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Accueil Forums Forum général Fantasy et essentialisme

  • Ce sujet contient 53 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par deleatur, le il y a 1 année et 8 mois.
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    Messages
    • #11008 Répondre
      Gwynplaine
      Invité

      Bonjour François (et bonjour tout le monde !)

      Hier, j’ai regardé ton entretien avec Zioclo (fort intéressant au demeurant, même si je sais que tu préfères être lu, plutôt qu’écouté dans de telles circonstances).

      Un paquet de réflexions ont retenu mon attention. Je ne vais en prendre qu’une, en particulier, que j’aurais aimé t’entendre développer davantage.

      A un moment, un intervenant brandit (entre autres) son affection pour « le Seigneur des Anneaux » de Peter Jackson. Alors, tu te moques de lui, puis lui réponds qu’il s’agit d’une œuvre « essentialiste/de droite ».

      Après coup, j’ai cherché, et je n’ai pas retrouvé d’écrit critique où tu argumentais ces propos plus en détail.

      En ce qui me concerne, je pense ne pas être trop américanisé (je mettrais Kéchiche, Dumont, Rohmer, Bresson et Clouzot parmi mes réalisateurs préférés), ni trop essentialiste ; pourtant, j’aime beaucoup la trilogie de Jackson (il est des œuvres que l’on déconsidère en grandissant, mais je continue d’avoir une tendresse pour celle-ci).

      D’une part, j’aurais tendance à considérer cette trilogie sous un prisme davantage moral que politique (comme tu le répondais à ceux qui essayaient politiser le film « The Batman », dans ta gêne occasionnée sur le film de Matt Reeves). D’autant plus que Tolkien considérait son œuvre, dont elle est adaptée, comme un « conte de fées pour adultes ».

      D’autre part, si on la politise, j’ai naïvement l’impression qu’on pourrait également y voir une œuvre écologiste, multiculturaliste, dénonçant le pouvoir et faisant honneur aux petits.

      J’aurais donc aimé savoir :

      1) En quoi considères-tu précisément que le « Seigneur des Anneaux » de Peter Jackson est une œuvre « essentialiste/de droite » ?

      2) Etends-tu cette critique à la trilogie littéraire de Tolkien ?

      3) Etends-tu cette critique à la fantasy en général ? J’aime beaucoup les romans de chevalerie, « Abyme » de Mathieu Gaborit, la trilogie de « Wielstadt » de Pierre Pevel, la saga « rois du monde » de Jean-Philippe Jaworski, mais aussi « Dune » de Frank Herbert et « La Horde du Contrevent » d’Alain Damasio (qui me paraissent davantage tenir de la fantasy que de la science-fiction dans leur rapport à la technologie). Peut-on les mettre dans le même sac ?

      Enfin, concernant la trilogie de Jackson, et les romans que j’ai cités si tu y étends ta critique, le fait d’être « essentialiste/de droite » invalide-t-il en tant que tel une œuvre à tes yeux ?

      Bref, ces propos que tu as tenus sur la chaîne de Zioclo m’ont paru lapidaires, mais je sais que tu ne les as pas tenus sans bonnes raisons. C’est pourquoi j’aimerais connaître davantage ces dernières.

      (Je pose ces questions nommément, mais si d’autres personnes veulent réagir, j’échangerai avec elles avec plaisir, bien évidemment !)

      Merci d’avance et bonne journée !

    • #11010 Répondre
      Dr Xavier
      Invité

      Je me risque à quelques critères a la volée :
      – y a-t-il existence de peuples clairement différenciés, aux caractères psychologiques/moraux relativement similaires et aisément identifiable au sein de chaque peuple ?
      – y a-t-il luttes (ou coopération) ancestrale entre ces peuples, des différents irréductibles et millénaires
      – y a-t-il explicitement ou implicitement hiérarchie entre ces peuples selon des valeurs morales (les bons, les méchants)
      – y a-t-il consensus irénique au sein de chaque peuple, sans classe sociale, sans antagonisme (ou variante, il y a des classes de type maître/esclave mais chacun reste bien à sa place, nul ne conteste l’ordre)
      – y a-t-il au sein de chaque peuple des rôles établis qui se transmettent par le sang et/ou par le genre
      – est-il convoqué un imaginaire militaire, des uniformes, des tenues martiales, des images grandioses d’armée en rang et marchant au pas avec musique symphonique de rigueur
      – est-il célébré les caractères autoritaires, les chefs, ceux qui savent décider, qui sont charismatiques, entourés de quelques lieutenants approbateurs
      – y a-t-il célébration de l’action collective, ou même de pas d’action du tout, ou l’intrigue se noue-t-elle autour de quelques individualités fortes qui à elle seule réussiront à faire basculer les situations
      – y a-t-il au final victoire du bien sur le mal
      Sur tout ces points, il me semble que Le Seigneur des anneaux et La horde du contrevent s’oppose, quoiqu’on pense de leurs qualités littéraires.

      • #11011 Répondre
        Dr Xavier
        Invité

        (à cet égard les Schtroumpfs cochent beaucoup de cases)

        • #11013 Répondre
          Julien Barthe
          Invité

          Rire.

          • #11016 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Je vais tacher de reporter ici mon texte sur Dune pour Socialter
            L’essentialisme de la fantasy passe par la forme, au sens large. Le discours de Dune peut être anti-impérial et écolo, le film est esthétiquement du coté de l’Empire, et du coté de l’industrie.
            Le seigneur des anneaux, je ne l’ai plus bien en tête, mais j’ai ce souvenir d’un monde d’essences – et peu importe le discours, le discours c’est le vernis, la vérité d’une oeuvre est dans sa forme.
            Seraient susceptibles de t’éclairer là-dessus: la Gene occasionnée sur Avatar (ce n’est pas de la fantasy, mais j’y livre une critique formelle du film, qui met au jour son industrialisme viscéral) ; les 100 premières pages de Notre joie, où il est à un moment question du gout de l’extreme droite pour ces univers où des essences et des identités flottent dans le nulle part.

            • #11018 Répondre
              Dr Xavier
              Invité

              Socialter a eu la bonté de le mettre à disposition :
              https://www.socialter.fr/article/francois-begaudeau-dystopie-gauche

            • #11051 Répondre
              Gwynplaine
              Invité

              @François Bégaudeau

              Merci, pour la réponse comme pour le texte sur Dune !

              J’ai lu et écouté tes critiques sur les films de Dennis Villeneuve et James Cameron avec attention, et en me retrouvant deux fois d’accord sur à peu près toute la ligne. Mais je ne mettrais pas « le Seigneur des Anneaux » dans la même case, que ce soit idéologiquement ou esthétiquement. Là où les deux premiers sont des odes visuelles à la technique, le dernier commence dans la Comté et se termine dans la Comté. Il y a des moments de poésie (que Jackson doit clairement à Tolkien, mais qu’il sait aménager dans son blockbuster) étrangers à « Dune » et « Avatar ». Concernant la musique, je trouve que les morceaux d’Howard Shore sont largement au-dessus de ceux d’Hans Zimmer, répétitifs et tonitruants, ou d’ « Avatar », anecdotiques. Villeneuve et surtout Cameron s’appuient énormément sur le numérique, alors que Jackson sait rendre grâce aux paysages de Nouvelle-Zélande. En termes d’imaginaires, je trouve qu’il y a un monde entre l’inventivité déployée par Tolkien et mise en scène par Jackson, et Cameron qui affuble son peuple aquatique de tatouages polynésiens.

              Bref, si « Le Seigneur des Anneaux » est évidemment loin d’être un film d’auteur, je ne tracerais pas une ligne égale entre lui et « Dune » ou « Avatar ». Je comprends qu’on ait des réserves, a priori, sur les films mettant en scène un monde d’essences ; mais en ce qui me concerne (à supposer que le monde filmé par Jackson soit si figé que cela), ça ne disqualifie pas intrinsèquement une œuvre. Dans ta gêne sur « The Batman », de ce que je m’en souviens, tu disais que l’univers était essentialiste, et cela ne t’a pas empêché d’apprécier globalement le film.

              J’ai également lu, et particulièrement aimé, « Notre Joie ». Je te trouve très pertinent, quand tu avances que l’extrême-droite adore les univers moyenâgeux parce que ceux-ci ont rarement de compte à rendre à l’histoire et sont des terrains de jeu propices pour les imaginaires virilistes. Cependant, là aussi, je ne vois pas forcément en quoi le fait qu’un genre soit souvent apprécié par des personnes à l’idéologie discutable disqualifie le genre en tant que tel. Après tout, comme tu le dis, certains extrême-droitiers se réfèrent à la Commune de Paris ; ça n’invalidera jamais cette dernière à mes yeux.

              Encore une fois, je pense que « Le Seigneur des Anneaux » est une œuvre plus morale que politique (et que moralement, quand on la déplie, elle est plus complexe que de prime abord). Chacun peut facilement y plaquer son idéologie, mais j’ai l’impression que c’est souvent une erreur de le faire. Un jour, je ne sais plus où ni plus quand, j’ai entendu Julien Rochedy, notre idole à tous, se gausser des « gauchistes » qui aimaient « Le Seigneur des Anneaux », puis avancer, fier de lui, qu’ils se pâmaient devant une œuvre qui rendait le royalisme « sexy ». Ce qui n’est pas faux. Mais on pourrait tout aussi bien lui rétorquer que le roi des Hommes, à la fin du récit, épouse une Elfe. Et que l’écriture et les épées elfiques ressemblent à l’écriture et aux épées arabes. Je ne suis pas sûr que ça cadre avec son propre agenda politique.

              Un paquet d’œuvres de fantasy exaltent la force, comme, exemplairement « Conan » ou « Berserk ». Idéologiquement, je situerais à peu près « Avatar » et « Dune » dans les mêmes eaux (si ce n’est que je les trouve plus hypocrites, voire contradictoires, et beaucoup moins organiques, en la matière). En revanche, « Le Seigneur des Anneaux » met des Semi-hommes pacifistes au centre de son récit et de sa mise en scène (Jackson n’est quand même pas Cameron, qui filme quatre minutes de bonheur numérique entre créatures parfaites avant de tout balayer pour déployer sa démesure technique). Je vois mal comment on peut y voir une ode à l’impérialisme.

              Quoiqu’il en soit, merci d’avoir pris le temps de me répondre ! Je relirai éventuellement « Notre Joie » à l’occasion, qui m’a vraiment apporté, et que je considère à ce jour comme ton deuxième meilleur livre (derrière « Jouer Juste »). En attendant ton prochain essai, sur la politique, l’art et la morale, qui, sur le papier, m’intéresse beaucoup !

      • #11050 Répondre
        Gwynplaine
        Invité

        @Dr Xavier

        Merci pour les pistes, c’est éclairant !

        Je n’ai lu « la Horde du Contrevent » qu’une seule fois, et il y a maintenant quelque temps déjà, mais de mémoire, sur plusieurs points, l’opposition idéologique avec « le Seigneur des Anneaux » ne me parait pas si nette, ni même toujours en la faveur de la première

        Les peuples du Seigneur des Anneaux évoluent. Par exemple, les Orcs étaient des Elfes, autrefois. Les Hommes peuvent faillir, à travers Isildur, puis trouver la rédemption, à travers son descendant. Aragorn rachète Boromir. Un Elfe et un Nain, appartenant à deux peuples autrefois amis, puis farouchement antagoniques, peuvent nouer une amitié. Aussi, si on s’intéresse au travail de Tolkien, on peut voir que le langage elfique est très historicisé, et compte de nombreuses ramifications. Je ne trouve pas que ce soit si figé que cela.

        Concernant le genre, si Tolkien est plus pudique que Damasio par rapport aux personnages féminins, je trouve qu’il est moins limité (en tout cas, jusqu’aux « Furtifs », où Damasio s’est plus mis à la page). Les brèves Eowyn et Galadriel ont, à mon sens, des rôles plus profonds et nuancés que toutes les héroïnes de la Horde, dont chacune n’est pas loin d’être réductible au rôle de mère ou de putain (Oroshi, à la rigueur, pourrait faire exception ; mais dans mes souvenirs, en définitive, elle sert avant tout de catalyseur à Sov)

        En terre du Milieu, les uniformes, les tenues martiales et les images d’armées en rang m’apparaissent au moins autant critiquées qu’exaltées. Dans la trilogie de Jackson, je pense à la création de l’armée des Uruk-hai. L’industrialisation, le fait de faire disparaître la chair sous le métal et les ardeurs belliqueuses me paraissent nettement désapprouvés par la mise en scène, d’autant plus si on les met en relief avec la Comté, verte, paisible et irrégulière.

        Pour les chefs autoritaires, « Le Seigneur des Anneaux » ne me semble pas en faire un éloge immodéré. La part belle est faite aux Hobbits, peuple convivial s’il en est. On aurait Aragorn, bien sûr, mais il doute beaucoup de lui-même, et une fois couronné, s’agenouille justement devant des Semi-hommes. A l’inverse, si Damasio pointe allégrement les défauts du Golgoth, il le magnifie également, malgré (mais aussi en partie pour, m’est avis) sa brutalité.

        Les deux œuvres se concentrent avant tout sur quelques individus. A y réfléchir, je trouve que la Communauté de l’Anneau est plus redevable au reste du monde dans lequel elle évolue que les Hordiers. Quant à célébrer l’action collective, je ne suis pas sûr que ce soit forcément « de gauche ». Le fait de faire bloc derrière le Golgoth (qui par ailleurs, a un comportement très individualiste), ça peut aussi être vu comme une glorification de l’unité, ne laissant pas la place aux initiatives discordantes (même si le sentiment de « lien » est bien rendu dans « la Horde du Contrevent »). Les principaux Hordiers sont des individus d’exception, formés pour être ce qu’ils sont depuis lors naissance, et pour faire ce que leurs parents faisaient avant eux (de ce point de vue, leur essence précède leur existence) ; là où Frodon, Pipin, Merry, et Sam sont des êtres ordinaires (voire dérisoires, au début du récit)

        Enfin, je ne trouve pas qu’il y ait victoire du Bien sur la Mal, dans un cas comme dans l’autre. La morale de « la Horde du Contrevent » repose sur une sorte d’absurde, conjugué à un refus du nihilisme (Sov retourne à son point d’origine, après avoir perdu tous ses compagnons ; mais il reprend sa route, fort de l’expérience qu’il a retirée du voyage, lequel se révèle être une fin en lui-même). Et Damasio évite le manichéisme, de toute façon (paradoxalement, je le trouve plus binaire dans « La Zone du Dehors » et « Les Furtifs », plus ouvertement politiques). « Le Seigneur des Anneaux » est explicitement manichéen (ce qui n’est pas condamnable en soi, selon moi). Mais je ne dirais pas que le Bien l’emporte : moralement, il échoue, puisque Frodon, arrivé au bord du gouffre, succombe au pouvoir de l’Unique. Ce n’est que par la maladresse de Gollum que l’Anneau est détruit (c’est encore plus clair dans le livre, pour lequel Tolkien parlait d’ « eucatastrophe »). Et, plusieurs années après l’événement, le Hobbit s’exilera en concluant que le Mal n’a jamais vraiment guéri. La fin est douce-amère.

        Bref, à mon sens, l’opposition n’est pas si tranchée que cela. Après, comme tu le dis, cela ne détermine pas (ou pas entièrement, en tout cas) leurs qualités littéraires. A titre personnel, je dirais que littérairement, Tolkien est bien au-dessus de Damasio, et que son univers et son récit sont autrement plus cohérents. Mais que Damasio a des passages très forts et des éclairs stylistiques. Politiquement, dans l’absolu, je me sens plus proche de Damasio, mais je trouve qu’il délivre ses idées de manière bien plus lourde.

        Pauvre Alain, me relisant, je me rends compte que, par comparaison, j’ai été assez dur avec lui… Mais je garde de « La Zone du Dehors », « la Horde du Contrevent » et certaines nouvelles de « Aucun souvenir assez solide » de sacrés souvenirs de lecture !

        Merci encore pour ton message, ça a été enrichissant.

        PS : j’ai moi aussi souri à l’évocation des Schtroumpfs, une autre œuvre d’enfance que je peux relire avec plaisir !

    • #11012 Répondre
      Cocolastico
      Invité

      Excusez moi pour la question périphérique, savez si il y a un endroit où l’on peut avoir accès à d’anciennes critiques de cinéma écrites par François Bégaudeau ? (aux Cahiers du Cinéma, à Transfuge…)

    • #11017 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      j’en ai pas mal sous la main
      si un cinéaste ou un film t’intéresse et qu’il se trouve que j’ai écrit dessus, je copie ici

      sur ce site tu trouveras trois textes de Transfuge sur la notion de cinéma bourgeois.
      c’est un début

      • #11020 Répondre
        Mao
        Invité

        J’en profite pour te demander si par hasard tu aurais écrit sur et qu’est-ce que tu penses de :
        Kusturica ;
        Lee Chang Dong ;
        Winding Refn ;
        Adam McKay ?
        Merci.

    • #11024 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      j’ai écrit sur Burning (Transfuge, long) et Secret sunshine (Le monde, court)
      textes ci-dessous

      LA GRANDE FAIM

      L’opposition entre Ben et Jongsu, personnages principaux de Burning, est d’abord sociale. Porsche neuve pour Ben, pick-up pourri pour Jongsu. Ben le citadin, Jongsu le campagnard. Le nomade et l’assigné, ça marche aussi. Tout cela se défend, film à l’appui, et on a même rarement si bien marqué l’écart entre l’humanité perdante et certaine élite mondialisée, avec sa musique lounge, ses mugs, ses macs, ses cafés de coworking, ses filles émincées, ses intérieurs parquetés, ses restaurants qui font musée, ses salles de bains qu’on croirait d’hôtel – sans doute parce qu’inversement Ben passe la moitié de sa vie à l’hôtel.
      Archétypique de certaine jeunesse coréenne dont le mutique Jongsu note entre ses lèvres qu’on ignore d’où elle tire sa richesse, Ben, de son propre aveu sans complexe, n’est jamais triste. Trop de sérieux empêche de s’amuser, dit-il à Jungsu, en une lapalissade révélatrice de son ajustement tautologique au monde. Ben et le monde, c’est ton sur ton. Ben est le monde. Et donc se sent bien partout. Facile à vivre, égal d’humeur, affable jusqu’au pénible, poli jusqu’à l’excès, réprime ses bâillements quand il s’ennuie. Même pendant l’après-midi chez Jongsu, à la campagne, il ne laisse échapper aucun signe de mépris, ni d’inconfort olfactif. Cet homme archi-contemporain, ce précipité d’époque, est cool comme Niel et fluide comme la 4G. Puissent les imbéciles qui s’obstinent à donner aux méchants des airs de méchants retenir la leçon.
      Ben est partout chez lui, et Jongsu nulle part. Du reste à Jungsu on ne connait pas de chez-soi – il déménage de sa chambre en ville sans qu’on l’ait vue, pour habiter en étranger chez son père absent. Ben se fond dans l’espace qu’il occupe, Jongsu est toujours déplacé. Un corps en trop. Un corps gênant et gêné, bras ballants, démarche dégingandée, boiteuse presque, qui le retarde, le met hors du rythme. Ben est synchrone avec le monde – maitre de ses horloges? -, Jongsu est à contre-temps, toujours un peu en retard sur la situation, hors-de-propos – pas de répartie, peu de réactions, des silences pour réponses. Retardé, et peut-être attardé. Légèrement neuneu.
      Jungsu est désaxé, et cela peut s’entendre géométriquement. Au coeur de l’unique rapport sexuel avec Haemi, et bien qu’une fusion dans l’instant serait jouable car le désir est là, son regard se désaxe. Se détourne de la jeune femme qu’il vient de pénétrer, et scrute le mur où tremble faiblement une tache de soleil, puis le dehors qu’encadre la fenêtre. Jungsu le bizarre regarde là où il n’y a rien à voir, là où niche le vide. Si Ben colle au monde, Jongsu évolue dans ses interstices, dans ses blancs, dans sa vacance. Il zone quelque part entre chômeur et travailleur, entre vouloir écrire et écrire, entre personne et quelqu’un.
      Le cinéaste a choisi son camp. C’est Jongsu qu’il suit, c’est de lui coursier que la caméra emboite le pas dès l’ouverture. Pendant la scène de sexe, l’axe de filmage s’ajuste à son regard oblique : un plan pour le mur ; un plan pour la fenêtre. Là où il n’y a rien à voir, là où le réel s’évide.
      Il en est pour croire qu’on fabrique de l’art en corrigeant l’existant. En ajoutant de la matière à la matière. En recouvrant les couches du réel d’autres couches plus présentables. En édifiant des mondes au carré, des surmondes. Ceux là se veulent des démiurges. Des supplétifs de Dieu, comme Ben déclarant sans vergogne qu’il se donne sa cuisine en offrande, comme d’autres l’adressent aux dieux. Comme Ben s’arrogeant la prérogative de décider quelle serre agricole est inutile et mérite d’être incendiée, les démiurges disposent de la réalité. Les démiurges sont les dominants de l’art. Sous leur magistère sans partage, l’art est un caprice qui n’a pas de comptes à rendre à la réalité, autrement appelée nature, dont le postulat dandy (Jongsu risque une analogie entre Gatsby et Ben) veut qu’on la recrée, répare, rachète. Une brève scène où Ben maquille une femme ouvre sans l’explorer une piste narrative : l’omnipotent n’a pas fait disparaitre Haemi en la tuant mais sous des couches de crèmes et d’étoffes haut-de-gamme. Il l’a redessinée à son gout. Déjà « passée sous le bistouri » au commencement du récit, Haemi en a remis une couche qui la rend méconnaissable. La fille originaire du même village que Jungsu, qui l’aime comme l’idiot Benji aime sa soeur Caddie dans un roman de Faulkner son écrivain préféré, est devenue une femme du monde.
      A rebours, Lee Chang-dong fabrique un film en retranchant. Créer c’est soustraire. C’est trouer le monde puis se pencher sur la béance, comme Jongsu s’arrime au mur. C’est tendre au rien, comme y tend le superbe plan-séquence qui d’abord cadre Haemi dansant devant la campagne au crépuscule, puis se décadre pour s’attarder sur les branches d’un arbre qu’agite le vent du soir. Dès lors ne se raconte rien de plus que le face-à-face primitif avec la matière, à quoi Poetry, précédent film du grand Lee, ramenait l’impulsion poétique. Soit une femme, soit une pomme, que voit la première quand elle élève la seconde à hauteur d’yeux ? Qu’est-ce qui passe de l’une à l’autre? C’est indécis. Peut-être que rien ne passe. L’opacité demeure, la matière résiste. « Pour moi le monde reste un mystère », dit Jongsu à Ben, l’homme le moins équipé – ou trop équipé – pour comprendre une phrase pareille.
      Et d’abord existe-t-elle cette pomme?
      Certains plans de réveil de Jongsu suggèrent, sans plus d’effet que le seul raccord, qu’il a rêvé la scène qui précède. Qu’il a rêvé, par exemple, la filature à travers champs de la Porsche de Ben, conclue par un tableau en suspension – la grande réussite de l’artisanat de Lee Chang-dong tient à ce que tout chez lui parait en suspens. Mais un autre plan, le seul où l’aspirant écrivain Jongsu écrit, filmé de dos puis de l’extérieur d’une bâtisse à la façade jamais vue, étend le doute à l’ensemble du récit. Oui il se peut que Jongsu ait rêvé le film, qu’il l’ait écrit dans cette chambre ; que Burning raconte l’aventure d’une écriture, la torsion fictionnelle du monde par le cerveau tordu d’un homme seul face au vide, tel Jungsu campé devant la fenêtre pour se masturber. D’un homme rivé au rien et l’emplissant d’images faites mots s’il écrit, de mots faits images s’il filme.
      Qu’on retienne ou non cette interprétation, que le scénario repose ou non sur une fantasmagorie, le fait essentiel et suffisant est qu’il repose sur du vide. Lee Chang-dong dit de la nouvelle de Murakami qu’il adapte qu’il n’y a presque rien dedans. Et dans l’adaptation ? Pas beaucoup plus. Le peu qui est avancé – une rencontre potentiellement amoureuse avec une fille – est aussitôt retiré. A peine est-elle apparue à Jungsu que Haemi disparait, une première fois pour s’envoler en Afrique, une seconde fois pour de bon. On le sait depuis au moins Hitchcock, ou Antonioni pour les plus jeunes, la disparition d’une femme est le scénario paradigmatique du cinéma moderne. Quand une femme disparait, c’est tout le réel qui se dérobe ; qui s’émiette en un archipel de signes indéchiffrables. Reconverti en enquêteur, en épieur – la filature est une autre figure type de la modernité prise de vertige ontologique-, Jongsu cherche ce qui peut-être ne se trouve jamais.
      Comment ce rien parvient-il à nous tenir pendant 2h28, sans une once d’ennui? Par quelle prise s’agrippe-t-on au vide? Réponse simple comme une pomme : la prise, c’est le vide même. Car ce vide, par la magie concrète du filmage concentré, semble recéler un monde. Quand tu filmes, n’invente rien, n’ajoute rien, n’imagine rien, retranche plutôt, soustrais, et concentre-toi sur le peu qui reste. Le peu que tu filmes s’augmentera, s’excèdera, ton plan acquerra une densité inédite. Cet arbre sera un peu plus qu’un arbre.
      Ce supplément de réel (et non d’âme), Lee Chang-dong ne s’offusquerait pas qu’on l’appelle Dieu. On peut aussi l’appeler le possible.
      Il en est qui, nantis de gros bras, bâtissent des histoires pleines. Ils ouvrent des routes et cavalent vers un but perchés sur leurs grands chevaux à gros sabots. Une fois arrivés, tout le monde descend, et tout le monde oublie (séries?). Pour Lee Chang-dong, écrire, écrire puis filmer, c’est semer des possibles et les maintenir tels. Burning sème un père jugé pour avoir frappé un flic – verdict tu. Sème des coups de fils anonymes. Sème sème un chat à nourrir invisible – puis visible mais est-ce bien le même ? Le possible c’est parfois aussi simple qu’un animal qu’on nomme et qu’on ne voit pas. Ou que ces serres agricoles que Ben se vante d’incendier, et dont Jungsu ne trouve nulle trace.
      Jungsu est au moins romancier en cela : en ce que la matière le fascine par où elle lui échappe. Pour se mettre à l’écoute de ce qu’elle lui dit à mots inaudibles, il tend l’oreille, et alors le voici tendu. Ben a raison : Jongsu est sérieux. Il ne s’amuse pas car il est tendu entre l’ignorance et le savoir. Il veut savoir : si le chat existe, si Ben incendie des serres, dans quelle poche du temps Haemi a disparu. Et s’il y avait bien un puits dans la cour de la ferme de son enfance, et, une fois son existence avérée par sa mère, s’il en a extrait Haemi comme celle-ci le prétend. Tant qu’on ne sait pas, la tension demeure. Il n’y aura jamais de paix.
      Cette tension porte un autre nom, livré par Haemi à l’occasion de son topo sur l’art de la pantomime : qui veut mimer l’épluchage d’une orange ne doit pas croire que l’orange existe réellement, mais désirer réellement la manger. Le désirer si fort que l’orange commence d’exister. Jongsu est tendu parce que désirant, quand Ben repu n’a plus de désirs. Haemi parlera aussi de ses africains sujets à « la grande faim », à la grande soif de connaitre le sens. Et le sens toujours se dérobe, et alors la soif demeure, et elle agite votre sommeil, elle vous tend, elle porte votre main à votre sexe, elle vous fait danser, ou parfois sans raison vous êtes triste.

      SOIS CRUEL EN CORÉE

      Évidemment, à qui veut sortir et jouir l’automatisme mondain commande un saut vers Londres. Évidemment. Pourtant il y aurait tant d’autres villes où passer trois jours. Myriang, par exemple. Pas loin de Busan, en Corée du Sud. Non ?
      En tout cas Shin-ae (Song Kang-ho, prix d’interprétation à Cannes 2007) s’y installe avec son garçon Jun, à Myriang. Ce qui ne l’empêche pas de glaner des informations complémentaires dans la bouche d’un autochtone, Monsieur Kim, qui s’exécute dans un style télégraphique : économiquement ça va mal… on vote à droite… on parle comme à Busan… on parle vite… la population a baissé…
      Bon, ok, le pot-aux roses est découvert, en fait Myriang est un poil moins glamour que Londres. Shin-ae n’y emménage pas pour se taper une décennie d’éclate cocaïnée, mais parce que son mari récemment mort y est né. Façon de le faire survivre ? Façon au contraire d’accepter sa mort ? Nous sommes au chapitre 2, minute 16 du dvd de Secret Sunshine, et le seul fait que s’invite maintenant dans notre cerveau l’expression travail du deuil, allègrement reprise et dévoyée en travail de deuil par le papotage ambiant, donne envie de fuir. Pour les films crypto-psychanalytiques, ça va, on a ce qu’il faut en France, inutile de débarquer dans un trou coréen.
      Or c’est méconnaître la grandeur sèche qui préserve le cinéma coréen contemporain de la mollesse des fictions françaises d’après-décès, toutes occupées à faire passer la pilule d’une mort par l’accès à une sagesse supérieure, ou la rencontre d’une âme compréhensive. L’instituteur de Myriang aurait tout pour être l’homme qui vient après, l’homme qui ne remplace pas mais adoucit le destin. Or il va kidnapper le petit Jun, exiger une rançon puis le laisser mourir. On a compris la différence ? Dans un cas la fiction cherche à effacer une mort, ici elle en ajoute une ! A peine veuve, Shin-ae perd son fils. Certains diront : c’est too much. Or cette courageuse et inédite double-peine est ce par quoi le film s’élève de la psychologie à la métaphysique, du magazine de société à la tragédie, de « comment surmonter une épreuve ? », à « comment se fait-il qu’il y ait du mal ? ».
      L’art cruel ne se paye pas de mots, ne prend pas de gants. Il travaille sur l’os de la vie, sans l’enrober d’une couche de résilience ou de moraline. En la suivant à distance, la caméra de Lee Chang-dong abandonne son actrice aux espaces et aux sons réels de la vie. C’est doux et inquiétant à la fois. Rien ne ressemble plus à une rue en paix qu’une rue de drame. Rien ne ressemble plus au moment où Shin cherche Jun vraiment kidnappé, que celui où, une demi-heure plus tôt, elle feignait de le chercher puis sanglotait pour abuser le petit facétieux. C’était des larmes pour rire, maintenant c’est des larmes pour de vrai. Et sans doute le scénariste est cruel de lui faire répéter cette scène avant qu’elle n’arrive vraiment, mais c’est la cruauté objective de la vie. Le plus terrible, ce n’est pas que le destin vous accable, vous faisant perdre mari et fils, c’est qu’il est doux aussi parfois –le pire n’est jamais sûr. Un peu comme le diable est d’autant plus redoutable de ne pas mentir tout le temps. Sinon ce serait trop facile : on ne le croirait jamais le et on porterait en permanence un casque pour se prémunir contre une grosse tuile. Or la vie vous endort avec le bonheur et la légèreté, et puis boum, le ciel sur la tête, vous n’avez rien vu venir, imperceptiblement le jeu a pris réalité, le « tête à claques » lancé avec trois amis se transforme en vraie baston et vous laisse la joue brûlante, n’en revenant pas. De ces deuils Shin ne reviendra pas. Et le plus beau, le plus triste, le plus misérable, le plus sublime, c’est qu’elle continue à vivre.

    • #11025 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      sur Dune
      (pour Socialter, donc pas un pur exercice critique)

      IL N’Y A PAS DE DYSTOPIE DE GAUCHE

      Vous aimez les dystopies. Vous en fabriquez et consommez à la chaine. Avec gourmandise vous prononcez ce mot, dystopie, inconnu de vous il y a dix ans. De quoi jouissez-vous quand vous en jouissez? Qu’est-ce que vous y trouvez que je n’y trouve pas?
      En premier jugement, en premier méjugement, vous trouvez à la dystopie la qualité décisive d’alimenter votre lucidité sur l’avenir sombre de l’humanité. Il faudrait donc que j’admette que vous lisez 1984 ou regardez Squid game comme vous suivriez un séminaire sur les futures pénuries de matière première. Le plaisir que vous y prenez est un plaisir mature, un plaisir civique. Vous préféreriez vous détendre devant des oeuvres frivoles mais le monde que vont transmettre à vos enfants leurs prédécesseurs égoïstes vous portent vers des films qui vous alertent sur ce que vous savez. Et moi je suis un irresponsable : pendant qu’on extermine les poissons, je regarde des vieux Rohmer.
      Devant les tortures infligées aux femmes dans The Handmaid’s Tale, vous souffrez beaucoup, vous souffrez presque autant qu’elles, mais il le faut. La prise de conscience et la mobilisation passent par cette épreuve. Une fois les cinq saisons englouties, vous partez lutter contre la société de contrôle qui vient. D’ailleurs la mode planétaire des dystopies a déjà fait refroidir le climat d’un degré et demi.

      L’idée est donc que la dystopie anticipe pour que nous anticipions. Or il se trouve que la dystopie n’anticipe rien du tout. Pour la raison simple qu’elle ne figure aucunement un monde ultérieur.
      Prenons Dune, que vous avez été 50 millions à voir, sur la suggestion soft d’un marketing planétaire – vous avez dit société de contrôle?
      Dune se passe en 10291, c’est-à-dire ne se passe jamais. Cette date pastiche, cette non-date, est un sésame autorisant à configurer une non-époque qui est un mixage d’époques disparates. Ainsi la dose obligée de gadgets hi-tech est ici minimale au regard des deux inspirations visuelles de cette fantasmagorie : 1 l’incontournable décorum post-industriel, où des « moissonneuses » croisent des hélicos voletant au dessus de villes soviétiques qu’une ou deux apocalypses ont usées à souhait ; 2 le moyen-âge d’opérette qui tient lieu de base de données iconographiques aux imaginations étroites qui conçoivent ces non-mondes : magie noire, complots, sols dallés ou pavés, bâtisses en pierre, chevaux, armures, combats à l’épée, suffocations et grognements des épéistes, rire de moi.
      Une fois l’âge informatique, l’âge de fer et l’âge de pierre jetés dans le même shaker, on obtient ce cocktail temporel hors du temps, ce parc d’attractions sans référent. C’est alors dans le sens le plus littéral qu’on peut affilier cette dystopie à l’heroic fantaisy. Elle a un rapport fantaisiste à l’histoire, histoire future comprise. Elle n’est pas sérieuse.
      Pourtant qu’est-ce qu’elle se prend au sérieux. Avec quel sérieux elle est jouée – théatralité oraculaire, profondeur de champ, lexique ampoulé, déclamation pseudo-shakespearienne – et surtout analysée. D’éminents intellectuels décryptent le message politique de Blade Runner. D’estimables universitaires tirent de Game of thrones des leçons d’histoire.
      Or la dystopie fantaisiste ne se contente pas de se situer hors de l’histoire, passée ou future : elle évacue l’historicité, la variable historique, la variabilité en général. Sa cartographie politique est d’une répétitivité infantile : un Empire englobant un archipel de peuples qu’il a subordonnés en des temps hyper-lointains. L’Empire n’est pas ici un fait historique, mais un invariant. On pose l’Empire puis on imagine le reste. L’Empire est une structure a priori de l’imaginaire dystopique, que l’Empereur s’appelle Shaddam IV ou Jean-Bernard. Non pas un empire mais l’Empire avec un grand I comme Imperium. La fantaisie dystopique est un essentialisme.
      Les peuples sous sa coupe sont des essences. L’invariable peuple rebelle porte son essence sur son nom, free men de naissance, hommes génétiquement libres. De même qu’il est écrit sur la gueule du réglementaire peuple collabo de l’Empire, la baronnie Harkonnen, qu’il est viscéralement mauvais. Le Fremen est un métis aux yeux bleus, son allié Atréide est beau comme un grec, le Harkonnen est un adipeux à voix rauque et crâne ras de néo-nazi polonais.
      Notons au passage que dans 8000 ans, le triangle oedipien n’aura pas été détrôné comme schéma patron de l’organisation sociale : rois grisonnants, princes éphèbes, femmes pour les enfanter. Le père initie le fils à la guerre et au froid pragmatisme des jeux de pouvoir car il est un homme ; la femme l’initie à la puissance ésotérique et mentale car elle est une femme.
      Le Fremen est libre, l’Atréide est bon, la femme est intérieure, l’homme est soldat. Des essences. Des essences qu’on retrouve telles qu’en elles-mêmes d’un siècle à l’autre, d’une scène à l’autre. Gurney Hall est chef de guerre par tous les pores : il parle chef de guerre, il mange chef de guerre, il pisse chef de guerre. Sauf qu’il ne pisse pas. Ici les corps n’ont pas de vie organique. Les individus ne possèdent pas de fonction vitale, juste une fonction dans la cité ou dans l’univers. Jamais leur corps ne dévieront de leur programme génético-scénaristique. Il sont immuables.

      Ici sont absents les gens, dissemblables, singuliers. Les rues d’Arrakis, toujours vues de haut, ne grouillent d’aucune silhouette. Comme il arrive qu’une armée entreprenne de raser une ville, la mise en scène rase l’espace. Là où elle passe, l’herbe ne pousse plus. Grand bénéfice du désert gondolé de dunes : pas un brin qui germe. Pas une tête qui dépasse.
      Vous aimez les dystopies parce qu’elles réalisent la table rase dont vous rêvez. Le grand nettoyage. The great reset. Aussi vrai que les prétendus pourfendeurs d’un gouvernement mondial au fond le désirent.
      De l’écologie visionnaire du roman restent ici quelques bribes : les Fremen sont dépositaires de précieux savoirs ancestraux que l’Empire anéantira pour imposer son mode de production ; le gros ver des sables vaut pour tous les lombrics, meilleurs soldats de la biodiversité ; l’« Epice » que tous se disputent emblématise les ressources accaparées par certains au mépris de la nécessité vitale qu’en ont les autres. Soit. Le scénario promeut la vie. Mais la mise en scène l’abolit. La mise en scène déteste la diversité, bio ou non.
      Le scénario de Dune proclame l’indépendance et la diversité des peuples contre l’hégémonie impériale, mais sa mise en scène est du coté de l’Empire. Elle ramène tout au même, absorbe la multiplicité des voix dans son emphase monocorde, uniformise les attitudes, adore les uniformes, adore les armées rangées, les fascinants alignements géométriques de soldats indifférenciés. Le scénario appelle à l’insurrection ; la mise en scène cousue de plans au cordeau, géométriques, minéraux, martiaux, aime l’ordre.
      L’identité signifie l’identité à soi. Ici tout est identique à soi. La fantasy dystopique est un genre identitaire, que prisent d’ailleurs nombre d’individus zonant dans le marais extreme-droitier
      Faut-il croire pour autant que tout fan de fantasy dystopique est d’extreme-droite? Faut-il croire que vous êtes d’extreme-droite? Rassurez-vous : vous n’êtes identitaires, autoritaires, essentialistes que pour autant que vous prisez ce genre totalitaire. Vous ne l’êtes que le temps d’une troisième vision de Dune ou d’autres enfantillages visuels politiquement ineptes. Le reste du temps vous êtes tous des chics types.

      • #11040 Répondre
        Mao
        Invité

        Merci François.

      • #11068 Répondre
        Cocolastico
        Invité

        Merci !

      • #11086 Répondre
        Leo Landru
        Invité

        J’adhère au propos général. En revanche je serais curieux de connaître ton point de vue sur les deux œuvres cyberpunk/SF de Verhoeven, Robocop et Starship Troopers. J’exclus Total Recall, plutôt mineur en comparaison.
        Ça a déjà été un peu évoqué ici, et peu voire aucuns n’y voient des chef-d’œuvres. Pourtant on a deux films qui vont subtiliser les codes de la dystopie et les subvertir en validant l’efficacité policière et militaire, glorifiant des personnages qui pourraient être des antagonistes dans les œuvres habituelles de science-fiction. Chacun de ces films mérite un traitement particulier ceci dit.
        Robocop s’inspire de la Passion du Christ – récurrente verhoevienne. Soldat du capital ressuscité pour défendre la propriété privée, religion du capitalisme. Esthétiquement, la violence est omniprésente et dégoûtante, tout est sale et granuleux, les plans s’attardent sur les chairs déchirées et les sourires obscènes qui contrastent avec l’impassibilité de ce Robocop ridicule et triste.
        Starship Troopers est une farce à la patine extra-lisse fascisante, gentils contre méchants, beaux contre moches. Ce morceau de sarcasme renvoie à La Chair et le Sang où la bêtise et la gloire motivent des personnages pris dans des mécanismes invisibles. Et on le les condamne pas, on ne les punit pas, ils gagnent.
        Mais peut-être que ces deux films font figure d’exception parmi des Dune et des Seigneurs des Anneaux. À titre personnel, j’ai lu le SDA et je me suis ennuyé pendant les trois livres. C’était avant de m’endormir devant les films. Je ne trouve pas tant ça totalitaire que soporifique.

        • #11139 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Je n’ai pas revu récemment les films en question mais je mets Verhoeven complètement à part de la catégorie dont il est question.
          D’ailleurs je vois peu de fans de dystopies, ou d’heroic fantasy, me parler de Starship troopers.

          • #11160 Répondre
            Malice
            Invité

            Effectivement j’aime beaucoup Starship troopers ( et Verhoeven en général) et la fantasy me tombe des mains ( je n’ai lu que Tolkien)

      • #11130 Répondre
        Julien Barthe
        Invité

        Il faudrait peut-être écrire une œuvre de politique fiction dans laquelle une communauté humaine s’étant dotée d’un fonctionnement réellement démocratique serait menacée intérieurement et extérieurement de dissolution par des forces réactionnaires.
        Mais peut-être que cela existe déjà ?

        • #11137 Répondre
          Leo Landru
          Invité

          On évacuerait ce qui fait le sel de la fantasy : la négation du réel. « Au cinéma nous ce qu’on aime c’est de pouvoir s’évader ».
          Je peux apprécier une ânerie avec des vampires et ensuite un documentaire sur la Commune de Paris. Mais je n’oublie pas que l’ânerie avec vampires (ou elfes ou droïdes) ne reste qu’une ânerie tandis que si on parle de la Commune, je vais être exigeant.
          Je suppose que c’est pour ça que François insiste à juste titre sur la forme : des fois on regarde des conneries fascistoïdes et on voudrait les élever au même rang que ce qui traite du réel. Alors que la contrainte de vérité n’est pas la même : si on raconte Lip, on colle au réel, on ne doit pas se louper ; si on raconte une aventure avec des extraterrestres pris dans des guerres interplanétaires, on peut faire à peu près ce qu’on veut (et il est dommage qu’on n’en fasse pas grand-chose).
          Pour en revenir à mon obsession, Robocop et Starship Troopers apportent au cinéma quelque chose de différent de ce qu’un Sam Mendes ou même un Terence Malick ne savent (pour le premier) ou ne peuvent (pour le second) amener dans un films sir la guerre, de l’humour et de la fantaisie sur un sujet que je peux ou non prendre au sérieux – du punk en somme. Concernant Verhoeven, je prends au sérieux et je ris aussi, je chéris la forme violente, l’excès, et il ne fait rien de gratuit – il détruit ce qu’il bâtit en le laissant debout, il montre de la dystopie sans la renier, et en cela il surclasse à peu près tous les montreurs de cauchemars totalitaires. Verhoeven fait des films sur le monde et le cinéma, et c’est à mon humble avis l’un des rares cinéastes cultes du cyberpunk et de la SF à ne pas avoir proféré cinématographiquement des banalités. Et le fait qu’il ait été si mal imité souligne son talent. Cependant, je pense que Verhoeven le premier connaît la nature du divertissement qu’il produit, l’impact des conditions de production sur le résultat artistique, et il sait également que la réception d’un blockbuster d’auteur ne suivra que rarement l’intention.
          Je risque d’être intarissable, c’est-à-dire chiant, je vais arrêter là ! Et je réagis peut-être à côté, si c’est le cas, désolé Julien !

          • #11140 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            Ce qui me gène surtout dans ces films, outre les films eux mêmes, c’est qu’ils sont souvent lus comme des films politiques, et assez souvent comme des films politiques de gauche. Alors qu’encore une fois leur forme invariante les classe invariablement du coté de l’essentialisme, c’est à dire entre autres du coté d’une politique sans historicité.
            Comment conjurer ça? En sapant les bases narratives de cette forme. Comme Margin Call sape la forme du récit financier, c’est à dire son « narratif ».
            Si des films font ça, me les signaler.

          • #11159 Répondre
            Julien Barthe
            Invité

            Léo,
            Nous ne nous comprenons pas. La forme que j’imagine devrait tout de même nier le réel. Il ne s’agirait pas de produire une fiction sur la commune de Paris mais de situer dans un futur proche une poussée utopique.

            • #11183 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Ah oui, effectivement je ne trouve pas d’exemple.

          • #11162 Répondre
            Malice
            Invité

            Léo tu aimes aussi les films hollandais de Verhoeven? J’ai vu Katie Tippel et Spletters mais j’ai du mal à trouver « Turkish delights » et un de ses premiers, dont le sujet est la vie quotidienne de deux prostituées. Si tu as des infos je suis intéressée

            • #11184 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Je n’ai pas de pistes pour les retrouver. Je n’arrive même pas à retrouver Black Book… Je n’utilise pas mon ordinateur ancestral pour satisfaire mes goûts cinématographiques, ça me prive de pas mal de choses.

    • #11049 Répondre
      Louise
      Invité

      Ça me fait penser à ce long montage de 42 secondes qui capture toutes les interactions entre 2 personnages féminins dans le Seigneur des anneaux:

      • #11052 Répondre
        Gwynplaine
        Invité

        @Louise

        En effet, ça peut prêter à rire (ou à pleurer, c’est selon)

        Cependant, d’une part, je ne suis pas sûr que la quantité d’interactions entre personnages féminins indique forcément quelque chose de la qualité d’un film. D’après mes souvenirs, les interactions entre personnages féminins, dans « l’Homme qui tua Liberty Valance », par exemple, sont dérisoires, et il ne viendra pas à l’idée de grand-monde de dire que c’est un mauvais film (et encore moins pour cette raison précise).

        Et d’autre part, je ne pense pas que le fait que beaucoup de femmes interagissent entre elles en fasse forcément des personnages intéressants (je renvoie à ce que je réponds plus haut à Dr Xavier, concernant le traitement des personnages féminins dans « la Horde du Contrevent » de Damasio et ceux de l’œuvre de Tolkien)

        Il me semble que c’est André Malraux, qui disait que pour lui, le masculin et le féminin étaient profondément différents ; que les hommes ne pouvaient pas vraiment comprendre les femmes, et donc, écrire sur elles. C’est pourquoi toute son œuvre est très pudique, concernant les personnages féminins. Ce qui ne l’empêche pas d’écrire le personnage de May avec beaucoup de tendresse, dans « la Condition Humaine ». C’est peut-être une vision archaïque, mais à mes yeux, elle n’est pas artistiquement rédhibitoire.

        « Le Seigneur des Anneaux », c’est quand même le « I am no Man » d’Eowyn, alors que la demande de personnages féminins « forts et indépendants » n’était pas encore très importante, à l’époque où Peter Jackson a tourné son film (et je ne parle pas de celle où Tolkien a écrit son livre) : et qui a d’ailleurs inspiré plusieurs de mes amies.

        Mais oui, ce n’est pas une œuvre très féminine, je ne vais pas dire le contraire !

        • #11088 Répondre
          Leo Landru
          Invité

          Il y a un truc qui m’a gêné à la lecture du SDA, toutes considérations politiques à part, et c’est l’absence de passion dans ces romans. Alors que l’on serait en droit d’attendre du lyrisme, de l’émotion, je trouve l’ensemble littérairement proche de l’Ancien Testament (exception faite de Bilbo le hobbit, roman court et picaresque, réussi là où le SDA échoue). J’ai eu le sentiment de lire le déroulé généalogique de chaque personnage plutôt que de lire des personnages. Je ne voyais pas de différences entre eux hormis leurs singularités biologiques. Les batailles semblent des compte-rendus militaires. Comme si Tolkien avait couché sur le papier des listes avec des dizaines de personnages et de batailles et qu’il avait joué tout seul dans son coin en écrivant cette bible dont on pourrait expurger les trois quarts. Après, je ne dis pas que c’est mal écrit, loin de là, mais justement que c’est trop complet, trop touffu, et c’est le reproche que je fais à la littérature de l’imaginaire en général : l’absence de place laissée à l’imagination. Je préfère la littérature fantastique ou horrifique à la fantasy dans ces sphères-là, quand il reste une part d’étrange. Le seul passage que j’ai vraiment aimé esy celui avec les Ents, créatures les moins développées sur lesquelles plane le mystère. J’aurais aimé Tolkien si moins de formalités et davantage d’émotions.

          • #11090 Répondre
            Leo Landru
            Invité

            Reproche que je fais aussi à toute la saga Star Wars. C’est ennuyeux. Même le premier avant l’arrivée du merchandising (qui devait déjà être dans les tuyaux). Les personnages sont creux, les batailles convenues, et j’ai le sentiment que l’on célèbre la variété visuelle des personnages – des extra-terrestres en place d’elfes et de hobbits – plutôt que la personnalité des personnages.
            Bien sûr, deux ou trois exceptions dans les oeuvres – Han Solo et Chewbacca, Sam et Gollum (films uniquement). Mais c’est peu. Les films reposent pourtant sur eux. Si on les enlevait des œuvres, elles passeraient d’ennuyeuses à irregardables.

            • #11134 Répondre
              Malice
              Invité

              Merci de parler de Sam, le hobbit qui plantait des arbres, vrai héros de la saga car qui est plus courageux qu’un jardinier qui suit son pote en Mordor?
              Anecdote sur John Boorman : il a bossé sur une adaptation du roman, où la grande elfe Galadriel et le hobbit Frodon étaient censés fricoter. On a raté ça…

            • #11135 Répondre
              Malice
              Invité

              En parlant de space opera, dans la série « The orville » de Seth MacFarlane on a droit à de la passion inter espèces ( une des femmes de l’équipage se tape successivement un blob et un robot je crois)

              • #11136 Répondre
                Leo Landru
                Invité

                La sitcom anglaise Red Dwarf est pas mal dans le genre absurde, rien que le pitch est attachant. On n’est pas dans la subversion à la Seth Mc Farlane mais dans une sorte de slapstick poétique très ancré années 80.
                Dans un futur lointain qui a vu la Terre et l’espèce humaine disparaître, l’agent d’entretien d’une navette perdue dans l’espace se réveille après une stase de plusieurs centaines d’années. Le dernier humain sirvivant est ici un prolo rasta qui n’a pour compagnie que trois autres personnages : un chat à forme humaine, le clone d’un petit chef de bureau, et une IA pince-sans-rire.
                La série est un classique de la télé anglaise, elle était irrévérencieuse en son temps. Elle ne l’est plus mais reste charmante et originale. Il faut cependant se fader les rires enregistrés et une réalisation poussive qui a mal vieilli – mais bon, ces défauts valent pour toutes les sitcoms.
                Évidemment ils n’ont pas su s’arrêter à temps et évidemment il y a une version américaine insipide, mais je recommande aux amateurs d’humour british les deux premières courtes saisons.

                • #11142 Répondre
                  Juliette B
                  Invité

                  Merci Leo pour tout ça. Tu pousses bien ton sujet je trouve, vais écouter Paul et regarder Red Dwarf

                  • #11156 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    A propos de Mc Farlane, je le trouvais plus drôle à l’époque des Griffin; dans The Orville il cherche à traiter de sujets « sérieux » en transposant des problèmes de société actuels dans son futur imaginaire et les moments régressifs passent à l’arrière-plan…alors que c’est pour cet humour de petit con tordu que je l’aime ( le chien des Griffin qui flirte avec la mère de famille et même le bébé; le bébé qui veut assassiner sa daronne…)

                    • #11164 Répondre
                      Malice
                      Invité

                      Pour les amateurs d’humour et d’heroic fantasy, en faisant un pas de côté vers la bd, je signale la série de Lewis Trondheim et Joann Sfar,  » Donjon », dont les héros sont un dragon et un canard

          • #11253 Répondre
            Gwynplaine
            Invité

            @ Leo Landru

            Pour être honnête, je trouve que tes messages s’appuient plusieurs fois sur un vocabulaire peu engageant et qu’ils sont écrits de manière péremptoire (« âneries », « conneries facistoïdes », « d’ennuyeuses à irregardables »). Ça n’invalide en rien leur fond, bien sûr, mais ça me donne l’impression de m’adresser présentement à un individu me considérant comme stupide, ou, au mieux, limité ; rien de particulièrement agréable, en somme. Je ne sais pas si tu apprécierais échanger avec quelqu’un qui parlerait du cinéma de Verhoeven (que j’aime aussi, d’ailleurs) de la même façon.

            Mais justement, puisque répondre au fond me tient à cœur, je vais passer outre la forme et m’y essayer, à mes risques et périls.

            Je ne vois pas en quoi on ne pourrait pas être exigeant envers une œuvre irréaliste. Pour reprendre la comparaison que tu fais entre le « documentaire de la Commune de Paris », et « l’ânerie avec des vampires », ce n’est pas que j’aurai de l’exigence envers le premier et aucune envers la seconde, mais que j’aurai, respectivement, deux exigences d’un type différent. Qu’on aime ou pas la fantasy en général, je trouve qu’il y a une grande différence qualitative entre « Le Seigneur des Anneaux » et « Eragon », par exemple ; je ne pense pas qu’on puisse les englober pareillement par le terme d’ « âneries ». Il me semble aussi que tu amalgames réalisme et cohérence. Une œuvre de fantasy n’a pas de compte à rendre à l’histoire, mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’a pas de compte à rendre à sa propre logique, et qu’on ne peut pas être exigeant envers cela. Quand il écrit son œuvre, Tolkien s’acharne à respecter ses propres règles (il lui arrivait de réécrire des passages entiers juste parce qu’il se rendait compte que, chronologiquement, les voyages de ses personnages n’étaient pas cohérents, que leurs durées et leurs distances ne coïncidaient pas) ; en la matière, nombre d’auteurs de fantasy ne lui arrivent pas à la cheville.

            Concernant ta lecture du « Seigneur des Anneaux », tu me parais ériger des goûts personnels en critères objectifs. Je ne sais pas si ça a du sens de dire que « Le Hobbit » réussit là où « Le Seigneur des Anneaux » échoue, étant donné que Tolkien ne visait ni les mêmes objectifs ni le même public à travers ces deux œuvres (et au passage, « Le Hobbit » ne me semble pas être une œuvre picaresque : entre autres, le récit n’est pas autobiographique, il n’y a pas vraiment de critique sociale, le héros n’est pas tout à fait un picaro et ne trouve pas le repentir ni ne finit châtié ; je n’ai plus mes cours de licence sous la main, mais je te renvoie à la page Wikipédia sur ce genre https://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_picaresque, quelques caractéristiques mises à part, « Le Hobbit » m’en paraît assez éloigné).

            Je trouve ton emploi des termes « passion », « lyrisme » et surtout « émotion » assez flou.

            « Tout ce qui est or ne brille pas,
            Tous ceux qui errent ne sont pas perdus,
            Le vieux qui est fort ne dépérit point.
            Les racines profondes ne sont pas atteintes par le gel »

            Ces vers de Tolkien, entre autres, m’émeuvent profondément. Je comprends, bien sûr, qu’ils en laissent d’autres indifférents, mais je ne vois pas comment on peut décréter du « Seigneur des Anneaux » qu’il est dénué d’émotion. Dans le chapitre « la Dissolution de la Communauté », le dialogue entre Boromir et Frodon m’a toujours touché. Et dans le film, la mort de Boromir fait partie des scènes de cinéma qui m’émeuvent le plus. La réaction qu’il a une fois que Frodon lui échappe, lorsqu’il réalise à quel point il a failli ; le sprint qu’il fait pour sauver Pippin et Merry, afin de se racheter dans un combat désespéré ; le regard qu’il jette aux Hobbits, après la deuxième flèche de Lurtz, où il se relève alors qu’il sait être déjà perdu ; la manière qu’il a de contempler son impuissance, lorsqu’il constate que ses protégés seront enlevés malgré tous ses efforts, vains en dépit de leur héroïsme ; et enfin, le discours à Aragorn… J’entends, bien sûr, que ça ne parle pas à tout le monde ; mais avec moi, ça fonctionne à chaque fois.

            Je comprends que les batailles te semblent des comptes-rendus militaires, mais à mon avis, elles dépassent souvent cela. Je trouve qu’il y a un vrai souffle épique dans « Le pont de Khâzad-dûm », par exemple. Et rien que les onomatopées de tambour, les multiples exclamations des personnages et les longues descriptions du Balrog (inutiles narrativement, et valant donc en tant que telles), lui font excéder le statut de simple compte-rendu à mes yeux.

            Pour finir, le reproche que tu fais concernant l’ampleur du livre (« c’est trop complet, trop touffu […] on pourrait expurger les trois quarts ») me paraît justement être l’une des principales forces de Tolkien. Ça me fait penser au commentaire d’une connaissance à qui j’avais prêté « Quatrevingt-treize » : « c’est trop lourd, il faudrait en retirer la moitié ». Sauf que demander à Hugo d’être moins emphatique et plus concis, c’est lui demander de ne plus être Hugo ; c’est vouloir lui retirer une singularité qui peut bien sûr rebuter, mais dans laquelle il excelle.

            Bref, je comprends que « Le Seigneur des Anneaux » ne soit pas ton truc, mais je trouve la plupart de tes critiques discutables, quand elles ne sont pas réversibles en éloges.

            Sur « Star Wars », en revanche, je te rejoins bien plus largement (pour le coup, il fait partie des œuvres que j’ai déconsidérées en grandissant ; qui sait, peut-être que le tour du « Seigneur des Anneaux » viendra !)

            J’espère que mon message ne te paraîtra pas aussi péremptoire que les tiens me le sont apparus de prime abord. En tout cas, j’aurai pris du plaisir à te répondre ; ça fait du bien d’avoir affaire à des arguments esthétiques plutôt qu’à des jugements idéologiques invalidant l’œuvre en tant que tels. Et merci pour tes propos sur le cinéma de Verhoeven : je l’appréciais déjà, tes réflexions l’ont encore haussé à mes yeux !

            • #11257 Répondre
              Leo Landru
              Invité

              Hello ! Pardonne mon vocabulaire grossier, j’écris parfois comme je parle (comme un beauf).
              Entièrement d’accord avec toi sur le distingo cohérence/ réalisme, encore que parfois on peut sacrifier la cohérence au profit de l’art mais c’est un autre débat.
              Sinon oui, mes propos sont subjectifs. Subjectivement je trouve Tolkien ennuyeux car trop minutieux. Pour certains c’est une force, pour moi une limite.
              Dans le registre SF / fantasy pure, je préfère par exemple Bradbury ou Sturgeon qui laissent plus de place à l’inconnu.
              Mais en heroic fantasy, j’admets que je n’y connais pas grand-chose, ni Conan ni Eragon. J’ai lu Chrétien de Troyes à une époque et j’étais assez captivé.
              En aucun cas je ne souhaite moquer tes goûts – ou les miens, puisque je mange du film d’horreur et des romans policiers à la pelle. Si je dis « connerie » ou « ânerie » c’est par facilité linguistique. Disons « œuvre d’exploitation ».

              • #11261 Répondre
                Malice
                Invité

                Landru quels sont tes Bradbury préférés?
                Tu as lu sa trilogie de romans policiers dont le premier tome est  » Death is a lonely business »? Il y met en scène certaines de ses idoles et amis : le double de Marlene Dietrich ( une actrice de 50 ans passés, indépendante et sexy – un vrai perso de Verhoeven) et Ray Harryhausen mais aussi les amis pauvres et/ou immigrés qui étaient ses voisins lorsqu’il était lui-même en galère à ses débuts – vendant des histoires à des magazines tous les 36 du mois.
                J’aime bien aussi son faux roman jeunesse  » La foire des ténèbres » ainsi que ses nouvelles fantastiques : celle où un homme devient fou à force de penser à son propre squelette par exemple; et celle où des malades incurables sont envoyés mourir sur une autre planète où ils rencontrent un homme condamné comme eux mais ayant la faculté de donner corps à leurs rêves et souvenirs.

                • #11263 Répondre
                  Leo Landru
                  Invité

                  J’ai bien aimé les Chroniques Martiennes et Fahrenheit 451. J’ai apprécié L’Arbre d’Halloween. J’ai certainement lu des nouvelles de lui mais je ne m’en souviens pas en détail. En passant je pense aussi à Dino Buzzati et son recueil Le K, je ne sais pas si tu aimes. Ses nouvelles m’ont davantage marqué, il y a une science de la chute maîtrisée.

                • #11265 Répondre
                  Leo Landru
                  Invité

                  Mais je note, je vais tenter ses policiers je pense.

                  • #11294 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    « Death is a lonely business  »
                    Premier paragraphe:

                    « Venice, Californie, avait autrefois de quoi plaire à ceux qui aiment être tristes: du brouillard à peu près tous les soirs, et le grondement des installations de forage le long de la côte, et le clapotis de l’eau noire dans les canaux, et le crissement du sable contre les fenêtres quand le vent se levait et chantait sur les aires dégagées et les promenades désertes.
                    C’était l’époque où la jetée de Venice partait en morceaux et mourait dans la mer, et où l’on pouvait trouver là les ossements d’un énorme dinosaure, le manège des montagnes russes, que les marées fluctuantes venaient recouvrir.  »

                  • #11295 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    De Buzzati j’ai juste lu le K, je vais voir les autres histoires si tu me les conseilles

              • #11386 Répondre
                Gwynplaine
                Invité

                @ Leo Landru

                Fort bien, j’ajoute Sturgeon à ma liste d’auteurs à lire ! De Ray Bradbury, j’ai lu deux de ses romans principaux (« Chroniques martiennes » et « Fahrenheit 451 ») et j’en garde de bons souvenirs. J’avais bien aimé sa manière d’écrire de la science-fiction sans être trop technique. Je creuserai aussi le reste de sa bibliographie.

                « Eragon », des souvenirs de collège que j’en ai, c’est vraiment du resucé de resucé, et mal écrit, de surcroit (mais au moins, l’auteur a vraisemblablement pris du plaisir à écrire). « Conan » a une réputation virilo-bourrine-bas-du-front pas tout à fait volée (Howard devait écrire en suivant des impératifs de rythme éditoriaux, il est parfois allé au plus simple). Mais je trouve certaines nouvelles sacrément puissantes, à l’instar des « Clous Rouges ». Dans celles-ci, le nihilisme et le côté horrifique apparente plus l’œuvre d’Howard à Lovecraft qu’à « Musclor ».

                Si tu étais captivé par Chrétien de Troyes, tu pourrais peut-être apprécier Jean-Philippe Jaworski, et notamment son « tournoi des preux », qui se veut un hommage aux chansons de gestes.

                • #11416 Répondre
                  Leo Landru
                  Invité

                  Merci pour tes suggestions Gwynplaine. Ma liste de recommandations ne cesse de s’allonger. Si tu découvres Theodore Sturgeon, Cristal qui songe est un bon roman pour démarrer.

                  • #11520 Répondre
                    Gwynplaine
                    Invité

                    Entendu, je commencerai par lui !

        • #11215 Répondre
          Louise
          Invité

          Non en effet « la quantité d’interactions entre personnages féminins » ne gage pas de la qualité d’un film mais donne un indice sur la teneur du film. Tu dis que le SDA (film) n’est pas essentialiste mais pour le coup, il n’y a que 3 personnages féminins dont une mère protectrice (Galadrielle), une amoureuse qui attend (Arwen) et Eowyn, l’ado qui fait sa crise avant de regagner le chemin du mariage. Les trois sont d’ailleurs à un moment ou un autre décrites comme belles bien entendu et ont pour rôle principal de s’occuper des hommes autour d’elles.
          Oui, d’accord, la rébellion d’Eowyn est plaisante à voir mais justement, on ne commence à s’intéresser vraiment à son personnage que lorsqu’elle se travestit en homme et adopte les codes virilistes guerriers un peu à la Jeanne d’Arc. On comprend bien que son acte est exceptionnel (pour protéger son oncle-papa bien entendu) et ponctuel puisqu’après avoir tué Angmar elle est grièvement blessée (punie?) si bien qu’elle va pouvoir trouver un amoureux à l’infirmerie et reprendre son rôle de princesse. Ainsi les vaches seront bien gardées et tout est bien qui finit bien.

          « Il me semble que c’est André Malraux, qui disait que pour lui, le masculin et le féminin étaient profondément différents ; que les hommes ne pouvaient pas vraiment comprendre les femmes, et donc, écrire sur elles. C’est pourquoi toute son œuvre est très pudique, concernant les personnages féminins. »
          –> C’est une idée essentialiste.

          • #11254 Répondre
            Gwynplaine
            Invité

            @ Louise

            Je vais à nouveau répondre, mais la conversation m’a l’air mal engagée : je pense qu’on aborde tout simplement l’œuvre d’une manière radicalement différente, peut-être trop pour se comprendre.

            Je ne vois pas exactement la distinction que tu fais entre « qualité d’un film » et « teneur d’un film ». Si dans la « teneur d’un film », tu considères qu’il y a au moins une partie de teneur qualitative, je vais simplement répéter ma question : le test de Bechdel est-il pertinent pour juger un film artistiquement ? Si tu considères que la teneur est toute idéologique, je vais répéter plus clairement une autre de mes questions : l’idéologie d’un film peut-elle l’invalider esthétiquement ? Formulé comme tu le fais, j’ai l’impression que tu comprends que le test de Beschdel n’est pas pertinent artistiquement, mais que tu refuses d’en démordre totalement.

            Je ne crois pas avoir dit que le Seigneur des Anneaux n’était pas essentialiste ; j’ai simplement, d’une part, répondu aux questions-affirmations de Dr Xavier que l’univers ne me semblait pas si figé que cela, et d’autre part, demandé en quoi, si essentialisme il y avait, celui-ci était artistiquement rédhibitoire.

            Lorsque tu parles de Galadrielle, Arwen et Eowyn, tu me sembles les réduire. Je ne vais prendre qu’un exemple : le dilemme de Galadrielle, lorsqu’elle est tentée de s’emparer de l’anneau. Son ambivalence (comme quoi, une fois encore, le Seigneur des Anneaux n’est pas si manichéen que cela), et la menace qu’elle représente lui font dépasser le simple rôle de mère protectrice.

            Je ne pense pas qu’Eowyn soit punie, lorsqu’elle tue le roi-sorcier. A mon avis, sa blessure est à ranger à côté de celle de Frodon : elle montre que, selon Tolkien, lorsqu’on affronte le mal, on n’en ressort jamais tout à fait indemne.

            Après, oui, je vais le dire à nouveau : « Le Seigneur des Anneaux » n’est pas une œuvre très féminine. Mais je le trouve pas écrasant envers les femmes, ni viriliste. On peut comparer Aragorn, (qui doute, peut pleurer, s’agenouille devant plus petit que lui, et ne cherche pas à multiplier les conquêtes alors que l’occasion s’offre à lui) à des Guts, Geralt ou Conan (se retrouvant bien plus facilement à moitié à poil, exhibant leurs muscles hypertrophiés, avec une fille dénudée à leurs pieds). D’ailleurs, dans mon entourage, j’ai remarqué que ceux qui s’extasiaient devant Guts, Geralt ou Conan étaient presque exclusivement des mecs ; là où Aragorn les fait moins triper, et laisse du même coup les filles moins indifférentes. Bref, ne pas considérer « Le Seigneur des Anneaux » comme particulièrement féministe est une chose ; lui faire un procès en sexisme et l’invalider artistiquement pour cela en est une autre. Tolkien n’est pas Howard et son barbare (que je peux aimer, d’ailleurs, mais qui pour le coup, renvoie vraiment une image rétrograde des femmes) ; pas plus que Jackson n’est Snyder et ses 300.

            Enfin, je pense que ton commentaire sur Malraux résume notre incompréhension mutuelle. « –> C’est une idée essentialiste » : oui, c’est justement ce que je cherchais à dire. En ce qui me concerne, idéologiquement, ça ne me pose pas de problème, dans la mesure où, si André Malraux postule une différence fondamentale entre les hommes et les femmes, il ne la hiérarchise pas, et son œuvre n’est pas écrasante envers les femmes. Et si j’osais aller plus loin, je dirais qu’artistiquement, que l’on soit d’accord ou non avec ses propos, il y a une forme de beauté dans la manière dont son rapport au féminin s’exprime littérairement.

            A ce que je développais sur Malraux, tu t’es contentée d’un « –> C’est une idée essentialiste ». Ecrit comme tel, j’ai vraiment l’impression que ce critère idéologique te suffit pour invalider l’œuvre en tant qu’œuvre.

            Pour savoir si, au fond, notre divergence quant à la manière d’appréhender l’art est totale ou non, j’aimerais te poser deux questions qui, je le pense, mettront le problème à nu :

            1) Le fait qu’une œuvre soit essentialiste, quel que soit cet essentialisme, est-il rédhibitoire artistiquement ?

            2) Si oui, prenons donc un cas concret : puisque Malraux (ou Tolkien vraisemblablement) est essentialiste, est-il donc un mauvais artiste ?

            J’aimerais exagérer, mais après t’avoir lu plusieurs fois, je n’ai vraiment pas l’impression de le faire. Je trouve que tu cherches des poux idéologiques à une œuvre qui n’est idéologiquement pas si problématique que ça (surtout quand elle est contextualisée). Et que cela te fait mettre à la trappe toute considération esthétique.

            Pour être honnête, je ne m’attendais pas à ce genre de réaction, en allant sur le forum de François Bégaudeau. Je me rappelle cet entretien qu’il avait eu avec Iris Brey à propos de « Mektoub, my love » : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-grande-table-1ere-partie/le-desir-a-l-ecran-il-est-libre-kechiche-5858288. Il me semble que ta démarche est proche de celle d’Iris Brey, prépondéramment idéologique, là où Bégaudeau essaie (essayait ?) de considérer l’idéologie tout en parlant d’abord d’esthétique.

            • #11283 Répondre
              François Bégaudeau
              Maître des clés

              La question serait bien de savoir si l’essentialisme est un empêchement esthétique
              Je crois que oui. C’est ce que j’essaie de dire dans le texte sur Dune.

              • #11387 Répondre
                Gwynplaine
                Invité

                @ François Bégaudeau

                Justement, c’est ce que j’avais beaucoup apprécié dans ton texte sur « Dune » : tu ne te contentais pas dire que le film était essentialiste et de faire un amalgame « essentialisme = mauvais », tu développais en quoi l’essentialisme du film le limitait esthétiquement.

                Seulement, je pense qu’esthétiquement, il n’y a pas un, mais des essentialismes. Et que celui de « Dune » n’est pas celui du « Seigneur des Anneaux » (ou encore, littérairement, de Malraux, dont je parlais plus haut)

                A partir de là, je trouve qu’il est un peu rapide de dire « Le Seigneur des Anneaux est essentialiste, donc mauvais ». D’autant plus si l’on ne démontre pas l’essentialisme de l’œuvre et qu’on ne développe pas en quoi celui-ci est limitant esthétiquement.

                Allez, je vais te taquiner : ça me fait penser à Iris Brey parlant de « Mektoub, my Love » et s’insurgeant contre le fait que Kéchiche filme les fesses d’une actrice. Ce à quoi tu répondais « je pense que vous devriez terminer cette phrase : le réalisateur filme des fesses… et alors ? ». Concernant le Seigneur des Anneaux, tu as le souvenir d’un monde d’essences… et alors ?

                Pour « Dune », je vois en quoi l’esthétique est fasciste et dément le scénario. Les Fremen ont beau être un peuple révolutionnaire et écolo, ils tirent systématiquement la tronche, se tiennent toujours droits et fiers, sont sans pitié, et on ne voit d’eux pas grand-chose d’autre que leurs exploits guerriers magnifiés.

                Pour « le Seigneur des Anneaux », en revanche, les Hobbits, décrits comme pacifistes, sont globalement filmés comme tels. On les voit faire la fête, leurs habitations sont des trous épars et conviviaux, Jackson s’attarde une bonne demi-heure en Comté, la musique d’Howard Shore souligne la tranquillité du village.

                Parmi les peuples libres, je boirais bien une bière avec Pippin et Merry, je me vois mal le faire avec Paul Atréides (et d’ailleurs, je ne pense pas qu’il m’en propose).

                Ce n’est qu’un exemple qui fait que, pour moi, on ne peut pas tracer une ligne égale entre les deux œuvres.

                Pour le coup, malgré toute l’estime que j’ai pour toi, ou plutôt, justement, parce que j’ai de l’estime pour toi, je te trouve lapidaire.

              • #11393 Répondre
                Gwynplaine
                Invité

                D’ailleurs, je vais me répéter, mais maintenant que j’y repense, dans ta critique de « The Batman », tu dis bien que l’on a affaire à un cinéma essentialiste, que la ville Gotham n’est pas une ville, mais « la » ville (abstraite, hybride, non située historiquement), corrompue par « le mal », ; et qu’en l’occurrence, tu aimes assez cela.

                https://soundcloud.com/la-gene-occasionnee/episode-40-the-batman (à partir de la 43ème minute)

                Je rejoins ce que tu dis alors dans cette critique : esthétiquement, l’essentialisme n’est pas condamnable en soi. S’il est une limite, il peut aussi contenir un intérêt.

    • #11218 Répondre
      Louise
      Invité

      ça me fait penser que Louisa dans En guerre et Justine dans Ma cruauté sont des personnages assez couillues à la Despentes dans leur comportement. C’est pourquoi je ne suis pas sûre de comprendre ce que tu reproches à Despentes François. Est-ce que c’est uniquement sa langue virile systématique que tu regrettes ?

      • #11230 Répondre
        Carpentier
        Invité

        👋
        voici quelques mots du Maître des clefs d’ici et surtout auteur d’un long texte sur Subutex où il .. / J’ / y dissèque le style couillu de Despentes, que j’inscris dans une tradition stylistique pamphlétaire droitière. J’y souligne aussi ce qui semble encore le cas dans le nouveau et qui était accablant dans Subutex : son incapacité à distinguer les langues. Les dix narrateurs parlent cette même langue couillue. Cette incapacité fait de Despentes, pour le moins, une piètre romancière. L’essayiste, je la sauve encore. Mais alors que j’avais pu die qu’elle était une romancière de droite et un essayiste de gauche, je doute de plus en plus du second. / …

    • #11222 Répondre
      François Bégaudeau
      Maître des clés

      Je parle essentiellement de la langue en effet. La langue couillue

      Qu’un personnage le soit, couillu, ne me gene pas. Mais dans Vernon Subutex TOUS les personnages de femmes le sont. Et tous les personnages parlent couillu. Tous parlent brutal, imagé, avec des salves d’aphorisme. Tous les personnages parlent Despentes, ce qui est signe de ses limites de romancière. Despentes est une essayiste. Une bonne essayiste.

    • #55649 Répondre
      deleatur
      Invité

      upinou!

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