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Accueil Forums Forum général Fin et signification de « La blessure la vraie »

  • Ce sujet contient 52 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Tristan, le il y a 1 année et 7 mois.
Vous lisez 18 fils de discussion
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    Messages
    • #17272 Répondre
      Tipaul
      Invité

      Bonjour à toutes et à tous,

      Traversant une période de désintérêt général pour à peu près tout, associée à une lourde baisse de motivation, je dois dire que les romans comme les essaies de François Bégaudeau que j’ai put lire ont ranimé en moi un plaisir certain et une curiosité jusqu’ici abandonnée.
      Je me retrouve presque systématiquement dans des parties de ses écrits (même si parfois cela n’est pas sans éprouver une certaine douleur). A part peut être pendant la lecture de « L’amour » bien qu’il soit mon préféré pour l’instant.

      Mais si je poste ce message aujourd’hui – en vous priant de m’excuser pour les fautes d’orthographe et au cas où je ne posterais pas dans la bonne rubrique – c’est parce que la lecture de « La blessure la vraie », bien que très agréable par de nombreux côtés, m’a plongé dans une profonde perplexité.

      Je suis capable d’apprécier certaine poésie sans chercher à rationnaliser ce qui n’est pas fait pour l’être. Mais dans ce roman je n’ai pas réussit à déterminer ou plutôt à ressentir s’il s’agissait par moment d’éléments de poésie, de registre absurde, ou s’ils y avaient une signification à lire entre les lignes. Je m’explique. Et d’abord je vous informe que j’ai tendance à désespérément chercher à créer du sens que parfois j’imagine caché quand la compréhension me fait défaut ou que mon ressentie et confus.

      Je beug au sujet du médaillon de Tipaul, orné d’une photo de Francois dans sa quatrième année, qui passe de la bouche de Tipaul à la poche de François, avant d’atterrir dans la main du prêtre sans explication logique. S’ensuit la déclaration de Bruno Brian dans un contexte qui me semble onirique ( et par ailleurs décédé aux dernières nouvelles d’un accident de testicule) qui lui dit que pour que François se reconnaisse sur la photo du médaillon, il faudrait d’abord qu’il existe en tant que ce qu’il est.
      L’histoire récurrente de la même jeune femme qui se suicide mais toujours de manière différente à cause de la séparation avec son être aimée me fait penser à la noyade du cousin de François dont ce dernier était dans le déni et que l’on n’apprend qu’à la fin du roman. C’est comme si la mort et donc la séparation de son cousin qu’elle implique était refoulée et transformée en une invention de l’esprit sans cesse remodelée. Peut être peut on y voir un parallèle avec la condition d’orphelin de Tipaul qui dû faire face à la plus douloureuse des séparations; celle d’une mère et d’un père.
      Il est aussi mention de pilule qui donne la paix et le sommeil. Ce qui pour des raisons personnelles me font penser à un traitement anti psychotique.
      Le fusil ayant causé l’accident de Bruno n’a jamais existé. Le cadavre de Bruno disparait.
      Enfin ce Tony, le joueur plus que talentueux de babyfoot, est carrément omniscient sans quitter le recoin du bar de GAGA qui devient par la suite LULU.
      Pour finir à partir de la fin de l’été 86 le héros éprouve une hilarité constante quelles que soient les situations auxquelles il sera confrontées par la suite. Un peu comme si, à l’arrière du scooteur de Tipaul, vers la fin, éprouvant un amour presque pure et libérateur pour son chauffeur, il faisait un premier pas vers l’acceptation de sa propre personne qui serait Tipaul (décrit comme toujours souriant et en proie au rire) et non l’image de François qu’il se serait créé mentalement.
      Je ne peux m’empêcher de me demander si le narrateur François n’est autre que Tipaul qui vit dans un monde imaginaire, un peu comme Dicaprio dans Shutter Island de Martin Scorses.

      Et le fait que la toute fin du roman s’achève sur le début du même roman mais avec certaine modifications, puisque le narrateur est bloqué à cet été, ne contiendrait il pas des similitudes avec une sorte d’éternel retour de Nietzsche d’autant qu’il finit par accepter son été passé, dans la joie voir même l’exaltation et loin des regrets? Se pourrait aussi signifier que l’on reconstruit nos souvenirs et qu’ils sont par essence changeant ce qui supposerait que le narrateur serait moins bloqué à l’été 86 qu’à l’idée qu’il se fait de son passé.

      Voilà qu’en pensez vous? (surtout pour les dernières pages)

      Suite d’analogie? de métaphore?
      poésie?
      Absurde?
      Onirique?
      Divers interprétations possibles entre les lignes?
      Autres ?
      Ou bien simplement photo au plus proche du réel puisque il paraît que le réel est une sardine! 🙂 (qui glisse entre les mailles des filets quand on veut s’en saisir / « notre joie » )

      J’espère que vous serez indulgent avec ma tentative de compréhension issue, il faut bien l’avouer, de mon capital culturel maigrelet.
      En tout cas j’ai beaucoup apprécié ce livre, j’ai passé un bon moment, juste un peu frustré d’avoir l’impression de passer un peu à côté de beaucoup de choses.
      Au plaisir de profiter d’un peu de vos lumières à tous qu’elle qu’elles soient 🙂

    • #17273 Répondre
      amour
      Invité

      « J’espère que vous serez indulgent avec ma tentative de compréhension issue, il faut bien l’avouer, de mon capital culturel maigrelet. »

      Dommage, c’est bien écrit.

    • #17341 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Je n’ai pas envie de m’immiscer dans ta lecture, attentive et chercheuse
      Juste te dire que beaucoup d’éléments de ce roman, notamment dans son dernier tiers, cherchent à déstabiliser le lecteur, et à le secouer d’un certain nombre d’automatismes de lecture
      L’élément de la médaille joue avec le motif du secret, qu’en 2009 on retrouvait déjà dans des dizaines de romans contemporains. A partir du moment où il y avait autobiographie, il fallait qu’il y eût secret. Le roman était forcément d’apprentissage, le jeune apprenti découvrant forcément quelque chose sur lui. Ici le Nantais a l’air d’apprendre quelque chose avec cette histoire de médaillon, sauf qu’on ne sait pas. Au fond le Nantais n’apprendra qu’une chose, c’est qu’il n’y a rien à apprendre. C’est la grande asignifiance – et le rire qui la salue.
      Comme chantait Bill William : « Je me suis longtemps cherché / juste le temps de trouver /que la seule chose à trouver / c’est qu’il n’y a rien à chercher »
      IL est vrai que le médaillon est porté par Tipaul le demeuré. Peut-être que se découvre là une gémellité entre le Nantais et le demeuré. Mais finalement nous en revenons au même : tout le monde est fou. Le réel est fou. Le réel est aberrant. Et depuis trente ans à vrai dire je n’ai plus cessé d’en rire.

      « A vrai dire »?
      Le recommencement de la fin a sans doute a voir avec l’eternel retour. Mais cherche avant tout à destabiliser le pacte d’authenticité attaché à toute autobiographie. Le roman s’appelle La blessure la vraie, on n’y trouve pas de blessure (sauf au genou) et aucune vérité sûre. Rien ici ne peut s’attester. La preuve : la bar que j’appelais chez Gaga, je l’appelle maintenant chez Lulu. Est ce à dire qu’ici tout est fiction? Est ce que la blessure la vraie m’aurait menti?

      • #17385 Répondre
        Graindorge
        Invité

        Aberrant oui. Fou non. Le réel n’est pas fou. Il dépasse juste peut-être entendement. Des choses nous échappent.
        Beaucoup même. Sûrement
        Il n’y a rien à apprendre? Alors il y a à découvrir? Reconnaître?
        Casser la glace à coups de hache ou la faire fondre?

         » La grande insignifiance et le rire qui la salue » Bien bas alors le salut rieur ?
        Il n’y a rien à chercher? Alors retrouver?
        Et rire encore ? Je n’en ai plus pour longtemps. J’en profite Excusez l’intromission ab-errante

        • #17386 Répondre
          amour
          Invité

          Je reviens de la plage, c’était exquis. Et ayant rerevu hier Mektoub my love, film que j’adore (sans savoir que celui-ci était une adaptation d’un roman). C’est un tantinet compliqué la plage en septembre, ya pas mal de vol, il faut se faire garder les affaires par une bonne gueule de confiance car y a pas plus consignes.
          A écouter avec une Pietra, y a ça de bon chez les corses avec la myrte

          • #17387 Répondre
            amour
            Invité

            A propos de Mektoub my love, je voulais dire que je pense que les plans ont été tournés en septembre. Seule la lumière de septembre peut être aussi belle. Elle écrase pas, elle respire.

            • #17392 Répondre
              amour
              Invité

              Sinon le roman, je l’ai trouvé hyper dense. Tellement dense qu’il serait interessant de le relire.
              Sur l’adaptation, hier j’ai trouvé assez interessant que Amin, est quand même ressemblant à fb.
              Enfin, ce que j’ai pu en percevoir.
              Peut-être me trompe je.
              En tout cas, cher Tipaul, je t ai pas aidé.
              C’est vrai que le réel est fou, mais le réel n’est jamais pris. Jamais.
              Et c’est ça la grandeur du réel.

      • #17484 Répondre
        Tipaul
        Invité

        Merci pour cette réponse, c’est la première fois que l’auteur d’une de mes lectures m’explique en direct son travail. C’est très intéressant.
        Toutefois j’avais l’impression que le héro de ce roman apprenait des choses sur lui, sur son rapport avec les autres et notamment avec les filles qui l’obsèdent (même s’il semble plus obséder par le désir d’accomplir son « devoir d’homme » en couchant que par l’envie de découvrir la beauté de l’altérité féminine si je peux m’exprimer comme cela en faisant de la moitié de la population terrestre une généralité).

        J’ai toujours été dans le brouillard de mon existence et je tente de définir la réalité de ma place dans la société, la réalité de mon rapport à ma famille, à mes amis, à mes collègues, aux institutions. Pour moi cette réalité bien que subjective à un sens et une certaine réalité que l’on peut tenter d’approcher. Pour moi il y a une différence entre concevoir qu’il n’y a rien à apprendre et comprendre que plus on cherche à comprendre plus on comprend qu’on ne comprend rien. Ces deux aspects ne me semblent pas similaires sur les conséquences qu’elles peuvent avoir sur un individu. Je préfère de loin la deuxième.

        En tout cas, déstabilisation du lecteur magistralement bien réussis en ce qui me concerne. Et ca fait réfléchir. Mais bon c’est quand même très taquin! Je veux dire que l’on ne trouve pas LA blessure et qu’il n’y ait pas de sens dans le dernier tiers du récit (alors que pour moi il y en a dans les deux premiers tiers) si ce n’est que rien n’a de sens.
        Je ne savais pas que c’était une autobiographie, bien que je me doute qu’elle soit fictionnelle.

        Finalement le héro, face à l’absurdité du réel, face à ses questions adressées au grand vide, à personne, qui n’ont pour réponse qu’un silence trop lourd, choisit d’en rire. Mais il pourrait aussi se révolter face à cette absurdité. Ou apprendre à diriger ses questions.
        En fait qu’il finisse par en rire ca m’énerve, je ne sais pas pourquoi, et c’est probablement pour ca que j’écris tout ca.

    • #17487 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Précisément il s’agissait d’écrire un roman qui ait tous les atours d’une autobiographie, pour saper une par une toutes les bases de l’autobiographie. Et d’abord le pacte de vérité. Il est donc bien possible qu’ici tout soit fiction, comme le titre l’indique littérairement.

      On peut bien sur apprendre beaucoup dans une vie : sur soi, sur tout. Ce qui se dérobera toujours, c’est le sens fondamental de tout ça. Le rire du narrateur est métaphysique.
      En cela il n’est pas exactement de même nature que le rire de Ma cruauté, quoique les deux prétendent se répondre.

      • #17524 Répondre
        Tipaul
        Invité

        Ca tombe bien je voulais lire Ma cruauté en suivant.
        J’espère que j’y trouverais un peu de cruauté. Du coup j’en doute.
        Maintenant je suis curieux de lire cet autre rire (celui de Ma cruauté).
        Il me semblait que le héros s’intéressait plus aux belles courbes qu’aux questions métaphysiques durant le récit. Mais peut être que ces dernières finissent toujours par nous rattraper à un moment ou à un autre. Et c’est vrai qu’à cet âge on ne peut plus y échapper.
        Je le relirais bientôt, je suis d’accord avec Amour il est très dense.

        « C’est vrai que le réel est fou, mais le réel n’est jamais pris. Jamais.
        Et c’est ça la grandeur du réel. »

        Pas trop d’accord, quand j’écrivais des poèmes, qui valaient ce qu’ils valaient, j’avais l’impression d’attraper des petits bouts de réels. Enfin plutôt que de l’attraper, d’en retranscrire l’éclat, passer à travers mon prisme. « Le réel » des autres par contre, je le connais beaucoup moins bien. Au fond je crois que c’est cette méconnaissance du réel de l’Autre qui m’empêche d’écrire plus de dix lignes quand je veux m’essayer à écrire des nouvelles.

        • #17659 Répondre
          amour
          Invité

          Je pense que le réel s’impose à nous, donc difficilement capté. On peut en choper des bribes. Guère plus. Même dans les plus grand docs, et dans les plus grands chefs d’oeuvre. Et c’est tant mieux.

          • #17677 Répondre
            Tipaul
            Invité

            Mais qu’est ce que tu appelles réel?
            A mon avis il n’existe pas une réalité qui s’impose à chacun chacune. Et ce qui est réel à un moment pour une personne peut se voir remis en question par la suite. Par exemple je suis en ce moment dubitatif sur l’existence réel du temps (c’est quoi en fait?) alors qu’avant le temps était une réalité incontestable pour moi. Alors là le réel s’impose à moi ou c’est moi qui m’impose une nouvelle réalité?
            Penses tu qu’il existe une réalité absolue et qu’on peut en voir passer parfois des bribes pour reprendre tes mots? Et que dans ce cas certains discernent mieux le réel que d’autres?
            Si t’as un doc à conseillé je prend sur tout et n’importe quoi ca m’occupera. J’en ai vu un « paper and glue a JR project » sur le street artiste JR et sur la puissance de l’art, ca m’a plus retourné que bien des films. Quelque chose me dit que tu aimes les doc.

            • #17838 Répondre
              amour
              Invité

              Dans une autre vie, j’ai fait une école de photo car je pensais pouvoir choper l’instant. J’ai été longtemps bercé par cette volonté de capter le réel, l’instant T. Cette bribe ou ce temps microscopique comme dit Breillat. Je pensais que la seule possibilité de capter le réel était de mettre le vivant en pause. A cette période le doc me permettait de conforter cet élan, même si l’image m’a toujours gêné dans le réel. Aujourd’hui, je crois que le moyen le plus adapté au réel, c’est le son. Le son est plus juste que l’image dans le réel.
              Godard dit que le réel c’est la réalité de la réalité. Lacan dit que la réalité est presque la grimace du réel.
              Des docs que j’aime
              Chronique d’un été
              Sans soleil
              Les glaneurs et la glaneuse, pas revue depuis un bail
              Titucut Folies
              Le sang des bêtes
              Le livre d’ïmage
              Life
              Say Kom Sa
              Et tant d’autres

            • #17895 Répondre
              amour
              Invité

              Si tu reviens par là, il y a les les créations de Yann Paranthoën qui sont très intéressantes sur le son.

              • #17931 Répondre
                Tipaul
                Invité

                Salut Amour,
                Je crois comprendre que tu es à la poursuite du réel. Ca doit être épuisant 😉
                Comment tu fais pour les trouver ces docs? J’ai cherché un peu partout (que Yann Paranthoën pour l’instant) mais je trouve que des portraits ou des interviews. Tu les attrapes dans les médiathèques?

                • #17943 Répondre
                  amour
                  Invité

                  Je souhaite à tout le monde d’être dans le réel, c’est la moindre des choses si on veut vivre décemment. Aucunement épuisant, juste un reflex. Un reflex comme on respire. Puis mon travail me rappelle toujours à l’ordre. A l’ordre du réel.
                  J’ai pas mal de supports vidéo.
                  Je te laisse mon mail clairedelunedete@yahoo.com Tu peux m’écrire incognito, je t’enverrai quelques liens à l’occasion.

        • #17686 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Le narrateur n’est pas forcément portée sur des questions métaphysiques – quoique- mais la narration oui. Et un personnage bombardée dans le récit par la narration, nommé Brian (comme De Palma), ou Bruno (comme mon voisin)
          Brian administrera cette leçon au Nantais, renommé pingouin : tu prends le réel pour argent comptant, tu postules que ce qui est est. Mais est-on bien sûr que ce qui est est?

          • #17932 Répondre
            Tipaul
            Invité

            J’ai beaucoup aimé les logorrhées de Brian que je me représentais très bien comme personnage. Mais je n’avais pas compris qu’il était si essentiel au propos du livre ni qu’il ai pu donner un quelconque enseignement. Il faut décidemment que je le relise.

            • #17933 Répondre
              Tipaul
              Invité

              Et à ce moment là d’ailleurs je guetterai la narration qui traite de métaphysique.
              Il semblerait que j’ai aimé ton livre sans l’avoir compris…
              Je lis mais est ce que je lis ce que je lis

              • #17937 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                Il n’y a pas à « comprendre » ce livre, je te livre juste une ou deux clés sur des points précis. Ce que je dis de Brian-Bruno n’est qu’une paraphrase de son long monologue, où le EST est en capitales.

    • #18297 Répondre
      Fanny
      Invité

      Bonjour, Ravie de trouver cette discussion sur ce roman dont je viens de terminer la lecture. Ça me fait bizarre de lire qu’il n’y aurait pas de blessure dans ce roman. Avant que le récit n’entre résolument dans l’invraisemblable, et même dès les premières pages, j’étais tout à fait convaincue de lire le récit d’une blessure, même s’il n’est pas simple de formuler en quoi elle aurait consisté. Du moins, j’étais lancée sur cette piste de lecture, et j’avais l’impression de trouver des éléments pour l’étayer. Peut-être d’abord, cette envie et cette difficulté du narrateur de s’arracher à ce qu’il était, de s’arracher à l’enfance. Une forme de gêne qui le poursuit : on sent qu’il ne sent pas tout à fait à sa place, parmi les autres personnages qui semblent peu connaître la nuance et dont certains sont presque monstrueux d’aisance. Les petites piques contre lui ne manquent pas, « et en plus il est con ». Et on le voit, faute de répartie, se consoler intérieurement avec sa supériorité de marxiste tendance léniniste et ses 17,1 de moyenne en anglais. Bref, la blessure, je l’avais assimilée à la timidité du personnage et à sa maladresse associée. Evidemment, comme nous sommes dans un récit, au bout d’un moment, on aimerait voir une évolution. Je m’attendais à ce qu’il se fasse plaquer par la Fantômette, ou quelque chose du genre, ça aurait été assez crédible, quoique le surgissement dudit fantôme féminin ne l’était déjà pas tellement.
      La vraie/fausse blessure au genou, et l’arrivée catapultée du « metteur en scène », je les ai perçues comme un lâche abandon par l’auteur de son personnage (pardon!) et une forme de sabotage du récit. Et j’ai ressenti le même agacement dont a parlé le Tipaul d’ici. Mais peut-être que la blessure, la vraie, l’intérieure, celle que j’avais cru déceler, ne se prête justement pas au récit. Ce genre ne blessure ne fait pas d’histoire, et encore moins de film hollywoodien. Peut-être ne mène-t-elle à rien, qu’au vide, au néant, à l’impasse, à la béance.
      Sur la fin, avec son absurde élixir brun, le metteur en scène achève d’assassiner le personnage et, j’aurais envie de dire, la poésie aussi. Si la fiction nous parle de ce qui n’est pas et ne saurait être, précisément parce que c’est écrit et que cela se prétend vrai, la poésie touche, il me semble, à autre chose.
      Dans ma frustration, j’ai imaginé (mais mes yeux avaient déjà quitté le texte), que ce glissement du récit poétique de la blessure intérieure vers l’absurde film pas filmé pouvait traduire la propension du personnage à « se faire des films », comme le font les timides que nous sommes (peut-être?) tous. Se faire des films plutôt que vivre. Être un personnage de roman.

    • #18309 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      L’éventuelle « timidité » du personnage ne saurait tenir lieu de blessure. Ce n’est pas ça qu’on appelle une blessure. Que le blessurisme dominant, dont ce livre se moquait dès le titre, appelle une blessure
      Je ne comprends pas bien la deuxième moitié de ton post et ne saurais donc y répondre. Si ce n’estn peut-être, en signalant que dans le titre il y. a certes blessure, mais aussi vraie.

    • #18336 Répondre
      Fanny
      Invité

      Aïe. Je vois que je suis à côté de la plaque… J’aurais dû m’en douter, moi aussi je n’ai pas su quoi faire du rire final. Il me résiste. Jusqu’ici j’ai lu La Politesse, Jouer juste, Entre les murs et Vers la douceur (L’Amour ça va venir bientôt), et je sentais comme une connivence avec le narrateur, qui ici se dérobe brutalement. Ma cruauté, que vous évoquiez plus haut, a l’air toute indiquée contre le « blessurisme », je vais aller voir de ce côté.

    • #18337 Répondre
      Claire N
      Invité

      Ce que j’ai aimé dans la toute dernière ligne droite
      C’est l’impression d’envolée, chaque coup de phrase qui plane efficace – bon rythme – bon souffle – c’est ramassé comme un muscle
      Ça prends appuis dans le reel- c’est puissant

    • #18339 Répondre
      Claire N
      Invité

      Si blessure il y a c’est peut-être celle qui écorche, couche après couche le réel jusqu’au muscle
      Pour moi j’y vois une histoire d’ » empuissantement « ?

    • #47100 Répondre
      gaut
      Invité

      J’arrive un peu tard sur sujet clos depuis un an (deja !). Mais je viens de finir ma lecture. Je profite de cet espace pour creuser les quelques points qui me sont venus pendant la lecture du roman et de ce thread :

      * j’ai l’impression d’avoir lu un recit metaphysique. Le narrateur en est assez peu conscient mais il se trouve bringuebale entre deux poles extremes. D’une part il nous enumere la mort de ces voisins et de l’autre il nous explique a chaque page sa volonte d’accomplir ce qui en est le plus eloigne (le sexe etant la concretisation du desir, le desir etant pulsion de vie). Je crois qu’a un moment il dit d’ailleurs qu’il oscille entre les deux. Il dit a un autre que ca presse de vivre, il a meme compte ses jours restants sur terre.

      * je crois qu’il y a une blessure, une vraie blessure ; celle de n’etre pas Joe. A Joe tout est donne, tout est si facile. Le narrateur se met en scene au quotidien pour ne pas atteindre ce que ce type fait sans effort. Pourtant mieux cortique (la sociologie), il n’y arrive pas. Il ne sera jamais Joe. (c’est faux tout n’est pas donne a Joe, mais au moins ce que veut le narrateur, ce qui, de son point de vue, est tout)

      * Joe lui ne se met pas en scene, il n’explique rien. Comme son pote le realisateur. Tu crois que tu sais mais en fait t’en sais rien il n’y a que ce que tu fais et je peux pas t’expliquer comment faire autrement. L’art ca tombe du ciel et tant pis pour toi si tu comprends pas. (encore la blessure, la vraie)

      * L’imanence de Joe et de son pote realisateur est une solution pour echapper a cette torture qui nait lorsqu’on realise qu’on va mourrir et qu’il faut vivre. L’artiste vit. Il y a une autre solution, transcendante : la religion. Ca interesse le narrateur, on a quelque indice (il boit un verre avec le pere, il lit des trucs la dessus).

      * c’est le sang de Brian qu’il boit (certes de Palma mais pourquoi pas, aussi, « la vie de … »), le narrateur a fait son choix, quand il grandira il transcendera la vie par l’art, son experience la dans un livre (il changera les refs, gaga = lulu…).

      * Point subsidiaire : y’a un moment pas mal ou le narrateur dit a Francois (il le nomme une fois) d’a nouveau se detendre et, d’au dela de la blessure, de se souvenir aussi que les vacances fut des moments ou il eprouva de la joie, et que c’est important, limite fondamental.

      Au plaisir de vous voir reagir

      • #47109 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Métaphysique oui, bien sûr. Comme un cerveau de 15 ans – et ce n’est pas réducteur que de le dire comme ça. 15 ans n’est pas un commencement mais une fin. Tout est joué à 15 ans. On ne revient pas de 86. Sauf qu’à 15 tout est à vif, comme jamais plus ça ne le sera (après, tout s’amollit, tout se banalise). Donc oui la vie la mort le désir le sexe Dieu. Cette tempête dans mon crâne à 15 ans – le livre est autobiographique en cela et en cela seulement.
        Joe est exactement ce que tu dis. Je ne crois pas pour autant que ça crée une blessure chez le narrateur. Disons que Joe est l’indicateur a contrario de sa carence – la carence de tout un chacun.
        J’aime bien l’idée du sang de Brian avalé comme symbole du passage à l’art. Bon, ce n’est pas le sang de Brian, mais l’idée demeure. Brian c’est la fausseté du vrai, donc la vérité du faux, donc l’art.

        • #47218 Répondre
          Carton de Lait
          Invité

          « On ne revient pas de 86 »

          Le fan de Green day reconnait la ref.

          Même si en anglais, ou du moins dans la chanson ça ne se réfère pas à l’année mais plutot à l’expression « to be 86ed » soit se faire bannir d’un lieu.

          • #47244 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Eh bien tu me l’apprends
            Une nouvelle ligne dans la longue histoire de mes mécompréhensions fécondes des textes anglais.

            • #47303 Répondre
              Carton de Lait
              Invité

              C’est que la chanson est en référence au fait qu’après avoir été signé sur un major, le club punk 924 Gilman Street, là où GD a bati sa réputation à ses débuts, a « banni » le groupe. Je ne crois pas que c’était vraiment par purisme punk, simplement que le club voulait mettre en avant des artistes punks indépendants et donc GD aurait pris la place de groupes qui en avait plus besoin. Enfin je crois. GD y retournera finalement pour un spectacle en 2014.

              • #47304 Répondre
                Carton de Lait
                Invité

                Je met ce commentaire juste pour dire qu’à la relecture je me rend compte que ma première phrase est relativement incompréhensible.

    • #47212 Répondre
      gaut
      Invité

      Merci pour tes remarques. C’est marrant, j’ai l’impression que tu réponds aux questions / remarques sur tes livres à la fois comme l’auteur et une personne tierce, comme si tes livres sont aussi des médiums qui ne t’appartiennent plus et que toute interprétation sensée peut se tenir. Genre ils ont une vie autonome.

      • #47247 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Mais oui, tout à fait.
        Un écrivain est le premier lecteur de son livre. IL écrit une page, et voilà ça fait une page, cette chose objective, cette chose hors de soi, et alors il lui revient maintenant de l’évaluer cette page, de la jauger phrase par phrase. Voir ce qu’il y a à rectifier.
        Que dire alors de son rapport à ces pages 15 ans après les avoir écrites? La blessure la vraie est signé de moi mais je le le prends comme un objet hors de moi.
        Pour ces raisons, je me sens assez capable de juger calmement mes livres. J’en vois calmement les forces et les faiblesses. C’est une discussion que, de façon dépassionnée, j’ai avec moi même – parfois bien aidé par l’intercession de bons questionneurs, comme chez Espionnage industriel.

    • #47215 Répondre
      PeggySlam
      Invité

      Très intéressant ce post car je suis en train de le lire ce roman et comme dit à François que je préfère le livre à l’adaptation au film même si des fois c’est cru mais y a toujours l’humour pour me faire rire. Et c’est vrai pour déstabiliser le lecteur ça marche. En revanche tout se joue à 15 ans ? Je n’en suis pas sur. Peut être pour les gens précoces peut être (ce que vous semblez être quand j’ai lu Deux singes ou ma vie politique) mais pour ma part c’est seulement à 25 ans que ma vie a pris un véritable tournant et prise de position. Après nous n’avons pas tous les mêmes vies et nous vivons pas tous dans les mêmes milieux sociaux. En tout cas la mise en scène toujours efficace. Sans la description des lieux ni des personnages on peut donc se l’approprier comme on veut ce qui fait sans doute la force de vos romans François. Comme vous l’avez dit dans une interview *si on demandait aux gens de faire un portrait d’un personnage qui sont décrits par son auteur il n’y aurait jamais le même résultat ». Je suis totalement d’accord avec ça. En tout cas comme vos livre politiques ça secoue pas mal le lecteur et pour ça fait du bien. merci !

      • #47325 Répondre
        Delphine
        Invité

        Concernant l’âge, je crois qu’il faut se mettre dans la tête d’un adolescent de 15 ans, donc un garçon, qui ne va peut-être pas fonctionner comme une fille au même âge, ne va pas avoir les mêmes préoccupations, ou alors les vivre différemment. Dans « la blessure la vraie », l’adolescent a pour objectif de coucher avec une fille. Cela occupe tout son esprit, tout le reste passe au second plan (lire, regarder le tennis). Aujourd’hui, on dirait que c’est sa priorité. La différence avec les filles de son âge est illustrée par sa copine du même âge, Émilie, qui, elle, n’est pas prête (ce n’est donc pas une priorité pour elle). Effectivement, dans le livre, cette idée fixe est traitée avec beaucoup d’humour. La description de la vie rurale est également très drôle, même pour les événements dramatiques (avoir une crise cardiaque dans une mangeoire, avoir le crâne fendu par un grêlon, etc.).

        • #47370 Répondre
          PeggySlam
          Invité

          C’est vrai après réflexion c’est ce que je me suis dis c’est moi qui fait une erreur de lecture. J’ai oublié ce détail celui de l’adolescent garçon et y a pas longtemps j’étais en vacance dans les landes et je les voyais tous ces jeunes ados qui me faisaient rire car je repensais après à ce livre qui est finalement très juste dans la description des comportements des jeunes ados

    • #49323 Répondre
      Simon F
      Invité

      Peut-être aussi qu’une littérature qui a le souci du réel et de la vie les embrasse complètement, en ce inclus ce qu’ils ont d’insaisissable et ce qui nous en échappe. Le monde pose plus de questions qu’il n’en résoud, il y a des médaillons dont on ne percera jamais les secrets, et la littérature peut s’en faire l’écho. Mieux, elle peut le célébrer et rire du réel sans prétendre le déchiffrer entièrement, en rire et l’embrasser, avec joie. Pour cela, il faut qu’elle assume une part d’impuissance et ses propres limites, et que le romancier-démiurge s’efface au profit d’un autre projet, d’une autre démarche.

      • #49369 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        « Pour cela, il faut qu’elle assume une part d’impuissance et ses propres limites, et que le romancier-démiurge s’efface au profit d’un autre projet, d’une autre démarche. »
        Je prends
        J’appelle ça un transfert de puissance. Et il faudrait voir quelle puissance le cède à quelle autre.

    • #67309 Répondre
      Sabine
      Invité

      J étais perplexe sur la fin de « un enlèvement » mais alors là… la fin de « la blessure la vraie » c est carrément un autre niveau ! Suis même pas sure d avoir lu ce que je viens de lire ! Je vais dormir dessus et y revenir. Un peu comme notre héros au genou écorché à qui à la fin j avais envie de dire rentre chez toi dormir demain il fera jour ! Tu seras toujours puceau mais il fera jour !

      • #67324 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        De quelle fin au juste parles-tu?
        La dernière nuit, ou les toutes dernières pages?

        • #67456 Répondre
          Sabine
          Invité

          J ai relu à froid, sans précipitation.
          Je vois bien les deux fins:

          – les dernières pages, ou j ai l impression qu il s agit de François version adulte installé chez Gaga, devenu depuis chez Lulu qui se remémore son adolescence et cet été 86

          – la dernière nuit, de François adolescent de 15ans, où se mélange une part de réel, de souvenirs, de rêves, d’histoires que l’on se raconte, de scènes que l’on invente.
          Un mélange de vrai, de faux, d’imagination, de fantasmes …
          François devenu adulte raconte cette fameuse nuit en compilant tout ce que François adolescent plein d imagination en avait fait (une scène de film), sa vérité à lui.

          La blessure la vraie je ne sais pas trop de quoi il s agit.
          La blessure de s être éloigné de cette adolescence, de ce milieu, de cette campagne, de ces collègues-amis, de ses souffrances … une histoire de transfuge (de classe) qui veut rouvrir la porte après être passé de l autre côté, raviver les souvenirs, refaire le lien entre passé et présent. Reformer un tout.

          Je fais des suppositions.

          • #67472 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Peut etre qu’il n’y a pas de blessure. Toujours se méfier des prétentions à la véracité.
            Toute la fin est peut-être réelle. En tout cas rien ne s’y passe qui soit totalement aberrant. Si un type comme Bruno veut faire cette farce, il la fait.

            Les toutes dernières pages doivent etre lues en regard des toutes premières.

    • #67482 Répondre
      Sabine
      Invité

      Je vois le lien et les différences entre les premières et dernières page:
      – debut: finale de tennis 15h (Wimbledon 86 le 6 juillet et non le 7 juillet comme dans le récit) / rue saints martyrs / hôtel des Abbés / la roche sur Yon / les courreau puis chez gaga / motobecane / roi de coeur / coupes de l association sportives Michelaise / Tony né un 15 août sa mère Marie
      – fin : finale de foot 17h (coupe du monde 86, 29 juin 86, Valdano marque le deuxième but ) / rue des Abbés / hôtel des saints martyrs / Fontenay-le-Comte / Peugeot / dame de coeur / chez lulu / coupes de tournois de belote / Tony né le 25 décembre et son frère Joseph

      Toutes ces subtiles différences vont bien avec le fait qu « il faut se méfier des prétentions à la véracité ». L’ écrivain qui se lance dans un récit plus ou moins autobiographique nous parle de son vécu, son ressenti, sa vérité, du film qu il s est fait de son passé.

      • #67483 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        c’est à peu près ça oui
        mais aussi : si je reprenais ce récit, il serait différent à chaque fois (notamment dans le détail)

        • #67668 Répondre
          Tristan
          Invité

          Et c’est quelque chose que tu fais, concrètement : reprendre un récit, raconter de nouveau quelque chose ? (indépendamment de tout souci de publication, je veux dire)

          • #67710 Répondre
            françois bégaudeau
            Invité

            Non je ne fais pas ça, étant plutot occupé par les livres en cours

    • #67667 Répondre
      Tristan
      Invité

      A Sabine : c’est marrant que tu crées un lien entre les fins d’Un enlèvement et de La Blessure la vraie. J’ai lu ces deux bouquins à 3 mois d’intervalle, et dans un cas comme dans l’autre, j’ai été frappé par ces textes qui, tout à coup, deviennent autre chose. A chaque fois, c’est intervenu à un moment où je commençais à m’ennuyer de ma lecture, où j’avais l’impression d’avoir compris le truc, où j’aurais presque pu écrire la fin. Dans les deux cas, quelque chose comme un livre qui, subitement, se refuse à être ce qu’il nous laissait croire qu’il était. Quelque chose comme un narrateur qui dirait : eh, vous croyiez quand même que je vous livrerai un tranquille récit naturaliste.
      Dans les deux cas, j’ai dû repartir un peu en arrière pour comprendre comment on glisse doucement ailleurs. Et cela me parait drôlement fignolé, dans La Blessure la vraie : des motifs peu à peu se tissent et trament quelque chose dans quoi on s’entrave, on se débat.
      Bref, un beau roman sur l’adolescence.

    • #67709 Répondre
      françois bégaudeau
      Invité

      « se refuse à être ce qu’il nous laissait croire qu’il était. Quelque chose comme un narrateur qui dirait : eh, vous croyiez quand même que je vous livrerai un tranquille récit naturaliste. »
      Rien à ajouter

    • #67820 Répondre
      Sabine
      Invité

      Comme toi Tristan, j ai dû reprendre les deux fins pour être sûre de comprendre ce que j avais cru comprendre.
      J ai enchaîné les livres (romans, essais, pièce de théâtre) de Francois cet été et découvert « la gêne occasionnée » excellent podcast.
      Puis je suis tombée sur ce forum et j ai été contente de voir (en fouillant un peu) qu il y avait des discussions sur les bouquins.
      Mon dernier en date c est « la bonne nouvelle ». Très juste, très drôle les « capitalistes anonymes », très fignolé!
      « Si t as pas le leadership comme objectif, tu sors du lit pour quoi le matin? Pour pisser, c est tout. Et une fois la petite goutte essuyée, tu te recouches. Comme un crevard de chômeur »
      Existe t il une captation vidéo de la pièce ?

      • #67877 Répondre
        françois bégaudeau
        Invité

        Non je ne crois pas. Mais on trouve en ligne un échange avec Lordon d’après représentation. On l’avait invité, vu que la pièce était pas mal inspirée de ses analyses.

    • #68300 Répondre
      Fanny
      Invité

      « Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.
      LE MAÎTRE
      C’est un grand mot que cela.
      JACQUES
      Mon capitaine ajoutait que chaque balle qui partait d’un fusil avait son billet.
      LE MAÎTRE
      Et il avait raison…
      Après une courte pause, Jacques s’écria : Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret !
      LE MAÎTRE
      Pourquoi donner au diable son prochain ? Cela n’est pas chrétien.
      JACQUES
      C’est que, tandis que je m’enivre de son mauvais vin, j’oublie de mener nos chevaux à l’abreuvoir. Mon père s’en aperçoit ; il se fâche. Je hoche de la tête ; il prend un bâton et m’en frotte un peu durement les épaules. Un régiment passait pour aller au camp devant Fontenoy ; de dépit je m’enrôle. Nous arrivons ; la bataille se donne.
      LE MAÎTRE
      Et tu reçois la balle à ton adresse.
      JACQUES
      Vous l’avez deviné ; un coup de feu au genou ; et Dieu sait les bonnes et mauvaises aventures amenées par ce coup de feu. Elles se tiennent ni plus ni moins que les chaînons d’une gourmette. Sans ce coup de feu, par exemple, je crois que je n’aurais été amoureux de ma vie, ni boiteux. »
      ..
      « Ah ! monsieur, je ne crois pas qu’il y ait de blessures plus cruelles que celle du genou.
      LE MAÎTRE
      Allons donc, Jacques, tu te moques. »

      Jacques le Fataliste et son maître, Diderot

      • #68301 Répondre
        Fanny
        Invité

        que n’ai-je lu ceci plus tôt

        • #68302 Répondre
          Tristan
          Invité

          Ah Ah ! Bien joué, Fanny ! Tellement bien joué !

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