Accueil › Forums › Forum général › Geneviève Sellier : l’art de manquer sa cible
- Ce sujet contient 101 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Elle écrit, le il y a 1 année et 2 mois.
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AuteurMessages
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tarrou
InvitéBonjour à toutes et à tous
je partage ici le dernier entretien de Geneviève Sellier, interrogé sur le cinéma d’auteur, que je trouve assez passionnant de croiser avec la 2e partie du dernier essai de François : https://www.youtube.com/watch?v=dcgv_a_2NVA
Sellier navigue constamment entre des poncifs quasi populistes – les clichés sur la critique, alliée objective des cinéastes-auteurs, sur le cinéma d’auteur qui ne rencontre pas son public et qui pour ce crime de lèse majesté devrait disparaitre (oui oui vous avez bien lu), sur le nombrilisme des films d’auteurs, leurs sujets etc – et des réalités sociologique concrètes sur le milieu du cinéma qui ont tout à fait leur place dans le débat. D’où ma volonté de partager cet entretien, car Sellier part de constats esthétique et matériels vrai mais mélange de manière très confuse ces deux aspects, disant de l’un – l’Art avec un grand A – qu’il est la cause des inégalités/problèmes de l’autre : sa fameuse thèse que c’est la Nouvelle Vague qui a créé les conditions d’impunité d’un Polanski ou d’un Doillon.
Bonne écoute
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François Bégaudeau
Maître des clésMerci
Je comptais lire le livre, je vais commencer par ça. -
lamartine
InvitéQui est Geneviève Sellier ? Je ne connais pas du tout
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Charles
InvitéLa dernière émission de Sortie de secours revient sur Megalopolis – où on retrouve, furtivement, la comparaison entre Coppola et Carax – et le livre de Sellier.
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tarrou
InvitéMerci pour la ref, je connaissais pas l’émission.
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Mao
Invité« sa fameuse thèse que c’est la Nouvelle Vague qui a créé les conditions d’impunité d’un Polanski ou d’un Doillon. ».
J’ai écouté l’entretien et trouve cette thèse assez convaincante.-
tarrou
InvitéPeut-tu développer ca m’intéresse, car je ne vois toujours pas en quoi une idéologie purement esthétique, idéelle, une manière d’appréhender le cinéma, a pu créer les conditions matérielles du sentiment d’impunité et des conditions effective de cette impunité ? En quoi le texte de Truffaut qui met (enfin) la place de l’auteur au centre et qui ne concerne que ses œuvres (défendre Renoir c’est défendre tous les films de Renoir) crée-t-il les conditions d’une surpuissance qui dépasse le cadre artistique ? C’est un peu inverser les causes et les effets pour moi, et croire de plus qu’il n’y a que le réal qui croit être impuni : je renvoie au rôle des producteurs, aujourd’hui comme à l’époque de l’age d’or des studios américains. Et ce qui me gêne par dessus-tout c’est que Sellier jette le bébé avec l’eau du bain et en arrive parfois à défendre le cinéma de qualité française « parce qu’il y avait du collectif » c’est qui est d’une pauvreté argumentative qui me laisse pantois.
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Tony
InvitéExcellent Sortie de secours, très clair sur la création de l’auteur comme méthodologie critique et porteur d’un désir qui va agir un collectif pour créer un film personnel échappant au formatage.
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Charles
InvitéOui j’ai trouvé Joudet impeccable, d’une froide et juste colère devant la médiocrité du travail de Sellier.
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François Bégaudeau
Maître des cléselle a parfaitement raison en parlant de combat d’arrière-garde
et pose une bonne question : comment ce truc se retrouve à la Fabrique?
j’ai mon idée-
Ventoline
Invitéquelle est ton idée ?
Pour avoir lu le livre, il manque cruellement de rigueur. Je ne sais pas comment on relit un bouquin avant de le publier, mais entre les fautes d’orthographe dans les noms de cinéaste, les « (de mémoire) » et autres arguments de mauvaise foi type « Rivette ça compte pas c’est expérimental et Godard ça compte pas parce qu’avec Miéville ils ont fait un cinéma peu commercial », l’essai est vraiment gênant.
Sans compter sa définition sortie du chapeau du cinéma d’auteur, qui serait un cinéma réduit à un auteur qui parle de son petit nombril. En fait, elle a juste voulu se payer la Nouvelle Vague, et l’a fait passer crème sous couvert d’une « introduction à une pensée déconstruite de la notion d’auteur ». Pénible posture qui se veut inattaquable.-
François Bégaudeau
Maître des clésIl semble décidément que ce livre soit une fraude, ce quk n’étonne venant de GS
D’où ma re-question : comment ce truc se retrouve à la Fabrique?
J’ai mon idée-
Charles
InvitéSellier est une proche d’Alain Gresh et du Monde diplo. Elle a été la première secrétaire de l’Association France Palestine Solidarités qu’il a créée (elle était membre du PCF à l’époque, aussi).
Son appartenance à ce milieu peut expliquer en partie la publication de son livre à la Fabrique (créée par Eric Hazan, pour rappel).-
Charles
InvitéMonde diplo qui a déjà publié des articles contre la Nouvelle vague, la dépeignant comme un mouvement bourgeois qui arrangeait bien les producteurs car l’amateurisme revendiqué des cinéastes était peu onéreux (on n’est pas loin des théories sur l’art contemporain perçues comme outil de contre-propagande voulant dépolitiser l’art).
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François Bégaudeau
Maître des clésMais Hazan n’était pas du tout PCF, en bon anarchiste.
Et il y a quelque hiatus entre le décolonialisme de La Fabrique et le diplo, qui est sur une ligne plus classiquement marxiste.-
Charles
InvitéOui mais ils se retrouvent sur le conflit israélo-palestinien, non?
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Arnaud
InvitéSur la ligne du Diplo ça me fait penser au débat autour du bouquin de Walter Benn Michaels, L’Egalité contre la diversité. A l’époque la controverse m’avait plongé dans un désarroi idéologique entre le Diplo et la RILI (Editions Amsterdam). 15 ans après je ne suis toujours pas sûr de savoir quoi penser. Je ne trouve pas l’article de Jérôme Vidal pour la RILI (d’ailleurs qu’est-il devenu, lui et Charlotte Nordmann ?). Résumé de la controverse : https://blog.mondediplo.net/2009-11-16-Controverse-autour-de-La-diversite-contre-l
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Arnaud
InvitéDe là j’en viens à penser que c’est toujours intéressant de refléchir à ce qu’il se passe en nous lorsque deux autorités s’affrontent. Quand Friot chie sur Bourdieu j’en n’ai rien à foutre, je suis un peu comme de Beautreillis chez Proust (1). Si François se mettait à clasher Lordon ou l’inverse (surtout l’inverse), je serais bien emmerdé.
(1) Victor Hugo n’est pas aussi réaliste que Zola, tout de
même ? demanda la princesse de Parme. Le nom de Zola
ne fit pas bouger un muscle dans le visage de M. de
Beautreillis. L’antidreyfusisme du général était trop
profond pour qu’il cherchât à l’exprimer. Et son silence
bienveillant quand on abordait ces sujets touchait les
profanes par la même délicatesse qu’un prêtre montre en
évitant de vous parler de vos devoirs religieux, un
financier en s’appliquant à ne pas recommander les
affaires qu’il dirige, un hercule en se montrant doux et en
ne vous donnant pas de coups de poings. -
François Bégaudeau
Maître des clésProust le plus grand des psychologues
(mais au passage je trouve cette négation finale peu musicale. Marcel a raté sa chute. Il faut dire que Marcel a moins écouté les Descendents que Debussy)
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gebege
Invité« J’ai une idée »
> Si j’étais de mauvais goût, je dirais que Geneviève Sellier n’est pas la dernière non plus – ceci expliquant sans doute possible cela…-
Dr Xavier
Invité« J’ai mon idée. » Avec la disparition d’Hazan, l’abandon du goût pour l’éclectisme et le littéraire au profit du seul militantisme ?
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François Bégaudeau
Maître des clésbien vu, doc
c’est un peu mon idée
je crains que le tropisme littéraire de Hazan soit peu à peu mis de coté -
MA
InvitéJe remets ici l’hommage de Rancière paru dans Libé.
TRIBUNE
Pour Eric Hazan, changer le monde n’était pas un programme d’avenir mais un travail de chaque jour, par Jacques Rancière
TRIBUNELe fondateur des éditions La Fabrique, disparu jeudi 6 juin, était bien autre chose qu’un éditeur de brûlots révolutionnaires, témoigne le philosophe. Cet homme indigné contre toute oppression aimait celles et ceux qui cherchent et inventent pour préparer d’autres lendemains.
par Jacques Rancière, Philosophe
publié le 8 juin 2024 à 9h26Il y a une manière infiniment réductrice de commémorer Eric Hazan en saluant simplement en lui le courageux éditeur et défenseur de l’extrême gauche, le soutien inflexible du droit des Palestiniens et l’homme qui, à contre-courant de son temps, croyait à la révolution au point de consacrer un livre aux premières mesures à prendre dès son lendemain.
Il fut assurément tout cela, mais il faut d’abord rappeler l’essentiel : en un temps où le mot d’édition évoque des empires d’hommes d’affaires qui font argent de tout, y compris des idées les plus nauséabondes, il fut d’abord un grand éditeur. Ce n’est pas là simple affaire de compétence. C’est plus encore affaire de personnalité. Et Eric était une personnalité d’exception : esprit curieux de tout, scientifique de formation et chirurgien cardio-vasculaire dans une vie antérieure, mais aussi grand connaisseur des arts et passionné de littérature ; habitant des villes, sensible à ce que chaque pierre des rues porte d’histoire vivante ; homme ouvert et accueillant au sourire rayonnant et à la poignée de main éloquente, avide de communiquer ses passions comme de faire connaître ce qu’il découvrait et de convaincre les autres, loin de toute prédication, de ce qu’il considérait comme les exigences de la simple justice.
Qu’il ne fût pas un éditeur ordinaire, je l’ai appris dès mes premiers contacts avec lui au temps même où débutait La Fabrique. Il avait assisté à quelques séances de mon séminaire sur l’esthétique et voulait mieux comprendre ce que je faisais et où cela menait. Je lui communiquais alors un petit entretien que j’avais fait pour une revue confidentielle publiée par des amis. Quelques jours après, il m’informa que c’était là un livre et qu’il allait le publier. Ce qu’il fit avec assez d’efficacité pour que ce minuscule ouvrage, à peine visible sur une table de librairie, fasse le tour du monde. J’appris alors cette chose surprenante : un grand éditeur, c’est quelqu’un qui est capable de savoir et de vous dire que vous avez fait un livre quand vous ne le savez pas vous-même.
Ainsi commença pour moi une très longue collaboration ponctuée par des titres dont la liste prouverait à elle seule qu’Eric Hazan était bien autre chose qu’un éditeur de brûlots révolutionnaires. Qu’aurait-il eu à faire, en ce cas, de livres qui exploraient des territoires aussi apparemment éloignés de toute efficacité politique immédiate que la polémique sur le paysage dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, la dissolution des fils traditionnels du récit romanesque chez Flaubert, Conrad ou Virginia Woolf, l’entrelacement des temps dans les films de Dziga Vertov, de John Ford ou de Pedro Costa, ou la conception du spectateur impliquée par telle ou telle installation de l’art contemporain ? Quel besoin aurait-il eu par ailleurs de publier une édition complète de plus de mille pages du Baudelaire de Walter Benjamin ? Et de se replonger lui-même dans le Paris de Balzac ? Ce n’est pas seulement qu’il s’intéressait à tout et que sa culture humaniste était bien plus vaste et profonde que celle de tant de clercs qui sourient d’engagements militants comme les siens. C’est que le monde pour lequel il se battait était celui de l’expérience la plus large et la plus riche et qu’il ne séparait pas le travail de la connaissance et les émotions de l’art de la passion de la justice. Cet homme indigné contre toute oppression aimait, plus que les crieurs, celles et ceux qui cherchent, inventent et créent.
Changer le monde, un travail de chaque jourChanger le monde n’était pas pour lui un programme d’avenir mais un travail de chaque jour pour bien ajuster le regard et trouver les mots justes. Et il savait que la révolte est elle-même un mode de connaissance. Chez les auteurs ou autrices les plus extrêmes dont il publiait les textes, qu’il s’agisse de féminisme, de décolonialisme ou de sabotage de pipeline, il ne voyait pas seulement un cri de colère contre le règne de l’injustice mais aussi un travail de recherche, une expérience singulière du monde où nous vivons, une manière neuve de l’éclairer. C’est aussi pourquoi il était attentif à ce que les titres les plus provocateurs apparaissent dans les vitrines des libraires avec la robe de couleur propre à en faire des objets précieux.
Est-ce pour cela qu’il avait choisi d’appeler son entreprise La Fabrique ? Ce nom rappelle aux connaisseurs de l’histoire ouvrière cet Echo de la fabrique qui fut, au lendemain de 1830, le journal des canuts lyonnais en révolte. Et sans doute lui importait-il de prolonger le souvenir des grandes journées ouvrières de 1848 et de la Commune. Mais le mot de «fabrique» associait à cette tradition de combat toute une conception du travail d’éditeur : un écart radical avec les logiques du profit, associé à l’impeccable rigueur de la gestion ; un amour artisanal du travail exactement fait qui ne négligeait aucun aspect de la production d’un livre ; mais aussi une idée de l’atelier fraternel où les unes et les autres apporteraient le produit de travaux qui, en venant s’entrelacer, se transformeraient en autre chose : une richesse commune d’expériences, de connaissances et de regards, le sentiment d’une capacité partagée de construire un monde différent de celui que nos maîtres et leurs laquais intellectuels nous présentent comme la seule et incontournable réalité.
Offrir d’autres cartographies de ce qui est visible, de ce qui a lieu et compte dans notre monde, c‘est le souci qui a lui a fait réunir tant d’auteurs et d’autrices aux intérêts, aux idées et aux sensibilités si différents qu’il a tous également respectés sans jamais chercher à les unifier en une ligne commune. Parce que ce grand éditeur était avant tout un homme libre qui ne pouvait respirer que dans l’atmosphère de la liberté.
Est-ce la raréfaction de cette atmosphère qui, à côté de la maladie, assombrit ses derniers jours ? Jamais les causes pour lesquelles il s’est battu n’ont été aussi railleusement bafouées en théorie, aussi allégrement piétinées en pratique que dans notre présent. Longtemps il vit dans l’ignominie même des pouvoirs qui nous gouvernent une raison d’espérer la révolution proche. Ce monde, pensait-il, est si décrépit que le moindre coup reçu, ici ou là, ne peut que provoquer son effondrement. C’est la logique, peut-être un peu trop courte, des bons artisans et des fils des Lumières. Ils croient que la pourriture fait crouler les édifices. Malheureusement elle est bien plutôt la glu qui fait tenir un monde. Et c’est un très long et patient travail de nettoyage que cette glu impose à celles et ceux qui ont d’abord besoin de créer un air plus respirable et plus propice à la préparation d’autres lendemains. C’est, en tout cas, une tâche pour laquelle son inflexible résistance à toute bassesse servira longtemps d’exemple.
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nefa
Invité« j’ai mon idée »
regarder jouer avec l’auto-discrédit me fascine
comme sous les chapiteaux
mais là, chacun estime si l’acrobate tombe ou pas
c’est le truc en plus
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PeggySlam
Invité@tarrou merci infiniment pour la découverte de cette interview et de cette auteure qui est juste passionnante ! J’espère un jour en faire un entretien avec elle
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Dr Xavier
InvitéSi ça vous intéresse elle est « directrice de publication » du site « Le genre & l’écran ».
J’ai lu plusieurs de ses articles et j’ai trouvé ça plutôt creux. Par exemple, son article sur Memory est nul :
https://www.genre-ecran.net/?Memory-
cornemuse
Invitéhttps://www.genre-ecran.net/?La-Prisonniere-de-Bordeaux
Si on lit leurs critiques de La Prisonnière de Bordeaux, on peut tomber sur ce passage:
« Ajoutons que la participation de François Bégaudeau au scénario de ce film rend largement dérisoires les velléités féministes du film. J’avais naguère épinglé son arrogance à propos d’un de ses textes intitulé « Les rêveries du cinéphile féministe » paru en juin 2017 dans la revue Transfuge, où il témoignait de son ignorance crasse dans le domaine du féminisme tout en faisant la leçon aux féministes, comportement typique d’une certaine « extrême-gauche » française. Depuis il a confirmé son arrogance machiste en postant en 2020 sur son site un commentaire grossièrement insultant pour l’historienne Ludivine Bantigny. Poursuivi en diffamation, il a été relaxé par le tribunal correctionnel de Paris, qui estimait pourtant qu’il avait tenu à l’encontre de l’historienne Ludivine Bantigny des propos « indéniablement empreints de sexisme. » On peut légitimement s’interroger sur ce jugement de Salomon… Une fois de plus en France, le sexisme, contrairement au racisme, n’est pas considéré comme un délit. »
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cornemuse
InvitéQue pensez-vous du podcast « Les couilles sur la table » en général ? Personnellement, j’ai seulement écouté leur débat catastrophique avec Finkielkraut et une autre intervenante sur France Culture.
De loin, cela semble être du féminisme libéral, mais on ne sait jamais.-
L’inconnu
InvitéIl était animé par Victoire Tuaillon que tu pourras croiser parfois avec Nicolas Framont qui est pas très porté féminisme libéral il me semble. Mais on n’y entendra certes pas FB sur son livre.
La qualité va dépendre de l’invité qui déroule son truc. Récemment je recommande bcp l’épisode En bande désorganisée avec Marwan Mohammed et celui sur Grindr. -
Titouan R
InvitéCornemuse, le « débat » sur France Culture n’était pas un épisode du podcast, mais seulement son animatrice qui allait dans l’émission de Finkielkraut (qu’il anime depuis un bon siècle là-bas), pour se retrouver à deux contre une (car l’autre invitée était également contre elle). Mon écoute de l’émission remonte à loin, mais même si le propos de Victoire Tuaillon n’était pas révolutionnaire, j’en retiens une sorte d’appel à la joie, une désinvolture qu’elle affichait là où les deux autres pataugeaient dans leurs cris d’orfraie habituels… Rien que pour ça, je la remercie.
….
Par ailleurs, son podcast (qu’elle n’est désormais plus seule à animer) est très intéressant et est effectivement fonction du thème et de l’invité-e. On recommandera les quelques épisodes suivants : sur Grindr ; sur les Séducteurs professionnels en Amérique du Sud ; les masculinités juives ; les imposteurs de Tinder (avec Sonia Kronlund, des Pieds sur terre) ; l’interview de Neige Sinno ; sur le bouquin « Le genre du capital » ; Maïa Mazaurette (elle, définitivement une féministe libérale, mais que j’ai trouvé très intéressante sur le terrain de l’érotisation des hommes) ; ….
Le série parallèle Le Cœur sur la table est pas mal non plus, tout comme le podcast sur l’inceste (20.000 lieues sous ma chair).
….
Fondamentalement, le reproche qui peut être fait à l’émission est, à mon sens, le fait que Victoire Tuaillon attache beaucoup d’importance quant à la recherche de la bonne synthèse intellectuelle. On sent le goût intersectionnel de mettre en valeur des bouquins qui nouent, dans un même mouvement explicatif, patriarcat et capitalisme (et éventuellement domination coloniale). En gros, une théorie globale de la domination.
Le problème, c’est que la synthèse parfaite fera toujours défaut : comme Lordon le disait dans Figures du communisme (et François au début de Comme une mule), c’est que les diverses formes de domination ne se recoupent que partiellement – chacune a son autonomie et les lier dans une seule théorie a pour conséquence de ne pas voir les rapports dialectiques entre celles-ci (où comment une forme de domination a permis une relative émancipation dans un autre domaine – l’exemple donné par Nikolski est assez parlant : dans le même temps que le capitalisme industriel a bousillé la nature et les corps des travailleurs et travailleuses, il a créé les conditions d’une relative émancipation des femmes par rapport à leurs aliénations domestiques – tous ces efforts et ce temps gagnés grâce à la providentielle-odieuse technologie des machines livrées par le marché)-
cornemuse
Invité@Titouan R @L’inconnu merci pour les réponses, je vais allez écouter les épisodes conseillé pour me faire une meilleur idée
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L’inconnu
InvitéL’épisode « Sortir de la justice punitive » avec Elsa Deck Marsault qui peut faire écho au livre de FB est à écouter aussi, à défaut de lire le livre (que j’ai pas lu).
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François Bégaudeau
Maître des clésIl faudrait alors demander pourquoi. Pourquoi cette volonté de synthèse?
J’y vois entre autres un désir de UN.-
cornemuse
InvitéPeux-tu développer ?
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François Bégaudeau
Maître des clésTrouver l’explication unique du monde est une pulsion très répandue. Qui a à voir avec la pulsion d’ordre, la panique devant le multiple
Dans Notre joie j’identifiais cette passion du UN comme l’affect-socle de l’extreme droite. A méditer.-
nefa
Invitésous l’impulsion de mon pousse, à n’en plus finir, la pièce tourne
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nefa
Invitéça aurait dû être pouce
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Ema
InvitéTrès bonne critique des petits « défauts » de cette émission que je suis par ailleurs avec beaucoup de plaisir. Oui l’esprit de synthèse est décidément un fléau, même à gauche. Je ne peux d’ailleurs m’empecher d’y voir une forme de mimétisme probablement inconscient d’une certaine pensée droitière et conspi, très adepte du « tout s’explique », où dans un même elan réthorique seront liées décadence des elites occidentale, feminisme, chute du cours de la bourse a Wall Street et extinction des lamantins. J’y vois aussi un réflexe très scolaire, évidemment. Sorte d’obsession malsaine pour les connecteurs logiques, qui empêche comme tu le soulèves tres justement la pratique dialectique.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe n’avais pas vu ton post, Ema. Il déplie parfaitement l’idée que j’ai trop vite résumée (synthétisée?) dans le post au dessus.
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Ema
InvitéCeci étant dit, cette dérive ideelle me semble avoir tout simplement beaucoup à voir avec la pratique du discours militant : combattre quelque chose, plutôt que des choses. Du temps ou je trainais les guêtres à LO, cette obsession à toujours retomber sur ses pattes anticapitalistes quelque-soit le sujet ne manquait pas de m’amuser, c’était assez redoutable car jamais complètement erroné évidemment, mais parfois terriblement simplificateur.
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Titouan R
InvitéEn fait, tout dépend des accomodements de chacun-e avec une explication « en gros » ou « dans le détail » : l’explication en gros permet de mettre les grosses pattes d’un système explicatif sur tout ; le détail sacrifie à la cohérence globale pour saisir les contradictions, la dialectique irréductible de la vie.
Certain-es gauchistes un peu sectaires (dont LO serait un bel exemple – orthodoxie quasi militaire) devraient méditer cet abandon d’une pensée dialectique-
Ludovic
InvitéDe regarder le tableau à la microloupe permet surtout d’égrener sa lâcheté « c plus compliqué que ça »
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François Bégaudeau
Maître des clésVoilà bien une phrase qui signe la haine de Ludovic, et de son camp en général, pour l’art.
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Ludovic
InvitéIl n’y a pas d’art gauchiste. Il n’y a d’art qu’affirmatif
Faire des bouses contre la famille le patriarcat l’homme blanc, en réponse à, j’dirais même en réaction à, à la nature finalement, c’est pas de l’art
C’est une micro-bulle parisianiste, londonienne, new yorkaise-
François Bégaudeau
Maître des clés« Faire des bouses contre la famille le patriarcat l’homme blanc, en réponse à, j’dirais même en réaction à, à la nature finalement, c’est pas de l’art »
Ca tombe bien, personne n’a fait ça
ET si tu lisais Comme une mule, tu saurais qu’à au moment il n’est dit que l’art est gauchiste, mais qu’il est fondamentalement anarchiste.
En quoi? Tu n’auras pas la curiosité de le découvrir. -
Ludovic
InvitéJ’lai pris en format elec
J’ten dirais ce que j’en ai pensé
Ce sera pas demain.
J’suis du genre 10 pages par jour
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François Bégaudeau
Maître des clésA leur décharge il y aurait ceci : un militant révolutionnaire veut prendre le pouvoir et l’exercer. Il doit donc avoir une vue d’ensemble cohérente pour administrer les choses – du moins c’est ce qu’il croit.
Il est parfois bon que la pensée ne se déconnecte pas de l’agir. Et parfois bon qu’elle ait son autonomie par rapport à l’agir.-
Tristan
InvitéJe tiens de Bergounioux une phrase d’Alexander Bain : la pensée est un geste retenu, une parole ravalée.
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François Bégaudeau
Maître des clésCe qui ne serait pas si loin de ce que j’appelle le froid de la pensée.
Pas de pensée sans la vie, mais la pensée ne saurait être à chaud.-
silex
InvitéTwitter est donc peut-être en soi, dans son dispositif, un lieu de non-pensée.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe le crois.
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PeggySlam
InvitéAutant j’ai bien aimé l’émission Les Couilles sur la table avec Geneviève Sellier autant déjà l’introduction de son livre, Le culte de l’auteur, me met déjà en désaccord avec elle. Où elle dit que seule la femme est choisie pour être désirable ou sexuelle dans les films alors que je suis désolée mais les mecs aussi. Je continue la lecture de son livre et si je l’invite je sens que je vais m’amuser avec elle car elle fait la même erreur je trouve de ce qu’elle veut dénoncer …
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Ema
Invité« Où elle dit que seule la femme est choisie pour être désirable ou sexuelle dans les films alors que je suis désolée mais les mecs aussi »
Les oeuvres de fiction ont jusqu’ici été réalisées en grande majorité par des hommes, en majorité hetero. Qu’il règne donc dans ces oeuvres une érotisation quasi exclusive du corps féminin est à la fois indéniable et absolument pas répréhensible en soi. Mais par effet cumulatif, ces représentations érotiques ont fini par saturer l’espace artistique en général, et sont devenues hégémoniques, ce qui est bien dommageable. Ce n’est pas un problème de cinéma d’auteur, c’est un problème d’hégémonie masculine qui concerne historiquement tous les espaces artistiques, entre autre le cinéma d’auteur. A mesure que la place occupée par les femmes dans l’art grandit, cette hégémonie se corrige et c’est heureux. Combat d’arrière-garde en effet, surtout si on considère que c’est aujourd’hui précisément le cinéma d’auteur qui ouvre le mieux la voie à des représentations plus diversifiées, et met le plus de femmes talentueuses derrière la caméra.-
PeggySlam
InvitéPas vraiment d’accord et si elle en accepte le débat, j’essaierai de lui prouver aussi que le corps masculin aussi peut être pris comme objet désirable, sexuel. J’ai quelques idées en tête de films faut pas voir les choses que dans un sens. En revanche je suis d’accord que dans le milieu du travail la femme réalisatrice c’est depuis peu qu’elle est reconnue et y a encore beaucoup de chemins a faire là dessus
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Ema
Invité@ Peggy
Je n’ai pas affirmé que dans le cinéma le corps masculin n’est jamais erotisé. A noter quand même que lorsque c’est le cas d’un film réalisé par un homme, il n’est pas rare que le réalisateur soit homo. Mais passons. Ce que je tentais de souligner c’est qu’étant donné la simple donnée statistique évidente du pourcentage d’hommes et de femmes dans la demographie des réalisateurs, les représentations du corps féminin erotisé sont nécessairement dominantes dans l’histoire du cinéma, et dans l’histoire de l’art en général d’ailleurs. Je tenais essentiellement à en conclure que le fameux male gaze tient plus à une donnée quantitative que qualitative.
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PeggySlam
InvitéUne raison pour laquelle j’ai toujours peur de me lancer dans une lecture d’un(e) auteur(e) qui m’est inconnu c’est de voir à quel point un livre peut être comme un coup de poignard quand on en entend parler par d’autres et que visiblement ce livre raconte beaucoup beaucoup de bêtises (François l’ami Samir m’en a parlé) et je me sens sacrément insulter car d’un ça n’apporte rien de positif pour un combat important qui est le féminisme et de deux, c’est insulté le lecteur qui crois à ses idées. Je compte garder l’entretien avec l’auteur et je verrai ce qu’elle m’en dira. Et si je sens que c’est seulement un tissu de mensonge je compte bien lui en toucher quelques mots. Mais une question que je me pose. La Fabrique lit elle vraiment les livres de ses auteurs et vérifie t elle les propos dans leurs livres ? Car pour l’instant ce que j’entends sur ce livre c’est de la spécialisation visiblement. François si tu as quelque à y répondre surtout n’hésite pas. Merci
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Tony
InvitéDirect à venir avec G Sellier
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Renaud Bigorre
InvitéMerci pour le partage d’info !
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Tony
InvitéSamir s’est bien battu mais il manquait de munitions,contre une spécialiste de la domination masculine il faut faire des concessions,on ne peut pas prétendre que les cinéastes de la nouvelle vague étaient féministes c’est intenable,par contre ça m’aurait intéressé de savoir pourquoi le cinéma est, pour Sellier,une production culturelle plutôt qu’un art,on devine que ça permet d’écarter l’artiste et d’annihiler l’auteur.Sur la notion d’auteur, Samir s’est un peu fourvoyé avec Henri Decoin, il aurait pu citer Renoir,Clouzot ou d’autres,il s’est enferré dans une drôle d’histoire avec la patte Decoin(et pas de coing)!
Sinon elle pas l’air commode Sellier,moi je vote pour un débat avec François sur la chaîne de Peggy!!-
Robert Legrand
InvitéAu contraire, prendre comme exemple Henri Decoin, le summum du « cinéma de papa », était selon moi une manière d’utiliser, pour Samir, les arguments qu’elle emploie contre la politique des auteurs et la Nouvelle Vague. En revanche, je suis persuadé que 45 minutes ne suffisent pas pour ce type de débat, et que c’est peut-être pour cette raison que la conversation laisse un goût d’inachevé. Samir est à l’aise quand il a le temps nécessaire pour poser le décor. Ce soir, nous avons assisté à un teaser.
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Renaud Bigorre
InvitéSur le format, il manquait du temps oui, notamment un préambule pour préciser ce qu’on appelle la politique des auteurs, s’accorder sur une définition, sa genèse, ses prolongements (sans quoi j’étais paumé pour ma part).
Et aussi, Geneviève Sellier s’appuie sur des éléments d’un des ses précédents ouvrages pour étayer sa thèse (cf. passage à propos de Brigitte Bardot dans l’échange avec Samir hier). En parcourant sa bibliographie, il pourrait s’agir de celui-ci : « La Nouvelle Vague, un cinéma au masculin singulier ». L’ouvrage est accessible gratuitement en ligne à cette adresse : https://books.openedition.org/editionscnrs/2683?lang=fr-
PeggySlam
InvitéC’est prévu dans mes questions. toujours partir des questions les plus simples pour ensuite lancer le débat et chez moi y aura pas de temps limité 😉
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PeggySlam
Invité@Tony je dois l’inviter d’abord en solo car je n’aime finalement pas vraiment son livre. j’en ai discuté avec un autre que Samir et on se rejoignait pas mal. beaucoup d’erreur dans son livre et elle a l’air d’aimer les films révisionnistes. François est plutôt partant pour le débat avec Sellier à moi d’organiser ça. encore merci à tous pour votre suivi de ma chaîne qui me touche encore et toujours !
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François Bégaudeau
Maître des clésEt je t’ai dit, Peggy, qu’elle n’accepterait pas de débattre avec moi.
Elle ne supporte pas les gens nés à Luçon
Mais ça se tente.-
PeggySlam
InvitéOui oui je sais que tu m’as dis ça mais je vais tenter quand même et je verrai bien
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lison
Invité@ Peggy, si elle n’accepte pas de débattre avec François, propose lui Muriel Joudet.
Samir est resté bien calme devant tant d’approximations, généralisations, confusions. Et j’aime bien comment il pose sa dernière question sur les motivations des éditeurs.
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Ym
InvitéD’ailleurs je suis tombé sur des articles où elle avait écrit sur toi, notamment ton rapport entre féminisme et art. Tu étais au courant ?
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François Bégaudeau
Maître des clésOui. Elle s’arrête notamment sur « Reveries d’un cinéphile féministe », qu’elle déjuge d’emblée pour protéger son pré carré.
J’évoque cet épisode dans Comme une mule – festival du film des femmes de Créteil, en 2016, où je sentis bien vite que de toute façon je ne serais pas audible
Et c’est bien pourquoi, ni il y a dix ans ni aujourd’hui, elle n’accepterait un débat avec moi-
PeggySlam
InvitéOk je comprends mieux François. J’ai pas encore fini Comme Une Mule mais dès que c’est le cas je te capte et on pose une date en fonction de tes disponibilités. Tu sais en lisant sa conclusion elle fait surtout deux conflits sur une même classe sociale. Entre le féminisme bourgeois et le cinéma bourgeois dont je trouve du coup son livre assez insupportable au finale et pas du tout en la faveur du combat féministe. Je lui en dirais quelques mots
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Titouan R
InvitéFrançois (ou une autre âme charitable), pourrais-tu m’envoyer « Rêveries d’un cinéphile féministe » – je l’ai paumé entre deux ordis ?
titouan.rm@outlook.fr-
Renaud Bigorre
InvitéVoici pour les rêveries : we.tl/t-N2RSO4SzHL
Et voici pour le billet sur « le genre & l’écran » : http://www.genre-ecran.net/?Reponse-a-Francois-Begaudeau -
Titouan R
Invitémerci
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François Bégaudeau
Maître des clésUne réponse très précise et argumentée, comme on voit.
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Eden Lazaridis
InvitéJe viens de voir l’entretien avec Samir, je suis effaré par la médiocrité et l’agressivité de cette femme. Je ne connaissais pas, et je m’en portais très bien. Je ne lirai évidemment pas son livre. Faut pas déconner non plus.
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Leny
InvitéElle est hyper aigrie elle donne pas du tout envie de lire son livre
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Olivier
InvitéSur ce sujet et d’autres approchants, je serais bien plus curieux d’écouter une discussion entre François et Lucille Commeaux, Victoire Tuaillon, Marie Sauvion, l’équipe de Réalisé dans trucage, de Sortie de secours, Hélène Frappat, Adrien Denouette, Jean-Christophe Meurisse ou bien sûr Samir et Peggy qu’avec Geneviève Selllier.
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Lux
InvitéLe problème de ceux qui critiquent vivement l’auteurisme et l’autorité artistique (ce qui est légitime et s’entend très clairement), en lien avec les cultural studies ou les gender studies, c’est qu’ils deviennent rapidement agressifs dès qu’il s’agit de parler de la Nouvelle Vague, de la politique des auteurs, des Cahiers du cinéma, etc.
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François Bégaudeau
Maître des clés…Et, comme tous les énervés, piétinent allègrement les faits
Ou les occulte
Occulte par exemple le cas Rivette, figure de la Nouvelle vague, peut etre le cinéaste le plus féministe de l’histoire de France depuis Clovis
Occulte le passage radical de Godard dans le collectif en 68 – pour évoquer la figure de l’auteur, comme nul autre ne l’a fait.
Occulte Une femme mariée, de Godard, en 63
Occulte toutes les héroines, actives et « sujets », mises en scène par Rohmer une fois qu’il eut soldé et liquidé le point de vue romantique-masculin dans ses Contes moraux. Voir par exemple comment le risible dandysme romantique de l’artiste-narrateur de La Collectionneuse vient se casser les dents sur la puissance de Haydée.
Occulte, occulte, occulte
Encore une qui veut avoir raison d’avoir tort.-
Tony
InvitéTu vas avoir du mal à la convaincre,j’ai regardé un peu son bouquin sur la nouvelle vague et sur Rivette ce qu’elle dit de son premier film:
Le film, qui se présente comme politique (on y discute en pleine guerre froide d’un complot international pour asservir les consciences), est un récit dans lequel des hommes remarquables (artistes d’avant-garde et opposants politiques) se débattent tragiquement, cependant que deux femmes, l’une parce qu’elle ne comprend rien, l’autre parce qu’elle en sait trop, vont les détruire au lieu de les aider. Des scènes récurrentes soulignent le caractère sadique de la relation entre Terry et Gérard : elle l’accable de son ironie, alors qu’il essaie désespérément d’accoucher de son œuvre au milieu des pires difficultés. Gianni Esposito est un héros romantique typique : homme doux, beau ténébreux, avec son costume trois pièces en velours côtelé, il figure l’artiste bohême habité par sa création et qui sera finalement vaincu par un monde impitoyable. Mais la dureté du monde est fortement médiatisée, sinon incarnée, par les deux femmes : Terry et ses sarcasmes ; Terry qui fait disparaître l’enregistrement du fameux morceau de guitare créé par Juan pour le spectacle de Gérard ; Terry et ses relations malsaines avec les hommes de pouvoir (on comprend que c’est à sa demande et pour lui plaire que le financier Degeorge commandite la pièce de Gérard pour mieux l’écraser ensuite). Et c’est Anne qui donnera le coup de grâce, sans s’en rendre compte d’ailleurs, ce qui ajoute encore au désiroire du personnage. Dans la plus pure tradition romantique (voir chap. VI), Rivette a construit ses personnages féminins comme la fatalité qui s’abat sur l’artiste pour l’empêcher de créer et finalement l’anéantir. Elles-mêmes bien sûr sont incapables de créer et n’ont d’autres soucis dans la vie que de tomber amoureuses ou de piéger les hommes dans les rets de leur amour. L’affirmation de la suprématie de l’art sur la politique (le seul rebelle vraiment dangereux est l’artiste) s’accompagne d’une représentation mortifère des relations amoureuses.
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lison
InvitéMerci pour ces rappels.
Et Geneviève Sellier ça ne l’a pas un peu perturbé que Judith Godrèche cite « Céline et Julie vont en bateau » dans son discours des Césars? Qu’est ce qu’elle en a pensé ? Elle s’est dit elle est encore dominée, sous emprise, et ne peut se départir de ses références toxiques?
Si tu rencontres Geneviève Sellier, toi, ou Peggy, n’hésitez pas à lui transmettre cette question .
Associer le mot « cheptel » à Rohmer , ça m’a bien agacé, lui qui a certes fait jouer un grand nombre de femmes ( comédiennes pro ou non) et leur a donner de si beaux rôles, et a aussi retravailler avec certaines d’entre elles ( Arielle Dombasle, Marie Rivière, Béatrice Romans, d’autres encore). A t-elle dans son travail pris la peine de rencontrer ces femmes, de s’adresser aux personnes concernées , de se renseigner sur ce qu’avait été pour elles l’expérience de ces tournages, de cette rencontre ?-
François Bégaudeau
Maître des clésNotons que Rivette, bien avant Céline et Julie, avait fait émerger de grands personnages féminins, ne serait ce que dans l’Amour fou (68) et la Religieuse (66). Ensuite ça ne cessera plus.
Notons aussi que c’est Hélène Frappat qui a écrit le discours de Judith Godrèche. Hélène Frappat, grande féministe (voir ses entretiens passionnants sur le Gaslight) et grande rivettienne. So?-
lison
InvitéOui je sais. Et c’est justement mettre Geneviève Sellier devant cette histoire là qui m’intéresserait, de voir comment elle réagit, ce qu’elle peut en dire, comment elle s’en sort . Si Godreche / Frappat cite Rivette, est ce que ça contredit pas un peu beaucoup tout son discours sur la continuité entre représentations des femmes par la Nouvelle vague et violences sexuelles vécues par Judith Godrèche ? Seraient elles aveugles alors qu’elle verrait ( alors qu’elle occulte tant de choses comme tu l’as dit).
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François Bégaudeau
Maître des clésc’est bien ce que je signifiais
mais quand on veut pas voir, on veut pas voir-
Olivier
InvitéComment débattre avec une personne qui ne veut pas voir et donc ne voit pas la même chose que nous ? C’était particulièrement visible hier soir quand Samir et Geneviève Sellier parlaient de la scène d’à bout de souffle.
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François Bégaudeau
Maître des clésJe crois que c’est en effet impossible.
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Tony
InvitéSans vouloir prendre sa défense je crois qu’elle utilise le mot cheptel pour signifier la toute puissance de l’artiste, peut-être aussi un écho à ce que disait Hitchcock des acteurs,du bétail il me semble.
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lison
InvitéNon , cheptel, quand on parle d’un homme et de femmes, ça n’a qu’un sens, sexuel, un troupeau dont on dispose.
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Tony
InvitéEt pourtant dans CUM il y a ce passage
‘C’est ainsi que se joue et rejoue le ballet bien connu entre le metteur en scène légitime et la comédienne en quête de légitimité-je te brutalise c’est donc que je m’intéresse à toi,que je t’ai élu parmi la troupe(…)’
Troupe,on n’est pas loin du troupeau ou du cheptel.-
Tony
InvitéD’ailleurs petite question pour François, puisqu’on s’offusque de l’emploi par Sellier du mot cheptel , pourquoi accoler au film J’accuse (que je n’ai jamais vu)le mot merde,en quoi était-ce nécessaire?Est-ce par justesse aussi?ou pour complaire à d’autres?
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François Bégaudeau
Maître des clésTony, l’heure tardive te rend confus
1 Lison n’a jamais nié que des hommes prennent les femmes comme du cheptel. Elle s’est irritée, comme Samir, que le mot soit utilisé pour Rohmer
2 troupe, c’est le mot usuel pour désigner un groupe de comédiens. Ton glissement de troupe à troupeau puis cheptel est digne d’une video du fou allié
3 le champ lexical de « merde » n’a rien à voir avec celui d « cheptel ». TU ne les rapproches qu’à l’aune de leur négativité.
A ce forçage je devine que ce qui te dérange, c’est un verdict aussi expéditif et prosaique sur un film que tu as l’air d’aimer. TU penses bien que je pourrais largement argumenter sur ce film – tu m’as déjà vu faire, je crois- mais dans ce passage ce n’est pas le lieu, à ce moment je dois expédier ce point parce que je suis en train de démontrer autre chose : qu’en général les anathèmes sur les artistes ne concernent pas leurs oeuvres.-
François Bégaudeau
Maître des clésMais pour te mettre à l’aise je ne trouve pas que Dreyfus soit exactement une merde. C’est juste nul. Nul, en tout cas, sur l’affaire que c’est censé traiter. La paranoia de Polanski le rend souvent bête.
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Tony
InvitéCe que je voulais dire sur Sellier et le cheptel:
Je crois qu’il s’agit d’une ruse qui lui permet de ramasser en un mot ce que tu dis en quelques lignes et en l’associant à Rohmer elle sait que tous les cinéphiles vont brandir un totem d’immunité et elle démontre ainsi que la situation structurelle n’est pas questionnée.
Pour Dreyfus je l’ai pas vu. -
François Bégaudeau
Maître des clésLes cinéphiles ne brandissent pas un totem d’immunité, et à propos de personne. S’il y a des prédateurs parmi les cinéastes, qu’ils soient jugés. Jugés pour des faits de prédation
En l’occurrence Samir fait observer qu’il n’y a jamais eu le début d’une esquisse de rumeur de prédation concernant Rohmer. En 50 ans de cinéma.
ET Lison et moi faisons remarquer que Rohmer a produit à l’écran un nombre incalculable d’héroines charismatiques.
Dire ces faits n’est pas nier le problème structurel du cinéma – qu’identifie très mal Sellier, plus prompte à régler ses comptes qu’à penser. -
François Bégaudeau
Maître des clésEt troupe-troupeau-cheptel on mettra donc ça sur le compte du samedi soir.
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Tony
InvitéPour un prédateur sexuel la troupe devient un troupeau ou un cheptel où sa proie est déshumanisée, c’est plus clair comme ça.
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lison
InvitéJe ne crois pas qu’associer des mots dévalorisants à un réalisateur, ou sous entendre des violences sexistes et sexuelles -alors que rien n’a jamais été évoqué le concernant – serve quoi que soit et permette de questionner la structure.
Ca sert la confusion, ça sert des rumeurs merdeuses ; il me semble qu’il y a assez de faits réels , constatés, mis en cause, jugés, et qu’on peut se passer d’en sous entendre ou inventer.
Mais bien sûr comme elle est complètement sous le charme et entravée par sa propre théorie, elle crée des liens de causalité entre des faits sans rapport. -
François Bégaudeau
Maître des clésLe plus savoureux, c’est son propos sur l’industrie du cinéma américain. Bon là y avait pas d’auteur et…. y’avait des grosses violences sexuelles… mais au moins d’était clair. Alors qu’avec les auteurs ca se voit moins.
Conclusion logique : vive les viols systémiques mais au grand jour dans l’industrie -
PeggySlam
InvitéAlors que comme on disait hier avec les amis y en a dans tous les milieux, ce n’est pas l’industrie qui a inventé ça ….
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Eden Lazaridis
InvitéToute puissance de l’artiste qu’elle conteste au début de l’entretien puisqu’elle dit que la notion d’auteur n’a aucun sens car le cinéma serait l’addition du travail de tous les techniciens (comme s’ils n’obéissaient pas aux ordres du metteur en scène).
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Iza
InvitéRien à voir (pas totalement), vous en pensez quoi de ce qui est dit ici https://laviedesidees.fr/L-auteur-de-cinema-une-construction-masculine-6087
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François Bégaudeau
Maître des clésbeaucoup d’informations ici, mais peu de pensée
la preuve: une conclusion qui est très exactement la réplique de l’introduction
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Elle écrit
InvitéQue cette femme soit appelée à témoigner, ça me déprime.
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