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- Ce sujet contient 27 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par
Ourson, le il y a 1 année et 4 mois.
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Ourson
InvitéIl est très difficile de vivre de son art, et comme François Bégaudeau (je sais pas si vous le connaissez, c’est un journaliste) le dit souvent en interview : la répartition des richesses dans ce milieu est extrêmement arbitraire
Je me suis donc demandé comment un artiste talentueux et actif pouvait vivre de son art indépendamment de sa « côte » sur un marché, et… ça me paraît pas infaisable !
Je connais mal le milieu, mais j’imagine qu’il existe des fonds publics, des subventions, des modèles proches de celui du CNC, plus ou moins sclérosés par une bureaucratie étouffante, du copinage, de l’administratif en veux-tu en voilà, etc…
Je propose un autre système : un site marchand communiste ! Communiste au sens littéral du terme, on met tout en commun : les décisions, le site, les revenus.
L’idée serait la suivante :
1) Les artistes soumettent leurs œuvres (tableau, romans, albums, tabourets…) sur le site, sans en définir le prix : ils renseignent à la place la « quantité de travail » qui aura été nécessaire à la réalisation de l’œuvre
2) La plateforme, gérée par les artistes membres, valide les œuvres et les vend à un prix défini démocratiquement en fonction de différents paramètres (temps de travail, pièce unique ou non, suggestion du créateur, etc…)
3) Lorsqu’une œuvre est vendue, l’argent n’est pas directement transféré au vendeur. Un pourcentage (80% par exemple) du prix de vente est redirigé vers une caisse commune
4) La caisse commune finance la maintenance du site et les artistes, non pas à hauteur de leurs ventes, mais à hauteur de leur temps de travail
5) Les œuvres les moins vendues sont celles qui seront les plus mises en avant sur le site, pas de possibilité de référencer / sponsoriser une œuvre
Exemple :
– Roger, Karim, Lucie, Fatou et Albert ont tous passé 1 journée à réaliser une œuvre qu’ils ont mis à disposition sur la plateforme
– Karim a écrit un roman que le public adore et qui génère 6250€ de vente
– Roger, Lucie, Fatou et Albert ont peint de supers tableaux, mais personne n’en veut : ils génèrent 0€ de vente (la honte)
—-> Karim reçoit directement 20% de la vente de son roman soit 1250€
—-> Les 5000€ restant sont dispatchés entre tous les artistes proportionnellement au temps de travail fourni. En l’occurrence, ils ont tous bossé une journée donc tous perçoivent 1000€ (Karim perçoit 2250€)Et là vous allez me demander si Karim n’aurait pas un peu les boules de voir tout cet argent (4000€) lui échapper, mais il savait à quoi s’attendre en s’inscrivant sur cette plateforme non-méritocratique ! Et peut-être que le mois d’après, il sera content que Albert fasse lui aussi un best-seller lui permettant de payer ses heures de travail
Qu’en pensez-vous ? J’ai plutôt l’impression que ça pourrait fonctionner puisque ça permettrait aux artistes d’avoir des garanties de revenu, et aux acheteurs de faire vivre des artistes
À noter que c’est pas un projet en l’air, je suis développeur de formation donc je pourrais tout à fait mettre une telle plateforme en place. Le plus dur c’est juste de la faire connaître et de respecter les lois (anarchiste certes mais tout de même), et là aussi c’est tout à fait jouable à petite échelle
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Ostros
InvitéHello,
J’aime bien l’idée.
Comment évincer les troll qui s’inscriront pour récupérer un pourcentage de la vente des autres en ne fournissant que de l’amas de papier mâché qu’ils auront déclaré avoir travaillé durant 20 longues heures alors que c’est faux ?
Je pense que ça peut fonctionner à petite échelle oui, si les artistes se connaissent et décident d’être solidaires.-
Ourson
InvitéEh bien j’y ai pensé,le fait que les artistes valident les oeuvres devrait aider
Il me semble que c’est jouable d’expertiser une œuvre et d’en estimer la quantité de boulot
Mais le risque d’escroquerie est là en effet
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Anna H
InvitéPuisque tu t’intéresses à ces questions, je te renvoie sur les travaux de La Buse, si tu ne connais pas déjà : un collectif indépendant d’artistes et professionnel(le)s du milieu de l’art proche du Réseau Salariat :
https://la-buse.org/-
Ourson
InvitéMerci, effectivement le salariat permet de répondre à cette problématique de distribution aléatoire de l’argent, j’y pense beaucoup et j’avais d’ailleurs publié un topic sur l’entrepreneuriat avec cette idée en tête
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Sarah G
InvitéJ’aime beaucoup cette idée, et si tu faisais cette plate-forme, suis bien partante, ne pourrais t-on pas l’étendre à toutes formes artistiques, comme le théâtre ou le cinéma, en complément des autres aides, et en association avec d’autres réseaux comme l’a dit Anna H et du réseau salariat, et d’autres.
En tout cas merci Ourson pour cette belle idée.-
Ourson
InvitéEffectivement ! J’ai pensé à ce concept (vente de « marchandises ») parce que c’est facile à appréhender dans mon petit cerveau, mais je suis tout bleu dès qu’il s’agît d’aborder les gros modes de production, de financement, etc… Qui peuvent concerner d’autres arts
Si quelqu’un a de l’au à apporter au moulin, et s’il pense que ça peut être compatible, qu’il n’hésite pas à m’expliquer un peu le système !
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Ostros
InvitéMerci d’avoir pensé à un arabe Karim et une noire Fatou et deux vieux blancs Roger et Albert.
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Ostros
InvitéD accord, un troll s’est emparé de mon pseudo….
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Ourson
InvitéIl manque un prénom un peu LGBT et des prénoms un peu orientaux… J’aurais pu ajouter Benoît et Patel
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François Bégaudeau
Maître des clésDu temps où il n’avait pas encore renoncé à la littérature pour le journalisme, François Bégaudeau avait exploré un dispositif approchant dans un roman nommé La politesse.
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Ourson
InvitéJe me ferais un plaisir de donner vie à un roman de François mais je vais d’abord aller le lire pour m’assurer que la fin soit une happy end
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Carpentier
InvitéBonjour ici,
Quelqu’un fait-il ici partie de la scop ciné de réalisation de films avec François Bégaudeau ?
J’ai cru comprendre, en écoutant plusieurs fois François répondre patiemment aux diverses personnes qui l’invitaient sur ces derniers mois, que ce projet en Mayenne avait vu le jour.
Le film à propos du film des Dardenne était-il l’oeuvre-pendaison de crémaillère de cette société en quelque sorte? -
Alix
InvitéBonjour Ourson,
Ton post me réjoui. Je rêve de trouver des gens avec qui organiser un projet de ce genre.
Et je connais d’autres artistocommunisto en tous genres qui pourraient être intéressés. J’ai eu une discussion il n’y a pas longtemps avec des membres d’un collectif de musique à ce sujet. C’était parti de l’entretient d’Aurélien Catin sur Hors série, je ne sais pas si tu le connais.-
Ourson
InvitéEh bien écoute moi je sais plus ou moins faire des sites, je fais mon petit bout de chemin dans l’appréhension des concepts anarco-communistes
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ça consistait en quoi ce sujet ?
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Ourson
InvitéLes concepts de « sécurité sociale de XXX » me plaisent bien aussi, et ça me semble faisable sur le papier avec les technos qu’on a à disposition, mais je suis pas assez calé sur le sujet. Des ouvrages, expériences à pointer ?
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Ourson
InvitéUne piste, mettre en place des prix solidaires, normaux, et réduits : https://reporterre.net/Dans-la-Drome-on-experimente-la-Secu-de-l-alimentation
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Là aussi, c’est très facile à mettre en place sur tous types de marchandises. La gauche gagnerait à concrétiser ces sujets plus souvents !
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François Bégaudeau
Maître des clésBeaucoup d’activistes de gauche s’efforcent de donner quelque réalité à ces options, dans la mesure des marges de manoeuvre possibles sous régime marchand.
Il suffit de se renseigner -
Alix
InvitéEt bien pour approfondir il y a le pdf de Notre Condition d’Aurélien Catin par exemple. Je vais le relire de mon côté.
La discussion n’est pas allée très très loin et s’est terminée sur cette idée de génie qu’il n’y avait plus qu’à convaincre un gars comme Jeff Koons de mettre ne serait-ce que 10% de ce qu’il gagne dans la caisse commune pour assurer notre bonheur. Comme ça ceux qui veulent faire plus de musique bruitiste seraient plus obligés de multiplier les concerts de cumbia. Et les plasticiens qui n’ont même pas recours à l’intermittence pourraient continuer à faire des tableaux que personnes ne peut acheter (par ce que ça prend des heures à trois chiffres) sans avoir à se reconvertir dans la céramique. -
François Bégaudeau
Maître des clésPlus simple serait encore de plafonner les droits d’auteur touchés.
Au-delà de 50000 gagnés sur un livre, droits d ‘adaptation et de traduction compris, on reverse dans le pot commun (je commence soft, je suis en février 17). Ca permettrait déjà à beaucoup d’écrivains de bouffer. -
Alix
InvitéOui c’était pour la blague l’histoire de Jeff Koons.
Moi en ce moment je réfléchis à la possibilité de créer un musée autogéré. Les oeuvres seraient accessibles à un plus grand nombre et non destinées à la vente. Et on pourrait imaginer un système de rotation des oeuvres avec d’autres musées autogérés d’ailleurs. Seules les entrées du musée permettraient de rémunérer les artistes et non plus les ventes privées (ça limiterait les exposants à un certain nombre). Et les revenus des expos personnelles de chacun seraient redistribuées équitablement.
Le (petit) problème c’est de trouver un endroit qui ne soit pas un gouffre financier pour mettre en place un tel projet. Mais pourquoi pas commencer par un musée virtuel? Tu pourrais nous faire ça tient. L’entrée serait peu couteuse mais payante quand même, et ça impliquerait que les oeuvres exposées ne soient pas trouvables sur des réseaux sociaux types Instagram et compagnie. -
François Bégaudeau
Maître des clésJe préfère ménager ma bonne humeur en m’abstenant de créer un dispositif qui me rende quotidiennement tangible l’indifférence générale à l’art
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Ourson
InvitéJe suis un « indifférent » à l’art contrairement à ce que ce topic pourrait laisser penser, mais il faut dire que c’est un milieu qui a l’air assez « opaque » pour les profanes
Quand j’étais petit il y avait des trucs beaux, des trucs très jolis, des trucs moches, et des trucs bizarres d’intello. J’associais l’art abstrait et « content pour rien » à cette pièce vue sur Arte dans laquelle un type fracasse une barre de fer avec une autre barre de fer… Pendue entre ses jambes.
Aujourd’hui je suis bien conscient que l’art dépasse le paradigme du beau, du virtuose, et du « message », mais j’ai du mal à en tirer du plaisir hors de tout ça. Je suis content quand je vais à une expo d’art abstrait, mais je suis perdu, incapable d’en tirer une grande « jouissance esthétique » (j’entends souvent ces mots-là de ta part François mais je ne sais même pas ce que ça veut dire).
J’y vais en mode « ah tiens c’est rigolo ça », « oula c’est bizarre ça, « aah ça c’est chouette c’est intéressant », mais c’est tout. Au passage je suis incapable de différencier une oeuvre authentique d’un délire démago : le plug Vendôme on est censé en penser quoi ? Bref, ça mériterait peut-être un fil dédié
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Alix
InvitéLe site ce serait en attendant, mais je comprend. C’est pas le summum du kiff c’est sûr. Ca m’est quand même arrivé, de rares fois, de tomber sur des sites qui étaient eux même des espaces d’inventions intéressantes. Moi ce serait une petite expérience que je pourrais aimer faire mais je suis évidemment bien placée pour savoir que ça n’a rien a voir avec le fait d’être confrontée à la matérialité d’une oeuvre et d’un espace bien délimité pour l’accueillir.
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Demi Habile
Invité« Et là vous allez me demander si Karim n’aurait pas un peu les boules de voir tout cet argent (4000€) lui échapper, mais il savait à quoi s’attendre en s’inscrivant sur cette plateforme non-méritocratique ! Et peut-être que le mois d’après, il sera content que Albert fasse lui aussi un best-seller lui permettant de payer ses heures de travail. »
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T’as envisagé la possibilité que comme Karim savait à quoi s’attendre il a préféré évité de s’inscrire et aller voir ailleurs?-
Ourson
InvitéKarim ne sait pas à l’instant où il s’inscrit qu’il va cartonner, il s’inscrit parce qu’il apprécie l’idée d’avoir des revenus stables décorrélés des attentes complètement aléatoires du « marché ». Il sait que ça peut cartonner un mois et tomber dans l’indifférence le lendemain, il sait donc que les 4000€ qui lui échappent, c’est potentiellement 4000€ qui pourraient lui revenir dans la poche sans avoir rien « vendu » directement
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Demi Habile
InvitéCe qu’il sait aussi c’est que j’ai bien compris que c’était un peu comme ces banques d’images qui proposent de vendre mes photos à ma place sauf que la j’ai le droit à du pognon à la fin du mois même si tout le monde se fout de mes photos et c’est pas dit qu’il ait vraiment envie de partager le pognon avec moi. Moi je suis un type qui a repéré le bon filon et qui vient se faire un billet sans efforts donc Karim n’a pas envie de partager.
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Ourson
InvitéJe n’ai toujours pas oublié, ni même abandonné cette idée
Et je me suis dit qu’elle pourrait se matérialiser sous la forme d’une « marque » de t-shirts autogérée : les acheteurs de ces t-shirts feraient office de « musées humains » et arborant les oeuvres des artistes, et les artistes toucheraient des droits identiques indépendemment du « succès » de leur pièce
ça limite évidemment le truc aux peintres, dessinateurs, et éventuellement aux poètes, mais j’y vois un bon coup à jouer pour commencer.
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