque dâĂȘtre mal vu par son Ă©lectorat, au risque de nuire Ă lâattractivitĂ© de la rĂ©gion. DâoĂč les grands mots utilisĂ©s par Mme Caron Cusey : « souverainetĂ© », « autonomie », « mĂ©tabolisme territorial », « rĂ©flexion globale », « pensĂ©e des interdĂ©pendances »⊠et mĂȘme « usages non humains » bien Ă©videmment , couplĂ©s Ă des solutions comme « la sobriĂ©tĂ© de lâusage, la limitation nĂ©cessaire de lâimpact, que ce soit par des innovations process, par le recyclage, etc. ». Si lâon sort de lâabstraction de ces formules, nous voilĂ face Ă des impasses trĂšs concrĂštes : que peut signifier la « limitation nĂ©cessaire de lâimpact » Ă propos dâun site Seveso seuil haut comme celui de Crolles ? / …
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InvitéPour dĂ©marrer la journĂ©e avec aplomb
La grĂšve, nouvelle attraction de Disneyland Paris
Depuis le 30 mai, Mickey, Donald et leurs amis ne sont plus les seuls Ă dĂ©filer dans le parc de Marne-la-VallĂ©e. Les rĂ©munĂ©rations, insuffisantes au regard de lâinflation et des conditions de travail dĂ©gradĂ©es, ont accouchĂ© dâun mouvement social historique. A la manĆuvre, un collectif de salariĂ©s qui sâest constituĂ© en parallĂšle des syndicats.La grande parade nâaura pas lieu. On annonce mĂȘme un dĂ©brayage au Pavillon des princesses. Ce samedi 3 juin, prĂšs dâun millier de manifestants prennent dâassaut le chĂąteau de la Belle au bois dormant, lâemblĂšme de Disneyland Paris. Leurs slogans brisent la « magie Disney » : « Marre dâĂȘtre fauchĂ© comme Donald Duck », « MalgrĂ© ses grandes oreilles, Mickey ne nous Ă©coute pas ».
Trois jours plus tard, le 6 juin, une partie des salariĂ©s de la premiĂšre destination touristique dâEurope ont votĂ© Ă nouveau la grĂšve et dĂ©filĂ©. Le « pays des rĂȘves qui deviennent rĂ©alitĂ© » est rattrapĂ© par la colĂšre sociale. Samir Chagroune jubile : « Jamais on nâavait rĂ©ussi Ă mobiliser Ă ce point les petites mains du parc. Elles sont sorties de lâombre. » Le trentenaire, sac Avengers sur le dos, affiche la bonne humeur indispensable Ă son mĂ©tier de guests flow, qui consiste Ă gĂ©rer les flux de visiteurs.
Dans la foule flottent des drapeaux syndicaux, mais la banderole de tĂȘte du cortĂšge annonce : « Mouvement anti-inflation » (MAI). Samir Chagroune est lâun des porte-parole de ce Âcollectif indĂ©pendant de salariĂ©s qui organise le mouvement social. Le Normand a travaillĂ© chez McDonaldâs avant de postuler, il y a six ans, au royaume de Mickey. Un rĂȘve de gosse autant quâun plan de carriĂšre. A lâunisson de beaucoup de salariĂ©s, il dĂ©crit un « mĂ©tier passion ». « Quand jâai Winnie lâourson pour collĂšgue, que Bourriquet me tape sur lâĂ©paule pendant mes pauses clope, que je peux redonner le sourire Ă des enfants malades, je me dis que je fais un des plus beaux boulots du monde. »
Mais, derriĂšre les sourires et les uniformes de hĂ©ros, le Âras-le-bol des cast members â le nom que Disney donne Ă ses salariĂ©s â couve depuis des annĂ©es. AprĂšs deux grĂšves peu mĂ©diatisĂ©es, pour ne pas entacher lâimage de petit paradis, les salariĂ©s ont dĂ©cidĂ© de rendre leur malaise visible en dĂ©filant au milieu des attractions dans Main Street le 30 mai. Un crĂšve-cĆur pour beaucoup, qui ne jurent que par le « respect du parc » et de ses visiteurs. Les rĂ©ponses (125 euros de prime, une partie du 13e mois mensualisĂ©, une incitation Ă monĂ©tiser leur compte Ă©pargne-temps) de la direction, qui nâa pas souhaitĂ© rĂ©pondre Ă nos questions, sont jugĂ©es insuffisantes. « Il nây avait plus dâautre moyen pour se faire entendre », plaide Samir Chagroune.
La liste des frustrations sâĂ©tire comme la queue devant Big Thunder Mountain, les montagnes russes les plus courues du parc : salaires autour du smic quand le coĂ»t de la vie explose ; sous-effectifs chroniques qui obligent de simples employĂ©s Ă manager des armĂ©es dâintĂ©rimaires ; plannings flexibles qui nuisent Ă la santĂ© et impactent la vie sociale. « Avant le Covid, des petits gestes compensaient un peu : des petites primes, des ÂdĂ©jeuners, des sorties offertes, se souvient Samir Chagroune. Ils ont disparu et ne sont jamais revenus. » Les salariĂ©s affirment que leurs conditions de travail, dĂ©gradĂ©es, ne leur permettent plus dâappliquer la « philosophie Disney » : sĂ©curitĂ©, courtoisie, spectacle, efficacitĂ©, inclusion.
Câest de la maintenance quâest partie lâĂ©tincelle. Au pied dâune montgolfiĂšre qui fait le yoyo dans un ciel azur, Etienne  â un prĂ©nom dâemprunt â montre une photo sur son tĂ©lĂ©phone. On lây voit fin mars au milieu de collĂšgues, la premiĂšre Ă©quipe Ă avoir transformĂ© sa colĂšre en action. « On a commencĂ© Ă dĂ©brayer Ă huit pour demander une hausse de salaire et le doublement des indemnitĂ©s kilomĂ©triques. Et on a obtenu⊠rien », sourit-il. Etienne travaille Ă lâatelier animation : il rĂ©pare les automates des attractions. « Alors, on est allĂ© voir la maintenance de nuit, qui intervient sur les spectacles ou les attractions, poursuit-il. Petit Ă petit, on sâest retrouvĂ© Ă 50, puis 200⊠»Cette fois, Sylvain Cayard flaire les prĂ©mices de quelque chose. Le dĂ©lĂ©guĂ© syndical CGT, lui aussi employĂ© de la maintenance, sait que la rĂ©volte frĂ©mit dans tous les services. « Je me suis dit quâon allait commencer par crĂ©er un groupe WhatsApp pour se compter », retrace le trentenaire. Il prend le nom de Mouvement anti-inflation (MAI) et grossit, nourri par le bouche-Ă -oreille et des sĂ©ances de tractage. Il atteint vite la limite des 1 000 membres autorisĂ©s.
Sylvain Cayard, treize ans de syndicalisme, sâĂ©tonne encore de ce succĂšs. « Il y avait dĂ©jĂ eu des mouvements sociaux, mais ils nâont jamais vraiment pris. » Que la maintenance gronde, ce nâest pas inhabituel, mais les ÂopĂ©rationnels du parc, les employĂ©s des attractions ou des restaurants, câest historique. « Ce sont les smicards et donc les plus difficiles Ă convaincre, note Samir Chagroune, qui a eu pour rĂŽle de les rallier Ă la lutte. Une journĂ©e de grĂšve, câest une journĂ©e de salaire perdu, le montant des repas dâune semaine. » La revendication dâune hausse de 200 euros du salaire mensuel a fĂ©dĂ©rĂ© par-delĂ les mĂ©tiers.
Mais le MAI a aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© du travail dâun premier collectif de salariĂ©s. Il y a trois ans, un groupe Facebook baptisĂ© « MS2020 » (« Mouvement social 2020 ») a libĂ©rĂ© la parole sur les conditions de travail chez Disney. Fort de 2 600 membres, « créé par des âcastsâ pour des âcastsâ », il sert encore de canal de Âcommunication. Aujourdâhui comme hier sur Facebook, ce ne sont pas les syndicats qui donnent le « la ». « On a montĂ© un comitĂ© dâorganisation dont tous les salariĂ©s peuvent faire partie sâils sont Ă©lus en assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, dĂ©crit Sylvain Cayard. Les gens peuvent dire : âLe collectif, câest nous.â »
Bien que nombreux, les syndiquĂ©s sont priĂ©s de mettre leur Ă©tiquette en sourdine. Sylvain Cayard arbore comme panoplie de lutte un gilet jaune siglĂ© MAI. AdhĂ©rent Ă lâUNSA, Samir Chagroune se prĂ©sente Ă ses camarades comme salariĂ© lambda. « Je nâai pas de mandat pour me protĂ©ger, pas dâheures de dĂ©lĂ©gation. Je crame mes ailes dans ce combat, câest un argument pour convaincre. » Loris Tabourel, 20 ans Ă peine, a rejoint le comitĂ© dâorganisation parce quâil est « portĂ© par les travailleurs, sans politique derriĂšre ». EmployĂ© de restauration, payĂ© 1 300 euros par mois et cassĂ© par lâalternance des plages horaires, il trouve que « la cause est noble ». « A Disneyland, les jeunes sont les premiers concernĂ©s, insiste-t-il. Ăa me semblait important de les reprĂ©senter. »
LâUNSA et la CGT seront lĂ , disent-ils, pour nĂ©gocier avec la direction, conscients aussi que des Ă©lections professionnelles se profilent. Seule la CFDT, le premier syndicat de Disneyland Paris, jugĂ© proche de lâentreprise par les grĂ©vistes, fustige un combat qui « met le parc en pĂ©ril ». « Le problĂšme de lâinflation est rĂ©el, mais 200 euros net par personne, câest pas possible, on est quand mĂȘme 17 000 salariĂ©s », rĂ©torque Djamila Ouaz. La secrĂ©taire de section reproche au MAI dâentraĂźner des prĂ©caires dans un conflit dur sans porte de sortie.
Choc des gĂ©nĂ©rations ? « Aujourdâhui, les salariĂ©s ne veulent plus dâorganisations syndicales. On ne respecte plus les institutions, soupire-t-elle, trĂšs remontĂ©e. Les jeunes nâont pas dâattachement Ă lâentreprise, ils veulent tout, tout de suite, ils ne se projettent pas dans lâavenir, car ils se disent quâils nâen ont pas. » « On veut juste vivre de notre travail et faire comprendre Ă la direction quâon ne crĂ©e pas de la magie avec de la misĂšre », rĂ©torque Samir Chagroune. Le premier jour dâembauche chez Disneyland, chaque salariĂ© reçoit des mains de la mascotte de Mickey un badge Ă son nom et entend dĂ©clamer la maxime maison : « La magie nâexiste pas sans vous. »
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Carpentier
InvitéĂa c’est beau, en effet.
Et ce sont peut-ĂȘtre aussi des mĂ©tiers vers lesquels on pourrait arrĂȘter d’envoyer, de conseiller d’aller en disant: ‘ ils embauchent facile, ils ont toujours besoin de monde, essaye, en attendant, ça te fera toujours de l’argent ‘ comme avec Mc Do et cie, souvent.
Car l’investissement est le mĂȘme pour passer l’embauche que partout, le mĂȘme cinĂ©ma qu’ailleurs, face Ă toi c’est la mĂȘme prĂ©tention de sĂ©rieux cĂŽtĂ© employeur.
Autant préserver son énergie. -
François Bégaudeau
MaĂźtre des clĂ©s« Seule la CFDT, le premier syndicat de Disneyland Paris, jugĂ© proche de lâentreprise par les grĂ©vistes, fustige un combat qui « met le parc en pĂ©ril ». « Le problĂšme de lâinflation est rĂ©el, mais 200 euros net par personne, câest pas possible, on est quand mĂȘme 17 000 salariĂ©s », rĂ©torque Djamila Ouaz. La secrĂ©taire de section reproche au MAI dâentraĂźner des prĂ©caires dans un conflit dur sans porte de sortie. »
Pour ceux à qui la belle unité syndicale vaine de ces derniers mois aurait fait oublier les fondamentaux.
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Carpentier
InvitéBonjour,
https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/06/07/les-pays-industriels-ont-choisi-la-croissance-et-le-rechauffement-climatique-et-s-en-sont-remis-a-l-adaptation_6176573_3232.html
En espérant que tout le monde va bien.-
Dr Xavier
InvitéLes anniversaires, c’est sacrĂ©. Bon anniversaire !
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Jean-Baptiste Fressoz
Historien, chercheur au CNRS
DĂšs la fin des annĂ©es 1970, les gouvernements des pays industriels, constatant lâinĂ©luctabilitĂ© du rĂ©chauffement, ont dĂ©libĂ©rĂ©ment poursuivi leurs activitĂ©s polluantes quitte Ă sâadapter Ă leurs effets sur le climat, rappelle Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique.
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LâĂ©moi provoquĂ© par la sortie du ministre de la transition Ă©cologique, Christophe BĂ©chu, qui a annoncĂ© « commencer Ă construire une trajectoire [de rĂ©chauffement] Ă 4°C » en vue de la fin du siĂšcle, est assez hypocrite. Que lâobjectif des 2°C, et a fortiori celui de 1,5°C, soit pour ainsi dire inatteignable est un secret de polichinelle. Il suffit de considĂ©rer les diminutions extraordinairement rapides des Ă©missions quâil faudrait obtenir pendant les annĂ©es 2020 pour comprendre le problĂšme.
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Mais feindre la surprise donne lâimpression dâavoir essayĂ© : lâadaptation serait donc le rĂ©sultat dâun Ă©chec, celui de nos efforts de transition. Or, ce rĂ©cit moralement rĂ©confortant est une fable. En rĂ©alitĂ©, lâadaptation a Ă©tĂ© trĂšs tĂŽt choisie comme la stratĂ©gie optimale.
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DĂšs novembre 1976, la Mitre Corporation, un groupe de rĂ©flexion dâorigine militaire proche de la Maison Blanche, organisait un congrĂšs intitulĂ© « Living with Climate Change : Phase II ». Dans son prĂ©ambule, le rapport passait rapidement sur le rĂ©chauffement, considĂ©rĂ© comme inexorable. Restait Ă en Ă©valuer les consĂ©quences sur lâĂ©conomie amĂ©ricaine. Mitre souhaitait ouvrir « un dialogue avec les leaders de lâindustrie, de la science et du gouvernement ». Le rĂ©sultat est impressionnant de prescience, et de dĂ©sinvolture.
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Prescience quand il aborde par exemple le problĂšme de la contraction des sols argileux et de ses effets sur la soliditĂ© des bĂątiments, une consĂ©quence effectivement coĂ»teuse du rĂ©chauffement ; dĂ©sinvolture, quand rien nâest dit de lâassĂšchement du Colorado, des incendies de forĂȘt ou des tempĂȘtes en Louisiane. Lâagriculture Ă©tait bien identifiĂ©e comme vulnĂ©rable mais, Ă lâĂ©chelle des Etats-Unis, ce secteur aurait toujours le moyen de dĂ©placer les zones de production.
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Une bataille perdue dâavance
En 1983, le rapport « Changing Climate » de lâAcadĂ©mie des sciences amĂ©ricaine â le titre est rĂ©vĂ©lateur â reprenait cette vision rassurante. Le dernier chapitre reconnaissait lâimpact du rĂ©chauffement sur lâagriculture, mais comme son poids dans lâĂ©conomie nationale Ă©tait faible, cela nâavait pas grande importance. Concernant les « zones affectĂ©es de maniĂšre catastrophique », leur sacrifice Ă©tait nĂ©cessaire pour ne pas entraver la croissance du reste du pays, mĂȘme sâil faudra probablement les dĂ©dommager.
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Au Royaume-Uni, un sĂ©minaire gouvernemental dâavril 1989 exprimait Ă©galement bien ce point de vue. La premiĂšre ministre Margaret Thatcher (1979-1990) avait demandĂ© Ă son gouvernement dâidentifier les moyens de rĂ©duire les Ă©missions. Les rĂ©ponses vont toutes dans le mĂȘme sens : inutile de se lancer dans une bataille perdue dâavance. On pourrait certes amĂ©liorer lâefficacitĂ© des vĂ©hicules, mais les gains seraient probablement annihilĂ©s par ce que les Ă©conomistes dĂ©finissent comme les « effets rebonds ». Selon le ministre de lâagriculture, « pour avoir un effet, les mesures Ă prendre devraient ĂȘtre si sĂ©vĂšres quâelles auraient des consĂ©quences catastrophiques sur notre compĂ©titivitĂ© ».
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Le ministre de lâĂ©nergie rappelait que le Royaume-Uni ne reprĂ©sentait que 3 % des Ă©missions et que cette part allait rapidement diminuer avec lâĂ©mergence de la Chine et de lâInde. Des efforts, mĂȘme hĂ©roĂŻques, nâauraient aucun effet perceptible sur le climat. La conclusion sâimposait : « On ne peut pas faire grand-chose Ă lâĂ©chelle nationale, et mĂȘme internationale, pour empĂȘcher le rĂ©chauffement global. On peut seulement espĂ©rer en attĂ©nuer les effets et nous y adapter. »
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Câest Ă cette Ă©poque que le Royaume-Uni se prononce contre le projet dâĂ©cotaxe europĂ©enne. La France, sous lâĂ©gide de Michel Rocard, avait dâabord promu ce dispositif â qui avantageait son industrie alimentĂ©e au nuclĂ©aire â avant de faire volte-face juste avant la confĂ©rence sur lâenvironnement de Rio de 1992. Câest aussi Ă cette Ă©poque que lâĂ©conomiste William Nordhaus dĂ©montrait « mathĂ©matiquement » le caractĂšre optimal dâun rĂ©chauffement de 3,5°C en 2100⊠Il obtiendra le « prix Nobel dâĂ©conomie » en 2018 pour ces travaux.
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Sans le dire, sans en dĂ©battre, les pays industriels ont « choisi » la croissance et le rĂ©chauffement, et sâen sont remis Ă lâadaptation. Cette rĂ©signation nâa jamais Ă©tĂ© explicitĂ©e, les populations nâont pas Ă©tĂ© consultĂ©es, surtout celles qui en seront et en sont dĂ©jĂ les victimes.
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Carpentier
Invité.. Le nouveau rĂ©gime climatique, la destruction accĂ©lĂ©rĂ©e des milieux de vie ont fait quitter Ă beaucoup dâentre nous lâarchipel des certitudes oĂč nous nous Ă©battions depuis la pensĂ©e des LumiĂšres, remettant en cause lâĂ©difice intellectuel et institutionnel quâelle nous avait lĂ©guĂ©. / … [le grand rĂ©cit Ă©volutionniste qui conduisait lâhumanitĂ© vers un perfectionnement constant, mais inĂ©gal selon les lieux, dĂ» au progrĂšs de la maĂźtrise des ressources]
+ https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/06/09/philippe-descola-et-baptiste-morizot-face-aux-bouleversements-ecologiques-il-est-temps-de-bifurquer-et-d-amenager-le-monde-pour-la-vie_6176849_3232.html
merci
(pas grand chose au pâtit dĂ©j ce matin, 3e jour de diĂšte pour acheter le socialter spĂ©cial đ) â -
Dr Xavier
InvitéBon anniversaire (bis et bise si je peux me permettre). Tu le sais peut-ĂȘtre dĂ©jĂ mais as-tu regardĂ© avec la bibliothĂšque municipale de ta commune si tu n’as pas un accĂšs en ligne Ă un agrĂ©gateur de journaux ? (C’est prĂ©cieux les bibliothĂšques municipales, pourvu qu’elles restent tjrs Ă©loignĂ©es des refards des marchands.)
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Philippe Descola et Baptiste Morizot : « Face aux bouleversements Ă©cologiques, il est temps de bifurquer et dâamĂ©nager le monde pour la vie »
Propos recueillis par Nicolas Truong
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ENTRETIEN La crise climatique nous fait entrer dans une Ă©poque nouvelle que les concepts des LumiĂšres peinent Ă apprĂ©hender, alors quâil convient de refaire sociĂ©tĂ© avec la Terre, estiment lâanthropologue Philippe Descola et le philosophe Baptiste Morizot, dans un entretien au « Monde ». Dialogue entre deux explorateurs engagĂ©s.
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Professeur Ă©mĂ©rite au CollĂšge de France, Philippe Descola est un anthropologue qui a converti toute une gĂ©nĂ©ration de chercheurs Ă penser « par-delĂ nature et culture ». MaĂźtre de confĂ©rences Ă lâuniversitĂ© Aix-Marseille, Baptiste Morizot est un philosophe qui explore nos « maniĂšres dâĂȘtre vivant ». Tous deux sont des intellectuels de terrain : en Amazonie parmi les Achuar, une tribu jivaro, pour Philippe Descola ; sur la piste animale, mais aussi dans les fermes rĂ©ensauvagĂ©es ou en agroforesterie, pour Baptiste Morizot.
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Tous deux, qui participent Ă lâouvrage collectif On ne dissout pas un soulĂšvement. Quarante voix pour Les SoulĂšvements de la Terre (Seuil, 192 pages, 11,50 euros), ont conscience que nous avons changĂ© dâĂšre et quâil convient de « bifurquer » afin de maintenir les conditions dâhabitabilitĂ© de la planĂšte. Philippe Descola, qui a rĂ©cemment consacrĂ© un sĂ©minaire, Ă lâuniversitĂ© de Berkeley (Californie), Ă lâĂ©laboration dâune nouvelle « cosmopolitique », et Baptiste Morizot, qui vient de publier LâInexplorĂ© (Wildproject, 432 pages, 26 euros), sâentretiennent ici, dans un dialogue philosophique, sur les enjeux Ă©cologiques.
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Dans quel nouveau monde nous fait entrer la crise écologique ? Et dans quelle mesure bouleverse-t-il nos anciens cadres de pensée ?
Philippe Descola : Le nouveau rĂ©gime climatique, la destruction accĂ©lĂ©rĂ©e des milieux de vie ont fait quitter Ă beaucoup dâentre nous lâarchipel des certitudes oĂč nous nous Ă©battions depuis la pensĂ©e des LumiĂšres, remettant en cause lâĂ©difice intellectuel et institutionnel quâelle nous avait lĂ©guĂ©. Nous savons certes ce qui ne va pas dans les grandes lignes, en quoi nos instruments de mesure et nos outils de connexion ne nous permettent plus de rendre compte de notre rĂ©alitĂ© collective. Nous avons laissĂ© derriĂšre nous le grand rĂ©cit Ă©volutionniste qui conduisait lâhumanitĂ© vers un perfectionnement constant, mais inĂ©gal selon les lieux, dĂ» au progrĂšs de la maĂźtrise des ressources, conscients que nous sommes que les solutions techniques ne sauveront pas la Terre de la dĂ©gradation de plus en plus perceptible de ses conditions dâhabitabilitĂ©. Nous mesurons aussi de mieux en mieux combien la position en surplomb que lâhumanitĂ© dominante â europĂ©enne, coloniale, capitaliste â a peu Ă peu usurpĂ©e vis-Ă -vis des autres quhumains a conduit le monde vers lâimpasse dans laquelle nous nous trouvons. La prudence et la modestie nous obligent Ă dire que nous sommes conscients dâun Ă©branlement, mais Ă la peine pour le dĂ©finir, et surtout incapables de savoir sĂ»rement oĂč il va nous mener.
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Baptiste Morizot : Comment penser un Ăąge de bouleversements sans le refermer dans sa signification et ses possibles ? Sans le surdĂ©terminer en « effondrement », en « apocalypse » ou en « dĂ©clin » ? Sans lui assigner une identitĂ©, alors mĂȘme quâil est encore en cours dans toutes ses incertitudes ? Je fais lâhypothĂšse que câest un des sens quâon peut donner au concept anthropologique de « temps mythique ». A lâorigine, il qualifie un temps oĂč les relations avec les autres ĂȘtres, les milieux vivants, les animaux, les vĂ©gĂ©taux est devenu instable, oĂč il faut nommer et fabriquer des relations avec eux qui soient capables de rendre le monde habitable pour tous. Ce qui mâintĂ©resse, câest dâen faire une interprĂ©tation philosophique pour penser notre conjoncture. Il permet, Ă mon sens, de rendre intelligible un phĂ©nomĂšne partagĂ© par toute sociĂ©tĂ© humaine prise dans une histoire : la survenue de grands bouleversements Ă©cologiques, qui ouvrent une nouvelle Ăšre aprĂšs des pĂ©riodes de stabilitĂ©.
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Du fait du caractĂšre instable du monde actuel, bouleversĂ© par quelques siĂšcles de modernitĂ© industrielle et capitaliste, du fait de la conscience collective Ă©mergente de la nĂ©cessitĂ© de repenser nos relations au monde vivant, parce quâelles ont Ă©tĂ© dĂ©stabilisĂ©es par lâextractivisme, jâexplore les effets dâintelligibilitĂ© potentiels de lâidĂ©e de « temps mythique » pour comprendre notre Ă©poque troublĂ©e. Les LumiĂšres, dans cette phase critique, ne sont plus de lâordre du feu promĂ©thĂ©en du progrĂšs. Elles ressemblent peut-ĂȘtre plus humblement aux feux de signalement pour indiquer une piste dâatterrissage dâurgence Ă une civilisation qui a cru pouvoir habiter hors-sol et qui doit dĂ©sormais atterrir dans des modes de subsistance enfin terrestres.
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Ph. D. : Peut-on appeler « temps mythique » cette pĂ©riode dâinstabilitĂ© que nous traversons et dont Baptiste Morizot explore de façon incisive les dimensions philosophiques ? Je ne suis pas sĂ»r que lâexpression soit la plus idoine, tant elle renvoie, en anthropologie, Ă quelque chose de diffĂ©rent. Car le temps du mythe, en Amazonie et dans les collectifs animistes tout du moins, dĂ©signe lâapparition du discontinu plutĂŽt quâune redistribution des cartes. Câest un moment au cours duquel les plantes et les animaux, des personnes humanoĂŻdes dotĂ©es dâune intĂ©rioritĂ© et des arts de la culture comme les humains, ont acquis les corps que nous leur connaissons Ă prĂ©sent ; elles sont passĂ©es dâune culture partagĂ©e par tous les vivants Ă lâĂšre des discontinuitĂ©s physiques. Les mythes racontent les circonstances de ce mouvement de spĂ©ciation et justifient ainsi les raisons pour lesquelles les plantes et les animaux continuent Ă ĂȘtre des personnes, mais avec des corps diffĂ©rents. Je prĂ©fĂšre parler de « recomposition » pour dĂ©signer le moment que nous traversons : les assemblages anciens montrent leurs limites et les assemblages nouveaux nâexistent quâen puissance.
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Pourquoi les mots qui dĂ©crivent notre condition moderne, comme ceux de « sociĂ©tĂ© », de « nature », de « culture » et mĂȘme de « politique », ne sont-ils plus adĂ©quats pour raconter notre nouvelle condition terrestre ?
B. M. : Je voudrais prendre un exemple. Un des grands enjeux contemporains, parce quâil implique la viabilitĂ© de notre futur, est la question de nos relations avec les vivants non humains de la biosphĂšre. Or, nos concepts pour penser ce problĂšme sont tragiquement sous-dimensionnĂ©s et inadaptĂ©s. Pour pressentir que nous ne sommes pas trĂšs avancĂ©s sur le sujet, il suffit de pointer que lâessentiel des propositions contemporaines concernant la transformation de nos relations au monde vivant qui nous a faits, qui nous abrite, dans sa pluralitĂ© et ses mille interdĂ©pendances avec les sociĂ©tĂ©s et les vies humaines, tient aujourdâhui dans la formule « Mieux protĂ©ger la biodiversitĂ© ».
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Si ce concept est intĂ©ressant lorsquâil est appliquĂ© dans les contextes pertinents, en revanche, lorsque la « biodiversitĂ© » devient le nom hĂ©gĂ©monique du monde vivant, il bloque les possibilitĂ©s de pensĂ©e et dâaction nĂ©cessaires pour lâavenir â parce quâil masque ce que le vivant est vraiment, et qui nous sommes en lui. Câest quâen fait la biodiversitĂ© est un instrument pour compter les espĂšces et quâon finit par confondre cet instrument de mesure avec ce qui est mesurĂ© : la vie sur Terre. Ce que la « biodiversitĂ© » capture et restitue du vivant, câest avant tout des listes dâitems : des listes dâespĂšces, dâĂ©cosystĂšmes, de fonctions â câest-Ă -dire des choses intrinsĂšquement passives, Ă lâĂ©gard desquelles le seul rapport est spontanĂ©ment de type « protection patrimoniale ». Cela transforme le vivant en Ă©numĂ©ration dâentitĂ©s apathiques, fragiles et en attente de notre gestion toute-puissante. Une liste, ça nâagit pas, ça ne fait pas le monde, ça ne rend pas la Terre habitable. Câest quelque chose quâon peut seulement protĂ©ger et compter.
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Mais ce nâest pas cela, le monde vivant : ce nâest pas nous qui lâavons fait, câest lui qui nous a faits. Câest lui qui nous maintient en vie Ă chaque instant. Câest un environnement donateur qui a créé dans le temps long de lâĂ©volution nos corps, nos esprits et tous les branchements fins aux autres espĂšces qui permettent Ă tous de rayonner un jour de plus. Pour changer de projet de sociĂ©tĂ©, nous avons besoin de penser le monde vivant comme ce quâil est vraiment : quelque chose dâactif, dâorganisĂ©, de constitutif, de jamais en attente, tramant toujours lâhabitabilitĂ© de ce monde en nous et hors de nous.
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Ph. D. : Nous avons hĂ©ritĂ© de la philosophie des LumiĂšres les concepts au moyen desquels lâEurope sâest apprĂ©hendĂ©e de façon rĂ©flexive dans sa trajectoire temporelle â sociĂ©tĂ©, nature, culture, politique, histoire, art, Ă©conomie, etc. â en prĂ©sumant de leur universalitĂ©. Les sciences sociales dâabord, le langage ordinaire ensuite sâen sont emparĂ©s pour dĂ©signer le mobilier du monde en prĂ©supposant que ce mobilier Ă©tait partagĂ© par tous les humains. Or, lâanthropologie et lâhistoire ont montrĂ© que ce nâĂ©tait pas le cas et que le dĂ©coupage de la rĂ©alitĂ© opĂ©rĂ© par la pensĂ©e moderne fait violence Ă la maniĂšre dont dâautres civilisations, parfois contemporaines, composent leurs mondes. La responsabilitĂ© des sciences sociales est donc de mieux nommer les ĂȘtres et leurs relations pour faire droit Ă cette diversitĂ©, et nous prĂ©parer, en outre, Ă vivre dans un monde, celui de lâanthropocĂšne, oĂč la distinction ontologique et institutionnelle entre nature et sociĂ©tĂ© nâa plus guĂšre de sens.
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Il faut pouvoir accommoder dans notre vocabulaire conceptuel dâautres façons de faire monde. Câest pourquoi, par exemple, je plaide pour remplacer « sociĂ©tĂ© » par « collectif », le second terme ne prĂ©jugeant pas de ce qui est assemblĂ© â des humains, des autres quâhumains, une combinaison des deux â, tandis que le premier rĂ©duit lâassemblage aux seuls humains. De mĂȘme faudrait-il revoir la terminologie cosmopolitique en la purgeant de son anthropocentrisme â un hĂ©ritage de Kant â, afin dâimaginer des formes de relations et de souverainetĂ© qui donnent toute leur place Ă des agents non humains.
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En quel sens peut-on soutenir, comme vous lâĂ©crivez, Baptiste Morizot, que « les vivants sont sortis de la nature pour entrer en politique » ?
B. M. : Nous hĂ©ritons dâune maniĂšre de voir le monde qui Ă©tablit une distinction entre, dâun cĂŽtĂ©, le monde humain et politique et, de lâautre, la nature, vue comme un ensemble inerte de ressources matĂ©rielles. Mais notre habitabilitĂ© est constituĂ©e dâinterdĂ©pendances multiples. Sans la photosynthĂšse de la vie ocĂ©ane, il nây a pas dâoxygĂšne respirable pour la vie terrestre. Câest la vie qui, depuis quatre milliards dâannĂ©es, amĂ©nage le monde pour la vie. Le travail des insectes pollinisateurs qui nous donne tous nos fruits et lĂ©gumes, lâaction des forĂȘts qui filtrent lâeau, celle des vĂ©gĂ©taux en symbiose avec les champignons qui captent le carbone ne constituent pas simplement un ensemble de conditions matĂ©rielles et passives. Il faut y voir des relations actives, des alliances objectives nouĂ©es entre les ĂȘtres, des modus vivendi.
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Par consĂ©quent, le vivant ne relĂšve plus du domaine de lâancienne « nature », il entre quelque part dans le champ de ce que nous appelions « politique ». Il faut donc trouver dâautres façons dâĂ©tablir avec lui des relations. Le problĂšme, câest que le concept de « politique » a Ă©tĂ© construit par la modernitĂ© pour exclure par dĂ©finition toute entitĂ© non humaine, et les formes quâil dĂ©ploie, comme la citoyennetĂ©, le vote, la contestation, lâĂ©galitĂ© de droits, sont faites de maniĂšre que seuls les humains puissent lĂ©gitimement y participer. De sorte que donner la citoyennetĂ© aux chiens est un idĂ©al absurde. Depuis le XVIIe siĂšcle, nos modes de relations politiques se sont stabilisĂ©s autour dâun modĂšle trĂšs restreint, oĂč prime lâusage dâune parole argumentĂ©e et rationnelle. Ce modĂšle ne peut accueillir les riviĂšres, les pollinisateurs, les loups et les forĂȘts. Il ne sâagit pas ici de faire de la « dĂ©mocratie avec les bactĂ©ries ». Câest un autre problĂšme que je construis. Il faut trouver autre chose. Câest ce que jâappelle « alterpolitique ».
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Quâest-ce que lâalterpolitique ?
B. M. : Ce concept nomme tout lâespace des relations possibles entre nous et les autres vivants, qui a Ă©tĂ© appauvri, occultĂ© et interdit dans sa richesse polymorphe par la modernitĂ© dualiste. Cette derniĂšre a cloisonnĂ© toutes les relations possibles en ce monde dans deux catĂ©gories limitĂ©es et binaires : la nature, avec ses rapports de force et de prĂ©dation, et le « politique », restreint au contractualisme et Ă la citoyennetĂ©. Ce nâest pas seulement quâil faut repenser autrement nos relations concrĂštes aux vivants, câest quâil faut repenser leur nature mĂȘme, pour rouvrir lâespace potentiel, occultĂ© par la modernitĂ©, oĂč elles peuvent se dĂ©ployer.
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Ph. D. : On peut dâabord dire que, pour beaucoup de peuples, les vivants nâont jamais Ă©tĂ© « dans la nature » â puisquâelle nâexiste pas pour eux â et quâils sont depuis toujours « en politique ». Câest le cas, notamment, des AmĂ©rindiens de la rĂ©gion de Cuzco [PĂ©rou], pour ne prendre que des exemples rĂ©cents : ils protestent contre un projet de mine Ă ciel ouvert au motif que lâexcavation dĂ©truirait une montagne vue comme un membre de leur collectif envers qui les humains ont un devoir de solidaritĂ©. Ou des membres de la communautĂ© de Sarayaku, en Amazonie Ă©quatorienne, lesquels demandent que soient reconnues internationalement les relations matĂ©rielles et spirituelles entre les humains et les autres quâhumains (dont les esprits) se dĂ©ployant sur leur territoire.
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En outre, il nây a pas que les vivants que nous, naturalistes, avons rangĂ©s dans la nature : il y a aussi les milieux de vie, les espaces oĂč la vie se produit Ă travers des interactions complexes. Or, ce sont ces interactions mĂȘmes qui sont politiques, si lâon entend comme politique non pas la gestion des rapports de pouvoir et la dĂ©libĂ©ration sur le bien commun, comme câest le cas traditionnellement, mais plutĂŽt le registre des rapports entre mondes, lesquels connectent ou sĂ©parent les opĂ©rateurs nĂ©cessaires Ă la vie de tel ou tel assemblage dâhumains et dâautres quâhumains, au premier chef lorsque leurs conditions dâexistence relĂšvent en apparence de rĂ©gimes ontologiques diffĂ©rents : transformations chimiques, systĂšmes techniques, symbioses et commensalitĂ©s, rĂ©seaux dâĂ©change de ressources, etc. Lâaffaire nâest pas simple, car il sâagit, dâune part, dâadmettre lâaltĂ©ritĂ© radicale des autres quâhumains, leurs modes dâexistence spĂ©cifiques, leurs intĂ©rĂȘts propres, en mĂȘme temps que de reconnaĂźtre que nous avons un destin commun comme habitants dâune mĂȘme planĂšte.
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Que pourrait ĂȘtre une cosmopolitique ou une alterpolitique terrestre ?
B. M. : Je voudrais prendre un exemple. Les pollinisateurs, quâil sâagisse dâoiseaux, dâinsectes, dâanimaux, sont dotĂ©s du pouvoir Ă©cologique de fĂ©conder toutes les plantes Ă fleurs, de maniĂšre Ă rendre disponible lâĂ©nergie solaire sous la forme de fruits pour dâautres espĂšces dĂ©pendantes de la photosynthĂšse, dont les humains. Câest une facultĂ© Ă©volutionnaire insubstituable, nĂ©gociĂ©e dans le long passĂ© des coĂ©volutions avec les vĂ©gĂ©taux. Aucune technologie ne peut la remplacer. Sans elle, la vie humaine et animale sur Terre est impossible. Or, elle est fragile, elle est historique, nous en bĂ©nĂ©ficions dans le cadre de lâagriculture, non pas comme un donnĂ© naturel mĂ©canique, inĂ©puisable et Ă©ternel, mais comme une contribution prĂ©cieuse et prĂ©caire de la vie non humaine Ă la vie humaine.
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En consĂ©quence, et du fait de la vulnĂ©rabilitĂ© mutuelle que cela induit dans nos relations aux pollinisateurs, la dimension politique de leur aptitude Ă polliniser se retrouve en pleine lumiĂšre. Et la relation des collectifs humains aux pollinisateurs quâest lâagriculture, loin dâĂȘtre lâextraction dâune matiĂšre biologique passive produite par les seuls humains, rĂ©vĂšle sa vraie nature : câest une alliance fragile avec dâautres vivants, qui exige des arts diplomatiques et des formes de rĂ©ciprocitĂ© pour ĂȘtre maintenue, pour prospĂ©rer.
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Ces alliances alterpolitiques nâont rien Ă voir avec le politique moderne : il nây est pas question de donner la citoyennetĂ© ou le droit de vote aux abeilles, mais bien de comprendre et dĂ©fendre leur rĂŽle dans la fabrique collective du monde commun. Or, aujourdâhui, nous ne pouvons pas penser un projet de sociĂ©tĂ© sans une agriculture qui prenne au sĂ©rieux le fait que les pollinisateurs comme la faune des sols, et plus largement la biodiversitĂ© riche et complexe qui donne sa vitalitĂ© et sa rĂ©silience Ă chaque Ă©cosystĂšme, jouent un rĂŽle central et irremplaçable dans la fabrication du monde habitable pour tous, humains et non humains. Ils sont pris avec nous dans des alliances vitales que nous ne pouvons plus penser faute de concepts.
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Les formes dâagroĂ©cologie dont les pratiques culturales favorisent la prospĂ©ritĂ© des pollinisateurs sauvages en leur sein, comme on lâexpĂ©rimente concrĂštement au sein de lâassociation RĂ©ensauvager la ferme, dans la DrĂŽme, Ă lâopposĂ© des agricultures extractivistes en monoculture dopĂ©es aux intrants phytosanitaires qui les dĂ©truisent, sont dĂ©jĂ en train de rĂ©inventer ces alliances : lâenjeu est de leur donner un nom, une visibilitĂ© et une force de traction politique collective, pour faire enfin sociĂ©tĂ© avec les formes de vie qui font tenir ce monde debout.
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Ph. D. : Il me semble quâune vĂ©ritable cosmopolitique pourrait commencer par le tissage de solidaritĂ©s entre des agents humains et autres quâhumains soumis Ă un mĂȘme rĂ©gime de domination. Le cas des motifs et des consĂ©quences de la dĂ©forestation de lâAmazonie est, Ă cet Ă©gard, exemplaire. Rappelons dâabord que cette forĂȘt est, en grande partie, anthropogĂ©nique, câest-Ă -dire que sa composition floristique est le produit des façons culturales et des techniques dâagroforesterie que les AmĂ©rindiens ont dĂ©veloppĂ©es au cours des millĂ©naires. Sa destruction par lâagrobusiness pour y substituer des cultures de soja est donc un crime Ă la fois contre les populations autochtones, contre lâhumanitĂ© et contre les milieux de vie.
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La chaĂźne criminelle peut toutefois ĂȘtre mieux particularisĂ©e : elle lie comme victimes les AmĂ©rindiens du BrĂ©sil dĂ©possĂ©dĂ©s de leur terre au profit de la culture intensive du soja dont on gave les cochons europĂ©ens, Ă©levĂ©s dans des conditions indignes, avec les milieux de vie dĂ©truits Ă la fois par cette monoculture et par lâĂ©levage industriel. On peut parler de « gĂ©oclasses » pour ces solidaritĂ©s embryonnaires ou Ă construire entre humains et autres quâhumains qui unissent en rĂ©seaux les employĂ©s des Ă©levages porcins et des abattoirs, les AmĂ©rindiens spoliĂ©s, les ouvriers agricoles de lâagrobusiness brĂ©silien, les cochons et les tourbiĂšres de Bretagne, les Ă©cosystĂšmes amazoniens dĂ©truits par le dĂ©frichement, les espĂšces affectĂ©es par lâusage massif des herbicides et des intrants dans la culture du soja, ainsi que les organismes perturbĂ©s par la prolifĂ©ration des algues vertes sur le littoral.
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Lâouverture cosmopolitique peut aussi se rĂ©aliser par des modifications du droit de propriĂ©tĂ©, telle celle qui confĂšre une personnalitĂ© juridique Ă des milieux de vie, gĂ©nĂ©ralement des bassins versants comme le fleuve Whanganui en Nouvelle-ZĂ©lande, la [riviĂšre] Magpie au QuĂ©bec ou [le fleuve] Atrato en Colombie. En personnifiant le droit Ă exister dâun Ă©cosystĂšme, on inverse potentiellement la direction multisĂ©culaire de lâappropriation : non plus des humains vers des ressources physiques localisĂ©es, mais dâun territoire devenu autonome vers ses habitants humains et autres quâhumains. Les humains ne sont plus des sujets politiques parce quâils sont maĂźtres et possesseurs dâun milieu de vie, mais parce que, en tant que possĂ©dĂ©s par lâespace qui les accueille, ils sont en situation dâentretenir avec lui une relation dâĂ©quitĂ©.
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« Trouver un lieu vivant Ă aimer personnellement et Ă dĂ©fendre collectivement » : la formule employĂ©e par Baptiste Morizot peut-elle ĂȘtre la maxime de cette Ă©cologie qui mobilise autant les affects que les concepts ?
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B. M. : Je voudrais clarifier un malentendu : ce nâest pas lĂ un appel Ă aller « vivre Ă la campagne ». Câest une tentative de repartir des terrains, des enjeux territorialisĂ©s, pour prendre appui sur ce qui autour de nous mĂ©rite dâĂȘtre dĂ©fendu. Ce qui est intĂ©ressant dans cette idĂ©e de reterritorialiser lâattachement au monde, câest de sortir du hors-sol pour chercher des endroits rĂ©els oĂč se nouent des enjeux globaux. Câest lĂ que sont ces attracteurs qui reconfigurent le champ de lâattention collective, en nous enjoignant de prendre au sĂ©rieux, par exemple dans le mĂȘme mouvement, le destin des pollinisateurs et les conditions de travail des paysans qui sont concernĂ©s par leur dĂ©clin.
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Voici lâoriginalitĂ© de ces attracteurs terrestres : ils nous mobilisent en tant quâhumains dans notre condition de vivants parmi les vivants. Et ils reformulent le « pour » et le « contre » de lâaction. Partager lâeau entre humains, et avec les autres vivants, contre son accaparement par lâagro-industrie. Laisser respirer et prospĂ©rer la terre, agricole et sauvage, contre sa bĂ©tonisation outranciĂšre. Face aux bouleversements Ă©cologiques et Ă nos hĂ©ritages de destruction, il est temps de bifurquer et contribuer aussi aux capacitĂ©s de la vie Ă amĂ©nager le monde pour la vie. Peut-on encore le faire ?
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Ph. D. : Baptiste Morizot a raison de souligner la puissance des attracteurs localisĂ©s comme moteurs de lâaction politique et ferments de coalitions transpĂ©cifiques. Une mutation de nos sensibilitĂ©s Ă lâĂ©gard du vivant nâest pas suffisante pour engendrer un bouleversement cosmopolitique. Il y faut aussi des structures institutionnelles â territoires alternatifs, mobilisations contre lâaccaparement des terres et de lâeau, luttes contre des projets Ă©cocidaires â sur lesquelles appuyer un projet local de faire monde. Celui-ci nâest pas la revendication dâune « petite patrie » dans une tradition chauvine et rĂ©actionnaire, mais au contraire la traduction dans un foyer clairement situĂ© et bien connu dâun programme de relocalisation de nos attachements au vivant et dâaiguisement de notre attention Ă ce quâil porte de joie et de plĂ©nitude.-
Carpentier
Invitéđđ„°
passage rapide pour te remercier et me laisser volontiers biser – Ă mon Ăąge, tu penses (j’espĂšre que je pique pas encore trop) đ
Je vais creuser cette histoire d’agrĂ©gateur de journaux – mazette – en bibli, j’y lis parfois ceux Ă dispo version papier le weekend (selon leur pĂ©riodicitĂ© ils restent plus ou moins longtemps) mais je pressens qu’aprĂšs ton conseil, je vais ĂȘtre une autre femme.
En attendant, je vais me reprendre un verre, tiens đ·
đ
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Carpentier
Invitéđ Docteur Xav đ
Si jamais, pour le topic #travail#santé
https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/06/15/proces-fortin-de-l-ingenieur-fou-de-planeur-au-chomeur-en-fin-de-droits-quinze-ans-de-chute-racontes-par-les-temoins_6177691_3224.html -
Dr Xavier
InvitéDeux pour le prix d’un. J’en dĂ©duis que le coup de la bibliothĂšque n’a pas marchĂ© ? J’aime beaucoup la plume de PRD.
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ProcÚs Fortin : « Pourquoi tu as fait ça, Gabriel ? Explique ! Ils ont besoin de savoir ! »
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LâingĂ©nieur, jugĂ© pour le triple assassinat et la tentative dâassassinat de responsables des ressources humaines et dâune salariĂ©e de PĂŽle emploi, en 2021, nâa pas vacillĂ©, mardi, face aux tĂ©moignages de sa mĂšre et de son frĂšre. Il a lu une lettre dans laquelle il se prĂ©sente en victime.
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Par Pascale Robert-Diard(envoyée spéciale à Valence)
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Sauf miracle de lâaudience â il sâen produit parfois â, Gabriel Fortin ne sâouvrira pas. Mais, dĂ©jĂ , il est lĂ et, mardi 13 juin, au premier jour de ce procĂšs prĂ©vu pour durer trois semaines, câest une surprise. Une bonne surprise, est-on tentĂ© dâĂ©crire, tant lâon redoutait une audience en absence. Lâhomme qui, en janvier 2021, Ă deux jours dâĂ©cart et 480 kilomĂštres de distance, a assassinĂ© de sang-froid une conseillĂšre de PĂŽle emploi et deux responsables des ressources humaines, tentĂ© dâen assassiner un troisiĂšme, en application dâun plan mĂ»ri pendant des annĂ©es, a un visage, un corps, une voix. Une peau mate de mĂ©tis, un crĂąne et un visage glabre, une silhouette Ă©paissie dans une impeccable chemise bleu pĂąle.
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Câest sa voix qui frappe. MĂ©tallique, dĂ©tachĂ©e, lorsquâil dĂ©cline son identitĂ© et sa date de naissance. RevĂȘche, quand il refuse dâindiquer son adresse avant son arrestation.
« Nancy.
â Quelle rue ?
â Nancy. »
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A la question rituelle suivante « avez-vous quelque chose Ă dĂ©clarer ? », Gabriel Fortin sâexclame : « Ah ben oui ! » Et dĂ©plie la feuille de papier manuscrite quâil tient Ă la main. Il lit.
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« Je souhaite dire que câest beaucoup de mensonges, dans la continuitĂ© des faits dont jâai Ă©tĂ© victime. Jâai envoyĂ© de nombreuses plaintes aux procureurs de Chartres, de Valence, de Nancy. Jâai alertĂ© le doyen des juges dâinstruction, des dĂ©putĂ©s, des ministres de la justice, le DĂ©fenseur des droits. Donc, toutes ces personnes, les procureurs, vous, Monsieur â il se tourne vers le siĂšge de lâavocat gĂ©nĂ©ral â, sont responsables de la situation. »
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Moment de vertige
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Gabriel Fortin replie sa feuille et se rassoit. Il jette Ă peine un regard Ă la femme aux cheveux blancs coupĂ©s court, le visage barrĂ© de lunettes et dâun masque sanitaire, qui avance avec difficultĂ© jusquâĂ la chaise posĂ©e devant la barre des tĂ©moins. Francine, sa mĂšre.
Des deux heures pendant lesquelles elle a Ă©tĂ© interrogĂ©e, on ressort brouillĂ©, tant la vieille dame de 78 ans a montrĂ© de visages et dâĂ©motions contradictoires. Des phrases au cordeau, dans une langue soignĂ©e, alternant avec des moments de totale confusion. Des digressions sur lâaccessoire et des oublis sur lâessentiel. Une souffrance absolue et une abyssale indiffĂ©rence. Des mots justes, sincĂšres, pour exprimer sa compassion aux familles des victimes, aussitĂŽt annihilĂ©s par des considĂ©rations complotistes ou totalement inappropriĂ©es.
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Laquelle faut-il retenir ? La femme Ă jamais blessĂ©e dâavoir Ă©tĂ© abandonnĂ©e par le pĂšre de ses deux fils, un Ă©tudiant doctorant quâelle vĂ©nĂ©rait, reparti du jour au lendemain rejoindre son autre famille au Gabon, en la laissant accoucher seule du cadet, Gabriel, sans lui donner son nom, contrairement Ă lâaĂźnĂ© ? Celle qui Ă©voque pudiquement le « traumatisme » de cet abandon pour ses garçons ? Ou celle qui justifie aussitĂŽt, dâune voix dure, le fait de nâavoir jamais abordĂ© la question avec eux : « Pour moi, câĂ©tait du passĂ© » ? La mĂšre Ă la fois louve et sĂ©vĂšre, Ă©voquant son souci dâĂ©lever seule ses deux fils dans le culte de la rĂ©ussite scolaire et la frĂ©quentation de « personnes respectables, Ă la bonne moralitĂ© » ? Celle qui dit : « Mon fils a passĂ© un diplĂŽme [Gabriel Fortin Ă©tait ingĂ©nieur], il a cherchĂ© un emploi, mais il Ă©tait de la gĂ©nĂ©ration Kleenex, des gens quâon prend pour travailler et quâon jette » ? Ou celle qui affirme : « Le travail, câest important. Le chĂŽmage, câest un Ă©chec » ? Ou celle, encore, qui vrille au beau milieu dâune rĂ©ponse et se met Ă raconter quâelle-mĂȘme Ă©tait « harcelĂ©e », que des « gens [la] suivaient dans la rue » et que son tĂ©lĂ©phone Ă©tait « piratĂ© » ?
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Et puis, il y a eu ce moment de vertige. A la question de savoir pour quelles raisons elle nâavait jamais rendu visite Ă son fils en prison, Francine Fortin rĂ©pond, glaçante :
« Câest loin et ma voiture est en panne.
â Câest donc la premiĂšre fois que vous revoyez votre fils depuis deux ans et demi ?
â Bah, je lâai pas vuâŠ
â Il est⊠lĂ , MadameâŠ
â OĂč ça ? »
« Jâai Ă©tĂ© victime »
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Une vieille dame perdue tourne la tĂȘte en tous sens, dĂ©couvre le box et comprend brusquement que son fils est assis derriĂšre la vitre sĂ©curisĂ©e, Ă quelques mĂštres dâelle. Ses sanglots dĂ©chirants pĂ©trifient la salle dâaudience.
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« Pourquoi tu as fait ça, Gabriel ? Pourquoi tu mâas pas dit ce qui allait pas ? Jâaurais essayĂ© de tâaider ! Explique ! Explique-leur pourquoi ! Ils ont besoin de savoir. Câest difficile. Mais je tâen prie, rĂ©ponds bien aux questions quâon te posera. Essaie de leur dire ce qui sâest passé⊠»
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Gabriel Fortin ne cille pas. Le président lui demande :
« Voulez-vous vous adresser à votre mÚre ?
â Non. »
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Francine Fortin sâeffondre de nouveau. Tour Ă tour, les avocats des parties civiles, puis lâavocat gĂ©nĂ©ral, tentent de prolonger ce moment, avec lâespoir que le visage ravagĂ© de la mĂšre fera vaciller le fils. « Vous pouvez nous aider, Madame. » Elle le supplie encore.
« Gabriel ! Les familles des gens qui sont morts sont dans la douleur. Notre famille est dans la douleur. Je tâen prie, explique ! »
Dâune voix sĂšche, il rĂ©pond :
« Tu nây es pour rien. »
Puis Gabriel Fortin se lĂšve, dĂ©plie sa feuille de papier et rĂ©pĂšte mĂ©caniquement son texte, au mot prĂšs. « Câest beaucoup de mensonges⊠Jâai Ă©tĂ© victime⊠De nombreuses plaintes aux procureurs, aux dĂ©putĂ©s, aux ministres⊠»
« Lâaffaire est finie, ajoute-t-il, en se rasseyant.
â Non, Gabriel. On nâattaque pas les gens. Il faut que tu leur expliquesâŠ
â Encore ! », sâimpatiente-t-il.
Et, pour la troisiĂšme fois, Gabriel Fortin reprend sa lecture : « Jâai Ă©tĂ© victime⊠»
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Lâaudience est suspendue. Trente minutes plus tard, son frĂšre, Olivier, sâavance Ă la barre. MĂȘme peau mate, mĂȘme crĂąne glabre, mĂȘme visage rond, mais une silhouette sportive, effilĂ©e. « Enseignant-chercheur », dĂ©cline-t-il.
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Cadenassée par les non-dits
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A mots retenus, il Ă©voque la complicitĂ© fraternelle de lâenfance, puis la distance muette qui sâest peu Ă peu instaurĂ©e avec son cadet. La cellule familiale cadenassĂ©e par les non-dits. La rĂ©ussite dans les Ă©tudes et la foi dans le travail, Ă©rigĂ©es en valeurs cardinales par une mĂšre qui les avait elle-mĂȘme hĂ©ritĂ©es de son pĂšre, enseignant communiste. Leurs diffĂ©rences de personnalitĂ© et de parcours professionnel. La façon dont, au fil du temps, son frĂšre Ă©vitait les rares occasions de rencontre familiale. Le confinement qui achĂšve de les Ă©loigner. Les retrouvailles Ă dĂ©jeuner, un jour de rĂ©ouverture des restaurants, Ă la fin de lâĂ©tĂ© 2021, oĂč Gabriel lui cache sa situation de chĂŽmeur et lui dit quâil est « tout le temps en tĂ©lĂ©travail ». La gĂȘne et le rejet que lâaĂźnĂ© scientifique Ă©prouve pour les propos complotistes tenus sur la pandĂ©mie de Covid-19 par son cadet. La lente dĂ©rive de sa mĂšre et ses accĂšs de paranoĂŻa. Le refus quâelle lui a opposĂ© de consulter un mĂ©decin. « Mon frĂšre, je pense que câest le mĂȘme problĂšme. SchizophrĂšne paranoĂŻaque, dit-il. Mais je ne suis pas psychiatre. » Ce que lâaĂźnĂ© nâa pas dit, chacun lâa compris : lâun a rĂ©ussi, lâautre pas.
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On tenait lĂ une premiĂšre clĂ© de la forteresse Gabriel Fortin. Mais le prĂ©sident avait encore une question Ă poser. Aussi brutal et dĂ©placĂ© que le tĂ©moin avait Ă©tĂ© pudique et mesurĂ©, il a lancĂ© : « Bon, vous ne portez pas le mĂȘme nom que votre frĂšre⊠Ăâa dĂ» ĂȘtre compliquĂ© dans le passĂ©. Mais, aujourdâhui, vous vous en fĂ©licitez ? »-
Dr Xavier
InvitéEt le deuxieme.
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ProcĂšs Fortin : de lâingĂ©nieur, fou de planeur, au chĂŽmeur en fin de droits, quinze ans de chute racontĂ©s par les tĂ©moins
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Au deuxiĂšme jour du procĂšs de Gabriel Fortin, jugĂ© pour le triple assassinat et la tentative dâassassinat de responsables des ressources humaines et dâune salariĂ©e de PĂŽle emploi, en 2021, ses anciens amis ont Ă©voquĂ© sa personnalitĂ©.
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Il faut donc imaginer Gabriel Fortin heureux. Ou presque. Le mot nâa pas Ă©tĂ© prononcĂ© par les tĂ©moins entendus, mercredi 14 juin, Ă la barre de la cour dâassises de la DrĂŽme, oĂč il est jugĂ© pour le triple assassinat et la tentative dâassassinat de responsables des ressources humaines et dâune salariĂ©e de PĂŽle emploi, en 2021.
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Mais lâun dâeux a quand mĂȘme dit quâil lâavait connu « convivial », « sympa », « jovial ». CâĂ©tait il y a plus de quinze ans. Michel T. Ă©tait alors instructeur dans un club aĂ©ronautique de Nancy. Parmi ses Ă©lĂšves, un ingĂ©nieur trentenaire, quâil appelait « Gaby », passionnĂ© de planeurs. Il venait presque tous les week-ends, les jours fĂ©riĂ©s, sâinscrivait aux stages, ne manquait jamais les soirĂ©es crĂȘpes.
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En cette aube des annĂ©es 2000, « Gaby » a signĂ© son premier contrat dâembauche en Allemagne, au bureau dâĂ©tudes dâun Ă©quipementier automobile. Son salaire confortable lui permet de rĂ©aliser son rĂȘve, voler. Des annĂ©es plus tĂŽt, il avait espĂ©rĂ© en faire son mĂ©tier, en passant les concours de lâaviation civile, mais il avait Ă©tĂ© recalĂ©. Sous le hangar, en bichonnant les carlingues, il se lie dâamitiĂ© avec un autre ingĂ©nieur, François H. « On parlait informatique, voitures, filles, et surtout vol Ă voile », se souvient le tĂ©moin.
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Lâinsouciance ne dure pas. En 2003, deux ans aprĂšs son embauche, le bureau dâĂ©tudes est dĂ©localisĂ©. Gabriel Fortin quitte lâAllemagne, retrouve assez vite du travail dans le Loiret, en CDD, mais lâentreprise ne le garde pas. Il dĂ©mĂ©nage un an plus tard, en Eure-et-Loir, pour un poste en CDI cette fois, dont il est licenciĂ© en 2006.
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Nouveau dĂ©part, direction CompiĂšgne (Oise), oĂč il est recrutĂ© comme directeur de bureau dâĂ©tudes. LĂ encore, ça se passe mal, le contrat est rompu, Gabriel Fortin intente une action aux prudâhommes, il la gagne. A cette Ă©poque, il voit toujours son binĂŽme de lâĂ©cole dâingĂ©nieurs de Metz, Jacques F., qui garde le souvenir dâun homme « naturel et spontanĂ© ». Et puis Jacques se marie, leurs relations se rarĂ©fient. A lâaĂ©roclub de Nancy, « Gaby » voit moins souvent François, qui sâest mariĂ© lui aussi.
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En 2008, sur le site Copains dâavant, lâingĂ©nieur retrouve la trace de Maud, devenue architecte, avec laquelle il avait vaguement flirtĂ© au lycĂ©e, quinze ans plus tĂŽt. Il lui propose un dĂ©jeuner. Au restaurant, celle-ci est frappĂ©e par « lâĂ©norme dĂ©calage » entre lâimportance quâil accorde Ă leur Ă©phĂ©mĂšre relation et le peu de souvenirs quâelle-mĂȘme en a gardĂ©. « JâĂ©tais mal Ă lâaise, tĂ©moigne-t-elle, jâai Ă©courtĂ© le rendez-vous. »
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Il insiste pour la revoir, elle dĂ©cline dâabord poliment, il continue de la suivre sur les rĂ©seaux sociaux. Le jour oĂč elle publie sur Facebook la photo de son amoureux, Gabriel Fortin lui laisse un commentaire dĂ©sobligeant. « Tu es un grand malade, lui Ă©crit-elle. Tu devrais arrĂȘter de ressasser ! » Il devient injurieux, elle le bloque.
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En cette mĂȘme annĂ©e 2008, Gabriel Fortin part sâinstaller dans la DrĂŽme. Il vient dâĂȘtre recrutĂ© chez Faun Environnement. Il en est licenciĂ© au bout de deux ans. Câest son dernier emploi connu.
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Gabriel Fortin a 35 ans, les portes du monde du travail ne sâouvrent plus devant lui. « Il mâavait dit : âPĂŽle emploi, câest nâimporte quoiâ, raconte Ă la cour Michel T., son ancien instructeur. Ils lui avaient proposĂ© un poste de manutentionnaire, il lâavait trĂšs mal pris. »
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DĂ©sormais chĂŽmeur en fin de droits, bĂ©nĂ©ficiaire de lâallocation de solidaritĂ© spĂ©cifique (ASS), Gabriel Fortin revient vivre Ă Nancy, dans le studio HLM quâavait occupĂ© sa mĂšre. Lorsquâils le croisent dans la rue, Michel T., comme Jacques F., sont frappĂ©s par lâamertume de « Gaby ». « Il avait un sentiment de dĂ©chĂ©ance sociale », dit lâun dâeux.
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A aucun de ses anciens amis, Gabriel Fortin ne confie sa nouvelle passion. Fini le planeur, il est dĂ©sormais inscrit au club de tir de Nancy. Il sây rend le mercredi, le samedi et parfois mĂȘme le dimanche, sâacharne au tir Ă 10 mĂštres, « le plus dur, câest lĂ quâon apprend tout », explique HervĂ© H., lâex-prĂ©sident du club. Ceux quâil croise au stand se souviennent dâun homme « hermĂ©tique, introverti », qui ne discutait avec personne.
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En 2014, Gabriel Fortin achĂšte lĂ©galement sa premiĂšre arme, un Glock. Un an plus tard, il acquiert le Taurus avec lequel, en janvier 2021, il assassine de sang-froid une conseillĂšre PĂŽle emploi et deux responsables des ressources humaines, et Ă©choue Ă en assassiner un troisiĂšme. Dans les repĂ©rages de son pĂ©riple meurtrier, de Nancy Ă Valence, Gabriel Fortin avait fait un dĂ©tour par la rĂ©gion parisienne, oĂč vivait Maud. Il avait trouvĂ© son adresse, dessinĂ© le plan de son immeuble, identifiĂ© ses fenĂȘtres au rez-de-chaussĂ©e. Par chance, au printemps 2020, elle avait dĂ©mĂ©nagĂ©.-
Carpentier
Invitéđ¶ pas encore pris le temps d’explorer ton bon plan, on peut pas ĂȘtre bloquĂ©.es dans les mĂ©tros parisiens, ĂȘtre cobayes permanents des formations de conducteur.rices ratp – chaud au cul Castex, chaud au cul – et chercher sĂ©rieusement Ă lire sereinement gratuitement đ
Et puis j’aime bien quand tu penses Ă moi comme ça, j’avoue đ (remerciements x 2, Dr Xavier)
PS: j’en commence la lecture et je t’appelle Ăą l’aide si l’un de mes 2 mĂ©tros se bloque đ) -
Alain m.
InvitéMerci Dr Xavier. Je n’avais jamais entendu parler de cette histoire.
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Carpentier
InvitéBonjour,
Si tu veux bien/peux prendre le temps de partager les autres jours de ce procĂšs, câest avec grand intĂ©rĂȘt que je les lirai, en attendant que je parvienne Ă ĂȘtre autonome via une bibli.
Il y a beaucoup dans ce quâon peut lire dĂ©jĂ avec ces deux articles, du commun Ă dâautres parcours oĂč un dĂ©classement, un chĂŽmage structurel, occasionnĂ© notamment par les dĂ©localisations, ou une boĂźte quâon ne suit pas et qui, un peu comme ceux dont on dit â câest le genre dâun seul et unique amourâ met un.e salariĂ©.e en mode dĂ©shĂ©rence un peu comme si cette personne Ă©tait de ceux qui ont un seul et unique employeur (et ça câĂ©tait vraiment pas mieux avant, non.)
Les parcours jalonnĂ©s de ruptures diverses et nombreuses (en particulier lorsquâelles sont proches) sont sans doute plus complexes Ă vivre/suivre quand on ne vit pas les ruptures comme un quelque chose quâon a initiĂ© ou auquel on a participĂ©.
Pourtant, lâorganisation du marchĂ© de lâemploi et la grande vague dâembauche en cdd est bien Ă©videmment subie, le demandeur dâemploi nây est que ballottĂ© (rares sont les personnes qui parviennent Ă y naviguer, calculer leurs ressources avec la prime de fin de contrat et autres, selon les secteurs.)
Et puis, ici, peu de tĂ©moins Ă la barre pour dire sur une relation sentimentale par exemple, mais une recherche sur feu-copains dâavant, un enfermement, sans apparente volontĂ© de recherche relationnelle ou amicale dans le club de tir.
Ădifiant ces lignes dont Gabriel Fortin ne veut pas sortir, il veut un procĂšs pour les institutions qui lâont ignorĂ© manifestement.
Follement fort.
Et comme elle semble Bénie cette Maud qui déménage à temps.-
Carpentier
InvitéParcourant les premiĂšres lignes sur le jour 3 du procĂšs Fortin, il se confirme que faute d’entendre l’auteur des 3 meurtres, on se base sur ces Ă©crits, sur les entrailles de son ordi.
Pas si pratique pour les représentants de la loi, je trouve, ça dit beaucoup et peu à la fois.
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Leo Landru
InvitéAu moins il est hors de nuire.
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Carpentier
InvitéFigure-toi que ce cd, que je m’Ă©tais procurĂ©, patiemment et trĂšs motivĂ©e, sur eBay – en dĂ©couvrant l’existence de ce merveilleux type qu’est François – et bien, je n’en ai plus que la boĂźte.
Son cd a littĂ©ralement disparu, c’est devenu un fantĂŽme.-
Sarah G
InvitéComme le titre.
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Carpentier
InvitéVoilĂ , merci de rĂ©ceptionner.
Il n’empĂȘche que tout ceci n’est pas une blague.
J’en suis plutĂŽt triste, en vrai.
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Carpentier
Invité-
Graindorge
InvitéJe lis que l’article est rĂ©servĂ© aux abonnĂ©s
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Carpentier
InvitéEt oui, ça agace, hein.
Je l’aurais bien lu moi aussi.-
Sarah G
InvitéJe vais essayer de vous le partager car je suis abonnĂ©e mais j’ai bien dit essayer.
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Carpentier
Invitéđ bon lĂ , c’est carrĂ©ment une liste de liens vers des articles tronquĂ©s que j’ai fait đ
On croirait une liste de courses bien qu’il soit grand temps d’avouer n’en avoir jamais fait,
Ici, des lignes sur une/la radio, gaga peut-ĂȘtre, mais quand mĂȘme, on aime bien ça, la radio, ce truc qui, en stimulant oreille et cerveau peut aussi nous filer/faire fabriquer des images.
Un genre de lecture Ă haute voix en vrai,
https://www.liberation.fr/economie/medias/fip-avec-ruddy-aboab-a-sa-tete-la-station-musicale-est-a-la-fete-20230619_32SXLL34KVC33HCCWXRY2CKWNU/ -
Céline
InvitéFACTUEL Pourquoi les Français souhaitent-ils rĂ©duire la place du travail dans leur vie ? Dans le cadre du projet « Que sait-on du travail ? » du Laboratoire interdisciplinaire dâĂ©valuation des politiques publiques (Liepp) de Sciences Po, diffusĂ© en collaboration avec « Le Monde », les sociologues MaĂ«lezig Bigi et Dominique MĂ©da expliquent que ce changement imputĂ© au Covid sâinscrit plutĂŽt dans une tendance longue, marquĂ©e par la dĂ©gradation progressive des conditions de travail.
37 % : câest la part de salariĂ©s français qui dĂ©clarent avoir travaillĂ© au moins une fois en Ă©tant malade, sur une pĂ©riode de douze mois, rĂ©vĂšle lâĂ©tude Eurofound de 2021. La moyenne de lâUnion europĂ©enne nâest que de 28 %, et ce chiffre nâest que de 22 % aux Pays-Bas. Autre question issue de cette enquĂȘte : « Vous arrive-t-il de travailler sur votre temps libre pour rĂ©pondre aux exigences de votre travail, tous les jours ou plusieurs fois par semaine ? » Câest le cas de 20 % de Français, soit quatre points de plus que la moyenne europĂ©enne. Y aurait-il donc vraiment une « épidĂ©mie de flemme » dans lâHexagone ?
Câest lâidĂ©e que bat en brĂšche un article rĂ©alisĂ© pour le projet de mĂ©diation scientifique « Que sait-on du travail ? » du Laboratoire interdisciplinaire dâĂ©valuation des politiques publiques (Liepp), diffusĂ© en collaboration avec le Liepp et les Presses de Sciences Po sur la chaĂźne Emploi de Lemonde.fr.
Les sociologues MaĂ«lezig Bigi et Dominique MĂ©da affirment que câest la dĂ©gradation continue des conditions de travail, depuis prĂšs de vingt ans, qui explique une relation plus distanciĂ©e des Français vis-Ă -vis de leur emploi, et non un prĂ©tendu refus de travailler.
A lâaide de donnĂ©es issues de programmes de recherche europĂ©ens, les chercheuses rappellent dâabord que les Français ont toujours Ă©tĂ© majoritaires Ă dĂ©clarer que le travail est trĂšs important dans leur vie, ce qui ne les empĂȘche pas de souhaiter en mĂȘme temps quâil prenne moins de place. Cette coexistence nâest pas nouvelle, et dĂ©montre simplement une exigence Ă lâĂ©gard du contenu du travail.
De ce fait, la France est un des pays oĂč le fossĂ© entre les attentes placĂ©es sur le travail et la rĂ©alitĂ© de ses conditions dâexercice est le plus grand. DĂ©jĂ au dĂ©but des annĂ©es 2000, le travail Ă©tait considĂ©rĂ©, bien plus en France quâailleurs, comme Ă©puisant, mal payĂ©, et ne dĂ©bouchant que sur de faibles chances de promotions.
Ce constat sâest amplifié : en 2019, lâenquĂȘte Conditions de travail de la Dares (ministĂšre du travail) met en Ă©vidence que le travail est « insoutenable » pour 37 % des actifs occupĂ©s français. La comparaison europĂ©enne, Ă lâoccasion de lâenquĂȘte Eurofound de 2021, est sans appel : 52 % des Français dĂ©clarent que leur travail nĂ©cessite de travailler dans des dĂ©lais trĂšs stricts et trĂšs courts, contre 37 % des salariĂ©s nĂ©erlandais par exemple.
La pĂ©nibilitĂ© physique et psychique du travail est bien plus lourde dans lâhexagone : quand 7 % des Danois et 30 % des EuropĂ©ens disent souffrir dâanxiĂ©tĂ©, câest le cas dâun Français sur deux. Cette enquĂȘte pointe aussi chez les salariĂ©s français le faible soutien des collĂšgues, la faible reconnaissance par la hiĂ©rarchie, et un Ă©cart plus important quâailleurs entre les exigences imposĂ©es et les ressources pour y faire face.
MaĂ«lezig Bigi et Dominique MĂ©da bouclent ce sombre tour dâhorizon par des pistes de solutions pour amĂ©liorer la qualitĂ© du travail et de lâemploi – et ainsi, le fameux « rapport au travail » – : par exemple, favoriser la codĂ©termination des dĂ©cisions de lâentreprise et une plus forte prĂ©sence syndicale. Enfin, remettre le travail Ă sa place passe par une meilleure conciliation entre vie professionnelle et personnelle.
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Carpentier
InvitéTrĂšs intĂ©ressant de poser ‘ la relation au travail ‘ comme quelque chose qui change et quiconque vit avec proche de soi des trentenaires et moins l’entend bien cela, le voit, le vit et c’est bien.
TerminĂ© pour beaucoup d’entre eux.elles (putain on l’Ă©crit comment ?) la conception mĂȘme de l’employeur/daron qui prend tout en charge (type dans les mines exemplairement – coron, main d’oeuvre sous la main, C.E. mĂȘme) et quand certain.es d’entre eux dĂ©couvrent que ça existe baaah ça les tente un peu et puis, basta, trop de compromis, l’impression vite d’ĂȘtre pris.e pour un con.ne et ça, ça passe beaucoup moins bien qu’avant đ
Parents de ces jeunes qui aiment moins qu’on les prenne pour des cons, on en pense quoi du coup?
GĂ©nĂ©ration rupture conventionnelle, calcul de mes ressources avec la/les primes de fin de CDD, en alternance avec le RSA pour les plus acrobates, on leur a quand mĂȘme filĂ© une sacrĂ©e confiance en la vie, justement pour savoir jongler comme ça.
Et moi, cette confiance benh je trouve qu’elle Ă©clabousse tout.
Fucking pulsions de vie tout ça.-
Carpentier
Invité* le ‘ rapport au travail ‘
La relation au travail c’est mon vocabulaire, c’est vrai, plus simple.
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Claire N
InvitéMerci CĂ©line!
je retiens les 37 ( jâen fais 40)de personnes ayant dĂ©clarĂ© avoir travaillĂ© en Ă©tant malade -
Sarah G
InvitéIntĂ©grale La Croix Blaise Pascal :
Pascal a vĂ©cu une courte vie â il est mort Ă 39 ans, en 1662 â mais cette vie a traversĂ© les siĂšcles. Quatre cents ans aprĂšs sa naissance, le 19 juin 1623, il continue de fasciner, dâinterroger, dâirriter parfois, de semer en tout cas lâintranquillitĂ© avec une puissance intacte. Signe que son Ă©toile nâa pas cessĂ© de briller, les publications qui accompagnent cet anniversaire sont nombreuses. De grands astres de la pensĂ©e du XVIIe siĂšcle, comme FĂ©nelon ou François de Sales, ont Ă©tĂ© injustement Ă©clipsĂ©s, le message de Pascal, lui, continue de nous parvenir.
DâoĂč vient cette aura ? De son gĂ©nie et de lâampleur de son savoir, certainement, lui qui fut mathĂ©maticien, gĂ©omĂštre, physicien, inventeur, mais tout autant philosophe, moraliste et thĂ©ologien. Ă lâheure de lâhyperspĂ©cialisation des savoirs, la palette de ses intĂ©rĂȘts impressionne, marque du goĂ»t classique pour lâuniversalitĂ©, hissĂ©e dans son cas Ă lâexcellence. Avec ses allers et retours entre science et foi, son Ćuvre nâa pas non plus manquĂ© de susciter hors de lâĂglise lâattention, dĂ©fiante ou curieuse. Il demeure aujourdâhui lâun des rares thĂ©ologiens Ă ĂȘtre encore lus en dehors des cercles croyants.Pascal eut aussi le gĂ©nie prĂ©coce. Ce fut sans doute pour une part le fruit dâune enfance â puis dâune vie â marquĂ©e par la maladie. Ne connaissant pas la longueur de ses jours, il sâemploya Ă faire fructifier ses talents sans tarder, guidĂ© par un pĂšre juriste et mathĂ©maticien, lecteur de Montaigne, qui se chargea lui-mĂȘme de son Ă©ducation. Sa sĆur Gilberte raconte que son frĂšre redĂ©couvrit vers 12 ans, sans aide extĂ©rieure, la 32e proposition des ĂlĂ©ments dâEuclide â qui pose notamment que la somme des angles intĂ©rieurs dâun triangle est Ă©gale Ă deux angles droits.En 1640, Ă 16 ans, il publie un Essai pour les coniques. En 1642, Ă 18 ans, il imagine une machine, ancĂȘtre de nos calculatrices, pour aider son pĂšre dans la collecte des impĂŽts. Dans les annĂ©es suivantes, il se lance dans des recherches scientifiques sur le vide, sâintĂ©resse aux combinaisons du hasard dans les jeux, participe Ă lâassĂšchement des marais poitevins⊠à la toute fin de sa vie, trĂšs diminuĂ©, il trouve encore lâĂ©nergie dâinventer les lignes de « carrosses Ă cinq sols », premier systĂšme de transports publics, pour faciliter la vie quotidienne du peuple. -
Sarah G
InvitéSuite intĂ©grale
Sa renommĂ©e fut immĂ©diate dans les cercles scientifiques et mondains. Elle augmenta quand il prit part aux dĂ©bats thĂ©ologiques sur le rĂŽle de la grĂące et sur lâapplication de la morale chrĂ©tienne, avec ses cĂ©lĂšbres Provinciales, lettres polĂ©miques anonymes dans lesquelles il dĂ©fendit ses amis jansĂ©nistes rigoristes contre les jĂ©suites.
Mais rien de tout cela nâaurait traversĂ© les siĂšcles sans la puissance des PensĂ©es, propos prĂ©paratoires Ă une grande Apologie de la religion chrĂ©tienne, engagĂ©e Ă la fin des annĂ©es 1650, Ćuvre inachevĂ©e, objet de multiples Ă©ditions qui cherchĂšrent Ă en percer le mystĂšre. En dĂ©pit de sa forme Ă©clatĂ©e, ou peut-ĂȘtre Ă cause de ce trait qui rend inĂ©puisable les relectures, lâouvrage est devenu un classique, dont chacun connaĂźt au moins quelques bribes, lâhomme « roseau pensant » et le malheur venant « de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre »âŠLa force du style de Pascal, câest la vitalitĂ©. Dans son Pascal par lui-mĂȘme (Seuil, 1952, Ă©puisĂ©), le critique littĂ©raire Albert BĂ©guin a notĂ© avec justesse que sa langue « nâa cessĂ© dâĂȘtre saisissante, de saisir Ă la fois son objet et son lecteur, parce que sur le premier elle fond comme un oiseau de proie, et quâau second, elle communique la vibration de son impatience ». Câest un style dâĂ©criture « soudain, juvĂ©nile, tout en ruptures, oĂč se reconnaissent constamment les rĂ©pliques alternĂ©es dâun rapide dialogue ». Car il y a de lâenvie de convaincre chez Pascal. Lui qui Ă©voque parfois dans ses propos le jeu de paume, ancĂȘtre du tennis, cherche Ă bien placer son argument, comme on oriente sa balle pour remporter le point. Pascal dĂ©veloppe un art de persuader, impĂ©rieux et radical, fruit de beaucoup de travail, portĂ© par une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure, mais aussi animĂ© dâun esprit de rivalitĂ© et dâune conscience de sa force. Des Provinciales aux PensĂ©es transparaĂźt le goĂ»t de la confrontation.La grande force de Pascal, câest de ne pas laisser indiffĂ©rent : on ne peut quâĂȘtre violemment contre, ou violemment pour », a Ă©crit Michel Le Guern, maĂźtre dâĆuvre de lâĂ©dition des Ćuvres complĂštes, dans la collection de « La PlĂ©iade » (Gallimard). Quâon lâadmire ou quâon le redoute, ou que lâon soit traversĂ© par ces deux mouvements Ă la fois, il faut de toute façon penser avec Pascal. Car dans les Ă©clats brisĂ©s des PensĂ©es se rĂ©flĂ©chissent nos paradoxes et nos ambivalences, notre inquiĂ©tude et notre grandeur. Et le feu de notre dĂ©sir de bonheur, dont le philosophe fait un chemin vers Dieu.-
Carpentier
InvitéMerci l’amie.
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Sarah G
InvitéLâinquiĂ©tude, jusquâĂ lâangoisse, traverse les PensĂ©es de Pascal. Car lâhomme y est dĂ©crit comme un ĂȘtre perdu dans lâinfini de lâunivers, incapable dây comprendre sa place, de sây orienter. On est au XVIIe siĂšcle, aprĂšs les bouleversements de la Renaissance. Les dĂ©couvertes de la physique et de lâastronomie ont brisĂ© les reprĂ©sentations du monde de la pensĂ©e antique et mĂ©diĂ©vale, closes et harmonieuses, oĂč lâhomme sâĂ©tait assignĂ© une place centrale qui pouvait le rassurer. Le nouvel univers physique apparaĂźt dĂ©sormais comme marquĂ© par lâinfini, qui nâĂ©tait jusquâici que lâattribut traditionnel de Dieu. Brusque Ă©largissement des horizons. Soudaine perception de la disproportion de la personne humaine et de ce qui lâenvironne. Vertige dâune absence de maĂźtrise de lâexplication de lâhomme et du monde.Pascal enregistre ce changement sismique, il capte lâangoisse dâabandon et de dĂ©sorientation quâil suscite. Lâa-t-il Ă©prouvĂ©e comme scientifique ? Rien nâinterdit de le penser. Mais, dans les PensĂ©es, son propos nâest ni de se dĂ©peindre ni de partager ses Ă©mois Ă la maniĂšre des Romantiques. Sâil dĂ©crit un vertige, câest pour en faire un usage argumentatif : Pascal veut donner une autre assise Ă lâhomme, une quiĂ©tude venue de Dieu seul.
Tel un peintre, le philosophe cherche pour cela les bons points de vue, se situe du cĂŽtĂ© de lâinfiniment petit ou de lâinfiniment grand, fait surgir des images pour rendre compte de lâabandon et de la faiblesse humaine dans un univers inhospitalier. Il donne Ă voir lâimmensitĂ© de lâunivers qui « me comprend et mâengloutit comme un point » (§104, Ćuvres complĂštes, « La PlĂ©iade »). « Tout le monde visible nâest quâun trait imperceptible dans lâample sein de la nature » (§185), écrit-il encore. VoilĂ lâhomme dĂ©crit comme « Ă©garĂ© dans un recoin de lâunivers » (§184), « dans son canton dĂ©tournĂ© de la nature » (§185). Pascal compare mĂȘme sa situation Ă celle dâun « homme quâon aurait portĂ© endormi dans une Ăźle dĂ©serte et effroyable et qui sâĂ©veillerait sans connaĂźtre oĂč il est, et sans moyen dâen sortir » (§184).
« Nous voguons sur un vaste milieu, toujours incertains et flottants, poussĂ©s dâun bout vers lâautre »
Blaise Pascal
Dans ce monde marquĂ© par lâobscuritĂ©, mais aussi « muet » (§184), sans harmonie, sans rĂ©sonance, le philosophe Ă©prouve une condition faite de fragilitĂ©, dâabandon.« Dans lâinfinie immensitĂ© des espaces que jâignore et qui mâignorent, je mâeffraie et mâĂ©tonne de me voir ici plutĂŽt que là »(§64). Il ne peut que ressentir sa condition contingentecar « combien de royaumes nous ignorent » (§39). Le vertige est encore accentuĂ© par le fait que ce monde est changeant, flottant, sans assise, « tout branle avec le temps » (§54). « Nous voguons sur un vaste milieu, toujours incertains et flottants, poussĂ©s dâun bout vers lâautre (âŠ). Rien ne sâarrĂȘte pour nous (âŠ). Nous brĂ»lons de trouver une assiette ferme (âŠ) mais tout notre fondement craque et la terre sâouvre jusquâaux abĂźmes » (§185).Sâil Ă©tait conscient de sa condition et de sa place rĂ©elle dans le monde, lâhomme devrait ĂȘtre saisi de perplexitĂ©, dâangoisse, sâinterroger, entreprendre de sonder cette Ă©nigme. Au contraire, Pascal constate quâil sâillusionne et fuit. Comment ? Il se met dâabord au centre de tout, se gonfle dâamour-propre et sâattache Ă une vaine quĂȘte de gloire, « la plus grande bassesse » (§435). Il recherche de maniĂšre maladive et insatiable « lâestime des hommes ».« Nous sommes si prĂ©somptueux que nous voudrions ĂȘtre connus de toute la terre et mĂȘme des gens qui viendront quand nous ne serons plus » (§111), raille Pascal.Le divertissement, loin dâĂ©loigner les maux, les augmente pourtant. Par lui, lâhomme sâexpose aux pĂ©rils de la vie de cour, de la guerre⊠On ne peut ĂȘtre heureux dans le divertissement « car il vient dâailleurs et de dehors », « partant sujet Ă ĂȘtre troublĂ© par mille accidents, qui font les afflictions inĂ©vitables » (§ 123). DâoĂč cet aphorisme bien connu : « Jâai dit souvent que tout le malheur des hommes vient dâune seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. » Bien sĂ»r, il ne sâagit pas lĂ dâune invitation au cocooning, ni mĂȘme Ă un retrait stoĂŻcien du monde, mais Ă savoir demeurer en la prĂ©sence de soi-mĂȘme, dans la pensĂ©e de sa condition rĂ©elle, prĂ©alable Ă la vraie consolation qui, pour Pascal, ne peut venir que de Dieu.Ce discours Ă visĂ©e thĂ©ologique nâenlĂšve rien Ă la puissance philosophique de la description pascalienne. « Le divertissement fonctionne au sein dâune apologĂ©tique, sans doute, mais il fonctionne comme un concept autonome, insiste Laurence Devillairs. Si vivre Ă©tait en soi un bonheur, pourquoi nous âdivertirââ sans cesse ? Câest ce que montre Pascal et je ne vois aucune analyse moderne aussi puissante. Cette quĂȘte du bonheur sans cesse déçue, parce que ce que nous dĂ©sirons excĂšde notre dĂ©sir, cette soif dâabsolu, aucun moderne ne le dĂ©crit avec autant de force. » -
Sarah G
InvitéSi la pensĂ©e de Pascal est puissante, câest parce quâelle refuse toute approche unilatĂ©rale pour cultiver les paradoxes, manifester les contrastes. Dans sa description de lâhomme, on peut percevoir la trace du Pascal physicien : le philosophe est sensible aux forces qui traversent lâhomme, aux tensions qui lâhabitent, Ă ses Ă©lans contradictoires. Ăcoutez donc cette Ă©tonnante Ă©numĂ©ration par laquelle il le dĂ©crit : « Quelle chimĂšre est-ce donc que lâhomme ? Quelle nouveautĂ©, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions, quel prodige ? Juge de toutes choses, imbĂ©cile ver de terre, dĂ©positaire du vrai, cloaque dâincertitude et dâerreur, gloire et rebut de lâunivers. Qui dĂ©mĂȘlera cet embrouillement ? » (§123) ou encore : « Quâest-ce quâun homme dans la nature ? Un nĂ©ant Ă lâĂ©gard de lâinfini, un tout Ă lâĂ©gard du nĂ©ant, un milieu entre rien et tout » (§185).Câest dans la prise de conscience de cet entre-deux que se situe la juste pensĂ©e de lâhomme. « Lâhomme connaĂźt quâil est misĂ©rable. Il est donc misĂ©rable puisquâil lâest, mais il est bien grand puisquâil le connaĂźt » (§113). On lui doit aussi la cĂ©lĂšbre comparaison de lâhomme Ă un roseau pensant. « Lâhomme nâest quâun roseau, le plus faible de la nature, mais câest un roseau pensant. Il ne faut pas que lâunivers entier sâarme pour lâĂ©craser ; une vapeur, une goutte dâeau suffit pour le tuer. Mais quand lâunivers lâĂ©craserait lâhomme serait encore plus noble que ce qui le tue puisquâil sait quâil meurt et lâavantage que lâunivers a sur lui, lâunivers nâen sait rien » (§186).
Pour Pascal, lâhomme est un « roi dĂ©possĂ©dĂ© » (§108). Il est tiraillĂ© entre le malheur de sa condition et le bonheur quâil ne cesse de rechercher. Cette soif de bonheur peut alors ĂȘtre dĂ©cryptĂ©e comme la trace dâun bonheur absolu perdu, dâun Ă©tat originel, celui dâavant le pĂ©chĂ© et de la Chute. « Quâest-ce donc que nous crie cette aviditĂ© et cette impuissance sinon quâil y a eu autrefois dans lâhomme un vĂ©ritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide » (§ 138).La nature de lâhomme est paradoxale. Pascal le montre Ă la fois misĂ©rable et grand, câest-Ă -dire contradictoire. Ni ange, ni bĂȘte, mais homme. Capable dâun dĂ©sir falsifiĂ© et du dĂ©sir de Dieu. « La prĂ©sence de lâimage de Dieu en lâhomme est ce qui conduit celui-ci Ă comprendre que son ĂȘtre mĂȘme le dĂ©passe, fait remarquer HĂ©lĂšne Michon, maĂźtresse de confĂ©rences Ă lâuniversitĂ© de Tours, qui vient de publier Se convertir Ă Dieu avec Blaise Pascal(lire « Pour aller plus loin », p. 30). « De la mĂȘme façon, la prĂ©sence de ce dĂ©sir engage lâhomme Ă conclure Ă une ineffabilitĂ© de la nature humaine, Ă une ouverture de celle-ci vers lâinfini. » Le dĂ©sir comme lâimage renvoient « Ă un autre que soi-mĂȘme, lequel vient dâailleurs, mais nous constitue ».Pascal nâentend pas prouver lâexistence de Dieu, tĂąche trop exorbitante pour la raison. Mais son propos est de dĂ©gager lâespace pour rendre possible lâaccueil de Dieu. Puisque Dieu se donne uniquement par grĂące, quâil est don gratuit, lâhomme ne peut pas, par ses propres forces, le rendre prĂ©sent. Il peut nĂ©anmoins se rendre disponible. « Lâhomme nâest pas digne de Dieu mais il nâest pas incapable dâen ĂȘtre rendu digne » (§224), écrit Pascal. Il doit pour cela passer par un chemin dâapprentissage, dâĂ©coute, oĂč Dieu est celui qui enseigne.
De quoi sera fait cet itinĂ©raire ? Pour Pascal, il passe par une pĂ©dagogie de la dĂ©sorientation. La mĂ©thode est rude, mais elle est cohĂ©rente avec lâinterlocuteur que Pascal sâest donnĂ©, un homme confiant en ses propres moyens, fermement assurĂ© sur sa raison, et qui se croit maĂźtre de lâunivers comme il se croit maĂźtre de lui-mĂȘme. Aussi le philosophe cherche-t-il Ă Ă©branler sa douteuse confiance en lui. « Sâil se vante, je lâabaisse ; sâil sâabaisse, je le vante ; et le contredis toujours, jusquâĂ ce quâil comprenne quâil est un monstre. »Ce chemin vers Dieu passe aussi par un renoncement aux passions. Pour Pascal, « lâimpuissance Ă croire vient de (nos) passions ». DâoĂč son conseil : « Travaillez donc non pas Ă vous convaincre par lâaugmentation des preuves de Dieu, mais par la diminution de vos passions » (§397). Ce chemin implique des efforts, il sera douloureux, ne cache pas le philosophe, « mais cette peine ne vient pas de la piĂ©tĂ© qui commence dâĂȘtre en nous, mais de lâimpiĂ©tĂ© qui y est encore » (§514).
Au cĆur de lâexercice vient la pratique de « se haĂŻr », rĂ©pĂ©tĂ© Ă plusieurs reprises dans les PensĂ©es. Ă distance des interprĂ©tations simplistes et littĂ©ralistes, lâhistorien de la philosophie Vincent Carraud a prĂ©cisĂ© la nature et le pĂ©rimĂštre de cette haine de soi dans son ouvrage de rĂ©fĂ©rence Pascal et la philosophie. « Il importe de distinguer un bon et un mauvais usage de lâamour de soi, souligne-t-il. Lâamour de soi est haĂŻssable en tant quâil relĂšve de lâusurpation et de la tyrannie qui porte le moi Ă se faire Dieu (âŠ). Lâamour de soi est donc haĂŻssable quand le moi se substitue Ă ce quâil nâest pas, Dieu. Câest pourquoi il faut haĂŻr dans lâamour de soi lâinstinct qui porte le moi Ă se prendre pour Dieu en voulant se faire centre : non pas haĂŻr le moi (comme Pascal lâĂ©crit souvent en un raccourci saisissant), mais haĂŻr en moi lâamour de moi usurpateur. (âŠ) Le moi est le lieu dâun amour de soi â quâil faut haĂŻr sâil est tyrannique, mais aimer sâil est correctement rĂ©glĂ©.Pour Pascal, la pensĂ©e est embarquĂ©e dans ce mouvement vers Dieu. « Je ne puis concevoir lâhomme sans pensĂ©e. Ce serait une pierre ou une brute » (§102), souligne-t-il en affirmant nettement la dignitĂ© de la pensĂ©e. Ce ne sont toutefois pas les efforts qui mĂšnent Ă la rencontre avec Dieu, pas plus que le raisonnement. La foi est un mouvement du cĆur. Au milieu de tous les Ă©crits dĂ©fensifs de la religion chrĂ©tienne qui sont contemporains aux PensĂ©es, le projet de Pascal se distingue « en minimisant la part de la raison et des procĂ©dĂ©s de persuasion. Il travaille davantage Ă toucher et disposer le cĆur quâĂ convaincre et persuader lâesprit », indique le philosophe Pierre Lyraud, professeur adjoint Ă lâuniversitĂ© de MontrĂ©al, Ă©galement auteur dâun ouvrage sur Pascal (lire « Pour aller plus loin », p. 30). Qui est le Dieu de Pascal ? Pour lâentrevoir, laissons-nous guider par un texte Ă part, appelĂ© le MĂ©morial, tĂ©moignage dâune expĂ©rience spirituelle dĂ©cisive, datĂ©e par lui-mĂȘme du 23 novembre 1654. Pascal conservait sur lui ce papier,tout Ă la fois « document, monument, argument », selon le philosophe Pierre Lyraud. Il lâavait cousu dans son pourpoint, en deux versions â le papier et le parchemin â, le replaçant Ă chaque fois quâil en changeait. Son contenu ne fut dĂ©couvert que quelques jours aprĂšs sa mort. Dans ce texte sobre et poignant, Pascal Ă©voque une nuit de « feu », sous la forme dâune mĂ©ditation spirituelle, qui commence par ces premiĂšres lignes :
« Feu. Dieu dâAbraham. Dieu dâIsaac. Dieu de Jacob
non des philosophes et des savants
Certitude, joie, certitude, sentiment, vue, joie
Dieu de Jésus-Christ. »
Le Dieu de Pascal se prĂ©sente comme celui de JĂ©sus-Christ, mais tout autant que celui de lâAncien Testament. Il est le Dieu annoncĂ© par les prophĂštes, dĂ©voilĂ© par les Ăcritures, reconnu dans lâĂvangile. Sâil nâest pas le Dieu « des philosophes », câest parce quâil est le Dieu vivant, celui qui se manifeste et vient au-devant des hommes. Celui qui, depuis les dĂ©buts de lâhistoire sainte prend lâinitiative de lâalliance, car Dieu se plaĂźt Ă se communiquer aux hommes.
Le texte se poursuit par lâĂ©vocation des consĂ©quences de cette rĂ©vĂ©lation. « Oubli du monde et de Tout hormis DIEU », « renonciation totale et douce », affirmation du caractĂšre central de lâĂvangile, perception de la « grandeur de lâĂąme humaine », sentiment effusif de la joie.Pascal ne sâempare pas de Dieu. Il se laisse conquĂ©rir, livrĂ© dans une renonciation totale. La joie â le terme est rĂ©pĂ©tĂ© sept fois dans la version du parchemin â peut accompagner cette « renonciation douce et totale », puisque « JĂ©sus-Christ est un Dieu dont on sâapproche sans orgueil et sous lequel on sâabaisse sans dĂ©sespoir », Ă©crira plus tard Pascal dans les PensĂ©es (§198).
La thĂ©ologie de Pascal est centrĂ©e sur le Christ, unique mĂ©diateur entre Dieu et les hommes, et la tonalitĂ© qui domine est celle de la Passion. Dans le MĂ©morial, Pascal sâaccuse dâavoir « fui, renoncĂ©, crucifiĂ© » JĂ©sus-Christ, comme sâil se situait dans le groupe des disciples endormis au jardin de GethsĂ©mani ou parmi les soldats romains le clouant sur la croix.Dans les PensĂ©es, le philosophe dĂ©ploiera une mĂ©ditation profonde sur la Passion du Christ, Ă©voquĂ©e avec une rare puissance de suggestion. Il invitera lâhomme Ă offrir sa prĂ©sence au Christ souffrant, comme si, chaque jour, sâactualisait le Vendredi saint. « JĂ©sus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble, mais il nâen reçoit point, car ses disciples dorment. JĂ©sus sera en agonie jusquâĂ la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps-là » (§717). AssurĂ©ment, Pascal veille et ne veut pas dormir. « Je mâen suis sĂ©parĂ©/que je nâen sois jamais sĂ©parĂ© », écrit-il dans la langue des mystiques, qui unit le manque et le dĂ©sir de lâunion Ă Dieu.-
Carpentier
InvitéDieu en soi, .. savoir demeurer en la prĂ©sence de soi-mĂȘme, dans la pensĂ©e de sa condition rĂ©elle, prĂ©alable Ă la vraie consolation qui, pour Pascal, ne peut venir que de Dieu / …
Blaise a donc Ă©tĂ© bien souffrant, sacrĂ©ment perdu mĂȘme face Ă ses doutes et Ă sa comprĂ©hension de la place des hommes sur la terre et dans l’immensitĂ© de l’univers; jusqu’Ă ce que, ‘une fois acceptĂ© le vertige, il circonscrive un lieu de pensĂ©e raisonnable Ă une chambre.
En voilà un qui aurait adoré avoir la fibre. -
Graindorge
InvitéTrĂšs trĂšs beau prĂ©sent cher Sarah G. Je crois qu’on ne peut pas prouver l’existence de Dieu, encore moins dans un microscope aussi puissant soit-il. C’est Ă Lui de me prouver Son Existence. ConcrĂštement. Scientifiquement. Je n’ai pas Ă croire ou Ă ne pas croire. Je veux sentir Sa PrĂ©sence. Ou rien.
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lison
InvitéBonjour,
Quelqu’un pourrait il mettre ici l’article intĂ©gral:
https://www.liberation.fr/culture/livres/la-forme-commune-le-terrain-du-collectif-20230622_YZ75KVHS7ZADBMXSNZII7MMDEQ/
Merci-
GaelleS
InvitéVoilĂ Lison
«La Forme-Commune», le terrain du collectif
De Longo MaĂŻ Ă Notre-Dame-des-Landes, la chercheuse amĂ©ricaine Kristin Ross sâintĂ©resse Ă la rĂ©appropriation dâespaces par des communautĂ©s qui expĂ©rimentent dâautres maniĂšres dâhabiter.par Marie-Eve Lacasse
La Commune de Paris. La Commune de Nantes, un siĂšcle plus tard. La ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Le Larzac. Sanrizuka au Japon. Tous ces exemples, ces façons dâinventer dâautres maniĂšres de vivre â et donc de se loger, de se nourrir, de communiquer, de sâaimer â ont permis Ă des citoyens ordinaires dâexpĂ©rimenter, temporairement (ou de façon plus pĂ©renne comme dans la commune de Longo MaĂŻ Ă Limans, dans les Alpes-de-Haute-Provence), une autre façon de prendre en main leur administration collective. Câest Ă ces luttes si particuliĂšres que sâattache la chercheuse amĂ©ricaine Kristin Ross, professeure de littĂ©rature comparĂ©e Ă lâUniversitĂ© de New York, spĂ©cialiste de la culture française. DĂ©jĂ autrice de plusieurs livres sur lâimaginaire de la Commune, elle condense dans la Forme-Commune. La lutte comme maniĂšre dâhabiter ses rĂ©flexions sur lâoccupation dâespaces considĂ©rĂ©s comme prĂ©cieux pour la survie humaine. Terres arables et nourriciĂšres, Ă©cosystĂšmes fragiles ou exceptionnels, ces zones menacĂ©es dâexpropriation renferment un trĂ©sor Ă dĂ©fendre contre des projets dâaĂ©roports, de bĂ©tonisation, de data center ou dâautoroutes.
Sâappuyant en grande partie sur lâhistoire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Kristin Ross rappelle que le projet dâaĂ©roport international, ce non-lieu oĂč passent et repassent les flux de gens et dâargent, «trouve son origine dans les rĂȘves et la pensĂ©e magique dâune bourgeoisie rĂ©gionale, crĂ©ole mĂȘme, grisĂ©e par lâexplosion de la rhĂ©torique dĂ©veloppementaliste au plus fort des Trente Glorieuses». Michel DebrĂ© parlait de cette zone comme dâun dĂ©sert, Ă la grande surprise des paysans qui y vivaient (le terrain est, comble de lâironie, couvert dâĂ©tangs et de zones humides). On connaĂźt la suite, avec sa fin heureuse : ces 1 600 hectares, protĂ©gĂ©s inlassablement au cours des dĂ©cennies qui suivront, redeviendront peu Ă peu le bocage mĂ©diĂ©val quâil avait Ă©tĂ© avec «ses haies, ses bois et ses champs de toutes sortes intacts, divers et complexes». Les promoteurs immobiliers ont soudainement reculĂ© devant un lieu qui aurait pu accueillir un aĂ©roport, lieu de nuisances sonores et polluantes. Au final, ce paradis de Notre-Dame-des-Landes «a Ă©chappĂ© Ă lâĂ©talement urbain qui a touchĂ© une grande partie de la pĂ©riphĂ©rie de Nantes».
Ohé ! Partisans, ouvriers et paysans
Lâune des notions les plus intĂ©ressantes du livre de Kristin Ross sâinspire de la logique de «restitution» des autochtones dâAmĂ©rique du Nord, qui «évoque un rapport historique Ă la terre, qui a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© perdu, extirpĂ© violemment ou oubliĂ©, mais qui est toujours prĂ©sent sous une certaine forme, prĂȘt Ă ĂȘtre rĂ©veillĂ© et restaurĂ© par un processus continu de rĂ©apprentissage et de rĂ©invention». En dâautres termes, les terres arables appartiennent Ă lâhumanitĂ© et lui sont dues ; se les rĂ©approprier est un droit. Au-delĂ de sa dimension Ă©cologique, le livre de Ross sâintĂ©resse de prĂšs Ă ceux et celles qui dĂ©cident de sâengager Ă corps perdu dans ces luttes. Paysans, ouvriers, Ă©tudiants mettent la thĂ©orie politique Ă la rude Ă©preuve du quotidien dans ces «zones Ă dĂ©fendre» oĂč ils vivent dĂ©sormais ensemble. Apprentissage des travaux de la ferme et de la vie en collectivitĂ© pour certains, partage de la mĂ©moire paysanne pour les autres, la chercheuse donne Ă voir un certain «luxe communal» contre le discours sur lâaustĂ©ritĂ© : un oxymore qui nâen est pas un car, dans la «forme-Commune», la richesse repose sur la fertilitĂ© des terres et non sur le matĂ©riel. Cette maniĂšre de faire de la politique est une façon de «gagner du terrain dans la bataille contre lâenclosure» et permet de repenser complĂštement son rapport au temps et au travail.
Quelques pages Ă©tonnantes sont consacrĂ©es au moment oĂč Kristin Ross est invitĂ©e Ă Notre-Dame-des-Landes pour y faire une confĂ©rence. Soudain, tous ses repĂšres habituels de chercheuse sont bousculĂ©s. Elle nâest plus attendue Ă la gare puis dĂ©posĂ©e Ă lâhĂŽtel puis invitĂ©e au restaurant. Elle doit participer aux travaux des champs et partager son temps avec les autres, elle qui chĂ©rit sa solitude. Le choc est si grand quâelle suspend sa rĂ©serve dans lâĂ©criture mĂȘme. Plaisir de la fatigue du travail physique, du rythme imposĂ© par les impĂ©ratifs de la ferme, de lâintense rapport dâinterdĂ©pendance aux autres⊠Cette dĂ©couverte la bouleverse tant que son rĂ©cit donne Ă lâessai lui-mĂȘme quelques pages dâune libertĂ© inattendue Ă ce niveau conceptuel. Magnifiquement traduit par Etienne Dobenesque, la Forme-Commune est un essai Ă©rudit et sensible qui porte un regard sans angĂ©lisme sur ces formes courageuses de dĂ©fense des vrais trĂ©sors du monde.
Kristin Ross, la Forme-Commune. La lutte comme maniĂšre dâhabiter. Traduit de lâanglais par Etienne Dobenesque. La Fabrique, 150 pp., 14 âŹ.-
Sarah G
InvitéMerci beaucoup pour le partage, trĂšs trĂšs envie de lire cet essai.
Cela rejoint l’article de lundi matin mĂ©dia partagĂ© par Carpentier dans le topic guerre de l’eau, si je ne me trompe pas.-
Carpentier
Invitéđ tu ne trompes pas, dans tous les cas, il arrive bien, en effet, Ă Carpentier, de ne pas poster ou de repĂ©rer, indiquer, demander de partager en entier, autre chose que des anneries đ mais chuuuut
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Carpentier
Invitétu ne *TE
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Sarah G
InvitéEt merci Ă toi, chacun en profite aussi.
Beaucoup aimé les vidéos de Barbara
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lison
InvitéMerci GaelleS
J’ai voulu t’envoyer en Ă©change un lien vers quelques pages du livre ( via un PDF de La Fabrique) mais ça n’a pas marchĂ©.
J’ai voulu faire la mĂȘme chose avec un lien vers le livre de Tariq Ali sur Churchill Ă©voquĂ© ailleurs par Charles et François. Idem
Tant pis. C’est le grand complot mondial du 22 juin .-
François Bégaudeau
Maßtre des clésKristin Ross camarade fiable.
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Carpentier
Invitéđ¶https://www.liberation.fr/societe/education/quand-blanquer-pilote-sans-feu-vert-un-projet-decole-ecolo-pour-veolia-20230623_6LZAVDQBYRAK5ALZQKCVXOQZMI/
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Céline
InvitéLâenseignement supĂ©rieur privĂ© lucratif est un secteur en forme olympique. 737 000 Ă©tudiants (un quart des effectifs), au dernier dĂ©compte, notamment les déçus de Parcoursup. Les inscriptions ont encore augmentĂ© de 10 % lâannĂ©e derniĂšre, essentiellement dans des Ă©tablissements dĂ©tenus par des groupes financiers, alors quâelles restent stables dans lâenseignement public (0,3 %). Les hauts responsables de lâEtat, aussi, sautent Ă pieds joints. Anciens ministres, ex-directeurs de cabinet, hauts fonctionnaires en pantouflageâŠ. Les nouvelles recrues arrivent par grappes.
Dernier en date : Jean-Michel Blanquer, ministre de lâEducation sous la premiĂšre Ăšre Macron. Il avait remportĂ© la palme de longĂ©vitĂ© rue de Grenelle. Le voilĂ dĂ©sormais Ă bicyclette dans les pages de Paris Match pour parler de ses nouvelles activitĂ©s : «CrĂ©er une quinzaine dâĂ©coles de la transition Ă©cologique dans des villes moyennes françaises, puis dans le monde.» Les deux premiers sites ouvriront leurs portes Ă Arras (Pas-de-Calais) et Ă Paris.
Un cursus «en cours de construction»
Dans lâhebdomadaire, lâancien ministre prĂ©cise que ces Ă©coles seront chapeautĂ©es par une association toute fraĂźche : Terra Academia, inconnue au greffe des associations de Paris.En revanche, la marque «Terra Academia Ă©cole de la transformation Ă©cologique» a bien Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e Ă lâinstitut national de la propriĂ©tĂ© intellectuelle (Inpi), par⊠Veolia. La multinationale, numĂ©ro 1 dans la gestion de lâeau et des dĂ©chets, est derriĂšre le projet. Rien de secret. Au contraire, Veolia sâen vante, ce projet coche tous les critĂšres ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), trĂšs apprĂ©ciĂ©s des marchĂ©s financiers. Lâinformation est mise en avant dans un encadrĂ© couleur saumon sur le site du groupe : «Veolia crĂ©e Ă Paris lâĂ©cole de la transformation Ă©cologique baptisĂ©e âTerra Academiaâ afin de prĂ©parer les Ă©tudiants aux mĂ©tiers de demain et rĂ©pondre Ă lâurgence environnementale.» InterrogĂ© par LibĂ©ration, le groupe prĂ©cise : «Jean-Michel Blanquer a acceptĂ©, il y a quelques mois, de piloter ce projet. [âŠ] Nous nâavons pas de calendrier exact, câest encore en cours de construction.»
Lâancien ministre apparaĂźt aussi sur une double page dâun rapport sur les enjeux stratĂ©giques du groupe, sous la forme dâun long entretien dans lequel il dĂ©taille les ambitions. «Elles sont grandes, Ă la mesure de lâenjeu. [âŠ] Une Ă©cole de pensĂ©e qui sâappuiera sur un conseil scientifique transdisciplinaire.» SollicitĂ© par LibĂ©ration, Jean-Michel Blanquer rĂ©pond dâun texto : «Veolia mâa dit quâil vous avait rĂ©pondu [âŠ] Je pilote la prĂ©figuration de ce projet qui doit contribuer Ă lâaccĂ©lĂ©ration de la transformation Ă©cologique sur une base trĂšs territoriale avec une utilitĂ© Ă©cologique et sociale trĂšs forte.»
Dans Paris Match, il explique quâ«en fonction des besoins locaux», Terra Academia «adaptera ses formations, dispensĂ©es avec lâuniversitĂ©, les CFA locaux, et parfois des Ă©coles dâingĂ©nieurs.» Ce qui pose plusieurs questions. Quelle sera la nature des liens avec les universitĂ©s ? Quel sera le statut de ces formations ? Quel contenu ? Seront-elles Ă©ligibles aux subventions publiques ?
Le rĂŽle de Jean-Michel Blanquer, en tant quâancien ministre, interroge aussi. Pourquoi ne pas plutĂŽt monter cet ambitieux projet au sein de lâuniversitĂ© ou dâun Ă©tablissement public qui aurait ainsi pu profiter de sa notoriĂ©tĂ© ? En pilotant une Ă©cole privĂ©e, financĂ©e par un groupe du CAC 40, ne sâexpose-t-il pas Ă de possibles conflits dâintĂ©rĂȘts ?
La HATVP ne sâest pas prononcĂ©e
En France, câest la Haute AutoritĂ© pour la transparence de la vie publique qui a la charge de surveiller les reconversions des anciens ministres, leurs collaborateurs et les hauts fonctionnaires. Pendant une durĂ©e de trois ans, les anciens responsables publics doivent la saisir avant toute nouvelle activitĂ© dans le privĂ©, pour sâassurer de sa compatibilitĂ© avec leurs anciennes fonctions. Sur le plan pĂ©nal dâabord, pour Ă©carter tout risque de prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘts. Mais aussi dĂ©ontologique. «La Haute AutoritĂ© vĂ©rifie que le responsable public nâa pas profitĂ© du temps oĂč il exerçait ses fonctions pour nouer des liens particuliers et prĂ©parer sa sortie. Elle sâassure aussi quâil nâa pas vocation Ă servir de lobbyiste Ă lâentreprise privĂ©e, en utilisant son carnet dâadresses et ses relations avec son ancienne administration», sous-titre Jean-François KerlĂ©o, vice-prĂ©sident de lâObservatoire de lâĂ©thique publique.
En lâespĂšce, la HATVP ne sâest pas prononcĂ©e. Seuls deux avis ont Ă©tĂ© rendus publics concernant Jean-Michel Blanquer. Ils datent du printemps 2022, quand il a rejoint un cabinet dâavocats Ă sa sortie du gouvernement. Rien en revanche sur ce projet dâĂ©cole avec Veolia⊠InterrogĂ©e, la Haute AutoritĂ© confirme Ă LibĂ©ration : «Nous nâavons pas rendu dâavis pour exercer des fonctions de directeur dâun Ă©tablissement, mais seulement pour des fonctions dâavocat.» Jean-Michel Blanquer aurait-il omis dâavertir la HATVP ? A moins quâil ne considĂšre que «piloter» des Ă©coles fasse partie de son activitĂ© dâavocat ?
La HATVP peut toujours sâautosaisir, câest dans ses prĂ©rogatives. «Dans lâhypothĂšse oĂč des Ă©lĂ©ments nouveaux sont portĂ©s Ă sa connaissance, ceux-ci font toujours lâobjet de vĂ©rifications et dâĂ©changes avec les intĂ©ressĂ©s», rĂ©pond-elle Ă LibĂ©ration, refusant dâen dire plus sur le cas prĂ©cis de Jean-Michel Blanquer. Dans son rapport annuel, la Haute AutoritĂ© mentionne les dĂ©fauts de saisine, nombreux, souvent par manque dâinformation des concernĂ©s. DâoĂč lâimportance de la sensibilisation, mais aussi dâun travail de veille, partagĂ© par lâadministration, tant la tĂąche est grande.
Un business chouchouté par la loi Pénicaud
Les mobilitĂ©s des responsables publics vers le privĂ© sont en effet nombreuses. Leur nombre a flambĂ© en 2022 : la HATVP a enregistrĂ© 371 saisines (+89,2 % par rapport Ă 2021) . «Câest bien sĂ»r liĂ© Ă la pĂ©riode Ă©lectorale, commente Jean-François KerlĂ©o. Mais aussi Ă la perte de prestige de la haute fonction publique.» Il dĂ©crit ce mouvement de fond qui date de plusieurs annĂ©es et sâaccĂ©lĂšre. Cette perte dâattrait pour les postes Ă hautes responsabilitĂ©s dans lâappareil de lâEtat. «Parce que le privĂ© paie le double. Que la reconnaissance sociale de servir le service public nâest plus la mĂȘme. De cela, personne ne parle. Cela mĂ©riterait pourtant un vrai dĂ©bat de sociĂ©tĂ©.»
Les mobilitĂ©s des responsables publics vers le privĂ© sont en effet nombreuses. Leur nombre a flambĂ© en 2022 : la HATVP a enregistrĂ© 371 saisines (+89,2 % par rapport Ă 2021) . «Câest bien sĂ»r liĂ© Ă la pĂ©riode Ă©lectorale, commente Jean-François KerlĂ©o. Mais aussi Ă la perte de prestige de la haute fonction publique.» Il dĂ©crit ce mouvement de fond qui date de plusieurs annĂ©es et sâaccĂ©lĂšre. Cette perte dâattrait pour les postes Ă hautes responsabilitĂ©s dans lâappareil de lâEtat. «Parce que le privĂ© paie le double. Que la reconnaissance sociale de servir le service public nâest plus la mĂȘme. De cela, personne ne parle. Cela mĂ©riterait pourtant un vrai dĂ©bat de sociĂ©tĂ©.»
Une politique publique rĂȘvĂ©e pour ces gros groupes, car elle Ă©largit leur vivier dâĂ©tudiants-clients : facile de convaincre quand les frais dâinscription sont payĂ©s par les aides publiques. Les membres du cabinet de Muriel PĂ©nicaud sont, eux aussi partis, en bande, Ă quelques rues du ministĂšre, pour monter un⊠cabinet de conseil en apprentissage. Dans chacun de ces cas, la HATVP a donnĂ© son aval. Plus prĂ©cisĂ©ment, elle a prononcĂ© des «compatibilitĂ©s avec rĂ©serves», sa formule favorite quâelle utilise dans 80 % des cas, en listant les limites Ă ne pas dĂ©passer. Par exemple, nâ«utiliser aucun document ou renseignement non public dont elle aurait eu connaissance du fait de ses anciennes fonctions publiques, sans limite de durĂ©e».
Les moyens limitĂ©s de la HATVPMais lĂ , encore, se pose la question des moyens pour vĂ©rifier que ces rĂ©serves sont bien respectĂ©es⊠La HATVP rĂ©pond avoir quatorze agents au sein de la direction juridique et dĂ©ontologie, dont six chargĂ©s de mission sur le respect du suivi des avis. Cela semble peu. Elle le reconnaĂźt dâailleurs dans son rapport annuel : «Afin de garantir lâefficacitĂ© et la crĂ©dibilitĂ© des dispositifs de contrĂŽle des mobilitĂ©s entre les secteurs public et privĂ©, la dĂ©tection des dĂ©fauts de saisine et le suivi du respect des avis et dĂ©cisions rendus sont essentiels. Si la Haute AutoritĂ© est pleinement engagĂ©e dans ce sens, les moyens, humains comme juridiques, qui seraient nĂ©cessaires, font aujourdâhui largement dĂ©faut.»
Dâautant quâil devient difficile de dĂ©nombrer le nombre de hauts fonctionnaires partis dans le privĂ©. Le secteur de lâenseignement privĂ© lucratif est un bon exemple. Liste non exhaustive : Martin Hirsch, ancien patron des hĂŽpitaux de Paris (AP-HP), recrutĂ© par Galileo comme vice-prĂ©sident, avec pour mission, entre autres, de dĂ©velopper les Ă©tudes de santĂ© (privĂ© lucratif) dans le monde. Guillaume Pepy, ancien numĂ©ro 1 de la SNCF. Lui a Ă©tĂ© propulsĂ© au conseil de surveillance de lâEM Lyon, prestigieuse Ă©cole de management, quand Galileo est entrĂ© Ă lâautomne dans le capital de lâĂ©tablissement (46 % des parts). Autre figure de la SNCF : Mathias Emmerich, Ă©narque, ancien conseiller Ă la Cour des comptes qui a pris, fin 2020, la tĂȘte du groupe privĂ© Omnes Education (Inseec, Sup de pubâŠ) Ou encore, mĂȘme si cela remonte Ă plusieurs annĂ©es : Jean-Xavier Moreau, ancien directeur acadĂ©mique des services de lâĂ©ducation nationale (Dasen), qui dirige les Ă©coles bilingues rachetĂ©es par le groupe Globeducate, lui aussi aux mains dâun fonds dâinvestissement.
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Claire N
InvitéMerci CĂ©line
« Seront-elles éligibles aux subventions publiques ? »
Cette question mâintĂ©resse Ă©galement-
François Bégaudeau
Maßtre des clésToujours trÚs intéressant de suivre des parcours individuels. Tout est là , tangible, factuel, irréfutable.
On pourrait complĂ©ter en voyant ou revoyant L’exercice de l’Etat.
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Carpentier
Invitéđ đđđ benh alors đ ia quelqu’un ? đ
https://www.nouvelobs.com/sport/20230624.OBS74896/enquete-sur-les-fondus-du-triathlon-ces-sportifs-sans-limites.html-
Maud
InvitéĂa m’intĂ©resserait fort de lire cet article aussi, si une bonne Ăąme est abonnĂ©e
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Carpentier
InvitéVoyant ton pseudo, je suis certaine que lĂ , ça va poster/marcher đ
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Graindorge
InvitéIls attendent les đ đ đ đ
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Carpentier
InvitéoĂč ils sont tous.tes complĂštement aux fraises plutĂŽt, ouais đ€Ł
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Carpentier
Invité* ou
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Sarah G
InvitéMais non voyons đđ€Ł on lit dans les parcs et jardins, on prends des verres en terrasse seul ou avec des ami.es.
Ou au ciné.
C’est l’Ă©tĂ© Carpentier, ben ouais đđ, on vit plus dehors, et ouais c’est comme ça.
Ou vu la chaleur đ„, beaucoup roupille đŽ-
Carpentier
InvitéUne belle bonne grosse vie de merde, quoi.
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Sarah G
InvitéEt toi Carpentier, tu fais quoi en ce moment, durant l’Ă©tĂ© ?
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Carpentier
Invitéon pogote, Sarah, on pogote
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Sarah G
InvitéTiens tiens, j’Ă©coute Le rĂ©parateur, poĂ©sie zĂ©ro et Feu.
Découverte de poésie zéro et Feu grùce au partage ici et sur Facebook de la part de François.
Donc je popote aussi Carpentier-
Carpentier
Invitébenh tu vois que ta vie c’est pas la pub que tu dĂ©crivais
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Carpentier
InvitéEt donc, le rĂ©parateur, c’est parce que ta cuisiniĂšre est en panne?
Et comment tu popotes alors? Ă la bougie ?-
Sarah G
InvitéNon le RĂ©parateur c’est un groupe de punk rock.
Et sinon il n’y a rien Ă rĂ©parer chez moi pour le moment. -
Carpentier
Invitébenh voui, blague ratĂ©e đ”âđ«đ
popote bien, alors đ -
Sarah G
InvitéMerci toi aussi, profites bien
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Carpentier
Invitéça chauffe lĂ , et dans 1 heure, rdv pour go to the bal des pompiers, en attendant celui du 14 juillet dans une caserne que François connaĂźt
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Sarah G
InvitéBon bal des pompiers alors, profite bien
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Sarah G
InvitéParce qu’il fait chaud đ„ lĂ
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Carpentier
InvitéOh ouiiiiiiii oui
Pompiers 2023 : Fred Goudon nous présente son nouveau calendrier
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Graindorge
InvitéAhahaha…!!!
Ăa y est c’est l’Ă©tĂ©! Hier grands feux de la St Jean un peu partout. Aujourd’hui marchĂ©, plage, plus d’Ă©cole. Les gamins barbotent jusqu’au dĂźner. AgrĂ©able brise Ă l’ombre des hauts palmiers. La vie belle
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Carpentier
InvitéAlooors đ les plants de gentonova donnent des fruits savoureux bien que de petite taille đ (miss mĂ©tĂ©o est super capricieuse lĂ oĂč je joue Ă la maraĂźchĂšre.)
Du coup, on y mange tout, sans Ă©queuter, moins de souffrance, plus radicale dans la gourmandise, mais c’est pas avec ma production que je pourrai mettre de cĂŽtĂ© pour la retraite.
J’ai mis un petit panier de mes fraises Ă cĂŽtĂ© de votre bidon de rĂ©cup d’eau de pluie đ
đ”âđ«-
Graindorge
InvitéTrĂšs bonnes les fraises, j’en ai pris 3. Le budon
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Graindorge
Invité*le bidon d’eau de pluie est Ă moitiĂ© plein
Je repasserai demain voir si I reste encore des fraises
Merci maraĂźchĂšre-
Carpentier
Invitéđ
mĂȘme si pas de quoi avoir le budon* plein (style genre mot d’enfant pour *bidon đ€ – on đ – )
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Dr Xavier
InvitéNObs – EnquĂȘte sur les fondus du triathlon , ces sportifs sans limites
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Natation, vĂ©lo, course Ă pied… Ils sont de plus en plus nombreux Ă participer Ă ces courses qui allient performance et technologie. Qu’est-ce qui anime les adeptes, simples amateurs ou athlĂštes aguerris, de cette discipline ultra-exigeante ?
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Alpsman (au lac d’Annecy), Bearman (dans le Roussillon), Bayman (autour du Mont Saint-Michel), Frenchman (dans le Bordelais), Chtriman (Ă Gravelines), Embrunman (dans les Hautes-Alpes) ou encore Vercorsman… Non, il n’est pas question ici d’un dĂ©barquement de super-hĂ©ros en France, mais du boom du triathlon et de sa variante la plus mythique : l’Ironman. Une compĂ©tition lancĂ©e Ă HawaĂŻ, en 1978, par John Fletcher Collins, l’un des participants au premier triathlon moderne, organisĂ© quatre ans plus tĂŽt en Californie. Cet officier de l’US Navy dĂ©fia nageurs, cyclistes et coureurs pour dĂ©signer qui Ă©tait le plus endurant : « Nagez 3,8 kilomĂštres. PĂ©dalez 180 kilomĂštres. Courez 42,195 kilomĂštres. Vantez-vous pour le reste de votre vie ! » Tels sont le leitmotiv et l’ordre des Ă©preuves avec, Ă la clĂ©, le titre d’« homme de fer ».
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« Je vois une explication mĂ©taphysique au choix de ces trois sports, dont l’enchaĂźnement rappelle l’Ă©volution de l’homme, s’enthousiasme RaphaĂ«l VerchĂšre, prof de philo ayant accompli un Ironman. C’est un rĂ©sumĂ© du passage du milieu aquatique Ă la quadrupĂ©die, symbolisĂ©e par le cyclisme ; puis Ă la bipĂ©die, avec la course Ă pied. »
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Aujourd’hui, 300 000 concurrents prennent part, chaque annĂ©e, Ă plus de 200 Ă©vĂ©nements internationaux officiellement estampillĂ©s Ironman, prĂ©cise Thibault Vellard, directeur pour la France : « Depuis les annĂ©es 2010, le triathlon se dĂ©mocratise Ă l’instar du marathon, avec un dĂ©calage de vingt ans. » Aix-en-Provence, Les Sables-d’Olonne, Vichy et Nice accueillent les quatre Ironman français.
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Se prouver que l’on peut toujours aller plus loin
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Yves Cordier, directeur du rendez-vous niçois, assure que la citĂ© azurĂ©enne est « la deuxiĂšme localisation de rĂ©fĂ©rence mondiale pour l’Ironman : dĂšs 1982, elle fut le théùtre du premier triathlon d’Europe en formule longue ». Et c’est justement la baie des Anges qui a Ă©tĂ© choisie pour accueillir, en septembre, les championnats du monde d’Ironman. Une premiĂšre puisque, jusqu’Ă prĂ©sent, seul HawaĂŻ avait ce privilĂšge. Cette annĂ©e, les hommes s’affronteront sur la French Riviera, les femmes restant sur l’Ăźle du Pacifique. En 2024, ce sera l’inverse, et ainsi de suite.
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2023 est aussi historique dans l’Hexagone, car l’effectif de la FĂ©dĂ©ration française de Triathlon vient de battre le record de 2019, avec plus de 60 113 licenciĂ©s. « Une hausse de 30 % en dix ans ! souligne CĂ©dric Gosse, prĂ©sident de la FFTRI. A cela, s’ajoutent 130 000 personnes qui achĂštent un pass compĂ©tition Ă la journĂ©e. Donc il y a environ 190 000 pratiquants pour cette discipline intĂ©grĂ©e aux JO en 2000. »
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Une croissance liée à la diversification du format des courses : la distance olympique correspond à la taille dite « M » (1,5 kilomÚtre de natation, 40 kilomÚtres de vélo et 10 kilomÚtres de course à pied) ; la version XS est destinée à la découverte ; la S au sprint. Si cette derniÚre est dédiée aux obsédés du chrono, la grande majorité des adeptes est davantage mue par cette ambition répétée comme un mantra : repousser ses limites personnelles. Raphaël VerchÚre, auteur du livre « Philosophie du triathlon », paru en 2020 (Editions du Volcan), décrypte :
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« C’est l’ADN mĂȘme du triathlon : se prouver que l’on peut aller toujours plus loin. C’est un sport ascĂ©tique, en lien avec la puissance d’exister : on se prouve qu’on est capable de surmonter les obstacles, on Ă©tend notre emprise sur les Ă©lĂ©ments pour « nous rendre comme maĂźtres et possesseurs de la nature », Ă©crit Descartes dans le « Discours de la mĂ©thode ». La joie profonde vient, non pas du plaisir immĂ©diat, mais de la souffrance et du dĂ©passement de soi. »
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A l’image d’autres disciplines d’endurance, il y a (aussi) la recherche d’un Ă©tat de conscience modifiĂ© : « S’abrutir pour fuir une situation ou soi-mĂȘme pose la question de l’excĂšs, voire de l’addiction, trĂšs prĂ©sente chez les triathlĂštes et socialement valorisĂ©e. »
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Le philosophe constate qu’ils ont souvent des profils CSP+, cadres et professions libĂ©rales :
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« Le dĂ©veloppement du triathlon correspond Ă un nouvel Ăąge du capitalisme nĂ©olibĂ©ral : on n’est plus monotĂąche, mais adaptable. Il met en scĂšne la polyvalence. »
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Au fond, le triathlon est destinĂ© aux Ă©ternels insatisfaits, comme le reconnaĂźt Marjolaine PierrĂ©, Ă©tudiante de 23 ans et dĂ©jĂ professionnelle : « On veut toujours s’amĂ©liorer dans l’un des trois sports. Je m’entraĂźne avec mon copain, pro lui aussi : c’est plus motivant et ça permet de s’entraider, d’Ă©changer, de se rassurer. Les triathlĂštes sont souvent trĂšs focalisĂ©s sur eux-mĂȘmes. Or se prĂ©parer seul est dur, la charge mentale est Ă©norme. MĂȘme les amateurs risquent le burn-out. » Elle regrette que le coaching individuel soit devenu tendance, au dĂ©triment des inscriptions en club : « C’est Ă la mode de dire qu’on a tel ou tel coach, c’est devenu un vrai business. »
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Et pas qu’en matiĂšre d’accompagnement ! Les marques de nutrition, de vĂȘtements ou d’Ă©quipements sont omniprĂ©sentes. « Le panier moyen est supĂ©rieur Ă celui des adeptes de chacune des trois disciplines », confirme Virgile Caillet, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de l’organisation professionnelle Union Sport & Cycle. Puisqu’ils pratiquent les trois sports en mĂȘme temps, ils dĂ©pensent plus, mais ils ont un aussi un certain cĂŽtĂ© « geek du matos ».
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Une passion coûteuse
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FrĂ©dĂ©ric Saint-Etienne, directeur de la communication chez Garmin France, marque amĂ©ricaine de matĂ©riel technologique associant son nom au triathlon de Paris, qui se tient les 24 et 25 juin, en sait quelque chose : « Ces technophiles trĂšs engagĂ©s sont prĂȘts Ă investir beaucoup de temps et de budget. » Selon RaphaĂ«l VerchĂšre, c’est mĂȘme une course perpĂ©tuelle Ă l’armement :
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« Le triathlon est l’un des sports les plus appareillĂ©s pour mesurer les performances dans les moindres dĂ©tails et gĂ©rer son organisme comme une entreprise : amĂ©liorer son rendement, faire des gains marginaux, etc. On finit par ne plus habiter son corps de maniĂšre intime en l’observant comme une tierce personne : non pas dans le ressenti, mais Ă travers les stats de sa montre connectĂ©e, son cardiofrĂ©quencemĂštre, ses capteurs de puissance… »
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Guillaume Borgarello parle mĂȘme de dopage technologique. Cet ingĂ©nieur parisien de 31 ans a dĂ©mĂ©nagĂ© Ă Marseille l’Ă©tĂ© dernier pour mieux s’adonner Ă sa passion, qui s’est dĂ©clarĂ©e en 2021 : « J’y suis arrivĂ© par la course Ă pied. Dans la trĂšs grande majoritĂ© des cas, on vient au triathlon par l’une de ses disciplines, souvent le running ou le cyclisme : soit on s’est blessĂ© et on a besoin de faire des exercices moins traumatisants, soit on se lasse de la monoactivitĂ© et on a envie de varier. »
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Avec 5 000 autres personnes, il participe Ă l’Ironman de Nice et Ă©value l’addition Ă 1 200 euros, entre l’inscription Ă 600 euros, les frais de dĂ©placement, d’hĂ©bergement et de nourriture. Il guette en permanence les innovations, « des chaussettes aĂ©rodynamiques aux chaussures avec plaque carbone dans les semelles, en passant par les combinaisons de natation ou les vĂ©los Ă 15 000 euros ». Un coĂ»t qui n’est pas uniquement financier. Depuis des mois, Guillaume ne boit plus, ne part plus en week-end avec ses amis, et se lĂšve chaque matin Ă 6 heures pour aller nager : « Pour prĂ©parer sĂ©rieusement un Ironman, il faut s’entraĂźner douze heures par semaine. Pourtant, je ne me lasse pas : les trois sports sont complĂ©mentaires dans l’effort. Je vois ça comme un voyage, avec des hauts et des bas. C’est un grand sacrifice, notamment en temps. »
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Une des raisons qui expliqueraient le faible taux de pratiquantes ? Elles reprĂ©sentent en tout cas un peu moins d’un tiers des licenciĂ©es. Mais ça progresse : « Le triathlon est l’un des seuls sports oĂč le montant de la rĂ©compense est identique pour les deux sexes, tient Ă rappeler Marjolaine PierrĂ©. De plus, il est scientifiquement prouvĂ© que les femmes sont plus rĂ©sistantes : elles gĂšrent mieux l’effort et terminent moins Ă©puisĂ©es que les hommes. »
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Charles Gallant, jeune crĂ©ateur du T24 Xtrem Triathlon, a dĂ©cidĂ© de communiquer diffĂ©remment pour Ă©largir la cible : « Au dĂ©but, on affirmait que notre course Ă©tait inaccessible et ça attirait plus les hommes parce que, quand on leur dit « tu n’y arriveras jamais », leur rĂ©flexe est de s’inscrire tout de suite ! » L’effectif fĂ©minin atteint un quart, notamment parce que cet ultratriathlon de 24 heures peut se faire en relais mixte. Avis aux amatrices et aux amateurs, la tribu s’agrandit et le tri(athlon) devient un peu moins sĂ©lectif… Tout en restant trĂšs exigeant !
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Maud
InvitéĂa c’est un beau cadeau đ Merci Dr Xavier !
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Dr Xavier
InvitéLucbert & Lordon dans le Diplo de juillet. Câest en derniĂšre page, traditionnellement on nây met pas un « article » proprement dit, plutĂŽt un billet dâhumeur, un exercice de style.
Ceci posĂ©, aprĂšs la lecture, jâoscille. On retrouve bien le style de Lucbert (MinistĂšre des contes), plus que celui de Lordon d’ailleurs. Le billet fait Ă©videmment rĂ©fĂ©rence Ă la rĂ©cente sortie du PP (PrĂ©sident-Philosophe) sur la dĂ©civilisation. Il aurait pu faire Ă©cho au discours de Bourdieu de 1995, je trouve un peu curieux qu’il n’en touche mot.
Au final, lâattelage de ces deux cerveaux L&L est-il fructueux ? Faudrait que je le relise encore une fois demain. Si vous avez un avis, je lis..
Le dĂ©civilisateur â Le Diplo
Frédéric Lordon & Sandra Lucbert
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Ăa se conte en annĂ©es. Et commence en Dordogne, dans le PĂ©rigord. Un courrier, en 2020, reçu dans chaque habitation : « La collecte des dĂ©chets prendra fin en 2021. » Annonce inquiĂ©tante, annonce facĂ©tieuse : dâabord on nâa pas su trancher. Jusquâau dĂ©but des apparitions. En route pour embaucher, un matin, on dĂ©couvre, adossĂ©s au cimetiĂšre : des conteneurs. Quatre ou cinq Ă©normes masses grises Ă couvercles verts, jaunes et marrons â posĂ©es Ă la lisiĂšre des tombes. Des poubelles gĂ©antes installĂ©es chez les morts.
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Jouxtent des inscriptions : « Ă partir de 2021, vous devrez dĂ©poser vos dĂ©chets aux Points dâapports volontaires. » Et puis dâautres missives pour aviser les habitants du futur bon usage de leur volontĂ©. Leur Ă©metteur : le Syndicat mixte dĂ©partemental des dĂ©chets de la Dordogne, le SMD3. Surgi du nĂ©ant (managĂ©rial), lui aussi, et manifestement créé pour remplacer le service public auparavant chargĂ© de lâenlĂšvement et du traitement des dĂ©chets. Jusquâalors, une taxe finançait la tournĂ©e des Ă©boueurs. Pour parvenir Ă la « maĂźtrise des coĂ»ts et des dĂ©chets », elle est remplacĂ©e par une « redevance incitative » â quadruplement. Dâune : calculĂ©e selon le volume dâordures effectivement dĂ©posĂ©. De deux : volume, quoi quâil en soit, dĂ©sormais limitĂ© Ă un nombre de sacs autorisĂ©s par foyer. De trois : les sacs rationnĂ©s, remplis Ă craquer de dĂ©chets organiques trĂšs avancĂ©s en pourrissement (en Dordogne, lâĂ©tĂ©, tempĂ©rature courante de 34 degrĂ©s), dorĂ©navant apportĂ©s par les usagers eux-mĂȘmes aux Points dâapports volontaires. De quatre : redevance nĂ©anmoins trois fois plus Ă©levĂ©e que ne lâĂ©tait celle du ramassage des ordures.
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Vivre en compagnie prolongée de ses déchets décomposés, travailler gratuitement et payer pour le faire. On a dit : incitatif.
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Les vieux, les personnes hors dâĂ©tat de dĂ©placer leurs sacs trop lourds sur des kilomĂštres ? On a dit : volontaire.
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Ăa se conte maintenant en milliers dâannĂ©es. Car en Dordogne se trouve la VallĂ©e de lâhomme. Le long de la VĂ©zĂšre : Lascaux â « chapelle Sixtine de la prĂ©histoire », disait lâabbĂ© Breuil. Homo Sapiens a 300 000 ans, il vient dâAfrique, mais cette vallĂ©e en a conservĂ© des rĂ©alisations inhabituellement nombreuses et Ă©laborĂ©es : quatorze sites classĂ©s, six millions dâobjets rassemblĂ©s au musĂ©e de la prĂ©histoire des Eyzies. Ils datent du palĂ©olithique supĂ©rieur, oĂč Homo Sapiens donne la mesure de ses particularitĂ©s : complexification des relations sociales et densification de lâimaginaire collectif â jusquâĂ inventer lâart, rappelle Georges Bataille (1). Sapiens, câest par la symbolisation de lâexistence quâil se distingue. ParticuliĂšrement celle de la mort, commencĂ©e avec NĂ©andertal, mais qui trouve avec lui son exhaussement.
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VallĂ©e de lâhomme oĂč Sapiens a inventĂ© lâhumanitĂ©. VallĂ©e de lâhomme oĂč Ćconomicus, aujourdâhui, confond les morts et les poubelles.
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2021 cette fois-ci Ă Paris. Autre lieu de prestige : la facultĂ© de mĂ©decine de Paris-V. Son prĂ©sident, M. FrĂ©dĂ©ric Dardel, et deux employĂ©s du Centre de dons des corps sont mis en examen pour « atteinte Ă lâintĂ©gritĂ© physique de cadavres ». Des cadavres, pas nâimporte lesquels. Des Homo Sapiens ont renoncĂ© Ă la symbolisation funĂ©raire pour que persĂ©vĂšrent les Homo Sapiens : ont volontairement lĂ©guĂ© leurs corps Ă la science. EntassĂ©s, dĂ©membrĂ©s, putrĂ©fiĂ©s, mĂ©got dans les viscĂšres, rats et vers pullulant, sols encrassĂ©s, chambres froides en panne, incinĂ©rĂ©s massivement, retrouvĂ©s dans des coffres de voiture, vendus pour des crash-tests. Des dons de corps traitĂ©s comme des dĂ©chets : un meurtre symbolique. Whodunnit ? Homo Ćconomicus. Lâarme du crime : la maĂźtrise les coĂ»ts. De 2012 Ă 2019, les signalements Ă©taient pourtant venus de partout : compte rendu de la mĂ©decine du travail, audit du cabinet KPMG, inspection du ministĂšre de lâenseignement supĂ©rieur, lettre de dĂ©mission de la prĂ©sidente du comitĂ© dâĂ©thique. La secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du Centre, dans lâun de ses multiples mails dâalerte, avait fini par Ă©crire : « La barbarie nâest pas loin. »
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Il en fallait davantage pour empĂȘcher M. Dardel dâentrer au cabinet de Mme FrĂ©dĂ©rique Vidal, ministre de lâenseignement supĂ©rieur et de la recherche. Jusquâau point tout de mĂȘme oĂč, le scandale Ă©clatant, il aura Ă©tĂ© jugĂ© prĂ©fĂ©rable de lâexfiltrer â mais dignement : recasĂ© comme conseiller du prĂ©sident de lâInserm (2).
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Dans le monde de la rationalitĂ© managĂ©riale, la barbarie sâorchestre â et fait carriĂšre. Homo Ćconomicus calcule et le symbolique nâentre pas dans ses colonnes chiffrĂ©es. Quâil sâempare de lâuniversitĂ© et de la recherche : vingt-cinq ans dâabandon des corps dĂ©diĂ©s Ă lâapprentissage de la mĂ©decine. Homo Ćconomicus a le front bas : un don nâest plus un bienfait. Un don est un coĂ»t â la conservation des corps coĂ»te cher. Les coĂ»ts, il faut les maĂźtriser. Les dĂ©chets comme les morts.
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Vous avez dit décivilisation ?
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Au minimum un meurtre en cours. Mais recouvert par dâautres. Ă Reims, un psychotique dĂ©compense et agresse au couteau trois aides-soignantes. Lâune dâentre elles meurt. Whodunnit ? La question semble absurde tant la rĂ©ponse est Ă©vidente : le meurtrier bien sĂ»r, celui qui tenait le couteau. Pour Homo Ćconomicus, il nây a pas Ă chercher plus loin. On le comprend. Si lâenquĂȘte continuait, elle pourrait mal tourner. Câest que les faits divers sanglants de ce genre se ressemblent Ă©trangement. Ă chaque fois : « un passĂ© psychiatrique lourd ». MĂȘme les mĂ©dias sâen aperçoivent, ne peuvent pas ne pas le dire, cependant passent aussitĂŽt Ă autre chose : pour crier Ă la « dĂ©civilisation », puis donner la parole aux recivilisateurs.
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Or, poursuivrait lâenquĂȘte, les recivilisateurs, eux aussi, ont un point commun : tous ont mis en Ćuvre, ou mettent en Ćuvre, ou soutiennent la mise en Ćuvre des politiques dâHomo Ćconomicus. Celles qui, pensant dâabord aux impĂŽts des riches Ă rĂ©duire, dĂ©truisent mĂ©thodiquement lâĂtat de service public. DĂ©truisent lâhĂŽpital. DĂ©truisent lâhĂŽpital psychiatrique. DĂ©truisent les institutions du soin mental. RĂ©duisent les places de prise en charge, dĂ©gradent les conditions dâaccueil et de traitement. Combien dâindividus dangereux pour eux-mĂȘmes et pour les autres abandonnĂ©s Ă lâerrance ? En rĂ©alitĂ© Homo Ćconomicus ne sâintĂ©resse quâĂ certains calculs â nĂ©glige tous les autres.
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Par exemple : savoir ce qui, dâune sociĂ©tĂ© maltraitĂ©e, ressort dans lâĂ©pidĂ©miologie de la maladie mentale, ça ne lâintĂ©resse pas. Que la souffrance sociale potentialise la souffrance psychique individuelle, finit par lui infliger plus dâadversitĂ© quâune psychĂ© ne peut en soutenir, possiblement jusquâĂ la dĂ©compensation meurtriĂšre : ça ne lâintĂ©resse pas. Alors les dĂ©compensĂ©s se multiplient et leurs passages Ă lâacte, par une loi sociale semblable Ă celle quâĂmile Durkheim avait Ă©tudiĂ©e Ă propos du suicide. Tant pis pour ceux que la destruction des structures du soin a laissĂ©s dans la nature, et tant pis pour ceux qui croiseront leur route.
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Un ministre recivilisateur de la santĂ©, agent mĂ©thodique de la destruction, a trouvĂ© la parade : des digicodes et des camĂ©ras Ă lâentrĂ©e des hĂŽpitaux. Son collĂšgue recivilisateur des finances approuve : on pourra continuer de baisser les impĂŽts (des riches). Le recivilisateur en chef triomphe â on peut dĂ©noncer la dĂ©civilisation. Lui, appelons-le Homo Ćconomicus Ier. Puisquâil est lâĂconomie en majestĂ©.
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Ă ce moment, on est pris dâun doute. Des cimetiĂšres poubelles aux charniers de lâĂcole de mĂ©decine, en passant par la maltraitance sociale et institutionnelle des psychĂ©s : qui dĂ©civilise ? Qui est vraiment dĂ©civilisateur ? Nous avons un fier combattant, trĂšs inspirĂ©, trĂšs bruyant, de la dĂ©civilisation. Il ne saurait donc ĂȘtre mis en cause. Pourtant, câest bien le mĂȘme qui saccage, qui dĂ©truit, qui assure son rĂšgne Ă la violence sociale du capital, la propage partout dans la sociĂ©tĂ© â et la porte Ă bout.
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Or, quand elle nâest pas la lubie dâun folliculaire paranoĂŻaque dâextrĂȘme droite, la dĂ©civilisation se comprend comme la destruction des institutions qui contiennent la part de violence pronatrice inhĂ©rente aux humains en groupe. Soit trĂšs exactement ce Ă quoi se livrent les recivilisateurs proclamĂ©s â avĂ©rĂ©s dĂ©civilisateurs rĂ©els. PrĂ©visible ironie : le DĂ©civilisateur en chef, câest Homo Ćconomicus Ier.
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Les fouilles ont montrĂ© que Sapiens sâoccupait de ses handicapĂ©s â en prenait soin, et jusque dans la mort : une tombe nâa-t-elle pas rassemblĂ© un enfant handicapĂ© et un adulte, sans doute prĂ©sent Ă ses cĂŽtĂ©s pour lâaccompagner dans lâau-delĂ ? VoilĂ ce quâest la civilisation. Inutile de demander oĂč se situe Ă cet Ă©gard Ćconomicus : « les autres » et « donner » ne lâintĂ©ressent pas, sa grande affaire câest « soi » et « prendre ». Le discours de la dĂ©civilisation profĂ©rĂ© par les dĂ©civilisateurs mĂȘmes nâen prend quâun plus sinistre Ă©clat.
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Une aide-soignante meurt sous les coups dâun individu armĂ©, ceci est un fait. Ă la fin des fins, cependant, câest Sapiens assassinĂ© par Ćconomicus. Entre les deux, il y a les figures concrĂštes dâĆconomicus : Ćconomicus Ier. Ses dĂ©cisions concrĂštes, et leurs effets concrets : le soin abandonnĂ©, les cimetiĂšres poubellisĂ©s, les corps profanĂ©s.
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De lâattention aux plus faibles jusquâau respect des morts, Homo Ćconomicus dĂ©truit les structures symboliques les plus anciennes, celles, prĂ©cisĂ©ment, qui avaient signĂ© lâentrĂ©e de lâhumanitĂ© dans la civilisation, autrement dit lâavĂšnement de lâhumanitĂ© comme humanitĂ©. Pendant ce temps, il se croit moderne.
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Vous avez dit décivilisation ?
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(1) Lascaux ou la Naissance de lâart, LâAtelier contemporain, Paris, 2021.
(2) Institut national de la santé et de la recherche médicale.
Le Monde Diplomatique
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Claire N
InvitéBonjour
Comme toi un peu perplexe, je crois que la « personnification « dâOeconomicus me perturbe ; quelque chose de dĂ©sespĂ©rant et dâĂ©touffant aprĂšs la lecture ; si la mort nâa plus dâimportance effectivement pour ce nouvel homme
Ăa sent un peu le dĂ©sespoir dystopique-
Claire N
InvitéĂa mâa rappelĂ© aussi que jâai frĂ©quentĂ© les morgues universitaires ; ce qui sây passe est vraiment particulier et peut-ĂȘtre un peu plus complexe que cela
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Dr Xavier
InvitéTu pointes une rĂ©ticence que j’avais Ă la lecture du billet : il survole trop de sujets trop vite, donne l’impression de sĂ©lectionner des faits pour appuyer la thĂšse. On reproche suffisamment aux intellectuel.le.s de droite de piocher dans ce qui les arrange (exemplairement Finkielkraut qui est un expert en la matiĂšre) pour ne pas faire pareil. Si tout le billet n’avait Ă©tĂ© que sur la morgue, comment on en est arrivĂ© lĂ , quelles structures nous y conduit, ça aurait Ă©tĂ© plus fort (Lucbert a bien consacrĂ© un puissant bouquin sur le seul « fait divers » – avec tous les guillemets d’usage – du procĂšs France TĂ©lĂ©coms).
Tout ça pour dire si tu postes ton témoignage de ton vécu en morgue je le lirai.-
Billy
InvitéParler civilisation câest hyper casse-gueule, câest une Ă©chelle trop grande, trop floue.
Ce texte-lĂ y arrive en passant par le concret, parce quâil lie le tri des dĂ©chets (tiens encore les dĂ©chets, aprĂšs le texte de Ranciere), les corps lĂ©guĂ©s Ă la science pour la recherche et la paupĂ©risation de lâhopital psychiatrique. Alors chaque sujet nâest pas dĂ©veloppĂ©, câest frustrant, mais je trouve puissant le lien tissĂ©, ça permet d’Ă©clairer ce qu’est notre civilisation.A propos des gens qui ont donnĂ© leur corps pour la science, ils Ă©crivent : « un don nâest plus un bienfait. Un don est un coĂ»t â la conservation des corps coĂ»te cher. Les coĂ»ts, il faut les maĂźtriser. Les dĂ©chets comme les morts. »
La dinguerie de ces phrases. Ce que lâHomo oeconomicus fait de la bontĂ© du don, ce quâil fait du sacrĂ© du corps.Je suis pas fan non plus de lâexpression « Homo oeconomicus ». Elle a quand mĂȘme le mĂ©rite de dĂ©signer lâhomme pris dans le capitalisme. La crĂ©ature que le capitalisme fait de lui. Il fallait bien inventer un mot.
moi, je trouve ce texte fort et assez virtuose dans la façon de lier les Ă©lĂ©ments. Je continue dâattendre leur bouquin en commun. Mes attentes sont immenses. Faut dire ça fait 300 000 ans, depuis l’homo sapiens Ă peu prĂšs que j’attends
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Billy
Invité(Et la comparaison avec Sapiens qui accompagnerait dans la mort, sur la foi d’une seule tombe… câest exagĂ©rĂ© mais l’image est belle)
Claire, si tu peux en dire plus sur les morgues, ça mâintĂ©resse. En lâĂ©tat, je ne comprends pas ce que tu veux dire
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Claire N
InvitéEt bien , jâai lâimpression que le caractĂšre sacrĂ© du corps dans les morgues destinĂ©es aux Ă©tudiants
MĂȘme si les raisons Ă©conomiques citĂ©es doivent jouer Ă prĂ©sent Ă©tait dĂ©jà « distancĂ©e « pour dâautres raison quâĂ ce jour jâai encore du mal Ă Ă©lucider.
La premiĂšre fois que jâai du aller en sĂ©ance de dissection, je suis arrivĂ©e en retard.
Avec mon amie Alex on avait traĂźnĂ© devant « Sakura chasseuse de carte «Â
Nous nâavions pas eut le film prĂ©paratoire , ni le pot de Vicks pour se badigeonner sous les narines et couvrir lâodeur.
Quand jâai ouvert la porte câĂ©tait pas humain
Des cadavres jaunes, verts, bouffis, gonflĂ©s, dĂ©charnĂ©s sur des tables en mĂ©tal Ă perte de ma vue avec sur la tĂȘte des bandages ( pour pas les reconnaĂźtre)
On a fermĂ© la porte direct, on sâcasse
Manque de bol le mec de la morgue nous court aprÚs, on résiste, il insiste
Alex lui demande pourquoi il fait ce métier, il se met à pleurer.
On rentre.
La fille avec qui jâĂ©tais autour dâune dame morte
A aussi pleurĂ© parce quâelle avait coupĂ© en travers
Et quâelle se sentait indigne du don qui lui Ă©tait fait.
Moi jâessayais de pas avancer en profondeur et je grattais millimĂštre par millimĂštre
Mais on sâest rendu compte quâil y avait pire, Virgile a du aller chercher « un bras » dans « lâaquarium « et Anne Laure a dĂ» retourner seule « son cadavre « pour Ă©tudier la fesse
Des garçons rigolaient
Dans le mĂ©tro en rentrant, je sentais la mort, jâavais lâimpression que tout le monde autour le sentait aussi
je comprenais pas ce qui venait de se passer , pourquoi « nos prof « nous faisaient subir ça
Je sais toujours pas pourquoi, lâexplication dâapprendre lâanatomie ne tient pas , les tissus sont collĂ©s, pas du tout ressemblant Ă du vivant
Un schéma est plus utile , assister à une opération plus formateur.
Perso ça mâa traumatisĂ© sur la mort donc je suis encore plus dĂ©ter pour pas en arriver lĂ
Dâautres en on fait un rituel de passage pour fanfaronner.
Câest un peu long dĂ©solĂ©, mais dĂ©jĂ pour moi la morgue universitaire avait un drĂŽle de rapport au sacrĂ© que je nâexplique pas par le coĂ»t-
Dr Xavier
InvitéC’est trop court tu veux dire, je veux en lire beaucoup plus đ
Ăa me rappelle que j’ai assistĂ© Ă une dissection il y a 20 ans de ça parce qu’une copine en mĂ©decine me l’avait proposĂ©, bizarre comme j’ai occultĂ© ce souvenir. Un souvenir flou, verdĂątre, sans doute brouillĂ© par toutes les images clichĂ©s de films et sĂ©rie. Un certain sĂ©rieux rĂ©gnait, mais certainement pas un recueillement sacrĂ©.
Ătrange comme l’Ă©criture fait remonter ce souvenir, attention je fabule peut-ĂȘtre, mais il me souvient avoir demandĂ© qui se portait volontaire pour donner son corps ainsi, on me fait comprendre que souvent c’est pas un choix : vieillards esseulĂ©s et SDF, constituent le gros des troupes. Ce qui expliquerait la dĂ©sacralisation ? « Ils » ne sont pas comme « nous », qui dans la salle de dissection a un frĂšre qui est devenu SDF et mort en silence ? (ce que je dis est Ă vĂ©rifier, est-ce que je tĂ©lescope ce souvenir avec une lecture ? Est-ce que l’Ă©tudiant m’a racontĂ© cette histoire pour se rassurer ?)
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D’oĂč ma rĂ©ticence sur le texte sur Sapiens et le respect dĂ» aux morts. Sapiens, c’est le terme gĂ©nĂ©rique pour les « peuples primitifs » (dont Pierre Clastres et tant d’autres ont montrĂ© qu’ils n’avaient rien de primitif mais c’est pas le sujet). Une grande diversitĂ© donc. Qu’ils respectaient leurs morts ne fait pas de doute, c’est documentĂ©. Mais celui de leurs ennemis ? Il y a toute une gĂ©nĂ©alogie de la profanation du corps ennemi, plus prĂšs de nous il me semble que la pratique du scalp par certains peuples amĂ©rindiens n’est pas qu’un clichĂ©, et ils ne sont pas connu pour ĂȘtre des parangons du capitalisme. Je dirais que c’est parce qu’on dĂ©sacralise le corps qui n’est pas « comme nous » – pas de « chez nous », « infĂ©rieurs », « loin » – qu’on peut ensuite le profaner, parce que c’est l’ennemi (Sapiens), ou parce que c’est une ressource (Homo Oeco). On installe des poubelles prĂšs des cimetiĂšres parce que la chaĂźne de dĂ©cision fait que la myriade de micro-dĂ©cideurs qui aboutissent Ă l’emplacement des poubelles n’a aucun parent dans le cimetiĂšre en question. On fait du trafic de corps parce qu’aucun des traficants n’a jamais eu Ă connaĂźtre un parent faire le don de son corps (d’ailleurs comment se passait ledit trafic ? je soupçonne une chaĂźne qui fait que celui « en haut » sous-traite la besogne de la manipulation Ă d’autres prĂ©carisĂ©s « en bas », Ă vĂ©rifier). On n’a jamais vu de boutiquier, mĂȘme parmi les plus pingres, mĂȘme parmi les Ă©conomistes les plus orthodoxes, se dire qu’il pouvait se faire de l’oseille avec les corps de ses parents.
Je marche sur des Ćufs, mais je trouve que L&L force leur thĂšse dans l’exemple donnĂ©, et aussi en cĂ©lĂ©brant un Sapiens un peu idĂ©alisĂ©.
Maintenant c’est moi qui suis trop long.-
Claire N
InvitéOui, ta remarque me fait remonter quâa la mĂȘme pĂ©riode nous avions des cours dâhistoire de la mĂ©decine
Et que lâĂ©tude de lâanatomie Ă©tait clandestine Ă cause du veto de lâĂ©glise : « du corps sacrĂ© «Â
Les premiers anatomistes recouraient Ă un trafic
Avec les bourreaux ou le personnel des cimetiĂšres
CâĂ©tait dĂ©jĂ sacrilĂšge ; mais comme tu lâas soulignĂ© avec des corps de personnes « en marge «Â
Tu soulignes le profil des personnes donneuses : cela me fait Ă©galement rĂ©intĂ©grer lâaspect Ă©conomique ; jâavais occultĂ© que le don du corps permettait de ne pas payer les frais dâobsĂšques
Et le fait que ton souvenir soit flou est pour moi quelque chose dâassez intrigant , ça me turlupine
Câest une expĂ©rience tellement Ă©trange
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François Bégaudeau
MaĂźtre des clĂ©sHomo oeconomicus, c’est un classique des Ă©conomistes libĂ©raux, et par suite de la critique des Ă©conomistes libĂ©raux. Un homme – davantage rĂȘvĂ© qu’existant, davantage Ă crĂ©er que dĂ©jĂ effectif- qui ne serait mu que par la maximisation de ses avoirs et profits.
Un individu rationnel, en somme.
Pas mal de thĂ©orĂšmes libĂ©raux commenceront alors par : Ă©tant donnĂ© un individu rationnel mu par des calculs rationnels, on peut envisage que…etc
C’est par cette fenĂȘtre que s’engouffrera la modĂ©lisation mathĂ©matique des comportements.-
François Bégaudeau
MaĂźtre des clĂ©sJ’aime bien ce texte, mĂȘme si je doute aussi qu’on gagne Ă se placer, mĂȘme pour le retourner, sur le terrain de la civilisation.
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Claire N
InvitéMerci , je nâavais pas du tout cette rĂ©fĂ©rence
Ăa affine la lecture du texte
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Demi Habile
Invité« Par exemple : savoir ce qui, dâune sociĂ©tĂ© maltraitĂ©e, ressort dans lâĂ©pidĂ©miologie de la maladie mentale, ça ne lâintĂ©resse pas. Que la souffrance sociale potentialise la souffrance psychique individuelle, finit par lui infliger plus dâadversitĂ© quâune psychĂ© ne peut en soutenir, possiblement jusquâĂ la dĂ©compensation meurtriĂšre : ça ne lâintĂ©resse pas. Alors les dĂ©compensĂ©s se multiplient et leurs passages Ă lâacte, par une loi sociale semblable Ă celle quâĂmile Durkheim avait Ă©tudiĂ©e Ă propos du suicide. Tant pis pour ceux que la destruction des structures du soin a laissĂ©s dans la nature, et tant pis pour ceux qui croiseront leur route. »
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Cet homme disait avoir Ă©tĂ© victime de la psychiatrie donc prĂ©tendre que le fond du problĂšme serait serait la destruction des structures du soin c’est dĂ©jĂ dire qu’on a aucun respect pour la parole du prĂ©tendu fou et qu’on ne veut rien savoir de la violence dont il aurait pu faire l’objet de la part de l’institution psychiatrique. C’est un peu comme si demain un jeune de banlieue butait un flic car les flics auraient dĂ©truit sa vie et que Lordon dĂ©barquait pour rĂ©clammer des moyens supplĂ©mentaires pour la police. C’est d’extrĂȘme droite comme prise de position quoi. Et c’est vraiment la honte pour Lordon et pour tous ceux qui ne voient pas le problĂšme.
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K. comme mon Code
InvitéEst-ce que quelqu’un peut partager cet article ? https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/05/03/les-accompagnants-des-eleves-en-situation-de-handicap-tres-precaires-piliers-de-l-ecole-inclusive_6171951_3224.html
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K. comme mon Code
Invité
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Dr Xavier
InvitéLes accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap, trĂšs prĂ©caires piliers de lâĂ©cole inclusive
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En moins de dix ans, les accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap (AESH) sont devenus le deuxiĂšme mĂ©tier de lâĂ©ducation nationale. Leur effectif a Ă©tĂ© multipliĂ© par cinq en sept ans pour atteindre presque 124 000 personnes en 2022, presque exclusivement des femmes. Une progression fulgurante, dans le sillage de celle des enfants en situation de handicap dans les Ă©coles, au nombre de 432 000 en 2023, contre 321 000 en 2017 et 134 000 en 2004. Ces professionnels sont dĂ©sormais « le principal moyen de compensation du handicap », notait, dans un rapport rendu public en dĂ©cembre 2022, lâinspection gĂ©nĂ©rale de lâĂ©ducation, et, de fait, les chevilles ouvriĂšres de la scolarisation des Ă©lĂšves handicapĂ©s dans le cadre de « lâĂ©cole inclusive ».
Mais « lâessor, sur le plan quantitatif, de la fonction dâAESH ne sâest pas accompagnĂ© dâune mĂȘme dynamique sur le plan qualitatif », dĂ©plore un rapport dâinformation du SĂ©nat publiĂ© mercredi 3 mai. Une semaine aprĂšs la confĂ©rence nationale du handicap (CNH), lors de laquelle le prĂ©sident de la RĂ©publique, Emmanuel Macron, a promis des mesures encore floues pour les accompagnants des Ă©lĂšves, le sĂ©nateur (Les RĂ©publicains) de la Savoie CĂ©dric Vial, rapporteur de cette mission dâinformation, dresse un bilan sĂ©vĂšre de la gestion « totalement inadaptĂ©e » de ces personnels par lâĂ©ducation nationale. Cette derniĂšre, constate le rapport, nâĂ©tait « indĂ©niablement pas prĂ©parĂ©e Ă gĂ©rer, tant sur le plan juridique, administratif que budgĂ©taire, cette nouvelle catĂ©gorie dâagents ».
Dix ans aprĂšs la crĂ©ation de ce mĂ©tier en 2014, les AESH ne bĂ©nĂ©ficient toujours dâaucun statut de la fonction publique et cochent toutes les cases de la prĂ©caritĂ©. PrĂšs de 80 % dâentre eux travaillent en contrat Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e (CDD) â une proposition de loi adoptĂ©e en dĂ©cembre 2022 autorise toutefois dĂ©sormais le passage en contrat Ă durĂ©e indĂ©terminĂ©e (CDI) aprĂšs trois ans en CDD, contre six jusquâalors.
Leur rĂ©munĂ©ration moyenne est comprise, selon les sources, entre 750 et 850 euros net mensuels. La consĂ©quence dâune grille de salaire au smic sur les neuf premiĂšres annĂ©es, doublĂ©e de lâimpossibilitĂ© pour lâĂ©ducation nationale de proposer des temps complets Ă ces personnels, quâelle ne peut embaucher que sur le temps de classe et non sur la pause mĂ©ridienne et le temps pĂ©riscolaire, Ă la charge des collectivitĂ©s territoriales. Les temps complets concernent Ă peine moins de 2 % des accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap. « Avec ces contrats, vous ne vivez pas », rĂ©sume Elisabeth Garnica, prĂ©sidente du collectif AESH.
« Mon formateur, câest Google »
Dans le cadre de la CNH, Emmanuel Macron a rĂ©itĂ©rĂ© sa promesse de campagne de proposer, en partenariat avec les collectivitĂ©s, des contrats de trente-cinq heures aux AESH, mais aucune modalitĂ© concrĂšte de mise en Ćuvre nâa Ă©tĂ© avancĂ©e, alors que persistent des obstacles de financement et dâorganisation du temps de travail pour les personnels.
En plus de son contrat de vingt-quatre heures avec lâĂ©ducation nationale, Clarisse (elle nâa pas souhaitĂ© donner son nom, comme toutes les personnes citĂ©es par leur prĂ©nom), qui exerce dans le Val-de-Marne, cumule par exemple dĂ©jĂ les employeurs pour complĂ©ter les 800 euros qui rĂ©munĂšrent ses vingt-quatre heures dâaccompagnement : en plus de son contrat avec lâĂ©ducation nationale, elle a signĂ© avec la ville pour deux heures quotidiennes sur la pause mĂ©ridienne, et avec une association pour une heure trente dâĂ©tudes le soir. « Je fais des journĂ©es continues de dix heures quatre jours par semaine, et je nâatteins mĂȘme pas 1 000 euros net par mois, ce nâest pas possible de nous faire travailler comme ça », sâagace cette accompagnante de 50 ans.
Cette prĂ©caritĂ© salariale se double de conditions de travail unanimement dĂ©crites comme « pĂ©nibles » par les AESH, amenĂ©s Ă cĂŽtoyer tout type de handicap, du handicap moteur aux troubles du spectre autistique, en passant par les troubles de lâattention ou encore les troubles des apprentissages, sans formation spĂ©cifique. « Mon formateur, câest Google », ironise Clarisse. Il lui a fallu cinq ans avant de recevoir la formation de soixante heures dĂ©sormais promise Ă tous les AESH durant leurs trois premiers mois dâexercice, mais câĂ©tait « trop tard » et « trop peu » pour la prĂ©parer Ă la diversitĂ© des situations individuelles.
La plupart des accompagnants des Ă©lĂšves en situation de handicap accompagnent plusieurs Ă©lĂšves chaque semaine, lâaide mutualisĂ©e a pris le pas sur lâaide individuelle ces derniĂšres annĂ©es. « On est censĂ© Ă©couter les cours, comprendre, reformuler pour les Ă©lĂšves, les aider Ă Ă©crire quand câest nĂ©cessaire, rappeler les consignes, les canaliser, les calmer sâils font des crises⊠Et on en a parfois plusieurs dans une mĂȘme classe, dĂ©taille Isabelle, qui travaille dans lâHĂ©rault. Il faut ĂȘtre en alerte sans arrĂȘt, aprĂšs une journĂ©e de six heures vous ĂȘtes vidĂ©. »
« Défections de plus en plus nombreuses »
La tĂąche est dâautant plus difficile que, comme le constatait lâinspection gĂ©nĂ©rale en dĂ©cembre 2022, et comme le confirme Ă prĂ©sent le SĂ©nat dans son rapport, des enfants qui devraient ĂȘtre orientĂ©s vers des « Ă©tablissements et services spĂ©cialisĂ©s » du fait de leur handicap sont scolarisĂ©s en « milieu ordinaire » faute de places dans les Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux, et dĂ©pendent alors entiĂšrement de lâaide humaine que reprĂ©sentent les AESH.
Nadia accompagne ainsi une fillette de CP Ă Saint-Etienne qui attend une place dans un institut mĂ©dico-Ă©ducatif. « Nous nâarrivons pas Ă nous comprendre, elle hurle dans la classe, me mord jusquâau sang⊠», dĂ©plore lâaccompagnante, payĂ©e 900 euros par mois pour son CDD de vingt-six heures, quâelle envisage de ne pas renouveler Ă lâissue des trois ans. « On sait quâon fait un travail utile, mais les conditions sont impossibles, câest de lâexploitation », juge cette femme de 47 ans. LâanciennetĂ© moyenne dans le mĂ©tier est infĂ©rieure Ă trois ans.
Le rapport dâinformation du SĂ©nat sâajoute Ă une sĂ©rie dâĂ©tudes prĂ©cĂ©dentes alertant sur des conditions Ă lâorigine dâun profond manque dâattractivitĂ© du mĂ©tier, qui « fait face Ă une pĂ©nurie de plus en plus inquiĂ©tante de candidats, Ă une volatilitĂ© grandissante de ses personnels en poste, Ă des dĂ©fections de plus en plus nombreuses ». Les remplacements nâĂ©tant pas assurĂ©s, les ruptures de prise en charge sont ainsi frĂ©quentes pour les Ă©lĂšves. Bien quâil estime que le recours de plus en plus systĂ©matique à « lâaide humaine » traduit « les dysfonctionnements dâun systĂšme dâinclusion scolaire » qui a « atteint ses limites », le rapport de CĂ©dric Vial invite Ă une rĂ©forme urgente des « conditions dâemploi des AESH », dont le mĂ©tier demande encore Ă ĂȘtre « professionnalisĂ© ».
Faudra-t-il pour cela redĂ©finir leurs fonctions afin de pouvoir proposer des temps complets ? Les spĂ©cialiser dans lâaccompagnement du handicap et donc crĂ©er davantage de ponts avec le secteur mĂ©dico-social, ou bien Ă©largir leur mission à « lâaccompagnement Ă la scolaritĂ© » et rapprocher leur travail de celui de personnels de vie scolaire comme les assistants dâĂ©ducation ? Cette derniĂšre piste â loin de faire lâunanimitĂ© â a Ă©tĂ© avancĂ©e par lâexĂ©cutif dans le cadre de la CNH, mais le ministĂšre de lâĂ©ducation explique que des « concertations » sont nĂ©cessaires et prendront du temps. Quoi quâil en soit, conclut le rapport, « il ne peut pas y avoir de politique dâinclusion efficace et pĂ©renne sans Ă©volution notable du statut, du temps de travail et donc de la rĂ©munĂ©ration des agents chargĂ©s de lâaccompagnement des Ă©lĂšves en situation de handicap ».
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Dr Xavier
InvitéLibĂ© – Trop long je dois le faire en deux fois.
1.
Scolarisation des élÚves handicapés : le grand mirage
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Parmi les sujets abordés ce mercredi lors de la Conférence nationale du handicap se trouvera celui des jeunes inscrits en école ordinaire. DerriÚre la hausse de leur nombre, dont se félicitent les gouvernements successifs, la réalité est souvent difficile.
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Chiara garde du collĂšge le souvenir de «merveilleuses annĂ©es». De la sixiĂšme Ă la troisiĂšme, cette adolescente handicapĂ©e, atteinte dâune diplĂ©gie spastique (qui atteint les membres infĂ©rieurs) et dâune dyspraxie visuo-spatiale (qui perturbe les apprentissages), a Ă©tĂ© suivie par la mĂȘme accompagnante dâĂ©lĂšves en situation de handicap (AESH). Une situation marginale, alors que consigne est souvent donnĂ©e dâen changer chaque annĂ©e afin dâĂ©viter un trop grand attachement. «On a pu dĂ©velopper un lien de confiance. Elle prenait mes notes et je pouvais vraiment me concentrer sur les cours», resitue lâĂ©lĂšve de premiĂšre de Mont-de-Marsan (Landes), alors que se tient mercredi 26 avril la ConfĂ©rence nationale du handicap (CNH), un Ă©vĂ©nement triennal placĂ© sous lâautoritĂ© du prĂ©sident de la RĂ©publique et censĂ© donner les orientations des grandes politiques publiques dans le domaine, notamment Ă lâĂ©cole. «Mes annĂ©es collĂšge ont Ă©tĂ© une chance. Mais en utilisant le mot âchanceâ, ça montre que lâĂ©cole inclusive reste trĂšs alĂ©atoire et que le systĂšme est dĂ©faillant.» Car depuis la maternelle, la scolaritĂ© de Chiara «a toujours Ă©tĂ© le parcours du combattant». Et lâan passĂ©, aprĂšs la parenthĂšse enchantĂ©e du collĂšge, tout sâest Ă©croulĂ©.
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La France se fait taper sur les doigts
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«JâespĂšre que je nâaurai jamais Ă revivre lâannĂ©e de seconde», souffle-t-elle. Le jour de la rentrĂ©e, elle nâa ni ordinateur ni AESH. «Ăa a Ă©tĂ© la grande panique.» Aides humaine et matĂ©rielle arrivent finalement aprĂšs la Toussaint. Mais lâAESH part en arrĂȘt maladie au bout dâun mois. Un autre vient lui donner un coup de main en janvier, puis part Ă son tour. «Pendant tout le reste de lâannĂ©e, je suis restĂ©e seule. Au lycĂ©e, je faisais tout pour essayer de suivre et montrer que tout allait bien. Quand jâarrivais Ă la maison le soir, jâĂ©tais hyper fatiguĂ©e. CâĂ©tait une situation vraiment horrible, raconte lâadolescente. En tant quâĂ©lĂšve, on a beau faire tout ce quâon peut, y mettre de la bonne volontĂ©, essayer de tenir, on ne maĂźtrise absolument rien.»
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Chiara fait partie des 430 000 Ă©lĂšves en situation de handicap actuellement scolarisĂ©s Ă lâĂ©cole ordinaire. En 2004, annĂ©e qui a prĂ©cĂ©dĂ© lâadoption de la loi leur garantissant lâaccĂšs Ă lâĂ©cole la plus proche de leur domicile, ils Ă©taient 134 000. En proportion, ils sont plus de trois fois plus nombreux aujourdâhui. Un succĂšs ? Dâun point de vue comptable, oui. «Nous avons un trĂšs bon bilan», sâest dâailleurs fĂ©licitĂ© lâElysĂ©e Ă la veille de la CNH, sâappuyant sur cette hausse. On peut ajouter les recrutements dâAESH supplĂ©mentaires, la crĂ©ation dâunitĂ©s dâenseignement dĂ©diĂ©es aux enfants autistes au sein des Ă©coles ou le dĂ©veloppement des relations avec le secteur mĂ©dico-social.
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Pourtant, sur le terrain, «lâĂ©cole inclusive» fait surtout des mĂ©contents. La France vient dâailleurs de se faire taper sur les doigts par le Conseil lâEurope, lequel «reconnaĂźt les efforts dĂ©ployĂ©s par le gouvernement», mais estime que «les mesures [quâil a] prises pour remĂ©dier aux problĂšmes persistants et de longue date liĂ©s Ă lâinclusion des enfants handicapĂ©s dans les Ă©coles ordinaires ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme ayant Ă©tĂ© prises dans un dĂ©lai raisonnable ni comme ayant Ă©tĂ© efficaces». En 2021, 20 % des saisines du DĂ©fenseur des droits relevant des droits de lâenfant concernaient les difficultĂ©s dâaccĂšs Ă lâĂ©ducation des jeunes handicapĂ©s.
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«Jâai lâimpression quâon ment Ă tout le monde : aux gamins, aux parents, Ă la communautĂ© Ă©ducative», soupire Camille, professeure dâanglais dans un collĂšge de lâacadĂ©mie de Versailles. Un sentiment largement partagĂ© dans les rangs enseignants. VoilĂ prĂšs de vingt ans que ces derniers sont lĂ©galement tenus dâenseigner aux Ă©lĂšves porteurs de handicaps, mais sans formation, ou Ă la marge. RĂ©sultat : ils naviguent Ă vue. «Tout ce qui est dyslexie, dyspraxie, dysphasie, je ne savais pas ce que câĂ©tait. On est obligĂ© de se renseigner par nous-mĂȘmes, on regarde des bouquins, on en discute avec les infirmiĂšres, dĂ©roule Liz (1), professeure de physique-chimie dans le Nord depuis quinze ans. Des fois, ça engendre un sentiment de frustration parce quâon se dit quâon ne fait peut-ĂȘtre pas bien les choses, parce quâon nâest pas formĂ© pour. LâĂ©lĂšve va peut-ĂȘtre passer Ă cĂŽtĂ© dâune orientation qui lui plaĂźt, dâun projet de vie.»
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«Individualiser les enseignements»
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Textes Ă trous, supports informatiques, reformulation de consignes, temps supplĂ©mentaire lors dâune Ă©valuation⊠Comme nombre de ses collĂšgues, Liz tente de proposer des solutions Ă ses Ă©lĂšves en fonction de leur handicap et de ce quâelle en comprend. «Câest compliquĂ© parce quâen gĂ©nĂ©ral, il y en a deux ou trois par classe, qui ont des troubles diffĂ©rents. Les autres ne comprennent pas pourquoi untel est Ă©valuĂ© autrement et des Ă©lĂšves [handicapĂ©s] refusent parce quâils ne veulent pas ĂȘtre diffĂ©rents des autres», constate-t-elle. «Ăa bouscule notre culture professionnelle basique. On a appris Ă gĂ©rer un collectif et on nous demande dâindividualiser les enseignements. Câest une source de difficultĂ© professionnelle, voire de souffrance au travail», assure BĂ©atrice Laurent, secrĂ©taire nationale du syndicat Unsa Ă©ducation.
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Faute dâune formation adĂ©quate, ce sont souvent les Ă©lĂšves et leurs parents qui se retrouvent Ă sensibiliser les profs. «En dĂ©but dâannĂ©e, on expliquait Ă ma classe mon handicap. CâĂ©tait bien, mais jâavais lâattention sur moi et je nâaimais pas trop ça, raconte Jeanne, jeune fille sourde vivant dans lâEssonne, aujourdâhui Ă lâuniversitĂ©. Câest nous qui devions expliquer, prendre rendez-vous avec les enseignants. Câest une sorte de charge mentale.»
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Au mois de novembre, le ministre de lâEducation nationale, Pap Ndiaye, a suscitĂ© lâindignation en dĂ©clarant devant le SĂ©nat : «Il faut aussi reconnaĂźtre que tous les enfants ne peuvent pas ĂȘtre en milieu ordinaire.» «Ce nâest la premiĂšre fois que jâentends quâon va explicitement dĂ©roger aux principes de la loi du 11 fĂ©vrier 2005. Ils nâĂ©taient pas respectĂ©s jusquâalors, mais ils Ă©taient encore officiellement ce qui devait guider lâaction publique», constate le professeur de sociologie Pierre-Yves Baudot. Face aux critiques, Pap Ndiaye a rĂ©tropĂ©dalĂ©, mais la bombe Ă©tait lĂąchĂ©e.
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Si son propos est difficile Ă assumer publiquement, il est soutenu, discrĂštement, par nombre dâacteurs de lâĂ©cole. ParticuliĂšrement pointĂ©s du doigt : les Ă©lĂšves atteints de troubles du spectre autistique et de trisomie 21. «Jâen ai qui montent sur les tables, sur mon bureau, qui me vident tous les tiroirs de jouets et nagent dedans, qui sâĂ©chappent⊠Tu deviens dingue, câest pas gĂ©rable pendant que tu fais classe avec tes Ă©lĂšves, lĂąche SĂ©verine (1), enseignante en petite section Ă Sarcelles (Val-dâOise), au sujet de petits quâelle pense ĂȘtre autistes. DĂšs que je change de piĂšce, câest tragique pour lâenfant, il se roule par terre. Je fais quoi ? Je me pĂšte le dos pour le porter ? Câest ce que je fais souvent, mais jâai une semaine dâabsence derriĂšre.» ParticularitĂ© de la petite section : les enfants ne sont souvent pas diagnostiquĂ©s. Charge alors Ă SĂ©verine dâalerter les Ă©quipes et les parents, avec lâespoir que des amĂ©nagements se mettent en place⊠mais jamais avant lâannĂ©e suivante.
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Dans son collĂšge, Camille observe avec perplexitĂ© une Ă©lĂšve de quatriĂšme porteuse de trisomie 21. «Elle fait du coloriage tous les jours, elle est mutique, elle ne vous regarde pas. Je nâai jamais entendu le son de sa voix, je ne sais pas si elle comprend quand je lui parle. Je ne sais mĂȘme pas si elle sait quâelle est Ă lâĂ©cole, raconte lâenseignante. Elle serait beaucoup mieux dans un Ă©tablissement oĂč on sâoccuperait dâelle. Moi, je nâai pas le temps. Jâai 29 Ă©lĂšves, dont deux en Ulis [unitĂ©s localisĂ©es pour lâinclusion scolaire, ndlr], un âdysâ pas diagnostiquĂ©, un autre qui a un PAI [un projet dâaccueil individualisĂ©, document qui indique les amĂ©nagements dont lâĂ©lĂšve a besoin] parce quâil est super lent Ă lâĂ©criture, un qui ne voit pas⊠Ce ne sont clairement pas des choses quâon va dire aux familles ou aux Ă©lĂšves, mais on en parle Ă©normĂ©ment entre nous. On a besoin que ça sorte. On se dit âUntel est pas lĂ ? Tant mieux, on va pouvoir bosserâ.»
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Le propos est brutal, mais frĂ©quent. Avec sa casquette de reprĂ©sentante syndicale, BĂ©atrice Laurent, elle, ne cache pas ĂȘtre en «accord avec Pap Ndiaye» : «La place de certains enfants, pour leur bien-ĂȘtre et celui des autres, nâest pas Ă lâĂ©cole. Il faut arrĂȘter de penser que les IME [instituts mĂ©dico-Ă©ducatifs] et les Itep [instituts thĂ©rapeutiques, Ă©ducatifs et pĂ©dagogiques] sont des prisons.» Un discours Ă rebours des luttes antivalidistes et des prĂ©conisations de lâONU, qui demande depuis plusieurs annĂ©es Ă la France de fermer ses Ă©tablissements spĂ©cialisĂ©s, quâelle qualifie de «discriminatoires et paternalistes», estimant quâils «restreignent la libertĂ© des personnes handicapĂ©es, les sĂ©parent et les isolent de la collectivité». «Tout le monde a sa place dans la sociĂ©tĂ©, donc dans lâĂ©cole, point. Ceux qui considĂšrent que tous les enfants nâont pas leur place Ă lâĂ©cole considĂšrent quâils nâont pas leur place dans la sociĂ©tĂ©. Câest un modĂšle sĂ©grĂ©gatif, tacle Pierre LignĂ©e, coordinateur du master âmĂ©tiers de la scolarisation inclusiveâ Ă lâInspĂ© de Paris. Si on prend la proportion dâĂ©lĂšves autistes non verbaux en France, câest un par Ă©tablissement : nous sommes capables de gĂ©rer.»-
Dr Xavier
Invité[Il y a une suite qui refuse d’ĂȘtre copiĂ©e/collĂ©e ici, si tout le se met Ă ĂȘtre ingouvernable on va pas y arriver. Je ne sais que faire. Peut-ĂȘtre ce topic est-il devenu trop long ?]
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K. comme mon Code
InvitéMerci beaucoup ! Peut-ĂȘtre que le fait que jâenvoie ce message te permet de continuer ? Le site peut bloquer les envois successifs.
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Dr Xavier
InvitéNope pas rĂ©ussi, les joies de l’informatique. J’ai mis la suite dans le topic Test. Je soupçonne que ce topic soit devenu trop long. Pour celleux qui lisent il y a plus haut l’article sur le triathlon et le billet de Lucbert & Lordon. Merci pour avoir suggĂ©rĂ© ces poignants articles sur la place du handicap Ă l’Ă©cole.
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Carpentier
Invité -
Carpentier
InvitéBonjour,
Ceci n’est pas un dĂ» mais une demande de partage de cet article du Socialter normal (si je pige bien) que je n’ai pas eu le plaisir de lire.
Dix mille mercis Ă l’avance Ă la gĂ©nĂ©reuse personne qui pourra partager, si jamais
https://www.socialter.fr/article/francois-begaudeau-autodefense-intellectuelle-mots -
K. comme mon Code
InvitéUne Ăąme charitable traĂźnerait dans le coin ?
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Charles
Invité« Depuis la mort dâun ressortissant Ă©gyptien fin mai dans le centre de rĂ©tention administrative prĂšs de Paris, des tensions se font ressentir entre retenus et policiers. «Libé» a accompagnĂ© deux dĂ©putĂ©es insoumises, Danielle Simonnet et Ersilia Soudais, lors dâune visite de contrĂŽle.
Il montre tous ses documents : papier dâidentitĂ©, contrat de travail, des devis quâil rĂ©alisait lorsquâil Ă©tait dehors : 80 000 euros pour des travaux dans une maison. «Je peux aider la France moi, monsieur ! Quâest-ce que je fais lĂ ?» Berdhi est dâex-Yougoslavie. Il a 46 ans. Il est placĂ© dans le centre de rĂ©tention administrative (CRA) de Vincennes depuis plusieurs dizaines de jours. Dehors, il a sa femme et sa fille, qui est venue lui rendre visite une fois au CRA. Un crĂšve-cĆur. LĂ , il attend de savoir sâil peut rester en France ou sâil va ĂȘtre expulsĂ© du pays. DerriĂšre lui, trois tĂ©lĂ©visions sont branchĂ©es Ă des consoles de jeux vidĂ©o. Les Ă©crans sont protĂ©gĂ©s par dâĂ©paisses vitres en plexiglas. Câest la salle de dĂ©tente. Bas de plafond, exiguĂ« pour le nombre de retenus prĂ©sents, elle ne donne pas le sentiment de rĂ©ellement pouvoir sây dĂ©tendre.
Ce jeudi 13 juillet, lâattroupement dans cette salle est dĂ» Ă la venue de deux dĂ©putĂ©es LFI, Danielle Simonnet et Ersilia Soudais. Celles-ci sont lĂ pour exercer leur droit de visite, un mois et demi aprĂšs la mort dâun ressortissant Ă©gyptien au sein de lâĂ©tablissement. Un Ă©vĂšnement rare dans un milieu pourtant trĂšs violent. Depuis, deux versions sâaffrontent : des retenus assurent que lâhomme de 39 ans a Ă©tĂ© passĂ© Ă tabac par «au moins trois policiers», «sans raison», avant de mourir plusieurs heures plus tard. Sur place, le responsable du centre, le commandant Jean-Michel Clamens, nie et assure quâil Ă©tait prĂ©sent ce jour-lĂ . Lâhomme Ă©tait sujet Ă des fortes addictions Ă des mĂ©dicaments selon lui. Lâautopsie, communiquĂ©e alors par le parquet de Paris, avait conclu Ă une mort de «cause naturelle ou toxique».
Difficile de dĂ©mĂȘler le vrai du faux. Une seule chose est certaine, il se passe des choses dans ce CRA. LâĂ©tablissement est le plus important de la mĂ©tropole, il peut accueillir jusquâĂ 235 retenus, uniquement des hommes. Largement documentĂ©e, par la presse ou des rapports de la contrĂŽleure des lieux de privations de libertĂ©s, lâinsalubritĂ© de ses locaux lui ont valu une terrible rĂ©putation. A lâintĂ©rieur, des fils Ă©lectriques pendouillent, les taches de moisissure jonchent le sol et attaquent les murs, des robinets et des chasses dâeau ne fonctionnent plus. Le commandant Clamens lâadmet sans difficultĂ© : le CRA est dans un Ă©tat lamentable. Dâailleurs, des travaux de rĂ©novation sont prĂ©vus pour septembre 2024. Câest bientĂŽt, mais ce nâest pas demain non plus. Haussement dâĂ©paules du commandant.
A peine a-t-on posĂ© un pied dans le CRA numĂ©ro 1 que, immĂ©diatement, des retenus se jettent sur nous pour dĂ©noncer des violences de la part des agents de police. Ici, une cicatrice tout proche de lâĆil droit. LĂ , un large trou dans le mollet. On tend les bras, on soulĂšve les tissus pour montrer les sĂ©quelles. Ce jour-lĂ , tout tourne autour dâune Ă©meute la veille. Des matelas ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s en signe de protestation. Un retenu accuse la police de lui avoir volĂ© 150 euros. LĂ aussi, qui croire ? Tout le monde y va de son tĂ©moignage. On accuse des policiers de couper leurs camĂ©ras piĂ©tons au moment de frapper. «LĂ , ils filment parce que vous ĂȘtes lĂ , mais sinon, ils font ce quâils veulent !» En effet, en tout cas dans le CRA 2, plusieurs agents portent des camĂ©ras sur le torse dont un petit voyant vert indique quâelles tournent.
Selon lâAssociation service social familial migrants (Assfam), les tensions entre retenus et policiers sont en augmentation depuis plusieurs mois. Quelque 20 plaintes concernant des faits de violences par personnes dĂ©positaires de lâautoritĂ© publique (PDAP) ou injures raciales au CRA ont Ă©tĂ© transmises au parquet de Paris depuis le 1er janvier 2023. «Ainsi quâune plainte concernant des faits de violences durant un mouvement vers une juridiction depuis le CRA de Paris Vincennes.» A titre de comparaison, sur lâintĂ©gralitĂ© de lâannĂ©e 2022, lâAssfam avait communiquĂ© 30 plaintes pour les mĂȘmes motifs. «Beaucoup de violences rapportĂ©es concernent les chambres dâisolement, qui ne sont plus Ă©quipĂ©es de camĂ©ras depuis une nouvelle rĂ©glementation europĂ©enne voulant prĂ©server lâintimitĂ© des retenus. Nous nâavons pas de visibilitĂ© sur ce quâil sây passe», explique le coordinateur juridique au CRA de Vincennes pour lâAssfam, Maxime Giroux. Sur le plan dĂ©ontologique, ce dernier affirme rĂ©guliĂšrement observer des moqueries de la part des policiers. Un dĂ©voilement de pathologie. Et aussi, des insultes. Les «ferme ta gueule» ou «fils de pute» ne sont pas rares. Tout comme les remarques sur le physique ou lâorigine ethnique. «Il y a des problĂšmes de racisme ?» demande la dĂ©putĂ©e Danielle Simonnet. «En tout cas, des saisines ont Ă©tĂ© relayĂ©es en ce sens.»
A lâinfirmerie, on confirme que beaucoup de certificats sont rĂ©digĂ©s pour des coups et blessures. Depuis deux ans et demi quâelle est sur site, lâinfirmiĂšre assure avoir toujours vu «beaucoup de violence». «Câest calme lĂ , dit-elle en levant son stylo pour souligner le silence dans le couloir. Mais en cinq minutes, ça peut partir dâun coup.» Elle sâoccupe seule de plus dâune centaine de personnes et nâa jamais Ă©tĂ© formĂ©e pour traiter un tel public. Elle regrette que beaucoup de certificats dâincompatibilitĂ© Ă la rĂ©tention ne soient jamais pris en compte.
A lâextĂ©rieur de la salle, des policiers surveillent le couloir et jettent des coups dâĆil par la vitre, probablement curieux de nos conversations. Une certaine mĂ©fiance est palpable. Alors, on tente de leur parler. Grand et fin, Ă©tonnamment serein mais gantĂ© et toujours prĂȘt Ă intervenir, un jeune agent accepte de rĂ©pondre. Il travaille ici depuis bientĂŽt trois ans. Est-ce quâil aime ses missions ? «Non, câest lâenfer ici.» Il lâavoue, il veut partir «le plus vite possible». Face Ă ces rĂ©ponses franches, le policier se fera discrĂštement rĂ©primander par une gradĂ©e. Mais, un peu plus loin, un autre jeune fonctionnaire tient le mĂȘme discours face Ă la dĂ©putĂ©e Danielle Simonnet. «On fait comme on peut, mais câest dur iciâŠÂ» Quand lâĂ©lue Ă©voque les violences, «Franchement, rĂ©pond le policier pris dans un coin, les violences, elles viennent des deux cĂŽtĂ©s.»
Ce qui saute aux yeux, câest quâaucun des policiers nâa envie dâĂȘtre ici. De source policiĂšre, «ce sont les agents les moins bien notĂ©s qui atterrissent dans les CRA». Un problĂšme quand on sait que la formation aux missions de ce lieu de privation de libertĂ© est trĂšs limitĂ©e. Seuls les gradĂ©s «choisissent dâĂȘtre là ». «Câest un confort pour certains, admet lâun dâentre eux. On travaille Ă Paris, toujours au mĂȘme endroit, on sait ce qui nous attend. Et puis, nous ne sommes pas tant en danger que cela car nous sommes toujours prĂ©sents en force.» Comprendre en surnombre. Surtout depuis la fusion des brigades, faisant passer leur nombre de trois Ă deux, le 15 mai. «Les amplitudes horaires sont plus larges dĂ©sormais, ce qui permet dâavoir plus de monde sur le site», se satisfait le commandant Clamens. Une observation confirmĂ©e par lâAssfam, qui assure «voir plus dâuniformes» depuis plusieurs semaines.
La mesure ne semble pas convaincre cĂŽtĂ© retenus. «Câest toujours pareil, on nous traite comme des chiens !» Mohamed, nĂ© en AlgĂ©rie en 1991, tient Ă montrer son dĂ©pĂŽt de plainte contre X pour injures Ă caractĂšre racial par PDAP. Selon le document, le 28 juin, alors quâil se prĂ©parait pour une audience devant le juge des libertĂ©s et de la dĂ©tention du tribunal judiciaire de Paris, plusieurs agents lâont brusquĂ©. Assis sur un banc, encore embrumĂ© par des somnifĂšres pris la veille, Mohamed a renversĂ© et cassĂ© une tasse de cafĂ©, dĂ©clenchant lâire dâun policier. «Tu vas nettoyer. Câest qui, qui va nettoyer ça ? Ta mĂšre ? Ta sĆur ? Trou du cul. Tu vas nettoyer. Sale arabe !» aurait alors lancĂ© lâagent. Mohamed aurait rĂ©torquĂ© quâil ne peut nettoyer sans mouchoir. «Je mâen bats les couilles, tu vas nettoyer. Avec ton t-shirt, tes chaussettes. Tu vas nettoyer.» AidĂ© par un autre retenu, Mohamed finira par nettoyer le cafĂ© au sol mais ne parviendra jamais au tribunal judiciaire, le policier prĂ©textant, Ă tort, quâil aurait refusĂ© de sây rendre. Deux mois plus tĂŽt, une autre plainte Ă©tait dĂ©posĂ©e pour violences volontaires par PDAP.
Berdhi hoche la tĂȘte devant les plaintes. «Voyez ça ! Et câest rien, câest le quotidien.» Du haut de sa quasi cinquantaine dâannĂ©es, il en veut Ă la France, qui nâaurait pas, selon lui, les bonnes mĂ©thodes pour gĂ©rer les retenus. «Limite, la prison câest bien mieux ! Ici, câest horrible. Des jeunes arrivent normaux, ils ressortent complĂštement fous, violents. Et vous pensez quâils font quoi dehors ? La maltraitance, elle a des consĂ©quences pour nous et pour la sociĂ©tĂ©, je le sais. La France crĂ©e des criminels.»
Dehors, de jeunes policiers torses nus font de la musculation. Câest une Ă©cole de police qui est installĂ©e juste Ă cĂŽtĂ© du CRA, en face de lâHippodrome de Paris Vincennes. En face, aussi, de lâarboretum de Paris dans lequel se pressent des groupes dâenfants pour dĂ©couvrir et reconnaĂźtre la flore du parc de Vincennes. De loin, dans ce cadre idyllique, on ne soupçonnerait pas une telle misĂšre. »
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Carpentier
InvitéHonte, on pleure de rage.
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Carpentier
InvitéUne capitaine de police parle du racisme systĂ©mique dans la police:
https://www.humanite.fr/societe/mort-de-nahel/agnes-naudin-l-institution-policiere-laisse-passer-les-comportements-racistes-803546
Une bonne raison de passer par le kiosque pour me payer ce numéro, tiens.-
Carpentier
InvitéBien achetĂ© ce numĂ©ro mais l’entretien de la capitaine n’est pas dedans đ€Ł : stupide, suis-je đ€
Bon bah, vais lire le reste-
Claire N
InvitéNon tu nâes pas stupide , jâaime pas quand tu dis ca .
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Carpentier
InvitéQuand mĂȘme đ„č ne pas rĂ©flĂ©chir au fait que certains articles ou rubriques puissent ĂȘtre en ligne ‘ en exclu ‘ faut ĂȘtre un peu con đ€Ł
Dans le monde oĂč on vit, j’aurais pu penser que pour gagner des abos, faire croire aux privilĂšges, ventes privĂ©es et autres flatteries capitalistes, la version papier pouvait ĂȘtre organisĂ©e diffĂ©remment de celle en ligne.
Dans tous les cas, anecdote:
Sortant du mĂ©tro oĂč ça galerait bien, en mode normal, quoi đ j’entends Ă la radio du kiosquier (oĂč j’Ă©tais dĂ©cidĂ© Ă acheter mon l’huma donc) une fucking journaliste appĂąter d’une voix faussement suave mais racoleuse avec son sujet
-> ‘ Ă quoi faut-il s’attendre dans les transports pendant les jeux olympiques ?’
Regards kiosquier/moi, éclats de rires puis :
‘ benh ça va ĂȘtre la merde ‘
Rires
‘ encore plus que d’hab’
Fin de l’histoire. -
Carpentier
InvitéPar ailleurs, je te remercie de continuer Ă Ă©changer quelque peu avec moi.
Je ne mendie pas devant chez vous, hein, mais il n’empĂȘche đ€Ł
S’adresser une fois par jour Ă un pseudo dĂ©signĂ© collectivement comme troll: c’est bien ce que vous avez validĂ©?
Et si je fais une cabriole, crache du feu, ou fait la pĂ©tomane mĂȘme, tiens đ aurais-je droit Ă 2 posts?
Bonne soirée, Claire N.-
Graindorge
InvitéTu n’es pas un « troll » Carpentier et « Le public » est sĂ»rement une trĂšs brave personne qui a le droit Ă l’erreur. Et c’est sĂ»rement une seule personne et pas les 67 de ce forum ou plus.
Et basta! Musique!-
Ramiro Marquez
InvitéEntre trollsâŠ
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Graindorge
InvitéRamiro Marquez, je note: troll n°9 de chanul
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Carpentier
InvitéEn attendant, personne ici pour relayer les dires ou les lignes dAgnĂšs Naudin đ
Tu parles dâun chantier đ€Ł-
Sarah G
InvitéMalheureusement je ne suis pas abonnĂ©e Ă l’HumanitĂ© ni Ă LibĂ©ration donc ne peut relayer les dires d’AgnĂšs Naudin..
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Carpentier
Invitéđ
Il y a un peu plus de 2 mois:
https://www.liberation.fr/societe/police-justice/violation-du-secret-professionnel-la-policiere-et-autrice-agnes-naudin-condamnee-pour-son-livre-affaires-de-famille-20230515_MNZ6HPHGE5AKRJ7UIYSAZVHPXA/
Et câest ceci que je vais plutĂŽt chercher Ă parcourir du coup:
… Devenue porte-parole du syndicat Snuitam-FSU IntĂ©rieur, la capitaine de police a rĂ©cemment coĂ©crit un livre rassemblant des tĂ©moignages de six policiers, alertant sur les dysfonctionnements de leur institution. / …
Bon aprĂšs midi,-
Sarah G
InvitéBon aprĂšs midi Ă©galement
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Claire N
InvitéJe peux pas te parler ce soir, mon chĂ©ri me surveille, mais bisous
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Carpentier
Invitéđ
Maroc et cinéma
https://www.monde-diplomatique.fr/2023/08/DAUM/65984 -
Demi Habile
Invitéhttps://www.mediapart.fr/journal/international/280723/les-ouighours-sont-victimes-du-premier-genocide-technologique-de-l-histoire
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Je ne tiens pas forcĂ©ment Ă le lire, enfin je suis pas contre, j’aimerais surtout savoir si le nom de Huawei est citĂ© et s’il est citĂ© savoir ce qui est dit au sujet de ces abrutis.-
Sarah G
InvitéNon c’est surtout comment sont traitĂ©s les OuĂŻgours dans les camps de rééducation avec toutes les camĂ©ras et reconnaissance faciale, et comment ils Ă©taient dĂ©jĂ surveillĂ©s avant leurs entrĂ©es dans le camp, dans leurs vies quotidiennes avec camĂ©ras, reconnaissance faciale et QR Code.
Et mĂȘme quand ils ont rĂ©ussi Ă fuir la Chine, comment les OuĂŻghours sont encore surveillĂ©s avec les applications de Chat et ils n’en parlent pas dans l’article mais sĂ»rement aussi Tiktok.
Rien sur Huawei-
Demi Habile
InvitéMerci.
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Carpentier
Invité-
amour
InvitéJe ne sais pas si t’es une de ces potes, ou si tu es lĂ depuis des lustres alors qu’il te calcule pas ou Ă peine
Je t’offre ça
Bonne vacances !-
Carpentier
InvitéDaft Punk/Moroder đ€ putain: c’est NoĂ«l đ€©
Ta tarte aux mirabelles sera prĂȘte demain, moins de notes de musique mais certain.e la trouve pas degeu-
amour
Invitéchutt
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Carpentier
InvitéSeule la mort tâempĂȘche de parler
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amour
InvitéOh la lourdeur ! oh, je reprends mon morceau.
Ciao et force Ă toi ! Tu me fais peine terroriste !
Je garde ma joie bien cachée.-
Carpentier
InvitéCiao Ă toi
La légÚreté est une grùce dont je ne suis point dotée-
amour
InvitéLa lĂ©gĂšretĂ© blabla…, on comprend pas mieux quand tu parles;)
T’es vraiment un monument, restĂ©e LĂ comme une pauvre femme depuis des siĂšcles ici;)
Je te jure que je ne savais pas que ça existait !
Elle est dingue ton affaire !i
« j’espĂšre pour toi que tu connais ton idole »
Je te jure j’arrive pas Ă le croire.
Big up Ă toi, quoi qu’il en soit !
Je te mets pas de morceau, tu fais peur !-
Carpentier
InvitéMais pourquoi tu t’adresses Ă quelqu’un pour lui chier dessus?
Je demande juste si quelqu’un peut partager un ou deux articles en entier et, comme tout le monde, Moroder/les Daft Punk, je connais et/ou trouve leur histoire, leurs morceaux facilement.
Tu pensais peut-ĂȘtre que j’allais te faire le cinĂ©ma du merci beaucoup et gnagnagna, benh non, suis pas une ‘sitiste’ qui dit merci Ă longueur de journĂ©e, une ‘pauvre femme’ dis-tu? hummm voyons, pas si sure.
Suis pas honteuse de ma vie jusqu’ici.
Bonne chance à toi, charmante créature.-
amour
InvitéMerci de confirmer đ
Et oui, merci dans mon pays ça se dit !
Genre t’es une punk et tu dis pas merci, comique !
Ah mais si t’es une sitiste, sistite ! Ăa fait peur si tu ne connais pas le gonze !
Ne change rien !
Me tĂąte de te faire Ă©couter un autre morceau Carpentierđ -
Aquaporine
InvitéMerci amour de mettre des mots sur nos maux
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Carpentier
Invitésaloperie dâalgues vertes
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amour
InvitéPresque subtile, presque.
Vas plutĂŽt t’intĂ©resser Ă ce que dit Nox qui est brillant dans sa rĂ©flexion !
MĂȘme si Malice, sautant sur tout ce qui bouge, surtout si ça parle de cul, ne relĂšve pas que jouer le rĂŽle du seul arabe dans la salle des pseudo gaucho, c’est lourd !
Bon dimanche Carpentier ! -
Sarah G
InvitéOui Nox fait de trĂšs bons Ă©ditos pleins de rĂ©flexions intĂ©ressantes, brillantes.
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Carpentier
InvitéQui te dit que je ne le lis pas, Nox.
Le fait de ne pas me mettre Ă genoux pour le remercier de ses lignes, sans aucun doute đ€Ł
Cette façon de prendre certain.es d’entre nous pour des abrutie.s fini.es est Ă©difiante.
Ce comportement, en revanche, n’est guĂšre Ă votre avantage.
J-2.
Je lirai volontiers le barnum qui se produira autour du dernier-né de F.Begaudeau, sans moi.
Crois bien qu’on va se marrer.
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Carpentier
InvitéJe ne sais pas si la meuf qui Ă©crit ces lignes est la mĂȘme meuf que j’ai entendu sur F.I. jeudi dernier mais on dirait bien, fait trĂšs plaisir d’entendre ces nanas parler du film Barbie comme ça en tout cas (si l’article en intĂ©gral est entre les mains de quelqu’un, son partage serait bien cool)
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Carpentier
InvitéEt bien non, c’est une autre nana qui intervenait dans cette Ă©mission, certaine Victoire, que voici, ci-aprĂšs :
– elle parle bien du film – (+ spĂ©cial rires quand une auditrice est choisie pour poser sa question attendue et pourtant inappropriĂ©e en fin de chronique )
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-10-aout-2023-6780117
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tristan
InvitéJEUDI 17 AOUT 2023, 8h25, ciel lumineux, mer calme
INCULTURE INTĂGRALE
Il y a chez les passants de saison Ă la recherche dâun soleil dâĂ©tĂ© sur une mer bleue accueillante, une inculture, une vulgaritĂ©, une grossiĂšretĂ©, inimaginables. Des mulots, en bringue !
La LibertĂ©, pour ces animaux lĂ , câest la merde qui permet tout. Enfin, ils sâĂ©panouissent en famille, en groupes, pauvres parmi les pauvres.
Jâadore ! Les corps demi-nus rĂ©vĂšlent leur personnalitĂ©, grasse, sale, immonde de mal-bouffe⊠Se balader dans ce zoo aux portes des cages grandes ouvertes, est un pur dĂ©lice.Bonne journĂ©e, camarades !
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Demi Habile
Invitéhttps://www.lepoint.fr/editos-du-point/bhl-l-antisemitisme-de-gauche-ne-gene-plus-personne-17-08-2023-2531878_32.php?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1692266051#xtor=CS1-32-%5BEchobox%5D
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Si jamais quelqu’est abonnĂ© au point, j’aimerais bien pouvoir lire BHL.-
Demi Habile
InvitéEn mĂȘme temps ça m’aurait surpris que quelqu’un dans le coin ait un abonnement au point.
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Demi Habile
Invité
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Une preuve de plus qu’on est jamais mieux servi que par soi mĂȘme!
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Ostros
InvitéSVP si quelqu’un.e peut poster l’intĂ©gralitĂ© de l’article : « Jean-Pierre Lambert le paysan qui sâest battu contre le « systĂšme » agricole et qui a tout perdu » :
https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/08/31/jean-pierre-lambert-paysan-lance-dans-un-combat-perdu-d-avance-contre-le-systeme-agricole_6187151_3224.html -
Graindorge
InvitéEn attendant l’article du Monde, j’ai trouvĂ© ça. Incomplet aussi mais il y en a un peu plus Ă lire. Ce monsieur travaillait en agriculture biodynamique comme mon collĂšgue. Ils lui ont pris mĂȘme le lit ces vautours! Il y aura de la solidaritĂ© pour les meubles. Mais pour les dettes « astronomiques » Gros gros gros problĂšme! Nous, on a contactĂ© Simone de l’association de Biodynamie Buez An Douar
Jean-Pierre Lambert, un paysan lancĂ© dans une bataille perdue d’avance … https://news.dayfr.com/trends/amp/2414133 -
Graindorge
InvitéEt grand merci Ostros de donner l’alerte. Un exploitant agricole, homme ou femme mais surtout homme, se donne la mort tous les 2 jours. Si on peut aider Ă l’Ă©viter Ă monsieur Lambert ça serait bien
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Graindorge
Invité* chiffres de 2022
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Graindorge
InvitéArticle offert par un.e ( des chiffres comme pseudo) collĂšgue de Agissons Ensemble
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Ostros
InvitéMerci.
Mais article inaccessible – il faut s’inscrire.
Elle peut le copier et le coller ici ?-
Graindorge
InvitéUn autre collĂšgue me l’a envoyĂ©: 33 photos
je partage ça cet aprÚm ou ce soir
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Mambo Shake
InvitéJean-Pierre Lambert, le paysan qui sâest battu contre le « systĂšme » agricole et qui a tout perdu
Par Franck JohannÚs  (Courdemanche (Sarthe), envoyé spécial)
Publié le 31 août 2023 à 05h50, modifié à 14h26
Temps deLecture 16 min.REPORTAGE Depuis la campagne de la Sarthe, il bataille depuis 2005 contre lâagrobusiness et la puissante MutualitĂ© sociale agricole. Son histoire raconte lâavenir sombre des petits paysans qui refusent le modĂšle des gros agriculteurs.
Il a tout perdu : veaux, vaches, cochons, couvĂ©es, mais aussi ses terres, ses tracteurs, sa voiture, ses meubles, ses fusils et son lit. Jean-Pierre Lambert, tout juste sorti de trois semaines de prison, a dĂ©couvert, hĂ©bĂ©tĂ©, sa maison vide, froide et dĂ©serte, aprĂšs une rude bataille perdue contre la MutualitĂ© sociale agricole (MSA), qui lui rĂ©clamait des sommes colossales de cotisations non payĂ©es. Il est assis, avec sa grande barbe blanche, dans la vieille cuisine de sa maison perdue dans la campagne de la Sarthe, devant des piles de dossiers entassĂ©es sur la toile cirĂ©e. Des courriers quâil nâa pas ouverts pendant des annĂ©es, sĂ»r de son bon droit et avec lâorgueil du paysan Ă qui on ne dit pas ce quâil a Ă faire. Mais il est, Ă 66 ans, totalement ruinĂ©, Ă©crasĂ© par « un systĂšme » quâil a toujours combattu et qui a eu le dernier mot.
Jean-Pierre Lambert est nĂ© dans la ferme de ses parents, Ă 2 kilomĂštres de sa maison, sur les hauteurs de Courdemanche, un village calme et assoupi de 600 habitants. Le pĂšre avait une belle ferme, une cinquantaine dâhectares, un solide troupeau de vaches normandes, et câĂ©tait un pionnier de lâagriculture biologique â pas de fertilisants artificiels, pas de pesticides chimiques. La mĂšre ne lâa pas bien vĂ©cu ; elle se sentait rejetĂ©e par le voisinage, qui ne comprenait pas bien pourquoi ils ne faisaient pas comme tout le monde.
Le petit Jean-Pierre est le seul des cinq enfants qui rĂȘve de la terre et ne veut pas faire comme tout le monde. Il sâinstalle, Ă 23 ans, 20 kilomĂštres plus loin, en sâendettant jusquâaux os. Mauvaise affaire. Les bĂątiments de la ferme menacent ruine, il loue des terres qui se rĂ©vĂšlent sableuses, bien pauvres et malheureusement plein nord : « Pour les mĂȘmes investissements quâici, il y avait 30 % ou 40 % de rĂ©colte en moins », estime Jean-Pierre Lambert. Avec ses 40 vaches, en 1985, au bout de cinq ans, il jette lâĂ©ponge.
Jean-Pierre Lambert, à Courdemanche (Sarthe), le 11 juillet 2023. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
Son pĂšre lui laisse une petite maison familiale, la Simonerie, oĂč il vit toujours : ce nâest pas vraiment une ferme, juste une vieille bĂątisse. Il achĂšte un hangar, le dĂ©monte, le transporte, en fait une grange et exploite peu Ă peu 35 hectares, en biodynamie, câest-Ă -dire un cran plus loin que lâagriculture biologique. « Pour nous, la ferme, câest un organisme. Plus il est indĂ©pendant, plus il est fort, explique le paysan. Jâavais 75 % des terres en prairie, le reste, câĂ©taient des cĂ©rĂ©ales, des betteraves, des citrouilles â pas de maĂŻs. Et ça produisait trĂšs bien. Avec les prairies, la fertilitĂ© sâaccroĂźt, ça permet de faire du blĂ© de vente et une deuxiĂšme cĂ©rĂ©ale pour les animaux. » Sans achats de semences, dâengrais ou de pesticides.« Je les ai envoyĂ©s paĂźtre »
Il vend son lait bio et sa viande, dĂ©coupĂ©e et conditionnĂ©e en abattoir ; ses veaux nâont jamais bu de lait en poudre, ses vaches jamais ruminĂ© de maĂŻs ou de soja. « Câest quelque part un prĂ©curseur, apprĂ©cie Jean-Claude Olivier, lâun des fondateurs de la ConfĂ©dĂ©ration paysanne. Quelquâun, sur le plan technique, de trĂšs novateur. Il a repensĂ© dans sa ferme le sĂ©chage du foin par ventilation », inspirĂ© de ce qui se faisait en montagne, et construit son Ă©table sur un modĂšle nouveau.« Quand je me suis installĂ©, on mâa demandĂ© si je voulais prendre une place, assure Jean-Pierre Lambert, si je voulais entrer Ă Groupama, Ă la MSA, au CrĂ©dit agricole, toutes ces structures oĂč siĂšge la FNSEA. Câest comme ça que ça fonctionne. Je les ai envoyĂ©s paĂźtre. » La puissante FĂ©dĂ©ration nationale des syndicats dâexploitants agricoles est effectivement omniprĂ©sente dans les politiques publiques de lâagriculture. « Câest un peu le passeport pour sâinstaller. Comme je nâĂ©tais pas dans la bonne case, câĂ©tait pas facile. »
Il est mĂȘme dans la case dâen face, milite dans une dizaine dâassociations, est responsable dĂ©partemental, bientĂŽt rĂ©gional, puis national, du Groupement des agriculteurs bio, adhĂšre Ă la ConfĂ©dĂ©ration paysanne en 1998 et en devient administrateur, bataille contre lâagriculture productiviste, siĂšge face Ă la FNSEA â la ConfĂ©dĂ©ration, toujours minoritaire, perd Ă chaque fois.
Mais les prix agricoles restent bas alors que les charges grimpent. « On Ă©tait obligĂ©s dâaugmenter la production de 5 % Ă 10 % chaque annĂ©e pour maintenir le mĂȘme revenu, constate le paysan. Câest sans fin ; les fermes de 60 hectares il y a quarante ans font 400 ou 500 hectares aujourdâhui. » Il fallait grandir ou arrĂȘter. Jean-Pierre Lambert arrĂȘte la vente de lait, demande des primes Ă la vache allaitante, quâon lui refuse. « Parce que je nâĂ©tais pas prioritaire, il paraĂźt. On nâest pas prioritaire quand on nie lâexistence de certaines structures qui touchent Ă lâagriculture, toute cette mafia. Officiellement, câest le prĂ©fet qui accorde les primes. Mais, pour ne pas froisser la profession, câest le syndicat majoritaire. Ce nâest pas la FNSEA qui mâa empĂȘchĂ© dâavoir les primes. Mais, si jâavais Ă©tĂ© adhĂ©rent, ça aurait rĂ©glĂ© beaucoup de chosesâŠÂ » Sans les primes, les Ă©leveurs vont dans le mur. « En systĂšme bovin-viande, assure Lambert, les primes europĂ©ennes reprĂ©sentent de 100 % Ă 250 % du revenu. Celui qui nâa pas de primes, il est dĂ©jĂ Ă moins quelque chose. »
Jean-Claude Olivier, agriculteur à la retraite et cofondateur de la Confédération paysanne, à Courdemanche (Sarthe), le 11 juillet 2023. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
Câest le tournant. Une fois quâil a compris, en 2005, quâil nâaurait pas les primes que touchent ses voisins, Jan-Pierre Lambert se bute, se renferme sur sa ferme, ne paie plus ses impĂŽts ni ses cotisations Ă la MSA, nâouvre plus son courrier, soigne son troupeau, mais refuse de faire la prophylaxie obligatoire, ne dĂ©clare plus les naissances de ses veaux et vit plus que jamais en autarcie. Seul, sur ses terres et dans les bois. « Jean-Pierre a un caractĂšre particulier, convient Jean-Claude Olivier. Il sâest organisĂ© beaucoup de problĂšmes autour de lui. Il sâest renfermĂ©, câest ça, son problĂšme, je dirais. »« Calculs arbitraires »
A la fin de lâannĂ©e suivante, il dĂ©croche un emploi salariĂ© dans une pĂ©piniĂšre : il faut reboiser la derniĂšre tranche de lâautoroute A28, il devient responsable de 55 000 arbustes dâune vingtaine dâessences, il est ravi et adore son travail. Ainsi, en janvier 2007, Jean-Pierre Lambert Ă©crit Ă la MSA quâil nâest plus agriculteur, dâailleurs il cotise dĂ©jĂ , en tant que salariĂ©, au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral. Il a certes des terres et des vaches, mais il ne vend plus ni lait, ni viande, ni cĂ©rĂ©ales et nâentretient quâ« un cheptel de loisir », un troupeau dâagrĂ©mentâŠCours en ligne, cours du soir, ateliers : dĂ©veloppez vos compĂ©tences
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La MSA ne lâentend Ă©videmment pas de cette oreille et, faute de dĂ©claration de revenu, lui fixe un montant de cotisation forfaitaire de 7 000 à 10 000 euros par an, quâil ignore superbement. Dâailleurs, il nâouvre pas son courrier â « Je ne lis pas la publicité », dit-il avec orgueil. « La MSA regarde tout ce qui peut sâapparenter Ă une activitĂ© agricole, explique son avocat, Má” François Rouxel. Et affilie les gens dâoffice. Et si la personne ne dĂ©clare pas ses revenus Ă la MSA â câest ce qui se passe puisque les gens se disent : âJe ne suis pas agriculteur, donc je nâai pas Ă dĂ©clarer mes revenusâ â, la MutualitĂ© procĂšde Ă des calculs dâoffice du chiffre dâaffaires, de maniĂšre tout Ă fait arbitraire. »Il ne se passe pourtant rien pendant des annĂ©es. Jean-Pierre Lambert a quittĂ© la pĂ©piniĂšre, la tĂȘte du nouveau patron ne lui revenait pas, et travaille chez des particuliers, avec des chĂšques emploi-service. Il Ă©lague les arbres, tond les pelouses, rĂ©pare les barriĂšres et gagne avec satisfaction en moyenne 800 euros les bons mois.
François Rouxel, avocat de Jean-Pierre Lambert, à Courdemanche (Sarthe), le 11 juillet 2023. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
Mais le 21 septembre 2021, la MSA lâassigne en redressement judiciaire, lui rĂ©clame 107 693 euros, en comptant les majorations de retard depuis 2007. Le tribunal du Mans doit bien constater, le 14 octobre, lâĂ©tat de cessation de paiements, et ouvre une procĂ©dure de liquidation judiciaire. Lui soutient lâannĂ©e suivante devant la juge-commissaire quâil ne tire aucun revenu de son activitĂ© agricole, quâil cotise au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral depuis 2006 et que, par ailleurs, en vertu dâune directive europĂ©enne, il peut sâassurer oĂč il veut, pas nĂ©cessairement Ă la MSA.Ce dernier argument ne tient pas : la libre concurrence en matiĂšre dâassurance nâest pas applicable en France, parce que les rĂ©gimes de sĂ©curitĂ© sociale sont fondĂ©s sur le principe de la solidaritĂ© nationale. La Cour de cassation lâa rappelĂ© en fĂ©vrier 2015 : lâaffiliation Ă la MSA est obligatoire pour le monde agricole, et le dĂ©bat est clos. Mais Lambert ne veut pas en dĂ©mordre.
Le 28 avril 2022, trois gendarmes en gilet pare-balles arrivent Ă la ferme vers 8 heures et lui disent poliment : « Mâsieur Lambert, on vient saisir vos armes. » Jean-Pierre Lambert est chasseur, il en a des armes : quatorze. Que des armes de chasse, et toutes dĂ©clarĂ©es. Il leur rĂ©pond, le visage fermé : « JâemmĂšne mes enfants Ă lâĂ©cole, on verra aprĂšs. » Il en a quatre, dont deux adolescents. Et il sâen va. Il prĂ©vient lâun de ses amis quâil ne pourra sans doute pas aller chercher les petits aprĂšs lâĂ©cole, donne son tĂ©lĂ©phone Ă lâun de ses fils pour ne pas ĂȘtre gĂ©olocalisĂ©, et part tranquillement chercher des barriĂšres avec un copain, comme câĂ©tait prĂ©vu.
Ils Ă©taient en train de charger les barriĂšres quand est arrivĂ© lâhĂ©licoptĂšre de la gendarmerie â câest le tĂ©lĂ©phone du copain qui avait Ă©tĂ© localisĂ©. En sont descendus un lieutenant-colonel, un capitaine, un psychologue, quâil a bien fallu suivre. De retour Ă la ferme, il y avait un monde fou. Des gendarmes, des vĂ©tĂ©rinaires et un gros camion qui Ă©tait en train de charger les bestiaux. Soixante-deux bovins, une vingtaine de moutons et quelques porcs. Sa compagne, vite rappelĂ©e de la banque oĂč elle travaille, avait dĂ©jĂ donnĂ© les fusils. « Jâavais la rage, dit Jean-Pierre Lambert, la gorge serrĂ©e. Les animaux Ă©taient dans lâĂ©table. Si jâavais su, je les aurais lĂąchĂ©s dans les prairies, ils ne les auraient jamais attrapĂ©s. » Le camion a tout embarquĂ©, sauf un gros cochon qui a fait de la rĂ©sistance.
« Vous mâemmerdez »
Le paysan a Ă©tĂ© conduit Ă la gendarmerie du Grand-LucĂ©, oĂč il a dĂ» dĂ©tailler lâorigine des armes. Il est rentrĂ© le soir, dans sa ferme dĂ©sormais silencieuse, et a fait aussitĂŽt un recours contre la MSA. Bien tard. Le juge lâa invitĂ© quelques jours aprĂšs Ă se tourner vers le tribunal compĂ©tent, le pĂŽle social du tribunal du Mans â lâancien tribunal des affaires de sĂ©curitĂ© sociale, puisquâil sâagissait de la MSA. Jean-Pierre Lambert lâa saisi le 31 mai, lâaudience a Ă©tĂ© renvoyĂ©e au 30 novembre 2022.Un commissaire-priseur est passĂ© en septembre faire un inventaire, Jean-Pierre Lambert Ă©tait tranquille : lâaudience Ă©tait prĂ©vue deux mois plus tard. Mais, le 29 septembre, le commissaire-priseur le prĂ©vient que la saisie aurait lieu le lendemain. « Il Ă©tait 12 h 45 quand je lâai eu au tĂ©lĂ©phone, se souvient le paysan. Je lui ai dit : âĂa fait quarante-trois ans que vous mâemmerdez, si Ă trois heures moins le quart, je nâai pas 86 milliards dâeuros, je fous le feu Ă la ferme.â » Le malheureux commissaire nâa pas vraiment compris le calcul. Jean-Pierre Lambert Ă©tait agriculteur depuis quarante-trois ans, 86 milliards, câest deux fois 43, il a rĂ©clamĂ© 1 milliard par annĂ©e de labeur et 1 milliard de dommages et intĂ©rĂȘts, « parce que lâEtat est complice, moi, ils mâont tout pris, toutes ces structures qui broient les gens ».
A lâheure dite, les gendarmes Ă©taient lĂ et lui ont dit : « Ne faites pas ça, mâsieur Lambert. » Il Ă©tait assis dans sa grange, sous un tracteur, et a mis le feu Ă une botte de paille avant de monter dans la cellule Ă foin. Les gendarmes, avec un extincteur, ont pu Ă©teindre le premier feu, mais pas le second, quand 35 tonnes de paille se sont embrasĂ©es dâun coup. Jean-Pierre Lambert sâest enfui en courant dans les prairies, mais il nâest plus tout jeune et a un cancer du cĂŽlon qui lui coupe vite le souffle, les gendarmes lâont rattrapĂ© et collĂ© en garde Ă vue.
Personne nâa trop compris. La grange quâil avait lui-mĂȘme remontĂ©e prĂšs de la maison, son vieux tracteur⊠Un geste de colĂšre, un moment de folie ? Les gendarmes notent que « câĂ©tait pour lui la seule solution envisageable, notamment en raison du dĂ©sespoir quâil ressent ». « JâĂ©tais trĂšs dĂ©cidĂ©, conclut aujourdâhui Jean-Pierre Lambert. Ils avaient pris mes vaches pour rien, ça nâavait pas de sens. Pendant la guerre, on a bien fait sauter des ponts pour ralentir la progression des Allemands, câĂ©tait un peu lâidĂ©e. Je nâarrive pas Ă regretter. Jâen avais marre. Je nâaurais pas Ă©tĂ© brĂ»ler quelque chose qui ne mâappartenait pas, quand mĂȘme. »
La grange incendiée par Jean-Pierre Lambert, à Courdemanche (Sarthe), le 11 juillet 2023. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
Mais la grange ne lui appartenait plus. En liquidation judiciaire, les biens appartiennent au mandataire, lui en a seulement la garde. Et il a alourdi sa dette de 13 810 euros. Câest peu : la mandataire judiciaire, Má” Pascaline Goubard, sâest contentĂ©e du prix dâun vieux tracteur carbonisĂ©, la situation Ă©tait dĂ©jĂ assez compliquĂ©e comme ça. AprĂšs une nuit de garde Ă vue, Jean-Pierre Lambert comparaĂźt devant un substitut du procureur du Mans, fait valoir son droit au silence et est prĂ©sentĂ© Ă un juge de la libertĂ© et de la dĂ©tention. « Je suis dĂ©terminĂ© Ă ce que justice soit faite, dit Lambert. Jâai Ă©tĂ© mis en liquidation judiciaire par la MSA alors que je ne leur dois rien au regard de la loi europĂ©enne. » Son avocate commise dâoffice tente dâexpliquer quâune dĂ©tention provisoire serait disproportionnĂ©e, quâil nâa pas de casier, quâil suffit de le convoquer⊠« Mais le juge mâa fait la morale et mâa dit quâil valait mieux me garder Ă lâombre le temps que je me calme, dit le prĂ©venu. En fait, jâĂ©tais calme. Mais dĂ©terminĂ©. »« Ăa faisait mal au cĆur »
CâĂ©tait un vendredi. Jean-Pierre Lambert a Ă©tĂ© jugĂ© en comparution immĂ©diate, aprĂšs un week-end Ă la maison dâarrĂȘt du Mans, le lundi suivant, le 3 octobre 2022. Il risquait gros. La « destruction du bien dâautrui par un moyen dangereux pour les personnes » est punie de dix ans de prison et de 150 000 euros dâamende. « Jâai dit : âSoit je suis coupable, et vous me mettez en prison, soit je suis innocent, et je pars tout de suiteâ, a dit Lambert. Moi, je voulais quâon mâindemnise, jâai envoyĂ© pĂ©ter tout le monde. » Il demande, bien Ă tort, un dĂ©lai pour prĂ©parer sa dĂ©fense. Et retourne en prison. « MĂȘme les gars qui mâemmenaient Ă©taient consternĂ©s, reconnaĂźt Lambert. Ils mâont dit : âVous avez tout fait pour aller au trou.â »Il est jugĂ© quinze jours plus tard, le dĂ©lai minimal, le 19 octobre. « Le tribunal a Ă©tĂ© extrĂȘmement sensible Ă sa situation, explique Marie-Caroline Martineau, lâavocate de la mandataire judiciaire, il Ă©tait dans une telle souffrance. La premiĂšre fois, il Ă©tait trĂšs en colĂšre, fermĂ©, il en voulait Ă la terre entiĂšre. La seconde fois, il Ă©tait abattu, ce nâest Ă©videmment pas un dĂ©linquant. SincĂšrement, ça faisait mal au cĆur. » Les juges requalifient les faits, il est condamnĂ© cette fois pour « dĂ©tournement par le saisi dâobjet confiĂ© Ă sa garde » et ne risque plus que trois ans de prison au lieu de dix. Il Ă©cope finalement de trois mois avec sursis.
Lâune de ses filles, son aĂźnĂ©e, Ă©tait lĂ . « CâĂ©tait psychologiquement assez dur, reconnaĂźt le condamnĂ©. Assez poignant, quoi. Jâai pas dit grand-chose. » Il retourne Ă la prison chercher son billet de sortie, sa compagne lui dit : « Jean-Pierre, quand tu vas arriver Ă la maison, il y aura du changement. »
Câest vrai. De retour chez lui, la maison est vide. Son amie a pris peur, les meubles Ă©taient Ă elle, elle redoutait quâon les saisisse, elle est partie avec et sâest installĂ©e dans un village un peu plus loin. Un copain charitable lui a prĂȘtĂ© un lit et un petit rĂ©frigĂ©rateur, il a dĂ©nichĂ© un meuble pour ranger la vaisselle. Dehors, lâherbe est haute, la grange nâest plus quâun amas de tĂŽles noircies et de pneus brĂ»lĂ©s, il ne lui reste dans la bouche quâun goĂ»t de cendres. Jean-Pierre Lambert se demande bien comment il va faire pour aller ramasser son bois pour lâhiver.
Pendant ce temps, la mandataire judiciaire a pris les choses en main. « Mon rĂŽle, câest un peu comme celui dâun notaire quand une personne dĂ©cĂšde, explique Má” Goubard, câest faire un Ă©tat de son patrimoine, actif et passif. Je reprĂ©sente les crĂ©anciers, mais, pour quâils soient le mieux payĂ©s possible, il faut que la masse des crĂ©ances soit la plus petite possible. » Le troupeau est liquidĂ© en juillet 2022. Un voisin propose de racheter le cheptel Ă la valeur fixĂ©e par un expert et de le garder six mois dans un champ, sans le mĂȘler Ă ses propres vaches, parce que celles de Jean-Pierre Lambert ne sont pas administrativement Ă jour, le temps que les services de la prĂ©fecture rĂ©gularisent le troupeau. La prĂ©fecture refuse et entend envoyer les bĂȘtes Ă lâĂ©quarrissage. Má” Goubard obtient in extremis quâelles soient abattues pour lâalimentation : 62 bovins et 20 moutons sont achetĂ©s par un marchand de bestiaux pour une bouchĂ©e de pain, ou une boulette de viande, 9 000 euros. Les porcs sont euthanasiĂ©s.
« Les relations avec lui ne sont pas faciles »
Les terres, un peu plus de 12 hectares, sont vendues le 14 octobre 2022 à un couple de voisins qui aimaient bien leur voisin paysan et tenaient Ă ce que leur joli moulin soit entourĂ© de prairies sans engrais ni pesticides. Le matĂ©riel agricole, bien fatiguĂ©, est vendu aux enchĂšres le 17 octobre pour un peu plus de 25 000 euros : le total des recettes reprĂ©sente 71 289,65 euros, note scrupuleusement Má” Goubard. Les dĂ©penses engagĂ©es (honoraires, experts, notaire) 36 047,52 euros. Le solde dâune vie de travail, quarante ans de labeur, se monte ainsi Ă 35 242 euros et 13 centimes.Lire aussi : Article rĂ©servĂ© Ă nos abonnĂ©s La France a encore perdu 100 000 agriculteurs en dix ans
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La MSA, le principal crĂ©ancier, et de loin, nâentend pas en rester lĂ . Lâaudience du pĂŽle social du Mans se tient en mars 2023. On a oubliĂ© de prĂ©venir Jean-Pierre Lambert, ou il a ratĂ© la convocation, mais son avocat, Má” François Rouxel, est lĂ , Má” Martineau, lâavocate du mandataire judiciaire, aussi. La MSA, qui rĂ©clamait un total de 107 693 euros au moment de la liquidation, ne justifie plus cette fois que 76 262,11 euros de cotisations impayĂ©es et majorĂ©es, pour les annĂ©es 2007 à 2021. Mais la MutualitĂ©, Ă qui il arrive aussi dâĂȘtre nĂ©gligente, a laissĂ© passer les dĂ©lais sur nombre de cotisations non payĂ©es : sur neuf « contraintes » â des sommations Ă payer qui ont valeur de jugement â, quatre sont prescrites.La dette de Jean-Pierre Lambert se voit ainsi divisĂ©e par deux, il ne doit plus que 30 367 euros Ă la MSA pour les annĂ©es 2007 à 2017, mais lui doit encore les cotisations de 2018 à 2020, insiste le tribunal le 3 mai, soit, au total, 65 091,28 euros. La MSA le prend avec humeur et fait aussitĂŽt appel. « La dĂ©cision Ă©tait pourtant Ă©quilibrĂ©e, sâĂ©tonne Má” Martineau. Comment on peut laisser quelquâun sâenfoncer dans les dettes pendant tant dâannĂ©es ? M. Lambert a des torts, mais la MSA a laissĂ© les choses sâenvenimer, ils lâont laissĂ© se planter. Il faudrait peut-ĂȘtre que la MSA se remette un peu en question. »
La directrice de la MSA Mayenne-Orne-Sarthe, en dĂ©pit de plusieurs relances, ne souhaite pas sâĂ©tendre sur la question et est « au regret » de ne pouvoir commenter « les renseignements confidentiels relatifs Ă un assurĂ© social ». Le cas de Jean-Pierre Lambert nâest malheureusement pas rare, et les paysans qui laissent filer les dettes de la MSA en espĂ©rant quâon les oublie sont lĂ©gion, les mandataires judiciaires en voient toute lâannĂ©e. Sans cotisations, pas de retraite et pas de garanties de santĂ©.
La grange incendiée par Jean-Pierre Lambert, à Courdemanche (Sarthe), le 11 juillet 2023. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »
Jean-Pierre Lambert est trop fier pour rĂ©clamer une allocation travailleur handicapĂ©, mais son cancer le ronge doucement, et il a aujourdâhui 66 ans. « Les relations avec lui ne sont pas faciles, convient Má” Goubard, la liquidatrice judiciaire. Câest quelquâun qui ne communique pas beaucoup. Mais il a toujours Ă©tĂ© poli, agrĂ©able et respectueux, et câest une belle personne. Souvent, chez les gens qui en veulent Ă la terre entiĂšre, il y a une vraie raison, une injustice au dĂ©part. » Pour Jean-Pierre Lambert, câest clairement de nâavoir pas obtenu les primes Ă la vache allaitante. Quant au refus dâobserver les multiples (et onĂ©reuses) rĂšgles de prophylaxie du troupeau, « câĂ©tait une forme de dĂ©sobĂ©issance civile, assure le paysan, pour alerter sur le fait quâils ne faisaient rien pour respecter les aides publiques ».« Si tout sâarrangeaitâŠÂ »
Il ne pouvait Ă©videmment pas gagner. Et lâavenir est sombre pour les petits paysans qui refusent le modĂšle des gros agriculteurs. « Les gouvernements entendent Ă©liminer les petits pour dĂ©velopper une agro-industrie, assure Jean-Claude Olivier. Câest une planification qui ne dit pas son nom. 90 % des paysans ont disparu depuis le dĂ©but du siĂšcle dernier. La chimie est majoritaire, et lâĂ©laboration de la politique agricole, mĂȘme Ă Bruxelles, se fait au sein de la FNSEA, câest clair. »En attendant le procĂšs en appel, qui nâinterviendra pas avant une bonne annĂ©e, Jean-Pierre Lambert fait de petits travaux dans les jardins. Il a pris cet Ă©tĂ© son courage Ă deux mains et entassĂ© sur la toile cirĂ©e de sa cuisine tous les papiers qui moisissaient paisiblement dans la piĂšce Ă cĂŽtĂ©. Il Ă©tait temps : les souris avaient commencĂ© Ă grignoter son passĂ©. Mais il est dĂ©sormais en mesure de prouver quâil cotisait bien depuis 2007 au rĂ©gime gĂ©nĂ©ral ; cela ne lâexonĂ©rait certes pas de payer pour ses terres une petite cotisation Ă la MSA, mais certainement pas des sommes pareilles. Le seul espoir, câest bien que la cour dâappel dâAngers, au vu de la reconstitution de sa carriĂšre, rĂ©duise les prĂ©tentions de la MSA.
Avec un sacrĂ© risque : la MutualitĂ© a une hypothĂšque sur sa maison. Si elle nâest pas satisfaite, elle pourra la saisir, ce qui nâest heureusement pas possible lors de la liquidation judiciaire. La maison est bien un peu ancienne, mais câest la maison familiale, oĂč viennent toutes les semaines ses deux plus petits. Jean-Pierre Lambert nâa pas lâhabitude de se plaindre, et ne se voit pas du tout comme une victime, ou seulement dâune injustice ; mais il sait quâil nâa guĂšre Ă attendre de secours, encore moins de miracles. Les relations avec lâune de ses sĆurs (et son neveu, lui aussi agriculteur) sont exĂ©crables ; il y a des annĂ©es quâils ne se parlent plus avec son frĂšre aĂźnĂ©, maire dâune petite commune voisine ; la succession des biens paternels sâenvenime et nâest en rien rĂ©glĂ©e.
Il enjambe Ă grands pas les hautes herbes qui ont mangĂ© les alentours de la ferme. « Si tout sâarrangeait, je voudrais bien rĂ©cupĂ©rer une partie de ces terres, rĂȘve tout haut le paysan. Pas forcĂ©ment pour en faire de lâagriculture. LĂ , ici, jâentretenais mais je ne rĂ©coltais pas, câĂ©taient des cultures Ă gibier. Jâavais des ĆdicnĂšmes criards, des oiseaux migrateurs, quâon va moins voir maintenant. »
Il y avait, un peu plus haut, une vaste prairie oĂč broutaient paisiblement ses bĂȘtes. Il y a dĂ©sormais une immense terre sĂšche, oĂč sont alignĂ©s jusquâĂ lâhorizon de minces plants de maĂŻs, oĂč les pesticides ont eu raison du moindre brin dâherbe. « Câest ça qui mâa fait le plus mal », dit le paysan. Reste, au beau milieu, un antique cerisier, dont les branches ont Ă©tĂ© sectionnĂ©es pour laisser passer les machines, le tronc marquĂ© dâun grand coup de tronçonneuse, pour abrĂ©ger sa vie de fruitier solitaire, qui encombre inutilement. Jean-Pierre Lambert sait bien qui a dĂ©truit ses herbages, qui donnaient du sens Ă sa vie. Câest son neveu.
Franck JohannĂšs
Courdemanche (Sarthe), envoyé spécial-
Graindorge
InvitéUn grand merci Mambo Shake
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Ostros
InvitéMerci.
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Graindorge
Invitéon m’a envoyĂ© les photos de l’article. Je les ai envoyĂ©es Ă mon tour Ă mon adresse Ă©lectronique pour voir si je pouvais crĂ©er un lien mais je suis pas douĂ©e. En plus les 33 photos ne sont pas dans l’ordre: 1,2,3,4…
Donc on attendra. Peut-ĂȘtre que quelqu’un du forum est abonnĂ© au Monde et se manifestera -
Demi Habile
Invitéhttps://www.liberation.fr/idees-et-debats/alexandre-grothendieck-convoitises-en-heritage-20230927_EBDUUYDLEZGJXG7RA4S7P6M6N4/?fbclid=IwAR0C0R6e2xfak8lQaOSMJAFtzqaRjv7ABic0KIp5vG02g4F2y-e_7u4RIBo
.
Si jamais quelqu’un a la bontĂ© de me partager l’intĂ©gralitĂ© de cet article alors je m’engage Ă lui adresser un message gentil en retour.
Des bisoux!-
Céline
InvitéIl doit y avoir un trĂ©sor, sĂ»rement humain peut-ĂȘtre mathĂ©matique, dans les archives dâAlexandre Grothendieck dont la BibliothĂšque nationale de France (BNF) vient de rĂ©cupĂ©rer un gros morceau, disons la moitiĂ©. A la question «oĂč va partir la moitiĂ© restante ?», le silence sâimpose. Les avocats vous envoient paĂźtre avec une infinie concision. Lâun Ă©crit un mail lapidaire : «Dans le prolongement de notre Ă©change dâhier, je vous prĂ©cise que je nâai pas de commentaires Ă faire sur cette affaire.» Lâautre se contente dâun SMS : «Je ne peux pas parler de cette affaire dont la solution est soumise au secret professionnel.» Diable.
Le libraire chargĂ© de vendre tout ce qui nâira pas Ă la BNF ne sait pas sâil a, oui ou non, dĂ©posĂ© une demande de passeport Ă la fin du mois de juillet auprĂšs du ministĂšre de la Culture pour vendre Ă lâĂ©tranger ce que lâun des plus grands mathĂ©maticiens de lâhistoire, mĂ©daille Fields 1966, a laissĂ© derriĂšre lui, 100 000 pages, papiers, bouts de cartons, plus ou moins bien rangĂ©s qui raconte une histoire du XXe siĂšcle. Le mystĂšre est Ă©pais. On pourrait laisser la plume Ă George Lucas, lâauteur dâIndiana Jones, pour le mettre au jour.«Fosbury-flop»
NĂ© en 1928 Ă Berlin, Alexandre Grothendieck entre par effraction dans lâĂ©cole française de mathĂ©matiques qui ne manque pas dâego et de chercheurs brillants. Il va tous les bousculer. Vincent Pilloni, chercheur CNRS, dĂ©tachĂ© Ă lâInstitut de mathĂ©matique dâOrsay, pas avare dâimages pour illustrer lâimportance du mathĂ©maticien, accepte celle du «Fosbury-flop», changement de tactique des sauteurs en hauteur. En 1968, alors que tous se tenaient face Ă la barre, Dick Fosbury lui tourne le dos et tout le monde le suit. Pareil pour Alexandre Grothendieck qui fait mettre Ă la poubelle des centaines de pages patiemment rĂ©digĂ©es par «Nicolas Bourbaki», nom dâun collectif de mathĂ©maticiens prĂ©tendant redonner des bases solides aux maths françaises.
Travaillant nuitamment, Grothendieck voit de lâalgĂšbre quand on lui parle de gĂ©omĂ©trie, et veut bĂątir la gĂ©omĂ©trie algĂ©brique. Il pose des concepts qui aujourdâhui encore occupent lâesprit de ceux qui veulent construire un langage commun Ă lâalgĂšbre, Ă la gĂ©omĂ©trie et Ă lâarithmĂ©tique. Prenez un compas, tracez un cercle, vous ĂȘtes dans le monde du point et de lâespace. Ecrivez xÂČ + yÂČ = 1, vous entrez dans le monde de lâalgĂšbre.
Un concept rĂ©sume son apport : le topos, forgĂ© pour dĂ©crire la notion dâespaces infiniment plus complexes que ce que lâintuition donne Ă voir. En rĂ©sumĂ©, nos trois dimensions, le monde dâEuclide, nous suffisent, mais nous ramĂšnent Ă lâillusion de la mouche posĂ©e sur le tableau de bord dâune voiture lancĂ©e Ă 130 km/h sur lâautoroute. Elle se pense immobile. Comme nous quand nous dĂ©passons les 1 000 km/h en nous tenant debout sous la tour Eiffel, soumis Ă la rotation de la Terre.
Revenons aux archives. Que trouve-t-on dans les 100 000 pages laissĂ©es par un homme idolĂątrĂ© ou dĂ©testĂ© pour sa rigueur ombrageuse ? Beaucoup de gĂ©omĂ©trie algĂ©brique, sa spĂ©cialitĂ©, de la physique quâil exĂ©crait, et de lâastrophysique, une matiĂšre que lâĂ©tudiant de Montpellier a dĂ» repasser pour obtenir sa licence. Et aussi des courriers Ă©changĂ©s avec Alexandre SoljĂ©nitsyne, prix Nobel de littĂ©rature, John Nash, prix Nobel dâĂ©conomie en 1994, ou Jacques Chirac, prĂ©sident de la RĂ©publique.
Sans oublier une correspondance adressĂ©e Ă sa voisine de Lasserre (AriĂšge), madame Escaich. Le plus Ă©mouvant se trouve dans un vieux carnet noirci Ă force dâavoir Ă©tĂ© ouvert et refermĂ©, oĂč il tente dâĂ©tablir la liste des 76 000 dĂ©portĂ©s juifs de France, oubliĂ©s de tous, pensait-il. Il y note des noms, tente de les relier les uns aux autres jusquâau 27 aoĂ»t 2014, quelques semaines avant sa mort le 13 novembre suivant. Satan sâinvitant Ă toutes les pages en croquis ou en injonction Ă disparaĂźtre.
Que personne ne veuille dĂ©voiler la destination finale de cette montagne de papiers nâinterdit pas de se prendre pour Indiana Jones. Des trĂ©sors, il y en a, produits par un homme dont lâimagination crĂ©atrice a bousculĂ© les mathĂ©matiques du XXe siĂšcle avant dâouvrir le champ de lâĂ©cologie par sa critique radicale de lâhĂ©gĂ©monie de la raison technoscientifique. Il aura fallu neuf annĂ©es aprĂšs sa mort pour rĂ©gler la question des archives de lâhomme qui, en 1990, ferme la porte de sa maison ariĂ©geoise, refusant dâĂ©changer plus de trois mots avec les hommes, avec les femmes quâil a tant aimĂ©es, ou avec ses cinq enfants avec lesquels il nâa jamais su sây prendre.
Sa fille, Johanna Grothendieck, porte-parole de la fratrie silencieuse qui compte quatre frĂšres (Serge, Mathieu, Sacha et John), oscille au bout du fil entre soulagement et accablement : «Avec un pĂšre qui a tournĂ© le dos Ă tout le monde pendant vingt-trois ans, qui nâa jamais rĂ©pondu Ă nos lettres qui nous revenaient, ce nâa pas Ă©tĂ© facile de gĂ©rer une telle postĂ©ritĂ©.» «Pas facile», un euphĂ©misme dans la bouche de celle qui nâa pas le droit dâen dire davantage, tenue par un accord de confidentialitĂ© valable pour dix ans sur les nĂ©gociations entourant le don qui a permis Ă la BNF dâenrichir ses collections sans verser un centime dâeuro. Cela, lâinstitution lâaffirme avec force et constance.
Comment sây retrouver dans les 100 000 pages ? Dâabord, le mieux rangĂ©, les 50 000 feuilles A4, datĂ©es et numĂ©rotĂ©es, glissĂ©es dans une quarantaine de boĂźtes entoilĂ©es faites sur mesure, rĂ©cupĂ©rĂ©es dĂ©but juillet par la BN. Elles contiennent 4 500 feuillets dâun travail «classique», selon lâĂ©valuation dâun gĂ©omĂštre algĂ©briste, et une interminable digression vers lâinfinie petitesse de lâhomme et lâinfinie grandeur de lâunivers.
Tout cela se trouve maintenant Ă lâabri Ă Paris, rue Richelieu. «Tous ces textes sont inĂ©dits, et tout reste Ă dĂ©couvrir», sâenthousiasme le conservateur, Jocelyn Monchamp, chargĂ© de veiller dessus. Dans un bureau surchauffĂ© par un Ă©tĂ© qui nâen finit pas, lâexpert en vieux papiers manipule avec dĂ©licatesse ces liasses comme sâil tenait entre les mains des parchemins ancestraux sur le point de se dĂ©composer.
Une «poubelle» à 85 000 euros
Que va en faire la BNF ? Les rendre accessibles aux lecteurs des salles de recherche pour les mathĂ©maticiens, les historiens, les philosophes, qui sait, ce qui nĂ©cessite au prĂ©alable un travail de reconditionnement, de catalogage et de numĂ©risation, «partielle ou complĂšte», la dĂ©cision nâa pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©e. Seule certitude, «lâexploitation de ces documents doit ĂȘtre envisagĂ©e sur des dĂ©cennies, avance Jocelyn Monchamp : câest une aventure intellectuelle hors norme qui sâouvre». Et un gouffre de science ou de mysticisme, sĂ»rement un peu des deux, dans lequel nul ne saurait dire, pour le moment, ce qui sây trouve vraiment.
Pour le reste que la BNF ne va pas hĂ©berger, commençons par le plus simple. Une «poubelle» de 1 300 pages rĂ©cupĂ©rĂ©e Ă Lasserre, par Jean-Bernard Gillot qui a protĂ©gĂ© pendant des annĂ©es le trĂ©sor dâAlexandre Grothendieck dans sa librairie de la rue Jacob Ă Paris, quand personne nây prĂȘtait attention, et rachetĂ©e pour 85 000 euros par un expert danois pour le compte dâun client Ă©tranger dont lâidentitĂ© reste voilĂ©e. «Il nây a pas un mĂ©cĂšne en France qui sâest bougĂ© pour dĂ©bloquer la situation !» affirme Johanna Grothendieck. Aucune des possibilitĂ©s explorĂ©es nâa abouti Ă un nom. «Un milliardaireâŠÂ» vous dit-on. «AmĂ©ricainâŠÂ» ajoute-t-on, comme sâil fallait vous emberlificoter. Et pourquoi pas chinois ?
Lâentreprise Huawei se passionne pour Grothendieck. En 2021, elle recrutait le mathĂ©maticien Laurent Lafforgue, mĂ©daille Fields en 2002, dans son Ă©quipe scientifique afin «de dĂ©velopper la thĂ©orie gĂ©nĂ©rale des âtopos de Grothendieckâ». Ou un centre de recherches en Italie, Istituto Grothendieck (MondovĂŹ), dont la rĂ©ponse ressemble Ă un acquiescement : «Il sâagit malheureusement dâinformations confidentielles que notre Institut nâest pas autorisĂ© Ă divulguer.»
Reste encore les archives de Montpellier, laissĂ©es Ă Jean Malgoire, un Ă©lĂšve attentionnĂ©, dont lâuniversitĂ© se dĂ©sintĂ©ressera longtemps. Produites quand lâhomme se trouvait encore immergĂ© dans les mathĂ©matiques, elles Ă©veillent la curiositĂ© des plus sceptiques. Et le fatras contenant la liste des dĂ©portĂ©s juifs, rĂ©cupĂ©rĂ©es elles aussi Ă Lasserre, oĂč Grothendieck a choisi de se retirer pour vivre en ermite. Seuls des Japonais venaient parfois le dĂ©ranger parce que lĂ -bas, il reprĂ©sente un personnage quasi mythique.
Pour le trĂ©sor, il se trouve lĂ , dans lâĂ©blouissement de ceux qui le suivent. Au gĂ©nĂ©rique de cette balade mathĂ©matique, il ne faut pas oublier Jean-Bernard Gillot, le premier expert chargĂ© de la vente. Il a tout rassemblĂ© et se trouve aujourdâhui Ă©cartĂ©. Dans sa librairie de Saint-Germain-des-PrĂ©s, il ressemble trait pour trait Ă un personnage de George Lucas. Sans lui, pas dâhistoire. Pour ce qui est de lâĂ©tude approfondie de la paperasse, elle pourra prendre des mois, voire des annĂ©es. Il faudra patienter un peu avant quâelle ne rĂ©vĂšle tous ses secrets.
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Demi Habile
InvitéCĂ©line: Merci Beaucoup!
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Graindorge
InvitéA tort ou Ă raison Raymond Devos
On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort.
C’est difficile de juger. Moi, j’ai longtemps donnĂ©
raison Ă tout le monde.
Jusqu’au jour oĂč je me suis aperçu
que la plupart des gens Ă qui je donnais
raison avaient tort !
Donc, j’avais raison !
Par consĂ©quent, j’avais tort !
Tort de donner raison Ă des gens qui avaient
le tort de croire qu’ils avaient raison.
C’est-Ă -dire que moi qui n’avais pas tort,
je n’avais aucune raison de ne pas donner tort
à des gens qui prétendaient avoir raison,
alors qu’ils avaient tort !
J’ai raison, non ? Puisqu’ils avaient tort !
Et sans raison, encore ! LĂ , j’insiste, parce que …
moi aussi, il arrive que j’aie tort.
Mais quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas.
Ce serait reconnaĂźtre mes torts !!!
J’ai raison, non ? Remarquez … il m’arrive aussi
de donner raison Ă des gens qui ont raison.
Mais, lĂ encore, c’est un tort.
C’est comme si je donnais tort Ă des gens qui ont tort.
Il n’y a pas de raison !
En rĂ©sumĂ©, je crois qu’on a toujours tort d’essayer
d’avoir raison devant des gens qui ont toutes
les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! -
Toni Erdmann
InvitéUn abonnĂ© Mediapart pourrait-il nous partager cet article ? Merci d’avance !
https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/141023/lumiere-sur-thierry-fremaux-seigneur-redoute-du-septieme-art?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&M_BT=8159206298103 -
Anna H
InvitéCULTURE ET IDĂES ENQUĂTE
LumiÚre sur Thierry Frémaux, seigneur redouté du septiÚme art
Thierry FrĂ©maux cumule la direction du Festival de Cannes et celle de lâInstitut LumiĂšre Ă Lyon, avec un salaire exceptionnel pour deux institutions bĂ©nĂ©ficiant dâaides publiques. Mais câest aussi la pratique du pouvoir de cet homme puissant dans le monde du cinĂ©ma qui pose des questions dĂ©ontologiques.Antoine Pecqueur
14 octobre 2023 Ă 17h00Les rĂ©alisateurs Wes Anderson, Jean-Jacques Annaud, le prĂ©sident de la Femis Michel Hazanavicius, lâactrice Lou Doillon⊠Ce samedi 14 octobre et pendant neuf jours, les personnalitĂ©s du cinĂ©ma dĂ©filent Ă Lyon Ă lâoccasion de la quinziĂšme Ă©dition du Festival LumiĂšre, dĂ©diĂ© au cinĂ©ma de patrimoine. « Si la profession vient Ă ce festival, ce nâest pas tant pour visionner des films classiques dĂ©jĂ vus que pour croiser Thierry FrĂ©maux », dit un rĂ©alisateur.
ĂgĂ© de 63 ans, Thierry FrĂ©maux est devenu lâun des hommes les plus puissants du monde du cinĂ©ma. Le directeur de lâInstitut LumiĂšre cumule son poste avec celui de dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du Festival de Cannes, reconnu dâutilitĂ© publique. Ces deux associations, financĂ©es notamment avec des fonds publics, ont pour tutelle lâĂtat, via le Centre national du cinĂ©ma (CNC).
En additionnant ces deux postes Ă mi-temps, sa rĂ©munĂ©ration annuelle sâĂ©lĂšve Ă environ 350 000 euros brut. « Comment peut-on justifier de deux emplois Ă de tels niveaux de salaire ? Il y a une dĂ©rive financiĂšre quâil nây avait pas auparavant Ă Cannes et LumiĂšre », dĂ©nonce Françoise Camet, ex-cheffe de la mission culture auprĂšs du ministĂšre des finances. Elle y contrĂŽlait les comptes du Festival de Cannes et de lâInstitut LumiĂšre. Thierry FrĂ©maux est de facto le responsable dâinstitution culturelle publique ou parapublique le mieux payĂ© de France.
Françoise Camet observe que ce cumul de poste « pose une vraie question dĂ©ontologique ». Elle affirme avoir Ă©crit plusieurs notes Ă lâattention du Centre national du cinĂ©ma (CNC) pour mettre en garde contre « le cumul de fonctions de Thierry FrĂ©maux donnant lieu Ă rĂ©munĂ©ration ».
Les deux structures, Cannes et LumiĂšre, sâentremĂȘlent dans le parcours de Thierry FrĂ©maux. Dâabord bĂ©nĂ©vole Ă lâInstitut LumiĂšre, avant dâen ĂȘtre salariĂ©, il en devient directeur artistique et enfin directeur gĂ©nĂ©ral. En parallĂšle, il est nommĂ© dĂ©lĂ©guĂ© artistique au Festival de Cannes en 2001, avec Ă ses cĂŽtĂ©s VĂ©ronique Cayla comme directrice gĂ©nĂ©rale et Gilles Jacob en tant que prĂ©sident.
Son poste peut ĂȘtre couplĂ© avec celui de lâInstitut LumiĂšre, les fonctions de Thierry FrĂ©maux se limitant alors Ă lâaspect artistique. Mais pas pour longtemps. En 2005, VĂ©ronique Cayla quitte son poste et ne sera pas remplacĂ©e : Thierry FrĂ©maux devient dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral. Une ascension qui lâa conduit Ă rĂ©gner en seigneur du septiĂšme art.
Les missions de ces deux associations se croisent de plus en plus : le Festival LumiĂšre propose des avant-premiĂšres de films de patrimoine et le Festival de Cannes possĂšde une section intitulĂ©e « Cannes Classics », dĂ©diĂ©e aux Ćuvres du passĂ©, notamment aux copies restaurĂ©es. De nombreux artistes sont invitĂ©s dans les deux manifestations.
Si le festival lyonnais bĂ©nĂ©ficie de la prĂ©sence de personnalitĂ©s comme Martin Scorsese, Javier Bardem, Claude Lelouch ou encore Clint Eastwood, câest grĂące au carnet dâadresses largement nourri par le Festival de Cannes. « Thierry FrĂ©maux met au service de lâInstitut LumiĂšre ce quâil a capitalisĂ© au Festival de Cannes », constate un producteur. Françoise Camet observe pour sa part « une confusion frĂ©quente entre les deux institutions ».
Nombre de collaborateurs et collaboratrices travaillent aussi pour les deux structures. Pierre Lescure, qui fut prĂ©sident du conseil dâadministration du Festival de Cannes de 2014 Ă 2022, et en est aujourdâhui prĂ©sident dâhonneur, y voit au contraire une « belle complĂ©mentaritĂ©. Câest une dynamique positive pour Cannes ».
Une complĂ©mentaritĂ© parfois bien troublante, par exemple lorsque Thierry FrĂ©maux prĂ©sente en 2015 au Festival de Cannes son propre documentaire consacrĂ© aux frĂšres LumiĂšre. Dans son rapport publiĂ© en mars 2021 au sujet de lâInstitut LumiĂšre, la chambre rĂ©gionale des comptes avait par ailleurs notĂ© un risque de conflit dâintĂ©rĂȘts entre lâInstitut LumiĂšre et sa filiale Sorties dâusine Production, qui avait produit ce documentaire, concernant lâexploitation du film. « Thierry FrĂ©maux, qui est aussi lâauteur de plusieurs livres, est une PME Ă lui tout seul », nous glisse un connaisseur du secteur.
Ă lâInstitut LumiĂšre, la directrice administrative et financiĂšre RaphaĂ«le Fillon dit ne pas « voir oĂč pourraient se situer des conflits dâintĂ©rĂȘts, sachant que le CNC est la tutelle des deux associations. Et que Cannes sâoccupe de cinĂ©ma contemporain, et LumiĂšre de cinĂ©ma de patrimoine. » ContactĂ©, Dominique Boutonnat, prĂ©sident du CNC, nâa pas souhaitĂ© rĂ©pondre Ă nos questions.
Un choix politique
En poste depuis 2001, le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral du Festival de Cannes nâa pas de mandat limitĂ© dans le temps contrairement Ă la plupart des institutions culturelles ou des festivals, comme celui dâAvignon ou dâAix-en-Provence. Lâactrice et rĂ©alisatrice Ariane Labed juge « dramatique que tout le pouvoir soit entre les mains dâune seule personne. Il faudrait un systĂšme de renouvellement tous les quatre Ă cinq ans. Sans cela, on assiste Ă des dĂ©bordements ».La productrice MichĂšle Halberstadt salue au contraire « la stabilitĂ© Ă©volutive du Festival de Cannes. Dans dâautres festivals, les directeurs changent et cela ne fait pas forcĂ©ment du bien. Thierry FrĂ©maux a pu ainsi crĂ©er sa propre patte Ă Cannes ».
Pourtant, la ligne artistique dĂ©fendue par le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral a parfois suscitĂ© de vives critiques. Lors du dernier Festival de Cannes, il a maintenu la sĂ©lection du film Le Retour de Catherine Corsini, alors que le CNC venait dâenlever son aide Ă ce film en raison dâune scĂšne Ă caractĂšre sexuel impliquant un mineur qui nâavait pas Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e Ă la Commission des enfants du spectacle.
On notera le paradoxe de voir un film Ă©pinglĂ© par le CNC mais sĂ©lectionnĂ© dans le festival dont le mĂȘme CNC est le principal financeur public. « Câest un choix politique de la part de Thierry FrĂ©maux, observe Ariane Labed. Il a choquĂ© la plupart de mes collĂšgues, mĂȘme si toutes nâosent pas le dire ouvertement. Car si on donne son avis, les punitions sont rĂ©elles. »
Le producteur Marc Missonnier en sait quelque chose. AprĂšs avoir exprimĂ© sur Twitter son dĂ©saccord avec la sĂ©lection du film Le Retour, il a eu son accrĂ©ditation dans un premier temps refusĂ©e par le festival. « LâĂ©quipe du Festival a Ă©tĂ© scandalisĂ©e de voir Marc Missionner se prĂ©senter Ă Cannes au dĂ©but du Festival, demandant une accrĂ©ditation Ă un Ă©vĂ©nement quâil appelait publiquement Ă boycotter », rĂ©pond le service de presse du Festival de Cannes. Avant de glisser que « le film quâil avait soumis au Festival, Le Consentement, a Ă©tĂ© refusĂ© par le comitĂ© de sĂ©lection ».
« Thierry FrĂ©maux se sent au-dessus des lois, confie un familier de Cannes. Imaginez : il a droit de vie et de mort sur le cinĂ©ma. » Pour un producteur ou un rĂ©alisateur, ĂȘtre sĂ©lectionnĂ© dans ce festival tient du graal. Les producteurs et rĂ©alisateurs que nous avons interrogĂ©s disent vivre une attente interminable pour savoir si leurs films seront sĂ©lectionnĂ©s.
Le but ? « EmpĂȘcher dâaller prĂ©senter ses films dans dâautres festivals, comme Locarno ou Venise », avance un producteur. Le rĂ©alisateur espagnol Victor Erice, dont le film Fermer les yeux nâa pas Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© lors de la prĂ©cĂ©dente Ă©dition, a dĂ©noncĂ© ce processus dans une lettre ouverte publiĂ©e dans El PaĂs.
Thierry FrĂ©maux a augmentĂ© la prĂ©sence du cinĂ©ma français, dĂ©veloppĂ© le rapport avec les Ătats-Unis.
Jean-Michel Frodon, auteur de « Festival de Cannes, au milieu du cinéma »
Cofondateur de la sociĂ©tĂ© de distribution de films Wild Bunch, Vincent Maraval voit rĂ©guliĂšrement ses films prĂ©sentĂ©s au Festival de Cannes : « Thierry a le choix du roi ! Cela nous Ă©nerve car il nous fait mariner. Je prĂ©fĂšre effectivement un non rapide plutĂŽt quâun non tardif. Mais notre rapport affectif au film que lâon prĂ©sente fait quâon peut aussi avoir tendance Ă le surĂ©valuer. »Il souligne que « Thierry FrĂ©maux fait des choix artistiques beaucoup plus ouverts que ce ne fut le cas dans le passĂ©. Des genres comme lâhorreur, lâanimation, le blockbuster sont dĂ©sormais programmĂ©s Ă Cannes. On nâest plus dans une forme dâaristocratie du cinĂ©ma. »
Burn-out
Auteur de Festival de Cannes, au milieu du cinĂ©ma (Ă©ditions AOC, 2022), Jean-Michel Frodon prĂ©cise que « dans la gĂ©opolitique des grands festivals de cinĂ©ma, Cannes est aujourdâhui loin devant les autres. Thierry FrĂ©maux a augmentĂ© la prĂ©sence du cinĂ©ma français, dĂ©veloppĂ© le rapport avec les Ătats-Unis. Il y a aussi une montĂ©e quantitative du nombre de films prĂ©sentĂ©s ». Un producteur met cependant en garde : « Aujourdâhui, le festival et Thierry FrĂ©maux se confondent. Il nây a plus de sĂ©paration entre lâinstitution et la personne. »Le rĂŽle du prĂ©sident pose aussi question. Jean-Michel Frodon rappelle quâ« Ă lâorigine du festival, le prĂ©sident Ă©tait beaucoup plus important. Le glissement sâest fait Ă lâĂ©poque de Gilles Jacob, prĂ©dĂ©cesseur de Thierry FrĂ©maux. Et aujourdâhui, la figure agissante, câest celle du dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral ». Iris Knobloch, arrivĂ©e lâannĂ©e derniĂšre, va-t-elle inverser la tendance ?
La maniĂšre dâagir de Thierry FrĂ©maux sâexplique en grande partie par lâabsence de contre-pouvoir. Au Festival de Cannes, le conseil dâadministration est composĂ© de reprĂ©sentants des pouvoirs publics et de la profession (syndicats ou fĂ©dĂ©rations de producteurs, de distributeurs, dâexploitants). Denis Gravouil, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration nationale CGT des syndicats du spectacle, occupe un siĂšge au conseil dâadministration : « Le cinĂ©ma est une industrie oĂč les industriels dĂ©fendent leurs intĂ©rĂȘts. Il est difficile de faire du CA un lieu de dĂ©bat », reconnaĂźt-il.
La timiditĂ© du conseil dâadministration nâest-elle pas due aux avantages quâil perçoit ? Selon nos informations, ses membres sont entiĂšrement invitĂ©s par le Festival de Cannes : nuits dâhĂŽtel prises en charge dans de prestigieux Ă©tablissements, invitations avec les meilleures places. Denis Gravouil dit profiter de ces privilĂšges pour hĂ©berger des collĂšgues syndicalistes. « Occupant un siĂšge dâobservateur au CA, le festival mâavait proposĂ© ces avantages, que jâai toujours refusĂ©s. Câest le minimum requis pour parler librement », dit Françoise Camet.
Tous les employĂ©s ne bĂ©nĂ©ficient pas de ces avantages. Au contraire, plusieurs salariĂ©s ou anciens salariĂ©s du Festival de Cannes et de lâInstitut LumiĂšre ont confiĂ© Ă Mediapart avoir Ă©tĂ© « maltraitĂ©s » par Thierry FrĂ©maux. Ils tiennent Ă parler sous couvert dâanonymat « pour Ă©viter les reprĂ©sailles ».
« Dans ses Ă©quipes, il y a rĂ©guliĂšrement des personnes qui finissent par partir en dĂ©pression ou en burn-out », avance ainsi un membre encore en poste au sein de lâĂ©quipe du Festival de Cannes. Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du festival, François Desrousseaux, souligne pour sa part que « ni lâinspection du travail ni la mĂ©decine de travail ne [les] ont alertĂ©s sur des cas de dĂ©pression liĂ©s Ă un comportement de la direction ».
Vingt ans aprĂšs mon dĂ©part, jâĂ©vite toujours de passer devant le bĂątiment de lâInstitut LumiĂšre.
Un ancien collaborateur
« Le simple fait de parler de Thierry FrĂ©maux reste quelque chose de trĂšs dur, raconte pour sa part au tĂ©lĂ©phone un ancien collaborateur de lâInstitut LumiĂšre. Vingt ans aprĂšs mon dĂ©part, jâĂ©vite toujours de passer devant le bĂątiment de lâInstitut. Jâai vĂ©cu un tel dĂ©nigrement que jâai perdu confiance en moi. Il recrute des personnes jeunes, passionnĂ©es de cinĂ©ma, qui tombent en admiration devant lui. Et aprĂšs vous tombez en disgrĂące. »Une ancienne collaboratrice de lâInstitut souligne quant Ă elle « la diffĂ©rence entre lâimage que Thierry FrĂ©maux donne en public, convivial, brillant, et son comportement au sein de lâInstitut ». Elle assure avoir Ă©tĂ© « placardisĂ©e ». RaphaĂ«le Fillon, directrice administratrice et financiĂšre de lâInstitut LumiĂšre, rĂ©pond que « lâĂ©quipe travaille dans un bon climat social ». « Je suis tĂ©moin que Thierry FrĂ©maux est sensible Ă la situation individuelle des salariĂ©s et soucieux de justice sociale au sein de lâInstitut LumiĂšre », insiste-t-elle.
La presse dépendante du Festival de Cannes
Le tempĂ©rament de Thierry FrĂ©maux, que certains de ces tĂ©moignages dĂ©crivent comme colĂ©rique, sâest certainement abattu sur Laure Crozat, journaliste reporter dâimages Ă France 3 Auvergne-RhĂŽne-Alpes. Elle a couvert pendant de nombreuses annĂ©es le Festival LumiĂšre et le Festival de Cannes. Le 15 octobre 2021, la journaliste rĂ©alisait un reportage Ă Lyon, Ă lâoccasion de la projection du film The Power of the Dog de Jane Campion.Sur les images que nous avons pu visionner, on voit Thierry FrĂ©maux se diriger vers la journaliste pour lui abaisser violemment la camĂ©ra sur laquelle Ă©tait installĂ©e sa lumiĂšre. « Nous tournions le soir. Les camĂ©ras Ă©taient donc Ă©quipĂ©es de minettes. Mais Thierry FrĂ©maux nâa pas supportĂ© [lâintensitĂ© de la lumiĂšre â ndlr] et sâest ruĂ© sur moi pour donner un coup sur ma camĂ©ra, raconte Laure Crozat. JâĂ©tais choquĂ©e. »
Le lendemain, dans le journal du soir, lâensemble de la rĂ©daction de France 3 dĂ©nonce lâattitude de Thierry FrĂ©maux. Ce dernier nâexprimera aucune excuse. Dans un communiquĂ©, lâInstitut LumiĂšre Ă©crit que « Thierry FrĂ©maux sâest vu obligĂ© de poser une main sur le flash pour en diminuer la lumiĂšre, sans aucune violence ».
Thierry FrĂ©maux est-il lâindĂ©boulonnable du septiĂšme art ? Pour lâheure, dans la presse, autre possible contre-pouvoir, il bĂ©nĂ©ficie dâarticles Ă©logieux. Cela sâexplique par la dĂ©pendance de la presse du Festival de Cannes pour obtenir les accrĂ©ditations. « Câest Ă©galement le festival qui dĂ©cide qui nous pouvons interviewer. Or tous les mĂ©dias se battent pour avoir les stars. On doit donc ĂȘtre bien vu », confie une journaliste habituĂ©e de Cannes.
On comprendra mieux le ton hagiographique des rares articles consacrĂ©s Ă Thierry FrĂ©maux louant son enfance dans le quartier des Minguettes Ă Lyon, son amour du vĂ©lo. Il peut aussi compter sur ses appuis. Par exemple, le prĂ©sident du syndicat de la critique Philippe Rouyer est membre du comitĂ© de la revue de cinĂ©ma Positif. Or cette revue est aujourdâhui publiĂ©e par Actes Sud et⊠lâInstitut LumiĂšre.
Le mĂȘme Philippe Rouyer anime Ă©galement les confĂ©rences de presse au Festival de Cannes. La frontiĂšre entre journalisme et communication est tĂ©nue. Câest ainsi que lâomerta sâest peu Ă peu installĂ©e sur la Croisette, comme dans le 8e arrondissement lyonnais.
Antoine Pecqueur
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Anna H
InvitéTous les sauts de ligne ont sautĂ©, dĂ©solĂ©e.
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Toni Erdmann
InvitéMerci Anna la queen
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Leo Landru
InvitéSaphirnews.com
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Australie : le non victorieux au référendum sur la reconnaissance des droits des AborigÚnes
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Rédigé par Lina Farelli | Lundi 16 Octobre 2023 à 12:35
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LâAustralie a organisĂ©, samedi 14 octobre, un rĂ©fĂ©rendum historique visant Ă une reconnaissance constitutionnelle des premiers habitants du territoire, les AborigĂšnes. Il sâest soldĂ© par la victoire du « non » aprĂšs une campagne qui a connu une vaste vague de dĂ©sinformation qui est principalement du fait de groupes ultra-conservateurs et dâextrĂȘme droite.
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LâĂ©chec est patent pour le gouvernement australien. Celui-ci, dirigĂ© par le Premier ministre travailliste Anthony Albanese, a militĂ© pour la crĂ©ation du conseil consultatif « The Voice » aux cĂŽtĂ©s de plusieurs communautĂ©s minoritaires en Australie dont les musulmans afin de « rectifier lâexclusion historique des peuples autochtones des processus parlementaires ».
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Le Parti libĂ©ral d’Australie, le principal parti d’opposition, a saluĂ© le rĂ©sultat. Du cĂŽtĂ© des partisans du « non » qui culmine Ă 60 % selon le dernier dĂ©compte, la crĂ©ation de The Voice aurait divisĂ© les Australiens selon des critĂšres raciaux sans pour autant changer la vie des AborigĂšnes.
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« Ce moment de dĂ©saccord ne nous dĂ©finit pas et il ne nous divisera pas. Nous ne sommes pas des tenants du « oui » ou des tenants du « non », nous sommes tous Australiens et câest ensemble, en tant quâAustraliens, que nous devons amener notre pays au-delĂ de ce dĂ©bat, sans oublier pourquoi nous lâavons eu en premier lieu », a dĂ©clarĂ© le Premier ministre. « Trop souvent dans la vie de notre nation, le dĂ©savantage auquel sont confrontĂ©s les AborigĂšnes a Ă©tĂ© relĂ©guĂ© Ă la marge. Ce rĂ©fĂ©rendum et mon gouvernement les ont placĂ© au centre. »
…
Les AborigÚnes ont, quant à eux, fait valoir leur peine. Des leaders ont appelé à « une semaine de silence » pour « faire le deuil et de réfléchir profondément aux conséquences de ce résultat ». -
Graindorge
Invitétexte d’un philosophe.
« Je voudrais parler des rapports humains, de lâamour, de lâexistence humaine qui comprend notre vie quotidienne, nos problĂšmes, nos conflits, les plaisirs et les peurs, et cette chose extraordinaire que lâon appelle la mort.
Il me semble que nous devons comprendre, non pas en tant que thĂ©orie, ni en tant que concept hypothĂ©tique et divertissant, mais plutĂŽt comme un fait rĂ©el, que nous sommes le monde et que le monde est nous-mĂȘmes. Ce monde est chacun de nous ; le sentir, ĂȘtre vĂ©ritablement imprĂ©gnĂ© de cette comprĂ©hension, Ă lâexclusion de toute autre, entraĂźne un sentiment de grande responsabilitĂ© et une action qui doit ĂȘtre non pas fragmentaire mais globale.
Je crois que nous sommes portĂ©s Ă oublier que notre sociĂ©tĂ©, que la culture dans laquelle nous vivons nous a conditionnĂ©s, quâelle est le rĂ©sultat des efforts du conflit des humains, de la souffrance, de la misĂšre humaine. Chacun de nous est cette culture, la communautĂ© est chacun de nous. Nous ne sommes pas sĂ©parĂ©s. Sentir ceci non pas comme une notion intellectuelle, comme un concept, mais en vivre vĂ©ritablement la rĂ©alitĂ©, nous entraĂźne Ă examiner la question de ce que sont les relations humaines ; par ce que notre vie, notre existence mĂȘme est fondĂ©e sur ces relations. Notre existence est un mouvement qui se poursuit dans le sein de ces relations, et si nous ne comprenons pas ce quâelles impliquent, nous arriveront inĂ©vitablement non seulement Ă nous isoler, mais Ă crĂ©er une sociĂ©tĂ© oĂč les ĂȘtres humains seront divisĂ©s non seulement nationalement ou religieusement, mais encore dans leur vie intĂ©rieure, et câest pourquoi ils projettent ce quâils sont dans le monde extĂ©rieur.
Je ne sais pas si vous avez suffisamment examinĂ© cette question par vous-mĂȘme, afin de dĂ©couvrir si lâon peut vivre avec un autre ĂȘtre dans une harmonie totale, un accord total, de façon quâil nây ait aucune barriĂšre, aucune division, mais un sentiment dâunitĂ© complĂšte. Ce mot «relation» implique que nous sommes reliĂ©s – non pas dans nos actions, dans nos projets, dans une idĂ©ologie, mais reliĂ©s totalement dans ce sens que la division, ce morcellement qui existe entre individus, entre deux ĂȘtres humains, nâexiste plus Ă aucun niveau.
Faute de comprendre ces relations, il me semble que, quand nous nous efforçons dâĂ©tablir thĂ©oriquement ou techniquement un ordre dans le monde, par force non seulement nous en viendrons Ă crĂ©er de profondes divisions entre lâhomme et son prochain, mais nous serons incapables d’empĂȘcher la corruption. Celle-ci commence avec le manque de rapports rĂ©els ; câest lĂ , me semble-t-il, la racine mĂȘme de la corruption. Nos relations, telles que nous les connaissons actuellement, sont le prolongement dâun Ă©tat de division entre les individus.
La racine primordiale de ce mot «individu» signifie «indivisible». Un ĂȘtre humain qui nâest pas divisĂ©, fragmentĂ© en lui-mĂȘme, est vĂ©ritablement un individu.
Mais la plupart dâentre nous ne le sommes pas. Nous nous figurons lâĂȘtre, et câest pour cela quâil y a une opposition entre lâindividu et la communautĂ©. Non seulement il nous faut comprendre le sens donnĂ© par le dictionnaire Ă ce mot «individualité», mais il faut en pĂ©nĂ©trer le sens profond dâaprĂšs lequel il nây a plus de fragmentation aucune. Cela veut dire une harmonie complĂšte entre lâesprit, le cĆur et lâorganisme physique. Alors seulement lâindividu existe.
Si nous examinons nos rapports actuels les uns avec les autres, quâils soient intimes ou superficiels, profonds ou passagers, nous voyons quâil y a toujours fragmentation. La femme ou le mari, le jeune homme ou la jeune fille, chacun vit sa propre ambition, ses buts personnels et Ă©goĂŻstes, enfermĂ© dans son propre cocon. Tous ces Ă©lĂ©ments contribuent Ă la construction dâune image en soi-mĂȘme, tous nos rapports avec autrui passent Ă travers cette image et, par consĂ©quent, il nây a aucune relation rĂ©elle directe.
Je ne sais pas si vous avez conscience de la structure de la nature de cette image que chacun construit autour de soi et en lui-mĂȘme. Cela se fait Ă chaque instant, et comment peut-il y avoir des relations avec autrui quand existent cette Ă©lan personnel, cette envie, cette esprit de compĂ©tition, cette aviditĂ©, et toutes ces forces qui sont entretenues et exagĂ©rĂ©es dans notre sociĂ©tĂ© moderne ? Comment pourrait-il y avoir des relations avec un autre si chacun de nous est lancĂ© Ă la poursuite de sa propre rĂ©ussite personnelle, de son propre succĂšs ? Je ne sais pas si nous avons conscience de tout ceci. Nous sommes ainsi conditionnĂ©s que nous lâacceptons comme Ă©tant chose normale, le modĂšle mĂȘme de la vie, chacun de nous devant poursuivre ses propres particularitĂ©s, ses propres tendances, et nĂ©anmoins s’efforcer dâĂ©tablir des relations avec autrui. Nâest-ce pas lĂ ce que nous faisons tous ? Et quâelles sont alors les relations existant entre deux ĂȘtres humains ?
La crise nâest pas dans le monde extĂ©rieur elle est dans notre conscience elle-mĂȘme. Tant que nous nâaurons pas compris cette crise profondĂ©ment et non selon les idĂ©es de quelques philosophes, mais jusquâau moment oĂč vĂ©ritablement nous comprendrons par nous-mĂȘmes en regardant en nous-mĂȘmes, en nous examinant nous-mĂȘmes, nous serons incapables de provoquer un tel changement. Câest la rĂ©volution psychologique qui nous prĂ©occupe, et cette rĂ©volution ne peut se produire que sâil y a des relations justes entres les ĂȘtres humains ». -
Leo Landru
InvitéJob dating chez PĂŽle emploi : employeurs et chĂŽmeurs invitĂ©s… Ă danser
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Article de Le Parisien
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Employeurs et demandeurs d’emploi se sont retrouvĂ©s Ă Bron (RhĂŽne) jeudi pour une sĂ©ance de recrutement dansant.
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« En avant, en arriĂšre⊠On met tout, les bras, les jambes, le sourire ». Quâils soient employeurs ou demandeurs dâemploi, ils ont bougĂ© et transpirĂ© ensemble, pour cet atelier de danse organisĂ© par PĂŽle emploi afin de faciliter les recrutements. Lâobjectif de cette journĂ©e de job dating est de proposer un espace diffĂ©rent de rencontre aux candidats et aux recruteurs de la sphĂšre culturelle locale. Le premier atelier sâest dĂ©roulĂ© cette semaine dans une salle de rĂ©pĂ©tition Ă Bron, dans la banlieue lyonnaise (RhĂŽne) avec une sĂ©rie dâexercices en musique rĂ©unissant une soixantaine de participants de tout Ăąge et de toute condition physique, pieds nus, en chaussettes ou chaussures de sport. « Lâapproche corporelle permet de dĂ©tecter des aptitudes » « Normalement un entretien, câest : envoi de CV, rĂ©ception, entretiens en face-Ă -face trĂšs formel. LĂ ce qui est intĂ©ressant, câest lâaspect mise en mouvement, danse, anonymat⊠ce qui permet de dĂ©stresser », souligne le chorĂ©graphe Abdou NâGom, venu chercher le bon profil pour remplacer lâadministratrice de sa compagnie. Ce professionnel de 50 ans nâaurait jamais, de lui-mĂȘme, pensĂ© Ă danser avec les candidats pour un poste de ce type. Mais il se dit prĂȘt à « rĂ©itĂ©rer lâexpĂ©rience » car il a constatĂ© que « lâapproche corporelle permet de dĂ©tecter des aptitudes » et « apporte une sensibilitĂ© diffĂ©rente », avec, selon lui, un effet miroir entre lâengagement corporel et lâengagement au travail. Le but des organisateurs Ă©tait justement de « proposer autre chose que des entretiens de recrutement traditionnels », avec un prisme fort sur le savoir ĂȘtre, « trĂšs regardĂ© » dans le processus dâembauche, explique Sabine Danquigny, directrice de lâagence rĂ©gionale PĂŽle emploi « ScĂšne et image ». « Aujourdâhui, les employeurs nous disent Finalement, pour moi les compĂ©tences techniques peuvent sâacquĂ©rir, ce qui est important câest la façon dont la personne va se comporter ». La rĂšgle du jeu est la mĂȘme que celle des rendez-vous « Du stade vers lâemploi » : les participants sont identifiĂ©s par leur seul prĂ©nom pendant lâatelier danse, jusquâau moment de la rencontre en face-Ă -face, dans un box classiquement Ă©quipĂ© dâun bureau et de deux chaises. « Pour le candidat, câest un moyen de valoriser son profil, son talent. Pour lâentreprise, câest un moyen dâaller repĂ©rer des personnes qui pourraient tout Ă fait intĂ©grer un poste », explique Sabine Danquigny. Certains employeurs Ă©taient « un peu frileux » et il a fallu les convaincre, leur dĂ©montrer que lâatelier offre des indices dâaptitude type « communication, leadership, prise de dĂ©cision, rĂ©activitĂ©, adaptabilitĂ© », dĂ©taille cette ancienne danseuse de 54 ans, en poste depuis la crĂ©ation en 2010 de lâantenne spĂ©cialisĂ©e sur la culture. La sĂ©quence dansĂ©e, composĂ©e de mouvements trĂšs simples, avec des figures guidĂ©es et de lâexpression libre en groupe, en Ă©quipe ou en binĂŽme, a Ă©tĂ© conçue par la compagnie de Mourad Merzouki, trĂšs tournĂ©e vers les nouveaux publics et les « non danseurs ». « LâidĂ©e, câest vraiment dâembarquer chacun des participants, de lâinviter Ă bouger, Ă se faire plaisir », explique le chorĂ©graphe quinquagĂ©naire venu Ă la danse contemporaine Ă travers le hip hop. Dans un entretien, on est toujours un petit peu stressĂ© Le partenariat de la compagnie avec PĂŽle emploi permet « de sortir de notre zone de confort et de se rĂ©inventer avec des projets autres que de la programmation de danse ou lâaccueil des artistesâŠ. Et je crois quâon est dans une sociĂ©tĂ© oĂč il faut inventer des rendez-vous un peu inĂ©dits », dit-il. En recherche dâemploi, KaĂŻs Gherbi, 23 ans, est venu Ă Bron « sur les conseils de sa conseillĂšre » et dit avoir rĂ©ussi « Ă se libĂ©rer » pendant lâatelier de danse alors que « dans un entretien, on est toujours un petit peu stressĂ©, avec la boule au ventre face Ă lâemployeur ». « Il y avait une belle Ă©nergie dans la salle », dit celui qui ne compte pas vraiment trouver ici lâemploi de ses rĂȘves – assistant de mise en scĂšne – mais se fĂ©licite de « faire du rĂ©seau ». La journĂ©e lui a permis de se prĂ©senter Ă un directeur de casting venu chercher de nouvelles silhouettes pour un projet de tĂ©lĂ©film.-
Leo Landru
InvitéC’Ă©tait le 19 octobre 2023. La source est nase mais le fait n’est pas si anecdotique.
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Graindorge
InvitéEt si tu danses comme un pied, tu peux avoir le boulot quand mĂȘme?
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Leo Landru
InvitéJ’imagine. On n’Ă©value plus le savoir-faire mais le savoir-ĂȘtre. Imagine devenir comme moi, incapable d’ĂȘtre, uniquement de faire, et encore, pas si j’ai mal dormi.
Le problĂšme ici vient du procĂ©dĂ© de plus en plus dĂ©valorisant – On achĂšve bien les chevaux. Comme si ce n’Ă©tait dĂ©jĂ pas assez difficile, dansez pour votre recruteur maintenant – et si vous repartez sans rien, cette humiliation aura eu le mĂ©rite d’illuminer votre journĂ©e.
Enfin ça s’inscrit dans une tendance datant d’un peu plus d’une dizaine d’annĂ©es, celle qui contraint les salariĂ©s Ă se marketer, Ă devenir des VRP de leur entreprise mĂȘme aux postes techniques – je fais coĂŻncider ça avec l’Ă©mergence des rĂ©seaux d’expression numĂ©riques, gangrĂ©nĂ©s par la publicitĂ©.
Logique que ça atteigne les chĂŽmeurs. Le CV en ligne avec la lettre de motivation tournĂ©e comme un mini-clip cool et fresh, j’ai vu ça dans le champ informatique. DĂ©jĂ LinkedIn, ce cauchemar libĂ©ral.
La bataille est rude entre demandeurs d’emploi.-
Malice
InvitéIl y a une super sĂ©quence pĂŽle emploi dans je ne sais plus quel tome de « Pascal Brutal », oĂč les chĂŽmeurs doivent porter un nez de clown pour prĂ©senter leur projet d’entreprise
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Leo Landru
InvitéIl y a une histoire de dĂ©guisement de clown dans En guerre, aussi, la journĂ©e clown dans l’entrepĂŽt Amazon, goutte d’eau qui fait dĂ©border l’hĂ©roĂŻne. Ce genre de dĂ©tails n’en est pas un, c’est le cĆur mĂȘme de l’affaiblissement des travailleurs.
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Tony
InvitéFaut bien Ă©craser les pieds de l’employeur mais avec le sourire ça c’est du savoir ĂȘtre et bien lui serrer la main,Ă la Trump!
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Graindorge
InvitéĂa j’aime » je vous ai pas fait mal j’espĂšre »
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Graindorge
InvitéVive Arcadia!
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Ostros
InvitéSVP, je souhaite lire ce texte de François paru en
2017 sur les JO 2024 :
https://www.lemonde.fr/sport/article/2017/03/10/made-for-nobody-par-francois-begaudeau_5092529_3242.html-
GaelleS
InvitéParis 2024 : « Made for nobody », par François BĂ©gaudeau
ChroniqueFrançois Bégaudeau
EcrivainDans sa chronique, lâĂ©crivain dĂ©tourne le slogan de la candidature parisienne aux Jeux olympiques pour en montrer le caractĂšre vide et antidĂ©mocratique.
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Les experts en lettres et en modération qui ont dit que le slogan « Made for sharing » pour la candidature de Paris aux Jeux olympiques (JO) 2024 est une « insulte à la langue française » et une « violation de la Constitution » se sont trompé de cible, ou plutÎt de critÚre.
Car, en anglais, en français ou en wolof, ce slogan est avant tout creux. La difficultĂ© Ă le traduire â « fait pour partager » ? « fait pour ĂȘtre partagĂ© » ? « venez partager » ? â vient prĂ©cisĂ©ment du fait quâon ne saurait dire le sens de ce qui nâen a pas.
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Que ce slogan existe dĂ©jĂ pour une marque de pizzas Ă dĂ©couper lâadosse Ă la langue publicitaire, programmatiquement vide, et par extension au marketing du sport, en gĂ©nĂ©ral conçu pour ne rien dire. Mention spĂ©ciale au rĂ©cent « PhĂ©nomĂ©nal handball » â rime en -al â, bricolĂ© Ă grands frais par une boĂźte de comâ pour le Mondial en France.
Le vernis moral ou humaniste dont on recouvre une opĂ©ration ni morale ni humaniste sâappelle, en toute rigueur, lâidĂ©ologie. Si vous envahissez un pays pour garder le contrĂŽle sur un olĂ©oduc, tachez dâĂ©voquer les droits de lâhomme. Si vous organisez des JO profitables avant tout aux multinationales du bĂątiment, dites : « Nous voulons partager la passion des Jeux. » Ăa, câest Tony Estanguet, coprĂ©sident du comitĂ© de candidature Ă lâorganisation des JO de 2024, qui le dit. Superchampion, Tony. Et donc superlibĂ©ral.
Une dĂ©cision sans lâavis du peuple
Dans les annĂ©es 2000, lâhomme est passĂ© par lâEcole supĂ©rieure des sciences Ă©conomiques et commerciales (Essec), grande productrice de mots creux. Câest sans doute lĂ -bas quâil a puisĂ© de quoi justifier le slogan anglais par un « donner un caractĂšre universel au projet français ». Câest pendant son mastĂšre « sport, management et stratĂ©gie dâentreprise » quâil a appris Ă parler en termes de « projet ». TrĂšs important, le projet. Emmanuel Macron nâa pas de programme, il a un projet.
« Made for sharing », 80 % de la population française sâen gausse. Et cela nâa aucune incidence sur la rĂ©ussite du projet. Paris 2024 nâa pas besoin de lâadhĂ©sion des masses pour exister. DĂ©cidĂ©e en petit comitĂ©, la candidature se gĂšre entre pouvoirs publics et grand capital, avec quelques sportifs placĂ©s en vitrine pour vendre du rĂȘve â made for dreaming.
A Budapest, une pĂ©tition contre lâorganisation des JO a fait reculer le maire, un proche du premier ministre hongrois, Viktor Orban ; Ă Hambourg, câest par rĂ©fĂ©rendum que la population a dit non ; Ă Rome et Ă Boston, les autoritĂ©s locales ont renoncĂ©, par sagesse Ă©conomique et pour anticiper le probable mĂ©contentement populaire.
Et Ă Paris ? A Paris, Etienne Thobois, le directeur gĂ©nĂ©ral du comitĂ© de candidature, issu quant Ă lui de lâEcole supĂ©rieure de commerce de Paris, a refusĂ© dâemblĂ©e le rĂ©fĂ©rendum rĂ©clamĂ© par les opposants, au motif que ce genre de consultation a « toujours montrĂ© une mobilisation plus importante des opposants que des partisans ».
Oui, lâembĂȘtant dans une consultation populaire, câest que parfois le peuple nâest pas sage. Le peuple ne pige pas le projet ; ne voit pas bien lâimmense bĂ©nĂ©fice quâil lui apportera.
Donc autant ne pas lui demander son avis. Venez partager, mais pas la décision. Et le peuple ne doit pas se plaindre, la parole on la lui laissera par ailleurs, il aura sa part de gùteau, sa part de pizza. Il aura les élections, il aura la présidentielle, made for nothing.-
Ostros
InvitéMerci GaelleS !
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Christophe M
InvitéMerci GaĂ«lleS et merci François pour ce texte impeccable.
Estanguet made for dreaming. Je me demande qui il peut faire rĂȘver.
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Carpentier
InvitéBjr,
Lisant le début de cet article, Le Public,
– je pense rapidement au ‘ thread’ de Jeanne
– n’Ă©tant pas abonnĂ©e, je repense Ă mon bon vieux topic
– je me dis que c’est l’occas pour cette entitĂ© bien creuse, Le Public, de se manifester autrement lorsqu’elle passe Ă l’action.-
Carpentier
InvitéCet article ci, merci
https://www.monde-diplomatique.fr/2023/08/MEARSHEIMER/65994-
Carpentier
Invité -
Titouan R
InvitéPourquoi les grandes puissances se font la guerre
Ă en croire les discours dominants, la politique Ă©trangĂšre occidentale consisterait Ă exporter la dĂ©mocratie libĂ©rale et le droit dans le reste du monde. Or les rapports entre puissances obĂ©issent moins aux idĂ©aux quâĂ des considĂ©rations stratĂ©giques, explique John Mearsheimer, thĂ©oricien majeur du rĂ©alisme dans les relations internationales.
par John Mearsheimer[Ăcouter cet article]
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Nicky Nodjoumi. â « Everything Was/Is Wide Open » (Tout Ă©tait/est grand ouvert), 2015
© Nicky NodjoumiIl y a trente ans, nombre dâexperts occidentaux assuraient que lâhistoire avait pris fin et que lâaffrontement entre grandes puissances relevait du passĂ©. Cette illusion a mal rĂ©sistĂ© Ă lâĂ©preuve du temps. Aujourdâhui, deux des conflits opposant des grandes puissances menacent de dĂ©gĂ©nĂ©rer en guerre ouverte : les Ătats-Unis contre la Russie en Europe de lâEst Ă propos de lâUkraine, les Ătats-Unis contre la Chine en Asie orientale Ă propos de TaĂŻwan.
Les changements intervenus dans la politique internationale ces derniĂšres annĂ©es ont marquĂ© une dĂ©gradation de la position de lâOccident. Que sâest-il passĂ© ? OĂč va-t-on ? RĂ©pondre Ă ces questions rĂ©clame une thĂ©orie des relations internationales qui donne du sens Ă un monde chaotique et incertain, un cadre gĂ©nĂ©ral permettant dâexpliquer pourquoi les Ătats agissent comme ils le font.
La thĂ©orie dite du « rĂ©alisme » constitue le meilleur outil disponible pour comprendre la politique internationale. Quels sont ses postulats ? Les Ătats coexistent dans un monde dĂ©pourvu dâune autoritĂ© suprĂȘme capable de les protĂ©ger les uns des autres. Cette situation les contraint Ă prĂȘter attention Ă lâĂ©volution des rapports de forces, car la moindre faiblesse peut les rendre vulnĂ©rables. Ătre en concurrence sur lâĂ©chiquier des pouvoirs ne les empĂȘche pas cependant de coopĂ©rer lorsque leurs intĂ©rĂȘts sont compatibles. Toutefois, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les relations entre Ătats â et plus particuliĂšrement entre grandes puissances â sont fondamentalement assujetties au principe de compĂ©tition. Dans la thĂ©orie du rĂ©alisme, la guerre reprĂ©sente un instrument de gouvernance parmi dâautres, auquel les Ătats recourent pour consolider leur position stratĂ©gique. Ainsi sâexplique la fameuse formule de Carl von Clausewitz sur la guerre, « simple continuation de la politique par dâautres moyens ».
Le rĂ©alisme nâa pas bonne presse en Occident, oĂč la guerre est gĂ©nĂ©ralement perçue comme un ultime recours justifiable seulement en cas de lĂ©gitime dĂ©fense ; ce qui correspond aussi Ă la Charte des Nations unies. La thĂ©orie rĂ©aliste suscite dâautant plus la rĂ©probation quâelle se fonde sur un axiome pessimiste : lâidĂ©e que la compĂ©tition entre grandes puissances constitue un fait intangible, une loi de lâexistence immanquablement vouĂ©e Ă enfanter des tragĂ©dies. Autant dire que tous les Ătats â dĂ©mocratiques ou autoritaires â obĂ©issent Ă la mĂȘme logique. En Occident, le point de vue dominant consiste plutĂŽt Ă indexer la propension Ă la compĂ©tition sur la nature du rĂ©gime. Les dĂ©mocraties libĂ©rales seraient par nature enclines Ă maintenir la paix, tandis que les rĂ©gimes autoritaires seraient les principaux fauteurs de guerres.
On ne doit donc pas ĂȘtre surpris que la thĂ©orie libĂ©rale, conçue en opposition au rĂ©alisme, ait les faveurs de lâOccident. Pourtant, il est difficilement contestable que les Ătats-Unis ont presque toujours agi sous les diktats du rĂ©alisme, quitte Ă enrober leurs actions dans une rhĂ©torique plus morale. Tout au long de la guerre froide, ils nâont eu de cesse de soutenir des autocrates sans scrupule, comme Tchang KaĂŻ-chek en Chine, Mohammad Reza Pahlavi en Iran, Rhee Syngman en CorĂ©e du Sud, Mobutu Sese Seko au ZaĂŻre, Anastasio Somoza au Nicaragua ou Augusto Pinochet au Chili, pour ne prendre que ces exemples.
Cette politique connut toutefois une notable parenthĂšse : celle du « moment unipolaire » de 1991 Ă 2017, lorsque les gouvernements amĂ©ricains, dĂ©mocrates comme rĂ©publicains, renoncĂšrent au rĂ©alisme gĂ©opolitique pour tenter dâimposer un ordre planĂ©taire fondĂ© sur les valeurs de la dĂ©mocratie libĂ©rale â Ătat de droit, Ă©conomie de marchĂ© et droits humains, sous la bienveillante autoritĂ© de Washington. Cette stratĂ©gie de lâ« hĂ©gĂ©monie libĂ©rale » essuya un cuisant Ă©chec, et joua un rĂŽle non nĂ©gligeable dans lâĂ©mergence du monde tourmentĂ© que nous connaissons. Si en 1989, Ă lâissue de la guerre froide, les gouvernants amĂ©ricains avaient choisi une politique Ă©trangĂšre rĂ©aliste, notre planĂšte serait sans doute un lieu considĂ©rablement moins dangereux aujourdâhui.
Le rĂ©alisme peut se dĂ©cliner de plusieurs façons. Selon la thĂ©orie dite « classique », Ă©noncĂ©e par le juriste amĂ©ricain Hans Morgenthau, le dĂ©sir de pouvoir est inhĂ©rent Ă la nature humaine. Les dirigeants, disait-il, sont mus par un animus dominandi, une pulsion innĂ©e qui les pousse Ă dominer leur prochain. Chacun peut se faire sa propre thĂ©orie Ă ce sujet. Dans la mienne, la force motrice de la compĂ©tition entre Ătats se situe avant tout dans la structure ou lâarchitecture mĂȘme du systĂšme international. Câest celle-ci qui motive les Ătats â et plus encore les grandes puissances â Ă se livrer une compĂ©tition fĂ©roce. Ils sont, Ă cet Ă©gard, prisonniers dâune cage de fer.
MĂȘme les superpuissances seraient menacĂ©esAvant toute chose, il faut rappeler que les grandes puissances opĂšrent au sein dâun systĂšme oĂč nâexiste aucun protecteur vers lequel se tourner en cas de menace de la part dâun Ătat rival. Chacun doit donc prendre soin de lui-mĂȘme dans un monde rĂ©gi par lâautodĂ©fense. Cette contrainte est rendue plus pesante encore par deux autres aspects du systĂšme international. Toutes les grandes puissances dĂ©tiennent dâĂ©normes capacitĂ©s militaires offensives, mĂȘme si certaines en possĂšdent plus que dâautres, ce qui signifie quâelles peuvent causer des dommages considĂ©rables Ă un Ătat donnĂ©. Il est par ailleurs difficile, sinon impossible, de sâassurer quâelles poursuivent des intentions pacifiques, dans la mesure oĂč les intentions, contrairement aux capacitĂ©s militaires, se nichent dans lâesprit des dirigeants et ne sont jamais pleinement dĂ©chiffrables. Anticiper ce que fera tel ou tel Ătat un jour futur se rĂ©vĂšle plus hasardeux encore, car nul ne peut prĂ©dire quels en seront les responsables, ni quelles seront ses intentions si les circonstances changent.
Des Ătats qui opĂšrent dans un univers oĂč ils ne peuvent compter que sur eux-mĂȘmes et risquent de faire face Ă un rival puissant et hostile vont nĂ©cessairement avoir peur les uns des autres, mĂȘme si lâintensitĂ© de leur peur varie selon les cas. Dans un monde aussi pĂ©rilleux, la meilleure maniĂšre de survivre pour un Ătat rationnel consiste Ă sâassurer quâil nâest pas faible. LâexpĂ©rience de la Chine durant son « siĂšcle dâhumiliation nationale » de 1839 Ă 1949 a dĂ©montrĂ© que les Ătats plus puissants ont tendance Ă profiter de la faiblesse des autres. Sur la scĂšne internationale, mieux vaut ĂȘtre Godzilla que Bambi.
LâUnion europĂ©enne paraĂźt faire exception Ă la rĂšgle, mais seulement en apparence. Elle est nĂ©e sous la protection du parapluie amĂ©ricain, qui a rendu impossible un conflit militaire entre Ătats membres, les libĂ©rant ainsi de la crainte quâils sâinspiraient. Cette raison explique en partie que les dirigeants europĂ©ens de tous bords redoutent de voir les Ătats-Unis se dĂ©tourner de leur continent afin de mieux se consacrer Ă lâAsie. La politique des grandes puissances se caractĂ©rise en somme par une implacable compĂ©tition sĂ©curitaire puisque chaque Ătat cherche non seulement Ă gagner en influence relative, mais aussi Ă Ă©viter que la balance des pouvoirs ne penche en sa dĂ©faveur. Cet objectif, dit de lâ« Ă©quilibrage » (balancing), peut ĂȘtre mis en Ćuvre soit par un accroissement de sa puissance, soit par une alliance avec dâautres Ătats pareillement menacĂ©s. Dans un monde rĂ©aliste, le pouvoir dâun pays sâapprĂ©cie essentiellement Ă lâaune de ses capacitĂ©s militaires, lesquelles dĂ©pendent dâune Ă©conomie avancĂ©e et dâune population nombreuse.
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Nicky Nodjoumi. â « Tails of the Lost Dreams » (Lâenvers des rĂȘves perdus), 2022
© Nicky Nodjoumi – Taymour Grahne Projects, LondresPour un Ătat qui aspire Ă un rĂŽle de grande puissance, la situation idĂ©ale consiste dâabord Ă ĂȘtre une puissance rĂ©gionale, câest-Ă -dire Ă dominer la partie du globe Ă laquelle il appartient, tout en sâassurant quâaucune autre puissance, moyenne ou grande, ne lui dispute cette domination. Les Ătats-Unis offrent une illustration parfaite de cette logique. Au cours des XVIIIe et XIXe siĂšcles, ils se sont assidĂ»ment employĂ©s Ă asseoir leur hĂ©gĂ©monie sur le continent amĂ©ricain. Lors du siĂšcle qui a suivi, ils ont fait en sorte dâempĂȘcher les empires germanique et japonais, puis lâAllemagne nazie et lâUnion soviĂ©tique, de sâimposer comme seules puissances rĂ©gionales en Asie et en Europe.
Lâobjectif premier de tout Ătat est la survie, car si un Ătat ne survit pas il ne peut poursuivre aucun autre but. La production de richesses ou la diffusion dâune idĂ©ologie peuvent lui sembler prioritaires, mais seulement Ă condition que ces objectifs nâentament pas ses chances de survie. De mĂȘme, les grandes puissances peuvent coopĂ©rer si elles partagent des intĂ©rĂȘts communs et que leur alliance nâaffaiblit pas leurs positions respectives dans la balance des pouvoirs. Durant la guerre froide, par exemple, les Ătats-Unis, lâUnion soviĂ©tique et le Royaume-Uni ont coopĂ©rĂ© en signant le traitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires (1968) alors mĂȘme que les relations amĂ©ricano-soviĂ©tiques demeuraient intrinsĂšquement conflictuelles. Et, Ă la veille de la premiĂšre guerre mondiale, les grandes puissances europĂ©ennes Ă©taient liĂ©es les unes aux autres par de puissants intĂ©rĂȘts Ă©conomiques tout en se livrant Ă une compĂ©tition sĂ©curitaire acharnĂ©e, qui lâemporta finalement sur la coopĂ©ration Ă©conomique et les conduisit Ă la guerre. Les ententes entre grandes puissances se nouent toujours Ă lâombre dâune rivalitĂ© relative Ă leur sĂ©curitĂ©.
Les dĂ©tracteurs de lâĂ©cole rĂ©aliste en matiĂšre gĂ©opolitique lui reprochent souvent de dĂ©daigner les institutions internationales, clĂ© de voĂ»te dâun ordre planĂ©taire organisĂ© par des rĂšgles. Mais les rĂ©alistes reconnaissent bien volontiers que celles-ci contribuent de maniĂšre cruciale Ă contenir la compĂ©tition sĂ©curitaire dans un monde interdĂ©pendant â comme lâOrganisation du traitĂ© de lâAtlantique nord (OTAN) et le pacte de Varsovie durant la guerre froide, ou comme lâOrganisation mondiale du commerce (OMC) et lâOrganisation des Nations unies (ONU) aujourdâhui. Ils font cependant valoir que les rĂšgles de ces institutions internationales ou multilatĂ©rales sont dĂ©finies par les grandes puissances en fonction de leurs propres intĂ©rĂȘts, et quâen aucune circonstance elles ne peuvent contraindre un Ătat influent Ă entreprendre des actions qui menaceraient sa sĂ©curitĂ©. Dans le cas contraire, il bafouera ces rĂšgles ou les réécrira en sa faveur.
La nature du rĂ©gime importe peuCette logique contredit la croyance, largement partagĂ©e en Occident, selon laquelle les dĂ©mocraties libĂ©rales se comporteraient diffĂ©remment des Ătats autoritaires. Lesquels, nous dit-on, mettent en pĂ©ril lâordre mondial fondĂ© sur le droit et, plus gĂ©nĂ©ralement, constituent le seul obstacle vĂ©ritable Ă la paix. Mais la politique internationale ne fonctionne pas ainsi. La nature du rĂ©gime importe peu dans un monde rĂ©gi par lâautodĂ©fense oĂč chaque Ătat craint pour sa survie, ou en tout cas le prĂ©tend. Nation libĂ©rale par excellence, les Ătats-Unis ont transgressĂ© le droit international lorsquâils ont attaquĂ© la Yougoslavie en 1999 et lâIrak en 2003, aprĂšs avoir fomentĂ© une guerre civile sanglante au Nicaragua durant les annĂ©es 1980. Toutes les grandes puissances ignorent les scrupules lorsquâelles estiment que leurs intĂ©rĂȘts vitaux sont en jeu.
Certains experts font valoir que la « rĂ©volution nuclĂ©aire » aurait vidĂ© le rĂ©alisme dâune grande partie de sa substance. Lâarme atomique protĂ©gerait son dĂ©tenteur contre toute destruction en dissuadant quiconque de sâen prendre Ă lui, ce qui supprimerait lâune des raisons dâĂȘtre Ă la compĂ©tition pour le pouvoir. Les mĂȘmes soutiennent que la crainte dâune escalade catastrophique suffirait Ă empĂȘcher deux puissances nuclĂ©aires de se livrer Ă une guerre conventionnelle. Rien nâindique cependant que les nations concernĂ©es aient partagĂ© un tel raisonnement. La compĂ©tition entre les Deux Grands a coĂ»tĂ© Ă lâUnion soviĂ©tique et aux Ătats-Unis des milliards et des milliards de dollars au cours de la guerre froide, et il en va de mĂȘme aujourdâhui avec la Chine, la Russie et les Ătats-Unis. Ces Ătats nâont jamais cessĂ© de se prĂ©parer Ă une guerre conventionnelle. Un conflit militaire entre grandes puissances paraĂźt assurĂ©ment moins probable dans un monde nuclĂ©arisĂ©, mais reste nĂ©anmoins une menace tangible. Le rĂ©alisme nâa donc rien perdu de sa pertinence.
La doctrine rĂ©aliste suggĂšre Ă©galement que les zones dâintĂ©rĂȘt stratĂ©gique vital pour les grandes puissances â en dehors de leur propre rĂ©gion â sont celles qui leur permettent de contenir leurs rivales stratĂ©giques ou qui disposent de ressources indispensables Ă lâĂ©conomie planĂ©taire. Pendant la guerre froide, les rĂ©alistes amĂ©ricains dĂ©nombraient trois zones hors du continent oĂč leur pays devait ĂȘtre prĂȘt Ă livrer bataille : lâEurope et lâAsie du Nord-Est, lĂ oĂč se situait lâUnion soviĂ©tique, ainsi que le golfe Arabo-Persique Ă cause de ses gisements pĂ©troliers. Presque tous sâopposaient Ă la guerre du Vietnam, car elle se dĂ©roulait en Asie du Sud-Est, une rĂ©gion jugĂ©e alors dâun faible intĂ©rĂȘt stratĂ©gique. Ă prĂ©sent que la Chine est devenue Ă son tour une grande puissance, lâAsie du Sud-Est importe beaucoup plus Ă Washington, prĂȘt dĂ©sormais Ă dĂ©fendre militairement le statu quo Ă TaĂŻwan et en mer de Chine mĂ©ridionale.
Pour sa part, la gĂ©opolitique libĂ©rale nâaccorde aucune prioritĂ© Ă telle ou telle rĂ©gion du monde. Son objectif proclamĂ© consiste Ă diffuser la dĂ©mocratie et le capitalisme le plus largement possible. Bien quâils disent abhorrer les horreurs de la guerre, les promoteurs dâune politique Ă©trangĂšre libĂ©rale nâhĂ©sitent pas y recourir pour satisfaire leur objectif ambitieux. La doctrine Bush, qui prĂ©tendait dĂ©mocratiser le Proche-Orient Ă la pointe du fusil, illustra parfaitement cette approche. Ce nâest pas un hasard si les tenants du rĂ©alisme ont sĂ©vĂšrement critiquĂ© la guerre dâIrak. Elle fut pensĂ©e et voulue par les nĂ©oconservateurs, trĂšs attachĂ©s Ă lâuniversalisation des « valeurs » de lâOccident, et soutenue par les partisans de lâhĂ©gĂ©monie libĂ©rale.
Paradoxalement, lâapproche libĂ©rale en matiĂšre de politique Ă©trangĂšre comporte un noyau fonciĂšrement illibĂ©ral. Ainsi, le libĂ©ralisme prĂŽne la nĂ©cessitĂ© de tolĂ©rer la diversitĂ© des opinions dans une sociĂ©tĂ©, car il admet que les individus qui la composent ne sâaccorderont jamais tout Ă fait sur la meilleure maniĂšre de vivre ensemble ou dâĂȘtre gouvernĂ©s. Câest pourquoi les sociĂ©tĂ©s libĂ©rales tentent de mĂ©nager des espaces oĂč individus et groupes peuvent coexister tout en conservant leurs croyances ou leurs principes. Mais, dĂšs quâil sâagit de politique Ă©trangĂšre, les libĂ©raux agissent comme sâils savaient quel type de rĂ©gime devait sâappliquer Ă tous les pays (1). Ils considĂšrent que le reste du monde doit imiter lâOccident et utilisent chacun des moyens dont ils disposent pour le pousser dans cette direction. Une telle conception est vouĂ©e Ă lâĂ©chec, non seulement parce quâil ne saurait y avoir de consensus sur la dĂ©finition du systĂšme politique idĂ©al, mais aussi parce quâelle Ă©chappe Ă la logique rĂ©aliste. Les Ătats constituent des entitĂ©s souveraines qui se dĂ©fendent contre une menace visant leurs intĂ©rĂȘts vitaux, Ă plus forte raison quand celle-ci rĂ©sulte dâun Ătat concurrent qui entend transformer le systĂšme de gouvernement de son rival.
Quand lâUnion soviĂ©tique sâest effondrĂ©e en 1991, le monde bipolaire qui sous-tendait la guerre froide a cĂ©dĂ© la place Ă un monde unipolaire centrĂ© sur les Ătats-Unis. LâunipolaritĂ© est devenu multipolaritĂ© en 2017, Ă la faveur de lâascension de la Chine et de la rĂ©surrection du pouvoir russe. Les Ătats-Unis conservent assurĂ©ment leur rang de premiĂšre puissance dans la nouvelle configuration, mais la Chine, avec son Ă©conomie impressionnante et sa force militaire ascendante, la talonne. Des trois gĂ©ants, la Russie est clairement le plus faible. Le systĂšme multipolaire a donc forgĂ© deux nouvelles rivalitĂ©s, dont les protagonistes suivent chacun une logique rĂ©aliste diffĂ©rente. Ă lâinstar de lâantagonisme amĂ©ricano-soviĂ©tique de jadis, et contrairement au conflit actuel entre Ătats-Unis et Russie, la compĂ©tition entre Washington et PĂ©kin a pour objet principal lâhĂ©gĂ©monie rĂ©gionale, mĂȘme si celle-ci comme la concurrence avec les Russes pourraient sâĂ©tendre au reste du monde. Lâactuelle rivalitĂ© amĂ©ricano-russe ne sâexplique pas par une quelconque crainte que Moscou puisse dominer lâEurope, mais plutĂŽt par le comportement hĂ©gĂ©monique de Washington.
Durant les XIXe et XXe siĂšcles, la Chine nâĂ©tait pas perçue comme une grande puissance. Elle disposait certes dâune population nombreuse, mais ses ressources ne lui permettaient pas de bĂątir une force militaire suffisante. La situation a commencĂ© Ă changer au dĂ©but des annĂ©es 1990, lorsque lâĂ©conomie chinoise a amorcĂ© sa croissance vertigineuse au point de devenir la deuxiĂšme du monde et dâĂȘtre en mesure de dĂ©velopper des technologies de pointe. Comme on pouvait sây attendre, PĂ©kin utilise sa puissance Ă©conomique pour accroĂźtre sa puissance militaire.
La Chine a pour ambition de conforter sa domination sur lâAsie, mais aussi de pousser graduellement les troupes amĂ©ricaines hors de la partie orientale du continent, de maniĂšre Ă imposer son hĂ©gĂ©monie sur toute la rĂ©gion. Elle est en train par ailleurs de se doter dâune marine de haute mer, ce qui indique quâelle ambitionne dâĂ©tendre son pouvoir tout autour du globe. PĂ©kin sâefforce en somme de suivre lâexemple amĂ©ricain, ce qui est en effet le meilleur moyen dâoptimiser sa sĂ©curitĂ© dans un monde en proie au dĂ©sordre. Les dirigeants chinois ont une autre raison de vouloir dominer lâAsie : leurs objectifs territoriaux dâinspiration nationaliste, comme reconquĂ©rir TaĂŻwan ou contrĂŽler la mer de Chine mĂ©ridionale, rĂ©clament quâils disposent dâune position hĂ©gĂ©monique dans leur rĂ©gion.
Domestiquer la Chine, un pari amĂ©ricain ratĂ©Les Ătats-Unis sâemploient depuis longtemps Ă empĂȘcher tout autre pays dây parvenir, comme ils lâont dĂ©montrĂ© Ă maintes reprises au cours du XXe siĂšcle. Face aux ambitions chinoises, ils tentent donc aujourdâhui de mettre en place une politique dâendiguement (containment), applicable Ă la fois sur les plans militaire et Ă©conomique.
Concernant le volet militaire, Washington cherche Ă ressusciter des alliances conçues pour contenir lâUnion soviĂ©tique en vue de les fondre dans une coalition dirigĂ©e contre la Chine. Il sâagit de nouer â ou renouer â des partenariats multilatĂ©raux, sur le modĂšle du traitĂ© de coopĂ©ration militaire signĂ© par les Ătats-Unis, lâAustralie et le Royaume-Uni (Aukus) ou du Dialogue quadrilatĂ©ral pour la sĂ©curitĂ© (QUAD) liant les Ătats-Unis, lâAustralie, le Japon et lâInde, mais aussi de resserrer les alliances bilatĂ©rales dĂ©jĂ anciennes conclues entre les Ătats-Unis et des Ătats comme le Japon, les Philippines ou la CorĂ©e du Sud.
Sur le front Ă©conomique, Washington entend freiner les progrĂšs de la Chine dans le domaine des technologies de pointe en sâassurant du contrĂŽle des principaux leviers de ce secteur stratĂ©gique. Cet affrontement pourrait cependant mettre Ă lâĂ©preuve les relations transatlantiques dans la mesure oĂč de nombreux Ătats europĂ©ens, dĂ©jĂ malmenĂ©s par la rupture des Ă©changes commerciaux avec la Russie, cherchent des clients sur le marchĂ© chinois.
Tout indique que la compĂ©tition acharnĂ©e entre Chine et Ătats-Unis va sâintensifier dans un avenir proche. Elle sera sans doute avivĂ©e en partie par le fameux « dilemme sĂ©curitaire », en vertu duquel une action dĂ©cidĂ©e par lâun Ă des fins de dĂ©fense est interprĂ©tĂ©e par lâautre comme la preuve dâune intention agressive. Cette compĂ©tition sera dangereuse pour deux raisons. Dâune part, elle concerne TaĂŻwan, une Ăźle que presque chaque Chinois considĂšre comme un territoire sacrĂ© appartenant Ă la Chine, mais dont les Ătats-Unis sont dĂ©terminĂ©s Ă prĂ©server lâindĂ©pendance sous parapluie amĂ©ricain. Dâautre part, en cas de guerre entre les deux grandes puissances du Pacifique, les combats risquent de se dĂ©rouler sur les Ăźles situĂ©es au large des cĂŽtes chinoises, essentiellement dans le ciel, sur mer et par tirs de missiles. Il nâest guĂšre difficile dâimaginer les dĂ©bordements auxquels un tel scĂ©nario pourrait conduire. Si la guerre devait avoir lieu sur le continent asiatique, le nombre de ses victimes serait certainement trĂšs supĂ©rieur, raison pour laquelle les protagonistes y rĂ©flĂ©chiraient Ă deux fois avant de sâengager dans une pareille escalade, Ă la maniĂšre de lâOTAN et du pacte de Varsovie au cĆur de lâEurope pendant la guerre froide. LâhypothĂšse dâun affrontement terrestre paraĂźt donc peu probable, ce qui nâempĂȘche pas que des trĂ©sors de diplomatie devront ĂȘtre mobilisĂ©s de part et dâautre pour Ă©viter quâelle se rĂ©alise.
Les Ătats-Unis ont trĂšs largement contribuĂ© Ă la gestation de cette rivalitĂ© pĂ©rilleuse en ignorant les principes du rĂ©alisme. Au dĂ©but des annĂ©es 1990, aucun Ătat ne pouvait rivaliser avec la puissance amĂ©ricaine ; la Chine Ă©tait encore Ă©conomiquement sous-dĂ©veloppĂ©e. Suivant les prescriptions libĂ©rales, la Maison Blanche ouvrait les bras Ă PĂ©kin, lâaidant Ă stimuler sa croissance Ă©conomique et cherchant Ă lâintĂ©grer sur la scĂšne internationale. Les dirigeants amĂ©ricains partaient du principe quâune Chine enrichie deviendrait une « actionnaire responsable » de ce nouvel ordre mondial dominĂ© par Washington et que par la force des choses elle se mĂ©tamorphoserait en dĂ©mocratie libĂ©rale. Une Chine prospĂšre et dĂ©mocratique ne reprĂ©senterait aucun danger pour les Ătats-Unis, tel Ă©tait le calcul. Un calcul grossiĂšrement erronĂ©, comme on lâa vu par la suite. Si les dirigeants amĂ©ricains avaient empruntĂ© une logique rĂ©aliste, ils auraient Ă©vitĂ© de contribuer Ă la croissance chinoise et cherchĂ© Ă creuser ou Ă maintenir lâĂ©cart de puissance entre les deux pays plutĂŽt que de le rĂ©duire.
Lorsquâil sâagit de lâUkraine, le point de vue occidental dominant sur la guerre revient Ă suggĂ©rer que la Russie se comporte en Europe comme la Chine le fait en Asie. Le prĂ©sident Vladimir Poutine serait mĂ» par des ambitions impĂ©riales qui le pousseraient Ă restaurer une Grande Russie ressemblant Ă la dĂ©funte Union soviĂ©tique et Ă reconquĂ©rir lâancien glacis du pacte de Varsovie, ce qui mettrait en pĂ©ril la sĂ©curitĂ© de toute lâEurope. Selon cette analyse, lâUkraine ne constituerait quâun hors-dâĆuvre pour lâogre russe, qui sâen prendrait ensuite Ă dâautres pays. Le rĂŽle de lâOTAN, en Ukraine, se bornerait donc Ă contenir le rĂ©gime de M. Poutine, de la mĂȘme maniĂšre quâelle a empĂȘchĂ© la domination de lâensemble de lâEurope par lâUnion soviĂ©tique au cours de la guerre froide.
Abondamment reprise, cette version relĂšve cependant du mythe. Rien ne dĂ©montre que le prĂ©sident russe aimerait sâemparer de la totalitĂ© de lâUkraine ni quâil entendrait conquĂ©rir dâautres Ătats en Europe de lâEst. Le souhaiterait-il, dâailleurs, quâil nâaurait pas les moyens militaires de rĂ©aliser un objectif aussi ambitieux. Ă plus forte raison dâimposer son hĂ©gĂ©monie sur le Vieux Continent.
Sâil est indĂ©niable que la Russie a attaquĂ© lâUkraine, on ne saurait contester non plus que cette invasion a Ă©tĂ© provoquĂ©e par les Ătats-Unis et leurs alliĂ©s europĂ©ens lorsquâils ont dĂ©cidĂ© de faire de lâUkraine leur rempart aux frontiĂšres de la Russie. Ils espĂ©raient transformer ce pays en une dĂ©mocratie libĂ©rale et lâintĂ©grer Ă lâOTAN et Ă lâUnion europĂ©enne. Ă plusieurs reprises, les dirigeants russes ont rĂ©pĂ©tĂ© quâune telle politique serait considĂ©rĂ©e comme une menace par Moscou et quâelle ne serait donc pas tolĂ©rĂ©e. Il nây avait aucune raison de douter de leur dĂ©termination sur ce point. En avril 2008, lorsque la dĂ©cision fut prise dâaccueillir lâUkraine dans lâOTAN, lâambassadeur amĂ©ricain Ă Moscou envoyait Ă la secrĂ©taire dâĂtat Condoleeza Rice une note indiquant : « LâentrĂ©e de lâUkraine dans lâOTAN constitue la plus aveuglante des lignes rouges pour lâĂ©lite russe (et pas seulement pour Poutine). AprĂšs plus de deux ans et demi de conversations avec les dĂ©cideurs russes, je cherche encore quelquâun qui considĂšre lâadhĂ©sion de lâUkraine Ă lâOTAN comme autre chose quâune atteinte dĂ©libĂ©rĂ©e aux intĂ©rĂȘts russes. » Câest pour cette raison que la chanceliĂšre allemande de lâĂ©poque, Mme Angela Merkel, sâopposa Ă ce que lâUkraine rejoigne lâAlliance atlantique : « JâĂ©tais tout Ă fait certaine (âŠ) que Poutine ne laisserait pas faire une chose pareille. De son point de vue, câeĂ»t Ă©tĂ© une dĂ©claration de guerre (2). »
Le conflit a commencĂ© en fĂ©vrier 2014, six ans aprĂšs lâannonce par lâOTAN du projet dâadhĂ©sion ukrainienne. M. Poutine tenta dâabord de rĂ©gler le diffĂ©rend par la voie de la diplomatie, en cherchant Ă convaincre les Ătats-Unis, qui parrainaient lâentrĂ©e de Kiev dans lâAlliance, dây renoncer. Washington dĂ©cida au contraire de mettre les bouchĂ©es doubles, armant et entraĂźnant lâarmĂ©e ukrainienne, et lâinvitant Ă participer aux manĆuvres militaires otaniennes. Redoutant que lâUkraine nâen devienne membre de fait, Moscou adressa, le 17 dĂ©cembre 2021, un courrier Ă lâorganisation transatlantique ainsi quâau prĂ©sident Joseph Biden leur demandant lâassurance Ă©crite que lâUkraine resterait hors de lâAlliance et observerait une stricte neutralitĂ©. Ă quoi le secrĂ©taire dâĂtat Antony Blinken rĂ©pondit le 26 janvier 2022 : « Il nây a pas de changement, il nây aura pas de changement. » Un mois plus tard, la Russie attaquait lâUkraine.
Dâun point de vue rĂ©aliste, la rĂ©action de Moscou Ă lâĂ©largissement de lâOTAN constitue un cas dâĂ©cole dâune politique cherchant Ă prendre des gages face Ă une menace extĂ©rieure. Pour M. Poutine, il sâagissait dâempĂȘcher quâune alliance militaire dirigĂ©e par la premiĂšre puissance du globe, ancienne ennemie jurĂ©e de lâUnion soviĂ©tique, puisse inclure le voisin ukrainien. La position russe dans cette affaire paraĂźt sâinspirer de la doctrine Monroe, Ă©laborĂ©e par les Ătats-Unis au XIXe siĂšcle, qui stipulait quâaucune grande puissance nâĂ©tait autorisĂ©e Ă stationner des forces militaires dans leur arriĂšre-cour. Dans la mesure oĂč la diplomatie a Ă©chouĂ© Ă rĂ©gler un problĂšme que les Russes jugeaient existentiel, leur prĂ©sident a dĂ©clenchĂ© une guerre destinĂ©e Ă empĂȘcher lâUkraine dâintĂ©grer lâOTAN. Moscou voit cela comme une guerre dâautodĂ©fense, et non comme une guerre de conquĂȘte. Certes, lâUkraine et ses voisins perçoivent les choses tout autrement. Mais il ne sâagit ici ni de justifier la guerre ni de la condamner, seulement dâexpliquer les conditions qui ont favorisĂ© son dĂ©clenchement.
Contenir la Russie ou la menacer ?Si lâon adhĂšre au mythe selon lequel M. Poutine entend multiplier les guerres de conquĂȘte, on objectera peut-ĂȘtre que le projet dâextension de lâAlliance atlantique repose lui-mĂȘme sur une solide logique rĂ©aliste : les Ătats-Unis et leurs alliĂ©s ne chercheraient quâĂ contenir la Russie. Mais cette assertion est tout aussi fausse. La dĂ©cision dâĂ©largir lâOTAN fut prise dĂšs le milieu des annĂ©es 1990, câest-Ă -dire Ă un moment oĂč lâarmĂ©e russe Ă©tait dans un Ă©tat dâextrĂȘme faiblesse et oĂč Washington pouvait imposer cet Ă©largissement Ă Moscou. On voit ainsi Ă quels dangers peut mener le fait dâĂȘtre faible dans le systĂšme international. La Russie ne reprĂ©sentait pas davantage une menace pour lâEurope en 2008, et pourtant le processus dâintĂ©gration de lâUkraine Ă lâOTAN fut engagĂ© cette annĂ©e-lĂ . PlutĂŽt que de contenir Moscou, lâintĂ©rĂȘt des Ătats-Unis aujourdâhui serait de pivoter hors de lâEurope, en direction de lâAsie orientale, dâentraĂźner la Russie dans une coalition de rééquilibrage face Ă la Chine, de ne pas se laisser embourber dans une guerre en Europe de lâEst et de ne pas prĂ©cipiter le rapprochement sino-russe.
Tout comme la politique malavisĂ©e de main tendue Ă la Chine, lâĂ©largissement de lâOTAN Ă©tait une composante du projet dâhĂ©gĂ©monie libĂ©rale. Il sâagissait dâintĂ©grer lâest et lâouest de lâEurope afin de transformer le continent en une vaste zone de paix. Les rĂ©alistes, comme George Kennan, ont dĂ©noncĂ© cette expansion de lâAlliance atlantique parce quâils percevaient quâelle menaçait la Russie et ne pouvait que conduire Ă un dĂ©sastre.
LâEurope serait assurĂ©ment en meilleure position aujourdâhui si la logique rĂ©aliste lâavait emportĂ© et si lâOTAN ne sâĂ©tait pas fixĂ© comme objectif dâinclure lâUkraine. Mais les dĂ©s sont jetĂ©s : lâunipolaritĂ© ayant cĂ©dĂ© la place Ă la multipolaritĂ©, les Ătats-Unis et leurs alliĂ©s sont Ă prĂ©sent engagĂ©s dans des rivalitĂ©s gĂ©opolitiques sĂ©rieuses avec la Chine et la Russie. Ces nouvelles guerres froides sont au moins aussi dangereuses que la prĂ©cĂ©dente â peut-ĂȘtre mĂȘme davantage.
John Mearsheimer
(1) Lire Christopher Mott, « Les noces de lâimpĂ©rialisme et de la vertu », Le Monde diplomatique, janvier 2023.
(2) CitĂ© par Hans von der Burchard, « âI donât blame myselfâ : Merkel defends legacy on Russia and Ukraine », Politico, 7 juin 2022.
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Titouan R
InvitéDĂ©solĂ©, j’ai oubliĂ© d’enlever les liens des images et autres lignes parasites.
Bonne lecture !-
Carpentier
InvitéNe tâinquiĂšte pas pour ce qui parasite (et merci pour ton attention Ă ma demande ) mon habitude du sujet (les parasites) ma familiaritĂ© avec eux, mĂȘme, diront certaines crĂ©atures mal intentionnĂ©es dâici, devrait faire que je saurai sĂ©parer le bon grain de lâivraie.
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amour
InvitéQui peut mettre un article de gens pas comme begaudeau qui montre leur cotĂ© palestinien ? Merci
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Carpentier
InvitéQuelquâun a la suite?
Méga-bassines : deuxiÚme acte du procÚs des militants de Sainte-Soline
Merci dâavance, -
Carpentier
Invité -
Carpentier
InvitéBonjour,
Ne serait-ce que parce que jâai entendu parler lundi, au salon du livre de Montreuil, oui – on va le savoir que tây es allĂ©e – entendu donc Ă propos de certains â parents vigilants â ,
quelquâun dâabonnĂ©.e Ă lâHuma me permettrait-il/elle de lire les lignes sur ce groupuscule justement?
Merci.
â groupuscule â (que jâai lu dans le texte ou le chapĂŽ, je crois bien, ce serait pas du lexique de droite dâailleurs?)-
Carpentier
InvitéLe lien vers, dĂ©so
ExtrĂȘme droite : une armĂ©e au service de la bataille culturelle
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Ostros
InvitéA lire pour suivre le dossier et aussi dissiper quelques angoisses notamment sur le social scoring made in China ou la biomĂ©trie :
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L’UE parvient Ă un accord sur la rĂ©glementation de l’intelligence artificielle
09 décembre 2023 par PM avec Belga.
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L’Union europĂ©enne a atteint vendredi soir, aprĂšs trois jours de nĂ©gociations entre les Ătats membres et le Parlement europĂ©en, un accord sur une lĂ©gislation rĂ©volutionnaire pour rĂ©glementer l’intelligence artificielle (IA). « L’Acte d’IA de l’UE est le premier cadre juridique complet pour l’intelligence artificielle au monde. C’est donc un moment historique », a dĂ©clarĂ© samedi la prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Ursula von der Leyen, accueillant l’accord.
C’est le commissaire europĂ©en au MarchĂ© intĂ©rieur, Thierry Breton, qui a annoncĂ© sur X (anciennement Twitter) que l’accord avait Ă©tĂ© atteint. Lui et la vice-prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Vera Jourova, ont veillĂ© Ă ce que les nĂ©gociateurs du Conseil (les Ătats membres) et du Parlement respectent l’esprit de leur proposition.
Avec la loi sur l’IA, l’Europe vise Ă respecter la sĂ©curitĂ© et les droits fondamentaux de ses citoyens, tout en prĂ©servant et stimulant le caractĂšre innovant et la compĂ©titivitĂ© du secteur europĂ©en de l’IA. En Ă©tant la premiĂšre Ă proposer une telle lĂ©gislation, elle vise Ă Ă©tablir une norme internationale.
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Un classement selon les risques de l’IA
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Le principe de base est que les systĂšmes d’IA seront classĂ©s selon leur profil de risque. La plupart des applications d’IA tomberont dans la catĂ©gorie « risque minimal » et ne devront donc pas se conformer Ă des obligations spĂ©cifiques. Il s’agit, par exemple, de filtres anti-spam ou de systĂšmes de recommandation qui font des suggestions aux utilisateurs sur la base d’un algorithme (comme des playlists personnalisĂ©es ou des aperçus de produits dans les boutiques en ligne).
La situation est diffĂ©rente pour l’IA à « haut risque ».
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Pas n’importe quelle donnĂ©es
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Ătant donnĂ© que l’intelligence artificielle est intrinsĂšquement liĂ©e Ă de grandes bases de donnĂ©es, ces systĂšmes ne pourront pas collecter n’importe quelle donnĂ©e et devront rĂ©duire leur risque inhĂ©rent autant que possible. Chaque activitĂ© devra ĂȘtre documentĂ©e, les utilisateurs devront savoir Ă quoi s’attendre et une surveillance humaine devra ĂȘtre assurĂ©e en tout temps.Cela peut sembler abstrait, mais des exemples tels que les applications d’IA dans les infrastructures Ă©nergĂ©tiques, les applications mĂ©dicales, les systĂšmes pour dĂ©terminer l’accĂšs aux Ă©tablissements d’enseignement ou les profils professionnels, ou les applications utilisĂ©es dans le maintien de l’ordre, illustrent clairement de quoi il s’agit. L’identification biomĂ©trique et les applications qui reconnaissent automatiquement les Ă©motions sont par dĂ©finition classĂ©es comme Ă haut risque.
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Des exceptions pour l’identification biomĂ©trique
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Au cours des nĂ©gociations, il y a eu beaucoup de discussions sur les applications d’IA prĂ©sentant un « risque inacceptable » et qui doivent donc ĂȘtre interdites. Par exemple, le Parlement europĂ©en a insistĂ© sur une interdiction totale de l’identification biomĂ©trique. NĂ©anmoins, les Ătats membres ont rĂ©ussi Ă obtenir certaines exceptions. Ainsi, la reconnaissance faciale en temps rĂ©el ne sera autorisĂ©e que dans la recherche de victimes, par exemple, d’enlĂšvements ou de traite des ĂȘtres humains, ou pour prĂ©venir une menace claire comme une attaque terroriste. Les suspects dans de telles affaires pourront Ă©galement ĂȘtre identifiĂ©s par biomĂ©trie, mais un accord prĂ©alable d’un juge d’instruction sera nĂ©cessaire.
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Interdiction totale du « social scoring »
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Les applications pour lesquelles aucune exception n’a Ă©tĂ© convenue et qui seront donc toujours interdites comprennent le « social scoring » tel qu’il existe en Chine, la collecte alĂ©atoire d’images de visages pour crĂ©er des bases de donnĂ©es, et la catĂ©gorisation des personnes sur la base de leurs convictions politiques, religieuses ou philosophiques, de leur orientation sexuelle ou de leur race. La reconnaissance des Ă©motions sur le lieu de travail ou dans l’Ă©ducation est Ă©galement interdite.
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Des obligations supplĂ©mentaires pour l’IA gĂ©nĂ©rative
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Les exigences de transparence constituent un autre point d’attention particulier de la nouvelle lĂ©gislation. Toute personne utilisant un systĂšme d’IA, comme un chatbot, devra ĂȘtre clairement informĂ©e qu’elle communique avec une machine. Les deepfakes et autres contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par l’IA doivent toujours ĂȘtre Ă©tiquetĂ©s comme tels.
Ces derniers mois, les avancĂ©es majeures en matiĂšre d’IA gĂ©nĂ©rative, capable de crĂ©er elle-mĂȘme des textes, des images et d’autres contenus, tels que ChatGPT, DALL-E et Bard, ont attirĂ© l’attention. Ces « modĂšles de base » seront soumis Ă des obligations supplĂ©mentaires de transparence. Ils devront se conformer Ă la rĂ©glementation europĂ©enne en matiĂšre de droits d’auteur et ĂȘtre accompagnĂ©s de rĂ©sumĂ©s dĂ©taillĂ©s du contenu utilisĂ© pour entraĂźner les modĂšles. Des obligations supplĂ©mentaires seront imposĂ©es pour l’IA gĂ©nĂ©rative qui pourrait comporter des risques systĂ©miques.
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Un bureau de l’IA Ă la Commission europĂ©enne
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Pour superviser ces modĂšles avancĂ©s d’IA, un « Bureau de l’IA » sera Ă©tabli au sein de la Commission europĂ©enne. Ce sera le premier organe au monde capable d’imposer des rĂšgles contraignantes en matiĂšre d’IA et deviendra probablement une rĂ©fĂ©rence internationale, selon la Commission.
Pour stimuler l’innovation dans le secteur europĂ©en de l’IA, les petites entreprises d’IA pourront dĂ©velopper leurs applications dans des environnements protĂ©gĂ©s, afin de ne pas ĂȘtre Ă©crasĂ©es par de grands acteurs internationaux. « La loi sur l’IA est un tremplin pour les startups europĂ©ennes et les chercheurs, leur permettant de prendre la tĂȘte de la course vers une IA fiable », a dĂ©clarĂ© le commissaire Breton.
Enfin, il a Ă©tĂ© convenu que les entreprises qui ne respectent pas les rĂšgles europĂ©ennes de l’IA risqueront des amendes pouvant aller de 7,5 millions d’euros ou 1,5 % de leur chiffre d’affaires mondial Ă 35 millions d’euros ou 7 % de leur chiffre d’affaires, en fonction de la nature de l’infraction et de la taille de l’entreprise.
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Entrée en vigueur en 2026
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La nouvelle loi sur l’IA doit encore ĂȘtre formellement adoptĂ©e par le Conseil et le Parlement europĂ©en en sĂ©ance plĂ©niĂšre. Elle devrait entrer en vigueur en 2026. En attendant, l’UE travaille sur un Pacte d’IA, permettant aux entreprises de s’engager Ă appliquer volontairement certaines obligations de la lĂ©gislation. Selon la prĂ©sidente de la Commission, Ursula von der Leyen, environ 100 entreprises ont dĂ©jĂ manifestĂ© leur intĂ©rĂȘt pour ce Pacte.
La loi est conçue pour ĂȘtre technologiquement neutre, ce qui signifie que les systĂšmes d’IA futurs, encore inconnus aujourd’hui, seront automatiquement couverts par son champ d’application. -
Pour Ostros
InvitéIl me semble pas qu’on ait postĂ© l’article demandĂ©, le voici (Dr Xavier). Je peux demander si tu as une anecdote Ă partager Ă ce sujet ?
« Preuve dĂ©loyale » admise aux prud’hommes : comment Big Brother pourrait s’installer au bureau
LePoint – Nicolas BastuckUn Ă©lĂ©ment obtenu grĂące Ă une discussion enregistrĂ©e ou une vidĂ©osurveillance peut dĂ©sormais ĂȘtre retenu contre un salariĂ© ou un employeur. Un « revirement jurisprudentiel » potentiellement redoutable.
Enregistrement clandestin d’une rĂ©union du comitĂ© social et Ă©conomique ou d’un Ă©change entre un salariĂ© et son supĂ©rieur, vidĂ©osurveillance, filature, installation de « mouchard » dans les vĂ©hicules de fonction… Jusqu’Ă prĂ©sent, une preuve obtenue « dĂ©loyalement » ne pouvait ĂȘtre produite dans un litige civil, notamment devant le conseil des prud’hommes, compĂ©tent pour trancher les conflits du travail.
La preuve dĂ©loyale, vue comme recueillie « Ă l’insu » d’une personne ou grĂące à « une manoeuvre ou un stratagĂšme », Ă©tait systĂ©matiquement Ă©cartĂ©e par le juge civil, afin de prĂ©server une certaine Ă©thique du dĂ©bat judiciaire.
Le magistrat ne pouvait en tenir compte, mĂȘme si c’Ă©tait la seule preuve possible pour dĂ©montrer une faute dans le cadre d’une procĂ©dure de licenciement, ou la rĂ©alitĂ© d’un harcĂšlement moral, dans une procĂ©dure intentĂ©e par un salariĂ©. Mais ça, c’Ă©tait avant.
Respect de la vie privée
Un rĂ©cent arrĂȘt de la Cour de cassation, pris en assemblĂ©e plĂ©niĂšre et publiĂ© le 22 dĂ©cembre 2023 Ă son Bulletin – maniĂšre d’en souligner l’importance -, vient bousculer les rĂšgles du jeu. S’inspirant de la jurisprudence de la Cour europĂ©enne des droits de l’homme – qui fait prĂ©valoir le droit, pour un justiciable, d’apporter la preuve du fait qu’il invoque, dĂšs lors que l’atteinte qui en rĂ©sulte est strictement proportionnĂ©e au but poursuivi -, la haute juridiction admet, pour la premiĂšre fois, qu’un juge civil puisse retenir des moyens de preuve dĂ©loyaux.
« Dans un procĂšs civil, une partie pourra fournir une preuve obtenue de maniĂšre dĂ©loyale Ă condition que cette production soit indispensable Ă sa dĂ©monstration et que l’atteinte soit strictement proportionnĂ©e au but poursuivi », dĂ©crypte Me AurĂ©lien Louvet, avocat associĂ© du cabinet Capstan, spĂ©cialisĂ© dans le droit social et du travail. « Ainsi, le juge devra mettre le droit Ă la preuve et les autres droits en balance (le respect de la vie privĂ©e, notamment) », prĂ©cise-t-il.
« Du cas par cas »
Tel Ă©tait dĂ©jĂ le cas, depuis quelques annĂ©es dĂ©jĂ , pour les preuves « illicites », obtenues en violation de la loi : ainsi, la production de captures d’Ă©cran provenant du compte Facebook privĂ© d’un salariĂ©, illicite puisque portant atteinte Ă l’intimitĂ© de la vie privĂ©e, a-t-elle Ă©tĂ© jugĂ©e recevable pour Ă©tablir la divulgation, par ce collaborateur dont on voulait se sĂ©parer, d’informations confidentielles et stratĂ©giques pour l’entreprise.
En revanche, une preuve tirĂ©e des images d’un systĂšme de vidĂ©osurveillance installĂ© sans que les partenaires sociaux et la Commission nationale de l’informatique et des libertĂ©s n’en aient Ă©tĂ© avisĂ©s a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©e par le juge du travail, lequel a considĂ©rĂ©, cette fois, que l’atteinte Ă©tait « disproportionnĂ©e » au but poursuivi.
Des images clandestines seront-elles admises pour dĂ©montrer un vol, mais Ă©cartĂ©es des dĂ©bats s’il s’agit seulement, pour l’employeur, de prouver des retards rĂ©pĂ©tĂ©s ? « L’examen de la preuve relĂšvera de l’apprĂ©ciation souveraine du juge du fond, ce sera du cas par cas », anticipe Me Louvet.
Proportionnalité
Dans l’affaire sur laquelle la Cour de cassation avait Ă se pencher, un commercial avait refusĂ©, au cours de plusieurs entretiens professionnels, de livrer Ă son patron des indicateurs relatifs au suivi de son activitĂ©. L’employeur avait enregistrĂ© leurs Ă©changes Ă son insu mais les bandes-son avaient Ă©tĂ© Ă©cartĂ©es par les prud’hommes et la cour d’appel. La juridiction suprĂȘme leur donne tort et reçoit ces enregistrements clandestins – et donc dĂ©loyaux -, faute d’autres preuves.
Dans une autre affaire, plus rĂ©cente encore (17 janvier), et portant cette fois sur un harcĂšlement, la Cour de cassation a Ă©cartĂ© des enregistrements de mĂȘme nature, estimant qu’ils n’Ă©taient pas « indispensables », la preuve des agissements Ă©tant faite avec d’autres Ă©lĂ©ments – une enquĂȘte du CHSCT, en l’occurrence.
« La recevabilitĂ© d’une preuve dĂ©loyale n’est donc pas automatique et reste soumise Ă l’apprĂ©ciation du juge », confirme Me Ămilie Meridjen, associĂ©e en droit du travail au cabinet Sekri Valentin Zerrouk (SVZ). « La prudence reste donc de mise et la loyautĂ© de la preuve est Ă privilĂ©gier chaque fois que cela est possible », conseille-t-elle Ă ses clients.
Dégradation de la relation sociale
Le « revirement jurisprudentiel » (changement de position) de la Cour de cassation peut sembler a priori favorable aux employeurs, mais tel n’est pas l’avis de Me AurĂ©lien Louvet. « La preuve dĂ©loyale est admise mais des deux cĂŽtĂ©s. Un salariĂ© pourra en faire usage, ce qui doit conduire l’employeur Ă redoubler de vigilance, dans ses relations avec son personnel », met en garde cet avocat du cabinet Capstan, qui ne dĂ©fend que les employeurs.
Peut-ĂȘtre faut-il partir du principe que toute conversation est susceptible d’ĂȘtre enregistrĂ©e (Me AurĂ©lien Louvet)
Faut-il craindre de voir arriver Big Brother au boulot ? « Le retentissement de cette dĂ©cision de la Cour de cassation est potentiellement considĂ©rable ; il peut aboutir Ă un cataclysme que nous ne mesurons pas encore totalement », s’inquiĂšte Me Louvet. Le « off » sera-t-il encore possible entre un DRH et des dĂ©lĂ©guĂ©s syndicaux, en marge d’un comitĂ© Ă©conomique et social ? Faudra-t-il craindre que tout Ă©change, mĂȘme informel, soit dĂ©sormais enregistrĂ©, les tĂ©lĂ©phones portables facilitant grandement ce type de « manoeuvre » ?
Employeurs ou salariĂ©s, soyez irrĂ©prochables ! Tout ce que vous pourrez dire ou montrer pourra, dĂ©sormais, ĂȘtre retenu contre vous !
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Ostros
InvitéMerci Dr !
Heureusement pour moi, pas d’anecdote au sujet d’enregistrements qui auraient Ă©tĂ© effectuĂ©s sans mon consentement. Mais ayant Ă©tĂ© de nombreuses fois en entretien prĂ©alable Ă un licenciement pour insubordination, je me sens concernĂ©e par ces pratiques deloyales. Le fait de donner des armes Ă l’entreprise contre un.e salariĂ©.e. D’autant que les responsables ont dĂ©jĂ des leviers non tangibles qui peuvent crĂ©er un stess chez le / la subordonnĂ©.e et lui faire commettre des fautes, dont le pĂ©tage de cĂąble au bureau ou simplement contredire une demande. Ou le refus d’effectuer une tĂąche en rĂ©action Ă une situation antĂ©rieure conflictuelle.
Ăa m’inquiĂšte d’autant plus que l’entreprise acquiert en parallĂšle d’autres pouvoirs contre les salariĂ©.e.s, comme le fait pour un.e employĂ©.e en CDD de ne pas pouvoir refuser la reconduction de son contrat sous peine de ne pas toucher les allocation chĂŽmage. Que de lois qui de part et d’autre nous contraignent encore plus.-
Dr Xavier
Invité« Dans lâaffaire sur laquelle la Cour de cassation avait Ă se pencher, un commercial avait refusĂ©, au cours de plusieurs entretiens professionnels, de livrer Ă son patron des indicateurs relatifs au suivi de son activitĂ©. Lâemployeur avait enregistrĂ© leurs Ă©changes Ă son insu mais les bandes-son avaient Ă©tĂ© Ă©cartĂ©es par les prudâhommes et la cour dâappel. La juridiction suprĂȘme leur donne tort et reçoit ces enregistrements clandestins â et donc dĂ©loyaux -, faute dâautres preuves. »
On comprend rien. Pourquoi l’employeur s’emmerderait avec des procĂ©dĂ©s clandestins, quand il a mille moyens de pressions tout Ă fait ‘licites’ ? Convocation Ă un entretien avec compte-rendu, demandes rĂ©pĂ©tĂ©es par courrier Ă©lectronique, courrier RAR, etc.
Je ne suis pas plus avancĂ© aprĂšs la lecture dudit ArrĂȘt de Cour de cassation. Et j’ai la flemme de trouver et lire l’arrĂȘt rendu le 28 juillet 2020 par la cour d’appel d’OrlĂ©ans (chambre sociale A – section 2), si ça titille quelqu’un.e de nous faire un rĂ©sumĂ©…
https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000048769030
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Carpentier
Invitési d’aventure un.e abonnĂ©.e,
La novlangue de la macronie pour ne pas parler de recul sur lâĂ©cologie
https://www.liberation.fr/politique/la-novlangue-de-la-macronie-pour-ne-pas-parler-de-recul-sur-lecologie-20240202_5DRFKHZS6VEUJIBNMDNKXWTHFY/ -
Carpentier
Invité(bjr, lâintĂ©gral de la chronique Lola Lafon si jamais: )
– A quelques jours de la cĂ©rĂ©monie, pourquoi ne pas remettre un prix Ă toutes celles qui nous offrent la promesse dâun nouveau rĂ©cit. Il est temps dâen finir avec cette indulgence pour de pseudos pygmalions qui se rĂȘvent subversifs, des Barbe-Bleue fascinants, quand ce ne sont que les petits chefs dâune entreprise sordide.
On la connaĂźt bien, cette histoire : elles arpentaient les allĂ©es dâun supermarchĂ©, elles sortaient du lycĂ©e⊠et lĂ , un casting directeur les
On la connaĂźt bien, cette histoire : elles arpentaient les allĂ©es dâun supermarchĂ©, elles sortaient du lycĂ©e, dâun cafĂ© ou de leur cours de danse et lĂ , un casting directeur les a abordĂ©es, câest ainsi quâelles ont Ă©tĂ© repĂ©rĂ©es. On la connaĂźt tellement, cette histoire : celle de jeunes anonymes quâun regard dâadulte rĂ©vĂšle au monde, des enfants mĂ©tamorphosĂ©es en actrices. Lâhistoire du cinĂ©ma en est remplie, de ces narrations dont on se repaĂźt : elles nâĂ©taient quâelles-mĂȘmes. Mais le cinĂ©ma rĂŽdait, qui les a flairĂ©es et «dĂ©couvertes», pour mieux nous les offrir, se les offrir. -
Carpentier
Invitési quelquâun.e veut/peut partager cet article en intĂ©gral (merci)
https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2024/02/25/les-espaces-no-kids-se-multiplient-pourquoi-on-ne-supporte-plus-les-enfants_6218450_4497916.html-
Raymond Domenech
InvitéUn « cauchemar ». Un « enfer ». La « galĂšre ». Ces propos dâusagers de la SNCF ne font pas rĂ©fĂ©rence Ă la grĂšve qui a entraĂźnĂ© lâannulation de la moitiĂ© des trains le premier week-end des vacances scolaires. Le « cauchemar », ici, câest lâenfant assis sur le siĂšge dâĂ cĂŽtĂ© ou le bĂ©bĂ© qui nous fait face dans le carrĂ© oĂč nous avons pris place. Depuis plusieurs annĂ©es, dans la presse et sur les rĂ©seaux sociaux, les tĂ©moignages de voyageurs incommodĂ©s par la prĂ©sence (bruyante, forcĂ©ment) de la progĂ©niture des autres prolifĂšrent.
Dans son dernier livre, Vivre sans. Une philosophie du manque (Climats, 320 pages, 21 euros), paru le 24 janvier, Mazarine Pingeot porte une rĂ©flexion sur la notion marketing du « sans » et dĂ©nonce cette tendance oĂč lâabsence devient un argument commercial, une maniĂšre aussi de masquer les vices cachĂ©s de notre sociĂ©tĂ©. AprĂšs le « sans gluten », le « sans sucre », le « sans contact » ou le « sans alcool », assiste-t-on aux prĂ©mices du « sans enfant » ?
Un phĂ©nomĂšne dĂ©jĂ Ă©tudiĂ© par Corinne Maier dans No Kid (Michalon, 2007) : de plus en plus de Français revendiquent ne pas vouloir se reproduire (13 % dĂ©clarent mĂȘme regretter dâavoir enfantĂ©, selon une Ă©tude YouGov de 2022). Sur les rĂ©seaux sociaux, les « dinks » (dual income, no kids , «deux revenus, pas dâenfants ») affichent fiĂšrement les avantages dâune vie de couple sans descendance, quand les « ginks » (green inclination, no kids ), engagĂ©s pour lâĂ©cologie, imaginent sauver la planĂšte en faisant une croix sur la procrĂ©ation. De fait, depuis 2010, la natalitĂ© a chutĂ© de presque 20 % dans lâHexagone. Ce qui a incitĂ© Emmanuel Macron Ă lancer un appel solennel au « rĂ©armement dĂ©mographique », le 16 janvier.
DâĂ©vidence, un malaise existe et son expression est suffisamment dĂ©sinhibĂ©e pour quâait Ă©mergĂ© le marchĂ© des activitĂ©s « no kids ». Aux Etats-Unis, la tendance est ancienne et a pris une ampleur telle que mĂȘme Disney a adaptĂ© une partie de son offre. De plus en plus frĂ©quentĂ©es par des adultes affublĂ©s de serre-tĂȘte Mickey, certaines activitĂ©s du gĂ©ant mondial du divertissement se sont mises au diapason du « kids free ». Ses Ă©normes navires de croisiĂšre qui Ă©cument les CaraĂŻbes commencent ainsi Ă ĂȘtre structurĂ©s en zones « adults only » et « kids only », rigoureusement hermĂ©tiques.
Promettre une prestation certifiĂ©e Ă teneur rĂ©duite voire nulle en individus de moins de 15 ans fait vendre. Le groupe TUI, leader mondial du voyage, propose un large Ă©ventail dâĂ©tablissements laissant miroiter « des vacances reposantes dans un cadre de rĂȘve rĂ©servĂ©es aux plus de 16 ans ». Le voyagiste français FRAM promet « calme et sĂ©rĂ©nitĂ© toute lâannĂ©e » Ă ceux qui veulent rester entre grandes personnes. Le site Adultsonly.fr recense « plus de 1 000 hĂŽtels Ă travers le monde dans plus de 100 pays », principalement en Espagne, en GrĂšce et en Italie, ayant fait ce choix. Une vingtaine de campings en France sont Ă©galement rĂ©servĂ©s aux adultes.
« Ce qui ressemblait Ă une simple niche commerciale est en train de se dĂ©velopper. Le âno kidsâ va devenir une prestation comme une autre que tout le monde devra ĂȘtre capable de proposer » , estime RenĂ©-Marc Chikli, prĂ©sident du SETO, le syndicat des tour-opĂ©rateurs français. Les Ă©tablissements qui bannissent les moins de 15 ans sont particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©s de ceux qui sont eux-mĂȘmes parents. « La demande existe depuis longtemps, mais, ces dix derniĂšres annĂ©es, elle sâest totalement dĂ©complexĂ©e », souligne Gilbert Cisneros, fondateur dâExotismes, agence qui propose des formules rĂ©servĂ©es aux adultes.
Si les compagnies aĂ©riennes ne se sont que trĂšs modĂ©rĂ©ment aventurĂ©es sur ce terrain, les transporteurs ferroviaires proposent dâinstaller les familles dans des espaces spĂ©cifiques. Lâobjectif est de limiter les risques inhĂ©rents Ă un voisinage possiblement Ă©ruptif. Si la SNCF nâest guĂšre diserte sur son « Espace famille » (rĂ©servĂ© comme son nom lâindique aux voyageurs avec enfants) disponible sur certains TGV, son concurrent Trenitalia propose des voitures Allegro et Silenzio. Deux wagons, deux ambiances. Dans lâun rĂšgne une joyeuse atmosphĂšre de dĂ©part en colo Ă Rimini ; dans lâautre, on chuchote Ă peine comme si lâon visitait la chapelle Sixtine. Trenitalia assure que la coexistence est harmonieuse, mais prĂ©cise tout de mĂȘme que lâoffre la plus susceptible dâĂȘtre dĂ©veloppĂ©e Ă lâavenir concerne les voitures Silenzio, de plus en plus demandĂ©esâŠ
« Jusquâou va-t-on pousser la discrimination ? Va-t-on envisager des trains sans retraitĂ©s, des avions sans ados, des restaurants sans bĂ©bĂ©s ? », sâinterroge un trentenaire, pĂšre dâune petite fille et habituĂ© Ă ĂȘtre regardĂ© de travers lorsquâil sâinstalle dans un compartiment ou en cabine. Les incivilitĂ©s les plus frĂ©quentes dans les transports, fait-il remarquer, viennent des adultes, qui tĂ©lĂ©phonent Ă tout-va et parlent fort. Mais le fait de ne plus supporter les enfants peut aussi sâenvisager comme un symptĂŽme dâune crise plus large oĂč, ainsi que le souligne le journaliste Vincent Cocquebert dans son ouvrage Uniques au monde. De lâinvention de soi Ă la fin de lâautre (ArkhĂȘ, 2023), lâindividu se replie de plus en plus sur son nombril et devient allergique Ă toute forme dâaltĂ©ritĂ© : « Les autres, en dehors de notre cercle familial, risquent dâĂȘtre de moins en moins nombreux Ă bĂ©nĂ©ficier du privilĂšge de notre empathie. »
« Oui, le comportement de certains enfants en sociĂ©tĂ© pose problĂšme, mais le problĂšme est dâabord celui des parents », considĂšre Olivia Troupel, maĂźtresse de confĂ©rences en psychologie de lâenfant Ă lâuniversitĂ© Toulouse-Jean-JaurĂšs, convaincue que « la pĂ©dagogie positive a poussĂ© le curseur trop loin et ne permet pas Ă lâenfant dâapprendre Ă gĂ©rer ses frustrations ». Cette mĂšre de quatre enfants estime, par ailleurs, que le succĂšs du phĂ©nomĂšne « no kids » traduit la montĂ©e de lâindividualisme, une forme dâĂ©goĂŻsme des adultes, une consĂ©quence du relĂąchement des liens familiaux, en particulier la montĂ©e de la monoparentalitĂ© .
La chercheuse met aussi en exergue une « crise de la parentalitĂ© ». « Bien des parents sont perdus. A force de ne plus avoir mis de rĂšgles, ils sont devenus les seuls Ă pouvoir supporter leur progĂ©niture et le dĂ©couvrent avec amertume », assĂšne-t-elle. « Depuis les annĂ©es 1970, on est devenu trĂšs vigilant sur les carences affectives, mais le mouvement de balancier est allĂ© trop loin. On voit aujourdâhui des enfants sĂ©curisĂ©s affectivement mais pas du tout socialement, car on a laissĂ© sâinstaller une carence Ă©ducative en Ă©tant trop permissif », renchĂ©rit Didier Pleux, docteur en psychologie du dĂ©veloppement, auteur du controversĂ© LâEducation bienveillante, ça suffit ! (Odile Jacob, 2023).
« Dire que câĂ©tait mieux avant est un vieux refrain, commun Ă toutes les gĂ©nĂ©rations », sâamuse Laelia Benoit, pĂ©dopsychiatre, autrice dâ Infantisme(Seuil, 2023). Cet ouvrage dĂ©crit une forme de discrimination imposĂ©e aux enfants par les adultes, fondĂ©e sur le fait que lâon doit pouvoir les contrĂŽler, voire façonner « des ĂȘtres dociles et conformes aux rĂŽles qui leur sont prescrits ». Selon elle, lâidĂ©e dâune dĂ©gradation du comportement des jeunes gĂ©nĂ©rations « nâest pas basĂ©e sur une rĂ©alitĂ© factuelle ». « Il existe en revanche une moindre tolĂ©rance des adultes Ă lâĂ©gard des enfants et elle nâest pas imputable aux effets de lâĂ©ducation positive, mais Ă une forme dâinfantisme obsessionnel qui voit les enfants comme un fardeau », assure Laelia Benoit. La pĂ©dopsychiatre veut combattre « la conviction selon laquelle les parents seraient les seuls responsables de lâĂ©ducation des enfants, sans pouvoir compter sur le collectif des autres adultes ».
DâoĂč la nĂ©cessitĂ© de permettre aux enfants un plein accĂšs Ă lâespace public, afin quâils multiplient les interactions aux vertus potentiellement Ă©ducatives, quâils apprennent Ă faire sociĂ©tĂ©. Or, dans les villes, les enfants ont dĂ©jĂ quasiment disparu des espaces publics. Dans un entretien donnĂ© au Monde en octobre 2022, ClĂ©ment RiviĂšre, maĂźtre de confĂ©rences en sociologie Ă lâuniversitĂ© de Lille, parlait dâ « enfants dâintĂ©rieur » et de « la culture de la chambre ». Pour les plus jeunes, lâespace Ă explorer se rĂ©duit drastiquement, au point de prendre des allures carcĂ©rales. RĂ©sultat, ils Ă©voluent dĂ©sormais presque exclusivement sous le regard des adultes, dans les pays occidentaux, mais pas seulement.
En CorĂ©e du Sud, les enfants sont depuis quelques annĂ©es persona non grata dans certains parcs, restaurants, musĂ©es ou bibliothĂšques. Le 3 janvier, le ministĂšre de la santĂ© a lancĂ© une campagne de communication pour tenter dâenrayer ce phĂ©nomĂšne, dans un pays en proie Ă un dĂ©clin dĂ©mographique accĂ©lĂ©rĂ©, avec un taux de fĂ©conditĂ© Ă 0,72 enfant par femme en 2023 (1,68 en France). Selon une Ă©tude publiĂ©e en 2023 par le centre de recherche de Hankuk, 73 % des adultes corĂ©ens se disent favorables Ă lâexistence de ces espaces sans enfants, au nombre de 600 environ aujourdâhui.
Autre exemple : aux Pays-Bas, en 2019, les autoritĂ©s ont ordonnĂ© la fermeture de la cour de rĂ©crĂ©ation dâune Ă©cole primaire Ă NimĂšgue Ă la suite de la pĂ©tition lancĂ©e par les rĂ©sidents dâun nouvel immeuble construit prĂšs de lâĂ©tablissement, recueillant 4 000 signatures. En cause : le niveau de dĂ©cibels.
En France, cette intolĂ©rance aux marmots va jusquâĂ se glisser dans les rites sociaux les plus anciens comme le mariage. Il nâest plus rare que lâon prie les invitĂ©s de venir festoyer sans leur progĂ©niture. « Ce nâest pas une pratique marginale ; nous avons de plus en plus de demandes Ă©manant gĂ©nĂ©ralement de gens plutĂŽt jeunes, provenant de catĂ©gories socioprofessionnelles assez favorisĂ©es », constate Morgane DucrĂ©tot, qui dirige lâagence My Daydream Wedding.
DĂ©but septembre 2023, lorsquâils se sont mariĂ©s en Bretagne, Jade (28 ans) et Quentin (29 ans) ne comptaient aucun invitĂ© de moins de 16 ans parmi la centaine de convives. « Il y a toujours un enfant pour pleurer Ă la mairie ou Ă lâĂ©glise et, en soirĂ©e, les parents sont accaparĂ©s, fatiguĂ©s, et doivent partir plus tĂŽt sans avoir pu profiter de lâĂ©vĂ©nement », justifie la jeune femme qui tient Ă rappeler que « ce jour, câĂ©tait [leur] jour ». Et de conclure : « Câest tout de mĂȘme plus agrĂ©able quand on nâa pas dâenfants dans les jambes. » Les mariĂ©s assurent ne pas avoir eu Ă subir de critique ou de rĂ©action hostile.
Une cĂ©rĂ©monie nuptiale sans enfants, vraiment ? LâidĂ©e ne fait pas consensus. « Un mariage, câest une fĂȘte de famille et les enfants font partie de la famille. Ils ne sont pas forcĂ©ment insupportables. Le plus souvent, ils sont plutĂŽt gentils et drĂŽles, non ? », sâindigne Guillaume, un archiviste presque quadragĂ©naire, qui a reçu une invitation Ă des noces « adults only ». Les organisateurs de mariages, eux, sont pris entre deux feux. « La problĂ©matique reste un peu dĂ©licate. Il faut savoir y mettre les formes », prĂ©vient Justine Huette, secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du Syndicat des wedding-planners de France. Sur les conseils de PlanâOn Event, lâagence qui a organisĂ© la cĂ©rĂ©monie, Jade et Quentin ont optĂ© pour cette formulation sur leur faire-part : « Les enfants se feront une joie de garder leurs grands-parents. »
Les wedding-planners ont peaufinĂ© un florilĂšge de tournures pour faire passer le message avec plus ou moins de tact.Lâinvitation peut ĂȘtre habilement directive (« Pensez Ă rĂ©server votre baby-sitter dĂšs maintenant ! »), ouvertement revendicative (« Sâil vous plaĂźt, respectez notre choix dâun mariage sans enfants »), carrĂ©ment lapidaire (« Adultes uniquement ») ou lĂ©gĂšrement hypocrite (« MalgrĂ© le bonheur que susciterait la prĂ©sence de vos enfants, nous avons dĂ» y renoncer car les lieux ne sây prĂȘtent pas »). Voire carrĂ©ment glaçante : « PiĂšce dâeau non surveillĂ©e » …
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Graindorge
InvitéMerci Raymond pour le partage. Qui a signĂ© l’article? Pas grave sinon
Je ne crois pas que ce soit une histoire de dĂ©cibels. Ces mĂȘmes personnes « kinesuporteplurien » et surtout pas les gosses, supportent sans moufter les dĂ©cibels d’un concert d’un de leurs groupes prĂ©fĂ©rĂ©s.
Peut-ĂȘtre que leur myĂ©line, la gaine des nerfs est endommagĂ©e.
Certains enfants aussi deviennent aussi difficiles, peut-ĂȘtre par excĂšs de consommation de sucre. J’en avais parlĂ© dans ce forum d’enfants dits « hyperactifs » Ă qui on avait sustituĂ© le sucre blanc ou roux par du miel, du sirop d’agave ou du sucre de coco et bien sĂ»r des fruits. Les rĂ©sultats ne se sont pas faits attendre. Et sans l’artillerie lourde de mĂ©dicaments.-
Raymond Domenech
InvitéJean-Michel Normand, avec plaisir
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Graindorge
Invitécomme j’ai bien aimĂ© son article, je partage un livre qu’il a Ă©crit en 2022. Ăa peut intĂ©resser des gens
Sexe et pouvoir
Jean-Michel Normand
Parution : mai 2022
29,95 $
DOCUMENTSLâexercice du pouvoir est intimement associĂ© Ă une forme dâĂ©rotisation. Depuis toujours, le sexe a partie liĂ©e avec la politique. Il se prĂ©sente comme lâun des avantages collatĂ©raux de la res publica, rĂšgle de lâordre du non-dit mais maintes fois vĂ©rifiĂ©e. Pourtant, les enjeux de la sexualitĂ© des puissants ne se rĂ©sument pas Ă leurs frasques ou leurs petits secrets. Ce livre sâattache Ă tenir la chronique des affaires de sexe qui ont eu une vĂ©ritable influence, voire un impact direct, sur le cours des Ă©vĂšnements historiques. Elles peuplent toutes les Ă©poques, ces amoureuses qui transformĂšrent des losers en dirigeants omnipotents (NapolĂ©on III et Mussolini peuvent les remercier) ou surent habilement manĆuvrer pour orienter les choix de leur grand homme, telle Anne Boleyn. Voire carrĂ©ment prendre leur place, comme lâimpĂ©ratrice de Chine Wu Zetian. Il faut bien chercher pour trouver des hommes qui poussĂšrent le sens du sacrifice jusquâĂ renoncer Ă leur destinâŠ
Lorsquâune situation devient critique ou quâun rival se fait trop puissant, le sexe offre aussi un terrain rĂȘvĂ© pour comploter tout Ă son aise, trahir ses alliĂ©s ou dĂ©signer un bouc Ă©missaire. Il arrive aussi que le no-sex devienne une arme redoutable, comme en tĂ©moigne lâaura confĂ©rĂ©e Ă Jeanne dâArc par sa virginitĂ©. Leur libido a souvent jouĂ© de drĂŽles de tours aux chefs dâĂtat, capables de prendre des dĂ©cisions parfaitement irrationnelles pour mettre une femme dans leur lit. Ă la veille de son assassinat par Ravaillac, Henri IV Ă©tait sur le point de dĂ©clencher une guerre avec lâEspagne par dĂ©pit amoureux. Sans oublier les consĂ©quences politiques de ce que lâon appelle pudiquement « les affaires de mĆurs », des sinistres « Ballets roses » de la IVe RĂ©publique au bunga-bunga berlusconien. Le sexe nâest pas seulement une composante de lâexercice du pouvoir, câest aussi un accĂ©lĂ©rateur du cours de lâHistoire.
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Carpentier
InvitéMerci pour lâintĂ©gral demandĂ© de ce papier publiĂ© dans le monde.
Les enfants, putain, il y a pu quâĂ lâĂ©cole quâon les tolĂšre parcâque câest obligatoire de les y mettre?https://www.liberation.fr/lifestyle/enfants-lespace-public-fait-le-mini-mome-20240218_S7ZHOQD7LBFPBF6LJBNF6BM35I/
Ce qui mâavait dâabord mis la puce Ă lâoreille Ă propos, ce sont les lignes, interrompues elles aussi pour cause de rĂ©siliation rĂ©cente de mon abonnement court et trĂšs temporairement Ă©conomique Ă libĂ©,
– du coup: tu sârais pas abonnĂ©.e Ă libĂ©ration par la mĂȘme?-
Raymond Domenech
InvitéTu prĂ©pares quelque chose autour du sujet ahah?
ENFANTS L’espace public fait le mini-mĂŽme
Par KIM HULLOT-GUIOT
Des hĂŽtels qui leur sont interdits, des restaurants oĂč il vaut mieux venir sans, des lieux dans la ville peu sĂ©curisĂ©s L’environnement urbain est devenu souvent hostile aux plus petits. Un constat qui inquiĂšte sociologues et chercheurs.
Vous les avez attendues toute l’annĂ©e, ces vacances d’hiver. Ah, le plaisir de glisser sur la poudreuse, de dĂ©valer les flancs de montagnes Ă toute allure, de boire une tasse de vin chaud aprĂšs l’effort en bas des pistes A moins que vous ne soyez plutĂŽt du genre Ă filer au soleil au mois de fĂ©vrier pour combattre le blues hivernal Sauf que voilĂ : Ă peine installĂ© dans le train ou dans l’avion, vous vous retrouvez entourĂ© d’une marmaille qui braille, et vous regrettez dĂ©jĂ d’ĂȘtre parti en beau milieu des vacances scolaires. Si vous faites partie de ceux qui admettent, de façon de plus en plus assumĂ©e, avoir du mal Ă supporter les enfants (des autres), le secteur de l’hĂŽtellerie et des transports a pensĂ© Ă vous.
DĂšs l’Ă©tĂ© dernier, plusieurs compagnies aĂ©riennes – Malaysia Airlines, Corendon Airlines – se sont fait remarquer en annonçant ouvrir des vols entiĂšrement ou partiellement rĂ©servĂ©s aux adultes. En d’autres termes, certains courriers, ou certaines zones de l’appareil, sont interdits aux enfants. Et les avions ne sont pas les seuls concernĂ©s par la tendance grandissante Ă exclure les bambins: en Europe, de l’Allemagne aux BalĂ©ares, depuis une dizaine d’annĂ©es, plusieurs centaines d’hĂŽtels ont dĂ©cidĂ© de ne plus les accueillir. Si la pratique n’est pas encore trĂšs commune en France, elle se dĂ©veloppe: il suffit d’aller sur le site de recension de restaurants et d’hĂŽtels TripAdvisor pour trouver une liste d’Ă©tablissements oĂč passer un sĂ©jour garanti sans enfant. Idem au restaurant: dans l’Hexagone ou encore en Belgique, plusieurs restaurateurs assument de ne plus accueillir les groupes comprenant des marmots -mĂȘme si cela peut les exposer, en France, Ă une amende (jusqu’Ă 75000 euros) voire Ă une peine de prison (cinq ans) pour discrimination par l’Ăąge, rappelle l’association de dĂ©fense des consommateurs UFC-Que Choisir. «Cette tentative d’invisibilisation des enfants traduit une montĂ©e de l’individualisme, une absence de volontĂ© de vivre avec l’autre et d’empathie, analyse la professeure des universitĂ©s en philosophie et sciences de l’Ă©ducation Edwige Chirouter, assez remontĂ©e. Trouver des solutions pour que tout le monde soit bien dans l’espace public ne peut pas passer par l’effacement des plus faibles.»
«ON NE SUPPORTE PLUS RIEN» Les enfants seraient-ils soudain devenus infrĂ©quentables? On ne va pas jouer les hypocrites: peiner Ă suivre une discussion au restaurant parce que les mĂŽmes de la table d’Ă cĂŽtĂ© font du bruit avec leurs couverts, voire des caprices, c’est la quasi-assurance de passer un moment pĂ©nible. Mais de lĂ Ă exclure toute une catĂ©gorie de la population de certains espaces de voyage et de loisir ? D’autant qu’au concours de l’impolitesse, les adultes peuvent aussi faire fort – comme ceux qui hurlent au tĂ©lĂ©phone en public ou qui perdent toute dignitĂ© Ă mesure que le niveau de la bouteille de vin commandĂ©e au resto baisse. Pour l’essayiste Emmanuelle Piquet, «il y a un paradoxe ultime : depuis une vingtaine d’annĂ©es, on a beaucoup travaillĂ© sur le fait que l’enfant est une personne, qu’il faut respecter ses besoins, qu’il soit heureux Cela crĂ©e des enfants plus autonomes, plus vifs, plus rebelles, qui se glissent moins dans le moule. Et dans le mĂȘme temps on ne supporte plus rien, on reste dans un rapport d’autoritĂ© descendante, on essaye de les contrĂŽler, de faire en sorte que rien ne dĂ©borde.» Edwige Chirouter abonde : «Ăa dit beaucoup du rapport de domination entre le monde des adultes et celui des enfants, qui ne peuvent pas se dĂ©fendre. Dans l’histoire, les enfants ont toujours Ă©tĂ© invisibilisĂ©s, c’est seulement depuis une soixantaine d’annĂ©es qu’ils ont gagnĂ© en droits.» Et la philosophe alerte: «On peut faire le parallĂšle entre les luttes fĂ©ministes et le droit des enfants. Dans la pĂ©riode rĂ©actionnaire que l’on vit – il suffit de voir comme Ă l’Ă©cole on revient Ă des politiques Ă©ducatives rĂ©actionnaires, on parle uniformes, discipline, autoritĂ©, comme si on avait Ă©tĂ© trop laxistes avant et qu’il fallait siffler la fin de la rĂ©crĂ© -, ce sont les droits des femmes comme des enfants sur lesquels on revient.» Alors que la natalitĂ© est en berne en France (moins de 700 000 bĂ©bĂ©s sont nĂ©s en 2023, contre 832799 en 2010, n’en dĂ©plaise Ă Emmanuel Macron et ses fantasmes de «rĂ©armement dĂ©mographique»), en raison notamment d’un manque de confiance en l’avenir, d’une entrĂ©e plus tardive des femmes dans la maternitĂ©, de la hausse du coĂ»t de la vie, mais aussi du nombre grandissant de jeunes gens qui assument de plus en plus ouvertement leur refus de devenir parents, que signifie cette exclusion progressive des enfants des espaces communs? «Je crois que c’est plutĂŽt un certain type de parents – ceux qui ont des jeunes enfants – que l’on essaye d’ex- Suite page 4
Suite de la page 3 clure, mais on ne le dit pas comme ça car ça serait moche, estime Emmanuelle Piquet. Etre parent aujourd’hui, c’est ĂȘtre soumis Ă des injonctions contradictoires (avoir de bons rapports avec ses enfants mais aussi faire en sorte qu’il rĂ©ussisse bien Ă l’Ă©cole, etc.), ĂȘtre sommĂ© de choisir son camp dans les dĂ©bats Ă©ducatifs, ça ne donne pas forcĂ©ment envie.» ClĂ©ment RiviĂšre, maĂźtre de confĂ©rences en sociologie Ă l’universitĂ© de Lille, a Ă©tudiĂ© dans le cadre de sa thĂšse la façon dont les parents et leurs enfants se dĂ©ploient dans l’espace public. «Il y a, en Occident, un long processus de retrait des enfants des espaces publics, cela s’est fait sur plusieurs siĂšcles et s’est poursuivi sur les derniĂšres dĂ©cennies, dĂ©taille-t-il. Plusieurs facteurs l’expliquent : la diffusion massive de l’automobile qui s’est en grande partie opĂ©rĂ©e au dĂ©triment de la place que les enfants pouvaient utiliser en ville, la pollution atmosphĂ©rique qui n’incite pas les parents Ă laisser leur enfant dehors, l’anxiĂ©tĂ© liĂ©e aux faits divers, et les progrĂšs techniques, avec l’avĂšnement d’Internet, des smartphones, des ordinateurs de maison, qui font que les enfants ont moins besoin d’ĂȘtre physiquement ensemble pour se parler ou jouer.» «Les enfants ne sont pas consultĂ©s» Les enfants sont-ils condamnĂ©s Ă rester Ă la maison ? Pas sĂ»r. «On est en train de revenir un peu sur ce confinement des enfants et de leurs jeux Ă des espaces trĂšs prĂ©cis, sur cette sorte de sĂ©grĂ©gation spatiale. D’ailleurs, plusieurs municipalitĂ©s, souvent socialistes ou Ă©cologistes, parlent de crĂ©er « des villes Ă hauteur d’enfant », c’est un vocable Ă la mode. C’est une dĂ©marche rĂ©vĂ©latrice de ce que les enfants ont perdu au fil du temps d’espace dans la ville.» Deux philosophies s’affrontent donc: d’un cĂŽtĂ© l’envie d’ĂȘtre peinard et de s’Ă©viter la compagnie d’enfants bruyants, de l’autre, l’ambition de (re)donner aux enfants toute leur place parmi les adultes. C’est l’objectif de certains cafĂ©s qui sont pensĂ©s spĂ©cifiquement pour accueillir les petits, comme le CafĂ©zoĂŻde, Ă Paris ou les Potes en ciel, Ă Lille. Dans ce dernier, ils sont «accueillis avant mĂȘme leurs parents, explique Charlotte Szmaragd, sa directrice. C’est un lieu intermĂ©diaire, qui dĂ©fend l’idĂ©e que l’enfant est une personne. Ce sont les adultes de demain, ils ont des choses Ă dire. L’Ă©cole, les centres sociaux sont trĂšs institutionnels. LĂ on fait des activitĂ©s artistiques et culturelles, on sert des boissons non alcoolisĂ©es Ă prix libre, les ados peuvent organiser des soirĂ©es C’est un lieu qui vit en fonction de leurs idĂ©es et leurs envies». Elle estime que «dans la sociĂ©tĂ©, les enfants sont soumis Ă des conduites, des rĂšgles, qui sont celles des adultes. Ils ne sont pas consultĂ©s». «La responsabilitĂ© des adultes, c’est de prendre la parole pour les enfants quand ils ne l’ont pas, remarque de son cĂŽtĂ© Edwige Chirouter. Les pouvoirs publics aussi doivent dĂ©fendre cela.» Ce type de rĂ©flexion ne se limite pas au milieu associatif ou Ă quelques municipalitĂ©s volontaristes. «Penser l’inclusion des enfants peut aussi passer par la crĂ©ation, dans les trains par exemple, de plus de wagons familiaux, avec des espaces de jeux, qui seraient plus agrĂ©ables pour les enfants eux-mĂȘmes, illustre Edwige Chirouter. Il faut inventer du vivre ensemble plutĂŽt que d’exclure.» A rebours de la tendance Ă ne plus vouloir supporter les enfants, des restaurateurs, y compris gastronomiques, rĂ©flĂ©chissent Ă©galement aux meilleures façons de les accueillir (lire ci-contre). Pour leur donner accĂšs Ă une diversitĂ© de mets et Ă©duquer leur goĂ»t, bien sĂ»r. Mais aussi parce qu’ils ont bien compris que les enfants d’aujourd’hui seront les consommateurs de demain ?
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Graindorge
InvitéRaymond: encore grand merci pour la gĂ©nĂ©rositĂ© du partage.
Dans cet article, il y a quand mĂȘme quelques bonnes nouvelles, ça fait plaisir. Des initiatives pour accueillir les enfants, des restaus qui ont la volontĂ© d’amĂ©liorer l’horrible et scandaleux MENU ENFANTS. -
Carpentier
InvitéMe demande plutĂŽt si, les 2 miens, je les Ă©trangle de suite ou bien ; )
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Graindorge
InvitéToi Carpentier? Ătrangler tes enfants? De rire alors car tu es la meilleure des mamans. Oui, j’exagĂšre mais pas tant
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Graindorge
InvitéCarpentier: n’oublions pas que ce n’est pas l’Ă©cole qui est obligatoire mais ce qu’ils appellent « L’instruction » Sauf que ils continuent Ă mettre des bĂątons dans les roues aux parents qui veulent faire l’Ă©cole Ă la maison. C’est pas le sujet d’ici mais bon comme parfois, ça arrive.
Pour ce qui est du choix de ne pas avoir d’enfants, personnellement, je pensais que puisqu’il y avait des orphelins, au lieu d’en ajouter ( des enfants sur terre) autant en adopter un.e ou 2. C’est un chemin de croix et je crois que c’est aussi un bizness donc j’ai laissĂ© tomber. Ătre maman, maternelle n’a rien avoir avec le fait d’avoir ou pas des enfants. Vite une garderie, vite l’Ă©cole Ă 3 ans ( au lieu de 6) vite va les chercher aprĂšs le boulot, vite le goĂ»ter, vite la tĂ©lĂ©, les jeux vidĂ©os, vite les devoirs, vite le dĂźner, vite une histoire ( parfois) vite le bisou, vite au lit. « tapasd’gossestu peupascomprendre »
Ah ça! Mais quand je gardais ceux de mes frangines, ceux de mes copines, on vidait les cartons pleins de jouets pour jouer avec…le carton. « ouimĂ©cĂ©paspareildejouerlesbabisiterquedelesavoirenpermanence » En permanence?
Bon, l’ogre risque de se ramener, je me tais donc. Mais…
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Charles
InvitéQuelqu’un pour copier-coller l’intĂ©gralitĂ© de cet article : https://aoc.media/analyse/2024/02/27/emmanuel-macron-un-revolutionnaire-conservateur/
Merci.-
Tocard
InvitéEmmanuel Macron, un rĂ©volutionnaire conservateur
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Trop souvent le dĂ©bat â et la polĂ©mique â autour de la dĂ©rive « illibĂ©rale » de la France est rĂ©duite Ă la seule figure du prĂ©sident de la RĂ©publique. Quelle que soit lâhybris jupitĂ©rienne de ce dernier, son action sâinscrit dans un jeu de forces, Ă la fois synchronique et diachronique, dont il est souvent le simple jouet. Il est plus important de rĂ©flĂ©chir Ă des enchaĂźnements complexes de circonstances contingentes et hĂ©tĂ©rogĂšnes qui enclenchent, dans des situations historiques concrĂštes, de nouvelles configurations.
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L’injonction dâEmmanuel Macron Ă ses ministres de se montrer non « gestionnaires » mais « rĂ©volutionnaires » peut prĂȘter Ă haussement dâĂ©paules. On peut y voir aussi une manifestation supplĂ©mentaire du grotesque qui lui tient lieu de style politique dĂšs lors que sa prĂ©tention Ă ĂȘtre lui-mĂȘme « rĂ©volutionnaire » va de pair avec la rĂ©pression policiĂšre de tous ceux qui se le disent Ă©galement, avec plus de crĂ©dibilitĂ© que lui-mĂȘme.
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NĂ©anmoins, il nous faut prendre au sĂ©rieux cette pĂ©tition de principe « rĂ©volutionnaire » dont il se pourrait quâelle nous fournisse la clef dâintelligibilitĂ© du macronisme. AprĂšs tout, Emmanuel Macron a intitulĂ© son ouvrage de premiĂšre campagne prĂ©sidentielle RĂ©volution. Il se rĂ©clamait de temps nouveaux et entendait rejeter dans les poubelles de lâHistoire le vieux monde, non sans accents Ă©vangĂ©liques de born again de la RĂ©publique (ou de la monarchie ?). Volontiers « disruptif », il se veut homme de rupture et, pourquoi pas, de transgression, en lâoccurrence des « tabous », un mot rĂ©current dans son discours. Il se rĂȘve en prĂ©sident dâune start-up nation pour mieux se gausser des « Gaulois rĂ©fractaires ».
« En mĂȘme temps » il se dĂ©voile en conservateur profond. Il assume sans gĂȘne les poncifs les plus Ă©culĂ©s du roman national. OrlĂ©ans, le Mont-Saint-Michel, le Puy du Fou, Notre-Dame de Paris dĂ©limitent sa gĂ©ographie historique. Il reprend le vocabulaire traditionnel de la droite et souvent de lâextrĂȘme droite en rĂ©pondant Ă lâexplosion sociale des banlieues par la pensĂ©e magique de lâ « autoritĂ© », en se dressant contre lâimmigration, en luttant contre les narcotrafiquants par lâorganisation dâopĂ©rations « place nette » dont on a vu lâinanitĂ© en AmĂ©rique latine ou aux Philippines, en sâimposant dans la sphĂšre intime de la famille pour contrĂŽler les Ă©crans des ados et augmenter le nombre des bĂ©bĂ©s, et en Ćuvrant pour que la France « reste la France » quitte Ă paraphraser Ăric Zemmour. Il assume dĂ©sormais la remise en cause du droit du sol, fĂ»t-ce Ă doses homĂ©opathiques.
Par ailleurs sa « rĂ©volution » est surtout celle du capitalisme, en vue de sa systĂ©matisation Ă lâensemble de la vie sociale, et au prix dâun siphonage radical du secteur public au bĂ©nĂ©fice du secteur privĂ© dans les domaines de la santĂ©, de lâĂ©ducation, des transports, de la vieillesse, de la petite enfance, de lâadministration. Chef de lâEtat, Emmanuel Macron est le fondĂ© de pouvoir dâUber, dâAirbnb et de McKinsey dont il aimerait simplement que les opĂ©rateurs soient des chouans ou des bĂątisseurs de cathĂ©drale.
Le slogan initial du macronisme, sous couvert de ricĆurisme mal digĂ©rĂ©, doit donc ĂȘtre pris au sĂ©rieux, et au pied de la lettre. Il sâagit dâĂȘtre Ă la fois conservateur et rĂ©volutionnaire. Son attitude Ă lâĂ©gard de lâhomosexualitĂ© est Ă©loquente de ce point de vue.
Une part de son entourage politique le plus proche partage cette orientation sexuelle, Ă commencer par le Premier ministre, Gabriel Attal, et le nouveau ministre des Affaires Ă©trangĂšres, StĂ©phane SĂ©journĂ©, lesquels ont dâailleurs Ă©tĂ© compagnons « pacsĂ©s » en bonne et due forme de 2017 Ă 2022. Mais ce personnel politique gay friendly affiche des valeurs et un imaginaire politiques profondĂ©ment conservateurs au point dâintroduire dans la lĂ©gislation française la « prĂ©fĂ©rence nationale » chĂšre Ă la famille Le Pen, dont la loi contre lâimmigration du 19 dĂ©cembre a assurĂ© la « victoire idĂ©ologique », de son propre dire. Lâamour entre garçons, pourquoi pas, mais en uniforme et sans abaya.
Ce en quoi le macronisme ne se dĂ©marque pas autant de la droite ou de lâextrĂȘme droite quâon pourrait le penser. Le premier ministre notoirement homosexuel dans un gouvernement français fut nommĂ© par Giscard dâEstaing, le premier dĂ©putĂ© Ă faire son coming out fut un chiraquien, et Marine Le Pen se tint Ă distance de la Manif pour tous, ne serait-ce que parce que son bras droit de lâĂ©poque Ă©tait lui-mĂȘme homosexuel.
Loin de nous, naturellement, lâidĂ©e de voir dans le macronisme un complot LGBT. Si tel eĂ»t Ă©tĂ© le cas, ClĂ©ment Beaune serait encore au gouvernement. Mais le libĂ©ralisme sexuel peut se combiner avec des choix politiques ou Ă©conomiques des plus conservateurs, mĂȘme si la base Ă©lectorale ou militante de la droite et de lâextrĂȘme droite demeure sourdement homophobe â tout comme les Ćillades de Marine Le Pen aux juifs et Ă IsraĂ«l nâempĂȘchent pas nombre de membres du Rassemblement national dâĂȘtre antisĂ©mites. En GrĂšce, Ă la consternation de lâĂglise orthodoxe, un KyriĂĄkos MitsotĂĄkis fait voter le mariage entre personnes de mĂȘme sexe tout en flirtant avec les nĂ©o-nazis dâAube dorĂ©e.
La question est donc de savoir comment on peut « en mĂȘme temps » ĂȘtre un Premier ministre homosexuel et dĂ©noncer le « wokisme » ; reconnaĂźtre les crimes contre lâhumanitĂ© dont sâest rendue coupable la colonisation et stigmatiser les Ă©tudes postcoloniales ; conjuguer la nostalgie de lâAncien RĂ©gime et la start-up nation. De quoi ces contradictions apparentes, ou plutĂŽt ces tensions sont-elles le nom ?
De quelque chose que nous connaissons trĂšs bien dans lâhistoire europĂ©enne : Ă savoir la « rĂ©volution conservatrice » Ă laquelle en appela Hugo von Hofmannsthal lors de sa confĂ©rence « Les Lettres comme espace spirituel de la nation », donnĂ©e Ă Munich en 1927. Thomas Mann parlera plus tard, Ă ce propos, de « monde rĂ©volutionnaire et rĂ©trograde », de « romantisme technicisĂ© », dans une perspective critique[1].
Quelle que fĂ»t leur apprĂ©ciation normative, ces termes renvoyaient, Ă lâĂ©poque, au fascisme italien, au national-socialisme allemand, Ă toute une sĂ©rie de rĂ©gimes autoritaires dâEurope centrale et orientale qui peu ou prou lorgnaient vers ces modĂšles, aux mouvements politiques de cette inspiration, de ce « champ magnĂ©tique »[2] qui travaillaient entre les deux guerres les dĂ©mocraties libĂ©rales. Jây ajouterai pour ma part le rĂ©gime de parti unique de Mustafa Kemal qui fascina la droite nationaliste allemande dans son refus du Diktat de la paix de Versailles â en lâoccurrence du traitĂ© de SĂšvres â et le « socialisme dans un seul pays » que fit prĂ©valoir Staline en URSS, Ă partir de 1924, en Ă©pousant la passion nationale grand-russe, non sans obtenir de la sorte une certaine empathie de la part de la droite nationaliste allemande, anti-bourgeoise et anti-occidentale.
Dans tous ces rĂ©gimes lâon retrouvait un tel alliage entre deux orientations apparemment contradictoires : dâune part, une volontĂ© de rupture avec le monde ancien, ostensiblement mĂ©prisĂ©, que lâon ne projetait pas de restaurer â Ă lâinstar des rĂ©actionnaires Ă la Charles Maurras â mais que lâon voulait rĂ©gĂ©nĂ©rer par lâexaltation dâun Homme nouveau grĂące Ă une vraie rĂ©volution morale, culturelle, technologique, Ă©conomique et mĂȘme, parfois, sociale ; dâautre part, lâattachement Ă certaines catĂ©gories traditionnelles de la famille, de la sexualitĂ©, de lâautoritĂ©, de la nation, de lâidentitĂ© culturelle, quitte Ă bousculer leurs cadres institutionnels tels que les Ăglises, lâĂ©cole, lâUniversitĂ©, voire lâarmĂ©e ou la famille elle-mĂȘme, en dressant les enfants contre leurs parents, leurs professeurs, leurs gĂ©nĂ©raux et leurs prĂȘtres au nom des impĂ©ratifs de la rĂ©volution.
De nos jours nombre de rĂ©gimes renouent avec cette combinaison paradoxale. Ainsi de lâInde de Narendra Modi, de la Russie de Vladimir Poutine, de la Turquie de Recep Tayyip ErdoÄan, de la Hongrie de Viktor OrbĂĄn, de lâIsraĂ«l de Benjamin Netanyahou, de lâArgentine de Javier Milei, et de bien des Ătats subsahariens. Mon hypothĂšse, que jâai hasardĂ©e depuis 2017 dans diffĂ©rents mĂ©dias â Mediapart, Le Temps et Blast[3] â est quâEmmanuel Macron participe de cette tendance globale. Affirmation qui nĂ©cessite immĂ©diatement des mises en garde si lâon veut Ă©viter que le dĂ©bat ne sâĂ©gare dans les mĂ©andres de la polĂ©mique et dâune conception erronĂ©e de la comparaison.
Comparer Macron avec dâautres figures rĂ©volutionnaires conservatrices
Lâhistorien Paul Veyne nous rappelle que dans la langue française le verbe « comparer » comporte deux sens antithĂ©tiques : lâon compare Ă pour exprimer la similitude, lâon compare avec pour mettre en jeu la diffĂ©rence (ou la spĂ©cificitĂ©) au-delĂ de la similitude, Ă©ventuellement factice ou superficielle. Dans notre cas, il sâagit Ă©videmment de comparer Emmanuel Macron avec dâautres figures politiques contemporaines ou de lâentre-deux-guerres. Le lecteur sera suffisamment charitable pour ne pas me reprocher de le comparer Ă Hitler, Ă Mussolini ou Ă Poutine. Et dâailleurs il est moins question de comparer Emmanuel Macron Ă tel ou tel que de comparer la situation française dâaujourdâhui avec dâautres situations politiques, dâaujourdâhui ou dâhier.
Ce qui doit nous importer, ce sont bien des logiques de situation que servent des acteurs politiques, souvent Ă leur corps dĂ©fendant, ou sans mĂȘme quâils en soient conscients. Mon raisonnement relĂšve de la sociologie historique et comparĂ©e du politique plutĂŽt que dâune conception intentionnaliste des sciences sociales[4]. Cela ne diminue en rien le rĂŽle et la responsabilitĂ© personnelle des acteurs â en lâoccurrence dâEmmanuel Macron â mais nous interdit de limiter notre analyse Ă cette aune individuelle.
En dâautres termes il convient de distinguer les intentions ou lâorientation idĂ©ologique dâEmmanuel Macron et les dynamiques de situation dans lesquelles sâinscrit son action. Ces dynamiques sont celles des configurations politiques, sociales et culturelles du moment ou du passĂ© immĂ©diat. Mais elles sont Ă©galement tributaires de lâhistoricitĂ© propre de la sociĂ©tĂ© française, de sa mĂ©moire historique, de la panoplie des rĂ©pertoires idĂ©ologiques et discursifs quâelle a nouĂ©s au fil des siĂšcles, des rapports de force matĂ©riels et imaginaires qui se sont constituĂ©s dans le dĂ©roulĂ© des Ă©vĂ©nements.
Bref, le dĂ©bat aurait tort de se cantonner Ă la seule personne du prĂ©sident de la RĂ©publique et de prendre pour argent comptant son auto-identification puĂ©rile Ă tel ou tel dieu de lâAntiquitĂ© grecque, Jupiter ou Vulcain, selon les circonstances. Son projet nâest certainement pas de faire le lit de Marine Le Pen. Il nâempĂȘche que son action pave la route de celle-ci vers lâElysĂ©e, en 2027, si tant est quâune crise de rĂ©gime ne survienne pas auparavant Ă la faveur de lâĂ©videment progressif de son autoritĂ©.
Logique de situation, 1
Doivent notamment ĂȘtre pris en considĂ©ration cinq facteurs. Le premier dâentre eux est le positionnement politique quâa choisi Emmanuel Macron en 2017. Loin dâĂȘtre neuf celui-ci reprenait un vieux classique de lâhistoire europĂ©enne : lâaspiration Ă un « Ătat fort » dans une « Ă©conomie saine » que rĂ©clamaient Carl Schmitt et les Neuliberalen dans lâentre-deux guerres, câest-Ă -dire le rĂȘve dâun « libĂ©ralisme autoritaire », selon la formule du critique de ce dernier, le juriste social-dĂ©mocrate Hermann Heller.
Un tel positionnement, dans lâhistoire française, a une lignĂ©e bien prĂ©cise, celle de lâ « extrĂȘme-centre », qui part des « PerpĂ©tuels » de Thermidor aux technocrates nĂ©olibĂ©raux dâaujourdâhui en passant par le rĂ©formisme autoritaire de NapolĂ©on Ier et de NapolĂ©on III, le saint-simonisme, les rĂ©formateurs Ă©tatistes de la fin de la TroisiĂšme RĂ©publique et de Vichy, les hauts fonctionnaires des Trente Glorieuses, puis de lâ ge nĂ©olibĂ©ral[5].
Or, la constante de cette orientation politique a toujours Ă©tĂ© une sourde dĂ©fiance Ă lâencontre de la dĂ©mocratie et du peuple, postulĂ© incapable de comprendre le sens de lâHistoire, la nĂ©cessitĂ© des rĂ©formes, les bienfaits de lâaccumulation primitive de capital. Des Gaulois rĂ©fractaires, vous dis-je ! Sans que lâon sache trop sâil connaĂźt lâorigine et la signification historique de cette expression, Emmanuel Macron se rĂ©clame explicitement de lâ « extrĂȘme centre ».
Cela ne le prĂ©dispose pas Ă jouer la dĂ©mocratie contre la montĂ©e Ă©lectorale de lâextrĂȘme droite quâil prĂ©tend pourtant endiguer en appliquant son programme, Ă la façon dâun Viktor OrbĂĄn. Cela risque mĂȘme de lâinstaller mĂ©caniquement dans la position du chancelier BrĂŒning, gouvernant par dĂ©cret lâ « Ă©conomie saine » avant dâĂȘtre balayĂ© par le national-socialisme. Le recours immodĂ©rĂ© aux ordonnances, aux dĂ©crets et au 49.3 participe de cette pesanteur.
Dâores et dĂ©jĂ Emmanuel Macron, tout jupitĂ©rien quâil soit, entĂ©rine lâinstauration dâune forme dâEtat corporatiste au sein duquel la Police et la FNSEA ont pris le contrĂŽle, respectivement, du maintien de lâordre et de lâagriculture, dans une perspective de dĂ©fense dâintĂ©rĂȘts catĂ©goriels, dĂ©connectĂ©e de lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. Il est de plus en plus patent que lâarmĂ©e prend le chemin de cette autonomisation, notamment dans le cadre du Conseil de dĂ©fense, entitĂ© non constitutionnelle quâavait mise en place François Mitterrand pour contourner le contrĂŽle parlementaire et la rĂ©ticence de son ministre de la DĂ©fense, Pierre Joxe, vis-Ă -vis de lâintervention militaire de la France au Rwanda.
De maniĂšre gĂ©nĂ©rale la conjonction de lâabsence de majoritĂ© parlementaire, du libĂ©ralisme Ă©conomique et du mĂ©pris de lâadministration, qualifiĂ©e dâ « Ătat profond », a conduit Ă la systĂ©matisation dâun gouvernement camĂ©ral, par conseils, dĂ©sormais plus souvent privĂ©s que publics, dans les diffĂ©rents domaines de la vie de la nation.
Logique de situation, 2
Un deuxiĂšme facteur est lâinstauration Ă bas bruit, ces derniĂšres dĂ©cennies, dâun Ătat policier sous couvert de lutte contre le terrorisme et contre lâimmigration ou de la prĂ©paration des Jeux Olympiques, sous la pression continue de lobbies industriels, et Ă la faveur du dĂ©veloppement des nouvelles technologies numĂ©riques.
Depuis vingt-cinq ans les lois liberticides se sont multipliĂ©es, la plupart des dispositions prises sous lâĂ©tat dâurgence ont Ă©tĂ© ensuite introduites dans le droit ordinaire, et la numĂ©risation du contrĂŽle de nos vies privĂ©es ou professionnelles sâest amplifiĂ©e de maniĂšre exponentielle. Un habitus policier sâest imposĂ© : Ă la population, singuliĂšrement celle des banlieues populaires, mais aussi au gouvernement dont les ministres de lâIntĂ©rieur successifs ne sont plus que les reprĂ©sentants des syndicats policiers dans lâarĂšne politique.
Le plus grave a trait non seulement Ă lâimpuissance des organisations ou des institutions publiques en charge de la dĂ©fense des libertĂ©s, mais aussi et surtout Ă lâindiffĂ©rence ou lâinconscience des citoyens, en dĂ©pit des avertissements de personnalitĂ©s souvent issues de la droite, telles que lâĂ©crivain François Sureau, pourtant proche dâEmmanuel Macron, ou lâancien DĂ©fenseur des droits, le chiraquien Jacques Toubon. Le consumĂ©risme niais a dĂ©sactivĂ© la conscience politique critique, et les libertĂ©s sont allĂšgrement sacrifiĂ©es sur lâautel du dernier modĂšle de lâiPhone.
Nous nâen prendrons quâun exemple, tirĂ© de la vie quotidienne. La gĂ©nĂ©ralisation des contrĂŽles routiers automatiques, par radar et vidĂ©osurveillance, a privĂ© lâautomobiliste de toute possibilitĂ© effective de contestation de son Ă©ventuelle verbalisation, y compris lorsque son identitĂ© a Ă©tĂ© usurpĂ©e ou lorsque la signalisation est dĂ©fectueuse : tout simplement parce que lâagent administratif saisi de la rĂ©clamation ne peut y passer que quelques minutes, sans prendre connaissance du fond, et se contente donc de la rejeter, politique du chiffre oblige.
La France a Ă©tĂ© condamnĂ©e par la justice europĂ©enne, mais ne donne pas suite[6]. Demain les contrĂŽles de la foule, puis des individus, par les technologies de lâintelligence artificielle, de la reconnaissance faciale et de la biomĂ©trie, dont le loup a Ă©tĂ© introduit dans la bergerie des Jeux Olympiques â comme en Chine â, livrera tout un chacun Ă lâarbitraire algorithmique de la Police.
Dans cette dĂ©mission gĂ©nĂ©rale il nâest plus guĂšre de personnes pour sâindigner de lâabsence de tout juriste constitutionnaliste au sein du Conseil constitutionnel, par exemple, ou encore des crimes quotidiens contre lâhumanitĂ© dont se rend coupable la France, au mĂȘme titre que le reste de lâUnion europĂ©enne, dans sa lutte contre lâimmigration â laquelle provoque la mort, chaque annĂ©e, de plusieurs milliers dâindividus. Un ministre de lâIntĂ©rieur peut mĂȘme benoitement annoncer quâil nâappliquera pas les dĂ©cisions de justice du Conseil dâĂtat ou de la Cour europĂ©enne des droits de lâHomme et ĂȘtre reconduit dans ses fonctions.
Sans crainte du ridicule, un garde des Sceaux, pĂ©naliste rĂ©putĂ©, peut ĂȘtre blanchi par la Cour de justice de la RĂ©publique du chef dâaccusation de prise illĂ©gale dâintĂ©rĂȘts au prĂ©texte quâil nâavait pas compris le conflit desdits dans lequel il se trouvait. Un secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de lâĂlysĂ©e, mis en examen, peut, sans sourciller, annoncer la composition dâun gouvernement dans lequel figure une ministre de la Culture elle-mĂȘme mise en examen.
Nous sommes bien dans le gouvernement du grotesque, propice Ă la tyrannie. LâĂtat de droit â sans mĂȘme parler de la RĂ©publique « exemplaire » que revendiquait Emmanuel Macron â nâest plus quâun trompe-lâĆil qui ne parvient pas Ă faire oublier les dizaines de manifestants ou de simples passants mutilĂ©s par la rĂ©pression policiĂšre et lâusage dâarmes lĂ©tales indignes dâune dĂ©mocratie, violence institutionnelle qui vaut Ă la France des remontrances rĂ©pĂ©tĂ©es de la part des Nations unies et des institutions europĂ©ennes.
Autrement dit, sur plusieurs dĂ©cennies, les gouvernements successifs, quâils soient de gauche, de droite ou dâ « en mĂȘme temps », ont mis en place un arsenal lĂ©gislatif, rĂ©glementaire et coutumier qui donnera au Rassemblement national les clefs dâun Ătat autoritaire contre lequel la sociĂ©tĂ© française nâa plus guĂšre de dĂ©fense immunitaire.
Logique de situation, 3
Le troisiĂšme facteur qui menace insidieusement la RĂ©publique française est la mise en place dâun systĂšme de dĂ©sinformation aux mains de lâextrĂȘme droite et de la droite traditionaliste, plus ou moins religieuse et identitariste, que relayent dans lâopinion les rĂ©seaux sociaux, parfois infĂ©odĂ©s Ă des rĂ©gimes rĂ©volutionnaires conservateurs Ă©trangers, tels que celui de Vladimir Poutine.
Se diffusent de la sorte, dans les veines de la sociĂ©tĂ© française, les « minuscules doses dâarsenic » dâune novlangue dont un Victor Klemperer a magistralement dĂ©montrĂ© lâefficace au sujet du TroisiĂšme Reich[7]. Non seulement Emmanuel Macron â pas plus, cela va sans dire, que Les RĂ©publicains, dĂ©sormais acquis Ă cette vision du monde â ne sây oppose pas, en dĂ©pit de son animositĂ© personnelle Ă lâencontre de Vincent BollorĂ©, mais il encourage ses ministres Ă investir ces mĂ©dias, câest-Ă -dire Ă en reprendre les codes de langage et le style culturel qui deviendra vite un « style de domination »[8] quand le Rassemblement national parviendra au pouvoir.
DĂšs maintenant cette adoption de la langue de lâidentitarisme xĂ©nophobe se traduit en termes lĂ©gislatifs, comme on lâa vu avec le vote et la promulgation de la loi contre lâimmigration qui certes a Ă©tĂ© en partie censurĂ©e, mais non pour des raisons de fond, plutĂŽt parce quâelle comportait des « cavaliers lĂ©gislatifs ». Chose plus grave, elle est en adĂ©quation avec la pensĂ©e profonde du chef de lâĂtat dont les choix sĂ©mantiques trahissent son adhĂ©sion Ă un imaginaire certes libĂ©ral et global â celui dâune « Ă©conomie saine » â mais aussi autoritaire et bien franchouillard, celui dâun « Ătat fort ».
La recherche de Damon Mayaffre, spĂ©cialiste au CNRS de linguistique informatique, est riche dâenseignements de ce point de vue. Elle dĂ©montre quâEmmanuel Macron recourt de maniĂšre presque obsessionnelle au « r- Ă lâinitiale », câest-Ă -dire en dĂ©but de mot : Retrouver, Recouvrer, Refonder, Restaurer, Reconstruire, RĂ©armer, etc. Câest au fil de ce penchant quâil rebaptise Renaissance son mouvement En marche, quâil crĂ©e un Conseil national de la refondation, quâil institue un ministĂšre de la RĂ©invention dĂ©mocratique.
Ce vocabulaire donne une orientation particuliĂšre au r- Ă lâinitiale de son dĂ©sir de RĂ©volution ou de Renaissance qui ne peut plus guĂšre cacher ses « affinitĂ©s Ă©lectives » (Max Weber) avec la « renaissance » ou la « rĂ©volution nationale » de Philippe PĂ©tain, lui aussi tiraillĂ© entre une sensibilitĂ© purement rĂ©actionnaire et des vellĂ©itĂ©s dâ « Homme nouveau » quâincarnaient une partie de ses soutiens ou de ses alliĂ©s, souvent issus du catholicisme, et que lâon retrouvera parfois dans la rĂ©organisation du patronat français au cours des Trente Glorieuses[9].
Il est dâailleurs rĂ©vĂ©lateur quâEmmanuel Macron ait rabrouĂ© sa PremiĂšre ministre Ălisabeth Borne lorsque celle-ci condamna toute indulgence idĂ©ologique Ă lâĂ©gard de Philippe PĂ©tain. Consciemment ou non, il reprend Ă son compte le vieux rĂȘve de rĂ©conciliation â encore un r- Ă lâinitiale â entre de Gaulle et PĂ©tain que caressa longtemps lâextrĂȘme droite et quâa rĂ©veillĂ© Ăric Zemmour pendant sa campagne prĂ©sidentielle de 2022. Mais, « en mĂȘme temps », son rĂ©pertoire est martial, dans le domaine de la sĂ©curitĂ©, de lâĂ©conomie, de la santĂ©, de la dĂ©mographie.
Il est donc potentiellement compatible avec la thĂ©matique de la « guerre culturelle », le grand cheval de bataille des rĂ©volutionnaires conservateurs urbi et orbi quâil a enfourchĂ© sans vergogne (ou invitĂ© sa garde rapprochĂ©e Ă enfourcher) en 2020 pour dĂ©noncer le « wokisme », le « sĂ©paratisme », le « grand effacement », la « dĂ©civilisation » et autres Ă©noncĂ©s chers Ă la Nouvelle Droite qui a su les instiller dans le dĂ©bat public depuis la fin des annĂ©es 1970 au point de les rendre hĂ©gĂ©moniques[10].
Logique de situation, 4
Un quatriĂšme facteur intervient dans la dĂ©rive de la dĂ©mocratie française, dâautant plus redoutable quâil se pare des vertus de la dĂ©centralisation. Cette derniĂšre peut donner naissance Ă des bonapartismes locaux, un « style de domination » dont Georges FrĂȘche a Ă©tĂ© pionnier, Ă Montpellier, mais quâillustrent aujourdâhui, dâun cĂŽtĂ© et de lâautre de lâĂ©chiquier politique, un Laurent Wauquiez, une Anne Hidalgo ou une ValĂ©rie PĂ©cresse.
Lorsque lâorientation idĂ©ologique du CĂ©sar local sây prĂȘte, il y a lĂ un potentiel rĂ©volutionnaire conservateur que lâon ne doit pas nĂ©gliger : parce quâil est susceptible de sâactualiser dans des territoires oĂč prĂ©vaut un rĂ©gime de presse unique, sans contre-pouvoir mĂ©diatique, du fait du monopole dont jouissent les quotidiens rĂ©gionaux ; parce que les collectivitĂ©s locales, les associations, les institutions universitaires sont tributaires des subventions du conseil rĂ©gional, voire du prĂ©sident ou de la prĂ©sidente en personne ; parce que prĂ©vaut dans lâensemble du territoire national une sourde dĂ©fiance Ă lâencontre du « parisianisme », câest-Ă -dire, souvent, des Ă©lites intellectuelles critiques.
Il sera sans doute difficile Ă un Laurent Wauquiez dâobtenir la suppression de lâenseignement de la sociologie dans la rĂ©gion Auvergne-RhĂŽne-Alpes, comme est parvenu Ă le faire son homologue de Floride, mais nous le voyons dĂ©jĂ faire un usage trĂšs discrĂ©tionnaire des subventions dans le domaine culturel, couper le financement rĂ©gional de Sciences Po Grenoble suspectĂ© dâislamo-gauchisme, exiger avec succĂšs lâannulation dâun colloque universitaire sur la Palestine Ă Lyon.
PlacĂ©s sous la coupe de la Place Beauvau et de lâĂlysĂ©e, les prĂ©fets ne sont pas les meilleurs remparts de la dĂ©fense de lâĂtat de droit au niveau rĂ©gional dĂšs lors que lâExĂ©cutif prend avec celui-ci des libertĂ©s croissantes Ă lâĂ©chelle nationale. Durant la pandĂ©mie de Covid-19 lâon a ainsi vu les uns et les autres marcher main dans la main pour imposer lâun des confinements les plus sĂ©vĂšres et policiers de lâEurope, le ministĂšre de lâIntĂ©rieur invitant, le 20 mars 2020, les maires et les prĂ©fets Ă utiliser la « totalitĂ© de leurs pouvoirs de police » pour durcir les mesures nationales, Ă lâimage du maire de Nice qui venait de dĂ©crĂ©ter un couvre-feu en sus des restrictions apportĂ©es par Paris Ă la circulation des personnes. 210 municipalitĂ©s se sont prĂȘtĂ©es de leur propre grĂ© Ă la manĆuvre.
Par ailleurs prĂ©fets et maires ont rivalisĂ© de zĂšle pour interdire lâaccĂšs Ă des espaces verts ou sauvages, tels que forĂȘts, plages et montagnes, dans une logique plus punitive que sanitaire, et au risque dâaggraver le coĂ»t mental du grand enfermement dont nous nâavons peut-ĂȘtre pas encore pris toute la mesure.
Le bonapartisme local rend dâautant plus menaçant lâamendement de la loi visant Ă renforcer la sĂ©curitĂ© et la protection des Ă©lus, adoptĂ© le 7 fĂ©vrier par le Parlement, et qui fait bĂ©nĂ©ficier tout « titulaire dâun mandat Ă©lectif public ou candidat Ă un tel mandat » dâun dĂ©lai de prescription dâun an pour porter plainte en cas de diffamation ou dâinjure publique (au lieu de trois mois actuellement).
La porte est ouverte Ă la multiplication des procĂ©dures bĂąillons Ă lâinitiative des Ă©diles. Les organisations syndicales des journalistes y voient une Ă©pĂ©e de DamoclĂšs pesant sur les rĂ©dactions et les Ă©diteurs de presse alors quâ« Ă©normĂ©ment de maires ou de prĂ©sidents de conseil rĂ©gional mettent dĂ©jĂ une pression de dingue sur la presse quotidienne rĂ©gionale », selon Christophe Bigot, prĂ©sident de lâAssociation des avocats praticiens du droit de la presse : « Sous le couvert de lutte contre la haine qui se dĂ©verse sur les rĂ©seaux sociaux, objectif lĂ©gitime dans nos sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques, câest toute la critique de lâaction des Ă©lus qui est concernĂ©e »[11].
Logique de situation, 5
Enfin il faut souligner que ces logiques de situation sont connectĂ©es Ă celles, du mĂȘme ordre, qui prĂ©valent Ă lâĂ©tranger. Sur notre continent, bien sĂ»r, et dâautant plus que les libĂ©raux ou les sociaux-dĂ©mocrates nâont pas le monopole de lâidĂ©e europĂ©enne, comme persistent Ă le croire les bons esprits. LâextrĂȘme droite ou la droite identitaristes ont elles aussi une conception plus ou moins partagĂ©e de lâEurope, en dĂ©pit des divisions de ces courants au Parlement de Strasbourg.
Tant et si bien que nous voyons maintenant Emmanuel Macron et Marine Le Pen rivaliser en amabilitĂ©s Ă lâendroit de Giorgia Meloni ou de Viktor OrbĂĄn. Une part apprĂ©ciable de lâĂ©chiquier politique, Ă lâextrĂȘme droite mais aussi Ă la gauche de la gauche â notamment, chez les Insoumis â affiche une certaine sympathie pour Vladimir Poutine, nonobstant son invasion de lâUkraine. La France, de concert avec lâItalie et la Commission de lâUnion europĂ©enne, flatte et finance lâerratique prĂ©sident KaĂŻs SaĂŻed, hĂ©raut de la rĂ©volution conservatrice tunisienne, complotiste et antisĂ©mite, mais dont on escompte, bien naĂŻvement, lâintercession dans lâendiguement de lâĂ©migration africaine.
Un calcul infĂąme qui prĂ©side dĂ©jĂ aux relations de lâEurope avec les milices criminelles de Libye et le gouvernement de Recep Tayyip ErdoÄan en Turquie. Emmanuel Macron a fait du pogromeur Narendra Modi lâinvitĂ© dâhonneur de la cĂ©lĂ©bration du 14 juillet 2023 et a acceptĂ© dâĂȘtre le sien pour la fĂȘte nationale indienne â Joe Biden ayant dĂ©clinĂ© ce privilĂšge douteux â alors que lâinauguration du trĂšs contestĂ© temple de Ram, Ă Ayodhya, lançait la campagne Ă©lectorale sur les rails outranciĂšrement identitaristes et antimusulmans de lâhindutva.
Bien que la droite traditionaliste française soit plutĂŽt catholique et relativement Ă©trangĂšre Ă lâunivers charismatique de la Religious Right Ă©tatsunienne et que les questions de mĆurs nâaient pas la mĂȘme acuitĂ© dans lâHexagone quâen AmĂ©rique, la victoire Ă©lectorale de Donald Trump donnera(it) un coup de fouet Ă la rĂ©volution conservatrice qui sâest enclenchĂ©e en France et dont Emmanuel Macron est devenu nolens volens le fourrier. On sait combien les rĂ©seaux dâinfluence liĂ©s Ă lâalt-right sont trĂšs actifs en Europe, Ă partir de Budapest, Bruxelles et Rome, mĂȘme si Steve Bannon nây a pas rencontrĂ© tous les succĂšs quâil escomptait. Ses techniques et son style de communication font en tout cas florĂšs et empoisonnent dĂ©sormais la dĂ©mocratie française dâun jet continu de « minuscules doses dâarsenic ».
Enfin, dans la lĂ©gitime Ă©motion quâont suscitĂ©e lâoffensive du Hamas, le 7 octobre, et les crimes contre lâhumanitĂ© auxquels elle a donnĂ© lieu, les relais de la droite et de lâextrĂȘme-droite israĂ©liennes dans lâHexagone ont intensifiĂ© leur pression idĂ©ologique et sont largement parvenus Ă neutraliser toute rĂ©flexion indĂ©pendante, notamment universitaire, sur la fuite en avant « illibĂ©rale » de Benjamin Netanyahou, sur sa compromission avec le suprĂ©macisme juif et sur la question palestinienne, en assimilant la critique du gouvernement de Tel Aviv/JĂ©rusalem Ă lâantisionisme et Ă lâantisĂ©mitisme, non sans bĂ©nĂ©ficier de lâappui dâEmmanuel Macron dont les ministres et les prĂ©fets ont pris diffĂ©rentes mesures rĂšglementaires et policiĂšres pour Ă©touffer le dĂ©bat, quitte Ă mettre un peu plus en pĂ©ril la libertĂ© scientifique.
Agissant comme de vĂ©ritables milices numĂ©riques, des groupes comme la « Brigade juive » (rĂ©cemment rebaptisĂ©e « Dragons cĂ©lestes »), « Swords of Salomon » ou « AmIsraĂ«l-Team Action » pratiquent le doxing Ă lâencontre de militants, de journalistes, dâĂ©lus, dâavocats jugĂ©s pro-Palestiniens en publiant leurs coordonnĂ©es personnelles sur les rĂ©seaux sociaux pour dĂ©clencher une campagne de harcĂšlement tĂ©lĂ©phonique contre eux et leurs proches. Une chercheuse comme Florence Bergeaud-Blackler ne rĂ©pugne pas Ă sâassocier Ă ce genre de procĂ©dĂ©s en taxant dans ses derniers Ă©crits de « frĂ©ristes » (câest-Ă -dire de « FrĂšres musulmans » ou de soutiens de ceux-ci) tels ou tels de ses collĂšgues ou diverses personnalitĂ©s[12].
LâenchaĂźnement des bifurcations
Encore une fois ce serait mal lire cet article que dâen rĂ©duire lâanalyse au seul niveau de lâintentionnalitĂ© des acteurs et de la cohĂ©rence de leurs politiques publiques. Lâessentiel tient aux effets dâenchaĂźnements, souvent involontaires, voire non pensĂ©s, Ă lâenfilement de bifurcations parfois anodines dont lâhistorien Philippe Burrin a dĂ©gagĂ© lâimportance dans les itinĂ©raires personnels des parties prenantes des rĂ©volutions conservatrices de lâentre-deux-guerres et de la collaboration avec lâoccupant nazi[13]. Les circonstances dans lesquelles sâeffectuent ces choix et ces glissements sont frĂ©quemment contingentes, tantĂŽt dramatiques tantĂŽt banales.
De ce point de vue la pandĂ©mie de la Covid-19, la prĂ©paration des Jeux Olympiques de 2024, lâacceptation implicite et progressive de la numĂ©risation du monde sans quâaucune protection rĂ©elle des libertĂ©s publiques ne soit mise en Ćuvre, sa marchandisation effrĂ©nĂ©e et la privatisation de lâespace public qui sâen suit apparaĂźtront sans doute aux historiens comme autant dâantichambres de lâĂtat autoritaire quâĂ©rigera le Rassemblement national en 2027, sinon avant en cas dâeffondrement des institutions.
On ne pourra comprendre ce basculement de la France, « patrie des droits de lâHomme », dans la rĂ©volution conservatrice que si lâon voit comment celle-ci rĂ©pond, lĂ comme ailleurs, au ressentiment â le grand carburant Ă©motionnel de ce genre de rĂ©gimes[14] â dâune partie croissante de la population. Ressentiment que nourrissent lâaccroissement, de plus en plus indĂ©cent, des inĂ©galitĂ©s, le dĂ©clin Ă©conomique des classes moyennes, lâassombrissement de lâavenir ; lâimpression du dĂ©classement de la France et plus largement de lâEurope ou du monde occidental face Ă la montĂ©e de la Chine ; la nostalgie confuse de la « perte de lâEmpire », de rose coloriĂ© sur les cartes des Ă©coles communales quâont encore frĂ©quentĂ©es les vieilles gĂ©nĂ©rations ; ou encore le traumatisme de la guerre dâAlgĂ©rie que des dizaines de milliers dâappelĂ©s et de rapatriĂ©s ont inoculĂ© dans les provinces faute de reconnaissance publique des faits, pudiquement qualifiĂ©s dâ « Ă©vĂ©nements ».
Et aussi colĂšre rentrĂ©e â traduction plus fidĂšle du der Groll de Max Scheler que le terme de ressentiment[15] â Ă lâencontre des technocrates, des intellos et des bobos de Paris, une colĂšre dont les Bonnets rouges, en 2013, les Gilets jaunes, en 2018, et les paysans, en janvier 2024, ont Ă©tĂ© la pointe acĂ©rĂ©e, mais que nombre dâobservateurs disent sentir frĂ©mir dans les profondeurs du pays et que met en forme Ă©lectorale le Rassemblement national.
Autant de malheurs, autant dâiniquitĂ©s dont on impute la responsabilitĂ© Ă lâAutre, fĂ»t-il de lâintĂ©rieur : lâĂ©tranger, lâimmigrĂ©, le rĂ©fugiĂ©. La corde est usĂ©e, mais elle sert encore. La similitude avec la fin du XIXe siĂšcle et lâentre-deux guerres est troublante, et elle nâa rien de rassurant. Seul le visage de lâIdiot utile de service a changĂ© : hier le Juif, le Rital, le Polak, le Chinois ou lâAsian ; aujourdâhui lâArabe, le Musulman, le Noir et Ă nouveau le Juif, supposĂ© tirer les ficelles du capitalisme financier dĂ©bridĂ© et, bien sĂ»r, du massacre de masse de Gaza, sans oublier le 11 Septembre et, pourquoi pas, les atrocitĂ©s de lâattaque du Hamas, le 7 octobre 2023, dans lesquelles dâaucuns reconnaissent sans trop de difficultĂ©s la main du Mossad.
Vue sous ces angles, la rĂ©volution conservatrice qui est en marche en France est banale, Ă lâaune de ce quâil se passe dans le reste du monde. Y compris en ce quâelle accompagne le passage dâun monde dâempires, gouvernant ses possessions par le truchement de la diversitĂ© ethnique et religieuse, Ă un monde dâĂtats-nations dont la domination est centralisatrice et unificatrice et dont la dĂ©finition de la citoyennetĂ© est dâorientation ethno-religieuse, au prix de lâassimilation coercitive, voire de la purification ethnique[16].
La transformation de lâidĂ©e laĂŻque, instituant la sĂ©paration de la religion et de lâĂtat et la neutralitĂ© de celui-ci par rapport Ă celle-lĂ , en laĂŻcitĂ© comme nouvelle religion nationale participe de cette logique de situation[17]. Lâarrogance universaliste de la Grande Nation ne changera rien Ă sa commensurabilitĂ© avec la Russie de Poutine, lâInde de Modi, la Turquie dâErdoÄan ou la Hongrie dâOrbĂĄn, sans mĂȘme parler de lâAmĂ©rique de Trump.
La responsabilité de Jupiter
Les partisans dâEmmanuel Macron en tirent la conclusion que celui-ci ne peut ĂȘtre tenu pour responsable dâune montĂ©e de lâidentitarisme qui frappe lâensemble du monde. Ă ce plaidoyer pro domo jâoppose plusieurs objections. Les unes relĂšvent de la trivialitĂ© du jeu politique. Pour garantir sa réélection en 2022 Emmanuel Macron a conclu un pacte faustien avec Nicolas Sarkozy, tenant de la « laĂŻcitĂ© positive » et de lâ « identitĂ© nationale » Ă laquelle il avait dĂ©diĂ© un ministĂšre en charge Ă©galement de lâimmigration pour que les choses soient bien claires, et auteur de lâignoble discours de Grenoble en 2010.
Avec la mĂȘme intention Emmanuel Macron a lancĂ©, en 2020, une campagne de rectification idĂ©ologique contre les Ă©tudes de genre, les Ă©tudes postcoloniales, le wokisme Ă laquelle il a attelĂ© son Premier ministre Jean Castex, son ministre de lâĂducation nationale Jean-Michel Blanquer et sa ministre de lâEnseignement supĂ©rieur FrĂ©dĂ©rique Vidal, sans rĂ©pugner Ă entonner la ritournelle de la Nouvelle Droite dâAlain de Benoist.
Entre exaltation du Mont-Saint-Michel comme « emblĂšme de lâuniversalisme français », participation Ă la messe du Pape François Ă Marseille, cĂ©lĂ©bration de la fĂȘte juive dâHanoukka dans lâenceinte de lâĂlysĂ©e et complaisance extrĂȘme Ă lâĂ©gard de lâenseignement privĂ© catholique sous contrat avec lâĂtat, de facto exonĂ©rĂ© de ses obligations lĂ©gales en matiĂšre de respect de la libertĂ© religieuse et philosophique de ses Ă©lĂšves, il sâest dĂ©finitivement affranchi, en 2023, de lâidĂ©e laĂŻque dans lâespoir de contenter Sa MajestĂ© mĂ©diatique Vincent BollorĂ© et lâĂ©lectorat de la droite traditionaliste ou extrĂȘme.
La compromission avec cette derniĂšre est donc allĂ©e jusquâau vote de la loi scĂ©lĂ©rate contre lâimmigration, non sans reprendre les Ă©lĂ©ments de langage du Rassemblement national ou de ReconquĂȘte ! sous forme de couper/coller. Elle se poursuit sous nos yeux avec la volontĂ© dâabroger le droit du sol Ă Mayotte et lâindivisibilitĂ© de la RĂ©publique.
Sous la loupe des historiens la responsabilitĂ© personnelle dâEmmanuel Macron dans lâaccession au pouvoir du Rassemblement national sera sans nul doute Ă©crasante. Et dâautant plus Ă©vidente quâau fond il adhĂšre sans doute largement, dans son intimitĂ©, sinon aux idĂ©es de celui-ci, du moins Ă sa conception de la nation et de lâhistoire françaises, ainsi quâil lâa laissĂ© poindre dĂšs sa premiĂšre campagne prĂ©sidentielle. On ne poursuit pas sans dommages ses Ă©tudes secondaires dans lâenseignement catholiqueâŠ
NĂ©anmoins, les « affinitĂ©s Ă©lectives » du macronisme avec la rĂ©volution conservatrice sont plus profondes que lâĂ©cume du petit jeu politicien ou des alĂ©as biographiques. Entre les deux guerres, les rĂ©volutions conservatrices, dans leurs diffĂ©rents avatars â fasciste, national-socialiste, kĂ©maliste, stalinien, etc. â avaient affaire avec le traumatisme de la guerre, de la dĂ©faite (ou de la « victoire mutilĂ©e » dans le cas de lâItalie) et de la terrible pauvretĂ© qui sâen Ă©tait suivie. Nous nâen sommes pas (encore ?) lĂ .
En revanche nous retrouvons dans notre Ă©poque immĂ©diatement contemporaine deux autres ingrĂ©dients des rĂ©volutions conservatrices de lâentre-deux guerres. Dâune part, les logiques de « masse », dont un Elias Canetti avait eu une profonde intuition, sous les visages de la « sociĂ©tĂ© de masse » de lâindustrialisation, de lâurbanisation et des mass media, de la « guerre totale », des pandĂ©mies â Ă commencer par celle de la grippe dite espagnole qui causa la mort de plus de personnes que la PremiĂšre Guerre mondiale[18].
Dâautre part, la mise en concurrence gĂ©nĂ©ralisĂ©e des individus, dans le cadre dâun capitalisme et dâun Ătat de plus en plus abstraits et propices aux explications complotistes de la marche du monde, selon les hypothĂšses respectives de Max Scheler et de Luc Boltanski[19].
Or, la politique dâEmmanuel Macron est liĂ©e Ă ces deux phĂ©nomĂšnes. Il promeut un capitalisme financier qui se confond avec sa numĂ©risation croissante, formidable accĂ©lĂ©rateur des effets de masse, en particulier par le biais des rĂ©seaux bien peu sociaux, et met en concurrence exacerbĂ©e les individus, non sans Ă©riger le burn-out en maladie professionnelle du siĂšcle. Il confie le gouvernement de la citĂ© â et lâavenir des adolescents, par le biais de Parcoursup â Ă des algorithmes ĂŽ combien abstraits et Ă©nigmatiques pour le commun des mortels. Il assume sans scrupules lâ « ubĂ©risation » du marchĂ© de lâemploi et le dĂ©mantĂšlement de lâĂtat-providence en acceptant dâaccroĂźtre le sentiment dâincertitude et de dĂ©classement de la majeure partie de la population, classes moyennes comprises.
En outre, la contingence de lâhistoire a voulu quâil ait dĂ» faire face Ă la pandĂ©mie de la Covid-19. Un dĂ©fi quâil a relevĂ© en mettant en scĂšne, sur le mode martial quâil affectionne, une guerre totale contre la maladie, menĂ©e dans lâenceinte camĂ©rale et aconstitutionnelle du Conseil de dĂ©fense et du Conseil scientifique, et en imposant au pays une « expĂ©rience dâobĂ©issance de masse » [20], un rĂ©gime de soupçon gĂ©nĂ©ralisĂ© Ă lâencontre des citoyens Ă partir de la procĂ©dure de lâ « attestation » (et de son Ă©ventuel contournement frauduleux, systĂ©matiquement suspectĂ© par les forces de lâordre), lâobligation de la vaccination, le fichage et la traque de la population, tout cela bien au-delĂ des seules nĂ©cessitĂ©s sanitaires.
Trop souvent le dĂ©bat â et la polĂ©mique â autour de la dĂ©rive « illibĂ©rale » de la France est rĂ©duite Ă la seule figure, honnie ou (de moins en moins) apprĂ©ciĂ©e, du prĂ©sident de la RĂ©publique. Quelle que soit lâhybris jupitĂ©rienne ou vulcanienne de ce dernier, son action sâinscrit dans un jeu de forces, Ă la fois synchronique et diachronique, dont il est souvent le simple jouet. Il est plus important de rĂ©flĂ©chir Ă des enchaĂźnements complexes de circonstances contingentes et hĂ©tĂ©rogĂšnes qui enclenchent, dans des situations historiques concrĂštes, de nouvelles configurations : ce que jâai nommĂ© des « moments dâhistoricitĂ© ».
Il nâa pas Ă©tĂ© suffisamment relevĂ©, par exemple, que les Ă©meutiers de juin 2023 ont Ă©tĂ© des enfants de la Covid qui ont vĂ©cu, Ă un Ăąge compliquĂ© et vulnĂ©rable, les effets dĂ©lĂ©tĂšres dâun confinement policier particuliĂšrement autoritaire dans leurs quartiers populaires, ayant donnĂ© lieu Ă un sur-contrĂŽle et une sur-verbalisation de la jeunesse, dans des conditions de promiscuitĂ© pĂ©nibles du fait de lâexiguĂŻtĂ© des logements.
Si lâon ajoute Ă cela le mĂ©pris de classe et la relĂ©gation dont leurs parents ont fait lâobjet aprĂšs avoir Ă©tĂ© flattĂ©s et mĂȘme exaltĂ©s par le verbe prĂ©sidentiel pour leur rĂŽle en « premiĂšre ligne » pendant la pandĂ©mie, tous les ingrĂ©dients ont Ă©tĂ© rĂ©unis pour lâexplosion de leur colĂšre ou de leur rage qui ont Ă©tĂ© immĂ©diatement criminalisĂ©es, « racialisĂ©es » et rĂ©primĂ©es et ont fourni un argumentaire facile aux tenants de lâordre et de lâautoritĂ©, sans que la moindre attention soit portĂ©e Ă la question de lâinĂ©galitĂ© croissante quâengendrent lâubĂ©risation de lâĂ©conomie et le dĂ©mantĂšlement des services publics.
De mĂȘme la pandĂ©mie et le confinement ont accĂ©lĂ©rĂ© la numĂ©risation de la sociĂ©tĂ© en contribuant Ă sa dĂ©shumanisation et Ă son abstraction croissantes, propices aux thĂ©ories complotistes, et Ă son contrĂŽle policier, potentiellement totalitaire. Mais la crise sanitaire de 2020-2021 sâest insĂ©rĂ©e dans le prolongement des politiques nĂ©olibĂ©rales suivies depuis les annĂ©es 1980 et de la surveillance policiĂšre de lâHexagone que nâont cessĂ© de reconduire, au fil des dĂ©cennies, lâOccupation allemande, la guerre dâAlgĂ©rie, la lutte contre le communisme et le gauchisme, la chasse aux migrants, les dispositions de la lutte anti-terroriste et de lâĂ©tat dâurgence, et enfin la « guerre » contre le virus.
La rĂ©volution conservatrice qui est en marche en France, comme dans de nombreux pays, nâest pas un caprice du prince, mais un fait de sociĂ©tĂ© et dâhistoire que lâon observe dans lâun des Ătats occidentaux les plus centralisĂ©s et les plus coercitifs en termes de ratio forces de lâordre/population, de contrĂŽles dâidentitĂ© et de violences policiĂšres, et dans lequel le pluralisme de la presse nâest plus de mise sur une bonne partie de son territoire. Câest ce qui la rend dâautant plus inquiĂ©tante.
Neuf ans aprĂšs une premiĂšre tentative de rĂ©introduction dans le code pĂ©nal de la dĂ©chĂ©ance de nationalitĂ©, la RĂ©publique française renoue avec lâĂtat français de Vichy en sâattaquant maintenant au droit du sol, hĂ©ritage de 1789, pour donner satisfaction Ă lâĂ©lectorat de lâextrĂȘme droite et valider la « victoire idĂ©ologique » de cette derniĂšre. Comme dans les pages les plus sombres de notre histoire lâĂ©tranger et les colonies fournissent Ă nouveau le banc dâessai de lâautoritarisme xĂ©nophobe et raciste. Plus quâun symptĂŽme, des retrouvailles, une rĂ©surgence. Bref, des « r- Ă lâinitiale », en pagaille.-
Charles
InvitéMerci.
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Tocard
InvitéIl n’y a pas de quoi! đ
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deleatur
InvitéTocard sait copier-coller. Je le savais đ
Merci quand mĂȘme tĂȘte de noeud.-
Tocard
Invitédeleatur: Tu veux que je t’offre une seconde chaise pour tenir compagnie Ă la premiĂšre?
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deleatur
InvitéLes autres sont plus ou moins cassĂ©es mais pour toi, ça fera l’affaire.
Viens, je t’invite.
Je t’offrirai un alcool assez cher et tu me parleras de ta misĂšre sociale.-
Tocard
Invitédeleatur: J’en sais rien. Disons que tout dĂ©pend de combien tu me payes.
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deleatur
InvitéComme les putes : les plus belles et les plus chĂšres !
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Tocard
Invitédeleatur: Ouais c’est ça, une pute qui fait la conversation. AprĂšs ça ne dit pas combien tu me proposes de l’heure.
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deleatur
InvitéGĂ©nĂ©ralement, c’est elle qui fixe le prix, un forfait pour la soirĂ©e et la nuit.
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Tocard
Invitédeleatur: 15K euros, ça me semble honnĂȘte. Par contre tu me payes le taxi pour le retour parce que t’as qu’une chaise et je ne dors pas par terre.
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Mélanie
Invitéeh bĂ©
toute une ambiance
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Carpentier
Invitési jamais, merci
+ remerciements anticipés-
Carpentier
InvitéCelui-ci aussi, si qqn, merci
Mort dâAkira Toriyama, crĂ©ateur de «Dragon Ball» : super saiyanara
https://www.liberation.fr/culture/bd/mort-dakira-toriyama-createur-du-manga-dragon-ball-a-bastons-rompues-20240308_T2EHGYFQWZD2RB5WQWAGI2APIU/-
Carpentier
Invité
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Fanny
InvitéEn Ă©cho aux Ă©changes sur l’IVG et la contraception, un tĂ©moignage.
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Il y a tout un monde entre les beaux principes et la vie telle qu’elle vient. Je me demande souvent si mon cas est reprĂ©sentatif. Si je n’ai pas une singuliĂšre poisse. Ce point est important, car il ne faudrait pas dresser un tableau trop sombre des mĂ©thodes contraceptives. Elles reprĂ©sentent un incontestable progrĂšs, et moi je ne reprĂ©sente peut-ĂȘtre que l’improbable. En tout cas, l’improbable fait partie des quelques-unes qui frĂ©quentent ce forum. L’improbable tient Ă faire savoir qu’elle est lĂ .
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Nous sommes loin de tout comprendre encore de nos corps. Suis-je la seule Ă avoir cette impression ? Pour mon premier enfant il m’a fallu un an avant de tomber enceinte. Pour mon deuxiĂšme, je suis tombĂ©e enceinte dĂšs le premier rapport aprĂšs arrĂȘt de la pilule. Je ne voulais pas d’un troisiĂšme. J’avais la certitude que je ne serais pas capable d’en avoir un autre, de prendre soin d’un autre.
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La pilule, je ne l’ai jamais bien tolĂ©rĂ©e. ConcrĂštement, vous transpirez chaque nuit de la tĂȘte aux orteils, au point de devoir dormir sur une serviette de plage. Ou bien, vous saignez tous les jours de l’annĂ©e (bonjour l’anĂ©mie). Ou encore, vous perdez des cheveux par poignĂ©es. Le prĂ©servatif, quand vous avez le mĂȘme partenaire depuis une dizaine d’annĂ©es ça n’est pas l’idĂ©al, n’est-ce pas ?
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Alors vous pensez, effectivement, qu’il reste le stĂ©rilet ou l’implant. L’implant, encore des hormones, j’ai perdu confiance. Et, je dois l’avouer, j’ai cette crainte absurde que la chose migre en moi et qu’on ne puisse pas me la retirer (je dois trop lire les faits divers). Reste le stĂ©rilet, non hormonal.
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StĂ©rilet est un traĂźtre nom. Il faudrait, en toute rigueur, l’appeler DIU, pour Dispositif Intra UtĂ©rin. Parce qu’il ne stĂ©rilise pas. Ma belle soeur a Ă coeur de me le dire. Elle a fait une grossesse extra-utĂ©rine sous DIU. Je la prends au sĂ©rieux.
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Je ne veux plus d’enfant. Il reste cette possibilitĂ© dont aucun mĂ©decin ne me parle mais dont je connais l’existence : la ligature des trompes. J’en parle. On ne me dit pas : vous y avez droit. On me dit : pourquoi ? On me dit : vous ĂȘtes trop jeune. On me dit : personne ne vous la fera. On me dit : un garçon, vous n’en voulez pas ? Et s’il vous quitte votre gars ? Il faudra lui refaire une fournĂ©e Ă l’autre ! D’accord, admettons, il ne vous quitte pas, mais s’ils clapsent les mioches ?
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Ai-je l’air si demeurĂ©e pour donner Ă penser que je n’y ai pas pensĂ© dĂ©jĂ , Ă tout ça ? Je m’entends le dire, que je suis soeur cadette d’une toute petite tombe, et soeur aĂźnĂ©e aussi d’une autre enfant partie. La mort me connaĂźt bien. Pauvre folle, on ne me le dit pas. On me dit : personne ne te stĂ©rilisera.
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Ma belle-soeur, alors, est-ce que je la prends au sĂ©rieux ? Non, finalement, je me raisonne. La pauvre, c’est l’improbable. L’improbable c’est elle, pas moi. J’aurai un DIU. Chose extraordinaire, je le tolĂšre bien. Deux annĂ©es plus tard, contrĂŽle gynĂ©cologique de routine, c’est en place.
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Deux annĂ©es et un mois plus tard, j’urine sur une tige blanche entre mes cuisses. C’est pour rassurer mon amour, qui s’inquiĂšte de mes nausĂ©es et de ma perte d’appĂ©tit. Entre le DIU, d’une part, et le sexe en berne, d’autre part, par quel miracle pourrais-je bien tomber enceinte ? Par quel miracle, je ne sais pas, mais je vois ce que je vois. Impossible.
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La joie et la douleur sont les deux faces d’une mĂȘme piĂšce. Hier, je sautais de joie. Aujourd’hui, je ne sens plus mes jambes. Hier, je guettais sans arrĂȘt l’allure du petit embryon. Sur le net je lisais : « Votre bĂ©bĂ© est minuscule, il mesure Ă peine un millimĂštre, soit la taille dâune graine de pavot. Lâovocyte fĂ©condĂ© sâest implantĂ© dans votre utĂ©rus et se divise rapidement en de nombreuses cellules : ce processus permettra de dĂ©velopper les bras, les jambes, le cerveau, les muscles etc. de votre petit. » Votre bĂ©bĂ©, votre petit. Les mĂȘmes mots qui me ravissaient me ravagent.
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Nous sommes samedi. Je file aux urgences. Il faut que ça s’arrĂȘte au plus vite. L’idĂ©e qu’en moi naissent bientĂŽt deux petits yeux, des petits bras, des petits doigts, je ne le supporte pas. Je pense au pire, aux infinis contrefactuels du pire. Il n’y a pas de belle issue, je le sais. Il y a juste le choix entre deux peines. L’une s’endure quelques jours, et l’autre est pour la vie.
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Jusqu’en 2014, pour se voir accorder l’avortement, il fallait montrer des signes de dĂ©tresse. Nous sommes en 2023 et aux urgences, je suis la patiente idĂ©ale, bien malgrĂ© moi. Je pleure sans discontinuer. Ă l’infirmier je lĂąche entre deux sanglots que je suis enceinte. Il me fĂ©licite. On explique ensuite Ă la patiente idĂ©ale qu’il n’y a pas de gynĂ©cologie ici. On ne peut rien pour moi. Je dois attendre lundi pour trouver le rendez-vous adĂ©quat.
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Le lundi, je cherche un rendez-vous pour intervention urgente. Je ne veux pas d’un cachet. Je veux la mĂ©thode la plus efficace, sans alĂ©as, sans ratĂ©s, la chirurgicale. C’est que l’improbable me connaĂźt trop bien. On m’apprend qu’aux toutes premiĂšres semaines de grossesse, ce n’est pas possible. Les crĂ©neaux pour pour ce genre d’intervention sont rĂ©servĂ©s aux femmes enceintes de six semaines au moins.
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Ce sera donc la mĂ©thode mĂ©dicamenteuse. J’obtiens rendez-vous pour le mercredi. Le mercredi, il ne faut plus pleurer. Il faut dĂ©fendre son dossier. Je repars avec un rendez-vous pour la semaine suivante. Trois cachets me seront remis, que j’avalerai sous surveillance, et le quatriĂšme, je le prendrai deux jours plus tard, dans une chambre d’hĂŽpital.
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Ce matin-lĂ , Ă l’hĂŽpital, comme j’ai toujours cette obsession d’Ă©crire, j’Ă©cris. Soi comme matiĂšre premiĂšre. Rien Ă inventer, juste relater, c’est un dĂ©but.
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Nous sommes deux dans la chambre de pĂ©diatrie. Sur les murs, Samsam, un schtroumpf et Titi nous sourient. La tĂ©lĂ© est en marche. Arte, c’est tolĂ©rable, mais je me serais bien passĂ©e du docu animalier sur maman phoque et ses bĂ©bĂ©s. On nous donne le cachet. On attend. Silence. Rapidement, ma voisine a mal. Je l’entends vomir dans les toilettes. De mon cĂŽtĂ©, rien d’insupportable pour l’instant.
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Mon texte tourne court, car rien ne se produit. Je ne suis plus la patiente idĂ©ale. La bonne patiente a mal, la bonne patiente vomit, la bonne patiente n’est pas en Ă©tat d’Ă©crire. La bonne patiente a mauvaise conscience. La bonne patiente a une faute Ă expier. Un prĂ©servatif mal enfilĂ©, une pilule oubliĂ©e, un foetus mal fagottĂ©. Faute. Mauvaise conscience. Profil bas. Ma voisine fait tout comme la bonne patiente. La pauvre. Je ne lui en veux pas. Ă l’infirmiĂšre, j’en veux. Son regard, il me dit salope son regard. J’aimerais m’en foutre.
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Je saigne, ça oui, mais Ă peine plus que des rĂšgles ordinaires. Pour l’Ă©chographie de contrĂŽle, il faut attendre quinze jours au moins. Quinze jours d’angoisse. Sur le formulaire de consentement est bien prĂ©cisĂ© : « Je sais que cette mĂ©thode n’est pas efficace Ă 100%. En cas d’Ă©chec, l’interruption de grossesse pourra ĂȘtre obtenue par des moyens chirurgicaux […]. Si je dĂ©cide de mener ma grossesse Ă terme, je dois en parler Ă mon mĂ©decin afin de bĂ©nĂ©ficier d’une surveillance prĂ©natale avec Ă©chographies rĂ©pĂ©tĂ©es. En effet, aucune garantie ne peut ĂȘtre donnĂ©e sur l’absence totale de risque pour l’enfant Ă naĂźtre. »
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Enfin, l’Ă©chographie chasse mes angoisses. Il n’y a plus d’embryon. Il reste ce DIU, toujours parfaitement en place et thĂ©oriquement fonctionnel. Je n’en veux plus. Cette fois, qui osera me refuser la ligature des trompes ? Je sais maintenant que j’y ai droit, et que j’y avais droit bien avant ça.
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En effet, ma demande est entendue (pas par le mĂȘme gynĂ©co, Ă©videmment). Il faudra attendre quatre mois, dĂ©lai de rĂ©flexion imposĂ© par la loi.
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DĂ©but fĂ©vrier, c’est le rendez-vous de prĂ©anesthĂ©sie. Ăge ? Taille ? Poids ? Combien d’enfants ? Filles ? Garçons, pas de garçons ? Excellent ! Elle serre les dents. Vous ĂȘtes jeune. Entre femmes, vous savez, la vie comme elle va, l’improbable… Je ne vous le souhaite pas mais… Le conjoint qui… L’enfant qui… Oui, j’ai l’air bien demeurĂ©e, je sais tout ça. Vous ĂȘtes sĂ»re ? SĂ»re. Toutes deux calmes et polies. Chacune contient sa rage.
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Enfin, le grand jour vient. On m’a tout expliquĂ©, je n’ai rien retenu. Ce qu’on va faire Ă mon ventre, oĂč seront les cicatrices, si j’aurai mal, je ne sais plus, c’est le dernier de mes soucis. Je me trompe de couloir, la femme Ă cĂŽtĂ© de moi vient pour une PMA. Elle me souhaite bon courage.
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Il n’y a qu’Ă inspirer deux ou trois coups puis : sommeil. Au rĂ©veil, c’est fait. Je me demande combien coĂ»te ce luxe-lĂ . Deux jours plus tard, sous les pansements, je me dĂ©couvre au nombril un panachĂ© de jaunes, verts, bleus, violets. Aux abords de l’aine, mĂȘme chose. Avant 2001, on aurait dit mutilation. Je peux le concevoir, et je n’ose pas imaginer ce que c’est que d’y ĂȘtre forcĂ©e. Moi, je l’ai voulu. Dans une petite semaine, les couleurs s’estomperont. La douleur aussi.-
Zyrma
Invitémerci
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Malice
InvitéMerci Fanny pour ton rĂ©cit;
est-ce qu’on continue Ă te faire des remarques au sujet de ta ligature des trompes ou as-tu la paix?-
Fanny
InvitéJe l’ai faite mercredi dernier. Je ne sais pas ce que l’avenir me rĂ©serve.
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Ostros
InvitéMerci Fanny pour ton rĂ©cit.
Quand tu es une femme tout le monde a un avis sur ton utérus. On ne le raconte pas assez. Ni le merdier de ces choix-là . -
Carpentier
InvitéBonjour,
JâespĂšre, une semaine plus tard, que lâarc en ciel de ton nombril nâillustre plus que le souvenir de ta dĂ©cision et que la douleur occasionnĂ©e est moins forte.
Merci pour tes lignes.
ps: parfois, une femme doit faire pratiquer une â totale â , sacrĂ©e expression. -
Leo Landu
InvitéMerci Fanny pour ce partage. OĂč je vois la diffĂ©rence de traitement homme-femme par le corps mĂ©dical.
Ă quarante ans, nullipare, j’ai demandĂ© une vasectomie. Sans congeler de sperme ni rien.
Ils m’ont fait sauter le dĂ©lai des quatre mois. Il y avait de la place, de toutes façons vous allez pas changer d’avis ? Non.
Un rdv urologue, un rdv anesthésiste, opération. Aucune douleur, aucune culpabilisation.-
Mélanie
InvitéMerci aussi Fanny
Et Leo, la version masculine fait un bon complément -
Fanny
InvitéMerci du soutien. LĂ©o, je n’en reviens pas, je suis jalouse !
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Malice
InvitéSi d’autres veulent partager leurs expĂ©riences, ça m’intĂ©resse ( et ça fera peut-ĂȘtre un tome 2 à « au dĂ©but » de François)
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Juliette B
InvitéMerci Fanny.
Je suis enceinte de 10-12 semaines, avec les symptĂŽmes affĂ©rents, nausĂ©es et corps qui dĂ©jĂ se transforme. Je suis contente, ça faisait deux ans que j’essayais.
1ere Ă©chographie, prĂšs de chez moi. Le mĂ©decin, gentil, change de tĂȘte pendant l’examen. Il m’annonce que c’est « un Ćuf clair », pas de battement cardiaque l’embryon ne s’est pas dĂ©veloppĂ©. Je pleure doucement en l’Ă©coutant, silencieuse. Il m’explique qu’on ignore les causes, que ça ne met pas en pĂ©ril une future autre grossesse, et avant que je ne le quitte, dit en me souriant avec douceur : « Je ne vous fait pas payer l’Ă©chographie ». C’est dĂ©risoire, mais son dĂ©sir de me consoler comme il peut me touche.
Ma gynĂ©co me prescrit une « IVG thĂ©rapeutique », je vais dans la clinique qu’elle m’a indiquĂ©.
A l’accueil, le jour dit, la secrĂ©taire me demande le motif de ma venue. Je rĂ©ponds que j’ai RV pour une IVG. Son visage se ferme, elle me demande sĂšchement mon nom et mon ordonnance, l’aigreur de son ton me surprend et m’affecte. Elle la lit et me dit : « Ah d’accord, c’est une une IVG thĂ©rapeutique, fallait le dire ! » et devient soudain aimable… Visiblement, je suis pardonnĂ©e.
Anesthésie générale, aspiration, réveil, pas de séquelles. Un enfant un an aprÚs.
J’ai pensĂ© aux autres femmes bien sĂ»r.-
Fanny
InvitéMerci Juliette
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Malice
InvitéMerci, ça confirme encore une fois qu’on n’avorte pas comme on irait se faire une manucure…
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Malice
InvitéCourage Ă toi pour la suite, je te souhaite un non avortement thĂ©rapeutique la prochaine fois et un oeuf non blanc
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Mélanie
InvitéMerci
Je ne me serais pas attendue Ă ĂȘtre mal acceuillie dans un endroit oĂč justement l’IVG est pratiquĂ©e… mais en fait non, ça ne m’Ă©tonne pas
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Fanny
Invité@Malice
J’aime beaucoup Au dĂ©but. Je l’ai lu rĂ©cemment. Tout y est. Dans la mise en scĂšne des multiples rĂ©cits de soi, j’ai entendu une invitation pour chacune Ă parler aussi. On ne parle pas au quotidien de ces choses-lĂ . Ou bien, on en parle sans les dire. On s’Ă©pargne, on reprend la trame usuelle. BĂ©bĂ© pesait deux/trois/quatre kilos. Il Ă©tait grand/petit. Il y eut cĂ©sarienne/Ă©pisiotomie. Cochez les cases. On sera quittes. On colportera la nouvelle. On aura tout dit. On n’aura rien dit.
J’aime ces phrases : « On peut raconter les choses sans les comprendre. Le rĂ©cit, c’est justement la parole d’avant la maĂźtrise. La zone franche entre le silence et le savoir. » Ăa autorise Ă Ă©crire. Mais je me sens vite assommante, grandiloquente, je sens que ça manque de lĂ©gĂšretĂ©. J’aimerais bien Ă©crire aussi bien que Marie-Jo (c’est le cĂŽtĂ© un peu invraisemblable des nouvelles : elles/il hĂ©sitent un peu sur les mots, sur la maniĂšre de dĂ©rouler les causalitĂ©s, mais tout cela avec une telle maĂźtrise du rĂ©cit !). Marie-Jo c’est aussi un rĂ©cit de moi. Ăa fait drĂŽle de se retrouver comme ça entre deux pages. Et c’est bluffant, ces rĂ©cits de soi au fĂ©minin qui sont en fait des rĂ©cits d’altĂ©ritĂ©. J’aimerais beaucoup m’extirper de moi-mĂȘme comme ça. Je ne comprends pas comment je n’ai pas fait cette lecture plus tĂŽt. En fait si, je soupçonne que la couverture y a Ă©tĂ© pour quelque chose. C’est dommage, Ă place je m’Ă©tais tapĂ©e Laurence Pernoud. C’est sans comparaison.-
Malice
InvitéJ’ai offert le livre Ă ma soeur en pleine dĂ©pression post partum, je crois que ça lui a fait passer de bons moments Ă travers sa misĂšre
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riviere
InvitéMerci Fanny. Un beau rĂ©cit plein de vĂ©ritĂ©. Pour la contraception hormonale, j’ai la mĂȘme expĂ©rience que toi.
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Fanny
InvitéĂa me rappelle ce que disait VĂ©ra Nikolski sur l’importance des Ă©lĂ©ments matĂ©riels, au-delĂ de l’aspect lĂ©gal. Sur le plan purement mĂ©dical et pharmaceutique, il y aurait dĂ©jĂ beaucoup Ă faire.
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Sarah G
InvitéMerci Fanny pour ton rĂ©cit.
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Claire N
InvitéMerci Fanny ; ton texte mâa plu et troublĂ© tant et si bien que je lâai commentĂ© dans le mauvais topique
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Claire N
InvitéJâaime bien les passages oĂč tu montre que la mĂ©decine nâest pas Ă ton service mais prĂ©sente des relans de tribunal
Ou instinctivement tu sens que pour obtenir ce que tu sais pour toi il te faut passer par une mascarade ; jâaime bien aussi quâen Ă©crivant tu rĂ©siste Ă cela –
Ăa me fait penser au livre le tĂ©moin sous cet angle particulier-
Fanny
InvitéOui, sur la fin je faisais attention Ă la façon de m’habiller. J’Ă©vitais le look prolo cheap pour tenter d’Ă©chapper Ă la condescendance. Je surveillais aussi mon langage. On case quelques termes mĂ©dicaux histoire de faire sentir qu’on est pas complĂštement larguĂ©e. Dans les questions posĂ©es il y a encore : quelle profession ? J’ai la sensation qu’on ne te regarde pas pareil quand tu dis prof et quand tu dis secrĂ©taire.
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Claire N
InvitéJe te crois bien volontiers – en lisant tes prĂ©cisions me vient la scĂšne de la demande de crĂ©dit Ă un banquier
Mais de quel genre de nĂ©goce sâagit tâil?-
Fanny
Invité« Quelle est l’Ă©tendue de mon pouvoir sur elle ? Est-ce que je pourrai en faire ce que je veux ou est-ce qu’elle va me rĂ©sister ? » Jauge instinctive, non conscientisĂ©e. En fonction, un ton, un regard, des mots diffĂ©rents. Voire un parcours de soin diffĂ©rent.
Ă cĂŽtĂ© de ça : « Comment faire ? Ne pas montrer que j’angoisse autant qu’elle. Parler du beau temps. L’emmener au bloc Ă pied plutĂŽt qu’en lit Ă roulettes. Elle montera d’elle-mĂȘme sur la table d’opĂ©ration. Non pas agie mais agissante, dĂ©tendue, fiĂšre de son choix. »
Ăa peut ĂȘtre la mĂȘme personne.
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Claire N
InvitéJâai 15 ans un amoureux et un retard de rĂšgles
Ma mĂšre me fait pisser sur un test de grossesse
Sâempare du dĂ©lais dâattente de 1 mn
tu comprends il faut quâon sâen occupe tĂŽt
Reviens soulagée
Je comprends tout et rien oui
Jâai 20 ans curetage sĂ©dation legere
On mâa expliquer lâaspirateur
Jâentends lâaspirateur
Jâai trop hĂ©sitĂ© je paye le temps
jâaccroche les yeux de la sage femme et sa main
Jây plonge trop fort pour elle – elle pleure-
Fanny
InvitéMerci Claire
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Malice
InvitéJe viens de regarder en quoi consistait un curetage, ça me fait des flash backs de « Faux-semblants » de Cronenberg
Je compatis-
Claire N
InvitéEt bien je ne connais pas ce film, ça se passe dans une clinique de fertilitĂ© ?
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Malice
InvitéC’est une fiction dont le sujet est la vie compliquĂ©e de deux jumeaux gynĂ©cos dont l’un dĂ©cide un jour de crĂ©er de nouveaux instruments trĂšs particuliers pour examiner les femmes…J’ai mis quelques jours Ă me remettre du film ( que je recommande d’ailleurs, mais pas Ă proximitĂ© des repas ou d’un rendez-vous gynĂ©cologique)
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Malice
InvitéEnfin, quand je dis fiction, Ă moitiĂ© car l’histoire est librement inspirĂ©e de faits rĂ©els
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Carpentier
InvitéComme tout peut arriver sur chantier autonome ostros:
qqn-une abonnĂ©.e peut-Ăštre au Point? ou bĂ©nĂ©ficiant dâun multi-abo presse pro?
Merci,
https://www.lepoint.fr/culture/exclusif-bastien-vives-je-suis-traite-comme-un-criminel-pour-des-dessins-09-03-2024-2554587_3.php#11 -
Carpentier
InvitéDans la mĂȘme intention ‘ de penser l’horreur ‘ (comme l’Ă©change François BĂ©gaudeau et JM, peut-ĂȘtre, dans un autre sujet) Ă propos de la guerre en Ukraine) qqn.e d’abonnĂ©.e peut-il partager l’integral de cet article Ă propos d’actes infanticides, svp?
Merci d’avance, https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/03/14/infanticides-notre-cerveau-nous-empeche-de-penser-ces-violences_6221996_3224.html -
Charles
InvitéQuelqu’un pourrait recopier cet article svp ?
https://www.lemonde.fr/livres/article/2024/01/28/le-proces-petain-les-illeres-de-julian-jackson_6213529_3260.html -
Carpentier
InvitéPartage de lâintĂ©gral de lâarticle ci-dessous peut-ĂȘtre?
Merci, -
Dr Xavier
InvitéDu âSolitaireâ Ă âFerrariâ, Michael Mann, le cinĂ©aste qui renvoie toujours les femmes dans le dĂ©cor (Michel Bezbakh)
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Son dernier film, âFerrariâ, sur Prime Video, ne fait pas exception : le rĂ©alisateur de 81 ans nâa jamais montrĂ© les femmes que comme des Ă©pouses, des objets de dĂ©sir ou des petites choses Ă protĂ©ger. Un cinĂ©ma dĂ©sespĂ©rant de misogynie qui sâignore.
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Il y a deux femmes parmi les personnages principaux de Ferrari : les deux compagnes dâEnzo. Laura (PenĂ©lope Cruz), son Ă©pouse « officielle », meurtrie par la perte de leur fils, Dino, un an plus tĂŽt. Et Lina (Shailene Woodley), sa maĂźtresse, mĂšre de son autre fils, Piero. Lâoccasion rĂȘvĂ©e, pour Michael Mann, de mettre en scĂšne des personnages fĂ©minins intĂ©ressants ? On a failli le croire, mais non. Laura a un peu dâespace, heureusement, elle a cofondĂ© lâentreprise en 1947. Mais cette dame furieuse et dĂ©pressive (il y a peut-ĂȘtre un troisiĂšme adjectif Ă trouver, Ă voir) est sans cesse « situĂ©e » par rapport Ă son dĂ©funt fils et son mari : pas une scĂšne sans quâil soit question de lâun ou lâautre (alors que Laura Dominica Garello Ferrari sâoccupait beaucoup de lâusine, par exemple, et a dĂ» avoir un ou deux dĂ©sirs personnels au cours de ses soixante-dix-huit annĂ©es dâexistence). Lina, elle, se rĂ©sume Ă un souhait : quâEnzo soit plus souvent Ă la maison.
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Câest une constante chez Michael Mann, vieux briscard hollywoodien de 81 ans. Douze longs mĂ©trages au compteur et toujours pas la moindre hĂ©roĂŻne. On cherche, et on ne trouve pas de personnage fĂ©minin qui existerait sans un homme, qui aurait droit ne serait-ce quâĂ une scĂšne oĂč elle ferait un truc seule, par elle-mĂȘme, pour elle-mĂȘme. Nâimporte quoi hein, une balade, du tricot, du stretching, on nâest pas difficile.
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Misogynie ? Un peu, oui, on va le voir. Mais il sâagit surtout dâun dĂ©sintĂ©rĂȘt, ou en tout cas dâune totale incapacitĂ© Ă se mettre Ă la place dâune femme. MĂȘme si Michael Mann semble avoir de la compassion pour ces personnages qui souffrent souvent du comportement des mĂąles.
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Chez ce rĂ©alisateur, qui jusquâau bout nâadoptera que des points de vue masculins (il prĂ©voit un Heat 2), les filles sont rĂ©duites Ă des fonctions : elles sont un symbole de quelque chose, le rĂ©vĂ©lateur dâune autre, et trĂšs souvent une utopie Ă elles seules. Elles reprĂ©sentent le foyer, une promesse de bonheur et de stabilitĂ© pour un type qui, lui, a un don, un savoir-faire extraordinaire qui lâoblige Ă prendre des risques et Ă mettre en pĂ©ril cet Ă©quilibre. Câest trĂšs exactement le sujet du Solitaire (1981), du SixiĂšme Sens (1986), de Heat (1995) et de RĂ©vĂ©lations (1999).
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Attardons-nous une minute sur RĂ©vĂ©lations, film brillant Ă bien des Ă©gards, mais oĂč Barbara Wigand (Hallie Kate Eisenberg), incapable de voir en son mari un hĂ©roĂŻque lanceur dâalerte (contre lâindustrie du tabac), reste cramponnĂ©e Ă sa maison, Ă sa situation, Ă sa mutuelle (menacĂ©es par ces rĂ©vĂ©lations qui rompent une clause de confidentialitĂ©), ponctuant ses reproches de trois grandes crises de larmes (ouais, trois, bien espacĂ©es). Jamais on ne lui offre une scĂšne qui nous permettrait de la comprendre un peu, de savoir qui elle est, un individu autonome, en un peu plus de deux heures trente.
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Mais dans cette liste de films oĂč le talent hors du commun dâun gars compromet sa vie de famille, il faut surtout retenir Le SixiĂšme Sens, jalon le plus emblĂ©matique de la filmographie de Mann. RetirĂ© des affaires aprĂšs avoir arrĂȘtĂ© une variante de Hannibal Lecter, un flic coule des jours paisibles avec sa femme et son fils au bord de la mer, quand il doit revenir sur le terrain pour traquer un meurtrier quâil est le seul capable dâarrĂȘter. Ici lâĂ©pouse mĂšre (Kim Greist) est un idĂ©al, un absolu, lâĂȘtre le plus pur que vous puissiez imaginer. Câest une figure, une icĂŽne, un truc qui donne du plaisir, permet dâĂȘtre tranquille, de faire lâamour et dâavoir un enfant. Cinq ans plus tard, Jonathan Demme prouvera quâil est possible de faire un film sur la figure de Hannibal Lecter avec une vraie femme aux commandes (Le Silence des agneaux).
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Parmi les histoires (lĂ©gĂšrement) diffĂ©rentes, citons La Forteresse noire (Ă©trange sĂ©rie B gothique de 1983, hommage Ă lâexpressionnisme allemand, Ă la fois sĂ©duisante et trĂšs amusante), oĂč lâunique personnage fĂ©minin nâa quâune raison de vivre, son pĂšre, puis sâĂ©prend, au premier regard, dâune sorte de mutant. La vitesse Ă laquelle les femmes perdent la raison est toujours phĂ©nomĂ©nale chez Michael Mann â et ne parlons pas de ses kitchissimes façons de faire du romantisme : un mauvais rock ou du saxo ponctue fatalement les scĂšnes de sexe, comme si tout coĂŻt sans musique Ă©tait prohibĂ© par la loi.
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Illustration dans Miami Vice (2006), oĂč Isabella Montoya (Gong Li), inflexible reine du crime sans foi ni loi, succombe Ă la moustache de Colin Farrell en quatre plans et demi (escapade en bateau et mojito offert). Et il faut voir, Ă la fin, quand elle apprend que Colin Farrell est un flic, comment celui-ci la tient dâune main (elle crise et gesticule et se dĂ©bat, cette hystĂ©rique) tout en butant un mĂ©chant de lâautre. Câest trĂšs sĂ©rieux, comme toujours chez Michael Mann, dont le coefficient humour est Ă peu prĂšs au niveau de celui dâĂlisabeth Borne.
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Câest pourtant dans ce film que surgit un cas rarissime : Gina (Elizabeth Rodriguez) exĂ©cute le vilain qui tient en otage Trudy (Naomie Harris) dâune balle dans la tĂȘte absolument chirurgicale. Oui, enfin une histoire de femmes oĂč les hommes ne sont pas intervenus.
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Pourquoi Michael Mann, tout Ă coup, a fait dâune femme un sujet puissant, actif et dĂ©cisionnaire ? Sans doute faut-il toujours une exception pour confirmer les rĂšgles. Et puis, modĂ©rons : ce personnage ne dispose pas pour autant dâune vie, de pensĂ©es, dâun semblant dâĂ©paisseur. On ne sait rien de cette flic, simple subalterne que lâon a vaguement aperçue avant, que lâon ne verra plus aprĂšs. Quant Ă lâautre, elle est victime collatĂ©rale de son mari, entĂȘtĂ© Ă infiltrer les gangs (et plus exactement de lâassociĂ© de son mari, Mann dĂ©veloppant ici sa rĂ©currente notion du double avec des gars qui se complĂštent en sâassociant ou en sâopposant).
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CollatĂ©ral (2004), justement : on croit tenir un personnage fĂ©minin qui se dĂ©voile un peu au tout dĂ©but. Annie (Jada Pinkett Smith) monte dans le taxi de Max (Jamie Foxx) et raconte son quotidien de procureure, ses angoisses, ses Ă©motions, sans mentionner le moindre mec. Dingue ! Et puis, patatras : elle tombe sous le charme du type Ă qui elle parle en trois minutes chrono (on a chronomĂ©trĂ©, oui, on nâavait que ça Ă faire). Une nouvelle fois, cette femme ne se situe, dans le rĂ©cit, que par rapport Ă un homme. Elle est pour lui un horizon, la promesse dâune Ă©chappatoire.
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Il a son numĂ©ro, elle a lâair opĂ©, elle gagne super bien sa vie, elle reprĂ©sente une opportunitĂ© de moins bosser Ă lâavenir et dâavoir une belle maison. Subtile inversion des rĂŽles ? Mmmmh⊠disons quâelle se rĂ©sume surtout Ă une fonction narrative : accentuer les enjeux de la prise dâotage Ă venir de Max par Vincent (Tom Cruise). Si Max nâavait rien eu Ă perdre, ou une famille quâon aurait juste aperçue en photo, le film aurait perdu en enjeu et donc en Ă©motion. Et ça va mĂȘme plus loin, ensuite, quand cette femme ressurgit. On comprend alors pourquoi elle a parlĂ© de son mĂ©tier au dĂ©but : on nous expliquait pourquoi elle allait ensuite ĂȘtre ciblĂ©e par le tueur (elle est une procureure qui dĂ©range). Alors que nous pensions avoir affaire Ă un sujet, il ne sâagit encore que dâun objet.
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Lâessentiel, dans ce film comme dans les autres, câest la bagnole, les guns, les billets verts, sempiternels motifs que Michael Mann aura souvent filmĂ©s, câest vrai, avec maestria. Il faut lui reconnaĂźtre ce talent : avoir souvent trouvĂ© de la virtuositĂ© dans des mondes privĂ©s de toute finesse. Et cette luciditĂ©, peut-ĂȘtre : quand on ne sait rien des femmes, autant ne pas en parler.-
Tony
InvitéMerci Dr pour l’article,je comprends mieux la furie des Manniens,durdur…
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Dr Xavier
Invité« ne parlons pas de ses kitchissimes façons de faire du romantisme : un mauvais rock ou du saxo ponctue fatalement les scĂšnes de sexe, comme si tout coĂŻt sans musique Ă©tait prohibĂ© par la loi. »
J’ai ri, c’est tellement ça.-
françois bégaudeau
Invitéah oui, tellement ça
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Charles
InvitéMerci Dr Xavier!
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Carpentier
Invitébonjour,
si quelquâun a la possibilitĂ© de le poster en entier, merci
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/honte-aux-senateurices-lr-et-a-leur-loi-infanticide-par-paul-b-preciado-20240524_SF5ORRRZPBEW5DSI7P3XJX7ZZQ/-
Carpentier
Invitéje suis depuis un moment le travail de Preciado
et bientĂŽt, son film:
– si qqn veut/peut partager l’intĂ©gral de son papier dans libĂ©, ça m’intĂ©resse.
Merci.
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Ema
Invité« lois infanticides » pour rĂ©fĂ©rer aux restrictions dans la prise en charge des troubles dysphoriques ressemble Ă un abus de langage quand mĂȘme. Prenons garde Ă ne pas reproduire les excĂšs verbaux des adeptes de la panique morale.
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riviere
Invité« La proposition de loi «visant Ă encadrer les pratiques mĂ©dicales mises en Ćuvre dans la prise en charge des mineurs en questionnement de genre» prĂ©sentĂ©e au SĂ©nat le 28 mai considĂšre lâenfant trans, queer et non binaire comme un criminel. Il lĂ©gitimise une violence systĂ©matique qui les discrimine et brutalise.
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Honte aux sĂ©nateurices LR et Ă leur loi infanticide. «Etes-vous pour ou contre les opĂ©rations de changement de genre chez les enfants ?» «Etes-vous pour ou contre lâadministration dâhormones aux enfants ?» Câest par ces questions que la sĂ©natrice LR Jacqueline Eustache-Brinio prĂ©sentera au SĂ©nat, le 28 mai, une loi visant Ă protĂ©ger les enfants dâune prĂ©tendue Ă©pidĂ©mie transgenre Ă laquelle lâEtat français doit rĂ©pondre par un «arsenal juridique pour ne pas voir dans notre pays les deÌrives et les drames deÌjaÌ deÌcrits aÌ lâeÌtranger». Cette proposition de loi sâappuie sur un rapport, plus idĂ©ologique que scientifique, sur la «Transidentification des mineurs» prĂ©parĂ© par le groupe LR au SĂ©nat en mars dernier.
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Ce rapport, nourri par les arguments anti-trans des psychologues CĂ©line Masson et Caroline Eliacheff, contient 16 prĂ©conisations pour informer et appliquer le projet de loi. Un texte similaire du Rassemblement national a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale le 11 avril. Leurs questions rappellent la fameuse loi Labouchere de 1885, qui pour mieux criminaliser lâhomosexualitĂ© dĂ©taillait la dĂ©formation du diamĂštre de lâanus des «hommes sodomites» anglais. Il y a une grande diffĂ©rence entre demander : «Etes-vous pour ou contre la dilatation anale ?» et «LâEtat doit-il criminaliser un homme qui aime un autre homme ?»
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Dans les annĂ©es 70, ils demandaient : «Etes-vous pour ou contre le meurtre dâun fĆtus au moyen dâun cintre ?» Et non pas : «Une personne enceinte a-t-elle le droit de dĂ©cider de la gestion de son processus de reproduction au cours des 12 premiĂšres semaines de gestation ?» Les questions que lâon pose limitent lâimagination politique et prĂ©figurent les rĂ©ponses. Poussé·es par la manipulation et les fake news, les sĂ©natreurices risquent dâapprouver la loi la plus rĂ©pressive dâEurope (Ă lâexception de la Hongrie) en matiĂšre de droits et libertĂ©s de genre : une loi qui interdit et criminalise toute forme de dissidence du genre avant 18 ans.
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Et les opérations sur les enfants intersexués ?
Les lois dâun pays dĂ©mocratique ne peuvent pas se faire en rĂ©ponse aux obsessions dâextrĂȘme droite. Il est urgent de rĂ©tablir les faits et de redĂ©finir les questions auxquelles nous devons collectivement rĂ©pondre. Selon les chiffres de lâassociation Grandir Trans, en France, seulement 2 000 enfants environ ont, Ă ce jour, entamĂ© un processus de transition de genre ou non binaire, dont 280 avec un accompagnement pharmacologique. Contrairement Ă ce que le rapport affirme, aucune opĂ©ration de rĂ©assignation gĂ©nitale nâa jamais Ă©tĂ© pratiquĂ©e sur des personnes trans ĂągĂ©es de moins de 18 ans. Aucune. Chez les adolescent·es trans, uniquement des torsoplasties (construction dâun torse plat) peuvent ĂȘtre pratiquĂ©es, mais exceptionnellement et seulement aprĂšs 16 ans et avec lâaccord prĂ©alable des parents et des psychologues.
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En revanche, nulle mention des opĂ©rations chirurgicales qui sont couramment pratiquĂ©es, sans que lâAssemblĂ©e nationale ne sâen Ă©meuve, sur des bĂ©bĂ©s et des enfants intersexuĂ©s, sans leur consentement, dans le but de «rectifier» leurs organes pour les adapter Ă la morphologie binaire normative. VoilĂ la vraie question dĂ©mocratique : «Etes-vous pour ou contre les opĂ©rations de mutilation gĂ©nitale chez les enfants intersexes ?» Le projet de loi oublie aussi de mentionner que les traitements hormonaux sont dĂ©jĂ utilisĂ©s lĂ©galement pour les enfants non trans.
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Tout dâabord dans le traitement de la «pubertĂ© prĂ©coce», puis dans lâadministration routiniĂšre de la pilule contraceptive pour les adolescentes Ă partir de 13-14 ans. La diffĂ©rence entre un enfant «normal» et un enfant trans ne se mesure pas par les hormones que ce·tte dernier·e est susceptible de prendre, mais pour des raisons plus ou moins binaires et patriarcales pour lesquelles elles lui sont administrĂ©es.
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Honte aux sĂ©nateurices LR et Ă leur loi infanticide. Dans lâenfance, le monde est immense. Mais il peut aussi ĂȘtre un tombeau prĂ©coce. Proportionnellement, les enfants trans sont les plus exposĂ©.es Ă la violence Ă lâĂ©cole et celleux avec un haut taux de suicide. FondĂ© sur des convictions patriarcales et binaires normatives, le projet de loi considĂšre lâenfant trans comme un criminel. Mais, quel est son crime ? Avoir le dĂ©sir dâhabiter librement son corps ?
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La loi prĂ©sente tout processus de devenir trans ou non binaire dans lâenfance comme une «phase dysphorique», un trouble Ă traiter par des «thĂ©rapies de conversion» et exige lâinterdiction de toute pratique de transition de genre, quâelle soit nominative (choix du nom et du pronom dĂ©sirĂ©s), hormonale (utilisation de bloqueurs de pubertĂ©, dâĆstrogĂšnes ou de testostĂ©rone) avant lâĂąge de 18 ans. Le suicide dâun enfant trans est un meurtre collectif. En inscrivant dans la loi des pratiques de discrimination institutionnelle contre les enfants trans, queer et non binaires, lâactuel projet vient lĂ©gitimer cette violence systĂ©mique.
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Lâabrogation de toute mention de lâidentitĂ© du genre
Le rapport LR et la proposition de loi LR dessinent une cartographie du pouvoir qui rend visibles les techniques biopolitiques, sociales, administratives, architecturales, mĂ©dicales et psychiatriques qui permettent dâinscrire la diffĂ©rence sexuelle dans lâespace social. La proposition de loi prĂ©conise dâabroger toute mention de lâidentitĂ© du genre dans la loi, rendant impossible toute dĂ©marche lĂ©gale de modification du genre, pas uniquement dans lâenfance mais tout au long de la vie. Le rapport demande aussi dâabroger la circulaire dite Blanquer du 29 septembre 2021, qui malgrĂ© sa tiĂ©deur avait conseillĂ© aux institutions Ă©ducatives de prendre en compte la situation des Ă©lĂšves trans aussi bien du point de vue de leurs noms et pronom(s) choisis, que par rapport aux vĂȘtements et Ă lâusage des espaces communs.
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Contre la circulaire Blanquer, le rapport LR demande dâeffacer la mention des «enfants transgenres» dans les Ă©coles et dans la loi pour les dĂ©signer toujours par leurs pronoms et prĂ©noms assignĂ©s Ă la naissance, en les considĂ©rant comme des «enfants en questionnement». Lâenfant trans nâest pas en questionnement, pas plus que nâimporte quel autre enfant. Lâenfant trans sait mieux que les sĂ©nateurices qui iel est. Iel le sait face Ă la violence et face Ă la loi. Pour mieux lâachever, la proposition demande lâencadrement de lâenfant et de la famille par un service de pĂ©dopsychiatrie pour «aider lâenfant Ă sâidentifier Ă son sexe assignĂ© Ă la naissance». La rĂ©alitĂ©, câest que le rapport, alimentĂ© par lâobservatoire ultra-conservateur «la Petite SirĂšne», prĂ©conise la mise en place dâinstances de surveillance lĂ©gale et psychiatrique auprĂšs de familles qui pourraient mener jusquâau retrait de la garde parentale pour avoir soutenu la transition de leur enfant.
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Le rapport prĂ©conise aussi dâinterdire lâintervention dans les Ă©coles dâassociations qui ne respectent pas ce quâils appellent le «principe de neutralitĂ© rĂ©publicaine». Cette «neutralité» cache, en rĂ©alitĂ©, un engagement normatif, binaire et patriarcal, et vise Ă criminaliser toute association de personnes gays, lesbiennes, trans, intersexes et non binaires qui seront considĂ©rĂ©es comme «sectaires» et «non rĂ©publicaines». Ne lisez surtout pas Alana Portero ou Leslie Feinberg. Et quitte Ă brĂ»ler, brĂ»lons aussi Beauvoir.
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Le rapport demande de protĂ©ger les espaces non mixtes â salles de bain, douches vestiaires â dans les Ă©tablissements scolaires, et prĂ©voit que les formulaires administratifs, actes, questionnaires, documents, etc. ne puissent comporter que les mentions de sexe masculin ou fĂ©minin, jamais neutre ou non binaire. En dernier lieu, le projet de loi prĂ©voit des sanctions Ă©conomiques, professionnelles et pĂ©nales allant jusquâĂ la prison pour toute personne adulte (parents, enseignants, associations, psychologues, psychiatres ou mĂ©decins) qui pourrait accompagner un enfant ou un adolescent dans son processus de transition de genre.
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Une campagne de désinformation
La communication autour des opĂ©rations et des hormones fait partie dâune campagne de dĂ©sinformation pour mettre en place une politique gĂ©nĂ©rale de surveillance, de rĂ©pression et dâun contrĂŽle de genre visant Ă re-binariser tous les enfants dans les familles et les Ă©coles, avec la complicitĂ© de la pĂ©dopsychiatrie. Les enjeux ne sont ni les opĂ©rations ni les hormones mais la reconnaissance politique et la libertĂ© de genre.
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Dâune part, la personne de moins de 18 ans est niĂ©e en tant que sujet politique et privĂ©e de tout droit de dĂ©cision sur son propre corps et son genre. Infantilisé·e, iel est isolé·e, violenté·e et rĂ©duit·e Ă un cas psychiatrique qui doit ĂȘtre redressĂ©. De lâautre, son entourage est appelĂ© Ă fonctionner comme une instance de normalisation et de surveillance, au risque dâĂȘtre criminalisĂ© par la loi.
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Honte aux sĂ©nateurices LR et Ă leur loi infanticide. Si le projet de loi est ratifiĂ© par le SĂ©nat la semaine prochaine, nous aurons collectivement signĂ© lâarrĂȘt de mort des enfants trans.Les enfants ont besoin dâĂȘtre protĂ©gé·es contre leurs protecteurs. Les enfants ont besoin dâĂȘtre dĂ©fendus dâune sociĂ©tĂ© dâadultes les considĂ©rant comme la propriĂ©tĂ© reproductrice de la famille et de lâEtat binaire et patriarcal.
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Ce que nous devons exiger face au SĂ©nat est de dĂ©faire la violence et dâĂ©tablir les conditions sociales et institutionnelles permettant dâaugmenter la puissance dâagir des enfants sur leur propre corps et leur subjectivitĂ©. Les enfants trans et non binaires demandent le droit Ă leur propre nom, la libertĂ© grammaticale de choisir leurs pronoms, leurs propres conventions vestimentaires et de circuler librement dans les espaces institutionnels. Iels demandent lâĂ©galitĂ© de droit, tout simplement. Les enfants trans ne sont ni malades ni criminels. Iels sont notre puissance de libertĂ© et dâĂ©mancipation. Iels nous montrent le chemin. DĂ©fendre les enfants trans, câest dĂ©fendre la sociĂ©tĂ©. Les sauver, câest sauver la dĂ©mocratie.-
Carpentier
Invitéah merci (entre-temps)
j’y mets le nez avec grand intĂ©rĂȘt. -
Hami Debile
InvitéMerci.
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Carpentier
Invitépour lire Ă propos, en complĂ©ment de Preciado, des lignes bien plus molles on imagine, merci.
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Carpentier
Invité-
..Graindorge
Invité@ Salut Carpentier
en attendant le partage de l’article, j’ai trouvĂ© ça. Je sais pas si mon copiĂ©/collĂ© est bon.
A l’origine je cherchais le nom de ce psychiatre qui avait voyagĂ© en Afrique et qui avait observĂ© comment dans les villages on intĂ©grait les personnes « à problĂšme ». Il avait ramenĂ© certaines pratiques Ă l’abbaye Saint Pons, une annexe de l’hĂŽpital Pasteur consacrĂ© Ă la psychiatrie. Son nom me reviendra.
Lors de journĂ©es portes ouvertes, j’y avait offert un solo de danse africaine. C’est lĂ que j’ai rencontrĂ© ma meilleure amie qui offrait aussi un solo juste avant. On s’est retrouvĂ©es dans la piĂšce qui servait de vestiaires.
Plus tard elle a organisĂ© des ateliers d’expression corporelle pour des petits groupes de patients, je servais d’assistante. J’avais un peu peur au dĂ©but mais elle jamais. Nous assistions aux rĂ©unions hebdomaires, en cercle ( technique ramenĂ©e d’Afrique donc par ce mĂ©decin) entre patients, soignants, famille et les gens parlaient-
Carpentier
InvitéEt beh, quel partage.
Un rapide mais interessĂ© coup dâĆil me laisse dĂ©jĂ certaine de revenir au chap. Ăvolutions des activitĂ©s en psychiatrie, je lirai aussi la partie PASSAGE DâUNE POLITIQUE PUBLIQUE DE LUTTE CONTRE LES MALADIES MENTALES A UNE POLITIQUE PUBLIQUE DE PSYCHIATRIE
ET DE SANTE MENTALE dont le titre est presque doux.
Merci Graindorge pour ce surprenant travail prĂ©cieux, jâai, entre-temps, croisĂ© les sources et complĂ©tĂ© ainsi les premiĂšres lignes de lâhuma par dâautres.
Les personnes problĂ©matiques, on leur laisse souvent au moins accĂšs Ă la danse, au dessin, aux bains/Ă la piscine quand cette derniĂšre ne les effraie pas trop, conscients aujourdâhui que leur permettre de laisser parler leur corps est vital.
Lâart-thĂ©rapie englobe pas mal de pratiques diffĂ©rentes mais organiser un festival consacrĂ© est assez fort je trouve.
Te souviens-tu du morceau sur lequel tu avais dansé lors des j.p.o. que tu évoques?-
..Graindorge
Invité@Carpentier
Oh oui je m’en souviens bien: une crĂ©ation Texte Ă©crit par moi et musique 2 copains: l’un au percussions: djembĂ© et l’autre Ă la flĂ»te traversiĂšre
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graindorge
Invitéle nom du psychiatre m’est revenu: Henri Collomb dont les pratiques ont Ă©tĂ© utilisĂ©es Ă l’abbaye Saint Pons Ă Nice. Et ailleurs je suppose. Je ne l’ai pas connu mais j’aurais bien aimĂ©.
Trouvé cet articlePar Elsa Dorey et Klervi Le Cozic 11 mars 2019
Photos EugĂ©nie BaccotMĂ©decin militaire formĂ© Ă lâĂ©cole de santĂ© navale Ă Bordeaux, Henri Collomb sâest dĂ©marquĂ© de la psychiatrie coloniale de son Ă©poque en ouvrant les portes de lâhĂŽpital de Dakar Ă la culture et aux croyances sĂ©nĂ©galaises. Il a durablement transformĂ© le paysage psychiatrique du pays.
Ă lâombre dâun kiosque carrelĂ©, dans une cour brĂ»lĂ©e par le soleil, la petite assemblĂ©e se serre sur des bancs en bĂ©ton. Assis au centre sur un tapis bleu, le diarafe, pieds nus, jean et tee-shirt bleu, distribue la parole. Câest une coutume au SĂ©nĂ©gal : les villageois se retrouvent sous lâarbre Ă palabres pour organiser la vie de la citĂ©, raconter des histoires ou encore rĂ©gler des conflits de voisinage. Ici pas de baobab Ă lâhorizon. LâĂ©change, ponctuĂ© de chants dâoiseaux et de bĂȘlements de moutons, se tient dans lâenceinte de la clinique psychiatrique Moussa Diop de lâhĂŽpital de Fann, Ă Dakar.
Parmi la trentaine de participants, des patients, des membres de leurs familles et des soignants â sans quâon puisse distinguer qui est qui. Le diarafe est un patient en rĂ©mission. Il sâacquitte de la tĂąche avec sĂ©rieux. «Tu dois choisir un thĂšme, ou laisser chacun parler de ce quâil veut», lui explique lâinfirmiĂšre major. Les propositions affluent. «Les hostilitĂ©s en milieu hospitalier», lance un patient. «Le terme de responsabilitĂ© serait plus positif», suggĂšre un autre. Au bout dâun quart dâheure, le thĂšme est adoptĂ©, la discussion sâengage.Le procĂ©dĂ© du pĂ«nch est inspirĂ© des discussions traditionnelles de la sociĂ©tĂ© sĂ©nĂ©galaise. Photo EugĂ©nie Baccot / Divergence
De lâasile Ă la psychiatrie culturelle
Ă lâhĂŽpital psychiatrique de Dakar, cette rĂ©union sâappelle un pĂ«nch. Ce procĂ©dĂ©, calquĂ© sur les traditions sĂ©nĂ©galaises, a Ă©tĂ© mis en place en 1958 par Henri Collomb. Ce psychiatre français fut le co-fondateur du service de psychiatrie (voir encadrĂ©), Ă une Ă©poque oĂč le pays nâĂ©tait pas encore indĂ©pendant. Ă cette Ă©poque, lâhĂŽpital de Fann est tout jeune, trois ans Ă peine. Les malades mentaux qui errent dans la ville sont ramassĂ©s et dĂ©posĂ©s dans les asiles autour de la ville aux cĂŽtĂ©s de patients venus de loin. «Tous les malades ramassĂ©s Ă Lyon, Ă Bordeaux ou Ă Paris Ă©taient dĂ©portĂ©s dans les asiles des colonies françaises», rappelle Mamadou Habib Thiam, le chef actuel du service de psychiatrie.
LĂ -bas, les malades sont enchaĂźnĂ©s et laissĂ©s Ă eux-mĂȘmes. Au-delĂ de leur prise en charge mĂ©dicale, Henri Collomb va sâintĂ©resser de prĂšs Ă la façon dont on soigne la folie dans les thĂ©rapies traditionnelles. Son crĂ©do est et sera celui dâautres psychiatres français de renom, comme Georges Devereux et plus tard Tobie Nathan : prendre en compte la culture dont les patients sont issus dans la thĂ©rapie. Lâethnopsychiatrie venait de sâimplanter en Afrique.Le parcours dâHenri Collomb
NĂ© en 1913, Henri Collomb avait dĂ©jĂ derriĂšre lui une longue carriĂšre de mĂ©decin Ă lâĂ©tranger avant de devenir psychiatre Ă Dakar. Il intĂšgre en 1933 lâĂcole de santĂ© navale de Bordeaux dont la devise raciste, «porter la mĂ©decine au pays des bantous», rappelle le passĂ© colonial de la France. Pourtant, Ă 23 ans, lorsquâil passe le concours dâinterne des hĂŽpitaux, câest Ă Bordeaux quâil envisage de poursuivre une carriĂšre Ă lâuniversitĂ©. Mais ses obligations militaires le contraignent Ă partir Ă Djibouti dĂšs 1938. Il y passera deux ans avant de devenir le mĂ©decin du dernier NĂ©gus, lâempereur dâĂ©thiopie. De 1948 Ă 1951, il rentre en France, et passe le concours pour devenir psychiatre, dans lâidĂ©e de sâinstaller en mĂ©tropole. De nouveau, il est appelĂ© en Indochine jusquâen 1953. Ce nâest quâĂ son retour quâil devient enfin psychiatre avant de partir Ă Dakar en 1958 oĂč il devient professeur titulaire de la chaire de psychiatrie de la facultĂ© de mĂ©decine. Il y restera vingt ans pour dĂ©velopper un courant de pensĂ©e aux antipodes de la psychiatrie coloniale. Un an avant sa mort, Henri Collomb revient en France. Il cherche Ă nouveau Ă sâinstaller Ă Bordeaux, mais aucune place nâĂ©tant libre, il se rabat sur Nice. «On lui a donnĂ© un bĂątiment Ă moitiĂ© Ă©croulĂ©, une ancienne abbaye quâil a repris en main», raconte Paul Martino, prĂ©sident des anciens Ă©lĂšves de lâĂ©cole de santĂ© navale de Bordeaux, mĂ©decin et proche collaborateur de Collomb au SĂ©nĂ©gal. «Il a essayĂ© dây refaire ce quâil avait construit Ă Dakar, avec des guĂ©risseurs et des portes ouvertes, mais il est dĂ©cĂ©dĂ© quelques mois plus tard.»«Il avait ce projet de voir ce que les gens du pays pensaient de la folie, des catĂ©gories de troubles mentaux, comment ils soignaient leurs malades», se souvient Andreas ZemplĂ©ni, ethnologue Ă la retraite. Lorsquâil rencontre par hasard Henri Collomb en 1960, il nâest encore quâĂ©tudiant et sâest retrouvĂ© dans lâhĂŽpital de Fann avec une rage de dent. Entre deux consultations, ils font connaissance et le psychiatre lui propose une collaboration qui deviendra le sujet de sa thĂšse. «Ăvidemment, jâai acceptĂ©. CâĂ©tait fantastique comme contexte : avec la 2CV, jâallais dans la brousse faire des enquĂȘtes auprĂšs des guĂ©risseurs. Et le rĂ©sultat de mes recherches Ă©tait quotidiennement utilisĂ© Ă la clinique.»
La clinique psychiatrique Moussa Diop Ă lâhĂŽpital de Fann, Dakar. Photo EugĂ©nie Baccot / Divergence
Rab, ndöep et nit ku bon
Andreas ZemplĂ©ni rapporte au psychiatre des rites, des cultes, des pratiques et des maladies inconnus des mĂ©decins blancs. Ă commencer par le rab et le ndöep, chez les Wolofs. Pour cette ethnie, la plus rĂ©pandue du SĂ©nĂ©gal, le rab â quâon appelle aussi djinĂ© ou saytanĂ© â est un esprit qui habite le corps de chaque individu et le protĂšge. Mais si ce double se sent dĂ©laissĂ©, il provoque le dĂ©sordre et la folie de son hĂŽte. Seule une cĂ©rĂ©monie de ndöep peut «fixer» le rab et rĂ©tablir la paix intĂ©rieure. AprĂšs le sacrifice dâun mouton, dâune chĂšvre ou dâun boeuf â sur les prescriptions du guĂ©risseur â les danses et les transes publiques du ndöep durent une journĂ©e ou huit jours au rythme des tambours. JusquâĂ ce que lâindividu se dĂ©clare guĂ©ri.
Si certains rites libĂšrent le malade, dâautres sont Ă la source de la folie. «Lorsquâun gosse arrivait avec un trouble qui ressemblait Ă de lâautisme, les psychiatres de Fann avaient en tĂȘte ce que jâavais pu observer sur les enfants nit ku bon», raconte lâethnologue. Ă leur naissance, on donne Ă ces enfants le mĂȘme nom quâun proche parent dĂ©cĂ©dĂ© peu de temps avant. Pour lâentourage, lâĂąme du dĂ©funt est fixĂ©e sur lâenfant. On continue Ă sâadresser Ă lui comme sâil sâagissait dâun autre. Lâenfant grandit avec cette double identitĂ©, engendrant de sĂ©rieux troubles de la personnalitĂ©.
Collaborer avec un guérisseur
Henri Collomb est allĂ© jusquâĂ rencontrer les plus grands guĂ©risseurs du pays, pour marier ensemble psychiatrie occidentale et thĂ©rapies traditionnelles sĂ©nĂ©galaises. Câest pour soigner une patiente dont lâĂ©tat ne sâamĂ©liorait pas quâil a fait la connaissance du grand Daouda Seck. Celui-ci sâest dĂ©placĂ© Ă lâhĂŽpital, puis a demandĂ© que la patiente soit envoyĂ©e chez lui, oĂč sont ses autels et son matĂ©riel de soin. La lĂ©gende dit que la jeune femme est revenue deux semaines plus tard «toute pimpante, bien habillĂ©e, ne souffrant de rien.» Daouda Seck a catĂ©goriquement refusĂ© de venir sâinstaller Ă lâhĂŽpital. «Cela nĂ©cessiterait de dĂ©placer tous les esprits, et le lien risque de se casser.» La collaboration se fera donc Ă distance, mais main dans la main pendant des dĂ©cennies.
Ainsi, Henri Collomb tend peu Ă peu lâoreille aux coutumes du pays qui lâaccueille. Et lorsque le patient doit rester Ă lâhĂŽpital, il tente de le dĂ©raciner le moins possible de son environnement familial, conscient que la simple folie est en soi un facteur dâexclusion sociale. Fini les visites dans les chambres. «Personnel, patients et familles, tout le monde se rejoignait dehors, sous la paillotte», se souvient Paul Martino, psychiatre et collaborateur dâHenri Collomb Ă cette Ă©poque.
Hospitaliser avec un membre de la famille
Si dans la mĂȘme ligne, le pĂ«nch restaurait une communication perdue du malade avec le groupe, dâautres outils ont Ă©tĂ© mis en place Ă son Ă©poque. Chaque patient devait ĂȘtre accompagnĂ© dâun membre de sa famille pendant toute la durĂ©e de son sĂ©jour. Cette habitude sâest un peu perdue, et Ă la clinique Moussa Diop, on ne croise aujourdâhui que de rares accompagnants familiaux, comme Mamadou, 22 ans. «Cela fait trois semaines que je suis ici. Mon oncle Omar est malade depuis quarante ans, mais pour la premiĂšre fois câest mon tour de lâaccompagner. Parfois on discute, lorsquâil se sent bien.»Tant que possible, pour garder un lien avec la communautĂ©, lâaccompagnement se fait par un membre de la famille. Ici, Mamadou et Omar. Photo EugĂ©nie Baccot / Divergence
GrĂące Ă la prĂ©sence de son neveu, Omar garde ainsi le lien avec sa communautĂ©, tandis que lâaccompagnant sâoccupe de lui. «Je lâaide Ă prendre sa douche, Ă laver son linge, Ă prendre ses mĂ©dicaments, tĂ©moigne le jeune homme. Lorsque les mĂ©decins viennent, ils posent beaucoup de questions sur le malade : comment il se sent, comment il sâest couchĂ© hier, est-ce quâil a bien dormi ?» Omar Ă©tant souvent mutique, son neveu est un informateur prĂ©cieux pour les soignants. Il a dĂ©veloppĂ© une vĂ©ritable expertise. «Câest mon rĂŽle de leur dire comment il se sent ici, et câest trĂšs important.» Il ajoute en riant : «Je suis presque un infirmier maintenant.» LorsquâaprĂšs une crise, le couple accompagnant-malade rentre Ă la maison, le patient se rĂ©insĂšre plus facilement dans son groupe social.
Les villages psychiatriques
Luttant toujours contre lâidĂ©e que lâhĂŽpital psychiatrique est un lieu de gardiennage dans lequel on peut abandonner le malade, le mĂ©decin créé en 1972 et 1978 deux villages psychiatriques en brousse, Ă KĂ©nia et Ă Botou. «La population de ces villages se compose de soignants, dâaccompagnants et de malades, Ă©crivait Henri Collomb en 1978 dans une publication scientifique. Lâessentiel de la thĂ©rapie est la vie communautaire. La famille participe aux soins et Ă lâĂ©conomie du village. Le coĂ»t du malade est 15 Ă 20 fois infĂ©rieur Ă celui de lâhĂŽpital psychiatrique classique.» Les malades et leurs accompagnants Ă©taient accueillis pendant la durĂ©e de leur sĂ©jour dans les familles du village et parfois, les gens sây sont installĂ©s dĂ©finitivement.
Ă la mort dâHenri Collomb en 1979, LĂ©opold SĂ©dar Senghor, premier prĂ©sident de la RĂ©publique sĂ©nĂ©galaise lui rend hommage. «Jâen suis sĂ»r, on parlera de lâĂcole de Dakar, de mĂ©decine nĂ©gro-africaine. Et le nom du professeur Collomb y sera Ă©troitement liĂ© : ses vingt annĂ©es de labeur Ă Dakar ont Ă jamais marquĂ© la recherche mĂ©dicale en Afrique. Car ce Français a su mourir aux prĂ©jugĂ©s les plus solidement Ă©tablis.»-
Carpentier
Invitéet de mon cĂŽtĂ©, pour en revenir Ă Claire Alexandre:
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graindorge
InvitéGrand merci Carpentina!
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Carpentier
InvitéQuelqu’un est-il abonnĂ© Ă La DĂ©pĂȘche?
j’ai un dĂ©but de papier qui m’intrigue, des montcucquois, enfin un et plein de nanas, qui auraient pas choisi le mĂȘme finaliste pour le prix inter.
Mais l’article, pas intĂ©gral, me garde le suspense.
Au vu de ma recherche de dĂ©part, je me demande si ce serait pas l’amour, du coup, leur pref.
Bégaudeau, son dernier roman, élu à Montcucq: no comment mais-
Carpentier
Invité
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Carpentier
InvitéChoupinette đ il faut se faire aimer des autres partis/Ă©lecteurs, benh oui ClĂ©clĂ©: biienvenue en politique
https://www.liberation.fr/politique/clementine-autain-pour-lemporter-il-faut-aussi-se-faire-aimer-dans-dautres-parties-de-lelectorat-20240910_MFCPRMYXKFAGROXHGDD3NF7MFM/
-qqn pour le partager entier quand mĂȘme?
merci,
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