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  • Ce sujet contient 32 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par ..Graindorge, le il y a 2 années et 5 mois.
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    Messages
    • #18284 Répondre
      Hervé Urbani
      Invité

      Longue intervention de Friot lors de la fête de l’Huma. Il met une petite minute à se chauffer puis c’est un festival.
      Pour la première fois, à ma connaissance – de façon développée, en tout cas -, il évoque le christianisme et sa propre foi « en tant que dynamique révolutionnaire » et c’est lumineux (autour de la quarantième minute). C’est d’ailleurs la thématique de son prochain bouquin.

    • #18285 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Le quiero mucho también ¡Gracias Hervé! Beau cadeau

    • #18286 Répondre
      Zyrma
      Invité

      j’hésite à regarder, c’est un coup à tomber amoureuse

      • #18288 Répondre
        Sarah G
        Invité

        Ah mais Zyrma, c’est bien de tomber amoureuse.
        Merci beaucoup Hervé pour cette vidéo, un beau cadeau.
        Dans le même esprit, il y a aussi Le Christ rouge, la révolution de l’Evangile de Guillaume Dezaunay.
        Bonne journée.

    • #18289 Répondre
      Claire N
      Invité

      Merci
      J’aime bien l’idée de réinvestir l’échange du «  travail humain «  comme un endroit de corps à corps ; ça m’a fait penser à la notion de charité

      • #18293 Répondre
        Jeanne
        Invité

        « Le christianisme nous libere du Ciel.
        On entre en humanité quand on sort du paradis « .

    • #18295 Répondre
      Claire N
      Invité

      Zyrma a trop raison, le mec décroche l’amour des étoiles

      • #18296 Répondre
        Jeanne
        Invité

        Ben c’est un peu ça.

    • #18302 Répondre
      Cocolastico
      Invité

      Un entretien plus ancien, mais les questions me semblent moins bateaux (si vous n’avez pas trop le temps je vous conseille d’aller directement à son décryptage du récit du repas de Béthanie selon Marc, à 20:00) :

      • #18303 Répondre
        Anna H
        Invité

        Pas trouvé les questions bateaux en ce qui me concerne.

        • #18304 Répondre
          Cocolastico
          Invité

          C’est peut-être moi qui ai écouté trop de ses conférences

    • #18308 Répondre
      lison
      Invité

      Merci.
      C’ est ( il est ) lumineux !

    • #18355 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Le chrétien révolutionnaire: aucune nostalgie. Aucun « désir d’avenir ». Juste agir AUJOURD’HUI.
      ça libère une énergie énorme d’être libéré du poids du passé et de l’avenir
      « Je suis celui qui dit JE SUIS »
      Je crois que c’est la phrase exacte
      Et c’est ce JE SUIS. Au présent. Présent. Qui fait. Qui agit
      Sacré monsieur!

    • #18455 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Le 16 novembre prochain, Friot va ‘débattre’ avec… Jancovici (?!?)
      https://www.amis.monde-diplomatique.fr/Jancovici-Friot-salaire-emploi-travail-face-au-changement-climatique.html
      Quel curieux attelage, pour avoir écouté ses conférence, lu sa (fort mauvaise) BD, Jancovici est adepte du solutionnisme technologique et dépolitise toutes les questions environnementales. La série d’articles de Reporterre à son sujet est éclairante. Je ne vois donc pas bien ce que Friot va faire là-dedans.
      Quitte à avoir une ‘rencontre’, j’aurais préféré un échange épistolaire, ou un livre de conversation (de type En travail – Conversation sur le communisme) car il est habile rhéteur.
      Espérons que cela soit filmé.

      • #19567 Répondre
        Jeanne
        Invité

        De mon côté je me réjouis de cette rencontre, qui donnera peut-être de la visibilité à Friot.
        Je ne dirais pas tout à fait de Jancovici qu’il est un adepte du solutionnisme technologique, je lui fais le crédit de proposer une forme de décroissance. Mais pour ce qui est de dépolitiser les questions environnementales oui, Dr Xavier sur ce point je suis obligée de te rejoindre. Si je m’en tiens à son récent passage sur Thinkerview, il est également nul en définition du capitalisme, probablement surnul en propositions communistes posées sur la table par des penseurs en vie, il a un mois pour s’y mettre un chouia.

    • #18459 Répondre
      Ludovic Bourgeois
      Invité

      Je préfère cette gauche là que la gauche « cadeaux » pour tout le monde, prendre le fric des autres mais jamais le sien.
      __
      En gros tu crées les salaires en amont par de la création monétaire et tu attribues la production en aval.
      __
      Bonne vision, malheureusement irréaliste, tant la haute-bourgeoisie mondiale a fagocité le système de fond en comble.

    • #18664 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Entretien inédit pour le site de Ballast 11 juin 2019

      Bernard Friot : « Je pratique à la fois christianisme et communisme » [1/2]

      Son idée phare ? Le « salaire à la qualification personnelle », désormais popularisé sous le nom de « salaire à vie ». Il s’agirait d’octroyer à l’ensemble des citoyens un salaire mensuel, compris dans une échelle de 1 à 41, de leur majorité jusqu’à leur mort — ceci sans contrepartie (ni lien avec le « revenu de base », qu’il pourfend). Financé par des caisses de cotisations, un tel dispositif abolirait le « marché de l’emploi » et reconnaîtrait que chaque individu est producteur de valeur économique. Si Bernard Friot, économiste de formation, refuse de parler de « société idéale », il reconnaît sans conteste qu’il questionne là un véritable « enjeu anthropologique ». Depuis des années, il sillonne la France aux côtés du Réseau salariat pour faire entendre cette alternative, véritable antidote concret, pense-t-il, au désarroi de la gauche. Nous tenions, dans cette première partie, à revenir avec lui sur sa construction intellectuelle et ses évolutions, son parcours militant, universitaire, et même spirituel. Rendez-vous fut donc pris dans un petit restaurant.

      On peut vous entendre critique à l’égard d’une certaine sociologie, par exemple celle de Robert Castel, Bourdieu ou des Pinçon-Charlot. Quelle serait votre filiation ?
      Je suis venu à la sociologie en pleine mode de l’interactionnisme2 : une réaction au structuralisme avec une tentative de réaffirmer le sujet3, projet avec lequel je ne peux qu’être d’accord, mais sur une base exclusivement microsociale et sur des objets qui me paraissaient dérisoires. Il fallait étudier les interactions entre ceux qui font la manche dans le métro et les usagers, entre les agents de la SNCF et les usagers… Cette microsociologie ne m’a pas semblé très intéressante. Héritier d’une pratique d’économiste, j’avais des ambitions de compréhension plus globale de la société. Sous la direction d’Annie Vinokur, une économiste de l’éducation d’une très grande rigueur intellectuelle à qui je dois beaucoup, j’avais fait ma thèse sur la Sécurité sociale à partir du livre pionnier d’Henri Hatzfeld, Du paupérisme à la Sécurité sociale, où il définit celle-ci comme le passage d’une sécurité-propriété à une sécurité-droit du travail. Robert Castel, héritier lui aussi d’Hatzfeld, publie Les Métamorphoses de la question sociale au moment où j’écris Puissances du salariat, mais je le découvre après. Je suis très reconnaissant à Robert Castel d’avoir relancé l’intérêt des étudiants pour la Sécurité sociale, mais il l’a fait avec un postulat — qui est aussi celui d’Hatzfeld, d’ailleurs — d’absence de la classe ouvrière.
      C’est-à-dire ?
      « Il y a dans la culture militante de gauche une victimisation qui m’exaspère, et qui m’exaspère d’autant plus que cela va de pair avec une critique du système sans réelle proposition alternative. »
      Pour lui, la Sécurité sociale est l’occasion d’une défaite de la classe ouvrière parce que les ouvriers sont dépossédés de leur autonomie dans un salariat homogénéisé autour des couches moyennes. La critique que je fais à Castel est la même que celle que je fais à Bourdieu : ce sont des sociologies de la domination. Il n’y a pas de classe révolutionnaire pour eux. Le travail des Pinçon-Charlot sur la bourgeoisie est aussi utile que courageux car il n’y a pas beaucoup de sociologues qui s’attaquent à un objet dans lequel le chercheur n’est pas en surplomb. Mais la limite de ces travaux se lit pour moi dans l’engouement que suscite ce genre de sociologie chez les militants qui y retrouvent ce qu’ils attendent : la conviction que les travailleurs sont des victimes ! Il y a dans la culture militante de gauche une victimisation qui m’exaspère, et qui m’exaspère d’autant plus que cela va de pair avec une critique du « système » sans réelle proposition alternative, faute de lire ses contradictions. Cette absence de mobilisation constante sur la construction de l’alternative, et sur elle seulement, a évidemment à voir avec l’irresponsable émiettement organisationnel des « anticapitalistes » — un terme qui témoigne d’un « non » sans « oui », et donc sans réelle détermination à l’unité nécessaire pour le faire aboutir.
      Tout ce « capital culturel » de militant politique, d’universitaire et d’intellectuel est aussi constitué d’un « capital cultuel », si vous nous permettez l’expression ! Est-ce que vous liez votre engagement communiste à votre foi ?
      Non. Ce n’est pas du tout parce qu’il y aurait entre eux une espèce d’idéal commun que je pratique à la fois christianisme et communisme — une pratique commune qui s’est construite lentement et qui reste en permanence à nourrir. Je ne suis pas catholique pour une vision idéale de la société, pas plus que je ne suis communiste pour ça. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui nous fait aller de l’avant. Je suis très marqué par la théologie paulinienne, et par celle des jésuites aussi. C’est une théologie de l’en-avant : la rencontre de Jésus me relance en permanence dans mon humanité parce que l’humanité en Jésus est divinisée. L’humanité n’est pas du relatif mais de l’absolu. Et pas de l’absolu de toute-puissance comme par exemple aujourd’hui chez les libertariens obscènes de l’humanité augmentée : Jésus a été crucifié, il est le premier né d’entre les morts. En lui l’humanité est continuellement vulnérable à l’Événement, à la possibilité d’une altérité — non pas d’un autre monde (l’autre monde n’existe pas), mais d’un monde autre. Le fait de recevoir toute rencontre, tout événement comme une occasion d’altérité source d’en-avant est constitutive de ma démarche de vie, de mon être-au-monde. C’est pourquoi je vois dans notre histoire ce que des tas de collègues ne veulent pas voir : qu’un monde autre se construit dans le monde tel qu’il est ! Ils pensent que s’il y a un autre monde, ce sera plus tard, alors que je mets le mot communisme sur des réalités par lesquelles nous sommes déjà engagés dans une sortie du capitalisme, nous inventons une société autre. Toute la croyance dans le ciel (qui est le cœur du religieux en défense duquel Jésus est mis à mort comme blasphémateur) a été transposée dans l’idée que le communisme serait pour demain et ne se construit pas aujourd’hui. Le demain des chercheurs critiques du capitalisme, et des militants, c’est le ciel des croyants. C’est la même aliénation religieuse, d’autant plus difficile à déraciner qu’elle est sécularisée et portée par des personnes qui s’estiment vaccinées contre la religion puisqu’elles sont athées ou agnostiques !

      Plutôt que l’économiste et sociologue que l’on connaît, Bernard Friot aurait-il pu devenir prêtre-ouvrier ?
      J’ai eu le projet d’être prêtre, mais ouvrier pas du tout. Les prêtres-ouvriers partageaient dans le travail et le quotidien la vie des exploités. Ça n’a pas été mon cas puisqu’à 10 ans, je suis devenu interne au lycée et n’ai plus, après mes études, ni vécu dans des quartiers populaires ni occupé des emplois d’ouvrier ou d’employé. J’y vois l’aspiration à sortir de la pauvreté du gamin d’un village très pauvre des Vosges que j’étais : une aspiration compréhensible, qui selon moi a fourni dans les années 1950–60 l’adhésion des paysans à la mise en place de l’agro-business ou celle des ouvriers, y compris les militants, à la constitution des grands groupes industriels nationaux. Ce n’est que progressivement — et surtout sous l’impulsion de la génération de mes enfants — que mon refus du capitalisme s’est unifié dans un refus, au quotidien, du mode de vie capitaliste. En fait, je me suis toujours projeté comme un intellectuel. Je voulais être jésuite car beaucoup d’entre eux sont théologiens. J’ai eu le projet d’être prêtre pendant une douzaine d’années, jusqu’à 24 ou 25 ans. Je me souviens, quand j’ai annoncé en fin de 3e que j’allais entrer au petit séminaire, le proviseur était furieux. J’étais très bon élève d’un lycée à Épinal ; il n’envisageait pas que je ne poursuive pas dans ce lycée. Et ça m’a complètement sauvé. Si je n’avais pas été au séminaire — qui m’a par ailleurs donné une formation en philosophie tout à fait intéressante —, j’aurais fait Sciences Po ou une prépa. Je crois que j’aurais été happé par le pouvoir, comme tant de bons élèves — y compris comme spécialistes de sciences sociales certes critiques du pouvoir mais fascinés par la puissance du capital… Si, finalement, je n’ai pas poursuivi mon projet d’être jésuite, c’est parce que, au Parti comme dans l’Église, je me suis rendu compte que je ne souhaitais pas être salarié d’une institution militante. J’ai donc choisi de candidater à une institution pas militante du tout, l’université.
      Vos propositions défrisent bien des marxistes contemporains — vous ne vous affichez d’ailleurs pas en marxiste orthodoxe. Que gardez-vous de Marx et du marxisme ?
      « Je voulais être jésuite car beaucoup d’entre eux sont théologiens. J’ai eu le projet d’être prêtre pendant une douzaine d’années, jusqu’à 24 ou 25 ans. »
      Ma référence constante est à Marx, le grand penseur de la contradiction et donc de l’Histoire, celui qui nous libère des pensées de la domination. J’ai été marqué par la lecture de Marx proposée par Lucien Sève, qui invite à « penser avec Marx ». Penser ; avec. C’est autre chose que répéter.
      Une pensée en mouvement, donc ?
      Évidemment ! Il y a toujours un conflit entre les exégètes et les théologiens — moi qui suis catholique, je connais ça. L’exégète affirme : « Attention, les Écritures disent ça et pas autre chose. Ce que tu dis n’est pas dans les écritures, et elles disent quelque chose que tu ne reprends pas à ton compte. » À quoi le théologien répond : « Moi je veux comprendre ce qui se passe en ce moment. J’ai besoin d’un rapport aux Écritures, mais il doit être actif. » Il faut qu’il y ait des exégètes et des théologiens, et le conflit entre eux est fécond. Quand un certain nombre d’exégètes du marxisme me font des leçons de marxisme, j’écoute, agacé, et j’en tiens compte.
      Dans vos premiers travaux, vous n’utilisez pas, ou très peu, le mot « communisme ». Vous parlez même d’une « autocensure ». Qu’est-ce qui vous a poussé à assumer et à revendiquer ce terme ?
      C’est exact. Je voudrais rendre hommage à quelques collègues qui dans les années 1990 ont continué à parler quand on s’est tous tus. Ces personnes, comme Jacques Bidet par exemple, ont continué à se réclamer de Marx à l’université, à y prononcer des mots imprononçables du fait du triomphe du capitalisme après l’échec de l’URSS… J’ai participé à cette autocensure, c’est clair. Jusqu’au début des années 2010, j’oppose au capitalisme le salariat. Ce n’est guère que depuis trois ou quatre ans que j’utilise le terme « communisme ». Là encore, c’est inspiré de Sève, qui a réinsisté sur le fait que le communisme est un mouvement réel qui s’observe empiriquement dans la lutte de classes. La mobilisation de la classe révolutionnaire suppose le partage d’un désir de communisme, et on ne peut pas susciter un tel désir si on ne met pas le mot « communisme » sur des institutions concrètes aussi populaires que le régime général de Sécurité sociale.

      Vos réflexions des vingt dernières années ont commencé par un angle assez original : celui des retraites et de leur financement…
      C’était le sujet de la Sécurité sociale le plus présent dans le débat public à partir des années 1990. En 1993, je soutiens ma thèse qui s’attache à montrer comment le salaire n’est pas un prix de marché mais une institution qui relève davantage du tarif construit à l’échelle nationale par des acteurs nationaux (confédérations syndicales et patronales, fédérations professionnelles), dans lequel la logique de flux du salaire se substitue à la logique de stock du patrimoine : on retrouve là l’influence d’Hatzfeld. En 1995 arrive la réforme des régimes spéciaux, qui échoue. Cette victoire va entraîner toute une dynamique : un collectif d’économistes se constitue « contre la pensée unique » — c’est le nom que nous prenons. Je participe aux États généraux du mouvement social lancés par Jacques Kergoat. C’est surtout sur la question de la retraite que j’interviens en écho à cette victoire des cheminots. C’est une période où les militants centrent leur intervention contre les retraites par capitalisation. Je m’attache avec d’autres collègues, comme Jean-Marie Harribey, à montrer qu’il ne peut pas y avoir de stocks en matière de retraite : dans la capitalisation, c’est le flux de la valeur produite dans l’année par les travailleurs achetant des titres pour se constituer leurs droits à pension qui finance les pensions de l’année. C’est la vente de ces titres par les fonds de pension qui permet de payer les retraités. Cette idée qu’il ne peut pas y avoir d’accumulation inter-temporelle de valeur, que la valeur ne peut être que l’objet d’un flux, centrait alors ma réflexion. Elle est certes tout à fait exacte et montre l’absurdité des plaidoyers en faveur d’une prétendue épargne de la valeur dans des régimes en capitalisation, mais ma réflexion s’est beaucoup déplacée depuis.
      Dans quel sens ?
      « Notre constitution comme humain suppose que nous soyons reconnus sur les deux versants du travail, concret et abstrait. »
      Je ne raisonnais pas du tout en termes de « Qui travaille ? » comme aujourd’hui : j’étais encore mobilisé par la répartition de la valeur, pas par sa production. Je m’explique sur ce déplacement, qui est en réalité un déplacement de mon rapport à la classe ouvrière, dans ma conférence gesticulée « Oui à la révolution communiste du travail ». À partir du récit de ma démarche de recherche, je montre que s’intéresser à la répartition de la valeur, à la réduction des inégalités par un meilleur partage de l’argent, c’est sous-évaluer la capacité qu’ont eue les travailleurs de peser sur sa production, de changer la pratique de la valeur. Toujours la même cécité sur le déjà-là communiste. Or, c’est la production de valeur, et donc le travail, qui est au cœur de la lutte de classes, avec ses questions centrales : qu’est-ce qu’on produit, par qui, comment, où ? Ces questions sont devenues le cœur de ma réflexion depuis les années 2000, dans mon effort de compréhension de l’échec des mobilisations pourtant considérables contre la réforme des retraites en 2003 et 2010.
      Dans vos interventions récentes, c’est à ce thème de la retraite, ou plutôt des retraités, que vous revenez4. L’injonction qui leur est faite de poursuivre des activités pour lutter contre le vieillissement vous a fait dire ceci : « C’est une amputation anthropologique que d’être posé comme libéré du travail, c’est-à-dire économiquement irresponsable. » C’est là une réflexion morale ?
      C’est une thématique que je développe dans mon autre conférence gesticulée, « Je veux décider du travail jusqu’à ma mort », qui s’appuie sur mon expérience de retraité, et dans mon livre Le Travail, enjeu des retraites — un titre qui annonce clairement la couleur ! Nos personnes sont mutilées si elles ne sont reconnues que pour l’utilité sociale de notre activité et non pas pour le caractère productif de notre travail. Le fait qu’il puisse y avoir des temps dans l’existence adulte où on est hors du travail est posé comme naturel par la classe dirigeante, qui s’arroge le monopole du travail et décide quand nous travaillons. L’extériorité du travail à nos vies n’a rien de naturel, mais elle est constitutive du capitalisme. Les retraités sont confinés dans l’utilité sociale et donc, l’essentiel, à savoir le travail productif, leur manquant — un manque qui les condamne au vieillissement social —, ils sont soumis à l’imbécile injonction de multiplier les activités de « lutte contre le vieillissement ». Il est particulièrement pervers que l’exclusion du travail productif dont sont victimes les retraités soit exaltée socialement comme une période libérée. Cela participe à la naturalisation de la violence sociale qui fait que nos personnes ne sont pas reconnues comme productives, que le travail est attaché à autre chose que notre personne : l’emploi ou la performance sur le marché des biens et services. Mon combat pour que le salaire et la propriété de l’outil de travail deviennent des droits politiques attachés aux personnes à partir de leur majorité et jusqu’à leur mort est donc plus anthropologique que moral : c’est quoi, être humain ? Évidemment, je n’ai pas la réponse à une question si générale, mais je peux apporter des éléments sur la valeur anthropologique du travail. Notre constitution comme humain suppose que nous soyons reconnus sur les deux versants du travail, concret et abstrait : l’utilité sociale de l’activité et la contribution à la production de valeur.

      Avec quelles conséquences ?
      Les incidences politiques d’une mobilisation menée sur les deux pieds de l’utilité sociale du travail concret et de la production de valeur par le travail abstrait sont importantes. Le syndicalisme s’est largement construit sur le travail du point de vue de la production de valeur, en restant indifférent, en tant qu’institution, sur l’utilité sociale de ce qui est produit. La CGT ne développe pas comme thématique fondamentale « Quelle est l’utilité sociale de ce que nous faisons ? ». La principale question qui mobilise les travailleurs organisés est : « Comment améliorer notre reconnaissance en tant que producteur de valeur ? » Plus le capitalisme s’emballe dans la folie de l’indifférence à ce qui est produit, plus cette indifférence devient mortelle pour le syndicat lui-même. Mais il y a une erreur stratégique symétrique à considérer que seule l’activité importe, pas le travail. Et ainsi orienter sa vie dans le sens de l’utilité sociale, à n’importe quel prix quant à notre reconnaissance comme producteur de valeur.
      Vous pensez au bénévolat ou à des activités qui ne sont pas valorisées comme travail ?
      « Je trouve très discutable que la lutte pour la souveraineté sur le travail ne soit pas au cœur des mobilisations collectives. »
      Oui, mais pas seulement. Le bonheur illusoire d’être en retraite dans le capitalisme est de maîtriser son activité et d’être content de faire ce avec quoi on est en accord. Illusoire, car c’est au prix de l’acceptation d’être amputé de la reconnaissance comme producteur de valeur, de n’avoir plus rien à dire — ni faire — sur le travail productif, et de se marginaliser dans le bénévolat. Ne pas mener de bataille collective pour changer le travail, le sortir de l’impasse dans laquelle le met le capitalisme, comporte le risque de faire de la réduction du temps de travail la réponse à la souffrance au travail. Je comprends la réaction individuelle d’aspiration à sortir dès que possible de travaux déshumanisants, mais je trouve très discutable que la lutte pour la souveraineté sur le travail ne soit pas au cœur des mobilisations collectives. L’auto-organisation des travailleurs, le refus des injonctions gestionnaires non conformes à l’éthique professionnelle, la détermination à décider de l’usage de l’outil doivent être portés au cœur de l’agenda syndical, ce qui représente un déplacement considérable de la pratique militante. Cette détermination à maîtriser le travail concret est, au contraire, très forte chez les personnes qui, souvent jeunes et diplômées, refusent de produire n’importe quoi pour le capital et organisent des productions alternatives. Je leur tire mon chapeau pour leur détermination à vivre en cohérence leurs convictions et leur travail, au prix de l’acceptation de ressources souvent plus faibles. Reste la nécessité de construire les institutions qui permettront à ces entreprises alternatives, très intéressantes du point de vue du travail concret, de s’imposer dans le champ de la valeur afin qu’elles ne soient pas condamnées à la marginalité ou à la récupération.
      « Travailler moins pour travailler tous est un mot d’ordre réactionnaire », avez-vous déclaré. La baisse du temps de travail est pourtant constitutive de l’histoire ouvrière, et le patronat s’est toujours opposé à cette revendication !
      Le patronat n’a évidemment jamais accepté spontanément de payer autant des travailleurs dont la durée de travail avait diminué. Ne confondons pas la nécessaire baisse du temps de travail, ce mot d’ordre traditionnel du mouvement ouvrier depuis la lutte pour la loi des 10 heures, avec le « travailler moins pour travailler tous », qui est un mot d’ordre récent qu’effectivement je critique. Légitimer la baisse du temps de travail par la lutte contre le chômage accrédite l’idée que le travail est un quantum5 limité qu’il faut se partager. Cette idée est réactionnaire car elle naturalise la pratique capitaliste du travail, fondée sur l’élimination relative du travail vivant : la recherche du profit conduit en effet à l’augmentation de l’exploitation par remplacement du travailleur par la machine. Cette victoire du mort sur le vif a des conséquences tant anthropologiques qu’écologiques et territoriales catastrophiques. L’accepter de fait en se battant pour le plein emploi par la baisse du temps de travail est un des symptômes de cette indifférence des organisations syndicales à la maîtrise du travail concret que je viens d’évoquer. Le plein travail — et un plein travail maîtrisé par les travailleurs — n’a rien à voir avec un plein emploi obtenu par baisse du temps de travail sans mise en cause de la pratique capitaliste de la valeur. Il suppose au contraire que les travailleurs deviennent les propriétaires de l’outil de travail et fondent la production sur le travail vivant et non pas sur le travail mort. On s’aperçoit alors qu’il faut beaucoup plus de travail vivant pour produire une alimentation saine, mais on peut en dire autant du transport de proximité, du logement ou de l’énergie, pour m’en tenir à ces productions au cœur du défi écologique. Alors, et alors seulement, il devient possible de passer à l’offensive contre la xénophobie, dont le fondement est le malaise au travail, la peur de perdre son emploi, la rage devant les délocalisations de la production et l’absurde concentration métropolitaine de l’habitat et des services. Ces mouvements entraînent le déclin de territoires qui pourraient au contraire, si les travailleurs étaient les maîtres de l’outil et développaient une production centrée sur le travail vivant, rester ou devenir des lieux de bonheur de vivre.

      Mais vous pensez qu’il y aura toujours des formes de violence sociale : on ne pourra, au mieux, que la gérer par de bonnes institutions. N’est-ce pas une vision un peu fataliste ?
      Non, c’est une vision areligieuse de l’Histoire. Il y a une immense croyance de penser que nous pouvons faire société sans violence, sans tragique. Je suis communiste et disciple du Christ, pas témoin de Jéhovah ! Le témoin de Jéhovah pense qu’on va pouvoir faire le Paradis sur Terre, le règne de l’abondance, de la paix, la fin de la violence, etc. Hélas, beaucoup de communistes ont exactement la même vision en pensant qu’il adviendra une société sans classes, sans rapports de pouvoir. Il faut au contraire être en permanence attentif à instituer la gestion des rapports de pouvoir. S’exonérer de cela dans un projet de société me paraît une très grave faute. Je ne crois pas à la société sans lutte de classes. Il peut y avoir une euphémisation de la lutte de classes, bien sûr, et les institutions de la valeur dans le communisme n’auront pas la violence qu’elles ont dans le capitalisme. Mais je ne crois pas à la fin de l’Histoire — je n’ai d’ailleurs pas envie qu’elle s’arrête.

      13 juin 2019

      Bernard Friot : « La gauche est inaudible parce qu’elle ne politise pas le travail » [2/2]

      Mettre fin à la propriété lucrative (entendre tirer profit de son patrimoine), abolir le marché de l’emploi et salarier l’ensemble des citoyens de leur majorité à leur mort : la proposition, chiffrée et détaillée, est claire. Mais comment la mettre en place ? Autrement dit : comment accéder au pouvoir ? C’est, dans ce second volet, l’une des questions que nous tenions à aborder avec Bernard Friot. Le salariat a mauvaise presse, dans le camp anticapitaliste, et l’urgence écologique oblige à penser toute transformation sociale à l’aune de celle-ci : ce sont là d’autres questions, auxquelles l’économiste et sociologue communiste n’a pas manqué de nous répondre…

      Entre l’économie et la politique, vous passez facilement d’une catégorie à l’autre. Le « salaire à la qualification » — ou « salaire à vie » — est-il une mesure économique ou politique ?
      Je suis de plus en plus tenté de répondre : politique. Pourquoi la gauche est-elle actuellement inaudible ? Parce qu’elle ne politise pas le travail. Elle campe sur une espèce de technologie fiscale — « réduire les inégalités en faisant payer les riches » — ou sur une « défense des services publics » qui s’adresse aux travailleurs comme consommateurs et non pas comme travailleurs ! Or ce qui fait mal aux tripes chez les personnes, c’est le travail. Être plus égaux, disposer de services publics, bien sûr, mais pour quoi faire ? Si c’est pour produire la même merde, si c’est pour être aussi en difficulté vis-à-vis de son travail… La question du manque de souveraineté sur le travail est au cœur de la difficulté de la conflictualité sociale actuelle. Or, conquérir cette souveraineté c’est sortir nos vies du chantage du capital dans ses deux dimensions : le chantage à la dette d’investissement et le chantage à l’emploi. Sortir du chantage à la dette en supprimant le crédit et en subventionnant l’investissement grâce à une socialisation de la valeur par une cotisation économique se substituant au profit capitaliste — comme nous l’avons fait pour construire l’outil de soins dans les années 1960. C’est la condition pour que l’outil de travail soit libéré des griffes du capital. Sortir du chantage à l’emploi en faisant de la qualification (et donc du salaire) un attribut de la personne et non pas du poste de travail — comme nous l’avons fait pour la fonction publique, pour les salariés à statut ou pour les retraités. Cela se dit très simplement : le salaire doit devenir un droit politique ; chaque adulte doit être doté d’un salaire de sa majorité politique à sa mort, ce salaire à la qualification personnelle qui s’est popularisé comme « salaire à vie ».
      « Les stratégies de prise du pouvoir d’État comme préalable à la prise du pouvoir économique ont mené à des impasses, tout comme les alternatives ici et maintenant. »
      Au lieu de quoi la gauche parle de sécuriser les parcours professionnels, de sécuriser les revenus, de mettre en place un service public de l’emploi performant qui puisse accompagner les périodes de transitions et former en permanence, etc. Bref, rien qui ne supprime le marché du travail. Comment s’étonner que de tels mots d’ordre ne mobilisent pas ? Alors que « salaire à vie », ça prend pour des raisons politiques ! Monte en effet, surtout chez les jeunes, le sentiment diffus que nous devrions être reconnus comme producteurs en tant que personnes, sans avoir l’obligation de passer par des marchés (du travail ou des biens et services) sur lesquels nous n’avons aucune prise… Ce sentiment n’est pas forcément exprimé en des termes politiquement clairs — d’où la tentation de « revenu de base », une tentation qui montre a contrario toute l’irresponsabilité d’une gauche incapable de populariser le salaire comme droit politique ! Oui, il est urgent de politiser le travail et de le mettre au cœur du politique : pas plus que « le travail », « la valeur » n’existe. Il y a un travail et une valeur capitalistes dont les institutions centrales sont la propriété lucrative1 de l’outil et le marché du travail, et un travail et une valeur communistes qui fondent la souveraineté des travailleurs sur leur propriété de l’outil et sur le salaire comme droit politique. Le salaire à vie, c’est un droit politique pour donner du pouvoir économique.
      Mais comment combiner la prise de pouvoir économique que vous appelez de vos vœux avec la prise de pouvoir politique ?
      Vous touchez là un point sur lequel j’ai encore beaucoup à travailler… Et je ne suis manifestement pas le seul car les stratégies classiques de prise du pouvoir d’État comme préalable à la prise du pouvoir économique ont mené à des impasses, tout comme, symétriquement, celles de la généralisation, à l’échelle nationale, d’alternatives « ici et maintenant » multipliées. Ce que je retiens de mon travail de recherche sur la Sécurité sociale et sur le salaire, ce sont deux choses. La première est que la démocratie économique est au cœur de la démocratie politique pour plusieurs raisons : la classe révolutionnaire ne peut se construire que dans la maîtrise de la valeur, le pouvoir politique ne peut pas être démocratique tant que la production est le monopole de la bourgeoisie, capable de ce fait de prendre en otage la société. La citoyenneté s’éduque, s’enrichit et n’est effective que dans la responsabilité économique. La seconde est que la lutte de classes permet d’imposer la création et la pérennité d’institutions du travail macrosociales au service d’une production soit capitaliste, soit communiste : dans le premier cas, la socialisation de la valeur par centralisation du profit, le marché du travail et le crédit, et donc la propriété lucrative de l’outil ; dans le second, la socialisation de la valeur par la cotisation, la qualification personnelle et le droit politique au salaire, la subvention de l’investissement et donc la propriété non lucrative de l’outil de travail.

      Vous avez dit une fois être « pour un dépérissement de l’État ». Mais aussi : « Je ne me méfie pas de l’État parce que je ne suis pas irresponsable. » Pouvez-vous clarifier votre position ?
      Elle n’est pas très claire, comme vous le voyez… D’autant que mes recherches sur le salaire ne me donnent pas de compétence particulière en science politique ou en sociologie des organisations… Je suis pour une forme d’autogestion de l’État, sous deux dimensions. D’une part, les fonctionnaires sont beaucoup trop « au service de l’État » — une formule qui masque qu’ils sont en réalité au service du gouvernement en place. Le prétendu « service de l’État » est invoqué pour ne pas s’opposer au new public management, pour obéir à des ordres ou appliquer des procédures non conformes à la déontologie de service public, alors même que le statut de la fonction publique a été conquis pour donner aux travailleurs des services publics de quoi s’y opposer collectivement. Nous retrouvons, ici encore, le lancinant problème de l’absence d’organisation collective en vue de la maîtrise du travail concret. D’autre part, il est souhaitable que des fonctions étatiques soient assurées par les intéressés eux-mêmes : de 1947 à 1967, ce sont des travailleurs élus qui ont exercé le pouvoir dans les conseils d’administration du régime général, ce qui a mis en rage la bourgeoisie qui n’a eu de cesse de confier ce pouvoir aux députés, au gouvernement et aux hauts fonctionnaires — la trilogie constitutive du gouvernement capitaliste de l’État contre les travailleurs.
      « Les institutions du politique sont absolument nécessaires — donc je ne peux pas faire l’impasse sur ce qu’on appelle l’État. »
      Cela dit, les institutions du politique sont absolument nécessaires — donc je ne peux pas faire l’impasse sur ce qu’on appelle l’État. Je ne suis pas pour le changement des mots, plutôt de leur signification. L’État est nécessaire pour que la valeur ne soit pas confiée aux seules institutions de la valeur que seront les entreprises, les caisses de salaire ou d’investissement, les jurys et le service public de qualification, les syndicats, les collectivités propriétaires de l’outil de travail. La décision sur ce qu’on produit, où on le produit et la façon dont on le produit ne peut pas être laissée à la seule décision de ces institutions. De même qu’on ne confie pas l’armée aux seuls militaires, il n’est pas raisonnable de confier le travail aux seuls travailleurs : ils peuvent être par exemple pris dans une espèce d’hubris2 technologique qui fait qu’ils poursuivront une production non désirable… Il faut donc, à côté des institutions de la valeur, des institutions spécifiques du politique qui puissent imposer des décisions prises selon des critères qui mettent la valeur à distance.
      Vous voyez dans le salariat la classe révolutionnaire en construction. Comment le comprendre, au regard de la méfiance historique des anticapitalistes à l’endroit, précisément, du salariat ?
      C’est effectivement une proposition difficile à comprendre pour des militants qui, identifiant le salaire au prix de la force de travail, la situation de salarié au contrat de travail et le contrat de travail à la subordination, militent pour l’abolition du salariat. Or ces trois propositions sont aveugles sur le fait que la classe ouvrière est une classe pour soi3, en capacité d’instituer des alternatives à la pratique capitaliste de la valeur. Elles sont le témoignage du vol de l’histoire populaire, composante décisive de l’hégémonie de la bourgeoisie capitaliste. Une première conquête salariale au début du XXe siècle est celle de l’emploi. Claude Didry a parfaitement montré4 que le Code du travail de 1910, en interdisant la sous-traitance et en créant le contrat de travail, a tout à la fois obligé les capitalistes à être directement employeurs, donc à s’exposer comme exploiteurs dans un conflit direct avec les travailleurs, et ouvert la voie à une institution du travail non capitaliste. C’est dans le cadre de ce contrat de travail qu’a été imposé, contre un patronat qui l’a toujours récusé, le salaire à la qualification de la convention collective qui est le contraire du prix de la force de travail. Mais bien mieux encore, le conflit sur le statut de la fonction publique, les nationalisations et la création du régime général de Sécurité sociale ont permis, en 1946, d’instituer massivement le salaire à la qualification personnelle, par dépassement du salaire à la qualification du poste qui définit l’emploi de la convention collective dans le secteur privé. Ce salaire à la qualification personnelle qualifie les personnes elles-mêmes, c’est-à-dire les pose dans leur capacité à produire de la valeur indépendamment de leur soumission au marché du travail.

      Le salaire est souvent analysé comme un des rouages du système capitaliste…
      … Alors que, tel qu’il s’institue en France au XXe siècle, je le vois comme étant au cœur du communisme ! Une lecture positiviste5 de Marx qui, à juste titre, définit la rémunération capitaliste comme le prix de la force de travail et la désigne comme du salaire, en déduit que, tant que nous ne sommes pas dans le « demain » communiste, le salaire est par nature capitaliste, et donc le prix de la force de travail… Comme façon de naturaliser une institution capitaliste, de la sortir de l’histoire et de nier l’histoire populaire, on ne fait pas mieux ! Quand on sait que tout l’effort syndical du XXe siècle a été de conquérir, contre le prix de la force de travail, le salaire à la qualification personnelle ! Si on n’est pas conscient du fait que des millions de personnes ont un salaire à la qualification personnelle, et qu’il s’agit là de prémices d’un nouveau statut, communiste, du producteur, dont il s’agit de poursuivre l’institution en généralisant à tous les plus de 18 ans le droit politique au salaire, cette base va s’effriter — après qu’on ait laissé tomber les postiers, puis les salariés d’EDF/GDF, les cheminots étaient tout seuls l’an dernier, et maintenant vient le tour des retraités et des fonctionnaires…
      Mais on a parfois l’impression que vous grossissez le trait lorsque vous comptabilisez environ 17 millions de personnes qui ont « peu ou prou, un salaire à vie » ! Parmi celles-là, prenons un exemple concret : les professions libérales de santé touchent donc déjà un salaire à vie ?
      « Mon milieu professionnel écrit beaucoup trop l’histoire de l’impuissance populaire, alors que notre boulot est au contraire d’écrire l’histoire de la puissance populaire. »
      Si vous additionnez les fonctionnaires, les salariés à statut, la moitié des retraités (ceux dont la pension, supérieure au Smic, est proche de leur dernier salaire d’activité) et les salariés de branches dans lesquelles a été conquis un droit à la carrière, c’est-à-dire l’embauche sur un poste au moins aussi qualifié en cas de mutation ou de changement d’entreprise, vous constatez que le tiers des plus de 18 ans perçoivent un salaire directement (fonction publique, statuts, retraités) ou indirectement (salariés de la métallurgie, de la chimie ou de la banque, branches avec un droit à la carrière) lié à leur personne. Et il faut y ajouter, effectivement, les libéraux de santé de secteur 1, certes payés à l’acte — une situation qu’il faudra dépasser —, qui perçoivent le salaire socialisé de l’assurance maladie, un salaire lié à leur qualification et qui leur est garanti pratiquement dès l’ouverture de leur cabinet du fait de la solvabilisation de leur patientèle : aucune profession indépendante ne connaît cette libération vis-à-vis de la performance marchande ! Que le tiers des plus de 18 ans soient peu ou prou libéré du chantage à l’emploi est une immense conquête qui fait l’objet d’une haine de classe totale de la part de la bourgeoisie et qui ne peut être consolidée qu’en généralisant à tous les adultes le salaire comme droit politique. Le salariat désigne non pas des travailleurs dépendant du capital mais des travailleurs en train de s’en libérer grâce au statut de la fonction publique, au salaire socialisé du régime général de Sécurité sociale, aux autres institutions du salaire.
      45 % du salaire total est aujourd’hui socialisé pour la protection sociale6. Vous en déduisez qu’il y a un déjà-là, avec de vraies bases pour une pratique communiste de la valeur. On vous reproche de voir les choses de manière un peu optimiste…
      Je « grossis le trait », je « vois les choses de manière un peu optimiste » ! Permettez-moi de remarquer combien ces énoncés témoignent de la sous-estimation des conquis de la classe révolutionnaire ! Et encore, vous êtes moins dubitatif que nombre d’« économistes atterrés » ou de responsables syndicaux et politiques qui nient carrément la nouveauté révolutionnaire des conquis de 1946 et des décennies qui ont suivi ! La classe dirigeante veille à ce que le récit officiel soit celui de nos défaites. Le vol de l’histoire populaire est un des lieux centraux de son hégémonie car il entretient les dominés dans l’impuissance. Je connais la responsabilité de mon milieu professionnel : il écrit beaucoup trop l’histoire de l’impuissance populaire, alors que notre boulot est au contraire d’écrire l’histoire de la puissance populaire. Faute de quoi, les mobilisations hésitent entre les deux écueils du défaitisme et du volontarisme.

      Imaginons maintenant une société où le salaire à vie serait en place. Sans marché du travail, qui va faire le « tri » entre les bons et mauvais producteurs ?
      Premièrement, le marché du travail n’est pas une bonne institution de régulation : on ne peut pas dire que les employeurs sélectionnent les meilleurs, loin de là, ni que l’extériorité du travail à nos vies soit performante quand on observe par exemple l’incroyable gâchis du chômage, des petits boulots, des compétences sous-utilisées et des travaux inutiles !
      Il le fait mal, mais c’est lui qui le fait actuellement !
      Il faut justement abandonner le marché du travail parce qu’il nous aliène en posant le travail comme étranger à nos personnes. Cette remarque vaut aussi pour ceux qui, travailleurs indépendants, voient leur reconnaissance comme travailleurs dépendre de leur performance sur un marché des biens et services qu’ils ne maîtrisent pas plus que les employés ne maîtrisent le marché du travail. Il s’agit d’opérer un changement de régime de la responsabilité. Le capitalisme nous exalte comme consommateurs mais nous irresponsabilise sur l’essentiel, la production de la valeur, tout en nous suspectant en permanence de ne pas être à notre place, de ne pas faire ce qu’il faut et en nous sanctionnant par un refus d’embauche, par le management, par le licenciement… Notre responsabilité se résume à l’amélioration de notre employabilité et l’école nous apprend à être responsables de notre seule orientation : choisir la bonne filière, devenir compétitifs sur le marché du travail. L’enjeu de la construction du communisme, c’est-à-dire de la responsabilité des travailleurs sur la production, est que nous devenions propriétaires de nos outils de travail et en capacité de décider de l’investissement, de ce qui va être produit, des collectifs de production, des accords internationaux nécessaires. Avec la conscience que la production de la valeur est de notre seule responsabilité : si nous ne sommes pas à la hauteur, il n’y aura pas assez à se partager, les défis territoriaux ou écologiques ne seront pas affrontés. Voilà un ressort de motivation très solide, surtout si dès l’école les savoirs sont transmis non plus en vue de la compétition sur le marché du travail mais pour donner à chacun le sens de son importance dans la responsabilité collective de la production, et si tout au long de la vie un service public de la qualification offre tant aux individus qu’aux collectifs de quoi mieux assumer cette responsabilité.
      Mais comment ne pas tomber dans une espèce de relativisme qui considérerait que tout le monde est producteur de valeur quoiqu’il fasse, même s’il ne le fait pas bien ? Dit autrement : quelles institutions pour la régulation de la qualité du travail ?
      « Le capitalisme ne se définit pas d’abord par le marché, mais par l’accumulation de capital grâce à l’extorsion de survaleur aux travailleurs réduits à l’état de forces de travail. »
      À 18 ans, tout le monde aura le premier niveau de qualification du salaire à vie et sera assuré de la propriété d’usage de son outil de travail : tout le monde sera posé en capacité de responsabilité sur la valeur et outillé pour l’exercer. Première possibilité, la personne veut monter sa boîte : il faudra que son projet soit accepté pour obtenir des subventions, trouver des partenaires — donc le projet sera aussi examiné par des fournisseurs, des clients. Puis il faudra constituer un marché suffisant sinon elle fermera boutique : elle aura toujours son salaire mais ne pourra plus payer les fournisseurs. Il y aura bien une sanction, sauf que celle-ci ne sera plus l’absurde double peine d’aujourd’hui, où l’échec professionnel est doublé de la mort sociale. Les personnes conserveront leur qualification et donc leur salaire, elles n’auront aucune dette à rembourser, leur investissement ayant été subventionné. Deuxième possibilité, la personne ne souhaite pas monter sa boîte mais entrer dans un collectif existant. Encore faut-il qu’elle soit acceptée, car elle peut être refusée : elle continuera alors sa quête du lieu où pouvoir exprimer sa qualification. Dans ces collectifs, le contrat de travail ne mentionnera pas le salaire puisqu’il sera défini par la qualification personnelle, mais il pourrait mentionner des horaires, le type de tâches à faire, les responsabilités à assumer dans la gestion de l’entreprise, etc. Ce ne sera pas du tout une société sans obligation ni sanction, ça n’existe pas.
      Vous dites en substance qu’il pourrait y avoir un marché des biens qui soit non capitaliste. Vous faites donc une distinction entre des formes d’économie de marché et le capitalisme ?
      Absolument. Car le capitalisme ne se définit pas d’abord par le marché, sauf dans le fait qu’il fait de la force de travail une marchandise. Il se définit par l’accumulation de capital grâce à l’extorsion de survaleur aux travailleurs réduits à l’état de forces de travail. Il n’y a pas de validation des biens et services par le marché dans le capitalisme, contrairement à ce que laisse entendre le fétichisme de la marchandise. Il nous fait croire qu’au bout du compte, c’est le consommateur qui valide alors que n’arrivent sur le marché que des produits qui ont été sélectionnés et calibrés en amont du marché selon les règles de la rentabilité du capital. Prenons un exemple simple : se nourrir. La publicité et l’organisation capitaliste du travail nous incitent à ne pas faire, sinon de façon très sommaire, la cuisine (activité considérée comme dépassée) et donc à acheter de la nourriture industrielle. Certes, il y a un conflit entre Auchan et Carrefour, entre Lactalis et Bongrain pour savoir lequel va produire et distribuer cette nourriture. Mais qu’elle soit produite et distribuée par telle ou telle entreprise capitaliste ne changera rien au type de produit consommé, puisqu’il aura été produit uniquement selon les règles — identiques pour tous les producteurs — de valorisation du capital. Il y a des tas d’innovations refusées par les entreprises car jugées non rentables. Au contraire, certaines sont acceptées car elles permettent de faire une différence entre les produits, bien que présentant un caractère novateur complètement illusoire. C’est le calcul économique en amont du marché qui est décisif : les biens qui arrivent sur le marché ont déjà été validés par les actionnaires et les prêteurs. Il faut que nous restaurions le primat de l’utilité sociale, ce qui suppose que les biens et services ne soient plus produits pour mettre en valeur du capital. Et dans une telle logique, à côté de la gratuité de biens et services non marchands, le marché pourra être un très bon instrument d’allocation des ressources.

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      L’articulation du salaire à vie avec les contraintes écologiques reste à imaginer. Qu’est-ce qui va retenir les éventuelles pulsions consuméristes de personnes disposant d’un salaire suffisant pour vivre et pour consommer, de manière potentiellement nocive sur le plan environnemental ?
      En dehors des biens de nécessité, que le capitalisme est d’ailleurs loin de fournir toujours correctement, comme en témoignent l’aide alimentaire, la pauvreté des transports de proximité et la médiocrité de tant de logements, la consommation est le lot de consolation qu’il offre à des travailleurs à qui il dénie toute responsabilité sur le travail. J’avais été très frappé par une pub dans le métro à propos d’un de ces inutiles services de livraison de nourriture à domicile dont le slogan était : « C’est bon de commander. » Alors que la population ne commande absolument rien sur l’essentiel… À partir du moment où nous sommes responsables du travail, de la production, nous n’avons plus besoin des colifichets d’une consommation inattentive à ses effets tant anthropologiques qu’écologiques. Je suis absolument convaincu que ce besoin de consommation que vous dénoncez est une caractéristique du capitalisme, non d’une prétendue nature humaine. Je ne crois pas du tout au caractère inéluctable d’une pulsion vers un toujours plus de consommation.
      La question se pose tout de même de savoir comment gérer une éventuelle « demande » envers des produits importés de très loin. Ou que faire si des gens souhaitent voyager trois fois par an à l’autre bout du monde en prenant l’avion ?

      « Tous les vols intérieurs, et nombre de vols continentaux, sont absolument inutiles dès lors que les trains de nuit sont rétablis et que les trains de jour offrent un confort de travail. »
      Mais tous les vols intérieurs, et nombre de vols continentaux, sont absolument inutiles dès lors que les trains de nuit sont rétablis et que les trains de jour offrent un confort de travail tel qu’on perd bien moins de temps de travail en prenant le train plutôt que l’avion — ce qui est évident ! Et les coopérateurs de ScopTi ont fait la preuve avec 1336 qu’on peut produire des thés et des tisanes d’excellente qualité sans faire faire plusieurs fois le tour du monde aux intrants7. Je pense aussi aux Jeans 1083, faisant référence au nombre de kilomètres maximum parcourus par eux au cours de leur production. La logique capitaliste impose une division internationale du travail infiniment supérieure à celle qui est nécessaire. Sortir la production des griffes du capital est donc la première condition de changement des pratiques de consommation. Par ailleurs, si l’on veut — et il le faut — jouer directement sur ces pratiques, il s’agit non pas de culpabiliser les consommateurs en faisant appel à la morale individuelle, mais d’instituer à l’échelle macrosociale d’autres rapports à la consommation. Par exemple, en augmentant les salaires non pas sous forme d’espèces, mais par la solvabilisation d’accès à des produits conventionnés — comme nous l’avons fait pour l’assurance-maladie : un modèle qui a toute sa pertinence même s’il est entaché par le maintien du caractère capitaliste de la production de médicaments.
      Modèle que vous souhaitez étendre avec la proposition de Sécurité sociale de l’alimentation…
      On peut en effet transformer une partie du salaire actuel sous une autre forme de monnaie, en nature et non en espèces. Augmentons par exemple les salaires d’une cotisation de Sécurité sociale de l’alimentation d’un montant de 120 milliards, compensée par 120 milliards de non versement de dividendes ou de non remboursement de dettes d’investissement. 80 milliards correspondraient à un complément mensuel de la carte vitale, de sorte que chaque personne dispose de 100 euros par mois pour des achats alimentaires. Ces 100 euros ne pourront être dépensés qu’auprès de professionnels conventionnés sur les critères suivants : production bio, paiement des travailleurs à la qualification personnelle, financement de l’investissement sans appel au crédit (bancaire ou du marché des capitaux), propriété de l’entreprise par les travailleurs. Les 40 milliards restant seront utilisés pour augmenter la production alternative à l’agro-business : achat de terres, soutien aux paysans souhaitant passer au bio, salaire à la qualification personnelle et subvention de l’investissement pour tous les alternatifs actuels (dans la production d’outils réparables, dans la production de biens alimentaires bruts ou transformés, dans la distribution et la restauration). À ce niveau d’intervention (la moitié de la consommation alimentaire), nous sommes en capacité d’engager une dynamique de sortie de la folie de l’agro-business. Et ce que je viens d’évoquer pour l’alimentation vaut bien sûr dans tous les domaines, à commencer par le transport de proximité, le logement et l’énergie. Socialiser la valeur dans des cotisations interprofessionnelles gérées par les travailleurs comme l’a été le régime général de Sécurité sociale pendant vingt ans, solvabiliser l’accès à toute une série de biens et services qui resteraient à prix, et cela sans fournir de marché public à des groupes capitalistes car ne seraient conventionnés que des producteurs et des distributeurs non capitalistes : nous avons là un formidable levier pour sortir la production de la fuite en avant dans laquelle l’entraîne le capitalisme, si folle d’un point de vue écologique, anthropologique et territorial.

      On est loin des démarches individuelles du « consomm’acteur », non ?

      Je me suis longtemps contenté de récuser toute cette thématique de la « consomm’action », car c’est vrai que c’est par la production qu’on peut sortir du capitalisme. Mais aujourd’hui j’ai changé radicalement mon mode de consommation. Pourquoi ? Parce que la façon dont on consomme est à la mesure de la façon dont on produit. Quelqu’un qui accepte de consommer n’importe quoi accepte de produire n’importe quoi. Dans le mépris de nombreux militants pour le changement de la consommation, il y a de l’indifférence à ce qu’ils produisent. Je conteste cette attitude contradictoire de tous ceux qui se moquent de l’action par la consommation mais qui ne s’auto-organisent pas collectivement dans leur entreprise pour changer radicalement la production. Une certaine éthique de la consommation est intéressante si elle est mise en cohérence avec une éthique de la production. La conquête du salaire à la qualification personnelle et de la copropriété d’usage de l’outil de travail est évidemment au service d’une production autre, mais ne pourra advenir que sur la base de l’auto-organisation des travailleurs pour une autre production, dès aujourd’hui. C’est pourquoi la proposition de Sécurités sociales sectorielles me semble très féconde car elles fourniront un outil macro-économique de mise en œuvre, entreprise par entreprise, d’un travail libéré du capital.

    • #18668 Répondre
      GaelleS
      Invité

      Merci Hervé !
      Formidable Bernard de plus en plus clair et limpide dans ses propos je trouve. Et pour filer la patate il se pose là !

    • #18677 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Bernard citant Scève dans son intervention, je suis allé revoir du coté de ce brave camarade, et j’ai trouvé ça, où le geste principal de Bernard est là en germe. Il ne dit pas communisme déjà là mais presque. Il apparait que Lucien a du beaucoup influencer Bernard.

      Par ailleurs c’est parfait sur les élections. C’est exactement ça.
      Et sur « l’évolution révolutionnaire ». Exactement ça aussi.
      (suis moins convaincu par la radicale rupture entre les conceptions de l’aliénation de 1844 et du Capital, qui m’a parfois évoqué le bon et le mauvais chausseur de qui on sait)

      • #18695 Répondre
        GaelleS
        Invité

        Merci François il était passionnant ! On voit effectivement après avoir regardé l’entretien de Bernard et l’entretien de Lucien que Bernard s’est fortement nourri de ses travaux. Lucien dont j’aime la rigueur et sa foi communiste toujours intacte malgré la pratique du PC.
        Connaissant mal Marx, je ne vois pas trop ce que tu veux dire sur son interprétation de l’aliénation de Marx en 1844 (désolée pour les « de »). D’après toi elle y incluait déjà une analyse du capital comme moteur principal d’aliénation des travailleurs ?

      • #18722 Répondre
        amour
        Invité

        Maurice Scève et Lucien Sève sont sur un bâteau.

    • #18702 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Sur l’aliénation chez Marx je suis au centième de l’érudition de Scève, et je comprends qu’il insiste sur la différence entre son traitement par le « jeune Marx » et son traitement dans le Capital. Mais je ne crois pas qu’il y ait rupture entre les deux. En tout cas Scève, qui affirme cette rupture, ne me convainc pas complètement en l’expliquant
      Mais quelque part on s’en fout.

    • #18720 Répondre
      Graindorge
      Invité

      « Un monde autre se construit dans le monde qui est »
      Bernard Friot
      « Il faut être très bête pour croire qu’on peut être intelligent tout seul »
      Lucien Sève
      Grand merci François Bégaudeau pour cette vidéo.
      WAOW! Y’a pas d’autre mot! Je ne ris pas.
      Je la revois dimanche avec l’aide d’un autre cerveau pour m’expliquer certaines choses
      On avance. Ça fait plaisir. C’est beau.

      • #18721 Répondre
        amour
        Invité

        Moi aussi j’adore la théorie, quand elle n’est pas théorique.

      • #18737 Répondre
        Claire N
        Invité

        Merci
        Je pousserai bien «  l’outil de travail «  jusqu’à la notion d’équipe ?

    • #19222 Répondre
      Graindorge
      Invité

      Federico, te quiero mucho. Le passage sur les séries: HALLELUYA!

      [youtube https://www.youtube.com/watch?v=sBLwC6BQX-s?si=p_zKA049M3x_oqqx&w=560&h=315%5D

      • #19223 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Mon collègue  » Eh ben! Bernard,Lucien, Frédéric, Bruno, Isidro etc… Tu vas devenir Polyg’hommes! »
        « Non camarade, polyg’âmes!! Capito?? »
        « Capito »

        • #19224 Répondre
          Graindorge
          Invité

          P.s: j’oubliais dans la liste André Bégaudeau! One of ze best! Uno de los mejores
          La tête de linotte! Faut dire que là camarades, on a 41° sur l’autoroute! On s’accroche pour pas cramer quelques neurones en route…waow! Ça chauffe!

    • #33948 Répondre
      Christophe M
      Invité

      Bernard Friot à Metz le 29 février à 18H30 avec la Shift Year au campus de CentraleSupélec de Metz 2, Rue Edouard Belin – 57070 METZ
      A l’attention d’Hervé qui, j’ai cru comprendre, est Messin.

      • #33977 Répondre
        Hervé Urbani
        Invité

        Merci pour l’info, Christophe. Si je suis dans la ville, alors j’irai.
        Ce qui n’est pas chose acquise puisque depuis quatre ans, je suis petite moitié Messin grande moitié Parisien et une troisième moitié dans le train.

    • #43453 Répondre
      ..Graindorge
      Invité

      Frédéric Lordon. Cette lecture est une œuvre d’art.
      Merci camarade Frédéric

      • #43454 Répondre
        ..Graindorge
        Invité

        « L’Histoire, en effet : voilà avec quoi l’Occident a rendez-vous à Gaza. Si, comme il n’est pas interdit de le penser, c’est le rendez-vous de sa déchéance et de sa destitution, alors viendra bientôt un temps où nous pourrons nous dire que le monde a basculé à Gaza. »

        Frédéric Lordon

        • #43455 Répondre
          ..Graindorge
          Invité

          J’ajoute les mots du camarade Jean-Pierre:
          « Quelle analyse rationnelle précise. Sa force , et sa beauté humaine sont des lames et des cœurs ouverts qui pourraient peut être bientôt nous sauver ou nous anéantir sans regret.. La lecture et sa tonalité sont beauté »

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