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Accueil Forums Forum général In Memoriam David Lynch

Vous lisez 25 fils de discussion
  • Auteur
    Messages
    • #87476 Répondre
      Cyril
      Invité

      Déposez vos larmes et vos souvenirs heureux

    • #87490 Répondre
      Toni Erdmann
      Invité

      J’aurais besoin de vous pour élucider mon propre rapport à Lynch, et surtout à Twin Peaks.
      J’avais regardé, il y a 2 ans, la première saison et une partie de la deuxième. Ce visionnage m’a rendu à l’époque complètement hostile à son cinéma et, a fortiori, à ses fans. J’étais le hater en chef de Lynch. Je m’opposais systématiquement à ceux qui faisaient de Twin Peaks davantage qu’un simple feuilleton. J’ai bien conscience que certaines scènes oniriques ou comiques troublaient la routine du feuilleton. Mais le ratio scène étrange/scène clichée me paraissait largement insuffisant pour légitimer 30 heures de visionnage de cette série.
      Je comprends qu’on puisse apprécier Audrey Horne qui danse lascivement au milieu d’un resto, ou un homme effrayant qui apparaît discrètement au coin d’un plan. Mais pour arriver à ces scènes, il faut se taper des dizaines, voire des centaines de scènes de pur feuilleton : deux amoureux se disent qu’ils sont amoureux, un personnage en appelle un autre et le spectateur ne savait pas qu’ils se connaissaient (cliffhangers qui ne seront jamais exploités ensuite). Je me souviens particulièrement de scènes entre le gars bg du lycée et le serveuse toujours sur le même ton de « nous vivons un amour impossible ». Je soupçonnais donc tous les fans de Lynch d’aimer moins son étrangeté, son onirisme ou son comique que simplement le plaisir du feuilleton dans une ville en vase clos à la Desperate Housewives.

      Puis, j’ai regardé il y a quelques mois Fire Walk With Me, et je ne peux ignorer le grand effet que m’ont fait certaines scènes. Les scènes mélodramatiques que je détestais dans Twin Peak étaient toujours présentes, mais à une échelle moindre. J’avais l’impression d’adhérer un peu plus, tout en étant agacé que le film ne soit pas constitué uniquement de ces scènes à l’étrangeté toute particulière. Je comprenais un peu plus le terme « lynchéen ».

      Je me suis mis à regarder ce fameux « Twin Peaks : The Return » il y a seulement quelques jours (hasard des évènements).
      Et là, mon souhait s’est presque réalisé : les deux premiers épisodes sont constitués presque uniquement de ces scènes oniriques, totalement sidérantes. La logique du feuilleton est abandonnée et la série n’a qu’un rapport minime avec les saisons originelles.
      Je suis désormais à l’épisode 5 et j’ai un peur car je sens que ça s’assagit un peu. Mais surtout, à l’issue de mon visionnage, je crains ne pas pouvoir m’enthousiasmer autant que tous ceux qui tiennent cette saison pour la plus grande oeuvre des dernières années car je sens que trop de moments sont tributaires d’une connaissance a priori de la série. Toutes les références à Cooper, aux deux policiers amoureux, à la Black Lodge me semblent être des moments qui n’ont d’impact qui si on a regardé une quarantaine d’épisodes au préalables, dont la plupart ne valent pas le coup. Cela me dérange un peu. Mais je suis pas sûr que ça soit légitime de reprocher ça à une oeuvre qui peut, par moment, atteindre des sommets de stupéfaction (la scène où deux amants se font lacérer par une créature étranges dans un loft à New-York)

      Aujourd’hui encore, j’ai vraiment du mal à cerner la communauté de fan autour de Twin Peaks. Fan de série TV ? Geek à la recherche d’un « lore » ? Cinéphile edgy et radical ? Tous en même temps ?
      Vous, quel est votre rapport à cette série ? Parvenez-vous à faire abstraction de toute l’aspect mélodrame et des romances un peu clichées ? On ne cesse de me dire qu’il ne faut pas prendre ces scènes premier degré mais je ne vois pas comment faire quand il s’agit de voir l’ex petit copain de Laura Palmer qui pleure pendant 1 minute sur du violon en voyant une photo d’elle.

      (Je suis par ailleurs assez fan d’Une histoire vraie. Dans Blue Velvet et Sailor et Lula, encore une fois l’aspect mélodrame me gêne beaucoup. J’ai vu MD il y a trop longtemps et je n’ai rien vu d’autre)

      • #87493 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Brièvement : parce que les deux premières saisons de Twin Peaks sont fragmentairement du Lynch. Il quitte même la série au milieu de la saison et revient pour réaliser le dernier épisode. Dès Fire Walk with Me, puis avec The Return, c’est à 100% du Lynch, il dirige tout. Même la production de la série est atypique pour une série, tout est écrit à l’avance, ils tournent dans le désordre — et non un épisode suivant un épisode — et il a surtout lutté avec Showtime pour bénéficier de dix-huit épisodes plutôt que dix. Et je suis de ton avis. Ça se voit. Je ne suis pas fan des premières saisons de Twin Peaks — j’ai zappé toute la dernière moitié de la saison 2, c’était vraiment ignoble — mais je tiens The Return pour l’un des plus grands événement esthétique de ma vie. Rien que ça. Il est vrai que ça tient sur une certaine expérience au préalable de la diégèse Twin Peaks — c’est ça, au fond, qui est mis à mal dans The Return — mais ça peut facilement se contenter de quelques épisodes de la série. Le film est indispensable.

        • #87497 Répondre
          Toni Erdmann
          Invité

          J’espère que j’en sortirai aussi enthousiaste que toi

          • #87499 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            Série vue il y a trop longtemps mais j’ai souvenir d’avoir beaucoup aimé la saison 1 et moins la 2. N’y avait-il pas aussi une forme de semi-parodie dans ce côté mélo/cliché? Parodie pas trop explicitée façon Naomi Watts avec son pull rose scintillant et ses grands sourires béats de Mulholland Drive. Il faudrait que je revoie, c’est peut-être un faux souvenir déformé par les Lynch vus par la suite

            • #87500 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              Si. Mais la nature série de Twin Peaks fait que certains morceaux parodiques n’en sont plus vraiment — ce sont de vraies intrigues qu’on suit d’épisode en épisode, et c’est la lourdeur qu’on peut trouver dans les deux premières saisons.

              • #87501 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Ok. En tout cas il faut décidément que je revoie The Return (souvenir d’avoir été très marqué par l’épisode 8 mais d’avoir vu le reste avec trop peu d’attention)

                • #87528 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Je ne dirais pas parodique, semi ou entière. Les codes et l’artificialité sont soulignés mais tu rates un truc si tu ne vois pas que Lynch joue ça au tout premier degré. Idem pour Naomi Watts son gilet rose à paillette, son sourire béat et son immense gentillesse. C’est souligné, c’est consciemment exagéré, mais pas plus que les codes de l’épouvante dans la scène du jump scare de derrière Winkies, pas plus que la perversion sexuelle dans Blue Velvet. Il n’y a pas de moquerie. Le terrain de jeu de Lynch a toujours été un monde de cinéma très conscient de son artificialité dans lequel les personnages sont enfermés et parfois décèlent eux même l’étrangeté.

                  • #87557 Répondre
                    I.G.Y.
                    Invité

                    Sans doute que le terme « parodique » n’est pas bon pour décrire ces scènes là. Il n’y a pas forcément moquerie, souvent pas du tout (je ne pense pas non plus que Lynch se moque du personnage de Watts). Mais on sent effectivement ce soulignage si conscient de l’étalage de son premier degré qu’il finit par passer au premier degré et demi (qui bascule dans l’étrange et parfois le comique). Cela dit puisque tout ça côtoie des scènes si exagérées qu’elles virent au parodique (la géniale scène du café dans Mulholland Drive me semble quand même relever de la parodie, pas du point de vue des personnages « enfermés » de la scène mais du point de vue de Lynch lui-même), c’est vite fait de s’emmêler. Je trouve que c’est ce mélange qui est fort.

                    Le cas des deux vieux parents dans Mulholland Drive est typique de la frontière parfois floue entre premier degré étrange et jeu carrément humoristique (il mêle peut-être moins les deux dans les premières saisons de Twin Peaks, je ne me souviens plus).

                    • #87558 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Exactement, cest emmelé. Je suis pénible sur le mot « parodique » car il ne va pas du tout, c’est vraiment pas ce que fait Lynch. Je n’ai pas spécialement de meilleur mot à proposer, je sais juste que ce serait une erreur de partir sur cette piste – piste que j’avais envisagée lors des premiers épisodes pendant ma premiere vision de Twin Peaks. D’ailleurs, dans The Return, Lynch est très clair et réaffirme haut et fort même les éléments les plus ridicules des premières saisons.

                      • #87559 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        (Les éléments les plus ridicules, c’est James le motard cool)

      • #87508 Répondre
        Different
        Invité

        Si on parle bien de la série Twin Peaks des années 90, à part la fin qui tire en longueur, c’est vraiment une expérience en soi, sur plusieurs plans, la musique y joue aussi un bon rôle. Après je sens un bon a priori de mépris ici pour les séries, il ne faut aps, il faudrait regarder 6 feet under, the wire (oui encore), THEME, MadMen, True BLood, Rome, Oz, the SHield, etc ,etc, Les séries ne sont PAS un sous-cinéma. Comme la BD n’est PAS une sous-littérature.
        Il faudrait déjà comprendre cela. 🙂

        • #87509 Répondre
          Cornemuse
          Invité

          Tu te trompe, il existe bien une critique de la série ici, mais pas bête et méchante

          • #87511 Répondre
            Different
            Invité

            « à ceux qui faisaient de Twin Peaks davantage qu’un simple feuilleton. J’ai bien conscience que certaines scènes oniriques ou comiques troublaient la routine du feuilleton. Mais le ratio scène étrange/scène clichée me paraissait largement insuffisant pour légitimer 30 heures de visionnage de cette série. »

            Ici, je ne vois aucune trace de sagacité, ou d’accès, ne serait-ce que primaire, à ses propres limitations en tant que créature culturée, normée, très peu savante, dans la matière où l’on cherche à disserter. Pourtant. :/

            • #87516 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              « , Les séries ne sont PAS un sous-cinéma »
              A qui parles tu? De quoi parles-tu?
              IL y a consensus académique pour estimer que les séries sont du cinéma à part entière, en tout cas de l’art à part entière
              Seules quelques voix parfois s’élèvent pour le contester
              Les Cahiers du CINÉMA, temple du cinéma, célèbrent les séries ou au moins des séries depuis les années 2000.

              • #87531 Répondre
                Cornemuse
                Invité

                Je ne sais pas de qui il parle, mais je sais d’où il parle. Il le lui dit lui-même : « Pour avoir été un geek avant d’avoir un ordinateur. » Il parle depuis le même endroit que Bolchegeek, les geeks contre les snobs.

                • #87532 Répondre
                  Different
                  Invité

                  Tu ne sais pace que qu’était un geek avant l’invention d’internet, je te recommande la première saison de stranger things, petit chose.

                  • #87534 Répondre
                    Cornemuse
                    Invité

                    Pourquoi insulter ?

                    • #87535 Répondre
                      Different
                      Invité

                      Car tu fais preuve d’ultracrépdarianisme à chaque post. Redescends un peu de ta condescendance vis-à-vis, des geeks, de tous les je-ne-sais-quoi existants, qui ne sont pas toi. Et tu auras tout mon respect l’ami!

                      • #87536 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        J’essayais juste de te situer, afin de mieux situer ta critique envers un « mépris » qui n’existe pas, ou plus, une critique étrange sortie de nulle part, mais qui maintenant est tout à fait claire.

                      • #87537 Répondre
                        Different
                        Invité

                        Je parlais de l’auteur de ce thread, via la citation donnée + haut, pas d’ici en général, que je ne connais pas! (je me contente de la botte moi, l’auteur du thread ici)

                        Excellente journée alors, dans la clarté lustrale de ton intelligence de la situation. (et de mézigue)

                      • #87538 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Je parlais aussi seulement de ce topic, quand j’ai dit « ici ».

                      • #87539 Répondre
                        Different
                        Invité

                        Air High Five then.

                        So long, pretty young thing! 🙂

                      • #87550 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        « , Les séries ne sont PAS un sous-cinéma »
                        A qui parles tu? De quoi parles-tu?
                        IL y a consensus académique pour estimer que les séries sont du cinéma à part entière, en tout cas de l’art à part entière
                        Seules quelques voix parfois s’élèvent pour le contester
                        Les Cahiers du CINÉMA, temple du cinéma, célèbrent les séries ou au moins des séries depuis les années 2000.
                        (par exemple)

                      • #87553 Répondre
                        Comité de Défense des Faits et de la Justice
                        Invité

                        François: Alors, l’explication de texte elle vient?

      • #87695 Répondre
        Carton de Lait
        Invité

        J’ai projet de regarder un jour tout twin peaks (jai vu les deux premières saisons et le film) mais sinon je suis de ces gens qui pensent que le meilleur film de Lynch est son seul film disons, normal (encore qu’on pourrait aussi utiliser ce qualificatif pour Elephant man probablement), c’est -a-dire A straight story. J’aime sinon bien son Dune pour la rigolade. Tout ses films a la narration incompréhensible genre Mullholand drive, lost highway, Inland empire, me laissent complètement indifférent et je ne comprends pas les gens qui les matent a répétition pour en rechercher une signification. Ce genre de cinéma m’intéresse très peu. J avais je crois assez aimé Wild at Heart mais ça fait bien presque 30 ans depuis ce visionnage donc faut voir.

    • #87510 Répondre
      Cornemuse
      Invité

      Le feu ravage Hollywood,
      David s’éloigne.

      • #87512 Répondre
        Different
        Invité

        Splendide.

    • #87540 Répondre
      netflou
      Invité

      @ Toni
      Je n’ai pas revu la série dernièrement. Je te réponds sur la base de souvenirs datant d’à peu près quinze ans.
      Il y a dans Twin Peaks un jeu sur la forme du sitcom qui permet un redoublement du fantastique.
      Première couche de fantastique, bien épaisse : un univers parfaitement réglé, cache le plus parfait dérèglement.
      Ce dérèglement qui menace l’ordre social est redoublé par le dérèglement de la forme du sitcom.
      Ton exemple est parfait :
      « On ne cesse de me dire qu’il ne faut pas prendre ces scènes premier degré mais je ne vois pas comment faire quand il s’agit de voir l’ex-petit copain de Laura Palmer qui pleure pendant 1 minute sur du violon en voyant une photo d’elle. »
      Dans une série ou sitcom, on fait cette scène, mais on la fait durer quelques secondes. Elle est un point nécessaire pour faire avancer l’histoire : le petit ami est traumatisé. On note.
      Quand elle dure 1 minute, avec cette musique de Baladamenti, il se passe autre chose. Ce qui te semblait comme aller de soi devient étrange. On commence à projeter autre chose sur ces images. On est dans le premier degré du second, l’espace de la mule.
      Dilaté et ralentir la forme du sitcom est une idée simple et géniale : ce qui était normal apparaît arbitraire et inquiétante.
      Cette trouvaille formelle redouble le fantastique : la normalité, si l’on dérègle légèrement sa perception, devient toujours inquiétante.
      J’ai le souvenir d’une scène où le petit ami de Laura Palmer, éploré, en compagnie de la meilleure amie de Laura Palmer, joue le thème de la série à la guitare électrique. C’est long, très long, pas de dialogue. Apparaît des présences vides, opaques, parfaitement irréelles.
      Peut-être que ces souvenirs sont faux.

      • #87544 Répondre
        Cornemuse
        Invité

        Cette scène ?

        • #87546 Répondre
          netflou
          Invité

          Ce n’est pas la scène que j’ai décrite. Mon souvenir était surement faux.
          Essayer de faire un travail critique sur la base de souvenirs vieux de quinze ans est une idée à la con. Certe.

      • #87545 Répondre
        netflou
        Invité

        Précision :
        Mon commentaire ne vaut que pour les seuls fragments authentiquement lychéens des deux premières saisons.

        • #87864 Répondre
          toni Erdmann
          Invité

          Mais quelle est la réelle proportion de ces fragments ?
          Je ne sais pas si ma critique est vraiment valide, mais j’ai l’impression que Twin Peaks est la seule oeuvre à laquelle on pardonne des épisodes entiers de mauvaise qualité simplement car il y a un bon « pay-off ».
          Tout cela est peut-être lié à une forme d’amertume chez moi d’avoir vu en 2017 des personnes s’amuser comme des fous quand je restais sur le côté. Je n’arrivais pas à concevoir l’idée de voir un feuilleton des années 1990 pour pleinement apprécier ce que tout le monde appelait un chef d’oeuvre.

          Par exemple, cette scène (issue du film en l’occurence, mais qui est un de ses fragments les moins oniriques) m’est vraiment insupportable et c’est ce genre de choses qui m’empêchent de participer à l’euphorie générale :

          • #87871 Répondre
            Cornemuse
            Invité

            Bon choix de scène comme exemple, effectivement, cette scène a beaucoup fait parler, y compris chez les critiques, d’autant plus qu’elle participe à clore la saison 3. Souvent, les gens avancent à tâtons dans Twin Peaks, ne sachant pas s’ils ont affaire à un navet ou non. Et pour ne pas se sentir largués, ils imitent les autres cinéphiles ou critiques, et, par mimétisme, crient au génie sans vraiment savoir pourquoi. Moi-même, j’ai eu des moments de réel plaisir et d’autres où j’ai trouvé cela terriblement mauvais. Le côté mystérieux pousse au doute, ce qui fait que l’on pense que Lynch, tel un magicien, est au-dessus de nous en matière de compréhension du monde, et que ce n’est pas mauvais, mais que c’est nous qui ne comprenons pas. N’oublions pas que la magie n’existe pas : Lynch est avant tout un charlatan, un habile charlatan. Les tours de magie de Lynch sont faits d’essais ratés et de camelote en toc. Pour ne pas se sentir démunis, la plupart des gens qui n’y comprennent rien crient au génie pour chaque scène, mais oublient de percevoir les astuces qu’il emploie pour tromper son public.

            • #87873 Répondre
              Cornemuse
              Invité

              Si la figure titulaire d’Almodóvar est le styliste, celle de Nolan l’ingénieur, Lynch ça serait le prestidigitateur, l’illusionniste. Il l’est même littéralement. Le rideau rouge sur le devant de la scène, la tenue de magicien avec tous les boutons remontés jusqu’en haut, le freak show.

              • #87889 Répondre
                Cornemuse
                Invité

                Conclusion: tout magicien est en partie un escroc, un prestidigitateur est toujours en partie un manipulateur.
                Pour vraiment apprécier lynch, il faut savoir aimer le tour de magie et reconnaitre la supercherie, aimer le trucage.

                • #87891 Répondre
                  Cornemuse
                  Invité

                  Et ne pas bêtement croire au spectacle.

                  • #87898 Répondre
                    Cornemuse
                    Invité

                    C’est avant tout le rideau rouge de la red room qui me fait penser aux rideau sur la scène d’une pièce de théatre/ou d’un spectacle de magie
                    Les lumières bleu qu’il fout toujours sur la gueule de ses personnages aussi, comme des lumières de projecteur de salle de spectacle.
                    twin

              • #87890 Répondre
                Carpentier
                Invité

                je propose une manif à République pour 14h: à bas le freak-show, bye bye David, au suivant !

                – Comment ça je respecte pas les morts?
                quel âge déjà? 78, bon ok – je me calme, on aurait certes pu encore un peu profiter (enfin, ceux qui le voulaient) de
                ce

                …. monsieur (ait été) régulièrement adoubé par des temples de la cinéphilie ….

                On annule la manif?
                on annule la manif

            • #87895 Répondre
              Seldoon
              Invité

              Pas complètement d’accord avec tout ça. On a parlé plus haut de premier degré et demi et de ce genre de choses. En y réfléchissant je ne pense pas que ce soit le bon angle. Il y a un premier degré tout court de Lynch. Dans Twin Peaks on est dans la sitcom et on la prend très au sérieux. L’étrangeté ne vient pas tant du fait que le plan sur une réaction à une mort dure trop longtemps. L’étrangeté vient du fait que dans ce monde artificiel mais réel, la mort qui fait irruption est vraiment traitée comme la mort. Tout comme l’amour, l’addiction, l’horreur. Quand une sitcom ne prendrait jamais ces éléments là au premier degré. Lynch prend donc au contraire la sitcom très, très au sérieux. La mort qui y débarque c’est la vraie mort. L’étrangeté vient de là, de la monstruosité qu’est un personnage de sitcom, mise en évidence pour lui-même comme pour le spectateur dans ces moments d’irruption (moments où il ne sera pas rare d’entendre que « something is wrong » dans la bouche des personnages). C’est bien du premier degré tout court.

              • #87949 Répondre
                netflou
                Invité

                Ce que tu dis est intéressant. Pour autant, Lynch ne traite pas la forme du sitcom au premier degré.
                Tout est faux : le rythme est faux, les acteurs jouent faux, la musique est volontairement kitch, donc pleinement prise dans le régime du faux.
                Tout ça est disposé à dessein et avance peut être avec de trop gros sabot : ce surcroit ironique de fausseté formelle redouble la fausseté des habitants de Twin Peaks, in fine celle de toute l’Amérique. Car il est là le message de Lynch : les masques sont mal ajustés et la monstruosité affleure. Ce message plaisait au grand ado que j’étais il y a quinze ans.
                Il reste Leland Palmer. Un beau sagouin, entendu comme l’antonomase Bégaldienne dans CUM : être puissamment déviant, monstrueux, anormal qui peut déployer pleinement son existence, au-delà de tout jugement, dans l’espace refroidi d’une œuvre d’art.
                Il aura aimé sa fille. Il aura eu des rapports sexuels avec sa fille. Il aura tué sa fille. Il aura pleuré sa fille pour éloigner les soupçons de sa personne (Jonnathan like this). Il aura pleuré sa fille parce qu’il l’a aimé et qu’il la fait disparaître (Jonnathan like this too).

                • #87957 Répondre
                  netflou
                  Invité

                  Je voulais dire Jonathann

          • #87872 Répondre
            Seldoon
            Invité

            Rien n’est plus pardonné à Twin Peaks qu’à d’autres. La série est particulièrement clivante, l’aspect sitcom des années 90 détourne beaucoup de monde. Le fait que le monsieur ait été régulièrement adoubé par des temples de la cinéphilie (les cahiers, Cannes…) ne peut pas faire oublier que soit le bout par lequel on le prend, ni Lynch ni aucune de ses œuvres ne sont des modèles de consensus critique.
            Ceux qui pardonnent à Twin Peaks l’aspect sitcom ringarde sont ceux qui s’y retrouvent au moins un peu. Tant mieux pour eux, et je m’y inclus après ma résistance initiale, car sans cette adhésion les décollages lyncheens perdent énormément en puissance.

            • #87892 Répondre
              Charles
              Invité

              C’est quelque chose qui m’agace beaucoup avec cette série, la réception dingue dont elle fait l’objet où effectivement tout le monde se force à l’aimer malgré sa grande impureté voire son aspect très ingrat, ridicule par moments. Le sommet avait été atteint quand dans un numéro des Inrocks des cinéastes avaient cité Twin Peaks comme meilleure série du monde même s’ils n’en a avaient vu que quelques épisodes.

              • #87894 Répondre
                Cornemuse
                Invité

                Oui l’effet de halo magique autour, te fait l’aimer avant même de l’avoir vu.
                Et si tu trouve ça nul, c’est que tu n’a pas bien compris.

                • #87896 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  après, être dans une conversation aujourd’hui si tu regardes pas de séries-références (comprendre pas celles qui passent àla télé, quoi) c’est prendre le risque d’être ce qu’on est:
                  à savoir, un dinosaure tout au mieux voir un tyrannosaure si on peut de toutes façons pas te saquer 🤣
                  i am what i am.

                  • #87904 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    il fallait voir le soir de la mort de David (oui, on s’appelait par nos prénoms David et moi) comment E.Lemoine, c’est à vous (oui, je sais) l’annonçait avec les mines de Lescure et des autres attablé.es:
                    honnêtement? j’ai ri et si moi sur le plateau (délire, oui) j’aurais, je crois, demandé de suite qu’ils parlent de son travail (mais sans toutes les recherches, lignes toutes préparées et tutti)
                    comme dans la vraie vie, quoi.
                    D’ailleurs, sans surprise, à part les mines, ils en ont rien dit.
                    Qui, ce soir-là, fut réellement affecté? les proches benh oui, et sinon?
                    allez, tiens: listons (à défaut de le refaire pour exclure des fantasmes trolls)

                    • #87907 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Je fus réellement affecté, ainsi que plusieurs ici qui l’ont signalé. Même Charles qui pourtant n’a pas de cœur.

                      • #87908 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        (C’était une réponse à Cornemuse)

                      • #87910 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Fausse manip, ici c’était bien une réponse à Carpentier

                      • #87911 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Moi aussi
                        J’ai aimé
                        Mais certain passage mon laisser sur le bord de la route, c’est ces passages la dont je parle

                      • #87913 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        je prendrai donc, dans l’après m’, un peu de temps pour lire ceux/celles là,
                        – avec toutes mes condoléances cinéphiliques
                        (en carton, les miennes oui, on sait)

                    • #87918 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      des * fantasmÉs* trolls
                      (et là, ce con met pas l’accent) 😭

                • #87903 Répondre
                  Seldoon
                  Invité

                  Cornemuse tu décris l’existence de fans de Lynch. On les croise. Mais ils ne sont pas là cinéphilie. La réalité est que globalement la cinéphilie n’a pas vu la saison 3.

                  • #87909 Répondre
                    Cornemuse
                    Invité

                    @Seldoon Je me réfère principalement aux cahiers, positif et aux inrocks.
                    Ainsi qu’a des rencontres personnelle
                    Que entend tu par cinéphilie toi ?

                    • #87915 Répondre
                      Seldoon
                      Invité

                      Je te précise : les temples officiels de la cinéphilie ont adoubé Lynch et twin peaks. Mais les Cahiers ce n’est pas non plus l’ensemble de la rédaction. Je parle tout simplement des cinéphiles dans leur ensemble. Et je ne peux que me répéter : prononce le nom de Lynch ou de twin peaks ou de n’importe lequel de ses films « lyncheens » et tu auras un débat. Systématiquement. Je suis à deux doigts d’exagérer un brin et d’ajouter : il n’arrive pas qu’il n’y ait pas débat. En tout cas moi ça ne m’arrive pas. Il n’y a aucune unanimité, c’est presque le cinéaste clivant par définition.

                      • #87923 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        N’oublie pas le top 10 des années 2010, une décennie, ce n’est pas rien et twin peaks saison 3 se retrouve premier.

                        N’oublie pas non plus le top 10 des années 2000, une décennie, ce n’est pas rien et Mulholland Drive se retrouve premier.

                        N’oublie pas non plus le top 10 des années 1990, une décennie, ce n’est pas rien et Twin Peaks: Fire Walk with Me se retrouve quatrième.

                        Les Cahiers on sucé jusqu’a la moelle david lynch

                      • #87925 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité
                      • #87926 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité
                      • #87934 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité
                      • #87935 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité
                      • #87928 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Mais t’arrive-t-il sérieusement de prononcer le nom de Lynch sans créer de débat ? À part pour dire Elephant Man.

                      • #87932 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Pour ma part non, mais je veux bien croire que ça le soit, je peux le comprendre.
                        Elephant man est certe le plus balisé, scolaire
                        Mais c’est souvent plus Mulholland Drive ou lost higway qui reviennent
                        Lynch est un cinéaste de début de parcourt en tant que cinéphile, avec scorsese ect, toute les critiques que j’en ai entendu dans ma vie étaient des critiques de personnes ne s’intéressant pas du tout au cinéma, qui trouvait ça trop étrange, dérangeant, « spécial ».
                        Les cinéphiles pointu, eux, qui ne l’aiment pas j’en ai jamais croiser.

              • #87899 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Mais je ne sais toujours pas où vous voyez cette unanimité critique qui me semble totalement fantasmée. Toute ma vie en parlant de lynch ou de twin peaks j’ai pu constater qu’en gros la moitié des cinéphiles aime et l’autre non, qu’il y a des tonnes d’avis nuancés comme ceux que vous exprimez ici. Quand le nom de ce cinéaste vient dans la conversation il y a systématiquement, systématiquement avec italiques d’insistance un débat qui s’engage.

                • #87906 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  Quand le nom de ce cinéaste vient dans la conversation

                  perso, moi, ça ne vient jamais mais never de chez never, quoi 🤣

                • #87924 Répondre
                  Charles
                  Invité

                  Il y a incontestablement une unanimité de la critique mais en revanche je suis d’accord avec toi parmi les cinéphiles c’est plus contrasté (j’ai moi-même arrêté la saison 3 en cours de route).

                  • #87930 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Je veux bien admettre l’unanimité institutionnelle.

                    • #87933 Répondre
                      Cornemuse
                      Invité

                      Charles, tu n’as pas dû supporter la fin de la série, et surtout la scène dans le commissariat, et aussi Bowie transformé en bouilloire géante. Tu dois être un homme heureux.

                      • #87943 Répondre
                        Charles
                        Invité

                        Rires. J’ai néanmoins décidé de lui redonner une chance.

          • #87946 Répondre
            netflou
            Invité

            Cette scène m’a toujours fait penser à cette réplique de l’Echange de P. Claudel :
            « Et le diable a trouvé la maison vide, et il est entré dedans, et il ne peut plus en sortir,
            comme un chat qui s’est pris dans une serviette. »
            D’ailleurs Laura Palmer est aussi venimeuse que Lechy Elbernon

            • #87950 Répondre
              netflou
              Invité

              Pourquoi ce message atterrit ici ? Paul Claudel, c’est pour le dernier échange entre Laura et Machin, son petit copain à la mâchoire carrée, dans l’extrait qu’a posté Toni.

              • #87952 Répondre
                Cornemuse
                Invité

                Ce message atterit ici car TOUT les messages au dessus répondent à la vidéo, ou a un message qui répond a la vidéo

                • #87974 Répondre
                  Carpentier
                  Invité

                  c’est cool que participent un peu plus au forum, depuis quelque temps, des gens qui s’y attardent sur des laps de temps un peu conséquent, et on constate ainsi que plus de sitistes s’étonnent aussi de comment ça (dys-)fonctionne; un problème souvent repèré et dit pourtant par les gens ordinaires depuis le début,
                  en lieu et place de juste prétendre que des posts inopportuns masqueraient des participations plus sensées
                  Ça fait du bien car:
                  oui, selon où tu t’accroches dans une discussion, tu peux être envoyé à des années lumière du bazar et dire après que ouiiinnn on t’a pas vu,et que ça c’est encore a cause de x et de y qui racontent leurs potagers 🤣
                  Et comme en plus on a pas affaire à des éveillés en observations techniques, imagine les méprises et raccourcis faciles 🤡

                  • #87976 Répondre
                    Seldoon
                    Invité

                    Tu as posté 8 messages dans ce sujet consacré à Lynch. Sur les 8, on ne peut en compter que 3 qui concernent de près ou de loin David Lynch et son cinéma, les 3 étant pour signaler que tu n’en as rien à faire. Quelle que soit l’ergonomie du site, ce comportement sera toujours un problème pour la lisibilité des discussions pour les autres sitistes, nouveaux arrivants ou pas.

                    • #87977 Répondre
                      Cornemuse
                      Invité

                      Carpentier fournit 80% des messages qui font vivre ce forum

                      • #87978 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        C’est parcontre, une vie en vase clos

                      • #87979 Répondre
                        K. comme mon Code
                        Invité

                        « Lorsque le parasite parvient à gagner la circulation sanguine, il peut infecter le foie, et donner naissance à des abcès qui, non traités, conduisent à une issue fatale. »

                        pasteur.fr

                      • #87982 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        Oh, même toi, Cornemuse?
                        Ça m’attriste,

                      • #87983 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Faire vivre le forum n’est pas forcément mauvais, mais on est obligé de noter que beaucoup de tes messages sont des méta-discours qui ne parle que du forum

                      • #87985 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Moi, ça ne me dérange pas vraiment, ayant moi même écrit plusieurs messages de ce type ici

                      • #87986 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        C’est par contre, une vie en vase clos

                        T’inquiète ; )
                        Une observation sérieuse montrerait que pas tant, non
                        Et puis pour certain.es, ici, on dirait que c’est une gageure d’ignorer les designé.es d’office crétin.es
                        C’est clanique ça oui, et ?

                      • #87990 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        C’était pour la blague
                        Effectivement c’est vrai que selon les pseudos certain ignore, toi ou SHB par exemple se font systématiquement réprimander par françois, souvent juste car c’est vous.
                        Peut être faut il changer de pseudo de temps en temps ?

                      • #87992 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        non, car les mêmes s’amuseraient à épingler les dit.es en les affichant
                        machin=truc=crétin.e
                        En tout cas, moi, c’est non, je ne jouerai pas avec les pseudo.s
                        Vais pas mendier leur intérêt non plus, j’en suis pas là
                        Et puis, on doit leur faire envie d’une certaine façon, les crétin.es, c’est certain
                        Les pôvres,

                      • #88003 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        ah y est: les plaintes sont arrivées : )
                        le tapage sur les doigts, la remontée de bretelles est ok: la meute jouit.
                        Pensez peut-être à vous essuyer de temps en temps, ça craque quand vous riez

                      • #88005 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Je propose que, sur ce topic, nous interrompions le méta-discours et évitions également les querelles. La scène opposant Carpentier à « Maître » Bégaudeau a été rejouée des milliers de fois sur des milliers de topics ; elle est bien connue, redondante, c’est du vu et revu et c’est une boucle dont on connais déja la fin . Passons à d’autres pièces de théâtre, parlons plutôt de Lynch, du théatre lynchien.

                      • #88007 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        Moi, j’adorerais que la prochaine gêne occasionnée soit dédiée à David Lynch, tiens.

                      • #88008 Répondre
                        Cornemuse
                        Invité

                        Il me semble que la GO parle des films d’actualité, qui viennent de sortir.

                      • #88009 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        et bien justement, David vient juste de sortir

                      • #88031 Répondre
                        Lumpen 4 Life
                        Invité

                        mdr! xD J’en profite pour partager ce moment de radio exceptionnel sur la musique dans l’univers de Lync: https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-serie-musicale/hommage-a-david-lynch-6453820

                        Et je ne m’étais pas trompé sur Twin Peaks S1, c’est bien par la musique que ce projet est né, c’est passionnant les correspondances que faisaient Lynch « dans sa tête ». Terriblement passionant le mec! Dérangeant, perturbant, etc… Miam.

                    • #87980 Répondre
                      Carpentier
                      Invité

                      et donc?
                      Ça exclue que c’est mal foutu côté arborescence?
                      Recontextualise ma participation parmi celles des autres, comme déjà demandé sinon, cette mise en exergue-pilori vaut rien, elle ne permet aucune analyse.
                      Et certainement pas une quelconque analyse microbiologique 🤣

                      • #87984 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Ce n’est pas une analyse, ce n’est pas une mise au pilori, c’est encore et toujours la même simple demande de moins poster gratuitement.

                      • #87988 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        on ne voit que ce qu’on veut bien voir
                        – du méta-discours?
                        alors relève les autres posts et m’emmerde pu

                      • #87996 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        vu Dune, celui de 1984 donc, certaine de ça – et à sa sortie, au cinéma: et ouiiiiii.
                        tout le reste, à force d’entendre parler de Sailor et Lula, typiquement et de Eraserhead, je sais même pu si je les vus ou pas, c’est dire!
                        David Lynch, un parangon de qui et ce dont il faut parler si on prétend s’intéresser au ciné, un peu, non?

                      • #87997 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        si je les *ai* vus

                      • #88002 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Non, ce n’est pas « ce dont il faut parler », c’est un grand cinéaste qui donne envie d’en parler, et qui donne à penser.
                        Et si tu n’as jamais eu d’appétit pour ces mets là de la vie, daigne que d’autres les goutent.

                      • #88004 Répondre
                        Carpentier
                        Invité

                        je daigne, je daigne,
                        j’ai d’ailleurs commencé à lire ici, comme dit que je le ferais avant le navet du jour – emballé vite fait par tes soins dans un post réact., avec le dernier d’Almo que j’ai pas souvenir d’avoir ‘défendu ‘ tant que ça)
                        Je lis aussi beaucoup de personnes dans ce in memoriam qui reviennent sur leur plaisir à avoir goûté et aimé ce met et qui doutent de leurs émotions de jadis, non?
                        C’est intéressant, ça aussi.
                        Moi, j’adorerais que la prochaine g.o. soit dédiée à ce David Lynch., tiens.
                        Je daignerais même l’écouter.

                      • #87993 Répondre
                        Julien Barthe
                        Invité

                        Seldoon,
                        Tu en es à deux post d’ultra-discours* sur cette page concernée à David Lynch. Fais gaffe, c’est piégeux.
                        *discours critique du méta-discours de Carpentier

                      • #87994 Répondre
                        Seldoon
                        Invité

                        Encore deux niveaux et ce forum est adapté au cinéma par Charlie Kaufman.

    • #87554 Répondre
      Mélanie
      Invité
    • #87603 Répondre
      Barbara
      Invité

       » I never did anything. I hated it so much. I hated it, like, with powerful hate. The only thing that was important happened outside of school, and that had huge impact on me. People and relationships

    • #87605 Répondre
      Barbara
      Invité

      (suite)
      , slow-dancing parties, big, big love, and dreams. Dark, fantastic dreams. »
      Lynch dans The art life. J’aime beaucoup cette « powerful hate ».

    • #87729 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Il y a quelque temps j’avais glissé un peu trop vite que le cinéma de Lynch était assez peu directement social et politique, ce qui pouvait expliquer un si grand accord sur ce réal avec un ami proche qui m’est très opposé politiquement (droite très libérale, pourfendeur de la morale gauchiste et compagnie, mais un type par ailleurs incroyablement drôle). Disant cela j’avais tout de même gravement oublié Elephant Man, film qu’il n’avait pas vu et que j’ai donc revisionné avec lui hier — on a regardé peu de films ensemble. J’ai pu constater l’immense écart qu’on avait dans la réception de ce film, la discussion a viré au pugilat verbal (sans haine car on se connaît très bien et avons l’habitude de ces oppositions, mais c’était intense). Sacré film, encore…

      Il me semble que le « social » au sens fort est rarement à ce point au premier plan dans ses autres films.

    • #87730 Répondre
      Charles
      Invité

      Je n’ai pas vu Elephant man depuis longtemps mais effectivement il me semble que c’est un cinéaste pas vraiment politique, ni social. Son référentiel demeure beaucoup le cinéma, Hollywood, les rapports sociaux sont marginaux dans Sailor et Lula, Mulholland Drive, Lost Highway, Blue velvet etc. Après on peut toujours y trouver des commentaires sur ce qu’on veut, sur la condition des actrices, sur l’inceste (voir l’article de Nevers dans le numéro spécial de Libé de ce weekend, Laura Palmer est comparée à Antigone). Je ne dis pas que la réalité est absente et que c’est un cinéma purement imaginaire mais c’est une appréhension du monde depuis celui du cinéma.

      • #87731 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        Il fait quand même un magnifique film qui célèbre pendant 2h le jouet ultime des droitiers propriétaires de grands jardins : la tondeuse à gazon automobile.

        • #87732 Répondre
          Cornemuse
          Invité

          c’est une appréhension du monde depuis celui du cinéma.
          Je dirais du spectacle plus largement
          Le rideau rouge
          La scène
          Le freak show

          • #87742 Répondre
            Samia
            Invité

            Carrément spectacle, comme Bowie

        • #87739 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          @Dr Xavier, rire.

          @Charles et Cornemuse oui je suis assez d’accord, il prend plutôt le réel par un autre bout — quand bien même le social peut faire retour de biais, par la fenêtre. De ce que j’ai lu de lui (assez peu) j’ai aussi cette impression. Mais dans Elephant Man c’est inhabituellement frontal — et ce sans compter les questions qui ont plus à voir avec de l’interprétation, assez indéterminées, comme la scène du rêve au milieu du film (qui me semble aussi très chargée sur ces questions, surtout si on la place dans le contexte du reste du film; mais c’est ouvert).

          • #87740 Répondre
            Tony
            Invité

            De mon côté j’ai revu hier soir Sailor et Lula dont je gardais plutôt un bon souvenir et aujourd’hui c’est assez décevant,on y voit en germe ce qui fera l’étrangeté de ses derniers films mais,ici,on est encore dans une forme assez conventionnelle,sans ces scènes fortes et énigmatiques qui font tout le prix de son cinéma,au contraire dans ce film tout est explicite,la mère maléfique poursuit les amants sur un balai de sorcière,les mafieux ne sont pas si inquiétants,la romance est très stéréotypée, heureusement que Nic Cage y apporte ce grain de folie génial qu’on lui connaît avant qu’il n’en fasse une caricature,Willem Dafoe arrive à être inquiétant dans un petit rôle de bad guy mais là encore on est dans l’archétype et la clownerie.Le film finit par un happy end que précède l’apparition d’une fée , peut-être est-ce le film le plus commercial de Lynch, très hollywoodien et un peu lynchien,mais on est encore loin de la forme qu’il finira par trouver avec ses films suivants.

            • #87741 Répondre
              Charles
              Invité

              Oui c’est sans doute le film le plus facile et accessible de Lynch. Il est sorti sauf erreur pendant la même période que True Romance et Tueurs nés, c’était donc la mode ces récits de cavale amoureuse émaillée d’ultra-violence déréalisée. Lynch est sans doute celui qui le filme avec le plus d’innocence, de naïveté et d’amour pour ses deux personnages qu’on dirait issus d’un livre pour enfants/ados. Le film tient surtout sur ses deux acteurs, très charismatiques et sexys. J’aime bien une scène où ils découvrent sur la route la nuit un couple qui a eu un accident je crois. On a l’impression qu’à ce moment-là ils sortent de leur bulle et de leur féérie pour découvrir la violence du monde, c’est sans doute la seule scène un peu « adulte » du film. Pour le reste, ça se regarde comme du pulp.

              • #87774 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Oui, et j’ai aussi souvenir d’un bon moment de rigolade. Entre autres cette réplique mémorable de Sailor :  » This is a snakeskin jacket! And for me it’s a symbol of my individuality, and my belief in personal freedom ».

                • #88012 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  C’est amusant
                  C’est exactement cette réplique qu’au lycée
                  Les garçons avaient choisi
                  Apprise par cœur et rebalancée dès que possible en «  vie réelle « 
                  Ta notation sur la saisie «  adolescente « me paraît bien observée
                  Moi j’avais bien aimé quand elle claquait ses deux talons mais que ça marchait pas comme Dorothy,
                  La scène d’avortement est un cauchemar , l’idée de filmer Lula derrière un hublot
                  Qui s’agite avec un petit visage tout déformée
                  M’avez bien tilté
                  La fin oui je l’espérais au moins au tant qu’eux ça m’a mise bien mais c’est presque un jeu de confiance : qui croit à cette histoire ? – des adolescents, des amoureux

                  • #88016 Répondre
                    K. comme mon Code
                    Invité

                    La fin de Wild at Heart me fait pleurer, et je me souviens avoir dit à une amie après l’avoir revu cet été en salle que j’admirais ce grotesque assumé.

                    Wild at Heart – Love Me Tender

                    • #88018 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Oh merci !
                      Oui ce sérieux dans ce qui est finalement par nature « maladroit « , je trouve cela émouvant
                      Et oui les acteurs font finalement pas leur cinéma pour rendre cela ou sérieux ou drôle

      • #87758 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Le sujet est vaste, et je n’ai pas de réponse immédiate à donner pour démêler tout ça, mais j’ai immédiatement pensé à cette scène de The Return où un homme vend son sang à l’hôpital pour payer son loyer :

        • #87759 Répondre
          K. comme mon Code
          Invité

          The Return – Keep Your Blood

          Je mets le lien comme ça. La vidéo ne se lit pas sur le forum.

          • #87770 Répondre
            Seldoon
            Invité

            The Return marque clairement l’ouverture du cinéma de Lynch aux questions sociales. Mais il ne le fait qu’à travers le prisme de la mort, au point que je me demande si, malgré une sincère empathie pour les créatures qu’il filme, David ne s’intéresse alors toujours pas plus à la mort d’une Amérique qu’aux difficultés sociales de ses personnages.

            • #87772 Répondre
              K. comme mon Code
              Invité

              Il y a cet intérêt pour les personnes en tant que personnes qui, à mon avis, fait forcément rentrer un peu de social dans l’image ; je revoyais un documentaire — malheureusement cryptique — sur le tournage d’Inland Empire où on le voit parler à une sans-abris sur Hollywood Boulevard qu’il vient, je suppose, d’engager dans la rue pour une scène du film. Naomi Watts racontait aussi qu’après dix ans d’auditions affreuses à Hollywood, elle avait été ravie que Lynch ait tout simplement envie de parler avec elle. Dans The Return, le monde de Twin Peaks sorti progressivement de la diégèse de soap opera de la série originale permet davantage de s’intéresser à la fabrique sociale, c’est vrai. Notre facho Ludovic fait bien de pointer du doigt que Mulholland Drive est assez réaliste sur la condition sociale d’une actrice dans ce milieu (The Return fonctionne un peu en superposant les deux parties de ce film). Et je ne pense pas que Lynch pensait en ces termes « la mort d’une Amérique », c’est surtout qu’il filme de nombreuses personnes qui sont mortes pendant le tournage ou rapidement après, et c’est davantage un hommage qu’il leur rend. L’appel Skype avec le père de Mark Frost — le co-créateur de la série — est l’une de mes scènes préférées de The Return.

              • #87775 Répondre
                Seldoon
                Invité

                (Une de mes scènes préférées du cinéma américain de ce siècle aussi)
                Je crois qu’il pense aussi comme ça. La mort de tous ces gens et la sienne, évidemment. Mais il y a de l’idéalisme aussi – probablement plus présente chez les exégètes de Lynch que chez le cinéaste lui-même, mais présente quand même.

              • #87776 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                Bon, c’est décidé, ma première résolution de 2025 sera de revoir The Return. Si seulement ils pouvaient passer des épisodes en salle… Lynch lui-même avait dit que Twin Peaks saison 1 gagnait énormément en puissance sur grand écran. Alors The Return…

      • #87970 Répondre
        Carpentier
        Invité

        savez-vous que je n’ai même jamais vu Elephant man du tout, moi, encore?
        j’ai fait 1 an de claquettes en revanche tiens, c’est vrai, j’avais presqu’oublié ça,

    • #87733 Répondre
      Ludovic
      Invité

      Mullolhand drive a une large vision sociale
      Les jeunes premieres prêt à tout
      Pour réussir à Hollywood
      Avec la peur spectrale de la clochardisation.
      Il le fait de manière évanescente
      Sans la lourdeurs des films d’auteurs in-regardables
      M’étonnerait que ce fut un mec de gauche
      Trop bon, trop esthétique pour être de gauche

      • #88041 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        « Trop bon, trop esthétique pour être de gauche »
        Pauvre ludovic, qui emportera dans la tombe ses pauvres poncifs.

        • #88067 Répondre
          Ludovic
          Invité

          Enfin le plus tard possible
          Vous aimez quand c’est bien crade
          Bien crasseux

          • #88180 Répondre
            Cornemuse
            Invité

            Le cinéma de lynch traite de ça justement.
            Du moment ou la pureté se salit, laura plamer jeune fille pure, se fait violer par son père et devient une toxico/prostituer.

            • #88182 Répondre
              Cornemuse
              Invité

              L’opération de lynch consiste au début, a faire croire que laura était pure et parfaite, éblouissante, la vidéo-pique nique, détruit par ce meurtre et montrer par la suite l’envers du décor, qu’elle ne l’a jamais vraiment été, son psy, la drogue, le casino-bordel ou elle bossait, son ami agoraphobe amoureux d’elle, son amant avec qui elle trompais james.

              • #89280 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Jamais été pure et parfaite, mais éblouissante oui. Lynch ne filmes pas des apparences trompeuses, il filme des apparences qui enveloppent des choses bien plus riches (cette complexité lui plait).

                • #89282 Répondre
                  K. comme mon Code
                  Invité

                  Oui, parce que, sinon, ce serait réactionnaire. Il n’est pas question de pureté. Il montre toute la violence dans laquelle est engrenée Laura et il l’aime au point d’en faire un ange.

    • #87745 Répondre
      Oscar
      Invité

      Cet été on a voulu me prêter un bouquin sur Lynch, et je ne l’ai pas pris. Souvenir de photos de Mystery man de Lost Highway à l’intérieur et d’une brune carré frange (I. Rossellini ? P. Arquette ?) sur la couverture. Je regrette car c’était certainement une clé, et je n’arrive pas à retrouver quel est ce livre !

    • #87788 Répondre
      Olivier
      Invité

      J’ai 21 ans quand je sors abasourdi et émerveillé de la projection du nouveau film de David Lynch, Lost Highway. Peu de films mélangent aussi bien rire et frayeur. Les délires sur les interprétations des films de Lynch m’ont toujours ennuyé… Par contre ses oeuvres, notamment Lost Highway, Blue velvet et Twin Peaks, m’ont toujours amusé, fasciné et parfois terrifié. Et entre le rire et la frayeur, au milieu de l’absurdité et de l’horreur, les sentiments amoureux, kitchs, beaux et sincères.

      • #87991 Répondre
        Seldoon
        Invité

        C’est un des rares cinéastes qui arrive à faire qu’en mélangeant les genres (disons par exemple rire et horreur) ils se renforcent l’un l’autre. Tu ris d’autant plus fort que tu as eu peur, tu as d’autant plus peur que cette horreur arrive à un type qui monologuait avec émotion sur les tartes aux myrtilles.

    • #87799 Répondre
      Olivier
      Invité

    • #87989 Répondre
      Oscar
      Invité

      Sur son activité de peintre, https://www.pafa.org/news/pafa-presents-david-lynch-unified-field-041014
      et le passage au film
      [ Pendant ses études à la PAFA, Lynch a vécu une expérience qui l’a conduit à la réalisation de films. Une nuit de 1967, alors qu’il travaillait dans son atelier, Lynch se souvient : « Je regardais le tableau et du tableau est venu un vent. Et le tableau s’est mis à bouger. Deux choses : un vent est venu du tableau et le tableau s’est mis à bouger. Et je regardais ça et j’entendais ça et je me disais : « Oh, un tableau en mouvement ». Et c’était tout. » Cette expérience a inspiré Lynch à réaliser son premier projet cinématographique. À l’aide d’une caméra à manivelle 16 mm, il a produit un film d’animation d’une minute lié à ses dessins et peintures contemporains qu’il a projeté sur un écran sculpté portant des moulages en relief de son corps. Cette installation multimédia, intitulée Six Men Getting Sick, réunissait peinture, sculpture, son, film et installation. L’œuvre a remporté le deuxième prix annuel Dr. William S. Biddle Cadwalader Memorial Prize de la PAFA et a ouvert à Lynch les possibilités du cinéma. En 1967, il avait décidé de ne pas retourner à la PAFA, prévoyant plutôt de poursuivre des études de cinéma. Ses courts métrages suivants, The Alphabet (1968) et The Grandmother (1970), combinaient animation et prises de vues réelles et ont été réalisés à Philadelphie. ]
      .
      « …un tableau en mouvement »

    • #88023 Répondre
      graindorge
      Invité

      ça va lui faire plaisir tous ces échanges
      trouvé ce documentaire Arte.
      Aurevoir Mr Lynch!

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=ehrcy3sEgWY?si=T3Hl-wWxaIJE5cHS&w=560&h=315%5D

      • #88040 Répondre
        Oscar
        Invité

        Si les commentaires méta étaient ici autorisés on pourrait s’attarder longuement sur cette phrase… On ne le fera donc pas.

        • #88043 Répondre
          Cornemuse
          Invité

          N’exagérons rien, ce n’est pas interdit

          • #88071 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            @Cornemuse
            Oui, ce n’est pas interdit d’avoir de l’imagination et d’imaginer être lus/vus par ceux qui sont partis. Et entendus et même compris!
            Dans un forum où on parle d’Art, de création et de
            la créativité de l’imagination de Lynch, c’est possible de dire. Ce n’est pas interdit

    • #88033 Répondre
      graindorge
      Invité

      j’aime beaucoup celui-ci

    • #88039 Répondre
      Oscar
      Invité

      frh
      Femme rêvant d’un homme – David Lynch – 2008

      The Alphabet (1968) est dans la page Test

    • #88063 Répondre
      graindorge
      Invité

      Le secret de la pensée créative de David Lynch : La méditation transcendantale
      Nous avons parlé à Bob Roth, directeur général de la Fondation David Lynch, de la technique de méditation qui prouve qu’il n’est pas nécessaire de souffrir pour faire de l’art.
      JESSICA BLOOM 2 MARS 2017
      Il existe une croyance largement répandue selon laquelle les personnes créatives sont des psychopathes dépressifs, et ce n’est pas tout à fait faux…étude après étude révèle des liens entre les troubles mentaux et la créativité. La conclusion erronée, cependant, est qu’il faut être profondément troublé pour faire de l’art. En clair, les personnes malheureuses peuvent être créatives, mais les personnes créatives n’ont pas besoin d’être malheureuses.
      Tel est le mandat de David Lynch depuis qu’il a commencé à pratiquer la méditation transcendantale en 1973. C’est du plus profond de son esprit calme et serein que sont nés des chefs-d’œuvre surréalistes comme Eraserhead, Velours bleu et Twin Peaks sont nés. C’est vrai, la personne qui se cache derrière « L’heure du clown fou » dort paisiblement la nuit.
      « Il n’est pas nécessaire de mourir pour faire une scène de mort. Il suffit de la comprendre à sa manière », a déclaré Lynch à Simon Hattenstone, lors d’un entretien à propos du film Inland Empire. « La vraie souffrance est quelque chose que nous ne voulons pas. On pourrait dire que c’est très romantique… c’est juste pour avoir des filles, et ça marche si bien… Mais c’est une blague pour la créativité. Si vous étiez vraiment comme ça, vous ne pourriez pas travailler. »
      Pour faire connaître la MT, la Fondation David Lynch pour l’éducation et la paix fondées sur la conscience a été lancée en 2005. L’organisation se concentre sur la mise à disposition de la MT aux populations à risque, car cette voie particulière vers l’illumination a un prix assez élevé : $960 pour un instructeur individuel. Pour le photographe, l’artiste, le designer ou l’illustrateur moyen qui ne reçoit aucune aide financière, c’est un investissement considérable. Plus que le cours de yoga le plus huppé et certainement plus qu’une pinte de bière, qui a en réalité a été scientifiquement prouvé pour vous rendre plus créatif.
      Pourtant, des icônes de la pensée créative ne jurent que par cette technique (Paul McCartney, Jerry Seinfeld et Mario Batali, pour n’en citer que quelques-uns). Si vous voulez entrer dans la cour des grands, la MT est peut-être votre ticket d’entrée. Nous avons contacté la Fondation David Lynch et nous nous sommes entretenus avec son directeur général, Bob Roth, pour savoir pourquoi la MT coûte si cher, si elle est utile aux personnes créatives et pourquoi il ne s’agit pas d’une secte (même si cela y ressemble un peu).
      La pensée créative vous intéresse ?
      Comment votre mère affecte votre pensée créative
      Comment les horoscopes influencent votre créativité
      La marijuana rend-elle plus créatif ?
      Format : Bonjour Bob Roth ! Commençons par les bases. Qu’est-ce que la MT ?
      Bob Roth : Méditation transcendantale est une technique mentale très simple, naturelle et sans effort qui se pratique pendant 15 à 20 minutes, assis confortablement sur une chaise, les yeux fermés. C’est une technique silencieuse. Elle se pratique le matin pour commencer la journée et en fin de journée, idéalement avant le dîner, afin de passer une bonne soirée et de mieux dormir la nuit.
      Voici ce que la méditation transcendantale n’est pas : ce n’est pas un culte, ce n’est pas une religion. Ce n’est pas une philosophie. Ce n’est pas un changement de style de vie. Il n’y a rien à croire. C’est un outil simple qui permet à tout être humain d’accéder à un réservoir de créativité et d’intelligence qui se trouverait au plus profond de soi, au niveau le plus silencieux de l’esprit conscient et – dites-moi si mes réponses sont trop longues.
      Allez-y.
      J’aime utiliser l’analogie suivante : vous êtes sur un petit bateau coincé au milieu de l’océan Atlantique et, tout à coup, de grosses vagues de 30 pieds vous entourent, et vous pourriez penser : « Oh mon Dieu, tout l’océan est en ébullition ». Mais si vous pouviez faire une coupe transversale de l’océan, vous vous rendriez compte que même s’il y a des vagues turbulentes à la surface, les profondeurs de l’océan sont silencieuses.
      De la même manière, la surface de notre esprit est comme les vagues. C’est un esprit dispersé, agité, actif, bruyant, qui doit faire tout ce qu’il peut. Il n’y a pas beaucoup de créativité. Il n’y a que du bruit. Et c’est un désir humain naturel que d’avoir un certain calme intérieur, une certaine clarté intérieure, une certaine paix intérieure, une certaine créativité intérieure. La question qui se pose est la suivante : L’intériorité existe-t-elle et, dans l’affirmative, comment y parvenir ?
      Avec la MT, nous partons de l’hypothèse que si nous avons l’esprit actif, bruyant et dispersé, l’esprit pensant à la surface, chacun d’entre nous a un niveau d’esprit au plus profond de lui qui est déjà calme, posé, paisible et bien éveillé, et qui est censé être la source de notre créativité illimitée. La méditation transcendantale est donc une technique unique permettant d’accéder à ce réservoir de créativité qui se trouve à l’intérieur. Réponse longue.
      Non, c’est parfait, c’est une excellente analogie. Mais qu’en est-il des artistes qui ont besoin d’agitation pour créer ? J’entends souvent des créateurs dire : « Je ne peux travailler que lorsque je suis déprimé, je ne peux travailler que lorsque je me sens mal. Je ne peux travailler que lorsque je me sens mal, lorsque je suis calme et paisible, rien ne se passe.
      Oui, oui, parce que lorsque le calme et la paix deviennent un état de passivité, il ne se passe rien. Mais cette expérience de transcendance libère une quantité illimitée non seulement de créativité, mais aussi d’énergie et de concentration, et je dirais même que si une personne souffre, elle crée malgré tout. Pas à cause de cela.
      Si vous avez très mal à la tête, vous devez créer malgré votre mal de tête. Si vous êtes tellement déprimé que vous ne pouvez pas sortir du lit, vous devez créer malgré cela.
      La MT est-elle comme la petite souris ? Dois-je croire en la MT pour qu’elle fonctionne ?
      Vous pouvez être 100% incrédule à l’égard de la MT. Vous pourriez penser que cela ne fait aucune différence. Cependant, si vous la pratiquez, vous pouvez en ressentir les effets sans y croire.
      Lorsque nous pratiquons la médiation, deux choses se produisent. Tout d’abord, les connexions entre l’avant du cerveau et le reste du cerveau sont renforcées et le cortex préfrontal prend vie. Il s’agit de la partie du cerveau qui régit le jugement, la planification, la résolution de problèmes, l’imagination, la créativité et le sens de soi.
      La deuxième chose qui se produit, c’est qu’il y a un étalement des ondes cérébrales alpha one. Il y a huit à dix cycles d’ondes cérébrales par seconde et c’est un état où l’esprit est profondément installé à l’intérieur, mais bien éveillé. En fin de compte, c’est la base de l’écoute, de la réceptivité, de la créativité et de l’expression.
      Si nous sommes dispersés, nous ne pouvons même pas entendre nos propres pensées. Notre propre intuition est tout simplement bruyante et la MT permet à l’esprit de se calmer au point où l’on peut entendre une goutte d’eau dans l’univers, et à partir de là, créer à partir de cet état est incroyablement puissant et satisfaisant et a un impact.
      Les artistes et les athlètes parlent d' »être dans la zone ». Le moment où l’on oublie que l’on est en train de travailler et où quelque chose d’extraordinaire se produit – est-ce le sentiment que vous décrivez ?
      Oui, cette expérience de la zone est ce que nous faisons dans la méditation. À force de méditer, 20 minutes deux fois par jour, c’est toute la vie qui devient une zone, et pas seulement les rares moments où l’on est devant un pinceau ou un piano.
      C’est un discours très fort. Il est facile de comprendre pourquoi un artiste peut avoir peur de trop changer et de ne plus créer le même type d’œuvre.
      Les artistes ne sont pas à l’abri de la conscience collective du monde. Ils souffrent d’insomnie. Ils ressentent des pressions, qu’il s’agisse de pressions familiales ou relationnelles, d’un manque de sommeil, d’anxiété ou de dépression, et si cela devient trop important, tout s’arrête.
      Un artiste a-t-il peur de faire de l’exercice ? Un artiste a-t-il peur de se promener ? Un artiste a-t-il peur de manger de la bonne nourriture ? Non, parce qu’ils se sentent simplement plus eux-mêmes. Avec la méditation transcendantale, ils se sentent simplement plus eux-mêmes. Il peut y avoir quelque chose de différent. Ils sont simplement plus eux-mêmes, plus puissants, plus expressifs.
      Et David Lynch n’a jamais perdu la main.
      David Lynch en est un exemple classique. Ses films sont plus audacieux que jamais. C’est donc un malentendu. Peut-être que certaines techniques de méditation ont été conçues pour vous rendre passif ou pour faire de vous une mauviette, mais la MT vous donne plus de concentration, plus d’énergie, plus d’élan pour faire ce que vous voulez faire, pour être fidèle à vous-même.
      Comment les gens font-ils pour se brosser les dents deux fois par jour ? Il est parfois difficile de se rappeler de se brosser les dents deux fois par jour, et encore plus…
      Oui, je sais, mais la différence, c’est que les gens aiment faire ça. On a hâte de le faire. Une fois que vous l’avez apprise, vous l’attendez avec impatience. Vous ne pouvez pas attendre la prochaine méditation parce qu’elle réveille votre cerveau.
      Au réveil, les ondes cérébrales sont de 2 à 4 cycles par seconde, très lentes et paresseuses, et c’est là qu’il faut avoir beaucoup d’énergie. tasses de café de se mettre en route le matin, juste pour être prêt à l’action. Mais si vous vous asseyez et méditez dès le matin, votre cerveau bénéficie d’une créativité, d’un éveil et d’une clarté optimaux. Et ce n’est que vous. Ce n’est pas artificiel.
      Quel est le processus d’apprentissage de la MT ?
      Il est enseigné pendant quatre jours consécutifs, à raison d’une heure à une heure et demie par jour. Il est enseigné par un professeur certifié. Ce n’est pas enseigné à partir d’une application. On ne l’apprend pas dans un livre. Il ne s’agit pas d’une méditation de masse. Elle est toujours enseignée en tête-à-tête, de sorte que vous avez votre propre enseignant pour vous instruire et vous assurer que vous le faites correctement.
      Vous obtenez un mantra, ou un son, qui est utilisé silencieusement. C’est juste un mot qui n’a pas de sens. On vous apprend à l’utiliser, puis vous revenez trois jours plus tard pour le maîtriser. Il ne faut pas beaucoup de temps pour le maîtriser, juste quelques heures sur quelques jours.
      Pour le créatif moyen, le coût ($960) d’un enseignant individuel pourrait s’avérer trop coûteux.
      Aller à l’université coûte cher – professeurs, livres, chambres d’étudiants. De la même manière, la MT est un établissement d’enseignement. Il y a bourses d’études Il existe des bourses d’études pour aider à payer. Si quelqu’un est intéressé par l’apprentissage de la méditation et qu’il a besoin d’une bourse, il peut écrire à bob@davidlynchfoundation.org. Écrivez-moi.
      Et comment vous êtes-vous retrouvé là-dedans, Bob ?
      Je médite depuis le début des années 70. J’étais étudiant à l’université de Californie, à Berkeley – je suivais des cours à plein temps et j’avais un emploi à plein temps. Il y avait des émeutes dans les rues à cause de la guerre du Viêt Nam. J’étais assez fatigué et stressé et un de mes amis m’a suggéré quelque chose qui s’appelait la méditation transcendantale, ce qui n’était pas vraiment dans mon vocabulaire. Mais il m’a dit que je n’avais pas besoin d’y croire. Ce n’était pas une religion et je pouvais le faire. Je l’ai appris et, presque immédiatement, je me suis sentie tellement détendue, alors que je suis une personne très sceptique.
      Je sais que je ne croyais pas que cela pouvait fonctionner et je ne croyais pas non plus que je pouvais le faire, donc j’étais doublement sceptique. Mais cela a fonctionné et j’ai pu le faire, et l’une de mes premières pensées a été : « J’aimerais enseigner cela aux enfants des écoles des quartiers défavorisés ». Je suis donc devenue enseignante.
      David et moi sommes amis et nous nous sommes réunis pour créer la Fondation David Lynch. Elle collecte des fonds pour apporter la MT aux écoliers des quartiers défavorisés, aux vétérans et aux femmes victimes de violences domestiques. Au cours des 10 ou 11 dernières années, nous avons offert des bourses à un demi-million d’enfants pour qu’ils apprennent à méditer. Notre objectif est d’apporter cet enseignement aux personnes qui n’ont pas d’argent et qui ont été prises dans l’épidémie de traumatismes et de stress toxique qui détruit la vie. C’est une chose merveilleuse que je peux faire.

      • #88074 Répondre
        Carpentier
        Invité

        La marijuana rend-elle plus créatif ?

        😀 woaaaaaarf ouarf ouarf
        et voilà: retour vers le futur, à la mort de David on va revenir à la période ( pas connue – perso ) des, comment dit-on quand on est neuneus et vieux? – beatniks, c’est ça?
        ce sont les post-soixanthuitards qui pleurent? o k, on se disait bien aussi,
        et les plus curieux et/ou oisifs oiseux pourront par ailleurs lire ma mini-hypothèse de 11h30, ce jour (dans le topic ‘test ‘ auprès d’Oscar que, tiens, j’étais pas si loin)
        et après ien a qui diront mais chuuut, c’est vrai, ça vaut mieux; pour qui? on saura pas
        ps: merci graindorge, moi, j’hypothèse et envisage aussi des accointances avec les mouvements contemporains en médecine et psy-tout donc,
        et perso, sorry, hein, mais ça me fout bien le seum tout ça
        bon après m’
        quand même

        • #88075 Répondre
          Carpentier
          Invité

          des fonds pour apporter la MT aux écoliers des quartiers défavorisés, aux vétérans et aux femmes victimes de violences domestiques.

          benh oui, louable et bien dans le care – respect –
          mais quelles actions dans les structures sociales, institutionnelles et politiques?

          • #88083 Répondre
            ..Graindorge
            Invité

            Perso je n’ai jamais cru qu’une drogue légale ou illégale rende créatif.
            Pour ce qui est de la MT, le gourou indien respecté par Lynch, Mac Cartney Harrison et d’autres n’est pas ma tasse de thé. C’est un fait que faire de la méditation a fait du bien à la créativité de Lynch et à Lynch tout court. En plus la MT payante ça va pas. Pas du tout. Je juge pas mais bon. Beaucoup se sont fait leur beurre sur le désarroi. Tu te mets 15mn devant ton aquarium en faisant rien et tu as des résultats
            Je comprends la démarche de DL. Et lorsqu’il dit que pas besoin d’être tourmenté etc pour créer et il s’est donné comme preuve de cela. C’était important dans sa vie. FB c’est le chocolat et le brocoli. Chacun son/ses trucs

    • #88991 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « Song to the sirene » de Mortal coil
      David Lynch adorait cette chanson.  » il l’entendra peut-être de là où il est » dit le journaliste

      https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/very-good-trip/very-good-trip-du-jeudi-23-janvier-2025-9520833

      • #88992 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        * de THIS Mortal coil

    • #89191 Répondre
      Charles
      Invité

      J’ai revu Elephant man, une large partie de sa filmo étant disponible sur Canal plus. Enfin « revu » c’est beaucoup dire car que je ne l’avais qu’une seule fois à 10-12 ans et sans doute pas en entier mais je me souvenais quand même très bien de la première scène près de 25 ans après , ce qui n’est pas rien pour un film.
      Très étonnant de voir que le style de Lynch est déjà là, dès son deuxième film et alors que c’est une commande. Même si le film est narrativement très conventionnel (très humaniste bourgeois, avec cette haute société tolérante et bienveillante tandis que les prolos sont des alcoolos, profiteurs, sans morale aucune) on a déjà ce goût du bizarre, du son qui semble venir d’un autre monde, du cauchemar fait de ralentis, de visions et de sons angoissants. Le film est très tenu, linéaire, c’est en somme un beau film classique avec des moments d’étrangeté qui annoncent les orages esthétiques futurs.

      • #89193 Répondre
        Charles
        Invité

        J’ajoute quand même que j’ai fini par être agacé par l’interprétation de Hurt, avec sa petite voix d’enfant – Lynch force un peu là et fait pencher le film vers le conte.

      • #89197 Répondre
        Tchitchikov
        Invité

        Je te rejoins sur presque tout concernant Elephant man. Mais la bourgeoisie n’est pas moins monstrueuse – si j’puis dire – que les prolos dans leur rapport à l’homme éléphant. Seulement cette monstruosité est plus feutrée, à l’image des salons bourgeois. Ils veulent tout autant tirer profit de lui mais avec un vernis d’humanité. Son corps est vil pour la science aussi. L’applaudissement du monstre au théâtre le révèle magistralement. C’est elle-même que la bourgeoisie applaudit, en fait.

        • #89201 Répondre
          Charles
          Invité

          J’ai un peu pensé ça pendant cette scène même si je crois qu’en définitive ce n’est pas l’intention de Lynch qui est très explicite durant tout le film. Cette analyse est au second degré, presque à l’insu du film dans lequel c’est une sorte de climax pour Merrick après lequel il va pouvoir mourir en toute sérénité. Le personnage d’Hopkins nous est montré comme un personnage positif, doux et bienveillant. Certes, il le dialectise un peu en montrant qu’il profite aussi de Merrick mais c’est justement explicité et on voit Hopkins se morfondre – preuve de sa profonde sincérité – quand il s’en rend compte et très rapidement on passe à autre chose.
          Et puis on ne peut comparer les deux car d’un côté cette exploitation de la bourgeoisie rend Merrick fondamentalement heureux et le soigne, lui donne un toit, à manger etc alors que celle des prolos le tyrannise en le battant, se moquant de lui etc.

          • #89203 Répondre
            Tchitchikov
            Invité

            Oui, c’est juste aussi.

          • #89274 Répondre
            I.G.Y
            Invité

            On est au cœur du problème. J’ai plutôt tendance à être d’accord avec Tchitchikov même si comme toi Charles je ne sais pas tout à fait quelle est « l’intention » de Lynch dans cette scène ni dans les autres (mais le film suit aussi un livre et une pièce).

            Disons a minima : cette scène au théâtre est le parfait point d’entrée pour déplier l’une des choses que je « vois » dans le film, à savoir une grande variation autour de la cruauté. Par ce terme j’entends beaucoup moins la cruauté « volontaire » ou conscientisée des personnages-individus que la cruauté objective de situations — ceci dit, si quelques personnages du film doivent être qualifiés de « consciemment cruels » ils sont en effet plutôt côté prolo : on pense par exemple au propriétaire d’Elephant Man.
            .
            Je prends donc la scène quasi finale du théâtre. J’ai été très frappé de voir le contraste entre ce qui a présidé à l’invitation de Merrick au théâtre et ce qui se passe une fois là bas.

            — L’invitation est faite par l’actrice lors de sa visite à l’hôpital, actrice dont la mondanité est soulignée (lecture de l’article de journal par l’infirmière) mais complexifiée par la scène de la visite elle-même, dans laquelle on sent petit à petit une femme réellement touchée par son interlocuteur et ça se voit dans les plans : son sourire change, son regard aussi, sa mondanité s’effrite. Mais que se passe-t-il concrètement dans la scène? On y récite et lit des textes de Roméo et Juliette dans un anglais de très haute tenue, le théâtre et la langue y figurent à leur plus haut degré de raffinement.

            — Or qu’en est-il lorsque l’invitation prend effet, à quoi est convié Merrick dans cette soirée qui lui est dédiée (il me semble que le mot est prononcé, ou bien « en son honneur », quelque chose de proche)? A une pièce muette et qui montre des humains déguisés en animaux frisant le ridicule (j’ai souvenir d’un personnage central avec une sorte de tête de chat complètement enfantine), soit l’opposé le plus absolu de la séquence de la visite de l’actrice. Si cette scène me paraît grande c’est que je ne crois pas Lynch totalement dupe de la cruauté objective de cette situation, de ce contraste sidérant entre les deux séquences : la grande étrangeté avec laquelle il filme la pièce le figure parfaitement et c’est là un choix cinématographique fort — le fait que ce soit ce type de pièce qui soit joué n’est en revanche pas une décision scénaristique puisqu’il semble s’agir d’un élément biographique réel de la vie de Merrick. La réception de la pièce par ce dernier y est aussi dépeinte de façon très ambivalente.

            Toute cette ambivalence est d’autant plus criante que cette scène du théâtre suit ou précède immédiatement (je ne me souviens plus dans quel ordre) d’autres grands moments d’ambiguïté comme cette dernière rencontre avec Treeves dans la chambre d’hôpital où ils se disent mutuellement s’être beaucoup apportés l’un à l’autre : grand moment de flottement, tristesse des deux côtés, « goodbye my friend » et Elephant Man qui répète ce « my friend » de façon tout à fait ambigüe.

            Et j’y insiste, je parle de cruauté objective de la situation : Lynch ne montre pas l’actrice mondaine programmer sciemment une pièce muette avec des animaux ridicules afin de « contenter » un supposé semi-neuneu. Plusieurs autres scènes montrent la cruauté objective d’une situation sans pour autant avoir nécessairement affaire à des « individus cruels ».
            .
            Aussi je crois tout à fait que le climax du bonheur d’Elephant Man a lieu dans sa période « bourgeoise », mais ce climax se situe bien avant la scène du théâtre : on le sent par exemple en jouissance littérale et sincère, quasiment incontrôlée, lorsqu’il reçoit son coffret de toilette. A ce moment là son bonheur nous est montré comme total, c’est clair. Mais toute la fin du film est sur une pente très descendante, à la fois à cause des prolos mais aussi dans ce qu’on nous montre de son rapport à la bourgeoisie qui l’a « sauvé ». La scène finale du théâtre est pour moi le climax de cette ambivalence. Scène quasi immédiatement suivie par son suicide.

            Si j’avais un reproche à faire au film, s’il avait un manque, ce serait effectivement lié au personnage de Merrick. Il est au fond dépeint de façon assez univoque en figure de l’Innocence. Ce qui est paradoxalement et au-delà de sa difformité extérieure, son trait le moins humain. Peut-être était-ce déjà le cas de la pièce dont le film est l’adaptation.
            .
            Et pour ce qui est de glose plus interprétative et ouverte, je suis très intrigué par la manière dont est rendu le rêve de Merrick. Comment statuer sur la présence de ces prolos que l’on voit par ailleurs dans le film et qui lui tendent un miroir ? Sur la présence de ces travailleurs torse nus qui actionnent de grosses machines en sous-sol dans un grand mouvement coordonné et mécanique? Ce rêve est loin d’être entièrement abstrait, sa charge en signifiants est lourde. Signifiante mais pas univoque, on ne peut qu’en gloser et le penser, les hypothèses sont nombreuses mais resteront des hypothèses.

            • #89286 Répondre
              Charles
              Invité

              C’est intéressant mais Lynch ne ménage pas ses effets quand il dépeint la cruauté des prolos, ce qui empêche toute comparaison avec celle des bourgeois qui ne serait que suggérée dans cette scène.
              Si Merrick se suicide, c’est parce qu’il est mourant (l’information nous est donnée 5 minutes, elle n’a pas d’autre intérêt que de nous préparer à sa mort) et parce qu’il a pu obtenir tout ce qu’il voulait : l’amitié, la bienveillance des autres, une sortie au théâtre.
              On peut discuter de la cruauté objective de la situation car même si la pièce t’apparaît ridicule – j’ai pensé qu’il s’agissait du Songe d’une nuit d’été – c’est tout de même une pièce à laquelle toute la haute société londonienne se rend. Et il serait contradictoire que cette comédienne discute Shakespeare dans une scène et le méprise dans une autre en le conviant à une pièce pour enfant. En revanche, les applaudissements de toute l’assistance sont bien lancés par la comédienne, on voit bien que du certaine façon elle lui obéit, elle applaudit pour complaire à la comédienne.

              • #89287 Répondre
                Charles
                Invité

                Discute Shakespeare avec lui*

              • #89290 Répondre
                I.G.Y
                Invité

                « C’est intéressant mais Lynch ne ménage pas ses effets quand il dépeint la cruauté des prolos » : oui il y a une asymétrie sur ce point.
                .
                « Si Merrick se suicide, c’est parce qu’il est mourant et parce qu’il a pu obtenir tout ce qu’il voulait » : il y a ça, mais précisément je pense qu’il y a bien plus. Il me semble que le film mêle à ces considérations bien réelles de choses beaucoup plus ambivalentes. S’il n’y avait que ça je trouverais le film bien plat (hormis la formidable scène du terrain vague où les « freaks » se regroupent et s’en vont).
                .
                « Et il serait contradictoire que cette comédienne discute Shakespeare dans une scène et le méprise dans une autre en le conviant à une pièce pour enfant » : justement je ne pense pas que la comédienne le méprise, je pense qu’elle ne se rend pas compte de quoique ce soit, Lynch ne la dépeint pas comme un personnage immoral ou méprisant. Il n’en reste pas moins que la situation elle-même m’apparaît effarante. Si Lynch avait filmé la pièce de façon très banale je n’aurais pas eu le sentiment qu’il y avait quelque chose à gratter, ou du moins ce grattage aurait été beaucoup plus spéculatif. C’est la manière très singulière dont il filme la pièce et les réactions de Merrick + l’ensemble des éléments d’ambivalence qui précèdent/suivent cette scène qui me font penser que je ne suis pas dans la pure spéculation.

                • #89457 Répondre
                  PeggySlam
                  Invité

                  Étrangement de Lynch j’adore ses trois premiers films (oui oui même Dune). Après je sais pas ça m’attire pas trop. Peut être trop superficielle. Je ne sais pas faut que je creuse son cinéma

                  • #89463 Répondre
                    Carpentier
                    Invité

                    Bsr PS,
                    commencé ton émission dédiée à Comme une mule, ça semble permettre à son auteur d’encore préciser, jamais perdu…
                    Pour Lynch, si jamais besoin d’aide pour creuser: je candidate ; )
                    (à Paris, pas mal de cinés consacrent quelques créneaux de projections à une sorte de rétrospective à David et je vais essayer de caler un ou deux visionnages en fonction de mes obligations)
                    Y a-t-il à Bordeaux aussi des projections des films de Lynch, dis?
                    Bonne soirée,

                    • #89557 Répondre
                      PeggySlam
                      Invité

                      Malheureusement non, pas à ma connaissance. Bordeaux est assez pauvre niveau cinéma. Même s’il y en a beaucoup de cinéma c’est souvent avec les mêmes programmes et blockbuster ce qui est assez pénible d’ailleurs. Ou alors ça demande une certaine organisation par rapport à mon handicap avec les salles non accessible. Merci pour ton regard à l’émission

                • #97697 Répondre
                  Linconnu
                  Invité

                  Dans une interview de 1985 Lynch essaye de répondre à certaines de vos interrogations, mais il a pas l’air sûr de lui (je la met en anglais mais passez-la dans google translate si besoin) :

                  Kenneth George Godwin: There’s one thing that — I personally, you know, I — you may throw me out, but I wasn’t as happy with Elephant Man as I was with Eraserhead, as —
                  David Lynch: As a film.
                  KGG: as an entity. Like Eraserhead, I was totally into, but Elephant Man, there were points when something would click and I couldn’t accept something.
                  DL: Yeah.
                  KGG: The key comes in that last sequence, in the theatre. And I wondered why you did it that way, with him visible and the audience cheering and everything — which struck me as not entirely believable.
                  DL: Yeah, well, there’s things in it, there’s — the only thing I can say about it is, it’s — the feeling of a scene is more important than the actuality of the scene.
                  KGG: Yeah — but with that, for me, what it mainly did was bring out the point that — it sets up a sort of class thing there, that he’s become accepted and cheered by these people who are essentially middle class and upper class, which immediately makes you think of how inhuman the sort of lower classes are, which, even though they’re brutalized — it’s a sort of denial of the way that Merrick himself can become sensitive and human even though he’s the most brutalized of all. It seemed false even in terms of the film.
                  DL: Uh-huh. Well, see, I’m not going to argue with you because I know what
                  you’re talking about. But I’m just saying that in terms of — and also, I’m not that political a person — and, you know, it’s like, a lot of people have gotten onto this lower class and upper class business. And the lower class, he lived around them because he was deformed and the lower class people, you know, were the ones that ran the freak shows and all this kind of stuff, and the lower class people — a lot of them were the people that went to these places because they were in those neighbourhoods. But even so, the nurses were lower class, and they were very nice to him. A lot of the people at the freak shows were upper class and took advantage of the — there’s, you know, good people everywhere and bad people everywhere, and it doesn’t — this class business, it’s not just black and white in that film.
                  KGG: No, I agree with that. But it sort of sets up that idea.
                  DL: Yeah, well — what I’m talking about, in terms of the way the film starts, and in the growth of John Merrick, the last — that standing up and that, is more like a certain kind of thing that he overcame. And — I mean, he stands up three times, you know, in front of people in the film. Once when Treves comes, and once in the doctors’ place — and he gets applauded in two of them, but it’s all — it’s very different.
                  KGG: Yeah, I picked up on that, the total sort of balance of opposites with the lecture and the final scene.
                  DL: Right.
                  KGG: I mean, the lecture is his sort of lowest point in the film, totally demeaned.
                  DL: Yeah. But I still see the dishonesty of it too because in reality, he went to the theatre but he was completely clothed and he was sitting in the back rows.
                  KGG: Hidden away.
                  DL: Right. But this is like — I don’t know, it’s not to me breaking a rule, but it’s really stretching it, a rule.
                  KGG: It was more a sort of personal preference. I would have preferred the sort of quieter thing, that he’d made these friends, there were people who care and that he’d been made happy rather than a sort of overall acceptance.
                  DL: Yeah. But then there’s also something about, if you accept yourself, you exude that feeling and that can turn the tide on how other people see you. And he did finally stand up for himself, and this scene follows that. And it’s a kind of a growth and a new sort of level. And even though it has that feeling which I agree with you on, it has another kind of thing that in terms of this whole thing for just him, that culminates in just — it feels right for that part of it. And even though it’s using things that are not really obeying the rules, it has the right feeling for that growth and that sort of celebrating thing that he — See, that’s the horrible thing about making a film sometimes, it’s like you can see it’s too late to do anything about a lot of things anyway, right, and then you can see other people’s points of view. But that’s part of what you’ve got to take. But, see Elephant Man — I mean, Eraserhead, in a way it’s more flattering, you know, to me that you like — because that’s like more totally my thing and the thing that I really like. Even though the films could get lighter, have more light in them, there’s a certain kind of humour and a certain kind of thing, an absurdity sort of thing that I like that’s in Eraserhead more than in anything that I’ll do probably until I can do Ronnie Rocket. Or something else that I write completely on my own. And, I mean I did write this thing called Blue Velvet, that was — but it didn’t have — it was more normal story, and it does have, you know, problems and stuff. It’s not going to get done, but — I don’t know. I know what you’re talking about in other words.

                  • #97835 Répondre
                    I.G.Y
                    Invité

                    Merci d’avoir déterré ça, difficile de faire plus pertinent… mais Lynch semble vouloir si peu en dire que c’en devient en effet cryptique . On sent qu’il fait pencher la balance vers le côté « résolution positive ». Cela dit j’ai retrouvé le texte complet et dans ce qui précède et ce qui suit, il dit qu’il est difficile pour lui de ne pas ajouter des éléments sombres (ça lui vient spontanément, même lorsqu’il est bridé et n’a pas entièrement la main comme pour ce film). Il ajoute aussi plus loin qu’il n’aimait pas la première version de l’histoire qui donnait un tiers du film négatif et deux tiers positifs, et qu’ils ont réécrit.

                    Bon, je pense qu’on n’aura jamais la réponse. Lui qui ne cherche pas à clore les interprétations eh bien même avec ce film il me semble qu’on est servis (et que dire de la scène du rêve, etc…). Interview intéressante!

    • #89548 Répondre
      Linconnu
      Invité

      Certains ont dit que David et le cinéma c’était fini depuis The Return mais ça aurait pu être autrement. Déjà 4 ans après Inland Empire il a cherché en vain des financements pour son scénario « Antelope Don’t Run No More »
      « Se déroulant principalement à Los Angeles, « Antelope Don’t Run No More » tisse des liens entre Mulholland Drive et Inland Empire dans une fantaisie narrative qui intègre des extraterrestres, des animaux parlants et un musicien assiégé nommé Pinky ; il a impressionné tous ceux qui l’ont lu comme l’un des meilleurs scénarios jamais écrits par Lynch. »

      Et en 2021, il était en préproduction d’une série de 13 épisodes pour Netflix au bon nom de « Unrecorded Night ». On est pas passé loin mais le Covid puis sa maladie ont mis fin au projet.
      On peut au moins espérer un jour voir édités ses scénarios non produits.

      D’ailleurs pour ceux qui ont vu tout Lynch et qui en veulent encore, je recommande la lecture du scénario « Ronnie Rocket (or The Absurd Mystery of the Strange Forces of Existence), un peu dans l’esprit d’Eraserhead et écrit juste après. Je l’ai lu il y a longtemps mais ça ne ressemble pas grand chose de connu dans mon souvenir, c’est un film noir absurde très drôle, ça se lit comme un roman et c’est intéressant de voir comment il a réutilisé certaines de ses idées dans ses autres films, comme l’introduction de Wild at Heart ou la tête de Cooper en surimpression vers la fin de The Return.

      Et sinon je vous conseille ce petit film sur Lynch, il y a quelques scènes assez drôles et de longs plans qui prennent le temps :

      • #89549 Répondre
        Linconnu
        Invité

        Le film commence par une scène digne de Twin Peaks.

    • #94641 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      « J’aime les choses enfantines parce qu’il y a beaucoup de mystère quand on est un enfant. Quand vous êtes un enfant, quelque chose d’aussi simple qu’un arbre n’a pas de sens. Vous le voyez au loin et il a l’air petit, mais en vous approchant, il semble grandir – vous ne comprenez pas les règles quand vous êtes enfant. Nous pensons comprendre les règles lorsque nous devenons adultes, mais ce que nous éprouvons réellement, c’est un rétrécissement de l’imagination. » David Lynch
       

    • #95712 Répondre
      K. comme mon Code
      Invité

      Inland Empire au cinéma pour la première fois : c’était déjà mon Lynch préféré, ça l’est encore plus.

      • #95716 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Je serais intéressé que tu développes, avant que je le revoie (je ne l’avais vu que sur un écran d’ordi, mais cette fois ça sera ciné). J’avais été très désorienté, le film est si intense que je ne saurais déjà plus quoi en dire. Je pense n’être jamais autant descendu dans les tréfonds d’une psyché chancelante que dans ce film — le tout au caméscope Sony (d’ailleurs pour ceux que ça intéresse, un article entier sur le problème cinématographique que pose la restauration du film est dispo sur critikat).

    • #97346 Répondre
      I.G.Y
      Invité

      Je réécoute pas mal d’interviews de Lynch depuis sa mort et une chose m’a vraiment frappée : l’utilisation fréquente et à première vue surprenante pour quelqu’un comme lui du mot « Idée ». Au point qu’un de ses entretiens a été nommé « The idea dictates everything » (il prononce cela lui-même). Il en parle ailleurs comme d’un « champ », sorte de présence permanente de sensations élémentaires plus ou moins complexes, d’abstractions sensorielles (un peu oxymorique mais à l’écouter je pense que c’est exactement ça) qui attendent d’être non pas fabriquées ou contemplées mais « attrapées » puis concrétisées dans un « médium », incarnées dans un film ou dans une peinture.

      « Champ » d’Idées, on est à deux doigts si ce n’est moins de « monde des Idées », conception risquée de l’art sauf à être tout spécialement « traversé » par le réel, ouvert aux quatre vents. Il se réapproprie et hybride tellement la notion que lorsqu’un intervenant lui demande si ses films ont une « logique », plutôt que de dire son horreur devant ce mot d’un idéalisme analytique sans âme il répond qu’absolument, ils en ont tous une, et ajoute : « It is logical when it feels right ». C’est très amusant. On retrouve en interview ce que l’on sent dans ses films : à la fois hors-monde et rivé au monde.
      .
      J’en suis aussi venu à me demander, en l’écoutant parler de ce « champ » d’abstractions affectives, de ce socle « infini » et « éternel » de la pensée faite art, si un croisement sous-terrain n’existait pas entre ce que Lynch dit (et fait) en matière de création artistique et cette notion deleuzienne que je connais à peine qu’est le « plan d’immanence ». Je sens une proximité fructueuse possible (dans son esprit à lui, ça n’est possiblement qu’en lien avec ses pratiques ésotériques de méditation indiennes auxquelles il se réfère directement dans des interviews tardives).

      Une « idée » en l’air pour l’instant, que je lance plus que je ne l’attrape.

      • #97347 Répondre
        K. comme mon Code
        Invité

        Tu sais, ça fait une semaine que je pense à ta question sur Inland Empire mais je n’arrive pas à commencer : j’irai le revoir, et d’ici là j’aurai une forme de réponse plus solide, mais j’ai vraiment l’impression que ce Lynch-ci plus que les autres montre parfaitement ce que peut être une décompensation. La fabrication même du film — ça commence par des collages de morceaux conçus sans rapport — nous sort de la binarité des films précédents. Inland Empire est un vrai Mulholland Drive. Et paradoxalement, c’est dans un sens le plus logique, je ne saurais l’expliquer. Et je crois qu’aucune actrice n’a été aussi bien filmée que Laura Dern dans ce film, je peux tenir dans le film à partir de son visage.

        • #97349 Répondre
          I.G.Y
          Invité

          Ah mais là dessus pas de souci prend tout ton temps (je ne l’ai pas encore revu non plus!)

      • #97583 Répondre
        Mr.Patate
        Invité

        I.G.Y,

        Encore aujourd’hui je n’ai vu qu’un seul film de Lynch (Wild at Heart) il y a une douzaine d’années. J’avais dit à ma copine de l’époque ne pas savoir si j’avais apprécié car le film ressemblait trop à mes rêves (pas les thématiques ou scènes, mais plus leur structure, leur déroulement, leur « logique »). Ça ne me plaisait pas de retrouver ça dans une oeuvre du monde réel.
        J’ai commencé à regardé Twin Peaks une bonne dizaine d’années plus tard, donc il y a un an. Expérience qui m’a rendu profondément heureux. Je me suis senti (re)connecté à une forme d’art et de rapport au monde que je n’avais pas perçu et ressenti depuis très très longtemps. Je n’ai pas voulu débuter Return après le dernier épisode car sa facture me semblait trop différent de la première saison et j’avais peur de l’oublier ou qu’elle s’efface. La mort de Lynch m’est apparue comme bonne invitation à m’engager dedans. Au moment où j’écris j’en suis à l’épisode 9.

        Ce que j’écris se base donc uniquement sur cette expérience + 2 ou 3 minutes d’itw de Lynch ayant poppé dans mon scroll.

        Je crois qu’il faut prendre Idée moins comme concept que comme image, vision. Je m’excuse d’avoir recours à la ritournelle de l’origine lexicale antique (approximative en plus) mais sur ce coup précis je pense tout est déjà là et de façon lumineuse. Cette « Idée » de Lynch, est à rapprocher de l’Eidos/Idea grec, traduit effectivement par idée, mais ayant la même racine qu’Eidolon (image) signifiant « Voir ». L’Eidos est une version claire et « pure » de l’Eidolon qui comporte son lot d’illusions. D’autres mots comme Phantasia qui désigne la fonction même d’imaginer, la capacité à projeter des images mentales dans son esprit, son cousin Phantasma, image trompe l’oeil en apparence fidèle mais vu sous un angle singulier et déformant, ou le Tupos, empreinte/ impression sensible, parfois proche des songes, permettant de produire la Phantasia.
        Il y a là une forêt de termes assez imparfaitement traduits dans le langage actuel, reliés entre eux sans être interchangeables, et tous structurés autour de la vision, de l’esprit, des empreintes du réel et de ses doubles, déformés ou illusoires, dont la frontière est toujours floue et fragile. Pour moi c’est quelque chose qui résonne tout à fait avec ce que j’ai entrevu et senti de Lynch, au moins dans Twin Peaks. Les Idées prennent forme dans le magma ou le limon de l’esprit où évoluent des songes et des empreintes de sensations qui en se rencontrant se cristallisent en images et en visions.

        Autre point auquel je relie ça : l’art comme fenêtre. Pour moi il y a deux formes d’art (peut être qu’il y en a plus mais je distingue au moins ces deux là). L’art reflet et l’art fenêtre. Le premier rends compte du réel, d’une situation, d’une époque. Il cherche par un travail des formes (esthétique) via un médium donné à saisir au mieux ou faire exister la « trouée de réel ». Le second (toujours par un travail esthétique) ouvre une porte/fenêtre/faille vers quelque chose d’autre, quelque chose qui n’existe pas en tant que tel, un autre monde, pour le dire vite. Des perceptions et des émotions sont communes au monde d’ici et à l’alter-monde de l’artiste, mais elles y sont prises par un bout et des formes totalement différentes et nouvelles. C’est pour ça qu’elles rendent visible. Klee, Hendrix ou Moebius font partie de cet art fenêtre. On pourrait également simplement rapprocher cet art fenêtre du psychédélisme, de William Blake aux symbolistes en passant par l’art des fous. By-passer la pensée pour accéder à autre chose.
        Un autre rapprochement relierait l’artiste à la fonction médiatique du chaman, dont les visions et le travail de mise en forme permettent d’établir une connexion avec d’autres niveaux de réalité.

        Partant de là on ne peut qu’être en accord total avec la volonté de Lynch de très fortement rechigner à PARLER de ses films (comme je n’ai jamais eu aucune envie d’entendre Hendrix me parler de sa musique, tout est déjà là). On est vraiment dans l’épitome du « sur ce dont on peut parler il faut se taire ». J’arrêterais donc là.

        Et pour répondre un plus précisément à une de tes questions initiales : Oui cet art est probablement plus « idéaliste » car l’onirisme constitue un de ses espaces et matériel de prédilection.

        Je précise que tout ça est décrit dans une démarche aussi éloignée que possible d’un quelconque tropisme new age (qui est en tout cas totalement absent de mon esprit). Je ne crois pas à l’existence de la black lodge. Je prends acte du fait que l’oeuvre et le monde (on pourrait dire structure formelle ou esthétique) dans lequel s’inscrit la black lodge m’a permis concrètement d’approfondir, intensifier et complexifier à la fois mes émotions et ma perception du monde. Ce qui est pour moi le rôle fondamental de l’art (la saisie objective du monde étant dévolu à sa frangine la science).

        • #97685 Répondre
          I.G.Y.
          Invité

          « Cette « Idée » de Lynch, est à rapprocher de l’Eidos/Idea grec » : je n’avais pas pensé à ce rapprochement qui était pourtant le bon, lumineux en effet. La vue, vision, voir. Je pense qu’il n’y a pas à s’excuser de recourir à l’étymologie à bon escient et sans cuistrerie surjouée. Même passé dans la lessiveuse de l’histoire, tout mot garde une trace des raisons pour lesquelles il a été forgé. L’étymologie historicise, et en cela enrichit la pensée.
          .
          « Les Idées prennent forme dans le magma ou le limon de l’esprit où évoluent des songes et des empreintes de sensations qui en se rencontrant se cristallisent en images et en visions » : exactement ça, c’est un peu le cas chez tout le monde mais spécialement chez lui. Si son « idéalisme » est si incarné, c’est sans doute que Lynch est de ces gens particulièrement traversés par le réel (au sens Ernaux/CUM). La fenêtre lynchienne n’est pas abstraite car le réel l’habite à la base, la maison n’est pas en toc. Fenêtre qui se fait immédiatement reflet du monde mais dans un sens subjectif très assumé — c’est aussi à juste titre évoqué dans le stream Twitch sur Lynch avec Thiellement, vers 1h40-45 (dispo sur youtube). Il est certes rétif à parler de son cinéma et « situe » peu ses inspirations mais répète souvent (ce qui constitue une banalité mais il la répète, notamment à propos d’Eraserhead et Philadelphie) que ses films sont bien un « reflet du monde dans lequel on évolue ». Eraserhead, mais aussi Mulholland Drive, Lost Highway, et sans doute massivement Inland Empire, assument pleinement être le reflet du monde au filtre du miroir déformant des personnage et de Lynch lui-même (pour Eraserhead, la dimension personnelle est immédiate et assumée en interview). Son art du point de vue est très puissant. Et d’une concrétude éminemment non-scientifique.

    • #99430 Répondre
      Mr.Patate
      Invité

      Désolé pour le délais de réponse IGY, pas pu me remettre à l’écriture avant.
      .
      Sur la racine grecque, je précise que ce que je voulais pointer n’est pas tant que l’Idée de Lynch serait inspirée de l’Eidos grecque mais plutôt le fait que Lynch occupe la position de l’individu doté de « visions », médiateurs entre différents niveaux du réel, qu’on retrouve beaucoup dans la culture et la société grec (et donc sa philosophie) notamment via les pratiques divinatoires et les figures de la pythie, des sibylles, etc
      (dis)Position qui recoupe une sorte d’intuition ou conviction : Il y a le réel visible, tangible ou du moins saisissable objectivement par la raison et/ou la science. Et Il y a une partie de ce même réel (ou du monde ou du cosmos ou ce que vous voulez) qui échappe à cette saisie rationnelle. Ce fut le lieu de la religion et du divinatoire pendant quelques millénaires, puis l’occident moderne a confié la tâche à L’Art (quand elle confiait la compréhension objective du monde à la science et l’organisation collective à la politique). Art qui a d’ailleurs conservé au centre de son activité le mot médium, là encore homonymie marrante entre matière et support de l’oeuvre d’un côté, entitée du milieu, faisant l’intermédiaire et établissant la connection entre deux choses séparées de l’autre.
      .
      Je suis d’accord avec toi sur le fait que les oeuvres de Lynch, malgré le fait d’être des « fenêtres » sur ailleurs, restent ou semblent ancrées, disons explicitement, dans quelque chose qui tient ou fait écho au réel (tout oeuvre même fenêtre est issue ou incorpore du réel, mais c’est peut être plus visible ou lisible dans les oeuvres de Lynch, qui à priori ne se déroulent pas dans un univers de « fantaisie » classique ). Mais est ce que c’est ici que se joue le sel ? Pour prendre un des gus médium-fenêtre que j’ai cité plus haut, Machine Gun d’Hendrix est une des plus grande oeuvre musicale qui nous est accessible. Elle évoque on le sait l’horreur de la guerre du Vietnam. Mais est ce si important ? Si la maison était en toc, est ce que ce serait si grave ? Si les cris électriques d’Hendrix n’évoquaient pas le Vietnam mais cette nuit de fièvre où il a rêvé du crétacé est ce que ma réception mais de l’oeuvre aurait été différente ? Qu’est ce que le toc lorsqu’on parle de limon de sensations et de visions ? En ce qui me concerne, c’est plutôt la densité, la profondeur et surtout la singularité des visions qui m’intéresse ou m’emporte. Ai-je déjà vu ou entendu ça quelque part ? Avec quelle force ? Je t’avoue que c’est pas mal de temps après l’avoir écouté en boucle que j’ai appris que machine gun traitait du Vietnam.
      D’une certaine façon, ce qui me prends chez Hendrix ou Lynch (même si clairement je ne prétendrais pas que c’est ce qui compte le plus dans l’absolu) c’est justement ce qui se passe entre les deux niveaux, le pont plutôt que les rives qu’il relie (même si j’ai bien conscience que les rives font bien sûr toujours parti du pont, qu’elles le constituent). Comme dirait l’autre : le réel est relationnel.
      .
      Mais c’est une question intéressante et compliqué : qu’est ce que le réel qui se retrouve dans les oeuvres ?
      .
      Concernant précisément le travail de Lynch il faudrait que je vois plus de ces films pour pouvoir formuler un meilleur jugement.
.
Excuse moi pour le caractère bordélique et pas très clair du post.

      • #100148 Répondre
        I.G.Y
        Invité

        Merci pour la réponse que je n’avais pas vue, ensevelie par le flot des posts. Oui, à propos de l’Idée grecque je ne voulais bien sûr pas dire que c’était une inspiration directe pour lui mais plutôt ce que tu écris, à savoir que ça correspond à ce qu’il fait concrètement, ou à la position qu’il occupe.

        Pour le reste, je vais le méditer (d’autant plus que j’adore Machine Gun, je ne suis pas un grand connaisseur d’Hendrix mais j’ai tout écouté, ce qui n’est pas difficile, et c’est sans doute son morceau qui m’a le plus marqué).
        .
        Je passais par là à l’origine pour signaler que je découvre, alors même que je suis abonné depuis longtemps, que Hervé Aubron a donné un entretien sur Mulholland Drive avec Joudet sur Hors-Série (je cherchais justement à acheter son bouquin, qui semble difficilement trouvable…). L’entretien est ici (pas encore écouté).

    • #101954 Répondre
      Mr.Patate
      Invité

      Rythme lent comme d’hab.
      .
      C’est drôle dans la nuit du samedi au dimanche où tu as écris le message j’ai vu l’épisode de Return avec Bellucci et la fameuse phrase :
      « We are like the dreamer who dreams, and then lives inside the dream. But who is the dreamer? »
      J’ai plus tard découvert fortuitement le titre de son livre plus ou moins auto-bio « L’espace du rêve ». Ça fait sens. Idées, Visions, Songes, Rêves concernent le même espace de médiation. Bon j’ai bien conscience d’enfoncer probablement des portes ouvertes mais je découvre encore l’oeuvre et ne lit toujours rien sur lui (même si Aubron et son livre ont effectivement l’air très intéressants, il est à Truffaut).
      .
      A propos de machine gun un point assez intéressant, pas complètement déconnecté du reste. Peut être que tu le sais déjà, la version de Band of Gypsys provient d’une série de 4 concerts consécutifs donnés au Fillmore East le 31 décembre 1969 et le 1er janvier. Celle retenue sur l’album est le premier set du 1er janvier. Aucune autre version de machine gun (jouées pourtant à quelques heures d’intervalles) ne parvient ne serait-ce qu’à s’approcher de celle-ci (que ce soit à ces concerts ou à d’autres). Il s’est passé quelque chose durant ce concert de tout à fait singulier. Un élément éclairant est que contrairement à son habitude, Hendrix va jouer de façon de façon très concentré, quasiment immobile, les yeux fermés. C’est intéressant parce qu’Hendrix est clairement un des guitaristes les plus physiquement engagé qui soit, mais c’est par le biais d’une concentration mentale proche de la méditation qu’il semble accéder à quelque chose de plus profond et vaste, un espace où il voit et sent des choses tout à fait uniques.
      .
      Un autre point est que je suis assez convaincu qu’on fait face aujourd’hui à un manque de ces « visionneurs », dans le domaine artistique mais pas que (la science fonctionne a peu prêt de la même manière). La profusion d’informations et d’images a atteint un tel niveau qu’on évolue quasi uniquement dans un immense magma, flux permanent d’une bouillie de signes bouclant indéfiniment sur eux-mêmes. La quantité limitée des signes et le temps vide qui permettaient la sédimentation mentale n’existant plus, le contraste imaginaire est difficile voir impossible. Une fonction anthropologique majeure et décisive est complètement baisée.

      • #103382 Répondre
        I.G.Y.
        Invité

        J’admets que ce « il est à Truffaut » m’a perturbé, car les seules fois où j’ai entendu cette phrase il était question de sécateurs ou de Thuyas. Mais j’imagine que tu parles de la Bibliothèque des Halles.
        .
        Je ne connaissais pas ces anecdotes sur Machine Gun. Je prends.
        .
        Quant à la question des « visionneurs » dans le cinéma contemporain, je manque de recul pour donner un avis. Je serais curieux de savoir ce qu’en pensent les gens d’ici. Je réécoutais avant-hier la GO, déjà emprunt de nostalgie, à propos de Sorrentino et des « créateurs d’image ». Mais il me semble que les visionneurs, c’est tout autre chose. J’en verrais deux capables de faire ça aujourd’hui : Glazer et Serra.
        .
        Je revoyais hier Lost Highway. Décidément et tout comme dans Inland Empire, ce type tourne beaucoup autour de la question du trouble psychique et de l’identité multiple (il a d’ailleurs dit lui-même s’être inspiré de la « fugue dissociative » pour le film). Sa force étant, et là je rejoins entièrement Seldoon, de prendre ces choses en un sens particulièrement littéral. Une figuration littérale, si on veut.

        Je lui préfère tout de même Mulholland Drive : Lost Highway fait moins de « grandes scènes » et je ressens davantage le poids de l’énigme scénaristique (je ne spoil pas). Et il est aussi bien moins drôle.

        • #103386 Répondre
          Seldoon
          Invité

          Et pourtant. La scène du téléphone est une des plus grandes scènes fantastiques de tous les temps. Si ce n’est la plus grande. Et l’engueulade sur les distances de sécurité au volant par un mafieux : grande comédie.

          • #103387 Répondre
            Seldoon
            Invité

            (la scène du téléphone : « maintenant rendez-moi mon téléphone »)

            • #103388 Répondre
              I.G.Y.
              Invité

              Entièrement d’accord, je trouve juste qu’il y en a « moins » à mon goût. Mais encore une fois l’élément de comparaison (Mulholland Drive) est je pense mon film préféré. Je survalorise sans doute les scènes qui me font rire (et en ce sens la scène du mafieux au volant est super)

              • #103392 Répondre
                Seldoon
                Invité

                Il y en a moins. Il faut dire que sur ce terrain peu de films tiennent la dragée haute à MD.
                Je crois que j’aurai toujours une préférence pour LH. Je l’ai vu en premier, et en ce sens MD fait un peu redite, en plus mainstream, et même en plus racoleur. L’argument du mystère qui te tient tout le film pendant qu’on te fait miroiter une résolution classique, alors que dans LH, l’opacité arrive très vite (et on parvient quand même à t’en rajouter une couche sur la fin) et j’y suis bien.

                • #103395 Répondre
                  Leo Landru
                  Invité

                  Sur la comédie chez Lynch, dès Blue Velvet on a des scènes déglinguées qui font rire moins par ce qu’elles racontent que par ce qu’elles montrent. Je pense à l’idiotie absolue des scènes où le personnage de Kyle Mc Lachlan rend visite à son père à l’hôpital, au final happy end complètement niais avec des plans ringards, des dialogues ringards, qui tranchent avec le sexe et la violence des scènes précédentes. Un autre réalisateur aurait lissé cette débilité pour la faire coller à un ensemble homogène mais Lynch juxtapose l’horreur à l’absurde sans transition – logique du rêve.
                  Dans LH le décalage arrive en effet rapidement mais dans MD on a ce préliminaire avec la scène du monstre caché derrière le restaurant.
                  Cette science de l’accumulation plutôt que de la transition culmine dans Inland Empire. La forme onirique a rarement été aussi bien constituée – semblant d’intrigue, interruptions qui deviennent de nouveaux fils narratifs puis retour à l’intrigue, qui s’est déformée entre-temps.

                  • #103399 Répondre
                    I.G.Y.
                    Invité

                    « on a ce préliminaire avec la scène du monstre caché derrière le restaurant » : c’est ce que j’allais pointer. Et quelle scène. J’ai d’ailleurs souvent du mal à distinguer ce qui fait un excellent champ contre-champ et il me semble que ce dialogue dans le resto est un exemple marquant (avec le génial steady-cam flottant à contre-emploi, j’ai été très heureux d’entendre Aubron en parler chez H-S).
                    .
                    Connaîtriez-vous à tout hasard des grands textes sur des films de Lynch (hormis le livre d’Aubron sur MD)?
                    .
                    A propos de « visionneurs » potentiels, j’ai sans doute aussi oublié Apichatpong.

                    • #103403 Répondre
                      Leo Landru
                      Invité

                      Je suis gêné de méconnaître Serra et Glazer, je n’ai même pas vu La Zone d’intérêt. Même Lanthimos je crois n’avoir rien vu malgré les recommandations de François, pas eu l’opportunité.
                      En revanche j’ai pu voir trois Weerasethakul et j’ai été saisi par cette esthétique que j’ai rapproché de Lynch – par exemple ces plans à la fin de Boonmee, les photos de l’homme-singe avec les soldats, ces trucs complètement barrés qui viennent détourner le récit, la scène avec le poisson masturbatoire évidemment, aussi.
                      De ce que j’ai pu lire, Apichatpong Weerasethakul ne se réclame pas de Lynch qu’il prétend connaître assez peu. Je le crois.
                      Amateur de cinéma d’épouvante, je regarde pas mal de films asiatiques d’horreur, et le filon indonésien, coréen ou thaïlandais se présente avec des codes différents du cinéma occidental, des ressorts narratifs et des façons d’amener les scènes qui nous sembleraient bancales si elles ne se reproduisaient pas indifféremment des réalisations voire des pays – je généralise mais admettons que les films français de genre sont façonnés indirectement par Hollywood, et je gage que les films coréens sont inspirés par le cinéma japonais, pour schématiser, cinéma qui était lui-même influencé par le Hollywood d’exploitation des années 30 à 50 avec ses archétypes, ses clichés – ses films de monstres. King Kong qui nous donne Godzilla. Des réalisateurs comme Joko Anwar (qui est devenu bien plus lisse depuis son occidentalisation), Banjong Pisanthanakun ou Rob Jabbaz ont la même façon brute d’amener des éléments merveilleux dans les scènes sans les introduire longuement que Roger Corman, Robert Wise ou Tourneur. L’efficacité horrifique de la surprise (le monstre de MD) dépassant l’introduction laborieuse que l’on connaît dans les cinémas occidentaux riches en explications.
                      Ce qui me semble, est non pas une filiation Lynch vers Weerasethakul mais plutôt une source identique : je pense que Lynch a su capturer la candeur frontale des films d’avant le Nouvel Holluwood comme ses homologues asiatiques – un refus de la distance ironique qui visuellement se traduit par des cuts secs, dss gros plans, de la lenteur, une forme de minimalisme qui commence déjà avec la musique de Badalementi, l’anti-Ennio Moricone.

                    • #103449 Répondre
                      ziggypop
                      Invité

                      Je partage ce goût pour la scène du téléphone ! Un de mes plus grands rires au cinéma.
                      Ce n’est pas un texte et encore moins un grand texte mais si ça t’intéresse j’ai participé à une émission où on a parlé de Lost Highway et tenté d’explorer un peu ce qui se jouait là-dedans : https://soundcloud.com/la-phase

                      • #103492 Répondre
                        I.G.Y
                        Invité

                        @Leo oui, il semble que le rapprochement Lynch-Api soit fait, je ne sais plus si c’est ici ou ailleurs mais j’ai lu que Tropical Malady et MD étaient régulièrement rapprochés. Film paraît-il magnifique que je n’ai pas vu et que je voudrais voir en salle. D’Api je n’ai vu que Boonmee que tu as décrit, et Cemetery of Splendour. Film dans lequel il y a aussi une abolition de la frontière réel-rêve, réel-projection, dans la forme même mais sur un tout autre mode. Avec quelques très belles idées comme ce plan fixe d’apparence réaliste sur des passants qui s’asseyent sur des bancs mais échangent continûment de place.
                        .
                        @ziggy merci pour le lien, c’est redoutablement plus précis que les deux-trois vidéos que j’ai pu regarder en français sur le film (pour avoir écouté les deux autres épisodes, je sens une fibre bégaldienne bien tissée).

                        Un des points que vous abordez : la fameuse fusion réel-irréel. Vous parlez de phrases/scènes renversantes à ce sujet, il y en a pour ma part une que je n’ai pas encore entendu évoquée, [spoil] c’est vers la fin au moment où les flics découvrent le corps d’Andy dans son salon, où l’on est censé être revenus dans le « réel » (la blonde a disparu de la photo etc…) et l’un d’eux dit : « Pete Dayton’s fingerprints are all over the place ». En revoyant le film, c’est vraiment là que je me suis liquéfié [fin spoil]. Quant au rôle de la caméra dans ce petit jeu, il y a ce plan très étrange au début, lorsque Fred rentre seul dans sa maison pour chercher un intrus potentiel à son retour de la fête. Il se retrouve face à la caméra et sent sa présence (clin d’œil au Soderbergh, dans lequel il y a quasiment le même plan, en plus marqué). Comme si le film lui-même, son versant « réel » était de toute manière déjà une projection. Et ce qui recoupe parfaitement cette interprétation psychanalytique que vous avez [spoil] du fameux « bouclage » de la fin où Pete sonne à sa porte et se parle à lui-même [fin spoil].

                      • #103496 Répondre
                        I.G.Y.
                        Invité

                        Preuve que tout se mélange, j’ai écrit « Pete » pour « Fred » dans ma dernière phrase…

                      • #103523 Répondre
                        ziggypop
                        Invité

                        Merci pour cette écoute et ces retours ! Tu ne t’es pas trompé, notre plan est évidemment de récupérer les parts de marché abandonnées par la gêne occasionnée et d’exporter la marque à l’internationale
                        Tu as raison pour les flics, j’avais un peu oublié cette intervention qui participe encore un peu plus à tout disloquer – et ne me revient pas immédiatement le plan dont tu parles avec la caméra, je vais aller jeter un oeil.
                        Par ailleurs, par rapport à ces filiations que vous évoquiez, je trouve qu’à ses débuts Dupieux jouait dans ces eaux-là – ça culmine avec Réalité, son chef-d’oeuvre. Dommage que le cinéma ait cessé de l’intéresser après

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