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Accueil Forums Forum général Emotion esthétique et catharsis

  • Ce sujet contient 84 réponses, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Sydali, le il y a 2 mois.
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  • Auteur
    Messages
    • #136781 Répondre
      Gwendoline
      Invité

      Bonjour,

      En écoutant une vidéo dans laquelle vous essayez de définir ce qui fait la spécificité d’une émotion esthétique, j’ai pensé à la notion de catharsis chez Aristote. Vous prenez comme exemple une scène de crime, et mon professeur en licence prenait comme exemple le film l’horreur et le plaisir paradoxal qu’il suscite. Aristote explique que la conscience que l’on a du caractère fictionnel des événements ôte aux émotions ce qu’elles auraient d’excessif dans la vie réelle, elle les « épure », les « purge », pour reprendre ses termes, les transforme en plaisir et permet comme vous le dites, l’observation attentive de la scène.
      Et pour illustrer ce phénomène, mon professeur citait une anecdote, racontée par Diderot et qui m’avait marquée. L’acteur anglais Garrick, qui avait popularisé la pantomime en Europe, cherchait un jour à en démontrer, devant des contradicteurs, la puissance émotionnelle. Pour ce faire, il décida d’aller jusqu’au bout des possibilités de jeu, c’est-à-dire de tenter de gommer toute dimension fictionnelle de la petite scène qu’il improvisa : « Poussé à bout, il [Garrick] dit à ses contradicteurs en prenant un coussin : « Messieurs, je suis le père de cet enfant. » Ensuite il ouvre une fenêtre, il prend son coussin, il le fait sauter et l’embrasse, il le caresse et se met à imiter toute la niaiserie d’un père qui s’amuse avec son enfant ; mais il vint un instant où le coussin, ou plutôt l’enfant, lui échappa des mains et tomba par la fenêtre. Alors Garrick se mit à pantomimer le désespoir du père. Demandez à M. de Duras ce qui en arriva. Les spectateurs en conçurent des mouvements de consternation et de frayeur si violents que la plupart ne purent les supporter et se retirèrent. »

    • #136784 Répondre
      Ostros
      Invité

      Emotion esthétique n’est elle pas faite de plaisir de forme c’est à dire de percevoir « comment c’est fait » ?
      Et alors la manière de faire jouer la catharsis peut être bien faite ou très mauvaise (films tire larmes, pleurs d’Adjani, voix grave qui a très peur pour montrer qu’ici c’est la scène où il faut avoir très peur, etc).
      Ou très bonne (Unrueh comprendre sans grimaces d’acteurs des enjeux politiques et des conséquences dramatiques sur les gens)

      • #136785 Répondre
        Ostros
        Invité

        Pour certains dont je suis quand une fiction calme ses plans, ses scènes ça offre la possibilité d’une catharsis plus intense.
        Pour d’autres dont je ne suis pas ce sera au contraire quand la scène est saturée de cris et de larmes des acteurs par dessus tout autre éléments. Et le plan qui ne fixe que sur les visages sur-joués.

    • #136786 Répondre
      Tony
      Invité

      Sur la catharsis Rousseau était trés clair

      Je sais que la poétique du théâtre prétend faire tout le contraire, et purger les passions en les excitant : mais j’ai peine à bien concevoir cette règle. Serait-ce que, pour devenir tempérant et sage, il faut commencer par être furieux et fou ?(…)
      Il ne faut, pour sentir la mauvaise foi de toutes ces réponses, que consulter l’état de son cœur à la fin d’une tragédie. L’émotion, le trouble et l’attendrissement, qu’on sent en soi-même, et qui se prolongent après la pièce, annoncent-ils une disposition bien prochaine à surmonter et régler nos passions ? Les impressions vives et touchantes dont nous prenons l’habitude, et qui reviennent si souvent, sont-elles bien propres à modérer nos sentiments au besoin ? Pourquoi l’image des peines qui naissent des passions effacerait-elle celle des transports de plaisir et de joie qu’on en voit aussi naître, et que les auteurs ont soin d’embellir encore pour rendre leurs pièces plus agréables ? Ne sait-on pas que toutes les passions sont sœurs, qu’une seule suffit pour en exciter mille, et que les combattre l’une par l’autre n’est qu’un moyen de rendre le cœur plus sensible à toutes ? Le seul instrument qui serve à les purger est la raison ; et j’ai déjà dit que la raison n’avait nul effet au théâtre. Nous ne partageons pas les affections de tous les personnages, il est vrai ; car, leurs intérêts étant opposés, il faut bien que l’auteur nous en fasse préférer quelqu’un, autrement nous n’en prendrions point du tout : mais, loin de choisir pour cela les passions qu’il veut nous faire aimer, il est forcé de choisir celles que nous aimons. Ce que j’ai dit du genre des spectacles doit s’entendre encore de l’intérêt qu’on y fait régner. À Londres, un drame intéresse en faisant haïr les Français ; à Tunis, la belle passion serait la piraterie ; à Messine, une vengeance bien savoureuse ; à Goa, l’honneur de brûler des Juifs. Qu’un auteur[152] choque ces maximes, il pourra faire une fort belle pièce où l’on n’ira point : et c’est alors qu’il faudra taxer cet auteur d’ignorance, pour avoir manqué à la première loi de son art, à celle qui sert de base à toutes les autres, qui est de réussir. Ainsi le théâtre purge les passions qu’on n’a pas, et fomente celles qu’on a. Ne voilà-t-il pas un remède bien administré ?(…)
      Imaginez la comédie aussi parfaite qu’il vous plaira ; où est celui qui, s’y rendant pour la première fois, n’y va pas déjà convaincu de ce qu’on y prouve, et déjà prévenu pour ceux qu’on y fait aimer ? Mais ce n’est pas de cela qu’il est question, c’est d’agir conséquemment à ses principes et d’imiter les gens qu’on estime. Le cœur de l’homme est toujours droit sur tout ce qui ne se rapporte pas personnellement à lui. Dans les querelles dont nous sommes purement(…)
      spectateurs, nous prenons à l’instant le parti de la justice, et il n’y a point d’acte de méchanceté qui ne nous donne une vive indignation, tant que nous n’en tirons aucun profit : mais quand notre intérêt s’y mêle, bientôt nos sentiments se corrompent ; et c’est alors seulement que nous préférons le mal qui nous est utile, au bien que nous fait aimer la nature. N’est-ce pas un effet nécessaire de la constitution des choses, que le méchant tire un double avantage de son injustice et de la probité d’autrui ? Quel traité plus avantageux pourrait-il faire, que d’obliger le monde entier d’être juste, excepté lui seul, en sorte que chacun lui rendit fidèlement ce qui lui est dû, et qu’il ne rendit ce qu’il doit à personne ? Il aime la vertu, sans doute ; mais il l’aime dans les autres, parce qu’il espère en profiter ; il n’en veut point pour lui, parce qu’elle lui serait coûteuse. Que va-t-il donc voir au spectacle ? Précisément ce qu’il voudrait trouver partout ; des leçons de vertu pour le public, dont il s’excepte, et des gens immolant tout à leur devoir, tandis qu’on n’exige rien de lui.
      J’entends dire que la tragédie mène à la pitié par la terreur, soit. Mais quelle est cette pitié ? Une émotion passagère et vaine, qui ne dure pas plus que l’illusion qui l’a produite ; un reste de sentiment naturel étouffé bientôt par les passions, une pitié stérile, qui se repaît de quelques larmes, et n’a jamais produit le moindre acte d’humanité. Ainsi pleurait le sanguinaire Sylla au récit des maux qu’il n’avait pas faits lui-même : ainsi se cachait le tyran de Phère au spectacle, de peur qu’on ne le vît gémir avec Andromaque et Priam[155], tandis qu’il écoutait sans émotion les cris de tant d’infortunés qu’on égorgeait tous les jours par ses ordres. Tacite rapporte[156] que Valérius-Asiaticus, accusé calomnieusement par l’ordre de Messaline qui voulait le faire périr, se défendit par-devant l’empereur d’une manière qui toucha extrêmement ce prince et arracha des larmes à Messaline elle-même. Elle entra dans une chambre voisine pour se remettre, après avoir, tout en pleurant, averti Vitellius à l’oreille de ne pas laisser échapper l’accusé. Je ne vois pas au spectacle une de ces pleureuses de loges si fières de leurs larmes, que je ne songe à celles de Messaline pour ce pauvre Valérius-Asiaticus.
      Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables et pleurer des malheurs imaginaires, qu’a-t-on encore à exiger de lui ? N’est-il pas content de lui-même ? Ne s’applaudit-il pas de sa belle âme ? ne s’est-il pas acquitté de tout ce qu’il doit à la vertu par l’hommage qu’il vient de lui rendre ? Que voudrait-on qu’il fit de plus ? Qu’il la pratiquât lui-même ? il n’a point de rôle à jouer : il n’est pas comédien.

      • #136788 Répondre
        Ostros
        Invité

        Clair net et précis

        • #136789 Répondre
          Ostros
          Invité

          Donc c’est pas de catharsis dont il s’agit quand je ressens intensément une situation alors qu’elle n’est pas traitée émotionnellement ?
          C’est pour m’aiguiller

          • #136797 Répondre
            François Bégaudeau
            Maître des clés

            je le redis : la catharsis nous purge du mal, l’émotion esthétique convertit le mal en joie – le mal ici n’est pas dissout dans la purge, il est maintenu et converti en force
            non pas que le mal nous enjoue, ce qui nous enjoue c’est la manière qu’à l’art d’en tirer force et joie
            la joie esthétique, c’est cela et pas autre chose

            • #136814 Répondre
              Ostros
              Invité

              D’accord donc rien à voir avec la catharsis mon rapport à l’art
              C’est fou qu’on te mette ce mot dans le crâne dès qu’on te fait étudier l’art
              Ensuite ça fausse tes réflexions
              Et ton goût
              En tout cas quand tu es jeune
              Je me souviens que je parlais souvent de catharsis dans mes copies de lycée et post bac
              Persuadée que l’art avait cette « fonction »
              Triste mot
              Triste perception
              Scolaire

            • #136815 Répondre
              Gwendoline
              Invité

              « l’émotion esthétique convertit le mal en joie », c’est précisément ce que dit Aristote. « La catharsis nous purge du mal », c’est l’interprétation morale qui a été donnée de la catharsis, qui ne correspond pas à ce que dit Aristote. Suivant cette conception morale, la catharsis est un but, il s’agit d’adoucir, de calmer les passions. Selon Aristote, la catharsis n’est pas un but, elle est une simple opération inséparable du processus de la représentation, qui fait que les émotions peuvent être à la fois violentes et agréables.

              • #136820 Répondre
                François Bégaudeau
                Maître des clés

                dans ce cas Aristote et moi sommes d’accord, ce qui est une très bonne nouvelle pour lui

              • #136859 Répondre
                Pierre
                Invité

                Mais vous ne voyez pas que vous dites exactement la même chose au final en pensant y voir une opposition ? Si par l’art la violence devient joie, on y trouve un certain apaisement il s’agit bien d’une purge et le fait qu’on aille voir cela a bien un but pour nous, nous sentir bien par ce truchement et nous débarrasser de ce qui nous rend autrement, malades et prisonniers, donc non libres : les passions quand elles nous débordent. En sublimant, en donnant à voir la violence de nos passions on les rend bienfaitrices et donc leur poison est annulé comme un vaccin, l’opération reste mystérieuse, on dirait qu’on les place sur un autre plan, on universalise notre pensée et on l’intègre mieux à notre monde parce qu’on le partage en quelques sortes, c’est une sorte de communion aussi et d’intelligence avec le monde qui s’opère, l’art peut réaliser cette magie. Mais quoiqu’il en soit, de la manière dont l’art peut faire cela, Il y a donc bien là une purge, purger c’est libérer de quelque chose, le mal dont on se libère fait place à la joie et il n’y a rien de moral dans le sens étriqué en effet, mais la morale dans l’esprit antique et dans le sens réel du mot depuis toujours c’est simplement trouver le meilleur état pour supprimer ce qui nous fait vraiment mal justement, donc oui, ici convertir le mal en joie et donc la catharsis qui la purge c’est au final une seule et même chose et c’est à but « moral. », je crois que le mot moral est souvent mal compris et dévoyé dans le langage courant…Aristote aimait la morale et en a même fait un traité pour savoir comment l’atteindre. Lui refuser cela c’est comprendre tout à l’envers et ne rien comprendre du tout à sa pensée, en changeant le sens des termes et en refusant de parler de « morale » vous brouillez la compréhension de ses écrits.

                • #136860 Répondre
                  Emile Novis
                  Invité

                  « Si par l’art la violence devient joie, on y trouve un certain apaisement »
                  _
                  Je ne réagis qu’à ce petit bout de phrase, en faisant abstraction du reste : si l’art transforme la violence en joie, je crains que l’art ne perde la violence au passage. La représentation esthétisée de la violence est peut-être la meilleure manière de ne plus sentir la violence, de la déréaliser, de l’invisibiliser (contrairement à l’amour, par exemple). L’art qui s’empare de la violence dans un but esthétique cherche à rendre la violence supportable pour pouvoir la montrer, et il ne peut faire autrement qu’évacuer la violence. Il y a donc une pat de mensonge à mes yeux, de faux : désamorcer la violence pour la montrer, la mettre très loin pour éviter de la voir. Par exemple le meurtre d’Abel par Caïn chez Titien :
                  _
                  titien
                  _
                  Je ne vois pas ce qu’il reste de « violence » dans ce tableau. On peut regarder ce tableau, le regarder longuement, alors qu’à l’inverse, la violence vraiment vue, ou une vidéo qui montre la violence sans fard, sera impossible à regarder. En fait j’ai l’impression que ce Titien ne montre pas la violence, et c’est pourquoi on peut regarder le tableau (ça rejoint la dernière partie du message de ce fil : les gens arrêtent de regarder la scène quand ça devient vraiment violent, et ils pouvaient vraiment regarder la scène avant car la violence n’était justement pas montrée). Je ne vois pas en quoi ou de quoi je suis « purgé » ici, ça ne me parle pas du tout.
                  _
                  C’est peut-être dans l’art brut qu’on trouve une tentative de montrer la violence brute, notamment la violence retournée contre soi, sans esthétisation. Mais alors je n’ai pas l’impression que ça me purge de quoi que ce soit, ni que ça provoque une joie quelconque. Je ne vois pas de catharsis. Il s’agit plutôt d’une expérience sensible plus ou moins troublée, inquiète. Un mélange d’attraction et de répulsion.

                  • #136861 Répondre
                    Emile Novis
                    Invité

                    Pour l’art brut : par exemple, Nedjar, une poupée de Belleville:
                    _
                    nedjar
                    _
                    Pas de joie en ce qui me concerne, pas de purge non plus. Mais on regarde, plus ou moins interrogatif, cette œuvre qui n’esthétise rien du tout.

                    • #136862 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      Désolé Pierre, mais je demeure sèchement réfractaire à l’idée que la vie esthétique ait une fonction de purge
                      Pour la millième fois : il ne s’agit pas qu’on nous débarrasser du mal, ou d’un mal, ou d’une souffrance, ou d’une angoisse, il s’agit d’en jouir DANS LE TEMPS OÙ L’OEUVRE À LIEU. Or pour en jouir, il faut que tout ça (angoisse et causse de l’angoisse, etc) soit maintenu. Et donc il s’agit surtout DE NE PAS S’EN PURGER
                      Non seulement je ne veux pas la catharsis, mais je tiens absolument à ce qu’elle n’ait pas lieu.
                      Je ne veux pas me débarrasser de mon angoisse, je veux l’habiter puissamment – ce à quoi m’aide l’art
                      etc, etc
                      (mais avant tout je ne comprends pas pourquoi on voudrait absolument qu’au fond j’approuve ce que je réfute ; c’est pas grave hein ; cette affaire de catharsis a de beaux jours devant elle – elle survivra à ma thèse à moi)

                  • #136863 Répondre
                    Pierre
                    Invité

                    Emile, c’est exactement ce que je dis, par le truchement de l’art on purge la véritable violence du mal qu’elle nous fait qui elle, est insupportable et ne permet pas de jouir, je reprenais donc la phrase de Bégaudeau disant que sa phrase n’avait pas de sens, s’il y a joie il y a apaisement il y a donc rupture du mal il y a donc une sorte de purge nécessaire pour appréhender ce mal autrement.

                    • #136864 Répondre
                      François Bégaudeau
                      Maître des clés

                      et Bégaudeau te répète que jouir du mal dans le temps de l’oeuvre ne signifie pas du tout qu’on s’en purge, et que même on ne saurait en jouir si on s’en purgeait
                      ce n’est donc pas que « ma phrase na pas de sens », c’est que nous n’attendons pas la même chose de l’art
                      ton option à toi est moral, dont acte

                      • #136867 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        ok si vous ne voulez pas voir de contradiction dans votre théorie, vous pouvez manipulez les mots si vous les videz de leur sens, quant à la morale vous redites la même chose qui n’a rien à voir avec son sens. Tout cela n’empêchera pas qu’une femme qui accouche au moment où elle le fait ne jouit pas, son mal est trop envahissant elle est perdue en lui, sa jouissance vient juste après, quand le mal la quitte et qu’elle met un sens à cette douleur il arrive alors à se muer en joie. Si elle tombe sur une scène d’art exposant les douelurs de l’accouchement, ce n’est pas la douleur ni son souvenir de la douleur qui la rendra joyeuse à cette vue, mais bien le souvenir du sens qu’elle a mis dans sa douleur une fois le mal parti, le souvenir de cela, l’évocation de cette révélation et d’une appréhension peut être plus riche du monde qui lui a fait dépasser le souvenir de cette douleur, qui lui permet de transcender la douleur comme l’art le permet. L’art qui expose la souffrance humaine d’une certaine manière ne fait pas autre chose que nous rappeler non la douleur réelle et la violence réelle comme si nous les voyions vraiment ou subissions vraiment les effets, au moment où nous ne pourrions pas en jouir, mais c’est le sens plus vaste qu’on met après l’expérience dedans pour autant qu’on est arrivé à l’intégrer comme une fatalité de notre vie, la beauté de notre condition peut être, notre impression de communion avec les mêmes êtres qui sont passés par là aussi sans doute, un mélange de plein de choses, c’est ça qui nous fait jouir. Un auteur expliquait que la violence de la vie face au décès prématuré de sa fiancée avait fait que, passé la douleur qu’il croyait insurmontable, il était arrivé après qu’elle ait cessé ses plus terribles effets, à voir les choses autrement et le monde plus vaste que ce qu’il en avait fait jusqu’à présent, il l’appréhendait autrement, l’art fait la même chose, et rappelle qu’on peut faire de la douleur un matériau de compréhension, de conscience plus profonde du monde et qu’on peut donc purger la peine, la violence qui nous perdent, les transformer en joie et nous faire sortir de notre enfermement où la douleur et le mal nous avait plongés.

                      • #136885 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        Eh bien il ne reste plus qu’à prescrire quelques doses d’art aux malades
                        Moyennant carte vitale

                      • #136891 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Ta réponse prouve que tu n’as absolument rien compris! Merci quand même d’avoir tenté.

                    • #136866 Répondre
                      Emile Novis
                      Invité

                      @Pierre
                      Mais j’ai l’impression que le mot purge ne signifie pas la même chose ici. Soit on parle de purger les passions, soit on parle de « purger », dans l’œuvre, ce qui est insupportable (le mal, la violence), en l’esthétisant. Je crois que tu entends « purge » au second sens, mais alors le mot « purge » est peut-être mal choisi, il désigne quelque chose de différent : invisibiliser, rendre présentable quelque chose d’irreprésentable (car insupportable) à l’état brut.
                      _
                      Un fait, en ce qui me concerne : devant le Titien, j’ai sans doute un certain plaisir, mais aucune purge. Mais ce tableau donne-t-il à voir la violence à l’état brut? Non, je ne crois pas. C’est très esthétisé.
                      _
                      Devant la poupée : aucune purge en moi. La violence est-elle montrée? Oui, sans doute, de manière beaucoup plus brute (la violence envers soi, un sentiment de mutilation, un mal-être). Aucune joie non plus. Par contre cette œuvre me fait sentir quelque chose du mal que le Titien ne peut pas me faire sentir. Pourquoi? Parce que la violence n’est pas esthétisée, ou rendue « présentable ».

                      • #136868 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        ps : et quoique, un « plaisir » devant le Titien, ce n’est pas certain.

                      • #136869 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        je pense Emile Novis qu’on se rejoint de toutes manières, « purger » c’est se libérer de ce qui gêne pour jouir, c’est ce que fait l’art, il libère, il ne retire pas certes le mal du monde, il ne le pourrait pas, mais quand il le donne à voir de manière esthétisée effectivement il l’offre de manière à ne pas subir réellement la douleur (c’est de toutes façons impossible) mais à l’appréhender autrement, à voir le monde autrement comme quand une expérience nous rend plus mature et voyant, quand je lis Hamlet et toute sa violence, il y a de la douleur mais davantage de joie par le fait que j’arrive à la transcender par le talent que l’auteur a eu à peindre ce tableau de la condition humaine, quand je lis l’avare je ris aux dépends d’Harpagon, et de ma condition, je la transcende à ce moment là, je ne me perds pas dedans, face à ces représentations je vois le mal que j’ai pu avoir, que je peux ou pourrai encore avoir malgré moi, je mets le doigt dessus un instant pour la voir et non pas la sentir, avec l’auteur, il ne me l’inoccule pas, il me retire une écharde du pied pour me la montrer et que je la vois dans toute sa réalité plutôt qu’à travers la douleur qu’elle me faisait et que j’imaginais dans la souffrance, toute autre qu’elle n’est.

                      • #136879 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        Je vois, mais je précise que je parle plus spécifiquement de la violence en art, et non pas de tout ce que peut l’art par rapport à mille autres domaines du réel (une maison de campagne, un visage pensif, un corps en train de danser, etc.).
                        _
                        La violence en art semble poser un problème spécifique à mes yeux. Il y a sans doute, dans une représentation esthétique de la violence, une part de « réminiscence », comme tu le dis, qui joue sur le rapport ambivalent que joue l’art par rapport au couple présence/absence. Ce que tu décris repose moins sur une affaire de purge que d’oubli et de mémoire.
                        _
                        Mais avec la violence, la question est plus difficile, du fait qu’esthétiser la violence, c’est peut-être déjà la perdre, la déréaliser, rendre beau ce qui est laid, etc. Avons-nous vraiment affaire à de la violence dans le Titien?
                        _
                        L’art brut semble être la forme qui échappe à ces difficultés, car il n’esthétise pas la violence – c’est là le point essentiel. Il fait sentir une expérience du monde, en deçà de toute connaissance, il donne à sentir une présence sensible. Mais alors je ne vois aucune purge, aucune joie non plus. C’est autre chose.

                      • #136901 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        @Emile Novis : En effet, représenter la violence n’est pas directement la violence, mais on pourrait dire ça de toute réprésentation, le tableau d’une fleur ne pourra pas la faire sentir réellement mais il évoquera tous les rapports qu’on y trouve, ça n’empêche pas d’agir parfois même avec plus de puissance que face à la chose plus crue d’ailleurs, puisqu’une photo peut me transporter beaucoup moins dans un souvenir ou faire ressurgir beaucoup moins de sensations vivaces qu’un tableau impressionniste.
                        Pour revenir au pb, y a une différence pour moi entre art et esthétisation que j’ai bien voulu employer pour reprendre ton terme mais je préfère tout de même revenir à celui d' »artistique » ou « poétique ». L’art pour moi ou toute forme de poésie n’est pas forcément une esthétisation dans le sens où il enjoliverait ou idéaliserait donc fuirait ou « purgerait » comme tu crois que je l’emploie, la réalité, ce terme me dérange un peu pour ce dont on parle, je ne conçois pas autrement l’art, pour cette question en tous cas, que comme une voyance, un élargissement de notre horizon, de notre conscience, pas une fuite, ni non plus à l’inverse une simple description qui me ferait juste horreur de nouveau, ça c’est ce que me ferait un film d’horreur de mauvaise qualité, pas un Hitchock ou un tableau de Goya. C’est plus une révélation du monde que comme un voile pour nos yeux ou un simple renouvellement de souvenir sans avoir mûri quelque chose en nous. C’est dans ce sens que je dis que la violence dans l’art, dans une pièce par ex, purge, purger ou un autre mot si on ne l’aime pas, qui rend compte en tout cas que l’art libère de ce qui m’enfoncerait, l’art permet d’ouvrir nos yeux à la réalité au lieu de les refermer et de stagner sur soi même dans l’horreur. Je ne connais personne qui quand il se casse le bras, refuse d’aller voir le médecin pour « jouir » plus longtemps de sa douleur, ou se le recasser quand il est rétabli pour revivre sa douleur pour le plaisir vide de souffrir. ça n’existe pas. On n’apprécie pas une oeuvre donc parce qu’elle ferait « jouir » de ça, ni non plus dans l’espoir de débarrasser le monde de la violence, c’est bien une autre alchimie qui se passe en nous et nous fait sortir de nous devant une oeuvre réussie, qu’elle expose ou non à sa manière la violence ou tout autre chose, l’esthétique, l’art permet de sortir de ma limite, de mon cas particulier c’est ça et on ne sait pas au final pourquoi, qui nous fait jouir, ce que j’ai dit peut être plus haut, ce mélange d’effets et de sensations de communion avec tout le reste ou que sais je qui se joue là, pas la violence en elle-même, mais bien cet apaisement qui vient de cette magie, de cette clairvoyance, difficile à décrire mais évidente à sentir.

                      • #136906 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        @Pierre
                        J’ai l’impression qu’on ne se comprend pas, et j’ai du mal à te suivre car je pense qu’il il y a beaucoup de choses différentes dans ton message.
                        _
                        Pour ce qui est de FB, je pense en effet qu’il faut moins chercher du côté de la catharsis que de ce qu’il nomme « l’émotion refroidie » comme condition de production de l’œuvre et, peut-être, comme condition de réception de l’œuvre dans la perception. Aussi je ne l’ai jamais entendu dire que l’art pourrait « débarrasser le monde » de quoi que ce soit. Je comprends mal la critique ici.
                        _
                        « En effet, représenter la violence n’est pas directement la violence, mais on pourrait dire ça de toute réprésentation »
                        _
                        En ce qui me concerne, c’est bien le problème de toutes ces théories sur la purge des émotions et la catharsis : j’ai l’impression qu’elles présupposent plus ou moins la notion de représentation, l’idée que l’art devrait représenter le réel (que ce soit fidèlement ou non, peu importe), nous donner dans la re-présentation des choses dont la présentation serait insupportable. Or, si c’est une possibilité évidente de l’art (je ne le nie pas), la représentation est loin d’épuiser le domaine artistique, et je crois qu’il est plus question de présence dans l’art : je ne vois pas bien en quoi la poupée de Nedjar « représenterait » quoi que ce soit, comme on dit que tel film « représente » un drame amoureux à Paris, mais je vois bien en quoi cette œuvre me met en présence d’une expérience sensible du monde, que cette présence se joue en deçà d’un rapport de connaissance puisqu’elle est préréflexive, et qu’elle ne procure en moi aucune joie ou apaisement, mais autre chose (pour ce qui est de cette œuvre singulière).
                        _
                        Sur cette base, nous serons d’accord pour mettre à distance le mot d’esthétique pour appréhender un certain nombre d’œuvres. Il y a un penseur génial sur l’art, c’est Henry Maldiney : il s’est efforcé de distinguer l’esthétique (au sens classique du terme, la sensation) du sentir (ou plutôt il a repensé l’esthétique). Le sentir est pour lui la recherche d’un lieu d’être nouveau au cœur de l’œuvre, d’une rencontre qui ouvre le monde. Dans le sentir il est question de la recherche d’une unité entre le senti et le sentant que le modèle de la représentation ne peut atteindre, puisque cette dernière catégorie présuppose toujours plus ou moins la séparation entre le sujet et l’objet.
                        _
                        Je donne des citations trouvées sur internet, car je n’ai pas ses livres sous la main :
                        _
                        « L’apparaître d’une œuvre d’art ne confirme ni les anticipations d’un projet, ni l’espoir d’une attente. Il est un évènement. Un évènement transformateur. Un évènement ne se produit pas dans le monde ; il ouvre un monde et une forme de présence inédite. Nous ne sommes présents à une œuvre d’art qu’à nous transformer selon elle. » (Esquisse d’une phénoménologie de l’art).
                        _
                        Ou encore :  » En présence d’une œuvre d’art, nous nous éprouvons être parce que nous éprouvons indissolublement son existence et la nôtre, dans la même surprise. Il est rare que nous existions, habituellement nous sommes, en effet, par habitude. »
                        _
                        On est loin de la notion de représentation et des idées sur la catharsis, me semble-t-il. Mais on est plus proche de ce qui touche un paquet de monde en art à mon sens. Et c’est pourquoi je reprocherai au Titien d’esthétiser la violence, d’en donner une représentation, sur fond d’un thème biblique connu (Caïn et Abel). Cela n’enlève rien à la force de l’œuvre, mais je lui préfère de loin la poupée en dessous, pour les raisons mentionnées plus haut.

                      • #136942 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Emile, je suis d’accord avec ce que tu dis et avec ta citation qui est exactement tout ce que je pense aussi, mais tu ne vois pas à quel point cela ne contredit nullement l’idée de catharsis car c’est une autre question. J’expliquais juste que la phrase que je reprenais pour la disséquer réellement revenait complètement à Aristote et à sa catharsis malgré tout. Ce qu’ils appellent joie revient à parler de catharsis sans la nommer, on se demande bien pourquoi.

                        Pour revenir en arrière et faire ultra simple, je tiltais donc sur « joie » que procure à beaucoup la violence dans l’art, c’est bien ça le début. Je disais que si la violence en art permet de trouver une « joie » puisque ce terme fut employé, c’est bien une joie « morale » dans le sens d’Aristote, provoquée par une sorte de catharsis dont le phénomène est lui-même mystérieux. En effet ce n’est pas la joie de celui qui aime juste voir la violence, une joie purement vulgaire à voir la violence pour la violence (car dans ce cas un combat de boxe est plus intéressant qu’un Goya ou qu’une pièce de théâtre et l’art ne nous apporte rien de plus, même beaucoup moins, Titien tu peux le jeter). Donc on élimine cette hypothèse. Ensuite, il met en joie une chose pour laquelle dans le sens contraire la confrontation réelle, véritable, blesserait, serait détestable ou affolerait de façon négative, c’est bien qu’il opère là quelque chose qui malgré le sujet amène la joie que Bégaudeau dit ressentir, une sensation donc de bien être. Définition de joie =Émotion agréable et profonde, sentiment exaltant ressenti par toute la conscience . Sentiment de plaisir, de bonheur intense, caractérisé par sa plénitude et sa durée limitée, et éprouvé par quelqu’un dont une aspiration, un désir est satisfait ou en voie de l’être.(il faut donc que la chose soit parvenue à t’apaiser d’une manière ou d’une autre, ce que ne permet pas la vraie violence pour être joyeux ou encore une fois, on retombe sur la première hypothèse, ça serait aimer la violence pr la violence comme j’ai dit mais rien à voir donc avec l’art qui ne fera rien de plus, et pour ceux qui comme à peu près tte la terre ont une mauvaise expérience de la violence qu’ils ont soit en eux mêmes et subissent des autres eux mêmes car elles leur font du mal dans la réalité comme les passions de haine, de jalousie etc mais dès qu’ils la voient traduite en art l’apprécient et aiment voir et même revoir, c’est bien que l’art les délivre en quelque sorte au moment ou juste après où elle est exprimée, des effets purement négatifs (Aristote parle de divers sentiments contraires nés par l’oeuvre et de pitié aussi entre autres qui nous amèneraient à l’apaisement, cette sorte de bien être ou de « joie » pour reprendre le terme encore, pour moi, ça rejoint bien l’idée de compréhension : la pitié est une ouverture au lieu d’un repli et je parlais d’ouverture dans les messages précédents) . En les montrant artistiquement, il y a bien l’idée de catharsis même si Aristote parle plus de calme, de bien être qu’opère l’art que de joie, mais cela rejoint la même opération, puisque la joie est un degré simplement plus fort, une conscience peut être plus claire, plus pleine; on est forcément dans une sorte d’opération d’apaisement, sinon c’est une joie déchaînée qu’on dirait « sadique » mais donc rien à voir avec l’art et ton Titien en effet est moins artistique qu’une rixe en pleine rue pour celui qui a besoin de cela pour se mettre en joie. Le miroir dont parle Claire est très pertinente aussi car il y a ici dépassement de soi, les neurones miroir rejoignent l’idée de pitié qui la déclenchent.
                        Tu dis ensuite que c’est une approche refroidie, on revient donc à l’effet cathartique, qui est là clairement cet apaisement après cette exposition artistique de la violence dont le mécanisme est mystérieux mais qui rejoint donc l’idée cathartique et d’ouverture que procure l’art, et non pas nous montrer la violence pour elle-même. Les gladiateurs exaltaient pas mal de gens mais c’est qu’ils font ressortir chez les spectateurs une violence pour le plaisir de la violence, rien à voir avec l’art et son effet de purge qui amène à une toute autre joie, à un tout autre état d’esprit et de bien être, et celui ci est moral et cathartique à la manière dont Aristote en parle.

                      • #136977 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        répéter la même idée 10 fois la rend-elle pertinente?

                      • #136989 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Certains le font bien dans leurs livres depuis 20 ans

                      • #136999 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ah nous y voilà

                      • #137000 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        merci de me lire non-stop depuis vingt ans
                        appelons çà un fan

                      • #137012 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Ça se lit pas en 20 ans heureusement. Et lire ne signifie pas adhérer, je vois que les mots sont encore bien employés…Mais en effet ce forum de fans tente à cette réduction quand il suffit que tu dises (parce que toi tu peux apparemment) « je répète c’est ça la vérité » quand un fan a voulu penser autrement et qu’il s’incline aussitôt sans broncher, on peut croire à la parole magique.

                      • #137015 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        On s’éloigne un peu du point du coup
                        Je reprends du début
                        « En sublimant, en donnant à voir la violence de nos passions on les rend bienfaitrices et donc leur poison est annulé comme un vaccin »
                        Sur cela ne pourrait on pas juste se décaler :
                        – donner à voir les passions ok je te suis
                        – les rendre bienfaitrices : je tique, pour moi ça les donne à voir sans le filtre moral, sans le jugement, de manière charitable on va dire mais le bienfait viendrait plutôt de la «  suspension de morale « que de la passion
                        – si poison il y a ce serait plus du côté de la contrainte à une prise de position morale, je suis «  deprise «  en quelque sorte et oui je joui tordu plus de la deprise que de la prise mais ça c’est pas tres grave

                      • #137028 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Claire, encore une fois il y a un véritable mélange et confusion sur ce qu’est la morale, tu l’emploies encore et malgré tout dans le sens chrétien encore pour donner tort à Aristote qui ne pouvait pas l’employer ainsi. Donc vous répétez sans arrêt ce qu’Aristote dit sans même vous en apercevoir juste par dégoût du mot que vous tordez. Vous appelez autrement les mêmes choses et ensuite vous vous applaudissez d’avoir la même conclusion sous un autre nom. Ce n’est pas « charitable » (encore un mot chrétien) de voir les choses et de sortir de soi, c’est ce que j’espérais faire comprendre, bref, ici chaque jour il y a 6 personnes qui parlent mais en clones, votre forum ne vous aide pas car vous vous entraînez chaque jour non pas à penser mais à vous confirmer dans une pensée unique. Votre noyau fait un peu comme un écran, comme vous pensez tous pareil vous pensez que la vérité y est et vous n echerchez plus à en sortir, en fait de l’extérieur ça fait très bizarre car on dirait que je parle à des gens qui ne lisent donc pas vraiment ou pire déforment le sens de ce que j’écris. Je lis ça à d’autres et comme par hasard on m’accorde la logique et d’accord ou pas la conversation se développe et devient passionnante, elle évolue, ici non, car le maître a dit « non » . Donc je m’arrête là puisque c’est « non ».

                      • #137032 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Non
                        C’est pas pour donner tord à Aristote
                        C’est pour essayer de preciser comment j’ai compris, je trouve que tu t’emballes un peu sur mes intentions

                      • #137033 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Et puis si ont part sur « les petits pois sont rouges » comme base sémantique entre nous ça va être coton de parler de couleur
                        Un malentendu c’est mieux de le dissiper que de persister – en cela revenir à des choses concrètes ou experientielles me paraît plus clair

                      • #137035 Répondre
                        Emile Novis
                        Invité

                        @Pierre
                        Je crois que nous ne disons pas la même chose. Le rejet du mot purge n’est pas simplement le rejet d’un mot. C’est tout simplement que ce que tu décris présuppose que l’art doit être une représentation, et que cette représentation doit produire des effets cathartiques dans le sujet (un apaisement, ou autre). Ainsi l’art devrait aider à vivre, et peut-être même nous rendre meilleurs.
                        _
                        Or il y a bien des œuvres qui échappent à cette logique représentative et cathartique. Et je décris simplement un fait : la poupée de Nedjar ne représente rien de particulier, ce n’est pas sa fonction, et elle ne m’apaise pas (ce mot ne décrit rien en ce qui me concerne). C’est une présence sensible, c’est autre chose. Je ne vois pas quelle « purge » tu éprouves face à cette œuvre, dont tu n’as toujours pas parlé depuis le début.

                      • #137059 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        @Emile, pas du tout, je ne dis pas que l’art doive être une représentation, je précisais juste une notion qui était visiblement mal comprise.

                      • #137070 Répondre
                        Greenwashing
                        Invité

                         » la poupée de Nedjar ne représente rien de particulier, ce n’est pas sa fonction »
                        .
                        Ce serait quand même curieux que ça ne représente rien de particulier. On fait rarement les choses par hasard même quand on est incapable de donner un sens à ce qu’on fait.

                      • #137058 Répondre
                        Pierre
                        Invité

                        Non mais je ne défends pas Aristote, je dis juste que vous en parlez très mal en réduisant une idée de philosophie à sa caricature sans la creuser puis en la jetant au panier à cause du mot « moral » mal compris … Pour info, ce n’est pas moi qui ai commencé à philosopher, je vous lis en train de le faire et je note juste une imperfection réductrice, puis soit vous biaisez, soit vous dites « en fait on va pas philosopher, on n’aime pas la philo ! » ben je vois. Mais pas de souci, on arrête la philo.

                      • #137098 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        mais alors quel intéret trouves tu à lire et relire un auteur répétitif?

    • #136921 Répondre
      Claire N
      Invité

      Votre discussion me rappelle un peu le gros débat qu’on a eu sur l’empathie / sympathie en neurosciences
      – lors de la découverte des neurones miroirs il a été proposé que c’était la manière d’installer ce sentiment d’empathie
      – le postulat etait le suivant : quand je vois souffrir
      En moi s’activent les MÊMES circuits donc je souffre
      – sauf que ben y a pas que ça , c’est pas si réflexe
      Une autre manière de «  sentir «  se développe

      • #136922 Répondre
        Claire N
        Invité

        Si je voulais etre vraiment taquine je dirais que d’une certaine manière une œuvre d’art peut avoir l’utilité de nous faire dépasser le « miroir « 

      • #136961 Répondre
        Malice
        Invité

        @Claire N Est-ce qu’il est avéré que les neurones miroirs peuvent ne pas se construire, ne pas exister lors du développement de l’enfant? Est-ce que ça peut se voir avec l’imagerie?

    • #136962 Répondre
      Malice
      Invité

      ça m’intéresse car j’ai lu cet été Les confessions d’une sociopathe de M E Roberts : elle décrit en détail ses réactions ou plutôt ses non-réactions à l’agonie d’une bête, aux souffrances d’une petite amie à qui elle fait du mal

      • #136982 Répondre
        Claire N
        Invité

        J’imagine que ça doit exister
        Faudrait que je trouve cependant un cas décrit
        Il existe des cas de «  psychopathie «  acquise
        Comme par exemple le fameux Phineas Gage qui s’était pris une baramine en travers du frontal
        Mais les lésions sont plus vastes
        De même l’atteinte dégénérative du lobe frontal peut donner des tableaux d’anesthésie affective
        Oú une atteinte bilatérale des amygdales en supprimant la peur peut bloquer certaines manifestations empathique
        Mais l’atteinte isolée des neurones miroirs faudrait que je reprenne une Biblio récente
        La perception des émotions d’autrui quand elle défaille ( l’alexithymie) peut être mise en évidence par des tests, en couplant aux irm fonctionnelles il apparaît que cela fait intervenir nombre connexions dans plein de zones différentes
        On s’éloigne d’ailleurs de plus en plus d’une vision localiste du fonctionnement cérébral pour tendre vers une approche connectiviste

        • #136986 Répondre
          Claire N
          Invité

          Cependant il s’agit d’une construction théorique
          «  la théorie des neurones miroirs « a vu le jour
          Suite à l’enregistrement de neurones isolés chez le singe capable d’avoir une activité congruente et perceptive et motrice
          Les découvreurs de cette fonction on inféré une construction théorique mettant la simulation en nous même des état de l’autre comme base principale de la cognition sociale, de l’empathie
          Mais cette théorie est battue en brèche de plusieurs manières :
          – déjà c’est pas très pratique socialement donc bizarre
          – on ne sait pas si l’activité de ces neurones est une info entrante pour construire une impression sur l’intériorité oú la conséquence de phénomènes plus complexe de construction en amont
          – il apparaît très difficile de les isoler au sein d’un groupe fonctionnel ( même si des techniques d’irm f peuvent se baser sur le fait qu’il s’épuise à la stimulation répété)
          Donc quand j’évoquais la «  querelle » c’était pour pointer les biais lorsqu’on considère que la souffrance vu passe par la sympathie, le sentir avec : la simulation en soi a l’identique
          On peut constituer le même patern de biais que lors de cette querelle

          • #136990 Répondre
            Malice
            Invité

            Dans sa bio M E Roberts dit qu’elle perçoit les émotions d’autrui mais les confond avec d’autres états car elle a du mal à comprendre comment les émotions et les sentiments qu’elle détecte fonctionnent : exemple elle croit que la faim fait partie des émotions. Elle raconte qu’elle a été jusqu’à lire en secret le journal d’une camarade pour comprendre ses sentiments ( cette amie était quelqu’un d’empathique et très aimée ). Il me semble qu’il y a là disjonction entre percevoir des sentiments et les ressentir en soi. Je ne sais pas si ça illustre ce que tu décris?

            • #136998 Répondre
              Claire N
              Invité

              « exemple elle croit que la faim fait partie des émotions »
              Et bien c’est pas complètement aberrant me dis je
              Pour le moment les modèles proposés distinguent
              – les émotions : qui sont la résultante d’une interaction avec l’environnement, le monde extérieur, qui sont innées et universelles
              Peur, colère, tristesse, joie font consensus
              – on ne peut pas les contrôler réellement, elles adviennent et enclenchent des processus : de pensée, de réaction motrice
              – les sentiments sont plus considérés comme acquis face à l’autre, en situation sociale : par exemple : envie, jalousie, honte , culpabilité
              Donc d’une certaine manière il y a bien un point de disjonction entre émotions ressenti et sentiments deja plus «  construits » selon cette modélisation
              Toujours sur cette base :
              Par exemple , c’est illusoire de demander à quelqu’un de contrôler sa colère, mais on peut éventuellement s’interroger sur ce qui l’a amené à construire une réaction verbale ou motrice qui porte la violence
              Par contre ce qui est intéressant dans ton exemple c’est qu’elle comprend que l’empathie et l’amour sont présents en elle d’une manière qui ne lui convient pas totalement, qu’elle aimerait plus «  complète « 

              • #137006 Répondre
                Claire N
                Invité

                On peut également réexaminer la notion de purge sous cet angle : en d’autres termes il est illusoire de penser pouvoir purger la colère par exemple
                La morale ne peut pas se situer aussi court à la racine, il est préférable de «  faire avec « 

                • #137008 Répondre
                  François Bégaudeau
                  Maître des clés

                  et l’art fait avec
                  littéralement : il fait avec
                  comme on fait un gateau avec de la farine

                  • #137009 Répondre
                    François Bégaudeau
                    Maître des clés

                    … ce qui échappe à ceux qui le regardent de trop loin
                    misère de la philosophie de l’art

                  • #137010 Répondre
                    Claire N
                    Invité

                    Ben oui sinon y a rien dans l’assiette

                    • #137011 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Et comme disait ma mystérieuse arrière grand mère «  rien c’est bon dans l’œil « 

                      • #137097 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ah oui, mystère
                        elle voulait dire un truc ou c’est juste pour embruiller?

                      • #137102 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Bah elle est morte donc selon l’exégèse maternelle c’est que rien dans l’assiette c’est nul
                        Rien dans l’œil c’est bien ( poussière )

              • #137031 Répondre
                Malice
                Invité

                « présents en elle »
                c’est toute la question, que je mâche et remâche
                Est-ce que c’est présent mais enfoui en elle au point qu’elle croit ne pas les posséder, ou est-ce que c’est tout bonnement absent? Quelle différence y -a-t-il? Et elle ne dit pas regretter de ne pas ressentir d’empathie.
                Elle raconte qu’elle finit par souffrir de ses problèmes de personnalité non empathique car cela l’isole et lui fait perdre régulièrement son taf; c’est cela qui l’a motivée à l’instrospection ( que je trouve passionnante d’ailleurs) et l’étude de l’empathie des autres. Pas les remords ni une conscience morale ni un souffrance viscérale de manquer de cette empathie.
                « Quand un sociopathe n’éprouve pas de remords, c’est moins dû à une conscience déficiente qu’au fait qu’il n’a pas l’impression de se trahir lui-même »
                « Ce n’est pas seulement que le sociopathe manque d’une forte identité morale, il manque aussi d’une forte identité de soi ».
                Avant de lire ça, je n’avais pas évalué le rôle que joue l’idée d’identité dans les actes qu’on s’autorise ou non; pourtant quand je me sens coupable d’un acte j’ai effectivement l’impression d’avoir été au-dessous de mon idée de moi-même : je me sens mal vis à vis d’autrui mais aussi de ce que je représente à mes yeux.

                • #137044 Répondre
                  Claire N
                  Invité

                  Oui finalement c’est vertigineux
                  Ce qu’elle appelle identité on peut peut-être le rapprocher d’une forme d’autonomisation, dans la mesure où l’automatisation pêche a lancer par l’émotion le sentiment et qu’elle doit se galerer a tout construire ?

                  • #137048 Répondre
                    Malice
                    Invité

                    Elle écrit qu’elle ne peut avoir une idée d’elle-même que par ce que ses actions provoquent chez autrui. Oui, donc, sa conscience de soi est essentiellement dépendante de ceux qui la regardent. Quand les choses vont bien, elle ne s’en préoccupe pas; peux pas m’empêcher de l’envier car à bien des égards la conscience de soi est un fardeau.
                    Un autre truc qui m’a troublée dans son récit :
                    « Les sociopathes sont portés à la violence, mais les individus empathiques ne se privent pas non plus de commettre des actes d’une violence inouïe. Pour les jurys, ces méfaits sont plus excusables dès lors que l’individu empathique affiche ses remords. »
                    Vertigineux aussi

                    • #137060 Répondre
                      Claire N
                      Invité

                      Oui elle pointe une question
                      Qui finalement de l’empathique oú du psychopathe est le plus étranger à l’acte violent ?

                      • #137061 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Qui est-ce que je préfèrerais gérer, un sociopathe que je pourrais raisonner en faisant valoir ce qu’il perdra en commettant un délit/un crime ou une personne dépassée par ses émotions au point de se mettre hors la loi/hors la morale, la question est également ouverte.

                      • #137068 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires – gazon ou terre battue c’est pas le même style de jeu

                      • #137071 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Avec le sociopathe conscient au moins on n’a pas à se coltiner les négociations avec les faits, le déni la mauvaise foi etc
                        Pas exactement le sujet mais je lis Violette Leduc en ce moment, eh bien en voilà une qui ne cherche pas à faire croire à sa vertu et sa droiture permanentes, j’ai l’impression de lire du Joe Matt au féminin.

                      • #137075 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Hey vas y fait peter un extrait stp !
                        Tu lis quel ouvrage ?

                      • #137084 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        Je finis « La batarde » mais j’en ai lu d’autres auparavant, notamment un où elle se décrit en train de déblatérer sur Nathalie Sarraute auprès de Beauvoir. Elle raconte comment elle casse les ovaires de sa petite amie en l’empêchant de dormir et en la trompant dans « Ravages » mais je ne l’ai plus sous la main. Elle se montre beaucoup en train de  » pleurnicher » devant son pote Maurice Sachs qui finit par lui dire d’écrire sa vie car elle commence à l’emmerder avec son passé douloureux.
                        Dans La Bâtarde elle avoue qu’elle a laissé sa mère à une infirmière au lieu de s’occuper d’elle quand elle était malade ( sa mère l’avait, elle, soignée après son avortement).
                        « Ma mère tomba malade : les globules blancs mangeait les globules rouges ( …) Seule dans l’appartement, livrée à une femme de ménage, à la visite quotidienne du médecin et de l’infirmière, elle ne pouvait pas se tenir debout. Sa maladie dura de longues semaines avant qu’elle puisse partir pour la campagne. Tu vois, lecteur, je ne dissimule pas mon ingratitude et ma cruauté. »
                        Elle parle aussi de son obsession du trafic pendant la guerre ( elle vendait de la bouffe au marché noir) – bouquin très instructif sur le sujet, en passant.

                      • #137092 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        « Maurice Sachs qui finit par lui dire d’écrire sa vie car elle commence à l’emmerder avec son passé douloureux »
                        Rires- ah mais non Malice- tu relances le débat
                        Comme quoi pousser à ecrire une femme peut t’éviter la purge de l’écouter
                        Merci pour le partage

                      • #137111 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        C’était le meilleur conseil à lui donner à la Violette.
                        Elle dit beaucoup qu’elle pleure, souffre, rumine dans sa vie et quand on la lit on voit des aventures, du courage, un appétit de vivre, de baiser.
                        « Je vis: le froid est tombé. Je vis : la brise du soir me met des bagues de fiançailles aux doigts. Je vis : les nuits endimanchées des ciels d’été seront à moi. »
                        ( Elle écrit ça dans « Ravages », après rupture)

                      • #137115 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        Rires moi j’aurais plongé dans le panneau conseil aussi a 15 ans si on m’avait fait croire qu’écrire donne de gros nichons
                        Donc au vu de l’extrait tout est pardonné

                      • #137116 Répondre
                        Claire N
                        Invité

                        La littérature est décidément un chat ; elle se fait entretenir même par les anthropomorphes

                      • #137208 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        tu me donnes très envie de la lire, Malice
                        Ravages, donc?

                      • #137214 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        « Ravages » et « La Batarde » sont mes préférés à ce jour;
                        le premier est l’histoire de ses deux amours, pour une femme puis un homme, celui qui a été censuré parce-qu’elle décrivait de manière trop crue le sexe, l’avortement ( Queneau aurait eu la mission de transmettre le message de la part de Gallimard);
                        « La bâtarde » est une biographie de 0 à la fin de la guerre 39 44 en passant par son désintérêt de l’école, ses petits boulots, sa bisexualité, sa relation compliquée avec sa mère ( qui fut engrossée par son patron bourgeois et ne s’en est jamais remise)

                      • #137215 Répondre
                        Malice
                        Invité

                        de o ans ( son enfance) à la guerre 39 44 pardon

                      • #137216 Répondre
                        François Bégaudeau
                        Maître des clés

                        ok merci

    • #136988 Répondre
      Claire N
      Invité

      Après pour la non réaction a la souffrance d’autrui ça peut venir de plein de choses
      Par exemple dans le trouble développe mental post traumatique , il semblerait que des violences précoces et prolongées altèrent durablement les circuits de régulation notamment dans les relations personnelles et l’engagement relationelet il y est parfois décrit un manque manifeste de réciprocité oú une indifférence
      Mais c’est juste un exemple parmi pleins

      • #137184 Répondre
        Sydali
        Invité

        Je peux témoigner que le fait de subir beaucoup de violences à l’âge tendre peut conduire au développement d’une indifférence à la souffrance d’autrui.

        • #137191 Répondre
          Malice
          Invité

          @sydali tu veux dire que tu en témoignes personnellement?

          • #137193 Répondre
            Sydali
            Invité

            Tout à fait. J’ai dû faire du chemin pour arriver à ressentir des choses.

            • #137196 Répondre
              Malice
              Invité

              C’est à dire ressentir tes propres émotions ou de l’empathie pour autrui ( ou les deux)?

              • #137263 Répondre
                Sydali
                Invité

                Les deux mon capitaine ! Sécheresse émotionnelle totale, qui se traduit par une indifférence à tout.

                • #137264 Répondre
                  Malice
                  Invité

                  Tu t’y es pris comment pour irriguer cette terre desséchée?

                  • #137265 Répondre
                    Sydali
                    Invité

                    Je suis retourné vers l’enfance. Constaté que mes émotions y étaient encore bloquées. Je les ai de nouveau ressenties et ça m’a libéré. Il y a eu également des épisodes triviaux : chagrin d’amour, souffrance, irruption de l’autre en moi.

    • #137034 Répondre
      Mao
      Invité

      Adconque Emotion et catharsis.
      J’ai l’impression que s’opposent deux manières d’envisager la question de ce que l’art fait à nos affects et donc deux politiques du sensible.
      Il y a l’art-broyeur : il rend le réel consommable, le purge, le clôt. Et il y a l’art qui déplie : il maintient l’excès du réel, retarde la conclusion, empêche la digestion.
      La première manière voit l’art comme une machine à purger. Un extracteur de jus et d’essence. On lui donne pour mission de prendre une situation, une violence, une angoisse, une honte, une injustice et d’en tirer quelque chose de concentré, de net, de buvable.
      Dans ce régime, l’émotion esthétique a une finalité : elle doit produire un résultat. On pleure, on tremble, on s’indigne, et à la fin quelque chose sort comme un apaisement, une compréhension, une leçon, une conclusion. L’œuvre est jugée à l’aune de son efficacité : “qu’est-ce que ça m’a fait ? qu’est-ce que ça m’a appris ? qu’est-ce que ça a réglé ?”.
      C’est à l’aune de ce régime que l’on finit par dire que l’art adoucit les moeurs.
      La seconde manière refuse cette obsession de l’extraction. Elle voit l’art comme conservation, l’art opère ici comme une espèce de réfrigérateur qui ralentit, diffère, suspens, retient.
      L’œuvre ne cherche pas à tirer une essence mais elle empêche l’expérience d’être immédiatement digérée par les réflexes habituels (opinion, morale, récit prêt-à-consommer).
      Elle maintient au frais les contradictions, l’opacité, un détail, une tension. L’émotion esthétique n’est plus une décharge qui nettoie, c’est une charge maintenue, un poids qu’on ne convertit pas tout de suite en conclusion.
      Ici, l’art n’explique rien, il suspend. Il ne donne pas une sortie, il donne du temps. Il garde le réel dans son état d’excès sur nos discours. Il protège une part du monde sensible contre la liquidation et la digestion rapide.

      • #137085 Répondre
        brisemenu
        Invité

        Tout à fait … Vous pourriez pas nous en rajouter trois cent grammes ? C’est pour offrir.
        .
        Votre réflexion me renforce dans l’idée que , si l’on veut faire de l’art , aujourd’hui , il faut d’abord être bon en français et savoir parler pour ne rien dire. C’est ce que fait une de mes cousines : des bricolos sans autre intérêt que la prose qui les justifie et qui l’enseigne à de futurs artistes. Sont créateurs et public les uns des autres. Un modèle circulaire parfait. Enfin presque : faut quand même que ce soit subventionné tout ce bousin.
        L’avantage étant que ça démocratise énormément le talent.

        • #137206 Répondre
          François Bégaudeau
          Maître des clés

          Extreme droite : incapacité à l’art, incapacité à la pensée, métabolisation de cette double incapacité en ressentiment, avec extrapolations racistes et misogynes.

          « Elle maintient au frais les contradictions, l’opacité, un détail, une tension. L’émotion esthétique n’est plus une décharge qui nettoie, c’est une charge maintenue, un poids qu’on ne convertit pas tout de suite en conclusion.
          Ici, l’art n’explique rien, il suspend. Il ne donne pas une sortie, il donne du temps. Il garde le réel dans son état d’excès sur nos discours. Il protège une part du monde sensible contre la liquidation et la digestion rapide. »
          Superbes lignes.

    • #137192 Répondre
      Ostros
      Invité

      Est-ce qu’on peut dire que l’idée de la catharsis correspond à une tempérament qui recherche le « maintient de l’ordre existant ». L’individu serait plus tenable dans la société, car accalmi ?
      Mais avant une question : est-ce qu’on peut affirmer concrètement que la catharsis existe. A-t-on des cas où quelqu’un a été purgé (même un peu) devant une œuvre ?

      • #137207 Répondre
        François Bégaudeau
        Maître des clés

        Il est évident que tout un art s’est pensé comme un stabilisateur social, ou a été pensé comme tel : dans un certain théatre la bourgeoisie contemplait ses travers, s’en émouvait un bon coup, en riait un bon coup, puis repartait de la salle régénérée
        Aussi bien, un certain art « social » a cet effet objectif : pendant deux heures le film étanche ma colère contre l’ordre, qui du coup s’en trouve apaisée, et me voilà à nouveau pret à subir
        Tout le brechtisme s’est construit contre ça. Et c’est d’abord ce soubassement conservateur de la catharsis qui me l’a rendu insupportable.

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